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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Rubio est LE pion de la faction néo-conservatrice, en même temps qu'il est leur seule réelle option pour obtenir/retrouver ce qu'ils veulent le plus au monde: un job dans les centres de décision à Washington. Ils ne l'auront pas avec Trump qui les a envoyé bouler, ils ne l'auront pas avec Cruz qui est de facto fini même si par hasard il gagnait au Texas. Et l'effort financier des néo-cons est avant tout incarné par le "sugar daddy" de Rubio, le magnat des casinos Sheldon Adelson (lui et Trump peuvent pas se blairer, et pas seulement parce qu'ils ont été d'occasionnels concurrents), qui est ultrasioniste enragé, qui veut depuis longtemps "sa" guerre contre l'Iran (avec armes nucléaires) et qui supporte l'idée d'une emprise américaine permanente sur le Moyen Orient (la partie pétrolière évidemment). Et il a du redoubler d'efforts ces temps-ci, tant la rhétorique va-t'en guerre de Rubio s'est développée, ce qui a eu pour effet corollaire de démontrer à quel point c'est un bleu qui recrache des bouts de discours tout faits (dont on a retrouvé l'origine souvent dans des mémos et des magazines néocons).
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Je suis pas super fan de Kimmel (un des poids lourds des talk shows noctures, avec Colbert, Fallon, O'Brien et Meyers, la "jeune génération" remplaçant Letterman et consorts), d'ordinaire, mais là il s'est bien lâché après la remarque de Trump sur les différentes catégories démographiques qui lui ont fait gagner le Nevada.... Les "poorly educated"!!! Le passage de Trump sur le sujet est inclus dans la vidéo: Paid for by this guy.... Mffffffffffff!
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Dans un registre différent, je signalais sur le sujet des séries télé une nouvelle biopic sur Bernie l'homme de Brooklyn..... Qui n'est pas sur Bernie Sanders mais sur l'autre: un juif de Brooklyn venu d'un milieu très modeste (oups, ça ressemble à Sanders), vieux et rondouillard avec une demi-coupe mal foutue de cheveux blancs et des costumes qui ont toujours l'air frippés et/ou mal portés (décidément, c'est troublant) et qui s'appelle Madoff (pas le même style). Cette biopic s'inscrit dans un paysage audiovisuel général qui parle beaucoup plus de ce qui se trouvait rarement jusqu'ici dans les scripts envisagés pour un passage à l'écran (quel que soit l'écran), la finance: Wall Street 2, The Big Short, Equity, Inside Job, Margin Call, Money Monster, The Wolf of Wall Street, Billions, Madoff ne sont que les dernières itérations d'un type de sujets qui, jusqu'à une période très récente, ne trouvait aucun preneur du côté des productions. Au mieux, la finance avait 3-4 films par décennie (ayant de près ou de loin la finance comme focus), et certainement pas de série (sauf accident). Dans ma liste rapide (et très incomplète), je n'ai pris que des trucs faits depuis 2011; rien qu'entre la crise financière et 2011, il y en a autant. Mais depuis 2010-2011, on vise désormais plus large: le ton n'est plus à l'examen de la crise elle-même et de ses causes et conséquences, quel qu'en soit le type, c'est bien le sujet de la finance elle-même telle qu'elle fonctionne et qu'elle est perçue qui est devenu un sujet en soi ayant l'attention du public et/ou l'intérêt des producteurs. Et le tableau est désormais rarement "équilibré" ou flatteur. Une image d'un changement des Américains, vers un spectre d'opinions nettement moins diverses?
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[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Une minisérie plutôt bien foutue sur Bernie! L'histoire d'un juif nommé Bernie, issu des milieux modestes de Brooklyn, qui fait son chemin vers un incroyable destin..... Et non, ce n'est pas Bernie Sanders: c'est l'autre Bernie.... Madoff. Avec Richard Dreyfuss (le Hooper de Jaws) dans le rôle titre, c'est une biopic bien montée et bien écrite, présentée en grande partie comme un "con movie" (une histoire d'arnaque), qui réussit à créer par moment de la sympathie là où il ne devrait pas y en avoir, autour de ce personnage qui a atteint les plus hauts niveaux du succès et de la respectabilité (on l'oublie, mais il était aussi patron du NASDAQ en même temps qu'il dirigeait son faux fonds d'investissement). -
Il faut reconnaître que ça, c'est une des limites du système (du point de vue des donateurs), en tout cas pour ce qui concerne l'élection présidentielle, beaucoup plus médiatisée et "identifiante" que les autres à un niveau personnel: une vieille phrase politique de Washington dit que si vous n'êtes pas capables de prendre l'argent de quelqu'un en le regardant dans les yeux pour lui dire ensuite que vous ne pouvez rien pour lui, et refaire ça à l'élection suivante.... Vous n'avez pas votre place dans ce métier. C'est plus ou moins vrai selon les cas, mais ça, les contributeurs professionnels le savent très bien: la politique est un investissement constant qui ne paie occasionnellement que si on maintient la constance (mais quand ça paie, c'est le jackpot). Le problème est plus dans l'accumulation: accumulation de contributions de toutes formes, accumulation des mille et un mode d'interpénétration des mondes corporate et idéologiques/associatifs/religieux avec la politique, et, surtout, accumulation de tout ceci sur plusieurs décennies. Le tout aboutit à un système caricatural qui crée des déséquilibres d'une ampleur démentielle. Dans l'ensemble cependant, faut pas non plus voir les donations politiques à un candidat systématiquement comme une option d'achat proportionnelle à la donation, surtout si le candidat politique est bon et/ou puissant (de diverses façons): c'est une négociation permanente, et les donateurs recherchent des candidats puissants (donc plus en position de leur dire "merci pour le fric, mais aussi je vous dis un peu merde") parce que ce sont eux qui seront en position d'obtenir quelque chose. Quand on arrive à créer une idéologie grâce à son fric (exemple: le Tea Party), on peut y fourrer des élus débiles qui ne sont rien par eux-mêmes (sauf qu'ils sont bons pour soulever leur électorat particulier et se faire élire) mais existent politiquement par leur groupe. C'est cependant un exercice rarement réussi. Un donateur ne devient cependant pas, en général, un actionnaire du politique qu'il finance: la dialectique soutenant/soutenu obéit à bien plus de logiques que ça (à commencer par la concurrence entre donateurs d'un même élu), même s'il est clair que les contributeurs aux USA en sont venus à peser bien trop lourd, et leurs intérêts convergents (notamment le toujours moins en termes d'impôts et réglementations) à dominer absolument la scène. L'élection présidentielle est une caricature de tout ce qui fout le bourdon et donne de l'espoir dans le système, parce qu'elle est unique, et en soi offre une plate-forme médiatique et populaire avec un attrait inégalé, qui équivaut par sa seule existence à des centaines de millions de dollars dans l'attention. Ca et les prérogatives de l'exécutif, ainsi que le caractère unique de la position, font que c'est une élection infiniment plus concurrentielle que n'importe quelle autre, qui amoindrit par sa nature et son fonctionnement l'emprise que peuvent avoir des intérêts particuliers précis sur la personne élue (beaucoup trop de gens se font concurrence pour l'attention et les faveurs d'une seule personne), lui donnant une plus grande marge de manoeuvre (variable selon les individus, mais aussi en gardant à l'esprit que cet individu doit avoir une majorité voulant bosser avec lui.... C'est là que ça se corse). Cette marge est d'autant plus grande que le personnage lui-même est incontournable et apporte quelque chose dans le processus électoral, assimilable à une image forte par elle-même, et/ou un accès plus grand à l'attention générale (sous forme télévisée ou médiatique au sens large) qui n'a pas à être acheté par des contributions ( ce que Trump et Sanders ont pu se créer, ce que Clinton a par son personnage façonné depuis plus de 20 ans). Mais évidemment c'est la présidence (et l'exécutif en général: à moindre niveau et force, les gouverneurs bénéficient du même effet): c'est particulier. Au niveau des représentants et sénateurs, mais aussi des juges et élus locaux en tous genre, l'argent parle beaucoup plus fort, surtout s'il y en a une avalanche par rapport à l'échelle du "système" politique concerné, et les moyens de contrer le poids de l'argent doivent être singulièrement forts pour éviter d'être totalement submergés, et de nature exceptionnelle (une personne et/ou une organisation qui réussit un tel niveau de popularité/pertinence qu'elle peut gagner quelque chose) pour espérer l'emporter une fois ou plus. Avec le temps, cette personne et/ou ce groupe exceptionnel sont juste une parenthèse par rapport à la norme qui fait gagner le "big money" telle la constance de l'érosion. On ne peut se fonder sur un système qui repose sur l'occasionnel pour dire qu'il est un peu "juste". Inverser une tendance générale demande beaucoup plus.
