-
Compteur de contenus
18 697 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
166
Tout ce qui a été posté par Tancrède
-
Le second empire et le pantalon rouge
Tancrède a répondu à un(e) sujet de aigle dans Histoire militaire
Que la machine militaire, et plus encore, la machine de la mode, sont des mécaniques lourdes et pleines d'inertie, que les habitudes s'enferrent sans qu'on puisse toutes les changer rapidement, et que, dans le cas du premier empire, cela pouvait concourir plus d'un sentiment de continuité que d'autre chose, surtout quand le coût d'une adaptation, pour une armée qui n'était mine de rien pas petite (armée de, mettons, 1852: combien de paires de jambes, à multiplier puisqu'il faut de la rechange, et de nouveaux effets pour les conscrits arrivant chaque année?), peut tout de suite grimper vite dans un temps où l'Etat (comme toujours mais à certains moments plus qu'à d'autres) a besoin de faire feu de tout bois pour trouver des budgets afin de faire le nécessaire, et afin de satisfaire les forces politiques très antagonistes qui divisent alors le pays (Napoléon III n'a jamais eu beaucoup de marge de manoeuvre pour gouverner, entre les républicains, les cathos, les monarchistes, les socialistes naissants, et ses soutiens "bonapartistes" gourmands, plus les opportunistes de tous types). Equiper une armée qui doit tourner dans les 300 à 400 000h (plus les équivalents de milices), ça fait vite cher dans une économie où l'industrialisation textile n'a pas atteint son rythme de croisière. Quand les moyens sont comptés, qu'il y a des OPEX (l'Algérie est devenue une chose permanente, et d'autres s'y ajoutent vite, plus les affaires européennes), qu'il y a d'autres priorités d'armement (l'artillerie, les fusils, la modernisation des arsenaux, le casernement....). Et pour la symbolique des couleurs, le rouge fait partie du drapeau, et a déjà même pris en partie une connotation de gauche (encore minime). Seul le blanc est réellement "politiquement" connoté (même si plus sur un drapeau) depuis Jeanne d'Arc. Mais la couleur des uniformes, franchement, marque peu l'appartenance politique. Tout au plus celle de la veste pourrait-elle parler plus fort; mais celle du pantalon, pas vraiment. Et son introduction par la monarchie ne correspondait pas tellement à une symbolique quelconque: si intention il y a eu (j'en sais rien), c'est plus vraisemblablement pour rattacher au drapeau "complet". Pour mémoire, le blanc dans l'uniforme, c'était déjà la donne sous la monarchie (gris perle pour la veste -qu'on appelle néanmoins "blanc"-, à l'origine parce que c'est la "non couleur" du tissu sans teinte, soit un motif d'économie sous Louvois): culotte, gilet (pas tous, mais la plupart), baudrier et pantalon sont blancs (sauf dans la Maison du Roi). Monarchie, République/Convention/Directoire, puis Consulat et Empire, n'ont jamais changé la couleur du futaille, c'est tout. Seules les unités de Garde ont pu avoir la nécessité occasionnelle d'être encore plus différenciées du reste de la troupe que par juste le couvre chef, des ornements différents, quelques variations subtiles de couleurs dans des détails d'habillement, voire une couleur de veste très différente et, à l'occasion, celle du pantalon. Faut pas y voir un acte trop politique ou une portée symbolique importante. Peut-être un aspect technique a t-il pu jouer: la taille des armées, l'espace qu'elles couvrent en bataille et la fumée (plus d'armes à feux plus puissantes et à cadences plus grandes) explosent, tandis que les possibilités de "command and control" tactique stagnent (donc diminuent gravement en relatif). Unifier plus radicalement l'aspect des combattants concourt aussi des nécessités de pouvoir plus facilement identifier ses troupes, se reconnaître dans une armée.... -
années 30 et 2010: peux t-on y voir un parallèle?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de leclercs dans Politique etrangère / Relations internationales
La tentation des parallèles historiques est toujours grande, surtout pour les historiens: on peut lister les similarités -qui sont toujours nombreuses- ou, plus problématique et bien plus fréquent, ce qui nous semble être des similarités -nettement plus nombreuses-, et on passera toujours à côté de la plaque pour ce qui est de l'analyse du présent et du proche futur. L'Histoire, si et seulement si on l'envisage comme une somme de données servant d'outils, est un outil souvent fiable de prédiction du futur (comme d'autres disciplines), sous réserve qu'on utilise bien ces outils et qu'on contrôle leur pertinence. Mais elle n'est pas pour autant une leçon, parce qu'elle est toujours interprétée autant qu'elle est étudiée. Trop de subjectivité dans ce type d'analyse. On pourrait tout aussi bien trouver des similarités énormes entre les années 2010 et l'époque de la fin de la République romaine, ou au contraire ses débuts (si tu veux un exposé établissant ce parallèle, je peux le faire), ou encore avec l'avant 1789 ou avec l'après 1815.... Suivant les angles d'analyse auxquels tu t'attaches, suivant ce sur quoi tu centres ton étude/ton parallèle, et plus encore suivant ton interprétation des époques considérées, tu peux démontrer aussi bien la similarité des deux que leur extrême différence, sans pour autant que ni l'une ni l'autre analyse ne manque de pertinence. L'histoire SEMBLE se répéter parce que les humains et les organisations humaines changent peu dans leurs façons fondamentales d'agir et d'interagir, surtout dans ce qu'on voit à court terme, en tant que spectateur individuel. -
Chine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca, c'est le signe d'un gouvernement, voire d'un Etat, faible: ça va avec l'agressivité plus prononcée de la Chine depuis un certain temps. Entre le jeu de qui a la plus longue avec le Japon, l'usage de "l'outil" du sentiment national auprès de la population, le silence accru sur les violences internes au pays et les "purges anti corruption" (qui reflètent plus certainement des luttes de pouvoir internes entre "clans"), un resserrement de vis est généralement un symptôme révélateur.... Les paranos ont plus peur que d'habitude, et évidemment, même eux ont des ennemis. Question: sait-on ce qui va pas au sein des élites dirigeantes chinoises? Elles ont un mal croissant à dealer ensemble, et par là, à assurer une unité de direction du pays sur un nombre suffisant de questions pour lui maintenir sa stabilité? Y'a t-il moins de fric (et autres types de part du gâteau) à partager, ce qui rend la compétition plus rude, les engueulades plus fréquentes, les alliances moins nombreuses, plus coûteuses et plus fragiles? -
Guerre civile en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de maminowski dans Politique etrangère / Relations internationales
Je sais pas si il est apparu ici, mais ce site est assez intéressant pour s'informer sur le dossier syrien: il s'agit d'une initiative, à la base par une ex-journaliste, qui compulse un grand nombre de sources croisées, y compris un grand nombre de sources en Syrie même (jusqu'au niveau d'individus dans des camps de réfugiés ou dans des villes en guerre, avec un compte internet ou un smartphone). Très bon pour choper les tendances, trouver de l'exhaustivité, fouiller beaucoup d'aspects d'un même problème et éviter les prises de position trop tranchées de la presse. Certains documents sont terriblement intéressants, comme par exemple un organigramme du régime recensant les défections et les replaçant dans le contexte de la hiérarchie syrienne et de ce qui transpire des équilibres internes "politiciens" dans le régime. De là, croisé avec des analyses plus classiques du régime et la tendance des commentaires parfois très informés qui sont reçus de Syrie, ça permet par exemple de dire que la simple menace concrète de frappes semble avoir créé de nouvelles dynamiques en interne, qui pourraient fragiliser Assad très sérieusement (et ce d'autant plus que ni les Iraniens ni les Russes ne peuvent le blairer). http://beta.syriadeeply.org/ -
