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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Pas vraiment: le destroyer est avant tout né d'un besoin d'escortes spécifiques contre les petits navires attaquant en masse/essaims les capital ships. Principalement les navires torpilleurs: torpilleurs proprement dits, puis vedettes lance torpilles, et graduellement, tout ce qui pouvait balancer des torpilles. Le nom complet de ce type de navire est initialement Torpedo Boat Destroyer, "destroyer" n'étant qu'une abbréviation. L'ère du missile leur a fait reprendre des rôles antinavires en plus; l'antiaérien est venu après. Maintenant, c'est un peu la bonne à tout faire, et LE navire de surface de base, plutôt un généraliste reflétant les besoins dominants du temps dans ses proportions d'armement: c'est avant tout la plate forme lance missile de référence dont le nom ne reflète plus vraiment la spécificité d'avant dans un ordre de bataille de surface à division du travail très spécifique.
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Et selon les Anglais, les Horizon et Doria ne sont pas des frégates, mais des destroyers, comme les Darings. Les appellations sont quand même très variables, et comme dit plus haut, les croiseurs légers de jadis étaient plus légers que les grandes frégates et destroyers actuels, tout comme les destroyers de jadis, si le tonnage était le critère faisant la différence, seraient de très petites frégates actuelles. Y'a des OPV qui pèsent plus lourd que les destroyers d'il y a pas si longtemps! Surtout qu'il faut pas oublier un détail sur les navires jusqu'aux années 50-60: un des énormes déterminants du poids à cette époque et avant était le blindage, qui pouvait représenter entre 1/4 et 1/3 de la masse du navire. A comparer aux navires actuels dont le blindage n'est plus très lourd relativement au poids. Les navires actuels, s'ils avaient cette obligation, seraient nettement plus lourds. D'autre part, les machines et l'armement de l'époque du canon représentaient aussi une proportion supérieure de la masse totale des navires, en raison d'un besoin de taille et de poids très supérieur à puissance/efficacité équivalente produite. En relatif, toutes choses aplanies, les navires du temps jadis sont donc encore plus petits que ceux d'aujourd'hui, à rôle/classe égale.
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C'est toujours le hic, et il y a toujours un choix, en matière d'organisation, entre la centralisation et la division du travail, avec des inconvénients et des avantages à chaque formule. L'histoire organisationnelle et politique des grandes organisations joue aussi un énorme rôle, en plus de ce simple arbitrage technique: les choix de court terme et commodités politiques d'un moment peuvent faire créer des organisations pour répondre à un besoin ponctuel, et cette organisation peut s'arranger pour étendre son champ de compétence, son indispensabilité, son pouvoir en interne (dans la bureaucratie, auprès de soutiens politiques....) et/ou son importance en général, pour prolonger son existence, et ce qui était temporaire devient permanent, grandit et acquiert plus d'autonomie et plus de grade (passer d'un simple service rattaché à un autre, à un statut supérieur rendant compte à une plus haute autorité). Sans compter que chaque ministère ou domaine d'activité de l'Etat a des besoins propres qui sont rarement bien pris en compte (ou suffisamment à son goût) quand c'est quelqu'un d'autre qui s'en occupe: le Trésor américain a ainsi créé ses agences (Secret Service, Mint Police....) tout comme le Justice Department et l'Intérieur (et maintenant la Homeland Security), les forces armées.... Et il y a le facteur démocratique: avoir toutes les agences de renseignement et/ou de forces de l'ordre réunies en une seule, ou un très faible nombre, est rarement une bonne évolution dans une démocratie: on peut d'ailleurs supposer, dans le fil de l'histoire américaine, que le maintien ou le renforcement de la DEA et de l'ATF ont aussi quelque chose à voir avec l'explosion du FBI au XXème siècle, et son pouvoir démesuré sous Hoover. La coordination, les guerres de polices et de turfs, les compromis politiques, les "joint services" temporaires ou permanents, la tendance aux task forces multi-services temporaires.... Sont les aléas de ce genre de structure, et tout le monde sait, même avant que tout soit créé ou clairement défini, que la perfection ne sera pas au rendez-vous. Certains l'espèrent même puisque chaque agence ou service est un "objet" politique qui est une occasion de plus d'avoir de l'emprise sur les décisions, un levier de pouvoir en interne.... Mais au final, c'est le même principe que la séparation des pouvoirs: le moins mauvais compromis pour une démocratie et la préservation des libertés est d'avoir trop de lutte des pouvoirs que trop d'entente. Le DHS a été la première tentative depuis longtemps de réunir à grande échelle une multitude d'agences et de services dans une grande entité plus efficace, rationalisant l'existant. Nombre de motifs ayant présidé à sa création furent tout sauf purs, mais c'était aussi une des tendances contradictoires à l'oeuvre: la nécessité d'une meilleur organisation et d'une rationalisation du bordel pour plus d'efficacité l'a, dans ce cas et dans une certaine mesure, emporté sur la préférence pour la division des capacités de police et de renseignement. Après, le fait que ça ait été très mal fait et que l'agence en résultant soit un bordel pléthorique gaspilleur de ressources (pas éternellement sans doute) est une autre question, technique et politique (mais bon, c'est pas non plus une science exacte et y'a pas tellement de lois certaines pour réussir ce genre de choses à une telle échelle). On constate d'ailleurs dans d'autres pays la même nécessité fréquente de diviser les forces de l'ordre, forces armées et agences de renseignement en plusieurs entités pour éviter qu'elles ne constituent soit des monstres bureaucratiques, soit des monstres tout court, soit encore des menaces pour des libertés ou pour le pouvoir: la Russie, en la matière (on aurait pu aussi citer la Chine ou la Syrie, par exemple) est assez caractéristique et bien pire que les USA, avec un appareil de sécurité démesuré pour sa population et ses moyens, et une division du travail assez contestable du point de vue de l'efficacité ou des libertés. Mais du point de vue de la structure du pouvoir en Russie, c'est assez logique et cela reflète les luttes féodales entre potentats dans ce pays, avec en toile de fond, la même question qui se pose dans tous les pays, quels que soient leur régime, mais à différents degrés d'importance: qui contrôle quoi?
