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Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Exemples et question: pendant la Guerre de Cent Ans, jusqu'aux lendemains de la Campagne de la Loire (donc jusqu'à la mort de Jeanne d'Arc pour situer), les armées confrontées n'ont pas changée en nature. Ce n'est qu'après que l'armée française change radicalement, cessant d'appeler l'ost féodal pour constituer une armée permanente professionnelle où la chevalerie (concept politique, social, intellectuel, culturel, tactique et seule composante fondamentale de la force armée), en fait, n'était plus que de la cavalerie lourde dans un dispositif plus vaste et complexe. Mais avant cela, pourtant, les échecs face aux Anglais ont été suivis de 2 approches pour un redressement d'ampleur stratégique (à l'échelle du conflit impliquant Français, Anglais, Bourguignons, Espagnols et Navarrais, mais aussi la complexité de l'échiquier féodo-vassalique en France) et tactique. Est-il possible de parler "d'art opérationnel" dans les approches choisies, approches qui, à moyens inchangés en nature, ont amené succès rentissants et échecs lamentables selon les circonstances? Côté anglais, le ralliement de féodaux français combiné au mode opératoire des "grandes chevauchées" (raids) au travers de la "France du roi de France" (par opposition aux portions où les Grands dominent plus, Angleterre en tête) a été une constante. Ravager sans conquérir, entretenir l'insécurité (atteignant la crédibilité du roi de France), assiéger ou appuyer pour rallier des barons dans les terres environnant le domaine Plantagenêt, ne pas rechercher les prisonniers nobles (but de guerre du seigneur féodal), emporter une armée à 80-90% faite de pros roturiers et non de féodaux.... Voilà le mode "opératif" rosbif. Côté français, il n'y eut, pour les défaites, qu'une attitude traditionnelle de réaction mécanique recherchant la bataille décisive en utilisant l'Ost féodal comme dominante de l'armée (donc exit la tactique au passage): le roi de France doit subir le rythme adverse en se mettant en défensive et en cherchant à poursuivre l'adversaire qui se balade sur des territoires aux loyautés changeantes, se condamnant à ne pouvoir reprendre l'initiative qu'en cas de rencontre et de victoire (rendue presque impossible par la nature féodale et idéologique de l'armée qui n'en est pas une). Les seules approches "pensées" furent celles de Charles V et Du Guesclin d'abord (1ère reconquête dans les années 1360-1380), et celle de la campagne de la Loire: - Du Guesclin reconquiert (après sa période de grandes batailles dont le but était surtout de se débarrasser des grandes compagnies de mercenaires qui ravageaient le pays) en renonçant à la bataille: sièges (ou surtout assauts surprises de places fortes), embuscades, "action spéciale", raids sur les lignes de ravitaillement anglais, entretien de l'insécurité chez les alliés des Anglais.... Le tout cordonné à grande échelle en accord avec un Charles V qui est avant tout une grande tête politique (et qui mène une action d'isolement des Anglais) - La campagne de la Loire est le moment politique qui suit la levée du siège d'Orléans: le "momentum" est utilisé pour foncer sur Rheims et faire sacrer le dauphin (objectif et résultat stratégique). Pour ce faire, il faut parvenir à Rheims, territoire sous contrôle anglo-bourguignon. La campagne qui va d'Orléans à Rheims voit une adaptation tactique des mêmes forces qui se sont faites allumer à répétition en bataille rangée par le dispositif défensif de l'archerie anglaise, en même temps que cette adaptation concourt de la contrainte extrême de temps (il faut aller vite: le momentum ne dure jamais, et les Anglais et Bourguignons se remettent vite du choc d'Orléans). Quelques accrochages, quelques sièges rapidement menés, et c'est Patay, où une simple avant garde de chevaliers réussit contre le même adversaire qui avait démoli un ost 10 fois supérieur à la dite avant-garde. Même dans la bataille, les chevaliers ne poursuivent pas les hommes d'armes anglais en fuite ou leur faible effectifs de chevalerie (pourtant occasion de rançons juteuses) et se consacrent à l'anéantissement total de l'effectif d'archers, difficilement remplaçable. Opératif? Tactique? Honnêtement? Dans toute l'histoire européenne, jusqu'à 1945 au moins, et d'une certaine façon jusqu'à la fin de la guerre froide (menace monolithique). Oui, je crois qu'on peut beaucoup l'attendre :lol:..... Sans rire, les contraintes qui peuvent s'exercer malgré l'état des sociétés européennes: - la contrainte budgétaire permanente, surtout confrontée à l'absence de résultats sur les conflits en cours - la croissance des acteurs et menaces non étatiques sur la scène mondiale (et l'instabilité concomittante de vastes zones où la notion d'Etat s'affaiblit bien plus qu'ailleurs), et les problèmes qu'ils posent et poseront toujours plus sur les intérêts des Etats développés (extension du strict intérêt de l'intégrité territoriale) qui ont/auront un impact mesurable sur les économies et nombre de pays partenaires, mais aussi sur les sociétés développées (extrêmisme religieux, trafics internationaux, surtout de drogue....) - la concurrence pour certaines ressources et les problèmes liés au développement - des circonstances fondamentales qui changent et créent de l'instabilité: migrations climatiques.... -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Je sépare ce post pour revenir en fait au plus "général" du sujet: mon point initial était que "l'art opératif" ne pouvait se résumer à une simple question d'échelon de définition d'une organisation et d'un commandement pour un dispositif militaire. "Les circonstances, les circonstances, toujours les circonstances": à chaque guerre, à chaque front (voire même encore moins que le front) son approche, son organisation et son art opératif propre. "Vérité en-deçà des Pyrénées, mensonge au-delà", et s'il est un domaine où il est littéralement vital de bien se rendre compte qu'il n'existe pas d'approche universelle de la guerre dès lors qu'on en vient à l'application propre à un théâtre d'opérations, à un front, c'est bien celui de la guerre. Chaque théâtre a sa réalité du moment. En bref, pour un théâtre d'opération (en amont, il faut définir les théâtres d'opération: il peut y en avoir plusieurs sur un même front), il faut une approche, et pour cette approche, il faut une organisation, une pensée et une structure de commandement adaptées: plus facile à l'époque des guerres frontalières en Europe, jusqu'à la fin de la Guerre Froide, c'est devenu plus délicat après, sans adversaire désigné. L'atavisme humain, les traditions, la facilité, les budgets restreints, les habitudes.... Font que les structures armées actuelles sont au fond les mêmes qu'avant, à la fois par défaut d'adversaire désigné et par conservatisme. Néanmoins, même la permanence de la guerre en Europe pendant des siècles a supposé quasiment une pensée de la guerre en grand à chaque conflit, même quand les conflits étaient proches dans le temps et pas trop éloignés dans les circonstances. Et "l'art opératif" est donc bien un art, car il est quasiment impossible de prévoir le déroulement PRATIQUE d'un conflit, même un qui n'a qu'un seul front même pas gigantesque: il s'agit trop d'un empirisme nécessaire dépendant d'un vaste ensemble de circonstances très spécifiques (politiques, géographiques, climatiques, culturelles/humaines, technologiques, économiques, budgétaires, militaires/organisationelles -tant soi que l'adversaire-....) pour pouvoir définir une recette quelconque. Un "art opératif" ne peut au fond correspondre qu'à une armée à un moment donné sur un théâtre donné face à un adversaire donné: et aujourd'hui, sans adversaire ou théâtre d'opération désigné, comment s'adapter? Préserver, optimiser et développer uniquement les savoirs-faires existants au niveau des unités de combat essentielles ne suffit pas étant donné que si l'histoire de la guerre enseigne une chose, c'est bien avant tout qu'un conflit se pense et s'organise, et qu'il faut donc des "grandes unités" pour l'organisation et la manoeuvre "opérative" (entendez "concrète", "pratique"). Ne reste en l'état que la polyvalence, l'excellence, l'adaptabilité et la CONFIANCE (qui permet autonomie et délégation, mais ne s'octroie pas sans justification de compétence, de loyauté....): et bien avant la troupe, c'est au niveau des officiers ET des politiques que cela doit arriver. L'absence de pensée et de volonté stratégique claire et durable dans les élites politiques, et la déconnexeion des officiers d'avec ce niveau pour une approche de spécialisation purement technicienne du COMBAT/des opérations (pas de la guerre) est un danger clair et immédiat pour la notion même d'articulation militaire