comportement de la bleusailles et des anciens au feu dans l'histoire militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Tiens, je repensais à quelques exemples historiques croisés (un peu dans tous les sens; y'avait du russe vs finlandais de la guerre d'hiver, du russe vs nazi, du légionnaire, du grognard, du piquier/arquebusier de la guerre de 30 ans.... C'était le bordel) et ça m'amenait à un facteur fondamental du fait de savoir qui "tient" et qui "lâche", pourquoi, comment.... Ce facteur, c'est l'information: un soldat qui sait pourquoi il se bat et qui l'accepte tend à bien mieux tenir et se comporter (à l'échelle d'unité, c'est un accroissement de la proportion d'actifs et de suiveurs par rapport aux passifs et aux fuyards). Un soldat qui sait ce qui se passe autour de lui, à moins évidemment que ce soit la merde absolue, est moins vulnérable au défaitisme qui "castre" et casse l'espoir (donc la propension à s'accrocher et à agir), à une peur paralysante, à une colère incontrôlable qui peut entraîner retournement contre ses chefs (ou mutinerie, reddition, retraite forcée, arrêt de l'action....), voire à une panique totale (et là ce sont les fuites et décomposition d'armée). Les Romains donnaient un double sens au mot "discipline", ou plutôt, le terme "disciplina" s'est imparfaitement transmis en "discipline" dans notre vocabulaire: un soldat, pour bien se battre et se comporter, est formé pour respecter ces deux sens. Le premier est celui que nous maîtrisons mieux: obéissance, tenue des rangs, apprentissage du comportement militaire en situation dangereuse (où l'instinct dit de se barrer, de désobéir, de se rebeller....). Le second est en fait ce qui a abouti à l'autre sens du mot dans notre langue, un sens très neutre qui fait équivaloir discipline à "domaine d'étude" ou "domaine d'activité". Le sens romain est plus large, et donne tout son sens et sa puissance à la conception qu'ont les romains de ce que doit apprendre un soldat et de ce qu'il doit être: le soldat est, toute sa vie, un étudiant du domaine de la guerre, dont il apprend, donc, la discipline. Cela suppose qu'il sache pourquoi il se bat en général et dans une occasion particulière (combat, bataille, campagne, guerre....), qu'il accepte cet objectif, cette raison, mais cela suppose aussi qu'on ne le prenne pas pour une "chose" malléable à merci et traitable de n'importe quelle façon: il doit être informé de là où il est, de ce qu'il fait, de ce qui se passe autour (dans une bataille, cet "autour" n'est pas forcément énorme, au moins pendant les séquences d'action), et doit pour ce faire être (et donc être éduqué en ce sens) capable de comprendre cet environnement guerrier. C'est pourquoi la chaîne de commandement, horizontalement et verticalement, même en bataille, transmet l'information, et c'est pourquoi une armée romaine de campagne est une armée "connectée", pas des corps séparés comme beaucoup de ses adversaires ou comme, par exemple, au Moyen Age. Plus on en sait (et plus, évidemment, on est capable d'assimiler cette info), moins on a peur (sauf si y'a de quoi), ou en tout cas démesurément peur, et c'est valable pour tout le monde, du légat jusqu'au contubernium de base. C'est pourquoi la solidité des unités essentielles et des petits groupes a toujours été proportionnellement plus grande que celle des "corps d'armée" (les ailes et le centre d'une armée de campagne, pendant très longtemps, puis d'autres subdivisions à mesure que les armées ont cru et se sont plus organisées), et que des chefs d'unités et sous-unités essentielles ont le plus souvent pu obtenir plus des mêmes hommes et groupements que les chefs de plus haut échelon. L'exemple russe arrive là: face à la Finlande ou à l'Allemagne dans les années 40, les Russes n'ont pas été à la fête, mais mêmes aux mauvais moments, dans une armée rouge pas encore au point, on voit des unités, pas plus anciennes que d'autres, tenir au milieu du maëlström. Pourquoi? La confiance du groupe en lui-même et en ses chefs (quand il y en a de bons), qui permet de rester plus rationnels dans la merde la plus complète, et de voir que même isolés et/ou face à une masse adverse, vaut mieux pas se rendre ou paniquer et se disperser (pas par patriotisme, mais parce que les chances de survie dans les circonstances du moment sont plus grandes en groupe. Mais faut être lucide, dans le chaud du moment, pour le voir. L'expérience accroît la probabilité de lucidité, certes, mais il y a donc d'autres facteurs. Et c'est là mon point sur ce que je nomme à grand trait "l'information"; la faire circuler, avoir appris à l'assimiler, et avoir une conscience plus grande de son entourage que l'immédiat le plus strict, histoire de savoir que si même dans le secteur où on se trouve, ça merde, il y a encore une armée ailleurs, un arrière, des réserves, du soutien disponible, de l'espace pour bouger ou reculer, et même des moyens de s'en sortir par soi-même (même si la situation du GC où on se trouve semble indiquer le contraire).... Bref, même pour le plus petit groupe, voire l'individu, il faut donner une perspective pour l'avenir proche/très proche, qui dépasse ce que ses impressions immédiates lui fournissent (la peur du combat donnant à son inconscient une tendance naturellement défaitiste/pessimiste). Lutter contre l'isolement (de l'individu, de l'unité) est donc un facteur important, ce qui suppose une façon de s'organiser, une façon de faire circuler l'info, une culture donnée dans une armée et dans les "courroies": officiers, sous-offs, soldats expérimentés, "transmetteurs" de toutes sortes (des musiciens et porte enseignes jusqu'aux radios et autres moyens modernes, de l'éternel radio rumeur interne à l'internet de bataille et aux "réseaux sociaux" de tous types en interne des armées)..... Mais aussi un apprentissage poussé pour assimiler cette information transmise. Et là, par exemple, les armées de l'âge classique, les armées médiévales, mais aussi bien des armées antiques (y compris la romaine à certaines époques), sont des contre exemples absolus: ce sont les cas où on voit, avec le plus de régularité, des armées combattre "par morceaux" communiquant pas ou peu entre eux, des soldats souvent mal considérés, "chosifiés" et/ou éduqués pour être ultra-individualistes (les chevaliers en tête), des unités essentielles très peu permanentes, souvent réunies juste pour une campagne. Le succès de certaines milices (armées de cités grecques, milices italiennes, flamandes et suisses du Moyen Age: formation rarement poussée -sauf les Suisses.... Désoeuvrés- mais solidarité importante) face à des systèmes de type "féodal" (professionnalisme de caste, mais vivant à l'année en ordre dispersé) illustre l'importance de ce que la cohésion apporte: on parle d'elle généralement, sans essayer de "décomposer" ce qu'elle recouvre. Que recouvre t-elle? Solidarité, objectifs communs, conscience partagée et effective de cette communauté de buts, sympathies et connaissances mutuelles, habitude du travail en commun, connaissance du comportement militaire de l'autre, mais aussi information: on se parle, on apprend à s'informer, on fait circuler. Autre exemple de l'époque des flèches, des épées et du cheval: l'armée mongole fut une des rares à consacrer une part importante de ses ressources et de son entraînement au "C3I". On connaît l'importance de la circulation de l'info "stratégique" chez les Mongols comme dans d'autres grands empires, mais pour la campagne et la bataille, jusqu'à 10% des effectifs pouvaient être dédiés à temps plein à de telles tâches: entre les signaux visuels et auditifs, et une véritable de noria de messagers, l'armée de Gengis Khan avait développé un système d'organisation pour une activité recouvrant autant de monde (et pas les transformer en facteur de bordel), ce qui rendait les groupements de manoeuvre composant l'armée (une armée en système "décimal": unités de 10, 100, 1000, et grandes unités "opératives" de manoeuvre de 10 000h, les tumen). On comparera avec les fantassins d'armées médiévales ou classiques, même de l'époque napoléonienne (même la française à certains moments et sur certains fronts): un troufion traité comme de la merde, laissé dans le noir complet, qui ne peut savoir que le peu qu'on lui dit (et pour le reste, c'est "ferme ta gueule"), et qu'on considère comme un automate. Cet "esprit" se manifeste longtemps encore, et on le voit à l'oeuvre pendant la 1ère GM: c'est la mentalité des unités de ligne (par opposition aux unités légères; chasseurs et compagnie....), qui, poussée souvent à l'extrême, infecte la mentalité des officiers (et il en reste des traces dans les mentalités d'officiers encore aujourd'hui, je trouve). La faiblesse du taux d'encadrement, donc de la proportion d'individus (officiers, sous-officiers, vétérans, soldats ayant l'information de par leur rôle ou la situation) ayant l'info, la compréhension de l'info et la conscience de l'importance de la transmettre, a aussi toujours joué un rôle important. Mais il suffit de voir, par exemple, le pourquoi et le comment des mouvements de panique dans les batailles où rien n'est encore totalement désespéré: à Waterloo, pourquoi et comment, après le recul des quelques bataillons de Moyenne Garde (pas une panique), un mot semble circuler en quelques secondes d'un bout à l'autre de la ligne et, d'un coup, tout faire lâcher? Y'a eu pire situation pour la Grande Armée (qui a aussi été en bien meilleure condition à d'autres moments), et elle n'est pourtant pas à ce moment faite de perdreaux de l'année (même si beaucoup sont des rapplés, si les unités n'ont été réunies que récemment, si, si , si....). Si on regarde en détail, quelles sont les causes multiples de ce lâchage? -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Les leaders de groupes parlementaires au Congrès (4 au total, plus 4 "seconds" et 4 "whips", plus les représentants des commissions concernées: défense, renseignement, affaires étrangères et des représentants de celles du budget -ou "ways and means") sont ressortis d'une réunion de travail avec le président Obama, apparemment unanimes (sauf peut-être le "majority whip" de la Chambre, qui semblent hésiter à se prononcer) pour parler d'un meeting anormalement productif (ce qui est pour eux une nouveauté vu l'ultra polarisation et la médiocrité croissante de la scène politique américaine depuis les années 90), semblant présenter un front uni pour