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Tout ce qui a été posté par CortoMaltese
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Je suis extrêmement sceptique sur tous les systèmes basés sur des missiles, aussi légers soient-ils, pour faire du VSHORAD "mobile". Je pense que ces systèmes ont un intérêt pour faire du VSHORAD face à des drones lourds style Shaed, pour protéger des infrastructure fixes (une raffinerie, par exemple, au hasard). Si le projet est de taper du FPV avec ça, on en revient aux deux problèmes fondamentaux qui rendent ces solutions inadaptés : le nombre de drones en face, leur coût dérisoire, et la grande difficulté à les détecter à temps. Plus globalement, l'idée même de véhicules dédiés à la menace anti-FPV, qui créeraient une "bulle" au sein de laquelle un groupe blindé pourrait agir en sécurité, me semble totalement illusoire. On parle de drones ultra-manoeuvrant, volant bas, pouvant surgir par groupe de 5 d'une foret ou de derrière un relief et foncer sur vos véhicules sans préavis quelconque. Le temps de réaction est si court, qu'aucun véhicule anti-drone posté même à 50m ne pourra faire quoi que ce soit en temps utile, quand bien même il aurait un angle de tir adéquat (ce qui n'est pas certain avec des drones à fibre optique qui volent au ras du sol). Pour avoir une place sur le champ de bataille moderne, tout véhicule évoluant à moins de 10-15km de la ligne de front devra être capable d'assurer son auto-défense terminale contre les drones qui le ciblent. On va problamement en arriver à une forme de tourelle CIWS sur chaque véhicule capable de détruire les drones à - de 20m. Il faudra un système entièrement automatisé via IA avec protection et surveillance à 360°, car jamais un humain n'aura le temps de réaction nécessaire pour être efficace. Le système d'arme pourrait typiquement se baser sur du calibre 12 (ou supérieur) tirant une forme de grenaille.
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Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Et dire que fut un temps j'étais proche de la mouvance Cercle Aristote/Pierre-Yves Rougeyron... Quel naufrage. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Ah mais je suis d'accord que ce n'est pas ce qu'on va faire, c'est totalement injouable politiquement à tous les niveaux. Je dis que si on on voulait maximiser notre "utilité militaire" avec les moyens qu'on a c'est ce qu'on devrait faire. Car aujourd'hui l'Ukraine manque avant tout d'hommes. Mais c'est inaudible politiquement. L'idée c'est de fournir une petite force high-tech et décisive derrière une masse d'Ukrainiens pour faire la "sale guerre". Mais cette masse n'est pas suffisante. Sauf que tout le monde dira, à juste titre, "si les ukrainiens ne sont pas prêts à mourir dans leurs propres tranchées, il n'y a aucune raison que nos enfants le fassent". Et ces gens auront honnêtement un peu raison. L'Ukraine ne manque pas d'hommes au sens démographique du terme. L'Ukraine "libre" a au moins l'équivalent de 30 millions d'habitants en équivalent hommes adultes (la plupart des réfugiés sont des femmes/enfants/personnes âgées) Mais quand tu choisis de ne pas mobiliser tes moins de 25 ans, quand ton système de conscription est ridiculement inefficace et quand la moitié des hommes sous les drapeaux sont planqués dans des postes à la con loin du front alors que t'as des mecs qui ont pas été rotationnés depuis 18 mois en première ligne, tu ne peux pas exiger de pays situés à 1500km d'ici de faire le taf à ta place. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Je confirme que le char en l'état actuel des choses est une arme obsolète comme l'essentiel des blindés lourds. Le jour où vous avez un char capable de résister/détruire à une 30aines de FPV arrivant sur lui en 10 minutes, peut-être que vous pourrez manœuvrer à nouveau. Personne n'a ça en stock déployée à échelle industrielle pour l'instant. Et oui, la plupart des EM sont paralysés par l'inertie politique et institutionnelle, la dépendance aux sentiers, et plus globalement un manque de connaissance. Prenez les gens qui pèsent vraiment dans les EM européens. Combien s'infligent 5h de vidéos de combats en Ukraine par jour ? combien ont vraiment une idée claire de la manière dont ils vont manoeuvrer avec des centaines de drones FPV à fibre optique qui leur fonce dessus après que leur compagnie blindée ait été détectée 15km derrière la ligne de front par les centaines de moyens ISR divers qui grouillent dans le ciel ? Je ne dis pas que tout le monde est bête et que personne dans les armées occidentales ne réfléchit à tout ça, mais les armées en tant qu'institutions et les politiques qui leur achètent les armes (j'inclus aussi les industriels qui les fabriquent) sont pour des raisons structurels très longs à réagir. Que des états européens passent des achats de char aujourd'hui n'est absolument pas la preuve que c'est une arme pertinente. Et peut-être d'ailleurs que d'ici à ce qu'ils les reçoivent, dans 5 ou 6 ans, ça le sera redevenu, car on aura mis au point une tourelle d'auto-défense plug&play qui peut détruire tous les FPV qui s'approchent. Je n'en sais rien. Mais ce