-
Compteur de contenus
18 697 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
166
Tout ce qui a été posté par Tancrède
-
Ben tout le débat était précisément entre les notions de traîtrise et de tirage d'alarme. Une telle punition envoie un message: les aspirants whistleblowers vont être plus timides, et beaucoup de libertés pourront être plus facilement piétinées, dans un âge où beaucoup de questions se posent sur le contrôle de l'action étatique (l'état des "checks and balances"), l'arbitrage sécurité/liberté, surveillance/vie privée (et pas que par l'Etat: le privé aussi est une menace). La "traîtrise" de Manning n'est pas si évidente, à moins de considérer qu'en tout temps et en tous lieux, l'Etat peut faire ce que bon lui semble en terme de surveillance, de crimes de guerre, d'actions unilatérales de tous types.
-
Films de guerre, en vrac
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
C'est pas les facteurs culturels: ce sont les facteurs budgétaires. Les studios et autres organismes de traduction pour l'audiovisuel, y'en a pas des masses, et ils font en fonction du budget. Crois-moi, la plupart d'entre eux maîtrisent très bien les différences culturelles et peuvent adapter des pans entiers de dialogues (souvent nécessaires quand la différence, pour garder une bonne compréhension ET le fil de l'intrigue, nécessite d'aller bien au-delà de faire des équivalences -et non des traductions- de blagues, tournures.... Et impliquent une réécriture) et d'intrigue. Mais ils adaptent la prestation au tarif qu'on leur alloue; question d'heures de travail à budgéter, et plus encore, de dire "on veut bien se faire enculer, mais avec de la vaseline et de la tendresse siouplaît". Bref, ils laissent pas les commanditaires raser gratis. C'est un vrai problème pour les métiers de l'écriture en France, et leur rapport avec les différents commanditaires possibles. Les scénaristes morflent par principe (BD, éditionen général, audiovisuel.... Le cinéma est exemplaire dans ce domaine: le pire de tous), les traducteurs encore plus. Et négocier est dur, quand les a prioris sur la valeur ajoutée sont si ancrés (un déni de ce qui fait marcher une oeuvre, difficulté à le mettre en valeur, à le quantifier -les structures sont trop petites pour avoir des capacités d'étude). Pour d'autres séries et films, y'a vraiment du mal avec certains accents: Ecosse profonde, vieux sud américain.... Ca peut parfois être TRES chiant. C'est pas les idiomes.... C'est l'accent PLUS le mâchage de mots :'( . -
Oui, mais le milieu urbain est aussi, pour une intervention militaire, le royaume du nombre: c'est gourmand en personnels au sol, si tu veux y obtenir des résultats et, en fait, que ton OPEX serve à quelque chose, et j'arrive pas à m'ôter de l'idée que l'AdT en est au point de devoir directement arbitrer entre la capacité d'envoyer quelque chose (donc assez léger, ou moins apte à tout) et celle d'avoir des matériels variés et répondant à tout ce qu'on pourrait souhaiter (au moins quelques-uns), chenillés en tête. A moins d'un changement important dans les structures de coûts de soutien: je l'ai demandé plus haut, mais c'est vraiment inénarrablement et beaucoup plus cher à mettre en oeuvre, la chenille? Y'a pas d'évolution de ce côté, moins dans l'extension de ce que la chenille permet et plus dans ses coûts? C'est l'un des deux, mais les huiles diront que c'est l'autre: devine lequel ::) . Tant (ou si) qu'on maintient de bonnes structures d'entraînement et une moyenne de qualification élevée, ainsi que des métiers approchants et une coopération avec d'autres armées gardant cette capacité, le dommage reste quand même moindre et relativement vite compensable (moins vite si on perd plus que des capacités particulières, et plutôt des "familles" de capacités). Mais l'exemple canadien qui était cité est à double tranchant quand on le rapport à la situation française: oui, ils ont gardé des chenillés lourds pour l'Afghanistan.... Mais ça leur sert à quoi? Avoir une armée échantillonnaire qui sert à fournir de micro contingents de supplétifs aux Américains; pas vraiment la doctrine et l'emploi dont on rêve, et ça n'offre pas vraiment de place de choix à la table des négociations (à moins d'être l'allié indispensable qui fourni une portion réellement significative de la capacité à opérer au sol). Si on se met à jalouser Danois, Hollandais, Norvégiens et autres, on oublie que leurs petits battlegroups mécanisés très complets sont exactement cela: petits (c'est le mot qui compte le plus dans la phrase). Et ils peuvent pas faire plus.
-
Hé, je suis pas insensible au débat roue-chenille ou à l'utilité d'avoir des deux dans une armée mieux organisée (en "lourds" -chenillés-, "médians" et "légers" et pas en armes), même si je semble parfois anti-XL et pour un char employable et cheap (à l'achat et à l'usage); mais je me pose la question de savoir si on n'est pas tellement au-delà de l'arbitrage entre roue et chenilles et entièrement enfermés, par l'état du budget que l'armée pourra racler dans la période qui vient, dans un autre débat, celui de concilier les besoins de maintenir bases et garnisons outre mer et de garder un corps expéditionnaire, ou de ne plus avoir réellement de capacité militaire opexable relativement autonome (autonome tout court, c'est déjà plus une question). Du coup, ça replace le débat sur l'aspect technique: vaut-il mieux avoir un corps expéditionnaire sur roue et assez léger, donc pas capable de tout faire et d'aller partout (sans même évoquer la question du volume), ou un reliquat d'armée comme les voisins européens hors Gibi, qui répond plus à ce que tous semblent souhaiter, mais qui ne sert virtuellement à rien (sauf pour les catastrophes naturelles, le soutien aux industriels nationaux et l'hypothétique invasion russe), et certainement pas à avoir une politique extérieure. Evidemment, beaucoup de ces questions tiennent aux coûts d'acquisition et de MCO: la chenille est-elle intrinsèquement plus chère à l'achat et surtout à l'entretien (et au soutien en opérations: forcément plus lourd et gourmand en personnel?), ou notre vision a t-elle été déformée par le XL? Les évolutions récentes, comme les chenilles souples, sont-elles de nature à changer cette donne? Et pour revenir vers le sujet: y'a t-il eu une configuration d'EBRC possible chenillée qui était "compétitive" en terme de coûts avec les versions roues?
-
Ouais, mais pour les pays européens que tu mentionnes, hors la Gibi, y'en a pas beaucoup d'entre eux qui prévoient de sortir de chez eux, sauf en envoyant l'occasionnel bataillon quota pour accompagner l'oncle Sam.