de la stratégie et de l'efficacité. Formation, sélection, capacité, remise en cause.... Tout manque. L'organisation "in abstracto" alignée sur les modèles anciesn n'est pas grave à petite échelle (compagnie/escadron/batterie), mais au niveau des structurations de grandes unités en charge de tout et partie d'un théâtre d'opération, ça devient problématique. Mais au niveau des unités élémentaires de combat et de leurs capacités (hommes, matériels, organisation, entraînements), ça pêche quand même aussi. L'emmerde, c'est que s'il y a eu dans l'histoire une seule armée/organisation sachant s'adapter à toutes les situations, y compris certaines totalement inconnues à la base, c'est bien l'armée romaine "grande époque": seulement, la sélection, la motivation et l'entraînement des hommes, les modes d'organisation hiérarchiques et l'implication des élites (ainsi que leur place dans ce dispositif) étaient infiniment meilleures qu'aujourd'hui. L'art opératif, bien avant d'impliquer une adaptation technique, n'est-ce pas avant tout une réalité intellectuelle et humaine assez fluctuante qui résiste donc à une définition exacte et fixe? Ou alors, au seul niveau des moyens armés (mais aussi de "l'articulation de la volonté politique" qui implique donc.... Les politiques eux-mêmes), il s'agirait de l'équilibre nécessaire à trouver entre empirisme et organisation/structuration, et qui correspond à chaque période. La plus grande adaptabilité suppose d'accroître au maximum le niveau de confiance/autonomie/délégation/empirisme des décisionnaires "de terrain" au plus bas échelon possible, avec des chances raisonnables de succès dans des circonstances très différentes. Comme le tondu: circonstances exceptionnelles et "équipe de travail" (le Khan et ses officiers) soudées à un degré inimaginable (fidélité, sélection, durée....). Le niveau de délégation/décentrage du commandement est énorme, et autorisé par un niveau de confiance (permanence des entraînements en grand, confiance/relatios personnelles, crainte absolue, aura de gengis Khan) que les successeurs de gengis Khan n'auront pas. et encore, l'organisation décimale n'est pas nouvelle: elle est celle, ancestrale, de tous les peuples cavaliers depuis les Scythes, les Perses/Iraniens et l'ensemble des peuples turco-mongols (Huns compris). Mais surtout, les steppes d'Asie Centrale ne sont pas un échiquier densément peuplé où un "art opératif" complexe implique d'anticiper au jour le jour les mouvements d'adversaires équivalents: le Khan délègue pour reconcentrer, après de longues distances, sur l'adversaire sédentaire. Ca semble plutôt passer directement de la stratégie à la bataille en passant par un art opératif qui se limite avant tout à l'efficacité de vastes mouvements sans opposition sur d'immenses distances sans avoir de bases à protéger (sauf temporaires pour les relais logistiques), ce qui est le propre des peuples nomades. Et les batailles elles-mêmes impliquent elles 8-10 tumans A LA FOIS? Coordonne ça, malgré l'importance des effectifs d'estafettes et le drill permanent des manoeuvres et du système de signaux visuels semble problématique, surtout avec une armée cavalière où un même nombre d'hommes doit s'étaler au minimum sur 3 fois plus de surface qu'une armée surtout faite de fantassins. Keegan a écrit The face of battle, traduisant l'intérêt anglo-saxon pour le "warfare" concret à petite échelle, celle du champ de bataille. Ne faudrait-il pas, entre les manuels de stratégie, les études de campagnes ponctuelles et les traités sur le "warfare" et la tactique, un champ d'investigation de cette approche de théâtre, pour voir s'il y a moyen d'en systématiser quelques aspects? -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
C'est un peu le trip: au fond, le nombre maxi d'éléments de manoeuvre qu'il est humainement possible de BIEN commander/coordonner dans le même temps, a toujours tourné autour de 3-4, plus une réserve.... donc 4 + 1 réserve au grand maxi; c'est un peu comme le nombre de membres :-X :lol:. Mais c'est une des rares constantes de l'Histoire militaire, particulièrement de la guerre de manoeuvre/mouvement: à tous niveaux, du général au sergent/caporal, il est difficile de commander correctement plus de 3/4 entités relativement autonomes/pensantes, surtout quand le principe de toute guerre du mouvement implique l'autonomisation maximale de ces entités subordonnées. Tu trouveras dans l'histoire des formations militaires avec nettement plus d'unités de manoeuvre subordonnées: soit il s'agit d'unités sur le pied de paix, auquel cas la raison est administrative/économique, soit et surtout il s'agit de sous-unités dans des formations en ligne, plus faites pour un affrontement statique, une discipline extrême, un faible niveau d'autonomie, dans l'absolu ou juste pour un dispositif de bataille particulier. Ainsi, par exemple, sous l'Ancien Régime, des Guerres d'Italie à la Révolution et l'Empire (et au XIXème siècle pendant un bout de temps), chaque bataillon des régiments de ligne alignait les compagnies par paquets de 8 à 12 voire plus (les compagnies faisaient plus souvent entre 50 et 80h): ils n'étaient pas faits pour la manoeuvre en petit, mais un combat de plus en plus encadré pour ce qui deviendra progressivement la ligne de feu fixe qui, un peu, comme les canons dans la batterie d'un vaisseau de ligne, doit se répartir en "sections de tir" (gun divisions chez les Anglais) pour mieux ordonnancer le feu. Mais le régiment dans la ligne n'est pas une unité de manoeuvre. La répartition en bataillons à partir du XVIIème siècle a correspondu déjà à une volonté de pouvoir donner une marge d'autonomie terriblement réduite mais nécessaire pour l'ordre de marche et une conversion plus rapide et articulée à l'ordre de bataille, et une capacité éventuelle à former une unité pour attaquer en un point précis. Le développement de l'attaque ordonnancée pour contrer la ligne adverse est le mouvement du XVIIIème siècle, et il implique que les dispositifs alourdis doivent retrouver de la souplesse: vu la puissance de feu et les effectifs, c'est pas encore le bataillon l'unité pensante, donc l'unité manoeuvrante qui s'affirme lentement à partir de la guerre de 7 ans, c'est la division qui, elle, a besoin de retrouver ces fondamentaux d'un nombre d'éléments de manoeuvre un peu autonomes limité à 3-4 maxi (avec en plus ses appuis propres et son soutien), lui conférant une capacité de manoeuvre aussi bien sur le plan opératif (campagne, en ordre de marche) que dans le dispositif de bataille. La retraite victorieuse de Prague par cet ordre improvisé par le maréchal de Broglie est à cet égard un petit chef d'oeuvre opératif méconnu. L'explosion des effectifs, la promotion de nouvelles élites et le changement de mentalité pendant les guerres de la Révolution amènent à la synthèse napoléonienne qui relègue cet échelon divisionnaire à un niveau d'autonomie moindre, promouvant plutôt l'échelon supérieur, le corps d'armée, comme pion essentiel du niveau opératif. Mais jongler avec 6 à 7 corps d'armée évoluant à rythme rapide sur des milliers de kilomètres carrés depuis un EM général sans échelon intermédiaire (et avec les communications de l'époque), y'a que Napoléon qui pouvait réussir ça. Quand il a eu moins d'éléments autonomes à commander sur un théâtre d'opérations, ça a donné les campagnes d'Allemagne, d'Italie et de France: il pensait et anticipait 4 fois plus vite que tous ses adversaires et faisait attention à garder un pion central de réserve en retrait (division de grenadiers, Gardes et réserves de cavalerie et d'artillerie) et 4 corps qui constituaient ses éléments de manoeuvre avancés, les unités proprement manoeuvrantes. Globalement, plus le tempo est rapide, plus l'unité est censée être manoeuvrante, moins il y aura de sous-unités (c'est valable du plus petit groupement au plus haut échelon de grande unité, de la plus petite tactique à la manoeuvre opérative): toujours pour l'Ancien Régime, il est intéressant de noter qu'avant que des troupes légères, par essence manoeuvrantes, ne deviennent permanentes (XVIIIème siècle), leurs tâches étaient soit confiées à des groupements de semi réguliers, soit à des détachements temporaires des éléments les plus aguerris des unités de ligne, avec les chefs les plus autonomes. Et quand il s'agissait, comme dans la manoeuvre de Turcheim par Turenne, d'opérer un mouvement de nature opérative/stratégique (mouvement pendant l'hiver par la montagne), l'organisation de ligne était jetée aux oubliettes. D'ailleurs, un contraste notoire existe à cette grande époque des unités de ligne: l'infanterie est organisée en régiments massifs aux compagnies très nombreuses, avec tout au plus des bataillons pour pouvoir accélérer le tempo non de la manoeuvre en général, mais juste de