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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Ca c'est certain, mais tout le problème résidera bientôt dans la façon dont ce tiers-monde domestique (et ceux qui sont pas loin d'y appartenir, ou assez proches pour craindre d'y tomber, soit la majorité de la population) réagira une fois le résultat constaté. Y'en a t-il ici qui commencent à sentir les odeurs de bûchers et de têtes moisissant sur des piques ? La capacité des partis à canaliser ce mécontentement a déjà gravement baissé, comme l'a prouvé cette élection, et comme l'avaient prouvé celle d'Obama (même si c'est pas ainsi que ça avait été interprété par le discours dominant), puis l'avènement du Tea Party, au moins dans sa première phase (avant de se faire vite racheter), et le soutien à Occupy Wall Street, ou l'énorme abstention côté démocrate depuis (et encore en novembre). Quand un mécontentement aussi vaste et persistant continue à n'avoir pas assez de représentation, et pire encore, pas assez d'écho dans la majorité des débats (cf les establishments encore en train de s'approprier à leur sauce et dans leur langage la "narration" générale de "l'humeur du pays" et de la scène politique) et dans les choix politiques opérés (les tours de passe-passe de Trump, et plus encore les vrais directions qu'il appuie de l'autre, vont se voir), on peut légitimement commencer à craindre ce qui suit.
  2. Bref, on a exporté de la classe moyenne, et importé du tiers-monde. Et le tiers-monde domestique a atteint une masse critique suffisante pour faire plus que grogner.
  3. Grandement aidé par les conditions de marché que certaines forces organisées ont VOULU créer (pour certains par naïveté/espérance/idéologie, pour d'autres par calcul et avidité, de plus ou moins courte vue): l'érection du libre-échangisme (insistance sur le "-isme") comme religion (plus pour certains que pour d'autres) et la doctrine du "toujours plus" dans ce domaine, ont créé un décalage énorme entre la mobilité des capitaux et celle des mains-d'oeuvres (pour l'essentiel liées à un lieu, une culture.... Et limitées en majorité dans leurs possibilités de mouvement et d'adaptation à d'autres conditions), sauf pour une portion réduite et plus "internationale" (plus une autre portion, plus conséquente, qui croit pouvoir en faire partie, et s'y identifie) qui s'étonne de voir un retour de bâton qualifié avec mépris de "populiste" (depuis un moment rangé aux côtés du terme "démagogue", et assez indifférencié d'avec lui dans la culture politique de notre temps). La rentabilité des échanges que tu évoques, et de la division internationale du travail qui en découle, est grandement liée à ces conditions politiques (et culturelles même, vu qu'on parle aussi d'idéologies dominantes chez les décideurs) et aux différents degrés auxquels elles s'appliquent suivant les pays, ce qu'on caricature parfois ici en évoquant une Europe ouverte aux quatre vents, une Amérique ouverte mais se protégeant plus, et une Chine protectionniste/mercantiliste. "Caricature" (à quel point l'est-ce?) qui a été l'outil principal de Trump auprès d'un certain électorat, à la fois opposé au libre-échangisme dont il n'a pas senti passer beaucoup de bénéfices (ce qui n'est qu'en partie justifié, le prix de certains biens de conso ayant nettement baissé, mais pas assez pour compenser la baisse des revenus et la hausse d'autres coûts, souvent plus importante), et à l'immigration massive faisant concurrence aux locaux pour les jobs moins qualifiés. Une partie de cette rancoeur est de l'ordre de la déformation de la perception.... Mais une partie seulement.
  4. Et mon point est simple: celui qui est important dans la salle, c'est celui qui décide de ce qui est "essentiel" ou non. Pas celui qui s'affaire sur "l'essentiel" ainsi défini: lui n'est plus qu'un exécutant, un expert technique qui reçoit un susucre ou une tape sur la tête suivant le résultat, et à qui on dit qu'il est génial et que ses idées et vues sont très intéressantes et seront certainement prises en compte.... Dès lors qu'il s'écrase et ne sort pas des limites fixées par ceux qui décident de ce qui est "essentiel". Il s'agit de pouvoir, et ceux qui l'ont sont ceux qui sont les plus proches, le plus souvent, de Trump. Dans cette MB, ça veut dire surtout Banon, ça veut dire Icahn (de fait un "ministre sans portefeuille"), et dans une moindre mesure, Kushner et Priebus (parce qu'il est l'ambassadeur du GOP dans l'aile ouest, mais se trouve apparemment mis autant à l'écart que possible).
  5. Dans les faits, c'est ce qui s'est passé, et ce qu'on a aussi observé sous George Bush: le CEMA et le DNI sont deux des personnes les plus enclines à avoir une vue large des problématiques de sécurité nationale dans leur ensemble, ce que n'aiment pas les comités d'idéologues comme la bande de néocons de Baby Bush et le duo Banon-Flynn. Ne pas les avoir comme élément fixe du NSC pour pouvoir participer au processus générique décidant l'approche de la sécurité nationale (cad là où on décide ce qui est ou non du ressort du militaire et/ou de la CIA), c'est de fait les rétrograder au rang de singe savant, d'exécutant technique pur et simple, pas de décideur. Et c'est encore plus vrai dans une Maison Blanche extrêmement divisée, avec un type à mentalité autocratique qui favorise le pouvoir par division et confrontation de ses subordonnés (et qui a tendance à être de l'avis du dernier à quitter la pièce), qui cherchent donc deux choses pour avoir du pouvoir: la proximité physique et la constitution de "baronnies/féodalités" bureaucratique dans l'appareil de l'exécutif, où ils seront des petits tyrans. Certes non, la chose a évidemment souvent une utilité (pour une frange assez réduite de la société cependant), mais je soulignais là l'importance de la chose comme élément de prestige, soit comme allant bien au-delà de la simple commodité, ce qui est justement une particularité culturelle, qui devient en plus une réalité politique quand des gens y tiennent suffisamment (alors qu'ils pourraient souvent s'en passer sans beaucoup de sacrifices, si tant est qu'ils n'aient pas les moyens d'employer au moins une personne à plein temps dans des conditions décentes), notamment pour des raisons de vanité, de statut social (image de soi et image qu'on veut projeter), pour que cela influe sur leurs vote et préférence politique. C'est le même genre de comportement et motivation qu'on voyait aux XIXème et XXème siècles quand au duel: la grande majorité des hommes trouvait que c'était con, vain, dangereux, inutile, gaspilleur.... Mais quasiment aucun ne se serait dérobé à l'obligation si elle se présentait, parce que refuser un duel signifiait une mort sociale, une "exclusion" du milieu auquel on appartient, tout comme, "plus bas" dans l'échelle sociale, refuser publiquement une bagarre suite à une injure t'aurait foutu au ban de tes pairs. Il n'y a rien de très rationnel à première vue, si ce n'est que l'importance culturelle de telles choses, dans un lieu et à un moment donné, est un déterminant fondamental d'une société. Les mentalités en occident ont évolué à cet égard au point de ne plus valoriser socialement (sauf dans des microcosmes) le fait d'avoir une bonne à demeure, voir de valoriser le DYI (ou même de rendre le fait d'avoir de la domesticité permanente "bizarre", "prétentieux"....). Notons quand même que l'avènement de l'électroménager grand public a beaucoup aidé.... Et plus mis en relief, dans certaines sociétés (comme le Brésil ici), l'attachement culturel au statut dans le fait d'avoir des "larbins". Merci pour les précisions. Je me demandais en fait quel pourcentage de la société ça pouvait concerner, pour que la chose ait pu être un revers électoral pour Lula. Mais ça me frappe encore plus avec ce que tu dis sur les domestiques de gens aisés ayant eux-mêmes des domestiques (encore moins chers).