la discussion parlementaire. Si hier, les parlementaires étaient d'avis que le vote était présenté maintenant, il ne passerait pas, ils semblaient néanmoins sûrs qu'il ne faudrait pas beaucoup de travail (= tractations, pressions au sein des partis, négociations de budgets et d'allocations, soutiens de campagne, voire "achats" de vote -via notamment les plans de carrière) pour obtenir la décision. Après la sortie de meeting d'aujourd'hui, on évoque un Congrès plus "ouvert" que ce qu'on pouvait penser. Le compte informel des intentions de vote au Sénat (le "whip count") avant la réunion: 20 contre (dont 5 démocrates et un indépendant), 23 pour (12 Dém, 11 Rép) et 57 non décidés (dont un indépendant et 21 républicains). Celui à la Chambre: 94 contre (32 démocrates), 16 pour (dont 7 républicains), 90 non décidés (dont 36 républicains) On note que la tendance des "undecided" au Sénat semble toutefois pencher vers l'action. Pour la Chambre, on reste dans l'inconnu pour l'instant. Il convient aussi de relativiser les "anti": cette catégorie représente aussi bien ceux qui sont catégoriquement contre que ceux qui "tendent" vers le non et sont donc encore rattrapables. C'est pareil pour les "oui", mais l'action, les moyens et l'initiative sont du côté du "oui", avec le président, et maintenant les directions des groupes parlementaires et des commissions qui "comptent" (dont le budget), soit les organisations qui ont des choses à donner (et à retirer) et des moyens de contraindre. Sans compter les lobbies, et dans ce registre, peu de lobbies "qui paient" ou pèsent semblent dans la ligne du "non", sauf, et ce n'est pas à négliger, la nébuleuse des organisations soutenant le Tea Party, très financée, même si ces organisations ont pour l'instant peu parlé. L'opération (et donc le vote) a quand même un opposant de taille: le chairman of the Joint Chiefs of Staff, Martin Dempsey, qui déconseille toute implication en Syrie depuis 1 an, et s'est exprimé aussi sur la situation actuelle, en soulignant que si une action devait être entreprise, seul un engagement massif serait susceptible de produire des effets politiques (surtout des effets allant dans le sens de l'intérêt fondamental de la région et des USA). C'est rafraîchissant de voir un chef militaire avoir le droit d'exprimer son opinion sur une question d'actualité, même si elle n'est pas la même que celle du commandant en chef (et sans avoir besoin d'être viré pour ça). -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Raaaaah! J'ai été eu! Quel coup de vache! Mais bon, lui c'est qu'un personnage secondaire et dans une série. Sam a eu droit a son film.... Enfin un film télé. Et Sam est le vrai personnage central de Burn Notice, tout le monde le sait! Il est culte! M'enfin je répète tout qu'est-ce que j'ai dit, avec l'amiralavocat en plus: l'audiovisuel en veut aux SEALs. Ils leur ont fait quoi? Tiens, et je te relance avec une perle: The Pacifier, avec Vin Diesel jouant aussi un Seals.... Et le coup de grâce: Under Siege! J'avais oublié que le perso de Seagal était un Seal. Ou le triplet: Navy seals (déjà cité), Abyss et the Rock.... Où les Seals sont dirigés par Michael Biehn dans les 3 cas: ils sont pas à leur avantage dans 2 des films, et le 3ème, dont ils sont les héros, est.... Ce qu'il est. Michael Biehn est en guerre contre l'unité? -
Guerre civile en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de maminowski dans Politique etrangère / Relations internationales
Quelqu'un a signalé la "réplique" syrienne récente aux menaces américaines? "l'Armée Electronique Syrienne" a frappé le site de recrutement de l'USMC, entre autres cibles, et sembleraient s'acharner sur le système bancaire américain (enfin ils essayent). -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Fait chier Chronos: j'arrive pas à me sortir ce que tu m'as remis en tête: soudain l'envie de me remater un Trinita! Et j'ai honte! Et c'est bon la honte ??? ! Sinon un autre angle pour voir l'évolution du cinéma sur un sujet: - les années 80 nous avaient donné Navy Seals (si, si, faites pas les faux ignares: Charlie Sheen et Michael Biehn) - les années 90 nous ont donné GI Jane - les années 2000 nous ont donné Act of Valor Comme quoi, le cinéma a un truc à régler avec les hommes grenouilles de la Navy.... Y'a vraiment que Sam Axe (dans la série Burn Notice) pour redonner un peu d'espoir à l'institution. Sam Axe rules ! -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Bouef, je l'ai trouvé à chier. Autant le premier m'avait fait marrer (et son scénario était impeccable: Rachel Nichols et Sienna Miller en combi moulante), autant çui là.... Mais c'est vrai qu'il y a un fort effet des séries B et Z dans la motivation de visionnage, de revisionnage et -éventuellement- d'achat: on revoit quand même plus facilement les films sans scénar que ceux avec. Ceux avec, la surprise passe une fois. Après, meilleur a été le film, plus il faut attendre avant d'avoir plaisir à le revoir. Tandis que les bouses et semi bouses (et un peu moins bouses) d'action et films sans trop d'ambition scénaristique mais reposant sur leurs scènes, leur style, leurs clichés (Tarantino est un des noms de ce genre; jamais un film réellement bon, mais la plupart filent du plaisir), on se les paie et se les repaie sans fin. Comment invoquer le Geek qui est en nous. -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Rôôôh, on les caricature, ceux là. M'font chier aussi..... Mais quelqu'un a t-il jamais songé à leur donner un budget (un vrai) et un cahier des charges de film d'action? Tu crois qu'ils en auraient fait une prise de tête tendance laxatif-soporifique en une seule pilule? Mine de rien, dans la "banalisation" des "grands" films actuels, faut aussi noter le rôle du marketing et de l'abondance de productions tous médias confondus: qu'on le veuille ou non, on est saturés et blasés, ce qui rend plus difficile d'en voir, dans nos esprits, certaines qui émergent. On est littéralement agressés de toute part par la pub, plus que dans les décennies précédentes, et plus souvent dans nos journées, et saturés de fiction, plus accessible, plus consommable qu'avant parce qu'à la demande et ne nécessitant même pas d'être à domicile et d'avoir à guerroyer pour le pouvoir de contrôle de la programmation du jour (on a un film ou une série quand on veut où on veut), comme il y a encore une quinzaine d'années seulement, où la fiction dépendait d'une télé (pas forcément plus d'une dans un domicile, pas accès tout le temps, pas forcément contrôle sur elle), de la programmation des chaînes dispo et/ou du choix physique disponible pour l'achat ou la location de vidéos. Mine de rien, le cycle connaissance-choix-acquisition-consommation (la boucle OODA du geek cinéphile/téléphile) était mille fois plus lent, aboutissant à une consommation annuelle infiniment moindre. A l'arrivée, cumule quelques années au rythme de l'époque internet/numérique/supports mobiles, et tu dois avoir le cerveau saturé sans t'en rendre compte. Essaie de pas être blasé malgré toi. Mais je le répète, en toute objectivité (évidemment) : John Wayne = caca!!!!!!!! Sinon, je sais un peu pourquoi j'ai pas trop de films à te balancer pour avoir des "Bullits de notre époque".... Je suis pas un grand fan de polars :-X et j'en mate pas des masses (et perso, Bullit m'a jamais paru inoubliable, du coup). L'ambiance flics et voyous, à quelques exceptions près, m'ennuie généralement, qu'il y ait de l'action ou pas. Si un truc me plaît (d'ailleurs plus souvent en série qu'en film), c'est souvent pour d'autres raisons: liens avec quelque chose de plus grand (actualité/monde réel, mélange avec un autre genre....), bon angle d'approche du réalisateur (enfin "bon".... Original.... Ou "qui me parle", "qui sort du genre"), personnages/trames personnelles.... Mais en général, flics et thrillers, bof: me font pas thriller. Enfin sinon, notre époque produit quand même des films choquants et violents: Sex and the City, le journal de Bridget Jones, Twilight.... Pour des raisons diverses, j'ai du me payer ces trucs.... On souffre! C'est pas pour les tapettes, de pouvoir endurer ça (surtout TOUS les twilights)! Saloperies de gamins qu'il faut accompagner. Les autres décennies ont rarement fait aussi violent et sans compromission. -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Non, pas vraiment, même si j'ai pas, là tout de suite, d'exemples en tête (y'a d'autres choses dedans pour l'instant). J'ai plus l'impression qu'on sur-sacralise le passé (déformant notre perception), et/ou qu'on se rappelle avec plus de préjugés favorables ce qu'on a vu et aimé dans sa jeunesse (qui sait si t'aimerais autant Bullit si tu le découvrais aujourd'hui, APRES avoir vu ce qui s'est fait depuis?), quand on découvrait ses trucs avec des hormones jeunes et naïves, qu'on avait pas encore les ficelles et mécanismes en tête qui font d'un film ou d'une série une collection de clichés et de trucs cousus de fil blanc.... J'ai personnellement plus l'impression d'une meilleure qualité moyenne des films. Pour le très haut du panier, on peut à mon avis débattre sans fin. Mais ça amène aussi à un examen de l'évolution de l'industrie du cinéma: le professionnalisme n'a pas changé, les