-
Compteur de contenus
18 697 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
166
Tout ce qui a été posté par Tancrède
-
Déjà évoqué plus haut: la polémique dure depuis 3 semaines et a pris une certaine ampleur, mais ne semble pas vraiment "exploser" au point de réellement nuire à Christie qui, cependant, a du mal à affronter la pression de la scène nationale, qui est nouvelle pour lui. Cette polémique particulière est encore mise sur le compte du "c'est comme ça dans le New Jersey" (qui se paie une réputation de politique un peu maffieuse avec plus de coups de pute que la moyenne), mais elle surfe sur un certain nombre d'autres anecdotes qui tendent à faire surface dans les médias, maintenant que le statut national appelle un niveau de transparence (et d'inquisition médiatique) auquel Christie n'est pas habitué. La polémique peut cependant encore lui porter atteinte, étant donné l'évolution de l'enquête qui commence à sérieusement se rapprocher de son bureau. Un autre problème dans cette histoire implique le deuxième volet de la (encore supposée) rétribution politique de Christie: outre les blocages initiaux, on trouve ensuite la réduction régulière du nombre de files ouvertes aux riverains (cad les électeurs du coin) sur le même pont, à de multiples reprises. Quoique moins dramatique dans ses conséquences, puisque ne touchant que les habitants de l'endroit, c'est cette partie de l'affaire qui pourrait être la plus dangereuse pour Christie, étant donné qu'on semble trouver plus de traces de la chose et qu'il peut sembler possible d'en arriver à une action judiciaire pour corruption et abus des pouvoirs d'un poste d'élu. Mais pour l'instant, le système semble encore fonctionner: ce sont ses adjoints immédiats qui prennent pour lui.... Ne jamais se salir les mains directement.
-
Le pire étant que ça peut nuire à l'action de lobbying (et de justice dans certains cas) qui continue toujours pour les pompiers et policiers en action pendant les attentats et qui en ont récolté d'énormes problèmes de santé (certains mortels assez rapidement) et n'ont reçu aucun soutien adéquat (remboursement de soins, niveau de prestation, pensions): là aussi (comme souvent pour des soldats handicapés ou tués), on voit beaucoup de mains sur le coeur, mentons levés et larmes à l'oeil face au drapeau chez les décideurs et mille bonnes âmes aussi "patriotiques" que pleines de "gratitude" (ou plutôt de gratuitude), mais bien peu de mains au portefeuille, public ou privé. J'imagine que cet épisode peut avoir précipité un niveau de désenchantement particulièrement notable dans les rangs du NYPD et du NYFD (plus des paramedics d'hôpitaux privés), mais là, le coup des comptes facebook ajoute la connerie à un abus manifeste. Si encore ça avait été un cas d'abus pour abonder les fonds réservés aux pensions et familles de ces métiers souvent très mal traités.
-
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
En même temps, l'Etat nazi s'est empressé de recréer une bureaucratie infiniment plus lourde et procédurière, multipliant les hiérarchies et sous-hiérarchies (la culture de l'autoritarisme passe par un océan de petits chefs -jusqu'à l'assistant sous chef postier du 15ème district de Bergprout Ober Renzschplum- qui forment sa "classe moyenne", son terreau de base démographique, social et politique), et créant un gigantesque et monstrueux appareil d'Etat absolument inefficace, divisé en féodalités politiques et bureaucratiques, proprement ingérable et inapte à produire de l'efficacité à moindres frais (en argent et en personnel). Y'a parfois (pas dans tous les régimes autoritaires, loin de là) une première période où des choses se passent, mais ces structures, par essence, dégénèrent vite: les équilibres politiques internes d'un régime qui n'a que peu de comptes à rendre imposent des ajustements permanents (entre ambitions, jalousies, egos, besoins, clientèles....) et un coût qui ne cesse de croître pour les apaiser, rendant très vite la gestion efficace impossible et la correction inimaginable. Ca coûte cher d'entretenir ce qui vous rend puissant (parce qu'à chaque échelon de la pyramide, jusqu'au plus bas, c'est le même genre de querelles et d'équilibres, personne n'étant réellement le "fidèle" de personne), et il faut rester puissant pour espérer l'être plus encore.... Et les puissants sont gourmands: ils veulent TOUJOURS l'être plus. Ce genre de régimes (difficile d'appeler ça comme ça vu le nombre de gourmands qu'il implique) est appelé à devenir très rapidement un monstre pesant toujours plus sur un pays, simplement pour rester en place, et disposant donc de toujours moins de ressources à allouer.... A la direction du dit pays. Qu'aurait été le Consulat, tel qu'il était, sans la guerre et la perspective de la guerre, donc celle de l'injection dans le système politique de ressources piquées en dehors, et le détournement des récriminations sur la nécessité de "se défendre" ou de "semer la liberté", ou celui des des ambitions sur des opportunités (titres, clientèles, avancement, renom, occasions, relations, alliances....) et ressources extérieures? La faste période des 3-4 années réellement "utiles" aurait vite cédé le pas à un nouveau Directoire, quoiqu'aurait pu vouloir Napoléon dont la propre famille (lui compris) n'était pas la dernière dans le grapillage du matériel et de l'immatériel. Un petit territoire, une petite population très homogène dans sa culture, une absence de contrainte géopolitique, une ressource fondamentale de niche (le refuge financier) qui se fait aux dépends des autres (l'aspect parasite des paradis fiscaux), un relief très particulier qui a favorisé et façonné cet entrisme.... Et un nationalisme affirmé et entretenu dans le mépris souverain (condescendant, au mieux) de tous les voisins: parle 5 minutes avec un bon calviniste helvète bien pensant et au moins un peu aisé, et tu auras droit au discours fantasmatique sur les "vertus" génétiques/naturelles du Suisse qui expliquent par essence toutes les bonnes fortunes du pays. La démocratie directe (si tant est que ce soit si direct que ça, cas Suisse compris: il se forme quand même une classe politique, une élite auto-reproduite, des détournements de lois par et pour les plus puissants, une bureaucratie....) est une illusion pour des pays plus grands et plus variés: franchement, j'ai du mal à imaginer des possibilités de vraie démocratie directe pour plus grand qu'une ville moyenne. -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Nooon, j'ai juste bossé au Parlement et un tas de mes copains continuent à oeuvrer dans le domaine, mais bien sûr, toi tu connais la musique. Quel rapport même minime entre le salaire des parlementaires et leur vote: si tu crois que ce que même les plus vénaux espèrent ramasser, c'est le revenu que procure un poste d'élu, je l'ai dis et je le redis, t'es complètement à côté de la plaque. Ce que paie une telle fonction ne vaut pas l'emmerdement que c'est en terme de mode de vie, et le dire EST du niveau café du commerce, dans le registre "tous pourris" et autres facilités débilitantes. Les vrais bénéfices, pour ceux qui veulent et peuvent les prendre (qui sont loin d'être la majorité du personnel politique élu) sont vraiment différents. Et si tu veux des collections d'anecdotes aussi choquantes qu'enrageantes, j'en ai aussi ma collection, touchant du président au sous-préfet, en passant par des amiraux et ministres en voyage à l'étranger. Mais même la somme de ces anecdotes ne résument pas, ou même ne définissent pas, le processus législatif dans ses principes et ses réalités. Ca requiert plus que des souvenirs d'enfance. -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca reste toujours la solution d'un imaginaire infantile, d'avoir un "deus ex machina" qui fait tout vite. La démocratie est supposée être lente, et son processus est fait pour être frustrant; à certains moments, il l'est trop, et ces moments peuvent durer (personne n'a jamais dit que c'était un bon système.... Juste le moins pire). Pour bien des raisons différentes, ça énerve chaque individu dont beaucoup en viennent à souhaiter le "coup de balai", l'espèce d'acte magique qui résoud tout d'un coup ou très vite, la solution simpliste qu'un enfant peut souhaiter (et notre inconscient est un enfant, petit et plus ou moins capricieux) quand il s'énerve. Cet attrait pour le coup de colère/coup de bourre rapide s'incarne souvent en politique dans des idéologies radicales et, au fond, simplistes (nombre se cachent derrière une logorrhée en apparence élaborée), qui, à leur tour, ont souvent besoin d'un individu pour les rendre concrète. Ergo, la "solution" miracle devient un "homme providentiel". Et plus ça merde, plus cet homme providentiel, tant qu'il n'est pas au pouvoir, concentre cette attente et capitalise dessus, rendant ses fans d'autant plus "accros". Evidemment, cette espérance est vaine: y'a pas vraiment d'histoires de telles dictatures heureuses, sauf pour des proportions minoritaires d'un pays, dans le meilleur des cas, et pour un temps: les régimes autoritaires épuisent vite leur capital politique, ne le renouvellent pas, et coûtent TOUJOURS de plus en plus cher en proportion de la richesse du pays concerné. C'est une constante: il n'y a pas de dictature vertueuse. Simple constat empirique et simple analyse des ingrédients politiques nécessaires et de leur interaction. -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Toi, t'as jamais rencontré un politicien: ceux qui s'intéressent à cet aspect des choses sont ceux qui n'ont aucun pouvoir et ne décident de rien. Y'a beaucoup de raisons pour qu'une scène politique soit dans l'impasse, ou semble l'être (outre le fait que la démocratie soit FAITE pour aller très lentement); celle-là est de la science fiction. Illusions et démagogie de café du commerce, désolé de le dire ainsi. -
4 sur 6 ont des harpoons. Je crois que ce qu'aucun n'a, c'est de l'armement anti sous marin.
