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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Intéressant, je ne sais pas s'il y a de la réserve à apporter sur ce témoignage, mais on peut noter plusieurs choses: - il évoque un front de 5 lieues, ce qui semble exagéré malgré les effectifs évoqués et la profondeur apparente des lignes: la lieue française est alors d'environs 4km (elle a changé suivant les époques), et la lieue suisse d'environs 5km. Entre 20 et 25km pour 300 000h, ça semble beaucoup, et ça ne recoupe pas les cartes que j'ai pu voir, à moins qu'il parle de l'ordre de marche arrivant sur les lieux, ou qu'il prenne en compte la totalité des dispositifs, le combat lui-même n'ayant lieu que sur une petite portion de cette distance - le terrain, très sectionné par le relief et les aménagements agricoles et les constructions, accroît l'espace temps de la bataille, donc réduit les possibilités de communication/coordination déjà quasiment nulles au-delà de l'échelon des unités élémentaires, ou au maximum, des unités de manoeuvre de base (brigade, division). C'est une bataille de colonels et de capitaines. Et évidemment, le mouvement de ces unités en est aussi gravement handicapé -ce qui est commun à toutes les batailles de l'histoire-, mais face à une densité et une létalité du feu qui, si elle n'est pas encore la pire du siècle, est sans précédent. Le rapport entre le handicap imposé par le terrain et la létalité du feu est, lui, une nouveauté par le niveau qu'il atteint: le moindre ralentissement, le moindre goulot d'étranglement (une haie, une barrière....) coûte plus cher qu'avant. D'où une létalité qui a du choquer à l'époque: la Crimée, pourtant pas loin, n'avait pas produit cela, même si elle n'a pas non plus vu déployer de telles forces concentrées en une fois. - 18h de bataille en tout (9h à un endroit, 15h à l'autre.... C'est contrasté suivant l'endroit): impasse tactique et immensité des effectifs doivent expliquer l'essentiel d'une telle durée - il n'y a pas vraiment apparence de tactique, passé le déploiement: ça semble souligner l'impossibilité pratique de coordonner une action quelconque avec un pareil dispositif. On se rappelle déjà les difficultés même de Napoléon dès que les armées commençaient à avoisiner les 80 à 100 000h. Le terme "bataille" est déjà plutôt une expression englobante pour plutôt parler de plusieurs combats relativement proches, et dans les faits quasiment indépendants, ou en tout cas qui n'influent réellement les uns sur les autres que si l'un d'eux voit une rupture non seulement nette, mais permettant de convoyer des réserves fraîches en quantité dans la brêche occasionnée. Dans le cas de Solferino, ça n'a pas vraiment été le cas - les dispositifs de cette taille ne sont vraiment que des alignements quasiment sans fin, avec une importante profondeur permettant de combler les brêches; une affaire réellement statique qui se traduit de fait par un acharnement à faire du bodycount, par impossibilité de faire autre chose, jusqu'à ce que l'un des deux décide qu'il en a assez. Le mouvement ne survient qu'à l'échelon de l'unité élémentaire, voire plus bas, pour des assauts sur positions, des points de contact entre unités qui avancent.... - on constate aussi, comme tu le soulignes, que les cadences de feu, l'accroissement des portées, de la létalité et de la précision, sont encore insuffisants pour réellement bloquer les unités de ligne, qu'il s'agisse du feu des lignards ou de celui des légers disséminés partout: les champs de tir sont encore "traversables" par des avances et des charges, pour peu que les unités soient suffisamment solides et encadrées (sans doute aussi parce qu'au milieu de ce gigantisme, elles n'ont nulle par ailleurs où aller), sans être décimés bien avant le contact. Sans doute aussi l'effectif disponible et concentré en un endroit (130 000h côté français, un peu moins en face) permet-il ce genre d'occurrence. Mais à l'arrivée, le corps à corps est encore une réalité pour les unités de ligne, pas juste pour des "unités de pointe". Bref, la puissance d'arrêt du feu, artillerie comprise, est encore insuffisante, même si elle coûte désormais très cher. Absurdement cher: y'a t-il même possibilité de victoire tactique réellement décisive entre des armées de niveau relativement comparable? On voit ici le changement qu'a du représenter 1870 côté armement, avec le Chassepot d'un côté, et l'artillerie Krupp de l'autre (sans parler des effectifs, de l'esprit suicidairement offensif des généraux de corps allemands, et de la maestria de Moltke à concentrer ses forces à l'échelon opératique), même si là aussi, les proportions de pertes semblent un coût démesuré qui n'a du pouvoir être accepté que par le côté net de la victoire; on rappellera que les Allemands commençaient à hésiter et douter dès la fin 1870 et qu'une autre stratégie française aurait pu obtenir un résultat moins éclatant pour Bismarck, une paix plus blanche (ou moins noire) en travaillant cet aspect des choses. C'est une bataille "napoléonienne", mais une comme Borodino ou Leipzig: la grande boucherie avec des armées plus que bien trop grandes pour être réellement "maniées". Et c'est la version 2.0 vu les progrès quand même réels de la létalité du feu, des fusils comme des canons. Cadences nettement supérieures (même si pas dramatiquement), létalité des munitions, fiabilité (on oublie qu'à la période précédente, la puissance de pénétration des balles est faible, occasionnant beaucoup de "touche sans trop de mal", et que les fusils font souvent long feu) et portées sont nettement plus méchantes. L'obus explosif est plus répandu, la mitraille plus abondante. Bref, même si les dispositifs n'étaient pas si énormes, la fluidité serait au mieux identique à celle de la période napoléonienne (cad faible au-delà d'armées de 50-70 000h) du fait d'un "C3I" quasi inerte; mais cela se produit alors qu'en revanche, la létalité du feu, et l'espace sur lequel il est létal (portées, cadences et fiabilité), sont très nettement accrus. Si on y ajoute un certain manque d'imagination de chefs englués dans des méconceptions caricaturales sur la "bataille napoléonienne", méprisant l'intellect et assez étroits d'esprits en général (le "facteur culturel"), on a l'explication du niveau de pertes et de la relative impasse tactique. Je m'étonne franchement que le corps à corps soit encore si généralisé: j'aurais pensé que la densité du feu entre deux lignes serait déjà suffisante pour l'empêcher en terrain ouvert. Je ne sais pas à quel point le récit de Dunant est fidèle ou exagéré, mais l'extrême agressivité semble aussi un produit de cette situation et de cette létalité: les fantassins ont du couvrir plus de terrain en zone dangereuse (portée accrue), et dans une zone dangereuse plus dangereuse qu'avant (densité du feu accrue). Ca doit énerver. Et le mouvement impulsé par la ligne dans des dispositifs aussi massifs doit empêcher de faire des prisonniers, mais aussi de retraiter facilement, ce qui là encore doit pousser les esprits aux extrêmes. On a en fait moins l'impression d'unités qui se reforment sans cesse après avoir encaissé (quoique ça doive arriver jusqu'à une certaine proportion de perte et un certain niveau d'épuisement individuel) que d'unités décimées remplacées par d'autres plus fraîches, dans un concert mutuel d'écrasement par le feu, où aucune rupture réelle ne peut arriver avant qu'un des camps épuise ses réserves. Les distances à couvrir pour ça, imposées par les portées, la densité du feu et la taille des armées, commencent à dépasser les possibilités d'un fantassin à pied (percer ou flanquer, pour prendre en enfilade ou par derrière), et encore plus d'unités constituées devant rester ensemble: pour qu'une telle manoeuvre marche sans que le contourné ait le temps de réagir, il faudrait une furtivité impossible à créer. Mais la puissance de feu de l'artillerie (ou des unités de ligne), à moins d'un grand déséquilibre entre les 2 belligérants, n'est pas encore capable de créer cette rupture déjà hors de portée du fantassin.