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Sinon, beaucoup d'enquêtes et études commencent à s'accumuler sur l'électorat trumpiste, et s'il semble réellement difficile d'établir un profil individuel, socio-économique, culturel, sociologique, religieux.... De l'électeur trumpiste, ou des groupes qui composent l'électorat trumpiste (j'aime bien ce mot; ça sonne comme une version handicapée de "trompettiste": bruyant et insupportable et sans rien pour atténuer ou compenser le son agressif), certains traits semblent cependant commun à une partie majoritaire de cet ensemble, bien au-delà de la colère ou de l'envie de voter avec le majeur (cad des motifs "négatifs", ou "antagonistes" vis-à-vis des élites en place et du paradigme politique en vigueur, soit le vote protestataire).... Mais ces traits sont en eux-mêmes peu aisément mesurables et d'ordinaire pas pris en compte, même s'ils font comprendre pourquoi ce vote se tourne plus vers Trump que vers Sanders (même si une partie significative de l'électorat trumpiste n'aurait pas de problème à aller vers Sanders, et si une GRANDE partie a beaucoup en commun avec celui de Sanders). Quels traits? Une plus grande propension aux réflexes liés à l'intolérance raciale, sociale et/ou religieuse (j'utilise des termes plus vagues parce que recouvrant un large spectre de tels réflexes en terme d'intensité de leur ressenti et de leurs manifestations, des plus modérés aux plus radicaux) et, chose qu'on regarde et mesure peu, une plus grande tendance à rechercher la force et un caractère autoritaire dans un candidat (comportement, méthodes, traits de caractère personnels....) et dans la façon dont on veut voir la politique fonctionner. Ce dernier trait est en général beaucoup plus développé dans l'électorat républicain et se définit (selon les chercheurs définissant la chose) comme l'insistance sur la conformité et l'ordre (entendu au sens surtout répressif), la protection des normes sociales (évidemment dites dans l'absolu, mais celles prises en référence, sont le plus souvent celles d'une certaine époque qui se termine dans les années 50-60.... Donc qui favorisent outrageusement des hommes blancs) et la méfiance vis-à-vis de tout ce qui est étranger au "système" souhaité (le terme "outsiders" semble souvent utilisé, ce qui implique une définition vague). Les personnes ainsi inclinées vers "l'autoritarisme" ou des traits autoritaires tendent à afficher une gamme de réactions assez similaires, essentiellement viscérales, quand, pour une raison ou une autre, elles se sentent menacées: le recours à un leader et à des politiques aggressives est ainsi, sans doute à divers degrés, plébiscité. Cela repose beaucoup sur les traits de caractère personnels (du moins qu'il affiche et/ou qu'on perçoit) du dit leader, et repose infiniment plus sur une lecture viscérale de la scène politique, souvent plus liée à la période d'une élection (niveau de menace/insécurité perçue, qu'il s'agisse de sécurité physique, nationale, sociale, économique, spirituelle....) qu'à une stupidité générique (avec ou sans lecture sociale/sociétale de cette "stupidité", même si ce caractère viscéral sera plus présent chez les moins éduqués en moyenne) de l'électeur observé. Et parce que c'est viscéral, et surtout, parce que c'est un rapport personnel au candidat (attachement, recherche de certains traits de caractère), le discours lui-même compte peu: beaucoup de supporters de Trump ne sont pas d'accord avec tout ou partie de ce qu'il proclame (que les migrants mexicains sont des violeurs, qu'il va torturer et tuer les terroristes et toutes leurs familles....) ou ne le croient pas, mais ils s'en foutent parce que la question pour eux est de choisir un leader, un certain type de caractère dont on croit que le candidat l'a. Le reste est du détail, et il semble souvent accepté chez les Trumpistes que la campagne de Trump est du pur show business (qu'on apprécie parce que c'est marrant, mais on y croit pas) pour attirer du monde, et qu'il se comportera différemment au pouvoir. Au final, le mot clé est la CONFIANCE: les électeurs de Trump lui font confiance et se foutent du reste. Il a su la trouver, ou ils font plus confiance à son personnage, souvent en grande partie parce que le reste de la scène politique (Sanders excepté) inspire un niveau de méfiance rarement égalé (et on note que c'est le principal défaut récurrent de la candidature Clinton: "untrustworthy" est le point le plus constant et important lié à son nom). L'idée est que le dit "homme fort" protègera l'électeur aussi contre les politiciens traditionnels qui sont désormais perçus comme un ennemi actif, complice du "système" qui les gruge. Je trouve cette approche fascinante étant donné qu'il s'agit d'une grille de lecture cherchant d'autres critères que ceux sur lesquels on se focalise d'habitude, souvent parce que de tels critères sont plus durs à définir, moins aisés à quantifier simplement. Ils permettent en revanche d'observer, ici en temps réel, des réflexes collectifs et des structurations de l'opinion qui sortent des modèles habituels, mais qui surtout renvoient à d'autres époques (et oui, pas dur de dire lesquelles) et permettent de mieux expliquer ce qui dans les livres d'histoire semble souvent stupide, illogique ou purement haineux. La scène politique américaine actuelle, aidée de la manie de la statistique que les Américains ont à un degré inégalé (y consacrant des moyens hallucinants), nous aide donc à mieux voir et comprendr aussi bien ce qui a pu arriver à d'autres époques que ce qui se passe actuellement en Europe et ailleurs, voire nous menace: comment des électorats qu'on voit d'habitude comme séparés, voire incompatibles, en tout cas pas évidemment réunissables, se réunissent autour d'une cause, d'un homme.... Il n'y a pas que des motifs "négatifs" ou protestataires, et en terme de contenu de programmes politiques ou de politiques souhaitées, il peut y avoir d'énormes différences, et aucune croyance dans ceux qu'affiche le dit "homme providentiel", mais cela compte moins parce que l'essentiel n'est pas forcément là pour beaucoup d'entre eux: l'autoritarisme est en soi un critère de vote et de définition d'un électorat, au moins à certains moments, et un trait qui peut se retrouver comme point commun pas souvent étudié d'un électorat (ici les républicains et assimilables). Souvent évoqué parmi d'autres intuitions souvent théoriques, c'est quelque chose qu'on commence à chiffrer, en termes de proportion d'une population. Est-ce un des points qui différencierait à un niveau fondamental les électorats en colère et anti-système de Trump et Sanders, les rendant de ce fait pas aussi compatibles/comparables qu'on a voulu le dire?