-
Films de guerre, en vrac
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Le problème est pas les doubleurs en France: ce sont les traducteurs! Payés au lance pierre, ils donnent une prestation adaptée à ce qu'ils reçoivent (ils vont pas passer trop de temps pour des clopinettes). Comme les équipes de scénaristes, les traducteurs sont la 5ème roue du carrosse; et en France, c'est encore plus vrai qu'aux USA, avec en plus l'avantage de n'avoir pas un volume de production comparable (qui maintient un haut taux d'activité). -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Non rentable dans la fourchette de temps sur laquelle tend à s'évaluer la rentabilité pour une entreprise, fourchette qui subit une tendance lourde à la baisse vu le fonctionnement des marchés financiers, qui sont au final, avec tous leurs vices, la trop grande place qu'ils ont prises, leur entropie graduelle sans correction ni "checks and balances", le seul mode d'évaluation qu'il y ait de la performance. Plus encore que l'investisseur, le décideur dans la boîte, soit le board d'une part, et dans nombre de pays, le PDG (qui peut selon le lieu avoir une marge de décision et de manoeuvre énorme par rapport à l'actionnariat, donc définir un agenda plus conforme à ses intérêts et moins à ceux de l'actionnariat); et le temps en poste des décideurs a aussi une tendance lourde à la baisse, ce qui encourage encore plus les "stratégies" de retours boursiers annuels maximum sur une courte durée (maximisation de certains ratios aux dépends d'autres, par exemple en vendant des actifs qu'on juge soudain, ou qu'on fait juger par des "experts", pas "dans le coeur de métier"), qui impactent directement la capacité d'investissement "long" et l'anticipation de retours sur la longue durée. Et les actionnaires tendent à suivre étant donné qu'ils ont du mal, dans les grandes structures, à se mettre d'accord (c'est de la politique), qu'ils tendent aussi à rester moins longtemps actionnaires d'une boîte (on préfère la liquidité), que l'actionnariat durable a souvent du mal à peser (familles/dynasties, fonds de retraites et d'épargne.... Pris par leurs obligations, leur taille, leur dispersion ou leurs impératifs propres).... Et que, surtout quand se mettre d'accord est compliqué, on ne crache jamais sur du cash rapide . Et c'est là où l'intérêt de certains rejoint la courte vue et l'idéologie d'autres: on "segmente" le débat en le présentant item par item pour dire que toute autre formule que ce qu'on préconise est inepte et déroge à des supposées "lois immémoriales" ou "naturelles" de l'économie (qu'on prétend évidemment connaître et maîtriser, comme d'autres affirment connaître la volonté de Dieu): on sépare le rail en "lignes rentables" et "lignes non rentables", compta analytique tripatouillée à l'appui, comme si tout d'un coup c'était la seule façon pertinente d'analyser et évaluer (et on renforce la rentabilité des unes et la "non rentabilité" des autres en désinvestissant: avec le temps, ça fait son effet). Et évidemment, on fait tout pour masquer la nécessité de fonds publics en ne présentant que les chiffres qui arrangent, en ne prenant en compte que les activités et portions d'activité qui intéressent (ou, si malgré tout on en a la charge, comme l'entretien d'un réseau ferré, on le néglige: merde, y'a des ratios à remplir.... Ce qui donne le chemin de fer britannique). Et évidemment, l'activité de lobbying (voire corruption pure et dure) est le corollaire nécessaire pour obtenir le marché qu'on veut aux conditions qu'on veut, dans le cadre qu'on veut et avec les avantages sans les inconvénients. Mais le bilan présenté à l'arrivée ne chiffre pas ces derniers (qui sont les vrais coûts de ces marchés). Une autre manière de privatiser les bénefs et socialiser les pertes, ce que les ricains appellent "socialisme pour les riches", ou "corporate socialism". On voit le même genre de fonctionnements biaisés dans à peu près tous les marchés et filières d'infrastructures et de concessions de service publics à des opérateurs privés: domaine militaire et policier, prisons, électricité, eau.... -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
On ne l'est que par rapport à des conditions de marché qui ne sont que très partiellement des données inamovibles, une bonne partie étant dictées par des conditions de législation, de concurrence "aménageables", de définition précise du marché (celle qui passe par la circonscription du marché à un contrat et à ce qu'il englobe).... Si ton marché est une seule ligne de chemin de fer, un réseau régional, ou un plus local (genre juste la couverture de la banlieue ouest de Paris), un réseau national, c'est pas du tout la même chose. Si ton marché porte sur un contrat à 10 ou 30 ans, c'est pas du tout la même chose, pareil pour les conditions de sécurité requises, les conditions de travail, les obligations ou non de service (flux requis, entre autres pour obtenir un effet macro économique), et ce sont précisément ces aménagements qui font toute la différence dans le monde réel, et qui font qu'un service ferroviaire économiquement utile à un pays (surtout un qui vise à développer/soutenir son économie) est un investissement qu'aucune entité privée n'a jamais entrepris sans d'énormes garanties et appuis étatiques. Tu ne trouveras aucun exemple depuis les débuts du chemin de fer où une entité privée s'est lancée dedans sans cet appui, sinon quelques exemples anecdotiques de micro lignes d'acheminement de fret, généralement entre un lieu d'extraction de matière première et un hub pour le dispatch.... Et encore, à un degré ou à un autre, tu trouveras toujours l'Etat dans ce genre d'activité, parce qu'un acteur privé, surtout dans des activités de grande ampleur (infrastructures, énergie....), ne se lance jamais seul spontanément, ne s'y développe pas seul, et ne s'y maintient pas seul non plus. Ca n'est jamais arrivé. La "rentabilité", faut vraiment que tu essaies de comprendre ce que c'est: un concept assez relatif qui ne se définit que par rapport à la temporalité du marché, aux objectifs de ses acteurs, à la définition précise des coûts et bénéfices impliqués (dans la totalité de l'équation) et pris en compte.... Et dans l'ensemble pratique, à une somme de critères qu'on définit comme fondant la base de l'analyse qui aboutit à dégager un équilibre, un profit ou une perte. Ton problème est que le "libéralisme" que tu évoques n'est que de la théorie, n'existe pas et n'a jamais existé (et ne peut pas exister); c'est de la théorie de vase clos qui n'intègre que les éléments de base qui l'arrange. Un marché comme celui des transports en est une illustration constante. C'est pas le qualifier de "capitalisme de copinage" (le "crony capitalism", d'ailleurs, c'est pas ça: c'est avant tout les situations oligopolistiques et cartels, et les marchés au fonctionnement "arrangé" comme, par exemple, le fonctionnement intégré des banques d'investissement et des agences de notation) qui changera quelque chose et permettra d'invoquer les mânes supposées immaculées de la sainte concurrence pure et parfaite qui reste un objet de fantasme pour théoriciens vivant dans les sphères éthérées de l'abstraction permanente (bien commode quand on veut raisonner sans se compromettre avec une réalité qu'il faut quantifier et dont il faut prendre tous les facteurs en compte). Et on ne parle pas que d'entrisme: on parle du fonctionnement de fait de marchés dont la rentabilité, là où elle est même possible, ne peut exister à 2 ou 3 ans (du moins pas sans d'énormes avantages offerts par une des parties, généralement l'Etat), et ne peut représenter de marges énormes (à moins là aussi que l'Etat prenne beaucoup en charge). L'Etat, ou des collectivités moindres, sont des parties prenantes incontournables dans de tels marchés, pas seulement comme clients ou initiateurs, mais comme force financière et régulatrice (pour définir des cadres avantageant telle ou telle partie, généralement moins les usagers que les prestataires) définissant le marché, ses coûts, ses bénéfices.... Et les entreprises pratiquent une activité constante pour aménager cette définition des conditions de marché. Croire qu'il y a une "rentabilité" dans l'absolu, hors de ce travail constant qui implique nécessairement cet "entrisme", ou plus largement, une interaction permanente, c'est vraiment vivre dans la théorie. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Et en l'occurrence, tu n'as rien démontré du tout. Tu veux essayer de faire des raisonnements dans l'absolu, déconnectés de toute réalité de taille et de temporalité d'un marché. Aucun acteur ne se lance dans des activités dont les coûts (particulièrement les coûts fixes) dépassent une certaine échelle, à moins de retours quasiment impossibles à obtenir hors de quelques activités "miracles" (genre or, pétrole....) ou des monopoles pas trop régulés (qui sont de fait de l'extorsion). C'est d'ailleurs encore plus vrai à certaines époques qu'à d'autres, la chose dépendant autant des mentalités du moment que des incitations et de l'environnement créé par les circonstances.... Et l'Etat. Des marchés d'infrastructures aussi fondamentales qu'un réseau de distribution d'énergie ou d'eau, de transport.... N'attirent pas les entités privées parce qu'ils ne sont pas rentables à moins de conditions extrêmement favorables qui n'ont rien de "libérales" ou concurrentielles: monopoles, garanties de longue durée (sous formes de concessions entre autres), prise en charge de nombreux coûts, dégagement de contraintes légales (comme des conditions de travail et de paie en certains lieux et à certaines époques).... Si la rentabilité est à 15 ou 30 ans, ce qui va avec ce genre de "produits" dans le meilleur des cas, tu ne verras pas d'entités privées spontanément envisager de s'en occuper. Pareil pour le transport aérien où les