  2. Pas vers la fin: cette différenciation des métiers au sein des bataillons de ligne survient dans la période d'entraînement du Camp de Boulogne, avec la série de règlements et refontes (y compris de l'armement) de 1803-1805 qui remoulent profondément l'armée française, profitant des nombreux retex des années révolutionnaires (il n'y a alors pas eu de refonte de l'armée depuis le grand amalgame de Carnot en 1794), de l'extrême qualité des troupes d'alors (taux de vétérans énormes, élan révolutionnaire, discipline, bons cadres) et de l'immense terrain de manoeuvre que fut le Camp de Boulogne (à la fréquence d'excercices et manoeuvres inégalée à l'époque -et de loin). La taille des compagnies change, renonçant définitivement au modèle de la "portion de front" d'un bataillon, pour devenir une unité à potentiel manoeuvrant (l'effectif s'accroît vers les 120), l'encadrement s'accroît, le nombre de compagnies par bataillon descend à 9 de 120h (le passage à 6 de 140h se fait en 1808), avec 7 de fusilliers, une de grenadiers et une de voltigeurs, système qui par ailleurs est calqué dans les bataillons légers où on trouve 7 compagnies de chasseurs, 1 de carabiniers (fantassins légers travaillant une capacité de choc, les rapprochant des grenadiers) et 1 de voltigeurs. Le passage à 6 compagnies par bataillon est du autant à l'énorme attrition des campagnes de Prusse et de Pologne qu'aux besoins croissants et aux retex soulignant la nécessité de renforcer les compagnies et d'accroître leur capacité de manoeuvre. Oui, l'extrême faiblesse de ce système s'accroît encore avec l'extension de la taille des dispositifs, la rapidité croissante des batailles et le niveau de mouvement. On ne compte plus, dans l'historiographie, les estafettes prises par l'ennemi (même sur des distances étonnamment courtes, sur le champ de bataille même), tuées/blessées, ou plus souvent, perdues/ralenties par la confusion et l'absence de visibilité. La coordination tactique devient quasi impossible et, dans les faits, les chefs de bataillons, ou au moins de brigades/divisions, sont assez isolés, en tout cas irrégulièrement informés/intégrés dans le dispositif qui ne fonctionne pas en flux constants, ou même fréquents. L'apparition de la mitrailleuse, même en nombre anecdotique, a fait dire à Moltke que l'attaque était morte, la défensive étant désormais trop supérieure vu les champs de tir couverts, la létalité des munitions et les cadences. Au final, cette impasse dans le combat de l'infanterie, sans cesse croissante, ne sera (partiellement) résolue que dans le dernier tiers de la 1ère guerre mondiale. En fait, mon point initial concernait plus l'aspect des combats, et plus précisément de l'infanterie, désormais omniprésente, dans les guerres du milieu du XIXème siècle: le combat "napoléonien" (aucun problème pour visualiser celui-là) dure jusqu'aux années 1840, grosso modo, mais les combats des guerres de Crimée et d'Italie, j'ai du mal à les visualiser, de même que ceux de la guerre de Sécession, cas plus compréhensible vu le bordel que c'était, avant tout du à des considérations purement américaines ("amateurisme" à grande échelle avec des effectifs importants et des armes terriblement meurtrières). Comment, selon ceux qui peuvent connaître, se déroulait la "friction"? Comment une bataille s'engageait? Quelle répartion des rôles de fait pour les légers et les lignards vu les changements imposés par les nouveautés techniques et les impasses constatées? Y'en avait-il encore une si nette que ça? Les lignards opéraient-ils encore réellement en ligne, pour le tir, pour la tenue d'une ligne de bataille, pour la charge (ce qui souligne le retour en arrière après 1870, avec le moment de "l'attaque à outrance" qui correspond à un resserrement idéologique et un amoindrissement de la réflexion)? Y avait-il encore un corps à corps (généralement suite à une charge) hors des sièges et assauts de positions fortifiées?
  3. Merci pour la contribution. J'essaie de trouver des proportions fiables de tirailleurs et lignards dans les dispositifs les plus utilisés. Avant 1815, la Grande Armée a innové en allant jusqu'à 1/3 (plus souvent 1/4) de "légers" (entendre: les unités légères sans compter la compagnie de voltigeurs de chaque bataillon de ligne) par rapport à l'infanterie de ligne dans ses dispositifs de bataille, ce qui souligne par ailleurs le suremploi des légers, la proportion de ces bataillons par rapport à ceux de ligne étant plus basse que ça. Les "nuées" de tirailleurs devaient effectivement être très nombreuses, car à l'écran devant la ligne, plus souvent fourni par les voltigeurs des bataillons de ligne (mais aussi alimentés par les bataillons légers), il faut ajouter l'importance des flancs, tenue par les bataillons légers qui font les tirailleurs et l'essentiel de la manoeuvre latérale. Cependant, il me semblait que les bataillons tendaient plus vers les 1000h en effectifs théoriques que vers les 500: déjà à Waterloo, les bataillons français sont présentés comme étant en grave sous effectifs parce qu'ils tournent autour de 400-500h en moyenne; le bataillon français, depuis 1803, est à 6 compagnies -dont 2 d'élite- essayant de tendre vers 140h, ce qui le différencie des autres armées, plus gros et plus subdivisés, les unités de ligne opérant encore avant tout leur subdivisions comme "sections de tir" d'un bataillon aligné (les Cies sont donc les "portions de front" d'un bataillon qui doivent être encadrées pour orchestrer le relai du tir, relayer les ordres et tenir le groupe contre la panique, soit une conception statique et disciplinaire de l'encadrement). Renforcer les compagnies (dont l'effectif type, avant cette période révolutionnaire -et encore pendant dans pas mal d'armées-, se situait entre 50 et 90h) et en réduire le nombre (un bataillon ainsi conçu comme "groupe de sections de tir", pensé pour la ligne, en alignait une dizaine, voire plus), c'est adopter un fonctionnement fait pour la manoeuvre avant tout, et reposant plus sur un encadrement immédiat chargé de nettement plus que jouer les serre files et les transmissions d'ordre du haut vers le bas. Le XIXème siècle, moins stressé sur les effectifs que pendant la période napoléonienne qui sollicite à mort certaines armées, n'a pas changé, ce me semble, cette donne "idéale" du bataillon essayant de tendre vers les 1000h. Il les avait rarement, évidemment, mais la moyenne doit cependant plus tourner entre 800 et 900. Plus généralement, ce qui me frappe au XIXème siècle est le rôle de la ligne et son maintien, autant par conservatisme culturel que par réalisme par rapport aux moyens de "command and control" effectifs sur le terrain: comment coordonner des compagnies quand il n'y a que la voix? Comment coordonner des bataillons? Comment même tenir un corps d'armée et essayer de le faire manoeuvrer? Le dispositif en ligne, donc avoir une armée sur un espace restreint, reste en fait la seule solution et constitue une contrainte croissante face à la létalité, en progrès rapide, des armes. Est-ce la vraie impasse de la période 1850-1914? Le seul remède, très imparfait, est-il dans un développement de l'instruction et de l'effectif des cadres (officiers ET sous offs) dont la proportion doit nécessairement croître, ce qui se voit le plus dans l'armée prussienne, puis allemande? Avec comme défaut corollaire, tant que n'existe aucun système de transmission comme la radio (ou un cadre très strict de définition d'aires de déploiement et d'objectifs), les défauts vus chez les Allemands en 1870, à savoir des chefs d'unités (du bataillon au corps d'armée) mal coordonnés, fonçant assez aveuglément vers l'avant quoiqu'il arrive et subissant des pertes effroyables (ce que Moltke condamne). En face, outre des problèmes culturels/idéologiques dans le corps des officiers et leur mode de commandement, comme leur doctrine, la "réponse" inconsciente à ce problème sans doute peu ou pas formulé à l'époque, est la tendance à la défensive pour garder un dispositif tactique cohérent, l'avantage de cette réponse étant observé dans la létalité des unités d'infanterie française (multipliée en plus par le Chassepot).
