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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Tu le vois pas là où tu es, mais j'ai les mains sur les oreilles et les yeux fermés: "Trump n'existe pas, la politique n'existe pas, lalalalalalalalalalalalalalaaaaaaaa"
  2. Potentiellement si, quand même: outre le risque que le "déversoir" secondaire (soit le relief à l'ouest du déversoir problématique) s'effondre plus vite que prévu sous le flot et fasse risquer un débit bien supérieur à ce qui est acceptable pour le système d'irrigation et les lits de rivière en aval, le niveau du lac oroville est le problème qui guette, en l'état des choses. Suivant le niveau et la durée des précipitations, le problème qui guette est potentiellement énorme pour tout ce qui se trouve en aval, même si le barrage n'a apparemment aucune chance de craquer. Surtout si ce schéma climatologique devient la norme pour l'avenir visible (sécheresse à l'année, précipitations massives concentrées sur une portion de l'hiver). Bon, dans l'état actuel des choses qui sont envisagées-geables à la date d'aujourd'hui, le scénario "rose" est qu'il va falloir sacrifier le déversoir en laissant l'eau s'écouler, parce que seules les 8 vannes de ce dispositif permettent d'offrir le débit d'évacuation suffisant. Problème quand même: l'eau va démoir la rampe en-dessous du trou existant, et probablement assez vite en l'état de la météo, avec le potentiel de créer là aussi un problème de glissement de terrain (autre problème potentiel: si la météo empire ou persiste trop, les 8 vannes pourraient ne pas suffire, et là, le trop plein du lac est une autre affaire). L'eau en Californie, et surtout dans le centre et le sud de l'Etat, est un immense système en grande partie artificiel, où tout est interconnecté, et l'agriculture (très développée et importante dans l'économie) en dépend à 100%; même si les crues étaient une chose du passé depuis la mise en place de cette gigantesque infrastructure dans les années 40 à 70, c'est justement ce qui pourrait changer. Sans parler évidemment de l'impact en aval sur les zones urbaines très vastes et très denses: l'eau qui vient de ce barrage se retrouve au final dans la baie de San Francisco, et l'ensemble des systèmes que j'évoque n'ont pas une capacité illimitée à gérer les trop pleins. Elle n'a pas été calculée pour des niveaux tels que ceux dont l'actuelle période de précipitations pourrait être annonciatrice. Quoiqu'il en soit, la facture rien que pour cette année, sans même évoquer celle des dégâts potentiels (limités sans doute) à l'agriculture et à quelques zones urbaines, sera salée: le déversoir sera à reconstruire à grands frais, et dans un délai très court (avant l'hiver prochain). Pour la suite, il va falloir faire des hypothèses sérieusement étayées sur l'évolution climatique afin de préparer ce vaste et complexe système de gestion de l'eau qui couvre des milliers de kilomètres carrés. Rien que l'évoquer rapidement, ça sonne cher. Mais n'oublions pas le point principal de la diffusion de l'info sur ce topic: ça fait déjà 4 posts qu'aucune discussion sur Donald Trump n'a lieu, ni sur la politique à Washington ou la merde que les USA pourraient commencer à foutre dans le monde sous ce nouveau régime.
  3. Sinon une nouvelle sur autre chose que la scène politico-médiatique américaine, surtout si vous êtes amateurs d'images impressionnantes: le Oroville Dam a un problème. Inconnu au bataillon en France (contrairement à son grand-frère, le Hoover Dam, iconique infrastructure du New Deal), ce barrage est pourtant le plus grand des USA, et, incidemment, avec le California Aqueduct (un système complexe et gigantesque de transport des eaux du nord de l'Etat et de la Sierra Nevada) qu'il alimente, l'infrastructure la plus fondamentale au développement de la Californie du sud, et la plus indispensable à sa survie économique, encore aujourd'hui. Inauguré en 1968 par le gouverneur Ronald Reagan, c'est un machin massif de 2km de long et 230m de haut qui a créé un vaste lac de retenue (Oroville lake) et permis de réguler le flot de la rivière Feather, un affluent majeur du fleuve Sacramento dont le barrage permet d'éviter les crues, et, avec l'acqueduc, d'alimenter l'énorme système d'irrigation qui a permis de créer une très importante agriculture en Californie. L'un des trucs spectaculaires avec ce barrage est son déversoir de plus d'un mile de long et de plus de 100m de large... Et c'est de lui que vient l'actualité: mardi, est apparu une fissure dans le fond de la pente bétonnée.... Une petite paille de plus de 150m de long, 90m de large et 15m de profondeur (plus par endroit) due à un effondrement du sous-sol rocheux, et qui a entraîné des débordements assez spectaculaires (parce qu'à grande vitesse) de l'écoulement des eaux par le déversoir. Son usage a du être arrêté, le flot aggrandissant la fissure à chaque seconde. Mais petit problème: le lac a un trop plein qui ne va pas s'améliorer vu les changements dans le climat de la Californie (ou, pour les optimistes, ce qu'elle se prend dans la gueule cette année). Si l'Etat connaît une sécheresse structurelle depuis plusieurs années (comme les autres Etats du sud américain) qui a commencé à poser de sérieux problèmes économiques et sociaux, et une remise en question du modèle économique, il se prend cet hiver une véritable mousson: sécheresse toute l'année, et un max de précipitations concentrées sur quelques semaines ou mois d'hiver, qui provoquent des glissements de terrain, des crues et un tas de dégâts, et n'aident évidemment pas l'agriculture de toute le bassin du Sacramento et de ses affluents, sauvés seulement par l'immense infrastructure de régulation des eaux... Qui dépend elle-même en premier lieu de deux grands barrages, dont celui d'Oroville. Le niveau du lac continue de monter, et les autres soupapes n'offrent pas le dixième du débit suffisant pour compenser, ce qui ne laisse que le plan C, un déversoir alternatif qui n'a de déversoir que le nom: ce n'est pas une infrastructure, mais le flanc du dénivelé sur lequel se trouve le barrage, qui ne pourrait supporter longtemps un tel flot d'eau et s'effondrerait de lui-même au bout d'un moment, surtout si cette saison de précipitations concentrées continue longtemps. Et ce "plan C" n'étant que le relief naturel, il n'offre aucune possibilité de contrôle du débit, ouvrant la possibilité à des crues dangereuses en aval. Dans tous les cas, aucune de ces solutions n'offre assez de temps pour combler la brèche dans le déversoir principal, ce qui contraindra probablement le personnel du barrage à réutiliser le déversoir et le voir détruit intégralement, en espérant que rien de pire n'arrive, et qu'il soit ensuite possible de reconstruire dans quelques semaines/mois, quand le temps redeviendra sec. Le barrage lui-même n'est cependant pas en danger. La fissure au début, et un jour après. Crac Pas bien Pour une idée des dimensions
  4. Keith Olbermann, secrètement trumpiste? Ca serait un scoop: l'ex-présentateur vedette et "liberal" enflammé, qui a joué pendant des années la version de gauche de Bill O'Reilly et Sean Hannity fusionné en un seul corps binoclard et braillard, serait un extrêmiste de droite dans le placard? Naaaan, le too much est juste sa marque de fabrique.
  5. J'ai essayé de pas faire de spoilers . Je serais moins dithyrambique aussi: j'ai écrit la critique AVANT cette dernière scène de l'évasion; j'ai vu passer quelques tropes de l'action d'aujourd'hui (fille de 50-60kgs dégageant des soldats censément entraînés de deux fois son gabarit en quelques mouvements pas très convaincants, comportement général sous les balles pas très plausible, adversaires souffrant du syndrôme "hommes de main"....), même si j'ai bien aimé le gars faisant de la télékynésie dans le combat: ça fait des catapultages cartoonesques très marrants dans le visuel.
  6. Billions vient d'entamer sa 2ème saison, pour ceux qui aiment. Sinon, deux nouvelles séries: - APB: série qui a motivé pour moi la résurrection du topic sur les armées privées dans la rubrique histoire. Elle décrit la prise en main d'un district de police de Chicago par un inventeur milliardaire dont le meilleur ami a été tué dans le braquage d'une épicerie. Version policière de True Genius (nouvelle série hospitalière, défunte après une saison qui vient de se terminer), c'est assez classique dans sa facture, même si ça parle d'un sujet en train de se développer aux USA. La qualité est très correcte, l'écriture sans surprise mais sans énormité, si on peut digérer la dose américaine standard de pathos, et l'acteur principal est bien choisi (pas un minet: il a une "gueule"). Le personnage introduit ainsi un système C4I ultra-moderne et un tas de gadgets pour les policiers blasés de ce quartier pourri, qui sont bien évidemment hautement dubitatifs du richard médiatique et prétentieux qui clame, après avoir littéralement fait du chantage au maire de la ville pour obtenir le district, pouvoir changer la façon de faire fonctionner les forces de l'ordre avec une appli. Ca se laisse voir. - Legion: nouvelle série du monde Marvel, dans le "2ème" univers de la marque, celui des X-Men (apparemment, il a été décidé que les univers ciné-télé des Avengers et des X-Men ne se mélangeraient pas).... Et pour moi, ça a été une claque! Fan de comics pendant l'adolescence, je connaissais le personnage, et le moins qu'on puisse dire est que le pitch ne m'emballait pas: l'histoire est celle du fils de Charles Xavier (le crâne en peau de genou handicapé et télépathe surpuissant qui fonde les X-men), qui n'a pas du tout été élevé par son père qu'il connaît peu, et qui est un garçon avec quelques.... Problèmes. Mutant surpuissant doté d'un vaste panel de pouvoirs, il est surtout complètement schizo, et pas juste pour dire qu'il est un peu barré. Il est cliniquement taré, un cas extrême de personnalités multiples (dont certaines complètement psychopathes) et de schizophrénie paranoïaque, avec une grande difficulté à avoir un rapport durable avec le monde réel qu'il ne perçoit pas bien du tout. Donc une série en grande partie axée sur le thème de la folie..... Ouaaaiiiiis, ça fait envie, vu ce que ciné et télé sont généralement capables de produire en termes "d'aventure intérieure", de rêve, de trips aux champis et d'onirisme! Autant dire que j'étais pas motivé. Mais la prod Marvel a plutôt été bonne ces dernières années, et les séries télé, contrairement à l'homologue DC Comics (séries cheaps pour ados émos), ont montré de l'ambition et un fort investissement en moyens (sauf Agents of SHIELD qui est bas de gamme). Donc j'ai essayé.... Et bien m'en a pris: le truc est un OVNI en termes de narration visuelle, et c'est rudement bien mené: le pilote de plus d'une heure m'a offert quelque chose de TRES rare dans le paysage des séries récentes: il m'a surpris. Les acteurs sont TRES bien choisis, et c'est pas une série où j'ai vu poindre (au moins pour l'instant) même les amorces de tropes et codes vus partout ailleurs. Tout est centré sur le personnage principal, qui est tout sauf un héros, et même pas vraiment un anti-héros, qui, si les scénaristes gardent en ligne de mire les bases du comics, n'a aucune aspiration à devenir un clown en costume moulant cherchant à sauver le monde ou son quartier. Les personnages secondaires sont excellents et atypiques, et les échanges entre persos ne donnent pas l'impression d'avoir été écrits sous l'égide du plus petit dénominateur commun, ce qui indique une prise de risque appréciable dans le contexte actuel, surtout d'une production chère. A essayer: même pas besoin d'avaler des champis avant, le visu en fournit, sans jamais sombrer dans un espèce de mauvais trip sous acide du réalisateur qui se prend pour un génie et pense que son extase passe à l'écran. Le ton passe du glauque à l'euphorie, de l'incongru au comique, avec de bonnes mises en situation qui tranchent et surprennent. Il y a une histoire, et il y a des persos, et ça donne envie de voir la suite. Bref, y'a des gens qui ont bossé, et bien bossé.