Etats s'investissent un maximum: construction d'infrastructures (aéroports, hubs de transport et axes qui en rayonnent....), soutien massif aux industries aéronautiques (dont pas une ne survivrait sans un Etat pour l'appuyer, ni aux USA, ni en Europe, ni au Brésil, ni en Chine), subventions et aménagements de législation aux compagnies aériennes.... Croire qu'il y a une "rentabilité" spontanée dans ce registre, c'est se faire de graves illusions. Des marchés de cette taille ont tout connement une temporalité et des exigences trop grandes quand l'Etat n'y apporte pas toutes sortes d'aménagements, et aucune entreprise ne s'y lance. Mais en revanche l'entrisme économique en économie, lui est libéral? Donc les ententes de cartel et oligopoles de fait, c'est bon, parce que l'Etat n'y est pas (ou peu, ou il est une des parties)? Regarde un petit peu le monde en face: les marchés d'infrastructures et de filières comme le transport ferroviaire ou aérien, c'est exactement ça. Peu d'acteurs y vont et peuvent y rester, ils veulent des garanties et appuis sans nombre pour ce faire, et ils s'entendent entre eux. Aucun fonctionnement "libéral" ne peut y exister (comme dans la plupart des marchés, avec des degrés variables), ni, pour rester dans les exemples pris, dans la conception et la production d'avions, ni dans l'activité des compagnies aériennes, ni dans le transport ferroviaire. Ce n'est le cas nulle part. Et les entreprises qui participent à ces marchés demandent le dit entrisme, en permanence: aménagements législatifs, intervention budgétaire, arrangements, garanties, soutien.... Tout dépend quand même de comment et sur quels critères on évalue la rentabilité qui reste un mot vaste: sur quelle durée l'apprécie t-on? Quelle est la gamme des retours que l'on met dans la case "bénéfices". Le propre de l'Etat est, ou a été, ou devrait être, au final, d'évaluer le bénéfice global sur l'économie d'un pays pour de tels investissements, en partie incarné par l'ensemble des rentrées fiscales et leurs variations (à assiette inchangée). Se focaliser sur une approche secteur par secteur, item par item, même si cela a évidemment son utilité pour mieux employer les ressources allouées et contrôler les dépenses, donne à mon sens une fausse idée de la vraie rentabilité de tels secteurs. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Quel rapport? Elles achètent un produit qui marche à un prix donné, pour un certain créneau de marché; pour elles, ça marche (pour ce créneau de marché). Ce produit n'est pas rentable à ce prix pour le producteur (et s'il avait un prix reflétant son coût et une marge "acceptable" selon les critères en vigueur dans le capitalisme actuel, il ne vendrait pas; ergo, le produit n'est pas adapté au marché), et le créneau reste trop limité pour compenser par un effet quantité (l'A 380 ne marche que pour un nombre limité d'aéroports et de lignes, coûte cher à l'emploi -donc est limité à certaines lignes très profitables-....); le dit produit a donc été mal défini dès l'amont. C'est un objet politique à la rentabilité pure négative (pas énormément), mais surtout un qui a occasionné un grave manque à gagner par une mobilisation de moyens qui auraient été autrement mieux employés ailleurs. Une région mal irriguée est une région moins compétitive, moins inclue dans le fonctionnement d'un marché national (et international), dans les réseaux économiques qui, par leur simple existence, sont des multiplicateurs d'opportunités de croissance (pour la dite région et les autres en connexion avec elles).... Et de ce fait elle cesse toujours un peu plus d'être un marché attractif et s'enfonce dans un cercle vicieux et auto-alimenté qui en fait un boulet pour un pays (et une union de pays comme l'UE, puisqu'elle subventionne aussi), alors que la base d'un investissement en infrastructures (de communication entre autres) est précisément d'éviter ce type d'évolution. Tu peux chercher aussi loin que tu veux dans l'histoire, l'expansion économique a toujours reposé en grande partie sur la croissance et l'entretien d'axes praticables, rapides et sûrs, et ils n'ont jamais existé sans un soutien étatique et une volonté politique soutenue; au-delà d'un niveau local de petite échelle, jamais une entité privée ne s'est lancée dedans seule, sans un appui (légal, politique, financier, diplomatique....) et des garanties étatiques qui n'ont que peu de choses à voir avec un marché "libre" et une concurrence "non faussée". Décréter qu'il y a par essence des lignes "rentables" et "non rentables", c'est de l'abstraction; il y en a de très profitables, mais on en rend très facilement (pour se concentrer dessus) beaucoup d'autres non rentables (désinvestissement, artifices comptables -qui n'a jamais fait de compta analytique ne peut pas comprendre-.... Les moyens sont connus). Quand on veut buter son chien, faut dire qu'il a la rage.... Et ça aide de lui en donner des symptômes. Et il y a aussi ces peccadilles comme les nécessités autres que strictement économiques (mais qui ont toutes des conséquences indirectement économiques), genre continuité du territoire, désenclavement, liberté de circulation (qui, outre une ligne sur un papier théorique, doit aussi avoir une réalité physique). Certains êtres humains considèrent des absences importantes dans ces domaines comme des problèmes. De moins en moins, justement, et ça fait plusieurs années que de multiples organisations (dont le Surface Transportation Board et les divers services du Congrès s'attachant à l'économétrie et à la prospective économique) peuvent mesurer l'impact social et surtout économique de la chose, en termes de pertes de PIB aux niveaux local, étatique et fédéral, et de baisse d'opportunités de business. Une infrastructure en lambeaux a de graves impacts économiques, surtout dans un pays aussi vaste que les USA, dont les centres de populations, extractions et productions principaux sont éloignés, de même que les nodes commerciaux: pont qui s'effondrent ou doivent être fermés, routes mal entretenues et fermées, trafic ralentis, itinéraires encombrés, moindre circulation, goulots d'étranglements, hubs de transport encombrés, au transit ralenti (ou pas assez rapide), aéroports croulants.... Faut pas croire que ça n'a pas d'impact macro économique majeur. Des axes et nodes sont avant tout rentables parce qu'on les veut rentables (outre évidemment quelques conditions minimales), donc qu'on y investit; et après, on parle en terme de rentabilité socio économique (crée des conditions de croissance dans une zone que l'on juge sans espoir, et généralement, ça marche si c'est pas mené par des manches), cad de rentabilité de plus long terme (développer une zone), pas le fait d'avoir une cash machine à deux ou trois ans. La prospérité des USA s'est bâtie depuis la naissance du pays en grande partie sur une intervention massive de l'Etat, particulièrement dans le secteur des transports (voir la question des routes et canaux entre 1783 et les années 1830, puis celle des canaux et chemins de fer, dans l'histoire politique intérieure des USA: c'est édifiant) et dans l'environnement politique, social et économique des zones de développement: loin des pseudos mythes néoclassiques ou libertaires, la conquête de l'ouest est un interventionnisme économique massif (militaire, policier, transports, infrastructures). L'irrigation d'un territoire par les transports est un des principaux facteurs de croissance, mais ce n'est pas un investissement que des acteurs économiques voient comme rentable, parce que leur horizon est beaucoup trop court et leurs exigences de retours sont trop élevées (et exigent un retour trop rapide), et aussi parce que leurs surface financière est généralement trop faible (et ce genre d'entreprises exige des ententes qu'ils sont rarement prêts à conclure sans garanties et apports publics massifs). Y'a que des mines d'or au XIXème ou des champs pétroliers au XXème qui ont pu voir de temps en temps des privés commencer à prendre l'initiative de ce genre d'investissements, et encore, l'Etat n'était jamais, qu'il l'ait voulu ou non, bien loin. Et dans le monde réel, l'essentiel de ce qui fait une économie d'échelle significative ne peut se fonder sur l'espérance de champs pétroliers ou de mines d'or. -
Une armée comme système de progression
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Ca c'est un autre débat: une armée doit avoir un nombre de "pions de manoeuvre" proportionnels à son ambition, donc à ses besoins stratégiques exprimés dans une vision du monde et déclinés -entre autres éléments- dans une armée. Sans ce préalable, la question manque d'objet. Puis là, le sujet est plus sur le fonctionnement interne d'une armée: comment s'y organisent les carrières, les filières, les spécialités, pour obtenir de l'efficacité dans le recrutement, la formation, l'organisation et donc à l'arrivée, dans la qualité individuelle, celles des unités, spécialités et "armes", et celles des unités opérationnelles. On a un peu décroché en se focalisant sur les pions de manoeuvre/pions stratégiques les plus pertinents de l'histoire, non parce qu'ils sont HS mais parce que c'est quand même sous cet angle particulier du fonctionnement interne (comme organisation humaine) qu'il faut les envisager. Le point commun entre le système régimentaire et la légion, c'est que ce pion opératique/tactique essentiel (concentration des unités et personnels pour la mise en oeuvre, l'emploi) est aussi l'unité territoriale de référence (concentration des unités en un seul endroit pour la formation, la garnison), le cadre dominant des carrières (pour l'essentiel de la troupe et de l'encadrement, officiers généraux mis à part) et le "corps" d'appartenance de référence (esprit de corps, cadre mental et culturel). Soit la réunion de beaucoup d'élément. C'est plus vrai pour la légion romaine que pour le système régimentaire à qui il manque plusieurs aspects de ces éléments: le régiment est une unité faiblement interarme (spécialités d'infanterie: appuis du plus bas niveau tactique seulement) là où la légion l'était largement plus et, spécificité unique, était le lego dominant d'une armée dont elle formait le coeur d'infanterie, de commandement, de renseignement, d'organisation, de coordination, d'encadrement, et de nombre de capacités "dimensionnantes" (au global, une capacité de bataille, de campagne, d'exploitation, d'occupation, de contrôle de zone), les autres unités se greffant dessus et lui apportant juste des "membres" en plus. Le système régimentaire est à cet égard nettement plus limité: c'est une brique de lego parmi d'autres qui forment autant de briques dans des chapelles concurrentes, et n'offre pas de capacité de progression individuelle si énormes. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Non, il n'est pas rentable: c'est un projet qui est au global un relatif échec commercial, mais chut, faut pas le dire trop fort. Il a été lancé en dépit du bon sens économique, essentiellement comme un objet politique appuyé par Chirac (pour son chouchou Forgeard qui voulait monter en grade), et c'est pas vraiment une réussite, au-delà de l'extase technique (légitime) qui a été matraquée (intentionnellement) dans les médias pour faire du soutien à ceux qui ont forcé la naissance de cet encombrant bébé. Pire encore que la non rentabilité du programme, c'est le manque à gagner infligé par la mobilisation de moyens sur ce machin aux dépends du concurrent qu'il fallait créer au Dreamliner de Boeing (créneau pourtant bien anticipé par Airbus à la base), et qui a été retardé, ce qui a par ailleurs sauvé le cul de Boeing qui allait alors pas bien du tout. Yep, y'a pas vraiment de cas exemplaires pour des infrastructures comme un réseau ferré, surtout si on le veut fiable et sécurisé, et si on veut qu'il remplisse sa mission de connexion d'un territoire: trop de coûts fixes, entretien annuel trop élevé, marges trop faibles.... Aucune entreprise ne veut se mêler de ce genre de business si elle n'a pas de garanties massives, et pour longtemps, de l'Etat, et le cash qui va avec; se lancer dedans en reposant sur l'activité commerciale, il faut avoir beaucoup d'illusions sur le capitalisme pour croire que ça va se faire. Y'a que l'industrie pétrolière (et quelques autres filières, d'extraction surtout) qui acceptent de foutre des masses de pognon énormes dans des immobilisations si longues et avec des niveaux de réinvestissements annuels si élevés, mais là, c'est parce que les marges de bénef sont gigantesques. Laisse une entité commerciale s'occuper "à sa façon" du transport ferré, et tu auras une France avec quelques grandes lignes TGV au ticket hors de prix (déjà la tendance SNCF sur les lignes importantes) et aux modes de tarifs peu lisibles, et pour le reste un territoire vide d'axes ferroviaires, ou alors avec quelques lignes subventionnées (et très cher), mal servies et sous entretenues (avec leur litanie d'accidents mensuels, comme en Angleterre.... Ou aux USA d'ailleurs). Ce genre d'infrastructure fait pas bander les "investisseurs" (terme à prendre avec des pincettes) à moins d'être subventionné à mort (par une méthode ou une autre) et de devenir de ce fait une vache à lait de long terme (dont là tout le monde raffole) dont on récolte tous les bénefs mais dont on conteste pied à pied les obligations: le cas anglais est à cet égard un cas d'école. Et elle est aujourd'hui ciblée par les républicains (enfin, ça fait des années), toujours plus tapée dans les moyens qui lui sont alloués (comme pour le reste de l'infrastructure du pays, qui part en sucette), donc toujours plus dans la merde pour présenter un bilan équilibré et rendre un service acceptable. Résultat, la connexion du territoire américain en prend un coup, de même que la mobilité de la population active (et donc la compétitivité du pays). Un parallèle amusant: un reportage vu ce matin (infos d'hier aux USA) montrait que plusieurs villes et comtés au Texas (l'un des Etats les plus dérégulateur/"désétatiseur") avaient résolu de détruire leurs routes, tout connement parce qu'ils ne pouvaient plus les entretenir depuis des années (crédits coupés, Etat qui refuse d'assumer, notamment sous la pression des entreprises de l'Etat qui veulent sans arrêt baisser leurs impôts....); résultat, des "dirt road" (bref, des itinéraires dans la terre/poussière) où fret et voitures passent, ne pouvant plus dépasser le 30 à l'heure. Ce qui veut dire que ces axes deviennent plus lent et coûteux à emprunter, donc moins rentables: l'impact sur le business est énorme, et la capacité à établir, entretenir et développer des réseaux commerciaux (et des nouvelles opportunités de business) se réduit drastiquement, tout comme la mobilité des populations. Le marché du travail de zones entières se trouve donc réduit, et le marché dans l'ensemble. Seuls les transports de secteurs à très haute valeur ajoutée empruntent encore ces routes (le pétrole, principalement). Donc une contraction économique par baisse des opportunités de faire du business, sauf évidemment pour quelques industries, qui sont tout aussi évidemment les lobbies les plus puissants de l'Etat. Mais leurs coûts augmentent quand même, à force d'accumulation de ce genre de politique; comme de telles choses durent depuis des années, et pas que pour les routes, on commence à s'apercevoir de ce que rapporte et permet une infrastructure à niveau (quand il est trop tard, comme toujours). Mais tout aussi évidemment, à ce désinvestissement s'est ajouté l'habituelle "pork barrel politics": le peu d'investissement en infrastructures qu'il y a eu a été destiné à satisfaire les besoins précis d'un nombre très limité d'entreprises (qui ont alimenté le parti républicain pour obtenir ça), donc à créer des routes et voies ferrées à l'effet multiplicateur très réduit (parce que taillées pour une entreprise et ses débouchés plutôt que pour un bassin d'emploi et une zone de production). Le tout sur fond de baisses d'impôts constantes: résultat, malgré une rente pétrolière énorme, des grandes villes et beaucoup d'avantages, le Texas est de fait un marché qui s'atrophie, avec des pans de populations croissants (et des régions entières) qui sont exclues de l'activité économique. Une fausse croissance qui bénéficie à un nombre toujours plus réduit de gens, et repose sur un nombre toujours plus réduit d'activités à très haute valeur ajoutée, soit la conjugaison d'une extrême concentration des moyens publics volontairement réduits, au service de quelques activités. Comment se tirer une balle dans chaque pied? Demandez à Rick Perry. -
Ils doivent réduire ce qui est le plus facilement (ou moins difficilement) "refabricable", soit, pour faire simple, l'effectif: on fait des unités de manoeuvre comme on les veut (les BCT à 3 sous-éléments de manoeuvre) et on en taille le nombre. Pour le reste, les structures d'entraînement et de formation ne sont pas trop touchées, donc conservent la capacité de remonter en puissance, surtout quan on connaît l'état des stocks de matériels surnuméraires aux USA (voire le cas extrême des Abrahms, produits bien au-delà de tout besoin par arrangement politique/industriel -essentiellement un effort de lobbying des producteurs et représentants de l'Etat qui héberge l'usine, soutenus par la convention nationale républicaine et divers lobbies et think tanks, bien arrosés au passage). Pour l'instant, les coupes n'ont rien tranché qui ne puisse être rapidement remis en place (voir la montée en puissance des années 2002 à 2007: très conséquente et très rapide, le tout sur fond d'engagement important des troupes et moyens). Pour le reste, il suffit de voir où vont les moyens: outre évidemment les grands programmes de matériels, ça se concentre sur la formation initiale et continue des officiers et des équipes de commandement et coordination des éléments et unités à tous niveaux, sur les capacités de renseignement et d'analyse (humains et techniques), les systèmes (humains et techniques) de prise de décision en général (du plus petit niveau tactique au plus haut niveau opératique et stratégique), les capacités de coordination des armes et systèmes (niveaux interarmes et interarmées).... Bref, booster le système nerveux, réflexif et décisionnel des forces. Et là, les moyens sont en augmentation. Ajoutés aux capacités de transport stratégique, à ce que donnera l'évolution matérielle en terme de mobilité et d'efficacité tactique/opératique et au repositionnement de forces dans les grands commandements géographiques (vers l'Afrique et Pacifique surtout), ça donne un portrait plutôt cohérent de ce que les Américains veulent faire. Les coupes actuelles, s'ils s'y tiennent et n'engagent pas fondamentalement plus de resserrement budgétaire (qui imposeraient un changement de posture stratégique nettement plus radical: plus d'isolationnisme, réorientation de l'effort budgétaire sur le pays, au détriment de "l'empire"), ne reflètent pas un changement fondamental de posture ou de modèle de force, ou de capacité à peser (laquelle de toute façon baisse avant tout en relatif). Il s'agit de rendre les unités plus efficaces et adaptables (reste à savoir si c'est par anticipation du bon type de conflits), plus capables d'appuyer une force amie qui semble il est vrai être plus inclue dans le calcul initial, moins parce qu'il y en a militairement besoin dans l'hypothèse d'un conflit classique que parce qu'elle est le motif et le partenaire obligé: dans une hypothèse de conflit en zone Asie Pacifique, on voit effectivement plus un cas de figure d'appui à une armée alliée (Taiwan, Corée du Sud, Japon, Australie, Asie du Sud Est) que celle de corps expéditionnaires communs pour pacifier un failed state.