  4. Le vent de panique massive pour un événement assez anecdotique sans réelle possibilité d'invasion me fait penser à la frénésie de construction de défenses côtières de l'Angleterre entre 1801 et 1805, avec explosion des budgets, levées massives de milices, courbe exponentiellement croissante du recrutement militaire.... Ceci dit, sur cette "menace" de 41-42 sur la côte ouest: y'a un film de Spielberg (encore jeune) dessus. Une comédie vraiment très très marrante.
  5. "Certains" s'énervent depuis longtemps (depuis toujours en fait), mais les blocages sont toujours aussi puissants.... Chaque nouveau Secretary of Defense annonce à son arrivée qu'il va révolutionner le système, et ce discours d'arrivée est toujours écouté avec sarcasme depuis les années 50. Donc une note amusante sur le présent vote, est qu'il va s'agir en fait de décider d'une augmentation (ou d'une baisse de la réduction) des dépenses militaires, non par rapport à l'état actuel des choses (en termes de troupes) mais par rapport à la réalité de ce qui a déjà été voté est se trouve donc dans les tuyaux actuellement. Pour comparaison, il n'y a pas eu de pareille situation d'après guerre depuis le VietNam. Mais le plus marrant est que l'on voit actuellement les républicains commencer à gueuler comme des hypocrites, eux dont le projet de budget -la proposition Ryan- demandait des coupes encore plus drastiques. Paul Ryan en tête vient de commencer à hurler à la mort et à la mise en danger de la sécurité américaine, lui qui voulait (s'il a jamais pensé ce qu'il a écrit dans son budget incohérent) taper bien plus dans la caisse militaire. Et le prétexte le plus mis en avant est que les coupes se feraient sur le dos des soldats et des vétérans, alors que là encore, la proposition Ryan (qui était la position budgétaire américaine dominante) coupait particulièrement dans ce domaine; la politique à son plus....
  6. Sujet vaste et transhistorique, j'aimerais lui trouver une vraie problématique qui serve de grille de lecture afin d'éviter de trop partir en couille et d'avoir des posts à droite à gauche où chacun balance un lien, ou focalise sur un exemple précis, lançant une discussion sur cet exemple seulement.... L'entraînement militaire est un sujet hautement révélateur du système politique, économique, social, guerrier/militaire et tactique dont il émane, tout comme l'armée. C'est aussi un thème "technique" en ce que les méthodes et approches de l'entraînement ont des constantes, des développements et progrès, qui traversent l'histoire. C'est encore un enjeu politique en ce qu'il s'agit d'un investissement en temps, en argent, en infrastructures, en choix politiques et militaires (choisir telle approche et tel modèle aux dépends de tel autre) donc en divisions potentielles, et en indisponibilités (effectif réellement dispo par rapport à l'effectif théorique, moyens consacrés, standard défini pour qu'une troupe soit "prête"....). J'ai choisi le titre pour souligner cette continuité et amener à ce thème qui m'interpelle de la simulation, à la façon dont elle pourra se généraliser (chaque garnison aura une "salle" de simu, en réseau national, voire international avec d'autres garnisons? Cela restera t-il une denrée moyennement ou peu abondante?) et si elle représente une révolution de l'entraînement si, par "l'abondance" (bref, si les coûts ne sont pas démentiels) qu'elle représente potentiellement (faisant fi de nombreuses limitations matérielles jusqu'ici absolues: moindre besoin de déplacer des unités pour qu'elles s'entraînent ensemble, moindre handicap via les contingences météo ou matérielles -si elle devient vite moins chère-....), on pourra parler de révolution (sans remplacer totalement les manoeuvres, elle peut amener à terme un niveau de pratique jamais vu). A l'opposé dans le titre, on a l'agoge, c'est à dire l'entraînement militaire le plus élaboré du monde ancien: celui des Spartiates, soit un modèle unique en Grèce antique, qui voyait une partie réduite de la population totale du territoire spartiate mettre le reste de la population à contribution plus ou moins totale (pour les Hilotes, entre serfs et esclaves, et immense majorité, c'était une contribution totale) pour pouvoir constituer une élite de guerriers professionnels consacrant tout leur temps à la préparation militaire à partir de l'âge de 7 ans, l'ironie étant que l'Etat spartiate ne pouvait dégager beaucoup de puissance de ce système puisque la grande majorité de l'armée disponible consacrait son temps à surveiller les Hilotes et les cités voisines soumises, prompts à mal supporter ce système cruel et ultra contraignant à tous les niveaux. Le degré d'entraînement/préparation reflète aussi, en quelques sortes (et jusqu'à un certain point), le degré de pertes qu'on est prêt à supporter (tout comme la doctrine, le degré d'équipement/investissement par soldat, le recrutement....): beaucoup d'armées, voire toutes à certaines périodes, ont plus ou moins fait, parfois à tort, parfois à raison, le choix total (toute l'armée étant ainsi) ou partiel (une partie seulement: une arme, une spécialité, une proportion de la troupe....) de la masse aux dépends de -pour aller vite- la qualité. L'abandon de l'arc au profit de l'arquebuse est un tel choix, même s'il était en l'occurrence assez justifié, le temps et le coût de formation d'un archer étant devenus prohibitifs par rapport à ceux d'un tireur d'arme à feu, et ce malgré une létalité infiniment plus grande de l'arc et de l'arbalète (jusqu'au XIXème siècle). La France a fait le choix de la masse sur la qualité peu avant 1914 (moindre encadrement, taux d'équipement inférieur), ayant moins de ressources que l'Allemagne et une population nettement inférieure, l'accroissement du temps passé sous les drapeaux étant un petit plus qualitatif pour les unités de pointe (du moins dans le cadre de la doctrine offensive) mais pas pour les individus, et surtout un moyen d'avoir une armée immédiatement disponible plus nombreuse, dans l'espoir de la rupture rapide.... Mais qui servit en fait à ne pas succomber immédiatement et encaisser les énormes pertes du tout début. La chevalerie est un autre exemple de modèle radical isolant graduellement (à partir du modèle carolingien originel, déjà mal équilibré) la spécialité militaire du reste de la société pour en faire un parasite et un parangon d'ineptitude. Les modèles d'armées professionnelles n'évoluent-ils pas cependant aussi vers un problème comparable (pas au même degré cependant) en isolant toujours un peu plus l'armée de la nation (on "outsource" l'entièreté du domaine et de ce qu'il implique à une micro portion de la population), sans "corps intermédiaires" (milices, gardes nationales, réserves réellement travaillées, corps de "cadets", service civil incluant des fonctions de soutien) ayant un niveau ou un autre de préparation et d'entraînement plus ou moins militaires? Je remarquais récemment l'exemple des corps de cadets britanniques: en plus d'une réserve (c'est désormais son nom) plus prise au sérieux qu'en France, ces corps, qui émanent d'organisations privées, publiques ou semi-publiques, sous la direction ou au moins le patronage du MoD et la tutelle pratique