Aller au contenu
Fini la pub... bienvenue à la cagnotte ! ×
AIR-DEFENSE.NET

Tancrède

Members
  • Compteur de contenus

    18 697
  • Inscription

  • Dernière visite

  • Jours gagnés

    166

Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Bouéf! L'Orient, dans sa partie européenne, est pourtant prospère dans les décennies qui suivent, c'est pourquoi les mots genre "ravages" et "destructions" ont tendance à m'énerver, de même que la façon qu'on a de présenter des peuples barbares comme se déplaçant comme ils veulent et faisant ce qu'ils veulent: ils négocient sans arrêt.... On ne négocie pas quand on est en position de faire ce qu'on veut, on prend. Pour comparaison, on peut se référer aux histoires de l'empire byzantin, ultérieurement, avec les Varègues (nordiques installés en Ukraine et à l'origine des premiers Etats russes): à lire les sagas et chroniques varègues, ils allaient se servir sans arrêt dans un empire byzantin qui les laissait faire ou leur versait des tributs faramineux. Dans l'histoire byzantine (qu'on peut corroborer avec ce qu'on sait de la période), ces tributs (quand ils n'étaient pas inventés) devaient pas peser bien lourd dans le trésor vu que ça n'avait pas l'air d'handicaper la capacité de l'empire à agir, faire la guerre, gagner.... Et leurs "ravages" n'avaient pas l'air de l'affaiblir. On a en fait surtout affaire à des petits peuples de braillards vantards qui, se faisant payer pour dégager et pas emmerder par un Empire occupé à des choses plus sérieuses (genre guerre avec les Bulgares, les Perses ou les Arabes), revenaient à la maison en se déclarant conquérants du monde connu. On retrouve les mêmes exagérations et délires sur la période viking en occident (tant du côté occidental, pour raisons politiques et religieuses, que côté viking, pour raison politiques.... Et d'ego: les sagas n'ont pas vraiment de grande valeur quantitative). L'historiographie du XIXème, plus qu'un peu "germanocentrée"/barbarocentrée (sur ces sujets) a donné beaucoup trop de crédit à ces récits dont l'impact sur les manuels d'histoire formate encore nos moules mentaux et nos a prioris instinctifs. L'empire byzantin prend alors cet aspect d'une entité malade, corrompue et faible.... Qui traverse quand même du coup plus de 700 ans (de la fin de l'empire d'occident à la chute de 1204 dans la 4ème croisade) en tant que première et seule superpuissance de l'époque: on se demande comment ils ont fait, s'ils sont si corrompus, efféminés et incapables de se battre! Pareil pour les visions en général de l'empire romain, depuis qu'un proto historien du XVIIIème siècle a émis cette idée d'un long déclin amorcé apparemment depuis les tout premiers siècles de l'empire et rendant la chute de l'occident inévitable et prévisible.... 4 siècles à l'avance! Ces visions, faut vraiment s'en dépatouiller. Donc pour revenir à nos Huns et nos moutons, si on pouvait éviter les termes de "régions entières ravagées", de "massacres à grande échelle", de "pillages intégraux".... Je pense que le débat y gagnerait. Rien que dans le cas des Huns, s'ils avaient tant pillé que ça, ils n'auraient rien eu à manger au-delà de ce qu'ils ont pu piquer, vu qu'il n'y aurait plus eu de cultures après eux. Hors, les Balkans restent une zone riche pour l'Orient romain, et les Huns ont continué à manger. De telles concentrations humaines ne peuvent vivre de ce qu'elles chassent et pêchent, et l'agriculture antique n'a pas une productivité à l'hectare extraordinaire pour produire des surplus (pour ceux qui cultivent ET ceux qui tapent), donc il faut des surfaces énormes qui restent en business, avec beaucoup de monde dessus (pas de moisonneuses batteuses) pour les travailler, et des systèmes régionaux d'organisation de la production et du commerce (des circuits économiques, des zones de stocks, une offre et une demande) qui restent en place pour avoir de la production autre que vivrière (cad qui alimente juste les besoins locaux à très petite échelle). Le fait demeure: cultivateurs romains comme envahisseurs ont continué à manger et n'ont pas disparu. Comment ont-ils fait si il y a eu tant de massacres, de pillages.... Jusqu'à vider ces zones? Le pillage d'une récolte ne nourrit que pour l'hiver, et après? Quand on se met ce genre de réalités en tête, on essaie de relativiser les termes employés. Attila a été vers l'occident parce que l'occident était en plein bordel et qu'il y avait donc des opportunités qu'il n'y avait pas dans un orient plus structuré et qui, malgré des problèmes occasionnels (succession, souverain faible, déchirements au sommet), reste trop fort pour être réellement emmerdé au-delà de ce qu'il ressent comme des piqûres d'insectes. Si le dard hunnique ou goth avait pu porter, ou essayé, des piqûres plus fortes (cad capables de rappeler aux byzantins que les querelles d'ambitions n'ont qu'un temps et qu'il y a un business à faire tourner), le barbare aurait morflé. C'est ce qui est arrivé avec la mort de Théodose II en 450, sans descendance: les querelles de pouvoir sont vite réglées, il épouse la soeur du défunt, arrête le versement d'un pourliche aux Huns (payé par le faible Théodose II les 3 années précédentes) sans qu'Attila ne réagisse (ce qui souligne les réalités), rétablit les finances.... Sans que l'effort semble trop rude à l'empire d'orient. Il a entre autre ramené des populations dans les zones vidées des Balkans (qui devaient pas être énormes, vu qu'on ne déplace pas des millions de gens, surtout à cette époque), qui devaient essentiellement être des réfugiés issus de ces régions (et que l'empire pouvait alimenter pendant ce temps: ça rappelle le caractère rare et stratégique des réserves alimentaires à cette époque, mais aussi leurs limites). Les seules terres qui connaissent des ravages vraiment importants sont en occident, et encore, faut se rendre compte qu'on parle plus de dépopulation que de massacres ou de scènes d'apocalypse: un pays désorganisé, privé de tête entraîne une déconnexion totale des réseaux sociaux, politiques et économiques, et des infrastructures qui vont avec, réduisant les populations à des niveaux d'organisation n'allant pas au-delà du niveau du village ou de la très petite région. Cette disruption ramène à une économie de stricte survivance, aux faibles surplus, aux fortes inégalités régionales, réduisant la capacité d'ensemble d'une grande zone à produire des synergies économiques et sociales. Le résultat le plus complet est une mortalité qui explose, une faible capacité à soutenir une population conséquente, une désurbanisation, une chute du commerce.... Pas besoin de massacres de millions de gens (qui n'ont jamais eu lieu et que des peuples barbares pas numériquement énormes n'auraient techniquement pas pu commettre); épidémies, sous-nutrition, malnutrition, violences au sein des populations (querelles locales: rareté des ressources ET pas d'autorité).... Suffisent largement. Et dans une économie antique où les surplus (alimentaires surtout) ne sont pas énormes et les infrastructures limitées selon nos critères (mais très développées pour l'époque), l'impact est rapide et la disruption complète. Cet effondrement n'a pas eu lieu en Orient dans les années 390 à 410, ni dans les années 430-440: les "ravages" des barbares n'ont donc pas été réellement énormes, au-delà de la "pub" catastrophistes de quelques sources qu'on ne doit jamais prendre comme argent comptant. Les barbares et leurs fans se font mousser en se décrivant comme des conquérants sortant de récits épiques, les Romains à qui c'est utile (ou qui sont trop proches de l'événement) décrivent la fin du monde.... Faut prendre du recul. Sinon Si on parle de l'armée romaine tardive ou de l'armée romaine, ou du modèle stratégique et militaire romain et son évolution.... Faudrait peut-être switcher sur les sujets ad hoc. Faites-y un post (reprenez vos hypothèses, propositions, remarques et questions) pour les relancer si ça vous intéresse.... Je répondrais. Mais juste pour la forme, faites-le, histoire de pas avoir l'impression d'être (quasiment) le seul à y poster :'( .
  2. Pour la note, je ne suis pas convaincu par les thèses de Le Bohec (la revue que tu mentionnes s'étonne de certaines choses qui m'ont aussi interpelé dans ses bouquins): il est incontournable à lire sur ces sujets (armée romaine période César, période Principiat et période tardive, crise du IIIème siècle), mais il faut le relativiser. Richardot est à cet égard un complément indispensable. Mais il faut surtout voir les auteurs anglo saxons, chez qui l'histoire militaire n'est pas complètement déconsidérée et qui disposent donc d'un substrat analytique et de moyens beaucoup plus conséquents. Peu d'entre eux penchent vers les mêmes conclusions que Le Bohec d'ailleurs, notamment de certaines de ses obsessions (survalorisation artificielle du "guerrier germanique", hypothèse de "déclinisme" chez les Romains, particulièrement dans l'armée tardive dont il essaie sans grands arguments de montrer la moindre efficacité). Pour les auteurs anglophones, voire Hugh Elton, Adrian Goldsworthy, Warren Treadgold et, pour ceux que ça titille, Edward Luttwak, bien que ce dernier, pas du tout un historien, et encore moins un spécialiste d'histoire romaine, soit à prendre avec des pincettes (qui nécessitent un peu de bagage sur le sujet) même si sa façon d'aborder le sujet est très stimulante. 2 autres noms sur l'armée tardive: Chadburn et Deryckère. Là, on est dans l'étude du warfare romain tardif stricto censu, cad modes de combat, équipement, hiérarchie, organisation des unités, efficacité comparée, organisation des armées de campagne....
  3. Quand Goths et Huns vont vers l'Occident (essentiellement VIème siècle, avec un petit peu d'avance pour une partie des Goths en 376), c'est quand celui-ci est devenu faible, ouvert et bordélique: les hyènes vont vers l'animal mourant, où il est facile de se tailler une place vu qu'il y a peu de répondant en face, et/ou que l'empire d'occident à ce moment a autant besoin de barbares (comme troupes "clés en main", immédiatement disponibles par paquets) qu'il les craint, mais ne peut faire autrement que les embaucher et dealer à l'année avec eux (comme adversaires et partenaires) parce que l'entité occidentale ne peut tout simplement plus calculer plus qu'une ou deux années à l'avance à partir des années 410-420. L'Orient était un morceau hors des moyens des peuples barbares, même si les lendemains d'Andrinople ont pendant un moment pu donner l'illusion du contraire (en tout cas pour les Balkans), voire aurait pu peut être même ouvrir une fenêtre d'opportunité à l'effondrement dans la partie européenne de l'Orient romain (j'y crois pas personnellement: les Goths de cet épisode avaient pas la taille suffisante). De toute façon, Théodose était là et s'est imposé extrêmement rapidement. Pourquoi accepter l'Illyrie? Parce que Théodose a du répondant: l'armée orientale a pas été anéantie, juste une partie du comitatus des Balkans, et l'essentiel des centres romains reste hors de portée (trop fortifiés). Faut, encore une fois, pas surestimer la menace de ces Goths, ni succomber aux raccourcis qui font dire qu'ils "ravagent les Balkans" comme s'ils transformaient la péninsule en terre brûlée: c'est vrai dans certains coins, pas dans la majorité. Un groupe de quelques dizaines de milliers d'individus ne fait pas ce genre de dommages à une zone de cette taille, surtout quand elle n'est pas dépourvue de troupes, simple question de possibilités physiques. Donc pourquoi ils acceptent le traité? Parce que Gratien fout une branlée à la moitié de leur armée en 380, et que, après un moment de mouvement en 379-380 (où ils rançonnent plus qu'ils ne pillent, essentiellement en Macédoine), Théodose rameute suffisamment de monde pour les forcer à négocier. Et tant que Théodose a été là (et qu'en plus il a reconstitué son armée), ils ont pas trop moufté, reconduisant traité sur traité et déménageant (par l'action de Théodose) toujours un peu plus vers l'ouest. Faut pas oublier que, pour les exagérations sur leurs "ravages" comme pour leur soi-disant capacité à imposer leurs décisions aux Romains à cette période, ils sont un groupe humain autonome de plusieurs dizaines de milliers d'individus qui doivent manger tous les jours: des terres ravagées ne produisent rien, la bouffe, ça s'épuise vite, l'agriculture antique ne produit pas des surplus énormes à l'hectare, et seul l'empire romain constitue des stocks, qui se trouvent dans les grandes villes (très fortifiées) et surtout dans les entrepôts (horrea) impériaux des capitales et de très grands centres, et peuvent être déplacés selon les nécessités. Bref, les Goths ne sont pas indépendants, et il faudrait contrôler concrètement de très grandes surfaces pour pouvoir soutenir dans le temps leurs populations ET les populations locales qui produisent (il y a des zones fertiles -cad faisant plus que du vivrier- dans les Balkans, très civilisés, mais pas partout, et c'est pas les zones produisant le plus de surplus). Sur cette période entre 382 et 395, ces Goths, et parmi eux Alaric, servent essentiellement les Romains et essaient de faire carrière, avec le petit problème que, contrairement aux périodes précédentes, ils restent une entité groupée et étrangère DANS l'empire -les ambitieux veulent rester puissants-, négociant leurs services et refusant de se débander, le tout en période de réaction populaire antibarbare. Ils font connaissance avec les faiblesses intérieures, notamment les problèmes de succession et de direction de l'empire, et la faiblesse de la frontière entre orient et occident (qui n'a jamais eu besoin d'être fortifiée et na pas d'obstacles naturels). Et Ces Goths n'ont pas été épargnés: Théodose a tout fait pour les "suremployer" pour que l'attrition les bouffe, ce qu'ils apprécient peu. Et ils se vexent de ne pas plus progresser dans la hiérarchie militaire, de ne pas être suffisamment récompensés, de recevoir des vexations.... Vrai ou non, ressenti comme tel ou non (on a plus probablement une opposition entre leur faction et les romains/romanisés autour de Stilichon d'un côté, et Rufinus, "régent" d'orient de l'autre), c'est là-dessus que capitalise Alaric pour se faire proclamer chef et unifier le groupe, et devenir plus agressif. A la mort de Théodose, en 395, il passe à l'acte. Entre 395 et 397, il profite du fait d'être dans les frontières, de voir la succession impériale merder et cafouiller et d'avoir des armées romaines des Balkans occupées aux frontières (contre les Huns), pour s'offrir un trip en Grèce: il n'a pas pris Athènes, il en a obtenu un tribut (et une parade dedans, la ville s'étant rendue, ou ouverte). Les "ravages" sont en fait surtout du pillage de lieux concentrant des richesses, comme des sites religieux (Eleusis), de la destruction de grandes propriétés et la prise de villes secondaires (comme Sparte, alors devenue une petite ville). Et en 397, Stilichon le chasse de Grèce. Malgré l'historiographie, le comportement d'Alaric s'apparente surtout à du brigandage: il fait du butin sur des cibles faciles ou d'opportunité (il y en a plus quand on est DANS les frontières) et négocie pour obtenir du ravitaillement (qui peut seulement venir de l'empereur) et de l'ascension hiérarchique dans l'empire, ce qui se passe suite à l'affaire grecque dont il obtient une nomination en Illyrie. Mais après la mort de Rufinus et avec un Stilicon qui s'occupe désormais de son cas, Alaric ne peut tenir en Grèce, ni militairement, ni logistiquement: négocier était obligatoire pour lui. Une opportunité s'ouvre cependant au même moment dans une Italie en pleine crise de succession, avec un Stilichon contesté comme tuteur impérial: il y va, mais cette première tentative est un échec (plusieurs défaites) et il se rabat vers la frontière des deux empires. Si la succession de Théodose avait été faite plus vite (et l'Italie stabilisée), Alaric aurait eu le dos à la mer et aurait fait sa soumission, ou se serait fait détruire, et les Goths auraient disparu. Donc oui, il y a beaucoup de circonstances et de problèmes rapprochés dans le temps qui amorcent la chute de l'occident, essentiellement entre Andrinople et la mort de Stilicon (donc 30 ans). Le seul vrai problème "structurel" que je vois est, en fait, extérieur: les menaces aux frontières romaines avaient beaucoup cru, en quantité (nombre d'ennemis), en importance (chaque ennemi est nettement plus grand et organisé) et en qualité (beaucoup sont devenus plus "militaires" qu'avant, surtout au contact de Rome), ce qui a dans l'ensemble réduit la marge de supériorité et les possibilités de Rome de se rétablir en temps de crise. Les problèmes de succession, sécessions, guerres civiles et guéguerres d'élites, même en temps de grande menace extérieure, ont toujours fait partie de l'histoire romaine (depuis la République: faut pas imaginer un "toujours uni face à l'ennemi"), et la crise du IIIème siècle (surtout le moment "noir" des années 230 à 260) fut d'ailleurs bien pire que les événements de 378-408, avec une situation économique, intérieure et sociale infiniment plus dure. Seules les circonstances font la différence dans ce cas, soit du pur conjoncturel (direction faible, menace extérieure accrue), mais qui amorce un cycle de destruction inéluctable de l'occident romain (une affaire de "mauvais moment, mauvais endroit" pour une direction politique déchirée). Le fait est que l'empire romain était trop grand pour l'époque: distances trop grandes, pas assez de moyens (limites de l'économie et de l'organisation antiques, même aussi optimisées que la romaine): dès lors que la menace extérieure avait à ce point augmenté, l'armée était en flux tendu, et donc le pouvoir avait moins de marge de manoeuvre et pouvait moins se permettre d'échecs qu'à la période précédente; un pouvoir même momentanément faible était une chose plus dangereuse pour Rome qu'avant. Ensuite, entre la période "ukrainienne" des Goths et leur mouvement vers l'ouest, y'a quand même beaucoup de temps: les Goths ne sont pas une entité politique, mais un agglomérat de groupes et un qui se développe avec le temps, en plusieurs sous-groupes auxquels viennent se greffer d'autres groupes de tailles diverses, germaniques ou non (celtes, iraniens....). Faut pas voir dans cette histoire qui s'écoule sur 2-3 siècles de "mouvement" (essentiellement entre le IIIème et le VIème siècles), une grande continuité pensée à l'avance: ils bougent d'une année sur l'autre, ou d'une décennie sur l'autre, selon les opportunités, les menaces, les nécessités et les idées, et ils ne bougent pas d'un seul bloc (parce qu'ils ne sont pas une "nation en marche": des groupes se séparent sans arrêt et ne reviennent pas toujours vers un "centre" qui n'existe pas). Il faut en plus différencier les expéditions d'une durée modérée des "mouvements" principaux, les premiers étant des raids guerriers saisonniers ou pluri saisonniers, couvrant des distances variables, les autres se faisant avec les familles, civils, esclaves, possessions.... Quand les Goths se font raiders maritimes, c'est une chose: ce sont des raids guerriers avec uniquement des groupes sélectionnés de combattants embarqués sur des bateaux pas gigantesques (des "longboats", assez communs aux mondes germanique et romain). On va faire du brigandage et de la piraterie avec ça, parfois sur des distances impressionnantes, mais on ne peut pas emmener des populations, "déménager" sur de longues distances avec ces machins qui ne sont ni adaptés ni en nombre suffisant pour ce genre d'expédition. Surtout qu'une migration (et encore plus par mer), faut être vraiment salement sûr de son point d'arrivée: faut que ce soit déjà conquis et maîtrisé, sécurisé, et capable d'accueillir et de soutenir tout le monde pendant un bail. Faut être sûr de ce genre de trucs à l'avance (pour quelques familles, pas besoin d'autant de planification et d'assurances, mais pour plus, ça commence à être limite).