-
Une armée comme système de progression
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Hé, faut pas non plus se faire d'illusions sur le passé et imaginer des Romains ou des Grecs fabricant des flottes n'importe où en ramassant le bois local: la production de navires de combat était quelque chose de très technique et pas du tout gratuit, exigeant des installations bien spécifiques, un rassemblement important de personnels (et plus encore d'équipes organisés, d'une structure humaine rôdée, de corps de métiers poussés, le tout dans un monde antique où la qualification, surtout de haut niveau, est rare et chère) et de moyens (stocks, contrôle qualité des matériels) qui coûtent d'autant plus cher qu'il s'agit de produire des navires uniquement faits pour la guerre (les trirèmes, quinquérèmes et autres ne peuvent rien faire d'autre), ce qui est lourd pour des Etats peu développés. Il suffit de le voir: dans la Grèce antique, peu de cités (juste les plus grandes et riches, soit très peu) peuvent faire des trirèmes, surtout en nombre significatif. Et il faut des équipages qualifiés, eux aussi lourds à payer et entretenir (les rameurs, c'est nombreux, et contrairement à ce qu'on pense, c'est pas de la chiourme abondante, sacrifiable et sous-qualifiée). Toute proportion gardée, l'effort nécessaire, financier, humain, technique, requiert des niveaux de concentrations de moyens rares et de capitaux très peu disponible, et la capacité de production et de soutien d'une flotte de guerre ne court pas les estuaires dans le monde antique. Rome a pu créer une flotte rapidement parce qu'à l'échelle de son époque, lors des guerres puniques, elle est déjà une énorme puissance démographique (infiniment plus que Carthage), commerciale, économique et financière, avec les moyens de conduire un effort naval et terrestre simultanés, des réserves de savoirs-faires disponibles en grand nombre dans les ports, la volonté politique pour soutenir l'effort dans le temps, et le cash pour ce faire. Et en temps de guerre, tout va plus vite. Si on veut prendre un parallèle moderne, il suffit de comparer à l'effort de guerre français de 14-18 ou à l'effort de guerre américain de 41 à 45; dans les deux cas, en quatre ans, les deux pays et leurs armées (et leurs capacités de production) sont radicalement transformées (c'est particulièrement vrai pour la France de 14, moyennement industrialisée, manquant de certains types de production qu'on pense longues à acquérir; 4 ans plus tard, c'est le pays le plus mécanisé du monde, alimentant tous les alliés, alors que ses régions industrielles lui ont été prises). Quand à la référence vénitienne, soulignons aussi l'extrême concentration de moyens humains, techniques, matériels et financiers qui permet à la cité d'aligner les productions (voir l'histoire de l'arsenal de Venise et l'immense oeuvre -et le coût- qu'il représente); c'est pas parce que c'est du bois que c'est, relativement à son époque, moins lourd, "capital intensive" et complexe que la production actuelle l'est pour nos pays. Pareil pour Constantinople: les arsenaux byzantins puis ottomans (notamment la Corne d'Or) sont des concentrations capitalistiques lourdes représentant des siècles de travail, de recherche, d'évolution, de formation, de savoirs-faires, des organisations poussées et coûteuses dont les réseaux d'approvisionnements sont complexes et représentent des enjeux de politique intérieure et extérieure (comme pour les autres exemples cités). Les systèmes militaires complexes, navals ou terrestres, à toutes les époques, ont été ainsi des organisations difficiles à produire, inventer, faire évoluer, maintenir et mettre en oeuvre, complexes et chères (et chères politiquement, à l'intérieur comme à l'extérieur), autant du point de vue humain que matériel. Et avoir avec eux des systèmes de bataille et de campagne à haut niveau de battle readiness et offrant un avantage comparatif important face à leur concurrent a toujours été une entreprise lourde et difficile, techniquement (savoirs, savoirs-faires, réputations, équipements, organisations, équilibrages et arbitrages tactiques et stratégiques du mix de forces), financièrement (produire, maintenir, mettre en oeuvre, soutenir), socialement (un système militaire reflète toujours un système social) et politiquement. -
A tous les niveaux: pas que dans les petites villes. Le shériff est un élu, donc quel que soit l'endroit, c'est un politicien, pris dans les intrigues de pouvoir local, qui a besoin de fonds de campagne, doit se rattacher à une administration, un corpus d'idées, une politique et/ou des personnalités (et ils se soutiennent mutuellement, comme "multiplicateurs médiatiques", que ce soit 2 candidats allant dans les bars d'un comté vide, ou faisant une campagne visible dans le comté de LA). C'est en train de devenir une polémique régulière aux USA: la militarisation des forces de police, non seulement dans l'équipement et l'apparence, mais aussi dans l'organisation, la tactique et, plus grave encore, la conception du métier, la façon de se voir (l'esprit "c'est une guerre là-dehors" qui est pris de plus en plus au sérieux), l'approche des problèmes.... L'exigence arrive vite et varie selon la taille de l'agglomération et/ou ses caractères particuliers (les comtés riches exigent "du service"), mais aussi les "types" de jobs de shériff. Il y en a 3 grands types: restricted service (gardiennage des prisons et tribunaux, transport de prisonniers, application des ordonnances de cour et accompagnement du processus judiciaire, ventes aux enchères publiques de propriétés foncières, saisies....), limited service (cf précédent, plus une certaine capacité d'enquête et de patrouille, généralement limitée à des zones précises) et full service (le type le plus fréquent, avec les pleines responsabilités et pleins pouvoirs du statut). A noter que l'extension exacte des prérogatives d'un shériff dépend de l'Etat, pas du niveau fédéral, et qu'il existe donc des variations selon les endroits (de même que certains Etats n'ont pas de shériffs du tout), de même que la charge de shériff peut varier énormément selon les endroits, suivant la taille du comté, sa population et sa densité d'habitation (certains Etats très vides ont pourtant plein de comtés et donc de sheriffs, d'autres en ont peu). De même, beaucoup de villes d'un même comté peuvent choisir d'être "incorporées" et donc de se doter d'une force de police propre, voire s'associer pour la monter (souvent d'ailleurs pour dégager le shériff, dans le cas d'autorités de comtés corrompues, ou au contraire luttant contre les élites citadines). De même, un comté peut choisir de se doter d'une police de comté (et le shériff, s'il en reste, devient un restricted ou limited service), ou d'un marshall de comté (ou un d'Etat avec des assistants), qui, lui, n'est pas élu, mais nommé. un diplôme de droit (d'une nature ou d'une autre) est un minimum, pas forcément universitaire, mais il existe un peu partout des "Law enforcement academies" (il existe d'autres appellations) par lesquelles il est généralement obligatoire de passer. Ne pas oublier que le bureau de shériff (l'institution, pas le personnage) est à la base un organisme signant un contrat avec le siège du comté ou de la paroisse (la Louisiane n'a pas de comté, mais des paroisses), de la cité autonome (certains Etats en ont) ou de la cité-comté (des "consolidations" ont eu lieu entre certaines villes et leur comté d'appartenance, fusionnant l'autorité). Cet organisme doit donc fournir de "la qualité", une qualification (dont le niveau et les standards peuvent varier, même s'il y a un plancher), comme dans toute relation contractuelle, surtout quand il s'agit d'un "business" aussi spécifique et régulé.
-
Chine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Le problème est qu'apparemment peu de gens veulent comprendre que les régimes autoritaires ne procurent de "stabilité" qu'à un terme assez court, parce qu'ils manquent d'une vertu cardinale: l'adaptabilité et l'intégration des groupes organisés (et, en bas de la pyramide, de la population) à la discussion générale et, même de façon diffuse, au processus de décision. Les points de blocage sont plus vite atteints dans un régime autoritaire, et le coût de "fonctionnement" du système (corruption, redistribution informelle, fonctionnement népotique/prévaricateur de fait, renvois d'ascenseur dans un milieu vite entriste....) tend à être plus vite plus lourd, rigidifiant le dit système et mettant plus vite plus de pression sur la population (à moins d'une ressource nationale très abondante proportionnellement à la population, genre un max de pétrole pour une petite population) qui n'a en revanche aucun moyen de renvoyer ses impressions (ou avertissements) vers le haut, et aucun moyen d'impulser un changement, sinon par une violence organisée et massive (qu'on appelle généralement révolte ou révolution). Les mêmes logiques existent en démocratie, mais elles sont moindres, plus lentes, et plus "corrigeables". Si les Chinois veulent de la stabilité, à un moment ou un autre, ils devront se poser la question de la participation du plus grand nombre aux processus de décision, locaux et régionaux au moins (et un peu d'influence pour le niveau national). Le problème de ce genre de fonctionnement est qu'il implique vite d'autres garanties pour être accepté: liberté d'expression et de critique (sans procès/incarcération ou menace de représailles.... Cad droit d'opinion), transparence plus ou moins prononcée, Etat de droit/habeas corpus, pluralité, droit d'assemblée et d'association.... Qui n'ont rien de si spécifiquement occidental dans le principe (la forme peut en être adaptée, la répartion des rôles entre les organisations et statuts articulant ce dispositif aussi). Parce que c'est cette possibilité d'une circulation verticale (mais dans les deux sens) de l'information et d'une répartition/implication de "l'autorité" (la "puissance souveraine") au sein du processus de décision de la collectivité (qui va avec une coresponsabilisation), qui permet une plus grande stabilité, ultimement, que dans n'importe quelle sorte de régime autoritaire qui se résume toujours au final par la voix de quelques-uns qui écrasent sans contrepartie la voix et l'intérêt du plus grand nombre (en espérant que de temps en temps jaillisse un ou des "despotes éclairés", ce qui n'arrive que rarement). Contrairement aux autres formes de régimes, la démocratie (ou quelque chose empruntant plus ou moins à la démocratie) peut se corriger (c'est pas garanti, mais au moins c'est possible), et nécessite beaucoup moins de ressources, de temps et d'attention portés au contrôle de la population. Le focus des autoritariens portés au bordel apparent de la démocratie est celui de gens (généralement vieux et/ou trop coincés dans un moule culturel) effrayés à l'idée de changer les fonctionnements qu'ils connaissent: dans le cas d'élites ploutocratiques, ça se comprend: eux préfèrent la "stabilité".... Entendez la stabilité de leur situation, de leur position sociale et économique, et avec elle, celles de leurs pyramides de féaux et obligés, quel qu'en soit le coût infligé au pays. Beaucoup de pays comme la Chine, ou l'Europe au XIXème siècle, ont par ailleurs une longue histoire, qui a marqué la culture/les moules mentaux, de conception hiérarchique de la société et d'autoritarisme, conséquences naturelles de grands espaces peu densément peuplés, de villes réduites (au regard de la population globale), de taux d'éducation faibles, de possibilités