la manoeuvre sur le champ de bataille, essentiellement pour optimiser la mise en place de la ligne de bataille et, au besoin, opérer un mouvement d'avance. Les brigades ont été un premier essai, chez les Suédois et les Hollandais, pour concevoir des groupements de manoeuvre faits pour changer le tempo et le déroulement d'une bataille. Dans les 2 cas ils ont vécu peu longtemps (exigence d'entraînement extrême, de forte motivation, d'officiers très compétents en grand nombre et de soldats de haute qualité). Cette infanterie massive, au final faite pour le statique, contraste avec la cavalerie, par essence mobile, où la répartition en régiments/escadrons/compagnies est infiniment moins lourde: un escadron a 2 compagnies, et un régiment (hors temps de paix) destiné à pouvoir opérer au moins au niveau opératif mais aussi en bataille, a 2 ou 3 escadrons, pas plus. Les unités légères, dès qu'elles se structurent, obéissent à la même exigence de rapidité et sont souvent d'ailleurs mixtes cavalerie/infanterie. Elles copieront plus leur structure sur la cavalerie, même quand il y aura séparation entre les cavaleries et infanteries légères. Et c'est pendant la 1ère Guerre Mondiale que ce contraste disaparaîtra, avec l'infanterie de ligne et ses compagnies nombreuses dont le but était surtout de plus contrôler les composantes d'un dispositif compact, où l'encadrement servait surtout à tenir ensemble le bloc et à le faire tenir, ainsi qu'à faciliter l'ordonnancement des lignes. Dès lors que toute l'infanterie doit apprendre à bouger, l'autonomisation, tant pour le commandement que pour les moyens (soutien et appuis propres), implique ce maximum/plafon de 3/4 sous groupement de manoeuvre maxi à tous les échelons. C'est le tempo qui impose cela. Les légions romains sont un exemple amusant, étant donné que leur modèle polyvalent/universel permet les 2, et qu'elles peuvent s'articuler via la structure souple du commandement romain: - une légion "classique" est un réservoir fixe de 10 cohortes (dont 1 double) - ce réservoir est capable d'un ordre de marche et d'une mise en dispositif de bataille rangée (duplex ou triplex acies) complexe, lourd et lent, mais solide - la cohorte est cependant le pion essentiel pouvant permettre de former des détachements temporaires pour la manoeuvre, tant en bataille (attaque de flanc, réserve, renfort) qu'en campagne: une cohorte seule, une cohorte accompagnée d'auxiliaires spécialisés (cavalerie,a rcherie....) ou un groupement de cohorte. Et elle remplit toujours efficacement son rôle. - si la cohorte est commandée à demeure par l'aîné des centurions de ses manipules, un détachement autonome d'une ou plusieurs cohortes, avec ou sans auxiliaires, sera confié à un tribun ou préfet, soit un officier issu de l'élite et sans atribution permanente d'unité, mais qui est aussu un officier d'EM et un membre de classe dirigeante qui saisit parfaitement le contexte politique/stratégique d'un mouvement en campagne (en bataille, c'est juste une occasion de se distinguer), partageant avec le centurion (ou lui délégant) le commandement purement pratique. De ce fait, la simple cohorte peut devenir un pion opératif/stratégique - dès lors qu'il est question de mouvement et de tempo, les romains obéissent à la même loi éternelle: ils ne font pas ça avec la légion à 10 cohortes, mais avec la cohorte à 4 manipules, ou le groupement de 2 à 4 cohortes au maximum. A partir de la fin du Haut Empire, des cohortes de manoeuvre (infanterie, cavalerie ou mixtes) deviennent même la norme, la Légion devenant une unité quasiment sédentaire, faite pour la garnison, l'entraînement et le recrutement. Bref, le 3/4 (+ réserve enteuellement) éléments de manoeuvres, plus ou moins autonomisés par des appuis et soutiens propres, reste une norme incontournable. -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Déjà une différence: les agencements d'unité, eu égard aux portées de tir, sont accrues, et pas que d'un peu: les armées du XIXème doivent plus se dilater quand elles se déploient en bataille. La coordination des corps sous Napoléon était surtout là pour pouvoir avoir un "dispositif de campagne", à une époque où beaucoup d'armées raisonnaient encore en "ordre de marche" et "ordre de bataille" pour une armée mise en campagne; Napoléon conçoit à un nettement plus haut degré que la vraie bataille.... C'est la campagne. Même si évidemment, il recherche, LA bataille dans une campagne, celle qui impactera en une fois très lourdement la principale concentration adverse, de fait il réfléchit à l'échelle de la campagne: les autres le font aussi, mais vraiment pas au même degré ni avec la même efficacité, ce qui se traduit par l'absence d'une culture d'EM central et d'EM subordonnés qui sont encore largement des improvisations de dernière minute, en sous-effectifs et sous-qualifications, où beaucoup de postes et places sont attribués au relationnel entre élites. La culture du commandement est aussi fortement dépendante du régime politique. En 1870, c'est l'inverse: le népotisme et l'incompétence "recherchée" (mépris pour la logistique et la planification, confusion opérationnel-administratif....) des EM sont côté français :-[. Ensuite, il faut plus "ventiler" la répartition et l'usage des effectifs, surtout au regard du temps et des distances, et relativiser le tout spécifiquement au regard de la tare culturelle des généraux du XIXème siècle: ils essaient d'avoir de tels dispositifs en main précisément comme ils le lisent dans les bouquins, voire l'ont vécu eux-mêmes vu la durée de vie des vétérans de la période napoléonienne qui infectent tous les EM jusqu'à la guerre de 1870. Quand la question "à quoi DOIT ressembler une bataille aujourd'hui", ils répondent "une bataille, ça ressemblait à ça et ça y ressemblera toujours": ils ordonnancent donc volontairement leurs dispositifs comme ils l'ont toujours vyu faire, alors même que tout le reste a changé, à commencer par la puissance de l'artillerie et des fusils. Et la culture de la confiance et de la délégation n'existent pas. Résultat, dès qu'il faut manoeuvrer, ça refait des alignements napoléoniens compacts et serrés. A Borodino ou Leipzig, les 2 immenses batailles de l'empire (exceptions plutôt que règles), qu'y a t-il? 2 batailles assez "statiques" où précisément personne ne peut réellement contrôler en grand ce qui se passe et se contente d'aligner et d'étirer des troupes. Leipzig, c'est même plutôt 3 batailles au sens géographique. Napoléon lui-même a du mal à "contrôler" plus de 80-100 000h. S'il est un maître pour "manier" plusieurs corps d'armée sur l'échiquier d'une carte, et s'il est aussi un grand capitaine pour commander une bataille, la taille atteinte par les armées de la 2ème période de l'empire fait que la bataille elle-même est soit un gigantesque bordel où il y a de fait plusieurs batailles, soit un affrontement plus ordonné et mobile, mais où une forte part de l'effectif.... Reste en réserve. Quand 2 armées sont à 1 jour l'une de l'autre, c'est sans doute là que commence à se perdre le moyen de contrôle effectif des forces, déjà sous Napoléon: les sous-unités se flairent, s'accrochent.... Et y'a toujours un point où un accrochage un peu sérieux est progressivement renforcé au point que le dispositif de bataille, entier ou partiel, est progressivement amené pour que la fête commence en grand. Il n'est pas si fréquent de pouvoir étaler proprement son dispositif de part et d'autres avant de donner le signal du départ. Et la chose est d'autant plus un problème au XIXème que, contrairement à la période napoléonienne, les armes sont infiniment plus mortelles (puissance, portée, précision, quantité, surtout de canons): une erreur est meurtrière beaucoup plus rapidement, un flanc entier peut être annihilé/dispersé/mis hors de combat en quelques instants là où, sous Napoléon, les unités avec mousquets tirent péniblement 3 coups par minute (pour les bonnes) des balles rondes faiblement pénétrantes qui portent difficilement de manière efficace à plus de 100m, avec une précision aléatoire au mieux. Ce manque de contrôle en bataille sur des masses de plus de 80-100 000h, et la concentration des troupes, sont grandements relativisés en tant que vulnérabilités par la failesse relative du feu. En 1870, ça ne pardonne pas: Moltke subit le même décalage que Napoléon entre l'ordre de campagne (en corps) où il est le maître et en amont duquel il est le grand planificateur génial, et l'ordre d'approche et de bataille où il contrôle encore moins que Napoléon (et ni lui ni ses subordonnés directs ne sont des grands "capitaines" avec le "coup d'oeil" du tondu), seulement cet écart est infiniment plus grand que sous Napoléon. Là est le grand décalage, entre cet "art opératif" de la campagne, et la tactique: la tactique en