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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Ca y est Chronos: des attentats de Charlie Hebdo, tu es celui qui nous a fait franchir le pas ! Nous arrivons à l'Antiquité (tant mieux, je préfère).
  2. Avant de critiquer la soi-disant ignorance des autres, apprend ton histoire: la période 1873-1896 est celle dite de la Grande Dépression, une période de marasme économique extrême qu'on masque facilement dans les récits historiques par les innovations et belles réalisations du temps, qui sont le vernis cachant la misère et une polarisation des richesses qui n'a d'égale que celle d'aujourd'hui (aux USA, c'est la période dite du "Guilded Age": l'âge plaqué or). Entre autres conséquences, une violence sociale extrême, une violence terroriste en expansion (dont le volant le plus connu est le terrorisme anarchiste), une explosion de la grande criminalité, un raidissement guerrier des relations internationales, une restriction du commerce (fermeture des frontières) qui fuele les tensions, la fuite en avant dans une conquête coloniale violente (pour des débouchés), et une guerre mondiale rendue plus inéluctable par ce climat. Quand arrivent les années 1910, le monde développé est à peine remis de cette crise, et les sociétés en sont toujours marquées au fer rouge. Mais bon, tant que quelques gens fortunés ont pu se marrer avec les premières bagnoles et les premiers avions qu'ils finançaient comme des hobbies, ça veut dire que c'est un âge d'or.... Et pour la France, cette crise fut pire encore que pour tous les autres pays de l'époque, en raison entre autres de la sortie massive de cash qu'avait été l'indemnité de guerre imposée par les Allemands en 1870, la faisant déjà entrer avant les autres dans le marasme (où elle restera plus longtemps) en pompant un gros morceau de capital d'investissement disponible. Là où il y a stagnation pour les autres pays, la France enregistre une baisse nette de PIB dans toute la décennie 1880. Et c'est pas beaucoup mieux avant et après, pendant un bon moment.
  3. Il a fallu de 647 aux années 700 pour prendre l'Afrique du Nord, en 3 grandes vagues. La première a eu un succès temporaire, étant donné que la zone était contrôlée par un gouverneur byzantin qui avait déclaré son indépendance, donc n'avait pas de soutien depuis la métropole. Mais ces 50 années ont vu de terribles combats, des flux et reflux incessants de tous les camps en présence, des guerres civiles chez toutes les parties prenantes (locaux, byzantins, Arabes), des contingents byzantins importants, des incursions visigothes.... La saignée démographique de l'Afrique du Nord à cette période (morts directes et indirectes du fait des guerres, réductions massives en esclavage) fut terrible, alors même que cette zone était mal remise de la précédente période de troubles (longue) qui fut celle du royaume vandale et de ses conflits avec Constantinople; alors même que l'invasion arabe commençait, l'Afrique du Nord n'était plus du tout la zone très développée et peuplée qu'elle était encore au début du Vème siècle. Et après cette invasion, elle était ravagée. Les locaux (berbères, latins et grecs) se sont d'ailleurs largement impliqués dans la lutte contre les musulmans, et l'ont payé cher. C'est au Moyen Orient que la conquête fut rapide et relativement "douce", Iran excepté,: la zone avait été le champ de bataille entre Byzantins et Perses pendant 2 siècles de guerre quasi permanente.... Z'en avaient un peu marre, et les deux empires étaient épuisés, donc même pas des garanties de sécurité terribles à ce stade.
  4. Un copain (ashkénaze) m'en parlait encore ce WE: le fait que les retours sont très peu comptabilisés, de même que l'émigration de fait d'Israël vers les USA (qui a connu un fort accroissement récemment). Avec comme désillusion principale le fait que la croissance israélienne est très moyennement compatible avec la politique d'immigration israélienne: ils préféreraient n'avoir que du très qualifié, et, dans le cas français, l'émigration est essentiellement le fait de jeunes peu qualifiés (ceux des banlieues fragiles). Ce qui est énervant surtout, et c'est ce pourquoi j'en parle sur ce fil, c'est l'exploitation de l'événement pour un pur motif politicien; une parmi tant d'autres me direz-vous, non sans raison. Mais le discours qui est tenu, ses exagérations, ses omissions énormes et ses mensonges purs et durs, sont durs à avaler néanmoins. Quand j'entends l'ambassadeur d'Israël aux USA dire que les tueries de 2012 ont eu lieu dans l'indifférence générale, sans quasiment que les médias en parlent, ou que les juifs de France vivent tous exposés à des violences quotidiennes, j'avoue qu'il y a une réaction un peu épidermique. Rien qu'une fois, j'adorerais voir la réaction d'un panel américain si, juste après une diatribe de ce type, on lui disait qu'il était toujours mille fois plus sûr d'être un juif en France qu'un en Israël (ce qui est au final très vrai, même si nettement moins pour les séfarades vivant dans les banlieues pourries).
