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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Impressionnant; j'aimerais beaucoup connaître la méthodologie d'Eurostat et la méthode de classification en particulier. Par ailleurs, il faut nuancer géographiquement; les USA comme l'UE, en termes réels, ce sont avant tout des territoires différents. Aux USA, classer la Californie, l'Etat de Washington, l'Etat de New York, l'Illinois ou le Minnessota, par exemple, dans la même catégorie que les "red states" du vieux sud (dépendant à mort des subventions fédérales, d'industries d'extraction peu régulées, d'activités fédérales localisées chez eux -bref, des emplois publics-....) est à cet égard trompeur, phénomène qu'on peut observer dans les taux de scolarisation, la fiscalité (importante dans les Etats "développés" des USA), le niveau de redistribution sous forme de services (important dans ces Etats "développés") ou d'allocations (plus important dans les Etats du vieux sud).... On observe ainsi que, territorialement et économiquement, l'Amérique des grandes villes et des façades maritimes densément peuplées est.... Très européenne sur la plupart des plans envisagés par cette étude. Ce qui se retrouve d'ailleurs électoralement: les démocrates dominent de façon quasi absolue dans ces zones, alors que les républicains font leur beurre essentiellement dans les zones vides à économie dépendante soit du public soit d'industries d'exploitation des matières premières (agriculture et ressources minières). C'est assez unilatéral et dominant, comme modèle, mais d'un autre côté, si on regarde une carte "rouge bleu" (républicains/démocrates) des USA par comtés, ça donne une impression que les républicains sont partout et les démocrates concentrés dans quelques réduits.... A ceci près que ces réduits représentent la majorité de la population et la partie la plus dynamique, la plus éduquée et la plus riche du pays. Quid de l'examen territorial de l'UE sous ce type d'angles? Quelqu'un a vu des documents dans ce registre?
  2. C'est marrant comme les soi disant libertaires sont en fait juste des anti-Etats: ça me fascine toujours aux USA de voir les soi-disant "Jeffersoniens", libertariens et autres essayer de raisonner, parce qu'il n'y arrivent au final jamais avec des arguments chiffrés, et se retranchent finalement toujours dans une rhétorique abstraite et auto-alimentée pour décrire un monde idéal où la vertu règne et tout s'équilibre "naturellement", puisant aux mêmes délires issus de la physiocratie, invoquant des "lois naturelles" connues d'eux seuls et tirées de nulle part (genre "la propriété est sacrée", il y a des "fonctions régaliennes" qui sont un "périmètre naturel" de l'Etat, le "privé" est par nature efficace, l'entité abstraite et monolithique appelée "marché" résout tout, toujours et en tout lieu....). Et au final fuyant la raison concrète tout en le niant. Le seul résultat auquel leurs délires amène immanquablement, dès qu'on essaie concrètement de faire des simulations ou projections de ces "modèles", c'est une polarisation toujours plus importante des richesses et la réduction d'une communauté humaine à une très petite partie "utile", donc une société profondément instable par ce même fait, et assez peu apte au développement. Pour compenser ce défaut dans le calcul et équilibrer l'équation, ça ramène un nombre étonnant (ceux qui essaient de calculer, en fait) de ces "amoureux de la liberté" et ennemis de "l'Etat maman" à préconiser l'octroi d'une allocation universelle pour chaque individu (par quel mécanisme crédible, on se demande).... Des monétaristes aux plus enragés anarcho-capitalistes, on trouve cette mesure.... Une contradiction dans les termes, mais bon. On constate juste chez eux un refus assez obsessionnel de comprendre la complexité d'une économie et d'une société développée, celles des interactions infinies qu'elles requièrent entre des sphères "publiques" et "privées" très peu monolithiques et présentes à tous les échelons et dans tous les domaines, les limites extrêmes des capacités du "secteur privé" à chaque époque et dans des domaines d'activité multiples (et nécessaires), selon la temporalité particulière des dits domaines.... Assez vite, quand confrontés à la réalité, ils répondent à ces problèmes par l'abstraction, la généralité et le discours de principe. Ou, évidemment, les arguments bidonnés, quand on a des politiciens en campagne dans la discussion. Pour ceux qui ont suivi l'actualité américaine, c'est le schéma suivi depuis le début de la présente crise: écoutez le chef de file des enragés, Ted Cruz, et vous n'entendrez que de la théorie abstraite, des principes creux qui sonnent bien à l'oreille d'un certain électorat (qui se trouve être, chose amusante, l'électorat le plus dépendant aux allocations et systèmes de "l'Etat maman"), et des faux chiffres et exemples (quand il a eu le culot de citer des exemples individuels.... Les individus en question se sont ouvert aux médias pour signaler l'imposture). Rand Paul donne dans le même registre, dans la droite file de son père qui n'a jamais été foutu d'avoir un discours fondé en raison (cad en réalité mesurable; pas que ce soit la vérité absolue et certaine, mais juste qu'on a rien trouvé de mieux).