  4. Parce qu'ils n'ont jamais été conçus pour ça, tout connement parce que les Romains: - n'ont pas la mentalité défensive - sont simplement pragmatiques: défendre une frontière d'une telle longueur sur une position fixe requèrerait des effectifs infiniment supérieurs à ce dont ils disposent, ou une vitesse de concentration sur le ou les points attaqués complètement hors de portée d'armées se déplaçant à pied, même avec le système d'alerte et de circulation mis en place par Rome. - assignent comme principale utilité à une frontière matérielle (cad sur une ligne précise) des fonctions plus "civiles" et "civilisationnelles": contrôle des entrées et sorties, filtre des petits raids (presque une fonction "douanière/policière"), prélèvements de taxes douanières, surveillance de la contrebande, marque du monde romain.... La fonction de frontière militaire au sens d'un système de défense contre des invasions et raids importants, ressort d'une autre logique et d'une autre organisation, nettement plus souple et en profondeur, reposant sur la conception offensive qu'ont les romains de la campagne et du combat: sauf pour les villes et les garnisons, l'idée même de combattre une invasion depuis des remparts leur est étrangère.... Parce qu'elle est stupide et suppose de connaître avec certitude où l'adversaire va passer (ou de pouvoir installer des fortifications ENORMES partout: et des fortifications de défense pour les Romains, c'est pas le mur d'Hadrien, mais les murailles de Rome, de Constantinople, Doura Europos ou celles d'un camp légionnaire en dur -pas un camp de marche). Et comme le texte que tu cites le signale, le mur continu n'existe pas sur la frontière: il n'y a de continuité que sur quelques portions précises, notamment le limès de Rhétie, entre Rhin/Main/Neckar/Danube (essentiellement l'articulation entre rive droite du Rhin sur son cours supérieur (au niveau du Bade-Wurtemberg, puis plus tard de l'Alsace, plus à l'ouest, et la rive gauche du Danube aussi sur son cours supérieur, au niveau du Bodensee, à l'ouest de la frontière de la province de Norique). Cet axe a eu 3 périodes: celle du Ier siècle, où la frontière (non fortifiée) est sur les contreforts nord de la Suisse, celle du IIème siècle avec la conquête des Champs Décumates, puis celle du IIIème siècle et après, sur une nouvelle ligne (moins) fortifiée (mais plus "dynamique": guet et circulation renforcés) un peu entre les deux précédentes. Si on s'est mal compris initialement, c'est une chose Tout comme cela a été le cas avec le Mur d'Hadrien en Ecosse, qui a libéré l'équivalent en effectifs de près de 3 légions et a donc permis de rapatrier des troupes de Bretagne, de démobiliser un peu, et d'en utiliser une plus grande portion à policer l'île. Ce sont les deux zones ou une fortification continue (mais pas à but réellement militaire) en bâti plus ou moins systématique (cad plus que juste une ligne faite d'un vallum et d'un ager, éventuellement agrémenté de pieux par périodes) ont été employées. Pour l'anecdote, il y a un autre "mur du diable" dans la zone Hongrie/Transylvanie, partie d'un des anciens Limès de Dacie (celui là est le limes sarmatiae.... Pour défendre les Iazygues, un peuple sarmate, contre les Goths et Gépides), essentiellement un valum (fossé) plus ou moins continu (avec on suppose un ager -le mur lui-même, fait de la levée de terre creusée) le long des crêtes des Carpathes: le bouzin démarre à la hauteur de Budapest, va 200 bornes à l'est, puis descend jusqu'à l'est de Belgrade, définissant un vaste quadrilatère protégé (avec la boucle du Danube formant les 2 autres côtés). L'un des problèmes est aussi qu'il existe quantité de telles lignes romaines, correspondant à des ouvrages défensifs temporaires, à des travaux de longue haleine plus ou moins près du Limès, à des lignes de circonvallation faites dans des campagnes (à un échelon opératique, cad plus que même les colossaux travaux réalisés pour assiéger une ville comme Alésia, avec ses 30km de double circonvallation), des lignes de défense protégeant les flancs d'une avance ou étagées dans certaines zones (par exemple entre 2 fleuves) face à des axes d'attaque prévisibles (ou anticipés dans une campagne).... Quand une armée importante était rassemblée, les Romains pouvaient produire des ouvrages titanesques: c'est particulièrement flagrant dans cette zone de Dacie où les campagnes ont été multiples, longues et dures, et où la nature de l'endroit (au-delà du Danube, exposé sur plusieurs fronts) a impliqué une histoire militaire particulièrement active. Là par contre, c'est faux post crise du IIIème siècle: l'évolution entamée de façon lente avant la crise (fortification des villes, début de garnisons de "réserves" centrales) s'accélère pendant la confusion, et se trouve entérinée dans un nouveau "système mis au point d'Aurélien à Constantin (le 2ème auteur que tu cites, Le Bohec, qui est l'un des deux grands spécialistes francophones de l'armée romaine, le souligne lui-même). D'abord, il n'y a plus de légions au sens où on l'entend, cad une unité permanente organique d'échelon opératif centrant autour d'elle un certain nombre d'unités dites "d'auxilliaires" (mais qui sont tout aussi professionnelles depuis la réorganisation militaire d'Auguste après les guerres civiles, et sont désormais faites de citoyens depuis les réformes graduelles qui s'achèvent en 212 avec l'Edit de Caracalla, qui, de fait, abolit le statut de pérégrin), formant des "armées de province" plus ou moins standard (une légion plus ses auxilliaires spécialisés -cavaleries, troupes de missiles et infanterie légère-, soit autour de 12-15 000h) qui étaient, en temps normal, disséminées dans leur zones d'affectation (avec la légion restant généralement en majorité concentrée, en réserve, n'affectant qu'une part de son effectif à des garnisons séparées) pour une couverture maximale de la surface allouée. Ce dispositif se révèle vite insuffisant, et c'est pourquoi on voit beaucoup d'unités auxilliaires d'infanterie lourde (comme les légions) se constituer (taille "bataillonnaire" ou "régimentaire": cohortes quingénaires -standard- ou milliaires -de 800 ou 1000h), augmentées d'unités spécialisées (cavalerie, fantassins légers, missiles), de même que des unités mixtes (cohors equitata), pour couvrir les espaces entre les plus grandes garnisons (reproduisant ainsi le modèle "1 légion + ses auxilliaires" en plus petit. L'usage devint, pour l'offensive stratégique, de prélever des task forces sur les légions en garnisons pour constituer des armées de campagne pour de grandes expéditions (on utilise les légions de l'endroit où on attaque plus les renforts prélevés ailleurs) sans dégarnir les frontières (avec, pour les légions ponctionnées, charge de reformer les effectifs); mais s'y ajouta aussi l'évolution du combat romain autorisé par le professionnalisme de longue durée (généralisé dans les légions et l'auxilliat) et la pratique, le modèle militaire romain devient un combat plus fluide, agressif et mobile qu'à la période césarienne qui reste encore celle des grands alignements et des lignes de bataille lourdes et lentes tactiquement (César entama l'innovation avec son usage accru de cohortes de réserves comme forces de mouvement). Composer des troupes selon la mission, et utiliser des task forces et armées de campagne plus "modulaires", souples d'emploi et mobiles (que des légions monolithiques à 10 sous-ensembles tactiques), devint une évolution naturelle du modèle militaire romain, résolument ancré dans la guerre mobile (plus que dans la période Marius-César). Avec la "restructuration" essentiellement faite sous la Tétrarchie et finalisée sous Constantin, on n'a plus de "légions"; juste des unités dont certaines gardent par tradition l'appellation, aussi bien dans les troupes "mobiles/de réserve/d'intervention" de tous échelons, que dans les troupes placées en zone de frontière ou aux avant-postes de la frontière elle-même. Les "légions" palatines et comitatenses (des bataillons milliaire d'infanterie de ligne -l'infanterie de ligne de l'armée tardive repose sur des centuries "interarmes") sont près du centre d'une préfecture (en petit nombre) ou d'une zone "comtale" (ou se trouve un "comites", ou comte, cad le commandant d'une armée d'intervention), et la majorité des légions palatines sont près d'une capitale impériale (Rome, puis Milan et Ravenne à l'ouest, et Constantinople à l'est -qui a deux armées palatines). Pour schématiser: - on a entre 50 et 60% de l'armée romaine qui se trouve dans une zone (ce qu'est vraiment le limès au sens militaire) d'une profondeur pouvant aller jusqu'à 300km depuis la ligne frontière proprement dite; ce sont les limitaneis. Une portion variable de cet effectif, et d'ailleurs de celui de la Marine (les flottes fluviales, très importantes), tient les dispositifs de filtrage et d'alerte, une autre (au degré de concentration supérieur, sans doute en unités essentielles -cad cohorte/bataillon- vu la taille des fortifications de ce niveau) est en deuxième échelon dans des points d'appui fortifiés, à des distances variant selon l'endroit, la géographie et les possibilités (les facteurs dominants étant le temps d'intervention et la qualité de la position). Enfin une troisième portion est concentrée dans des garnisons plus conséquente, dans la plus grande profondeur de cette "zone du limès" (pas rare que la garnison soit dans des villes importantes, ou à proximité d'elles), avec pour mission "assignée" soit d'intervenir pour une portion donnée de front (échelle de la province "nouvelle version" ou du diocèse), soit de rejoindre une armée d'intervention directement en tant que "pseudocomitatenses". Les groupements de limitaneis correspondent à des provinces frontières, commandées par des "Dux" ("duc", "chef") qui sont les subordonnés des magister militum des grands commandements (disposant d'armées d'intervention), ou dans certains cas d'un "comes" (comte, ou "compagnon", cad quelqu'un directement rattaché à l'empereur, qu'il "accompagne", ce que désigne le terme "comitatus"). Les Dux ont les commandements les moins standardisés, dépendant de leur province d'affectation, de sa géographie, de la menace qui pèse sur elle.... - entre 20 et 25% sont des comitatenses, soit des armées d'intervention/de réserve régionales qui se trouvent en retrait de la zone du limes, concentrées à disposition de grands officiers de l'empire (magister militum) près de grands centres urbains (capitales de diocèses) ou dans de grandes bases, et couvrant un ou plusieurs diocèse, ou carrément une préfecture. Une armée comitatenses tourne généralement autour de 15-20 000h, soit précisément dans les mêmes eaux qu'une ancienne armée légionnaire, ce qui souligne la formule de combat mobile préférée par les Romains avec le temps (difficile de commander efficacement plus dans des campagnes mobiles et rapides: ça se voit dès Trajan où la conquête de la Dacie s'opère avec une grande armée répartie en "colonnes" autonomes de cette échelle). Surtout que ces armées ont une proportion de cavalerie plus élevée que ce qu'ont eu les Romains aux périodes précédentes. - les 20 à 25% restants, ce sont les armées palatines et les Scholes, concentrées autour des capitales impériales, la réserve "stratégique" la plus mobile (au sens d'une mobilité réellement "impériale", cad faite pour rayonner dans tout l'empire). On en compte 3 ou 4 selon les façons de voir: 2 à Constantinople (l'usage a établi qu'il y en avait une de chaque côté du Bosphore) et 1 en Italie (Rome, puis Milan et Ravenne). La 4ème "éventuelle" (pas de jure, mais de facto) serait celle de la préfecture des Gaules, difficile à réellement évaluer dans sa composition: on détermine une armée "palatine" à la proportion d'unités de statut palatin dedans (les 3 mentionnées sont SURTOUT faites d'unités palatines: il y a d'autres unités palatines réparties dans les armées comitatenses, en plus petite proportion, et des unités comitatenses réparties près des limitaneis "pseudocomitatenses"). Celle des Gaules semble avoir eu une proportion importante de palatins, sans doute en raison de sa position plus cruciale: vu les distances, c'est de facto cette armée qui va soutenir le Rhin, l'Espagne ou la Bretagne si besoin est. Les armées palatines sont dirigées par les plus hauts officiers de l'empire: les "magister militum praesentalis" (maîtres des soldats en présence de l'empereur"). Les armées palatines tournent autour de 30 000h (pouvant donc former 2 "colonnes"/"divisions" autonomes, ou garder un effectif d'intervention majeur ET allouer des ressources moins concentrées ailleurs), auxquels ont peut ajouter les Scholes directement sous contrôle impérial, soit des unités de cavalerie d'élite (autour de 3000h à l'est et 3000h à l'ouest).
  5. On n'est plus vraiment dans le sujet, là: faut aller dans les sujets dédiés à l'armée romaine (en général) ou celui de l'armée tardive (particulier). Comme souvent dans l'histoire, la défaite de Carrhes est due à un ensemble de facteurs peu reproductibles: les Perses n'ont pas reproduit un Suréna si facilement (c'est le seul nom sous lequel on connaît ce général, et c'est un titre ou un grade, pas un nom; un peu comme "Vercingétorix" -"roi des guerriers"-, dont le nom était Celtill, ou Brennus -"chef"-, le leader Sénon qui a pris Rome au IVème siècle avJC, dont le nom était Ambigat), et la situation même dont a bénéficié ce Suréna est difficilement reproductible (confiance -momentanée- d'un leader parthe fort qui lui donne les moyens et carte blanche, bonne situation qui permet d'avoir de larges ressources logistiques, consensus politique dans la délicate scène politique féodale parthe....). En plus, difficile d'avoir en même temps un leader romain aussi incompétent et mal inspiré que Crassus. Mais Carrhae a été reproduit une fois quand même au IIIème siècle, avec des circonstances relativement comparables, avec la victoire d'Edesse en 260, où Shapur Ier vainquit et captura l'empereur Valérien (seul cas d'un souverain romain capturé par l'ennemi), dans une campagne à peu près aussi mal conçue et menée que celle de Crassus. Un désastre assez monumental, mais comme Carrhes, sans grands lendemains stratégiques. Mais la question de l'affrontement romano-perse en termes tactiques demeure. Faut pas oublier cependant que la puissance de feu parthe/perse a une contrepartie: elle est gourmande en projectiles, et les cavaliers ne peuvent emporter le quart du dixième des flèches nécessaires à un truc comme Carrhae sur eux. Faut donc des animaux de bât et des chariots en grand nombre, et ce d'autant plus qu'une armée de cavaliers est infiniment plus gourmande qu'une armée de fantassins, dès lors qu'on ne se balade pas dans une steppe pleine d'herbe et de cours d'eau (comme les Mongols). Et le MO, bien qu'il ne s'agisse pas d'un désert de sable, n'offre pas d'itinéraire continu permettant cet appro, sauf si on longe les fleuves qui vont pas dans le bon sens pour une invasion des territoires romains (sauf dans l'est anatolien et les confins arméniens, mais là le relief est trop dur et les points de passages rares et très défendus). Les Parthes/Perses sont des peuples cavaliers dont la base démographique (humaine et équine) se trouve sur de hauts plateaux plus ou moins fertiles beaucoup plus à l'est de la Mésopotamie. Envahir et s'établir dans la plaine iranienne, ça c'était possible et à portée. Menacer la Mésopotamie, voire la prendre et la tenir, c'est leur limite, dès lors qu'il y a un adversaire qui tient la prochaine zone pouvant supporter des armées importantes, à savoir la côte méditerranéenne et la Syrie ancienne. Entre les deux, c'est pas fertile, et l'avantage de l'offensive va donc à celui qui a la meilleure logistique, cad Rome. Et de toute façon, Rome a établi sa ligne de défense de Mésopotamie, donc la ligne d'affrontement des deux empires, le premier: s'avancer vers la Mésopotamie depuis l'Iran, c'est un saut logistique important et une exposition militaire si on n'a pas de bases à l'arrivée et de lignes sécurisées (c'est donc une expédition lourde à monter, chère et demandeuse en logistique). Les Romains savent qu'il vaut mieux éviter la bataille en espace dégagé avec les Perses, donc ils se prémunissent généralement contre (reco importante, secret et surprise sur les itinéraires, points d'appuis fortifiés, mouvements rapides, diversions....) sur les quelques zones vraiment dangereuses, cad entre les passes de Syrie/Palestine et les forteresses de l'Euphrate. C'est pas si évident de baliser un si grand espace. Pendant longtemps en plus, les Parthes ne savent pas prendre des villes et fortifications: ce n'est qu'avec les Sassanides qu'ils développent cette capacité, et vu la taille des points importants au MO (et la sophistication de la polyorcétique romaine), ça veut généralement dire des sièges longs, immobilisant des armées un bon moment (dur pour une armée perse faite pour bouger). Et les armées perses, concentrées, ne peuvent en mener plus de 2 de suite à l'échelle du théâtre: ça veut dire que les campagnes se passent LEEENNNNTEMENT à partir du IIIème siècle. Pour la défense, fortifications et vide logistique sont donc deux des grands multiplicateurs de force romains. Pour la défense de la côte méditerranéenne, c'est le relief: montagnes partout pour qui vient de l'est, relief accidenté et segmenté favorable à la défense tactique et, à l'arrivée, les passes sont tenues et fortifiées pour des parthes/perses réussissant à venir jusque là. Sans compter évidemment que les Romains ont mis du monde en Orient, notamment une composante de cavalerie qui ne cesse de croître. Si elle ne sera jamais suffisante pour l'hypothèse d'une grande bataille rangée entre deux armées majeures sur un terrain ouvert et favorable aux Parthes (déjà beaucoup de conditions dures à réunir), elle est suffisante pour les tenir en respect (l'archerie se développe beaucoup à Rome, et la combinaison archers montés et archers à pied produit du feu), avoir de la réserve de punch en contre offensives localisées (les cataphractaires romains sont qualitativement équivalents aux perses). Plus simplement, les Romains évitent cette configuration pour ce qui est de grande bataille: il est plus simple de faire des "colonnes mobiles" de cavalerie et d'infanterie montée qui agissent indépendamment du corps principal de l'armée pour patrouiller et démolir tout ce qui peut ressembler à une base ou un convoi logistique parthe/perse (dont eux aussi, la cavalerie est en mouvement): c'est ce que Cassius fera aux lendemains de Carrhes, de même que le délégué de Marc Antoine (j'ai un trou pour le nom, mais il a rétabli la situation orientale avec peu de moyens, ce qu'Antoine appréciera peu), et c'est ce que nombre de chefs romains feront ensuite. Ne pas laisser une armée de cavaliers disposer de la réserve idéale de flèches, de bouffe et d'eau dans les confins syriens, c'est bouleverser ses calculs et la forcer à changer sa stratégie de campagne. De fait, c'est lui tronçonner les pattes. En bref, les Romains ont appris à tout faire pour ne pas se placer dans une situation tactique comme celle de Carrhes: on agit en amont, on accroît la cavalerie, on prépare le terrain quand on peut, on mise sur le renseignement et le secret, on rameute des alliés adaptés quand on peut (notamment les Arméniens, à la forte et nombreuse cavalerie reposant aussi sur un duo archers/cataphractes), on fait des colonnes mobiles.... Et même s'il faut en venir là, une troupe de cavaliers perses rencontrant une troupe de fantassins romains mais sans avoir son soutien logistique (réserve de flèches abondante) n'adopte pas la même tactique et ne peut faire du "hit and run" et du déni de contact comme à Carrhes.