-
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
C'est pas une petite série: c'est Amazon qui se lance dans la prod et la primo diffusion! Le buzz et la campagne initiale ont été assez impressionnants. Et le buzz dans le monde politique a été assez étonnants pour un tas de raisons: - ça parle de la vraie actualité telle qu'elle se passe (avec des noms différents, mais c'est tout), pour les vraies raisons (en tout cas ce qui s'en rapproche le plus à la télé) - les commentateurs politiques sont assez unanimes sur l'authenticité et le ton, qui (hors des éléments comiques) sont aussi proches que possibles des personnalités, motivations, méthodes, processus et foirades du Capitole. Nombreux sont les journalistes qui se sont exclamés "enfin", en comparant le réalisme (bête et terre à terre.... Comme le monde réel) de la série aux exagérations, voire caricatures de The West WIng (que j'adore pour beaucoup de raisons par ailleurs) ou de House of Cards (bien aimé, mais je préfère nettement la série anglaise originelle). - le cadre de la série -la coloc de 4 parlementaires- part d'une histoire réelle et cumule les anecdotes, personnelles et politiques..... A ceci près que la coloc réelle était celle de 4 parlementaires démocrates (tous encore en exercice je crois). Rien que la scène où le plus glandu des 4 se retrouve acculé à aller sur le plateau du Colbert Report (ce que les élus républicains fuient comme la peste, tout le monde sachant qu'ils ne peuvent pas s'en sortir face à lui, aussi malins qu'ils soient) et finit, ridicule, par faire de la lutte gréco romaine avec Stephen Colbert en costard, en direct live.... Nuff said! -
Ca veut pas dire ce que tu penses :-X ....
-
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est assez naturel en temps de crise, de tension ou de colère: la nuance passe moins, les idées se radicalisent, peuvent aller jusqu'à des formes d'idéologie plus ou moins développées, on propose des solutions plus radicales/simplistes/claires (à expliquer en tout cas), et pour le personnel qui les porte, c'est pareil. Plus ce processus est développé, moins il faut de figures pour le porter, car à ce starde, il s'agit d'incarner la solution plus que de la porter. Généralement aussi, les mouvements qui procèdent ainsi viennent quand même de plusieurs horizons et se font la guerre en interne: ambitions individuelles, affrontements pour savoir quel courant aura prééminence dans le cocktail final, nécessité de fusionner en un programme et une machine.... A l'arrivée, ça se traduit là aussi par un combat des chefs qui finit rarement par une direction collégiale, surtout quand, dès lors qu'on parle d'extrêmes, la tendance à la structuration et à la hiérarchisation est souvent très forte (ou alors au bordel complet, comme longtemps dans l'extrême droite française -ou à quelques moments seulement, un courant pouvait émerger temporairement-, ou divers types d'extrêmes gauches). Sans compter les éventuels facteurs moins "programmables": le charisme, statut ou accomplissement particulier d'une personnalité aide beaucoup, mais se fabrique difficilement, donc n'arrive pas à tout les coups. Mais d'une manière générale, plus radicales les idées, plus structuré le mouvement, et plus centralisée/unique sa direction; quand le message est unique, avec une causalité unique dont découle une idéologie (les étrangers de l'extérieur ou de l'intérieur, les "autres", la "mondialisation", les hérétiques, l'âge du capitaine ou les chaussettes du cousin) où on met tout ce qu'on veut et son contraire, une voix unique le porte mieux car elle procède du même fonctionnement avec une réponse simple (iste) et unique, et une figure visible (donc un individu, soit quelque chose que chacun peut "s'approprier" et comprendre, s'en faire un ami imaginaire.... Comme n'importe quelle idole) pour la donner. Si tu fais confiance à l'idéologie, au "message", tu fais confiance au gars, ou inversement (d'où l'importance de bien choisir le dit gars): la personne est un medium que chacun s'approprie dans son imaginaire et son inconscient, se "projetant" une relation avec (quand en réalité, tu sais absolument rien de réel de cette personne). Ca fonctionne pareil avec les people et stars, dont le marketing est optimisé pour favoriser ce relationnel imaginaire en même temps que l'idôlatrie/adoration de l'icône "superhumaine". C'est tout un métier.... Après, caractériser la figure dominante qui en émerge comme "homme providentiel" est nettement plus souvent un jugement de valeur a posteriori, même si effectivement, ses partisans l'interprètent comme tel, à divers degrés, puisqu'il est la solution incarnée. Un peu comme en religion: tu identifies facilement Dieu et Jésus, dans la trinité, mais le Saint Esprit? Bizarrement, les croyants passent vite dessus (ou au contraire brodent à n'en plus finir sans rien conclure de terrible) parce qu'il n'a pas de visage et on sait pas trop ce que c'est. Quand tu veux vendre un mythe ou de l'abstraction, mieux vaut foutre un visage dessus: et plus la pilule est grosse, plus il faut que tu n'en vois qu'un seul et qu'il se trimballe une aura (ce pourquoi le marketing est important). -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Tu parles de l'histoire d'après guerre? Parce que Léon Degrelle m'a pas frappé comme ayant été un modéré. -
Même pas: c'est la façon dont ils en parlent.... Mais seulement quand ils en parlent. Quand on regarde les médias américains en tant que français, écrits (papier, numérique) et audiovisuels, on peut être vexé par la quasi totale absence de la France de leur "champ d'attention" national, même comparée à des pays de taille et importance plus ou moins similaires: ils parlent bien plus de l'Italie et de l'Allemagne, de la Corée du Sud et de l'Espagne, et infiniment plus de l'Angleterre. Je regarde les journaux télé ricains à longueur de semaine, je sais pas à quand remonte la dernière allusion, même triviale, à la France. La crise en Centrafrique, qui a été quasiment ignorée des médias américains, a quand même été un peu traitée.... Dans les 2/3 des reportages où ça a été le cas, le mot "France" n'était même pas prononcé. Pour la presse écrite, c'est à peine mieux, sauf les quelques trucs comme The Economist, pas vraiment américano centré et pas un truc "populaire", qui annoncent depuis toujours l'effondrement de la France et du "Welfare State" en général. Sûrement un peu.... Mais c'est pas près de déboucher sur un débat, ou même un petit buzz, en langue anglaise.