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La primaire démocrate de Caroline du Sud sera gagnée par H Clinton, et Sanders semble avoir anticipé le fait: sa campagne semble entériner le fait qu'ils partent de trop loin derrière Clinton dans un Etat où elle a une image trop forte et trop de relais d'opinions de tous échelons, avec trop peu de temps pour combler la différence.... Du coup, "The Bern" tourne dans les Etats du SuperTesday depuis le début de la semaine: Massachussets, Virginie, Oklahoma et Missouri ont vu le sénateur depuis lundi, dans des salles combles (dans les deux derniers Etats, ultra-conservateurs, il a parlé devant 7000 personnes, avec 2 à 3000 de plus attendant devant les bâtiments pleins à craquer), et il va continuer avec l'Ohio, le Michigan et l'Illinois, soient des Etats qui vont voter entre le 1er et le 15 mars. H Clinton est en tête des sondages dans 8-9 des 11 Etats qui vont voter le 1er mars, avec une marge faible dans la plupart d'entre eux, mais encore 20 points d'avance dans ceux de Caroline du Sud: la stratégie générale fait donc sens, le temps disponible du candidat étant par essence limité. Plus généralement, l'avantage le plus net de Clinton est dans le sud "traditionnel", particulièrement des Etats très peuplés avec de fortes populations issues des minorités, surtout noires (Texas, Georgie, Virginie), soient des Etats pouvant fournir un nombre considérable de délégués. Sanders semble porter sa stratégie sur le midwest et le nord, où son avantage est plus grand et où, plus crûment, la proportion d'électeurs blancs est plus écrasante, plus précisément même, celle de classes moyennes/classe ouvrière blanche (un électorat historiquement clintonien, mais qui semble avoir déserté l'ex-Première Dame).
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J'adore ce site, et c'est l'une de mes références majeure pour ce qu'on trouve sur Internet, principalement pour l'énorme travail de quantification pratique que l'auteur a fourni, et pour l'exégèse utilitaire de Hans Delbrück (lourd à lire, et peu pratique: j'ai pas de bouquin de lui et ne l'ai lu que par passages).Mais j'ai appris à apposer quelques bémols sur ce qu'on y trouve, parce que si on fait pas attention, l'avalanche de données peut nous emporter au point d'adhérer complètement au modèle alors que beaucoup d'hypothèses sur lesquelles il se base ne sont que des conjectures, souvent contestées et contestables (en tout cas très débattues), qui peuvent dans beaucoup de cas changer les données d'un problème dans de grandes proportions. Par exemple, son examen très approfondi des méthodes par lesquelles les unités se relaient en première ligne fait abstraction de la possibilité simple de centuries/cohortes se "passant au travers", ce qui est une méthode qui, dans les armées professionnelles (bon niveau de pratique requis), a traversé les époques tant qu'il y a eu des unités de ligne (et donc une bataille en ligne). Ou encore les effectifs qu'il met dans et hors de la légion, changeant sa taille parfois dans des proportions importantes. Il ajoute par exemple jusqu'à deux cohortes d'infanterie lourde sous la dénomination de guardes du corps (des ex-soldats et/ou mercenaires étrangers embauchés à titre privé par un patron de légion ou le chef d'une armée) et d'Evocatii, alors que selon toute vraisemblance, les Evocatii étaient des vétérans à statut spécial qui resignaient et étaient réintégrés comme soldats, sous-offs ou centurions dans des unités existantes (pas n'importe lesquelles: surtout les bonnes cohortes). Quasiment un millier de combattants en plus! Et qui s'ajoutent à un point très débattu, qui est celui des Antesignani ("ceux qui marchent devant les enseignes") et des Lanciarii ("lanciers"; ceux-ci remplaçant chronologiquement les précédents, ou constituant leur évolution), dont on ne sait pas très bien s'il s'agissait d'effectifs des cohortes existantes qui étaient assignés à des devoirs d'infanterie légère, ou s'il s'agissait d'unités dédiées appartenant à la légion. Comme les Antesignani apparaissent à l'époque de Marius, donc avec les réformes qui unformisent la légion, on peut aussi bien penser qu'il s'agit d'une fonction remplie par le nouveau légionnaire multi-tâche/"universel", une proportion donnée de l'effectif (on parle d'un contubernium par centurie en moyenne) pouvant y étant dédié quand il y en a besoin (en pratique, ça veut dire qu'ils passent en mode "expedimenta" permanent, cad que leur équipement et armure sont mis sur un chariot et qu'ils opèrent en mode léger pour des durées prolongées), ou qu'il s'agit d'un effectif permanent dédié à ces tâches, et représentant un nombre indéterminé de centuries dans une légion. Si ce dernier cas est vrai, alors on a vraiment une faible idée de ce à quoi la légion d'époque Marius/César pouvait ressembler. Le mouvement de re-spécialisation à l'intérieur des légions et des cohortes qu'on voit poindre dès le Ier siècle après JC, qui est le moment où le terme antesignani est remplacé par celui de lanciari, témoigne de l'importance (peu mentionnée dans les ouvrages sur l'histoire militaire romaine, qui s'intéressent en fait souvent peu au "warfare" lui-même, aux détails.... Et peuvent, ce faisant mal réfléchir et faire des erreurs importantes en se fondant sur de mauvaises hypothèses) de ce point pour qui s'intéresse à l'évolution continue du modèle militaire romain (il n'y a pas une "légion du Haut Empire" qui change peu pendant 2 siècles et quelques, mais un changement permanent). Ces lanciari furent un corps d'élite dans chaque légion, infanterie légère, "école à centurions" attestée, guardes du corps de l'officier général, élément de manoeuvre rapide, outil plus autonome.... De vrais commandos apparemment, autant que des unités de pointe en bataille.
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Oui, l'armée romaine codifiait tous ses usages (je crois qu'on en a parlé plus haut dans le topic), mais on n'a pas récupéré grand-chose en la matière. La plupart de ce qui est disponible est reconstitué à partir des multiples sources (écrits, oeuvres d'art et monuments, archéologie....).
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Glandiose!
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C'est HS! Et non, les Jeux n'étaient pas payants: c'était une manifestation pure et simple d'un besoin politique et de la pratique culturelle de l'évergétisme par les gens fortunés et l'Etat (aidé par les finances personnelles de certains élus, notamment les Aediles, curules et plébéiens), et, plus tard, sous l'Empire, quasi exclusivement l'empereur dans la/les capitales (ou, à plus petite échelle dans d'autres villes, la ou les personnes importantes de l'endroit, des ambitieux....). C'est du mécénat à but très lucratif, pas en termes monétaires, mais avec des objectifs politiques: détourner l'attention parfois, favoriser sa carrière, son image personnelle (auctoritas et dignitas) et le renom de sa famille, calmer les colères.... Au bout d'un moment, c'est devenu un acquis sur lequel il aurait été dangereux politiquement de revenir, d'autant plus qu'il faut différencier les jeux entre eux: il y a beaucoup de raisons d'en organiser, certaines étant religieuses et à échéances régulières, tout comme des festivals et célébrations (ludi romani. Lupercalia, Ludi Apollinares.... Les Romains ont une foultitude de telles occasions), d'autres étant plus ponctuelles. Ne pas oublier par exemple que les jeux de gladiateurs sont à l'origine des célébrations funéraires (venues des Etrusques) qu'une personne (ayant les moyens) organise en public pour honorer son défunt; ce n'est qu'au premier siècle avant JC que l'usage en est graduellement détourné pour, de plus en plus, servir une ambition politique et la popularité de quelqu'un, devenant dans ce processus des événements de grande audience, avec beaucoup de gladiateurs (au plus, jusque dans le courant du Ier siècle, on voyait quelques paires de combattants s'affronter). Panem et circenses: le pain et les jeux sont devenus une maxime parce que justement c'étaient des prestations offertes par l'élite pour des raisons politiques (beaucoup) et culturelles (un peu). La ville de Rome, et plus tard celle de Constantinople, avaient ainsi une masse de céréales achetées sur deniers publics (et de riches individus le faisaient aussi) qui étaient donnée aux citoyens votants (en quantités réglementées et sur présentation de documents) ou, selon les époques, vendues à prix coûtant ou cassés, de même que l'Etat achetait plus de blé simplement pour faire baisser les prix à la consommation. C'est ainsi qu'une relative paix civile pouvait être achetée, surtout à partir du IIème siècle avant JC avec le mouvement de polarisation massive des richesses et de prolétarisation de la société qui accompagnent (et sont entre autres éléments une conséquence de) l'expansion territoriale. Donc les jeux, si tu veux, tout comme la théâtralisation de la vie publique (par exemple les trimphes) sont de l'aide sociale et un genre d'abrutissement par le loisir (façon Aldous Huxley), du point de vue du contrôle social, en même temps que des outils politiques pour les ambitieux et/ou le/les dirigeants, et une coutume culturelle (le susmentionné évergétisme) selon laquelle les élites doivent concourir ainsi à la vie civique, culturelle et religieuse. Qu'il s'agisse de jeux gladiatoraux, de courses de chars (de loin le plus populaire des spectacles à Rome), de compétitions d'athlétisme, de grands festins publics, des représentations théâtrales (des mimes et pièces comiques à la tragédie, plus élitiste), de manifestations religieuses de tous types, c'est payé par quelqu'un avec des objectifs bien précis. En revanche, si on mentionne souvent le rôle de la fortune dans les places au cirque ou au théâtre, c'est pour des raisons de rang social: on ne se place pas où on veut dans les spectacles romains, les différents rangs de gradins étant généralement attribués socialement (la plupart des spectacles collectifs sont dans des lieux de type amphithéatrique: cirque, arènes, théâtres....). sénateurs en place, magistrats et équestres,se partagent les meilleures places et les plus visibles (où leur rang peut être ainsi affirmé publiquement), ensuite, c'est par ordre de classe civique/sociale, de la première classe non équestre jusqu'aux "capite censi" (ou proletarii), puis aux affranchis et esclaves. Dans la plupart des lieux, on tend aussi à séparer hommes et femmes sur des places différentes.