  6. Le problème de munitions qui approcheraient la ballistique de vraies balles est à mon avis que tu verrais quotidiennement une mégachiée d'accidents: le bilan des balles en bois ou caoutchouc n'est pas reluisant dans l'anti-émeutes (certes, contre des gens non protégés, et avec des flics tirant souvent au jugé, voire parfois -souvent dans certains pays- avec un biais plus ou moins prononcé contre les manifestants, voire même dans des accès de rage vengeresse, avec l'intention de faire mal), et il s'agit là quand même de projectiles pouvant vraiment faire des bobos dissuasifs, voire incapacitants, tirés avec une bonne puissance (qui est le facteur dominant dans la trajectoire, plus encore que le projectile lui-même). Même avec un tas de protections, il y aurait trop de vulnérabilités (suivant l'angle de tir, la partie touchée....) pour ne pas accumuler les tracas. Les mérites de trucs comme le paintball ou l'airsoft restent au niveau du faible coût, de l'accessibilité, du moindre risque et de l'usage pas trop contraignant, qui permettent, malgré le non réalisme ballistique, d'avoir un exercice tactique où les groupes, leur fonctionnement, leurs automatismes et leur organisation peuvent être mis à l'épreuve sans logistique lourde, avec un "système d'authentification" qui fonctionne et ne souffre pas contestation (l'impact du projectile). Evidemment, le bidule infrarouge semble mieux convenir pour plus approcher les conditions "réelles", tout comme, pour d'autres objectifs (perdant quelques trucs à l'usage, mais en permettant d'autres), la simulation virtuelle. Mais j'imagine que ces joujoux là coûtent nettement plus cher et impliquent une logistique importante, donc une disponibilité bien moindre, et une planification lourde pour savoir quand on y a droit. Quelqu'un sait combien ça coûte, à l'acquisition et/ou à l'usage, les équipements infrarouges? P't'être que des équipements de laser tag, plus très à la mode, peuvent être achetés à l'encan de nos jours: ce serait dans les moyens d'un régiment . Oui, je sais, c'est naze le laser tag.
  7. Ce en quoi ils ont tort sur toute la ligne, mais c'est le genre d'arguments et de fascination qu'on retrouve souvent dans les élites dirigeantes, surtout auto-reproduites, qui se construisent ainsi leurs petits univers représentatifs (censés être "plus éclairés" vu qu'ils sont plus éduqués et peuvent plus voyager.... En fait, ils sont souvent plus provinciaux que le plouc moyen, tout pétris de certitudes de classes) et leur version de "l'herbe est plus verte chez le voisin". C'est d'autant plus ironique quand ces gens ne veulent pas voir que si les trains n'arrivent pas à l'heure chez eux, s'il y a de la paperasse et des inefficacités à tous les échelons, c'est bien plus souvent du à leurs propres méfaits et insuffisances. Un ami qui fréquente beaucoup de Brésiliens m'a transmis un avis amusant et/ou dérangeant, selon lequel Lula a commencé à s'aliéner la classe moyenne (surtout la "basse" classe moyenne) quand il a contraint tout employeur à déclarer ses employés afin de leur offrir une paie décente, et surtout la possibilité d'épargner (pour une retraite). La chose aurait entraîné une hausse du coût de la main d'oeuvre domestique (et par là, j'entends pas le coût de la MO nationale en général, mais celui DES domestiques) qui aurait de facto contraint beaucoup de monde à ne plus avoir de femme de ménage/nounou/jardinier en permanence, ce qui serait un très important marqueur social dans la société brésilienne, l'un des éléments fondamentaux pour signaler ceux "qui ont réussi", ceux "qui sont quelque chose", ceux "qui ne sont pas du rebut".... Renvoyant beaucoup des personnes concernées vers la droite de l'échiquier politique. Il y a du vrai, là-dedans? Je note la chose dans ce topic car il me semble important, quand on parle d'un autre pays, de garder à l'esprit les "moteurs" et piliers de ce qui motive les groupes humains, qui varient notablement de pays à pays. Si la domesticité a perdu beaucoup de terrain comme marqueur social qui compte en occident au cours du dernier siècle, il n'en est pas de même partout: comme le nombre d'esclaves, ou le fait même d'en posséder, était un élément fondamental dans la société de la Rome antique (comptabilisés comme biens, pour le paiement de l'impôt -les Romains n'en payaient pas sur beaucoup de choses- et le recensement, qui vous assignait à une des 5 classes de la société, ou à la 6ème strate dite "capite censi", celle des sans-esclaves, mais aussi sans beaucoup de droits), tout comme l'acquisition d'un titre de noblesse (plus encore que la terre qui justifie le titre, alors que c'était elle qui comptait plus avant) devient, à partir du XVIème siècle, un enjeu fondamental (social, culturel, matrimonial, fiscal, plus les petits privilèges qui vont avec) pour les individus et l'ascension sociale. Quand on voit, à une toute petite échelle (de bien moindre portée), la foire d'empoigne qu'implique encore la recherche de la Légion d'Honneur (vide de sens et de valeur, désormais, hors pour certaines professions) dans certaines strates de la société, on peut comprendre. Aux USA, la quête des honneurs et privilèges en tous genres est pareillement aussi fondamentale que de plus en plus dénuée de valeur réelle: qui va à quelle soirée ou à quel événement, qui a quel trophée (et ils inventent des millions de trophées en plastoc pour un peu tout et rien, un truc dont ils ont la maladie), ou pire encore, l'obsession pour les "job titles" qui caractérise leur marché du travail. L'appartenance à tout un panel d'associations, boards, églises ou activités y a aussi une importance qu'on ne retrouve pas ailleurs. Ca peut sembler futile, mais ça l'est nettement moins quand on comprend la chose comme facteur explicatif de comportements politiques, sociaux et économiques, qui comptent pour beaucoup dans les motivations et choix de certains individus et groupes, et contribuent souvent beaucoup à déterminer telle ou telle évolution du pays.
  8. A l'entendre, c'est à se demander comment les gars arrivent encore à obtenir des résultats en opération . Ou comment il est possible d'avoir aussi peu de pertes qu'on en a actuellement. Les outils IR ont vraiment été foutus aux chiottes?
  9. J'ai appris un terme aujourd'hui, d'un expert du renseignement: dans la communauté de défense, sécurité et renseignement américains existe réellement une "faction" qui est qualifiée de "fantasists", ou parfois de "Tom Clancy fantasists", dont le raisonnement géopolitique repose en partie (plus ou moins conséquente) sur une perception de l'outil militaire américain, et de la force armée classique en général, comme étant infaillibles, une perception qui est qualifiée de "Tom Clancy combat operations" (expression ironique renvoyant au pseudo "réalisme" des conflits et batailles version Clancy). Bref, il y a un groupe conséquent de gens dans l'appareil de sécurité américain qui fournissent une vision du monde et de la guerre qui répond à cette partie du Congrès (et de la population) qui fonde sa compréhension de ces choses sur le contenu des films et séries d'action. Rappelez-vous ce débat surréaliste à la Cour Suprême: la torture, il faut l'utiliser parce que ça marche pour Jack Bauer dans 24.
  10. Sauf dans le cas de la France, évidemment ? Hein ? Le problème étant que cette phase est automatiquement et immanquablement associée à une autre qui suit directement, et qu'a bien résumé en son temps monsieur St Rémi: "adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré". On fait des idoles sans arrêt, c'est comme ça: ecce homo (mmmmmh, "ainsi font les homos", si mon latin est correct ? Mouaif, il ne l'était jamais en 4ème).
