-
Compteur de contenus
18 697 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
166
Tout ce qui a été posté par Tancrède
-
Parmi les agences visées, on trouve la US Geological Survey, qui a récemment publié une étude sur les séismes "man made" ("séismes anthropomorphiques", c'est un truc qui existe, ou il y a une formule consacrée?), notamment dans l'Etat d'Oklahoma, qui n'a pas eu d'histoire sismique significative jusqu'à une période très récente.... Enfin jusqu'à la dernière décennie, et à l'exploitation massive des gaz de schiste par fracking. Des séismes de magnitude 3 ou plus étaient une chose inconnue dans cet Etat jusque là. En 2011, on en dénombrait 63, en 2016, il y en a eu 644 (non, ce n'est pas une typo). L'étude de l'USGS révèle la portée géographique du phénomène: la zone d'activité centrale aux USA (et désormais la zone sismique la plus intense du pays, devant la Californie) recoupe exactement les zones d'exploitation du gaz de schiste, à cheval sur le nord du Texas, l'Oklahoma et le sud du Kansas. A croire que c'est le nuage noir historique de l'Oklahoma qui continue à faire tomber sa merde, depuis le Dust Bowl (aussi un problème du à la surexploitation du sol): plus de la moitié de l'Etat est dans la zone (et évidemment la partie peuplée, sinon c'est pas drôle). L'ex-attorney general de l'Etat (et marionette de l'industrie gazière), qui n'a rien fait pour essayer même d'amoindrir le problème pour sa population et avait au contraire dissout l'agence environnementale de son Etat, et réclamé à l'EPA de faire gicler ses règlementations, a récemment eu un nouveau job: directeur de l'Environmental Protection Agency. On peut en essence craindre un énorme effort de muselage et manipulation de l'information dépendant du gouvernement, à une échelle et d'une façon qui n'a pas encore été vue aux USA. Un exemple: au moment même où le CBO (Congressional Budget Office) subit quelques assauts sur la publication de ses travaux, le service homologue dans l'exécutif, l'Office of Management and Budget, a reçu des ordres de silence analogues à ceux décrits plus haut, alors même que son directeur putatif semble connaître quelques problèmes dans son processus de confirmation, rapport à une nounou employée au black (laissant 15 000$ d'impôts non payés). Ca ne devrait en fait pas empêcher sa nomination, même si le même problème avait empêché celle du démocrate Tom Daschle en 2009, à laquelle occasion le GOP avait dit que ce type de faute était un "deal breaker" pour une nomination.
-
Une information qui n'a pu être diffusée que parce qu'un employé l'a faite fuiter: ce serait passé inaperçu sinon (pour un certain temps au moins), ce qui permet de soupçonner que beaucoup d'autres choses du même genre sont en train d'arriver dans toutes les agences gouvernementales. L'activité de la Environmental Protection Agency a été de fait gelée en totalité, sans le moindre avertissement: l'essentiel du travail de l'agence consiste en des analyses et inspections (et la définition de normes), et surtout la concession de contrats et subventions pour plus de 6 milliards de dollars annuellement (contrôle de la qualité de l'air, nettoyage de sites pollués....). En plus de cet arrêt complet de l'activité pour une durée indéterminée, les employés ont été enjoints de ne parler à personne (conversations, médias sociaux, interviews, emails....), et d'annuler tous les colloques, conférences, missions d'information et allocutions prévues, il a été ordonné de renoncer à la publication de tout nouveau contenu écrit, sur papier ou online; il est tout sauf sûr que ces choses soient très légales, d'ailleurs (c'est pas une agence de renseignement), notamment parce qu'une bon nombre d'employés sont des savants qui ont par ailleurs le droit d'exercer leur liberté académique (on me dit que c'est un truc important), mais aussi, tout connement, parce que.... Liberté d'expression, quoi (et encore une fois: 99,999% de ce que fait l'EPA ne contient pas d'informations sensibles ou de secrets industriels). Cette "fuite" renvoie aussi à ce qui s'est passé autour du "Inaugurationcrowdgate" : le National Mall est géré par le National Park Service (les rangers avec des chapeaux genre police montée ), et le service a osé se mêler de la chose ce WE en envoyant un tweet essayant de donner quelques faits..... Avant d'être apparemment obligé de se rétracter et de publier un truc qu'on aurait cru sorti d'une officine de propagande soviétique. Le service a du effacer plusieurs tweets publiant des chiffres (officiels pourtant: rien de polémique) sur le réchauffement climatique, une heure après leur publication. De fait, on commence à pouvoir percevoir une méthode derrière le bruit: celle du "ferme ta gueule" (et change ses louanges). L'affaire de l'EPA arrive alors même que les pipelines controversés sont relancés sans même un moment de pause ou de discussion, et l'existence de l'agence semble être sur la sellette. Mais le procédé se retrouve ailleurs: des ordres similaires (silence radio, gel de l'activité même pour les affaires courantes et les contrats en cours....) auraient été adressés au Department of Transportations, à plusieurs services du Department of the Interior (dont le National Park Service), du Department of Health and Human Services et du Department of Agriculture (notamment le Agriculture Research Service). Ces services se sont aussi vus interdire de transmettre la moindre information au Congrès (pas sûr que ce soit légal non plus, ça). Il y a environs 2000 scientifiques à l'ARS (la recherche agricole, donc), qui ont tous reçu l'instruction de ne rien publier ou communiquer du tout (je le signale parce que là aussi, il y a eu une fuite donnant une copie du mail). Ce genre de procédés discrets, pour l'instant "en coulisses", mais un peu partout, donne une mauvaise impression et commence déjà à créer une atmosphère générale malsaine. Certains font déjà des rapprochements avec la "méthode poutine" (un communiqué du DNC disait carrément "Putin would be proud"), ce qui est évidemment exagéré, mais pas non plus totalement déplacé vu la façon de faire, loin de toute transparence: une démocratie établie, avec une scène publique vivante, a un seuil de tolérance limité à ce type de méthodes déjà très mal vécues sous Nixon (qui fut, détail amusant, le créateur de l'EPA). Toutes les agences visées, notamment tout ce qui concerne la recherche dans les domaines de l'environnement, des transports, de la santé, de l'agriculture.... Avaient déjà senti venir la chose et s'empressaient depuis novembre de sauvegarder leurs données (ce qui représente une masse considérable) pour les mettre hors de portée du nouveau gouvernement. On ne sait pas si tout a pu être "sorti", mais vu ce qui se passe depuis vendredi, leur agitation ne semble plus si paranoïaque.