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Une interview de la future First Lady la bourgeoise de Trump.... J'avoue halluciner qu'elle ait été 20 ans dans le pays (et dans une famille américaine) et qu'elle soit toujours pas foutue de parler un anglais correct. La note de l'interview, cependant, est le ton général: une pure "puff piece", quasiment du publi-reportage. http://www.msnbc.com/morning-joe/watch/melania-trump-on-her-life-marriage-and-2016-630301251580 On notera aussi la "splendide" déco de chez les Trumps (il manque un émoji qui gerbe).
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On va parler pour la légion "classique" du Haut Empire. Extrêmement variable, étant donné que le terrain (découpé ou ouvert, existence ou non de routes, largeur de celles-ci s'il y en a....) et la composition de l'armée en marche (taille du train, types d'unités, nombre de légions et auxilliaires....) vont dicter les principales contraintes et possibilités pratiques, de même que le lieu traversé (territoire hostile ou ami, type d'ennemi....) va aussi conditionner l'ordre choisi. Par exemple, en terrain ouvert avec un ennemi pas loin, l'agment quadratum était une option, soit réunir l'armée, qu'il s'agisse d'une légion ou, plus souvent, plusieurs d'entre elles, en un gigantesque carré mobile au coeur duquel on mettait le train, avec la cavalerie et l'infanterie légère chargées de l'avant-garde et des flancs gardes. L'ordre typique de marche pour une légion est de tout articuler autour du train (celui de la légion, et le bagage des cohortes/centuries) et du commandement: le premier définit le centre, et le commandement marche devant lui (avec son propre bagage en chariots, souvent assez conséquent), avec les enseignes en tête. Les cohortes se répartiront, par défaut, en nombre équitable devant et derrière (4 et 4, plus une à l'avant garde et une à l'arrière, qui mettent un peu de distance), avec un ordonnancement qui doit prendre en compte plusieurs contraintes (hors de celles des circonstances précises de l'endroit): - répartition des cohortes expérimentées et des "jeunes" au cas où il faille former la ligne de bataille directement à partir de l'ordre de marche, sans temps de réagencement des unités - les cohortes expérimentées ont une priorité pour être devant le plus possible (l'ordre des cohortes dans la colonne est changé quotidiennement, mais en tenant compte de ce facteur: gageons que les unités de jeunes ne sont jamais en tête de colonne): c'est un privilège (on y bouffe moins de poussière) et, par défaut, on part du principe qu'on "place" l'adversaire sur la gauche, les troupes les plus en avant étant du coup prêtes à former l'aile droite (la plus forte). C'est moins contraignant dans l'armée romaine que dans d'autres de l'Antiquité, étant donné le niveau d'entraînement et la plus grande capacité manoeuvrière (l'unité peut se réordonner plus vite). - le commandement doit être à portée à peu près équivalente en terme de temps de transmissions d'ordres en urgence. Il se subdivise du coup entre un commandement central, un de l'avant (en tête de la première cohorte du "peloton central") et un de l'arrière (en queue de peloton) - la formation typique d'une cohorte sur une route est de 6h de front (donc des files de 80h, le tout devant représenter autour de 120-130m) - arrière et avant-garde s'articulent par défaut autour d'une cohorte chacunes, auxquelles s'adjoignent les troupes légères disponibles (mais n'appartenant pas à la légion si on parle du Haut Empire) et de la cavalerie (qui jouera plus un rôle d'éclairage et de transmission, donc en petits paquets au-devant des fantassins) - les flancs gardes seront plus souvent de la cavalerie Sur un terrain relativement plat et sans ennemi à proximité (donc avec choix d'un ordre moins resserré), la colonne d'une légion en marche doit représenter environs 2,5km, dont 1500-1800m pour le gros de la troupe.
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On notera aussi que l'un des grands changements survient à partir du IIème siècle, et doit être complet vers la fin du IIIème: graduellement, l'infanterie de ligne passe à l'épée longue (spatha), une arme gauloise passée rapidement comme l'arme dominante de la cavalerie romaine au Ier siècle, une arme qui permet une escrime plus variée, et l'accompagne d'un clipeus, un bouclier lenticulaire ((ou rond) reprenant des modèles plus antiques, le scutum (et les variations de forme et taille qu'il a connu avec le temps, de grand ovale incurvé à la tuile rectangulaire, entre autres) disparaissant ou ayant un moindre rôle. Le clipeus, lui, se tient avec une sangle et une poignée verticales, donc l'avant-bras à l'horizontale. Ce changement accompagne le passage au combat dit "paraphalangique" de la ligne, cad reprenant partiellement des modes opératoires d'une phalange à l'échelon de la cohorte, où les premiers rangs, désormais très blindés (ergo, le besoin d'un bouclier plus grand et lourd est moindre), se servent d'abord d'une lance d'arrêt, tout en gardant une capacité de tir pré-contact, via les 4-5 plumbatae (dards plombés, sortes de petites lances de 50-60cm avec un fer très pointu et un plomb au milieu) qui sont accrochés à l'intérieur du bouclier. Ce clipeus est plat (contairement au scutum), ce qui permet au soldat de tenir un objet long dans la main portant le bouclier, comme le faisait depuis longtemps la parma des troupes auxilliaires (bouclier rond et plat initialement fait pour les vélites sous la république), dont le clipeus est une évolution plus lourde. Ce changement a été très important pour ce qui concerne le légionnaire (et les auxiliaires d'infanterie lourde, la distinction entre unités d'échelon cohorte disparaissant de fait à cette époque et les anciens noms devenant plus des choses "de tradition"), mais à l'échelon de l'unité, ça n'a pas l'air d'avoir changé les variations tactiques des formations en ordre dense, bien que spontanément, il me semble que le changement de grip ne puisse pas ne pas avoir d'impact. Je cherche juste lequel.