  6. Une cinquantaine de légions? Il y en a eu une moyenne de 28 pendant l'essentiel du principiat (cad d'Auguste aux Sévères, des années 30 av JC jusqu'aux années 200 ap JC), avec un pic bref à 33 sous les deux premiers Sévères (création par Septime Sévère des 3 légions dites "Parthiques" qui, pour la première fois, ne sont pas aux frontières mais à disposition du centre, en plus de la réserve prétorienne); et pour l'armée post-Dioclétien, on recense 189 unités qualifiées de "légions" (dont 47 sont des limitanei strictement aux frontières et 47 sont des limitanei avec statut "pseudocomitatenses", plus concentrées dans des garnisons plus en profondeur dans la zone du limes), mais qui n'ont évidemment plus rien à voir avec les légions précédentes vu l'évolution du modèle militaire: c'est dans la Notitia Dignitatum, le SEUL document recensant l'orbat romain tardif à un moment donné dont on dispose, et il n'est pas complet et compile des données de plusieurs périodes différentes (entre les années 390 et 420, soit en plus pas le moment le plus exemplaire pour l'occident). Faut lire des ouvrages plus fouillés que des sites internet d'amateurs (rien qu'en Français, lire Richardot et Le Bohec est un préalable nécessaire): ils ont des bonnes infos, d'autres qui datent, et d'autres sont un poil fantaisistes. L'idée d'un mur, ou même d'une palissade continue, sur toute la longueur, a depuis un bail été battue en brèche. Parce que là, en plus, le résumé que tu en fais nie un peu l'évolution de l'armée romaine: l'énumération des soi-disant faiblesses sont plus une collection de clichés anciens et se trouve être complètement atemporelle, combinant plusieurs époques et situations différentes pour essayer de faire un tableau général, et commettant, outre des erreurs pures et simples, des amalgames coupables pour l'analyse, notamment en mélangeant les modèles d'armées pré et post crise du IIIème siècle, ce qui est absurde. Exemples: Le débat sur l'idée d'une "grande stratégie" de l'empire romain est une patate chaude, mais parmi les choses consensuelles, l'idée d'une "stratégie défensive" a été largement écartée, autant par l'absence de conceptualisation générale (l'idée d'une "stratégie impériale" est très douteuse) que par l'incompatibilité de la défensive avec la mentalité romaine, et que par la conception des dispositifs de frontière, qui sont moins des défenses que des dispositifs d'alerte, de filtrage et de retardeme, et surtout des marques des limites du monde romain. Par ailleurs, l'armée romaine, dans sa structuration (conception des armées, conception des unités, équipement....), n'est pas faite pour la défensive, mais pour rechercher le contact en rase campagne et la victoire rapide et décisive. Ensuite, les fortifications des villes loin à l'intérieur des terres ont commencé dès Marc Aurèle (et même avant, sous les Flaviens, dans beaucoup de provinces), précisément suite aux guerres marcomaniques et avec les Quades. Cette "idée" d'une "défense linéaire" et d'une frontière paisible, c'est dans l'histoire à grand papa: un simplifisme pour les manuels d'école, comme dire (ce qui a été le cas pendant un moment) que les Allemands ont percé en 40 parce qu'ils avaient des tanks (et supposément pas les Français) et que les Français se sont pas battus, ou dire que c'est le canon Krupp qui a causé la victoire allemande de 1870. Les Sévères ont rendu le coût insupportable, et causé une inflation rapide qui l'a rendu encore plus lourd. Avant cela, ça s'est très bien passé aux Ier et IIème siècles, merci pour Rome. Gné? Ca sort d'où? Où sont les carences? L'armement lourd? Pour les légionnaires peut-être, qui ne constituent que moins de la moitié de l'armée de terre par rapport à l'auxiliat, et puis peut-être les cohortes auxilliaires d'infanterie lourde, et les cohortes mixtes (infanterie/cavalerie) qui se développent dès le Ier siècle.... Sauf que les légionnaires comme les auxilliaires opèrent aussi bien en équipement complet que allégés, avec la traîne logistique que sans. L'avantage de professionnels engagés pour 16, puis 20, puis 24 ans, c'est qu'ils sont un tantinet versatiles et salement aguerris. Ce genre de commentaires rappelle vraiment les visions artificielles de gens confondant assimilant automatiquement "infanterie lourde" avec l'image d'un fantassin surchargé apte uniquement au combat en masse (le terme "infanterie de ligne" est bien plus adapté): l'infanterie de ligne romaine (légionnaire et auxilliaire) n'a pas eu la même évolution que l'infanterie de ligne macédonienne (les phalangistes) en allant vers la mono activité et des schémas tactiques rigides. .Oui, la cavalerie a toujours été un manquement romain.... Mais un manquement qui n'en fut un QUE face à un seul adversaire; les Perses, et encore, uniquement dans les expéditions pour aller les taper chez eux (parce que contre la défense de l'orient romain, c'est l'armée perse qui était inadaptée). Contre le reste, Rome n'a pas trop souffert de ne pas avoir un tiers de son armée en cavalerie; 20% ont largement suffi, et la cavalerie romaine était excellente. Pour la note, la cavalerie légionnaire (les 120 à 240 cavaliers -ça varie- recensés dans une légion type du Haut Empire) n'a jamais été faite pour autre chose que la messagerie, la reconnaissance et l'escorte (c'est dans ses effectifs que se trouvent les 10 Speculatores d'un Légat, par exemple, mais aussi les Singulares, les gardes du corps du Légat); elle n'est apte au combat de cavalerie que pour l'échelon de la turme (30h), soit pour des petits accrochages et du harcèlement. La dernière fois que la cavalerie organique d'une légion a été faite pour être de la cavalerie, c'était pendant la première guerre punique, quand les armées consulaires étaient encore fondées sur la conscription et l'attribution des rôles selon la fortune (et les equites/chevaliers étaient ceux qui pouvaient équiper un cheval sur leurs deniers). La cavalerie des socii (campaniens et numides, puis ibères, celtes et ubiens) a pallié ces "manques" plutôt pas mal pendant la République, et la formation de l'auxiliat professionnel sous Auguste a doté l'armée romaine d'une importante cavalerie professionnelle. Cette idée d'un "manque" est une mauvaise extrapolation des problèmes avec les Perses (deux modèles d'armées qui n'ont jamais réellement trouvé un moyen de s'affronter, se posant mutuellement des problèmes insurmontables, et deux pays ne pouvant se comprendre et donc se conquérir). Face aux peuples migrants, même les quelques entités de peuples cavaliers (Huns, Sarmates/tauroscythes, Alains), ça n'a pas posé de problèmes tactiques, surtout que ces groupes, rarement très grands (faut de la place fertile pour nourrir des troupeaux de chevaux avec une moyenne de 15 chevaux pour un homme dans un peuple cavalier: on estime que la plaine hongroise à cette époque n'aurait pas pu soutenir une armée hunnique de plus de 15-20 000h tous groupes confondus), pour atteindre des effectifs menaçants, formaient toujours des rassemblements assez hétéroclites aboutissant à des armées où la cavalerie n'était pas la donne fondamentale (l'armée d'Attila n'a par exemple jamais eu une majorité de Huns). Et faut pas mélanger les époques et foutre des Huns (qui se sont lâchés dans un empire d'occident qui n'existait plus qu'en théorie) avec les événements de la crise du IIIème siècle, et trouver des causes communes à ce qui s'est passé à ces deux périodes: les multiples invasions du IIIème siècle sont avant tout dues à la conjonction de divisions politiques internes sévères (soulèvements/rebellions/sécessions nombreuses), de menaces externes nombreuses et simultanées et d'un affaiblissement militaire temporaire (parce que les troupes romaines sont utilisées dans les guerres civiles, s'usent vite, sont soudain sous-financées et donc non remplacées en nombre et surtout en qualité), le tout ayant pour cause principale une crise monétaire puis économique. Sur ce fond se greffent donc l'arrivée de nouvelles ligues d'anciens peuples (Pictes, Francs, Saxons et Alamans ne sont pas des nouveaux venus: juste les peuples qui ont toujours été là et se sont organisés à plus grande échelle) et une menace perse plus dangereuse (les sassanides sont un groupe ayant plus de pouvoir que la dynastie parthe). Les attaques extérieures sont plus fréquentes, plus nombreuses, plus importantes, alors que Rome se déchire. Bref, la "crise du IIIème siècle", en fait surtout une période dure entre les années 230 et 260, c'est un cas particulier dont il ne faut pas généraliser les caractéristiques pour parler d'autres moments. Le redressement monétaire, économique, fiscal, politique et militaire qui arrive dans les années 250-260 avec Aurélien puis Dioclétien est l'occasion d'une grande reprise en main de l'armée romaine qui généralise sa mue (y'a pas de vraie "rupture" nette; l'évolution est continue, même si la crise a accéléré l'évolution, pour la partie des troupes qui pouvait être réellement financée et utilisée) et retrouve ses standards. La réforme semble s'achever sous Constantin, dans les années 310. Pourtant, nombre d'expéditions maritimes sur l'Asie Mineure (côtes nord, est et sud, y compris à Chypre) et la Grèce, ont été celles de Goths, parfois appelés "Scythes" (un nom sorti du fond des âges). Les visions monolithiques de ces entités qu'on appelle "peuples germaniques" sont à éviter: ensembles et sous ensembles que les manuels d'histoire nous ont foutu dans le crâne sont des constructions a posteriori. Les "Goths" ne sont en aucun cas un peuple au sens ethnique (y'a du "germain" -terme à relativiser-, du celte, de l'iranien, du thrace, du dace, du romain, même) ou politique (ce sont des "fédérations" de groupes et tribus existants, voire des "confédérations" de plusieurs "fédérations" de ce type); et il n'y a pas un ou deux groupes de "Goths" unis, mais beaucoup à qui on a attribué l'appellation. Déjà deux sous ensembles des Goths "canal historique" (cad avant les migrations du IIIème siècle) sont des repères imparfaits et un peu artificiels pour retracer ces peuples, et on y voit déjà de fortes différenciations, avec les Greuthungi cavaliers (dont on aime faire descendre les "Ostrogoths") et les Thervingi fantassins (auxquels on rattache par facilité les futurs Wisigoths). La réalité est plus complexe et plus mouvante, et éloignée de l'idée de "peuples" tels que nous le concevons (on paie encore les nationalismes du XIXème siècle et leur historiographie, avec ces oeillères mentales): on a là des entités multi-ethniques et multi culturelles, sans unité politique autre que temporaire, pour une expédition ou une campagne longue, qui rassemble une partie de ces groupes et d'autres (ces mots que sont "Goths" ou "Vandales" devraient en fait plus être comparés à des entreprises privées ou des joint ventures). Et ils ont peu d'attachement culturel à une arme ou à une autre: ils ont démontré des qualités d'adaptation fréquentes, des Goths, mais aussi Saxons et Francs (deux autre ligues de nombreux peuples anciens ayant toujours vécu près du Limes) se faisant raiders maritimes au IIIème siècle.
  7. C'est ce qui a été fait avec DES Etats clients, pas un Etat unifié: pourquoi se constituer un ennemi potentiel en faisant pour lui le travail que seuls des siècles d'évolution sociale/civilisationnelle ont produit pour Rome et d'autres? C'est un des grands avantages de Rome que d'être une grande entité étatique: pourquoi ils investiraient du fric à faire ça pour des voisins qui, devenus puissants, seraient plus un emmerdement qu'autre chose? L'anone, l'armée et le trésor, de même que le régime des "invités"/otages, sont les moyens de cette "politique barbare": l'anone, en concentrant et gérant l'approvisionnement (constitution, acheminement) des réserves étatiques de céréales, permet une allocation pour la diplomatie (les autres grands postes étant l'appro de Rome et Constantinople, des apports pour d'autres villes, des réserves stratégiques, et l'armée), les réserves numéraires permettent diverses formes de "cadeaux/rétributions" aux "alliés" ("socii", "letii") et fédérés ("foederati"), de sommes remises directement à des salaires pour mercenariat d'unités ou fourniture de recrues, et l'armée permet de soutenir les uns aux dépends des autres dans les querelles de voisinages de ces peuples. Le régime des invités et otages, assez traditionnel dans les sociétés antiques, consiste, lorsqu'un traité est établi, de gré à gré ou par force, en un prélèvement de gages de respect du traité "en nature" (c'est pas le seul), sous la forme d'échanges d'individus (ambassadeurs notamment, surtout du côté romain), ou plutôt de contribution unilatérale (Rome conclue rarement des traités d'égal à égal et ne les reconnaît jamais comme tels): les fils de l'élite "barbare" sont emmenés et éduqués à Rome pendant une durée fixée, et feront souvent carrière comme officiers romains ensuite, dans des ailes de cavalerie généralement (c'est ce qui s'est passé pour Arminius, par exemple, suite au traité conclu par Drusus avec les Chérusques). Avec le temps, beaucoup de peuples (ou plutôt les entités organisées) le long du limès sont devenues dépendantes de l'aide romaine (par exemple par croissance démographique au-delà des possibilités de production alimentaire de leur sol, ou par besoin de l'appui romain pour leurs équilibres politiques intérieurs et extérieurs), et même les populations appelées "Goths" qui sont accueillies en 376 et causeront Andrinople, étaient dans ce cas. Mais les peuples sont ra Mais pour constituer une "entité germanique" de grande taille? Aucun intérêt, voire que du danger pour Rome. En plus, il faut du temps et beaucoup de ressources pour ça, et c'est dur à constituer sans une occupation permanente: il suffit de voir la conquête des Gaules (quelques années), et surtout l'établissement d'un contrôle réel de ce territoire (plus d'un siècle pour qu'on puisse réellement commencer à voir des Gaules pacifiées), alors qu'il s'agit, quand César envahit, d'un territoire plus mis en valeur, plus défriché, plus proche de Rome, plus développé, plus peuplé, avec plus d'axes de communication et surtout, dans la plupart des régions, une structuration bien plus avancée des populations, y compris des zones développées selon des critères romains (sédentarisation, insertion dans le grand commerce gréco-latin, phénomène urbain largement engagé, plusieurs niveaux de structuration politique en grandes entités: "nations" sujettes et nations "fédérantes" -comme les héduens et les Arvernes), principalement dans la zone plus tard organisée en province de Gaule Lugdunaise. C'est une zone de conquête intéressante (valant l'investissement soutenu) et c'est une zone conquérable: des adversaires fixes, au territoire organisé, avec des centres fixes et des zones de récolte dont il dépend, et une organisation militaire de type "développé" -cad pas des forces de guérillas comme les germains- qui n'est pas encore au niveau de Rome. Du coup, un adversaire de ce type peut être pris et pacifié; ce fut plus dur en Gaule Acquitaine et en Gaule Belgique (et dans les zones dites de Germanie supérieure et inférieures), zones peu développées comparables à la Germanie d'outre Rhin (mais comme c'était dans l'espace de sécurité défini par la conquête, et à proximité, l'effort de conquête et colonisation a été fait). La 2ème moitié du Ier siècle av JC et quasiment tout le Ier siècle après JC ont été une longue campagne de contre-insurrection et de nation building (pas au profit des locaux) dans ces zones des Gaules: ça fait long et cher, 150 piges (mais nous, à cause des livres d'histoire, on a l'impression d'une conquête pliée et finalisée par César en quelques années). Les troupes ont largement payé le prix pour ça, mais aussi, et surtout, ont beaucoup recouru aux nations gauloises alliées à Rome, ce qui a représenté un important effectif militaire et des affrontements permanents entre tribus celtes. Mais ça n'a été possible que parce que Rome entendait occuper cet espace, et donc y était en permanence: cela seul a permis la structuration du territoire des Gaules et a rendu l'effort souhaitable, parce que personne d'autre ne pouvait en profiter. Constituer une "Germanie", à moins d'en faire un territoire romain, réclamerait le même genre d'effort de très longue durée (en fait plus grand encore vu la faible densité de population, la lenteur de circulation à cause du relief et de la couverture boisée, la plus grande division des entités politiques....): la question devient de savoir si ça vaut le coup, surtout pour les individus (pas pour une supposée "stratégie" de longue haleine, intemporelle) qui seraient appelés à prendre ces décisions. La Germanie vaut-elle le coup et le coût? Rome peut-elle se permettre de consacrer autant de ressources pendant si longtemps pour si peu de retours? Mieux valait multiplier les Etats clients.... Et puis, on ne peut que voir les décisions prises à l'échelle des êtres humains -mortels: on va pas leur présupposer la prescience de savoir que les Huns arriveront en masse 1 siècle ou même 50 piges à l'avance. Et les Huns n'ont réellement été autre chose qu'une nuisance que pendant l'épisode d'Attila, soit entre les années 430 et 450, quand l'empire d'occident est déjà de toute façon en mort clinique.