réduites de communications et échanges réguliers entre populations; les pouvoirs locaux et nationaux se constituent pour remplir ces "espaces vides" et temps longs en assurant des échelons de décision d'autant plus rigides et autoritaires que les temps de coordination nationale et de circulation d'une info fiable sont grands. La culture du pouvoir dans ces pays à "lourd passé" tient de ces époques, alors que les conditions objectives d'organisation sociale, de vie économique, de circulation de l'information et de vie en général ont radicalement changé. Les villes sont énormes et nombreuses, les campagnes sont vides (et avec elles disparaissent les énormes proportions de population faites de mini-groupes isolés face au pouvoir par explosion géographique, faibles moyens et faible éducation), les populations et les sous-groupes divers qui les composent sont interconnectées (ethnies, groupes socio-économiques, familles, villes, cultures, "tribus", idéologies, religions.... Tous les types d'appartenance possibles); quel pouvoir autoritaire peut durablement espérer de la "stabilité" (selon ses termes) sans devoir payer un coût prohibitif et croissant pour contrôler sa population? C'est d'autant plus illusoire que des pays comme la Chine ne partent pas d'une page blanche: le passif est déjà lourd pour les élites, surtout régionales, et les problèmes et mécontentements sont nombreux. Oh, espèce d'anarchiste, graine de zazou, hérault du chaos! Tu crois que ces comptes en Suisse (et ailleurs) s'alimentent tout seuls? Essaie un peu de voir tout le travail que ça représente, nom de nom! Et tu veux changer la donne, perturber cet ordre si difficile à établir? Tu respectes pas le travail des autres, voilà ton problème . -
Guerres & Histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Davout dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Tu crois vraiment que je suis la personne à qui il faut le demander :-[ ? Tu dois vraiment nager en pleine confusion, si t'en es là ! -
Guerres & Histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Davout dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Bon, je sais pas si la rédac du magazine fait sa due diligence et vient faire du fishing ici (merde, c'est le premier rassemblement de geeks fanas milis en francophonie), mais voici une liste au Père Noël de ce que j'aimerais voir traité: - la guerre de Corée: l'une des "grandes guerres" les plus mal connues: traitée périphériquement dans l'histoire de l'APL et quelques autres sujets, ou ailleurs par les auteurs (Michel Goya surtout), c'est quand même un "objet" maousse impliquant énormément d'aspects, de l'approche opérative des deux "blocs" et du jeu stratégique des doctrines en évolution permanente, aux adaptations tactiques et à la "re-création" des forces US vers leur modèle de guerre froide après la démobilisation massive de l'après 45.C'est un thème si énorme et en même temps si ignoré.... - la guerre de Crimée: aussi une des oubliées, à part quelques épisodes. Mais c'est quand même l'une des premières, sinon la première, OPEX massive (projeter quasiment en "une fois" et entretenir près de 200 000 soldats) de l'ère moderne: comment fonctonnaient les unités (organisation, type de troupes, comment un corps de manoeuvre avance....), comment fonctionnent les opérations à cette époque de transition, à cheval entre les guerres napoléoniennes et la guerre industrielle, comment "marche" une armée de campagne de cette époque (passage d'un ordre de marche à un ordre de bataille, engagements déstructurés ou encore en dispositif de ligne, comment interagissent les unités et types d'unités, à quoi ressemble le contact....). - la "révolution militaire" de Louis XIV/Colbert/Louvois: un tournant majeur et massif, le premier "modèle militaire" moderne venant d'une approche "globale/holistique", un changement sociologique, tactique, culturel et matériel de l'armée, reflétant celui de l'Etat.... - la Guerre de Trente Ans: comme la guerre du Péloponèse (traitée dans G&H), les guerres napoléoniennes, la Guerre de Cent Ans (traitée) ou la guerre civile romaine, ou évidemment les guerres mondiales, c'est une guerre "de fin de système", une "guerre totale" (une "guerre sans limite"?) qui se déclenche au moment où un système international (ou politique) ne peut plus se poursuivre et se réparer, tant ses contradictions et déséquilibres, la concentration des pouvoirs et la polarisation des camps en présence (et des logiques, ou systèmes, concurrents) ont atteint le point de rupture et que les bases d'un nouvel équilibre des rapports de force doivent de facto être établies. Elle aussi est une guerre au final peu traitée (au niveau du grand public), surtout sous l'angle militaire (tactique, "opératif"....) - le "modèle militaire" romain: plus que la légion, c'est le système de bataille/système tactique, le système de campagne (et d'occupation, et de défense) et le système stratégique romain qui mériterait d'être traité. Si la légion en constitue l'essentiel jusqu'aux guerres civiles, la professionnalisation, puis la centralisation du pouvoir changent la donne, et à partir d'Auguste, on peut parler d'un "modèle militaire" partant d'un Etat centralisé. Et son évolution face aux changements intérieurs (politiques, économiques/budgétaires, techniques) et extérieurs vaut quand même le traitement, surtout quand on aboutit au modèle militaire dit "tardif", et que cette évolution se poursuit dans l'empire byzantin avec encore 2 grands "modèles" (ou "apogées"?) ultérieurs (armée thématique, puis armée des Comnènes). - Ou alors quelque chose sur l'évolution militaire byzantine, en partant du modèle romain tardif (tronc commun entre les IIIème et Vème siècles) adapté en orient (un modèle "justinien" aux V-VIème siècle? Celui de Bélisaire et Narsès), pour arriver à l'armée comnénienne, avec entretemps le modèle thématique, le tout reflétant l'évolution d'un empire qui se féodalise progressivement, pressé par une menace omniprésente et omnidirectionnelle et par ses déchirements intérieurs, les deux s'alimentant mutuellement (réduction de la base fiscale, sollicitation permanente des armées, manque constant de troupes....). - la féodalité (le modèle "ultime" de la conscription, en ce qu'il n'y a quasiment aucun compromis avec des éléments professionnels constitués et permanents), tout au moins celle des débuts: le modèle militaire carolingien, ses forces, et surtout ses faiblesses, pourquoi est-ce un modèle fragile. Plus enthousiasmant encore serait une vision de la féodalité en occident ET ailleurs: la Chine est passé par quelque chose de comparable, de même évidemment que la Perse (parthes, puis sassanides), les ottomans, les Japonais.... La féodalité est-elle un "anti modèle" militaire en ce qu'elle est profondément un "anti Etat"? - l'armée ottomane: comment elle s'est construite, comment s'est fondé un "modèle militaire" ottoman à partir d'un peuple cavalier, quelle structure avait-elle, à quoi ressemblaient les unités.... Les points forts de G&H: - excellent pour "introduire" à un thème militaro-historique - bonne présentation, bons "angles" d'approche d'un sujet, en faisant, ou essayant de faire, ce que l'on ne voit pas ailleurs: description d'unités et de leur fonctionnement tactique et opératif, attachement à l'angle pratique de "comment ça marche", importance de la quantification (combien peut marcher un hoplite ou un chevalier avant de s'effondrer? taux de pertes, proportions de telles ou telles troupes dans telles unités, budgets, coûts par types d'unités et de matériels....). Ceci dit, c'est pas présent à tous les coups, et les sirènes du récit descriptif/chronologique "classique" (si présent dans les magazines historiques, aux dépends de l'analytique) sonnent encore (et on peut alors s'endormir). - attachement à taper dans les visions traditionnelles, ou plutôt dans les modes de traitement habituels d'un sujet - choix de sujets tendant à être plus originaux: si on pouvait durablement éviter le réflexe grégaire de l'historien militaire qui revient toujours vers le "Napoléon ou la 2ème GM" à toutes les sauces (et elles sont écoeurantes quand on regarde la presse historique/militaire: y'a QUE ça), ce serait si rafraîchissant - de temps en temps (pas assez à mon goût): représentation "physique" des unités du temps passé. La plupart des magazines historiques, à part pour les guerres récentes (depuis la 2ème GM) représentent rarement sinon jamais à quoi ressemblent les unités et sous-unités essentielles, les "pions" tactiques et les "pions opératiques"/de manoeuvre (de bataille et de campagne), comment les unités fonctionnent, se répartissent entre rôles et métiers/spécialités (les différents niveaux "d'interarmes"), à quoi ressemble le combat/le contact entre des armées particulières lors d'une bataille, le dispositif de bataille, ou le timing du mouvement d'une unité/d'une armée (passage ordre de marche/ordre de bataille).... J'attends quasiment un DUO des unités du temps passé, mais aussi leur représentation (ils ont parfois de très bonnes illustrations, comme pour montrer le tercio, représenter physiquement une légion, un lochos spartiate....); pourquoi? Ca aide, les autres magazines ne le font pas (et G&H le fait un peu plus, ce qui me fait pencher vers lui), j'ai envie d'avoir ce genre de représentations avec des récits plus dynamiques et analysant les modes d'opérations à tous échelons, plutôt qu'une litanie temporelle des événements, qui a été casée 36 fois dans 36 magazines, avec des cartes soporifiques (les sempiternels carrés sur un plan simpliste, où on ne retrouve jamais les mêmes repères -villes et autres- que dans le texte). -
Faire des lignes en plus? A titre d'exemple, Musk a évalué le coût d'une double ligne entre LA et San Francisco autour de 6 milliards, et il semble que ce soit largement sous-évalué (entre autre parce que ça n'inclue pas le matériel roulant flottant): donc des lignes en plus, c'est au très grand minimum dans cette gamme de coûts. Seules conséquences: un ticket prohibitif, ou une large proportion de subvention pendant longtemps. L'Etat californien est dans la mouise financièrement, donc c'est douteux, mais vu que ce genre de situation est commun à beaucoup d'Etats, gouvernements locaux, échelons d'administrations et de communautés, aux USA et ailleurs, c'est pas le genre d'initiative qu'il est prévisible de voir se développer pour un très long moment. On n'est pas dans des gammes de coûts qui rendent ce genre de doublage (en fait triplage, vu qu'il est prévu d'avoir 2 lignes dans chaque sens: une pour les humains, une pour du fret) de réseau probable, ou même simplement possible. Tabler dessus en solution technique dans l'absolu devient donc une erreur. Et en poussant l'accélération à 2G, quelle part de marché (les mémés susmentionnées -et les pépés avec-, plus ceux qui trouvent ça désagréable) se trouve dégagée du concept? Réponse, une proportion insupportable: y'a qu'à voir la proportion de vioques dans les pays développés, alourdie par leur pouvoir d'achat disproportionnellement lourd et leur plus grande proportion à voyager (surtout aux USA). Si en plus tu te mets à foutre des capsules allant à 700 à l'heure à la queue leu leu, tu tapes dans les problèmes de sécurité garantis à court terme: toute technologie débutant sa phase de généralisation aura ses accidents, et là c'est tout connement multiplier leur probabilité d'occurrence (et leur gravité). Soit alourdir encore le coût politique de l'entreprise, rendre tous les décideurs et financiers frileux.