  5. Je citais plutôt le genre de propos tenus par les représentants israéliens/pro-israéliens aux USA ces derniers jours. Il est cependant vrai que les chiffres de l'Alyah en France ont explosé ces 3-4 dernières années: environs 7000 l'année dernière, et cette années l'agence juive aurait déjà enregistré plus de 10 000 intentions de départ, prévoyant peut-être 19 000 départs. A comparer aux chiffres d'avant 2010, qui ont toujours été inférieurs au millier. Mais c'est oublier beaucoup de facteurs, notamment le dynamisme économique comparé des deux pays (qui coïncide étrangement avec l'augmentation brutale d'alyahs.... Depuis la crise financière), le fait qu'entre 1/3 et 2/3 des partants reviennent assez rapidement en France, l'origine des départs (beaucoup plus spécifiquement les séfarades des banlieues pourries que toute autre population, soit aussi pas non plus la part la plus qualifiée, donc pas celle qui a le plus de chances de trouver chaussure à son pied en Israël -expliquant une partie des retours), le fait que la diminution (très relative) de la population juive en France a peu à voir avec les départs, et plus avec le vieillissement démographique et l'assimilation culturelle (mariages mixtes, sécularisation complète).... Bref, c'est du militantisme anti européen qu'on voit aux USA, un de ces trucs qui leur permet de conclure, dans un tel segment d'émission, qu'ils sont tellement meilleurs et plus géniaux que tout le monde (en évitant de se regarder dans le miroir). Auto-pub: j'en parlais plus haut dans un post précédent: http://www.air-defense.net/forum/topic/19009-attentat-paris-7-janvier-2015/page-52#entry833660
  6. Depuis quelques jours (voir mon post plus haut), les représentants israéliens aux USA se déchaînent pour décrire la France comme un cauchemar de violence antisémite, entraînant un exode massif et justifié vers Israël par une population juive de France traumatisée et vivant dans la peur permanente dans un pays qui, au final (comme le reste du continent européen), serait profondément antisémite. Croyez que je caricature? Même pas: l'ambassadeur israélien aux USA va sur toutes les chaînes possibles pour faire en grand ce que Bibi a fait en petit à Paris dimanche dernier: son marketing de migrants. Au mépris de toute réalité et de toute réelle information sur l'alyah en France ou le risque comparé d'être un juif en Israël ou en France (infiniment plus dangereux dans le premier cas). Y'a la féminisation des armées: pourquoi qu'il y a pas la féminisation des discuteurs d'armée? Il devrait y avoir, logiquement, une population féminine intéressée par la chose, vu qu'il y en a une qui veut faire l'armée et une qui va dans des cursus de recherche stratégiques/militaires. Où est-ce que ça bloque? Vous lavez pas assez le forum, et donc il pue la testostérone?
  7. On ne le sait que trop bien: si c'était un bordel, y'aurait des filles. Désolé (pas vraiment en fait): trop tentant!
  8. Je savais que je t'avais croisé aux messes vénérant le Giant Spaghetti Monster! T'es pastafarien depuis quand?
  9. Sitruk est tunisien? C'est pas vrai d'abord, tu me calomnies! C'est un Tunisien qui m'a fait découvrir le couscous quand j'étais petit, et les tajines aussi: depuis, il y a une place spéciale pour la Tunisie dans mon estomac coeur! Raaaaaaah, tu m'insultes, donc je vais aller te mitrailler sur ton lieu de travail! Euuuuh, comment on va sur ton lieu de travail? Y'a des vendeurs d'armes automatiques à côté?
  10. C'est un peu le point que j'ai fais plus haut: je trouve souvent effarant la façon dont les religieux, même les modérés, ne veulent même pas se rendre compte que leur propos dans l'espace public est empreint (à des degrés très variables évidemment) d'une forme de violence plus ou moins implicite dans l'oreille du non religieux (et particulièrement des athées/agnostiques), qu'on pourrait imparfaitement apparenter à une condescendance fondamentale. Le religieux juge en partant du principe qu'il appartient au bon club, dont il retire l'impression que ça le place un cran (ou plus) au-dessus des autres en terme de vertu, de bon sens et de raison sur tout et tous. Un peu comme tout le monde me direz-vous; certes, mais quand ça vient d'une grande organisation, avec souvent des branches plus ou moins militantes, des moyens, une présence plus ou moins vaste et un passif historique, l'écho n'est pas le même. Pour reprendre mon point plus haut: la diffusion de Charlie Hebdo en temps normal, c'est entre 30 et 60 000 exemplaires par semaine..... Au final, en quoi ça regarde même les non lecteurs/non acheteurs, ce qui peut bien y être publié? Ils n'ont pas payé le droit à consommer l'image et ont aussi de ce fait déjà désapprouvé Charlie Hebdo qui, comme toute boîte, dépend de la vente de son produit. Donc ils ont déjà répondu à ce qu'ils pensent de ses dessins (et en ne faisant rien en plus). S'opposer à la publication, c'est vouloir empêcher d'autres gens de se faire une opinion ou de trouver une parution qui pense comme eux sur un sujet donné, est choquée par les mêmes choses. Un exemple avec ta paroisse: beaucoup de déclarations de Joseph Sitruk, ex grand rabbin, m'ont plus que choqué (ainsi que d'ailleurs beaucoup de juifs de France), et je trouve le personnage parfaitement antipathique. J'ai pas demandé à ce qu'il soit interdit d'antenne (et évidemment, je vais pas aller le mitrailler chez lui). Mais ses fans approuvent son propos, j'imagine et voudraient en entendre plus. Mais il a accès aux médias audiovisuels (médias d'une grande violence sur le cerveau, car à sens unique: on "reçoit" passivement le propos d'un autre sans pouvoir répondre même si ça nous indigne, ce qui est facteur d'énervement et de frustration dans la durée), ce qui suscite quelque chose qui est au final exactement la même chose que ce sur quoi on se prend le bourrichon depuis une semaine. Donc je réclame un anathème et une contre attaque contre la "But Brigade" appelant à la liberté d'expression "responsable". C'est une fausse position dès lors qu'on parle de son application dans le monde réel, et une façon bien confortable d'éviter de réfléchir concrètement.