-
En quoi le contrent-ils? C'est un article américain, publié sur un site américain et destiné à un public américain. Le débogage et les protestations sont en français sur des sites français. 2 mondes qui se frôlent et ne s'écoutent pas des masses. Qui plus est, l'audience de Newsweek n'est plus ce qu'elle a été, et il s'agit plus maintenant (sous réserve de voir ce que la nouvelle stratégie donnera et si elle trouvera un nouveau lectorat) d'une audience captive et engoncée dans ses certitudes, vivant dans sa caisse de résonnance.
-
Même pas: les montants donnés sont extrêmement réduits par rapport au besoin, même par rapport au besoin de la simple survie. C'est juste qu'au XIXème et jusqu'à ce que cela devienne un sujet de débat, laisser des gens crever était une variable d'ajustement acceptée; et ils crevaient nettement plus jeunes en moyenne, tant par les conditions de vie en général (dont une partie est imputable aussi aux limites de l'alimentation, des capacités médicales et des conditions d'habitation et d'hygiène) que par l'usure plus grande des organismes (travail manuel dominant, dans des conditions plus difficiles, avec moins de capacités de soin/récupération). Par ailleurs, le faible niveau de formation, et les plus faibles mobilités et informations (contraintes par les moyens individuels et les moyens techniques de communication et transport, ainsi que par la moindre capacité d'installation dans un nouveau lieu) rendaient la main d'oeuvre moins adaptable/élastique. Mais il faut aussi souligner d'autres facteurs importants dans l'évolution constatée: les systèmes de transferts et redistribution ne sont pas les seuls. Il faut y ajouter les systèmes d'éducation et de formation continue, l'évolution technique et le développement des infrastructures, l'évolution économique (mécanisation du travail agricole, nouvelles méthodes industrielles....) et le rôle de certains entrepreneurs visionnaires, notamment l'icône qu'est Henry Ford qui a pris le parti de faire de ses employés des clients, chose qui lui a fait dire (vu que son ego était pas petit) "I've invented the modern age" (et a accessoirement fait de lui l'un des hommes les plus riches du monde). Wallmart aujourd'hui semble toujours incapable de faire le même constat (et ils s'étonnent depuis 2-3 exercices d'avoir des perspectives à la baisse), contrairement à son concurrent immédiat Costco, dont le business model est infiniment plus durable. Aaaah, le rêve libertarien.... Qui ne marche pas au-delà de l'échelle du village.... Et on peut même s'interroger de sa durabilité dans le temps à cette échelle, l'humain étant ce qu'il est. De Von Mises à David Friedman en passant par Hayek et Rothbard, et évidemment aux avatars politiques que sont les 2 Paul (Ron et Rand), on a ces axiomes abstraits démentis par toutes les expériences, analyses et mesures réalisées.... Mais non, les écoles qui se fondent sur des principes philosophiques et des abstractions ont cet avantage de pouvoir continuer à réfléchir sur elles-mêmes sans être touchées par le constat empirique ou l'analyse scientifique du réel. Inutile de discourir avec, on ne récolte que des truismes et des raisonnements abstraits se suffisant à eux-mêmes et ne factorisant que ce qui les arrange (sans le compter, parce que les maths.... Beeeuuurk). Le pire étant que le rêve libertarien, au final, on l'a eu pendant longtemps en France (et ailleurs): c'est le Moyen Age, un grandiose épisode d'inefficacité économique et sociale profitant à peu de monde, malgré les amours abstraits et théoriques de gens comme Montesquieu pour qui la féodalité était ce qui avait été créé de plus parfait (en théorie seulement, parce que le résultat....). Sans même trop pousser, on peut se dire que la Somalie l'expérimente maintenant depuis un certain temps, ce rêve; faut aller leur demander ce qu'ils en pensent, de l'ordre qui émerge de façon spontanée. Je suis méchant, mais ce teasing là n'est pas de moi: je l'ai vu il y a quelques mois sur une chaîne américaine.... Et oui, c'est de la satyre. Mais est-ce si exagéré? Roo putain! Je la connaissais pas celle-là. Tu la sors d'où?
-
Avant l'ACA, le chiffre est plutôt autour de 55 millions. Après, il est estimé qu'il descendra autour de 25, compte tenus de la mesure accompagnatrice de l'ACA, le "medicaid extension". La couverture par le régime public d'assurance maladie (Medicare et Medicaid) ne s'adresse pas à tous ceux que le privé ne peut pas aider, mais à des catégories particulières ne recouvrant pas tous les non assurés: militaires, policiers, personnes âgées certaines parties de la fonction publique (dont les élus) et une partie des pauvres (cad aux USA, ceux dont le revenu annuel est inférieur à 23 000 dollars) selon diverses modalités de sélection. Mais à ce chiffre des non couverts, il faut ajouter celui des mal couverts, qui est infiniment supérieur: l'assurance privée aux USA est, pour l'essentiel, minable au niveau des prestations effectivement vendues, et les polices d'assurance sérieuses sont hors de prix, et de fait hors d'atteinte pour plus des deux tiers de la population.... Ce qui a pour effet de long terme, entre autres choses, de faire baisser le niveau de santé moyen des Américains (qui sont les plus mal portants du monde développé), donc d'impacter le PIB (productivité moindre, absences plus fréquentes, incertitude....), et d'engorger de façon structurelle et massive les services d'urgence, donc de plomber les comptes de la santé publique (et de fait de subventionner le système privé, qui socialise ainsi les pertes et les manques à gagner, et privatise les profits). Avec au passage une croissance constante du coût des assurances via un non contrôle (dérégulation et lobbying, quand vous nous tenez....) des secteurs hospitaliers et pharmas (et de la médecine traitante, complètement tenue par les pharmas) dont les coûts sont absolument dantesques et en grande partie injustifiés. 84% des Américains ayant une assurance privée l'ont par le biais de leur employeur, ce qui, pour une politique de santé, n'est pas une formule économiquement et socialement très efficace puisqu'elle fait dépendre les prestations de ce que le dit employeur est prêt à consentir dans son effort de négo avec les assurances (je laisse deviner que dans la grande majorité des cas.... C'est pas terrible: la couverture dentaire est un luxe pas très fréquent, et je laisse imaginer ce que ça implique pour les soins et congés maternité, sans compter des trucs comme la contraception que beaucoup de patrons refusent de négocier par biais religieux), et lie l'employé à un contrat qui ne dure que tant qu'il reste dans la même boîte (impact sur la mobilité, faible visibilité....), enlevant l'un des avantages fondamentaux d'un système plus vaste qui est de savoir qu'on aura une assurance dans l'avenir visible, quoiqu'il arrive, et pas juste de manière temporaire et conditionnelle (problème que l'ACA a en partie résolu). Ca n'a pas toujours été ainsi: jusqu'aux années 70, il y avait un compromis plus équlibré pour réguler l'assurance privée, contraignant les assureurs réunis en fédérations homogénéisant le secteur et offrant de la stabilité aux assurés et de la visibilité aux assureurs (les systèmes -encore existant en nom seulement- comme Blue Cross/Blue Shield, qui ont largement dégénéré), tout en associant les employeurs à la chose, vu que le financement passait quand même par eux (mais ils ne décidaient pas seuls du niveau de prestation). Beaucoup d'Américains tiennent à leur police d'assurance car ils ne savent pas ce qu'il y a dedans (généralement c'est minable, et comme souvent avec les assureurs, si t'as un problème plus de 2 ou 3 fois, tu es giclé de l'assurance ou son coût explose), ce qui est un des aspects que l'ACA adresse en leur offrant un minimum de transparence et de possibilités de comparaison des prestations entre polices et entre assureurs. C'est le cas depuis la fin des années 80: les USA sont le pays développé qui dépensent de loin le plus dans le secteur santé, et qui en a le moins pour son argent. Même les riches américains sont en moyenne nettement bien moins portants que leurs homologues d'autres pays (dans quelle mesure est-ce imputable au fonctionnement de leur secteur santé est une autre question).