-
Allez, avant de replonger dans le "gloom and doom" de ce pouvoir ploutocratique néo-féodal si emblématique de ce que le futur semble amener, une petite note d'espoir sous l'angle de vue des geeks de SF, nombreux sur ce forum (et beaucoup sont encore dans le placard: allez, n'ayez pas honte).... Trump n'a pas été assassiné avant ou pendant son inauguration, ce qui n'a logiquement que 3 conclusions possibles: - sa présidence ne sera pas si catastrophique et dévastatrice que cela - le voyage dans le temps ne sera jamais inventé (NNNNNOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNN!) - le futur nous a envoyé une vraie équipe de bras cassés qui a complètement foiré son coup.... A tel point qu'il a été décidé de ne pas envoyer d'équipe B "Nous ne voyons pas d'autre explication"
-
C'est un des problèmes qui me turlupine généralement dans ce débat, en lien avec un chiffre que je n'arrive pas à retrouver (bon, je passe pas mes jours et mes nuits à essayer de le faire, ceci dit): quelle proportion des salariés peut négocier sur son salaire. Je l'avais vu il y a longtemps (pour les USA), et je n'arrive ni à m'en rappeler, ni à trouver le chiffre actuel, mais c'était pas vraiment énorme. Ce qui fait que chaque fois que cet argument revient sur le tapis dans un débat sur la question de l'emploi et des revenus, il détourne à lui seul la conversation sur une proportion assez réduite de la population active effectivement employée, et nie de facto la réalité de la grande majorité de la même population, et évidemment celle des chômeurs gens faiblement employés, et ceux sortis du marché du travail, ce qui revient pour l'essentiel à parler d'un bosquet d'arbres et à oublier la forêt. Une tendance qui n'a pas été très profitable pour nombre de candidats et l'essentiel des journalistes pendant l'année écoulée. Surtout quand en plus, même parmis les salariés pouvant négocier leurs salaires, ceux qui peuvent le faire significativement sont une portion encore plus réduite. Même si à la base, je suis d'accord sur le principe: rien que le fait de sentir qu'on peut ou va pouvoir un peu marchander sa paie a un réel effet positif en soi.
-
Faut pas trop insister sur ces dernières statistiques; le résultat des élections, entre autres, a montré jusqu'à quel point les Américains qui ne sont pas dans les 10-20% de tête y croient: courbe d'évolution plate pour les revenus réels depuis près de 40 piges, coûts structurels de la vie en augmentation et revenu disponible réduit, généralisation du temps partiel, augmentation de l'endettement (pour un peu tout), et, pour ce qui concerne la conjoncture récente, le taux participation réduit au marché du travail et le fait que le nombre d'heures hebdomadaires travaillées n'ait pas bougé en plus de deux ans (alors que le nombre d'emplois a augmenté) doit se sentir dans la vie de tous les jours pour beaucoup de monde. Sur le plan politique, il peut procéder de deux façons: soit il parvient à imposer au débat public de nouveaux étalons de référence pour jauger du marché du travail et de la prospérité, soit il trumpise. La première solution semble difficile: jouable si on a de très bons communicants et qu'on martèle le thème suffisamment. La seconde semble plus probable: on nie la réalité précédente ou on la dénigre, et on assène sa propre réalité dessus, dans les discours, dans les images.... Pour s'approprier ce qui marche et foutre ce qui ne marche pas sur le dos du gars d'avant. Trump n'aura pas beaucoup de choses à faire pour s'approprier ainsi à peu de frais la politique d'Obama en matière d'immigration. Pour l'emploi, ça va être plus coton. Et avec ce qui semble être une équipe de bras cassés juste armés pour la campagne qu'il a menée (et que, jusqu'au dernier moment, ils pensaient tous avoir perdu), ce genre d'exercice semble pour l'instant hors de la portée de ses petites mimines. Dans l'article, Gingrich souligne avec pas mal de justesse (rare chez lui) qu'il ne sera jugé que sur la sécurité et l'emploi: c'est un peu réducteur parce qu'il a soulevé beaucoup de problèmes qui lui reviendront dans la gueule. L'assurance maladie, d'abord (et avant tout), et, comme la marche de ce WE l'a signalé, tout ce qui entoure les principales problématiques unifiantes pour les femmes, bien au-delà des spécificités du féminisme: médecine préventive, surtout pour les plus modestes (98% de l'activité du planning familial), contraception, sécurité contre le viol. Une bonne partie des femmes républicaines/conservatrices sont très réactives sur ces sujets (nombreux groupes de "féministes anti-avortement" comprises). Autre problème avec ce qui s'annonce sur le plan économique, qui ressemble essentiellement à une version aux amphètes du "socialisme pour les riches" déjà dominant aux USA: la première salve arrive avec le plan massif de réductions d'impôts, qui va booster le déficit public et ne bénéficiera à personne gagnant moins de 200 000 dollars/an. Ca ne créera pas d'emplois, ça ne boostera aucunement l'activité, et ça sera visible comme Melania au milieu d'un bidonville. C'était du statistiquement négligeable, le genre de trucs sur lesquels les médias s'extasient le jour où l'info paraît, mais qui est bien peu sensible pour l'immense majorité de la population.... Surtout quand on regarde l'évolution du coût de la vie à côté: l'évolution du coût des loyers et mortgages, des études, des assurances (surtout maladie).... écrasent de très loin tout petit frémissement qui a pu avoir lieu sur quelques mois côté salaires (et surtout, cette micro-évolution a surtout existé pour quel pourcentage de la population active?). Ca, tu as un cabinet qui affiche à fond la mystique des "riches = job creators", et une majorité qui a commencé à organiser la curée.
-
Ce que les journalistes politiques américains, surtout ceux de Washington, ne veulent pas se résoudre à comprendre, est que le mot d'ordre qu'ils devraient adopter pour retrouver de l'audience, de l'influence, de la crédibilité (ou en tout cas tenter de le faire) est très simple, et pourtant, semble t-il extrêmement difficile pour leur mode de pensée: Arriveront-ils à s'y résoudre? Le veulent-ils vraiment, au fond?
-
"Ce présentateur" (ô sacrilège).... Pfff, c'est Colbert, pas n'importe lequel..... Et bon, c'est CBS, donc un grand network qui filtre beaucoup de choses, donc il ne pourrait rien dire qui n'ait pas l'aval des avocats de la chaîne: le bois vert n'arrivera pas, à moins que les USA ne commencent sérieusement à changer de régime politique. Ca fait déjà un bon moment qu'il tape sur Trump sans retenue (en fait quasiment tous les soirs de la semaine depuis des mois, il a au moins un truc sur Trump dans cette intro de l'émission, et dans la suite), et même avant de taper sur Trump, il a fait bien pire et plus risqué (si tu le découvres, va voir son intervention de 2006 en tant que comédien invité au White House Correspondents dinner, et ce qu'il a dit juste à la face de Bush et Cheney).