  11. Problèmes Jojo: - quand on parle de médias comme le dessin ou l'écriture satyriques, on ne parle pas de sciences exactes et mesurables, où une limite peut être établie et en plus que tout le monde soit d'accord sur cette limite: il n'y a pas de seuil défini en deçà duquel c'est "responsable" et au-delà duquel c'est de l'insulte. De là à établir des lois essayant de définir ce seuil.... - l'insulte est essentiellement dans l'oeil de chacun: essaie de trouver quelque chose de plus subjectif que des définitions dans ce domaine; au final, ça renvoie au "on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui". Même la rédac de Charlie Hebdo n'est pas spécialement anti-religion, pas plus qu'elle n'est raciste; ils répondent à des choses qui les choquent eux dans les religions (on oublie souvent dans le débat public à quel point le discours de religieux même très modéré est empreint de condescendance aux yeux des non religieux, et a souvent des échos violents pour la conscience) - il y a un moment ou un autre où il faut se rappeler d'une chose: chacun, islamistes compris (ou simplement musulmans chatouilleux sur la grattouille façon Charlie Hebdo), est libre d'appliquer un terrible pouvoir de jugement à l'égard de Charlie Hebdo ou toute autre publication satyrique se foutant d'une religion: NE PAS L'ACHETER! Ne pas regarder les images qui y sont publiées! Et hop! C'est réglé. Et en plus y'a le droit de faire des journaux, des articles ou des dessins qui se moquent de Charlie Hebdo, si on le veut vraiment. - on ne parle pas de journalisme: on parle de satyre, donc la pointe de la lance de la liberté d'expression. Le truc dont le rôle est de choquer, de provoquer le débat. - on oublie aussi le droit de la satyre, comme toute autre activité humaine, à être mauvaise, à foirer son coup occasionnellement ou régulièrement. Encore une fois: pas une science exacte. Avec les meilleurs intentions du monde et aucune animosité, le plus talentueux des dessinateurs peut sortir un truc qui sera universellement condamné, même par ses fans. Y'a pas de recette: c'est un art. Parce que je trouve que dans les médias, tout le monde semble se retrouver "entre gens de bon sens", dans une position aussi facile et irréaliste que dangereuse et un tantinet hypocrite: "oui, la liberté d'expression, MAIS faut pas offenser" (essentiellement ça revient toujours plus ou moins à ça). Avec beaucoup de raisons et d'arguments, bons ou pas bons. Salman Rushdie était dans un talk show sur HBO vendredi dernier et a bien parlé de ce phénomène: on était déjà que vendredi, soit à 3 jours de l'événement, et déjà, selon son mot, la "but brigade" était en train de sortir en force ("but brigade" = "brigade des mais" -avec le jeu de mot sur "but" qui phonétiquement s'apparente à "butt", qui veut dire "cul"). C'est-à-dire tous ces gens si "ouverts, tolérants, matures et raisonnables" qui se lancent en force dans cette ligne éditoriale évoquant beaucoup la liberté d'expression et condamnant fermement les assassinats, mais disant sans le dire qu'en fait, faut pas que ces satyres existent. Ce qui revient à dire qu'il faut la liberté d'expression, mais faut surtout pas la pratiquer (une liberté qui n'existe qu'en théorie est-elle une liberté?). Quoiqu'on en dise, quoiqu'on en veuille, personne ne verra l'actualité de la même façon, et personne ne ressentira de la même façon un événement particulier, un phénomène donné: les gars de Charlie Hebdo peuvent être insupportables à beaucoup (dont moi qui n'ai jamais acheté le truc: je suis un gars du Canard Enchaîné, et j'ai jamais trouvé de bonnes satyres dessinées dans la presse française, gauche, droite, centre, au-dessus ou en-dessous), mais ils sont/étaient honnêtes dans leur démarche: ils réagissent émotionnellement et intellectuellement à ce qui les choque, et contre-attaquent en essayant d'être drôles et de mettre le doigt où ça gratte, selon leur opinion. On dit que ce qu'ils font choquent un certain nombre de gens (et en affligent souvent un grand nombre d'autres -dont moi), mais c'est parce qu'ils ont été choqués eux-mêmes, et ils essaient -encore une fois, c'est un art, pas une science- de dire en quoi, dans un dessin. Le fait que ce dessin soit publié dans un journal fait-il la différence? Je ne crois pas: tout le monde peut publier son journal, ou essayer. Et surtout PERSONNE N'EST OBLIGE DE L'ACHETER! C'est là tout le point: si on désapprouve Charlie Hebdo, la réponse est là: on n'achète pas, on ne le lit pas, on ne recherche pas ses dessins sur internet. Sinon, vu ce qu'est la sphère médiatique actuelle, la moindre personne qui publie une pensée, une émotion, une photo ou un dessin sur son blog, sur un forum privé.... Est susceptible d'être condamnée de la même façon? On doit absolument forcer tout le monde à être en permanence et partout "responsable" et s'autocensurer parce que tout est lisible, tout est de fait "publié", désormais? Au lendemain de l'affaire des caricatures danoises, un célèbre satiriste américain avait publié un carré blanc avec la mention "ceci est un dessin satyrique responsable religieusement, racialement et politiquement" (ce dessin a été beaucoup republié depuis une semaine). Charlie Hebdo avait repris le principe dans une de leur une. C'est à peu près ça la seule alternative. L'humour est par essence agressif, et sera nécessairement vexant/irritant pour quelqu'un, c'est sa nature; et aucun curseur, aucune recette, n'existe pour décider ce qui est "responsable" ou non dans ce registre.