  11. Yep! Ca ou la guerre des boutons.
  12. C'est assez intéressant de voir ce qui a commencé à se passer de ce côté: c'est déjà sensible depuis un petit moment (particulièrement après la polémique autour de Colin Kapernick et de son refus de jouer la partition pendant l'hymne national avant un match), mais même si c'est pas encore très poussé, cette finale du Superbowl, et avec elle le sport en général aux USA, a commencé à se politiser. C'est pas trop étonnant dans un pays où le star system et la culture de la célébrité sont si développés et importants (on a du mal à vraiment comprendre la chose par chez nous: faut pas essayer de transposer ce que sont nos célébrités dans la société et la scène publique française au cas américain), si socialement et culturellement marquants, et où le sport occuppe une si grande place dans la culture et la vie sociales (pareil: même pour les supporters de l'OM et du PSG, le sport n'a pas une si grande place dans la conscience et la vie). Et les stars prennent souvent des positionnements politiques dans les campagnes, en tout cas les présidentielles, ce qui les "marque": on est habitués à voir les figures hollywoodiennes, celles de la musique, et dans une moindre mesure (parce que moins marquantes), celles de la télé (séries, journalistes, mais aussi animateurs et, nouveauté, figures de la télé-réalité), généralement pour tel ou tel démocrate, et si le domaine de la création et de la fiction est quasi exclusivement marqué démocrate (encore plus depuis que la droite a viré très à droite, voire complètement tarée), le domaine du sport-spectacle (ce qui inclue la WWE: le catch) et celui de la télé-réalité sont nettement plus divisés (et sont très pénétrants, surtout dans l'Amérique rurale et de grande périphérie, plus encore dans les "flyover states")... Et le nouveau président, surtout ce à quoi il doit sa célébrité, est purement issu de la télé-réalité (même s'il se met en scène depuis plus longtemps que ça). Quoiqu'il en soit, la finale de ce soir a pris du coup un certain degré de teinture politique: le propriétaire, l'entraîneur et la star (Tom Brady, monsieur Gisele Bundchen) des New England Patriots ont tous pris ouvertement parti pour Donald Trump pendant la campagne, ce qui fait informellement de cette équipe celle du président. Et il n'y a aucun doute que s'ils gagnent, Trump va tweeter comme un malade sur le sujet et s'approprier, d'une façon ou d'une autre, une partie de "l'aura" ainsi récoltée, se joignant symboliquement à "l'équipe" et surfant sur le pic de notoriété des heures et jours qui suivent l'événement afin de profiter de la plate-forme de pub gratuite pour booster sa parole. Du fait de cette prise de parti (hors pour les gens du Massachussets qui n'y peuvent rien, sont pour "leur" équipe, et restent très massivement démocrates, dans leur Etat du "Taxachussets", comme disent les républicains), les Atlanta Falcons (aussi "porteurs" involontaires de l'image de la grande ville la plus "noire" des USA) sont devenus de fait le "camp" par défaut des opposants à Trump, pour tous ceux dont l'équipe a été éliminée avant et pendant les playoffs. C'est pas encore trop grave (à moins que Trump n'insiste vraiment trop en cas de victoire, et en fasse un "truc" réel), mais ce n'est pas non plus sans précédent dans l'histoire américaine, et surtout dans l'histoire en général: quand le système politique est trop divisé, et/ou qu'il empêche ou limite un niveau de représentativité et de parole suffisants, les différences d'opinion se retranscrivent sur d'autres terrains qui incluent ou pas des arguments ou des positions: sous l'empire romain, ce genre de divisions (dans un régime non représentatif qui a eu tendance, avec le temps, à l'être toujours un peu moins, toujours plus autocratique) se transportait dans les discours d'opinion entre religions et groupes religieux, puis entre sectes et courants de pensée chrétiens.... Mais aussi dans le sport, et avant tout, loin devant tous les autres, le plus populaire de tous (comme le football aux USA), la course de chars, dont l'importance était soulignée jusque dans la géographie urbaine (à Rome, depuis Auguste, la résidence impériale était adjacente au grand Cirque, un fait qui a été reproduit par Constantin quand il a bâti Constantinople). Par le biais de la religion ou du sport peuvent s'exprimer, en complément d'une vie politique divisée ou pas assez représentative, ou en substitution à une scène politique barrée, les différents entre les "tribus" composant la société, les équipes en présence étant ainsi émotionnellement et symboliquement (on peut aussi inclure des "contenus" dans les discours des parties prenantes, et des débats) "chargées", porteuses d'identités de groupes. Ca peut aller ainsi de la compétition amicale à la confrontation brutale, qui déborde de l'arène sportive (ou religieuse) dans les gradins, voire la rue, bien au-delà d'altercations entre sportifs, ou de bagarres entre fans beurrés ou bandes de hooligans: là encore, l'histoire romaine est chargée d'affrontements entre païens et cultes orientaux, entre sectes chrétiennes.... Mais aussi entre groupes de citoyens ("demes" à Constantinople) soutenant une des quatre équipes présentes dans une course, dont une est toujours le "camp" de l'empereur (généralement les verts, puis les bleus après une certaine période). La plus emblématique de ces explosions fut la "sédition Nika", à Constantinople en 532, où, dans une situation de grandes tensions politiques et religieuses, les divisions étant retranscrites dans les demes soutenant telle ou telle équipe, une compétition sportive (la 22ème course de la journée) dégénéra en une émeute monumentale contre l'empereur Justinien qui avait réussi à s'aliéner tous les demes (suite entre autres à sa répression de précédents débordements des dites factions à l'occasion de courses), avec les sénateurs se répartissant entre les factions. Une semaine d'émeutes avec un palais impérial assiégé et une répression brutale menée par Bélisaire lui-même (et Mundus, un goth gépide, et l'eunuque Narses, les deux autres grands généraux byzantins de ce temps) firent ainsi plus de 30 000 morts, principalement parmis les "verts", Justinien ayant rallié (acheté) les Bleus en cours de route. L'histoire sportive américaine a vu, à différentes périodes, les compétitions sportives prendre ainsi des relents politiques, la compète sur le terrain devenant de ce fait aussi plus qu'un simple affrontement entre équipes, ou entre leurs groupes de fans (organisations, et/ou les villes ou quartiers qu'elles représentent). Ca n'a rien de nouveau, et les multiples "palio" en Italie (surtout celui de Sienne, le plus connu), où les équipes en présence portent les couleurs d'un quartier de la ville, nous rappellent aussi qu'à d'autres époques, il s'agissait de bien plus que de rivalités amicales, les compétiteurs représentant alors non seulement un quartier, mais aussi une faction, une famille aristocratique, un "camp" cherchant à s'affirmer aux dépends des autres, à imposer son programme politique, sa domination.... Le sport devenait une annexe de la politique, un des champs de bataille entre groupes. Et aux USA, en ce moment, surtout dans une époque où la culture de la célébrité (les figures de proue, les chefs, les symboles), y compris en politique (où la "name recognition" est si chère, dure à gagner, et désirée de tous au point de tout faire et tout accepter pour essayer de l'obtenir), devient si fondamentale, où la désespérance sociale est si grande, où les rapports deviennent plus confrontationnels, où la polarisation politique est si prononcée (voir mon post page précédente) et où la scène politique officielle est si peu représentative des aspirations de la population, il ne semble pas illogique de voir le sport risquer de devenir bien plus qu'un exutoire pour les nerfs et un moment de compétition plus ou moins amicale censé rassembler plus qu'il ne divise. Il pourrait bien, en tout cas c'est surtout vrai pour le football, devenir plus divisif, et incarner les affrontements qui n'ont pas assez lieu dans l'arène politique et médiatique, dans les formes et les mots qui sont censés porter le débat (et qui sont si censurés, formalisés, euphémisés, novlanguisés, aseptisés, et surtout décalés par rapport à ce que la population veut voir être débattu). Les stars et célébrités, les clubs sportifs, les sports eux-mêmes (basketball = nettement plus démocrate, NASCAR = républicains du sud, Hockey = souvent plus conservateur, baseball = vieux ), mais aussi de plus en plus les grandes marques de consommation (Starbucks = gauche, LLBean = Trump, Uber a bien failli être associé au "muslim ban" cette semaine....), parfois des plats et types de bouffe ("grits and gravy" dans le vieux sud....), deviennent aussi (souvent au grand dam des PDG) des marqueurs d'identité politique, ce qui n'est pas sans souligner le niveau d'impuissance ressenti au quotidien par les citoyens dans une démocratie très peuplée, de plus en plus inégalitaire et peu représentative, voire négatrice, des opinions de la base, dans une époque où la culture valorise beaucoup plus qu'avant la célébrité et l'image (voir l'importance croissante des "stars de tous les jours" comme les personnalités youtube, dont certains deviennent de vraies grandes figures): il est assez logique que la société crée ainsi des "représentations" hiérarchiques, des identités visibles auxquelles se rallient les groupes et tribus qui ont besoin de porte-paroles et de figures de proue (Trump a réussi à être les deux à la fois) qu'on veut voir aller au carton et se foutre sur la gueule, se battre pour quelque chose, voire, pire encore, purement et simplement "écraser" l'adversaire et dominer. Plus la polarisation est grande, plus une société privilégiera le rapport de force à la négo, la victoire sans condition au compromis, l'affrontement nu à la joute oratoire policée. Est-on en train de voir les Américains faire comme les Chinois au XVIème siècle qui, après une proto-phase d'expansion qui aurait pu les voir se "mondialiser" (et changer l'histoire de la période des grandes découvertes), se sont, pour des raisons intérieures (très contraignantes: ce ne fut pas un "choix" à proprement parler), retranchés dans leurs frontières, refermés sur eux-mêmes dans une certaine mesure? Ou Trump n'est-il qu'un moment? C'est pas si facile, vu la façon dont fonctionne leur économie, le niveau d'internationalisation dont dépend leur "système" et leur puissance, d'opérer un tel choix autrement qu'en mots. En revanche, le vrai risque de ce faux isolationnisme, c'est surtout de voir l'Amérique devenir un "bad actor" international surpuissant, ce qui entraînerait un changement de posture plus ou moins radical du reste de la planète, y compris chez les alliés des USA. Et c'est généralement là que la merde commence.