que je sais, c'est que vous mettez une brigade blindée américaine, allemande, française ou britannique aujourd'hui en Ukraine avec le matos qu'elle possède actuellement, elle subira des pertes très lourdes et sous-performera, malgré un niveau tactique et de professionnalisme très supérieur à tout ce qui se fait aujourd'hui sur le champ de bataille ukrainien, Oui ça compensera jusqu'à un certain point l'inadéquation de son modèle et de ses équipements avec la réalité de la guerre, mais pas suffisamment pour lui permettre de briller. Si l'Europe voulait monter une force de dissuasion crédible à installer en Ukraine après le cessez-le-feu, ou même pour intervenir aujourd'hui, elle a besoin : - de 200 000 pax, principalement des fantassins (en effort relatif à la population c'est équivalent à ce que déployaient les américains en Irak entre 2003 et 2008, donc on est très loin de la mobilisation générale et de la conscription forcée) - de beaucoup de matos de BTP pour construire des fortifications sérieuses (ça restera l'un des points les plus inexcusables de la conduite de la guerre ukrainienne) - d'une force de supériorité aérienne décente (250-300 avions de combat sur le théatre + quelques AWACS, ce que l'Europe peut fournir seule) - d'un peu plus de défense anti-aérienne (pareil, il y a ce qu'il faut en Europe) - de beaucoup, beaucoup de drones - d'un gros volontarisme industriel sur tous les équipements innovants qui répondent à des problématiques militaires réelles, avec beaucoup de pognons là où il en faut et des boucles de conception/test/production très courtes (typiquement sur des moyens de lutte contre les Shaed et les drones FPV) Tout ça est industriellement, économiquement et humainement très largement à la portée de l'Europe, et peut être soutenu sans y consacrer 25% de son PIB. Ca vous semble pourtant totalement irréaliste comme effort ? Absolument. Pour des raisons de volonté politique. Je pense qu'il n'est pas inutile dans le sens où il vaut mieux une brigade blindée que rien du tout, je pense par contre qu'il est très sous-optimal en terme de ratio efficacité militaire/dépense et qu'il vient du fait que c'est une liste de course typique d'un modèle de guerre traditionnel qui n'est ni particulièrement efficace en l'état ni même nécessaire si le projet est de défendre ta frontière. Les armées sont des institutions conservatrices, et les armées occidentales qui ont connus 30 ans de disette budgétaire à se battre pour chaque programme le sont d'autant plus. Et je ne parle même pas des politiques. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Le problème fondamental, c'est que tout l'OTAN est enfermé dans un fantasme d'une guerre mécanisée de haute intensité, qui a l'immense avantage d'être potentiellement courte, et l'immense désavantage de nécessiter tout un tas d'enabler et des capacités logistiques pharaoniques. La réalité pourtant, c'est que même si on parvenait (et j'inclus les américains) à monter de belles brigades blindées et mécanisées pour les envoyer combattre en Ukraine, elles sous-performeraient très certainement. Personne n'a aujourd'hui une solution technique industrialisable pour contrer le problème posé par la transparence du champ de bataille et la prolifération des drones. On a pu se moquer de la nullité des russes dans la conduite de leurs groupes de combat mécanisés qui étaient détectés à 15km et étaient annihilés en rase campagne avant même de toucher la ligne ukrainienne. Oui ils étaient nuls, oui tactiquement le niveau était bas. Mais un groupe mécanisé OTAN aujourd'hui se ferait étrillée également. Il ne peut pas y avoir de guerre mécanisée de haute intensité dans ces conditions face à un adversaire nombreux et très bien équipés en drones. Pourquoi je dis tout ça ? car tout le blabla sur les "enablers" et le déficit européen en la matière (la raison pour laquelle on aurait besoin des USA pour intervenir en Ukraine) n'a aucun sens ici. La vérité c'est que pour une force de maintien de la paix, et plus largement pour une force défensive, on a pas besoin de brigades mécanisées avec 250 IFV et 80 MBT qui têtent la production pétrolière du Kowait toutes les 12h. La guerre d'Ukraine est une guerre de drone et secondairement d'infanterie. Si tu as la capacité de générer des drones et de générer des fantassins légers, tu as la capacité de jouer. Le Royaume-Uni peut-il produire des drones FPV et équiper 25 000 pax comme fantassin léger ? évidemment. La France aussi, l'Allemagne aussi. En fait le point où l'Europe a l'avantage sur les USA est sur le nombre de militaires d'actives, donc il n'y a aucun problème de ce côté là. Mais puisque ce n'est pas l'hypothèse faite dans les Etats-Majors qui fantasment Desert Storm, et qu'on reste dans une optique d'OPEX confortable (donc rotation tous les 3 à 4 mois, train logistique dantesque) plutôt que dans l'optique de fourrer des fantassins au fond d'une tranchée dans le Donbass. Car ça implique des pertes, ça implique un conflit qui n'a pas d'horizon de fin bien défini, et tout ça, ça effraye autant les politiques que les Etats-Majors. Mais c'est donc bien purement et uniquement une question de volonté