  12. Oui, une filière complète, mais boostée question moyens et effectifs (qui ne pomperaient pas sur les moyens et effectifs dédiés ailleurs, qui sont déjà très limités), et disposant de son autonomie dans l'appareil de sécurité (bref, qui rend des comptes à plus haut échelon); après, que ça ressorte de la DGSI, de la police ou du ministère de l'Intérieur directement, c'est une question pour laquelle je manque par trop de biscuits pour l'instant. J'essaie juste d'appréhender la menace telle qu'elle est devenue, et il me semble qu'on ne puisse plus la traiter comme un simple à-côté de la mission de la police, d'amont en aval, ce qui inclue les flics à la base qui ne peuvent pas être rendus toujours plus multitâches (ils ont une limite tant en termes de bases d'entraînements divers qu'en termes de temps dédiés), avec simplement des noyaux de spécialisation très en haut de la pyramide (renseignement/analyse) ou au niveau intervention (quelques unités antiterroristes.... Pour quand ça a déjà largement chié, mais dans un nombre très limité de situations). Peut-être que j'exagère beaucoup, et qu'il conviendrait juste d'une augmentation d'effectifs et de structures d'une police un peu réorganisée, créant une place plus importante à cette fonction (avec des effectifs dédiés, pas prélevés ailleurs), et surtout aussi d'une DGSI un tantinet plus importante (parce que là, je crois qu'on n'aura pas trop de polémiques sur la taille et les moyens assez ridicules de cette organisation), avec une inconnue sur les modes d'interaction entre les deux (si quelqu'un connaît bien?). Tout à fait: spontanément, je pensais à la Gendarmerie, mais en l'état des choses, ce n'est qu'une question d'appellation et de principes, car si la Gendarmerie devenait un organisme dédié à l'antiterrorisme et à la lutte contre le crime organisé et international, sa taille (autour de 100 000 personnels) et ses structures actuelles seraient du coup complètement hors de propos. Mais il s'agit bien d'un concept apte à occuper l'espace entre police et armée, pour une action qui est moins strictement intérieure, même s'il s'agit toujours et avant tout d'être un organisme de sécurité, cad pas là pour "faire la guerre" (quelle que soit la forme de guerre), mais bien pour être, en définitive, des "gardiens de la paix" (et des lois). Au moment où on voit la réaction moutonnière des politiques dans l'après 10 janvier (on en est déjà à évoquer un "Patriot Act" français, à "étendre les frappes" en Syrie - quoi? 3 Rafales au lieu de 2?), la question de l'absence (ou de la dispo trop limitée) de marge de manoeuvre, de capacité, entre action policière et action militaire, se pose. Ou bien c'est celle de la définition actuelle (et de la priorisation) de la nature et de l'ensemble des missions policières. N'est-ce qu'une question de moyens et de budgets? Je pose justement cette question plus que je n'essaie d'y répondre avec une idée réellement formulée, suite notamment à ce qui a pu être dit assez souvent depuis 1 semaine sur l'extrême limitation des capacités de surveillance/contrôle de sujets potentiellement à haut risque dont les effectifs n'ont plus rien à voir avec les excités rouges des années 70 (quelques dizaines à l'époque contre peut-être quelques milliers aujourd'hui). Rien que cet aspect des choses, si on accepte les ratios évoqués de 12 à 20 personnels nécessaires pour une surveillance à H24 d'un seul sujet, indique qu'il y a un manque. On peut y ajouter des sujets comme la protection des témoins, la sécurité des personnels de police et de leurs familles, la surveillance interne contre la corruption (là on est plus dans le sujet des grandes mafias actuelles et de leurs moyens et modes d'opérations désormais très sophistiqués), la nature transfrontalière, voire mondialisée, des grandes menaces non militaires.... Toutes choses qui supposent quelques changements autres que cosmétiques dans la conception des fonctions de sécurité intérieure. Tout en gardant bien à l'esprit que les fonctions "anciennes" telles qu'elles sont appréhendées, ne disparaissent pas: le policier en uniforme dans la rue, le CRS/GM, la police judiciaire.... Ont des missions, et tout comme les avions de combat, ils peuvent être multirôles, et leur palette de capacité peut s'élargir (si tant est que les moyens soient là), mais cette capacité a un plafond, et ils n'en acquièrent pas pour autant le don d'ubiquité (et leurs heures de travail ne sont pas extensibles à volonté), et ce alors que leurs effectifs ont déjà subi des coupes dangereuses (surtout la PJ). Réponses plus haut, si ça te satisfait sur la vision préalable qui a motivé la création du topic; j'aurais besoin de plus m'immerger dans ces questions. Mais oui, la dimension internationale des menaces non militaires telles qu'elles ont évolué récemment pose des questions à mon sens graves qui étendent le champ de préoccupation de la sécurité non strictement "armée", sujet qu'au final on avait déjà à l'occasion, il y a un bail, traité sous l'autre angle (savoir s'il fallait avoir une armée plus partagée entre les fonctions "militaire classique" et une fonction de "police internationale"/zone grise/gendarmerie/rétablissement de l'ordre dans les Etats faillis/lutte contre les grands trafics). L'un des grands problèmes de cet angle d'attaque des menaces actuelles est que, outre le fait de poser la question de la pertinence de nos définitions actuelles des domaines et modes de lutte (militaire/police), ce genre de réorganisation supposerait un tout autre niveau de coopération entre Etats, donc là directement de la diplomatie, donc de la politique (soit une inconnue, ce qui est chiant quand on veut organiser une force de police avec structures, cursus de recrutement, modes d'action définis, procédures....), bien au-delà des accords très limités et contraignants (essentiellement bilatéraux, donc à petite optique) existant aujourd'hui, qui satisfont les souverainetés chatouilleuses, mais sont à mille lieues de la réalité des menaces qui elles ne sont pas restées dans les années 60-70.
  13. C'est pas pareil, les évangélistes: c'est pas de la religion, c'est du commerce avec des slogans et des méthodes de marketing agressives. Nuance!