  13. Les cowboys ont waterboardé les bisons ? Quels salauds!
  14. Ca a pas été long pour voir ce genre de trucs apparaître, adaptant des memes connus à l'ère trumpiste:
  15. Bien vu, my bad. Je l'ai fait de mémoire.... Et j'ai fait comme tous les Américains: confondu les 2 Dakotas. Aide-mémoire pour différencier: le Mt Rushmore est dans celui du sud. Aide-mémoire pour les différencier politiquement: celui du sud a le pétrole, celui du nord les pipe-lines.... Mais merde! Les frères Koch sont actionnaires majoritaires des deux capitales. Mais ces abus législatifs aident bien à faire la différence, ceci dit: écraser quelqu'un est légal au nord, acheter un politicien ouvertement est légal au sud. Ouffff, ça simplifie. L'un des problèmes pour ces deux Etats reste cependant qu'ils sont très vastes, peu peuplés, avec des densités urbaines très faibles, ce qui ne facilite pas les rassemblements et l'activisme politique de terrain, laissant une forte marge de manoeuvre aux politiques. Ce qui m'amuse bien, c'est que mine de rien le Dakota du Sud est donc en situation d'Etat d'urgence et vient de dire merde directement à un vote populaire, censément "vox dei", deux faits pas tout-à-fait anodins.... Et les infos nationales s'en contrefoutent, pour l'essentiel: c'est mentionné dans quelques pages, mais ça ne franchit pas le cap des infos audiovisuelles dans des segments avec audience. Tout comme des trucs tels que les horreurs perpétrées par le nouveau shériff icône de la droite radicale, David A Clarke (en pleine bromance avec Trump et un moment pressenti comme DHS), qui "remplace" médiatiquement Joe Arpaio maintenant qu'il s'est fait virer.
  16. C'est clair, et une occasion unique a été loupée en 2008-2009, et maintenant les mêmes trous du culs sont libres de remettre le couvert. Comme le dit un investisseur milliardaire de la Silicon Valley, qui est du bon côté de la barrière, "le temps des têtes sur des piques est en train de revenir". Sinon, pour rire un peu moins noir, la Hollande avait lancé la salve (posté sur ce fil ou un autre?), la Suisse a suivi, et maintenant, beaucoup de pays leur ont emboîté le pas: Mais j'avoue que la plus culottée est la version allemande: "This is Angela Merkel, she's the best, but please don't grab her by the pussy.... We don't know what's down there" "Last century, we hosted two world wars: these were the best world wars ever. We totally won them, it's true. And anybody who says otherwise is fake news"
  17. Comme tout bon français, je suis pour une absolue latitude et liberté laissée au Petit Libre Rouge, comme son nom l'indique: il doit couler! Direct du tonneau dans les gosiers, on se fout même de le verser dans un verre. C'est l'originalisme oenologique! Ca réclamerait tellement de moyens et d'enquêteurs spécialisés de défaire cette toile: rien que les structures de défiscalisation sont d'une immensité et d'une complexité inouïes, résultat autant de l'inventivité d'armées de fiscalistes à plein temps que de l'accumulation de tels systèmes et habitudes culturellement implantées dans le haut des hiérarchies corporate (pas que la banque) qui ne sont rien d'autre que des politiciens et hauts fonctionnaires du privé, avec juste infiniment moins de comptes à rendre. Un copain avocat présent lors de l'examen des comptes annuels (peut-être pas les mêmes que ceux publiés ) d'une très grande entreprise cotée (dont il m'a donné le nom, ô le parjure en effraction avec "l'éthique" de sa profession) me décrivait ainsi la scène dans une salle de réunion très feutrée: il voyait passer une ligne avec 2% du CA (même pas du bénef, non: le CA) de l'entreprise qui partaient dans une structure enregistrée à Turks & Caicos (et la somme ne revenait pas par une autre porte, hein), et commença à poser la question bête "c'est quoi ça?".... La réponse, très professionnelle, vint juste après: "ta gueule". L'évidence était qu'il s'agissait bêtement du "complément de revenus" de la direction, dont on ne parle pas (peut-être même pas aux gros actionnaires, s'ils ne s'arrangent pas pour être présents partout où quelque chose se décide ou s'examine).
  18. Apparemment, oui.... Pour toi, ça semble le moment de vendre tout ce que tu as et de convertir toute ton épargne en cash, pour tout claquer dans une semaine inoubliable avant que la planète ne pète . Ceci dit, l'un des facteurs inquiétant, en rapport avec mon post de la page précédente sur le niveau "culturel" et sociétal de polarisation de la population américaine, surtout la moitié la plus politiquement active, ainsi que la jeunesse, réside dans la violence croissante que cet antagonisme permanent et enraciné dans les mentalités suscite, créant deux pôles "identitaires" puissants et disposant de toutes sortes de hauts-parleurs et plates-formes (médias, médias sociaux, et tout ce qui permet l'interaction culturelle) pour diffuser leurs "messages", surtout dans un sens général de renforcement des groupes existants. Cette violence déborde le cadre d'internet et guettoïse, tribalise la société ricaine toujours un peu plus, rendant les interactions entre groupes plus agressives, plus frontales, avec moins de recherche de solution commune et plus d'inclination vers le rapport de force. Et l'on peut voir par exemple la chose franchir quelques étapes via le recours plus fréquent et massif à la manifestation (avec ses groupes violents qui viennent troller la scène, comme leurs équivalents internets fouteurs de merde), via la politisation accélérée de la consommation (cf les boîtes "customer oriented" qui se trouvent prises en étau entre la recherche de coopération avec Trump et le risque de subir des représailles de leurs clients), ou encore la violence croissante sur les campus universitaires. Ceux-ci connaissaient déjà depuis maintenant un bail un vrai problème, corollaire des évolutions souvent déplorables du système universitaire américain (business model et structure de coût, notation, décadence des Humanités, "politiquement correct" et enseignement idéologisé....), mais l'un des résultats fut de former des "mafias de campus" dans le corps étudiant, avec des "protestataires professionnels" (en lien avec une partie très orientée du corps enseignant) qui gueulent contre tout et rien, et oeuvrent avec un agenda politisé devenu assez malsain, renvoyant aux excès de la bulle "liberal". De vrais petits fachos de campus, aussi prétentieux qu'ignorants, qui se sont auto-institués comme le bras armé de la "résistance à Trump", sans avoir nécessairement un vaste soutien de l'ensemble des étudiants (pourtant très très majoritairement de gauche et anti-Trump). C'est pas aussi caricatural que nos syndicats étudiants représentant 0,5% des étudiants mais agissant comme s'ils étaient élus par 100%.... Mais c'est pas si loin. Et ce qui s'est vu cette semaine à Berkeley à l'encontre de Milo Yannopoulos, le troll professionnel de Breitbart venu pour une de ses conférences incendiaires (à l'invitation d'un groupe d'étudiants, comme toujours pour ce genre d'événements), est assez révélateur d'une montée des tensions et des degrés dans l'opposition: non seulement il y avait une foule voulant lui bloquer l'accès à la conférence (ce qui se fait depuis longtemps et est très souvent toléré par les universités, qui sont essentiellement lâches), non seulement il y avait les habituels abus dans ce genre de blocages (diffuseurs de "bruit blanc" pour empêcher les discours de l'adversaire, bousculades, projectiles en tous genres -souvent de l'urine-, chaînes humaines....), mais il y a eu en plus cette fois un effectif conséquent de gens (de l'université? De l'extérieur? Personne ne sait, même si peu de gens hors de la "scène" des discours en universités et du petit monde des sujets qui y sont traités sait qui est Yannopoulos, ou a quelque chose à foutre de lui) qui étaient venus dans le pur style "black bloc". Il peut aussi bien s'agir