bataille a loupé une étape (et en fait ne se mettra à niveau que péniblement entre 1915 et 1917) là où l'art opératif, en tout cas prussien, a suivi son temps, de même que la stratégie. Comme si Moltke et les prussiens avaient trouvé le bon échelon et la bonne approche pour mener la guerre et la campagne, mais étaient restés sous Napoléon pour mener combats et batailles. La chance des Prussiens en 1870 est que les officiers français aient été incompétents et pusillanimes à tous les niveaux: au niveau "opératif" (inexistants), au niveau "grande tactique" (armées en approche) et au niveau de la "petite tactique" (échelons brigades et en-dessous, où un chef contrôle effectivement et "voit" ses unités)où ils n'ont même pas été foutus de profiter des faiblesses prussiennes en attaque équivalentes aux leurs en défense, en faisant des contre attaques systématiques vu que les Prussiens s'exposaient sans arrêt. Ca, Napoléon ne l'aurait pas laissé passer. Mais au global quand même, Moltke commande 3 armées dont 2 tournant autour de 120-130 000h pour la campagne de 1870 (avec des réserves en plus), là où Napoléon n'avait à contrôler "que" 4 à 6 corps de 20-30 000h plus une réserve. Quand il a fallu faire plus (front russe de 1812, front allemand de 1813), il était à la ramasse, comme tout le monde, et en bataille avec ces énormes forces (rare), le contrôle est inexistant, ne se fait pas en temps voulu, mais surtout n'implique pas la même exigence de rapidité eu égard aux armes bien moins mortelles qu'en 1870. -
La marine et ses programmes aux XVIIème-XVIIIème siècles
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Ouaip, surtout qu'il ne faut pas oublier à quel point un navire en bois n'est pas précisément un environnement sanitairement sain :lol:: c'est plein de saloperies, les matières organiques, et ces machins là ne subissent pas de fumigations si fréquentes et sont humides en permanence. Alors à la fin d'une longue campagne dans des mers chaudes, où en plus se multiplient les privations, où existe souvent la mauvaise qualité de la bouffe (contrôle sanitaire faible, l'eau se conserve mal, fraude des fournisseurs, faible exigence de qualité), s'applique le mode de vie maritime, où rien n'est jamais sec.... Qui a déjà vu à quoi ressemble le "biscuit de marine", ou regardé quelle gueule a la viande de salaison embarquée sur les navires de guerre (une bonne partie de l'eau à bord sert à la déssaler)? Ca fait pas envie :-[ :lol:! -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Les armées de la 2ème moitié du XIXème siècle sont bien plus grandes, et c'est justement mon point: de facto, quand tu regardes les campagnes et batailles dans le détail, elles sont très mal menées et il manque un échelon de conception et de commandement (il n'y a de contrôle effectif que dans les concentrations absurdes et meurtrières de batailles telles que celles de la campagne d'Italie). Le fait qu'elles se soient quand même passées ne doit pas obérer ce fait qu'il y a, entre l'ère napoléonienne et la fin de la Première Guerre Mondiale, un manque entre l'échelon de planification des EM centraux et celui des commandements de grandes unités tactiques (corps d'armée et armées surtout). La largeur et la profondeur des fronts impliqués a tout connement changé à tel point, tant en raison des tailles d'armées que des portées d'artillerie qu'il y a un vrai gap dans les possibilités de command and control. Les batailles rangées du XIXème, très concentrées, se font encore à la mode napoléonienne, et il est difficile de dire qu'elles sont des chefs d'oeuvre de manoeuvre plus que des alignements cons et méchants avec un résultat qui se décide plus à l'attrition qu'autre chose. La conception prussienne échappe un peu à cela en ce que la concentration à l'échelon du front est opérée de manière spectaculairement plus moderne via une bonne prise en compte du chemin de fer et de la logistique, donc de la planification à cet échelon là; mais quand il s'agit de mener campagne au-delà du point d'arrêt des chemins de fer, ça devient salement brouillon, comme 1870 le montre: les lignes s'étirent vite et les distances s'allongent dès lors que le rail ne peut plus jouer, et les possibilités de contrôle du grand EM s'étiolent alors que les armées et le front sont bien plus grands, confus et profonds. Le décalage de l'efficacité de l'artillerie, mais surtout de cette conception de la guerre prussienne, avec la conception antédiluvienne (mais surtout stupide, atone et amateuriste) du commandement côté français, donne un résultat spectaculairement déséquilibré, mais ça concourt plus du fait que la guerre de 1870 a bien plus été perdue par les Français qu'elle n'a été gagnée par les Prussiens (et ce n'est pas qu'une formulation). Combien de fois en 1870 le comportement stupide des chefs de corps et de division prussiens a t-il été "compensé" par l'atonie totale de leurs homologues français cantonnés à la défensive statique et au contrôle tâtillon et pusillanime de leurs supérieurs? Parce que Napoléon avait quand même un moyen de "command and control" pratique qu'il ne faut pas oublier ou mésestimer: outre une vraie planification qui pense en terme logistique, bien plus que les armées qui suivent au XIXème siècle (le rôle personnel du tondu et celui de Berthier doivent être signalés), il y a le point de la sélection des maréchaux/chefs de corps, des relations que Napoléon a avec eux, des habitudes de travail qu'ils ont entre eux, de la connaissance qu'ils ont les uns des autres.... Ce niveau de relations personnelles, d'expertise et de sélection des hommes a quand même joué un rôle très important qui est facilement passé sous silence et qu'il faut comparer à la façon de fonctionner de l'EM prussien dans sa dynamique quotidienne. C'est une équipe, et elle appartient à un corps qui a sa mentalité et sa culture commune. Mais il y a un décalage entre l'EM général de Moltke et les EM de corps en 1870, alors que la relation de Napoléon avec ses chefs de corps impliquait une coordination et un "contrôle" bien supérieurs. C'est pas des communications par radios ou satellites, ni même des procédures standardisées d'éducation des officiers, mais en un certains sens, c'est bien plus efficace que ça, surtout chez un Napoléon qui répétait à l'envi que la guerre reposait aux 3/4 sur els équipes de travail et les relations interpersonnelles, et pour un quart seulement sur les effectifs et le matériel. Dans les armées du XIXème siècle qui deviennent massives, administratives et en un certain sens très "anonymes" et indifférenciées, le système de relations interpersonnelles de Napoléon n'est-il pas aussi un moyen de coordination qui n'a été possible que pendant un moment, en raison du "moment" exceptionnel que fut la naissance de la grande armée? L'un des grands problèmes du commandement au XIXème siècle, outre les apories techniques et les conservatismes culturels (voire la débilité nostalgique superficielle et le gâtisme francs et nets dans de nombreux cas), est celui de la sélection des officiers, du niveau d'autonomie/initiative laissés à chacun d'entre eux, des faibles possibilités de coordination qu'ils ont entre eux dès lors que 2 grandes unités ne sont plus en vue l'une de l'autre, des rivalités internes (plus graves que celles des maréchaux de Napoléon qui les "tenait" mieux en général).... Au final, le commandement et la répartition de ces échelons implique aussi une répartition de certains niveaux de confiance par l'autorité centrale, qui impliquent connaissance, expertise et coordination pour les chefs d'unités de manoeuvre. Concevoir une campagne/guerre au bon échelon pratique au niveau de l'EM central d'un front implique nécessairement qu'il y ait des échelons d'exécution pertinents en-dessous. En 1870, les Prussiens ont le bon échelon central et la bonne préparation avant la guerre, mais en-dessous, ils sont à la ramasse tout comme leurs adversaires. Côté français, y'a rien du tout. L'absence de confiance et de communauté de culture développe la maniaquerie du contrôle par les chefs de corps et d'armées, renforcée par la confusion de l'administratif, de l'intendance et de l'opérationnel dans les tâches de commandement qui dispersent l'attention des chefs (loin de la manoeuvre), fait passer les bons gestionnaires pour des tacticiens et généralise et aggrave la tendance au micro-management. Traduction générale: une attitude plus portée à la déresponsabilisation et à l'attentisme, au manque d'initiative, à l'insistance sur la défensive en dispositif préparé, à la crainte du mouvement.... A ajouter aux rivalités intenses entre généraux et maréchaux, la faible autorité et l'indécision du grand chef, et la culture de l'imagerie napoléonienne (juste des charges de cavalerie et d'infanterie en fait) du corps des officiers. -