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On parle quand même de micro effectifs pour la plupart des agences, et la majorité des groupes et petites unités d'intervention, malgré des noms pompeux, sont "à temps partiel", comme la majorité des unités SWAT qui ne sont qu'activées en temps que telles quand la situation l'exige (le reste du temps, ils ont une activité de flics normaux). Et il y a une litanie de degrés d'expertise dans ces équipes qui sont loin d'être toutes des super FS de la mort. Faut pas systématiquement se laisser leurrer par le terme "Special Response Team" ou un équivalent. Si on veut pousser le vice en s'en tenant aux dénominations strictes, la plupart des agences gouvernementales ont aussi un service de renseignement et de contre espionnage (intelligence) propre à leur activité et leur domaine d'expertise, y compris le Department Of Energy (et d'autres) qui a une forte activité dans le domaine nucléaire. Ca veut pas dire qu'il a des barbouzes sous couverture en train de réaliser des opérations paramilitaires quelque part dans le monde. Les Américains ont une tendance à systématiser une doctrine dès qu'il y a un métier perçu comme spécifique; ça dérive parfois, dans le plus pur style de toute organisations bureaucratique (des petites baronnies se créent, des moyens de radiner des financements supplémentaires y incitent), mais faut pas non plus exagérer la chose à outrance. Faut aussi voir qu'il s'agit d'un pays de grande taille ET avec une importante population (5 fois la population française, répartie sur beaucoup plus de 5 fois la France), qui est beaucoup moins centralisé (donc plus d'échelons de décision autonome.... Chacun essayant de mener sa politique et servir ses intérêts).
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Le Marshall Service est la première agence fédérale de police, et correspond a une situation particulièrement américaine, en ce sens qu'il faut toujours se rappeler que c'est un Etat fédéral, et vraiment pas qu'un peu, où chaque Etat se considère quasiment (voire presque totalement, selon les cas et les courants d'opinion) comme une nation à part entière. Au XIXème siècle, c'était encore plus vrai (la guerre de sécession, c'est un peu pour ça), et il faut penser les USA non comme un pays avec des subdivisions appelées Etats (auquel cas, oui le système semble absurde), mais comme une somme d'Etats concédant certaines prérogatives à un échelon fédéral: le Marshall Service a été créé précisément parce qu'il a bien fallu reconnaître qu'il existait des crimes de nature fédérale, non seulement par leur gravité (qui fait qu'une majorité d'Etats, mais pas tous, considère la chose comme un crime majeur et intolérable) et/ou leur complexité (impliquant un niveau d'expertise et de ressource, par exemple), et/ou leur spécificité (impliquant un besoin de rationaliser/prioriser les moyens nationaux parce qu'aucun Etat isolément ne consacrerait assez de ressource à ce crime, somme toute peu important dans un seul Etat), mais aussi et surtout par leur échelle (couvrant plusieurs Etats, impliquant les frontières entre Etats, la multiplicité des législations....). Le Marshall Service s'attache avant tout à la poursuite des fugitifs, ceux en procès, ceux déclarés dangereux, ceux ayant fui une prison (et évidemment ceux fuyant les prisons fédérales), et qui passent une frontière d'Etat. Il gère aussi les transferts de prisonniers qui impliquent un changement d'Etat. Mais il a d'autres attributions, dont le célèbre programme de protection des témoins, son autre coeur de métier. Ca veut pas dire que ce sont des flics comme on le pense, avec des armes et tout et tout: ce sont des gens chargés de faire respecter les règlementations et normes (très pointues et très spécifiques) en vigueur dans le domaine de l'énergie, avant tout par les opérateurs du secteur, mais aussi par les communautés de consommateurs (villes, Etats, comtés....). C'est du law enforcement par définition: ils font des inspections, contrôlent, enquêtent quand il y a des problèmes ou de la triche.... L'Agriculture fait la même chose, comme tout autre domaine d'activité de l'Etat. Quand tu fais des lois, faut bien vérifier qu'elles sont appliquées et punir ceux qui ne le font pas.
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Les énormités et clichés du cinéma et séries télévisées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Oh! Ah! Ih! Uh! Eeeuuuuhhh.... Ah, si, un cliché majeur: dans les séries et films, où que vous soyez dans le monde, vous passez un coup de fil ou êtes photographié/filmé, En quelques secondes, les agences de renseignement ou maffias vous spotent, et quelques secondes/minutes plus tard, y'a toujours une équipe de gens armés pour venir vous enlever ou vous assassiner. Putain d'effectifs, putain de couverture géographique. -
Non justement, parce que argent et soutien communautaire étaient là; y'a pas que les ouvriers chinois des chemins de fer (et faut pas oublier que tous les asiatiques ne sont pas des classes moyennes/CSP + non plus), y'a aussi et surtout (majorité des migrants) une population urbaine chinoise qui a emprunté le chemin décrit plus haut AVEC une organisation (essentiellement importée) et des réseaux relationnels et culturels en place (migration par région d'origine notamment). Et à aucun moment je n'ai dit qu'ils avaient fait Princeton d'emblée, mais le contraire: le schéma "type" (si on peut dire), c'est celui de premières générations de petits commerçants, ou d'ouvriers gagnant auprès de leur communauté l'accès à ce genre de statut. De là, l'accumulation capitalistique peut se faire pour propulser les gamins (ou au moins un, au début) à l'université. Faut arrêter de délirer et voir ce qu'étaient les populations noires au lendemain de la guerre de sécession: zéro organisation, zéro racines, zéro communauté au-delà du niveau de la plantation (peu d'individus, et tous dans le même merdier), zéro éducation ou connaissance de l'environnement immédiat, régions du sud dévastées et mises en coupe réglée par l'après guerre "nordiste", offrant peu de perspectives, hostilité sociale et culturelle à leur couleur de peau, zéro accès à rien et une rapide mise en place de la ségrégation. Les structures et organisations SOLIDES de vastes communautés ne naissent pas en un jour et ne deviennent pas efficaces en un jour, et encore moins à partir de rien et sans moyens, et sur un terrain hostile. Tu sous-estimes extrêmement gravement les structures communautaires chinoises (et autres) et les réseaux et boosters qu'elles représentaient et représentent encore (et encore plus les sommes qu'elles représentent), la contribution qu'elles demandent à chacun des membres.... Outre que les noirs américains "autochtones" ont du partir dans la course avec plusieurs trains de retards et des boulets attachés aux pieds, ils sont partis en ordre dispersé parce qu'ils ne formaient pas une ethnie, ou un peuple, ou même une culture, mais d'innombrables petits groupes humains complètement éclatés sur le territoire (en plus en majorité dans des zones rurales loin de tout), dans des situations différentes (rarement enviables) avec peu de moyens et beaucoup d'hostilité active contre eux. En zone rurale, la donne économique dominante pour les noirs, c'étaient le travail en "sharecropping" (peu différent d'une plantation esclavagiste dans les faits) ou être domestique (d'individus ou de collectivités); pas vraiment de quoi commencer un processus d'accumulation capitaliste, même sur plusieurs générations, ou d'envoyer les enfants en universités (pour l'extrêmement faible nombre qui acceptait des noirs ou étaient des universités noires). En ville, c'était l'époque d'un prolétariat urbain peu représenté, sans union et sans poids, donc avec des perspectives réduites, et au sein duquel s'opérait quand même une hiérarchisation par la couleur entre noirs et blancs (et métis détestés par les deux groupes). Les Chinois étaient déjà des communautés importantes et organisées, avec DES MOYENS!!!! Encore une fois, il faut partir de quelque chose. C'est pas une question de passe droit, mais de là où on part et des outils dont on dispose. Surtout quand en plus on se met dans le cadre de sociétés (selon les aires culturelles dans les USA) qui ont beaucoup fait (à certains endroits plus qu'à d'autres) pour maintenir les noirs dans cette position pendant un siècle après la fin de l'esclavage. Ils ont du d'abord devenir une communauté structurée, gagner les positions qu'ils pouvaient et commencer à capitaliser dessus dans la mesure où c'était possible et avec les moyens qu'ils avaient pour le faire. Après, faut aussi compter sur les facteurs de reproduction sociale et de guettoisation: les handicaps ont tendance à s'accumuler et les situations à se reproduire, une fois qu'on y est. Ce sont les tendances lourdes de sociétés peu mobiles (comme pouvaient l'être les USA pour certaines minorités).