-
Chine-Japon : dégradation spectaculaire des relations.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
Le problème est qu'on ne sait que très peu de choses, et très mal et pas suffisamment vite, sur ce qui se passe au sein du pouvoir chinois: les "scandales à répétition" ne sont pas des affaires qui éclatent parce qu'un journaliste a sorti ces affaires ou qu'un juge a levé un lièvre dans le domaine de la corruption. Ils arrivent parce qu'une faction est en lutte contre une autre et que, à certains moments, ça ne peut pas rester une affaire discrète, "entre gens du monde", et/ou que sortir l'affaire au grand jour fait partie de la stratégie de la faction qui l'emporte. L'actuel président a de fait eu affaire à une tentative de coup d'Etat il y a un moment, qui a révélé le niveau de tension extrême entre le niveau provincial et l'Etat central (lui-même pas franchement uni dans la concorde et l'amour), et ce même président est de fait partisan autant qu'il est l'instrument de l'Etat dans l'Etat qu'est l'armée. Le PCC est tout sauf un objet unique et uni: c'est en son sein que s'opposent les multiples factions et échelons de la direction du pays, parce que c'est en son sein que se trouvent le pouvoir et les clés du pays (échelons de décision, canaux de communication verticaux et horizontaux entre toutes les "unités" -administratives, politiques, économiques, militaires, territoriales....- du pays, réseaux financiers et économiques....), la "société civile" n'en ayant que peu, trop peu pour être une réelle entité capable de faire émerger des leaders et organisations ayant une masse critique suffisante pour peser dans le débat et la prise de décision. Cette société civile ne peut peser qu'en cas de protestations massives, et à cet égard, vu les faibles possibilités de coordination, il s'agit plus d'une instrumentalisation par telle ou telle faction politique. Le seul cas où elle pourrait peser en dépit du pouvoir serait celui de mouvements dépassant en ampleur et durée, voire en intensité (si ça tourne vraiment mal, si certains poussent plus loin), ce que les dites factions attendent, cad si elles en perdent le contrôle, ce qui peut toujours arriver. Auquel cas, nul ne sait comment ça peut finir même si Tienanmen constitue l'échelon de référence, de même que, dans une certaine mesure, les multiples soulèvements et manifestations violentes qui arrivent à longueur d'année (et sont sauvagement réprimés) et dont le décompte a cessé d'être publié en 2003 (parce qu'il augmentait trop et trop vite). Mais le fait est que la Chine a été durement touchée par la crise économique, qui a accéléré l'entropie des failles de son système et ses problèmes structurels: banques en faillite virtuelle, absence de retraites suffisantes pour les premières générations d'enfants uniques ayant "fait" le décollage économique et qui quittent la vie active, problèmes environnementaux, demande intérieure faible, problèmeS démographiqueS, "coût" du système politico-économique, réaction économique et commerciale -lente mais réelle- des pays développés, inégalités socio-économiques et territoriales, statistiques économiques gonflées reflétant mal une réalité différente (quand la Chine n'a pas une croissance à deux chiffres, dans les faits, elle décroît; l'inflation réelle doit être déduite de la croissance; la plupart des chiffres publiés sont très gonflés), sorties de capitaux par les élites (évasion fiscale entre autres choses) et sorties de leurs enfants qui vont étudier et vivre ailleurs.... Ce qui veut dire que le gâteau réel est moins que ce qu'on pense, que le régime en ponctionne une part trop importante et trop grandissante, et que, depuis 2008, il y a de moins en moins à se partager entre "gens du monde".... Chose qui tend à révéler les conflits latents, à radicaliser les positions. Et les tensions internes ont souvent cette ennuyeuse tendance à être portée sur le plan extérieur. Facteur aggravant au niveau international: l'opacité de la direction du pays, qui impacte nécessairement l'approche et les calculs des autres, à commencer par les voisins et ceux qui ont un intérêt majeur dans le coin; ça rend plus parano, plus agressif, plus prompt à envisager le pire et à se prémunir contre lui. Tout ça pour dire que la Chine a avant tout un problème à sa tête, dont les morceaux sont plus en affrontement qu'à l'unisson, et qu'on ne peut pas tabler sur une prise de décision unique et cohérente, et, semble t-il pas sur une prise de décision sereine et mûrement réfléchie au nom de l'intérêt supérieur de long terme du pays, mais plus sur des comportements de "joueurs" s'affrontant et utilisant le domaine extérieur pour s'imposer à l'intérieur, avec l'inconvénient que ce genre de choses peut impliquer des états d'esprit propres à la fuite en avant.... Sans parler du fait qu'elles impliquent aussi les réactions d'autres pays qui deviennent de fait, et ça les enthousiasme pas, des parties prenantes involontaires; ces mêmes pays qui manquent d'informations sur ce qui se passe à la tête de la Chine et qui donc s'en inquiètent d'autant plus (et se préparent au pire en conséquence). -
J'ai exagéré: le journal n'était/n'est (y'a plus de version papier depuis l'an dernier) pas néocon ou exclusivement conservateur; il est devenu mixte en optant pour un passage à un titre d'opinion, censé être plus racoleur, ses anciens proprios ayant opté pour une version de populisme facile sur média numérique, histoire de se faire, essentiellement, un site polémique. Ils ont des conservateurs et des "liberals", dans des registres divers. Sur les plans sociétaux, tu n'auras que des plumes de gauche (et pas les meilleures), sur le plan économique, tu auras, essentiellement, Wall Street, sur le plan international, tu auras à boire et à manger sur fond des axes inamovibles de l'électorat américain (prosionisme, un peu antichinois, très antirusse, méprisant l'Europe sauf quand elle dit oui à Oncle Sam....) et sur le plan politique, tu auras des allumeurs de polémiques issus des "Beltway Medias" de Washington. Assez ironique pour un mag qui était l'icône des "liberals" jusqu'au début des années 2000, et qui est encore lié au Daily Beast.
-
Merde! J'ai payé le mien 1,4 euros hier (dans le 16ème, du lait bio, pas dans un pack et dans une petite épicerie donc plus cher): je me suis fait avoir ou le commerçant cherchait à me cacher la triste réalité? Putain, je suis dans le 16ème et je saurais absolument pas où aller pour parvenir à trouver du lait à 6 euros le litre.... Bon, en revanche, je sais où aller pour trouver de la crème fraîche à 25-30 euros les 600g. Ca compte? Newsweek est un peu la version papier de CNN: ça fait des années qu'il se prend, aux USA, volée de bois vert sur volée de bois vert pour son ineptitude, mais aussi (pas comme CNN qui reste dans le ton consensuel générique américain) pour un militantisme conservateur particulièrement caricatural. Les titres de Newsweek sont un des matériau de base des comiques américains, à côté des délires de FoxNews, des imprécations de Rush Limbaugh, des sermons de Pat Robertson et des cris de Glenn Beck. Du grand n'importe quoi.... Mais qu'est-ce qu'on peut se marrer avec. Ce qui est amusant, ce sont les cibles des critiques citées dans l'article, qui sont étrangement les rengaines et mythes conservateurs les plus récurrents (comme quoi, l'article ne parle pas de la France, mais des USA sous couvert de France): syndicalistes vivant grand train et allocataires chômage ayant une vie princière, assurance maladie destinée à améliorer la vie sexuelle.... Au final, un article qui, comme le journal, est destiné au public qui regarde FoxNews, pour confirmer ses illusions. Le Web se gausse, mais le lectorat de Newsweek s'en fout: il est dans la "bulle" conservatrice, cet univers/caisse de résonnance où les faits n'existent pas et où seules comptent les certitudes de la communauté.