d'agents provocateurs (voir les quelques posts que j'ai fait sur ce "marché" dans la politique US) que "d'anarchistes" (bien que ça me fasse mal de salir ce mot avec des hooligans) ou d'opposants avec un fort quotien "ras le bol" suite à la victoire de Trump. Pour la possibilité d'agents provocateurs, Banon, et les factotums de Trump dans ce domaine, Roger Stone et James O'Keefe, ne sont certainement pas au-dessous de ça, et y ont eu abondamment recours avant, pendant et après la campagne; encore aujourd'hui, on ne sait pas qui étaient les casseurs venus à Washington le jour de l'investiture (personne n'a par exemple trouvé beaucoup de traces en ligne visant à la coordination nécessaire à un tel rassemblement). De même, Banon était l'employeur de Yannopoulos jusque très récemment. Ce qui est sûr en revanche, c'est que Trump a rebondi sur le sujet dans l'heure (au milieu de tout ce qui se passe dans l'actualité, c'est ce qu'il note), et aussitôt mis en question le financement de Berkeley, l'icône absolue des universités publiques aux USA, et aussi le vaisseau amiral des campus "liberal". Anecdote amusante du samedi soir: le White House Council of Economics Advisors (de la précédente Maison Blanche) avait évalué le coût, pour l'épargne-retraite, des conflits d'intérêts des banques, qui impactent les conseils qu'elles donnent à leurs clients: 17 milliards de perte annuelle pour les familles "middle class" et "working class", soit autour d'environs 1% de retour annuel sur épargne "prélevé" de fait par les banques sur la retraite leurs clients via les conseils qu'elles leur donnent (sans compter les abus sur les frais.... Où les banques américaines ont beaucoup de latitude d'action.... Ou encore le coût plus global et impossible à définir des manipulations de marché, ou de ce qu'on avait vu dans de nombreuses banques jouant leurs clients riches contre leurs clients.... Moins riches). Il y a aussi, quand c'est utile au banquier, une incitation indue au risque. Sur 35 ans (la durée moyenne de l'épargne retraite aux USA), ce "grattage" peut ainsi faire baisser d'un quart les gains du client. Les réformes financières qui semblent se profiler vont laisser ce genre de phénomènes exploser, notamment, en l'occurrence, le dégagement de la "fiduciary rule" va ouvrir la voie à une explosion des frais bancaires imputables au client, qui sont l'une des principales sources de bénéfices et d'abus des banques déjà aujourd'hui (en temps de taux d'intérêts bas, leur pourcentage sur les transactions est nécessairement bas). Cette règle contraignait un peu leur comportement et plafonnait le montant de ce qu'elles pouvaient facturer à leurs clients sur les frais bancaires. Ils vont recommencer à être très inventifs dans ce domaine (presque autant que les hôpitaux). On risque aussi de voir revenir une facturation de l'usage des cartes bancaires; jusqu'en 2009, la moindre activité avec les CB était facturée au client aux USA, et à des tarifs hallucinants: il fallait raquer des sommes choquantes pour accéder à son propre argent (pas de forfait générique plafonné), surmultipliant pour le pays les cas de "credit card debt" (un des grands pôles de dette privée aux USA) rien que pour ces coûts de transaction plus qu'abusifs. Pour la note, un des dispositifs de la Loi Dodd-Frank (la règlementation -très relative- des banques post-crise de 2008) a déjà sauté: celui qui concerne l'obligation faite aux compagnies pétrolières de publier leurs paiements faits à des gouvernements étrangers (dispositif anti-corruption)..... Rex Tillerson, Carl Icahn et les autres pétroliers du cabinet sont déjà en action?
  19. C'est juste pour souligner que (et en France on s'en rend mal compte parce qu'on voit moins les Etats fédérés comme ayant un degré important de souveraineté législative, les comparant inconsciemment à nos régions) les Etats sont très vulnérables, surtout les petits et/ou peu peuplés: des gens comme les frères Koch peuvent les "acheter" très facilement dès lors qu'ils y mettent de la persistence; beaucoup plus facilement que les échelons fédéraux, plus aléatoires. Le pouvoir de l'argent est beaucoup plus important à ces échelons et ceux en-dessous (comtés, villes, boards d'éducation....), surtout en plus quand il n'y a pas ou peu d'attention médiatique (qui peut souvent servir de "pub gratuite" et de plate-forme à ceux qui peuvent moins se l'offrir) dessus. Si tu crois vraiment qu'il a "fait plier" deux groupes industriels, j'ai des trucs à te vendre: ne demande juste pas à voir ce que c'est.... Comme dis l'autre président orangé, "believe me".
  20. On peut examiner aussi ce qui se passe dans les Etats. Par exemple, l'actuel candidat pour la direction de l'EPA (je l'avais mentionné plus haut) était encore récemment (et est encore, en fait) l'Attorney General de l'Oklahoma où, en tant que tel, il a lourdement favorisé l'industrie minière pour avancer à tout prix l'extraction gazière par fracking (entre autres intérêts particuliers); son bilan en général est plus que teinté, lui faisant incarner mieux que beaucoup le personnage de pur outil des plus puissants lobbys (pharma, mines, agro-alimentaire, religion....), mais le cas du fracking est chez lui exemplaire et parlant, étant donné que sous son mandat, l'Oklahoma est devenu un Etat hautement sismique, là où il n'avait quasiment pas connu de tremblements de terre dans son histoire. On peut aussi examiner le cas du Dakota du Nord, où 2 choses "amusantes" viennent tout juste de se passer: - il y est désormais légal d'écraser des gens sur la route, si on estime qu'ils la bloquent. La loi, en théorie, visait à exempter de punition les gens bousculant ou écrasant (par mégarde) des manifestants bloquant une route (ce qui serait déjà équivoque même si la loi était parfaitement formulée), mais elle est rédigée de telle façon qu'en pratique, il n'y a pour ainsi dire pas moyen de condamner un automobiliste qui foncerait dans un groupe de manifestants sur une route. La chose fait suite aux manifestations contre le DAPL, autour de la tribu de Standing Rock, et la loi a été proposée par un élu qui était aussi, ô surprise, un garde de sécurité ayant travaillé pour le transporteur pétrolier construisant le pipe line (et dont en fait Trump serait d'ailleurs toujours actionnaire, contrairement à ce qu'indiquaient les rumeurs de désinvestissement) - plus choquant encore: l'an dernier, le parlement de l'Etat avait fait avancé une proposition de loi qui, en essence, dépénalisait ou légalisait quasiment tout ce qui peut être perçu comme de la corruption (cadeaux, emplois, financements....), et enlevait toute limitation aux pratiques de "revolving door" entre la vie politique et le privé. En novembre, avec les élections, se trouvait un référendum pour faire de cette proposition une loi, référendum pour lequel le "big money" investi dans cet Etat et la majorité républicaine avaient fait lourdement campagne, monopolisant littéralement tout ce qui s'apparente de près ou de loin à un média. Malgré cela, la population a certes reconduit la majorité, mais voté un "non" très net à cette proposition.... Qu'à cela ne tienne, les élus ont simplement dit merde à la volonté populaire, et ressorti la proposition. Mais comment la voter alors que le peuple a dit merde? Simple: ils ont fait décréter l'Etat d'urgence dans le Dakota du Nord (qui va aussi, accessoirement, aider pour DAPL), ce qui leur permet une procédure de vote se passant de l'assentiment populaire. Et la corruption est légale maintenant: elle ne peut pour ainsi dire plus exister, puisque toutes ses formes sont autorisées. Petite note, le Dakota du Nord est un de ces Etats où les frères Koch sont lourdement investis: ils "possèdent" littéralement la majorité élue via leurs multiples organisations politiques par lesquels ils sont autant de lourds financiers eux-mêmes que des "bundlers" ("groupeurs" de donations).