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Pas tous les asiatiques: les chinois sont pas si mal représentés, mais ça varie beaucoup suivant le lieu de migration et plus encore la région d'origine. Les Philipins sont très bien représentés dans les prisons américaines, de même que d'autres zones d'origine. Quand on dit "asiatique", on met implicitement dedans Japonais, Coréens, Indiens et Chinois, en oubliant les autres ou en se focalisant sur certains stéréotypes. D'abord et avant tout, quand on restreint à ceux-là, on est déjà dans une toute autre catégorie démographique que celle des noirs américains (12% de la population environs, contre 6 fois moins aux Asiatiques), de même que des zones de migration différentes des fortes concentrations de populations noires (les migrants vont dans les zones les plus attractives). En plus, les populations noires américaines sont à différencier: il y a une minorité parmi elles qui sont des migrants d'Afrique récents, et dont les performances scolaires (dépassant les asiatiques en moyenne, même si on parle d'une petite population, ce qui réduit la pertinence de la comparaison) et le succès socio-économique sont impressionants, par opposition aux noirs "autochtones". Mais surtout, les populations asiatiques dont on met en avant le succès (donc pas toutes les populations asiatiques) ont un facteur de succès important qui réside dans l'existence historique de très forts liens et structures communautaires (dont une partie pas légale d'ailleurs: voir le phénomène et le rôle historique des sociétés Tong, souvent tenues par les groupes mafieux chinois) qui ont été des supports énormes pour les nouveaux arrivants, depuis le XIXème siècle, et plus encore aujourd'hui (accueil, soutien juridique, aides à l'installation, cours de langues, formation professionnelle, financements....). Et l'installation des premières générations de migrants s'est souvent faite via le petit commerce et autres business indépendants, soit une branche d'activité qui a pu échapper en bonne partie aux phénomènes de discrimination (contrairement à l'emploi salarié dans de grandes structures, créant ainsi un substrat socio-économique sur lequel les générations ultérieures ont pu monter (notamment via l'insistance sur l'éducation). Ce sont des avantages dont les populations noires américaines n'ont jamais bénéficié au lendemain de la guerre de sécession puis avec l'installation rapide de la ségrégation et des "Jom Crowe Laws", créant à l'inverse des concentrations humaines mises à part, sans structures et surtout sans financements (on ne bâtit pas à partir de rien). L'éducation a toujours été sous financée (sous la ségrégation, le symbole, ce sont les écoles publiques noires croûlantes où se mélangent 3-4 classes d'âge pour un prof, face aux belles écoles publiques blanches surstaffées), et à aucun moment un rattrapage n'a pu se faire à l'échelle des populations concernées. Une classe moyenne noire a pu se créer, mais en moindre proportion par rapport aux populations blanches. La ghettoisation géographique et culturelle, et la reproduction sociale (pondérée par un niveau toujours en baisse de mobilité sociale aux USA depuis les années 80), en plus de niveaux variables de discrimination plus ou moins active, ont joué un énorme rôle, de même que tout simplement le point de départ historique de 1865 (ou les points de départs, avec 1965 aussi): les populations noires post guerre de sécession sont pour l'essentiel des esclaves libérés, sans éducation (l'analphabêtisme est la norme), sans argent, sans soutien (surtout dans l'après guerre hyper mal géré et l'oubli du plan Lincoln), sans structures ou organisations bien en place. Ils sont directement aiguillés vers un nouveau système de plantation tout aussi exploitant que le verrouillage social de la ségrégation vient implanter dans le paysage.
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Si, quand on regarde un peu plus loin que ce simple fait, qui n'est qu'un résultat: - une bonne partie de ce résultat tient au fait général d'une pauvreté proportionnellement bien plus importante chez les noirs (et d'autres minorités) que chez les autres, avec de moindres perspectives dès la naissance dans une société américaine extrêmement peu mobile et autoreproductrice socialement. Une bonne partie de ce désavantage n'a rien à voir avec le mérite ou l'immérite individuel, mais à des handicaps sociaux hérités, et à des niveaux variables de discrimination. Et le taux de criminalité a tendance à fortement monter à mesure qu'on descend dans l'échelle sociale, et plus encore dans les zones géographiques les plus durablement handicapées économiquement. Si on regarde les Etats du vieux sud, où la discrimination de fait est très importante dans beaucoup de domaine, ces facteurs jouent encore plus puissamment - pour la population carcérale, il faut noter aussi que l'immense majorité des détenus l'est pour faits liés à la drogue, et que l'immense majorité de ces détenus pour faits liés à la drogue le sont essentiellement pour avoir fumé de la marijuana, soit pas vraiment des criminels endurcis ou des gens violents. Un fait notable cependant: statistiquement, un noir a un taux de probabilité de toucher à la marijuana équivalent à un blanc. Mais le noir a 6 à 7 fois plus de chances (statistiques nationales, variant fortement suivant les Etats) d'être arrêté et incarcéré pour ce fait, le blanc échappant beaucoup plus aux contrôles, ayant en moyenne une meilleure défense et un ministère public moins hostile (voire des jurys plus enclins à fermer les yeux). Il faut noter cependant l'extrême diversité des réalités entre les Etats, les aires culturelles, parfois les comtés, et entre les types de tissus socio-économiques des zones concernées.
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Services secrets, forces spéciales et action clandestine du temps jadis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Forces spéciales et clandestines
Hors sujet: 1945 est l'extrême maximum pour ce fil -
Une nouvelle pétition vers la Maison Blance dépasse les 100 000 signataires, contraignant à une étude de cas et une réponse de la part de l'Exécutif. Après la demande de construction d'une station spatiale de type Etoile Noire, les Américains sont catégoriques: il faut déporter Justin Bieber et renvoyer ce délinquant juvénile dans son Canada natal. La réponse de l'administration Obama est attendue.