-
Le problème de l'attribution de lots de terre restera épineux dans l'empire à certains moments, mais nettement moins que sous la république: il y a de la terre, le régime impérial hésite moins à proscrire certains grands propriétaires à certains moments (vu le nombre de conspirations et tentatives de séditions, y'a de quoi faire), et conquérir une terre voisine reste toujours une option. Mais pas d'armée privée, du moins rien qui pèse d'un poid conséquent; l'armée romaine est la seule force armée à côté de milices de défense dans des cités constituées (cad ayant leur charte de cité et une assemblée), et des forces, généralement étrangères ou constituées de pérégrins (les habitants libres de l'empire romain qui n'ont pas la citoyenneté, ce qui disparaît avec l'Edit de Caracalla en 212), levées en temps de campagne et qui sont de fait mercenaires. A part ça, on ne voit que de petits groupements de personnels de sécurité privée dans les grands domaines agricoles, qui sont là autant pour protéger les domaines de la rapine que pour surveiller les esclaves. C'est du monde, mais c'est rien du tout par rapport aux effectifs de vétérans qui finissent leur service chaque année. On ne verra réapparaître des troupes privées qu'à Constantinople à partir du Vème siècle: les bucellari sont une extension des gardes de grands domaines, qui connaissent une inflation constante au IVème siècle avec la récurrence des incursions puis invasions, et l'insécurité grandissante, sur fond d'un Etat romain oriental n'ayant jamais assez de numéraire pour faire face à toutes ses obligations (rentrées fiscales en baisse, crise monétaire, explosion des besoins) et qui ne rétablira réellement ses finances que dans le dernier tiers du Vème siècle, moment à partir duquel l'habitude de ces troupes privées est entré dans les moeurs. La "provincialisation" de l'empire à partir du IIIème siècle est aussi en cause: les élites provinciales renforcent leur poids, et au Vème siècle, ce poids s'assortit désormais d'un certain degré de contrôle sur les milices de défense locale (via l'importance des élites dans les institutions et l'économie locales) et sur la disposition de troupes privées, pas énormes, mais désormais permanentes, ainsi que d'importantes réserves monétaires pour embaucher des mercenaires. C'est sur ce substrat que la féodalisation de l'empire d'orient se fera. Les bucellari sont cependant plus des troupes mercenaires qu'on adjoint à l'armée, soit de l'initiative de celui (un grand aristocrate) qui reçoit un commandement d'armée et veut disposer de troupes "à lui" et/ou maximiser ses chances de réussite, soit comme donation de l'empereur à un chef favorisé (Bélisaire reçoit ainsi une troupe privée allouée par l'empereur en plus de l'armée qu'il lui confie). Mais sous la république, faut garder un truc à l'esprit: les armées levées par l'Etat romain.... Sont des armées privées levées par les sénateurs recevant de la république un imperium pour le faire (un titre de magistrat, une mission et un droit de lever un nombre donné de légions): les légions comme les troupes de "socii" (alliés) et de socii externalis ("alliés extérieurs", cad venant de nations non liées à Rome par traité.... Et qu'on peut du coup assimiler à des mercenaires: frondeurs baléares, cavaliers numides, ibères, gaulois ou ubiens, archers crêtois ou syriens.... Sont de ce type) ressortent de cette logique. Les citoyens romains ne sont pas employables ailleurs que dans des légions. Tout au plus de petites proportions pouvaient être embauchées à l'étranger, soit en tant que légionnaires "prêtés" dans le cadre d'un contrat entre un magistrat romain et une puissance étrangère (dans une alliance), soit en tant qu'individu privé vendant une expertise.... Des consultants, quoi. Mais là encore, c'est vraiment de touts petits effectifs, rien de comparable avec les masses de démobilisés nécessitant un recasage. Les grands aristocrates romains n'ont pas de "gardes prétoriennes": avant l'empire, seuls les magistrats en exercice ayant un commandement d'armée ont droit à des soldats gardes du corps (dits "prétoriens" puisque le centre de commandement d'une légion, et par là d'une armée, est appelé le prêtoire), et il est interdit dans l'enceinte d'une cité d'avoir des hommes en armes (le port d'armes, et avec lui la violence physique, sont interdits dans l'enceinte sacrée de la cité.... Depuis que Romulus a buté son frangin précisément parce qu'il refusait ça). De fait cet interdit est contourné, mais surtout parce que ça reste dans des proportions réduites: quelques gars, voire quelques dizaines, pour les familles les plus prééminentes, et tous sont en civils. Les grandes familles, entre autre pour l'éducation de leurs fils, ont souvent quelques anciens légionnaires dans leur maisonnée, généralement à qui ils sont liés par une campagne passée et un lien patron-client. Mais là encore, on n'est pas dans la loi des grands nombres. Enfin le cas de la police: y'a pas de police à Rome. Le seul service de "violence légale" dans l'enceinte de la cité est l'organisation des licteurs qui procure des gardes armés (en nombre strictement définis et limités) aux magistrats élus, gardes qui sont aussi exécuteurs des jugements (d'où le symbolisme de leur arme: la hache et les faisceaux de verges liés, pour décapiter ou fouetter). Les licteurs sont très peu nombreux. Il existe en plus une garde d'esclave de nuit qui est censée faire la chasse aux esclaves en fuite (une tâche permanente à Rome), et veiller aux incendies, voire assurer un minimum de sécurité des rues.... Mais ce système, à base privée, n'a jamais fonctionné. La première police est de fait créé par Auguste, avec les cohortes prétoriennes (qui, outre leur mission de réserve impériale et de protection des institutions et bâtiments impériaux à Rome, ont aussi une fonction de police dans la capitale), les cohortes urbaines (leurs homologues sénatoriales) et surtout les cohortes de vigiles (pompiers et sécurité civile, patrouille de nuit et ilôtage), assorties des réseaux d'informateurs qui ont toujours existé à Rome et avaient une fonction d'assistance à l'ordre public (qui multipliait les yeux et oreilles dans une ville de plus d'un million d'habitants). Un nombre réduit de grandes villes provinciales sous l'empire aura aussi des cohortes urbaines et des vigiles (Lyon, Carthage, Antioche), mais c'est tout. Ailleurs dans l'empire, les fonctions de police sont minimes et assurées (le plus souvent pas très bien) par un mélange plus ou moins mal coordonné de milices locales (qui servent aussi bien à la défense d'une ville qu'à patrouiller ses rues), de milices privées de gens fortunés (qui patrouillent les alentours de la propriété du patron) et de groupements d'esclaves dédiés à cette tâche et généralement financés par le magistrat impérial et divers intérêts locaux. L'empire romain n'a pas de police au sens où nous l'entendons, gardant jusqu'à l'absurde le principe initial de la république (quand elle était encore une petite cité organisée en clans et tribus électorales peu nombreuses) qui rendait chaque citoyen responsable du respect de la loi. Auguste corrigea cela dans la cité de Rome et une ou deux autres, mais ça n'ira pas plus loin (sauf quand Constantinople sera créée et aura les mêmes institutions et organisations que Rome, rôle capital oblige). Donc au final, même si les vigiles sont un corps de choix pour accueillir un certain volant de vétérans méritants (difficile de dire si c'est un cadeau ou non comme affectation), leur effectif reste réduit (au plus haut je crois, pas plus de 10 000h) et n'offre donc que peu d'opportunités, d'autant plus qu'elles ne sont accessibles aux citoyens qu'à partir du IIème siècle (et n'étaient pas vraiment quelque chose qui attirait), sauf pour les postes d'officiers, et qu'on y préfère quand même une forte proportion d'hommes jeunes (le légionnaire terminant son