En tant qu'auteur de l'article que vous attaquez, Service de semaine, je me permets de répondre à vos remarques. 1. Je ne suis en aucune façon téléguidé par qui que se soit. Mes opinions n'engagent que moi, et je m'exprime à titre personnel. J'ajoute que je ne suis pas militaire, pas plus que je ne travaille pour le MinDef. 2. Je ne suis donc pas non plus frustré par le COS ou jaloux. Je ne remet en cause ni la compétence des unités du COS, ni les qualités humaines de leurs membres, pour lesquels j'ai le plus profond respect. 3. Les arditi, stosstruppen et corps francs ne sont pas stricto sensu des SOF selon la définition actuelle de ces unités. Toutefois, elles relèvent d'une tradition particulière qui se situe aux sources des SOF sous leur forme actuelle. Pour sur-schématiser, en en commençant en 14-18 (il faudrait en fait faire remonter l'histoire plus loin), il existe deux grandes traditions de forces spéciales "conventionnelles" : les troupes de choc de 14-18 en sont une, qui va donner par la suite les commandos britanniques par exemple, puis après 1945 être absorbée par des unités conventionnelles. Cette tradition se retrouve aux USA chez les Rangers (qui dépendent du SOCOM, accessoirement), et chez nous par les GCP par exemple (qui constituent l'une des antichambres du COS). La seconde tradition est liée au monde du renseignement, qu'il s'agisse de renseignement purement militaire (type DRM chez nous, où 2e bureau autrefois) ou bien de renseignement plus large (qui correspondrait à la DGSE). Les SAS, le LRDG, les Brandebourgeois allemands de 39-45 ou les Spetznaz soviétiques puis russes (qui dépendent du GRU ou du KGB/FSB, et non directement de l'armée) relèvent de cette seconde tradition. Après 1945, les guerres irrégulières de décolonisation ont transformé les FS en "arme anti-guérilla" destinées à encadrer des forces autochtones (GCMA en Indochine, SF américaines au Viet-Nam, SAS en Malaisie, etc.), qui ont ensuite donné naissance aux missions de type MA. Voilà pour le rappel historique. Mais je persiste dans ma comparaison : sociologiquement, le profil FS est le même pour les Stosstruppen et les SAS. Cela ne veut pas dire que tous les soldats des FS sont destinés à devenir facsistes. Ceux qui prétenderaient cela seraient malhonnêtes, partisans, et franchements idiots. Tel n'est pas mon propos, qui en outre ne concernait pas particulièrement le COS français, mais plutôt des évolutions en cours au sein du commandement des opérations spéciales américain (USSOCOM). 4. Mes remarques concernaient en fait plus la manière dont les FS peuvent être perçues par une certaine culture populaire (cinéma, littérature) abondamment entretenue par des "anciens" qui romancent considérablement leur environnement (Andy McNab, par ex.). Cette culture populaire accroit un véritable culte du surhomme propre à la culture américaine mais qui trouve de plus en plus d'audience en Europe. Les FS ne sont ni responsables ni victimes de ce culte, mais présentent des caractéristiques propres à le susciter. Ma remarque dénonçait un risque, non un fait avéré. Toutefois, le nombre d'anciens soldats d'unités SOF qui rejoignent des SMP type Blackwater, donc qui deviennent des mercenaires, pose un réel problème ; les exactions que plusieurs d'entre eux ont commis en Irak et ailleurs montre qu'il existe des risques rapides de dérive et de développement d'un culte de la violence ou d'une perversion de l'éthique chez certains individus. La culture "guerrière" qui existe indéniablement dans les unités spéciales orientées "action" est dangereuse ; l'éthique militaire est celle du soldat, concept civilisé. Le guerrier est un idéal barbare. 5. Il existe une lecture inverse de l'embuscade d'Uzbin. A force de réserver les missions de combat aux FS et de reléguer les autres aux tâches annexes, il peut s'être produit une perte de compétences qui a pu contribuer aux pertes. En outre, seuls 8 des soldats tués appartenaient au 8e RPIMa ; un autre était un infirmier du 2e REP, le dernier un marsouin du RMT. Une unité comme le 8e RPIMa est une unité de combat ; sa place est au combat. N'employer que le COS pour affronter les Talibans est une utilisation stupide de ressources rares, précieuses, et trop spécialisées pour être employées comme infanterie légère. Maintenant, les unités spéciales ont toute leur place en Afghanistan, mais en coordination avec les forces classiques. La coordination, notez bien, va dans les deux sens : autant il est envisageable que des SOF soit subordonnées à des unités classiques si la situation l'exige, autant l'inverse est également normal : si les SOF sont l'effort principal, les unités conventionnelles doivent leur être subordonnées. Mon billet ne dit pas autre chose. J'ajouterais que l'Afghanistan aujourd'hui et celui que le COS à connu sont sans commune mesure du point de vue sécuritaire : la situation est bien plus dégradée aujourd'hui. J'espère que votre réaction à chaud n'est que l'effet d'un malentendu et qu'il a été dissipé. A bon entendeur,...