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Une histoire marrante et effarante, en direct du New Jersey où, en ce moment, beaucoup de langues se délient sur la gouvernance du désormais célèbre (et moins sphérique qu'il ne l'a été, mais toujours quand même) gouverneur Chris Christie et sur les réseaux et structures qui l'ont porté à ce poste (le NJ étant un Etat très démocrate, encore aujourd'hui). En 2000 avait éclaté un cas étrange concernant un bureau de comté (Warren County) de la NJSPCA (New Jersey Society for the Prevention of Cruelty to Animals), une agence de police d'Etat spécialisée dans un domaine précis, la protection des animaux. Le dit bureau local s'était signalé en achetant des stocks d'armes et d'équipements hallucinants (fusils de sniping, fusils d'assaut, munitions militaires, gilets pare balles....), sans aucun rapport avec leur mission (les SPCA ont peu d'armes et évidemment en ont peu besoin). Cet équipement s'est accompagné d'un remodelage des uniformes et badges, qui se sont mis à ressembler en tout à ceux de la police d'Etat du NJ (pour profiter de l'autorité qui va avec), avec déclinaison de tenues de troupes d'intervention; les financements sont encore en cours d'étude aujourd'hui, tant il semble étrange que tant de matériel ait pu être payé par une petite agence. Le tout a servi un comportement (ce bureau de comté représentait environs une quinzaine d'employés à ce moment) ressemblant de plus en plus à du marquage de territoire de type maffieux: intimidation, menaces ouvertes, abus d'autorité, violences occasionnelles, racket, "arrogant display of weapons".... L'action en justice qui a mis fin à l'affaire n'a pas été chercher très loin, même si elle a mis fin au "règne" local de cette équipe en l'appelant "organisation paramilitaire sauvage", et au nom "de la sécurité des habitants" du comté. Pour illustrer, entre 1991 et 2000, cette branche locale de la SPCA (avec un personnel de 15 personnes environs, dont 12 agents assermentés) a acheté: 65 000 balles de calibres très variés (allant du 22 au .308), 12 fusils à pompe, des magnum 44 et 357, des automatiques de tous types et calibres et des fusils de sniping, des systèmes de visée laser, des grenades à gaz.... On rappelle qu'il s'agit de gens dont le métier est de récupérer les chats et chiens égarés et de veiller au respect de règles concernant la cruauté envers les animaux.... Qui plus est, aucun suivi n'a pu être opéré sur ces armes, et aucune n'a été officiellement assignée à un agent, ce qui veut dire qu'aucun n'était nominalement responsable de son usage. Mais en 2008, l'affaire rebondit: dans un comté voisin (Hunterdon), Deborah Trout est élue shériff et amène avec elle une équipe dont l'essentiel.... Est composée des membres les plus éminents de ce bureau local de la NJSPCA, dont tous avaient cofinancé la campagne de la dame.... Et les comportements qui s'ensuivent sont à l'avenant de ce glorieux passé. Avec ses glorieux équipiers, dont le passif s'était enrichi entretemps, elle parvint à se rendre insupportable aux yeux de ses administrés, si bien qu'au bout d'un an et quelques (en 2010), une action collective (très dure à monter localement.... Ce qui indique la motivation) la démis de ses fonctions, avec entre autres griefs et comportements étranges signalés: forcer les employés du Sheriff Deparment à signer des serments personnels de fidélité, abus d'autorité, concussion.... Sa politique de recrutement incluait un processus de vérification des profils.... Opéré par les "recrutés" eux-mêmes, ce qui signale généralement qu'il s'agissait d'ententes électorales et constitue une fraude manifeste (surtout quand on voit les casiers des personnes concernées). Au milieu d'une liste assez impressionnante (de délits ET de crimes: 41 comptes au total pour les 3 patrons de cette agence) apparaît notamment l'étrange relation avec un contributeur majeur à la campagne de Chris Christie (un Dr Robert Hariri, qui servit dans l'autorité de transition au début du mandat de Christie), qui la fit profiter d'un voyage dans son jet privé, en échange d'une fausse carte de police (fausse car illégale) dont il utilisa les privilèges. Cette pratique s'est retrouvée pour un nombre étonnant (et en train de grimper) de contributeurs à la campagne de Chris Christie et de son lieutenant gouverneur, Kim Guadagno, une amie de Deborah Trout et elle aussi une ancienne sheriff de comté. Trout n'avait pas qu'un niveau local: elle menait une association d'agences de polices de comtés du NJ qui finançait activement la campagne républicaine. Et ce lien s'est manifesté pendant l'action en justice contre ce Sheriff Department, depuis le début de l'enquête jusqu'au verdict; le bureau du gouverneur et du lieutenant gouverneur, mais encore plus celui de l'attorney general (nommé par Christie) ont activement tout fait pour torpiller l'action et ceux la menant. Le jour même de l'assignation, le procureur a été démis de ses fonctions par l'attorney general (dont les griefs sont maintenant en examen), et le juge fut amené à annuler l'affaire. Le procureur remplaçant est encore en place aujourd'hui. Mais son prédécesseur ramène l'affaire sur le tapis en 2013, en portant plainte pour licenciement abusif, décrivant le déroulement des événements et le rôle du gouvernement de l'Etat; le juge lui donne raison, Christie fait appel, et le dossier initial du cas Trout est désormais de nouveau en débat pour réouverture. Vu le climat actuel dans le NJ autour de Chris Chritie (affaire du G Washington Bridge, de l'autorité portuaire du NJ, du chantage aux fonds fédéraux post ouragan Sandy, des pratiques de gouvernance par la menace....), le vent pourrait changer pour un Chris Christie il y a peu considéré comme LE candidat républicain inévitable à la présidence.
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Non, ils ont des rôles très délimités. Les unités SWAT ne sont qu'un nom générique pour les unités d'intervention des forces de police en uniformes de niveau County ( ou grande ville), qu'il s'agisse de Sheriff Departments ou de Police Departments. Et encore, ce n'est qu'un nom plus réservé au type de mission, mais un nom devenu générique (comme "frigidaire", à la base une marque), le terme ESU (Emergency Service Unit est plus fréquent dans les faits, le plus connu et vaste des ESU étant celui de NY), qui inclue des unités à mission SWAT mais aussi d'autres services (certains sans aucun rapport avec l'action violente). Certains SWAT sont très connus (le SWAT de Los Angeles restant la référence) et très bien financés parce qu'il s'agit des unités de grandes villes, c'est tout. Mais ce sont juste les unités d'intervention "coup de poing" (antiterroriste, prises d'otages....) de forces de police locales. C'est juste qu'il y a des "niveaux" pour chaque police, et à chaque niveau, une répartition (comme chez nous) par métiers/spécialités et, selon les cas, zones d'intervention: - polices spécifiques: polices privées (domaines privés), autorités portuaires, ferroviaires ou aéroportuaires, polices de campus, police de certaines zones à statut spécial (parcs, bâtiments de gouvernement local....) - échelon local (comtés, grandes villes): police departments, sheriff deparments (la différence entre les deux étant la nature juridique de la communauté) - Echelon d'Etat: police d'Etat (avec quelques cas/noms spécifiques comme les Texas Rangers et la California Highway Patrol), qui gère l'action de police à l'échelon de l'Etat (impliquant plusieurs juridictions, ou pour des activités dont l'échelle est celle de l'Etat -réseaux criminels de cette ampleur, contrôle des routes d'Etat....) - Echelon fédéral: FBI, DEA, ATF, Marshall Services, Park Rangers, DHS plus quelques autres agences très spécifiques (Diplomatic Security Service, agence de l'énergie....). Ce niveau là se répartit par métiers (mais la répartition est aussi due en partie à la volonté de ne pas avoir une police fédérale unique toute puissante.... Souvenir de Hoover et méfiance à l'égard de l'Etat fédéral) et s'occupe en plus de domaines spécifiques à l'échelle de l'Etat fédéral (contre espionnage, réseaux criminels internationaux, terrorisme international....) Y'a pas trop de confusion ou de redondance: le crime aussi a ses échelons de traitement et ses diversités de métiers. Sinon, sur le phénomène de militarisation des forces de police américaine et les autres phénomènes dont il est corollaire (dont une possible baisse de capacité et qualité de la police, entre autres par la vampirisation des ressources), 4 auteurs/chercheurs se démarquent depuis un bout de temps: Radley Balko, Diane Cecilia Weber, Peter Kraska et Victor Kappeler. Ils ont conduit les travaux les plus extensifs sur ce sujet à ce jour.