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Oui, et surtout, poing vers le bas pour tenir le bouclier en défense, ça veut aussi dire poing vers l'avant pour l'utiliser pendant les passes d'armes (le poing étant alors prolongé de 40 à 50cm de bouclier avec du métal parfois affuté au bout): comme je l'ai précisé plus haut, on a une très mauvaise image de l'escrime du légionnaire, pensant spontanément que le bouclier se tient passivement sur le flanc et que seul le bras armé combat, alors que c'est une escrime utilisant les deux bras de manière tout aussi active, le gladius étant trop court pour faire une vraie passe d'arme. Et un vrai combat ne ressemble pas à ce qu'on peut voir dans les péplums où soit on a deux gars sans boucliers qui nous font de l'escrime comme s'ils avaient des rapières (un syndrôme qu'on voit souvent aussi avec des épées médiévales), ou des gars avec boucliers qui se tapent sur le bouclier comme s'ils avaient des masses d'armes (le tranchant s'émousse TRES vite si on joue à ça). Le bouclier est ce qui sert à maintenir la distance ou créer/refuser une ouverture, à menacer (du tranchant ou de l'umbo, la bosse métallique au milieu), à faire le choc ou l'encaisser, à parer/désarmer (si on se démerde bien).... Le gladius a une capacité limitée pour parer, et sert essentiellement à menacer/feinter et frapper.
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Je doute d'abord de la possibilité pratique de la pratique ambidextre du combat gladius/scutum: c'est un apprentissage long et très dur, qui doit avoir tendance à sérieusement impliquer la mémoire musculaire des gestes combinant le maniement parallèle du glaive et du bouclier dans une escrime complexe reposant sur les deux. On ne s'escrime pas tellement avec un gladius seul, une arme somme toute courte -même si sa taille varie-: essaie de faire un combat sans bouclier entre 2 porteurs, et tu auras vite à peu près la même chose qu'un duel au couteau, à savoir un corps à corps avec arme blanche. Le bouclier est ce qui permet de maintenir la distance qu'on veut (la rallonger ou la raccourcir quand on le choisit), parer et menacer, frapper.... C'est beaucoup trop poussé comme art pour que l'ambidextrie soit une possibilité physique à part peut-être pour quelques "mutants" surdoués du combat, et des ambidextres naturels travaillant les deux possibilités. Mais de toute façon, comme dans toutes les formations d'infanterie ordonnées de l'Antiquité, l'une des choses importantes dans une légion/cohorte/centurie est que tout le monde porte le truc du même côté. Les formations serrées spécifiques comme la tortue ou le cuneus d'attaque doivent voir des légionnaires sur le flanc droit changer leur bouclier de main, mais c'est pour des raisons de protection de la formation seulement, et leur capacité offensive individuelle chute quand ils le font, le point étant dans ce cas qu'ils se mettent entièrement au service de l'ensemble. L'alternative était que les hommes ne changent pas leur équipement de main et se tournent complètement pour garder leur capacité offensive: dans une tortue, ça veut notamment dire que ceux à droite et à l'arrière marchent de côté ou à reculons. Mais gardons bien à l'esprit que c'est vrai aussi bien pour la phalange que pour la cohorte: le flanc droit est naturellement plus exposé, ce pourquoi une formation serrée (bien plus les phalangistes non macédoniens que les légionnaires, dont l'ordre normal est plus dispersé et reposant moins sur un effet collectif de pack façon rugby) a une tendance naturelle à tourner, ceux plus exposés (à droite) ayant une propension à se décaler vers la gauche et le couvert du bouclier de leur voisin immédiat (effet collectif: 2 formations confrontées tendent naturellement à tourner dans le sens contraire des aiguilles d'une montre à cause de ce décalage, à moins qu'on place des gardes fous efficaces). Le rôle de ceux à droite (traditionnellement dans l'Antiquité méditerranéenne, c'est là qu'on met les plus forts) est de limiter cette dérive (c'est aussi pour cela qu'on met le centurion devant et à droite de la centurie), mais c'est aussi les mettre à la place la plus exposée. En revanche, dans l'ordre de base romain, plus dispersé, cette tendance est moindre puisque cela repose plus sur une organisation de combats individuels (mais de façon appuyée et encadrée) que sur une poussée collective. C'est juste dans les mouvements de formations serrées que ces logiques fondamentales reprennent leurs droits. En plus, pour la question de changement de main: en cours de combat, c'est sans doute pas un exercice auquel tu dois vouloir te livrer: le bouclier du légionnaire est une tuile tenue avec l'avant-bras vertical (poing vers le bas, coude en haut), qui ne te permets déjà pas de tenir quoi que ce soit (la main serre la poignée, le coude est dans une sangle, et la courbure empêche de tenir un objet un peu long) mais demande son lot de force permanente par rapport au bras portant le gladius. J'imagine que l'entraînement, comme évoqué plus haut, spécialise un peu le corps tout en formant la mémoire musculaire (bras gauche plus apte à l'effort long, bras droit plus apte aux mouvements explosifs).
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Faudrait que tu simplifies un peu: j'ai du mal à vraiment saisir l'intégralité de ton idée (je pense piger l'idée générale). Déjà, pour parler avec le même vocabulaire: - l'unité à partir de laquelle il faut penser le combat au contact des romains, c'est la centurie (c'est elle que tu évoques comme "section"?), soit, pour le Haut Empire, un groupe de 80h (10 groupes de 8h appelés contubernium, le "groupe de combat" de base) disposé en général sur 4 ou 8 rangs (profondeur), et donc sur 20 à 10 files (nombre d'hommes de front, "largeur" de l'unité), le but étant d'avoir des files composées par des hommes liés à ce niveau (avoir ses potes derrière et/ou devant soi) - l'unité à partir de laquelle il faut penser la tactique romaine de base, c'est la cohorte, soit un groupe de 6 centuries, dont le dispositif standard est de 3 centuries devant et 3 centuries derrière Le "créneau", tel que tu l'évoques et que je le comprends, c'est, au niveau d'une ligne de combat, le cuneus ("coin"): une partie du front s'avance par rapport à la ligne générale afin "d'enfoncer un coin" dans la ligne adverse. Au niveau des unités concrètes, cela peut être fait à diverses échelles: une cohorte ou une centurie, généralement. Une telle unité, avec quelques autres juste derrière, se forment en un grand triangle d'unités (une en tête, une sur chaque côté, en retrait -pour empêcher que l'unité avancée soit pressée sur ses flancs exposés-, une derrière pour appuyer -aider à la poussée s'il le faut, être prêt à remplacer, fournir du tir) pour pour réaliser cet enfoncement qui permet, s'il réussit, de "percer" le front adverse et de rentrer dans la profondeur de sa ligne. Une fois cette étape acquise, il y a donc un réservoir d'hommes pouvant prendre de flanc et de face une partie du front ennemi, voire percer la première ligne adverse et l'enfiler par derrière (sans vaseline). Réalise cela en plusieurs points espacés judicieusement, et tu as tes "créneaux" qui peuvent sectionner le front de l'adversaire et démolir son unité. Tu peux aussi réaliser cela à petite et grande échelle: - à grande échelle, tu agglomères un tas de centuries pour former un grand éperon destiné à créer la percée, pendant que le reste de la ligne occupe le reste de la ligne adverse et l'empêche de se refermer sur les flancs de l'éperon. A l'échelle d'une grande ligne de bataille, ça doit être TRES compliqué à réaliser: malgré tout l'entraînement du monde, garder bien droite une ligne qui commence à dépasser plusieurs centaines de mètres (voire plus d'un millier) avec beaucoup d'unités individuelles en mouvement (faites d'hommes qui n'ont que leur champ de vision limité -et handicapé par la poussière- pour jauger de l'alignement) sur un terrain rarement plat et souvent encombré (caillasse, cadavres, équipement lâché), faut oser et/ou être très sûr de son coup. Ce genre de trucs se fera plus souvent sur les ailes (généralement après que les cavaleries se soient fritées et qu'une ait pu créer une telle fenêtre d'opportunité), avec des réserves (pures réserves, ou des éléments de la 2ème ou 3ème ligne) ordonnées en colonnes. - à petite échelle, c'est un petit groupe de soldat qui essaie ainsi de briser l'alignement ennemi en se formant en petit coin (ça peut être juste quelques hommes): l'ordre serré (tortue (peu efficace pour combattre-, ou juste des mecs joignant leurs boucliers et avançant en formation triangulaire -et non, il doit pas faire bon être l'homme seul à la tête du triangle) est alors nécessaire pour ce genre d'aventure. Ca, c'est le principe même de la tactique offensive romaine quand on décide de ne pas compter sur l'avance lente en ligne ou la ligne statique se contentant de tenir (combat d'attrition, pour lequel les romains sont rôdés via leur système de