politique. Londres a tout à fait les moyens physiques d'envoyer des fantassins serrer les dents dans une tranchée, mais il n'a pas les moyens d'envoyer de jolis groupes de combats avec Challenger, Warrior et tout ce qui suit, et de les rotationner correctement tous les 3 mois tout en leur fournissant EVASAN en 30 minutes, supériorité aérienne garantie et artillerie ennemie détruite. Londres n'a pas les moyens de promettre une guerre propre à la Irak 1991/2003 où tu gagnes en 6 semaines, ou de guerres "invisibles" à la Afghanistan/Irak 2004-2008 où tu perds un pax toutes les 3 semaines. Si on avait 15 000 fantassins légers professionnels anglais ou français avec de l'ATGM et des drones autour du saillant de Pokrovsk, je peux vous assurer que les russes avanceraient probablement pas aussi facilement. La même chose est vraie pour la défense des pays baltes. Vous n'avez pas besoin de 4000 Leopard 2 et d'énormes brigades mécanisées impossibles à déplacer tant elles sont lourdes. Vous avez besoin de drones, d'énormement de drones, de champs de mines, de tranchées, et de fantassins. Et vous n'avez donc pas besoin des américains ou de belles brigades avec des M1A2 et des Bradley. Fournir des fantassins n'est pas difficile techniquement, mais c'est par contre, une nouvelle fois, très difficile politiquement, surtout quand ces fantassins meurent. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Et bien, oui, c'est... une guerre. A noter toutefois qu'en fait, hormis du nucléaire, la Russie n'a pas grand chose dans son arsenal qui puisse vraiment toucher la France. Du point le occidental de la Russie à Strasbourg il y a 1800km. C'est moins si on part du principe qu'elle peut utiliser la Biélorussie mais ça implique une géométrie de force très défavorable au plan aérien comme terrestre puisque la Biélorussie forme un saillant en territoire OTANien. Dans son arsenal je vois le Kinjal, certaines versions du Kalibr, pas grand chose d'autre. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Je suis en partie d'accord avec toi, mais en partie seulement. Pour les leaders européens, il s'agit de gérer une opinion publique qui ne veut absolument pas de la guerre, mais a de la sympathie pour l'Ukraine (et cette sympathie demeure, même après 3 ans de guerre). La réalité donc, c'est que si un pays décidait d'y aller unilatéralement, il serait tout seul, personne ne le suivrait, et le politicien qui aurait décidé ça perdrait très certainement les élections suivantes. A l'inverse, en cas de troupes européennes qui s'installeraient en Ukraine après un éventuel cessez-le-feu, la situation est assez différente. D'une part, la temporalité fait que ça peut être coordonné avec potentiellement plusieurs pays dans le projet. D'autre part, cela serait beaucoup plus acceptable pour les opinions publiques européennes (même si ça ne sera pas gagné non plus). De même, si la Russie attaque une nouvelle fois, et a fortiori si elle tue au passage des soldats européens postés en Ukraine, soudainement la situation est toute autre. On a posté des troupes pour assurer la paix, elles sont attaquées, on doit répondre. Dans un cas on a déclaré la guerre à la Russie, dans l'autre c'est elle qui nous a déclaré la guerre de fait. Autrement dit, politiquement il est (peut-être) envisageable de faire la guerre à la Russie si elle attaque des soldats qu'on aurait posté en Ukraine dans un contexte de cessez-le-feu, mais pas de l'attaquer maintenant, alors qu'on a pas de soldats en Ukraine et qu'elle ne nous attaque pas. Dans un cas c'est un "non" définitif de la part de l'opinion publique, dans l'autre c'est un "peut-être" si on veut être optimiste concernant le consentement à la guerre. Donc je comprend que ça paraisse artificiel, et ça l'est d'une certaine manière, mais le fait qu'on ne déclare pas la guerre à la Russie aujourd'hui ne signifie pas qu'on ne la ferait pas si elle attaquait nos soldats placés en Ukraine après un cessez-le-feu. (De toute façon, puisqu'il n'y aura vraisemblablement pas de cessez-le-feu dans ces conditions, toutes ces discussions sont performatives) -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
"M. Trump et les dirigeants européens ont convenu que le secrétaire d'État Marco Rubio dirigerait un groupe de travail composé de conseillers à la sécurité nationale et de responsables de l'OTAN afin de rédiger des garanties de sécurité pour l'Ukraine, ont déclaré des responsables européens informés des discussions. Les garanties de sécurité comporteront quatre éléments : une présence militaire, des défenses aériennes, des armements et la surveillance d'une cessation des hostilités, selon les responsables européens. Les États-Unis pourraient apporter un soutien militaire indirect aux forces de maintien de la paix européennes de différentes manières, sans pour autant envoyer des troupes américaines sur le terrain." Ça c'est plutôt bon signe sur le fait que les européens sont arrivés à embarquer sur le principe les américains dans leur plan. Rubio est un bon choix puisque c'est probablement le plus anti-russe des gros poissons de l'administration US. Après, non seulement, ça peut changer très vite au gré des humeurs