  14. C'est en partie mon point: la menace terroriste, ou toute menace fonctionnant au niveau transnational, peut-elle être considérée désormais comme suffisamment endémique, permanente et faisant partie "du quotidien" pour justifier un type de force entièrement dédié à la lutte contre cette forme d'insécurité? J'entends par là une force "intégrale", du renseignement (ce qui inclue bien évidemment la traque de l'argent) à l'action et à la surveillance "au sol", et non plus seulement un minimum de noyaux de cellules spécialisées opérant au sein de la police et profitant de ses ressources (voire les détournant à certain moments d'urgence extrême), ce qui me semble de plus en plus à la fois pas assez (contre ce qu'est devenue la dite menace qualitativement et quantitativement) et trop (en ce que ça bouffe des ressources de maintien de l'ordre "normal" déjà plutôt comptées). L'extension de cette question est une réévaluation du montant global consacré à la sécurité d'un pays, car il s'agit dans ce cas clairement d'une augmentation en net, pas d'un semi déshabillage de Pierre pour aller couvrir le cul (et pas grand chose d'autre) de Paul, ce qui réclame un effort politique et une prise de conscience dans le débat public que l'équation sur laquelle on a longtemps reposé avec un budget sécurité à grosso modo X% du PIB (avec des variations plus ou moins mineures selon la période et le pays) ne peut plus fonctionner pour un niveau de sécurité équivalent, et doit être sérieusement revu à la hausse (et connaître une évolution en nature). C'est juste que j'ai peur de ce que le maintien de l'équation actuelle n'ait plus de chance d'amener à la fois moins de sécurité et une plus grande propension à passer à des modes de sécurité plus agressifs (militarisation de la police, usage de l'armée plus spontané, voire un usage "normalisé" à l'intérieur du pays), parce qu'il n'y a aujourd'hui rien entre police et armée (ou action policière et action militaire), alors qu'il me semble qu'un espace plus large qu'avant existe (en terme de menace) entre les deux, réclamant de ce fait une réaction adaptée.
  15. Ca doit avoir l'avantage d'être moins polémique et plus spécifique (et peut-être bien moins cher) qu'un réseau de caméras de surveillance, à l'efficacité contestée et aux conséquences politiques de toute façon lourdes. Plus largement, j'étais depuis quelques temps en train de me demander si l'implantation durable du terrorisme comme forme nouvelle de menace chronique sur la vie normale dans une société (le terrorisme n'est pas en soi nouveau, mais la possibilité que ça devienne une réalité de toute les semaines, surtout le terrorisme "low tech" où le nombre et la fréquence compte beaucoup), ne justifiait pas la création d'une nouvelle police. Peut-être pas une branche à part des autres forces de l'ordre, mais plus que ce qu'il y a actuellement en termes d'effectifs dédiés spécifiquement à ça, qui ressemble, face à l'évolution de la menace, à du bricolage assemblant des petites pièces ici et là dans un tas d'organismes civils et militaires. C'est encore plus flagrant avec le caractère éminemment transnational de la menace (quelque chose d'Européen au moins?), la "coopération", fluctuante et aléatoire, entre quelques noyaux de spécialistes dans un Etat et entre plusieurs Etats, pouvant désormais être vue comme insuffisante, même si peu facilement dépassable, étant donnée la reluctance naturelle des Etats à céder quoi que ce soit dans un tel domaine, fut-ce en dépit de l'urgence et du bon sens. Au niveau national, une force plus structurée dédiée au terrorisme et/ou aux menaces transnationales ne commencerait-elle pas à acquérir une certaine légitimité, étant donné l'évolution de la menace, si on compare ) la situation actuelle où il semble plus s'agir d'une "mission supplémentaire" pour les organisations et forces existantes? Quand je parle d'organisation, ça inclue aussi bien les cellules de renseignement et analyse au sommet, que des forces de terrain (intervention et quadrillage de zone, voire éléments "expéditionnaires"), en effectifs conséquents et dédiés en permanence à cette/ces menaces désormais permanentes ET importantes. Caricaturalement, je soulignerais l'après 11 septembre où les agences fédérales US avaient du détourner leurs efforts du crime organisé, national et international, vers l'antiterrorisme: outre qu'un tel revirement ne produit pas d'efficacité du jour au lendemain, les grandes mafias (et les moins grandes) n'ont pas cessé d'être dangereuses entre temps, et ont d'ailleurs connu une période faste. Le point étant que la part de budget dédiée aux forces de l'ordre et à la sécurité intérieure a peut-être à être largement revue, au-delà des différences géographiques et conjoncturelles: de façon structurelle, la paix civile peut-elle être vue comme ayant connu une brutale phase de hausse de coût dans un court laps de temps, qui change le paradigme sur lequel nous avons reposé pendant longtemps (et que nous préservons par habitude)? De la même façon, les nomenclatures que nous avons établi entre police et armée, entre domaine national et international.... Ne sont-elles pas (et ça risque d'être dur) à revoir étant donné l'évolution des menaces non étatiques ou strictement militaires?
  16. Suite à une évolution de l'échange sur les attentats de janvier 2015, je propose de poursuivre ici sur le sujet des évolutions souhaitables face à une menace qui, étant données les évolutions technologiques, techniques, sociales, sociétales, géopolitiques.... Va faire partie de notre quotidien comme jamais auparavant. Le terrorisme islamiste semble aujourd'hui porter l'essentiel de cette menace étant donné son évolution particulière, l'existence de nombreuses zones plus ou moins sûres pour lui, servant de bases arrières, l'existence de forts soutiens à travers le monde, la répartition de la population musulmane dans le monde (donc la capacité à avoir une minorité plus ou moins radicalisée)... Le point ici est donc de partir du principe que la menace terroriste ne peut peut être plus être considérée comme un simple job supplémentaire pour la police en marge de ce qu'elle doit déjà faire, mais comme une mission permanente réclamant moyens, organisation, pensée.... En soi et pour soi, et pas dans une petite mesure. J'avais vu quelques trucs comme quoi certaines villes avaient commencé à disposer des capteurs de son qui repéraient surtout les coups de feu (pouvant faire la différence avec d'autres sons proches) et pouvaient signaler en temps réel leur lieu d'occurrence à un poste central: quelqu'un sait quelque chose là-dessus? Si c'est le cas, c'est le genre de trucs qui aiderait grandement les flics de base, voire les gens appelant en urgence la police, en terme de rapidité de prise en compte d'un événement grave.