rotation "multicouche" et la préparation de leurs troupes). Mais le combat en unité est une science chez les Romains: un front de centurie n'est pas un mur continu, dans la formation de base. L'ordre de base et dominant de la 2ème Guerre Punique jusqu'au IIème siècle après JC, c'est (comme indiqué plus haut) une centurie où les hommes laissent environs 90cm entre eux (et où le premier rang se décale d'un pas de côté par rapport aux files du reste de l'unité) pour pouvoir pratiquer une escrime complexe. Ceux du deuxième rang couvrent le flanc vulnérable et s'occupent des adversaires qui se glissent entre 2h de front. On se regroupe densément si une charge adverse dangereuse se profile (et pour la cavalerie), ou pour mener sa propre charge si c'est ordonné (ou sa propre manoeuvre de petite échelle si le centurion commandant la cohorte le juge pertinent), mais par défaut, les 3 pieds de séparation sont le mode de combat préféré. La tortue, qu'on a comme représentation très visuelle, n'est pas un truc très pratique: c'est bon pour manoeuvrer de façon protégée (vers une fortification, dans la manoeuvre sur les ailes contre un adversaire qui lance beaucoup de projectiles), mais pas pour combattre (on ne peut pas vraiment frapper; les pila ou lances sont pointés et fermement tenus, mais c'est très statique et on peut pas vraiment viser ou piquer fort); au milieu de la ligne, si en former une est utile (je vois pas beaucoup de cas où ça peut l'être), ce sont des unités situées en arrière qui le feront. Une fois qu'on a manoeuvré pour s'approcher, généralement, la tortue est abandonnée pour adopter une formation plus apte à l'attaque. Pour le reste, en version statique, c'est une formation défensive. Sauf que le pilum est une arme à portée très limitée: 25-30m de portée réellement efficace à tout péter (mieux vaut compter sur 15-20m): quand tu es à cette distance et que tu es au premier rang, tu n'auras généralement pas le temps d'en lancer un deuxième, parce que ça va devenir très intime, très très vite. Et comme ça devient intime pour les 2 premiers rangs, ça veut dire que l'adversaire est aussi plus près pour les rangs juste derrière. C'est juste que la densité de la formation rend le tir moins efficace, parce que les rangs sont séparés d'environs 1,8m (6 pieds romains), ce qui est le strict minimum syndical pour pouvoir produire un lancer avec un peu d'élan, qui donne assez de force au pilum pour faire sa parabole. C'est pas la panacée (il vaut mieux pouvoir faire quelques enjambées et pouvoir produire un bon mouvement de bras accompagné par le corps), mais ça peut produire un effet. Mais à ce moment là, les deux premiers rangs sont très occupés par le corps à corps. De plus, le meilleur usage du pilum, c'est précisément comme préalable au premier contact, afin de fragiliser le premier rang adverse en tuant/incapacitant autant que possible, mais aussi en plantant son truc dans les boucliers (le pilum étant calculé pour se déformer à l'impact, pénétrer profondément ET être chiant à enlever) dont les porteurs doivent du coup se débarrasser. Une fois les unités au contact, la possibilité est moindre (à moins que le contact soit rompu et qu'un peu de distance se recrée), et les tirs de pilum par les 2 à 6 rangs non engagés de l'unité de première ligne ne sont plus que des tirs d'appui, visant "la masse" de l'unité adverse (essayant de créer une grêle permanente/occasionnelle faisant des pertes, forçant les rangs arrière ennemis à se protéger et à ne pas aider leurs hommes de front....). Cette utilité maximale du pilum, c'est avant tout lié à un court moment juste avant le contact, et cela joue avant tout par l'effet de lancements en masse, en vagues groupées. En plus, je suis pas si sûr que ce serait très facile de passer les pilae vers l'avant: c'est déjà très difficile de garder une unité de 80h dans un bon alignement, de la faire marcher à la même allure en gardant les mêmes espaces de combat, le tout de façon coordonnée avec les autres unités de front. Faire passer les trucs pendant la marche, alors que de toute façon on est à 20-25m quand partent les premiers pilae,... Même s'il y avait le temps pour plus qu'une ou deux vagues, je pense pas que ce serait faisable, ou en tout cas recommandé. Le but des hommes de tête, s'est de se débarrasser (avec efficacité) du pilum pour dégainer au plus vite leur gladius et se mettre en position de combat. Tu peux faire 2 vagues de lancer (la contrainte: la distance minimale dont a besoin un pilum pour faire sa parabole et tomber avec force), et si ton unité est bonne, peut-être une troisième avec ton 3ème rang qui fera à ce stade du tir direct (5-7m) s'il est assez rapide pour repasser derrière ou devenir le premier rang.... Mais ça laisse vraiment peu de marge pour se remettre en position alignée (le lancer a tendance à désolidariser le rang qui tire en tête) et dégainer son épée. A 5-7m de la ligne ennemie, faut de sacrées couilles et de la glace dans les veines pour risquer ce genre de trucs.
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Y'a pas vraiment beaucoup de statistiques: la seule que je connais en la matière est l'estimation sur la proportion de légionnaires qui finiront leur contrat sous le Haut Empire (Ier-IIème siècles), cad à la période de plus grande puissance relative de l'histoire romaine, où, malgré quelques guerres très sérieuses et meurtrières (soulèvements batave, juifs-y'en a eu plusieurs- et illyriens, guerres marcomaniques et contre les parthes, conquêtes de la Dacie et de la Bretagne -plus les opérations en Ecosse pour cette dernière-, et quelques guerres civiles contre des usurpateurs -est usurpateur celui qui perd-, essentiellement lors de l'année des 4 empereurs -en 69- et lors de l'année des 5 empereurs -193), la stabilité et la capacité à gérer les menaces furent les plus élevées, ce qui témoignait de la plus grande marge de supériorité militaire qu'ait eu Rome. A cette période, un légionnaire commençant sa carrière (vers 18 ans) avait une chance sur deux d'arriver vivant ou entier au terme de son contrat (contrat = 16 ans au début du Ier siècle, 20 au milieu, 24 à la fin du siècle et de façon continue après). Cette statistique inclue les morts, les blessés non récupérables, mais aussi les exécutés et ceux chassés de l'armée. Mais les chances de survie du tiro (le bleu parfait, celui qui sort de l'entraînement et se trouve intégré à une cohorte de bleus) dans sa première bataille, je doute que quelqu'un puisse te sortir quoique ce soit qui approche une estimation même vaguement juste. Je peux cependant dire que le pourcentage devait être élevé dans la plupart des cas: - précisément en raison de la marge de supériorité militaire de Rome au moins à cette époque, - en raison du fait que les engagements des cohortes de bleus se faisaient de manière encadrée et pensée, précisément pour les introduire graduellement aux réalités du combat en ligne (et ne pas risquer de les voir s'effondrer rapidement et casser la ligne): concentrer les bleus dans certaines cohortes permettait de les intercaler entre des cohortes plus expérimentées, et le dispositif en triplex acies (trois rangs de cohortes: les armées romaines préféraient culturellement la profondeur des rangs à l'extension de la ligne de bataille, pour favoriser la résilience, optimiser les rotations de troupes et maximiser les réserves) permettait de les retirer en cas de problème et de les remplacer par une unité placée derrière. - aussi parce que l'usage, à partir de l'époque impériale, est plus d'utiliser majoritairement les unités expérimentées qu'on déplace d'un point à l'autre de l'empire quand on veut faire une expédition, ce qui fait que quand on veut réprimer un soulèvement ou partir au-delà de la frontière, on amène un tas de troupes de bonne ou grande valeur d'un peu partout, et on les ajoute aux troupes de l'endroit, qui elles incluent des bleus, mais dont la proportion devient du coup réduite. Certains sont laissés dans le/les camps permanents (la frontière doit garder un minimum de surveillance), même si la majorité de ceux qui restent sont plutôt les anciens, ceux qui en sont aux 4 dernières années du contrat (ces 4 années sont réservées à des postes moins exposés), mais la majorité des jeunes part avec l'expédition, où ils peuvent être très encadrés et appuyés, tant ils sont en proportion réduite dans la masse de l'armée de campagne, ce qui permet de leur faire acquérir de l'expérience dans de bonnes conditions, avec un facteur de risque amoindri. L'organisation du système (du moins tant qu'il n'est pas dépassé par une urgence militaire trop importante, genre invasions partout et en grande quantité) permet ainsi un aguerrissement progressif du début à la fin de la carrière, et un important niveau de soutien mutuel des unités et sous-unités..... Parce que c'est pensé pour. Je crois que j'ai fait un post significatif dessus, en page 1 ou 2. EDIT: j'ai vérifié, c'est en page 1, mon 3ème post, sur les archers et les armes de jet.