  21. Une autre statistique anecdotique pour illustrer la profondeur de la division politique dans la population aux USA: dans les années 60, environs 5% des américains disaient qu'ils désapprouveraient si leurs enfants épousaient quelqu'un de l'autre bord.... Contre environs 40% aujourd'hui, se répartissant entre environs 30-33% chez les démocrates, et autour de 50% chez les républicains. Cela illustre entre autres choses la profondeur de l'identité sociale associée au tropisme politique, un fait qui a particulièrement sauvé le cul de Trump dans la dernière élection, en voyant un pourcentage bien plus élevé que prévu d'électeurs républicains se forcer à aller voter pour lui et ainsi rester "avec la tribu", par discipline de clan et/ou dégoût trop prononcé pour HRC. On notera aussi le tribalisme plus puissant côté conservateur que côté "liberal". L'étude (Stanford): http://gsood.com/research/papers/AffectNotIdeology.pdf On notera cependant que si ces pourcentages avaient augmenté entre les années 60 et les années 2000, il y a eu une croissance vertigineuse (plus que doublement) à partir de 2008 (mais qu'a t-il bien pu se passer à cette date ?): Dans la géographie du logement, on peut ainsi remarquer une même tendance à la tribalisation que dans les communautés online: les voisinages, surtout dans les banlieues et villes petites et moyennes, sont politiquement homogènes. Difficile d'évaluer des causes trop précises et définitives, parce que le facteur temps joue: depuis l'exode rural et la "banlieue-isation" massive de la société américaine dans l'après-guerre, la tendance dominante a été de voir les mariages se produire dans une même aire géographique et sociale (en fait comme avant, juste selon de nouvelles lignes). Mais une fois que les cartes sont ainsi rebattues après des mouvements de population si importants en si peu de temps, ça devient une histoire de poule et d'oeuf: se marie t-on plus avec des gens du même coin parce qu'ils sont politiquement/socialement/culturellement proches, ou se marie t-on avec des gens politiquement/socialement/culturellement proches parce qu'ils vivent dans le même coin? Quoiqu'il en soit, le résultat est là, et la mobilité sociale et géographique (de toute façon en baisse constante depuis les années 70 et accélérée depuis 2 décennies) n'a pas suffi à compenser cette tendance lourde à la sédimentation politique. Dans les années 60, on relevait un "taux d'accord" politique au sein des couples de 65% environs: vers 2010, ce taux était de 90%. Outre la différence d'opinion politique, on pointera d'ailleurs la division croissante, au sein de la population, entre les "expériences" vécues au quotidien, et dans la vie en général: les sensibilités individuelles et de groupe sont de plus en plus différentes, ainsi que les modes et niveaux de vie ou les centres d'intérêt et intérêts en général, matériels ou abstraits/idéologiques. Et plus ces différences sont grandes plus les gens sont enclins à croire des stéréotypes toujours plus exagérés de "l'autre" (qui sont le plus souvent soit des inventions, soit la frange la plus extrême, l'exception statistique, les "données aberrantes"). Ainsi, 27% des démocrates et 36% des républicains croient que les politiques de l'autre parti sont si fausses qu'elles menacent le bien être de la nation (Recherche Pew: http://www.people-press.org/2014/06/12/section-2-growing-partisan-antipathy/). Evolution récente de l'image négative que chaque camp a de l'autre (et uniquement les "très mauvaises" opinons, auxquelles il faut ajouter les "simplement" mauvaises): 54% des républicains et 46% des démocrates qui ont fait des donations à des campagnes électorales dans les 2 ans précédant l'étude décrivent le parti opposé comme une menace pour la nation. Ce qui veut dire que ceux qui pèsent le plus dans les campagnes électorales ET le comportement des élus (ceux qui donnent sont aussi ceux qui tendent à être plus impliqués, pendant et après les élections) sont aussi ceux qui tendent à avoir la plus grande antipathie pour l'adversaire, et la l'image la plus négative, voire caricaturale, de lui... Et le niveau moyen de cette antipathie a eu tendance à augmenter, tout comme le nombre de personnes à l'éprouver dans chaque camp. Cette tendance est étroitement liée au niveau d'acceptation de compromis, dans les Parlements d'Etat comme à Washington... Et celui-ci a été en baisse constante depuis maintenant plusieurs décennies. Tout comme ce niveau d'antagonisme a un impact automatique (et sans doute proportionnel), dans la population comme sur le personnel politique, jusque sur les relations personnelles avec des gens "de l'autre bord": jusque dans les années 80, la "bonne société" de Washington (et pareil dans les capitales d'Etat, et à moindre degré, dans les comtés) se connaissait, se fréquentait, s'invitait... Sans regard pour la couleur politique. Depuis, la tendance s'est radicalement inversée: les cercles sociaux sont avant tout alignés sur les groupes politiques. Plus "profondément", si on peut parler ainsi, cette polarisation politique est aussi idéologique: non seulement les tropismes, tendances de vote, relations personnelles.... Suivent les choix, alliances et intérêts de la vie politicienne, mais on constate aussi dans la population et les élites une proportion croissante de gens qui campent durablement sur des positions systématiquement "conservatrices" ou "libérales", ce qui est le propre d'une sédimentation tribale de la société: on s'aligne sur son camp avant de voir si on trouve qu'il a raison ou non, avant de savoir dans le détail quelle est sa position sur tel ou tel sujet qui a été évoqué et suscité la répartition en factions. Le réflexe premier est donc d'ordre identitaire, passionnel, fondé avant tout sur l'idée du "clan" que sur l'individualité, l'opinion personnelle et l'examen "en raison", ce qui a notamment tendance à lourdement impacter l'opinion qu'on va se forger ensuite en examinant la question: on s'informe chez ceux de même tendance, on s'aligne plus, consciemment ou non, sur les faits -alternatifs ou non- et façons de voir de ces gens, on fait confiance à leurs données et pas à celles "d'en face". On notera que si la tendance est similaire, il n'y a pas de parallélisme: c'est nettement plus prononcé côté conservateur que côté "liberal", ce qui doit aussi nous faire faire attention au danger des fausses équivalences: il y a certes deux "bulles" informationnelles, deux univers culturels existant en parallèle, avec chacun leur "politiquement correct", leurs tabous, leur radicalité, leur tendance à l'anathème, leurs querelles et leurs blocages, leur décalage d'avec le réel, leur tendance à être moins ouvert à l'autre.... Dans le principe, c'est parfaitement vrai. On notera cependant que c'est moins fort à gauche (ce qui correspond aussi à des réalités sociologiques dans la composition de l'électorat démocrate: plus urbain, plus éduqué, plus confronté à la diversité, plus "ouvert au monde"....), là où la "bulle" conservatrice a une tendance (bien incarnée par FoxNews) plus prononcée à une déconnexion plus grande d'avec "le réel", qui marche main dans la main avec une tendance plus forte au tribalisme et à l'homogénéité (là aussi en bonne partie liée à des réalités sociologiques, culturelles et géographiques). Cela devient plus inquiétant encore quand (comme mentionné plus haut), une partie de la vision négative de l'autre devient un sentiment de danger posé par l'autre bord pour le pays (et donc pour soi). Et l'ère Obama semble avoir été un accélérateur de ces tendances profondes, la crise économique étant par ailleurs un élément indissociable (et pour l'essentiel indépendant de lui, "habitant" juste la même fenêtre temporelle) de sa présidence qui a eu un effet profond sur la société américaine, particulièrement sur les "working class" et "middle class" blanches, et surtout les hommes (il y a eu un fort déséquilibre hommes-femmes dans l'impact de la crise économique: les hommes, surtout "working class", ont été de loin les plus durement touchés, et pour les blancs, surtout ruraux et péri-urbains, la chute fut proportionnellement plus dure).