  7. Vient-on de baisser la culotte? Ou c'est juste les libre-échangistes idéologiques encore en train de faire leur truc? http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/02/09/20002-20170209ARTFIG00011-effet-trump-l-union-europeenne-donne-des-gages-a-la-chine.php
  8. Tiens, on parlait des juges américains un peu plus haut, et évidemment de l'actualité judiciaire de la présidence Trump. Un fait qui n'a pas fait la une, et qui ne la fera probablement pas, surtout avec une nomination à la Cour Suprême pour occuper le terrain, mais qui est bien plus important, fondamental, même, concerne ce qui se passera pour les districts fédéraux et cours d'appel fédérales, soit l'essentiel de la justice fédérale. J'avais mentionné qu'il y avait aujourd'hui quelque chose comme 800 juges fédéraux en exercice; c'était oublier de mentionner que c'est un très grave sous-effectif, quasiment sans précédent, en raison d'un blocage du processus de nomination depuis avant 2010, essentiellement du à l'obstruction républicaine au Sénat, dont les motivations restent à la fois claires et obscures (bousiller le fonctionnement quotidien du gouvernement pour le décrédibiliser? Empêcher, en se foutant du coût, que des juges plus démocrates soient nommés? Juste foutre la merde pour rallier sa propre base en lui montrant qu'aucune concession n'est faite? Haine pure et simple?). Aujourd'hui, il doit manquer plus d'une centaine de juges fédéraux, ce qui souligne l'énormité des retards accumulés dans le travail (même à effectif plein, le système est très insuffisant par rapport au besoin), les cas qui se sont accumulés, la suractivité des juges en place.... Donald Trump, avec un Sénat à majorité conservatrice, va avoir toute latitude pour combler ces vides immenses: il y a 94 districts judiciaires fédéraux et 3 cours territoriales, avec chacun un nombre variable de juges (selon la démographie, les spécialités plus demandées....), qui forment le premier échelon de la justice fédérale. Le second échelon consiste dans 12 cours d'appel groupant chacune plusieurs de ces districts, et, plus encore que les districts, ces 12 cours sont l'un des plus grands enjeux de pouvoir aux USA, de fait bien plus que la Cour Suprême, qui forme le 3ème et ultime échelon de la justice fédérale américaine; ces 12 cours, appelées "circuits of appeals" (abbrévié en "circuits"; dans le cas présent sur le "immigration ban", c'est le 9th Circuit -qui penche notablement plus conservateur, pourtant- qui a retoqué Trump, et le 9th circuit couvre plus de 20% de la population US) font l'essentiel du travail de la justice fédérale, et établissent la majorité des précédents, chacune couvrant des zones immenses ayant des dizaines de millions d'habitants pour lesquels elles sont de fait l'arbitre final en matière judiciaire. Dans un système de Common Law, cela en fait des poids lourds majeurs dans la politique du pays. Cet échelon de la justice fédérale traite entre 7 et 8000 dossiers par an, et moins de 2% remontent jusqu'à la Cour Suprême: ça donne une idée du pouvoir que ces juges tiennent. 179 postes sont autorisés par le Congrès, mais en ce moment, tous ne sont pas pourvus. Une carte du système judiciaire fédéral: certains Etats sont divisés en plusieurs districts (démographie oblige), d'autres non. Les couleurs représentent les circuits (avec le numéro en évidence). J'ai pas une carte politique, mais l'usage a eu tendance à créer des tendances lourdes au sein de chaque circuit, tant par la mémoire institutionnelle que par le fait que les juges, et c'est surtout important avec ceux d'appel (parce qu'hors d'une nomination à la Cour Suprême, ou un contrat en or dans le privé, c'est le job qu'ils auront jusqu'à la retraite ou la mort: il n'y a pas plus haut dans la hiérarchie), sont nommés à vie, Ainsi, le 9th Circuit tend à pencher plus conservateur, et le 11th plus "liberal", par exemple, ce qui influe aussi, dans la politique américaine sur l'endroit d'où on veut faire partir une affaire fédérale quand on a une intention politique: on préfère ainsi, pour aider à s'attaquer à une loi, appuyer un cas dans le territoire d'un circuit penchant plus d'un côté, même s'il y peut y avoir un cas plus politiquement juteux dans un autre district. Et Trump, et surtout avec lui le GOP, va avoir plus d'une centaine de juges de districts et d'appel à caser dans les 2 ou 4 prochaines années: une telle masse de juges nommés à vie peut potentiellement retourner la "production" de jurisprudence (une grande partie des lois et règlementations appliquées aux USA, notamment en matière économique) lourdement et durablement. Et il est douteux de voir la presse en parler de façon visible, parce que c'est pas un gros objet monolithique et brillant, arrivant dans un temps très court.
  9. Tout est toujours différent selon le domaine et l'année, et évidemment le lieu. Ca semblera encore plus vrai vu du sol dans un secteur bien précis, à une période bien précise, et dans un lieu/marché/pays bien précis. Ca devient plus délicat quand on décide que ce qu'on a vu au sol dans un set de circonstances particulières, a valeur de loi générale. Ce pourquoi, entre autres choses, je renvoie à l'évolution générale des salaires pour les professions d'ingénieurs (en l'occurrence dans l'informatique), qui, dans la décennie écoulée, aux USA, n'a pas vraiment semblé indiquer une pénurie de matière première (même plutôt le contraire). D'autre part, sur un marché particulier, on peut signaler beaucoup de spécificités qui jouent dans l'équation, comme l'importation voulue de MO étrangère en abondance pour faire pression sur les salaires, le recours à des formes d'emploi alternatives (contractants externes notamment, comme c'est le cas d'une amie ingénieure en Belgique, qui s'est faite avoir de cette façon, croyant toucher un plus haut revenu brut.... Mais a compris plus tard ce qu'elle allait réellemnt en garder... Et regretté son emploi salarié), l'évolution conjoncturelle locale (un boom local de la construction peut être une vraie aubaine économique, ou le signe temporaire d'une bulle immobilière, ou encore le signe qu'on démolit des usines et pavillons de banlieue pour bâtir des entrepôts de produits low cost et des HLM)....
  10. T'en fais pas: même après avoir lu ce que j'ai lu, et commencé à essayer de faire la part des choses dans ce débat, j'ai encore des piques d'alarme quand j'entends de telles réflexions sur le "on a pénurie de matheux". Quand on entend ces plaintes "il n'y a pas assez d'ingénieurs", ou "il n'y a pas assez de diplômés en science", c'est généralement en fait très politique, et cela vient d'un côté bien précis de la barrière: c'est une râlerie des "supply-siders" (politique de l'offre) appuyée par des employeurs désireux de voir baisser les prix de la main d'oeuvre, parce que l'argument a tendance à s'écraser quand on regarde la réalité de la demande correspondante. Il y a et aura certes toujours des manques dans tel ou tel domaine spécifique selon les années, mais pas des fossés tels qu'ils sont souvent apocalyptiquement décrits, et ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas en accroissant la "production" d'ingénieurs et de scientifiques qu'on fera croître le nombre de jobs d'ingénieurs ou la recherche scientifique: faut de quoi les employer à la sortie, et là, quand on examine à froid, c'est souvent beaucoup plus calme, voire décroissant, même dans les industries censément porteuses. L'informatique en est un bon exemple, et aux USA, une part énorme des diplômés en ingénierie informatique regrette beaucoup d'avoir dépensé des fortunes (empruntées) dans une formation très chère et dure (et pas forcément leur passion), pour se retrouver ailleurs à l'arrivée.
  11. Ce n'est pas ce que j'ai lu. Va falloir que je retrouve les articles que j'ai lu sur le sujet particulier du seul secteur informatique aux USA, mais dans l'ensemble, les USA "produisent" 230-240 000 ingénieurs par an (237 826 en 2015, contre 454 436 à la Russie, 168 214 au Japon, 104 746 à la France, 147 858 à la Corée du Sud. Mais j'ai des sources contradictoires -pourtant de bonnes parutions-: dans une autre, je vois 140 000 ingénieurs. Donc peut être y'a t-il un problème dans la définition du terme "ingénieur"), dont, effectivement, entre 9 et 10 000 sont des ingénieurs en "computer science" (à vérifier parce que le chiffre peut ne recouvrir qu'un niveau BA et éviter les diplômes plus avancés, Master et Doctorat), mais un nombre bien plus large d'étudiants plus spécialisés en "computer science" (techniciens très qualifiés/spécialisés comme des programmeurs et équivalents -beaucoup de types de cursus différents aux USA, genre "coding farms"....), sur lesquels beaucoup de choses reposent dans une Silicon Valley qui tend à favoriser une part très élevée de profils moins typiques, et l'expérience. L'évaluation du "besoin" annuel de l'industrie informatique est beaucoup plus difficile: je ne crois pas qu'on puisse balancer un chiffre comme 30 000 par an comme ça, surtout que ce genre de statistique a tendance à être juste un cumul des offres d'emplois (ne tenant donc pas compte des gens passant d'une boîte à l'autre, qui forment l'essentiel du chiffre): l'industrie informatique américaine ne croît pas de 30 000 emplois nets par an, on sera d'accord, et il n'y a pas non un déficit net du tiers ou de la moitié de ce chiffre qui partent en retraite chaque année, en excès de ceux qui arrivent: au global, malgré sa position de leader mondial, cette industrie aux USA n'emploie pas une telle masse d'ingénieurs que le turnover annuel soit de cette ampleur quand on parle des hauts profils. Ce qui semble vrai en revanche, c'est que le système de GRH de fait de cette industrie, comme décrit dans l'article, bloque beaucoup de carrières, écarte des profils "nationaux" et, comme on l'avait vu dans les dernières années de Steve Jobs, quand un scandale avait éclaté, les boîtes s'entendent entre elles pour bloquer les salaires et empêcher l'immense majorité des salariés de faire jouer la concurrence pour les postes: ouvrir grand les vannes aux ingénieurs et techniciens informatiques étrangers n'est qu'un autre moyen dans cette stratégie d'écrasement des salaires. De fait, l'évolution des revenus des salariés du secteur n'est pas si faramineuse, malgré quelques périodes de pics, ce qui correspond difficilement à un marché désespérément demandeur de viande fraîche dans les quantités décrites. Autre fait à signaler (c'est là que je dois retrouver les articles sur lesquels j'étais tombé), une proportion réellement énorme des diplômés de sciences informatiques (j'avais lu plus de 45%, régulièrement plus de 50% selon l'année) ne bossent PAS dans le secteur informatique et/ou sont sous-employés durablement (dans ou, bien plus, hors de cette industrie), ce qui là encore, ne signale pas vraiment un marché si désespéré pour de nouvelles têtes: une certaine proportion ne le font pas parce que ça ne les intéresse pas tant que ça et/ou qu'ils ont trouvé mieux dans une autre branche (notamment la finance qui, là comme ailleurs, pompe beaucoup d'ingénieurs censément destinés à d'autres domaines), mais la grande majorité n'ont simplement pas trouvé d'employeur (manque de talent pour certains? Salaires par trop insuffisants pour d'autres, qui ont de lourds emprunts étudiants?). Le dispositif décrit dans l'article, qui écarte des candidats "nationaux" en les signalant virtuellement comme "n'existant pas" dans les candidatures, n'est qu'un exemple parmi d'autres. Mais il y a au global une énorme stratégie multi-facette des grands noms de l'informatique pour maintenir des salaires relativement bas, ce qui passe entre autres par un recours massif à la MO étrangère, pour laquelle un lobbying très actif est réalisé. Et ça n'a rien à voir avec le "talent" (sauf évidemment pour une proportion réduite d'individualités qui sortent du lot, pour des domaines spécialisés: dans le monde réel, il n'y a que très peu de superstars par secteur), et tout à voir avec le coût par tête.