  17. Je ne me lance dans aucune croisade (surtout qu'AD.net n'a que l'audience.... D'AD.net); je trouve juste intéressant de voir les limites rapidement atteintes de la perception d'un même événement selon différentes perspectives, chacune avec ses lumières, ses biais, ses oeillères et une façon chaque fois différente de ramener la dite analyse à sa situation propre, n'utilisant que les analogies et parallèles qu'il connaît; ici, les Américains ne parlant des problèmes de la France qu'avec la grille d'analyse qu'ils ont pour leur propre pays, plus l'absence de données sur la France, avec en plus ici et là, selon les cas, plus ou moins des préjugés sur l'étranger en général et -dans le cas présent- la France, ou l'Europe, en particulier. Par exemple, l'un des angles d'analyse des problèmes lourds dont le terrorisme islamique tel qu'il est actuellement n'est qu'un des symptômes, est insuffisamment travaillé et débattu, surtout aux USA: il y a toujours eu et il y aura toujours des idéologues radicaux dont les thèses impliquent un degré ou un autre de recours à la violence, que leur idéologie en appelle à la religion, en vienne et/ou l'instrumentalisent, ou non. La question est: comment et pourquoi, à certaines époques et en certains lieux, trouvent-ils une audience plus qu'anecdotique, et surtout suffisamment importante pour qu'il puisse s'en dégager un vivier atteignant la masse critique pour pouvoir obtenir des gens voulant passer à l'action violente, prêt à mourir pour elle, et ce en nombre et en variété suffisante pour constituer une multitude de réseaux offrant à la fois quantité et "qualité" (cad des gens différents, des bas de plafonds sacrifiables aux "cadres", voire "experts", en passant par les "sous offs" et "techniciens", si on prend des analogies militaires ou techniques)? La réponse devient ici nécessairement liée aux problèmes économiques et sociaux de toute société moderne, surtout post industrielle et dans l'économie actuelle, ayant une population importante et variée. Soit quelque chose de bien plus large, complexe et parfois réellement dérangeant. En quoi ces terroristes islamistes seraient-ils plus dangereux que les mouvances anarchistes très violentes de la 2ème moitié du XIXème siècle au début du XXème? Que le communisme révolutionnaire au XXème siècle (surtout dès lors que l'URSS était apparue, devenant sanctuaire et soutien en même temps que centre stratégique et volonté animante), ou divers types de mouvances d'extrême droite (moins sensibles en France en tant que mouvement organisé avec des ramifications et soutiens de puissances étrangères)? Les bataillons de ces mouvements viennent au final en grande partie des mêmes types d'endroits que les viviers de recrutement visés par les Islamistes aujourd'hui: par la (mauvaise) grâce de multiples conditions nées de façon plus ou moins déconnectées (plus grande répartition de la richesse et de la pauvreté dans le monde, créant des tiers monde dans chaque pays, polarisation de la richesse dans chaque société, développement, stratification plus ou moins grande des sociétés développées selon le critère de la race et/ou de l'origine religieuse -qui se conjugue avec la stratification géographico-sociale-, diffusion à grande échelle de diverses idéologies radicales islamiques, existence de zones sanctuaires pour des organisations s'en réclamant, soutiens conséquents pour ces organisations....), l'islamisme est en train de devenir le moyen d'expression et d'action le plus visible et puissant des mécontents et spoliés du monde d'aujourd'hui. Loin d'être le seul, il a cependant réuni suffisamment de conditions pour être le plus dangereux, et en tout cas le plus tonitruant et le plus agressif, depuis la fin du communisme et des grandes idéologies révolutionnaires en tant qu'idées porteuses (qui existent encore, mais n'ont plus de capacité à atteindre la grande échelle). C'est plus sensible en Europe qu'aux USA pour l'instant, où il y a une faible corrélation entre "l'underclass" (où noirs et latinos dominent) et la religion islamique: en Europe, cette corrélation est nettement plus élevée.
  18. Depuis hier, la teneur du débat a changé aux USA: passés les commentaires sur les événements proprement dits, et passé l'extase devant la manif massive (plus une polémique sur la non présence d'un premier couteau US, surtout d'Eric Holder qui était à Paris), on a pu avoir quelques bonnes caricatures de la situation des banlieues, religions et minorités en France (rien de comparable à FoxNews qui invente son propre monde..... Non, rien n'est comparable à Fox), mais rapidement, c'est la question de la population juive de France qui est venue se placer au centre des discussions. Les juifs en France sont terrifiés et les Alyahs se multiplient pour créer un exode massif, et la France est le pays le plus antisémite d'Europe, donc du monde (puisque tout le monde sait que les Européens sont rien que de sales antisémites et que les Ricains sont tout blancs tout beaux évidemment); c'est le ton qui commence à se dégager, avec plus ou moins de nuances selon les journalistes et les chaînes, mais de façon assez générique le même niveau d'ignorance sur les réalités de la France, de la communauté juive française et du phénomène de l'Alyah en France, notamment: - qu'entre 1/3 et 2/3 des émigrants reviennent en France en quelques années - que l'explosion du nombre d'émigrations ces 4-5 dernières années a peut-être plus quelque chose à voir avec le dynamisme économique comparé des deux pays - qu'il y a plus de juifs en France qui se sécularisent, notamment par mariage (mixtes) et sortent graduellement de la "catégorie" (qu'on ne recense en France que par des enquêtes, pas par un classement), que de juifs qui émigrent, ce qui est la première cause de baisse relative qu'a connu la communauté ces derniers temps - qu'il reste toujours, et de très loin, beaucoup plus sûr d'être un juif en France qu'en Israël Le dernier point est évidemment le plus épineux puisqu'il est celui qui est le plus masqué par le différentiel entre insécurité réelle et insécurité ressentie. Mais faut pas compter sur des médias, en plus d'un autre pays, pour commencer à se documenter sur de tels "détails". Reste qu'il est vrai que la France a un problème peut-être particulier avec la première population juive et la première population musulmane d'Europe (à l'heure du conflit israélo-palestinien tel qu'il a évolué); c'est ainsi que les médias US ont tendance à commencer leurs "analyses", avant d'interviewer des "experts" qui ne connaissent souvent ni la France ni l'Europe. Ils sont sûrement experts de quelque chose, mais pas de ça.