de chaque arme, ont sous leurs "drapeaux" à l'année plus de 100 000 adolescents (il me semble d'environs 12-13 ans à la majorité), soit une proportion non négligeable de plusieurs classes d'âge). Ca complète le scoutisme, en quelques sorts, et constitue un "pool" de préparation utile de recrues, même si évidemment, peu d'entre eux iront effectivement dans les forces, tout en constituant surtout un lien fort, aux conséquences politiques ultérieures, entre armée et nation, une proportion significative ayant plus tard un regard plus attentif quand à la question militaire. Ce dernier exemple rejoint en fait plus l'éphébie grecque (la préparation à la guerre des adolescents atteignant la majorité) et l'agoge romaine (peu de points communs avec la spartiate, mais il s'agit de la préparation militaire initiale au sein de chaque tribu civique romaine, sous l'égide des "anciens"). Donc 3 aspects: - entraînement et préparation comme reflet de la société, du "système" civil et militaire dont ils émanent, qui s'accorde (s'il est pensé) avec d'autres orientations majeures d'un pays pour produire l'effet voulu. - entraînement et préparation comme fait technique: constantes, régressions et progrès dans tous les aspects imaginables à travers l'histoire - entraînement et préparation comme enjeu: choix politique et doctrinal, c'est un investissement lourd en capital financier, humain et matériel, une orientation fondamentale En somme, c'est une autre façon de décomposer le fait que, comme beaucoup d'aspects fondamentaux d'une armée et d'une politique militaire perçues comme systèmes plus ou moins complets, l'entraînement et la préparation sont à la fois un thème en soi et un maillon essentiel d'une chaîne qui conduit ou non à l'efficacité militaire. Comment s'obtient-elle? L'entraînement et la préparation de troupes recrutées sont-ils suffisants ou ne supposent t-ils pas une politique plus vaste impliquant une plus grande part de la population en amont et en aval de l'âge proprement militaire, même si la conscription universelle (qui est plus un accident de l'Histoire, un moment très court), ou presque universelle, n'est pas le modèle en vigueur? Quelles sont par ailleurs les meilleurs systèmes de l'Histoire selon vous? Lesquels sont applicables à notre époque et nos sociétés, et lesquels ne correspondent qu'à un endroit et un moment donné? Quelle évolution de l'approche de l'être humain et de la façon d'en tirer le meilleur est arrivée à travers l'Histoire selon vous? Les techniques et méthodes, les approches, sont ici utiles: y'a t-il tant de progrès que ça dans les fondamentaux? A t'on au final plus réinventé l'eau tiède constamment, sous couvert de nouveauté fondamentale, alors qu'il n'y aurait que de petits progrès dans des domaines précis? Pour juger le présent à l'aune de ce que le passé peut nous avoir appris d'utile (= voir les vraies leçons et pas les impressions sentimentales que "c'était mieux avant", ou que tel "modèle" est parfaitement transposable à notre époque), il convient de se poser une batterie de questions concernant tous ces aspects, sur chaque exemple qu'on pense avoir bien en tête et sur lequel on a, ou croit avoir, une idée bien faite. Qu'en pensez-vous? Que pensez-vous?
  7. Je fais suite aux chiffres évoqués plus haut sur la proposition qui arrive de réduire les forces US et le budget de la défense en général: quoiqu'il arrive, un seuil a déjà été défini et voté au Congrès en conséquence des "sequesters", et si rien n'est à nouveau voté en ce sens, l'Army sera réduite de 522 000 personnels actuellement à 420 000, et l'USMC de 190 000 à 175 000. La proposition portée par le SoD et qui a été évoquée plus haut, avec des chiffres de 440-50 000 pour l'Army et 182 000 pour l'USMC, n'est qu'une proposition visant à contrer certains effets des sequesters, avec une rallonge budgétaire de 26 milliards pour l'an prochain et 100 pour l'année d'après. C'est plus précisément ça qui va entrer en discussion: le Pentagone cherche à rallier ses supports au Congrès pour la bataille. L'étrangeté politique du cas présent est que les deux camps politiques en présence veulent augmenter les dépenses militaires, ou plus exactement être vus le faisant, mais sont prêts à tronçonner le budget pour obtenir les coupes qu'ils préfèrent ailleurs, le tout sur fond de deux discussions très attendues qui n'ont toujours pas eu lieu: - le niveau de dépense militaire dans l'absolu, supérieur au cumul des 30 plus gros budgets militaires de la planète (dont 25 ou 26 sont des alliés), et par là, le thème de "l'empire américain" - la gestion pratique du budget militaire, particulièrement celle des programmes d'armements, qui hérissent le poil de beaucoup de monde au Capitole
  8. Tu crois que les guerres précédentes n'ont pas produit exactement les mêmes traumas et dans les mêmes proportions, voire pire? Ce fut exactement la même chose, depuis toujours; on faisait juste pas trop attention à ces choses là, surtout quand une grande proportion des symptômes sont des trucs comme la violence domestique ou la violence tout court (viols, bagarres....), les tendance suicidaires, l'irritabilité, des problèmes de concentration et de sociabilité, l'alcoolisme.... Toutes choses qu'on ne mettait pas en statistiques (voir l'histoire du viol en la matière), qu'on niait, dont on ne parlait pas ("c'est privé", "on ne parle pas de ces choses là, monsieur".... La violence domestique est l'épitome de ce fonctionnement), qu'on acceptait plus socialement, qu'on passait par pertes et profits en disant que "c'est comme ça, c'est normal", ou, au pire qu'on mettait dans le registre "la guerre fait ça aux gens et on n'y peut rien". On ne se préoccupe de ces conséquences que récemment. Déjà que l'un des acquis -très lent- du XXème siècle fut de reconnaître l'existence des divers degrés de traumas de guerre pour ce qu'on qualifiait avant de "lâcheté" ou de "faiblesse", permettant de traiter une bonne partie des cas, de savoir faire souffler, et plus généralement de prévenir une bonne proportion de ces problèmes (ce qui a permis d'avoir moins de monde qui craque, de pouvoir souvent faire récupérer d'un craquage et renvoyer au combat dans de bonnes conditions). Les vétérans au Congrès ont souvent été en pointe sur ces sujets, loin des clichés sur de vieux "durs à cuire" regardant de telles choses comme signes d'une jeunesse faible et de politiques de pleurnichards: McCain, néo con et va-t'en-guerre par excellence, par exemple, est l'un des premiers militants de la chose.
  9. J'attends de beaucoup me marrer quand ce truc arrivera au Congrès en mars..... Vu l'état de la législature, des blocages massifs et des formules alambiquées et déséquibrées seront inévitables et massifs; faire une réforme de cette ampleur dans un contexte économique et politique aussi délirant, c'est garantir qu'elle sera merdique et produira un bordel et des déséquilibres dramatiques. Quand à la réduction de la Garde Nationale.... La puissante association des gouverneurs (et les conférences de gouverneurs de chaque parti, qui sont les premiers contributeurs aux campagnes présidentielles) s'est déjà prononcé vigoureusement contre ce matin. Bon courage à qui essaiera.