de Trump, mais surtout il faut bien garder en tête que ce plan n'a d'autres vocations que d'être refusé catégoriquement par Moscou, qui l'a d'ors et déjà explicitement réaffirmé hier alors que la rencontre à la maison Blanche n'était même pas terminée. Toute la question est de savoir comment Trump va réagir quand il va (enfin) comprendre qu'il ne peut y avoir d'accord dans ces conditions. Je serais Zelensky, je jouerais au con et je demanderais à Trump d'appeler son ami Vladimir pour définir une date de rencontre trilatérale au plus vite, pour obliger ce dernier à être celui qui refuse (car Poutine n'acceptera jamais une rencontre avec Zelensky dans ces conditions et avant que que l'Ukraine ait explicitement accepté la version russe de l'accord) -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Il y a beaucoup de vrai dans ce que dit Araud. Toute cette séquence ressemble surtout à un énorme quiproquo soigneusement entretenu à la fois par les Russes et par les Européens, au détriment des Américains. Les « garanties de sécurité » que Moscou se dit prêt à accepter sont en fait toujours les mêmes qu’à Istanbul : un cadre russo-américain donnant à chacun un droit de veto sur l’autre. Rien à voir donc avec de véritables « garanties de sécurité » contre la Russie, telles que les Européens les envisagent. Witkoff, incapable de saisir cette nuance, n’a évidemment pas su l’expliquer à Trump, qui n'aurait de toute façon probablement rien voulu savoir tant il veut se convaincre qu'un deal est proche. En parallèle, les Européens cherchent à convaincre Trump d’endosser une logique très différente : un dispositif qui assure qu’une nouvelle agression russe entraînerait automatiquement une réponse militaire européenne, avec un soutien américain plus ou moins direct. Les deux visions sont totalement inconciliables, et l’accord n’a dès lors aucune chance d’aboutir. Tout l’enjeu devient alors de rallier Trump à sa cause dans le jeu de blâme qui suivra l'échec désormais prévisible des négociations. -
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CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Quelques réflexions complémentaires, toujours sur la base de l'article de Reuters qui indique que Poutine serait "ouverts à une forme de garanties de sécurités pour l'Ukraines" et que Trump y a lui même semblé ouvert dans son appel avec les leaders européens hier matin. https://www.reuters.com/world/china/outline-emerges-putins-offer-end-his-war-ukraine-2025-08-17/ Si tout ça est au moins à moitié vrai, alors il faut, côté des européens, regarder les choses froidement et être intelligents avec les cartes qu'on a en main. La poursuite de la guerre conduit probablement à une perte progressive du Donbass pour l’Ukraine, avec un risque non nul d’effondrement militaire. Côté russe, l’endurance n’est pas illimitée, mais la dynamique est clairement pour eux et leurs problèmes me semblent infiniment plus gérables à court et moyen terme que ceux de Kyiv. Le recrutement russe semble aller un peu moins bien que je ne le croyais jusqu'à récemment, et repose visiblement sur une part importantes des détenus en pré-procès, qu'on incite fortement à racheter leur faute en allant servir la Mère Patrie, mais le volume tient. L’économie faiblit, mais toujours moins que celle de l'Ukraine. Pas de fronde sociale notable. Je pense donc que la Russie peut soutenir l’effort encore un à deux ans au minimum, et je n’en dirais pas autant pour l’Ukraine. Conséquence logique, cet accord est “bon” au sens où il est sans doute moins mauvais que la poursuite des combats. Si l’Ukraine s’en sort avec un demi oblast en moins, quelques concessions symboliques (co-officialité du russe et reconnaissance de la Crimée), mais conserve son indépendance, ne subit pas de limitations sur ses capacités militaires et obtient surtout des garanties de sécurité occidentales, alors c’est vraisemblablement le meilleur scénario accessible. Quelles que soient les vraies intentions de Poutine, le point central pour Kyiv et les Européens, si une ouverture existe réellement, ce sont les garanties de sécurité. Autant viser haut dès le départ. Proposons un dispositif “type article 5” garanti par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les États-Unis et tout État crédible volontaire. Proposons aussi un stationnement concret, par exemple la 11e BP à Kharkiv et une brigade britannique à Kyiv. Bref, le maximum. Aux Européens qui ont l’oreille de Trump (Stubb, Stoltenberg) de déployer toute la diplomatie nécessaire, et même toutes les flagorneries obsequieuses imaginables s'il faut en passer par là, pour le convaincre que ces garanties sont raisonnables et indispensables. Si ça passe, Poutine devra soit accepter, ce qui serait un gain net pour l’Ukraine, soit prendre le risque d’apparaître désormais comme l’obstacle à la paix. S’il n’était pas sérieux dès le départ, la guerre continuerait de toute façon, mais avec une chance de garder Trump du “bon côté”, ce qu’un refus sec de Kyiv sur le fond ne permettrait pas. Si on n’arrive pas à embarquer Trump et que Poutine ne lâche rien, alors, à condition que les autres points correspondent bien à ce que