moyens de bien produire ont progressé (notamment par le fait que beaucoup de trucs qui étaient impossibles, à peine possibles, très compliqués et de toute façon hors de prix ou très chers sont aujourd'hui très accessibles, faciles, et moyennement, voire peu coûteux), mais les films ambitieux ont intérêt à pas être trop novateurs, parce que les décideurs de l'industrie (seule à pouvoir dispenser les budgets importants) sont pas vraiment des gens capables de prendre des risques (ce qui ne les empêche pas pourtant de se prendre des gadins à répétition). L'innovation vient plutôt d'autres pays, comme l'Australie, l'Afrique du Sud, le Canada, l'Asie du Sud Est, l'Amérique du Sud, mais tous leurs films ne passent pas forcément l'épreuve de la distribution mondiale. Je note cependant l'excellent District 9, qui a fait l'événement et amené son réalisateur à Hollywood (il vient de faire Elysium), comme exemple de productions ambitieuses avec peu de moyens. Alors le film qui marque une génération, ça dépend de trop de facteurs subjectifs (et personnellement, Rio Bravo n'a jamais fait accélérer mon rythme cardiaque.... Comme tout film avec John Wayne); mais généralement, j'ai tendance à constater que la génération marquée a entre 15 et 25 ans au moment où elle consacre le film. C'est pas les trentenaires (et les plus âgés) qui "décrètent" qu'un film est désormais un monument historique. Sans trop verser dans ce registre, il y a cependant un fait acquis, qui est que l'esprit désormais nettement plus "managérial" du cinéma, l'augmentation des budgets moyens (qui compliquent le développement des projets, rendent plus peureux, entravent la prise de risque, accroît l'importance de "critères" supposés de réussite, ferment les portes à beaucoup de projets....) et la tendance un peu plus prononcée à un certain conformisme dans les projets d'une certaine ampleur, ont amené à une sédimentation d'Hollywood sur le plan du cinéma, ce qui faisait dire à David Lynch que l'avenir de la création audiovisuelle réellement innovante se trouvait dans les séries télé et webséries, parvenues à une maturité intéressante et à un niveau de concentration de moyens techniques et humains, de capitaux et de moyens de diffusion réellement impressionnants. Et c'est vrai que la scène télé, c'est indiscutable, a atteint un très haut niveau par rapport aux décennies précédentes: les séries de tous formats et autres productions télé sont de plus en plus ce qui donne le ton, et le lieu de la nouveauté et de la surprise. Pas toujours évidemment, mais c'est de cette masse qu'émergent les bonnes histoires. -
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
C'est pas très lié au domaine action/militaire, tout ça..... Mais bon, House of Cards.... Laquelle de série? L'actuelle avec Kevin Spacey, ou la série originale, anglaise, du début des années 90? Celle là est franchement inégalable: acteur génial, ton grandiosement cynique, dialogues savoureux, humour à la fois léger et cruel. La version US est pas mal, mais franchement nettement moins "goûteuse" même si évidemment plus actuelle. -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Dis, Chronos, commence pas à jouer les vieux qui pensent que tout fout le camp: tu veux VRAIMENT te rappeler des films d'action des années 80? Les direct en vidéo produits au kilomètre (par les ricains surtout), les American Ninja (1, 2, 3....), les Chuck Norris en pagaille (qui a déjà subi Delta Force?).... Ou ceux des années 60-70? Entre la Blaxploitation, les Dracula sur la planète des vampires, Zardoz, et autres productions action/SF du genre, je ne pense pas que les merdasses produits en quantité d'aujourd'hui rabaissent le niveau: chaque époque produit 95% de pourriture qui seront oubliées avant la décennie suivante . -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca s'appelle le "cost of doing business": quoiqu'un Etat fasse ou ne fasse pas, il emmerde quelqu'un et se met quelqu'un à dos. Ca fait des siècles que tout le monde passe son temps à "se mettre à dos la planète entière", et après? Y'a rien d'autre comme option, donc faut pas s'enterrer dans un mode de raisonnement critique à l'égard de toute posture et faisant équivaloir tout et tout le monde sur une supposée "balance morale": y'a des Etats qui se comportent moins mal (pas mieux, juste moins mal) que les autres, et les démocraties occidentales tendent encore à être plus fréquemment de ceux là. Et ce que tu fais là en globalisant, c'est garder ensembles les questions des positions dans le conflit syrien et celle de l'usage des armes chimiques dans un conflit, ce que précisément les intervenants potentiels font tout en ce moment pour différencier, précisément parce que c'est à la fois dans leur intérêt et dans celui des conventions internationales telles qu'elles sont signées. S'ils voulaient plus (agir réellement dans le conflit), ils ne feraient pas ça vu que cela réduit leurs options et limite leur stratégie (oui, quoiqu'il arrive, ça impactera la capacité du régime syrien, même si ça se focalise sur le chimique, mais le monde est imparfait).... En plus du fait qu'ils n'ont pas intérêt, en l'absence d'alternative, à voir Bachar dégager. S'il faut avoir une position morale parfaite et sans reproche chaque fois que faire ou dire quelque chose est envisagé, rien ne sera jamais dit et encore moins fait. Faut l'accepter tel que c'est et pas jouer les consciences morales pointant des doigts partout. Si, pour agir une fois afin de maintenir la très relative détermination à défendre les conventions internationales, il faut avoir agi en ce sens tout le temps auparavant, en tout lieu et en tout temps, alors on ne fera rien, jamais. En l'absence d'un "gouvernement mondial", d'un acteur central dénationalisé ayant des moyens importants d'agir en propre, c'est tout ce qu'il y aura jamais pour maintenir (irrégulièrement et imparfaitement) les quelques accords encadrant l'action des Etats. Comme Kerry l'a dit, il n'y a aucune bonne solution en ce moment, et tout ce qui semble probable (analyse que grosso merdo je partage) est que les coûts de l'inaction sont supérieurs à ceux de l'action (qui ne sont pas petits, comme tout le monde le rappelle ici). Entre la peste et le choléra, faut parfois quand même choisir. Maintenant, sur le plan tactique/opérationnel, le débat du Congrès et le cadre d'action qu'ils donneront à Obama (ou celui qu'Obama pourra garder/forcer un peu) en dira beaucoup: les frappes en elles-mêmes n'auront aucune efficacité (sauf tir "chanceux/malchanceux" sur la cible à 3 points qu'il faut pas toucher) sur le cours fondamental du conflit (et viseront à éviter ça autant que faire se peut), mais auront pour but d'être quand même douloureuses en accroissant le "coût" de l'existence et des actions du régime, en leur enfonçant dans le crâne la notion qu'il existe des risques d'une autre nature que ceux encourus dans leur conflit interne. Rien à effets réellement immédiats, mais un (plus ou moins petit) handicap imposé à leurs opérations et à leur organisation, et un avertissement. Pour que ce soit réellement quelque chose d'utile dans ce registre précis, il faut, et c'est là que le Congrès intervient, que la capacité de "follow up" existe et reste d'actualité: des navires américains doivent rester sur zone pendant longtemps (ou s'y relayer régulièrement dans leur présence en Méditerranée) afin de pouvoir répondre à tout nouvel usage avéré d'armes chimiques. La crédibilité de l'action est là: une frappe pour commencer, et la menace d'autres pour faire observer les effets de la résolution à faire exister l'interdiction d'usage des armes chimiques. Le mandat du Congrès sera donc fondamental dans sa rédaction (si évidemment il est voté), la crédibilité américaine en dépendant. Bref, Obama doit obtenir la possibilité de créer une épée de Damoclès qui doit aussi frapper une première fois pour montrer qu'elle est aiguisée. L'efficacité politique, pour cet objectif étroit du respect imposé de l'interdit sur les armes chimiques (et non de la prise de parti effective/active dans le conflit), est à ce prix, car la frappe initiale, sans cela, est, comme tout le monde le signale ici depuis le début, un geste creux et une dépense inutile, et uniquement contre productive. -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Non, on ne peut pas, du moins pas sans renoncer à l'idée d'avoir une position cohérente: la "condamnation de principe" est l'autre versant du problème, avec celui de l'argumentaire belliciste facile. Parce que sinon, que faire? A tort ou à raison, les armes chimiques ont été bannies par conventions signées et reconnues par 98% des pays de la planète: cela doit-il rester une signature sur un papier, sans rien de plus? Le problème est que sans punition pour leur usage, il y a impunité de fait. Et pas d'autres alternatives que la rétorsion armée, à moins que quelqu'un ait une idée géniale que personne n'a eu encore. La probabilité que des frappes amènent une solution à la crise syrienne est proche du néant, de même que la probabilité de produire des effets immédiatement visible. Mais entre ça et déchirer les accords d'interdiction d'usage d'armes chimiques et de lutte contre leur prolifération, y'a quoi, à