  8. Sauf qu'il y a des fourchettes de consensus, et que ces fourchettes ont radicalement évolué ces 40 dernières années: les chiffres auxquels le type que tu cites fait référence datent des années 1880 aux années 40-50. Ils sont dépassés. Le "limes" n'est pas une chose monobloc, et certainement pas un mur: c'est une zone allant parfois jusqu'à 200km de profondeur à l'intérieur des terres romaines, et dont l'organisation et la stratégie défensive dépendent de la zone: il n'y a de mur continu qu'en Ecosse, et sur "l'angle" Rhin/Main/Neckar/Danube (là ou il y a un "creux" et où les cours supérieurs du Danube et du Rhin sont facilement franchissables, avec des axes de pénétration nombreux et rapprochés. Ailleurs, ce sont des réseaux de fortins et tours de guets, avec des garnisons importantes réparties selon la géographie et les effectifs disponibles, et qui ont tendance à reculer à l'intérieur des frontières avec le temps et les changements organisationnels de l'armée. La stratégie du Limes n'a jamais été de défendre aux frontières, mais de savoir ce qui se passe et d'agir au plus tôt de façon concentrée et offensive, en recherchant le contact décisif: c'est la base de l'organisation militaire du Haut Empire et la cause de la répartition aux frontières d'un empire et d'une culture romaine qui n'ont jamais pensé autrement que de façon offensive au plan opératif, et en gardant ouverte (et considérée comme souhaitable) la possibilité de conquête. Les lignes de communication et de circulation logistique, routières et fluviales, sont la partie la plus essentielle de ce dispositif, qui lui donne sa rationalité, en ce qu'elles constituent les moyens d'approvisionnement, de renforts décidés "d'en haut", de concentrations plus importantes que de niveau "régional/provincial", de soutien mutuel entre zones.... C'est pourquoi les zones de "limes" sont des zones ou l'essentiel des travaux effectués ne le sont pas en fortifications, mais en routes, itinéraires aménagés, défrichements et dispositifs de guet. Et la majorité des fortifications continue quand il y en a (sauf évidemment les casernements de troupes) n'ont pas de but de combat tactique, et certainement pas de fonction globale d'arrêt: - ce sont des filtres visant à dissuader les petites expéditions et les raids fréquents des divers barbares (Pictes, Germains....) - ce sont des barrières pour la taxation dans les zones d'échanges, visant à lutter contre la contrebande - ce sont des "ralentisseurs" face aux expéditions importantes et armées adverses, donnant un peu plus de temps pour opérer les concentrations - ce sont des multiplicateurs tactiques de forces dont le but est d'économiser des troupes utilisables ailleurs: moins de monde peut surveiller la frontière et jouer le rôle militaire que les Romains assignent aux fortifications de frontière en case de "guerre" avec un adversaire conséquent: reconnaissance, alerte et ralentissement S'ils avaient compté sur les fortifications pour rendre la frontière "impénétrable" ou chercher à le faire, ils l'auraient fait partout ainsi, et auraient surtout fait ça en Orient (où existait le seul adversaire organisé et de taille), soit en Mésopotamie, soit sur les zones montagneuses de Syrie/Palestine/Est-Anatolienne. Ils ne l'ont pas fait et n'ont pas envisagé une seconde de le faire. Ils l'ont fait dans ces endroits précis parce que les possibilités de pénétration (surtout celles petites, constantes et nombreuses) étaient grandes et la possibilité de quadrillage du territoire faible à moins d'avoir un nombre énorme de soldats. Et ils l'ont fait dans ces zones parce qu'en plus, c'était pas cher (contrairement à ce qu'on pense, ces fortifications ne coûtent pas grand chose: juste du temps de main d'oeuvre.... Et la main d'oeuvre, ce sont les soldats, qui sont payés de toute façon, pour l'extraction et le transport des ressources locales, et pour la construction). Ailleurs sur le Rhin et Danube, pas besoin de construction continue: le fleuve est là (comme ralentisseur ET axe de circulation), doublé par le défrichement, la disposition des garnisons (elles fortifiées), des routes parallèles à la flotte et des tours de guets. Eventuellement, ici et là, selon les probabilités de pénétration (dans des axes comme les affluents de fleuves) et les ressources localement disponibles, on dispose des réseaux de pièges et de positions préparées. Avoir des fortifications continues serait impossible à maintenir sur de telles distances, et disperserait en permanence les ressources militaires jusqu'au point d'inutilité complète. Pour un Empire qui a toujours été sous-militarisé au regard de sa taille (par extrême économie sous le principiat, puis par contrainte économique sous le dominat, après la crise du IIIème siècle), ce genre de stratégie n'a jamais été envisagé et ne correspond à aucun moment de l'histoire de la culture romaine. Le seul endroit où ont fait des fortifications destinées à être tenues.... Ce sont les villes, et éventuellement certaines forteresses importantes (généralement aussi des villes, nées des garnisons). Parce qu'il n'y a pas le choix et que la ville est le centre de la pensée et des intérêts romains. Pas vraiment: les Limitanei pèsent, selon la période, entre la moitié et les deux tiers de l'effectif, avec une portion importante d'entre eux (sinon tous) concentrables (et entraînés comme tels) en unités de campagnes (appelées du coup "pseudocomitatenses"). Au sein des Limitanei, ensuite, il faut faire une nomenclature entre les unités faisant de fait la patrouille aux frontières et y tenant les tours de guets, fortins et éventuelles portions de fortifications continues (quoique le limes fortifié de la zone Rhin/Main/Neckar/Danube a été abandonné pendant le IIIème siècle, au profit d'une frontière non fortifiée plus en retrait en Rhétie), et les troupes concentrées dans des garnisons plus en retrait (et en unités plus conséquentes) dans la zone du limes, dans des casernes pouvant fournir des troupes d'intervention d'échelon local (au niveau d'un diocèse ou de plusieurs) rapidement en plusieurs points de la frontière. Plus loin vers l'arrière, dans les diocèses "intérieurs" se trouvent les troupes d'intervention proprement dites, le comitatus local, plus concentré en permanence. Les Limitanei ne sont en aucun cas entièrement dispersés le long de la frontière: ils ont une zone d'opération sur une profondeur importante du dispositif, et ont leur premier "échelon" d'intervention propre, ce qui se constate en regardant les dispositions des casernements militaires d'une même période, et leur importance graduelle (au fur et à mesure qu'on s'éloigne de la frontière jusqu'à plusieurs dizaines, voire plus d'une centaine, de kilomètres). Ce n'est pas le "soldat type", et ce d'autant plus qu'il n'y a pas un "limitanei type". La mobilité locale est importante pour eux, si bien que les dotations en chevaux peuvent avoir représenté jusqu'à la moitié de l'effectif, quoiqu'on ne sache pas quelle proportion d'unités étaient de la cavalerie proprement dite (les estimations varient, mais on table généralement sur une proportion allant de 15 à 30% suivant les lieux: la cavalerie est peu utile sur le Rhin-Danube, terrain segmenté, peu ouvert, souvent marécageux et très boisé, et fondamentale en Orient). De même, l'importance des moyens de transport fluviaux est énorme, pour cette même raison. Ensuite, les "légions" de Limitanei sont des noms de tradition pour une réalité d'unités très différentes, avec des unités d'infanterie aptes au combat en ligne et de l'infanterie légère, et une grande polyvalence étant donné l'importance de l'entraînement et surtout la longueur des carrières (le passage, dans certaines régions, à des limitaneis faits de soldats paysans ou miliciens/temps partiel n'est arrivé que dans certaines régions, surtout en occident, au cours du Vème siècle). Il ne faut pas confondre le ROLE, auquel on assigne une unité, et la NATURE de l'unité, ou encore le STATUT de l'unité, et son EFFICACITE: les unités auxilliaires romaines, d'Auguste à la crise du IIIème siècle, étaient moins payées et de statut inférieur, alors qu'elles étaient tout aussi efficaces que les légions, même quand on ne regarde que les cohortes d'infanterie lourde auxilliaires, au même métier que les cohortes légionnaires (les unités auxilliaires -désormais uniquement de statut palatin ou comitatus- acquèreront un statut d'élite par la suite). Ainsi, les Limitanei sont dans des fonctions assimilables à l'infanterie légère la plupart du temps, en raison de leur dispersion en petites sous-unités et de leur mode d'opération dominant (observation, raids punitifs, combats de petite échelle, "commandos"....), mais une partie d'entre eux reste concentrée en unités plus grandes, en retrait (réserve locale), et ils restent entraînés pour accompagner une armée "comitatus" en campagne "classique". La chose est plus aisée avec des cycles opérationnels organisés (propre d'une armée réglée) et surtout des soldats à carrière longue (plus de 20 ans). L'armée romaine reste la plus mobile de son temps, précisément par sa logistique incomparable, sa capacité de transport fluviale et son ordre de marche inexorable. Ce fondamental n'a jamais changé. C'est la mobilité stratégique et opérative, et rien ne se compare à elle, de même que c'est celle qui peut porter le combat le plus loin et le plus longtemps pour ces mêmes raisons. Tactiquement, ça évolue, mais la cavalerie a beaucoup progressé, allant jusqu'à représenter environs un quart des effectifs au IVème siècle. Et cette proportion obère le fait que l'armée romaine est une armée qui "thinks global but acts local": la majorité de la cavalerie est en Orient. Les groupements opérationnels romains sont très différents suivant les régions: - l'Orient concentre plus des 3/4 des unités de cavalerie de choc (cataphractaires/clibanaires), et une large majorité des unités de cavalerie légère et "médiane" (la cavalerie de mêlée standard qui représente la majorité des effectifs montés). Les armées d'orient ont une proportion de cavalerie importante, tournant généralement autour d'un tiers des effectifs - les unités d'Afrique fonctionnent suivant ce genre de proportions, avec moins d'insistance sur la cavalerie lourde ou médiane, et plus sur la légère - les unités Rhin Danube ont peu de cavalerie, parce qu'elle sert moins, voire encombre, et n'a d'utilité que ponctuellement en bataille, face à des adversaires peu montés et sur un terrain généralement impropre à la charge ou à la manoeuvre de cavalerie. Autre critère de répartition: les troupes ont des proportions de cavalerie variant selon leur type. Ainsi: - les scholes sont uniquement de la cavalerie: c'est l'échelon le plus mobile, qui doit potentiellement aller partout - les palatins (moitié des troupes dites "mobiles", ou plutôt "de réserve", mais d'échelon "impérial") ont une proportion élevée de cavaliers (1/3 environs) - les comitatenses (troupes de réserve d'échelon "régional", au niveau des anciennes préfectures puis un peu plus subdivisées après) ont aussi une proportion supérieure de cavaliers - les limtanei: vu plus haut. Dur à évaluer, mais la proportion de cavaliers, variable selon les endroits, est largement suppléée par une large dotation en chevaux (pour monter l'infanterie) pour les rôles de patrouille, de logistique et de mobilité opérative - les fédérés et mercenaires: dépend totalement du lieu et du peuple concerné - les milices locales: fixes, il s'agit essentiellement de formations liées à une ville. Pas de cavalerie 'Fin bon: l'armée romaine tardive, c'est un sujet long, et y'a une bibliographie dessus.
  9. La Hollande réduit encore la voilure: http://www.dsi-presse.com/?p=6103 Bref, on peut traduire la chose par un alignement complet de la Hollande sur la politique étrangère allemande.... Appelait-on ça un protectorat au temps jadis? Vu les projets toujours plus poussés d'intégration des structures des deux armées, l'évolution de l'armée allemande ET la réduction des forces, en plus de l'asservissement au projet F-35 à enveloppe budgétaire constante (donc avec un nombre probablement ridicule d'avions à terme), on a les axes: - constitution d'une "brigade de réaction rapide" qui sera en fait tout ce que les deux pays accepteront de "prêter" à l'OTAN et à l'ONU pour des OPEX - "recentrage" sur la "défense territoriale", termes purement politiques qui veulent dire désarmement de fait et passage des restes sous contrôle allemand pour la Hollande, et constitution d'une petite armée théorique pour l'Allemagne, destinée à maintenir la demande pour une industrie militaire soutenue à grands frais - utilisation par l'Allemagne de ce "pôle" de défense européen pour amener sous sa tutelle d'autres petits Etats en plein désarmement, dont la contribution sera faible mais la clientèle pour le matos recherchée (de même que leur alignement politique): Autriche, Tchéquie et Danemark sont sur les rangs. Bien ouéj pour l'Allemagne.
  10. Il faut absolument une application de ce genre en détecteurs portables, qu'on met sur des lunettes ou dans le téléphone, pour détecter les substances douteuses sur les couverts au restaurant, les amuses bouches et les mains qu'on va serrer: les traces d'urine, si souvent signalées dans les cacahuètes des pubs, les mains, les verres.... Doivent recevoir un ordre de priorité absolu dans l'agenda de la recherche militaire! C'est de l'attaque chimique et de la guerre psychologique low tech et low cost, reproductible massivement! Une atteinte permanente aux conventions du savoir-vivre et du "vivre ensemble". Que fait la DGA?
  11. Elle veut me forcer à lire 50 shades of Grey ou, "au choix" ??? , un truc sur la sophrologie..... Les bouquins d'histoire de plus de 500 pages, c'est un peu une "safe zone" dans ces situations.... Mais là vous payez tous mes ch'tits problèmes de cou et de genoux: pas de sport ce WE, ça a libéré quelques heures. Ca a été traité dans un des topic historique, mais je sais plus lequel. Le projet de l'Elbe n'était pas un projet particulièrement lié à Auguste, mais à la nature de l'avance romaine: s'appuyer sur un fleuve donnait un objectif "matériel" et aidait à définir un espace clair, et un fleuve en particulier avait la préférence des Romains moins pour son aspect de "rempart" que pour son aspect logistique. Un fleuve ne rend pas tellement une frontière plus défendable par lui-même quand le défenseur n'a pas les effectifs pour garnir toute la longueur, et encore moins quand, comme dans le cas germain, il n'a en face que de la forêt dense qui limite la visibilité et contribue à rendre le terrain impropre à la (grande) manoeuvre, à la faible "circulabilité" et "connaissabilité" (j'avais envie de faire des barbarismes: on parle de la Germanie, merde!) du territoire. Et c'est encore plus vrai quand on parle de populations très peu sédentarisées: de fait, la plupart des peuples dits "germaniques" sont alors des chasseurs-cueilleurs semi nomades, sans urbanisation, vivant en petites unités démographiques déménageant avec les saisons. Difficile d'avoir un suivi exhaustif là-dessus. Ca encourage les Romains à définir des espaces avec des axes naturels de communication, parce que l'espace germain est recouvert de forêt primaire (imagine la Forêt Noire, mais sur toute l'Allemagne). Mais cette avance était prévue parce que les Romains ne prévoyaient pas autre chose que l'avance dans leurs plans, et l'assujettissement de tout ce qu'ils connaissent et qui s'agitent devant chez eux. C'est pas tellement de la volonté qu'un réflexe mécanique: ça va sans dire. S'ajoute à cela la commodité politique du moment: pour avoir du "capital politique", un grand nom romain a besoin de faire une campagne victorieuse: s'ajouter un "germanicus", "britannicus", "parthicus", "dacius" au nom, plus un truc genre "vainqueur de la Weser" ou "de l'Elbe" (comme César s'est fait "vainqueur du Rhin", mais aussi de la Manche et de l'Atlantique, en allant taper les Bretons et les Vénètes), ça le fait bien. Mais il y a aussi tous ceux qu'il amène avec lui, promeut, fidélise, clientélise.... Y compris les ennemis vaincus (qui sont butés, réduits en esclavages ou qui signent un traité faisant d'eux des clients de l'empereur ou du général -qui est dans ces cas là de la famille). La conquête de l'espace Rhin-Elbe, ils n'y tenaient pas plus que ça, mais c'était, on va dire, dans "l'inertie" de l'avance romaine, et vu ce que rapporte une conquête en capital politique (pas tellement en fric: y'a rien à grapiller en Germanie, et pas vraiment de base taxable), ils avançaient tant que c'était facile et commençaient à faire des calculs (du genre: est-ce que ça vaut l'effort?) si ça devenait dur. Les Romains ne regardent pas une carte comme nous, vu qu'ils ont pas les mêmes cartes, et que la cartographie a moins d'importance pour eux que pour nous: ils regardent plus les populations, les ressources, les axes de circulation (potentiels et effectifs) et les positions défensives existantes. Pour la cohérence du dispositif défensif, ils ont pris les Champs Décumates sous Vespasien, afin de bloquer les axes de pénétration entre Rhin, Main, Neckar et Danube; c'est la région la plus densément fortifiée de toutes les frontières romaines, précisément parce qu'elle n'est pas dans l'axe des fleuves mais dans celui des pénétrations potentielles. C'est un espace plus modeste et surtout plus cohérent qui a lui été pris pour des objectifs de rationalisation défensive du dispositif: acquérir de la profondeur pour les défenses du Rhin, optimiser la visibilité et la capacité d'encaisser dans les axes de pénétration de cette zone et surtout, raccourcir les lignes de communication. A cause du relief, "'l'angle" au nord de la Suisse (province de Rhétie) fait que les troupes ne peuvent venir que de l'ouest (donc venir du Rhin) ou du Sud (Rhétie d'avant la conquête, ou carrément Norique -l'Autriche), sans communication directe entre les deux: donc ils prennent cet espace moins montagneux d'Allemagne du sud ouest et l'aménagent un max, avec un réseau très dense de fortifications, garnisons et tours de guet, mais surtout beaucoup de routes. Ca, c'est une conquête à but de défense, de rationalisation/planification stratégique, quasiment l'une des seules de toute l'histoire impériale romaine (sous la République, ce genre de conception n'aurait même pas été envisagé). Les Romains ne conquièrent pas des territoires, sinon: ils soumettent des peuples et, éventuellement, ils visent des ressources (mais il faut là que ce soit une mine d'or ou d'argent célèbre, une capitale commerciale incontournable....). Leur calcul passe par là, pas par une "visualisation" de l'espace qu'ils connaissent mal et représentent peu sur carte. Et, dans le cas mentionné, si un fleuve est évoqué, c'est comme repère anticipé pour délimiter l'avance par un obstacle naturel: c'est commode (surtout dans le cas d'un territoire qu'est juste une grosse forêt). Donc non, Auguste ne tablait pas particulièrement sur l'Elbe comme "nouvelle frontière" dont l'Empire dépendrait: l'avance était dans la mécanique consciente et semi-consciente des choses (ajouter des esclaves au marché pour maintenir les prix bas, faire un peu de butin et pressurer des populations -même si c'est des crèves la dalle-, faire de la pub, avoir un prétexte à festivités, servir l'orgueil "national" et poursuivre par habitude), et c'était un bon moyen pour que ses héritiers potentiels (notamment Tibère, Drusus et Germanicus) se fassent ou accroissent leur nom (enfin s'en ajoutent un), mais aussi soient tous sur les rangs (ils n'avaient pas le même degré de réussite). Si j'avançais une façon de voir, je dirais que pour eux, c'était "dans la logique des choses": on avance parce que ça résiste pas en face, que ça coûte pas beaucoup plus cher et parce qu'on est romains dont c'est ce qu'on fait. Sous l'angle plus concret, on peut surtout deviner le "lobbying" de certains (les héritiers putatifs qui doivent se faire un nom, les ambitieux qui ont besoin de la case "guerre" sur leur cursus honorum) auprès d'Auguste. Ca devient son intérêt si ce lobbying devient une faction qui met son poids politique dans le mix: il attribue la charge de la conquête (et donc postes, troupes, titres, avantages) en échange d'autre chose (soutiens de divers types, obéissance....). Et s'ils perdent, c'est plus sur eux que sur lui, sauf en cas de désastre lourd parce que là c'est de la perte sèche importante de troupes (et là, ça peut l'emmerder lui). Dans ce registre, la cible elle-même (l'espace Rhin-Elbe) est secondaire, voire carrément abstrait, pour ces décideurs. Ils veulent une conquête, peu importe