Reuters décrit ce matin, il faudra probablement encourager très fermement Zelensky à signer en l’état, même sans garanties de sécurité très solides. Le cas le plus délicat serait paradoxalement celui où Poutine est réellement prêt à un accord raisonnable, Trump suit sur les garanties, mais où Moscou accepte toutefois le risque de tout faire capoter précisément sur cette question. On entrerait alors dans une zone grise où la bonne décision dépendrait de l’ampleur réelle des sanctions américaines qui suivraient, de leur impact sur la Russie et, au final, de la trajectoire militaire sur un an. Les garanties ont une vertu, elles contraignent la Russie à révéler ses intentions au-delà du cessez-le-feu. Si Poutine paraît sérieux sur l’arrêt des combats, mais refuse catégoriquement toute garantie, c’est mauvais signe. Cela suggère une reprise de la guerre à terme, ou au minimum une coercition permanente de l’Ukraine par la menace. De telles intentions hostiles réduisent mécaniquement la valeur du deal côté ukrainien, car au mieux la souveraineté resterait fragilisée, au pire le conflit reprendrait plus tard depuis une position plus précaire. En même temps, si l’on suppose une armée ukrainienne proche de la rupture et des sanctions américaines à effet marginal sur le potentiel militaire russe à court terme, alors il vaut peut-être mieux un accord sans garanties que la poursuite de la guerre, même avec un Trump plutôt pro-ukrainien. On n’en est pas là. De toute façon de nouvelles fuites sur le contenu des discussions américano-russes peuvent très vite rendre toutes mes divagations caduques. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Je pense que Poutine a compris que Trump voulait une formulation claires des exigences russes et qu'il était agacé par les manœuvres dilatoires pour éviter d'avoir à formuler des exigences claires et crédibles. Je rappelle que jusqu'ici la Russie revendiquait toutes les régions officiellement "annexées" en 2022 et voulait que l'Ukraine lui rétrocède donc entre autre Kherson et Zaporijjia. Elle revendiquait par ailleurs la démilitarisation de l'Ukraine, une absence complète de garantie de sécurité occidentale de quelque sorte que ce soit, et une révision de l'architecture de sécurité européenne qui aurait pu aller jusqu'au retrait des forces de l'OTAN de l'ensemble de l'ex-bloc communiste ("frontières" de 1997). Par ailleurs il semblait clair qu'à chaque touche potentielle au niveau diplomatique, les russes faisaient tout leur possible que les négociations trainent en longueur sans avancée concrète. Il est possible que Trump ait dit en substance à Poutine "si tu veux éviter des sanctions économiques massives de la part des USA (notamment les sanctions secondaires sur les acheteurs de pétrole russe) et que de mon côté je brusque un peu Zelensky, je veux 1) des revendications claires et raisonnables 2) que vous soyez sérieux dans votre volonté de négocier de bonne fois". Poutine aurait alors formulé en gros l'offre suivante 1) pas de cessez-le-feu avant accord définitif 2) occupation de l'ensemble des volets de Luhansk et Donetsk, retrait des petites poches russes dans les oblasts de Kharkiv et de Sumy, nouvelle frontière sur la ligne de font et le Dniepr dans le sud 3) Pas d'Ukraine dans l'otan, mais la Russie tolérerait potentiellement (?) une forme de sécurité occidentale dont le mécanisme resterait à définir 4) Langue russe coofficielle en Ukraine, "libertés" pour l'église orthodoxe russe 5) Modification de l'architecture de sécurité européenne dont les contours restent à définir mais avec à priori des exigences russes beaucoup souples que la position maximaliste d'un retour de l'OTAN sur les frontières de 1997 6) Reconnaissance à minima de la Crimée comme russe (par l'Ukraine assurément, par les USA aussi je suppose ?) (Je crois que je n'oublie rien) Et donc Trump aurait conclu que c'était acceptable et raisonnable, et que si les Russes étaient sérieux dans les négociations (dont Trump souhaite visiblement qu'elles commencent très rapidement), les USA soutiendraient cette proposition de résolution du conflit. Maintenant la question à 100 000$, que veut vraiment Poutine. Espère t-il un refus ukrainien pour enfoncer un coin entre Kiev et Washington et ainsi pouvoir continuer la guerre sans sanctions américaines, espérant obtenir plus par la force des armes, où s'est il résolu à accepter un deal de ce type comme une issue "good enough" au conflit ? Il est quoi qu'il arrive logique qu'il lâche du lest sur l'architecture de sécurité européenne, concept de toute façon très floue à dessein, car c'est le point où il risquerait d'entrer en désaccord avec les USA (Trump ne semble pas décider à ne plus jouer aucun rôle sur le continent). Il va au contraire souligner sa modération là dessus pour exiger en contrepartie que ses revendications territoriales "raisonnables" sur l'Ukraine soient acceptées, faisant reposer la pression du refus sur Kiev. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Beaucoup de réactions à chaud sur le meeting Trump-Poutine. J'ai comme l'impression que peu importe ce que vous en pensiez avant qu'il n'ait lieu, vous pourrez trouver des éléments en son sein pour confirmer votre opinion. Tant qu'on aura pas des infos un peu concrètes sur le "demi-accord" oral qui semble avoir été plus ou moins conclu, il sera difficile d'être affirmatif. Le meeting a duré moins longtemps que prévu, toute la partie déjeuner a été annulée au dernier moment et l'interview de Poutine prévue sur Fox News est tombée à l'eau. C'est rarement le signe que les choses se sont bien passées. Trump a frontalement contredit poutine en interview en soulignant qu'aucun "accord" définitif n'avait été trouvé et qu'il restait des sujets non résolus. Dans le même temps, Poutine a flaté Trump en le relançant sur l'élection "volée" de 2020 et, sans surprise, Trump a semblé ravi et a rebondi dessus immédiatement. Trump a aussi violemment taclé Zelensky en réaffirmant qu'il était celui qui avait "démarré cette guerre". Poutine n'a pu qu'être ravi en entendant ça. Le fait qu'il souligne que c'était maintenant à Zelensky de négocier peut en rassurer certains dans la mesure où ça ne sort pas les ukrainiens de l'équation, mais ça peut aussi suggérer que Trump considère qu'il a fait sa part du boulot, et que si l'Ukraine n'accepte pas les revendications russes (dont rien ne laissent à penser qu'elles se soient modérées), alors la poursuite de la guerre sera de leur faute. Globalement, j'avoue ne pas trop savoir quoi en penser. Que cherche vraiment Trump ? Je suis de plus en plus convaincu qu'il est au moins à moitié sérieux dans son délire de "faiseur de paix" et, contrairement à ce que je craignais, il n'est peut être pas prêt à jeter totalement les Ukrainiens sous le bus à la première occasion venue dans l'espoir de se rabibocher avec les russes et de faire du business avec eux. Dans le même temps, il est clair que Poutine a cherché à la fois à mener une offensive de charme sur Trump tout en se servant du meeting comme d'une vitrine de puissance et de respectabilité internationale, sans rien lâcher sur le fond. Le problème, maintenant, c'est que dans la mesure où il risque de ne rien se passer après ça, on va en revenir au cycle habituel, à savoir que Trump va bien devoir formuler à nouveau une sorte d'ultimatum implicite ou explicite pour ramener les russes à la table des négociations, Poutine va sans doute proposer des "pourparlers" sous une forme ou une autre qui seront bien sûr "constructifs" mais "sans avancées décisives", et continuer ainsi indéfiniment son manège tant que Trump ne se fâchera pas. Mais a t il vraiment le courage ou même l'envie se fâcher et de prendre les mesures nécessaires pour coercer la Russie le cas échéant ? En a t il seulement vraiment les moyens sans mettre la main au portefeuille directement pour aider l'Ukraine, chose qui semble exclue dans son esprit ? -
Y'a un paquet de vidéos d'UGV de ce styles transportant des blessés en Ukraine, dont un certain nombre se font frapper par des FPV. Maintenant sur la ligne de contact, l'alternative à ça c'est bien souvent pas d'EVASAN du tout, donc je pense que ça va dans le bon sens quand même.
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[Iran]
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de g4lly dans Politique etrangère / Relations internationales
Mais il y a quelque chose que je comprends pas avec toute la rhétorique sur le programme nucléaire iranien renvoyé "10 ans en arrière". On sait que l'AIEA a détecté des "particules" d'uranium enrichi à 83%, et que l'Iran possédait un stock de + de 400kg d'uranium enrichi à 60%. Un expert du domaine confirmait que le passage de 60% à 90% était moins complexe que le passage de 20 à 60. On sait par ailleurs que s'il existe un seuil minimal d'enrichissement pour produire une bombe à fission, il est en réalité assez bas d'un point de vue théorique, peut être 50%, mais que plus on descend sous les 80-90%, le rendement est faible, la bombe doit être très grosse et utiliser des quantités importantes d'uranium, tout en étant plus complexe au niveau de son design. On sait également qu'avec de l'uranium correctement enrichi, une bombe à fission peut en réalité fonctionner avec un mécanisme assez simple, connu, très fiable, celui du canon à uranium utilisé pour Little Boy, qui ne semble pas nécessité des niveaux d'ingenieries extraordinaires. Tout ça pour dire que j'ai quand même fortement l'impression que l'Iran a deja plus ou moins le combustible nécessaire pour fabriquer quelques bombes, que la fabrication même de ces bombes sont clairement à sa portée, que les missiles balistiques pour la tirer existent, et qu'à la rigueur l'étape restante la plus complexe est sans doute l'intégration de la bombe dans la tête du missile (contrainte de place, de forme). Ma question est donc : sauf à espérer détruire cinétiquement tous les stocks d'uranium enrichi iranien et la moindre centrifugeuse, ou à réduire à zéro leur stock de missile balistique, est ce que le programme nucléaire iranien n'est pas tout simplement déjà trop mature, trop résilient, pour être réellement détruit ? Il est très possible (probable ?) que je passe à côté d'un élément important, mais j'ai l'impression que si l'Iran arrive à conserver son combustible enrichi, quelques