  12. Je viens de comprendre que tout le monde s'est doublement fait avoir, dans cette élection présidentielle: pas assez de gens ont voulu voir que Trump n'était qu'un arnaqueur professionnel.... Mais, et c'est la nouveauté du jour pour moi dont les yeux viennent de s'ouvrir: il y avait un deuxième arnaqueur professionnel qu'on n'avait pas vu venir, une personne apte à toutes les contorsions, une personne capable de vous dire les pires énormités droit dans les yeux et sans ciller, ou même commencer à rire, une personne que les journalistes américains continuent à inviter et prendre au sérieux, une personne qui pourtant ANNONCAIT SES COULEURS haut et fort dès le début, ce que tous ont ignoré.... Et c'est UNE arnaqueuse: KellyAnn Conway! On l'a tous vue réussir les plus incroyables pirouettes et contorsions oratoires possibles ou imaginables, certaines même impossibles (mais dans les médias, ça marche quand même pendant quelques minutes ou heures), plus grand-monde ne la prend au sérieux et tous les journalistes se préparent quand ils l'invitent pour lui mettre aussi visiblement que possible le nez dans son caca en direct..... Et pourtant, pourtant, elle reste un porte-parole de fait d'une présidence qui multiplie les énormités et augmente les effectifs de tels bobardeurs.... Mais rassure-toi, KellyAnn, tu es inégalable: seul le patron ose et fait plus dans cet art du "je vous balance n'importe quoi et vous le gobez ou vous ne pouvez pas réagir à temps, et même si vous ne le gobez pas, ça change rien non plus". Mais, et c'est là la nouveauté du jour pour moi.... C'était affiché en clair depuis le début, pendant cette époque naïve (il y a encore 6 mois, voire moins) où elle était prise au sérieux et vue comme une personne honnête et talentueuse essayant de jongler avec les bévues de son patron pour en faire le meilleur spin possible.... Et beaucoup de damage control. C'EST TOUT DANS SON NOM! Elle s'appelle Conway.... "Con" - "WAY": littéralement, "la voie de l'arnaque" (en formulation littérale, ce serait plutôt "the way of the con", mais ça marche aussi avec son nom). Comment ne l'ai-je pas vu? Mea culpaaaaaaaa.
  13. L'entre-soi washingtonien indifférent au parti a commencé à mourir dans les années 80, et dans les années 2000, il avait totalement disparu: aujourd'hui, les soirées et "dîners en ville" se font essentiellement selon les lignes de parti. Même les événements de collecte de fonds auprès des mêmes bailleurs s'y fond en majorité séparément. Mais je ne crois pas qu'il soit aisé de parler, pour Rome, d'un "renouvellement" de l'élite traditionnelle: certes, les proscriptions ont eu un impact lourd, mais il faut noter qu'elles ont rarement touché l'intégralité des grandes familles romaines, qui étaient des clans aux multiples branches. D'ailleurs, celles de Sulla, les premières, et parmi les plus importantes, n'ont pas visé beaucoup de familles sénatoriales, et se sont concentrées sur le reste de l'ordre équestre, les banquiers, publicains (qu'il détestait par-dessus tout) et barons du commerce avec l'argent desquels il a largement renfloué le Trésor. La société romaine n'a pas réellement perdu son élite traditionnelle: ce sont les mêmes noms (parfois pas les mêmes cognomen, les mêmes noms de branches....) qu'on retrouve souvent sur toute la période, et les "homines novi" restent rares, statistiquement parlant, dans les strates dirigeantes, malgré le rôle qu'a pu jouer César en promouvant pas mal de nouvelles têtes venues de rien (s'entend: "rien", veut quand même essentiellement dire la première classe, et surtout l'ordre équestre), comme Trebonius (le chef de fait des futurs assassins de César), Ventidius Bassus (le futur adjoint mal récompensé de Marc Antoine, qui infligea la première série de défaites des Parthes par Rome) ou Aulus Plautius, tout comme Pompée avait favorisé la carrière d'une floppée de Picentins mal accueillis à Rome, comme Aulus Gabinius ou Titus Labienus. Et évidemment, le cas le plus marquant reste celui de Marcus Vipsanius Agrippa, promu par Octave au sommet de la société romaine (et joint à la famille julio-claudienne: beau-père de Tibère, grand-père de Caligula, et arrière-grand-père de Néron) malgré ses origines modestes. Dans l'ensemble, ce sont quand même les mêmes familles qui demeurent et continuent à monopoliser l'immense majorité des hautes strates de la politique et de la société romaine. De plus, il ne faut pas voir les équestres comme une "sous-caste" des one percenters: les familles sont mêlées depuis longtemps, surtout quand on parle des plus riches et puissants publicains, commerçants et banquiers, qui sont parmi les 1800, les 18 centuries du top (celles ayant le "cheval public", cad un cheval de guerre payé par l'Etat) où se trouvent quasiment tous les sénateurs et les grands noms de l'ordre équestre. De même qu'il ne faut pas limiter les "familles sénatoriales" aux sénateurs eux-mêmes: il n'y a que 300 sièges au Sénat au début de la période, et 1000 à la fin (expansions de Sulla, puis de César), ça fait pas beaucoup de places par rapport même au seul vivier des grandes familles qui ont de multiples branches et souvent plusieurs rejetons à chaque génération. Beaucoup de familles équestres atteignent le cens sénatorial mais n'entrent pas au Sénat, beaucoup de familles sénatoriales ont plus de fils que de membres du Sénat, qu'ils aient ou non le niveau de fortune requis. Mais il ne faut pas non plus s'y tromper, côté fric: si les activités commerciales génèrent beaucoup de cash liquide, la plupart des sénateurs sont de très grands propriétaires terriens/immobiliers (la seule activité financière qui leur est autorisée, un type d'interdit éthique qu'on retrouve encore sur la noblesse dans la monarchie française jusqu'en 1789). Dans l'ensemble, quand on parle du haut de la 1ère classe, s'il y a un petit nombre de très très grandes familles, de très grands et vieux clans, il n'y a pas un beaucoup plus grand nombre de familles "purement" commerçantes n'ayant jamais trempé dans la politique et s'y refusant (il ne doit même pas y en avoir plus de quelques-unes): il y a surtout un vaste "marais" de familles jointes avec des fils allant vers la politique, et d'autres allant vers les activités commerciales. L'un des exemples les plus éminents est Titus Pomponius, dit Atticus (le correspondant préféré de Cicéron: c'est de leurs échanges qu'on tire le plus d'infos sur la période), un des plus puissants banquiers/commerçant/publicain du Ier siècle av JC et une des plus grandes fortunes romaines; sa famille, la gens Pomponia, est une très importante et ancienne famille sénatoriale (descendante directe du roi Numa Pompilius, longue histoire, consulaire, et tout le bastringue) aux multiples branches, et sa mère est une Caecilia Metella, donc issue d'un des plus puissants (et particulièrement nombreux) clans romains. Lui a juste choisi d'être un ploutocrate et mécène, parce que c'est ce qu'il préférait (et peut-être qu'il a jugé ce secteur d'activité moins risqué pour la santé). Il y a moins de grandes familles anciennes que dans les siècles précédents, mais c'est surtout parce que des branches, parfois des familles entières (surtout si elles sont peu nombreuses), finissent par s'éteindre avec le temps: ça ne veut pas dire que les lignées génétique se terminent d'ailleurs (via les femmes, ça continue souvent, mais l'ordre romain est évidemment patrilinéaire): dans l'ensemble, l'élite romaine, sénatoriale et équestre (une seule et même chose jusqu'à ce qu'Auguste instaure un "ordre sénatorial" séparé), est hautement consanguine, même souvent par le biais de l'adoption (quand les grandes familles adoptent, c'est uniquement un rejeton d'une autre famille de rang équivalent, qui a trop de fils et ne peut financer toutes leurs carrières), ce qu'illustre l'un des plus grands noms romains encore existant à cette époque, les Fabii (la lignée de Fabius Maximus Verrucosus Cunctator, celui qui a organisé la stratégie romaine face à Hannibal), dont la lignée génétique était éteinte et ne se "reproduisait" plus que par adoption depuis plusieurs générations. Les très vieux noms, les patriciens, au Ier siècle, ceux qui remontent au premier Sénat (les 100 de Romulus, ou les 300 des rois suivants), sont désormais très rares bien avant les premières proscriptions: Sergii et Julii sont les plus anciens Ce qui compte pour ce vaste marigot de noms, intérêts et familles mêlés, c'est de produire des individus capables de se démarquer, de se faire un nom et un prénom (qui, si tout se passe bien, améliorera la dignitas de la famille, ou au moins de l'endommagera pas): au moins un par génération si possible. Et s'il est vrai que l'accroissement du Sénat au Ier siècle et le besoin par des personnages comme César, Pompée ou Octavien d'amener des nouveaux noms issus de strates inférieures de l'ordre équestre (ou de branches un peu déchues financièrement de grandes familles, comme les très anciens patriciens Pinarii -"devenus" équestres depuis- pour César, une de ses soeurs en ayant épousé un et produit un neveu qui a failli être son héritier), dans l'ensemble, il n'y a pas de "renouvellement": certes, plus de provinciaux qu'avant (surtout suite à la guerre sociale) se joignent à l'élite dirigeante (les élites italiennes et latines entrent dans le jeu des alliances familiales), mais c'est pour l'essentiel cela: ils s'y joignent, ils ne les remplacent pas. Il n'y a pas de bouleversement socio-économique des strates supérieures romaines, juste une proportion donnée de nouveaux entrants qui se joignent à la fête et entrent dans ce cirque de va-et-viens, de hauts-et-bas dans les limites toujours circonscrites verticalement de l'ordre équestre. De même, la haute société américaine bouge assez peu: on se fixe surtout sur la caricature extrême des "fortune 500" qui se renouvelle encore relativement bien, essentiellement par les nouvelles grandes fortunes, les grandes entreprises des nouveaux secteurs qui font des entrées fracassantes.... En oubliant que l'essentiel des one percenters reste dans l'ensemble assez peu mobile, et ce encore plus depuis une quarantaine d'années, avec une société américaine plus figée encore qu'elle ne l'était au temps du Gilded Age. Le "old white money" reste toujours aussi puissant et présent, même si un pourcentage important des 50,100 ou 200 premières places se renouvelle régulièrement avec de nouveaux noms, ou d'anciens noms revenant au top (mais jamais descendus très bas).
  14. Bof, de toute façon, y'a t-il seulement 30 000 réfugiés par an qui veulent venir en France pour autre chose que transiter vers la Gibi? Tant qu'on y est, question intéressante: le Brexit a t-il un impact sur les envies d'Albion chez les populations migrantes?
  15. Eeeuuuuuh, ouais, mébonenfin..... Là, voir les photos, ça m'enthousiasme pas.... Même si savoir qu'elles sont sorties et que les concernés sont dégagés et/ou seront ridiculisés chaque fois qu'ils essaieront de parler me fera plaisir. A quand la sextape de Marine-la-bleue, ou la photo de sa toilette annuelle (courage, fuyons ).
  16. Il y a des juges élus au niveau local, dans les juridictions de comté ou d'Etat, mais varie grandement. Les autres sont nommés, dans les normes du système judiciaire en vigueur dans l'Etat. Au niveau fédéral, il n'y a pas d'élections; c'est un système judiciaire "normal" de ce côté, qui remonte à la présidence, qui nomme (avec confirmation du Sénat), et à vie (sauf quelques biais spécifiques, un juge fédéral est inamovible) tous les juges fédéraux (il y en a environs 800 aujourd'hui, dans 94 districts fédéraux), du plus bas jusqu'à la Cour Suprême.
  17. Pffff, c'est chiant tout ça.... Depuis quand on n'a pas eu un bon scandale sexuel, avec des politiques photographiés ou filmés dans des positions ou tenues compromettantes? Au moins, l'histoire de Trump avec des prostiputes pissant sur un lit, c'était un peu marrant. Et honnêtement, plus le temps passe, plus je me dis qu'il y a vraiment quelque chose là-dessous: l'attitude de Trump par rapport à Poutine (à ce stade, le seul chef d'Etat à l'encontre duquel il n'ait rien dit de désobligeant, même quand mis le nez dans l'évidence) et à la Russie semble chaque jour plus étrange, trop pour la simple coquetterie d'aller à contre-courant et/ou d'essayer de changer les fondamentaux de la politique étrangère américaine. Et puis.... C'est une histoire bien trop marrante pour être mise de côté . Plus encore, c'est trop hallucinant, trop énorme (et trop lié à des vraies histoires de Trump et ses financements douteux), pour ne pas avoir une part de vérité. Donc les "pee pee jokes" auxquelles s'adonnent à coeur joie les comiques américains depuis quelques temps DOIVENT continuer.... Pour le bien de la vérité et de la démocratie (vous sentez, là, la musique inspirante et la main sur le coeur, le regard vers l'horizon, plein de nobles idéaux?).