  3. Ce bouquin est largement à relativiser, sinon même à mettre au rencart: d'autres économistes et historiens ont largement souligné la particularité de chaque cas, et inversé le postulat en soulignant que la dette publique pouvait aussi bien (et même plus certainement) être prouvée comme découlant d'une faible croissance, et non l'inverse. Sans même parler de leur méthode de calcul foireuse démontée par un étudiant, qui reste le seul élément chiffré sur lequel ils axaient leur postulat, la faiblesse de leur méthodologie historique a été pointée du doigt. Trop de cas différents, pas assez de place accordée à la structure et à la spécificité de chaque économie étudiée.... Largement à relativiser. Pour la réduction des déficits, c'est un axiome trop catégorique: c'est la charge de la dette relative à l'économie qu'il convient plus d'examiner, et l'impact du mode de réduction adopté qu'il faut envisager sérieusement. Le fait est que l'impact pour une économie développée (et non pour les économies primitives sur lesquelles les postulats néoclassiques reposent encore en arrière fond) de l'action de l'Etat dans une multitude de domaines est aujourd'hui mal mesurée et appréciée, en partie parce qu'elle recouvre des activités peu facilement monétisables et/ou dont l'utilité et la pertinence économique ne se mesurent pas sur une période de temps courte (la seule qui compte pour les acteurs privée, et ce de plus en plus: le "long terme" s'est largement réduit dans l'esprit des acteurs surtout financier, au fil du temps, si bien que pour nombre d'entre eux, 2 ans c'est du long terme). La richesse moderne et le principe d'une économie de classes moyennes massives, résultent d'une action étatique importante, mécanismes de redistribution/arbitrage compris, créant des perspectives de création de richesses plus importantes (à marges plus faibles) sur de plus longues périodes de temps. C'est ce mécanisme qui a été mis à mal depuis plusieurs décennies, et qui étrangement revient dans les faits et les débats aux USA, particulièrement dans les Etats retrouvant plus de "vraie" croissance moins liée au domaine énergétique et plus à l'industrie et aux NTIC (le modèle de croissance américain qui se dessine semble reposer sur un couple Energie/NTIC). Tous ces Etats ont, à contre courant, réinvesti dans les domaines publics condamnés par le dogme conservateurs, et.... Augmenté leurs impôts. Le vrai blocage est politique: l'ambition des réformes les plus structurelles, particulièrement pour les "poids lourds" du budget (Social Security, Medicare et la Défense), s'est largement réduite tant les marges de négociations sont faibles. Résultat, ça ajuste d'une année sur l'autre, jouant sur les curseurs de la dépense, voire y tronçonnant brutalement sans réenvisager l'ensemble du secteur concerné, ou augmentant brutalement sans avoir de politique générale (cf le secteur défense/sécurité/renseignement dans les années 2000), avec pour résultat des problèmes de gestion, de la gabegie à certains endroits et des insuffisances à d'autres, et une efficacité plus que discutable de chaque dollar public dépensé dans de nombreux postes. Cumulez ce fonctionnement sur des années, et le résultat peut être lourd. Une coupe budgétaire de même montant, et dans le même secteur, peut être dévastatrice pour une économie à court, moyen et/ou long terme, ou salutaire, suivant la façon dont elle est faite. Or, aux USA, pour bien en faire, il faudrait réenvisager la globalité de la dépense concernée: la santé est sans doute le premier exemple. Mais pour réformer ainsi, il faut un niveau de coopération politique qui n'a pas été vu depuis très longtemps, et qui est hors de portée de l'actuelle scène politique, ultra polarisée par l'extrême droite idéologique. L'autre