quoi. Ca ou la Patagonie (si elle avait été atteignable) ils s'en tapent. Un empire est souvent par nature expansionniste, principalement pour des raisons de politique intérieure: accroître le gâteau pour avoir plus de parts à distribuer aux ambitieux et factions dangereuses, pour occuper ces personnages et groupes (voir les mettre en danger d'échec ou de mort).... Même si les terres conquises valent rien, c'est toujours du butin et des esclaves, du capital politique et surtout ça occupe les emmerdeurs potentiels. Ca gagne du temps: faut pas chercher de "vision de long terme" (ça commencera plus à venir un peu avec le temps et l'ébitude de l'empire), mais des calculs plus individuels, de l'échelle d'une vie humaine, et un arbitrage politique par l'empereur qui jongle à tout moment entre factions dangereuses, ennemis et alliés intérieurs, avec plus ou moins de marge. Donc non, le Teutoburgenwald n'est pas un échec stratégique, ou la marque que les Germains ne sont pas conquérables; ça, ce sont des conneries nationalistes du XIXème siècle. Il y a une blessure d'orgueil, c'est sûr (moins par la défaite ou la perte de troupes que par la prise des aigles et emblèmes des légions.... Récupérés assez vite, comme d'ailleurs ceux de Carrhae, quasiment à la même période), et c'est cette blessure qui est vengée dans les terribles campagnes de représailles menées dans les années suivantes. Et il ne faut pas surestimer la lourdeur des pertes ou le danger de cet événement: les tribus unies par Arminius ne l'étaient pas solidement, le Rhin n'était pas sérieusement menacé et si la perte de 3 légions et des auxilliaires afférents a été durement ressentie, c'était plus en raison du besoin pressant du moment: on est, en 9 apr JC, encore dans le contexte de la grande révolte illyrienne, une guerre d'une toute autre ampleur que le soulèvement d'Arminius, qui a beaucoup demandé à l'Etat romain. Dans les arbitrages stratégiques de cette époque, la Germanie n'est pas vraiment un souci de grande importance, surtout juste après la grande peur de la révolte illyrienne (le "tumultus", la mobilisation générale, a été déclenché par Auguste: événement rarissime dans l'histoire romaine). L'événement a juste forcé Rome à évaluer l'importance stratégique de la conquête: tant que c'était facile, ça pouvait être un outil de politique intérieure commode, qui coûtait pas beaucoup plus cher (à l'arrêt ou en mouvement, les troupes, faut les payer et les nourrir pareil). Si ça devenait coûteux, fallait regarder si la conquête vallait la peine: et là, la Germanie, ben c'est juste un espace vide, difficile à conquérir parce que sous-développé (=pas de villes et territoires/peuples sédentarisés à prendre: c'est pas clausewitzien, quoi), sans valeur et recouvert de forêt (donc difficile d'accès, dur à contrôler, et réclamant des investissements lourds pour une mise en valeur lente et aléatoire). Du coup, conquérir est un truc lourd, sérieux et de longue haleine, et surtout cher et en plus sans grand prestige (y'a quel mérite à trucider des sous-développés?): alors on punit parce qu'après l'événement, y'a pas le choix, on récupère les aigles, on "fait le vide" (chaque mort romain a été payé au centuple par les coalisés d'Arminius), on montre qui c'est Raoul et pourquoi il a la plus grosse, on garde les quelques alliés existants (notamment près du limes et en Frise et près des bouches de l'Elbe, soit des régions atteignables par voie maritime/fluviale) et on en fait des royaumes clients offrant pour pas cher un premier "rideau défensif" avant le limès. Ca c'est de la stratégie calculée rationnellement. Après, si les Germains avaient eu des territoires organisés, des villes, des concentrations de stocks alimentaires et de métaux précieux, un début d'économie, voire des mines.... Là, y'aurait pas beaucoup eu de question et les territoires de l'Elbe seraient aujourd'hui de culture latine.
  12. Pas vraiment: ils ont rançonné certaines villes, dans le sens de se faire payer pour partir parce qu'ils ne pouvaient pas les prendre (les villes romaines se sont fortifiées à partir du IIème siècle et des guerres marcomaniques, et même avant en fait; avec le IIIème siècle, c'est systématique même pour les villes moyennes très à l'intérieur des frontières) et pouvaient juste parasiter les échanges et ravager les campagnes. On a de mauvaises images en tête de villes en feu, pillées et ravagées jusqu'au sol, parsemées de pyramides de crânes et de colonnes de citoyens réduits en esclavage. C'est pour l'essentiel de l'imagerie de cinéma. Oui, il a du y avoir des scènes comme ça en pagaille, mais à l'échelle de l'empire, ou même de la seule région des Balkans, ça concerne des pans de population très réduits, voire statistiquement anecdotiques. Et à part quelques exemples rares et hauts en couleur, ce genre de scène a plus été réservées à des villages isolés, ou de petits bourgs insuffisamment importants pour être fortifiés, et à des "pagi", cad des centres de très grandes propriétés agricoles, de fait des petits groupes de villages/hameaux centrés autour de la villa d'un grand proprio: le pagus (d'où vient le mot "pays") est l'unité administrative, fiscale, économique, politique et géographique de base, et il survivra à l'empire pour trouver sa place dans le système féodal, évoluant ensuite vers le "manoir" comme unité de compte essentielle. Si les ravages avaient été si importants, cette zone n'aurait pas continué à produire des soldats, des armes et des impôts, à concourir à l'économie de l'empire (ce qui fut pourtant le cas, et rapidement), à être prioritaire dans les impératifs de reconquête (ou de pillage).... Or, c'est précisément tout ce qu'elle est et reste, parce que les bandes dont on parle, ou les "peuples" (les plus grands groupes, très peu nombreux, comptent 100 ou 200 000 individus au maxi: plus ne serait pas soutenable pour des groupes en mouvement) ne sont pas des groupes humains gigantesques, tandis que là on parle de centaines de milliers de kilomètres carrés et de millions d'habitants, répartis dans des réseaux urbains importants et fortifiés fonctionnant en réseaux économiques et sociaux. Il y a des disruptions ponctuelles, pas destruction. Même si l'empire ne s'était pas défendu du tout, ce qui ne fut pas le cas, les groupes concernés n'auraient simplement pas eu la possibilité physique de "ravager" les Balkans, surtout tant que l'entité politique romaine tenait et garantissait le maintien d'un ensemble. Ce n'est qu'après le début de l'effondrement de l'occident, soit à partir des années 410, que les disruptions deviennent durable et que la fragmentation politique amène une fragmentation économique qui elle cause des ravages, assortie de pillages plus fréquents en occident: les bandes et peuples ne peuvent plus être enrôlés ou soudoyés, les moyens manquent, la solidarité au-delà du niveau régional n'existe plus, le centre impérial ou préfectoral n'est plus là pour payer ou envoyer des troupes, l'impôt ne rentre plus au-delà d'un niveau géographique réduit, les synergies (économiques, fiscales, sociales, militaires, administratives....) créées par l'unité impériale s'effondrent.... Et les populations locales tout comme les peuples et groupes barbares ont faim, ont moins à se partager (ce qui rend les compromis politiques plus durs: chez les barbares, ça veut dire des querelles et affrontements ou du pillage plus fréquent.... Ou les deux). Mais post Andrinople, la disruption est mineure et absorbable par un empire romain dont les fondements sont toujours solides: une entité économique, démographique, sociale et politique de cette taille ne s'effondre pas pour ça, surtout quand le pouvoir est rapidement repris en main par une bonne direction. Si les Goths, Hérules, Suèves, Huns et autres acceptaient de se faire acheter, c'est parce qu'ils savaient qu'ils ne pouvaient pas conquérir ça, ou même prendre des grandes villes (sauf situations exceptionnelles et cas particuliers): même Attila a négocié avec l'Orient et n'a jamais réellement tenté de le menacer.... Parce qu'il ne le pouvait pas réellement. Il pouvait juste être une nuisance, et c'est ça qu'il a monnayé face à une Constantinople qui préférait acheter la certitude d'un départ rapide d'un adversaire que payer de longues campagnes accaparant trop de ressources financières et militaires pendant trop longtemps, alors que les sollicitations étaient nombreuses le long de trop de frontières, et qu'il y a toujours une guerre à livrer aux Perses, sorte de passe temps continuel. Ce gars, qui n'est ni spécialiste de Rome ni même historien (mais plutôt un polémiste aux opinions plus idéologiques que scientifiques), a des infos qui datent, reprend des clichés anciens qui ont été largement dissipés par l'historiographie, et s'en sert surtout pour faire un parallèle historique douteux, bref, une "thèse" pour donner une apparence de substance à ses opinions et à son lyrisme d'écrivain. Tout comme l'idée d'un long "déclin" de l'empire romain n'est aujourd'hui plus réellement une vision historique sérieuse, la démographie romaine a été beaucoup revue et réévaluée. La fourchette de population de l'empire semble avoir oscillé entre 70 (estimation basse: jadis, c'était l'estimation haute) et 120 millions d'habitants au IIème siècle (avec 60 à 70% de la population à l'ouest), et 60 à 100 au IVème siècle, avec une relative équivalence entre les deux parties de l'empire (les chiffres que le type cité évoque sont des estimations du XIXème siècle, recitées sans cesse par les historiens jusqu'aux années 60, sans beaucoup de nouveau matériel d'étude ou moyens d'analyse changés). Soit une "moyenne" de 95 millions au IIème siècle, et de 80 au IVème. Ca remet quelques patates au fond du sac, quand on y ajoute le facteur de concentrations de populations versus zones vides, la densité des réseaux urbains dans certains pans de l'empire (les Balkans, par exemple, très mis en valeur, surtout dans les zones comme la Grèce, la Dalmatie, l'Ilyrie et la Panonnie).... Tout comme l'approche de la démographie a radicalement changé ces dernières décennies, l'étude de celle du passé lointain a énormément évolué, changeant de beaucoup ce qu'on croyait savoir. Dommage que le logiciel de ceux qui s'en servent pour faire de grandes théories n'ait pas encore beaucoup suivi. Le décalage entre ce qu'on sait désormais et ce que les gens comme ça déduisent de ce qu'ils croient savoir rend leurs élucubrations invraisemblables (encore plus quand c'est pour essayer des pseudos parallèles qui font cultivé dans les salons). L'évaluation de la population de la seule Italie (la zone la mieux connue et pour laquelle subsistent le plus de matériel d'analyse) a doublé depuis les comptages du XIXème siècle: les historiens sur lesquels ce monsieur se fonde (souvenirs de sa jeunesse sans doute) évaluaient cette population autour de 6 millions d'habitants, alors qu'on tourne autour d'une évaluation oscillant entre 10 et 14 millions, le chiffre de 10 étant un seuil relativement consensuel. A Le budget romain ne dépendait pas de l'extraction annuelle de nouvelles ressources d'or: ça aide, mais une économie de cette taille n'est plus affectée par le tarissement d'une production aussi réduite de métal précieux (quelques tonnes par an), relativement à la masse monétaire existante à ce stade de l'histoire romaine. La contraction économique du IIIème siècle est avant tout le produit de la crise inflationniste amenée par le IIème siècle, et de la concentration croissante des richesses, sur lesquelles se sont greffées les crises intérieures de ce même siècle. L'économie s'est rétablie, retrouvant un niveau important, mais jamais évidemment celui qu'elle avait eu avant: le commerce longue et moyenne distance, moins vaste (que l'érchéologie évalue via les datations, localisations, typologisation et quantifications d'épaves et restes de "conteneurs" comme les amphores), en est le révélateur principal (il indique en fait une "relocalisation" partielle de l'économie et un affaiblissement de la demande). La dépense militaire proprement dite n'a pas tellement changé, au contraire: ce qui a changé, c'est son poids dans le PIB romain, qui a quasiment doublé (d'environs 2 à 4% du PIB estimé de Rome), indiquant une pression fiscale accrue et une plus grande "rareté relative" de la ressource (chaque denier dépensé est deux fois plus précieux qu'avant): le budget de l'Etat romain est nettement plus "militarisé" au IVème siècle qu'au IIème, laissant moins pour d'autres dépenses (et donc de la marge de manoeuvre politique) excepté certaines au moins aussi importantes (administration -poste relativement réduit-, communications -la majorité des routes ressortent des budgets locaux et de coûts non monétaires- et Anone non militaire-l'autre budget maousse). Là, désolé, mais c'est assez à côté de la réalité: - aucun syndrôme ligne Maginot, je sais pas d'où ça sort; l'armée post IIIème siècle est justement moins sur les frontières et le système défensif romain est nettement plus complexe que cette image fausse qu'on a souvent d'un "limès" assimilé à un mur sur la frontière (il n'y a de mur qu'en quelques endroits: "coude" Rhin-Danube autour de la frontière germano-suisse, et Mur d'Hadrien -qui est moins un ouvrage défensif face à des armées qu'un outil de "filtrage" destiné à réduire les raids nombreux et de petite ampleur; à lutter contre la contrebande et à dégager des effectifs). L'armée romaine n'a jamais cessé d'être une armée recherchant avant tout la manoeuvre stratégique et opérative offensive (au niveau tactique, c'est ce qui a changé un peu plus selon les périodes) - la réalité du limès est surtout qu'il s'agit d'une zone de défense, pas d'une fortification: une zone de profondeur plus ou moins vaste particulièrement irriguée d'axes de communications (routes, fleuves, itinéraires reconnus, balisés, aménagés et patrouillés, parsemés de réseaux de forts et de tours de guet, où l'info circule vite). Derrière cette profondeur opérative/stratégique, il y a les villes fortifiées de l'intérieur, qui abritent les concentrations de troupes d'intervention. L'armée romaine tardive, et encore plus quand on l'observe dans son système militaire global, est la plus ajustée pour la manoeuvre que Rome ait jamais eu. - le propre de l'armée post IIIème siècle est justement une plus grande recherche de concentration de théâtre, ce qui est une poursuite de la culture stratégique romaine de concentrer rapidement les troupes pour aller rechercher la bataille le plus tôt possible dans une campagne, de prendre l'initiative. Cette posture est encore accrue après le IIIème siècle vu l'accroissement des menaces, la chereté croissante de la ressource militaire et le niveau de sollicitation permanent: c'est pourquoi Dioclétien a même établi la tétrarchie (qui ne durera pas) et structuré une organisation militaire opérationnelle moins centralisée (qui elle durera). - enfin pour la qualité et l'armement des troupes.... Y'a un topic là-dessus, et une bibliographie dedans. L'équipement n'a jamais été aussi sophistiqué et l'organisation des unités aussi poussée (l'interarme de niveau centurie en est un exemple): les légions d'Andrinople n'ont plus rien à voir avec celles de César tout connement parce que l'organisation militaire romaine a évolué en 4 siècles. L'armée tardive est une "armée de bataillons" de diverses armes, et d'Etat Majors rôdés utilisant des mix de forces ad hoc pour une campagne (à Andrinople, Valens, un empereur non soldat, a improvisé rapidos un mauvais mix de forces qu'il a ensuite très mal commandé). Le terme "légion" n'est plus qu'un nom de tradition pour les unités d'infanterie de ligne des Palatins (les unités d'intervention de "niveau impérial"), de la taille d'une cohorte milliaire, et pour les unités d'infanterie des "limitaneis", les troupes de frontières. D'autres noms et types d'unités existent désormais, issus de l'évolution de la pratique militaire depuis le Principiat. Et l'efficacité comme la qualité de l'équipement n'ont pas décliné.
  13. Ben quoi? Chuis pas si souvent là.... Et pis j'l'avais pô vu, d'abord. S'il avait été dans la rubrique histoire, le temps de réaction (la boucle OODA du forumeur, quoi) aurait été plus court, et mon tir de contre batterie plus rapide.
  14. Pour la note: Stilicon est tué en 408, alors qu'il était pressé par une invasion de l'Italie par des bandes de germains (suèves et vandales surtout), encore en délicatesse avec Alaric qu'il venait de vaincre et de rallier, en tension avec l'orient post-Théodose (risque de guerre entre les 2 empires, sous forme de "guerre civile" pour la domination: on rêve encore de direction unifiée dans certains cercles).... Et évidemment par l'arrivée massive d'envahisseurs via le Rhin, ce qui suscitait tout un tas de nouveaux problèmes en Gaule (invasion, et soulèvements locaux/régionaux contre le centre qui n'aidait pas). Beaucoup de sollicitation au mauvais moment, équilibre instable au centre du pouvoir occidental, et là-dessus, Stilicon se fait buter.... Le système de prise de décision à la tête de l'empire d'occident disparaît dans les faits pour quelques temps.... Au pire des moments. Y'a pas tant une crise économique qu'une crise fiscale soudaine qui s'ajoute aux problèmes fiscaux récurrents et structurels (régions ponctuellement pillées/envahies ne paient pas d'impôts pendant un temps, autonomismes antifiscal des élites provinciales).... Elle tout simplement au fait que de nombreuses régions sont aux abonnés absents, principalement pour cause de présence hostile, genre étrangère, sur leur sol. Combine ça avec des finances impériales en flux tendus (généralement le cas pour tout Etat, surtout quand l'équilibre politique du pouvoir est délicat -cad qu'il faut distribuer à tous), et ça résume vite la chose. Maintenant, si la crise économique mise en cause est celle du IIIème siècle, difficile de la dégager du paysage: c'est le grand creuset de l'histoire romaine de l'antiquité tardive, et elle résulte de la structure même de la dépense publique et de l'économie romaines du Haut Empire. C'était une crise inflationniste inévitable (parce que l'inflation n'était pas un phénomène analysé) en raison de la croissance constante, mais surtout irrégulière et disproportionnée (par rapport à l'économie et à son assise dans la population "fiscalisée", en réduction par polarisation des richesses) de la dépense militaire et publique, et de la part ponctionnée par les élites. Tout le IIIème siècle et la réfondation de l'Empire par Aurélien, Dioclétien et Constantin en découlent, avec le passage au "Dominat" (le type de régime qu'est l'empire de la fin du IIIème siècle au Vème siècle en occident, et plus en Orient). C'est principalement une "illusion de carte": la frontière orientale est de fait plus facile à défendre (sous réserve d'avoir à demeure les effectifs pour, ce que généralement l'empire a eu), et il a fallu la conjonction exceptionnelle de causes structurelles et ponctuelles nombreuses pour rendre possible les désastres du court épisode des années 260 (défaite et capture de Valérien, razzias sur la Syrie et le sud de l'Asie Mineure). Et même dans ces désastres, on a vu les limites des capacités de l'Empire Perse même sous l'apogée de Shapur Ier: - l'empire perse ne peut frapper loin: toujours une entité féodale et à l'élite centrale de culture nomade/cavalière, la nature de son pouvoir empêche le souverain