-
Avec la justice américaine, tu sais jamais: les cas sur les trucs les plus sérieux qu'il a au cul pourraient ne rien donner, et les plus génériques et/ou triviaux pourraient déboucher sur le jackpot. Après tout, Al Capone est bien tombé, et son empire avec lui, pour fraude fiscale. L'important semble plus être du côté du juge et/ou du circuit statuant sur l'affaire en question, et sur l'équipe attaquant: s'il y a de l'effort, de la volonté et des moyens derrière ce genre de plainte, c'est ainsi que ça peut payer, et pas tant sur le côté "sexy" du chef d'inculpation. Les trucs les plus énormes qui pendront au nez de Trump seront à mon avis dans la gestion de ses énormes dettes (et celles des structures dont il est actionnaire) détenues par des grandes banques américaines et étrangères (dont la Bank of China.... Je suis plus sûr du nom exact tout d'un coup , mais c'est une grosse banque d'Etat de la RPC), et ce qui va leur arriver maintenant qu'il a un autre genre de jetons de négo à mettre dans la balance. Prouver quoique ce soit dans ce type d'affaires sera incomparablement plus dur, et ne trouvera donc pas forcément de débouché judiciaire. Donc le taper sur ses hôtels et leur fréquentation, sa façon d'opérer avec ses sous-traitants ou son personnel, c'est moins bandant, mais c'est possiblement plus lucratif en justice (et donc en politique). Ca reste toujours la tendance lourde, et surtout pour les médias audiovisuels, et il faudra longtemps avant qu'une vraie capacité de journalisme d'investigation et une d'analyse profonde (qui puisse atteindre une audience) ne renaissent, vu la domination culturelle absolue de l'access journalism, des "cultural criticisms" (HuffPo, Salon....) et du clickbait journalism. Savoir en plus si se passer de ces 3 derniers pourra déboucher sur un modèle économique viable est encore une question supplémentaire, tout comme le fait de savoir si les "corporate masters" qui dominent le secteur de la presse hyperconcentrée et l'utilisent pour un agenda plus vaste, laisseront faire, et si oui jusqu'à quel point. Mais il n'en reste pas moins que ça devrait rappeler à tous les fanas des "citoyens journalistes", des médias sociaux et de "la presse à l'ancienne, c'est fini", que c'est cette "vieille presse" qui reste la seule à pouvoir aller chercher l'information, qui a les structures et réseaux en place (et les moyens de les payer) pour acquérir la matière première du débat. Sans elle, il n'y a que les Alex Jones, Breitbart et consorts, qui inventent n'importe quoi (ça coûte moins cher), et ceux qui réagissent, attaquent et suivent la ligne du parti, la plupart du temps sans beaucoup d'infos pour armer leur propos. EDIT: petit fait d'actualité, donné ce matin en direct par Claire McCaskill, sénateur démocrate du Missouri. Mike Pompeio devrait être confirmé comme directeur de la CIA sans problème, avec une confortable marge donnée par une bonne portion des démocrates.
-
L'un des vrais problèmes de ce genre de posture, est que même s'ils le faisaient, ça ne paierait pas forcément: Poutine a divisé sa presse depuis le début, entre opposants et partisans, et ce qui compte n'est pas ce que les uns et les autres disent, mais qu'il domine toute la trame narrative, se nourrissant avant tout de l'attention et de la division. La presse américaine, même si elle passait soudain par une renaissance complète sur les plans éthique et journalistique, sur ceux de la rigueur, de la moindre partialité ou, à l'inverse, des fausses équivalences, sur l'access journalism, sur l'investigation.... Ne pourrait vraiment avoir d'impact si elle continue à jouer ce jeu de l'omnitrumpisme et de la dépendance à la cascade d'info venant de Trump ou au sujet de Trump, sinon ils continuent à jouer sur son tableau. Les médias qui auront des couilles et une vraie chance d'impacter la scène publique seront ceux qui auront la capacité de trouver une audience et le courage d'éviter Trump, d'éviter de lui donner une tribune aisément ou de dépendre de lui pour la quête au consommateur, sinon ils s'enferreront dans un éternel fact-checking de chaque ligne de discours et de positions, qu'il truffe de mensonges. Si le White House Press Corps, particulièrement ciblé par Trump, décidait de ne plus se pointer aux conférences de presse, ils gagneraient beaucoup de crédibilité et de marge de manoeuvre. Mais bon, c'est l'ère des médias corporate aux ordres des grandes boîtes, et de l'access journalism. Donc la "renaissance"....
-
Une anecdote amusante-inquiétante-insultante, qui illustre la méthode Trump: la Maison Blanche a beaucoup fait pour médiatiser le discours de Trump dans le hall de la CIA, devant le "mur aux étoiles" commémorant les agents tués en service. Dans le discours, il parle beaucoup de lui, et paie quelques compliments aux agents de la CIA que, quelques jours auparavant, il a pourtant littéralement comparé à des nazis, et les images sorties par ses communicants insistent surtout sur les applaudissements de la "foule".... A ceci près que le hall dans lequel il se tient est en fait assez petit et ne pourrait contenir plus d'une cinquantaine de personnes alignées comme le document semble le suggérer, et que si on entend des applaudissements, on ne voit pas vraiment les gens montrés à l'image applaudir. Au contraire, on voit des têtes se tourner pour chercher d'où viennent les applaudissements. L'angle de la caméra est très resserré, ne montrant qu'une petite partie de l'audience pour donner l'impression d'une foule dense (un vieux truc), mais ce qui semble transpirer de l'événement, et qui a été confirmé par des agents et ex-agents (et le téléphone arabe de ces pipelettes en ce moment très remontées), ainsi, surtout, que par le directeur sortant (Brennan), est qu'il y avait une "applause team" (équipe d'applaudissements) derrière les agents, dans les couloirs menant à ce hall d'entrée. La réalité alternative, les "faits alternatifs" (si je décrète qu'un Paris-Brest est une salade alternative, ça fait partir les calories?), au coeur même du renseignement dont la manipulation des perceptions est déjà une partie du coeur de métier en temps normal: noooon, ce n'est pas inquiétant.