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Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Hé, pour bien parler d'un truc, faut le connaître un minimum: vous savez combien c'est payé, dans l'essentiel des cas, un journaliste? Et quel temps il peut accorder à un sujet donné? Faut pas croire qu'il y a un "expert" assigné à l'Ukraine en permanence.... Ca coûterait bonbon.... Et/ou ça rapporterait pas grand chose au journaliste qui a 80% de chances d'être un pigiste sous payé pressé de passer au reportage suivant parce qu'il est payé à la ligne ou au mot (ou pire, forfaitairement) avec une contraite d'espace (pour l'écrit) ou de temps (pour l'audio/visu) déterminée. L'époque des grands reporters est finie depuis un bail: la très grande majorité des journalistes sont des tâcherons sous payés qui n'ont jamais l'occasion et les moyens de développer une expertise quelconque. -
L'Afghanistan n'est pas réellement un pays: c'est un espace entre les frontières des pays voisins, qui est de fait divisé entre entités féodales (sur base tribale et ethnique), et l'Etat central que les USA (et autres) ont essayé de sponsoriser et de développer ne contrôle l'Afghanistan (un peu, et même pas toute la surface du pays) que via un marchandage permanent qui reflète l'équilibre du pouvoir de fait entre toutes les "autorités" qui contrôlent un pan de territoire, un pan d'autorité, un pan de ressource économique, un pan de la population.... Un certain nombre de ces autorités est au moins nominalement rattaché au régime et le soutiendra plus ou moins, mais toujours jusqu'à un certain point (celui de son intérêt, de la préservation de son pouvoir....), et reçoit en échange un "titre" (grade d'armée, fonction politique, rang dans l'appareil d'Etat) et un certain nombre de prérogatives qui vont avec (notamment l'autorité militaire) qu'il s'efforce de faire fructifier, parce que chacune de ces entités se pense avant tout comme, pour ainsi dire, une nation indépendante de fait (le propre de la féodalité), très peu redevable de ses actes à qui que ce soit. Et cet Etat central afghan n'a les moyens de maintenir la chose que s'il a les financements pour le faire, sorte de "gâteau" à partager pour continuer à jouer le jeu et essayer de s'imposer plus durablement. Ca se traduit, en terme d'organisations militaires et sécuritaires, par un grand nombre d'organisations; et les plus grandes ne sont pas à voir comme des entités monolithiques répondant à l'Etat, mais comme des ensembles divisés en baronnies chacune contrôlées par ceux (clans, individus, tribus, factions) qui ont les moyens de jouer au dit jeu (c'est, essentiellement, le Game of Thrones). Par exemple, un type/chef de guerre qui a un contrôle effectif d'une vallée avec sa bande armée peut, s'il a les moyens et sait jouer le jeu, se retrouver "légitimé" avec un grade de général et gouverneur d'un secteur tout beau tout neuf créé pour lui (et qui recoupe exactement, ô miracle, la zone qu'il contrôle), et ses guérilléros sont soudain appelés "soldats afghans" avec uniformes, équipement. Il devra faire observer la politique du gouvernement, voire un peu respecter des façons de faire (genre pas trop d'abus, de rançonnage, de crimes....), mais seulement si le gouvernement a les moyens de lui imposer de le faire (= contrôler son action, ce qui réclame des moyens), et devra s'empêcher de dépasser certaines bornes (trop de deals de came ou de collaboration avec ses voisins qu'il doit soudain appeler "talibans" alors que lui se rebaptise "patriote").... Mais il le fera tant que c'est son intérêt et qu'il en a les moyens, essayant de profiter au max de ce que ce statut lui apporte (ce qui inclue faire de la politique à Kaboul, où il y a plein de deals juteux à faire, de positions à prendre....). La stratégie du gouvernement, elle, est de régulariser au maximum son activité pour sceller son adhésion au régime (en rendant cette vallée dépendante du centre sur le plus de plans possibles). Mais en attendant ces objectifs de stratégie de long terme, notre chef de guerre est soudain un "général", ou un "gouverneur", ou un "commissaire" (ou n'importe quel titre qui l'arrange); s'il a un territoire et/ou le contrôle d'une ressource plus importante, il peut même voir ses troupes érigées en corps différent de l'armée ou de la police, ou encore plus symboliquement rattachée à ces entités, et/ou avoir un grade plus important.... Si vous voulez comparer à notre histoire, le Moyen Age ressemble beaucoup à ça: voir la période post carolingienne ou les débuts de la monarchie capétienne, voir la période qui s'ouvre avec les "rois maudits", voir -exemple que je connais pas mal- la période de la fin des guerres de religion, et plus encore la façon dont Henri IV a graduellement repris le contrôle effectif du royaume (pour qu'ensuite sa bourgeoise foute ça en l'air).... Ca manque pas. Regardez aussi la façon de fonctionner de l'Etat saoudien (plus encore ses forces armées) pour voir un fonctionnement féodal à l'oeuvre. La multiplication des agences et entités militaires/sécuritaires n'a là pas grand chose à voir avec une supposée "culture" américaine en la matière; c'est du partage du pouvoir dans un espace féodal; pour avoir un partage/séparation DES pouvoirs, faudrait un Etat -et un pays- à un stade beaucoup plus avancé de structuration et construction nationale.