  22. DT a annoncé hier, lors du "National Prayer Breakfast" (un événement annuel du "lobby religieux"), qu'il allait s'attaquer au "Johnson Amendment" afin de tenir une des promesses de campagne qui lui a permis de rallier la droite religieuse: la nomination de Gorsuch pour SCOTUS était la première salve, et quasiment LA raison pour laquelle (même si c'est pas absolument le candidat de leurs rêves) ils ont voté pour lui (la Cour Suprême est sans doute le premier objectif politique, celui portant le plus de conséquences, surtout pour ces gens). Qu'est-ce que l'amendement Johnson? En pratique, c'est, depuis 1954, le dispositif par lequel les associations caritatives (de "type" 501(c)(3) selon la nomenclature fiscale) sont exemptées d'impôts, et par lesquelles les donations sont rendues déductibles, en échange d'une interdiction totale de participation partisane aux campagnes électorales. Pour les religions, ce type d'organisation est de loin la formule fiscale la plus employée, et cet amendement limite leur participation au processus électoral (il existe et est très conséquent, mais passe par d'autres formes, d'autres organisations, et fonctionne comme les autres dispositifs de campagne.... Très "libéraux" aux USA). Sa fin est un objectif de longue date pour les grandes religions aux USA. De facto, c'est l'un des principaux outils pratiques du mode de "séparation Eglise-Etat" aux USA. Beaucoup pensent de ce fait que Trump ne va pas essayer très fort d'y mettre un terme, et a juste fait de la figuration pour donner l'impression de tenir ses promesses, et faire un maximum de pub sur cet effet d'annonce, parce qu'on s'attend à voir pas mal de parlementaires républicains se ranger de l'autre côté de la barrière sur cette question. L'une des raisons est qu'il s'agit ici des arrangements autour d'organismes ayant un statut fiscal particulier, pas de religions précisément, et qu'il existe beaucoup de telles structures (fondations et associations à buts caritatifs, universités....) qui peuvent tout aussi bien servir d'autres causes; mais plus globalement, en finir avec cet amendement pourrait créer un nombre trop important de conséquences imprévues et non voulues au goût de beaucoup de politiciens. Voir la droite religieuse (et surtout des évangéliques, de loin les plus organisés, radicaux et virulents) accroître son poids en interne du GOP ne réjouit pas non plus tout le monde. Mais Trump a besoin des religieux, surtout avant tout les évangéliques qui furent si importants pour sa base (et le seront d'autant plus qu'il s'aliène beaucoup de monde), et resteront une cible privilégiée pour l'assise électorale plus permanente que Steve Banon essaie d'organiser. Et pour cela, Trump doit au moins donner l'image de ce pourquoi les religieux ont voté pour lui: quelqu'un qui se bat pour eux, aussi choquantes et haïes que soient les politiques souhaitées. Les évangéliques se voient comme ayant été les "idiots utiles" de la droite depuis Reagan (ils ne sont une force massivement organisée que depuis les années 70-80, leur "acte de naissance" en tant que poids lourd national datant de la lutte contre l'avortement), n'obtenant jamais assez à leur goût et se foutant éperdument d'être une minorité cherchant à imposer ses goûts et choix au reste du pays (plutôt massivement en désaccord avec eux, même au sein de la droite); si Trump parvient à apparaître comme un "combattant" pour eux et à leur donner assez de gages, il les gardera. Ironie de la chose, ils sont une force politique bien plus organisée, cohérente et solide que les "trumpistes" (nationalisme blanc surtout rural, du sud et du midwest avec une dose de nord-est industriel, et plutôt mâle en majorité) dont une grande part, sinon la majorité, lui sont moins attachés et/ou ne semble pas être faite d'électeurs très "constants" (dans leur vote ou dans le fait de voter). Les culs-bénis militants sont donc cruciaux pour le Donald. Sinon, petite info complémentaire sur l'élection de novembre et les trouvailles du dépouillement: le nombre de bulletins nuls en Floride a été élevé cette élection, mais avec une particularité unique à ce cycle.... 147 000 bulletins ont été ainsi déclarés invalides malgré le fait qu'ils étaient parfaitement remplis (le total des bulletins nuls est plus grand, à 161 000), à l'exception de la case présidentielle, dans laquelle se trouvait un nom de fantaisie (Beyoncé était particulièrement populaire, apparemment, de même que l'ex-footballer controversé Tim Tebow, Thor, Mickey Mouse, et.... Bernie Sanders, ainsi que le toujours très populaire non remplissage d'espace). A comparer avec la marge de victoire de Trump dans cet Etat, qui fut de 113 000 votes, pour rafler les 29 grands électeurs de Floride. On a trouvé le même cas de figure au moins dans le Michigan et le Wisconsin, où la marge de victoire de Trump était largement en-dessous du nombre de bulletins parfaitement valides ET optant démocrate en majorité, mais laissant la case présidentielle en blanc ou en l'invalidant avec un nom fantaisie. Globalement, dans cette élection en Floride, il y a eu 1,69% de bulletins nuls, soit plus du double de ce qui fut constaté en 2008 et 2012. Pour beaucoup, il semble y avoir ainsi eu une protestation contre l'offre politique elle-même, et un choix que beaucoup d'Américains n'ont pas aimé avoir à faire, jugeant plus utile de voter nul que de voter pour un candidat, même un "alternatif" (un superviseur de Floride signale ainsi un bulletin qu'il a trouvé emblématique, où dans la case présidentielle était écrit "we can do better", soit "on peut mieux faire"). Le nombre de bulletins nuls en Floride est, selon tous les analystes et le personnel de supervision des élections, entièrement du au choix de CETTE élection, le nombre d'erreurs, de problèmes ou de confusion quand au dispositif ou au bulletin lui-même n'ayant pas vraiment varié par rapport à l'habitude.
  23. Un autre sondage (Morning Consult/Vox poll) générique pour "situer" les tendances de l'opinion américaine, ici sur le spectre d'idées politiques générales. On notera que ces proportions ne sont pas une nouveauté, mais une tendance lourde confirmée enquête après enquête, et depuis longtemps. Ici, il s'agissait de voir à la louche comment l'agenda de Sanders passe dans la population générale: - augmenter les taxes sur les plus fortunés: 73% sont "favorables ou très favorables", 21% sont "opposés ou très opposés" - augmenter la taxation des grandes entreprises: 66% contre 23%. On notera cependant que l'idée peut vouloir dire beaucoup de choses aux USA, où en théorie le taux officiel est plutôt élevé par rapport au reste de l'OCDE, mais où il est de notoriété publique qu'aucune grande entreprise ne paie même le tiers de ce taux dans les faits, voire y échappent souvent entièrement (voir le cas GE par exemple) - avoir un "single payer healthcare system" (une assurance maladie unique, nationale, publique): 55% contre 28% - université gratuite: 59% contre 31% Où l'on s'aperçoit que l'opinion américaine n'est pas vraiment en phase avec la plate-forme du GOP... En fait quasiment sur rien. Ce qui souligne d'autant le boulevard que Trump a pu s'ouvrir sur certains sujets, même s'il a soufflé le chaud et le froid, prêché un peu tout et son contraire, et, depuis qu'il est élu, s'est plutôt affaibli sur de telles questions via les gens qu'il a nommé pour son cabinet. Mais simplement se différencier du GOP en particulier, et plus encore de "l'establishment" en général (parce que les démocrates en place ont en majorité été contre ces préférences nationales, bien heureux d'être à côté de l'assiette au beurre et de faire carrière à Washington où l'argent des sponsors est roi), fut en soi salutaire. Il est par ailleurs aussi à noter que ces tendances se retrouvent encore plus lourdement dans la part de l'électorat qui ne vote pas (en partie significative par un accès limité au vote, ou des possibilités réduites par les circonstances, qui expliquent l'essentiel de la différence de participation entre les USA et l'Europe).