  10. Oui, mais le point était qu'aucune des guerres depuis 45 n'a produit de véritable contingent de vétérans élus au Congrès. Je parle même pas en proportion des mobilisés: même relativement aux mobilisations, c'est réduit: McCain Et Kerry sont plutôt l'exception que la règle dans leur génération de soldats. Il n'y a pas eu de vagues de vétérans de Corée ou du VN, et certainement pas de la Grenade ou de la 1ère guerre du Golfe. Pour l'instant, Irak et Afghanistan n'ont pas non plus produit de nombre significatif de vétérans. Rien de comparable à l'afflux des années 50 (vétérans "frais" de 41-45) ou à celui des années 60-70 (aussi majoritairement des vétérans de la 2ème GM, mais étant passés par d'autres carrières). Le lien est souvent fait avec deux gammes de problèmes: - l'un, structurel: aux USA est souvent pointée la baisse de l'esprit civique dans les générations de plus en plus "individualistes", et/ou dont le civisme ne s'exprime plus que sur des causes particulières - l'autre, conjoncturel: il y a, dans les appareils de partis de chaque Etat, de moins en moins de vocations pour l'échelon national, sauf chez les carriéristes (Washington rapporte plus), où l'impression de blocage, d'idéologie et de pourrissement est telle que nombreux sont les élus d'échelon étatique qui disent franchement n'avoir aucune envie de se présenter à des élections pour le Congrès, reflétant une tendance généralisée. Les vétérans en politique incarnant, à tort et à raison, le degré suprême de l'esprit civique et une catégorie à part d'élus, leur disparition graduelle des rangs de la représentation nationale est un sujet de conversation politique récurrent aux USA..... Et nettement moins en Europe.
  11. Le député démocrate John Dingell a annoncé qu'il ne se représentera pas à la prochaine élection (cette année), terminant sa carrière politique. Le nom est inconnu hors des USA, mais l'homme est une légende du Congrès, et l'une des personnalités les plus respectées de la scène politique américaine. Il est l'élu national ayant servi le plus longtemps au Congrès en continu dans l'histoire américaine, ayant été élu pour la première fois en 1955 et n'ayant depuis jamais décroché, toujours réélu (dans le Michigan). C'est aussi l'un des deux derniers vétérans de la Seconde Guerre Mondiale servant encore au Congrès, l'autre étant le député républicain (démocrate pendant l'essentiel de sa carrière) Ralph Hall. Le fait pourrait n'être qu'un élément de biopic sur un personnage pour nous relativement obscur, mais il ravive un débat fréquent aux USA, celui de la place des vétérans dans une représentation nationale. Et le fait est que depuis la grande vague des années 60-70, qui a vu arriver en masse des vétérans de la 2ème GM (et les années 2000, qui ont vu ceux qui restaient dégagés en masse par les "nouveaux politiques" principalement issus des nouvelles machines politiques: "démocrate conservateurs" au centre, et conservateurs et Tea Party à droite), la tendance est radicalement baissière, et la présence de vétérans au Congrès devient une denrée rarissime (les démocrates ont un petit avantage dans cette micro population).
  12. Donc, selon le 2ème article, si ces faits sont pleinement avérés: - l'UE est vraiment, mais alors vraiment naze quand au travail de "vente" d'une position politique, donc à la capacité d'influence sur ce qui compte le plus en politique: la perception - Yanoukovitch a opté pour le chèque qui lui permettait de grapiller le plus, pas pour le chèque le plus maousse, qui aurait menacé sa "petite entreprise" Pour le premier article: en fait, ce qui est vraiment reproché très fort à l'ex-président est d'avoir porté à une échelle industrielle et surcentralisée ce que ceux d'avant faisaient à une échelle plus "partagée" et artisanale/pré-industrielle. Ceci dit, la description des dispositifs de captation des richesses reprend quasiment point par point les dispositifs que j'ai pu voir décrire à l'oeuvre en Russie.
  13. Et qui s'imagine que 15 mds (surtout en l'état du fonctionnement de l'Ukraine) changeront quoi que ce soit aux fondamentaux de l'Ukraine et feront autre chose que la satelliser encore plus par rapport à Moscou est un autre abonné à l'achat d'ADM sur Ebay. Tout comme celui qui s'imagine que s'enfoncer dans ce système économique peu vertueux est une solution d'avenir pour l'Ukraine. C'est tout le problème.... L'un des premiers points, cependant, qui pourrait procurer une ouverture en forçant un peu la main des occidentaux ET Russes est la renégociation de la dette ukrainienne, qui ne peut manquer d'arriver, qu'on le souhaite ou non. Ce sera une des premières occasions de cracher. L'inconvénient d'un pays, surtout un de cette taille et dans une situation géopolitique délicate comme celui-ci, c'est qu'on ne peut pas aller se servir chez lui quand il paye plus ses intérêts; un peu comme une multinationale ou un fonds d'investissement, il est "too big to fail", à moins d'être prêt à payer autrement (et sans doute bien plus cher) ce qui se passerait si on le laissait partir en couille (qui peut inclure des missions militaires, onusiennes ou non, pour ceux qui craignent la possibilité d'un "scénario yougoslave"). Back to another hard fact: l'économie de l'ouest et du centre de l'Ukraine restera dans l'impasse si cette formule économique reste la donne, l'activité de l'est et du sud se faisant aux dépends de l'ouest.... Avec entre autres conséquences le renforcement des différences et animosités, et donc une instabilité ayant peu de chances de diminuer.... A moins évidemment que l'empire généreux qu'est la Russie allonge beaucoup plus de "chèques" et s'ouvre nettement plus (voire à grande perte) aux productions ukrainiennes.... Ce que les Russes eux-mêmes (qui roulent pas sur l'or en moyenne) pourraient vite commencer à trouver un peu cher et un peu chiant, même au nom de la grandeur, de l'empire, du chou au vinaigre, de la sphère d'influence, des blinis aux airelles, des icônes dorées, de la Russie éternelle, des kublikis au miel, de Pierre le grand, blablabla. L'un dans l'autre, les réalités dures et méchantes pointent dans la gueule de toute solution allant trop dans un sens ou trop dans un autre: il n'y a ici de bonne solution que TRES multilatérale, aussi bien pour la rendre géopolitiquement durable que pour partager la charge qu'il va nécessairement falloir consentir pour soutenir ce pays..... Evidemment, le terme "nécessairement" ne vaut que si les dirigeants appelés autour de la table pensent à plus de 2-3 ans (déjà pas forcément acquis). Et pour qu'une solution soit viable, les Ukrainiens eux-mêmes, au premier chef leur classe politique, doivent sérieusement faire quelque chose, à commencer peut-être par rester un pays.... Ou décider clairement qu'il y a divorce. Et surtout VITE. Bref, va falloir, au niveau national ukrainien comme au niveau international bordélique, que beaucoup de gens apprennent à communiquer. Rappelez-moi de quoi la parabole de la Tour de Babel parle?