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Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Wayne Madsen c'est une chose.... Mais faut en arriver à citer Alex Jones? Le mec qui voit des conspirations géantes partout et n'a jamais rien sorti de sérieux de sa vie? -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Des organisations de vétérans d'Afghanistan étaient signalés depuis un bail comme participant très activement à Iron Maiden Euromaidan (désolé, pas résisté.... Nous sommes tous faibles); quelqu'un a t-il vu ou lu quelque chose indiquant leur présence dans les portions "violentes" des manifs? -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Là, c'est pas une lecture à la française; je me fonde, ou j'essaie de me fonder, sur les fondamentaux de ce qui donne de l'influence, les "bargaining chips". La différence avec une démocratie établie, et qui plus est un pays où l'économie est moins extrêmement problématique qu'en Ukraine, est le niveau que les extrêmes peuvent atteindre dans un processus politique et électoral un tant soit peu régulé (l'alternative étant la violence, et là, on a tout un autre tas de règles et de conditions qui entrent en jeu pour déterminer une issue). Même là, le plafond potentiel pour l'extrême droite est encore, d'après tout ce qu'on peut en voir pour l'instant, loin d'être assez élevé pour être dangereux. La comparaison avec Orban n'est pas valide pour l'instant: une partie de ma famille est hongroise, et ma belle-mère avec qui observe depuis longtemps: il a fallu plus de 15 ans à cette mouvance pour devenir un parti majeur, et précisément en franchissant le cap de la respectabilité apparente (le mainstreaming) pendant un moment, et une crise économique brutale (sur fond de dépression longue et clivante) pour lui donner l'occasion de s'imposer (avec une majorité tout sauf solide). Pour ceux qui fréquentent la Hongrie régulièrement, et connaissent un peu, la montée de ce mouvement et les formes de cette montée (cad incluant des apparences et des comportements authentiques de parti "de gouvernement"), c'est quelque chose qui ne s'est pas fait en un jour ou même en quelques années, et qui en outre repose aussi sur une nébuleuse de radicaux de droite qui jouent tour à tour les repoussoirs ou les appuis (soit les idiots utiles d'Orban). Avec en face des partis de gouvernement qui ont du passer 20 ans à cramer complètement leur capital politique pour qu'Orban commence à avoir une chance. Mais même là, on est dans la première phase d'un gouvernement de droite extrême, qui a déjà cramé son capital politique et s'inscrit dans le cadre d'une nation qui garde, comme toute démocratie, la capacité d'exercer un retour de bâton (et qui, en plus, dépend de l'extérieur, donc n'a pas beaucoup de coudées franches). Svoboda est (encore) TRES loin d'être dans une situation qui réunit de pareilles conditions, et n'a pas pris les virages nécessaires, dont celui d'un niveau de respectabilité suffisante pour prétendre toucher un électorat plus large: les partis extrêmistes n'arrivent pas (hors du cas de révolutions, qui elles aussi nécessitent cependant des conditions spécifiques) au pouvoir parce que tout d'un coup, 20, 30 ou 40% de la population devient extrêmiste, mais parce qu'ils rallient ce genre d'effectifs avec une plate forme plus "respectable", plus rassembleuse (qu'une idéologie extrême qui est aussi très spécifique; une population importante est diverse, donc ne peut y adhérer), et parce qu'il n'y a personne d'autre de suffisamment costaud/grand. Et les "partenaires" actuels de Svoboda n'ont pas cramé leur capital politique, ni connu une usure suffisante du pouvoir: le parti de Tymoshenko a pris une claque raisonnable, mais pas dramatique dans ce registre (comme l'indiquent les intentions de vote en sa faveur). Les électorats de démocraties fragiles ne sont pas si facilement mouvants que ça, quoiqu'on ait envie de penser, surtout s'ils sont éduqués (plus délicat dans les pays à fort taux d'analphabêtisme et aux structures sociales plus claniques/ethniques....). Là, pour que la tectonique politique change en faveur d'une extrême droite dominante, même temporairement, il faudrait que des élections anticipées ou le prochain cycle électoral régulier voit Svoboda (seule force politique d'extrême droite organisée ayant la surface pour jouer le jeu) multiplier brutalement son audience par 3 ou 4 au minimum, c'est-à-dire que tout d'un coup, la population ukrainienne, et qui plus surtout la portion occidentale et centrale (donc un réservoir encore plus petit, exigeant une proportion encore plus grande de Svobodistes pour atteindre les 35, 40 ou 50% au plan national), devrait être amenée vers une idéologie ultra spécifique et très poussée dont les fondamentaux sont un mix assez peu partagé à la base. Un parti extrême n'est pas qu'un parti aux idées et méthodes radicales, c'est aussi une structuration très spécifique, avec un cocktail extrêmement précis d'idées (et leur articulation en textes, mesures proposées....) et de publics (âges, conditions de vie, profils psychologiques, milieu socioprofessionnel, parcours intellectuel, expérience personnelle....) réunis en un mouvement. Quand je dis très spécifique, c'est juste pour dire que c'est un équilibre qui ne correspond qu'à une faible portion d'une population: il peut s'étendre brièvement dans certaines conditions (absence d'alternatives politiques, rage et conditions socio-économiques brutales conjointement, généralement), mais juste comme un rassemblement de circonstances dont la majorité reste étrangère au mix originel (avec le risque de perdre la base initiale). C'est pourquoi j'essaie de résister à la tentation de manier les dizaines de % de population d'un pays en masses anonymes et indifférenciées qui peuvent aller n'importe où sur la carte de l'offre politique, et en plus en un court laps de temps: ça marche pas comme ça. Pour que ce cas de figure d'un Svoboda rassemblant une masse critique des Ukrainiens, il faut BEAUCOUP plus de conditions réunies.... Et plus de temps. -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Non, parce que tu assumes dans ta phrase qu'il y a un "on" omnipotent, centralisé, unanimement accepté comme ZE autorité et ayant les moyens de décider en représentant tout le monde et de se faire obéir. Bref, tu raisonnes comme si le mouvement d'opposition était une entité unique et organisée, avec toutes ses composantes ayant une plate-forme commune et un compromis de direction. C'est tout sauf le cas. C'est comme dans la chanson: "la rue appartient à celui qui y descend". Les décisions et actes dans de telles circonstances sont faits par ceux qui les prennent: y'a pas de règle de la majorité dans le déroulé des événements, pas vraiment de hiérarchie, pas de représentativité, de loi.... Y'a ceux qui agissent et ceux qui subissent. Et le petites minorités organisées (et donc par là plus réactives et ayant plus de potentiel d'agir) sont sur-représentées dans la perception visuelle, plus agissantes et remuantes, incontrôlables.... Qui pourrait les empêcher de faire ce qu'elles veulent? Euromaiden n'est, encore une fois, pas un Etat ou une armée, juste une organisation ayant une plate forme minimum