problème particulier à la situation américaine est que cette baisse de certaines dépenses est en fait à contrebalancer par les immenses besoins de nombreuses autres, qui doivent être augmentées si la croissance est l'objectif visé (infrastructures et éducation sont les priorités). Et ça ramène à la question fiscale: au niveau fédéral, les USA sont largement sous-taxés, et ce sont les coupes injustifiées dans la taxation des 5% les plus riches (même des seuls "one percenters") qui ont créé l'essentiel de la situation actuelle. Pour illustrer, il faut souligner que, comme en France, pour compenser cela, les Etats et villes/Comtés ont généralement augmenté leurs impôts (sauf quelques-uns disposant d'une "manne" particulière et liée à l'endroit: pétrole/gaz, Wall Street....). Ca prouve juste que ce monsieur n'a puisé qu'au bréviaire des organismes tea partiers pour alimenter sa réflexion, étant donné que cet argument a été démonté, chiffres à l'appui, par le CBO et à peu près tous les instituts économiques privés et publics ayant abordé la question. Mais bon, faut pas compter sur des analystes français pour savoir ce qui se passe dans le monde extérieur. Il recrache une ligne éditoriale dont les mots se retrouvent dans des communiqués issus d'organismes très spécifiques. Il n'y a aucune indication chiffrée prouvant ce point (c'est en fait le contraire) dans des dimensions autres qu'anecdotiques. Obama a poursuivi dans cette politique pour une raison simple: il est dans le monde réel et est aux affaires. Il faut de la politique d'adulte, cad qu'il ne peut pas jouer, comme les tea partiers, à obtenir exactement ce qu'il veut ou bouder et menacer de faire péter la maison. Ca se passe comme ça dans le monde des grands: on fait des compromis, et si on bloque sur une position catégorique, c'est qu'il faut vraiment être poussé très loin dans ses retranchements. Il a pris le contre plan républicain à son plan santé initial, et tout d'un coup les républicains, piraté par le tea party, ont commencé à déclamer que c'était le pire plan du monde et le mal absolu.... Et ils n'en sont pas sortis.
  4. Ils sont dans la merde: ceux qui n'ont pas un revenu élevé (qui ont tendance à être ceux qu'on met le plus rapidement au rencart dans une situation pareille) l'ont pleinement et simplement dans le fion: un paiement d'emprunt (mortgage surtout) ou de loyer en retard peut en mettre beaucoup sur le carreau. Les réductions structurelles se poursuivent, même si il y a un phénomène de croisée des chemins dans certains domaines, qui dépendra en fait plus de la prochaine majorité pour être tranché, vu que l'actuel Congrès est depuis le début un blocage en la matière. Tabler sur la croissance par l'investissement et une politique de soutien/redéveloppement de la classe moyenne d'un côté, contre.... Rien du tout de l'autre. Les républicains n'ont pas vraiment de consensus sur une politique, à part couper sans couper les dépenses sociales (ils veulent s'en vanter, mais ne le font pas, vu que la proportion de leur électorat dépendant d'une aide fédérale ou d'une autre est plus importante), et un mauvais bilan sur les dépenses de défense et sécurité (en forte expansion sous leurs mandats, et avec une forte tendance à la gabegie et aux abus) qui restent un "secteur à développer" selon eux, tant dans la défense que dans le contrôle aux frontières (les plans pour la frontière mexicaine sont hallucinants, et totalement inutiles), le secteur pénitentiaire (dont la semi privatisation est aujourd'hui constatée comme une mesure hors de prix, inefficace et parasitaire).... Et évidemment, leur réponse universelle "tax cuts" dont ils attendent une croissance miraculeuse qui n'est jamais venue quand ils ont opéré leurs diverses vagues de réductions d'impôts.