  14. En dehors des problèmes du jour, je trouve qu'il faudrait revenir (voire créer un topic spécifique) sur les aspects "opérationnels" de la "révolution": la tactique et l'organisation déployées dans les rues ont été assez impressionnantes, compte tenu des réalités. J'entends que l'usage des médias sociaux et téléphones portables notamment a beaucoup servi aussi dans ce sens, aussi bien au niveau opérationnel (communications/coordination/CRI en général, mais aussi évidemment tout ce qui concerne le "champ de bataille médiatique", la prise à témoin de l'opinion....) que pour la prise en compte des "retex" d'autres mouvements de ce type, notamment ceux du printemps arabe, particulièrement en Egypte. La hauteur nécessaire des barricades, la prise en compte des capacités et limites du matériel et des dispositifs de la police, la transmission de bons "trucs" grands et petits, aussi bien pour le matériel que pour l'organisation tactique.... L'histoire des émeutes politiques est longue, mais au final, dans l'essentiel de l'histoire, il s'agissait de faits locaux, peu ou pas connectés, et surtout pas capables de se transmettre méthodes et expérience. Le XIXème siècle a vu un peu de "mémoire" se former, essentiellement au travers de quelques organisations se faisant "professionnels" de ce genre de choses, et en détenant une forme de monopole les rendant indispensables et leur donnant un poids démesuré. Le XXème siècle a poursuivi dans ce domaine, et un peu de "transmission" pouvait parvenir via les médias de masse, même si ça restait superficiel en majorité, avec donc une réalité restant avant tout nationale et dépendant des traditions et organisations à longue durée de vie dans chaque pays, voire dans certaines villes seulement. Une bonne partie de ce "capital" de savoirs et savoirs faires est désormais en libre accès et dispose facilement de moyens désormais peu ou pas coûteux pour faire, savoir et faire savoir. Sur le plan tactique, ça a impliqué notamment une rapide montée en puissance des organisations et de leur capacité à mettre en oeuvre nombre de "métiers" et "unités" (autant revenir sur la terminologie militaire): le niveau obtenu n'est pas forcément énorme, mais il parvient vite à un niveau d'efficacité (entendre "obtenir des résultats"; à distinguer "d'efficience") certain et assez souvent plus que suffisant, à moins d'avoir affaire à un pouvoir décidé à réprimer sans compter et sans grandes limites. Du coup, on retombe, sur le plan tactique, dans des schémas de guerre de tranchée, combat d'hoplite/mêlée, fortifications et prises de positions retranchées.... Avec un tout nouvel équilibre potentiel des forces en présence. Evidemment aussi, nombre de facteurs ne changent pas, et avant tout la question de la volonté de part et d'autres: le mouvement ukrainien, comme la révolution égyptienne, ne sont pas des petites choses en la matière.
  15. T'es sûr? M'a l'air bien polluant, ce truc. Et l'odeur.....
  16. C'est clair que les négociations doivent changer de paramètres fondamentaux, et on peut espérer que le contact entre Obama et Poutine ait à cet égard joué un rôle indicateur. Ceci dit: la base navale de Sebastopol occupe t-elle une place si fondamentale, désormais, dans les intérêts et la pensée de Moscou? Symboliquement, c'est important, mais "perdre" la Crimée ne priverait pas Moscou de l'accès à la Mer Noire, cette mer est d'un intérêt limité pour la Russie (fermée) et la Marine en a sorti tous les bâtiments d'importance stratégique: y'a que des trucs de défense côtière et d'assaut/transport amphibie, ainsi que quelques unités de surface "majeures" qui sont surtout symboliques vu que ce sont des vieilleries. J'émets juste ce point pour souligner que c'est pas vraiment la jugulaire de la Russie, et que s'il le fallait, ce pourrait être négociable contre des choses plus fondamentales. L'otanisation de l'Ukraine, ou même de sa moitié occidentale en cas de partition, est-elle recherchée par qui que ce soit? J'ai pas vu Washington insister dessus, même si ça peut surtout rester un légitime joujou de négo occasionnel si on maintient un ton modéré (les Russes ayant aussi quelques trucs dans ce registre). Pour la solution à court terme, la vraie question est la renégociation de la dette ukrainienne, question sur laquelle la Russie a tout intérêt à internationaliser le dossier (si on l'antagonise pas); mais faut pas caricaturer, l'UE n'apporte pas que de la compassion. Elle apporte une ouverture commerciale, ce qui concrètement, si il y a une vraie volonté politique derrière (c'est un des problèmes fondamentaux), veut dire des brouzoufs, et bien plus que 15mds, mais étalés sur longtemps et pas sous la forme d'un "chèque" de court terme. Programme difficile, peut-être, mais pas techniquement: toute la question est de savoir s'il y a des volontés en Europe, en Russie et aux USA, de donner un peu de gâteau à l'Ukraine: une ouverture de certains marchés, un accroissement modéré de certains quotas, valent du crédit et faciliteraient déjà beaucoup la situation financière de l'Ukraine. Une renégociation de la dette (la plus rapide possible), qui est inévitable, donnerait de l'air à un gouvernement ukrainien qui pourrait trouver sa stabilité. Et s'il est UN truc que l'Ukraine pourrait faire pour favoriser un tel déroulement, c'est trouver au plus vite une formule politique tenable, d'une part, et l'assortir de mesures immédiates sur son Etat de droit (réformes de la justice et "opération mains propres" dans ce domaine et, par là, entamer sérieusement le problème de la corruption, de la grapille et du fonctionnement de l'Etat). Amorcer un processus de dépolarisation de la richesse en découlera en partie, mais doit aussi faire l'objet d'une politique "visible".
  17. Oui, dans un monastère, selon la rumeur..... Ca a un côté "qui sortira la combinaison la plus marrante": en Crimée dans un monastère, dans le nord est à côté d'un avion qui décolle pas, dans un poste frontière contre le poëlle, dans la cuisine avec le chandelier, à Moscou dans l'appart de Snowden?
  18. Là on commence à parler du vrai business: le degré d'ouverture de tel ou tel marché est assimilable à un chèque, ou une aide financière, s'il est utilisé: c'est un mode de subvention moins douloureux pour l'UE, et nettement plus durable qu'un chèque en bonne et due forme, et la "dépendance" qu'il implique est moins problématique même si c'est celle qui pose plus problème à Moscou, certains de ses intérêts, et sa façon de voir. La question est là dans le camp européen: accroître tel ou tel quota, ouvrir telle ou telle portion de marché pour tel ou tel produit.... c'est là où faut pas être mesquin à outrance SI et seulement si il y a une réelle volonté politique quand à l''Ukraine. Un certain seuil de facilités accordées pour l'investissement doit aussi être sur la table, toujours si l'on parle d'être sérieux (sans parler de l'inévitable redéfinition de la dette, mais qui passera à un échelon "supérieur" à l'UE), à défaut de "chèque" proprement dit. Non seulement l'UE ne semble pas vouloir/pouvoir faire ce genre de cadeau, mais on peut débattre que, surtout dans l'état actuel de la gouvernance en Ukraine (et pour encore un moment, même si de vrais changements arrivent vite), le genre de cadeau que Poutine était prêt à faire n'en est pas vraiment un, et constitue peut-être même la pire forme d'aide qui soit, produisant plus de problèmes (corruption, détournement, dépendance accrue à ce "fix", inefficacité de l'investissement....) et de fausses solutions qu'autre chose. Le vrai "chèque" que l'UE pourrait faire, ou devrait faire si elle entend réellement avoir une politique cohérente dans ce dossier, c'est d'organiser (et de négocier moins âprement, donc un peu moins jouer la diplomatie "normale" des accords économiques) une négociation cohérente sur les plans financiers, industriels et commerciaux, pour accorder, sur une durée donnée et sans doute de manière étagée, une variation de statut spécifique à l'Ukraine pour qu'elle puisse, phase par phase, être "mise à niveau", en tout cas à un niveau minimum pour qu'un certain niveau d'intégration commerciale ne l'abîme pas plus qu'elle ne la serve. Côté Ukraine, ça implique ce qui est actuellement à l'ordre du jour: une vraie gouvernance, une réforme drastique de la justice, une lutte terrible contre la corruption et une déconcentration certaine des richesses et du pouvoir de décision économique. Maintenant que je formule tout ça, ça sonne..... Difficilement réalisable.