  19. "Réussir à s'extraire"? On croirait que tu les décris en train de sortir à eux tout seuls d'un combat d'infanterie de haute intensité en taillant des sillons sanglants dans la police façon Rambo en Afghanistan, ou à tout le moins en ridiculisant un supposé vaste dispositif de sécurité aux mailles serrées (en rampant dans les égouts? En opérant une progression sous camouflage pendant des heures? En changeant de visage et de fringues toutes les 5 minutes et en opérant des mouvements mystérieux qui vous font disparaître de derrière un bus comme dans les séries télé?). C'est là la somme de leur "compétence": dans une société ouverte, y'a pas un camion de flics et/ou de soldats à tous les coins de rues, et il y a un temps de réponse variable, mais qui laisse une bonne marge de manoeuvre, ne serait-ce même que le temps que QUELQU'UN appelle les flics et qu'ils commencent à se mettre en route. Ensuite, quand il n'y a que quelques flics à proximité, qui, par chance, peuvent arriver assez vite, il suffit de revenir dans le monde réel: kalashnikov avec un minimum d'entraînement contre pistolet de service avec un bon entraînement, à moins d'avoir des flics suicidaires ou en nombre suffisant pour élaborer un début de dispositif tactique permettant de ralentir ou bloquer les criminels le temps que des renforts sérieux arrivent, le résultat est garanti (encore une fois, c'est pas une série télé). Ils ont, dans les faits du monde réel, tout le temps de se barrer après ce genre de crime "low tech": c'est ça qui est réellement choquant et qu'on a du mal à réellement faire percuter dans un raisonnement (on le constate dans les médias): essaie simplement d'imaginer la scène dans ton quotidien, dans une petite rue, un endroit moyennement fréquenté.... Des coups de feu retentissent, des gars lourdement armés sortent et prennent une bagnole: dans la réalité, les flics sont pas là en nombre en 30 secondes, et y'a peu de gens qui ont le réflexe de leur téléphoner pendant que ça se passe. A moins qu'un policier ait été pas trop loin et ait entendu, il va se passer de très longues minutes avant que la première sirène commence à être entendue: et si le dit flic, ou duo de flics, qui a entendu (et appelé des renforts parce que lui il a ce réflexe et un accès plus rapide au dispatch qu'un citoyen lambda) vient rapidement pointer son nez pour voir, il n'a aucune chance de pouvoir s'opposer à des fusils d'assaut, même maniés par des amateurs ayant tout juste un niveau basique. Le temps que l'intervention policière se fasse, les criminels sont déjà en route et assez loin, voire dans la nature, alors que l'analyse de ce qui s'est passé commence juste à se dérouler et qu'un début de dispositif d'alerte à grande échelle, avec très peu d'information au début, se met lentement en place. Les criminels, eux, ils n'ont qu'à rouler, et si ils changent rien qu'une fois de voiture (et de fringues au besoin), ils ont déjà compliqué l'équation pour la police qui, dans ce laps de temps, opère avec quasiment aucune information fiable (ils sont encore à la collecte des témoignages, à établir quelques certitudes pour pouvoir commencer à quadriller sérieusement....). La recherche ne devient efficace que quelques heures après. Donc à moins qu'il y ait interception pendant les faits (cad si les flics sont là en force pendant l'attaque, soit qu'ils aient été prévenus, soit par un hasard extraordinaire), "s'extraire" de ces situations est ridiculement simple, et c'est ça qui est psychologiquement choquant: techniquement, y'a qu'à déambuler dans la rue, être dans un endroit choisi à l'avance pour certaines conditions de sécurité, et flinguer une cible non protégée puis se barrer vite.
  20. Je note à l'inverse qu'il s'agit moins de leurs "compétences" -sujet de la détermination face à la mort mis à part- que du relativement faible niveau de compétences qui semble suffisant pour passer à travers les mailles du filet, rappelant haut et fort la grande vulnérabilité des sociétés modernes pour empêcher de tels actes: une bonne partie de leur capacité à dissuader ce genre d'attaque repose sur le fait que la capacité à retrouver et punir a posteriori est en revanche grande. Mais enlevez ça de l'équation (par des gens déterminés à mourir dans ou peu après l'acte, ou en tout cas s'en foutant), et la fragilité est partout. C'est surtout vrai des attentats "low tech", cad pas des grands trucs à la bombe ou au détournement d'avion, mais juste 2-3 cons (ou pire, un seul) avec des flingues, frappant des cibles peu ou pas défendues/surveillées, voire au hasard (une concentration quelconque de population, un individu à la fois, ici et là, sans critère de choix particulier). La fragilité est énorme, quasiment totale, à moins de développer un énorme appareil de sécurité aussi cher que liberticide, et à l'efficacité ultime quand même limitée (avec une tendance au "toujours plus" : demander toujours plus de moyens pour obtenir 0,1% d'effets supplémentaires -souvent douteux en plus). Je souligne cela ainsi car les médias m'ont particulièrement énervé, en France et aux USA, à parler de "super professionnels", de "SEAL-like operation" et autres conneries (encouragés le premier jour par des "experts" plus souvent en train de justifier leur abonnement comme consultants médiatiques officiels de telle ou telle chaîne), alors qu'on s'aperçoit que 2-3 glandus avec un entraînement minimal et des armes de guerre suffisent pour frapper des cibles non défendues dans des sociétés ouvertes et en paix. Evidemment, quand ça arrive et qu'ils réussissent, on peut avoir l'impression d'ennemis tout puissants avant de commencer à réfléchir. Voir des ex membres, cadres ou patrons d'agences de renseignement ou d'organismes civils ou militaires de sécurité parler en ces termes de "super guerriers" (y compris dans des émissions hors du tempo de l'info 24/24, comme C dans l'air) m'a particulièrement énervé, dans ce registre. Parce qu'au final, c'est jouer le jeu des dits terroristes, et céder à l'effet psychologique du genre de guerre qu'ils mènent.