service, dès Claude, a déjà 20 ans sous les drapeaux, et 24 ans au IIème siècle, donc un minimum de 37-38 ans d'âge, puis 41-42 ans). Les cohortes urbaines et prétoriennes ne sont pas, elles une voie de recasage: seuls les soldats d'élite y ont accès, elles sont une récompense. Donc assez peu de possibilités de recasage de soldats dans des métiers plus ou moins apparentés à celui de soldat. Et c'est sans compter sur un truc plus bête: on imagine que les vétérans pouvaient avoir envie de s'établir et de disposer d'une propriété et de biens propres. Le légionnaire républicain, puis le soldat impérial, passent beaucoup de temps sous les drapeaux et restent dans l'univers mental méditerranéen: la terre est le synonyme de la réussite et de l'accomplissement, d'un statut social, et la cité reste le cadre de vie de référence pour un "civilisé" (raison pour laquelle un camp militaire romain, même un camp de marche, reproduit le plan symbolique d'une ville romaine). C'est ce que la majorité veut, et on imagine que passer sa vie en organisation militaire jusqu'à la mort ne les enthousiasme pas: le service romain est très dur (la république comme l'empire ont des histoires politiques jalonnées de contestations militaires, parfois violentes, quand au traitement qui leur est réservé), mal payé et, passé le moment d'une victoire, mal considéré, surtout dans la capitale et les grandes villes.... Un phénomène qu'on retrouve dans l'histoire antique un peu partout (et au final qu'on retrouve toujours à toutes les époques); celui qui a été à la guerre est "suspect" aux yeux du citadin, ou en tout cas "dangereux". Les Grecs de l'âge d'or, dans les cités, considéraient que ceux d'entre eux qui avaient fait campagne étaient "teintés", "souillés", et il y avait donc une période de transition au retour de campagne, dans des lieux réservés (des temples), pour réacclimater les vétérans à la vie civile. Un moyen précoce de traitement du stress post traumatique? Rome ne procédait pas autrement au temps de la république (et après, dans une moindre mesure): endosser la tenue de combat au début d'une campagne, et prendre les armes est un acte, et une cérémonie, d'ordre religieux, tout comme le fait de les déposer au retour. Dans la culture antique, rester militaire n'est donc pas forcément quelque chose de souhaitable, et s'établir sur des terres qu'on possède est l'objectif ultime pour la majorité. Il y a sûrement une proportion donnée des troupes qui s'acculture totalement à la vie militaire, et pas forcément pour le meilleur (besoin/envie de violence, peur du retour au civil, idéal guerrier....), ce que renforce l'auxiliat et la provincialisation (voire la part de "barbarisation", réduite jusqu'à la grande crise de la fin du IVème siècle en occident) du recrutement, qui amène les éléments les plus guerriers d'autres sociétés, dont certaines sont plus primitives et guerrières (les germains, moins sédentaires et à un stade moins avancé d'évolution civilisationnelle, certaines zones de Gaule, de Bretage, des Balkans, d'Anatolie et d'Afrique du Nord....). Mais Cette proportion n'est pas majoritaire, loin de là, et on peut raisonnablement estimer que la grande majorité de ceux qui terminent leur service (et il faut rappeler que sous l'empire, un engagé a une chance sur deux, en moyenne, de voir la fin de son service vivant; un peu plus, un peu moins selon les périodes) ont avant tout envie de s'établir quelque part, pas d'être des employés de quelqu'un (socialement moins bien vu) ou encore moins de rempiler ou d'être dans un autre job où on risque sa vie (sans espoir de butin en plus, chose qui n'existe qu'à l'armée). La tendance lourde, celle qui se traduit en volonté politique donc en facteur important pour les décideurs politiques, c'est la volonté d'avoir du bien et un statut social meilleur que celui qu'on avait en entrant dans l'institution. Mais ça, c'est l'empire: sous la république, le temps de service est nettement moins long, et discontinu. Même si on est mobilisable entre 18 et 45 ans (sans limite pour la défense immédiate de la cité), on ne peut être mobilisé pour plus de 6 campagnes ou pour plus de 6 ans d'affilée en temps de grande guerre/grave menace sur la république (mesure obtenue après une grande colère populaire quand le sénat a abusé de l'ancien système à la base pensé pour la défense de la ville et des campagnes dans son voisinage immédiat). La rupture entre vie civile et vie militaire est infiniment moindre (elle ne commence à se créer qu'après les guerres puniques, quand il faut mobiliser des effectifs en permanence pour les nouvelles colonies outre mer), et on fait des allers-retours entre les deux, même si l'évolution socio-économique romaine fait que de plus en plus de citoyens espèrent obtenir une terre à l'issue de campagnes victorieuses (mais la donation en terre n'est pas encore systématique pour tous ceux recevant leur certificat de bon service/honesta missio: elle le devient au IIème siècle av JC).
-
Une amie avocate qui bosse à NY s'était amusée à regarder quelques contrats types de mortgages destinés à ces publics particuliers: ils étaient difficilement bitables même pour des gens relativement avertis.... Quand on garde à l'esprit qu'une bonne partie des populations concernées sont moins éduquées, manquent d'accès à l'information, et ont été spécifiquement ciblées par une politique systématique d'équipes de vente des divers opérateurs financiers (banques surtout, mais pas que) du secteur, relayée par un gouvernement qui dit "faites confiance au gentil banquier" (et faites pas attention à ses dents qui rayent votre futur parquet), on mesure mieux le phénomène. Un peu comme l'assurance santé actuellement aux USA: entre les 50 à 55 millions de non assurés (chiffre en baisse rapide avec l'ACA et le "medicaid extension") et un total difficilement évaluable (peut-être 2 à 3 fois ce dernier chiffre) de très mal assurés à un prix prohibitif, on peut mesurer l'impact gigantesque d'une information opaque sur un marché qui l'est tout autant, et on peut voire à quel point la "liberté" contractuelle est de fait inexistante ou très faible quand l'offre est si protégée et en position de domination absolue, imposant ses conditions sans contrepartie. En dessous de 80 à 100 000 dollars de revenus par an (ou moins, mais si on n'a pas d'enfants ou trop de personne à charge), vaut mieux pas être aux USA si on veut avoir une assurance santé: c'est assez cauchemardesque. Le surcroît de concurrence et de transparence/lisibilité (pour la première fois, depuis que le site marche, les Américains ont pu faire un benchmark des polices d'assurances correspondant à leur niveau de revenu: chose impossible avant) qu'amènent les modifications imposées par l'ACA, ça va peut être s'améliorer et favoriser une baisse des coûts, à supposer que le secteur hospitalier, et, patate chaude des patates chaudes, le secteur pharma, puissent être sérieusement pressés (même par les compagnies d'assurance dans la mesure de changement que l'ACA leur impose). Mais ce n'est qu'un pis aller qui améliorera peut être un peu plus qu'à la marge le fonctionnement et les coûts du secteur santé aux USA. Si l'ACA atteint ses objectifs, il restera quand même autour de 25 millions de non assurés, et une bonne partie des polices continueront à être.... Moins qu'optimales, même si sans doute un peu mieux et surtout moins chères; le principal progrès pourrait être la fin des "preexisting conditions" et de l'accès drastiquement restreint à l'assurance maladie, qui a pour conséquence majeure d'empêcher beaucoup d'Américains de changer de travail même quand ils en ont l'opportunité (84% des contrats d'assurance privés passent par l'employeur qui négocie et obtient des conditions spécifiques dans la mesure de ce qu'il veut bien consacrer comme moyens à ce sujet: il "tient" de fait ses employés dans le système que l'ACA essaie de réformer).