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Un journaliste s'est enfin décidé ce matin à employer publiquement le terme de "word salad" pour qualifier le discours de Trump, passant au moins une minute entière à démonter quelques exemples de propos dans ce discours.... Avant de vite vite revenir au commentaire de la course et des querelles entre candidats.... Oufff! Pendant une minute, on aurait presque cru qu'il allait commencer à faire du journalisme; c'est pas passé loin! S'il avait été sur Fox, il aurait été viré dans l'heure. Chez Roger Ayles et Rupert Murdoch, on n'est pas si coulants (enfin, en fait si, ils sont si coulants: autant qu'une diarrhée bien fraîche).
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Oui, les Presbytériens, essentiellement, c'est l'Anglicanisme sans le monarque d'Angleterre comme chef.... Ah non, merde! Ca, c'est les Episcopaliens ("the catholics light: all the rites for half the guilt" selon Robin Williams: "les catholiques light: tous les rites pour la moitié de la culpabilité"). On s'y perd vite, dans les dénominations, rites, croyances.... Aux USA. Pour les primaires, Sanders est maintenant à un moment difficile, pas tellement à cause du Nevada (qui a aidé Clinton, mais pas plombé Sanders), mais parce que le rythme de la campagne s'accélère, ce qui lui laisse peu de temps pour chaque Etat, alors qu'il est encore assez peu connu et a peu de connections dans les groupes, organisations et communautés d'échelon local et étatique qu'il courtise; en Iowa et dans le NH, il avait eu du temps pour faire la campagne au sol, mais maintenant, le tempo est vraiment beaucoup plus serré, et le SuperTuesday, c'est beaucoup d'Etats sur lesquels il ne peut pas faire le même effort que dans les deux premiers early states. Il a certes lancé un impressionnant "groundwork" dans tous les Etats depuis longtemps, mais ce n'est pas la même chose qu'en personne. Sa nouvelle notoriété nationale va jouer, mais Clinton est partie sur ce plan aussi avec beaucoup d'avance. Un chiffre intéressant sur la campagne démocrate: 60% des contributeurs à la campagne Clinton ont atteint leur plafond et ne peuvent donc plus rien donner (sauf aux SuperPACs qui la soutiennent, ce qui n'est pas la même chose, et ne sauvera pas une campagne qui se retrouverait sans fric), contre 2% de ceux de Sanders, qui sont, en outre, beaucoup, vraiment beaucoup plus nombreux. Ca, c'est pour le "hard money"; côté SuperPACs, Clinton est plus que blindée, même si ce n'est pas un outil offrant les mêmes possibilités. Ceci dit, le problème pour Sanders est que si ses contributeurs sont très motivés par sa candidature, il doit donner l'impression qu'il peut gagner: si ces mêmes donneurs devaient sentir que le vent tourne et que c'est une cause perdue, malgré leurs préférences, ils cesseraient de donner.
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Et moi je me prononce solennellement; je dis que ce sera un mardi, pas un jeudi! Je suis catégorique, les astres ont parlé! Je gagne quoi si j'ai bon? "Being Canadian, we just went to the doctor to have our feelings checked..... For free". Toujours! La plupart des Eglises et organisations religieuses (surtout chrétiennes et juives) prennent toujours parti; c'est plus sensible au niveau local ou d'Etat, toutes les organisations n'ayant pas forcément la même visibilité et le même niveau d'organisation au niveau national, voire de figure de proue particulièrement visible. Mais côté militantisme, diffusion d'un message/candidat là où le culte est rendu, auprès des fidèles, activisme communautaire, collecte de fond.... C'est très actif.
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on aurait pas un problème de commandement?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cracou dans Histoire militaire
J'avoue que je mêle l'âge à ça pour bien des raisons: - il y a certes la génération où la formation et le formatage ont eu lieu - il y a l'effet accumulé de l'expérience, surtout d'une expérience particulière (un officier couvre toujours plus certaines spécialités et lieux d'action que d'autres), qui aiguille plus vers une forme de pensée, un cadre de référence, des comportements ainsi "pré-programmés" que vers d'autres, et qui teintent le caractère et la matrice intellectuelle (en bien et en mal, mais de façon imperceptible -surtout du point de vue du dit officier- mais de façon souvent rigide -plus ou moins selon les individus, mais avec une tendance à plus quand l'âge, la validation de carrière et l'expérience accumulée augmentent) - et il y a le facteur individuel, biologique et psychologique: la plasticité du cerveau diminue, surtout passé 50 ans (en temps de relative paix, un âge que la plupart des officiers généraux et décideurs dépassent), l'aptitude à se remettre en question et à accepter l'avis d'autres personnes, surtout plus jeunes, est infiniment moindre, la vue du monde est moins évolutive, on apprend moins vite et moins bien (et on a tendance à moins vouloir apprendre, consciemment ou non), on tend à n'apprendre que ce qu'on veut apprendre de nouveau (surtout dans la limite où ça ne peut pas impacter nos vues et cadres plus fondamentaux, réduisant toute nouveauté à du détail, du gadget, du changement mineur).... Beaucoup de choses qu'une culture déjà à la base très hiérarchique (et elle peut l'être beaucoup plus dans certaines armées que dans d'autres) avec une tendance à la vie et pensée en vase clos (pareil: plus ou moins selon les armées), ne va pas aider. Donc c'est en réfléchissant ainsi que le facteur de l'âge moyen chez les responsables et décideurs m'a paru important. -
on aurait pas un problème de commandement?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cracou dans Histoire militaire
Je constate la polémique, dont il me semble qu'elle avait déjà été abordée dans un topic (je ne sais plus lequel) de la même section "histoire" il y a un bail (par moi, en plus, je crois), et pour éviter de rentrer dans les querelles d'exemples dont on sait qu'elles sont sans fin si chaque protagoniste s'est braqué dans son opinion avant la discussion, je me demandais s'il était possible de trouver des "indicateurs" permettant de relever des spécificités aux commandements de diverses nations à diverses périodes, voir de trouver des constantes (puisque c'est de ça qu'il s'agit). J'ai du mal à voir des choses qu'on pourrait mesurer objectivement, évidemment, mais je pensais plus à quelques critères par lesquels on pourrait jauger à la louche d'un corps d'officiers et de ce qu'il "produit", plutôt que de parler de "qualité" en général, voire de décréter qui est un con, qui un à plat-ventriste, qui un attentiste, souvent de façon assez péremptoire, et qui plus est en se fondant sur le critère arbitraire des succès et échecs globaux qui sont souvent dépendants de trop de facteurs hors du champ d'action du/des officiers concernés par l'analyse, voire de facteurs difficilement visibles, pour qu'une saine analyse de la faute puisse être possible. C'est plus facile de jauger de l'action des bas officiers au niveau de la petite tactique, ça se complique beaucoup et très vite à plus haut échelon. Donc, sans prétendre avoir une liste exhaustive, je propose les quelques indicateurs/repères/grille d'analyse/angles de vue auxquels j'ai pu penser, qui me semblent des éléments clés pour un corps de commandement: - capacité à la remise en question et à une bonne analyse du retour d'expérience: cela englobe beaucoup d'aspects de culture et de mentalité, de psychologie qu'on favorise en interne et dans les cursus de formation (ouverture, moindre dogmatisme, apprentissage de l'incertitude, refus des recettes toutes