de s'éloigner longtemps du centre - l'armée perse a un besoin logistique fort (consommables pour hommes et chevaux en grand nombre, flèches....) et aucun moyen d'appro naturel au MO, et les moyens d'acheminement sont peu souples et ont une capacité limitée (les Romains sont bien meilleurs là-dessus), tout comme les possibilités de stockage sont très inférieures à celles des Romains. - l'Orient romain est très urbanisé: beaucoup trop de villes à prendre (donc avec des sièges lents et bouffeurs de moyens) pour une armée perse peu "segmentables" en sous-entités chacune capables de prendre une ville (de fait, ils ne peuvent mener plus de 2 sièges à la fois). Et ils ne peuvent se permettre de laisser de centres urbains/logistiques derrière eux, autant parce qu'ils en ont besoin que parce que les Romains en profiteraient. Malgré l'urbanisation, la ville reste "rare" en orient, relativement au terrain entre les villes, qui ne peut soutenir aucune troupe (sauf en Mésopotamie, qui fut comme par hasard la seule zone réellement disputée -sur le terrain- entre les 2 empires): la concentration des stocks alimentaires y est donc d'une importance relative infiniment plus grande qu'ailleurs. - au-delà de la Mésopotamie, le terrain est difficile pour les Perses: leur armée est avant tout cavalière (même si une infanterie naît sous Shapur), et sa force reste centrée dessus. Hors, passé l'espace désert, on n'a que du terrain accidenté, puis montagneux. Les défenses de l'Orient romain (hors Mésopotamie) sont réellement là: quelques passes seulement ouvrent la porte de la Méditerranée, et elles sont facilement défendables contre des Perses qui, par ailleurs, même s'ils passaient, ne pourraient pas exploiter leur victoire (lignes de communication fragiles et surétendues, incapacité à soutenir l'effort, trop grand nombre de villes à contrôler sur la côte). L'histoire ultérieure des guerres perso-byzantines le démontre d'ailleurs. Et l'histoire de l'invasion arabe le rappelle: il a fallu que l'empire byzantin soit exténué (et le perse aussi) à s'être frité le perse pendant des siècles, qu'il ne puisse plus remplacer ses pertes, pour que la conquête musulmane puisse prendre le MO, avec en plus le fait que cette conquête aurait été dix fois plus dure pour les Rashidun s'il avait réellement fallu conquérir les régions et villes. Tel que c'était, l'essentiel des populations se sont ralliées par ras le bol des guerres perso-byzantines et leurs conséquences. A l'inverse, la frontière rhéno-danubienne est un cauchemar à défendre pour Rome, passé le Ier siècle: - poussée démographique constante, accrue par l'arrivée de nouveaux acteurs migrants dans la région au IIIème siècle - organisation des adversaires existants et des nouveaux en fédérations de peuples, les faisant changer d'échelle dans l'organisation, la taille et la fréquence des offensives armées (et avec la poussée démographique, la fréquence est encore accrue.... Et sur toute la longueur de la frontière) - insuffisance des effectifs pour couvrir toute la distance ET disposer de suffisamment de troupes d'intervention concentrées capables de taper fort (en préventif, en interception ou en représailles), surtout de taper fort des adversaires plus nombreux (et surtout des adversaires de grande taille plus nombreux: là où, au Ier siècle, il n'y a eu que peu de menaces atteignant "l'échelon" armée, au IIIème, il y en a plusieurs en permanence et plusieurs attaquant en simultané en divers points du limès) - permanence des raids de petite à moyenne envergure, avec une intensité croissante, sur toute la frontière: là aussi la sollicitation est énorme pour l'effectif militaire qui a aussi d'autres impératifs (y compris les guerres civiles, soulèvements et grandes expéditions). Quand les moyens viennent à manquer au IIIème siècle, l'effet est radical - la frontière rhéno-danubienne concentre la grande majorité des effectifs romains, même si la menace perse est celle qui a, pour elle seule, le plus de moyens attribués en propre (la frontière rhéno danubienne représente beaucoup d'adversaires, dont le nombre et l'effectif individuel croissent sans cesse): elle est pourtant assez peu densément occupée, ce qui rappelle qu'il s'agit d'une zone très difficile à défendre. Les distances, le relief et l'absence de profondeur stratégique (les zones habitées commencent souvent pas loin du limès, voire dessus; en face, il n'y a pas de "visibilité" autre qu'immédiate, entre autres en raison de la couverture boisée, et le renseignement ne peut qu'être parcellaire et irrégulier, malgré l'entretien de royaumes clients, l'espionnage/diplomatie et les reconnaissances). Le monde dit "germanique" a été "assombri" par l'historiographie romaine pas parce que l'adversaire en lui-même était si menaçant, mais parce que cet espace était peu "connaissable" (trop grand, pas de sédentarisation, "politique" interne bordélique et mouvante, pas de défrichement....). Entre Andrinople et Alaric, y'a beaucoup de temps et de changements fondamentaux qui s'opèrent. Et il faut dimensionner les choses: Valens, empereur d'orient, est tué, et son petit corps expéditionnaire improvisé (d'ailleurs une "joint venture" de forces d'orient et d'occident, ce qui limite l'impact relatif sur les deux armées) est bousillé, mais au lendemain d'Andrinople, les armées d'occident et d'orient restent importantes, les empires en place, et les "Goths" ne sont alors pas capables de représenter une menace lourde: capables de menacer une ville, voire un diocèse ou deux, voire un peu plus, oui, mais guère plus (et encore, ils n'ont pas de machines de siège). Ce qu'ils sont alors est un petit "proto peuple" nomade se baladant dans les frontières d'un Empire qui n'a ponctuellement plus de marge de manoeuvre militaire: les troupes du Danube, en flux tendus, ne peuvent dégager de réserves d'intervention (elles en ont déjà perdu trop rapidement dans les années 376-378 dans cette histoire), et l'essentiel des comitatus, palatins et scholes disponibles en orient sont vers la frontière perse, puisque c'est là que Valens les avait concentrées (pour aller taper le perse) avant d'avoir à revenir faire de l'ordre dans les Balkans (et on sait ce qui lui est arrivé) avec ce qu'il avait pu grapiller. Ce qui a été démoli, c'est essentiellement le comitatus des provinces balkaniques, et c'est cette région qui n'a plus de réserves à fournir dans l'immédiat (avec la perte momentanée de centres d'entraînement et de production d'armements dans ce coin). Les "Goths des Balkans", cette petite partie de l'ensemble qu'on appelle "Goths" (et qui ne sont pas un peuple) et qui est arrivée à l'occasion de cette crise de 376-378, devient du coup, dans ce contexte, une pièce dans l'échiquier intérieur du "double empire romain", et on pourrait dire la cause du divorce entre les deux entités jumelles, la "pomme de discorde", en somme, et ce principalement à cause de Théodose et de la grande réaction antibarbare qui suit les lendemains d'Andrinople. Passé un immédiat de compromissions (on les paie pour qu'ils pillent pas et se tiennent un peu calmes, on en recrute en unités constituées et dans des unités romaines -en individuel, là- et on leur alloue une région des Balkans), l'empire d'Orient (entendre en fait: la scène politique intérieure, donc de fait les quelques grandes villes du "centre" plus quelques autres incontournables comme Antioche ou Alexandrie) opère une purge en réponse à l'hostilité croissante de populations plus "pro actives". Théodose a donc pu ainsi gagner le temps pour reformer des troupes et retrouver de la marge de manoeuvre. Résultat, il change leur région d'implantation plusieurs fois, toujours "un peu plus à l'ouest" comme dirait l'autre. Et un peu plus à l'ouest, ben ça emmerde la cour de Ravenne quand ça devient "sur la ligne de démarcation". Du jour au lendemain, l'empire d'occident, tout aussi en flux tendus militaires que l'orient, a une frontière de plus à défendre, au nord est de l'Italie, et pas vraiment de réserves pour le faire (ou pas les moyens d'en lever assez), alors même que: - la sollicitation sur le Danube, le Rhin et en Ecosse est au beau fixe: ça bouge de partout, tout le temps, en grande quantité - nombre de peuples se sont mis aux raids maritimes longue distance (Saxons sur la côte est de l'Angleterre, Francs en Gaule et Hispanie) 4 siècles avant les Vikings - les temps de réponse accrus aux menaces (moyens en flux tendus) accroissent les véléités autonomistes des élites provinciales qui asseoient leur domination sur leurs zones: les contestations, voire soulèvements/tentatives de coups d'Etat locaux, sont plus nombreuses, ou coûtent plus cher à étouffer dans l'oeuf ou à contenir/punir - tout ce climat n'aide pas à retrouver des marges de manoeuvre militaires et financières. L'impôt rentre moins régulièrement, et surtout moins souvent à plein régime: y'a toujours quelques zones qui font défaut -contestations-ou peuvent moins payer -parce qu'envahies, ou en crise- voire qui paient moins par cause de grapille accrue -corruption, triche, rétention. Et ça, l'empire peut beaucoup moins se le permettre qu'avant vu sa "sollicitation" plus grande - conséquence de tout cela et de causes plus "internes" au pouvoir: la direction politique de l'empire est plus dure. Plus de factions plus antagonistes, plus d'avidité et des moyens étatiques stationnaires ou en régression (surtout relative par rapport aux besoins).... Trouver des compromis est plus dur, plus long, plus cher; conquérir le pouvoir est plus dur, et le garder longtemps encore plus. Autrement dit: INSTABILITE. En soi rien d'inhabituel dans l'histoire romaine, si ce n'est que Rome n'a jamais couvert autant d'espace à défendre face à autant d'adversaires siignificatifs à la fois: elle n'a jamais eu si peu droit à l'erreur. Or, quand on regarde Orient et Occident à ce moment, on voit que l'Orient a plus de marge de manoeuvre: sa frontière orientale disputée en Mésopotamie est en fait solide et tenable plus à l'ouest, ses ressources fiscales sont à ce moment plus importantes, ses ressources démographiques plus vastes, ses "morceaux" plus autonomes les uns des autres (Lybie et Egypte sont encore très facilement tenables, hors d'atteinte et rapportent pas mal par exemple).... Les Balkans sont assez vite redressés: on s'aperçoit que cette région n'a jamais pu être entièrement menacée par les "barbares". C'est toujours une sous-région à la fois. Et c'est une zone très peuplée et productive, qui fournit beaucoup de contingents, de ressources et d'armements (elle n'est jamais complètement "hors service"): sa segmentation en plusieurs sous-entités cloisonnées par la géographie montagneuse a beaucoup aidé, de même que la faible capacité de siège des peuples germains (qui rançonnent ou monnaient leur départ plus qu'ils ne pillent: ils ne peuvent piller que des villages et petits bourgs, ou des "latifundiae"). Ce que Théodose a fait, c'est accélérer le rétablissement de l'orient en s'appuyant sur sa résilience plus grande (plus de ressources, plus de zones "hors de danger", donc plus de capacité à retrouver des forces et à concentrer des moyens, surtout militaires, sans dégarnir les frontières) et en négociant avec la nuisance relativement mineure que sont les Goths des Balkans (même s'ils ont commencé à faire venir des copains d'au-delà du Danube, à enrôler des esclaves et colons/serfs romains, ou des citoyens mécontents), pour gagner du temps et les forcer à déménager toujours plus un cran à l'ouest. De fait, il a choisi l'empire d'orient au détriment de la conception de l'orbis romain en général: et ça, l'occident n'en avait pas les moyens à ce moment là, par absence de marge de manoeuvre (sollicitation intérieure et extérieure constante) et par paralysie politique au sommet (l'un et l'autre s'entretenant mutuellement: genre la poule et l'oeuf). Je minimise les arguments de "dépopulation" de l'empire d'occident cependant: même s'il a connu une baisse relative, on estime la population des 2 empires entre 55 millions (estimation moyenne jusqu'il y a peu, aujourd'hui c'est l'estimation basse, voire très basse) et 80-90 millions d'habitants, avec une répartition 55-45 ou 60-40 entre orient et occident. Ca laisse de quoi faire, surtout quand on évalue les plus grandes "hordes" de peuples migrants à des maximum de 100 000 individus (tout compris, donc autour de 20 000 combattants de tous types et valeur, au maximum). Le problème, comme mentionné plus haut, est plus la base fiscale, laquelle s'est réduite par la concentration des richesses qui accompagne la provincialisation économique de l'empire (les élites locales, comme l'élite romaine de la fin de la république, ont concentré le fric et appauvri la paysannerie -par ailleurs asservie- et les "classes moyennes" urbaines); y'a moins à prélever sur la grande partie de la population, et les concentrations de fric sont politiquement moins "atteignables", alors même que ces élites, comme les élites impériales, demandent toujours plus (avantages, fric....) et coûtent plus cher à avoir dans sa fouille. Par ailleurs, la polarisation de cette structure socio-économique rend la société plus instable: maintenir l'ordre coûte plus cher partout, la contestation est plus importante et plus fréquente, l'effort "citoyen" (service dans les milices, volontariat, "corvées"....) est plus dur à obtenir.... Rappelons quand même que ces "immigrés" sont armés et en unités constituées (avec leurs familles/"civils"), en garnison un peu partout en Italie, et que par ailleurs, même quand une partie est en Italie pour faire ça, il faut toujours en plus avoir des troupes à la frontière italie/balkans vu que d'autres groupes menaçant y sont encore, soit une frontière de plus que le cahier des charges, et une garnison qui doit être prélevée sur les seules troupes disponibles: les troupes palatines (pas de comitatus en Italie), déjà en nombre limité par rapport aux besoins (estimation maximale: environs 30 000 palatins et Scholes présents en Italie à la fin du IVème siècle, probablement moins, sans compter les "indisponibilités" structurelles de toutes troupes, par essence jamais à son effectif/disponibilité maximal). Celles qui restent en Italie ont beaucoup à faire: tenir la péninsule, appuyer les milices côtières, sécuriser les lignes intérieures (communications, carrefours commerciaux) collecter l'impôt, faire la police (en soutien d'autres corps locaux, généralement liés aux institutions urbaines), patrouiller le nord.... ET garder un certain niveau de concentration pour servir le but premier de "réserve impériale"..... Seulement l'Italie elle-même, à ce moment, a désormais aussi besoin d'un éventuel soutien de cette réserve impériale, si bien que quand arrive la grande invasion de 406 sur le Rhin, la sollicitation (effective et potentielle) est déjà telle que Ravenne doit choisir entre remplir le devoir impérial en Italie ou en Gaule, les 2 ensembles étant impossibles vu que tenir la frontière italo-balkanique ET tenir l'Italie face aux éventuelles tentatives des Germains qui s'y trouvent accapare tout le monde disponible. Ironiquement, à ce moment, la frontière danubienne dans sa portion occidentale (pas en repos, attention) est celle qui ne pose pas de problème (y'a les troupes qu'il faut). Dernier point sur cet aspect "quantitatif/orbat/opérationnel": des années 380 aux années 400, l'activité des troupes réglées romaines, et plus encore des troupes de réserve, est très importante, et cette activité est souvent meurtrière pour elles, moins face aux "barbares" que.... Face à d'autres troupes romaines. Entre les expédition de Théodose en occident (une fois forcé d'intervenir face à l'inertie de la cour de Milan/Ravenne, une fois intervenu par ambition/volonté de maîtrise du monde romain, une fois en réaction face à un général soulevé), les accrochages avec les Goths en interne (qui coûtent en fait plus de Goths -enrôlés pour l'occasion- que de Romains), et les affrontements de Stilichon avec les Goths, des insurgés et d'autres, y'a du boulot en plus des sollicitations "traditionnelles" aux frontières, pour des armées qui sont en flux tendus. Les combats entre armées romaines ont ceci de particulier qu'ils sont nettement plus meurtriers, et se font souvent, puisqu'il s'agit d'affrontement de puissants ambitieux, avec les meilleures troupes qui connaissent donc des saignées ponctuelles malvenues pour le maintien du niveau moyen d'expérience/aguerrissement d'un grand nombre d'unités. Rapprochés dans le temps, ces événements fragilisent l'armée romaine: même si c'est pas au point de rupture (les possibilités de reconstituer demeurent), le rythme est quand même trop rapide alors que les menaces sont plus nombreuses, plus importantes et de meilleure qualité. La marge de supériorité romaine s'affaiblit en même temps que la capacité de l'empire à être partout se réduit encore plus. Et c'est beaucoup plus vrai en occident qu'en orient: la bataille du Frigidus (la dernière de Théodose) contre un "usurpateur" romain coûte un maximum de troupes d'intervention, que l'occident peut moins supporter de perdre (et ça s'ajoute au décompte continu déjà engagé avant): l'usure opérationnelle est trop rapide par rapport à la capacité de renouvellement: il s'agit, encore une fois, moins d'un supposé "long déclin" que d'une crise de court terme qui n'a pas pu être surmontée en raison de l'enchaînement des événements. C'est tolérable en orient, surtout avec un empereur compétent (Théodose sur toute la période, puis les ministres successifs du faible Arcadius, et plus tard, Marcien, après le long épisode de Théodose II -que l'empire d'orient a quand même pu se payer sans trop de casse), ça ne l'est pas dans un occident trop pressé de partout. Même le caractère exceptionnel de Stilicon n'aurait pu faire face à tout ça, ce qui est d'ailleurs d'une ironie cruelle, puisque Théodose a passé la deuxième partie de son règne à essayer de réparer le bordel qu'il avait créé en occident pour relever rapidement l'orient, et a "passé la mission" à son pote Stilicon qui a lui aussi peiné à avaler ce sandwich au caca. C'est couillon quand même. Quand à savoir ce qu'aurait fait Stilicon.... Il pouvait pas chier des troupes nouvelles, et sa marge politique a été bouffée par l'invasion de 406. Mais il aurait au moins pris des décisions. Cependant, les événements montrent que Théodose avait eu les moyens d'une réaction antibarbare après Andrinople (et de l'exploiter) là où l'occident ne les avait pas: ça rappelle à quel point la menace Rhéno-Danubienne, non à cause d'un ennemi particulier mais par sa "taille" en général, était énorme au regard des moyens disponibles (avec en plus la Bretagne, l'Afrique), et devint ingérable avec l'arrivée d'une nouvelle "frontière" entre Italie et Balkans, et le surnombre (aux frontières puis aussi à l'intérieur -Gaule, Hispanie et Afrique) créé lors du passage du Rhin de 406 par les Vandales, les Alamans et d'autres.
  15. Dans l'article, ils précisent que le type est un ancien du service: Le Nen est un ancien du SA? C'est la seule unité qui a jamais été présente à Perpignan (où il a eu un commandement) récemment?
  16. Oui, et sur le même ton, les mêmes défenseurs de la liberté nient farouchement depuis toujours revendre leurs listings de clients à d'autres sociétés défenseurs de la liberté: comment le pourraient-ils puisque c'est illégal :-[ ?
  17. Tancrède