La marine et ses programmes aux XVIIème-XVIIIème siècles
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Formulation :lol:! "Dramatiquement" est assez neutre à la base: ça marche dans les 2 sens, juste pour décrire l'ampleur d'un phénomène, mais c'est vrai que c'est plus en anglais que ce double sens a été gardé, alors qu'en France, il s'est connoté (assez récemment) de la seule dimension tragique. Pour faire court: non, je ne pense pas que la baisse de la mortalité des équipages soit un mal :lol:. -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Pareil: j'ai une telle masse d'archives (magazines, mais surtout bouquins) que la sortie systématique de références est devenue une impossibilité pratique :lol:.... J'ai pas un thesaurus dans la tête :'(! Au final, il faut quand même beaucoup se méfier de la sémantique militaire et de ses modes: on requalifie sans cesse des faits anciens avec des mots nouveaux, comme si tout d'un coup, on venait d'inventer l'eau tiède! Napoléon a pensé la guerre à la bonne échelle, et ce cochon savait en plus BIEN la concevoir à la bonne échelle :lol:. En 1870, c'est Moltke qui savait penser la manière de mener campagne à la bonne échelle, malgré des chefs d'armées et de corps tout aussi médiocres et engoncés dans le passé napoléonien (et pas du bon côté de ce passé, juste avec une vision caricaturale) que du côté français. Cette guerre n'est en aucun cas un chef d'oeuvre de tactique ou de manoeuvre, mais y'a quelqu'un qui, côté prussien, a su bien la penser en amont, à défaut d'avoir su bien la conduire en pratique: dans ce dernier aspect, Moltke est plus contestable, mais ce peut être aussi lié aux problèmes de command and control des armées de cette époque qui atteignent une telle taille, et le front une telle échelle, que le commandement devient pratiquement impossible, aporie qui atteindra son point extrême en 1914. Malgré tous ses défauts, le commandement de la 1ère guerre mondiale a pu trouver, vers la 2ème moitié de 1917, une façon correcte de penser à l'échelle du front, à la fois dans le principe et l'organisation, mais aussi dans les habitudes/l'expérience du fonctionnement au regard des moyens disponibles: les noeuds de commandement que sont les groupes d'armées, colossales concentrations de puissance de travail (jusqu'à 20 000 personnels pour un EM de groupe d'armée) en sont le maillon essentiel et permettent de penser la guerre en grand. N'ont-ils pas au final appris dans la souffrance et le cafouillage "l'art opérationnel" de cette guerre, inconcevable au début passé le stade de la manoeuvre des grandes concentrations permanentes de l'été 14, en raison de l'incompatibilité entre les armées, leur taille, leur organisation, les moyens de destruction, l'échelle du front et les moyens de "command and control"? -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Question d'ordre général: cet "art opérationnel" est devenu une mode dans les discussions depuis la plutôt récente mise en valeur de la grande tactique soviétique de la 2ème Guerre Mondiale, soit l'étude d'un cas particuier "d'art opérationnel" correspondant à un lieu, un front, un pays et un moment historique. Mais c'est un nouveau terme pour un fait ancien, non? Ce que fait Napoléon sur un front, soit essentiellement sa manière de "manier" la Grande Armée, la plupart du temps en Allemagne/Europe Centrale, ne ressort-il pas au fond du même principe parfois aussi appelé "grande tactique", soit grosso merdo la façon de mener une campagne? N'est-il pas abstrait de vouloir essayer de catégoriser un peu plus en parlant de "petite stratégie" ou de "grande tactique" quand il s'agit là avant tout de l'art de diriger un front/une campagne militaire, avec le facteur de confusion que dans certains cas, comme ceux de Napoléon, Frédéric II de Prusse, Alexandre le Grand, Charles XII de Suède.... il s'agit du chef d'Etat (donc du chef stratégique/politique) qui dirige en personne la campagne? Répartir la Grande Armée (en moyenne 150 à 200 000h) en un nombre donné de corps (5 ou 6 plus la réserve avec le tondu lui-même à sa tête) et les faire évoluer sur l'échiquier allemand, n'est-ce pas l'art opérationnel de la période et la façon, en même temps que l'échelle correcte (ou l'échelon) et pertinente, pour concevoir et mener la guerre? -
La marine et ses programmes aux XVIIème-XVIIIème siècles
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Surtout que s'il est un fait que plus il y a de marins qualifiés, et surtout de groupes de marins entraînés à opérer ensembles avec une hiérarchie tout aussi rôdée, de fait, sur un navire de guerre: - les vraies tâches de marins qualifiés ne concernent qu'une minorité (de fait pas plus d'un tiers de l'équipage, voire moins, a besoin des qualifications spécifiques): les gabiers et toutes les fonctions ayant trait à la voilure représentent la majorité des tâches "de marins", celles qui ont besoin de gens ayant ça "dans le sang", ne se posant pas de question avant d'aller grimper dans la mâture.... Et ayant aussi et surtout le pied marin pour accomplir beaucoup de tâches ordinaires et peu compliquées mais dans des positions et circonstances très spécifiques - des besoins additionnels important existent pour assurer la marche du navire à un train important à H24: de fait, tout navire de guerre a l'équivalent de 2 équipages (fonctionnant par moitié en temps normal, pour répartir la journée navale en quarts) et même un peu plus, et un même hamac (ou espace de hamac) était utilisé par 2 personnes - la plus grande partie de l'équipage est consacrée à l'artillerie: évidemment, les hommes d'équipages ne peuvent être que des artilleurs et la polyvalence est contrainte, mais les terriens, recrutés de force.... Bref les non marins en général sont confinés aux corvées (briquage des ponts, écopage....) et leur principale utilité reste avant tout de fournir des bras pour aider aux manoeuvres (apporter juste de la force pour les tâches de halage de cordages, y compris les bragues des canons, transbahuter des charges) et combattre. Pour un simple canon de 18 livres, il faut 10 hommes, et pour le 24 livres, soit le canon standard sur la batterie basse de tout 2 ponts (la batterie médiane d'un 3 ponts) ou sur le gundeck d'une frégate à partir du milieu du XVIIIème siècle, il faut 12 hommes vu que l'engin pèse 3 tonnes. Là-dessus, seul le pointeur/chef de pièce doit être vraiment qualifié et ne peut être "improvisé" en aucun cas. Les très grandes réussites des navires américains pendant la guerre de 1812 (le plus souvent en duels de frégates) sont dus en grande partie, outre les plus grandes puissances et résistances de leurs frégates, au fait que n'ayant pas à armer de vastes flottes et ne concevant pas de croisières de guerre de longue durée, ils surchargeaient leurs navires de vrais marins (abondants au regard de l'effectif de leur flotte) tous volontaires (peu de navires = hommes bien payés, surtout quand il s'agit de ravager le commerce britannique, donc d'avoir des parts de prises). Les flottes européennes n'avaient pas ce luxe, devant remplir de vastes flottes pour de longues durées avec en plus la guerre terrestre. Pour ce qui est de la mortalité à bord, il faut quand même noter qu'à partir de la guerre de 7 ans, l'emport de fruits et légumes, et particulièrement d'agrumes et limons/citrons, fait dramatiquement baisser les pertes liées au scorbut qui, s'il reste une réalité et une crainte dans les croisière au long cours, ne prélève plus sa part jusqu'ici inévitable. Les images telles que pendant les guerres de Louis XIV, où la flotte de Tourville, même rentrant de la campagne du large (quasiment sans combat), avait perdu un quart de ses hommes en mer et en déversait encore un bon tiers de gravement malades dans Brest au retour, sont du passé. L'amélioration permanente des performances nautiques (notamment la généralisation des voiles d'étais et focs dès le début du XVIIIème), la meilleure connaissance des mers, la densification du nombre d'escales et de ports de relâche (à défaut de bases souvent) ont concouru du même effet. -
Wikileaks : des documents sur la France potentiellement très gênants.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
Forcément, ça leur fait de la place en Afrique si les seuls réseaux qui tenaient le "pré carré" (aussi sales soient-ils), dernier multiplicateur de puissance de la France, viennent à disparaître :lol:. Ils apprécient: ils feront la même chose, en plus grand et plus systématique, mais comme ils sont vachement puissants, y'a que des sales petits gauchistes et terroristes qui aiment pas la liberté qui oseront appeler ça "l'Amérafrique" :lol:. La nouveau "scramble for Africa" est lancé; seuls participants, la Chine et les USA. Nouvelle puissance coloniale, la Chine aura du mal à garder son image de membre fondateur du mouvement des non alignés :lol:. -