  21. Ca coûte pas grand chose à dire, dans une industrie qui a le problème chronique de devoir quasiment toujours revoir sa diffusion à la baisse. Je ne dis pas que la terreur n'est pas une partie de la raison, je doute cependant très fortement qu'en l'espace de quelques jours, tant de gens annulent une résa (la plupart des gens se contentent de ne pas venir) et/ou appellent pour dire qu'ils ont peur. Le point étant, en l'absence de réelles données sur ce cas particuliers, qu'on utilise souvent un événement pour faire son propre événement, mais surtout, qu'on se base sur presque rien pour généraliser (un théâtre -déjà un produit peu vendeur- avec une pièce peu connue et pas forcément porteuse, a un nombre indéterminé d'annulations par crainte: donc apparemment, le terrorisme est la cause unique ou principale des problèmes de cette pièce), établir de fausses certitudes (le théâtre en général ferme ses portes par peur, l'autocensure est généralisée....) et créer potentiellement une polémique aux fondements bien fragiles. Evidemment que le risque d'autocensure et de crainte existe; mais pour que ce soit un débat, faut le baser sur une réalité quantifiée (dans la mesure du possible), pas sur une anecdote douteuse.
  22. Mon point était de dire que la pièce pouvait très bien (et même probablement, à moins d'être sponsorisée à perte, et pas qu'un peu) avoir déjà, avant même ces événements, avoir à largement revoir sa programmation à la baisse, quoiqu'il arrive; dans ce contexte, le fait qu'il y ait des annulations par trouille s'ajoute au phénomène et contraint de revoir encore à la baisse la dite programmation. Mais en l'absence des chiffres prévisionnels d'avant l'événement, et du nombre réel d'annulations pour cause de trouille post attentat (il suffit de quelques-unes pour dire que ça arrive et que ça cause des problèmes, que ce soit très vrai, un peu vrai, tout juste vrai, ou pas vraiment), difficile de s'exciter objectivement sur ce que balance la prod prête à crier à la trouille, à l'autocensure, au musellement par la menace.... Passer de 30 à 3 dates essentiellement à cause d'un nombre d'annulations survenant en l'espace de quoi? 4-5 jours essentiellement? La majorité de l'audience pense avant tout à sa résa de théâtre et à l'annuler dans ce contexte (ou déjà dans la vie courante)? I think not. En revanche, l'attention médiatique actuelle sur ces sujets est une bonne plate forme pour essayer de faire connaître la pièce et de lui donner un semblant d'avenir commercial/culturel dont il est peu sûr qu'elle en avait un avant les attentats. Qui dit que 30 dates initialement prévues n'était pas déjà extrêmement exagéré, comme il arrive souvent dans la programmation théâtrale en France, et surtout à Paris (quand une pièce commence à Avignon, c'est généralement pas un bon signe sur son potentiel et son impact sur le public). Bref, on est là dans la phase post attentat où l'événement est et sera instrumentalisé pour BEAUCOUP de choses, invoqué comme prétexte par beaucoup d'intervenants de tous types pour servir leurs propres fins, justifier leurs propres actes ou fautes....
  23. Ceci dit, j'ai jamais vu autant de Français interviewés dans les médias US (contrairement aux Brits qui sont là tout le temps), et on voit que les Ricains ont pas nécessairement les filtres pour choisir les plus qualifiés: - BHL jouant les commentateurs en live sur un des plus gros Morning Talk Shows aux USA, servant une soupe insipide et pseudo lyriques - Caroline Fourest qui a apparemment trouvé un bon plan média, et de bonnes relations, vu qu'elle apparaît beaucoup (et a chopé un spot de correspondante officielle de l'événement pour MSNBC, via un de leurs envoyés spéciaux à Paris -le fils de Woody Allen et Mia Farrow en plus) - la correspondante de Canal + aux USA (Laura Haim), qu'on doit voir depuis 20 ans sur Canal pour toute chose américaine, et qui parle un anglais absolument dégueulasse, à la limite du compréhensible (en plus de l'accent vraiment pourri) si bien qu'on se demande si elle n'est pas un emploi fictif pour une faveur quelconque faite il y a longtemps. - maintenant on a Jeannette Bougrab qui commence à intéresser des médias US qui trouvent tout d'un coup newsworthy la mini polémique naissante sur la vie amoureuse de Charb Ce que je vois sur les médias américains, c'est beaucoup d'attention, et une profonde méconnaissance de ce dont ils parlent: c'est évidemment en partie normal (tout le monde juge selon ses propres critères culturels), mais c'est aussi préoccupant quand on voit les erreurs de conclusions (et potentiellement de polémiques, voire de politiques qui peuvent en découler entre les deux pays) auxquelles ça mène. Par le même biais, et la grâce de quelques intervenants intelligents, ça amène aussi des questions intéressantes et des angles de vue qui grattent.
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