  19. Ce dernier point va être salement problématique à double titre: - le niveau de confiance en la scène politique est à zéro.... Mais le temps de la politique et du monde réel, pour ce qui concerne les décisions importantes, est long; entre la décision et les effets, si tant est que ce soit la bonne décision, y'a du temps, et ça va généralement plus mal avant d'aller mieux. Et de toute façon, même si une grande opération main propre arrivait entretemps, si la justice était révolutionnée rapidement, y'aurait toujours des choses choquantes et des problèmes parfois criants.... Avec une opinion sursensible, ça peut toujours créer mille occasions de merdage - à ce stade, et pour les prochains mois, qui c'est "la rue"? Les quelques groupuscules violents et ultra motivés? Les ailes militantes de certains partis et associations? Des groupes de "vigilance" formés pendant la révolution (donc avec plus de variété que les groupes de droite ultra)? Ou est-ce que réellement les Ukrainiens, au moins à l'ouest et au centre, sont sur le qui vive (d'une manière ou d'une autre: organisation, coordination, réseaux "d'alerte"....) et prêts à remettre ça en masse et pour des durées soutenues? Si "la rue" a montré qu'elle pèse, faut pas oublier quelles en furent les conditions: beaucoup de monde (vraiment beaucoup beaucoup), des installations permanentes en des lieux clés, un flux médiatique continu, de la logistique, de l'organisation, des relais constants des gens dans la rue et de la constance sur de très longues périodes.... Sans même mentionner le fait d'accepter de se faire tabasser et d'y retourner. C'est pas les quelques centaines d'excités de Secteur Droit (qui n'ont que ça à foutre) qui vont être des "surveillants" efficaces (surtout qu'ils vont critiquer tout et tous), même s'ils se proclament "gardiens de la révolution".
  20. La guerre franco-autrichienne me semble un excellent exemple de massacre idiot, un summum de logiciel napoléonien (au code mal rédigé et partiel) et de puissance de feu disproportionnée, même si on parle pas encore d'armes à répétition. Et pour la guerre de sécession, la mortalité me semble aussi liée au fait de la faible qualification des troupes et de la faiblesse de l'encadrement: la plupart des batailles voient de longs "stand offs" de lignes d'infanterie étirées (pour maximiser la puissance de feu j'imagine) s'arrosant sans qu'une rupture puisse réellement avoir lieu. Le feu défensif est devenu trop dense, les possibilités de manoeuvre de ces troupes sont trop limitées (en tirailleurs, en petits paquets, en mouvements de flancs ou en charge) vu leur faiblesse qualitative (entraînement, coordination, encadrement, doctrine) et les distances se sont accrues via l'augmentation des portées (un débordement réclame plus de champ, par exemple, une charge est nécessairement plus longue sous un feu plus dense....). Et cet accroissement des distances se conjuge avec la faiblesse de l'encadrement et un autre problème grave: il y a plus de distance, mais pas de nouveaux moyens de communication sur le champ de bataille! On est toujours à la voix et aux signaux visuels et sonores (musique), comme dans l'antiquité! Comment coordonner une manoeuvre rapide avec ça? Comment même coordonner plusieurs unités d'infanterie, ou garder le contrôle d'une unité d'infanterie? La situation tactique réclamerait qu'on l'éparpille, mais il deviendrait impossible d'en faire quelque chose pour la manoeuvre. Sauf peut-être, dans une certaine mesure, à avoir des cadres de contact, bas officiers et sous offs, très autonomisés, donc très formés ET bénéficiant d'une doctrine de commandement et d'une doctrine tactique adaptées. La mentalité du XIXème siècle, autoritaire et paternaliste, méprisant le soldat de base et le sous off, s'y prête mal, et encore plus dans les armées de masse. Mais même une décentralisation du commandement ne résoudrait pas le problème de coordination de plusieurs bataillons, encore moins d'une armée de campagne. De toute façon, vu le niveau de formation des troupes et cadres, et vu la "considération" pour le soldat et le sous off, ça pouvait rien donner.
  21. Honnêtement les rappeurs de la côte ouest étasunienne ont meilleur goût. Ceci dit, les oeuvres d'art, faudra voir si la petite histoire dit qu'il les a acheté (avec le pognon de l'Etat ou le "sien" -cad celui qu'il a piqué dans la caisse) ou pris dans les collections nationales. Plus ils sont riches, plus il est effarant de constater leur mesquinerie.... Stupidité ou volonté délibérée de créer la crise? Les russophones, dans le contexte de l'Ukraine et de nombreux autres anciens morceaux de l'URSS, sont bien plus qu'une minorité locale: c'est un système local, politique, social et économique, et bien souvent un qui joue un rôle actif pour Moscou (attention: jusqu'à un certain point, c'est parfaitement légitime et intéressant pour les 2 pays) et en reçoit des subsides, sous une forme ou une autre (pour ça que les supposés financements "massifs" de la CIA et de l'UE pour quelques mouvements font bien rigoler), amenant souvent une partie plus ou moins importante de la dite minorité à se faire un "agent" des intérêts russes. Ce qui peut avoir tendance, à la longue, à irriter une partie plus ou moins significative de la population du pays concerné. Si ce pays, comme l'Ukraine, a une vraie culture et histoire propre et un certain degré de conscience de soi, voire une fierté collective chatouilleuse..... Ben..... Y'a comme qui dirait un effet cocotte minute bouchée avec le temps. Le présent vote n'est pas forcément le fait de députés "radicaux": les députés n'ont pas changé, ce sont les mêmes qu'avant! Et quand on voit le pool de recrutement moyen des dernières élections, on se dit qu'à part quelques partis de frange et quelques franges au sein des grands partis, y'a beaucoup d'oligarques, de gens bossant pour des oligarques, de représentants d'intérêts bien en place, de "parrainés".... Les altercations sont le plus souvent le fait de gens appartenant à des factions hostiles les unes aux autres (avant tout par intérêt ou affiliation), pas de radicaux idéologiques. Donc dans ce genre de vote, faut pas non plus les prendre pour des perdeaux de l'année ou des enragés venus de la rue le couteau entre les dents. Avant de les traiter de débiles, faut voir s'ils n'essaient pas surtout de provoquer volontairement quelque chose, d'obtenir une réaction, une position de négociation (en acculant); peut-être pas la bonne méthode, mais seul ce qui se passera à l'arrivée le dira. Présupposer la débilité ou l'extrêmisme, surtout vu de France, vu les circonstances, me semble négliger beaucoup de facteurs.