La marine et ses programmes aux XVIIème-XVIIIème siècles
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
En fait non, étant donné que dès le moment où les transports transatlantiques ont acquis un certain niveau de "routine", les périodes de transit (fonction des périodes de rafles par les rois des Etats africains négriers, mais aussi des alizés, les 2 se conditionnant) et les navires furent spécifiquement adaptées. Au XVIIIème siècle, les navires négriers, pour l'essentiel des bricks fins et rapides, accomplissent la traversée extrêmement vite et "font du flux", parce que contrairement à ce que les historiens marxistes ont affirmé, pour l'essentiel par anticolonialisme, le commerce négrier ne rapporte pas beaucoup. Les marges sont faibles, et seule la quantité et/ou la rapidité de ce transport en lui assure une rentabilité correcte. Si le commerce négrier avait été la mine d'or que certains historiens veulent encore décrire, tous les armateurs se seraient rués dessus jusqu'au tarissement de la dite rentabilité; or, dès le début du XVIIIème siècle, ce n'est plus, et de loin, le cas. Le grand commerce avec les comptoirs des Indes orientales et de l'Indonésie, et le commerce transatlantique des produits agroalimentaires (pour l'essentiel sucre, tabac et vanille) des Amériques, sont les cash machines. C'est particulièrement sensible en observant les rentrées fiscales et le commerce extérieur français à partir des années 1720 (principalement parce que l'économie française n'en dépend pas, contrairement à l'économie anglaise essentiellement commerciale où il est plus dur de différencier les mouvements). A ce commerce comme aux autres correspond un type de bâtiments précis, et dans ce cas des navires négriers, le facteur temps est essentiel: ils se livrent à une compétition permanente sur la vitesse qui n'aura d'équivalent que celle des clippers du XIXème siècle pour le commerce du thé et de quelques autres denrées périssables. Le facteur essentiel cependant, malgré la diversité des bâtiments, reste la densité humaine à bord et la durée d'une croisière: seule la rapidité de la traversée épargne des taux de mortalité important aux navires négriers, en évitant épidémies, faiblesses et contagion, et évidemment le scorbut qui se répand en revanche très vite dans un équipage passé 6 à 8 semaines en mer, surtout si le navire est densément peuplé. Or le propre des navires de guerre de l'époque est d'emporter, à tonnage égal, 4 à 5 fois plus de monde à bord au moins (pour les manoeuvres, l'attrition en croisière et au combat, pour le tir d'artillerie et sa cadence, et pour le combat rapproché en mer ou à terre, et les prises). Seuls les grands navires armés des grandes compagnies commerciales ont un petit peu plus de monde, mais restent bien en-deçà des standards d'un navire de guerre (4 fois moins de monde). Autre point d'un navire de guerre: des campagnes qui sont faites pour durer longtemps et qui peuvent se passer d'escales même quand elles sont à disposition, étant donné la nature imprévisible des missions et des impératifs, surtout en temps de guerre. Dernier point, un navire de guerre ne croise pas en cherchant le rythme pépère: il fait voile au maximum de sa vitesse soutenable la plupart du temps, usant donc le matériel, mais surtout les hommes, ce qui entraîne des fautes, des erreurs mortelles, des pertes inévitables, et généralement, surtout eu égard aux conditions de vie et de promiscuité (les rangées de "branles" sont quelque chose d'assez incompréhensible aujourd'hui), un état permanente de faiblesse et de fatigue accumulées propice aux maladies, aux accidents et à des systèmes immunitaires moins combatifs (sans oublier le mode de vie des marins qui inclue, pour compenser ces difficultés, un fort degré d'alcoolisme sur lequel nombre de médecins de marine ont écrit rapports sur rapports au XVIIIème siècle). Ces 3 facteurs fondamentaux expliquent pourquoi la vie à bord d'un navire de guerre est la plus courte qui soit, et pas du fait des combats. La vie de marin de la marine à voile est généralement l'une des plus courtes espérances de vie de cette époque. Une boutade anglaise de l'époque dit que, ayant le choix entre être condamné à devenir forçat ou être enrôlé d'office dans la Royal Navy, beaucoup de condamnés hésitaient.... Et c'était à peine une boutade. -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Et 2 courants d'opinion s'opposeront alors :lol:: - ceux qui te diront, non sans raison, que ce commandement avant tout logisticien a su amener et maintenir un dispositif tel que la nullité de beaucoup de chefs d'armées/groupes d'armées était de toute façon compensée fondamentalement, ne faisant que délayer l'inévitable victoire transformée en certitude arithmétique (les USA avaient certes la production, mais encore faut-il acheminer, organiser, répartir les moyens dans le timing voulu et maintenir le flot continu.... Sans le moindre ordinateur :lol:). C'est le syndrôme d'Ike avec son "les amateurs parlent de stratégie, les professionnels de logistique" (vérité pleine et entière ou manque total d'imagination et de compétence tactique? Ou les 2?) - ceux qui diront que les choses auraient pu aller nettement plus vite, de vastes quantités de moyens (y compris humains) économisées.... Avec des chefs tactiques plus nombreux à haut niveau et ayant un peu plus la bride sur le cou qui auraient su faire cracher bien plus d'efficacité à des moyens moindres Et les 2 ont raison :lol:! Le tout est de savoir jusqu'à quel point. -
Wikileaks : des documents sur la France potentiellement très gênants.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
"Volontaire" est un grand mot, évidemment: le point n'est pas exactement là. Je parle moins d'une opération volontaire d'intox que de la focalisation qui résulte instantanément de ce genre de fuite, et qui est très facilement utilisable. Sans compter que les fuites, qui viennent plus vraisemblablement de quelques "mécontents" dans les services gérant de telles bases de données, peuvent ne traduire qu'un choix arbitraire (ou au contraire un peu pensé, donc extrêmement partial) de ces personnes. Et qui plus est, dans ce qu'elles décrivent, elles ne traduisent que leur niveau d'accréditation et les infos accessibles au dit niveau, soit pas vraiment l'ensemble des problèmes traités, mais juste une vision forcément caricaturale de ces questions, mais qui est automatiquement acceptée comme "LA" vérité. Oh oui! Le diplomate est une espèce extrêmement timide, pudique et craintive :lol:, qui a toujours une patte en avant et une sur le recul.... Avec celle en avant qui fera un petit coup de sonde tandis que celle sur le recul est toujours prête au galop pour fuir. S'il a pas confiance dans la filière qui le nourrit d'infos, dans celles qui va digérer ses mémos, et plus encore dans celle de ses communications, il adoptera l'attitude de l'huître. Au global, il est logique, et dans une certaine mesure souhaitable que de telles infos puisse voir le jour de temps en temps.... Le problème est que le dommage fait est bien plus grand que le bénéfice retiré pour la "vérité" et la "transparence": dommage aux filières de communication diplomatiques, dommage aux diverses crédibilités en cause, dommage à l'info elle-même qui sert d'autres objets et au final tapera bien à côté de l'intention originelle (si elle est vraie et "pure"). Mais je ne perds pas de vue que dans mon opinion, les premiers responsables sont les gouvernants qui ont été beaucoup trop loin dans la caricature, la nullité, l'hypocrisie et la déformation de la parole publique, et plus encore dans la manipulation, l'atonie et la médiocrité du débat public, aujourd'hui plutôt mal portant. Les médias traditionnels ont leur part de responsabilité, les organisations civiques (partis, clubs/cercles de réflexion, associations....) et le public aussi (besoin de "sensationnel", désintérêt, faible culture, superficialité....): la com envahit et pollue la sphère publique comme les démagogues à Athènes, rien de nouveau. Seulement, la réation contre ce mouvement (si tant est que Wikileaks soit ça) n'est pas vraiment saine et encore moins efficace. Yep, bienvenue dans la médiacratie :lol: et la société de l'exposition! Loin du débat fondé en raison. Ceci dit, il vaut encore mieux des médias professionnels, responsables, visibles et ayant des comptes à rendre (ou essayant de tendre vers ça) que l'internet et son effet multiplicateur pour radio rumeur. Le manque des médias en france, le degré trop extrême d'hypocrisie politique et la mort du débat public sont la faute de tout le monde et sont la première cause de ces phénomènes, mais même s'ils le sont inégalement, il faut garder à l'esprit que les torts sont partagés. -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