-
Les photos comparatives ont été prises aux mêmes heures, et le moment de l'investiture ne change pas aux USA, l'heure de la passation de pouvoir symbolique et officielle étant toujours la même quelle que soit l'année. Montrer les deux photos côte à côte est donc entièrement valide, et dans ce cas, révélateur. La phtoto qui semble plus plaire aux Trumpistes, celle prise sous l'angle opposé, depuis les marches du Capitole sur sa façade ouest (enfin, techniquement, la photo est prise du toit du Capitole pour voir l'audience immédiatement à proximité), ne montre qu'une zone bien plus petite.... Qui est celle où se concentre l'essentiel des places payantes, et surtout des places offertes aux gens "intéressants": dans cette prise de vue, il y a bien peu de gens non intéressés: ce sont les politiques et leurs familles et amis, les lobbyistes et leurs familles et amis, et toutes sortes de parties intéressées, qui forment l'essentiel de cette foule immédiatement autour de l'estrade où le président entrant prête serment. Quelques milliers de gens pressés entre les marches et l'étang "miroir" devant le Ulysses S Grant Monument n'est pas difficile à assembler: c'est une zone étroite, pour qui a déjà vu les lieux, qui ne commence à s'élargir qu'après l'étang, pour s'ouvrir sur le "National Mall" qui est cette grande perspective herbeuse (puis acqueuse après le Washington Monument -la grande obélisque- et jusqu'au Lincoln Memorial) où la grande foule est censée être.... Et où elle n'était pas vendredi. Même si évaluer une foule sur photo reste difficile, il y a quantité d'indicateurs soulignant à quel point la fréquentation de l'Inauguration a été réduite, non seulement par rapport à Obama, mais par rapport à la "moyenne" de l'histoire récente. Et la météo n'est pas vraiment un argument: c'est Washington en janvier, elle est toujours pourrie et très froide, et personne ne décide (et ne peut, d'ailleurs) de venir au dernier moment (on prévoit ça assez longtemps à l'avance) sauf les "locaux" (la ville proprement dite et les comtés environnants), ce qui limite sévèrement le poids du facteur météo. Un indicateur très net: le vide des rues pour la parade, le vide des tribunes sur ce trajet, y compris devant même la Maison Blanche. La sécurité n'est pas plus un argument: des journalistes ont parlé avec suffisamment de flics et même des membres du Service Secret, et n'ont aucune difficulté à voir que ce que Sean Spicer a déblatéré sur le sujet est complètement faux (par exemple l'usage de magnétomètres). Ce n'est même pas polémique. Parmi les indicateurs chiffrés, on a par exemple le nombre de cars réservés pour les non locaux, qui fut ridiculement bas (393), surtout comparé à ceux pour la manif de samedi (1200). On a aussi la fréquentation du métro de Washington (570 000 environs, et surtout, seulement 193 000 avant l'heure de l'inauguration), qui fut plus basse que celle d'un jour de semaine normal (639 000), soit l'inverse des proportions qu'on trouve dans les autres inaugurations (1,1 millions de voyages fréquentation pour celle d'Obama)..... Et Sean Spicer a menti de façon flagrante sur la chose, balançant des chiffres inventés. Un type qui ne se sentirait pas le besoin de mentir et/ou de couvrir un fait embarrassant n'aurait pas à conclure sa phrase d'ouverture ("ce fut l'inauguration la plus fréquentée de l'histoire") avec un "period" ("point final") retentissant. Un autre point de comparaison facile à obtenir: les audiences télés, pour voir l'audience de la retransmission de l'événement. Et là encore, Trump est derrière Obama avec ses 30,6 millions de téléspectateurs contre 38 pour Obama, ou 42 pour Reagan (Trump est tout juste devant les 2 Bush et Clinton, cependant), ou encore 33 millions pour Nixon en 1973, et 33 millions pour Carter (moins de télés par foyer et population plus réduite, pourtant, pour Nixon, Carter et Reagan). Autre indicateur, assez révélateur: le marché. Les "scalpers" (ceux qui achètent des paquets de tickets pour les revendre avec plus value) n'ont pas fait de bénefs sur le terrain des tickets payants, et dans pas mal des cas, à ce qu'il semblerait, ont même opéré à perte, ne trouvant bien souvent pas d'acheteurs. Plus largement, l'événement a peu intéressé dans les semaines et jours précédant l'heure H: la fréquentation sur les pages liées à l'inauguration était faible, et saturée de bots essayant désespérement de clamer qu'il fallait s'empresser de prendre des tickets parce qu'ils partaient vite, de réserver des transports.... Le fait est que la fréquentation de ces pages était trop faible pour masquer ces bots, du coup peu espacés les uns des autres et aisément repérables. Mais tout ça ne serait effectivement que du détail si ça ne suivait pas un parcours maintenant plutôt clair dans la communication trumpienne, et qui peut être authentiquement inquiétant pour la suite: la dénégation totale de toute forme de fait et la création d'une réalité rhétorique alternative, aidée par mille et uns changements et méthodes, comme par exemple le musèlement (tenté et/ou effectif) progressif du CBO, celui des organismes chargés des questions éthiques, le parasitage de certaines procédures, le recours à des discours dystopiens et alarmistes (très poutinesque: créer la rhétorique de la citadelle assiégée et de la menace omniprésente et permanente, du "rien n'est vrai sauf ce que je dis"....), l'opposition aux médias qu'on lance aussi sur des centaines de fausses et vraies pistes en permanence, comme méthode de prestidigitation (détourner l'attention, occuper), un possible activisme judiciaire à leur encontre.... Sa stratégie fondamentale est, en s'appuyant sur l'impopularité (en grande partie légitime) des médias, est de délégitimer les faits, dans la grande logique autoritaire du "croyez-moi, pas les autres, pas la réalité". Quand un type se fout complètement du débat public, de la vérité ou de son mandat (il est là pour faire son beurre et/ou satisfaire son ego), il a un niveau de liberté d'action peu ou pas compatible avec le fonctionnement d'une démocratie; les institutions, formelles (lois et la volonté et la capacité de s'en servir, opposition organisée, institutions judiciaires) et les "non formelles" (vie civique, scène médiatique, activisme) seront-elles assez solides et réactives pour s'adapter à cette nouvelle donne? Quand je vois l'évolution de la scène médiatique (médias sociaux inclus), je suis franchement en train de me demander si nos démocraties sont capables de survivre aux prochaines années/décennies. Un changement était nécessaire vu les abus du "système" régissant le fonctionnement de la vie démocratique (la scène publique, donc l'arène médiatique, principalement), mais ce qui semble prendre le lead actuellement n'est pas glorieux, voire franchement inquiétant. L'un des problèmes qui va devenir majeur sur la scène publique US (et l'est déjà à bien des égards comme l'a montré l'élection) et partout ailleurs, est qu'il y a de moins en moins d'espaces d'échanges communs où les avis divergents se rencontrent, surtout publiquement, et où même un embryon de "vérité" commune puisse être établi, à partir duquel on se déchire "normalement" sur la manière de l'interpréter. Et Trump redouble d'efforts et de moyens pour faire empirer la chose, en ne souscrivant même pas au minimum nécessaire à la base d'une discussion commune, niant tout fait ou, plus largement tout ce qui ne le porte pas aux nues, et en plus inventant sa propre réalité. C'est très problématique pour le débat public de court terme, et pour le moyen terme (celui des élections), il faut encore attendre de voir comment cette sauce prend: quelle taille d'audience peut-il attirer et maintenir dans cette réalité alternative? Il semble déjà avoir perdu beaucoup de monde depuis novembre, et s'être durablement éloigné de toute possibilité de majorité (il faudra beaucoup de réussite économique, vraiment beaucoup, pour changer ça, et il ne semble pas en prendre le chemin), mais peut-il (et ça semble être le job de Banon) parvenir à une masse critique suffisante? Parce qu'il se fout bien que la majorité des gens le croient quand il balance ses craques: en le faisant, il dit juste "je peux le faire, j'ai le pouvoir, et vous ne pouvez rien y changer parce que vous ne comptez pas". Ce qui est la méthode des autocrates. Pour l'anecdote, un autre indicateur chiffré: le concert de l'inauguration (jeudi soir) a eu une audience de 10 000 personnes environs. Celui d'Obama avait eu 400 000 personnes. Mais ça n'empêche pas Trump de prétendre qu'il s'est agi d'un immense succès, du jamais vu. La grande illusion.... La qualité cinématographique en moins. On peut admirer la technique de l'arnaqueur professionnel, mais c'est tout. Rien n'est vrai chez ce gars: businessman foireux (quoique la présidence va sans doute lui permettre de changer ça) qui a réussi à perdre de l'argent en opérant des casinos en zone ultra urbaine et riche et à se mettre en banqueroute 5 fois, il se présente en modèle de réussite, et parvient même à se donner une image de self made man, lui qui a tout hérité et a été constamment sauvé par son paternel (pendant toutes les années 80 et 90), puis par deux milliardaires qui viennent d'obtenir leur retour sur investissement (Icahn et Ross), et vont se repayer sur le dos de l'Etat. C'est le président plaqué or: que de la gueule! Mais il sait la vendre.