  22. Je doute personnellement qu'il y ait beaucoup de choses que l'occident puisse faire pour "permettre" aux élites russes plus ouvertes d'émerger: le déterminant pour ça est avant tout, et de très loin, interne. Un régime donné, tel qu'il fonctionne, produit prioritairement un certain type de mentalité et de personnels, ou en tout cas les met à l'honneur, et un pays reste avant tout focalisé sur ses problématiques internes, la négo extérieure (et ceux qui la font) en étant une conséquence. Vu le féodalisme/"oligarchisme" qui dirige la Russie, et le combat de chiens qu'il produit, avec un centre somme toute relativement faible (qui explique l'extrême brutalité des méthodes de Poutine) par rapport aux autres joueurs (il est le plus gros joueur, mais pas de suffisamment beaucoup par rapport au bac à sable et à ceux qui y font leurs pâtés), ne peut produire que ce genre de mentalité, surtout quand le pool originel qui a fondé ces factions vient du moule de la nomenklatura et de l'appareil de sécurité soviétiques. J'ai de sérieux doute quand à la capacité de l'occident d'avoir de quoi permettre aux "libéraux" de monter. Que l'UE n'ait ni axe politique fondamental ni union des moyens et méthodes pour lui donner du poids est évidemment un autre problème; je ne sais pas cependant si ça produirait une Russie moins antagoniste, tant parce que, comme dit plus haut, c'est avant tout une question interne, que parce que si c'était le cas, l'UE serait une entité avec des intérêts de puissance nettement plus définis et fermes, et de quoi inquiéter (surtout des paranos génétiques) tant par son importance que par sa proximité.
  23. J'adore la formule: un peu comme le clébard laisse un "truc" sur le tapis ou sur le trottoir..... Enfin bon, les Russes avaient laissé le même genre de "truc" au même endroit.... Ca doit être quelque chose qu'on mange, ou quelque chose dans cet endroit qui incite à y laisser des "trucs". Yup, pas dit qu'il y avait pas du tort à distribuer un peu partout; ce que j'incriminais était plutôt du ressort du logiciel fondamental qui préside aux pensées des sépulcres blanchis encore trop nombreux à Moscou. Ca ne fait pas des occidentaux, Ricains en tête, des oies blanches ou des esprits équitables, mais c'est juste là pour indiquer un décalage dans les choses qui président aux modes de négo des uns et des autres. Dans le cas ukrainien cependant, faut pas non plus, à force de vouloir faire du relativisme à tout crin en décrétant que la Russie est comme tout le monde ou en "arguant" que les méchants médias occidentaux sont des organes de propagande récitant la leçon conçue dans les chancelleries/gouvernements (ce point là m'énerve particulièrement, surtout quand on me réplique par l'absolu inverse pour dénigrer ma position), on néglige le fait simple que ce mode de pensée présent à Moscou a une tendance à produire une politique visant une mise sous tutelle de fait (et pas une tutelle tendre), une véritable satellisation "à l'ancienne", sans compter la création d'un espace économique nécessairement fermé vu la faible compétitivité qui y existe et qui ne peut qu'être entretenue par plus de fermeture et de contrainte (surtout quand on voit le fonctionnement interne de l'économie, sa polarisation et sa politisation). Le chantage au gaz n'est pas un mode de négociation qui souligne une capacité à beaucoup concéder. L'occident est tout sauf parfait, et l'UE est tout sauf un espace économique non contraignant, mais entre l'option russe et l'option UE, y'a quand même des marges de différences largement suffisantes pour qu'on évite les fausses équivalences. Le mode de pensée que j'évoque comme étant trop présent à Moscou peut avoir été alimenté par les années 90, mais cette période ne l'a pas créé, et après largement plus d'une décennie de soi-disant "renaissance" sous Poutine, c'est une excuse qui commence à sentir le moisi et à servir de justification à des gens qui ne veulent pas admettre qu'ils ont un problème au casque. Même les conservateurs américains, et surtout ceux qu'a produit la période récente (post 11 septembre, post Citizens United, post Tea Party....) n'ont pas, hors des campagnes électorales de l'Alabama et des plateaux de FoxNews, une façon d'aborder une négo aussi fondamentalement tronquée, ou une telle conception des choses uniquement pensées en termes de rapports de force (et j'entends surtout la force brute, comme ce qui s'entendait à Moscou ces dernières semaines). C'est pas que les USA sont pas prêts à recourir à des méthodes de contrainte militaire, financière ou économique, mais il faut les pousser nettement plus loin que les Russes pour qu'ils commencent à réfléchir concrètement en de tels termes (pas parfait ni intellectuellement équitable ou honnête, mais c'est le moins pire que ce monde puisse produire).
  24. La corruption (et plus largement le vaste ensemble de ce qui peut y être assimilé) touche tout le monde, mais pas au même degré. Et ça peut franchement varier dans des ordres grandeur macro-économiquement significatifs. On ne peut pas mettre tous les niveaux de corruption, grapille, prise de contrôle de pans d'une économie.... Dans le même panier. Une échelle différente de corruption implique des problématiques différentes. Pour l'UE, y'a un moment ou un autre où il va falloir clairement, de facto, concéder plus, d'une manière ou d'une autre (en facilités de paiement, lissement de dette, subventions directes....) , si le régime écpnomique et commercial voulu se met en place. Où l'on voit que tout début de solution passe par une entente des "sponsors", et franchement, le niveau de problèmes le plus élevé en ce moment me semble venir de Moscou: c'est un problème de mentalité, avec beaucoup "d'hommes du Kremlin" qui réfléchissent encore en termes purement brutaux et antagonistes, en absolus, et en négociations dans un jeu fondamentalement pensé comme étant à sommes nulles. Ca enlève beaucoup de marges de négociations et de terrains d'ententes possibles. Le pur rapport de force prend trop de place dans leur mode de pensée; il y a vraiment beaucoup trop d'observations de hiérarques russes qui, dans la récente crise ukrainienne, préconisaient qu'il fallait taper à outrance, qu'il fallait antagoniser frontalement "l'ouest".... Pour que ce soit rassurant. Beaucoup de gens qui ont encore trop le logiciel guerre froide dans la tête. La situation présente est peut-être l'occasion de commencer une nouvelle façon de voir.
  25. Sans compter que vu la façon dont fonctionnait le régime ukrainien (et il risque de continuer ainsi, au moins à court terme, même si dans une moindre mesure), combien de ces 15 milliards seraient réellement parvenus dans les caisses de l'Etat pour être utilisées dans des politiques concrètes (avec encore de la grapille conséquente dans chacune des dépenses engagées, à tous les niveaux jusqu'au plus bas)? 60, 70% peut-être? C'est pas comme si c'était un régime fonctionnel, et l'ex président a porté la chose à des sommets insoupçonnés, chose rendue nécessaire par l'élévation du "coût de fonctionnement" du système qu'il a mis en place: constitution d'un vaste parti très composite (et un peu artificiel) qu'il faut arroser abondamment (sous peine de le voir se déliter), constitution de fait d'une "garde" (avec les Berkuts au premier rang) qui n'est pas gratuite (coûte cher tous ces officiers à tenir).... Ca s'empile vite quand on l'ajoute aux besoins habituels (arrosages en tous genres, grapille pour soi, grapille pour les potes, grapille pour le parti, grapille des oligarques et "barons d'administration"....); vu le coût de la baraque, en plus.... Bref, sans aller trop loin dans ce registre, on peut quand même douter que sur les 15 milliards prêtés, une part si conséquente aurait servi effectivement à sauver l'économie ukrainienne ou à lui donner un peu d'air pour se développer. Quand on retranche le facteur malversation/concussion/détournement et le facteur d'inefficacité structurelle (tout ce qui ne fonctionne pas bien)/conjoncturelle (tout ne peut pas déployer son plein rendement à tout moment), 15 milliards pour un pays de cette taille, et surtout probablement nettement moins dans les faits, c'est pas ça qui changerait grand chose. L'Ukraine a besoin de leviers d'une toute autre ampleur. Ca, c'était quand même surtout le pourliche pour le toutout, impressionnant à court terme, et dans les faits peu utile pour changer l'équation; pire, ça risquait plutôt d'amorcer un cycle de dépendance sans cesse croissante.
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