-
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
A tel point qu'ils ont essayé de se débarrasser de moi en m'envoyant au concours général. Pour moi aussi, l'une des meilleures scènes au ciné, moins en raison du style de combat proprement dit (on reste dans le trop "technique" avec des mouvements entiers, lancés à leur plein potentiel.... Il faut ça au cinoche, et on voit que c'est parfois moyen spontané), que: - par sa durée: un combat, quoiqu'il arrive, ça va vite. Là, ils trouvent un bon compromis entre une durée un petit peu "tirée" et un non emmerdement complet: on le goûte, on le savoure, et ça a pris quelques instants à peine. La caméra ne "s'extasie" pas sur un coup particulier (qui met en valeur un perso), ne s'attarde pas avec des effets de manche cheaps (ralentis, répétitions, multi-angle....), la chorégraphie n'essaie pas de passer en revue un panel des coups les plus aguicheurs et/ou populaires à l'écran.... - le vice: c'est déjà devenu plus commun dans beaucoup de films et séries, mais c'est rarement bien dosé, si bien que quand on a des combats très moyens, voire mauvais (à peine masqués par la mise en scène, les angles et le séquençage), mais des coups vicieux et des blessures qui font mal à regarder, ça sonne faux, voire puant. Ici, c'est bien, c'est juste, et on s'attarde pas sur une image.... Bon, y'a le stylo: un grand moment; celui-là, il reste dans les anales (enfin dans les phalanges, mais bon) comme la petite cerise du péché visuel sur le gâteau (plus ce serait de la gourmandise qui fait vomir). - l'équilibre: les deux adversaires sont bons, et le ressenti donné à la scène s'en ressent. C'est pas des allers-retours "y'en a un qui gagne, puis l'autre a son tour, puis le premier regagne" (et autres variantes, genre le héros dérouille et sort le super enchaînement in extremis), c'est pas un festival à la gloire du héros.... C'est juste bien dosé. Bon, un bémol: l'entré de l'antagoniste: le tarzanage improvisé dans la fenêtre, avec le PM à une main (et qui trembote beaucoup), lancé comme ça, c'est pas vraiment le meilleur truc qui soit, et vu comme ça, avec un peu de recul, ça fait même un tantinet ridicule (et pas très bien choisi tactiquement). Mais bon, on lui pardonnera à ce gars, vu ce qui lui arrive après: faut pas charger la mule. Sinon, je sais plus si on l'a évoquée ici, mais je recommande la série Copper dont la 2ème saison est en cours actuellement: c'est une série historique se focalisant sur l'un des bas fonds les plus durs du New York des années 1860, les célèbres Five Points (que Scorcese a mis à l'honneur), où la très douteuse police de la ville (les "coppers", dont le nom dérive du cuivre de leur insigne) essaie de garder un semblant d'ordre, du moins les quelques flics qui gardent un peu d'honnêteté. A voir en VO, rien que pour les terribles accents très travaillés pour restituer l'ambiance de ces quartiers d'immigrants récents, allemands, réfugiés du vieux sud, mais surtout, des Irlandais en pagaille. La série se déroule sur fond de guerre de Sécession, avec les mobilisations forcées d'immigrants à peine débarqués, les espions du sud (dont la fameuse cellule sudiste qui a essayé de mettre le feu à NY), les querelles sur la question de l'esclavage et le statut des noirs, les effets de la guerre (le héros est un vétéran légèrement handicapé) sur la vie courante et les âmes, mais aussi sur les intrigues, notamment celles de riches spéculateurs dont les actions et luttes impactent la vie dans les bas fonds.... Des décors qui crachent, de bons personnages, de l'action pour le coup assez réaliste (c'est pas spectaculaire, c'est vicieux, y'a beaucoup de violence et pas vraiment de "combats").... Et entre autres Franka Potente qu'on revoit toujours avec plaisir; c'est la revoir dans le petit extrait de Jason Bourne qui m'a fait repenser à la série (et merde j'ai oublié de choper l'épisode de dimanche). Petite note en plus pour le générique: pour ceux qui aiment le son de l'Irish rock, façon Dropkick Murphys, Dubliners ou Flogging Molly. -
Films de guerre, en vrac
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
ExpEndables, pas expandables :lol: : "expandables", ça voudrait dire "gonflable", ou "grossissable" :-[ . Ils en font déjà trop dans ces films, faut pas les encourager. Désolé, mais ça m'a fait hurler de rire de le lire comme ça (merci d'ailleurs, ça fait toujours du bien). Plus sérieusement, et plus dur (un coup de rire était donc bienvenu), je conseille un film que je viens de voir: The Act of Killing. C'est un documentaire de 2012, réalisé par Joshua Oppenheimer) sur le coup d'Etat de 1965 en Indonésie, et le renversement du gouvernement Sukarno (et donc l'arrivée de la triste clique de fachos maffieux qui est encore là aujourd'hui), et plus précisément sur les massacres organisés, ou grandes purges, qui ont suivi l'événement et auraient fait entre 500 000 et 2 millions de morts (impossible apparemment d'avoir d'estimation fiable, même si le chiffre de 500 000 est aujourd'hui le minimum sur lequel un consensus existe). Le film n'est pas là pour porter un jugement historique quelconque ou décrire le coup d'Etat, l'histoire politique, ou l'évolution de l'histoire indonésienne: c'est une histoire d'êtres humains, et là, c'est son autre originalité, il se focalise quasiment exclusivement sur les bourreaux, pas les victimes. Le réalisateur s'est donc attaché à suivre 2 d'entre eux, aujourd'hui révérés comme des héros via leur passé et leur appartenance à l'organisation paramilitaire d'extrême droite Pemuda Pancasila, proche du pouvoir (des ministres en sont des membres notables). Parce que c'est là le hic: il n'y a eu aucun travail de mémoire, de prise de recul ou de réconciliation sur cette question en Indonésie, si bien que la propagande de l'immédiat d'après-massacre est encore ce qui donne le ton du débat, publiquement ET au niveau individuel. Cette propagande est encore la seule mémoire qui existe.... Et l'impact du film a été tel en Indonésie (y compris auprès du gouvernement qui a rebondi dessus, loin des habituelles réactions sur les films mémoriels, avec indignation contre les sales gauchistes et raidissement des sales fachos ::) ) que le travail a commencé. Mais le plus poignant, le plus puissant dans ce film, est justement que sans une seule seconde aller dans le pathos, en se focalisant uniquement sur les bourreaux, et ce sans les juger, il obtient exactement ce que les acharnés de la culpabilisation sans compromissions n'obtiennent pas: la remise en question de ces gens par eux-mêmes, leur propre ouverture à la réalité de leur passé, celle d'un crime contre l'humanité (difficile à contester, dans l'absolu). Et c'est là que c'est puissant: les deux personnages, d'anciens maffieux propulsés à la tête d'un des escadrons de la mort les plus actifs de cette période. Anwar, celui avec lequel le réalisateur s'est apparemment le plus lié, a personnellement tué de ses mains (la strangulation semble avoir été son moyen de prédilection) plus de 1000 personnes. Et c'est là que le film est puissant: c'est un processus de découverte, particulièrement des personnages qui se mettent eux-mêmes en face de leur passé sans s'en rendre compte, simplement en l'exposant et en le mettant en scène avec leurs moyens, leur regard, leur statut social actuel (les participants à ces actions ne cachent rien: en Indonésie, ils s'en vantent tous les jours), et, en parallèle, en essayant de confronter leur façon de vivre et ce qui est dit de leur action avec leurs cauchemars, leurs obsessions et tous les symptômes d'un grave trauma (infantilisatisme, comportement obsessionnel, absence de sommeil, TOCs, sautes d'humeur, dépression, alcoolisme, faible capacité de concentration et d'attention, réactions physiologiques violentes....). Bref, c'est un parcours, et on suit non une narration, un discours ou un itinéraire balisé par un réalisateur engagé, voire carrément dogmatique, mais des individus, et c'est ce qui fait la puissance d'un film dont je défie quiconque de ressortir indemne. Pour les connaisseurs, le réalisateur Werner Herzog, producteur exécutif du film et réalisateur taré lui-même (surtout dans sa période avec Klaus Kinski, pour les cinéphiles), en a dit qu'il s'agissait d'un film dérangeant.... Si le film dérange Herzog, ça résume beaucoup de choses :-[ . Alors est-ce un film de guerre? Au sens large, pour moi, oui: l'histoire d'individus dans le cadre d'une guerre civile, ou plutôt des lendemains sanglants d'un coup d'Etat très violent. Et c'est vraiment une histoire de l'impact qu'a la violence la plus extrême et répétitive (on retrouve des thèmes évoqués par Robert Merle dans La mort est mon métier: banalité du mal, détachement mental de l'horreur, résilience de la psychologie humaine, mensonge à soi-même pour pouvoir accomplir les actes les plus noirs....), sur le stress post traumatique et ses effets de moyen et long terme. -