part des "condamnations" de principe qui tous les jours rendent ces accords un peu plus caducs? -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Sinon, parmi les cibles éventuelles des Américains qui "circulent" dans les infos (cad des officiers parlent à dessein: info ou intox? Campagne psychologique?); les 11 bases aériennes jugées majeures, des centres C3I, des concentrations de troupes hors de zones habitées (va être épineux si ça bouge trop), les lanceurs de missiles sol-sol qui sont spottés, et la 4ème DB syrienne, soit l'unité (commandée par le frère d'Assad) visiblement responsable des frappes chimiques. Ces termes semblent circuler avec insistance dans les médias, tout comme le chiffre de 200 missiles à tirer avait initialement été répété un peu partout (ce qui semble petit au regard de la "gourmandise" dans les objectifs envisagés). Cela ramène les questions fondamentales: - quels résultats sont réellement obtenables concrètement? Est-il possible pour les Américains d'obtenir des résultats "visibles" et politiquement exploitables? - des frappes de l'ordre de 200 missiles sont-elles de nature à obtenir de tels résultats? - les objectifs évoqués sont-ils réellement atteignables avec des frappes si limitées? Sont-ils atteignables tout court avec les mouvements actuels des moyens syriens (dispersion, dissimulation dans des zones résidentielles et des zones montagneuses, camouflages de toutes sortes, mouvement permanent)? Beaucoup dépend dont de la capacité de renseignement américaine quand à la détermination des cibles qui comptent, et quand au suivi de leurs déplacements et dispersions. Beaucoup dépend aussi de la stratégie américaine qui, s'ils n'entendent pas changer le régime et le font savoir (pour pas passer pour des cons après des frappes limitées), ont aussi besoin d'afficher quelques résultats visibles/compréhensibles par le grand public. -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est taper autre chose que le chimique (hors des moyens de commandement) qui est contre productif et risqué, surtout avec la situation politique intérieure des USA et la ligne fine sur laquelle les pays pro-frappes essaient de danser. On noter que les commentaires faits par Kerry, puis par le président et les élus ayant parlé sur le sujet utilisent le terme de "High confidence" sur les preuves détenues quand aux frappes chimiques: le terme renvoie au plus haut degré de confiance des rapports de renseignement américains.... Cad, les politiques US prennent un risque authentique en se basant sur ces renseignements; ils doivent y croire, surtout vu l'impopularité du sujet et le casse gueule potentiel qui semble se profiler au Congrès, qui peut déboucher sur une foirade ou un mandat de frappes encore plus restreintes que ce qu'Obama comptait faire, quoiqu'il ait dit garder une marge de manoeuvre légale pour "faire varier" un peu l'ampleur des actions entreprises. Je vois pas à quelles marges légales il fait référence (mais bon, c'est un constitutionnaliste et un président qui veut intervenir et peut pas passer pour une fiotte, maintenant qu'il s'est prononcé), mais dans l'ensemble, les frappes envisagées ne semblent pas pouvoir être de nature à produire un effet politique visible, au moins rapidement. Elles seront juste capables, au mieux, de faire grimper le coût du business pour le régime Assad qui est en flux tendus sur tous les fronts, ses moyens étant radicalement comptés, mais elles ne l'empêcheront pas de sortir des frappes par des rodomontades à la télé (comme déjà il a fait ce WE en disant que les ricains étaient repartis la queue entre les jambes, signe de leur inévitable effondrement). En attendant, une partie des élus américains ont commencé à se joindre au président pour battre la campagne et "informer" le public, bref, faire du lobbying auprès du peuple et maintenir/actualiser le sujet sur les plateaux télé, ce qui produit un effet notable, si lent, sur les tendances vues dans les sondages quand à l'approbation de frappes et la prise au sérieux du sujet des armes chimiques. C'est ce dernier point qui progresse le plus: au-delà du choc sentimental de ce terme (mais aussi, aux USA, de la peur de son abus depuis le coup des ADM de 2003): la question de frappes punitives pour l'emploi d'armes chimiques a été progressivement détachée de l'idée d'intervention en Syrie (cad de prise de position sur la guerre civile lybienne), ce qui, pour un public américain qui se fout éperdument du sujet syrien, est une avancée. Les deux choses sont donc désormais, dans le débat public et les opinions américaines, des "objets" différents; les "pro" frappes vont donc désormais marteler cet angle (maintenant qu'il est tracé) pendant la semaine à venir. L'ordre de bataille médiatique se dessine, les manoeuvres préliminaires sont terminées et l'avance principale est en marche pour occuper le terrain.... Faut voir si ça va prendre. Pour le terrain diplomatique, ce qu'il ne faut pas sous estimer, c'est le nombre de pays prêts à suivre les USA (enfin surtout en position de principe) si et seulement si le Congrès approuve (preuve que les USA sont vraiment "dedans") sans trop de réserve: tant que ce n'est pas le cas, beaucoup peuvent ainsi ne pas prendre position (et ne pas se mettre mal avec la Russie, leur propre opinion, ou d'autres acteurs) en gardant une bonne conscience officielle (genre "regardez, personne n'est réellement engagé"). On condamne souvent le montonnisme de beaucoup de pays, mais c'est aussi très compliqué d'être un mouton (qui parvient à garder sa laine) . Je serais très étonné qu'un minimum d'accord ne soit pas négocié avec les Russes AVANT le tir du premier missile, ne serait-ce que pour éviter ce type de situation (ils peuvent intercepter des tactom?) qui forcerait tout le monde à se fâcher et compliquerait la vie. Les Russes, à moins que l'existence même du régime Assad soit menacée par une campagne américaine massive, ne sont là que pour la forme et affirmer leur posture dans la zone: c'est leur dernière position au MO, et elle est faiblarde sur le plan de la puissance militaire (accès méditerranéen contrôlé par la Turquie, base de Tartous qu'est un tout petit truc symbolique sans capacité militaire significative....). -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Pas quand il y a ce genre d'urgence et qu'en plus, ce n'est pas une patate chaude au sens électoral du terme (pour la Social Security, le budget, l'Education, le plafond de la dette ou le Obamacare -ZE patate chaude des dernières années- c'est tout autre chose); dans un sens ou un autre, ça va aller vite. Et les audiences seront publiques, au moins en partie; il y aura des sessions à huis clos, notamment pour la présentation des preuves encore classifiées. Et une fois entamé, ce genre de processus va vite; les audiences couvrent 2 à 3 jours maxi, les commissions travaillent dessus en permanence (ça risque de prendre plus de temps pour en choisir les membres, si le sujet est casse gueule et qu'il ne s'agit pas de commissions permanentes): une fois les textes achevés, les votes se font rapidement, avec présentation du texte (connu à l'avance) et vote (normalement négocié à l'avance, même si des surprises de dernière minute arrivent). Mais pour illustrer la difficulté politique actuelle, et la ligne de partage sur le vote qui transcende les partis, le majority "chief whip" démocrate du Sénat ("fouet en chef" du groupe parlementaire majoritaire; un élu qui a la charge de "tenir" ses troupes, avec quelques moyens spécifiques), grand supporter d'Obama depuis le début et son ferme soutien à la chambre haute, s'est déclaré contre toute intervention. -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca va surtout dépendre du fait de savoir quel genre de pression le lobby pro-israélien va mettre: s'il agit en coulisse, ça ne pèsera que relativement (le lobby israélien est moins uniquement fondé sur le pognon -qu'il a en moindre abondance que le lobbie pétrolier et le militaire- et plus sur l'idéologie, les sympathies.... S'ils parviennent à garder le truc sous les feux de la rampe et à placer leurs gens sur les plateaux télés, ça pèsera nettement plus. Parce que là, c'est pas un vote électoralement lourd: ce vote ne changera pas la cote de popularité, et surtout le potentiel électoral de l'élu moyen (sauf pour quelques prima donnas qui parviendront à se faire mousser et à passer pour des gens importants.... Afin de se donner une "stature" nationale). Les électeurs n'appelleront pas leurs représentants dans leurs permanences pour parler de ce vote, et c'est pas une question qui pèsera dans les campagnes électorales (sauf si ça devenait une expédition en Syrie avec troupes et tout le toutim, ou si ça amenait des rétorsions contre les USA qui soient sensibles dans le pays). C'est donc une affaire qui passe non avec les électorats "concrets" de circonscriptions, mais avec l'opinion publique en générale ("l'opinon" nationale prise ensemble) et dans les combos politiques "sur la colline" (du Capitole) en vue des coalitions pour les prochaines élections. Si le lobby pro-israélien pèse réellement de son poids et le fait publiquement (en parvenant à lier la question syrienne à un supposé "risque majeur" pour