    Du service militaire

    Pareil: on oublie que la seule expérience en France (et à peu près l'une des seules mondiales) d'une armée de conscription envoyée en OPEX, surtout en OPEX longues et fondée sur cette priorité, c'est l'armée entre 1815 et 1870, et plus particulièrement celle du Second Empire. Et c'est pas un souvenir glorieux, bon marché, pertinent par rapport à son environnement stratégique, et surtout pas un favorable à la stabilité du pays et à l'unité de la société. Cette armée de "conscription" était celle d'une conscription très partielle des hommes (à comparer au contingent) actuel pour un service TRES long (5, puis 7ans, prolongeable à 9 dans certains cas): ça fournissait entre 250 et 400 000h en permanence (suivant les besoins fixés), sur toute la période, sans compter la marine, aussi partiellement conscrite. L'ancienneté/l'expertise était bonne évidemment, et l'équipement a été relativement correct (par rapport aux normes de l'époque), voire très bon, de même que l'encadrement de bas niveau (grande proportion d'officiers issus du rang, bon corps de sous-offs). Mais les qualités s'arrêtent là: le corps des officiers est une catastrophe, et les effets pervers de cette conscription dans le pays sont dramatiques: ça devient vite le service des pauvres (qui sont du coup encore plus longtemps éloignés du marché du travail et de toute chance de formation/d'emploi, et dont beaucoup deviennent inemployables), du prolétariat urbain et de la petite paysannerie (petits propriétaires et exploitants, et ouvriers agricoles). Dans les griefs polarisant la société, encourageant sa violence et son instabilité, et poussant rapidement à l'agressivité tant ils sont en tête de liste des récriminations, ce service a fait réellement mal à la stabilité politique du pays. Même si le passage au service universel sous la IIIème République a été politiquement douloureux parce que mal accepté (la population n'aimait toujours pas le service, pas plus qu'en 1794, et les élites de tous niveaux et classes moyennes n'aimaient pas vraiment l'idée pour leurs enfants), l'égalité a aidé à l'acceptation, grandement aidée cependant par le revanchisme républicain (et son utilisation) et la persistance corollaire de la menace allemande et d'un voisinage dangereux. Mais cette armée du XIXème était par ailleurs cloisonnée, avec des conscrits de mauvaise grâce, souvent arrivés là de façon forcée (tirage au sort) et/ou parce qu'ils n'avaient eu d'autre choix que de prendre la place d'un candidat plus chanceux qui avait soit acheté son exemption, soit directement embauché quelqu'un pour le remplacer (y'avait tout un secteur économique pour ça); mais aussi des engagés volontaires pas assez nombreux (objectifs de recrutement rarement atteints), des officiers issus du rang bloqués dans leurs carrières et des officiers de carrière formés en caste fermée. Ajoute l'impopularité de l'armée (celle qui réprime, faite de "glandus qui coûtent") et du métier militaire, assez générale au XIXème siècle (en Angleterre, c'est pire encore), et la mauvaise image du soldat (typiquement vu comme "celui qui a pas pu trouver un vrai job"), et tu as le tableau. C'est le genre de trucs que crée un service partiel. Mais l'armée romaine est un autre exemple: entre les guerres samnites et la fin des guerres puniques, l'expansionnisme romain a quitté le voisinage immédiat de la ville de Rome, ce qui veut dire que, de plus en plus, les expéditions romaines deviennent des OPEX, et non plus des raids de proximité et des opérations de défense ou d'attaque à faible rayon d'action. Les durées s'accroissent, et ce d'autant plus que la gourmandise expansionniste d'élites qui vivent de plus en plus des fruits des conquête, grandit. L'effet est l'accroissement constant de la période de mobilisation des classes censitaires dédiées au service (4 classes sur 5: la 5ème, nombreuse, est exempte. Mais la première classe, les Equites, est très peu nombreuse), qui représentent les diverses couches de "classe moyenne" de Rome et le coeur de sa démographie, de son économie et de sa stabilité politique, Ces classes, essentiellement faites de petite paysannerie et des artisans urbains, s'appauvrissent du fait de ces conquêtes: - périodes de mobilisation plus longue et fréquentes, service plus long au cours de la vie: le temps consacrable à l'activité professionnelle diminue beaucoup - concurrence déloyale accrue par les grandes fortunes (qui elles sont enrichies par la conquête) qui "restructurent" l'agriculture romaine sur base de grands domaines (latifundiae) exploités par des esclaves. La petite et moyenne paysannerie peut encore moins lutter. De même, les esclaves "prennent" les métiers d'artisanat et de manufacture. Et ces esclaves ont été rendus abondants et "à prix cassés" via la conquête. Le résultat est une société romaine prolétarisée, sans débouchés économiques, avec des richesses polarisées: le calme ne peut être obtenu que par des exonérations fiscales croissantes, le clentélisme des grands, des "cadeaux", des spectacles, des donations en tous genres (panem et circenses, quoi), des remises de dettes.... Toutes choses qui coûtent cher, et réclament de la part des Equites toujours plus de fonds, donc de conquêtes.... Société instable et dépendance à l'expansion, en grande partie parce que le poids du service n'est pas le même pour tout le monde, et que le poids dans la décision de l'usage fait du service (la conquête) est avant tout celui des classes dirigeantes.... Quel résultat. Avec les guerres puniques, on le voit vraiment très fort: ce sont les premières conquêtes hors d'Italie: comment les tenir après la guerre quand l'armée est faite de conscrits? On augmente sans cesse la durée du service, dont le dédommagement reste faible par ailleurs. Les premières protestations dangereuses ont eu lieu sur ce sujet, qui ont conduit, avec le temps, à un plafonnement de la durée de service et des périodes de mobilisation. Trop peu, trop tard, trop incomplet pour enrayer la machine.
  18. Tancrède

    Du service militaire

    Ah, s'il te plaît: pas de débat sur l'euthanasie sur ce forum! Trop politique..... Même si dans ce cas, ça fait rêver: faites piquer les généraux dont vous ne voulez plus, y'a plus de place à la SPA dans les hospices.... Pas une militarisation: une "guerrisation". Le militaire n'est qu'un aspect de la guerre: là, ce que tu vois, ce sont des entreprises de taille croissante qui requièrent de plus en plus (avec en plus des Etats qui ont tendance à outsourcer et ne peuvent ni ne veulent consacrer de moyens suffisants à beaucoup d'activités et moyens de sécurité et d'influence), avec la façon dont la mondialisation se passe, des moyens de se faire concurrence, et rarement de manière "loyale" (au sens d'encadré par un système unique de régulation permettant un jeu sur les mêmes bases); la tendance naturelle d'une entreprise, surtout une qui a des moyens et est "arrivée" à un certain stade de succès, c'est de recourir à tous les moyens possibles pour garder sa place et taper celle des autres..... Et absolument RIEN dans ce processus ne passe réellement par la façon dont les fanas aiment présenter le libre jeu de la concurrence (cad se faire concurrence par le produit et sa promotion, par son organisation et son efficacité.... On préfère garantir ses avantages, emmerder et taper le concurrent....): espionnage dit industriel, jeu d'influence sur les marchés et les populations (à la base, quand on est un "vrai" libéral, on est censé même refuser l'idée même de publicité/com/marketing), manipulation de tous les types d'information, stratégies de distorsion des conditions de marché (stratégies de communication/désinformation, lobbying auprès des politiques....), manipulation des dispositifs légaux pour garantir au mieux ses positions et développer ses marchés, concurrence déloyale et abus de position (voire de position dominante).... Et plus ces logiques s'installent, plus se créent des structures, en interne des grandes entreprises aussi bien qu'en exter (des secteurs économiques dédiés, quoi) pour développer (et donc encourager à faire toujours plus) ce type d'activités: dans la com et le marketing, j'ai vu à quoi ça ressemble, dans le domaine du droit, il suffit de parler à des avocats (notamment en droit de la concurrence), dans le domaine de l'intelligence économique et de la sécurité, c'est énorme, désormais.... Et toute activité qui se développe et passe de l'artisanat à l'industrie développe aussi son "approche" du métier: de simples méthodes, on passe à des tactiques, des tactiques on arrive à des stratégies, pour anticiper plus longtemps à l'avance. Ca sonne très militaire, mais ce n'est pas du militaire. C'est une autre forme d'affrontement. Mais bon, militarisation de l'économie.... Oh merde! T'es pas un de ces cadres qui a suivi des séminaires ou lu des bouquins utilisant Sun Tzu comme analogie du business ? C'est un gimmick commercial ce truc! C'est fait pour flatter l'ego du jeune cadre qui se rêve "conquérant".
  19. Tancrède

    Du service militaire

    C'est quand même nier la spécificité, la complexité, l'expertise et le besoin de continuité du domaine militaire: l'exemple américain est mauvais en ce qu'ils sont partis de tout sauf de rien! D'abord, ils avaient une armée, un corps des Marines et des réserves. Ensuite, ils avaient justement pris les bonnes leçons de la guerre de 14, si bien que si les effectifs combattants des armées étaient effectivement très réduits, ils avaient mis en place les structures "lourdes" (encadrement, formation, infrastructures, procédures, doctrines, EM stratégiques, de manoeuvre et tactiques) pour une remontée en puissance rapide, non seulement de grandes unités de combat en nombre, mais plus encore, pour mener une guerre de cette échelle (l'infrastructure d'Etat Major centraux, surtout en matière de planification, de logistique, d'organisation de la production industrielle.... Etait apparemment remarquable): c'était en l'occurrence comme avoir une "armée latente" adaptée au conflit qui venait, avec le bénéfice supplémentaires d'updates et de préparation pendant les années 39 à 41, mais aussi celui d'une bonne réflexion dans l'entre deux guerres, spécialement dans la Marine et l'USMC. Bref, quand l'Amérique s'est engagée dans le conflit, elle n'avait qu'à créer des unités de combat: le reste (les choses plus "lourdes", de longue haleine, moins facilement changeables) était là et fournissait un excellent cadre pour pouvoir mener cette guerre là. Donc non, ces trucs là s'improvise pas, et je crois moyen à une armée "moderne et nerveuse" bâtie ex nihilo à partir d'expériences du privé: l'armée, surtout celle d'un Etat un peu conséquent, est le produit d'une certaine continuité, d'une certaine permanence, et de choses qui ne s'improvisent pas, même s'il est aussi vrai que cette continuité produit aussi son lot de problèmes dont on se plaint souvent sur ce forum. Ce qui me turlupinerait plus avec un tel modèle "a minima" d'un service ridiculement court destiné à juste faire tourner la machine, c'est le risque énorme de voir cette institution se sédimenter, s'encroûter dans ce mode de fonctionnement, avec des officiers qui ne seraient plus de vrais officiers, mais un autre genre de fonctionnaires astreints à un rôle trop limité pour qu'ils ne prennent pas institutionnellement le "pli" des conscrits sans motivation et passant en touristes, et surtout une gabegie des moyens et infrastructures ne servant à rien sinon à exister pour exister et maintenir une industrie d'armements. Ca m'emmerderait d'autant plus que ce genre d'armée serait l'occasion d'un consensus politique potentiellement important pour une certaine gauche et une certaine droite: la gauche qui refuse d'intervenir à l'extérieur ("néocolonialisme", "impérialisme", "servant les intérêts des grandes entreprises"), celle qui n'aime pas l'armée et/ou veut utiliser ces budgets, la droite persuadée que la dépense militaire est inutile et gaspilleuse de budgets et/ou la droite atlantiste qui veut le parapluie américain et l'asservissement aux intérêts américains avec juste assez de militaire pour faire de la figuration et recevoir de temps en temps une tatape sur la tête, et enfin, entre les deux, une partie des pro-Europe qui ne risquerait pas un orteil politique pour défendre un budget militaire forcément inutile puisque seule l'Europe de la défense est la réponse. Mine de rien, ça fait du monde dans des Etats européens "provincialisés", aux classes politiques ayant en partie une mentalité de colonisés (j'ai des anecdotes assez lamentables en la matière), donc ce genre de projets pourrait devenir un "objet" politique intéressant pour eux. N'empêche, si une forme de conscription militaire devait être rétablie, en France ou en Allemagne, un des premiers conseils que je donnerais serait, pour former les structures planifiant et organisant la chose, et celles s'occupant de l'accueil, de la formation et de l'encadrement des appelés.... DE NE PRENDRE AUCUN MILITAIRE DE CARRIERE OU CIVIL QUI AIT CONNU LA CONSCRIPTION "D'AVANT", histoire d'avoir un départ plus sain et de ne pas reprendre les mêmes habitudes, certitudes et réflexes. Rien qu'à voir la conception qu'on les officiers des hommes du rang actuels, ça en dit beaucoup.
  20. Tancrède

    Du service militaire

    L'armée allemande va se trouver à la pointe d'un problème risquant de devenir assez récurrent dans les pays développés: l'absence de menace directes, la distance plus grande qu'avant entre le mode de vie civil et la vie militaire, des OPEX rarement pleinement "légitimes" (syndrôme du "mourir pour Dantzig") ou compréhensibles pour l'opinion et les conditions d'emploi et de reconversion vont tout simplement, entre autres effets, mettre sur la table l'habitude héritée de longue date de payer les soldats au lance pierre et de penser qu'ils acceptent par essence n'importe quelles conditions de vie et de travail.... Les candidats voteront avec leurs pieds, et toute question de remettre le service à l'ordre du jour, dans les contextes actuels, seront politiquement dangereux ou au moins très douloureux (en l'absence de menace aux frontières), parce que ça reviendra à dire à la jeunesse (et en plus la partie masculine, et vraisemblablement, dans le monde réel, la partie la moins avantagée) de sacrifier un an ou plus de sa vie parce que le pays doit avoir une armée même si elle sert à rien. C'est encore plus vrai dans des pays comme l'Allemagne qui sont en train de renoncer (encore plus) à se servir de leur armée (ou du moins de la majeure partie de ce qui en reste, au delà d'une "force d'intervention" réduite) pour ce faux semblant de la "défense territoriale".... De territoires non menacés et pas vraiment menaçables. C'est pourquoi le service, s'il doit être rétabli, devra dans chaque pays, si jamais les politiques peuvent réellement en dégager les moyens (au-delà des mots et des "il faut que"), être salement repensé, être vraiment universel ou offrir de sérieuses compensations.... Et il sera cher, nettement plus qu'avant, soit par la rémunération offerte, soit par les à côtés, compensations, conditions de vie, formations dispensées.... Pour remplir le seul besoin réel dans ce cas: trouver des effectifs. Dans les démocraties, en plus, passer outre la nécessité de l'universalité (parce que chère et malcommode sur bien des plans) poserait des problèmes lourds et de longue haleine, si jamais ça passait. Du coup, simplement garder des armées professionnelles pas gigantesques, mais mieux les payer et offrir de meilleures conditions de vie, de travail et de reconversion, et une plus grande valorisation, serait pas forcément plus cher. Le surcroît de budget serait-il selon vous si différent d'un "re" passage à la conscription? Autre solution: un service court, très court, qui ne serait quasiment là que pour "faire tourner la machine" au régime le plus bas possible. Quelle utilité? Quel coût? Un prétexte pour dire qu'on a une armée, avoir un recensement et une organisation prête à un jour monter en puissance (en y mettant temps et argent), garantir les commandes d'armement, et donc l'industrie.... Mais Zéro question outil de puissance et de défense, sauf sans doute de micro corps expéditionnaires (une ou deux petites brigades à tout péter pour un pays comme l'Allemagne) pour fournir à l'OTAN, à l'ONU et à quelques OPEX. Serait-ce réellement moins cher? Ca renvoie notamment au fait d'évaluer, pour une armée fixée à une taille donnée, ce qu'impose réellement une armée moderne en termes de personnels qualifiés nécessaires à plein temps: - administration, organisation - soutien en général (maintenance, intendance, santé....) - recherche, développement, achats, planification industrielle - encadrement des troupes de conscrits, formation initiale et continue (des conscrits et des pros): le taux d'encadrement requis pour une unité donnée est nettement plus important en proportion qu'il ne l'a jamais été - troupes d'expertises diverses poussées: les armées d'aujourd'hui requièrent un grand nombre de métiers très spécifiques et des qualifications de haut niveau dans beaucoup de domaines: des snipers aux ingénieurs en passant par les transmissions, la mise en oeuvre de drone, les mécaniciens, informaticiens, électroniciens.... La liste est sans fin et l'armée gourmande. Du coup, quelle proportion de postes resterait pour des appelés? Quel serait le besoin? Il serait réduit par rapport à la masse d'une classe d'âge désormais unisexe. L'utilité? Avoir accès à une grande masse de gens, rationaliser les moyens.... Le problème? Tu le mentionnes juste après: un impôt en nature qui serait mal compris et mal vécu, et qui devrait au final coûter cher pour produire une réelle utilité supérieure à son coût. L'universalité aurait cependant l'avantage de faire avaler un peu la pilule: la sacrifier serait TRES mal perçue, créant un fossé de plus dans la société entre ceux qui y sont astreints et les autres. Mais le problème de la partie "service civil", qui requèrerait sans doute la majorité des appelés, les besoins militaires étant au final modestes au regard de la taille visée des armées, est qu'il s'agit là aussi de métiers très spécifiques qui ne se remplissent pas avec une main d'oeuvre non qualifiée: fout un ingénieur en charge de cours de maths dans des banlieues désoeuvrées, et 9 fois sur 10, il ne deviendra pas un bon prof. Pas sans formation, sans "infrastructure" de soutien.... Etre un bon prof, c'est un métier en soi: c'est pas parce que tu as le savoir que tu as le savoir faire et le faire savoir. Toute activité requiert un important bagage et de l'expérience, et plus une société est développée, plus le niveau d'exigence moyen à atteindre dans tous les domaines est élevé (même si enseigner efficacement l'alphabet et les bases des maths n'est pas déjà si évident, faire arriver des élèves au niveau brevet l'est encore moins). Sans compter que, comme partout, une activité réclame de la continuité: est-ce si rentable de la faire faire par des appelés qui serviraient un ou deux ans, surtout si une partie significative de ce temps était impérativement consacrée à une formation?
  21. Pas seulement: ce serait enlever l'aspect humain de la chose. Faut jamais oublier que les dirigeants et hauts cadres d'entreprises, en fait surtout de grandes entreprises (ou grandes PME) sont des individus, avec leurs vanités, leurs envies, leurs passions, leurs certitudes d'appartenir à une caste différente du reste de l'humanité.... Ce genre d'à côtés va avec les grands jobs pour la plupart d'entre eux, tout comme les très nombreux voyages "d'affaires", les séjours "business" dans des conditions royales (la plupart des délégations de grandes boîtes dans de tels voyages sont généralement peu productives et s'apparentent plus souvent à des bénéfices en nature qu'à des dépenses efficaces d'entreprises opérant "rationnellement")..... Le "train de vie" des élites du business aux dépends de leurs entreprises est généralement surdimensionné et faut s'enlever de la tête qu'il y a de vrais comptes à rendre sur ce genre de choses, ou un comportement "rationnel et efficace" dans ce registre: les gens qui en bénéficient et les gens qui inspectent et "jugent" ces dépenses sont les mêmes (dans le sens où ils appartiennent au même moule et trouvent tous normal d'en bénéficier). De même pour le sponsoring, qui peut tout simplement aussi souvent dépendre de la passion d'un décideur d'entreprise, de certaines convictions.... Mais dont il faut surtout regarder les à côtés: l'investissement lui-même dans le sport peut être dans la majorité des cas l'aspect le plus visible, mais pas le plus important; si tu crées un événement sportif ou en sponsorise un, le truc est que tu crées certes un événement, mais tu te crées surtout un cadre de meeting "à la mode", un carré VIP demandé, ou encore un tas de récompenses à distribuer (à des alliés au sein de ta boîte, à des clients, partenaires ou fournisseurs, à des prospects, à des soutiens politiques, à des journalistes, à tes employés....) qui, à bien des égards, sont pour bien des raisons mieux qu'un énième supplément d'argent (ou évitent une dépense directe, ce qui peut être avantageux pour beaucoup de raisons différentes: "pot de vin" discret, sert plusieurs objectifs en une seule dépense....). Et flatter la vanité et/ou les goûts de certaines personnes ou groupes de personnes ciblés est un moyen souvent très efficace, mais aussi souvent nécessaire dès lors qu'on parle d'un petit monde fait de personnes très différentes mais dont beaucoup considèrent ce genre d'avantages comme une chose normale (ce qui fait de telles dépenses une nécessité constante dans les budgets, pour avoir un "calendrier annuel" des événements où il faut être, par exemple).
  22. Tancrède