  18. Première affaire impliquant les conflits d'intérêts de la famille Trump à trouver une issue juridique: je l'avais mentionnée bien plus haut, mais l'histoire a trouvé une conclusion, au moins temporaire, avant-hier soir. Il s'agit d'une "petite" histoire puante (au -mal-propre et au figuré) d'un business qui a fait faillite en Caroline du Sud, et qui appartenait à Donald Trump Jr (qui semble, comme son paternel, collectionner les foirades). Une entreprise repreneuse s'était pointée, annonçant vouloir récupérer ce qu'il restait et re-développer (pour obtenir l'appui de l'Etat).... Mais contesta le fait d'avoir à nettoyer le site principal de la dite entreprise, très pollué par toutes les saletés chimiques laissées sur place depuis la faillite, ce qui serait légal en Caroline du Sud (et donc avec un nettoyage à la charge de la collectivité, si le précédent proprio est dans l'incapacité de financer le nettoyage), et aurait coûté quelques millions..... Si et seulement si l'entité repreneuse n'était pas liée ou, dans les faits indistinctes, de l'entité défaillante. Or, le repreneur n'était autre que.... L'actuel président des USA, aussi connu dans le business (de reprendre les foirades du rejeton, une tradition familiale) sous le nom de code de "papounet". l'Etat refuse donc de se faire refiler la note, l'organisation Trump conteste et va en justice; mais entre-temps, le plaignant devient président.... Oups. Des fonctionnaires de niveau moyen, et un juge local, ont donc la délicate tâche de dire oui ou merde à l'homme le plus puissant du monde, qui a la gâchette revancharge plus que facile, l'orgueil chatouilleux et un sens bien compris et on ne peut plus égoïste de ses intérêts (et tant pis pour la collectivité), même quand il s'agit de "clopinettes" (je crois que la facture en question est autour de 2-3 millions). Quoiqu'il en soit, la procédure a suivi son cours, et mardi soir, il a été décidé que la loi était claire, et le cas on ne peut moins contestable: l'entité repreneuse est Trump, l'entité faillie est Trump, donc Trump doit payer. Maintenant, l'Etat doit-il craindre pour ses subventions fédérales? Trump semble quand même en train de se mettre l'intégralité du pouvoir judiciaire des USA à dos (même son nominé pour SCOTUS s'est fendu d'une légère critique sur le fait d'insulter des juges en exercice), en multipliant les insultes en addition de ses mesures cavalières et executive orders rédigés par des glandus. Ca semble pas une bonne idée de transformer, surtout aussi ouvertement et directement, les cours de justice en champ de bataille politisé. Ca non plus, c'est pas bon pour l'Etat de droit et la démocratie.
  19. Sulla a carrément tenté un retour en arrière à force 10, renvoyant quasiment l'Etat romain aux débuts de la république, avant le conflit des classes, avec un Sénat tout-puissant et un tribunat de la plèbe qui, s'il ne disparaissait pas, perdait tout pouvoir (à travers la neutralisation de ses prérogatives, mais surtout de celle qui les autorisent toutes: le veto); mais il l'a fait sans illusion, prédisant, quand il prend spectaculairement sa retraite en 79 (mine de rien, de tous les noms des "grands" de la période que j'ai évoqué, je crois que c'est le seul à mourir de mort non violente, et APRES en avoir fini avec la politique: tranquille le gars.... Ah non, y'a aussi Scaurus et Metellus Pius, mais qui n'ont pas tenté des grands "coups": des pères tranquilles, ceux-là), que ses pairs ne pourront faire durer le bouzin plus de deux décennies parce qu'ils ne pourront pas s'empêcher de l'amender selon leurs besoins court-termistes et leur avidité. Cicéron n'a rien tenté de spécial en termes de grandes réformes ou de politiques menées quand il était "en vogue" (dans les années 60, avec son consulat en point culminant: après, il est grillé dans l'opinion par César pour avoir fait exécuter les co-conspirateurs de Catilina sans procès): comme Marius (ils venaient du même bled, Arpinum), c'était un homme nouveau, mais contrairement à Marius, il a tout fait pour courtiser et singer l'élite romaine, afin d'être accepté dans le club, soit vraiment la définition du parvenu snob. Sa "faction" n'a jamais pesé lourd, et n'a surtout jamais été un groupe soudé ou articulé autour d'une idée-force: ils se sont plus contentés d'être des attentistes cherchant à voir d'où venait le vent. Quand Cicéron ré-émerge au premier plan de la politique, dans l'immédiat d'après-César (donc essentiellement entre l'assassinat de César en 44, et le sien en 43), ce n'est que pour se rendre compte qu'il ne pèse rien du tout. Le constat de l'incapacité de la république à fonctionner face à ses contradictions, et plus encore à la concentration des diverses composantes du pouvoir concret dans un nombre réduit de mains, arrive en fait avec le franchissement du Rubicon par César (49), le moment catalyseur par lequel est reconnu le blocage absolu du système (et donc sa fin). Et même avant, en fait pendant la Guerre des Gaules (58-50) qui voit César accumuler tant de richesses, de prestige et de fidélités (plus ce qu'il avait bâti avant) en si peu de temps, la situation politique romaine est bloquée et la République en état de mort clinique: il faut juste attendre que César revienne physiquement en Italie pour que ce soit visible. Pompée était un pompéien, et s'il semble bien avoir eu le snobisme (et peut-être des insécurités de ce côté) de vouloir "appartenir" à la "caste supérieure", lui dont les origines n'étaient pas parfaites (un plouc du Picénum, dont le père, même si consul en son temps, était soupçonné d'avoir des ascendants gaulois -ô shocking!), il n'a jamais oeuvré sérieusement pour autre chose que faire ce qu'il voulait faire et se placer au sommet de la hiérarchie, en s'asseyant sur les usages et lois, et en évitant à peu près toutes les étapes du cursus honorum, s'imposant par la force et le fric dépensé pour s'acheter une énorme clientèle politique. Il ne "rejoint" le parti optimates qu'à la toute fin, quand la rupture entre César et lui est consommée (mort de sa femme, la fille de César, en 54, et mort de Crassus, le troisième pied de leur tripode politique, en 53; à ce stade, César a acquis trop de poids et est en concurrence directe avec Pompée, jusqu'alors le n°1 seul en tête à Rome), parce qu'il lui faut une faction (avec d'autres poids lourds que lui) et que la polarisation de Rome en est arrivée à son point ultime, avec seulement la place pour deux camps (et les optimates, à ce stade, ont besoin d'un généralissime: ils ont quelques généraux -comme le récemment rallié Labiénus, ancien pompéien, puis ex-césarien -, mais pas de super chef de file militaire). Pompée est d'ailleurs l'un des principaux catalyseurs des dysfonctionnements de la république et de l'appropriation croissante de ses prérogatives, fonctionnements et attributs par des individus de plus en plus puissants: disposant d'une base territoriale immense (moitié du Picénum, une bonne partie de l'Ombrie, un gros morceau de Gaule Cisalpine, plus de multiples propriétés un peu partout dans les zones "classes" et très rentables: Campanie et Latium), d'une fortune gigantesque (peut-être 10 000 talents, voire plus encore: il était sans doute plus riche que Crassus, pourtant cognominé "dives" -"le riche") et d'une clientèle énorme qui en faisaient de fait un vrai seigneur féodal (ses domaines du nord étaient continus, soient un "Etat dans l'Etat", où tous les habitants étaient ses clients et obligés), Pompée a pu commencer en s'affranchissant de toutes les contraintes encadrant la vie politique romaine. En 83, à 23 ans, il lève 3 légions de vétérans de son père (mort en 87 lors du siège de Rome par les Mariens), des habitants de ses terres (fidèles à lui, pas à la république) et rejoint Sulla de retour de la guerre mithridatique, qui s'apprête à marcher sur Rome pour la 2ème fois. Il peut ainsi devenir indispensable à Sulla qui a besoin d'un tel renfort, et démontre un grand talent, profitant du trouble de la période pour obtenir du dictateur-en-devenir des missions et prérogatives que son âge et son absence de cursus n'auraient pas du autoriser (il n'avait jusqu'alors été que "contubernales" -stagiaire/aspirant, en quelque sorte- sous son père: ni tribun nommé, certainement pas tribun militaire élu, et encore loin de pouvoir être élu questeur, la première marche du cursus honorum, normalement franchie à 30 ans, et qui ouvre la porte du Sénat). A partir de là, tout ce que fait Pompée est de facto illégal par rapport au fonctionnement de la république romaine: par menace et par corruption, il obtient tous les commandements qu'il veut, évitera toutes les étapes requises pour former un gouvernant romain (les étapes militaires -tribun, tribun élu, légat- et civiles -questeur, accès au sénat, édile, tribun de la plèbe puisqu'il est plébéien, prêteur-, et les délais requis entre ces jobs), et ces commandements sont tous de nature exceptionnelle, tout comme les méthodes qu'il emploie, souvent en infraction avec la loi (comme les exécutions de Carbo, puis plus tard du père de Brutus). Que ce soit la double campagne de Sicile et d'Afrique ordonnée par Sulla en 82 ou la répression du soulèvement de Lépide et Brutus (père) en 78 (commandement qu'il s'auto-attribue par le simple fait de "posséder" concrètement ses légions, qu'il maintient, à grands frais, sur le pied de guerre), il érige la chose en système quand, après s'être acheté sa faction, il obtient formellement un titre spécial pour un type de commandement extraordinaire avec prérogatives consulaires: en 77, il se voit imposé à Quintus Caecilius Metellus Pius comme co-général du théâtre espagnol pour la guerre contre Quintus Sertorius, le neveu de Marius (et l'un des plus grands généraux de l'histoire romaine, comme son oncle), qui avait fait sédition après avoir quitté l'Italie (pas vraiment convaincu par des chefs comme Cinna ou Carbo). Pompée se fait torcher par son adversaire d'exception, mais Sertorius n'a ultimement pas les moyens de mener une guerre d'attrition face à Rome: il faut 5 ans (et une trahison de l'intérieur qui aboutit à l'assassinat de Sertorius) aux deux co-généraux pour venir à bout de l'Espagne. Et Pompée revient à temps, en 71, pour achever un des restes du soulèvement de Spartacus qui croise son chemin (Crassus, avec César comme second, avait alors fait le gros du boulot, entre 73 et 71), mais surtout, pour (malgré leur inimitié née immédiatement quand Pompée a réclamé une part de la victoire sur Spartacus) former avec Crassus une alliance (grandement façonnée par César) leur octroyant le consulat. En 70, après avoir multiplié les commandements extraordinaires et essentiellement extra-légaux, obtenu plusieurs triomphes illégaux, chié sur les lois de la république, et n'avoir jamais intégré le sénat ou même avoir une seule fonction légale, Pompée est élu consul avec Crassus, à 36 ans, soit 4 ans avant d'avoir l'âge légal pour le job. L'un des points fondamentaux de ce consulat est la mort définitive de la "constitution de Sulla" (8 ans à peine après la mort du dictateur... Et de la main de son petit chouchou), par le rétablissement des prérogatives du Tribunat de la Plèbe, ce qui l'ancre pour longtemps dans l'affection des "populares" -qui ne portent pas ce nom, ne sont pas une faction structurée, et que Pompée ne "rejoint" pas, n'oeuvrant que pour lui.... Essentiellement pour que le Tribunat lui attribue ce qu'il veut (surtout l'amnistie pour tous les trucs pas légaux qu'il a fait). Il n'a jamais mené de politiques "populares" de type réforme agraire ou redistribution des richesses: les seuls trucs qu'il a fait dans ces domaines étaient pour trouver des terres à ses vétérans (on y revient toujours), très nombreux. Après son consulat, Pompée se retire un temps dans ses terres au lieu de prendre en charge une province consulaire, comme il est censé le faire (pas illégal, mais c'est chier publiquement sur un usage, une obligation morale, donc sur les traditionnalistes); c'est pour mieux préparer son coup suivant.... Un commandement exceptionnel comme Rome n'en a encore jamais vu. Celui contre Sertorius était déjà extraordinaire: un imperium sans limite de temps, avec toute latitude d'action et prérogatives de consul pour un jeune sans parcours sanctionné ou statut légal suffisant. Mais celui que Pompée obtient en 67 (après avoir obtenu, via des tribuns de la plèbe achetés, des lois le facilitant, et en profitant d'une provision législative très spéciale laissée par Sulla) est sans commune mesure: un commandement de 3 ans sur l'ensemble de la Méditerranée et les terres l'entourant jusqu'à 50 miles depuis le rivage, avec un imperium (imperium maius) s'imposant à tout commandant romain où que ce soit (même de statut proconsulaire). Avec ça, un budget sans limite (et le droit de prélever chez les alliés des romains), aucun plafonnement du recrutement de troupes, un nombre illimité de navires et, plus symbolique encore, un nombre illimité de légats. Le tout pour combattre le fléau qu'était alors devenue la piraterie dans tout le monde méditerranéen (Ostie venait alors d'être pillée et deux prêteurs kidnappés sur place, les flottes de grain étaient systématiquement prises, le commerce disparaissait partout). Dans une Rome où les commandements ne sont pas censés durer plus d'un an, à moins d'une prolongation expressément votée, ce genre de durées commençait à se multiplier depuis Marius et ses 6 consulats d'affilée, Sulla en Orient, Pompée et Mettelus Pius en Espagne, et le père de Marc Antoine (un crétin fini dont le cognomen était un jeu de mots: "creticus" voulant dire "conquérant de la Crète" -ce qu'il n'avait fait qu'en mots-, mais aussi "homme de craie" -ce qu'il était) pour un commandement assez proche dans le principe de celui qu'obtient Pompée en 67 (mais Creticus n'était dangereux aux yeux de personne). Le Sénat doit avaler la pilule face au vote de la Plèbe, et Pompée (avec près de 200 000 soldats et marins, et 300 vaisseaux plus des flottes alliées) prend moins de 6 mois pour débarrasser toute la Méditerranée de pirates, d'est en ouest (Mer Noire incluse), preuve qu'il a du passer le temps entre son consulat et ce commandement à planifier l'opération dans tous les détails. Mais même cet immense commandement n'a été passé que pour en préparer politiquement et militairement un plus grand encore, le couronnement de sa carrière d'iconoclaste: la (dernière) guerre contre Mithridate VI (le "fameux", celui qui avalait chaque jour des tas de poisons pour s'immuniser, celui qui avait buté tous les expats romains d'Asie et que Sulla avait poutré une première fois entre 87 et 83). Lucullus (le second et favori de longue date de Sulla) la menait depuis 73, contre Mithridate VI, roi du Pont, et Tigranes II "le Grand" roi d'Arménie, mais en 67, Pompée a manoeuvré contre lui à Rome et dans son propre Etat-Major et son armée (via le beau-frère de Lucullus, Publius Clodius, futur poids lourd lui aussi iconoclaste et précipitateur de la fin de la République, allié de César et roi de la rue romaine) pour lui arracher ce commandement et s'en faire voter un plus vaste. Pompée achève les deux monarques orientaux (déjà pour l'essentiel vaincus par Lucullus), et surtout, conquiert et met l'Anatolie et le Proche Orient en coupe réglée (Syrie, Judée, Galatie, Cappadoce, Pont, Arménie et une floppée de petits royaumes), profitant des fruits de la victoire; un butin immense et de nouveaux tributs annuels (les revenus de Rome sont presque doublés, le Trésor aussi double), de nouvelles provinces et Etats-satellites, et une immense clientèle pour Pompée lui-même (un tas de rois sont désormais ses clients). Quand il revient à Rome, en 61, Pompée est de très loin le premier personnage du monde romain, et le retour de César de son mandat de pro-prêteur en Espagne ultérieure en 60 pour se faire élire consul lui offre un allié de poids, surtout avec l'adjonction de Crassus et la formation de leur triumvirat: Pompée peut faire sanctionner toutes ses actions à l'est. A eux trois, ils "pèsent" plus lourd que le reste. Je détaille cette histoire parce que Pompée est le prototype: même s'il y a des précédents (de plus petite échelle) à certains de ses mandats, c'est un OVNI qui force et viole la loi romaine, souvent pour répondre à des besoins concrets que les dispositifs en place ne sont pas capables de traiter (en grande partie par l'archi-conservatisme et l'incompétence des réactionnaires), ou en tout cas parce que des campagnes de com sont menées pour faire croire à l'urgence et à l'incompétence, afin de pointer Pompée comme le seul recours possible, rendant "obligatoire", dans les esprits, l'octroi de commandements et prérogatives exceptionnels. La multiplication de telles mesures, pas que par Pompée, devient une habitude rapidement sur la période, si bien que le fonctionnement de la république en est bouleversé, et du côté des armées, la grande majorité de la vie se passe bien loin de Rome et de la vie civique normale, au service d'un chef tout puissant par qui viennent le butin et la retraite, et qui fait sa propre propagande dans leurs rangs (sauf des snobs comme Lucullus, pourtant un grand général, mais trop aristo pour être populaire: c'est un chef très compétent, mais dur, insensible, peu charismatique, et méprisant). Concession de service public et "appropriation" des armées (ou toute autre prérogative de l'Etat) par des opérateurs privés (ce que sont ces chefs-généraux-personnages individuels) sur fond d'une république ne fonctionnant pas (en grande partie parce qu'une portion de la classe politique est trop faible et/ou trop corrompue pour vouloir la voir fonctionner, voire la fait dysfonctionner activement et consciemment), c'est le mécanisme de base qui dérègle la machine et, avec l'avidité et la concurrence inhérentes à tout régime délibératoire (république, démocratie), ainsi qu'avec en toile de fond la tendance lourde à la concentration des richesses (et à la plus grande hiérarchisation/féodalisation sociale, en concurrence avec une grogne forte et permanente, plus ou moins canalisée par des factions), c'est je trouve le schéma qu'on voit se mettre en place aux USA. Quand je parle de leaders potentiels, que ce soit au niveau local ou national, je parle aussi bien de nouvelles générations de PDG/entrepreneurs qui se mettent en scène et se surmédiatisent façon Steve Jobs (kermesses marketing souvent à "style" presque messianique, présence médiatique forte, circuits de conférences genre TED....) en plus de recourir aux habituels relais de puissance (lobbying, conférences et clubs genre Davos/Bilderberg, réseautage entre pairs....), que de tous types de leaders d'opinion, y compris les journalistes (jamais la scène médiatique n'a vu autant de culte de la personnalité sur de "grands noms") et politiques (ceux qui arrivent à se forger une forte "name recognition", fameuse ou "in-fameuse", comme Trump.... Qui a malgré tout une vraie base désormais, notamment dans les 20-25% d'Américains de droite dure à tendance autoritariste).
  20. A ce stade du phénomène, je suis d'accord, mais la similitude des processus m'a interpelé, et surtout, on a du mal à se rendre compte à quel point ces choses peuvent aller vite: à la NO, le type a mis en place le système en quelques mois, et il était implanté dans le paysage et dans les moeurs aussi sec. Et de fait, le carré français était devenu une sorte de "gated community" sans "gates", complétant le processus de super-gentrification entamé avec l'après-Katrina, alors même que les problèmes continuaient à la NO (2ème grande ville la plus dangereuse des USA après Detroit, et devant Chicago et Atlanta), voire augmentaient, du fait de la baisse généralisée des crédits publics (la Louisiane a été foutue dans la merde par la gestion du précédent gouverneur, Bobby Jindal, et son orthodoxie ultra "supply side economics" et "le public c'est mal) et/ou de la vampirisation du maigre budget de police au profit de cette force. Au global, beaucoup est lié au fait que l'élite constate le résultat immédiat dans SON voisinage, et en est contente (et se fout bien que la règle de droit soit au besoin oubliée), même si elle commence à comprendre que ce sont des résultats de court terme et qu'une ville est un écosystème complet, les problèmes des autres quartiers finissant toujours par revenir vers vous. La solution résiderait avant tout dans l'augmentation des budgets, mais cela veut dire plus d'impôts (après des années de baisse), et ça, c'est un blocage mental pour ceux qui peuvent en payer aux USA (et qui en paient en proportion moins via les infinies possibilités de contournement ou évasion fiscale). Et évidemment, la NO est loin d'être la seule ville avec un tel processus en cours. L'appli et le système du gars de la NO est déjà en train d'être "exporté" à d'autres villes, dans une Amérique où les mentalités et la corruption favorisent ce recours au privé aux frais de l'enveloppe publique, le plus souvent au détriment du service et des finances publiques, comme le montrent les exemples du système carcéral ou de l'enseignement (malgré quelques exemples positifs, les "charter schools" ont un niveau moyen en-dessous de l'école publique -pourtant mauvaise- et pour plus cher, tout en ayant moins d'obligations -notamment, elles ne prennent pas les élèves à problèmes ou les handicapés). Ces "publicanii" d'un nouveau genre pullulent depuis longtemps dans une Amérique qui préfère contracter et affermer que gérer, laissant ainsi se créer un vaste univers de secteurs économiques puissants et politiquement représentés (au niveau local et fédéral), et l'Etat perdre ses compétences dans les dits domaines (voire même perdre la capacité de supervision générale, vu ce que Trump semble faire -plus discrètement- dans beaucoup d'agences. Ca fait bien longtemps que tous ces "contractors" de multiples secteurs d'activité coûtent cher, facturent ce qu'ils veulent, et sont le plus souvent en situation oligopolistique, voire de monopole (au niveau local au moins); ne parlons pas des prisons.... Ou du F-35 . Ca rappelle pas les publicanii des provinces romaines (et surtout l'Asie) dans le système fiscal romain réformé par les Gracques (je crois que c'était Gaius Gracchus qui avait fait la dite réforme avant de se faire couiquer, pas Tibérius)? Et quand le pouvoir en place a la mentalité pour favoriser ce genre de procédé, voire même semble se contrefoutre de la qualité du service à attendre (soit par pure avidité et complicité de caste, soit par idéologie du "tout privé"), les choses peuvent aller très vite. Vu l'importance du secteur de la sécurité privée aux USA, l'existence de dispositifs comparables ailleurs, ou encore la vitesse à laquelle tout un quartier d'une grande ville (et le plus important et iconique) a été converti au système, je ne crois pas qu'on mesure bien à quel point tout peut basculer très vite; après tout, dans la plupart des cas, il ne s'agirait même pas de recréer une police, mais de refiler les structures et personnels existants à un opérateur privé et politiquement puissant qui amènerait des "cadres" pour une période de transition, et serait de fait, à l'issue du processus, un seigneur féodal local. Ce que le gars de la NO était de fait en train de devenir, mais ça a l'air de l'emmerder. Ceci dit, quand on voit à quel point le niveau "d'appropriation" de villes et d'Etats par des groupes d'intérêts privés, voire des individus (les frères Koch au Kansas, dans les deux Dakotas, le Nebraska....), est devenu important pendant les deux décennies écoulées, on peut légitimement se poser des questions, sachant en plus que si de telles évolutions prennent du temps pour se mettre en route, elles ne font ensuite que s'accélérer (voir ce qui s'est passé les deux dernières semaines en matière législative dans les deux Dakotas sur le sujet USA: état d'urgence, foutage aux chiottes d'un référendum populaire, légalisation de l'écrasement de manifestants, usage de la police locale comme force privée des pétroliers contre les militants anti-pipelines et tribus indiennes). Tout comme la polarisation des richesses actuelles aux USA est pire qu'à la fin du XIXème siècle (le "Gilded Age", temps des barons-brigands), le niveau d'appropriation du pouvoir politique par les "one percenters" est à la mesure du fait. Pour la force armée proprement dite, le secteur économique est déjà important aux USA, avec des structures permanentes dont le panel de capacités et savoirs-faires tactiques/stratégiques n'ont fait que croître, à mesure que les budgets se sont développés, et que l'Etat US déléguait plus de trucs (entraînement, renseignement, logistique, traitement de donnée à grande échelle, analyses de tous types, mais aussi des fonctions plus purement "militaires": opérations spéciales, protection/gardiennage en zone de guerre, patrouilles, transport de théâtre, appui aérien....): il y a un certain nombre de boîtes qui disposent ainsi d'un large panel de capacités (militaires et/ou policières et le désormais vaste univers "entre les deux") et d'effectifs permanents (plus d'un large carnet d'adresses et d'une forte capacité d'attraction), sans parler de considérables leviers politiques et accréditations. je ne serais pas surpris de voir par exemple des Etats confier beaucoup de fonctions de leurs Gardes Nationales (dont les bataillons lambda resteraient faits de volontaires à temps partiel) à de tels opérateurs offrant un package complet de