N'est-ce pas un peu facile comme jugement? La contrainte d'organisation, de command and control à tous niveaux, de complexité infinie d'un commandement interallié à une telle échelle et pour une organisation répartie entre les USA, l'Angleterre et le continent européen.... Tout ça rend l'exercice de planification et d'organisation férocement compliqué et délicat (l'aspect interallié-politique sans doute encore plus), surtout qu'il s'agit quand même aussi de démocraties, non de régimes ultra-centralisés et autoritaires comme l'URSS ou l'Allemagne (avec une URSS qui commande de façon unifiée et autocratique un dispositif sur un seul front en continuité territoriale). Une telle organisation, outre sa complexité matérielle (répartition géographique, logistique) et politique (démocratie, plusieurs pays, même si les USA ont une voix dominante), peut aussi être à l'origine du choix de généraux plus logisticiens/planificateurs que chefs tactiques (Bradley et Montgomery). -
Guéguerres des services et redondances
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Sale habitude de toute organisation humaine, et travers d'un pays qui a trop les moyens :lol:: chaque fois qu'il y a un problème ou un nouvel aspect d'un problème, ou une crise, tu crées un service ad hoc, qu'il s'agisse d'une task force interne à un service, d'une joint task force inter service, ou d'un service entier tout neuf. Vu que le politique s'en mêle, des moyens sont divertis de manière plus ou moins caricaturale pour le dit service et quelqu'un y est placé quie st surtout là pour donner un résultat politiquement vendable.... Seulement, l'autonomie, c'est bon, un poste permanent, c'est agréable, le pouvoir qui va avec, c'est cool, le moyen qu'il offre à quelqu'un de plus haut dans la chaîne alimentaire, c'est encore mieux, recaser les personnels et les moyens après la crise, c'est chiant (les vides occasionnés par ce pompage ponctuel ont été comblés entretemps), et puis c'est toujours marrant d'avoir ce service pour faire chier les autres et en jouer contre eux (la guerre des services, ça sert pas que les ambitions de ceux qui y servent). Et il y a la tendance naturelle de toute organisation à tout faire pour se pérenniser et grandir.... Résultat, quand c'est dans un pays pas trop regardant sur les moyens mis en place et qui a en plus un "moment" politique comme l'après 11 septembre et son tout sécuritaire.... Ben tu as la soi-disant "intelligence community" qui est un vaste monstre tentaculaire et absolument incompréhensible qui concerne, de près ou de loin, plus de 800 000 personnes.... Secret? -
Wikileaks : des documents sur la France potentiellement très gênants.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca n'est pas le cas au même degré: l'examen à froid, la connaissance d'un dossier, l'esprit critique évidemment, la connaissance et l'examen des sources (base de toute approche rationnelle), une vision d'ensemble, une bonne culture de fond, l'habitude de traiter un problème, le fait d'avoir des comptes à rendre, le besoin de bâtir une crédibilité.... Diminuent d'autant la capacité de se faire entuber et de balancer gratuitement. Encore une fois, il ne faut pas en parler en principe, dans l'absolu. Le capital confiance de Wikileaks ne cesse de m'étonner: aucun compte à rendre, aucune transparence, aucune mesure, aucune expérience, sur-réagissent, mais être sur internet et avoir l'image de gentils petits geeks anars suffit à créer la confiance :O? Y'en a qui appellent à se faire entuber. Sur les questions traitées, tes 250 000 documents, qui te dit qu'ils ne mettent pas en lumière juste ce qu'il faut pour mieux cacher quelque chose d'autre? Qu'ils ne sont pas centrés que sur certains aspects qui prennent ainsi une importance démesurée par rapport aux autres nécessaires à une opinion équilibrée? C'est extrêmement partiel, absolument pas analysable par qui que ce soit (qui a la capacité de traitement et de vérification de tout ce qu'il y a derrière une telle masse? le contenu des messages est aussi important que chacune de leur date, des lieux auxquels ils font référence, de l'auteur....). C'est la même chose que le journal de 20h qui, outre le fait de traiter mal et superficiellement ses sujets, en sélectionne un nombre tellement réduit qu'il est difficile de dire qu'il reflète "l'actualité": il laisse à l'écart nombre de sujets nettement plus importants que ceux qu'il traite, surfe sur le superficiel et le sensationnel, décide de ce sur quoi l'attention doit se porter.... En théorie des coms de masse, ça s'appelle "la théorie de l'agenda": tu décides de ce qui est digne de l'attention et des sources/angles qui sont "dignes" d'amener le sujet (bien avant de parler du traitement de l'info). Pour illustrer, dès que l'Eglise a décidé, plus de 3 siècles après Jésus, que 4 Evangiles étaient la vérité digne de former le Nouveau Testament et que tous les autres étaient apocryphes, y'a eu comme qui dirait un choix de fait ;). Mais pour ce qui est de l'impact sur les courriers et rapports diplomatiques, en revanche, c'est vrai que ça va être dommageable: faut avoir vu 2 diplomates essayer d'aborder franco les "vrais" sujets. La parano de dire le mot de trop ou de gaffer, le besoin de nouer une relation personnelle, le jeu de poker menteur pour faire dire sans dire soi-même..... Bref, la danse nuptiale du professionnel de la diplomatie, c'est quelque chose de délicat où le peu de confiance qui existe reste nécessaire. -
Wikileaks : des documents sur la France potentiellement très gênants.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
Le problème est qu'il ne faut jamais parler juste dans les grands principes et se pencher un peu sur les cas et sur leur nature: l'opacité sert les dictatures et totalitarismes, de même que la "transparence", mais faut savoir ce qui est mis derrière ces mots. Tu peux parfaitement faire de la "transparence", de la contrainte d'exposition et de "vérité" (quod est veritas?), une arme pour réduire au silence; ceux qui ne le comprennent pas sont ceux qui ne voient pas qu'il y a un intermédiaire déformant à chaque fois qu'une information passe d'un individu à un autre. Chaque niveau de "traitement" d'une info est un filtre potentiellement déformateur, chaque individu comprendra et transmettra la même info différemment. Les médias traditionnels ne sont pas parfaits, sont en proie au contrôle de certaines entités (surtout en France), mais ils sont un filtre au moins un peu professionnel qui sait peser ce qu'il transmet à l'aune de plusieurs critères (notamment celui de savoir comment faire comprendre une info de manière relativement homogène), et qui a surtout le mérite d'exister en tant qu'entité qui a des comptes à rendre, comme tout pouvoir. De quelle morale, de quel droit, de quelle crédibilité se prévaut Wikileaks? Quel degré de confiance peut leur être accordé? En l'occurrence, parce qu'ils se donnent une image de petits anars iconoclastes contre le grand méchant pouvoir, ils sont les "gentils" de l'histoire et leurs publications sont paroles d'évangiles? Dire qu'il suffit de relâcher "l'info brute" pour que la vérité soit connue, c'est juste une illusion démago: aucune info n'est jamais brute (le simple fait de la coucher sur papier est déjà un biais et ne la transmet qu'imparfaitement), et manipuler la vérité, même inconsciemment, est l'une des choses les plus faciles qui soit. La même info lâchée à un moment ou à un autre aura déjà 2 sens différents (au moins). Ca c'est vrai, (voire commentaire plus haut): le niveau d'hypocrisie et de décalage du discours public avec la réalité, qui est en soi quelque chose d'obligatoire (ne serait-ce que parce que le discours public concerne TOUTE la société, ce qui ne peut passer que par l'abstraction), est aujourd'hui à un tel niveau et en plus repose sur de telles routines et codes puants (politiquement correct, storytelling, techniques de spin, plans médias au timing calculé....), combiné surtout en France à une "baisse" nette de la presse comme acteur de la scène publique, que le besoin de sauvagerie gratuite dans le déballage permet à un nouvel espace d'exister, essentiellement sur internet, avec des acteurs comme Wikileaks, mais aussi radio-rumeur et ses ravages. Seulement la démocratie, équilibre fragile entre tous qui a besoin du discours posé et fondé en raison, peut aussi bien crever du ragot que de la censure, du monopole de la parole publique par une caste réduite de pros que de l'irruption sauvage et irresponsable de soi-disants "combattants de la liberté d'expression".... Le tout est de savoir se servir de ce qui fait la une. -
Et des véhicules qui vont avec: Minotaur, enfouisseur 4x4, EBG et MFRD sont là pour ça....