-
Le problème pour ceux que tu mentionnes est que je ne peux les qualifier de "régal" en raison des défauts structurels de Clancy: des personnages creux, superficiels, stéréotypiques, aux échanges, développements et relations du coup sans intérêt. C'est gênant quand c'est ce qui remplit des intrigues qui, mêmes bourrées de bonnes idées, avec un bon principe initial et une grande richesse de connaissances sur le fonctionnement de certains systèmes technologiques et organisations bureaucratiques, restent des thrillers, cad dépendant avant tout de l'élément humain, d'histoires personnelles, de motivations (profondes ou non, cachées ou non), de craintes, de décisions et d'interactions. C'est pas tout d'avoir un bon background et une bonne connaissance de ses mécanismes et champs de possibilités: ça reste la scène, et lui avait un problème avec le script et les acteurs. C'est satisfaisant jusqu'à un certain point (ça dépend de ce qu'on attend), et, dira t-on jusqu'à un certain âge. Sinon, pour revenir au sujet, et particulièrement au problème posé par le processus de nominations et de staffing de son exécutif, une partie pour Trump pourrait être tactique et pas due à l'incompétence, ou plutôt, il se pourrait qu'il s'agisse d'un choix tactique suite à l'accumulation de gaffes et d'incompétence. Ce que je dis ne vaut essentiellement que pour le cabinet, pas pour les milliers de postes de décisionnaires, conseillers et managers. Les nominés de Trump pour son cabinet sont si problématiques, soit pour leurs motivations vénales ou idéologiques, soit pour leur incompétence, soit pour toutes ces raisons à la fois, qu'il pourrait avoir volontairement choisi de délayer leur processus de confirmation (et donc, initialement, l'annonce de leur nomination) afin d'obtenir du Sénat une procédure accélérée en créant un sentiment de panique et d'urgence contraignant les élus à "passer" ces personnages controversés au plus vite, afin ensuite de commencer à staffer les agences et services de la bureaucratie exécutive. Si une catastrophe naturelle survenait demain, par exemple, la FEMA est vide de décisionnaire actuellement, et si un problème survenait dans un pays ou un autre, il n'y a dans les faits plus beaucoup d'encadrement supérieur dans les ambassades, ni dans les organismes correspondant à Washington, que ce soit au Département d'Etat, au Pentagone, dans les agences de renseignement ou au Conseil National de Sécurité. Et les quelques 690 postes administratifs (parmi les 4000/24 000 à pourvoir par le président seul, ou lui et son cabinet) devant passer par une confirmation au Séant ne peuvent être examinés avant que le Cabinet ne soit en place. Créer l'urgence, donc, afin d'accélérer le processus et d'éviter un examen approfondi, et surtout un qui soit médiatisé: il est fort possible que les trumpistes essaient de raccourcir le temps d'exposition politique et médiatique de force (notamment pour éviter le spectacle d'insuffisance, d'idéologie et/ou de corruption qui a été donné lors des premières auditions de Tillerson, Mnuchin, DeVos....) et de faire passer leurs choix sans sacrifier à la transparence ou donner le temps de la réflexion à l'audience politique et nationale. De fait, ça peut marcher: le sentiment d'urgence et de panique est une possibilité réelle (pour les sénateurs ayant encore un semblant de conscience), mais surtout, plus ça traîne, plus se crée une possibilité que l'absence de progrès devienne dans la perception publique la faute des sénateurs. C'est pas gagné, surtout avec des candidats qui n'ont pas la faveur de la majorité de l'opinion et font partie des raisons pour lesquelles Trump a dégringolé en popularité, alors qu'il devrait avoir son "état de grâce", qu'il a complètement gaspillé.
-
1. Plus le temps passait, moins ce qu'il écrivait avait la moindre pertinence: je dirais au jugé que ça ne vaut même pas la lecture passé le bouquin avec la guerre américano-japonaise 2. Le seul point intéressant qu'il y a jamais eu dans ses bouquins était l'aspect technico-militaire, avec d'occasionnelles perles (juste l'idée de départ, et parfois une partie de l'exploitation, mais rarement la suite, et surtout pas la conclusion) dans les intrigues de fonds et/ou les "stratégies" employées comme ressorts d'intrigues. Tout le reste, persos, échanges entre eux, histoires individuelles, motivations, visions géopolitiques.... Ca ne vaut rien du tout. J'avoue que malgré tous ses défauts (notamment le dénouement, et certains facteurs qui orientent l'évolution du conflit, sans même parler de l'improbable retenue nucléaire), Tempête Rouge (un "non Jack Ryan") fut un très bon moment de lecture (peut-être que ça vient aussi de l'âge auquel je l'ai lu), où ça se lâche bien et où la trame de fond tient la route jusqu'à un certain point, où l'idéologie n'empiète pas trop sur la "gestion" du récit par l'auteur.
-
Il n'aurait jamais osé, voyons: c'est lui qui nous a si bien montré que les Américains étaient fondamentalement influencés par "le bien" dans leurs choix politiques, et que rien ne cafouillait jamais dans leurs matériels militaires, tandis que l'opposition était toujours nulle, conne et équipée de matos foirant tout le temps parce que pas fabriqué dans les usines privées-donc-vertueuses des Zétasuni de Meuwica!