capacités d'encadrement, commandement, appui, soutien.... Au final, il s'agit juste de quelques décisions par des politiciens dans un Etat ou dans l'Etat fédéral. Peut-être ne faudrait-il qu'une situation particulière pour voir un recours massif à de telles solutions: en l'état des capacités privées existantes, voire même de "chefs" potentiels (des privés comme Erik Prince, mais on pourrait aussi bien avoir des généraux ou capitaines d'active ou étant passés au privé), en l'état du travail de longue haleine d'insinuation dans les processus de décision (attention, je parle pas d'un plan concerté ou d'une conspiration, ou même d'une "intention" féodale, juste d'un processus de grignotage dans le temps long, essentiellement motivé par le profit, mais qui crée de fait les conditions d'un tel "césarisme", au niveau local, au niveau d'Etats, au niveau fédéral peut-être même), et en l'état de l'image des institutions politiques et de celui des mentalités sur le "privé vs public", je ne vois pas en quoi le basculement, au moins à l'échelle locale, ne pourrait pas être l'affaire de quelques semaines/mois, si les circonstances sont réunies (et pas besoin de l'apocalypse, hein). Le processus que j'ai évoqué à Rome a été au final assez rapide, même s'il faut attendre César, puis Auguste pour le voir trouver une crise définitive et un aboutissement: dès Marius, le problème est posé et devient une constante. Marius introduit ses "réformes" à partir de 104, et ne cesse de batailler pour elles jusqu'à sa mort en 86 (bataille autour de laquelle se forment les deux "camps" de plus en plus polarisés de la politique romaine), au coeur d'une guerre civile (la 2ème de son vivant, avec les mêmes protagonistes; la 3ème si on compte la guerre sociale comme une guerre civile -mais celle-là a des causes différentes), et après cela, l'histoire romaine n'est qu'une succession de cycles courts paix-guerre civile (avec en plus des guerres extérieures, mais aussi des séditions massives comme la guerre sertorienne ou celle de Sextus Pompée, et des révoltes), jusqu'à César (le clash ultime entre les deux pôles d'une Rome coupée en deux), puis à la fin définitive de ce fonctionnement malsain grâce à Octavien/Auguste, acquise symboliquement à Actium, en 31 av JC. Une fenêtre temporelle de 73 ans, mais où tout est en place dès les premières années; la guerre sociale (91-88) ne fait qu'amplifier le problème en multipliant d'un coup la taille de la république (extension de la citoyenneté romaine aux Latins et Italiens), qui passe d'un corps social d'environs 300-400 000 hommes d'âge militaire (si on prend en compte les pertes de 113-104) à un de près d'un million (pour une Italie devant compter environs 3,5 millions d'habitants libres, plus l'importante population de Gaule Cisalpine -qui devra attendre César pour être incluse). Une telle augmentation est politiquement énorme: la taille des clientèles d'électeurs devient faramineuse, les enjeux explosent, et la taille de l'espace concerné implique un niveau de concentration du pouvoir sur quelques grandes figures notables (qui peuvent être connues hors de ceux qui fréquentent physiquement Rome et son forum), disposant de fortunes fabuleuses: le nombre de gens qui "comptent" vraiment dans le Sénat devient à cette époque vraiment très réduit. Comme pour les richesses, les clientèles et le pouvoir se concentrent sur un nombre toujours plus réduit de leaders, le reste des sénateurs étant forcés d'être des suiveurs. Cette hiérarchisation, et l'augmentation du prix de la concurrence politique quand le "jeu" change à ce point de dimension (déjà entamé avec l'expansion), font émerger des personnages "nationaux" qui seuls ont la possibilité de diriger de larges factions, de ne pas être totalement dans la main des grandes familles équestres (surtout des banquiers et publicains), et, plus fondamental encore, de garantir leurs retraites à leurs soldats (ou à ceux d'autres chefs qui "appartiennent" à la faction de ces grands personnages). Marius, Marcus Aemilius Scaurus, Sulla, Cinna, Carbo, Lucullus, Pompée, quelques Metellii (Metellus Pius, Metellus Celer), Crassus, Publius Clodius, le trio Bibulus-Caton-Marcellus (avec Scipio Nasica et Lucius Domitius Ahenobarbus en appui), et, évidemment, César (puis, à travers lui, Antoine et Octavien) furent à peu près l'essentiel de ces "grands" (les "movers and shakers" comme on dit aux USA) ayant un tel niveau d'autorité sur la période: même les autres "grands" noms (parce que le nom était ancien et connu, et/ou le personnage notable individuellement, et/ou la fortune importante) de cette fenêtre temporelle ne pouvaient opérer et obtenir quelque chose sans le soutien d'un de ces poids lourds, coeurs de factions importantes. Quelqu'un comme Cicéron, par exemple, malgré sa célébrité et un certain niveau d'influence, n'était qu'un poids plume qui n'a jamais vraiment eu de pouvoir sauf pendant son consulat (63), ou seul l'appui de Pompée (et dans une moindre mesure, de Crassus, à l'occasion de la conspiration de Catilina) lui a donné de l'autorité. Et de ces noms mentionnés, il n'y en a jamais, sur ces 73 ans, plus de 3 ou 4 à la fois qui comptent vraiment pendant une décennie donnée. Soit une vie politique ultra-polarisée. Ce sont à ces noms qui désormais ont une dimension énorme, que les soldats se rallient, à ces noms qu'ils croient et accordent leur fidélité au point d'être prêts à mener une guerre civile. Pas à n'importe quel général appointé pour un mandat. On a donc l'émergence de tels noms, de tels chefs, figures résultant d'un processus d'accumulation de puissance politique (transmis à la "génération" suivante au sein d'une faction), et dans une période qui voit un changement de fonctionnement de la politique romaine (changement du modèle économique/social/politique de l'armée), sur fond de changements de longue haleine (avant tout la polarisation extrême des richesses et ce qui en résulte: exode rural, recours massif aux esclaves dans toutes les strates du marché du travail....) survenus dans la république en bout de course; et ces chefs de file, avec cette nouvelle sorte de pouvoir, permettent de changer la nature des affrontements dans l'arène politique, d'une façon qui ne s'était jamais vraiment vue dans l'histoire romaine, qui avait pourtant connu des séditions, dont une mythique -Coriolanus-, des tentatives de rétablissement de la monarchie à ses débuts, des soulèvements de la Plèbe -guerre des classes, contestation de Camillus- et des grands personnages dont l'aura avait fait craindre -à tort- un danger anti-républicain (Camille, Scipion l'Africain, Scipion Emilien). La première annonce du changement vient avec les Gracques, qui forment le proto-modèle d'une opposition "de l'intérieur" à "l'ordre dominant"; leurs deux tribunats (133 pour le premier, 123-121 pour le second) et leurs morts (l'un assassiné, l'autre contraint au suicide) sont le commencement symbolique de la "faction" qui s'aggrègera ensuite autour de Marius (qui se gênera pas, alors qu'il n'a pas d'idéologie, pour invoquer les mânes des frères Gracchus) et deviendra ce que nous appelons rétrospectivement les "populares", par opposition aux "optimates" (la haute aristocratie réactionnaire.... Ils s'auto-intitulaient "bonii", les "bons hommes"). La répartition en factions plus permanentes devient un fait inévitable accompagnant le changement d'échelle de la vie politique et sa polarisation croissante, et ce sont ces plates-formes plus durables, avec leurs groupes, leur transmission du pouvoir, leur faculté à rallier et/ou faire grandir quelques grands noms en leur sein (ou de se rallier à un personnage "météorique": ce fut le cas pour Sulla, et plus tard, avec la rupture d'avec César, pour Pompée), qui créent les chefs de files capables d'avoir une emprise sur une faction de la société et des territoires romains.... Et sur des troupes. Comme je l'indiquais plus haut, pour qu'une armée et/ou des forces de polices deviennent des entités plus "privées" ou "proto-privées" (en étant au départ une partie de l'armée régulière), de fait ou de droit, il faut certes que les conditions générales de la société en question soient réunies (mais pour ça, je pense qu'on n'en est pas forcément si loin aux USA, au moins au niveau d'Etats ou de villes), il faut re-certes des factions constituant un multiplicateur de force pour un leader, mais il faut aussi qu'émergent des grands personnages, un leader ou un très petit groupe extrêmement identifiable, avec "name/brand recognition". Un tel personnage se construit, et est en fait plus que juste l'individu qui porte le nom: il lui faut des capacités (ou au moins le charisme pour être une figure de proue pour d'autres agissant derrière), un parcours, une image, un important capital social/relationnel et des relais de pouvoirs établis (des obligés/clients en pagaille, des réseaux de gens en poste, des équipes fidèles) voire une fortune propre (et/ou de l'influence dans un ou plusieurs secteurs d'activité). Un tel personnage ne peut émerger que dans un certain type de société: et c'est pour cela que le cas américain m'intéresse, parce que je trouve que, bien plus qu'il y a encore 20 ans, les USA actuels réunissent ces conditions et commencent à produire ce genre de "méta individus", comme la république romaine à partir de Marius (elle ne le pouvait pas avant: même des titans comme Scipion l'Africain ne vivaient pas dans un temps leur permettant de réunir tout ce qui était nécessaire à une telle ascension; après Marius, avec le processus en cours, même des poids mi-lourds comme Cinna ou Carbo peuvent profiter des édifices existants pour devenir de vrais condottiere).
  21. Vois ça comme ça: pour Darlan, la réalité était la réalité, ce pourquoi il était en contact avec les alliés avant le débarquement en Afrique du Nord, avec comme avertissement que s'ils débarquaient avec plus de X hommes (me souvient plus du chiffre), c'était bras ouverts, s'ils le faisaient avec moins de X hommes, il leur tirait dessus. Et puis il a eu un petit "accroc" entre-temps. Pour Laborde, c'est pas que l'invasion allemande était appréciée, mais il y avait une certaine affinité idéologique, un revanchisme profond à l'encontre de "la Gueuse" (la république), et l'idée que l'ennemi absolu était le bolchevisme, contre lequel il fallait se préparer, et donc accepter le présent comme un mauvais moment à passer, en vue de l'union des "gens de bien" contre la vermine rouge.
  22. Sur le sujet de la division de la Marine, j'avais un livre sur le sujet, Darlan, Laborde, l'inimitié de deux amiraux, qui traitait spécifiquement le sujet. Mais plus largement, il y a plusieurs points qui expliquent le non ralliement aux alliés: c'est pas parce qu'une partie de la flotte (surtout du corps des officiers, en fait) n'aimait pas Darlan qu'elle était pour autant pro-alliée, surtout après Mers El Khébir. Au lendemain de l'événement, le chef de file de cette faction anti-Darlan, l'amiral de Laborde, résume bien la chose en disant que d'anglophobe, il est devenu anglophage. Les tendances politiques dans la Royale ne sont alors pas du tout libérale: si Darlan peut être vu comme un radsoc, mais aussi comme un technocrate à tendance autoritaire et élitiste, Laborde est un réactionnaire pur jus, monarchiste culturel sinon politique, et pas du tout, mais alors pas du tout pro-démocratie.... Et il reflète bien ses partisans en cela. Ce sont deux courants plutôt nationalistes et autoritaristes, mais l'un est républicain/laïc culturellement, l'autre est réactionnaire traditionnaliste. Et le deuxième tend à moins détester les Allemands que les Anglais, par anti-bolchevisme extrême et/ou par anti-démocratisme, ou anglophobie: lequel de ces facteurs domine le cocktail, on imagine que ça varie d'un individu à l'autre. Donc une sortie de la flotte n'était pas forcément une option très probable pour ces raisons de motivation. Quand aux possibilités concrètes de le faire, c'est encore une autre histoire, et je renvoie à d'autres intervenants pour les certitudes sur la chose, mais il me semble que la faisabilité n'était pas garantie: les réserves de mazout étaient, je crois, trop basses pour faire traverser la Méditerranée à la majorité des navires, et à l'arrivée, il n'y avait pas d'infrastructures portuaires suffisantes pour accueillir et soutenir une telle portion de la Marine (Mers El Khébir et Bizerte étant, il me semble, les deux seuls arsenaux ayant des infrastructures modernes, et de toute façon pas de taille suffisante), et pas de stocks militaires atteignant le dixième du besoin de court terme (et on voit déjà toutes les adaptations qu'il a fallu faire -lourdes et chères- pour les quelques navires français passés du côté allié).