centrifugeuses, et des missiles, alors elle gardera indéfiniment la possibilité de franchir le pas sous court préavis. Dit autrement, sauf à ce qu'Israël parvienne à infliger des dégâts suffisants au pays et à son économie pour que le régime se sente vaciller et accepte volontairement la destruction de son programme nucléaire en l'échange de la paix, il est déjà "trop tard". https://www.franceinfo.fr/monde/iran/stock-d-uranium-enrichi-usines-dediees-non-respect-des-inspections-ou-en-est-le-programme-nucleaire-iranien-proche-du-point-de-non-retour-selon-israel_7310688.html https://en.wikipedia.org/wiki/Enriched_uranium?wprov=sfla1 https://en.wikipedia.org/wiki/Gun-type_fission_weapon?wprov=sfla1 -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Le problème étant que ce chantier capacitaire avance à un rythme affreusement lent par rapport à l'évolution de la menace, et que de toute façon, pour traiter de manière cinétique des centaines de drones hypervéloces et manoeuvrant de quelques dizaines de centimètres, il va falloir mettre des moyens qui sont aujourd'hui hors de portée des armées françaises. D'où ma vive inquiétude face à notre adaptation à ce type d'attaque, qui nécessitent certes une préparation soignée mais aucun moyen technique ou humain très sophistiqué. Le moins cher à court terme reste encore sans doute de généraliser les abris renforcés et de n'en faire sortir les avions que pour décoller. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Je pense, si je peux me permettre, que tu sous estimes l'ampleur du problème. Voici ce que peut donner un rayon de 5km autour de quelques BA françaises prises au hasard (Villacoublay, Saint-Dizier, Mont-de-Marsan). Même en situation de guerre, tu penses vraiment être capable de détecter un camion civile "suspect" (qui n'a visuellement rien de suspect d'ailleurs) localisés aux points que j'ai marqué sur les cartes sous très court préavis et de le détruire ? -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Disons que tant qu'on a pas des IA autonome de très haut niveau, pouvoir contrôler le drone à distance reste souhaitable pour faire de la frappe très précise (sur les vidéos ont voit que les drones tentent de viser spécifiquement la zone des réservoirs des Tu-95), ce qui est nécessaire avec de petites charges qui risquent sinon de ne faire que des dégâts superficiels si le drone ne tape pas parfaitement au bon endroit), mais dans l'idée oui, globalement les solutions non-cinétiques ne sont absolument plus suffisantes et le seront encore moins à l'avenir. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
c'était. A vrai dire, il y a 1 ans ça n'existait même pas vraiment. Aujourd'hui on a deux pays européens qui sont en train de se donner les moyens d'en produire des milliers par jours, et c'est d'autant plus simple si on reste sur des portées raisonnables (et pour le type d'attaque qu'on voit, nul besoin d'avoir 20km de portée, même 5km suffiront amplement à rester très loin de la zone "surveillée" autour d'une base la plupart du temps. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Je trouve surtout que l'approche occidentale passe essentiellement par le fait de se mettre les mains devant les yeux et de faire comme si ça n'existait pas, faute de budget sérieux pour faire quoi que ce soit (car si on doit transformer chaque base aérienne de l'AAE en bunker fortifié avec des tourelles anti-drone tous les 25m, ça va vite chiffrer). -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Déjà les SCALP sont arrivés tard en Ukraine, ensuite le pont est devenu l'un des objets les plus protégés de Russie, avec énormément de batterie de SAM autour. Enfin, le SCALP n'a pas à ma connaissance de charges vraiment optimisées pour faire de l'anti structure efficace, et il en aurait probablement fallut beaucoup, très bien placés, pour faire quelque chose. Vu la faible quantité de SCALP livrés, le fort risque d'interception, et l'intérêt avant tout symbolique du pont (quoi qu'on ai pu dire à ce sujet), à mon avis les Ukrainiens ont bien fait de ne pas cramer des dizaines de SCALP pour tenter de le faire tomber. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai aussi l'impression, de ce que j'en comprend, qu'il y a beaucoup de rivalités inter-services. Je suis certain que Budanov aurait beaucoup aimé être à l'origine de l'opération. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Ah mais je te rejoins totalement. Je ne dis pas que les troubles dans le Donbass, et le scepticisme d'une partie importante de la population des régions russophones à propos de Maïdan, étaient des phénomènes purement artificiels crées de toute pièce depuis Moscou. Contrairement aux russes, justement, qui pensent qu'on peut fomenter artificiellement des révolutions avec un peu d'argent, une poignée d'agitateurs et quelques ONG complaisantes (c'est leur grande théorie pour expliquer Maïdan), je sais bien qu'on peut déployer tous les moyens du monde en vain si le narratif et les idées qu'on tente de pousser ne raisonnent pas du tout dans le milieu qu'on cible. Des dizaines de milliers de jeunes (et moins jeunes) ukrainiens des oblasts de Donetsk et de