  5. De solution à quoi? Aux deux votes en question? La solution est pour l'instant dans la tectonique des plaques en ce moment à l'oeuvre au sein des Républicains et de la bulle de soutiens financiers (qui eux se sont en majorité manifestés cette semaine) et populaires (aussi en colère, sauf la frange, essentiellement basée dans le sud est, qui soutient les plus enragés et exige la pureté idéologique et le fait de "montrer qu'on est fort") et médiatiques (an majorité en posture étrange ces derniers temps, soufflant un peu tout et son contraire, sauf les plus tarés comme Glenn Beck) qui les entoure. C'est véritablement un rapport de force en interne dans les courants, réseaux et zones géographiques qui composent les républicains: on voit cependant la relativité de ce que vaut le soutien populaire, largement, semble t-il écrasé par le soutien financier dans l'ordre des priorités, mais aussi par le soutien médiatique. On voit aussi la grande division, sans doute plus encore géographique qu'idéologique, étant donné la concentration régionale des tea baggers. Le Shutdown est un phénomène cumulatif et exponentiel dans ses effets et impacts négatifs: la plupart des services ont leur budget propre, et leurs lois budgétaires propres, chacune ayant des temporalités différentes. Certains services ont des lois de financement de plus long terme, ce qui permet de les maintenir en activité ou semi activité plus longtemps, d'autres ont des réserves permettant le maintien du service minimum, voire plus, pendant une ou plusieurs semaines.... Et l'effet sur l'économie présente et les anticipations des acteurs économique n'est que graduel: ça commence lent, ça empire avec le temps. Sans compter évidemment qu'on parle d'un grand pays, qui de fait n'existe que partiellement comme réalité fédérale: pour le court terme et l'immédiat, soit la majorité de la perception publique, l'environnement de la communauté, du comté, de l'Etat, prédominent. Le domaine fédéral a un impact de plus longue haleine en général, sauf pour certains programmes spécifiques qui eux ont une réalité immédiate pour une proportion donnée de la population (soutien alimentaire fédéral, programmes scolaires d'aide aux enfants défavorisés, programmes "pre-school"....). Même l'entrave au Medicare, à la Social Security ou le soutien aux vétérans, par exemple (ayant des fonds pour un peu plus de temps) ne tapent qu'en différé et touchent différemment les gens (suivant leur situation personnelle), n'en impactant de vastes nombres que graduellement. L'ensemble d'autres services (inspection alimentaire -déjà des problèmes sanitaires signalés un peu partout- ou énergétique -un nouvel accident de pipe line a eu lieu cette semaine-, contrôles financiers et administratifs.... Une masse de services dont on n'a pas conscience au quotidien) a un impact également graduel, et ne peut être ressenti à grande échelle qu'avec un peu de temps. On peut comparer ça à la force d'inertie que représente un Etat stable: il ne s'effondre pas du jour au lendemain, et les problèmes ne se manifestent pas en une seconde, façon apocalypse. Sans compter que le gouvernement fédéral n'est pas le seul gouvernement: les Etats (et les villes et comtés) assurent une bonne partie des fonctions les plus immédiatement perceptibles du service public: police "dans la rue", santé, écoles, administration locale.... Dans la réalité quotidienne des gens, c'est la partie du secteur public qui est la plus immédiatement sensible, et dont l'arrêt est le plus immédiatement constatable et dommageable. Mais même en l'état du shutdown partiel (s'il dure, plus de services seront arrêtés), il a été estimé que l'arrêt coûtait à l'économie au moins 10 milliards la première semaine, et que l'impact allait ensuite croissant: par exemple, pour l'ensemble des acteurs économiques: une semaine, on ne touche essentiellement qu'une partie de la consommation des fonctionnaires et divers arrêts de trafics et flux économiques. Plus d'une, on commence à toucher les petits contractors publics et à sérieusement chambouler les calculs prévisionnels et anticipations de l'ensemble des contractors et des individus dont l'activité dépend tout ou partiellement de l'activité publique. Plus encore, et outre l'impact de la limitation croissante des services fédéraux sur l'activité, on tape dans la révision des anticipations économiques en général. Après, on en arrive au domaine macro, et aux anticipations des grands acteurs financiers et entreprises, sur l'interprétation de la fiabilité de l'Etat américain, sur les changements de stratégie de grands groupes.... Pour la dépense publique prévisionnelle, en plus, on oublie que les fonctionnaires et contractors seront payés rétrospectivement: les semaines perdues seront payées après coup (en attendant, beaucoup auront des problèmes de trésorerie, mais aussi inévitablement de retards de paiement sur leurs loyers, leurs emprunts.... Qui peuvent en mettre beaucoup sur le carreau et compliquer la vie des fonctionnaires et contractors en général, par exemple en changeant l'appréciation des banques et assurances sur leur fiabilité comme clients), et ce paiement coûtera plus cher en embarras administratif, coût de l'emprunt, trésorerie.... Le tout pour de la non activité qui devra être rattrapée d'une manière ou d'une autre. Sur une note plus légère, un sondage amusant a été conduit cette semaine et lu en public à la Chambre par le très haut en couleur représentant Alan Grayson (démocrate - Floride). "De qui avez vous la meilleure opinion": - le Congrès ou les sorcières: Congrès 32%, sorcières 46% - le Congrès ou les hémorrhoïdes: 31% vs 53% - le Congrès ou la merde de chien: 40 vs 47% Le Congrès pointait cette semaine à 5% d'approbation dans la population; ce score, depuis qu'il est relevé, n'a jamais été terrible, mais tendait à tourner dans une fourchette de 20 à 35% jusqu'à 2011.