  23. Résurrection de sujet suite à un article qui m'a profondément dérangé: https://www.nytimes.com/2015/08/02/magazine/who-runs-the-streets-of-new-orleans.html Grosso modo, l'article se penche sur l'évolution récente des services de police à la Nouvelle Orléans, avec toute l'emphase "le privé c'est génial, le public, c'est naze par essence" qu'on peut trouver dans un texte américain. Un très riche local a pris en charge le travail de police dans la "Big Easy", son apport initial consistant en une appli sécuritaire et un mode d'organisation du travail, et s'étant étendu ensuite à la gestion d'une force de police. Dans sa façon de présenter son apport, il a cette tendance souvent constatée à surmultiplier les avantages de son truc, et à nier l'existence de coûts et problèmes résolus pour lui par le fait qu'il n'a pas créé beaucoup de choses ex nihilo (simple exemple: les flics qu'il emploie sont déjà formés et expérimentés.... Aux frais de la ville).... Et il n'évoque évidemment pas les conséquences de ce système dual qui, comme dans le cas des "charter schools vs public schools" (ou des prisons privées vs publiques), est sous-tendu par une vampirisation des crédits de la police régulière au profit de sa force (nettement plus chère par tête de pipe), qui tend à créer et aggraver un différentiel de performances. On voit aussi la tendance à critiquer, dans le pur style des patrons à gros égos et/ou implication en politique, les "lois et règlements inutiles" qui empiètent sur l'efficacité et les résultats, oubliant allègrement que les dits lois et règlements correspondent le plus souvent aux contraintes d'un Etat de droit pour mieux mettre en avant les critères de jugement qui l'intéressent (on sombre rapidement dans une politique du chiffre, surtout du chiffre qui arrange celui qui présente les résultats).... Et on n'évoquera même pas le problème massif sous-jacent: une telle force de police, surtout avec le temps, répond à son patron avant de répondre au corps politique dont elle est censée être l'émanation: même si la ville fournit tout ou partie du budget, les flics ainsi employés touchent leur chèque de la main du boss, et c'est lui qui les gère au quotidien, qui leur donne leurs contraintes, qui offre des primes, qui écoute leurs difficultés, leur donne un équipement (apparemment meilleur que celui du NOPD), qui couvre certaines méthodes tant que ça procure "du résultat" (et qui a de l'influence pour étouffer l'affaire en cas de problème).... Et c'est ainsi que les dérives peuvent sérieusement commencer. Aux USA aujourd'hui, il y a 3 flics privés pour un public; la très grande majorité sont ce que les Américains appellent, souvent avec mépris, des "rent a cop" (une traduction plus que simplement littérale en ferait un croisement entre "flic à louer" et "flic en solde"): des vigiles (notamment de "gated communities", quartiers ou villes enclos, très nombreux aux USA; mais aussi évidemment de toutes sortes de commerces), des gardes de sites industriels ou de bureaux, des enquêteurs privés (individuels, assurances, cabinets juridiques....), des "flics de campus" universitaires, gardiens d'espaces verts, gardiens de prisons privées.... Mais on trouve aussi un nombre important et croissant de tels opérateurs ayant des attributions plus ou moins entières de policiers, en concession de service public (flics de campus et gardes de "gated communities" entrent souvent dans cette catégorie), que ce soit de droit.... Ou de fait. Et j'avoue que c'est un truc qui me travaille, comme la création de ce topic l'avait montré initialement: me penchant sur l'un des cas historiques les plus significatifs de la façon dont la force publique pouvait passer imperceptiblement aux mains d'intérêts particuliers, tout en gardant les formes et apparences du monopole d'Etat, voire même en ayant les applaudissements du public pour ce mode opératoire, j'avais étudié la façon dont la chose s'était passée sous la République romaine, ou comment, de fait, les armées en étaient venues, au cours du Ier siècle avant JC, à répondre plus à leurs généraux qu'à l'Etat Romain. C'est au final un processus assez simple, qui commence à être véritablement lancé quand Marius introduit massivement comme norme le recrutement pour les légions d'hommes issus des plus basses strates de la population romaine, les capite censi ("ceux comptés par tête"), situés sous les 5 classes du recensement romain (le cens, exécuté tous les 5 ans, qui compte la population et la répartit en 5 classes fiscales, sociales et politiques, plus les capite censi) et qui n'ont pour eux que la citoyenneté et un droit de vote qui ne pèse rien malgré leur nombre (le suffrage à Rome passant par diverses procédures priorisant et pondérant en faveur des plus riches). Sans propriété, sans même un esclave (un esclave étant à Rome le gage et le symbole du seuil de pauvreté), ils sont exempts d'impôts (ne pourraient pas en payer de toute façon) et d'obligations militaires, et constituent pour l'essentiel une main d'oeuvre corvéable au quotidien, selon les besoins, qui vivote comme elle peut, se reproduit, et bénéficie d'une aide sociale alimentaire offerte par l'Etat (qui achète du grain en masse et le revend à un prix bas et constant). Le changement vient quand la Rome de Marius est confrontée au résultat de plusieurs phénomènes: - la concentration des richesses, liée aux abus de position dominante de l'élite romaine, aux guerres incessantes et toujours plus lointaines et constantes au cours des IIIème-IIème siècles av JC et à la généralisation du travail servile comme premier moteur de l'économie (alimenté par les conquêtes), a déconstruit l'édifice socio-économique sur lequel est basé le socle de la politique romaine, fondé sur une "classe moyenne" variée de petits propriétaires agricoles, ce qui résulte dans un appauvrissement généralisé des classes (sauf la première, celle des familles sénatoriales, des "équestres" -les "1800" ayant le cheval public, et les équestres, plus nombreux, sans ce privilège-, les "tribuni aerarii" et le reste de cette classe) constatée par l'abaissement continu des seuils d'appartenance aux classes sur la période (si les anciens montants avaient été gardés, au temps de César, il n'y aurait quasiment plus eu que la première classe et les capite censi, avec une micro classe moyenne entre les deux). Or, les 4 classes sous la première sont celles qui ont toujours fourni les effectifs militaires de la république romaine, selon la norme gréco-romaine qui ne fait confiance qu'aux gens ayant de la propriété pour combattre (eux ayant quelque chose à défendre et un devoir à remplir pour le groupe, en conséquence). L'abaissement du cens répondait à ce besoin de garder de quoi alimenter les légions, et ce d'autant plus que les besoins étaient en expansion constante depuis la première guerre punique et le développement de territoires et intérêts hors de la péninsule italienne. Mais même là, la tendance n'était pas favorable au maintien du vivier, tant la taille des classes (surtout les 2èmes et 3èmes) diminuait et celle des capite censi augmentait. Au global, malgré une population en expansion, après la très longue récupération post 2ème guerre punique (il faut attendre le milieu du IIème siècle pour retrouver un niveau démographique équivalent, soit un demi-siècle de récupe), l'effectif militaire disponible de Rome tend à baisser tout au long du IIème siècle. - à cette époque, il y a aussi une grave crise conjoncturelle: les guerres cimbriques (face aux peuples germaniques et celtes migrants des Cimbres, Teutons, Ambrones et Tigurini) ont littéralement saigné le corps social romain: entre 113 et 104 av JC, la république subit une série de déculottées monumentales, essentiellement auto-infligées (via l'envoi de chefs incompétents, corrompus, prétentieux, incapables de travailler ensembles), qui culminent dans la spectaculaire branlée d'Arausio (Orange) en 105, en soi un cas d'école de toutes les gaffes qu'un commandement peut faire avant que le premier javelot ne soit lancé.... Ou comment choisir de se faire poutrer au détail, essentiellement par prétention et petites antipathies personnelles. En tout, pendant cette courte période, entre 120 et 150 000 citoyens-soldats romains sont perdus (et leur équipement avec eux), soit plus d'hommes d'âge militaires que pendant toute la 2ème guerre punique (dont les ravages furent parmi les pires de l'Antiquité sur un pays, vécus comme une apocalypse à Rome). Le tout sur un Etat qui compte, au cens de 115/114, un peu moins de 400 000 hommes en âge de porter les armes (toutes classes et capite censi confondus): autant dire qu'il n'y a plus d'hommes disponibles pour la mobilisation en 104 (celle pour la campagne d'Arausio avait déjà raclé les fonds de tiroirs, forçant des gens ayant leur quota de campagne, pressant des recrutements....), et ce alors même qu'il y a désormais un besoin outre mer constant (les 2 Espagnes, la Macédoine, l'Asie et la guerre jugurthine en Afrique, où Marius mobilise ses premiers capite censi): Rome est vide de troupes (surtout que ce sont les meilleurs qui sont pris: la majorité de ceux qui restent sont les plus vieux des "réservistes", et les moins aptes), sauf si on se met à compter les capite censi, qui doivent à cette époque représenter la moitié de l'effectif recensé. Mais personne ne veut, ou ne peut même concevoir, de les utiliser, et seuls les échecs répétés, le vide total du réservoir, l'urgence absolue (le "danger germanique" devient une menace existentielle dans toutes les consciences à cause de ces circonstances, créant un croquemitaine politique dont César usera plus tard), la déconsidération de la majorité conservatrice et la position de force dans laquelle Marius se trouve propulsé, permettent de commencer à taper dans le réservoir des "proletarii". Mais, et là on en vient au sujet, ces soldats d'un nouveau type posent de nouveaux problèmes: contrairement aux soldats-citoyens traditionnels, ces gens ne peuvent se payer ni leur équipement ni leur intendance. Si au fil des siècles, l'armée romaine avait évolué pour inclure une partie de financement public pour l'équipement, un embryon de solde, et une part déterminée de l'approvisionnement et de certains équipements spécifiques, autant en raison de l'allongement des campagnes, d'un besoin croissant de sophistication militaire et de développement du modèle militaire romain, et d'un appauvrissement constaté d'une part croissante du corps civique, le soldat gardait à sa charge la grande majorité du coût de ce qu'il portait (vêtements, équipement, armement), une partie (en réduction) de l'équipement collectif (désormais très important et sophistiqué) et une part variable (selon la campagne) de ce qu'il mangeait, et sa solde n'était qu'un minimum à but plus complémentaire que compensatoire, tout comme la plus grande part de son entraînement (en tout cas individuel et pour le petit groupe de combat de base, le contubernium, avec en plus quelques manoeuvres régulières à plus grande échelle) était réalisée sur son temps, à sa charge, comme part de son devoir de citoyen, depuis l'enfance. Un soldat qui n'a rien à la base a donc besoin de tout: être équipé de pied en cap, être entraîné depuis le niveau zéro ou presque, avoir une logistique constituée à partir de zéro, le lourd train d'une légion (équipements et appros, plus le personnel non combattant qui va avec, lui aussi désormais "professionalisé" avec des capite censi), et, plus encore -et coeur du problème-, il doit être payé une solde décente, de même que doit être prévu une forme de retraite/d'aide à la reconversion, sous peine de relâcher dans la nature, à l'issue du temps de service, des hommes armés et très qualifiés pour la violence (voire avec un goût pour elle, et l'expérience du combat, mais aussi de la conquête et de ses conséquences), sans aucun horizon d'emploi ou de propriété. L'armée "new style" que Caius Marius et les circonstances introduisent est donc un joujou soudain très cher (difficile d'évaluer le facteur par lequel le coût moyen d'une légion est multiplié, mais c'est beaucoup: je vais essayer de trouver des éléments pour une estimation) pour une Rome qui n'a pas un budget facilement extensible: les Romains n'ont pas beaucoup d'impôts, ont même eu tendance à les baisser à mesure que les conquêtes outre-mer s'accumulaient et qu'elles pouvaient être pressurées par les "publicanii" (les "contractors" publics chargés avant tout de lever le tribut: Rome n'emploie pas de fisc organisé, sauf pour la comptabilité au sommet: tout est affermé à des opérateurs privés qui se rendent coupables d'abus immenses, grugent le trésor, et causent en fait une hostilité dans les provinces qui en vient souvent à coûter cher à l'Etat), et, dans ces sociétés très rétives au changement et très inégalitaires (avec ceux qui peuvent payer qui sont aussi ceux qui décident de l'impôt), la politique fiscale ne peut être bouleversée, sauf à la baisse. On ne verra la pression fiscale revenir que pendant le 2ème Triumvirat (Antoine, Octave et Lépide), dans une situation d'urgence absolue, et pour une brève période seulement, mais qui mit la société romaine en situation explosive, seulement évitée par la force armée (et donc des principes républicains foutus aux chiottes). Sur un Etat romain qui dispose d'un revenu annuel d'environs 200 à 220 millions de sesterces (8 à 8 800 talents, l'unité de compte des "grandes" sommes. 