-
C'est surtout que l'accès à la propriété (profondément implanté dans le logiciel humain et encore plus dans les sociétés démocratiques qui se voient comme des sociétés de classes moyennes) a été mis en avant comme étant accessible à tous par une collusion d'intérêts politiques et économiques. Mais aucune propriété n'a été "allouée" ou donnée comme prestation sociale; c'est l'accès au crédit pour en acquérir qui a vu ses conditions rabaissées parce que beaucoup voulaient faire du chiffre sur ce marché, en profitant en plus d'un certain niveau de garantie de l'Etat (et ont payé suffisamment de campagnes électorales pour l'obtenir). Difficile d'appeler ça de l'Etat providence.
-
Pour remonter le topic et donner quelques idées d'ordres de grandeur pour des temps anciens, sur les problèmes que pouvaient poser les après-guerre.... On a l'histoire romaine! Quasiment tous les après-guerre, surtout sous la république, voyaient l'épineux dossier des vétérans s'aggraver. Initialement, la république romaine est un mauvais compromis entre les élites nobiliaires qui ont aboli la monarchie dans ce qui a sans doute nettement plus été une révolution de palais qu'un soulèvement universel des "amoureux de la liberté" (mais c'est en ce sens que les élites romaines ont ensuite "vendu" la chose avec constance au fil des siècles dans les récits et la "propagande" officielle, créant ainsi un culte d'eux-mêmes); le Sénat est en fait initialement une institution assez faible, et le tribunat de la plèbe est ensuite institué suite aux violentes récriminations et menaces des citoyens non nobles et propriétaires (la plèbe, différente des "proletarii" qui sont des citoyens sans biens). Il n'a de latitude réelle que dans la politique étrangère et en temps de guerre.... Et c'est pourquoi il va, pour s'accaparer de plus en plus de prérogatives, mener une politique aggressive qui va, dès la moitié du Vème siècle av JC, enferrer Rome dans une posture constante d'expansion dont elle va vite être économiquement, socialement et politiquement dépendante.... En grande partie parce que des élites trustant de façon croissante les mécanismes de production (d'autant plus que les citoyens souvent sollicités peuvent moins s'occuper de leurs biens et affronter une concurrence déjà à la base très inégale) incitent à la dite expansion et restreignent les possibilités de l'économie romaine dans son territoire à un instant T. Très vite, le seul devoir patriotique ne suffit pas à motiver un recrutement encore largement dépendant de la contribution individuelle (la conscription est un phénomène complexe à Rome, recourant en grande partie, pour l'effectif à fournir, de tractations internes aux "factions" qui animent la cité, et celles entre ces factions), et ce d'autant plus que le butin est souvent accaparé par ceux qui mènent la guerre. Il faut progressivement verser un dédommagement, puis intéresser au butin, et enfin favoriser l'acquisition du bien le plus précieux et prestigieux du monde antique: la terre. Et ça, Rome n'en a jamais assez de disponible: les grands se prennent l'essentiel et écrasent les petits domaines. Il faut donc sans cesse en acquérir au rythme de la paupérisation de pans entiers de la société et de l'ambition d'autres pans entiers. On prend des terres, on établit des colonies, au début surtout pour attirer les effectifs nécessaires aux guerres qu'on a décidé, puis de plus en plus pour résoudre les problèmes internes croissants de l'Etat romain: on finit par faire des guerres en partie pour répondre aux problèmes créés par celles d'avant, et avant tout la constitution de populations importantes de vétérans en colère et/ou paupérisés. Par ailleurs, dès que le territoire romain s'étend au delà du périmère immédiat de l'hinterland de la cité (essentiellement le latium), on est dans le contexte de campagnes toujours plus longues, qui ne peuvent plus correspondre aux institutions militaires fondamentalement défensives d'avant (mobilisations courtes, campagnes réduites), et ce encore plus quand ça commence à sortir de la péninsule italienne. La conséquence est que les mobilisés deviennent de fait des professionnels maintenus sous les drapeaux plusieurs années de suite, avec pause hivernale dans un premier temps, puis de moins en moins, soit une tendance lourde à la mobilisation constante pendant plusieurs années, ce qui crée une population de guerriers, cad de gens réellement engagés (qu'ils le veuillent ou non) dans le métier des armes et contraints de délaisser leur métier et leur propriété, et "déformés" par ce moule (ce qu'on a évoqué plus haut). Leur reconversion ne peut donc plus être gérée comme auparavant, où chaque citoyen rentrait dans ses pénates au bout de quelques semaines, au pire quelques mois (on parle d'institutions militaires conçues à une époque où les adversaires étaient à quelques jours de marche de la ville). La nature de la réinsertion et du changement fondamental de nature de l'armée dès avant les guerres puniques (et encore plus après) impliquait aussi un changement radical des contraintes politiques, et ce encore plus avec l'accroissement constant des effectifs mobilisés puis démobilisés. La terre appartient le plus souvent à quelqu'un, donc caser des vétérans n'est pas facile, surtout quand en plus ils sont nombreux, qu'ils sont citoyens (cad ils ont des exigences: de sécurité, d'établissement dans une cité....), que le prolétariat urbain et la plèbe sont déjà toujours remuants (et qu'il faut pas leur rajouter des effectifs de combattants aguerris), que les terres fertiles ne sont pas si fréquentes et qu'ils ont à la base été mobilisés sur un certain nombre de promesses qu'il est généralement peu conseillé de ne pas tenir un minimum. Donc il faut prendre des terres à quelqu'un, soit dans la république soit en dehors. Généralement, depuis les débuts de la république, on voit une forte motivation plébéienne à avoir des terres en dehors de Rome, ce qui souligne l'hostilité importante à l'égard des élites de la ville: lors de la prise de Veies, Camille a du, en tant que dictateur, interdire l'établissement de colonies (et surtout une sur le site de la cité étrusque) que beaucoup de plébéiens souhaitaient. Aux IIème et Ier siècle av JC, il n'y a plus le choix: les tensions sociales, économiques et politiques sont telles à Rome que les distributions de terres aux vétérans sont désormais systématiques et constituent la norme en même temps que la seule soupape politique pour les élites. Il faut exporter du Romain partout où c'est possible.... Et donc prendre tout ce qu'on peut. Sur ces deux siècles, les colonies que Rome créa furent uniquement peuplées de vétérans (et, facteur qui aida pendant un premier temps.... Elles étaient hors d'Italie). Marius, au lendemain de la guerre de Jugurtha, a environs 40 à 50 000 vétérans à recaser ainsi. Sylla en a 120 000! Il les recasera en grande partie en Italie via un moyen encore peu pratiqué, mais qui va devenir plus courant pendant les guerres civiles: les proscriptions massives de ses adversaires et de leurs clients, dont les domaines sont saisis. Pompée après sa campagne méditerranéenne contre la piraterie maritime, a 50 000 vétérans à lotir, qu'il va répartir sur tout le pourtour méditerranéen (surtout en Espagne, en Grèce, en Anatolie et dans le Picénium en Italie). Après la guerre des Gaules, César a environs 30 000 vétérans à lotir (ce qu'il n'a pas les moyens de faire: peu de terres en Gaule sont conquises, beaucoup sont des protectorats, et très peu sont sécurisées et "provincialisables"), mais la guerre civile lui offre un répit. Il en case sans arrêt, mais évidemment continue aussi à recruter. Quand il meurt, en 44, il en a encore 50 000 qui attendent donc une partie sont des vétérans des armées de Pompée et Scipion qui se sont ralliées, et ce malgré les proscriptions massives auxquelles Marc Antoine a procédé en son nom juste avant la campagne de Grèce (César a par la suite peu proscrit et beaucoup "pardonné"). Et ces 50 000 ne représentent que ses troupes à lui. Dans les années qui suivent la mort de César, les nouveaux triumvirs (Octave, Marc Antoine et Lépide) se retrouvent avec