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Heureusement, sinon y'a certains véhicules du Génie dont on se demande ce qu'ils foutent dans l'inventaire :lol: (disperseurs et enfouisseurs de mines). C'est les mines antipersonnelles qui sont méchantes et une arme pour les terribles dictateurs et fanatiques criminels contre l'humanité .... Parce qu'elles tuent des petits enfants. Mais personne ne pleure quand un petit MBT meurt :'(.
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Wikileaks : des documents sur la France potentiellement très gênants.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est surtout que même si ces fuites étaient 100% authentiques et étaient entièrement relâchées dans la nature, elles ne représenteraient encore qu'une partie des sujets dont elles traitent.... Et qui plus est, ces sujets ne représentent qu'une partie infime de l'actualité et des actions des Etats concernés, enfin surtout les USA: quel meilleur moyen d'occuper la scène médiatique et l'attention avec du "croustillant-sensationaliste" principalement à 2 balles (sachant que les sujets "hard" auxquels ils se sont attachés, les médias "traditionnels" qu'ils critiquent un peu facilement, en avaient fait le tour)? La lumière est jetée sur ces quelques sujets d'attention.... Et sur quoi porte donc l'ombre projetée en attendant? L'attention médiatique ne peut se focaliser que sur un nombre de sujets terriblement limité et n'en discute pas vraiment de façon très profonde..... Pour la très petite marge de "transparence" gagnée par le phénomène Wikileaks et d'autres assimilés, combien de moyens les professionnels du rens et de la com officielle ont gagné pour détourner l'attention désinformer, faire le spin? Les pros contre les amateurs.... C'est pas vraiment la liberté ou la transparence qui en sortiront grandies. Mais il est vrai que plus le discours des gouvernants sera creux, bien-pensants, superficiels, facile, éloigné de la réalité de leur action, aura l'air de sortir de mauvaises séries tous publics et prendra ouvertement tout un chacun pour un abruti complet, plus le phénomène wikileaks se généralisera. Bush, Blair et Sarko ont, dans le genre, poussé un coin de plus dans l'oeuvre de destruction du discours public et de la confiance déjà ténue qu'il est possible d'avoir en les gouvernants: "en Afghanistan se joue une partie de la liberté du monde" :P :lol:! Dire que je sais qui a pondu cette phrase et qu'il en a honte aussi (avant tout parce que c'est dramatiquement mauvais :lol:)..... Rien que de la taper, j'ai envie de me laver les yeux :-[. -
Wikileaks : des documents sur la France potentiellement très gênants.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est marrant en tout cas comme l'opération de com est réussie: y'a vraiment l'impression que c'est le "combat pour la liberté" :P contre les méchants-méchants gouvernements oppresseurs-Big Brother, avec les irréductibles du village Wikileaks combattant encore et toujours contre l'envahisseur. Que le patron soit un mythomane de première, que leur info soit éditorialisée avant même de leur arriver dans les pattes, qu'ils éditorialisent à leur tout avant d'expédier le produit chez les journaleux qui filtreront à leur tour..... Le tout pour des documents qui, DES LE DEBUT, avant même qu'un irresponsable les pique sur les bases de données gouvernementales, ne sont qu'une partie des infos sur les sujets dont ils traitent.... A se demander si c'est pas aussi un bon moyen de monter des opérations d'intox, vu le niveau d'esprit critique proche de zéro des "combattants de la liberté". Ceci dit tout ce qui chie sur Berlusconi :lol:.... -
La marine et ses programmes aux XVIIème-XVIIIème siècles
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Importante, en partie passée sous silence, mais surtout obérée par le fort taux de mortalité lors des longues traversées, en raison des conditions de vie et plus encore du scorbut, première cause de mortalité à la mer et de très loin. Il faut attendre les années 1760 pour voir lentement se généraliser l'emport de fruits et légumes pour le seul motif de combattre cette surmortalité qui fait qu'être marin dans la marine de guerre ou, de façon plus modérée, dans la marine marchande, comporte un risque infiniment plus élevé de crever sur une traversée qu'être du "bétail humain" sur un navire négrier (pas politiquement correct, mais statistiquement incontestable, et le différentiel est énorme). La désertion a ceci de particulier quand même que les déserteurs finissent souvent par revenir: les gens de mer sont une faune limitée qui, au final, ne fréquente que les ports, petit univers où ils finissent souvent par être réembarqués par la presse, ou par se rembarquer eux-mêmes sous un autre nom (ou dans une marine étrangère) s'ils ne trouvent pas à s'employer dans la marchande (en temps de guerre, c'est plus fréquent). Au sens de "marins permanents", il est extrêmement faible, mais ça ne veut pas dire que les équipages de temps de guerre sont à 100% faits de buses: le recrutement/enrôlement vise surtout les gens de mer. Le vrai manque est surtout celui d'équipages constitués plutôt que de marins individuels. -
La marine et ses programmes aux XVIIème-XVIIIème siècles
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
La différence d'entraînement est le facteur aggravant et décisif au XVIIIème siècle entre les marines française et anglaise, et de façon assez ironique, ce décalage, préexistant à la guerre de Succession d'Autriche, ne devient réellement décisif qu'après cette guerre où la Marine Française, seulement en partie rénovée et quantitativement très inférieure à l'anglaise, s'est extrêmement bien comportée, surtout compte tenu de ses moyens et de l'abyssal déséquilibre des forces.... Parce que le bilan qui en fut tiré fut avant tout MAUVAIS: l'importance des constructions nouvelles fut bien noté, mais la perception de la guerre sur mer par un chef d'Etat trop pacifiste, et plus encore une réaction caricaturale sur cet avantage constaté des constructions françaises, a porté l'emphase sur la seule construction sans réel changement budgétaire (conséquence mathématique: les budgets d'armement et d'entraînement s'effondrent). Résultat pendant la guerre de 7 ans: une flotte en effectifs satisfaisants, mais sans encadrement ayant l'expérience de la mer, sans équipages entraînés, qui a surtout servi à fournir des navires aux Anglais. Eux avaient tiré la bonne leçon et opéré une révolution navale, tant dans la construction (copie des modèles français) que l'infrastructure (bases réparties sur toute la planète, capables de garantir un niveau de capacité opérationnelle constant). Et le tout sans diminuer leur entraînement permanent. Le différentiel constaté pendant la Guerre de 7 ans est donc avant tout du à l'effondrement de l'entraînement à la mer côté français, alors qu'il était déjà à la limite du tout juste suffisant avant la Guerre de Succession d'Autriche. Répondu plus haut. Quand les 2 carènes opposées sont encrassées et que l'une est meilleure que l'autre, ça joue encore beaucoup :lol:. Il ne faut pas exagérer l'efficacité des bordées britanniques outre mesure: le "bord à bord" se fait le plus souvent à distance conséquente, et les navires ont besoin de toutes leurs qualités nautiques pour se mettre en bonne position, assurer la stabilité de la plate forme de tir.... De plus, le cuivrage des fonds s'opère à partir de la guerre de 7 ans (accroissant le coût des navires) et accroît de beaucoup le maintien de leurs qualités nautiques lors d'une campagne. La grande cale, ouais! Noyé sous la quille à force d'être traîné dessous!!!!!! -
La marine et ses programmes aux XVIIème-XVIIIème siècles
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Dites donc, c'est la gloire :lol:: je viens de tomber par hasard sur la page wikipedia de l'histoire de la Royale, et quelle ne fut pas ma surprise d'y retrouver ma propre prose pompée de bout en bout sur quelques paragraphes :lol:. Y'en a qui pourraient demander quand même, surtout quand il s'agit d'approximations rapidement balancées sur un forum et de phrases nons relues :P.... http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_marine_fran%C3%A7aise#R.C3.A9partition_du_budget_de_la_Marine