    Du service militaire

    Aaaah, le pouvoir des mamans: encore plus craint pas les gouvernements démocratiques que celui des ménagères de moins de 50 ans par TFA à une époque. Je me pose des questions sur le "degré de politisation latente" qu'un service national maintiendrait dans la population; plus concernés par la politique internationale? Ca veut pas dire beaucoup plus expert/connaisseur ou moins sujet à une information superficielle, ça c'est sûr, et pas nécessairement plus concerné par la baisse des budgets de défense. Mais cela pourrait-il aller à l'encontre de la tendance de la Vème république à la confiscation des questions de sécurité/défense/stratégie/politique extérieure, et, par là, à leur disparition de la scène publique et de leur existence dans les intentions de vote? Ne pas oublier en outre qu'une armée de conscription peut être aussi la base de vastes mouvements pacifistes (et pas dans le bon sens du terme) voire d'un antimilitarisme important, suivant la façon dont le contingent est géré (et en France, l'histoire récente du traitement des conscrits est pas glorieuse), suivant l'emploi qui est fait de cette armée, suivant un grand nombre de facteurs sociaux peu contrôlables (mentalités du temps, consumérisme/individualisme, mépris des élites et inégalités face à la conscription....). Par ailleurs, et c'est peut-être un sujet en soi: à quoi pourrait et/ou devrait ressembler un service national de nos jours? On voit les dérives de la conscription dans d'autres sociétés modernes, les problèmes qu'elles posent, les inefficacités qu'elle crée, la faible compatibilité (sur un plan pragmatique) du modèle avec des nations dont les intérêts à défendre sont majoritairement loin de leurs frontières, les coûts induits, les nécessités induites par des forces requérant un haut degré moyen de technicité, la compatibilité de la conscription avec d'autres impératifs présidant à un modèle d'armée (besoins stratégiques, niveau d'investissement par individu requis, moyens disponibles).... Donc par exemple, pour la France: - quelle proportion des armées pourrait réellement être faite d'appelés tout en maintenant un niveau qualitatif élevé et une capacité d'adaptabilité (à un grand nombre de théâtres d'intervention et de situations potentiels) élevés? Le principe de la conscription est une chose; le modèle d'armée à adopter en est une autre, et il ne peut pas être déterminé par le seul fait de la conscription (le pays ne cesse pas d'avoir des intérêts, le monde ne cesse pas de tourner). Il ne s'agira pas de faire face à l'Allemagne ou à la Russie qui ne sont pas menaçantes et nont pas aux frontières avec des hordes innombrables. La Grèce ou Israël sont des pays avec avant tout des problèmes militaires potentiels à leurs frontières. La Russie est un pays qui n'a pour l'instant encore pas les moyens de se passer de la conscription pour disposer de la force militaire dont elle estime avoir besoin (type de capacités, taille requise, niveau opérationnel requis). Et la plupart des pays reposant sur la conscription n'ont pas réellement de politique extérieure ambitieuse. - dans la même veine, comment concilier les besoins d'OPEX et de présence outre-mer avec la conscription? Quelle proportion de l'armée serait faite de cadres et professionnels permanents nécessaires pour faire tourner le contingent, et quelle proportion serait faite d'un "corps expéditionnaire" professionnel (présence outre mer permanente, force de réaction rapide, contribution à des OPEX de longue durée)? Sérieusement et juste sur un aspect de la question: dans le cadre d'une armée du XXIème siècle, quelle proportion de métiers dans l'encadrement, le soutien, l'administration.... Peuvent être remplis par des appelés sans transformer le tout en machine pléthorique gaspilleuse de matière première humaine, de temps et d'argent (voir le bordel de l'armée israélienne à cet égard, et la réalité de sa conscription aujourd'hui)? Quelle durée de service rend cette conscription "rentable" (cad légitimant une formation soutenue pour un temps de disponibilité acceptable)? La proportion de personnels déployables est aujourd'hui assez réduite, celle de combattants encore plus: quelle part peuvent occuper les appelés sans déranger la machine et la capacité d'une armée moderne à opérer? - quel modèle de conscription: les besoins de haut niveau technique, le coût des matériels et infrastructures.... Sont un des plafonnements. Qu'on le veuille ou non, les avancées militaires des dernières décennies et le modèle (ou les modèles) de guerre/conflictualité qu'elles ont promu demandent un haut niveau d'investissement par tête de troufion et un certain niveau d'expérience (donc de temps sous les drapeaux). Historiquement, à moins d'une guerre longue, les conscrits ne peuvent espérer être une bonne troupe que pour une forme unique de combat, et généralement plus défensif (stratégiquement) qu'autre chose (cad utilisant des dispositifs préparés), entre autre parce qu'une forme de guerre assez prédéterminée permet d'enlever une partie de la nécessité d'expertise poussée et de polyvalence pour la troupe (individus, et plus encore unités constituées). - de fait, il serait impossible, coûteux et inutile de placer tout un contingent d'appelés dans l'armée, et ce d'autant plus qu'à notre époque, il serait impossible de recréer un service qui ne soit pas réellement universel, cad n'intégrant pas les femmes (donc ajoutant les papas-à-leurs-fifilles inquiets aux mamans couveuses de petits garçons ).... Ca veut dire un contingent de plus de 800 000 personnes, et non 400 000: que faire de tout ce monde? Il n'y a aucun besoin d'une armée pareille, et le coût de son équipement, de son casernement, de son maintien, de sa préparation à un niveau satisfaisant, serait insupportable, surtout si le "niveau satisfaisant" en question est autre chose qu'un objectif monobloc de défense du territoire contre un agresseur connu à l'avance (et dont le chemin d'invasion est connu). De fait, il faudrait lancer un vaste "service civil" accompagnant le service militaire qui ne prélèverait qu'une partie du contingent tout en maintenant l'universalité de la contribution citoyenne: ce serait un bordel d'une grande complexité, mais bon.
  23. L'Autriche a longtemps eu, comme la France, le blanc comme couleur d'uniforme; je sais pas ce qu'il en est au XVIIIème. Mais la Prusse a adopté et gardé depuis longtemps le bleu foncé (le "bleu de Prusse", ça évoque rien?). Elle a switché au XXème siècle pour le vert de gris. Sinon, faut signaler que le côté clinquant encore présent au XIXème s'opère dans la continuité des époques précédentes, et un des motifs en était l'objectif d'attirer les volontaires (le vêtement moyen de la population avant le XIXème n'étant pas forcément super élégant) pour qu'ils aient une bonne image d'eux-mêmes, ce qui aide à expliquer, outre d'autres raisons, les couleurs voyantes et la coupe plus élégante/"sexy" que pratique des uniformes, et leurs coûts parfois plus importants que de raison. L'apogée de ce raisonnement arrive sous Napoléon, alors même que la conscription est devenue la règle, mais la logique est lancée, implantée dans les moeurs, et ne s'affaiblira que très lentement, pour des raisons qu'on peut trouver plus dans l'inertie des mentalités et des organisations, et l'inconscient (les habitudes en somme), que dans une volonté délibérée et calculée. De fait on perpétue plus une habitude sur laquelle on ne réfléchit que partiellement, qu'autre chose, et une réflexion réellement profonde et s'affranchissant de l'essentiel de ces aspects et continuation inconsciente n'arrivera pleinement qu'avec les guerres mondiales (et encore, surtout la 2ème), même si le XIXème siècle avait un peu ouvert la voie en faisant un peu de place à l'ergonomie/commodité et à l'hygiène dans le design et la coupe des vêtements (pantalons larges et non plus serrés, chaussures plus résistantes, vestes plus amples pour l'infanterie), ce qui n'avait existé au XVIIIème siècle que pour les unités irrégulières et semi régulières (chasseurs/francs-tireurs/miquelets en France, par exemple), unités peu mises en valeur et cherchant la commodité maximale. Mais on peut voir, surtout avec le XIXème siècle, persister des habitudes inconscientes détachées de leur intention originelles, même si certaines nécessités, comme la simple reconnaissance sur le champ de bataille, pouvaient en partie les justifier (quoiqu'elles n'appelaient pas nécessairements des couleurs flashy). Mais pour l'aspect politique, la symbolique des couleurs avait depuis longtemps été appropriée par le pays, et les 3 couleurs attachées en théorie à la monarchie, sauf pour le blanc utilisé en drapeau (et encore si fleurdelysé), étaient depuis la Révolution de facto aussi celles du pays. Y'a jamais eu trop d'insistance particulière là-dessus (la fleur de lys était un symbole autrement plus important et significatif, comme l'aigle, les abeilles, le faisceau de verges....), et d'autant plus que ces couleurs avaient d'autres "lignages" en France: le bleu et rouge ensembles étaient aussi les couleurs de Paris, par exemple, le bleu était la couleur de St Martin et le rouge celle de St Denis (les 2 "patrons" de la France avec Ste Geneviève), le blanc pouvait aussi bien être rattaché à Jeanne d'Arc -appropriée par la Révolution- qu'à la Monarchie (qui le tenait d'elle).... Bref, les couleurs, malgré leur attribution spécifique dans les troupes d'ancien régime, étaient au plan national assez déconnectées d'une appartenance politique. La question de l'hymne chanté par les troupes était à cet égard autrement plus importante (si t'étais Charles X et que t'entendais un régiment entonner la Marseillaise, tu savais que plusieurs couilles s'étaient glissées dans ton potage).
  24. La volonté "d'être remarqués" n'est pas tellement un souci commandant aux choix de couleurs (plus aux formes, accessoires et coupes: élégance, prestige de la nation ou de l'uniforme.... Ca compte un peu, mais de moins en moins), sauf éventuellement pour quelques unités particulières (comme les zouaves) représentant peu dans l'orbat. La ligne a un futaille rouge, les chasseurs un bleu (et avec eux les fusillers marins), les turcos (et assimilés) un blanc, et on fait pas dans la variété au-delà de ces "tons" nationaux (pour la cavalerie, je sais plus quel est l'ordre de répartition, mais il me semble que le rouge domine). Et il faut se remettre les proportions à l'esprit: le poids de la ligne dans l'orbat est alors écrasant, et si on mettait tous les pantalons de l'armée (en respectant ces proportions) dans un écran unique, on le verrait essentiellement rouge. Le premier souci pour les uniformes est leur rôle pour le "command and control" et la reconnaissance entre troupes: il faut pouvoir les différencier, savoir où est quoi (type de troupes) et qui (à nous ou à l'ennemi?).
  25. T'as raison: attends le MdCN: plus c'est gros, plus c'est beau, et accroché au-dessus de la cheminée, ça le fera vachement plus qu'un petit MICA. Toutes les boîtes d'armement aux USA, du moins celles qui fabriquent des armes à feux, ont un énorme budget com pour le grand public, dont le sponsoring sportif n'est vraiment pas le plus grand: le mécénat, l'implication dans les communautés et la vie associative jusqu'au niveau local (la NRA, pour la note, est tout sauf une "initiative" venue "de la base": c'est depuis l'origine un outil de communication des armuriers; les cigarettiers avaient fait la même chose jusque dans les années 80, avec une association nationale des fumeurs, très financée et médiatisée). Pour une bagnole de Nascar sponsorisée, tu verras une cinquantaine d'associations locales d'automobilistes et une centaine de stades et associations sportives locales recevoir du fric. Plus généralement, l'effort de communication grand public de ces boîtes n'est pas vraiment pour se faire une image auprès du grand public, qui s'en fout et dont elles se foutent essentiellement (qui croirait une minute que si une boîte était mise à l'index en tant que marchand de canons, elle aurait des circonstances atténuantes pour avoir sponsorisé les jeux paralympiques ou le Vendée Globe?). L'impact grand public de ce sponsoring est minime, voire nul: même les "retours" du fait d'avoir une écurie F1 pour un constructeur auto, quand on lit les essais d'analyse, sont en fait quasi inexistants). Les utilités sont autres: - éventuellement, cet effort peut viser à créer un peu de visibilité pour une certaine part du grand public, qui peut devenir actionnaire (en France, c'est un pourcentage plus limité qu'ailleurs qui investit directement sans passer par des OPCVM et autres placements collectifs) - comme dit plus haut, l'effort peut en partie viser le recrutement, avant tout de cadres et chercheurs (soit de la visibilité pour une autre partie, très limitée, de la population): financer des projets étudiants, y compris sportifs ou de type "aventure" ou "enquête" (j'ai moi-même obtenu un financement pour un projet de tour du monde à but d'étude de systèmes de formations il y a 12 ans), financer des sportifs prometteurs ou en vue, ou lançant des "défis" de records, financer les études de sportifs en reconversion (ou projetant à l'avance leur reconversion: j'étais en école de commerce avec un ex champion d'athlétisme connu qui faisait payer son master par son ex sponsor).... Ce sont des pratiques assez communes. La visibilité "générale" n'en est pas l'objectif: on vise là des publics très très ciblés. - mais surtout, cet effort est plus fréquemment corollaire au lobbying auprès de l'Etat et/ou de collectivités, et éventuellement d'autres parties (clients, plaignants éventuels, partenaires....): avoir un budget à allouer pour du sponsoring sportif (du "visible" pour de grandes choses, ou pour des événements et structures sportifs d'importance plus locale) ou du mécénat, c'est un outil de négociation comme un autre, et parfois plus utile (et plus discret) qu'un autre. Renvoyer un ascenseur, aider telle collectivité locale (qui est toujours rattachée à un politicien ou plus) ou tel partenaire commercial (dont on veut quelque chose), assortir une offre d'à côtés de ce type.... Ca fait partie du business et de la façon dont il se pratique. Pour prendre un exemple simpliste et restreint, c'est pas rare de voir un député obtenir un mécénat pour telle institution de sa circonscription, ou le sponsoring d'une ou de plusieurs associations sportives (ça coûte des picaillons pour la boîte) en échange de sa "compréhension": c'est plus chic et moins dangereux qu'un pot de vin direct (pas si fréquent qu'on veut le croire), moins engageant qu'un contrat (ça entretient le climat des affaires) et ça rappelle qu'il y a pas que le pot de vin ou l'implantation d'un bureau ou d'une usine (là faut être très potes: c'est du vrai fric pour la boîte) pour obtenir des bonnes volontés. - le sport est un outil social: en cela, c'est, si on veut, de la communication. Sponsoriser, c'est appartenir à un "club", avoir des accès, des entrées, participer à des événements "rares et chers".... Du coup, même si la bagnole ou le skieur peuvent être sponsorisés, le vrai "plus" pour la boîte, c'est l'accès à un "carré VIP" (où il y a du beau monde, qui vient ou qu'on fait venir/qu'on attire) et une place sur la photo de l'événement: ça se vend, ça crée des événements sociaux (et donc business) attirants.... Faut jamais sous-estimer l'importance de ces choses. Mais cet aspect marche aussi comme investissement de communication interne dans la boîte: l'un des à côtés de maintes formes de sponsoring est d'offrir des tickets d'entrée (voire séjours/voyages) comme avantages pour les employés. Sponsoriser, voire créer un événement sportif sert beaucoup d'objectifs à la fois, mais franchement, l'image générale pour une boîte d'armements n'est pas ou très peu l'un d'entre eux. - le sponsoring, comme le mécénat, bénéficie souvent de conditions fiscales préférentielles, ce qui baisse le coût d'opportunité de tels "investissements" (rarement massifs à l'échelle des entreprises, sauf s'il s'agit, comme dans le cas des armes de poing aux USA, d'étendre son marché; dans ce cas, c'est du marketing, pas de la com) qui ne seraient pas réalisés sans cela, vu leurs faibles (voire très discutables) "retours". On peut ajouter là un élément psychologique qui peut jouer dans ces conditions: c'est mieux que de verser ce fric en impôts. - moins glorieux, et toujours lié au versant fiscal: une structure de sponsoring permet souvent de faire jouer des flux d'argent qui peuvent accroître les déductions fiscales, tout comme bien des fondations "caritatives" sont plus que souvent des outils d'évasion et de fraude fiscale. Les sommes peuvent être importantes, et seule une proportion réduite va effectivement à la "cause" ou au sport censés être soutenus (mais elle y va quand même, avec le nom de la boîte paradé en public en prime).
×
×
  • Créer...