  6. Bien vu: quand on en est réduit à citer/publier Sorman, c'est qu'on a un grave problème avec la réalité. Pour l'autre article, ça fait bizarre de lire en français les mêmes lignes sorties tout droit de la machine à propagande issue de FreedomWorks ou de l'Heritage Foundation: mêmes litanies d'erreurs factuelles ou d'éléments "concrets" purement et simplement faux, d'interprétations idéologiques très peu fondées sur une quelconque analyse réaliste, et de prévisions délirantes sans grand rapport avec le monde réel. On a beau dire, ça sonne différemment quand c'est lu dans la langue maternelle, et l'effet réellement étrange: la com des organisations des frères Koch (les mêmes "arguments" et faux faits, parfois les mêmes formulations, tous venus du même bréviaire conçu au même endroit) atteint nos rivages! En attendant, l'impact sur l'opinion américaine est tout sauf ce qui peut être décrit dans ces tendances, mais comme pendant les élections de 2012, les médias conservateurs décrètent que les enquêtes et sondages sont tous faux et que seuls les leurs sont réels.... Pour un résultat qu'on a vu à la réélection d'Obama: c'est terrible de voir les mêmes personnes qui se sont plantées plus que largement (Dick Armey, Jim Demint, Karl Rove, Dick Morris....), niant la réalité des chiffres le soir même et le lendemain de l'élection (prévoyant encore une large victoire de Romney) qui aujourd'hui entendent "prouver" que tout est génial et que les Américains adorent et approuvent ce qui se passe. Même topo côté "analyse": effet nul sur l'économie américaine, anticipations des acteurs économiques non impactées (on se demande alors pourquoi, depuis le début de la semaine, Wall Street, via ses lobbyiste, engueule les républicains et conservateurs, réorientent le soutien financier....), joie universelle dans le "land of the free".... Mais bon, faut pas déranger la machine idéologique soit disant libérale (sens européen, pas américain) à l'oeuvre: elle risquerait de se trouver en contact avec la réalité, et ça, faut pas....
  7. Les moyens militaires et surtout logistiques FERAIENT défaut, et rapidement (en fait avant même que ça commence). C'est encore pire si on ajoute le facteur terrain, qui est vraiment dégueulasse pour l'avance de troupes d'infanterie avec ou sans véhicules. Surtout qu'on est dans les années 1910: l'infrastructure est mille fois plus lamentable, sinon inexistante, qu'aujourd'hui, et les densités de populations sont encore plus faibles (donc bien moins de points d'appui/relais potentiels). Les ricains pourraient soutenir Panama dix fois plus vite et facilement par la mer que les Mexicains ne pourraient aller y envoyer de maigres groupes "commandos" en état de faire quelques dommages mineurs. Oui: l'impact d'une telle guerre sur les effectifs et moyens ne toucherait que les troupes d'active disponibles en 1916-1917, soit un réservoir minime qui n'a pas eu d'impact sur le cours tactique des événements en Europe, et dont l'impact moral de court terme (avoir de nouvelles troupes fraîches aux côtés des Français et Anglais) peut aussi bien être assumé par 1/3 d'effectifs en moins. Et l'impact de cette guerre sur la mobilisation, cad sur les réserves à l'entraînement (presque 2 millions en novembre 18) ou les troupes arrivant au combat vers septembre 18 (où des formations massives américaines commencent à être dispo pour le front), serait complètement nul, le processus de mobilisation étant largement en place et produisant des effets d'une ampleur sans comparaison avec le "front" du Rio Grande, qui peut être tenu par les gardes nationales, un volant professionnel relativement réduit, la Navy, des forces comme les Rangers, et les citoyens en armes qui, sur la frontière sud, sont activement impliqués contre les Mexicains.