-
Sauf des aides militaires responsables parlant à leur patron direct, Mattis, qui leur dit de ne pas laisser les jouets à la portée du gamin? Suffit de lui jeter son portable branché sur Twitter, ou de lui montrer un truc avec son nom plaqué or dessus, pour détourner son attention, ou plus simplement encore, d'avoir une célébrité d'astreinte au bout du fil, prête à balancer une insulte sur Trump, dans les médias ou médias sociaux, braquant son esprit sur tout autre chose. Elle est pas bonne ma tactique?
-
Il y a eu pas mal de mouvements au Congrès ces derniers jours, notamment pour rendre les publications du CBO et les études d'impact des lois votées (du CBO et d'autres) nettement moins publiques et plus commodément bypassées. Ca donne le ton de la façon de faire qui va régner pour au moins 2 ans. Pour la politique économique, on pourrait presque croire à la version moderne d'un vieux mécanisme: on ne veut pas toucher aux profits et au pactole des copains (ou de ceux que Trump veut avoir comme copains), qui possèdent pourtant déjà à peu près tout, donc on blâme l'étranger et on le vise, d'une part avec la promesse vague de "meilleurs deals" (et si vous croyez qu'on peut changer la loi des grands nombres de l'économie américaine avec ça, ou que le pays va obtenir des deals à ce point meilleurs parce que Trump le dit, j'ai vraiment une floppée de châteaux en Espagne à vendre. Et pas besoin de s'emmerder avec les titres de propriété, c'est du tout bon.... "Believe me") qui renvoie aux curés promettant le ciel, ou aux cocos promettant le grand soir et les lendemains qui chantent sur l'aube nouvelle de l'humanité, et d'autre part, avec le ciblage de quelques "étrangers" en particulier, avec qui on pourrait ou non risquer un début de guerre commerciale (en croyant pouvoir contrôler la chose? C'est mignon.... Vraiment touchant), qui, selon les circonstances, pourrait ou non avoir le potentiel de dégénérer en "plus si affinités". Depuis les grands féodaux, rois et pape détournant les énergies de leurs trop-pleins de vassaux avides et agressifs (parce qu'il y en a beaucoup, et parce qu'on veut pas redistribuer trop de trucs) vers les croisades, ou n'importe quel chef, seigneur ou leader ré-aiguillant les mécontentements intérieurs, qu'on ne veut pas adresser, vers des cibles désignées à l'extérieur, rien ne change. Le tout orchestré par un gars qui va être littéralement à la botte du Congrès pour toutes les merdes et conflits d'intérêts qui lui pendent au nez, et parce qu'il ne connaît rien à la gouvernance et à la façon dont fonctionne le pouvoir. Au moins pour une certaine période de temps: il va devoir apprendre, lui qui n'a aucune curiosité intellectuelle (et c'est chiant à apprendre, tout ce que la loi et les règles permettent à un élu: c'est plein de lignes et paragraphes se renvoyant sans cesse les uns vers les autres), et il va surtout devoir disposer d'un exécutif fonctionnel et compétent, ce qui a très mal commencé. Bref, déjà en temps normal, le Speaker est le personnage le plus puissant des USA en terme de politique intérieure (et notamment pour ce qui regarde le processus budgétaire, duquel tout dépend), mais là, Ryan a la haute main, uniquement tempérée par l'estimation du moment sur la nécessité de coopérer avec Trump en raison de l'élan électoral qu'il a pu avoir et peut peut-être encore procurer: de l'évaluation du "cours" de ce capital par le GOP dépend en fait la seule marge de manoeuvre politique que Trump pourra avoir, au-delà des apparences (celle qu'il a par ce que sa fonction permet par elle-même est gravement réduite par sa méconnaissance du sujet et le bordel de son staffing). En fin de semaine, le GOP, McCain en tête, a proposé un budget militaire à plus de 640 milliards, en lourde augmentation par rapport au dernier initié par l'administration sortante, et qui fait la part belle non à l'amélioration de la solde ou des conditions de vie et de travail des militaires, et pas non plus à l'entraînement, mais aux acquisitions (jusqu'à 59 nouveaux navires, dont 5 SNA, une floppée de F-35 en plus pour les 3 services aériens....), rappelant que McCain reste l'investissement sûr du lobby militaro-industriel bien avant d'être préoccupé par une certaine vision de la puissance américaine. Un fait intéressant dans les développements qui pourraient en venir: McCain a avancé la possibilité d'un "fonds de guerre" de 60 milliards sans aucune obligation de transparence, soit un pur "slush fund" discrétionnaire pour l'exécutif, qui amplifierait de facto infiniment les war powers act du président. Ca renvoie à une patate chaude qui revient régulièrement à Washington: l'établissement ou non de l'anglais comme langue officielle des USA, qui n'ont, sur le plan légal, pas de langue officielle. Le camp républicain essaie chaque année depuis 1973 (le plus souvent, c'est plus un rituel qu'autre chose) de faire passer une loi établissant la chose, mais cela échoue et personne ne se bat très fort là-dessus, mais occasionnellement, ça peut servir de prétexte à une empoignade politique aux nombreuses ramifications. Avec une administration aussi idéologique, et surtout désireuse de faire du splash et de surcompenser ses insuffisances et ses méfaits par le spectacle et le détournement d'attention, ce sujet pourrait devenir un bon prétexte.
-
Les Américains qui dans leur grande majorité désaprouvent la composition du cabinet de Trump? Au moins, l'avantages des politiques professionnels, si on peut les tenir avec des règles éthiques un peu solide (ce qui n'a pas suffisamment été le cas dans une période récente), on a des gens qui dépendent au moins un peu des résultats qu'ils produisent une fois en poste, parce que leur avenir et leur image d'eux-mêmes y est lié. Le système peut être plus ou moins parasité par les partis politiques eux-mêmes, qui peuvent, souvent un peu trop, "faire vivre" les dits politiciens ayant connu un échec et visant à faire un comeback, mais c'est gérable. Les gens fortunés qui se lancent en politique, eux, peuvent se contenter de faire un "raid": quelques années, voire quelques mois, en poste, suffisent souvent pour obtenir un jackpot ou un autre. Et même s'ils foirent, ils n'en ont rien à branler. Eisenhower avait pour principe dans le recrutement de son cabinet et de l'ensemble des fonctionnaires "discrétionnaires" de l'exécutif, qu'il ne voulait pas faire venir une seule personne qui pouvait se permettre (financièrement) d'être là (traduction littérale: ça perd un peu de sens en français). Il voulait que les gens bossant pour lui dépendent de ce job et le fassent parce qu'ils le voulaient plus qu'ils ne désiraient leur confort personnel.