1 talent = 25 000 sesterces), dont la moitié venant de la province d'Asie (Anatolie Occidentale) et de Grèce, au moins 10-15% doivent alimenter le Trésor principal (temple de Saturne: au moment du premier Consulat de Marius, il doit y avoir quelque chose comme 30 000 talents en réserve) et quelques annexes servant de réserves d'urgence liées à des cas spécifiques (temples d'Ops et Juno Moneta, surtout), et sans doute 20-25% doivent servir à acheter du grain (très variable suivant les récoltes, sachant que le prix de revente, lui, ne change pas); des montants non négligeables doivent aller aux travaux publics dans la ville de Rome et pour l'entretien des routes et grands ouvrages d'arts, toujours plus nombreux avec l'expansion, et ces montants sont toujours très insuffisants (les grandes familles sont censées aussi financer des ouvrages, surtout ceux qui portent leur nom, et les localités sont aussi mises à contribution, mais là aussi, on arrive souvent loin du compte). Et le reste va à l'armée. Soit un modèle budgétaire complètement dépendant d'une armée en bonne partie autofinancée, n'attendant pas de vrai revenu (juste une compensation partielle), et comptant sur une part du butin pour sa vraie récompense (d'où le fait que le butin soit le premier motif de guerre à cette époque). Du jour au lendemain, Marius bouleverse la donne (même s'il reconnaît et acte, dans les faits, la simple réalité de l'évolution socio-économique et militaire romaine), et crée LE problème qui aura finalement la peau de la république, via ce choc infligé à un budget et une structure fiscale pas prévus pour ça, et un nouveau modèle militaire. Parce que tout n'est pas dans les réformes initiales: Marius devra batailler ferme toute sa carrière pour obtenir compensation pour "ses" soldats, et surtout leur obtenir leur retraite/reconversion, essentiellement via une somme d'argent et des terres appartenant à "l'ager publicus", les terrains appartenant à l'Etat romain (et âprement défendus par l'establishment romain qui se les accapare et les louent à vil prix pour les exploiter), soit ce qu'on appellerait en termes économiques, les "biens communs" ((hérités du droit de main morte de l'Etat, de donations, d'un capital initial, de confiscations, et surtout, de la conquête). Et les soldats veulent des terres en Italie, pas dans les provinces, ce qu'ils peuvent revendiquer par légitimité (ce sont culturellement des Romains, et Rome n'a pas alors de mentalité de "romaniser" son monde, étant comme tous les peuples d'alors, exclusivistes et pas encline au mélange: s'installer en Italie hors du latium est le maximum tolérable pour ces gens), mais surtout parce qu'avec ce changement, ils cessent d'être du petit peuple méprisé et atomisé pour devenir des groupes soudés et conscients de leur force politique potentielle. Et ces groupes deviennent surtout plus loyaux à leurs généraux qu'à l'Etat: c'est pourtant l'Etat qui paie leur solde et leurs "retraites", mais c'est le général qui recrute les hommes ou reprend en main des garnisons positionnées loin de Rome, qui les entraîne, qui leur donne ces sommes d'argent, et, bien souvent, c'est lui qui les obtient de l'Etat, souvent au prix de batailles politqiues âpres et très longues (les vétérans attendent parfois des années). Marius, et après lui Sulla, Pompée, César, et surtout Octavien, se sont retrouvés avec des dizaines, parfois des centaines de milliers de vétérans attendant les arriérés de paie, et surtout leur solde de tout compte et leur lot de terre, face à un Sénat faisant des pieds et des mains pour diminuer les sommes induites, renvoyer le paiement aux calendes grecques, mettre les généraux trop auréolés en porte à faux avec leurs vétérans.... Il y avait de la légitimité aussi du côté du Sénat: les soldats abusaient souvent (demandaient des augmentations, voire, après César, négociaient tout, et beaucoup abusaient d'un système mal foutu avant qu'Octave/Auguste ne le régule: ils voulaient un lot de terre et/ou une prime après CHAQUE campagne, et rempilaient aussi souvent que possible pour ainsi gruger), mais surtout, les dits généraux tendaient à trop promettre, à augmenter arbitrairement (même si c'était justifié) les sommes et terres promises, à accroître les effectifs qu'ils recrutaient sans demander l'avis du Sénat (soit en passant par la Plèbe, soit carrément en le faisant d'office en accroissant les effectifs de légions existantes, en formant des cohortes supplémentaires non liées à une légion....), à prendre beaucoup de libertés avec les mandats qu'ils recevaient (poussant la guerre plus loin, transformant une défense de zone en conquête des zones à côté....) pour forcer l'Etat à leur voter des légions en plus... Voire même, avec le cas de Pompée, par exemple, à lever des légions par eux-mêmes, sans autorisation, parce qu'ils en avaient les moyens et/ou disposaient de clientèles suffisamment vastes pour les appeler sous les aigles sans les payer, via le devoir clientéliste et la confiance qu'il y aurait une récompense au bout du compte (Pompée, très grand propriétaire terrien -sans doute la première ou deuxième fortune romaine de son temps-, commence ainsi sa carrière en 83, joignant la marche de Sulla sur Rome avec 3 légions ainsi levées). Le fait est globalement que si c'est l'Etat qui paie la note, la décision passe graduellement dans la main des généraux/leaders politiques (même chose à Rome) oeuvrant effectivement aux armées et étant en contact avec elles: le rapport plus ou moins direct du chef (surtout victorieux) avec les troupes écrase le rapport d'allégeance au corps politique ou à l'abstraction qu'est l'Etat ou le principe républicain. Le fait était ensuite entériné dans la coutume et la loi, les vétérans devenant, dès qu'ils quittaient le service (souvent temporairement seulement), des clients de leur général (quand ils ne l'étaient pas au départ). Et ce que je vois avec l'exemple évoqué plus haut de la Nouvelle Orléans ressemble beaucoup, je trouve, au principe ainsi décrit: la concession de service public recrée les mêmes dynamiques, avec des individualités de type PDG/entrepreneurs qui joueraient le rôle des sénateurs "militaires" ambitieux de Rome. Mais pour la même raison que les généraux font généralement de mauvais dirigeants et/ou des tyrans quand ils commencent à se mêler de la gouvernance, ces personnages qui, à notre époque, commencent à se médiatiser lourdement et à se façonner des images de grands chefs du temps, posent exactement le même problème: leur "efficacité" est en grande partie affaire de communication, cachant trop de zones d'ombres et niant trop de réalités, adressant juste la partie des problèmes qui les arrange, impliquant des bouleversements tout sauf démocratiques, avantageant leur segment de la population, et visant surtout à une forme ou une autre de prise de contrôle personnel ou de caste. Les USA semblent être le laboratoire de la chose dans le monde occidental (ce type "d'entrepreneur", l'appropriation de la politique locale et nationale par quelques grands "barons", des Etats recourant plus souvent à des "emergency managers" non démocratiques....): à quand des mouvements de ce genre pour ce qui concerne l'usage des forces militaires? Les évolutions constatées récemment dans le recours aux "contractors" pour des fonctions opérationnelles n'incitent pas à la quiétude. Et des personnages comme Erik Prince, dont la soeur est la nouvelle Secrétaire à l'Education de Trump, non plus.
  24. Les alt-medias de droite (américains et canadiens, d'ailleurs) essayent d'organiser une campagne systématique pour troller ce spot.... Il faut dire que LaBeouf (qui a du mal à trouver des rôles, ces temps-ci) a vraiment poussé le ridicule très loin ce coup là: c'est vraiment un truc pour se prendre des claques, cette histoire.... Ou bien..... Un coup de génie pour se faire de la pub: tant qu'on n'en a rien à foutre du ridicule, on peut capitaliser dessus.... Regardez qui est à la Maison Blanche, après tout.
  25. Faut pas exagérer non plus, comme le nombre de vues de la vidéo le souligne.... Là, c'est juste une bande de mecs qui font exactement comme les gens qu'ils critiquent: ils se montent le bourrichon entre eux et fantasment des certitudes qu'ils veulent ensuite affirmer à la face de l'ennemi imaginaire qu'ils se sont créés, parce que c'est bien commode de se fabriquer un homme de paille à qui on peut balancer tout ce qu'on veut. Quand il se met à délirer que la génération montante sera "la plus conservatrice depuis des décennies", il est juste à côté de la plaque, vu les tendances de la jeunesse aux USA (qui sont radicalement à l'inverse, même si la/les versions de la gauche qu'ils seraient prêts à soutenir ne sont pas la version actuelle) et l'âge moyen du vote Trump. Ce gars présente juste la version fantasmée de ce qu'a été le vote Trump que, comme beaucoup, il essaie d'enfermer dans une explication unique qui en "rassure" certains, et persiste dans l'oubli de faits simples qui n'existent pas beaucoup dans la tête des gens dans cette ligne: - HRC a malgré tout emporté le vote populaire de beaucoup - l'adversaire à gauche ne vit pas dans des tours d'ivoire et des universités de socio en sirotant je ne sais quelle boisson snob: ça ferait pas beaucoup de monde si c'était le cas - les zones urbaines, ces repères de gauchistes, contiennent la majorité de la population US, et toutes celles d'une certaine importance restent dirigées par des démocrates.... Ce qui rappelle entre autres qu'aux USA, quand le suffrage est direct et que les tricheries au découpage électoral comptent moins ou pas (mairies, Sénat fédéral, par exemple), les démocrates gagnent TRES souvent. - Trump est-il le signe d'un "mouvement" de la droite radicale? La marge de victoire était-elle autre chose que de la colère? Dans le meilleur des cas pour lui et Banon, c'est encore beaucoup trop tôt pour le dire. De façon plus réaliste, vu le cabinet de ploutocrates qu'il a nommé (et son historique personnel d'arnaqueur à 100%, sans talent pour le management qui plus est), on aurait plutôt tendance à penser qu'il va y avoir retour de bâton pour lui aussi Mais bon, c'est vrai que tout ce qui est SJW et Identity Politics est foutrement énervant et insultant pour l'intelligence; la "Lena Dunham left" n'a pas les faveurs du grand nombre, et est vraiment infréquentable. Sinon, un fait qui continue à inquiéter nombre de gens bien renseignés: l'aile ouest de la Maison Blanche (le coeur de la présidence) serait toujours relativement vide de staff (et le staff présent consiste uniquement en nominés politiques -au sens de "politiciens"), et ceux qui y sont ne connaissent pas les lieux, pas plus qu'ils ne savent comment "faire marcher" cet organe central et ses annexes (l'OEOB et le NEOB, aussi sous-staffés), ce qui joue pour beaucoup dans l'amateurisme et les gaffes constatés. Pour beaucoup, c'est le signe que l'équipe dirigeante "n'en a pas assez à foutre" pour se préoccuper de faire fonctionner correctement le pouvoir exécutif, et avec lui le gouvernement, se concentrant sur la communication, renvoyant la charge de travail (qui serait plus efficacement traitée en amont) sur l'exécution (cabinets et agences) qui a déjà son propre boulot (et qui en sera donc désorganisée, surtout si en plus ils se voient interdire de recruter). Cela renvoie aussi au risque d'autoritarisme que certains voient comme croissant (les méthodes et la personnalité de Trump, la présence et les "références" de Steve Banon) à travers les méthodes impérieuses, l'irrespect pour le processus démocratique dans le fond et la forme, et la tendance montante au chaos, de plus en plus vu comme une méthode voulue de gouvernement. Les polémiques répétées avec les juges qui contestent l'application du "travel ban" suscitent de la grogne, à gauche ET à droite, dans le sens où elles font craindre la volonté de créer une crise institutionnelle pour imposer.... Autre chose.
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