  24. Pour l'instant, le dit juge n'est pas encore dans SCOTUS, et là réside potentiellement un premier conflit d'ampleur dans la nouvelle scène politique: en théorie et en pratique, les républicains peuvent le faire passer, mais les démocrates peuvent sérieusement retarder, voire bloquer le processus pendant longtemps, voire bloquer le processus, via le filibuster. Prolonger un filibuster requiert pour les républicains de trouver 60 votes pour que la confirmation puisse passer ce blocage.... Et ils n'ont évidemment pas 60 votes, pas dans ce contexte politique où, depuis les années 90, les nominations à SCOTUS, jusqu'alors sans obstacle politicien et confirmées avec de larges majorités bipartisanes, sont devenues toujours un peu plus politiciennes. Le fiasco autour de Merrick Garland semble avoir été un apogée en la matière, et la posture actuelle de la base démocrate fait que les sénateurs du parti pourraient être contraints à l'obstructionnisme, qui leur semble aussi une option politique peut-être nécessaire pour signifier qu'il y a un prix à payer pour Garland. S'ils poussent avec le filibuster, McConnell ne trouvera pas les 8 sénateurs qui lui manquent pour son vote, même si quelques démocrates "blue dogs" (on pense notamment à Joe Manchin de Virginie Occidentale, dont il se dit qu'il pourrait faire un "party switch") et quelques volontaires (sur commande de la hiérarchie) pourraient voter "bipartisan", mais plus pour la forme, en nombre juste suffisant pour être un ou deux votes en-dessous des 60, afin d'envoyer un message précis: c'est une rétribution, et maintenant, vous allez devoir faire ce que vous ne voulez pas faire. Du coup, dans une telle situation, McConnell n'aura pas le choix: à moins d'avoir un candidat miracle et plus acceptable pour la gauche (il est de bon ton, quand on n'est pas sûr de faire passer ce qu'on veut dans des conditions normales, de mettre une propale plus consensuelle), il devra recourir à la "nuclear option", en l'occurrence changer le règlement interne du Sénat pour se débarrasser complètement du filibuster, ce dont les républicains ne veulent pas du tout pour beaucoup de raisons: la tradition, l'utilité du truc pour l'opposition, les conséquences imprévues.... Et le fait que contrairement à Trump, eux savent qu'ils en auront besoin un jour, quand ils seront en minorité. C'est le truc dont personne ne veut, mais le degré de polarisation politique et le comportement particulièrement antagoniste du GOP ces 8 dernières années ont amené à ce "tout ou rien" direct, les républicains devant assumer la responsabilité de ce changement s'il doit être passé. Uygur n'aime pas Erdogan et ne s'en cache pas, et ce d'autant plus qu'en tant qu'athée et fort en gueule ayant grandi dans le New Jersey, il ne mâche pas ses mots et parle de façon assez bourrine en général, souvent au point du simplisme, ce qui me fait prendre beaucoup de distance quand je regarde sur TYT, vu la couleur politique assumée du bouquet. Ils ont une forte tendance à partir dans de grandes logorrhées militantes et à vraiment beaucoup extrapoler, faire de l'émotionnel.... En partant de faits, certes, mais en poussant l'interprétation, et l'humeur qu'ils se fabriquent eux-mêmes avec, très loin. Je regarde parce qu'ils se penchent sur des faits et chiffres "oubliés" par les infos mainstream, comme d'autres "médias alternatifs".... Mais je ne m'y enfonce pas. Pour le nom "Jeunes Turcs", je croient qu'ils ne voulaient employer que l'aspect iconoclaste du nom.... Récemment, une des animatrices s'est faite épingler lors d'un événement public: pendant la session de "Q & A", elle s'est faite demander par un type dans l'audience comment elle pouvait bosser pour une orga avec un nom lié à un génocide, elle dont le nom est Ana Kasparian . Je sais pas si le mec était juste un petit malin voulant foutre sa merde, un militant du camp opposé voulant la mettre le nez dans la merde, ou juste un type que ce genre de choses peut énerver, mais la suite de la conférence n'a pas été sans remous.
  25. Puisque l'évolution de la popularité de Trump est de nouveau sujet à polémique, envisageons le problème sous un autre angle. En octobre 2010, à l'apogée de sa popularité, le Tea Party Movement, en tant qu'étendard de protestation, était connu de 54% des Américains, et approuvé par 39%: il a rapidement chuté après, une fois les élections de 2010 passées et certaines vérités sur lui commençant à apparaître, notamment sa totale et rapide cooptation par le "corporate power" (entre ses débuts juste avant le printemps 2009 et l'été de la même année, l'essentiel était fait, et les organisations du mouvement achetées), son obstructionnisme total et complet paralysant toute gouvernance, et l'incompétence totale et complète de ses élus en matière de gouvernement. Pour comparaison, au jour d'aujourd'hui, la "Women's March", en tant que "navire amiral" de l'opposition à Trump, est connue de 57% des Américains (soit un niveau de notoriété équivalent à celui du Tea Party en 2010), et approuvée par 60% d'entre eux. Pour ceux qui veulent faire des recherches sur l'opposition à Trump qui ne passe pas par le parti démocrate, ou le bypasse partiellement (avec ou non le but d'un "coup d'Etat" dans le parti), une petite liste d'organisations notables (ou "d'organisations ombrelles") très impliquées actuellement et en croissance rapide. Les grands médias évitent d'en parler autant que possible pour l'instant, essayant de garder la narration politique concentrée sur le binarisme qui leur est familier: - Our Revolution: l'organisation de Bernie Sanders, constituant sa faction politique en phase de développement (encore modeste: 58 élus), qui vise à une action de terrain pour éduquer, impliquer et rallier - Indivisible: évoquée ici: une création de la fin 2016, par des staffers et ex-staffers du Congrès, qui a très vite cru pour fédérer plusieurs milliers d'organisations locales - Brand New Congress: des ex-staffers et soutiens de la campagne Sanders, focalisés sur les candidatures au Congrès, y compris pour remplacer les démocrates en place. Ils ont l'air de rapidement se joindre avec le mouvement suivant, Justice Democrats (pour une fusion). - Justice Democrats: une coalition formée il y a à peine plus d'une semaine, qui rassemble des groupes progressistes dans et hors du parti démocrate, avec pour but avoué de dégager tous les élus démocrates sponsorisés par le "big money", afin de refonder le parti de l'intérieur (ils se veulent un courant "réaliste" dans le sens où le bipartisme et la taille du pays rendent impossible, ou en tout cas hors de portée, le fait de créer un 3ème parti, tant le besoin en notoriété, assise culturelle, tropisme "naturel", infrastructures.... Serait énorme). L'une des particularités de cette "étiquette" visant à encadrer un mouvement vaste et structuré fait de milliers d'organisations, est d'avoir une plate-forme médiatique permanente et significative: JD a été lancé par une figure connue du progressisme américain, Cenk Uygur, ex-présentateur de MSNBC qui a lancé depuis plusieurs années son propre média, un bouquet de chaînes Youtube (TYT Networks) aujourd'hui devenu le premier média audiovisuel en ligne (surtout chez les moins de 35 ans). Lui et Kyle Kulinski (patron et animateur d'une autre chaîne du bouquet TYT, Secular Talks) ont créé ce mouvement avec des ex-staffers de Bernie Sanders, notamment une partie de l'équipe internet de la campagne du sénateur du Vermont, qui avait eu une petite querelle avec l'ex directeur de campagne de Sanders, Jeff Weaver, aujourd'hui patron de Our Revolution. Dans les 3 premiers jours, ils avaient levé près de 400 000 dollars et 25 000 membres directs (je cherche le nombre de groupes qu'ils rallient). Une plate-forme multichaîne et une forte présence sur les médias sociaux sont de toute façon un atout majeur. A noter que le même Uygur mène aussi Wolf PAC, un Political Action Committee voué à dégager l'argent du système politique (principalement en faisant voter la fin de la personnification des entreprises et en avançant le financement public des élections), qui a dépassé les 25 000 membres actifs (républicains, démocrates et indépendants) travaillant auprès des parlements des 50 Etats pour obtenir le vote de résolutions demandant au Congrès un amendement allant dans le sens de leur objectif. Ils ont obtenu de telles résolutions (toutes bipartisanes) dans 5 Etats. Le point étant qu'il y a là aussi une infrastructure pré-établie et des réseaux pour Justice Democrats. Il y a beaucoup d'autres organisations même de niveau national, plus les "traditionnelles" (dont toutes rapportent avoir du mal à accueillir l'afflux de volontaires et personnes voulant s'informer et/ou s'impliquer) mais ce sont celles-là qui semblent avoir le vent en poupe pour l'instant.
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