-
Entendu sur SNL hier soir: -"jeudi soir s'est tenu le concert de l'Inauguration présidentielle, au Lincoln Memorial, avec Toby Keith, Lee Greenwood et 3 Doors Down.... C'était la 2ème plus mauvaise représentation live à laquelle Abraham Lincoln ait jamais assisté" (note au cas où: Lincoln a été tué pendant une pièce de théâtre) - "beaucoup ont noté que la foule présente à l'Inauguration était plus petite que d'habitude, mais on ne peut attendre des gens qu'ils poireautent des heures dans le froid et la pluie quand ils savent qu'ils sont sur le point de perdre leur assurance maladie" - "l'audience de la women's march à Washington semble avoir été au moins deux fois plus grosse que celle de l'Inauguration, mais, vous savez.... La taille ne compte pas.... Pas vrai mesdames, j'ai pas raison? Non?"
-
Faut pas avoir d'illusions sur le "pouvoir" des médias sociaux maniés par un politicien en particulier, et en plus un aussi impopulaire et qui n'a pas la moitié du nombre de followers d'Obama (et seulement une petite fraction des followers fait vraiment attention et suit régulièrement). Il peut communiquer avec les plus hardcore de sa base, et l'impact que ça ou que ça n'a pas dépend avant tout de la façon dont la grande presse y réagit, et des circonstances. Dans les circonstances d'une campagne électorale, où tout se ramène à l'affrontement de quelques personnalités, puis de 2 dans la phase finale (tout devient purement manichéen, tout le monde s'informe et cherche l'actualité, l'attention est entièrement concentrée sur les deux et polarisée entre eux), avec des milliards déversés sur la campagne et les médias, et la grande majorité des gens qui font attention à la politique (contrairement aux autres années), l'impact des egos qui se confrontent est plus grand: il y a des enjeux palpables, des craintes, un énorme effort médiatique pour tout dramatiser et tout pousser aux extrêmes pour radiner de l'audience, et les personnalités qui s'opposent en viennent à incarner ces attentes. En année "normale", rien de tout ça, en tout cas pas à un dixième de l'intensité. Et pendant cette campagne, dans ces circonstances, la "grande" presse a continué à sur-réagir à tout ce que faisait et disait Trump comme s'ils étaient des chats et lui avait un pointeur laser, avant tout parce que ça faisait de l'audience. Hors année présidentielle, il va s'apercevoir que ce pouvoir disparaît, parce que l'attention va ailleurs, et qu'il n'a pas d'adversaire polarisant, pas incarné en une seule figure portant les enjeux: il est le seul en lice, il est la cible de tout, le responsable de tout. C'est aussi ça, être le président: celui en position exposée pour prendre tous les coups, sans personne à pointer du doigt (la grande habitude de Trump) qui puisse réellement prendre le blâme. Les médias vont s'adapter, ou en tout cas certains le feront, en essayant de moins prendre ses appâts (moins tentants hors année électorale) et de lui donner de l'attention (ce que réclame un égocentrique avant tout: il fait son beurre du regard des autres, bon ou mauvais); s'ils ne le font pas, c'est là qu'ils perdront vraiment leur force d'impact.
-
Heroic fantasy et SF militaires
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
C'est l'évolution de l'infanterie telle qu'elle sort du Moyen Age (j'avais créé un article éponyme dans la rubrique histoire), principalement autour du modèle des carrés suisses (le plus influent), principalement formés de hallebardiers, puis de piquiers, qui se sont complexifiés en devenant "interarmes", les piquiers formant la majeure part de l'effectif et le principal système d'arme, avec des groupes de hallebardiers et/ou d'épéistes lourds dans les rangs pour des attaques de choc ponctuelles, et des gens de traits (arbalétriers surtout) sur les flancs pour couvrir et appuyer. La diffusion des armes à feu portables pendant les guerres d'Italie a rapidement remplacé les arbalètes, mais en gardant le même principe, et à partir de là, et progrès technique et tactique aidant, l'évolution de l'infanterie et des modèles tactiques s'est faite autour de ces formations, dans le sens d'un accroissement constant de la part et du rôle des armes à feu, et d'une diminution parallèle de la proportion et du rôle des piquiers et hallebardiers, jusqu'à la disparition finale de la pique à la fin XVIIème-début XVIIIème siècle (notamment avec la généralisation de la baïonnette à douilles). Parmi les formations et unités "pike and shot" (pas vraiment d'expression française équivalente qui soit rentrée dans les moeurs: on parle juste de l'infanterie, dont c'est une période) connues, on trouve les carrés suisses, les unités de lansquenets (landsknecht), les tercios espagnols, les brigades du "modèle hollandais" de Maurice de Nassau, les bataillons français (utilisation tactique plus commode des effectifs des régiments d'infanterie), le "modèle suédois" (plus interarme et composite, incluant cavalerie et artillerie, donc plus un modèle tactique générique qu'une formation d'infanterie proprement dite) de Gustave Adolphe. -
Le "Women's March" semble être devenue, comme ça semblait être prévu, une manif anti-Trump, étant jointe par toutes sortes de mouvements: la barre des 500 000 manifestants à Washington DC aurait été passée, ainsi que celle des 2 millions, peut-être jusqu'à 3, dans le pays via autour de 600 "sister marches" (la plus vaste est à LA: 750 000 personnes), et, Dieu seul sait pourquoi, 1 million de plus un peu partout dans le monde (66 pays): autour de 7000 à Paris (et d'autres en province), et même 30 personnes qui ont fait une sorte de manif en Antarctique (pour le climat). On parle aussi d'une marche de 100 000 personnes ayant défilé de Grosvenor Square jusqu'à Trafalgar Square en passant devant l'ambassade américaine à Londres (j'ai pas été vérifier beaucoup d'articles, et la police ne semble pas avoir publié ses estimations), principalement sous la bannière "women's march", mais avançant aussi un tas de trucs, dont une opposition au Brexit. Mais en termes d'effectifs et de visuels, ça semble très nettement plus impressionnant que l'inauguration du Donald.... Même si je doute que ça changera quoi que ce soit aux discours des deux "camps narratifs" en place.
-
Sean Spicer, le nouveau "White House Press Secretary", devrait recevoir officiellement le nom devenu titre de Baghdad Bob.