  8. En fait, beaucoup tient à ce qui dérive de ce fait: les Mexicains ont les moyens de faire chier un adversaire qui voudrait venir contrôler leur territoire, voire, avec les bonnes circonstances, de lui faire subir une attrition propre à le dégoûter de l'affaire. Mais ils n'ont aucun moyen de mener une guerre moderne, et surtout une guerre offensive, contre le territoire américain: c'est une chose d'avoir une ou plusieurs armées de 30 000h en mode de semi-nomadisation -avec quand même quelques bases logistiques fixes- sur son propre territoire, opérant dans des rayons d'action bien déterminés et motivés par une cause comprise et entendue comme d'intérêt local, c'en est une toute autre d'employer ces "armées de 30 000h" comme des corps d'armée dans un cadre nettement plus organisé et compact pour mener une opération offensive vers le nord, via une avance impliquant nécessairement une forte planification, une vraie coordination (en vue de combats "réguliers"), une importante logistique, des lignes d'opération longues et qu'il faut défendre (30 000h au départ, combien laissés en garnison sur les arrières quand il faut parcourir 500km? 1000km? 2000km? etc). On n'est plus du tout dans la même logique, et les Mexicains n'ont pas le début de la queue des moyens pour ça. On revient toujours à leur capacité à soutenir des opérations dans la durée, à équiper, former, entretenir des armées: faut du fric pour ça, et ils en ont pas. Faut des moyens industriels massifs, et ils en ont pas. Faut d'énormes stocks alimentaires (en plus de ce dont a besoin la population), de matières premières très diverses, de consommables et de matériels innombrables, et ils en ont pas. Faut une activité économique soutenue avec de la visibilité (pour la confiance, donc l'investissement), cad un pays qui tourne un minimum.... Et ca fait cruellement défaut. Les armées même les plus motivées ne vivent pas d'amour de la patrie et d'eau fraîche. Dernier point: le Mexique de 1917 n'est pas encore pacifié, donc pas en plein ordre de bataille, et une partie des forces d'un gouvernement mexicain serait immanquablement destinée à l'ordre intérieur, qui relève à cette époque d'opérations de guerre/contre-guérilla, gourmandes en moyens. Encore une fois, qu'iraient-ils faire dans la galère d'un conflit avec les USA, et quelle capacité de guerre auraient-ils? Sans compter que les Américains pourraient du coup aussi s'appuyer sur des bandes armées locales. L'expédition de Villa aux USA en 1916 (bataille de Colombus) ne plaide par ailleurs pas en la faveur d'une énorme capacité mexicaine: les troupes US (une petite troupe de cavalerie), prises par surprise, ont réagi vite et efficacement, et la mobilisation de moyens pour nuire à Villa n'a pas eu à être énorme pour avoir des résultats tangibles, même si Villa lui-même a échappé à la capture. L'époque signale aussi la mobilisation et l'implication des populations locales face aux Mexicains: les milices locales sont actives, les gens armés, et la "Texas Ranger division", entre autre, se signale par son activité efficace de patrouille.... Et le racisme terrible qui amène à commettre nombre d'horreurs: même si le Mexique pouvait envoyer et soutenir des opérations d'une certaine ampleur en territoire US, son maintien sur le territoire serait bien plus difficile que ceux de troupes US au Mexique. En face, pour les Mexicains, c'est pas n'importe qui: un territoire gigantesque, une population nationaliste et plusieurs fois plus nombreuse, et déjà la première économie du monde. Et un territoire dont les vrais centres "utiles" et stratégiques sont complètement hors de portée: si on veut vaincre un adversaire organisé, il faut le frapper à la tête et au coeur; à l'échelle du Mexique, les USA d'alors ont une tête hors d'atteinte et plusieurs coeurs..... Tout aussi hors d'atteinte. Tout ce qu'ils pourraient faire, au prix d'un effort déjà hors de leur portée, c'est frapper un Texas et un sud californien pas vraiment encore vitaux pour les USA, immenses et peu densément peuplés, sans le moindre objectif stratégique capable de faire "réfléchir" les USA s'il était atteint. Et même là, ces deux Etats (Nouveau Mexique et Arizona étant sans grand intérêt et des grands vides hostiles sans intérêt) ont des dents en propre pour répondre, surtout avec une aide limitée de l'Etat fédéral. La seule vraie question dépend des USA seuls (ils ont une liberté de manoeuvre quasi totale face à un Mexique sans capacité de les menacer): quelles priorités ont-ils? Tout est là. Si l'arbitrage est en faveur de l'Europe, comme c'est de loin le plus probable (premier marché, nuisances au commerce maritime désormais permanentes, campagne d'opinion largement mature, qui a tourné la population....), Washington peut bien décider d'attendre la montée en puissance de la nouvelle armée pour penser à aller à l'intérieur du Mexique, et se contenter d'une surveillance musclée aux frontières, assortie d'un blocus maritime qui ne peut manquer d'avoir un certain nombre d'effets rapides sur la population mexicaine, mais surtout sur la capacité mexicaine à faire la guerre. Si le choix est fait de la guerre active au Mexique en corollaire de l'intervention en Europe, le soutien financier, économique et industriel (le plus important) à l'Europe n'en est pas réellement affecté, de même que le soutien naval (les convois); et l'effort terrestre n'est entamé qu'en partie, sans à mon avis être de nature à impacter le cours des événements en Europe, étant donné que le réservoir humain (qui pèsera dans les calculs allemands par l'importance des réserves à l'entraînement infiniment plus que par le déploiement effectif sur le terrain des combats) est plus que suffisant.