Israël), ça pourrait calmer les évangélistes et autres radicaux républicains pour qui le soutien à Israël est une antienne, un absolu qui ne souffre pas de "oui, mais", et pour qui Israël est une sorte de demoiselle en détresse en permanence au Moyen Orient, toujours sans défense et à deux doigts de se faire violer par le méchant musulman (je sais, "no comment"). Mais parvenir à mettre ça sur la table publique en une semaine n'est pas évident, surtout quand Israël s'est surtout signalée auprès des faucons pour faire bombarder l'Iran.... Le Congrès ne rendra qu'un seul et unique vote commun, pris en globalité pour être présenté à l'approbation finale du président: comme dans tout système bicamériste, il y aura réunion d'une commission et d'une sous-commission par Chambre, où le dossier sera étudié, les témoins et experts entendus et les propositions d'amendements seront faites. Ca veut dire des positions initiales, des allers-retours entre les Chambres (à moins qu'il n'y ait une session plénière), des négos, l'action des lobbies.... Quand un texte peut être assemblé par ces commissions, il est présenté au vote dans chacune des Chambres, s'il y a un texte commun. Si chaque Chambre présente un texte différent (impossibilité d'un accord), une commission mixte unique est mise en place qui produit un texte qui ne peut plus être amendé et doit faire l'objet d'un simple vote "yay" ou "nay" (formules traditionnelles). Mais oui, encore une fois, le Congrès peut (et va vraisemblablement) amender la proposition initiale du président: beaucoup ou pour la forme, ça dépendra de ce qui va se passer cette semaine, même s'il est clair que le rapport de l'ONU (chargé uniquement de déterminer s'il y a eu ou non attaque chimique et dans quelles circonstances, pas de dire qui l'a déclenché.... Ce que les enquêteurs n'avaient pas les moyens de déterminer) va peser. C'est d'ailleurs pourquoi le délai de 2 semaines pour sa publication sera, comme il semble de dire, pas mal réduit: y'a des laborantins qu'on doit fouetter dur en ce moment, et qui vont pas beaucoup dormir. Plus des fonctionnaires de l'ONU qui vont avoir la pression pour le rédiger "comme il faut". La France a t-elle les moyens de SAVOIR où taper? Les journalistes dans le coin, tout comme apparemment nombre de "sources gouvernementales" américaines et autres (et tout comme la logique) signalent avec insistance que les Bacharistes sont en mode "grand déménagement" depuis quelques jours: unités militaires dispersées dans des quartiers résidentiels, convois de camions vers des zones montagneuses, déménagements d'installations et de centres de décision qui quittent leurs bâtiments.... Bref, le dispositif de décision et action du régime se disperse, change ses adresses, et une partie va sans doute prendre l'habitude de rester en mouvement. Plus la ressource en missiles est comptée (et on sait tous ici que la réserve française l'est un max), moins on peut se permettre de tirer au hasard si on veut obtenir un effet concret autre que symbolique (et surtout éviter de taper dans le vide): il faut donc suivre ce qui se passe.... Pour peu que l'on ait su, déjà, où était quoi AVANT cette semaine, pourra t-on suivre ces changements là? En tout cas assez pour garder une mire fiable sur les cibles adaptées à la politique en cours, cad tout ce qui a trait à la capacité bacharienne de frappe chimique? -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Le Congrès commencera les débats le 9 septembre, date de début de la session parlementaire: pour l'instant, ils sont encore en "vacances" (en fait hors session et occupés à aller tenir des townhall meetings et surtout des levées de fonds de campagne). Des audiences préliminaires par des représentants désignés ont cependant commencé afin, on le suppose, que l'essentiel des positions soit en fait déjà prises quand commencera officiellement la session; bref, cette semaine va se jouer le vrai débat, en coulisses et par plateaux télés interposés (prises de positions de ceux qui ont une opinion sincère et de ceux qui ont de l'ambition pour l'année prochaine et/ou 2016). Entre les faucons (John McCain, Lindsey Graham) et les humanitaristes/bleeding hearts qui veulent y aller franco (et pourraient voter contre parce qu'ils veulent plus que des tirs de missiles), et les isolationnistes idéologiques accompagnés par ceux qui disent "priorité aux réformes intérieures", il y a un vaste marais d'opportunistes comptant leur capital politique et veillant à voir si cette question devient importante ou non. Apparemment, il se pourrait que la partie de ce marais purement faite d'ambitieux est prête à faire de ce débat une occasion majeure pour prendre la position qui les avantagera dans leurs plans de carrière: démolir le président est, pour certains, une tentation importante. De même, bon nombre de représentants sont emmerdés par le renvoi du vote au Congrès: ça les force à partager la responsabilité de ce qui arrivera. Le vote semble de moins en moins acquis, même si les "Washington insiders" (journalistes tournant autour des cercles du pouvoir et dans la "Beltway" -le périph de la capitale) penchent toujours presque tous pour dire que le vote passera. Quelques voix de représentants ont commencé à émerger pour dire "oui, mais", donc parler d'amendements, de limitations strictes de mandat (contrairement au mandat sans fin prédéterminée ni limites qui avait été moutonnement voté en 2003 pour Bush, ou à celui auquel Bush père avait contraint le Congrès en 1991); ce dernier point semble surtout vouloir dire "on commence le business", cad que la négo va commencer, maintenant que les positions initiales sont prises. Obama a fait un énorme pari en mettant cette question au vote (et encore plus en précisant qu'il se réservait le droit de contourner le vote final du Congrès dans la limite de sa marge de manoeuvre -ce qui veut dire des actions militaires très limitées, surtout dans le temps et les ressources allouées): si ça passe pas, il perdra un maximum d'autorité et de capital politique (on pourrait même dire que sa présidence serait "finie" à moins d'un changement de majorité à la Chambre en 2014). Si ça passe, ça lui fera beaucoup de bien, et la position des USA pour agir sera réellement forte, surtout par rapport à la Russie et à l'Iran. Les débats seront surtout à la Chambre: le vote au Sénat semble être un fait acquis (et de toute façon, le Sénat compte beaucoup moins depuis pas mal d'années). Et même les républicains (la conférence nationale) craignent le comportement des groupes réellement tarés de leur majorité à la Chambre: entre quelques individus aux ambitions démesurées (Ted Cruz, Rand Paul....) et les groupes radicaux qui les accompagnent (soi disant "libertaires", évangélistes, tea partiers), il y a du monde (mionoritaire) qui peut sérieusement compliquer le processus par simple volonté de se mettre en avant. C'est la démocratie: la guerre civile avec des règles et dans une grande salle.... Et pas d'armes chimiques dans les débats, juste de la rhétorique bien toxique. A noter que Obama a amendé son discours en excluant nommément toute ambition d'un changement de régime en Syrie: c'est pour les Russes. Ca veut dire que ça négocie sec aussi de ce côté. Mais c'est aussi cette position qui le met en danger face à ses faucons et ses humanitaristes interventionnistes (et ceux qui vont hurler qu'ils veulent "de la cohérence" pour justifier leur position de ne pas prendre de position), mais aussi semble avoir mécontenté la Turquie et les organisations représentatives de l'insurrection syrienne. Pas simple cette saloperie de démocratie. -
comportement de la bleusailles et des anciens au feu dans l'histoire militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Faut quand même souligner là le caractère particulier des unités et de la Grèce antique: - l'éducation thébaine n'est pas moins guerrière que celle des autres cités grecques (Sparte étant un cas à part): ce sont des sociétés violentes (surtout à l'époque du bataillon sacré, post guerre du Péloponèse), et une bonne partie des citoyens a vu le combat. La réunion du bataillon ne s'est pas faite qu'avec des perdreaux de l'année, et donc la proportion de vétérans/gens expérimentés s'ajoute à d'autres facteurs pour expliquer les résultats de l'unité: des chefs exceptionnels (je parle plus là de Pélopidas et de ses sucesseurs à la tête de l'unité que des généraux en chef comme Epaminondas), un fort esprit de corps évidemment (particulièrement travaillé sans nul doute), un cercle vertueux d'expérience capitalisée à partir de la réussite initiale de Leuctres, un sentiment d'urgence absolue à la base d'une motivation forte (Thèbes est alors menacée de toute part, et ne cesse de l'être jusqu'à la fin face à la Macédoine), l'exaltation des vertus guerrières en Grèce, particulièrement à ce moment.... Et il faut parfois garder à l'esprit l'importance de la "naissance" de l'unité (surtout sur une période d'existence aussi courte que celle du Bataillon Sacré); Leuctres n'est pas tellement le triomphe du bataillon (qui avait déjà été engagé avant, dans de petites affaires), et plus celui d'Epaminondas: mais c'est une expérience concluante, où le Bataillon a pu "s'exprimer", trouver