entre ses plus gros morceaux et une logistique minimum pour essayer de canaliser l'essentiel des flux humains du mouvement et les soutenir dans le temps (soins et ordre faut voir le truc: ils ont le strict minimum). Parce que j'analyse la politique: Svoboda ETAIT juste derrière le parti de Klitschko (qui était alors encore une formation assez nouvelle et pas encore assez connue, avec un leader encore frais en politique), mais depuis les dernières élections, la popularité du gars et de son parti a connu un boom. Et surtout, on parle avant tout d'un pacte (d'un "bloc") d'opposition, soit pas juste du parti de Klitschko, mais aussi celui de Tymoshenko qui reste le poids lourd de l'opposition, dont la plate forme est essentiellement commune, ou en tout cas hautement compatible, avec celle de klitschko, là où celle de Svoboda l'est très peu, au-delà de l'opposition au gouvernement. Enfin, je l'ai déjà mentionné plus haut, le potentiel de croissance électorale des partis extrêmistes atteint vite un plafond, au-delà duquel ils doivent soit devenir mainstream pour continuer à croître (et perdre une bonne partie de leur base initiale, ce qui au final fait souvent de ce mouvement un marché de dupes), soit conserver leur ligne et rester en-deçà du dit plafond. Tandis que les partis comme ceux de Tymoshenko et Klitschko sont beaucoup plus importants ET gardent un potentiel de croissance infiniment plus grand (en plus de leur base nettement plus importante). C'est pas parce qu'il a 10% de l'opinion (et faut voir la typopologie et la répartition sociale, politique, démographique et géographique) que Svoboda peut en gagner beaucoup plus avec sa plate forme. Les extrêmismes ont leurs avantages et surtout leurs inconvénients comme forces poitiques. Qu'ils soient très à droite, nul n'en doute, et j'en ai pas fait des modérés: j'ai juste pointé du doigt la scission entre la petite nébuleuse d'ultras radicaux qui se lâche dans la rue, et eux, qui ont signé un pact d'intérêt avec les 2 autres partis d'opposition et donc s'astreignent de jouer la carte de l'opposition radicale et violente. Ca veut certainement pas dire qu'un certain nombre de leurs militants de base ne crève pas d'envie d'aller jeter des pavés en arborant les couleurs du parti, ni que certains d'entre eux ne SONT PAS en train de le faire, mais là ce sont des cas individuels (peut-être un peu plus, mais on reste à la petite échelle de micro groupes d'individus). De fait, ce sont des groupuscules d'ultra radicaux, dont une partie sont des anciens de Svoboda qui ont abandonné un mouvement jugé "trop tapette", qui animent les violences; et ça ne représente pas beaucoup de monde, mais, beaucoup plus important, ça ne représente pas de quoi peser politiquement ou imposer une ligne quelconque à un groupement politique majeur. -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca c'est très exagéré comme commentaire; c'est déjà prêter beaucoup d'intentions (et de cohésion) à beaucoup de monde. Les mouvements et faits arrivant dans la rue sont avant tout le fait de ceux qui prennent des positions, pas de ceux qui demandent l'autorisation: c'est pas comme si il y avait une organisation centralisée commandant tout le monde, et qui plus est une organisation qui aurait les moyens (pratiques, physiques) de commander tout le monde. Si les agités prennent des places et font des trucs (pour leurs objectifs propres), le réflexe d'autres groupes est généralement de s'écraser ou de répliquer, avec pas vraiment d'autre choix entre les deux options (c'est pas un processus politique organisé, avec de multiples moyens et options: c'est le domaine du fait.... Et souvent de la force). L'un dans l'autre, les révoltes, révolutions et mouvements de rue sont faits par des agrégats de gens et d'organisations très divers qui font ce qu'ils peuvent et où beaucoup de choses sont le produit du hasard des situations, sans beaucoup d'autres moyens de coordonner, se faire obéir, se mettre d'accord.... Le bordel et Murphy jouent un rôle énorme. Ils retourneront dans leur trou parce qu'ils n'ont pas le pouvoir de faire autrement: ils ont les moyens de se faire voir et de faire des coups d'éclats dans le contexte des manifs de rue, parce que ça ne demande pas beaucoup de monde, juste de petits groupes un peu organisés et voulant ces choses. Pour la suite, c'est du processus politique, un processus où ils ne pèsent rien du tout, quoiqu'ils en aient et quoiqu'ils demandent. Demander sa part du butin après coup, ils peuvent le faire tant qu'ils veulent, ça ne s'obtient pas sur le "mérite" du passé, mais sur les positions qu'on peut tenir, les pressions qu'on peut exercer, les menaces qu'on peut brandir et le poids qu'on peut faire jouer. C'est pas des groupuscules d'agités qui peuvent avoir ces choses, quand bien même ils mèneraient une révolution complète par eux-mêmes et renverseraient le pouvoir avec leur quelques dizaines ou centaines de gugusses enragés (plus que douteux) qui ne sont pas le matériel dont on fait les cadres et effectifs de majorités. Les "lauriers" sont distribués par et pour ceux qui pèsent lourd, pas sur les contributions passées. Surtout qu'en plus, il faut évaluer correctement les dites contributions: sans les énormes effectifs placés sous la bannière d'Euromaiden et de l'alliance des 3 partis majeurs d'opposition (dont Svoboda, en désaccord avec ces agités et pesant 4 à 5 fois moins que les 2 grands partis d'opposition), ces groupuscules ne sont que ça, des bandes d'agités faisant de la casse, ce qui ne procure pas vraiment du poids quand les choses sérieuses se négocient à la table des adultes. Le seul moyen qu'ils auraient de peser dans une -encore- hypothétique capitulation du pouvoir serait via la prolongation du bordel et le contrôle effectif et continu (dans le processus politique qui suit) de lieux et positions (villes, bâtiments clés, infrastructures, noeuds de communication physique et/ou électroniques....), toutes choses qui nécessitent des effectifs et des moyens énormes dont il n'ont pas le millième. En attendant, ils sont au pire une micro minorité extrêmiste que la majorité des opposants doit supporter (et dont ils doivent supporter les actes et ce qu'ils amènent en retour), au mieux les idiots violents utiles dont les actions concourent de la force de pression des opposants (ce pourquoi Klitshko a pu faire le choix de continuer à surfer sur la vague en assumant aussi ces tarés là pour l'instant). -
Chine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