  9. Je veux bien qu'il y ait de l'aguerrissement chez les Mexicains, mais il faut aussi ramener les choses à de justes proportions: tant du côté des troupes fédérales que, encore plus, chez les ex-guérilléros, la qualité est très inégale, fait particulièrement inhérent à toute guerre irrégulière, surtout dans un pays qui ne peut financer suffisamment bien les troupes mobilisées, et donc capitalise plus sur une proportion choisie (plutôt réduite en général), et pour le reste, fait jouer le nombre. On ne peut parler de troupes aguerries en général, pas pour les effectifs mentionnés. Le Mexique n'a pas de quoi supporter un tel effort de guerre à cette époque, et encore moins dans l'état économique où il se trouve à cette période. Et l'aguerrissement en plus est une chose relative à la guerre qui a été menée, un conflit particulier qui ne ressemblerait pas à un affrontement "plein régime" avec les USA, dont d'ailleurs on ne pourrait que théoriser la nature ici: offensive US au Mexique? Défensive sur le Rio Grande pour l'un des camps ou les deux? Raids mexicains en profondeur aux USA? Harcèlement de part et d'autre? Mais il faut surtout ramener la chose aux distances en jeu et au ressources en jeu: le Mexique pourrait-il seulement, tel qu'il est à cet époque, soutenir encore longtemps un effort de guerre proportionné à la menace potentielle des USA (un gouvernement se prépare au pire, donc Mexico estimerait les besoins pour une mobilisation importante)? J'ai beaucoup de doutes, pour un pays au lendemain d'une longue guerre civile, et déjà pas très riche ou développé avant cette guerre. Quid de la production d'armement? Le blocus américain serait inévitable et rapide, donc pas d'appro de l'extérieur en quantités importantes (et les USA sont aussi déjà au sud, à Panama et ailleurs, ayant déjà entamé la définition de leur "pré carré" sur le continent). Quid de la capacité de la population à accepter encore les sacrifices d'un effort de guerre? La production agricole est-elle suffisante, dans l'état où elle doit être à cette époque, rien que pour rétablir une alimentation normale? De là à envisager que le Mexique puisse soutenir des opérations de guerre offensives, j'émets plus que de sérieux doute: il y a beaucoup de désert, des distances énormes, entre les points où des forces mexicaines peuvent se concentrer et les points en territoire américain où les yankees pourraient être touchés sérieusement.... Et là on parle que du sud est des USA, soit pas des éléments vitaux (surtout à cette époque: rien de si crucial entre Californie et sud du Texas, même pas le pétrole texan, littéralement hors d'atteinte). Les Mexicains devraient pouvoir constituer des stocks alimentaires et de matériels divers proprement gigantesques (dont je doute qu'ils puissent en disposer) dans des bases au nord du pays, pour pouvoir envisager de mener des raids.... Réclamant encore des efforts hors de leur portée pour atteindre des cibles utiles aux USA, qui demanderaient un 2ème échelon logistique en territoire occupé pour pouvoir être réalisé et soutenu. Tout ça pour des résultats sans effet significatif au plan stratégique, sinon distraire des moyens américains au profit (douteux) de l'Allemagne; les Mexicains seraient cons de faire ça. Sans compter évidemment la réaction américaine: des lignes logistiques si étendues, des bases logistiques énormes elles-mêmes loin des centres mexicains (et donc chères à maintenir sur le territoire mexicain lui-même), offrent des cibles intéressantes à des raids d'irréguliers (venant d'un pays qui n'envisagerait pas, lui, d'opérations majeures, donc pas de tels besoins logistiques). Ce simple fait exigerait donc pour les Mexicains le maintien d'une énorme mobilisation de soldats pour juste défendre les dits axes et bases, à supposer qu'ils puissent même les constituer et maintenir l'effort sur une longue durée. On parle vraiment de très longues distances, là, dans des