faites, sens de l'improvisation....), mais aussi les organisations concrètes au sein des armées qui peuvent adresser divers aspects liés à cette problématique, des analyses à l'expérimentation en passant par la doctrine. Et évidemment, la façon dont ces organisations interagissent au profit de l'ensemble. - tendance à la centralisation, à la compartimentalisation et au micromanagement; là, et peut-être que je suis moins objectif, il me semble que cet élément, s'il est présent dans toutes les armées de toutes les époques, a un développement particulier en France où se maintient durablement depuis le début du XXème siècle une tendance supérieure dans ces registres par rapport à d'autres armées, peut-être en réaction à la culture plus "décentrée" de la prise de décision et de l'initiative qui existait au XIXème siècle, surtout en héritage de la période révolutionnaire, peut-être par traumatisme de la 1ère GM et de l'industrialisation nécessaire des mentalités que la conduite de la guerre a produite (notamment via la subordination aux priorités de l'artillerie et de la logistique, outils nécessitant des chefs d'orchestres dictatoriaux, mais aussi par la contrainte technologique des modes de communication de l'époque: téléphone/télégraphe beaucoup plus que radios -disponibles en trop faible nombre et de faible capacité-, messagers.... Soient des procédés peu décentralisants). La conduite de la guerre en 1940, vue sous l'angle de l'organisation des divers échelons de haut commandement, me semble à cet égard un manuel d'instruction de ce qu'il ne faut pas faire, de la façon dont il ne faut pas penser et s'organiser, de la mentalité et de la culture institutionnelle à ne pas avoir. Plus largement, on pourrait trouver un indicateur dans la culture de la communication interne: sa quantité, sa qualité, son degré d'ouverture (communication multi-sens: de horizontale et verticale, dans les deux sens, droit à la critique du supérieur et à la parole....) qui tendent à limiter les effets néfastes d'une culture trop hiérarchique qui tend à devenir culturelle. Ainsi, par exemple, dans le militaire comme dans le civil, on peut voir une nette différence selon les pays dans les réunions de travail; en France, moins qu'au Japon mais plus qu'aux USA, la réunion est plus souvent une validation des choix du chef (donc une perte de temps puisque rien ne change) qu'une discussion ou une confrontation de propositions et de vues. La production y est prédéterminée et le fait d'exiger tacitement l'approbation (voire la louange) a tendance à rendre les subordonnés passifs (voire cyniques ou pleins de rancoeur) et à conforter les décideurs dans leur bonne opinion d'eux-mêmes, qu'elle soit justifiée ou non. Avant la confrontation à l'adversaire, le décideur doit se confronter à d'autres vues. Par ailleurs, le prolongement de cette culture, c'est un moindre sentiment d'être dans la même barque, ou de réellement participer à la vue d'ensemble: on se la fait imposer (=moins d'attention, ou d'adhésion). Dans une organisation hiérarchique, cela peut vite exacerber un tas d'effets pervers (inévitables, mais à moindre degré) et créer une culture qu'on retrouve du haut au bas de la pyramide (et plus on est bas, plus on est détaché parce que sans choix ou compréhension, donc capacité d'adhérer pleinement au "projet"). - esprit de caste et de caballes: c'est plus un critère de sélection pour les nouveaux entrants, les promotions et les attributions de postes sur des critères sociaux, de communauté d'opinion, d'amitiés et complicités, de petite politique interne d'une institution, de querelles d'égos et de clans.... Mais aussi, comme corollaire de l'esprit de corps, la façon dont l'organisation peut nier des responsabilités, des fautes, voire des crimes par solidarité face au "monde extérieur" (politique, société, groupe d'opinion.... Ou face à la simple réalité comme un échec, une défaite, une connerie.... Renforçant ainsi la fiction de son "roman interne", une chose nécessaire pour le sentiment d'appartenance et l'image de soi, mais qui peut aller trop loin dans l'illusion). On serre les rangs, on nie, on fait sa sauce dans son coin, on a d'autres priorités (avancement de soi et "des siens" notamment, idée personnelle de soi-même, de l'armée et du pays....) et on dit merde aux non initiés et à ceux qui sont pas dans le moule.... Qu'on a créé et qu'on modifie d'ailleurs tous les jours un peu plus (la seule histoire du bizuthage est un petit exemple de ce fonctionnement: d'années en années, il tend à être pire alors qu'on dit qu'on "maintient la tradition", jusqu'à ce que quelque chose de vraiment grave arrive et/ou que quelqu'un calme le jeu). - sélection des profils, particulièrement pour les officiers médians et généraux: c'est la tendance à la reproduction sociale et/ou psychologique, à la "pensée unique", dans le cadre du recrutement, de la promotion et des attributions de postes (surtout à responsabilité, donc les commandements). C'est aussi, par extension (et en combinaison avec le premier indicateur mentionné), la capacité à virer, à casser, à foutre au placard pour les bonnes raisons. Le début des guerres révolutionnaires et ceux de la guerre de 14, tout comme la conduite américaine de la 2ème GM ont un point commun: l'absence totale d'hésitation à tronçonner des officiers généraux et chefs d'unités, parfois à cadence industrielle; parfois avec des abus (surtout en France en 1792-93), mais généralement via un bon processus. J'ai un article américaine sur la grande évolution dans ce domaine entre la 2ème GM, où cette culture, apparemment portée à bout de bras par Marshall (et au scandale du reste de l'institution militaire), a beaucoup fonctionné, et les guerres suivantes où ça n'a fait que se dégrader: en Corée, il en fallait beaucoup plus pour déboulonner un général, et au Vietnam, les USA en sont arrivés à la quintessence de l'institution qui couvre le cul des siens dans un entre-soi souvent choquant - le niveau de bureaucratie et la responsabilisation: quand il y a trop de diffusion de la responsabilité, des grandes et petites choses, que l'administration et la prise de décision deviennent des processus trop complexes liés à trop de monde (au point que ça devient littéralement personne), que couvrir son cul devient non seulement la priorité (ça, c'est partout et tout le temps pour beaucoup de monde) mais aussi facile, et d'autant plus quand il y a une proportion importante d'officiers qui deviennent des professionnels des bureaux. Ce n'est sans doute pas très objectif, mais à votre avis, l'âge moyen des officiers médians/généraux peut-il aussi être un facteur de jugement? En référence aux critères mentionnés sur la sélection et la variété des profils, et la capacité d'adaptation et d'analyse/acceptation des retex, qui se confondent en partie avec le renouvellement des cadres en général, peut-on penser que, malgré la valeur de l'expérience et l'irremplaçable, voire insurpassable, qualité de certains anciens, un âge moyen élevé chez les décideurs est plutôt un indicateur fiable d'un problème? L'armée française de 1790-91, tout comme l'armée prussienne de 1806-1813 ou les armées françaises et anglaises de 1914 et 1940, sont des gérontocraties, par exemple. -
A noter que la participation a été bonne, excellente même, mais nettement derrière celle de 2008 (début du système de caucus dans le Nevada, et "effet Obama"): Sanders crée un afflux élevé, mais pas encore assez. Les observateurs sont d'accord pour dire que s'il y avait eu 5% de participation en plus Sanders l'aurait emporté, son avantage chez les primo-participants et les lassés/désillusionnés de la politique étant écrasant.