Louhansk ont accepté de prendre les armes et de risquer leur peau pour leur république séparatiste, et des milliers l'ont payé de leur vie. On peut disserter à l'envie sur les raisons exactes de cet engagement (patriotisme sincère, envie d'aventure, incitations financières) mais il ne peut être balayé d'un revers de main. Seulement, dans le même temps, la plus grosse manifestation populaire à Donetsk entre fin 2013 et le début de la guerre du Donbass fut... un rassemblement "pro-Ukraine". Bref, comme à Odessa, comme à Kharkiv, comme dans toute la "zone russophone" de l'Ukraine, on a eu dans la plupart des villes du Donbass des centaines de manifestations et des contre-manifestations à propos du Maïdan et de la question de l'identité ukrainienne. Le fait que la Russie a payé des centaines de manifestants pour participer aux marches anti-maidan, dont des russes franchissant la frontière spécialement à cet effet est parfaitement documenté, mais il n'empêche que le gros des manifestants étaient des ukrainiens sincères manifestant pour défendre leurs idées et leurs convictions. Il n'en demeure pas moins, et je maintiens, que le bain de sang dans lequel a sombré le Donbass ne serait jamais advenu sans l'implication directe de la Russie qui a non seulement armé, équipé, conseillé, puis soutenu directement avec des troupes régulières les pro-russes de la région, mais a surtout, par son influence et son noyautage, fait en sorte qu'aucune personnalité raisonnable n'émerge dans la région pour négocier un compromis acceptable. Si vous ne l'avez pas déjà fait, lisez les biographies wikipédia des principales "figures" politiques des deux républiques populaires, ça vaut son pesant de cacahuète. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Ce que tu dis est parfaitement faux. La Russie a littéralement créé le conflit au Donbass, payé des manifestants, la Russie a armé les séparatistes, aidés, guidés, appuyés dès les premiers jours par divers russes (Girkin et ses hommes pour Sloviansk/Kramatorsk) puis a directement déployée ses propres soldats sous faux drapeau quand ça commençait à sentir le roussi pour ces derniers. Elle a placé à la tête des républiques séparatistes un mélange de repris de justices et d'hommes d'affaires mafieux qui n'avaient aucune intention de coopérer avec Kyiv. En novembre 2014 et octobre 2015, ils organisent des élections locales, sans en référer à Kiyv, en violation totale des accords. Ils n'ont jamais laissé l'OSCE faire son boulot correctement. Et je ne comprends pas ton obsession pour les USA d'Obama. On a donc Obama, qui souhaite faire son pivot vers l'Asie, tente un "reset" avec Poutine, ne réagit que très mollement à l'invasion de la Crimée, refuse la vente du moindre armement sérieux à l'Ukraine, mais en fait en sous main ils seraient les principaux architectes de l'échec de Minsk? Un accord qui les arrangeait bien puisqu'ils n'avaient aucune envie d'avoir un dossier ukrainien sur le dos. Il va peut être falloir admettre que pour toutes les fautes réelles et imaginaires de l'Ukraine, rien ne de grave ne se serait passé en 2014 et en 2022 si elle avait un voisin normal. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Un peu facile de charger Hollande et Merkel - que je ne porte pourtant pas dans mon coeur -. Les accords de Minsk ont atteint leur objectif premier lorsqu'ils ont été signé, et qui était de faire cesser le gros des combats qui meurtrissaient alors le Donbass. Comme tu le souligne toi même, les deux parties ont des "diagnostics" et des griefs irréconciliables. La Russie pour sa part voit l'existence même d'une Ukraine non alignée sur elle comme un problème. Qu'est ce qu'Hollande ou Merkel pouvaient bien y faire ? Qu'est-ce que tu aurais voulu que la Diplomatie européenne fasse de plus en 2014-2015 ? Je rappelle au passage que si on peut critiquer la politique ukrainienne de ces années là, la non implémentation du volet "politique" Minsk-2 tient au moins tout autant à la Russie qui n'a jamais fait quoi que ce soit pour obliger ses deux républiques fantoches à faire la part du boulot que l'accord leur donnait. La réalité étant que Poutine n'était pas du tout intéressé par un "règlement définitif" de la crise ukrainienne par la voie diplomatique, puisqu'elle ne pouvait manifestement atteindre son objectif ultime qui était déjà, et est resté dans une version plus maximaliste, l'alignement total du pays avec la Russie, sur un modèle Biélorusse. -
Exportation du Rafale: prospects et clients potentiels
CortoMaltese a répondu à un(e) sujet de pascal dans Europe
Question sans doute bête mais pensez vous que les Rafale M qu'on va livrer à l'Inde seront des vrais Rafale M identiques à ceux français ? Car compte tenu de l'absence de catapulte, tous les renforts au niveau du train avant ne servent à rien et ne font qu'augmenter le poids de l'appareil dans un contexte déjà contraint, donc pourquoi ne pas leur fournir un hybride avec la crosse du M mais un train simplifié tiré du C/B ? j'imagine que la hauteur supplémentaire du train du Rafale M doit aider en terme d'angle mais il doit y avoir moyen de gagner du poids par rapport à un vrai train de Rafale M ?