une dynamique.... C'est le dépucelage qui leur a dit quels soldats ils allaient être et à quel standard se tenir - pour Sparte, on parle d'un tout autre registre: des guerriers préparés depuis l'âge de 6 ans par une éducation terrible et un environnement violent (avec, dans la formation, l'exécution rituelle du premier meurtre/acte de tuer, sur un hilote), un ego boosté par le "passé" des unités en caserne et de l'élitisme spartiate, un avantage comparatif terrible (qu'on ne mentionne pas assez) par le simple fait que les Spartiates sont des professionnels sans autre métier que la guerre (cas unique dans la Grèce d'alors).... Parce que dans le cas d'armées spartiates, on ne fait en fait attention qu'à l'élite des Egaux, soit l'aristocratie spartiate, qui forme le point fort de la ligne de bataille (ou toute la ligne suivant le déploiement. Techniquement, un soldat spartiate (ou une unité) représente un investissement (et une concentration) de temps (au minimum 12 ans de formation, et plutôt même 15), d'argent (combien doivent travailler pour financer un "inactif" comme un guerrier à temps plein?) et de savoir-faire terriblement supérieure à tout autre soldat de l'époque. En fait j'ai du mal à exprimer mon point, parce que le domaine est difficilement quantifiable, reposant sur; - des facteurs rarement transmissibles en chiffres, ou même proportions, fiables - des comparaisons et constantes difficiles à établir sur le temps long (quoique c'est en fait le domaine d'où on peut tirer le plus de conclusions) - une appréciation difficile à faire dans les armées pour dire "qui craque", qui "craque pas" (sauf pour les comportements extrêmes: panique ou médaille d'honneur), ou pire encore, pour mesurer l'efficacité (dans quelle situation, face à quel adversaire.... Il n'y a pas qu'un type d'efficacité par type d'unité, par unité, par homme) Mais le point est que ce qui doit varier, et celui sur lequel on peut influer par des facteurs comme l'esprit de corps, la culture de l'unité/du corps, l'organisation (des hommes, des armes, des sous-unités, du travail), la façon de commander.... C'est la proportion de soldats "actifs" (et solides) dans une troupe donnée, celle de "suiveurs" et celle de "passifs" (s'il faut reprendre les catégories mentionnées plus haut), voire celle de "fuyards". De même que, si cela pouvait être mieux circonscrit (sans que cela soit réellement mesurable), la propension moyenne des soldats d'une unité, d'un corps ou d'une armée à tenir et agir face à une situation et des circonstances données (pouvant aller de "favorables" à "vraiment à chier".... "Désespéré" étant une catégorie hors cadre), la probabilité qu'ils auront de bien se comporter, en somme. Une ligne de bataille genre époque napoléonienne pouvait ainsi avoir une gamme de comportements extrêmement variables, même si on en exclue les unités trop "fraîches" ou les unités de milices, ce qu'Ardant du Pic rappelait en évaluant la différence (était-ce à Essling ou Eylau?) d'effectifs entre le début d'une charge d'infanterie et le nombre de soldats arrivant effectivement au contact, une fois les morts déduits (et la différence était énorme.... Sans que les pertes en explique le dixième). Pareil pour le comportement défensif et la tenue de la ligne: rappelons qu'à Waterloo, les carrés anglais, qui n'ont pas tenu si bien que ça malgré un dispositif très dense et très profond (qui renforce, accroît la densité de feu....), étaient tenus au cul par la cavalerie que Wellington avait foutu derrière eux, non comme appui mais bien pour les menacer, et ainsi les "avertir" que craquer était déconseillé. C'est donc une absence totale de certitude sur la qualité d'unités qui, même éprouvées, ne pouvaient réellement être finement appréciées à l'avance dans leurs réactions: formation militaire courte et limitée en variété (on apprend réellement alors aux soldats à être des ouvriers non qualifiés et monotâches) et en qualité (la formation initiale est peu "scientifique", souvent expédiée, ne fait pas envisager beaucoup de situations, ne conditionnent pas le soldat....), et l'essentiel s'acquiert, sans qu'on sache alors trop comment (dans le sens où on ne sait pas décomposer cet apprentissage en exercices et processus qu'on peut répéter et dont on fait des entraînements et des faits connus), dans des unités de combat, sur le tas. C'est un processus qui implique beaucoup de pertes, de désertion, de soldats qui, même s'ils restent, sont "cassés" mentalement et ne feront qu'un minimum syndical (voire moins): bref, beaucoup de gâchis pour produire un nombre proportionnellement faible de "bons" soldats (et plus tard de bons vétérans).... Dont on siphonne en plus une partie significative (parce que la somme de "bons" obtenue ainsi est faible au regard de l'armée) pour des unités d'élite, de gardes, de pointe.... Et ces bons soldats, ce seront essentiellement les sous-offs et quelques hommes désignés/distingués (anspessades et équivalents; ou des distinctions moins formelles). Dans les armées d'Ancien Régime, faut pas s'étonner que de tels procédés aboutissent à des taux de désertion annuels de 10 à 20%, en plus d'une proportion élevée des pertes dérivant de la nature cassante de ces processus de formation et de maintien dans le rang, qui s'ajoutent aux facteurs "normaux" de mortalité/pertes importantes de ces armées (absence de soins, alimentation insuffisante et de faible qualité). Ajoutes-y les processus de recrutement qui font que la motivation moyenne est pas toujours géniale (recrutement ou service forcés, absence de choix pour ceux recrutés dans la lie de la société....) et le tableau est complet pour aller avec la nature "mécanique" et déshumanisante du "warfare" de cette époque. La révolution française et les "inspirations" militaires qu'elle a donné (armées "nationales" et non plus seulement des noyaux de pros avec un recrutement hasardeux) ont du largement faire varier les "proportions de soldats motivés/volontaires, de soldats actifs/suiveurs/passifs (quoique ce soit impossible à mesurer, même si on brosse ce tableau à traits larges dans les livres d'histoire), mais l'essentiel des processus en place pour la formation initiale et continue, le maintien dans la troupe.... Se sont ajoutés aux constantes de l'organisation, des conditions de vie/campagne et à la façon de faire la guerre à cette époque pour maintenir à une proportion élevée les problèmes existants, et leurs conséquences pour le comportement de la troupe et des "groupes" qui la composent (actifs/suiveurs/passifs). La quasi disparition de la désertion dans l'armée française d'alors (sauf à certains moments et dans certaines circonstances) est cependant un indicateur (la désertion, l'auto-mutilation sont des indicateurs, les parties émergées de l'iceberg, parce que "visibles", tout comme les médailles et décorations) d'un changement massif, alors même que peu d'autres facteurs avaient changé (le soldat n'était pas mieux payé -même plutôt le contraire-, pas mieux approvisionné, pas mieux soigné....). on peut mesurer le progrès de cette appréciation en fait surtout à partir de l'ère industrielle, mais particulièrement avec la 1ère GM: c'est le premier moment où, outre l'amélioration de certains facteurs environnementaux (soins, appros....) et du nationalisme ambiant (un des facteurs formant la motivation), formation, organisation et entraînement sont abordés de manière radicalement différentes, tant à l'occasion des évolutions du combat qu'avec le développement des sciences humaines et la prise en compte de facteurs jusqu'ici inconnus, ou vaguement "pressentis" (et donc pas ou peu traités parce que vus du coup avec fatalisme ou indifférence), vaguement envisagés.... Et donc au mieux traités par des méthodes empiristes, répétant un usage ancien, à échelle "artisanale". On peut ajouter aussi le poids hérité de la culture autoritaire des officiers, souvent méprisante à l'égard d'une troupe vue au travers de prismes déformants (culture de classe, différences d'éducation, mépris de "la masse que sont des agglomérats anonymes d'hommes maniés comme des icônes sur carte....) amplifiés par les cursus des chefs (aussi des esprits de corps "à part": pour créer un groupe uni, on en vient souvent à mépriser plus ou moins tout ce qui n'y appartient pas, ça va avec). Désolé, je m'étends et me répète sans doute, mais j'essaie de circonscrire quelque chose qui ne dit pas encore son nom (alors je cherche le ou les noms précis). -