-
C'est la phobie du mois de mai, ou la phobie de la mayonnaise ? Mais bon, de toute façon, depuis sa photo de cette semaine dans ce tailleur venu d'on ne sait où, on peut scientifiquement, définitivement être sûr de la chose: quoiqu'elle dise, quoiqu'elle fasse, Theresa May a eu, a et aura toujours tort! Et elle est sans doute aussi coupable de tout et depuis toujours. Mais c'est moi, ou ces déclarations de May sonnent surtout comme une grenouille (ironique quand on parle d'Anglais) qui veut se donner des airs de boeuf, mettant encore en avant cette baudruche de la "special relationship" et la "discussion au sommet" entre "grands" quand elle ira voir le Donald? Ca sent le creux, ça sonne creux, et ça a vraiment l'air d'être du creux. Du pur voeu pieux. Mais on sait jamais: à ce stade, alors que tout est nouveau pour un Donald qui n'attendait pas vraiment d'être président, qu'il ne va pas avoir d'organisation fonctionnelle de l'exécutif avant des mois, qu'il va découvrir le monde des adultes (qu'il ne connaît pas, malgré les airs qu'il se donne) et la masse de connaissances qu'il faut avoir pour diriger un pays (dont il n'a pas le quart du millième), il est possible que son opinion, pendant un bon moment, soit plus forgée par celles des autres, par ceux avec qui il interagira le plus dans cette période initiale (genre, pendant quelques mois, il faut être le premier à aller le voir sur un sujet.... Mais le dernier à lui parler dans la réunion: c'est ça qui l'impactera le plus). Mattis a été confirmé, donc pour ce qui est de la politique étrangère dans le domaine de la sécurité, on peut se dire qu'il y a un adulte dans la pièce, et qu'il ne semble pas du genre à se laisser tyranniser.... Pour le reste des relations internationales, May espère peut-être acquérir un certain niveau d'influence personnelle sur ce décideur encore très malléable à ce stade. Robert Reich, un autre ancien de l'administration économique de Reagan (et qui avait soutenu Sanders) est du même avis. Quoique je trouve les opinions toujours promptes à garder la mystique de l'ère du reaganisme, où la croissance a été achetée à crédit via une explosion de l'endettement public ET privé. L'un des problèmes de la narration actuelle est qu'il y a en fait 2 narrations complètement antithétiques, avec chacune leur "politiquement correct" n'admettant que certaines formules, sujets et façons de les présenter, et qui anathémisent tout ce qui sort du credo (dans les deux cas, aussi mal défini qu'impitoyable).... Et toutes les deux se sont graduellement éloignées de toute forme de réalité cohérente, même si la "narration" conservatrice l'a plus fait et depuis plus longtemps. Mais le vrai truc grave est que ces deux récits (pour bien des raisons, dont en grande partie le fonctionnement actuel de la scène médiatique, des grands médias aux médias sociaux, et même jusqu'aux relations personnelles) sont désormais si retranchés qu'ils en sont devenus quasiment incompatibles même sur des points de détail, voués au pur rapport de force, et témoins de l'absolue polarisation politique et médiatique américaine. Sur le plan économique, on a les conservateurs restant dans leur délire complet tourné vers le big business et les grandes fortunes qui doivent être toujours plus "libérés", et on a Trump lancé dans un trip aux champignons magiques sur une Amérique ressemblant au monde de Mad Max. En face, on a l'establishment démocrate et le thème générique qu'il impose et dont il interdit de dévier dans la conversation, comme quoi le chômage a disparu avec Obama, et le fait que le Dow Jones ait triplé en 8 ans veut dire que la prospérité est là: aucun autre indicateur n'existe. Le fait que le nombre d'heures hebdomadaires travaillées n'ait pas bougé en plus de 2 ans, par exemple, alors que le taux de chômage officiel continuait à baisser, ne veut rien dire, pas plus que l'absence d'évolution des revenus (hors ceux des one percenters) sur 5, 10, 20 ou 40 ans. Ou encore pas plus que le taux de participation au marché du travail soit abyssalement bas (grave chez les hommes, catastrophique chez les femmes). Sans même parler, chose que les démocrates ont soigneusement évité de faire, des derniers résultats en matière de revenus par tranches de population (qui indiquent que de fait plus de la moitié des Américains peuvent être considérés en pratique comme pauvres, et qu'à part le premier quintile, c'est pas beaucoup plus glorieux au-dessus). Et ne parlons surtout pas des niveaux d'endettement (cartes de crédit, dette étudiante....) et de la proportion d'insolvables de fait (niée), ou de la réalité de l'assurance maladie et des défauts de l'ACA et de l'assurance maladie en général aux USA (rapports de force inchangés sur le marché, nouveaux assurés étant pour l'essentiel sous Medicare/Medicaid, gens rapidement éjectés des contrats, et surtout, la très mauvaise couverture de la grande majorité des contrats). Bref, il est désormais religieusement tabou à gauche de ne pas porter le bilan obamesque aux nues (pour ce qu'il a pu faire: on ne peut pas lui mettre l'obstructionnisme républicain sur le dos). Le point est que plus le temps passe, et encore plus avec ce nouveau pouvoir qui va favoriser la consolidation d'une grande narration de droite et d'un "camp" médiatique plus vaste (plus "mainstreamé") pour le porter, le niveau de polarisation risque d'atteindre des sommets, portant avec lui le risque d'un immobilisme ou d'une fragilité (si on anticipe un retour de bâton brutal à chaque élection, chaque nouvelle majorité défaisant tout ce qui a été fait avant.... Comme chez nous) du pouvoir américain qu'on n'a encore pas vu.
-
Provoquer une hausse des cours? Ca semble un peu hors d'atteinte vu l'état de la demande mondiale: il faudrait que la Russie accepte de beaucoup limiter sa production pour avoir un impact. Pourquoi Poutine ferait-il une telle fleur à Donald? Il lui a déjà donné son nouveau job La fin des sanctions vaudrait-elle la perte sèche que la Russie encourerait? Surtout quand le commerce US-Russie est de toute façon si petit et que l'influence trumpiste en Europe ne risque pas d'être aussi grande que ce qu'il peut penser. De toute façon, c'est pas vraiment des manoeuvres à deux, surtout avec des USA voulant voir leur production retrouver ses niveaux d'il y a 2-3 ans, qui vont changer l'état du marché, ou donner la moindre envie à Poutine de filer un coup de main. Je vois pas vraiment ce qui pourrait valoir ou permettre un effort coordonné dans cette direction.
-
Pour l'ALENA, il va avoir à faire autre chose que de la rhétorique, parce que le GOP au Congrès le laissera pas faire joujou avec ça: les sponsors corporate (et donc son cabinet) n'aiment pas ce genre de discours. Pour le pétrole et le gaz de schiste, qu'est-ce que ce genre de déclaration veut dire? J'ai pas vraiment eu l'impression qu'il y avait de fortes restrictions à leur exploitation..... Et il compte faire quoi? Décréter tout d'un coup que la demande mondiale est de nouveau très forte et les prix suffisants? Si le ton qu'il donne est indicatif, c'est du Congrès que vont venir les vrais trucs, parce que là, ça sent surtout le blabla.