De fait, dans une telle architecture politique, le PCC est l'arène politique du pays; seuls ceux qui ont la carte de membre ont un semblant de franchise, tout le reste étant de fait une citoyenneté de seconde classe. Mais seuls ceux qui ont une position et une influence dans le PCC sont réellement part au processus politique du pays, créant sa pyramide de décision (évidemment, l'immense majorité étant à la base de la pyramide, sans grand pouvoir par eux-mêmes) et formant les divers réseaux (pyramidaux eux aussi) qui sont, pour vite résumer, les factions en lutte d'influence permanente. La thème de la lutte contre la corruption est un objet politique: tout le monde concourt du système, corrompu en essence (dans le sens où on parle d'un système de factions essentiellement népotiques, reposant sur des échanges d'obligations), mais tout le monde essaie d'organiser la lutte contre la corruption de l'autre faction et surtout d'être vu le faisant (et si possible, réussissant), ce qui n'est en fait que la lutte pour dégommer les réseaux et positions des autres factions (pour les remplacer par les siens). -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Les multiples petits groupuscules, non. Mais Svoboda (dont certains des groupes d'agités sont des sécessionnistes) si, vu qu'il y a un pacte (pas d'amour, mais pour l'opposition au gouvernement) avec les partis de Tymoshenko et Klitschko; et Svoboda, c'est de l'extrême droite dure, qui pesait environs 10% de l'électorat aux dernières élections, même si évidemment, avec ce score, qui peut augmenter un peu, le mouvement arrive dans les eaux de son plafond potentiel. Pour faire réellement significativement plus, il faudrait, comme pour tous les ultra nationalismes, qu'ils calment sacrément leur discours et leurs actions, ambitions et méthodes, soit devenir un parti de droite ferme, mais fondamentalement lambda, ce qui ne peut se faire qu'en perdant ce qui a fait le succès initial et la base qui l'anime, soit l'impasse de tous les extrêmismes. Mais avec 10-15%, s'ils étaient effectivement concrétisés en élus dans un parlement qui fonctionne, et sous réserve que la scène politique soit relativement divisée en partis assez nombreux, ça laisse un pouvoir de nuisance potentiellement dangereux. Ceci dit, les extrêmistes dans les manifs sont effectivement traditionnellement plus visibles, et font tout pour l'être en plus d'attirer spontanément une part disproportionnée de l'attention des médias. Mais il faut dire aussi qu'ils sont sur-représentés dans les manifs, les extrêmes ayant tendance à envoyer proportionnellement plus de leur monde dans les phénomènes de rue de toutes sortes (et ils y sont plus agités, plus démonstratifs, plus violents....). Tout concourt donc à ce qu'on leur accorde une importance démesurée en raison du miroir déformant que la plupart des parties en jeu dans ce processus de com (nous y compris, vulnérables que nous sommes à la quantification de la réalité par ce que chacun de nous en voit - en l'occurrence les photos et vidéos) construisent ensemble. -
Les énormités et clichés du cinéma et séries télévisées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Tu crois qu'il vont faire la suite: Scarface, 30 ans après? En fait, il a survécu: ces balles n'ont rien touché de vital..... Autre grande capacité physiologique des personnages principaux: vivre en temps diffracté. Ils peuvent faire des journées de 77h, souvent sans même dormir, ou à peine, et continuer comme si de rien n'était, sans vieillir prématurément ou accumuler fatigue et stigmates du stress et de l'usure (très rapide pour quelques années de taf à 16-18h par jour; qui l'a fait le sait), et en gardant une forme physique olympique. 77h me direz-vous? Comment pourraient-ils autrement avoir fait tellement de trucs, appris tellement de trucs avant même leurs 20 ans (ce qu'on avait décrit plus haut sur les profils: forces spéciales, jeux olympiques, 2 ou 3 PHD dans une grande fac grâce à une bourse sportive tout en faisant de l'humanitaire et du volontariat dans tous les trucs de quartiers, soutenant en plus la mère ou les frères et soeurs d'adoption -tous malades évidemment)? Et comment pourraient-ils, autrement, faire tout ce qu'ils font dans une journée: éliminer les 3500 fausses pistes dans une enquête (ou interroger les 3000 témoins inutiles mais qu'il faut vérifier quand même), élaborer des plans machiavéliques (impliquant souvent des endroits aménagés avec des bombes ultra recherchées et des agencements de pièges invraisemblables), planifier des opérations ultra complexes (anticipant comme vu plus haut les actions, réactions et contre-actions de l'adversaire) et les répéter, puis les réaliser, sortir le chien, draguer la co-bureau ou la connaissance de salle de gym, aller à la salle de gym, aménager l'appart pour la grande scène de drague (avec 400 bougies et 20 000 pétales de rose), effectuer la grande scène de drague (interrompue ou non par l'action) et ce qui suit, déconner avec les partenaires du taf (et préparer des vannes et mises en boîte très élaborées avec beaucoup de matos).... Essayer de me dire que tout tient en 24h (moins 8-10 de sommeil et autres détails).... Et que le corps aussi tient. -
Les énormités et clichés du cinéma et séries télévisées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Bouef, Chronos m'a devancé, mais j'allais aussi citer Bruce Wayne qui continue à opérer comme un cabri boosté au jus de bison après avoir été semi grabataire et avoir perdu ses joints articulaires.... On m'explique comment il peut faire ce qu'il fait, et en plus le faire dans un costume blindé qui doit peser un petit peu plus que son costard 3 pièces de fonction. Pareil pour James: certes, on lui fait quelques scènes bien marrantes sur sa requalification, mais comme le Batman, quand vient le moment de l'action, il opère à niveau olympique (ils avaient déjà un peu fait ça avec Pierce Brosnan échappé de Corée du Nord: les médecins commentant l'état de son foie pour reconnaître James Bond.... Et le foie ne menace évidemment pas la santé et les performances olympiques). Je veux bien le facteur foi/force de la volonté et toussa, mais quand même, quand on pousse mémé dans les orties, elle marche moins bien. C'est juste une autre version du principe du personnage qui se prend une balle dans le bras, mais continue à cogner, tirer et escalader avec le même bras sanglant (avec un os disloqué et/ou un muscle sectionné/inopérant), à niveau de performance inchangé, avec juste la concession de quelques grimaces de souffrance virile/héroïque, voire quelques sales coups du méchant vicieux qui tape dans la blessure mais ne change fondamentalement rien au cours des événements. Et ma réponse devant ces clichés là est toujours la même: baaaaaaîîîller. C'est vrai que pour que le héros l'emporte avec de tels handicaps, ça réclamerait sinon un effort.... De la part des scénaristes: ils devraient essayer le domaine inconnu de l'inventivité. Trop terrifiant. Meuh, pas besoin: ça sert à rien ces trucs là. Le héros a une physiologie qui ne marche qu'au fuel de son héroïsme. Tout le reste, c'est juste pour la déco ou remplir de l'espace. -
Les énormités et clichés du cinéma et séries télévisées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Ouais, même si tu retrouves 300 litres de son sang, c'est qu'il va revenir quand même. Le chapitre médical des personnages principaux reste quand même impressionnant, en somme, même si j'avoue, c'est les trucs moins flashy que la mort qui me titillent: l'absence d'usure du corps malgré toutes les péripéties, la quasi impossibilité de la fatigue (en tout cas de la fatigue qui empêche de faire des trucs, de performer....), l'absence de séquelles après blessures/maladies graves/empoisonnement/arrêt cardiaque/perte de tout le sang/sodomie dans une prison/contamination NBC.... La Sécu rêve d'avoir les héros comme clients.... Quoiqu'ils ont quand même des frais en permanence.