comportement de la bleusailles et des anciens au feu dans l'histoire militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Si ces unités restent aussi "solides" en engageant quand même directement des jeunots, c'est qu'il faut se poser plus fort les questions sous jacentes: - la solidité n'est-elle pas plus liée à la dynamique vertueuse qu'un groupe constitué peut parvenir à perpétuer durablement? - cette solidité, pour détailler plus la dynamique susmentionnée, ne vient-elle pas d'une façon de former et de traiter les recrues (et évidemment les soldats une fois qu'ils sont formés et intégrés)? - cela ne souligne t-il pas en fait plus l'importance nettement plus grande de l'environnement qu'on crée dans une unité, de la façon de commander qui s'y transmet, de la façon de donner un rôle (qui incite à l'activité) à chacun, plus qu'à des critères de base qui seraient (passé évidemment un seuil minimal acceptable: un cul de jatte reste un cul de jatte) plus ou moins surévalué? La place assignée à un soldat (avec un rôle à jouer) par une organisation militaire bien pensée, l'interdépendance au sein des groupes essentiels, me semblent des facteurs plus que fondamentaux qui complètent dans les faits, mais suppléent aussi, à l'expérience et/ou à un engagement personnel pleinement volontaire dans l'activité (je parle là "d'engagement" au sens psychologique; ce qui rendra une personne plus investie, donc plus "pro active", à la différence des "passifs" et suiveurs décrits plus haut). Il faut pour cela que le rôle, la fonction à remplir soit bien ressentie comme telle ET implique un comportement actif (comme un GC fait d'activités complémentaires), par comparaison avec la "tenue" d'une ligne de bataille où le fantassin est pris dans la masse: certes, la solidarité s'y développe, de même que le sentiment d'interdépendance, mais il me semble plus "passif" (réduit souvent au rôle de "ne pas craquer"), et doit réclamer beaucoup d'ancienneté et de pratique avant de former des unités réellement solides et aptes à tenir comme à reprendre le mouvement. Face au stress extrême du combat, il semble que cette forme d'interdépendance soit plus "abstraite" et passive que celle de groupes plus petits pratiquant une guerre mobile (ou en tout cas pas concentrée en bataillons massifs) où chaque individu a un registre de tâches précises à accomplir, qui le singularisent au sein de son environnement immédiat et surtout, lui donne quelque chose à "faire" dans les moments de stress extrême (plus que simplement tenir, ou répéter en rang quelques gestes mécaniques): plus valorisant, permettant de ressentir plus d'influence sur son propre avenir (que ce soit vrai ou faux), je vois la différence avec l'histoire du combat en ligne, dans l'antiquité ou à l'époque moderne (et jusqu'à la première guerre mondiale), qui amenait un comportement plus "suiveur" (dans l'attaque massive comme dans la panique). Historiquement, l'exemple de l'armée romaine passant lentement, puis massivement, à une mise au second plan des critères anciennement importants (âge et fortune), l'illustrerait dans une certaine mesure: la croyance comme quoi il faut avoir quelque chose à défendre (donc posséder une propriété, une activité, une maison) pour bien se battre, y a été nettement plus battue en brêche que dans la Grèce antique (où cependant un tournant avait été pris après les guerres du Péloponèse.... Essentiellement par nécessité: des masses d'anciens combattants n'avaient plus rien d'autre que le mercenariat). -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est de la pure politique intérieure américaine: Obama ne peut se passer du soutien de l'opinion publique américaine (qu'il travaille depuis un moment, et qui bouge), d'un minimum d'alliés (et d'une caisse de résonnance internationale, sans quoi le bombardement sera une perte de temps et d'argent, et un risque, avec un effet boomerang faisant de la frappe une "défaite").... Et du Congrès: - parce que la population américaine semble rester catégorique dans son insistance sur un vote du Congrès - parce que le war powers act spécifie que le président ne peut agir sans le Congrès QUE si les USA sont attaqués directement (la formule est un peu "large" dans le texte, mais la prendre à la légère est politiquement suicidaire) - parce que les USA d'aujourd'hui ne sont plus ceux de 2003, et que tout interventionnisme extérieure doit être à tout le moins passé au crible de plusieurs acteurs de ce jeu décisionnel, pour gagner sa légitimité. Il ne faut pas oublier que les parlementaires, et surtout les Congressmen, à l'inverse du président, sont directement interpelables par les électeurs: leurs permanences ont d'importants standards pour répondre (et recenser) aux appels, et ils passent leur temps hors session parlementaire en "townhall meetings" où il est d'usage de se faire houspiller assez vertement par le péquin moyen... C'est d'ailleurs ce qu'ils sont en train de faire en ce moment (Obama devra reconvoquer le Congrès en session extraordinaire pour le vote), et ce contact direct (surtout en année pré-électorale) a clairement fait sentir que les parlementaires n'ont pas intérêt à être les mêmes moutons qu'en 2003. Vu que ça leur coûte rien de se la jouer "durs à convaincre", "à l'écoute" et "vertueux", tu parles qu'ils s'empressent de le faire. Selon toute vraisemblance, malgré de la discussion et de rodomontades diverses, le vote serait acquis sans trop de difficulté, au vu des réactions de ceux à qui les preuves intégrales ont été montrées. - avec le passif de 2003, l'opération est surtout une façon pour les parlementaires de redorer une image très ternie par les années récentes, ce Congrès et le précédent étant les plus impopulaires de l'histoire américaine (qualifié de "do nothing Congress", ce Parlement n'a pas fait le dixième de la -faible- activité du "Do nothing Congress" original de 1946, battant tous les records de nullité). Ce qu'ils veulent donc plus que tout, avant de se lancer dans des grandes positions de politique internationale dont la plupart des membres n'ont rien à foutre (sauf quelques cas spéciaux qui veulent se faire de la popularité sur des positions bien "visibles" et souvent connes), c'est paraître importants et responsables, ce qui s'obtient en ne s'en tenant pas aux preuves déclassifiées, en exigeant la totalité du topo, et en exigeant un vote. Ils voudront tout ce que le président veut, mais seulement si on le leur demande, preuve qu'ils sont des gens "sérieux". Vu les tendances actuelles de la politique américaine, il ne serait même pas forcément étonnant de voir une proportion plus élevée de républicains que de démocrates voter "oui" à une résolution sur l'intervention en Syrie (ou comment passer pour "responsable, patriote, de bonne volonté et bipartisan" sans risquer un atome de capital politique auprès de son électorat). HS? Non, parce que là on est dans la façon dont ce que nous appelons "les Américains" (comme on parle de toute nation, en globalisant) décident; de la façon dont le gouvernement américain (au sens général, cad les 3 pouvoirs ensemble) procède pour produire une volonté nationale. Et si l'attaque américaine est plus ou moins large, cible plus ou moins la capacité chimique (ou d'autres) de la Syrie, dure plus ou moins.... Si cette attaque est ancrée dans telle ou telle trame narrative (définissant que le but de guerre est X ou Y, donc qu'il est accompli ou non, réussi ou non.... Bref, ce que les ricains vont "vendre" au monde), si elle vise à ne pas froisser X ou à rallier Y, à impressionner Z.... Beaucoup va donc dépendre de ce que CE congrès va donner comme marge de manoeuvre à Obama, dans le fond, la forme, les résultats et l'exploitation de ces frappes. Avec le risque politique (pas totalement absent) pour lui, en plus, que quelque chose tourne mal dans la discussion au Congrès et que cet "objet politique" prenne une vie inattendue pour devenir une chierie dont ne sortira aucune décision; a priori, c'est peu probable, mais certaines factions républicaines ont récemment prouvé qu'elles pouvaient aller loin dans les blessures infligées au pays au nom d'avantages politiques et de popularité (plafond de la dette, vote du budget....). Ajoutez l'impact conjoncturel des sequesters, qui limite fortement la disponibilité des moyens américains, et un Congrès tâtillon pourrait décrédibiliser la politique extérieure d'Obama; quid si la frappe unique incite Assad à faire plus dans le chimique? Pour les mêmes raisons, Obama devrait suivre.... Et ne le pourrait peut-être pas pour les raisons susmentionnées: un Congrès soudain enragé sur la question, et donc sur le financement des opérations, pourrait de fait décrédibiliser la posture d'Obama avant que le premier tactom ne soit tiré, parce qu'on saurait de ce fait que ces quelques salves seront les premières et dernières. -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
L'armée syrienne doit avoir encore assez de marge de manoeuvre, surtout avec le souffle et l'espace donnés par la présence de Pasdarans et unités du Hezbollah (quoique ce doivent être des alliés encombrants et qu'Assad doit pas avoir une grande autorité sur eux pour coordonner des actions): il doit cependant avoir plus de facilité à disposer d'une réserve un peu mobile et efficace qu'à pouvoir tenir et contrôler des territoires étendus et éparpillés, ce pour quoi il faut plus d'effectif et de fiabilité que de mobilité et d'efficacité. Là, ça doit être du flux tendu, avec la "réserve" centrale qui doit jouer les pompiers ici et là en permanence, être au four et au moulin sans arrêt, face à une insurrection divisée, éparpillée, sans plan central, mais présente partout et en nombre. C'est la question que personne ne doit vouloir vraiment se poser très fort, y compris les Russes. Mais ça doit être essentiellement le sujet des échanges diplomatiques entre parties intéressées en ce moment (la position de l'Allemagne doit être en partie due à la pression russe, par exemple).