des masses de vétérans à recaser, qui vont entraîner la plus vaste opération d'expropriation jamais vue: vu le coût politique de ce genre de choses, c'est dire à quel point le recasage des vétérans est une contrainte lourde. Les élites de 18 des plus riches cités italiennes sont largement "mises à contribution" le couteau sous la gorge, et les mécontentements sont tels qu'il y a soulèvement lors du bref épisode de la "guerre de Pérouse" (en 41-40 av JC). C'est néanmoins le plus vaste transfert de propriété de l'histoire romaine. Quand on sait que le rendement à l'hectare dans l'antiquité, même dans les civilisations les plus avancée, reste très faible, et qu'un lopin distribué à un soldat doit pouvoir faire vivre sa famille et lui laisser un surplus minimum, on peut imaginer l'énormité des besoins en surface agricole (qui ne représente qu'une partie assez réduite de la superficie d'un pays). L'ampleur du problème peut ainsi être mieux mesurée, et avec elle son impact colossal sur la politique romaine: crises sociales et économiques, rivalités de pouvoir entre les factions politiques et entre élite et plèbe.... L'épisode des Gracques tourna en fait essentiellement autour de lois agraires destinées à lotir des vétérans.... Et cet épisode (à suite) a déjà failli causer une guerre civile. Le programme des Gracques s'est ensuite retrouvé perpétué par la faction des populares, avec Marius, puis César, comme chefs de file. Pour la note, comme dernière remarque: les chiffres donnés sur les effectifs de vétérans à recaser pour tel ou tel grand chef romain sont souvent impressionnants quand on les ramène à la population de la république et aux surfaces agricoles disponibles (pondérées par la faible productivité à l'hectare et donc au besoin de surface). Ils le sont encore plus quand on se rend compte qu'il s'agit d'un effectif qu'il faut recaser dans un très court laps de temps: c'est pas "lissable" sur des années, ou alors le "patron" doit payer le temps d'attente aux dits vétérans (qui sont ses clients) qui, en attendant, doivent bien manger et continuer à vivre. Quand Sylla se retrouve avec 120 000 vétérans à lotir d'un seul coup, on peut du coup comprendre l'extrême aggressivité de sa politique d'expropriation: il avait des ennemis politiques certes (mais la rivalité parfois armée entre concurrents politiques a toujours existé à Rome) et la république romaine était déjà à un stade de tension élevée, mais ce qu'il a fait était du jamais vu, du difficilement concevable dans le logiciel romain, et de fait, cette politique a achevé la civilité dans la république (ce qu'il en restait) et, outre aggravé la division profonde de la société romaine, planté les germes de la guerre civile. Avait-il cependant un autre choix? C'est précisément la question: 120 000 vétérans à recaser, c'est un impératif encore plus catégorique, de son point de vue (rien de moral là-dedans, c'est une contrainte objective) que le refus de la violence dans le pomerium, ou l'abus de l'imperium. Entre la loi, la paix civile, le maintien des usages ou la conservation de limites aux moyens qu'emploient les sénateurs romains pour s'affronter, d'un côté, et le maintien de sa puissance personnelle de l'autre, il a choisi.
-
Cherche pas.... Les subprimes sont liées au laissez faire total accordé aux acteurs du marché immobiliser et à la dérégulation financière, surtout celle qui jadis encadrait les banques de dépôt, au cynisme de l'administration Bush qui avait fait de la propriété pour tous un axe majeur de politique et à la pression de ses sponsors (les mêmes acteurs immobiliers et grandes banques) qui voulaient accroître un gâteau qui leur paraissait alors insuffisant et fonctionnait sous le seul régime de la fuite en avant perpétuelle (imposant donc d'étendre le marché à ceux qui ne pouvaient y accéder). Y'a pas vraiment "d'Etat providence" là dedans. Le fait est que le marché immobilier US passe à près de 50% par les 2 fonds connus sous le nom de Fanny Mae et Freddy Mac (qui sont des entreprises à capitaux privés, rappelons le) qui, avec une telle taille et malgré les modifications de leur statut il y a quelques décennies, sont de fait garantis par l'Etat fédéral parce qu'accédant ainsi au club des "too big to fail, too big to jail". Le seul agent public ayant une mission similaire, le fonds dit "Ginny Mae" (séparé d'avec les 2 précédents il y a bien longtemps) n'a pas connu de problème pendant la crise et a gardé ses comptes cleans, ayant continué à opérer normalement. En l'occurrence, l'Etat providence n'a rien à voir avec cette crise: l'hyperconcentration capitalistique sur deux marchés en particulier, et la dérégulation telle qu'elle s'est faite depuis les années 80 nettement plus (et avec ça le degré d'influence des grandes concentrations financières sur la politique, sur fond d'inflation permanente du coût des campagnes électorales et de l'accès aux médias). A la limite, l'Etat providence qui est en cause dans la crise est lié au problème du "too big to fail" et au fonctionnement générique de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits, ce qui est au final un Etat providence pour les puissants, ou ce que les Américains appellent le "socialisme pour les riches".
-
En fait je me demandais comment la législation hollandaise sur le cannabis était liée à la position du pays comme plaque tournante des flux de drogues autres que le canabis: est-ce la législation qui a un impact important, ou est-ce plutôt la simple position de Rotterdam dans les flux commerciaux qui joue le plus en procurant la plaque tournante logistique difficilement contrôlabe (et donnant accès au marché européen)? Un autre angle du débat, que je n'ai pas pour l'instant encore entendu, concerne le secteur agricole si un nombre d'Etats suffisant suivait une telle politique: les plus enclins à prendre cette option dans un avenir proche sont surtout les Etats plus fortement urbanisés, riches et éduqués (et contributeurs nets au budget fédéral, ce qui les rend moins influençables par l'échelon national), donc représentant de plus fortes proportions et concentrations de population, Californie en tête (et NY peut être pas loin vu la nouvelle direction de la ville et son poids dans l'Etat, de même pour l'Illinois; Vermont, Massachussets et Connecticut pourraient aussi arriver dans le peloton de tête, voire même le Nevada et le Minnesota). De telles quantités de populations représenteraient alors un marché assez massif, pouvant approcher une taille critique dont l'importance impacterait de facto la politique et les réalités de l'agriculture américaines. Certains Etats pourraient aussi, assez hypocritement, opter pour une légalisation de la production mais pas de la consommation: les Etats ultra conservateurs du sud, dramatiquement sous développés et dépendants aux subventions fédérales, qui sont aussi très actifs dans la production de drogues diverses (canabis et drogues de synthèse essentiellement) pourraient y voir une option économique. Mais quels que soient les développements, il y aura de fait un seuil au-delà duquel ce marché entrera de plein pied dans le débat agricole aux USA: part de la production, concurrence pour la surface agricole utile, prix de l'alimentation, subventions diverses, débat sur l'agriculture durable.... Le canabis sera une composante indéniable de ce domaine épineux du débat public et des tractations politiques. A l'heure où le coût de l'alimentation est une question si dramatique aux USA, ça peut promettre des nuits blanches pour beaucoup de monde.
-
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Les réactions d'Erdogan à cette crise comme aux précédentes semblent en tout cas indiquer un caractère peu compatible avec les basiques de la démocratie: ça me rappelle en particulier ses remarques sur twitter (ou était-ce facebook?) pendant les manifs place Taksim: il a du mal avec la liberté d'expression et le droit d'assemblée. Vieille mentalité de société hiérarchisée et de relations sociales autoritaires/élitistes souffrant mal la contestation? Ou juste réflexe d'un égotiste pris la main dans le pot de confiture et qui réagit par le déni aussi brutal qu'absurde?