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Personne a dit le contraire: de la vraie violence à l'écran, ça ressemblerait à rien du tout pour le corps à corps, et ça ferait royalement chier pour les échanges de tirs. Mais pour les séries et films ayant une prétention à un certain "réalisme", qui est obligé quand même d'inclure des codes et conventions de la violence à l'écran dans une certaine mesure, pour accrocher le spectateur ou pas le faire fuir ou dormir, employer les dits codes et conventions intelligemment, et avec un peu d'originalité et surtout de mesure (doser la quantité de violence dans un épisode, par exemple, pour mieux la mettre en valeur), est recommandé. Et les moments d'action très "one sided" de trucs comme 24, où on voit des adversaires passifs (même si c'est plus ou moins bien camouflé par la mise en scène suivant la série ou le film), encaisser comme des fillettes quand ça arrange, agir comme des cons..... N'aident pas à rester dans cette gamme de "réalisme". D'autres séries et films le font, ou essaient de le faire, mais, mystère, mystère, ils ont généralement un accent moins lourd porté sur l'action (qui bizarrement n'en ressort du coup que mieux) et plus sur les personnages, sur ce qui amène à l'action, sur ce qui en ressort (sur ce que l'action permet réellement de résoudre; parce que dans les mauvais films et séries d'action, la violence elle-même est ZE solution qui répond à toute situation, pas un moyen qui permet d'aller résoudre une situation).... On verra pour les exemples quand ils viendront à l'esprit (pas le cas pour l'instant). Over There (série assez vite arrêtée sur la guerre d'Irak) était pas mal de ce côté, par exemple. Note: il existe depuis un moment une série (qui se continue actuellement) qui résume tous ces clichés.... Intentionnellement. Pour le genre policier/enquête/lézexperts/action, regardez donc NTSF SD SUV (oui le titre est violent), qui est un bon défoulement à l'encontre de tous ces codes et conventions dont les ricains et d'autres font un surusage si lassant. Comme en son temps Sons of the beach (parodie de beaucoup de clichés en série, emballés dans un décorum façon Alerte à malibu: un peu lourdingue, mais marrant).... -
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
C'est pas parce que le "style" de combat représenté à l'écran n'est pas du kung fu que c'est réaliste pour autant: faut vraiment voir à quoi ressemble la vraie violence avant de dire des énormités comme ça. Tu peus faire du "stage kung fu" comme tu peux faire du "stage krav maga", et ça donne juste un effet canada dry à certains: ça a un vague look de réel (ou plutôt de différent de ce à quoi on est habitué), ça a un vague parfum de réel, mais c'est pas du réel..... Très loin de là. Juste parce que quelques coups ressemblent à ceux de méthodes de close combat et que la chorégraphie, pognon oblige (ou permet), est mieux filmée que dans beaucoup de prod (meilleurs angles, meilleur séquençage) ne change pas les fondamentaux qui sont les mêmes que dans trop de séries et films. Désolé, mais dans ce que j'ai vu de 24, y'a le même cocktail de coups dont l'effet est sans rapport avec la taille et le poids de qui le donne (et de qui le reçoit), avec l'angle d'attaque ou la forme du coup, de gens qui accusent le coup (et font semblant 3 secondes d'être handicapés par lui) et continuent à afficher le même niveau de performance (et de capacité à encaisser), et surtout, on voit beaucoup des mêmes coups rarement casables en vrai, de coups qui ne peuvent donner leur maximum d'effet (on tape rarement dans des conditions optimales, on tape rarement à pleine puissance, un coup est toujours au moins un peu dévié/amorti....); plus encore, on voit le même genre de trucs qu'ailleurs, avec des adversaires plus ou moins passifs, ou faisant juste ce qu'il faut pour pas trop donner l'impression qu'ils présentent leur visage (et autres parties vulnérables) aux coups des persos, réagissant comme des abrutis (alors que la plupart sont censés être entraînés voire surentraînés).... C'est pas parce que c'est mieux filmé que la moyenne des productions que ça change ces fondamentaux: ça les masque juste un peu mieux (ou moins mal) de temps en temps. Et pour le reste de l'action, on a le même genre de "one shot kills" au milieu de fusillades massives (le héros qui peut ajuster un tir précis quand les balles fusent partout et qu'il y a qu'un quart de seconde pour même trouver du regard un adversaire planqué -qui tout d'un coup cesse de bouger pour l'occasion), de personnages avec 2 flingues à la main (assénant des rafales surefficaces), de coups de feux qui déclenchent des explosions (aaaah, les explosions dans les séries, surtout celles de voitures.... Le thème d'un débat entier :lol: ).... Bref, rien de nouveau sous le soleil, sinon le style de narration (plus cadencé) et une mise en scène plus pêchue, une image plus accrocheuse que dans les séries en général (novateur quand 24 est apparu), et une insistance sur un héros qui torture abondamment et obtient systématiquement des résultats en le faisant (thème post 11/09: "oui, on fait les choix difficiles, on fait ce qui marche" et autres conneries du discours ambiant dans ces années là, transformées en faux débat, faux pathos et personnages de "faux durs" dans la fiction). Maintenant, j'ai ni l'intention, ni le temps, ni l'envie d'aller paguenauder sur youtube pour me remémorer des scènes de combat précises d'une série qui me fait prodigieusement somnoler. Tais toi, tu comprends rien! Y prennent tous des pillules et sont saturés de produits et stressés à mort: toi, tu vois des oiseaux, mais essaie d'imaginer ce que lui voit, du coup :lol: . Ceci dit, plus encore que la traque en pleine nature, la traque en pleine ville me semble souvent encore plus délirante: sans indices ni aucune manière de retrouver quelqu'un quand le visuel est perdu ou que la distance est trop grande, le héros (ou le méchant traquant une victime) retrouve toujours sa cible: carte en temps réel imprimée dans la tête et connaissance du terrain et de l'adversaire qui permettent d'anticiper au mètre près l'objectif et/ou le choix d'itinéraire? Capacité de voir l'avenir proche? L'une des pires déclinaisons de ce code: le flic (généralement jeune et/ou con, et/ou masculin) en poursuite rapide d'un malfrat, qui s'épuise à lui courir après à travers tous les obstacles, et le vieux de la vieille (ou la nana) qui contourne (souvent mystérieusement), sachant où le malfrat va aller 10 minutes avant qu'il y soit et s'y téléportant pour l'attendre tranquillement à l'arrêt, ou mettre sa voiture en travers du chemin (au dernier moment pour le puncher, même si le dit malfrat a auparavant démontré des réflexes éclairs et une aptitude de pro du parkour), ou simplement tendre le bras (le reste étant planqué hors du champ de la caméra -donc le malfrat peut pas voir ) au niveau de la gueule du fuyard. Apparemment, y'a toujours un itinéraire à la fois plus malin et plus rapide qui permet de contourner et d'arriver avant le fuyard.... Je dis pas que le principe est forcément faux, juste que sa déclinaison à l'écran est rarement terrible, et que les scénaristes ont tendance à en abuser au point que c'est une vraie facilité, un peu fatigante à l'usage (comme les autres "codes" visuels). -
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Non, Strike back a nettement plus de "réalisme" que 24 (ou en tout cas a commencé avec plus, la série s'enfonçant dans les codes avec le temps), pour autant que ce genre de séries peuvent en fournir. Désolé, mais 24, c'est du grand guignol: on peut trouver ça plaisant à l'oeil, flatteur pour l'ego ou tout ce qu'on veut, mais réaliste (y compris, voire surtout, pour l'action), désolé, mais c'est pas vraiment le mot qui vient à l'esprit. TRES loin de là. Ou alors tu as un problème avec le fait de savoir à quoi ressemble la violence dans le monde réel. -
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
J'avais bien compris, et je re-confirme: je trouve ça très drôle.