territoires où il est impossible de vivre sur le pays pour des grandes unités (surtout avec du matos moderne, gourmand): semi-désertique ou désertique, densités de population très faible, peu de routes et d'infrastructures.... Chaque kilomètre à parcourir de façon organisée est hors de prix et dégrade la puissance d'une force d'attaque. Evidemment, tout dépend de la stratégie envisagée, mais je vois mal les Mexicains avoir la capacité de représenter la moindre menace même marginale pour les Américains, et surtout je ne vois pas pourquoi ils auraient la moindre raison de prendre le risque d'une guerre et de rétorsions d'une Amérique qui a le temps pour elle. Quel intérêt? Du harcèlement le long de la frontière ou le va-tout d'une grande opération de pénétration pour frapper le Texas (par exemple), c'est du pareil au même; une situation de guerre où l'Amérique ne risque rien de grave ou d'handicapant (même en ne faisant presque rien), et où le Mexique s'épuise plus ou moins pour ce non résultat.... Avant que Washington commence à réagir et prépare une riposte dont elle a largement les moyens, effort en Europe compris. Sans compter l'impact du blocus inévitable sur la situation intérieure du Mexique: délabré après la guerre civile, le pays pourrait-il supporter cette seule riposte américaine? Il a besoin de commercer, d'importer du matériel, des experts, des investissements.... Pour se reconstruire. La population est excédée et fatiguée, et les fractures du pays sont encore vives, comme après toute guerre civile, donc l'union et la stabilité sont encore fragiles. Mettre plus de privations dans l'équation apporterait quoi, sinon un affaiblissement du pouvoir et les risques de nouveaux troubles? Et côté américain, la priorité au front européen n'aurait pas à changer d'un iota: pourquoi s'emmerder à aller s'enferrer au Mexique directement quand des mesures peu coûteuses (gardes nationales et quelques unités pros) permettent de garantir les frontières (pour l'essentiel) en s'appuyant avant tout sur l'état des ressources et la géographie, et qu'un blocus est facilement réalisable à moindres frais? Le plan général qui est arrêté étant de monter une grande armée pour l'Europe, le temps de l'offensive peut simplement être décalé dans le temps. Vu l'effort prévu par les USA dès l'entrée en guerre, on est déjà à compter en millions: quelques dizaines ou centaines de milliers éventuellement détournées pour un front mexicain ne changent pas de telles données. Pour ce qui est du matériel, il faut aussi garder ce sens des proportions à l'esprit: les Américains n'ont pas d'industrie d'armement massive comme les arsenaux européens, mais ils savent produire avions, mitrailleuses, canons (tout cela se trouve dans l'Army et l'USMC, et surtout pour la Navy....) et en sont déjà, à cette date, à produire des matériels français et anglais sous license, alors que l'échelle des besoins dont on parle sur le supposé "front mexicain" implique de tels matériels se comptant en dizaines d'unités pour les avions, centaines pour les automobiles et quelques milliers peut-être pour les mitrailleuses, mais pas plus. On est dans le peanuts de chez peanuts, soit des trucs largement à portée de l'industrie américaine d'avant l'implication dans l'effort de guerre allié, et négligeables pour ce qu'ils ont déjà mis en place en 1917. En termes: - d'impact sur la participation financière, économique et industrielle à l'effort de guerre en Europe: zéro - d'impact sur la participation militaire navale à la grande guerre: minime, insensible - d'impact sur la participation militaire terrestre: minime. Peut-être un engagement retardé pour une petite partie des unités professionnelles (army et/ou marines), peut-être un poil moins de conscrits et volontaires, dans des proportions peu sensibles (et d'autant moins que l'engagement de cette mobilisation américaine n'arrive que très tard en Europe; essentiellement fin 1918) Et au final, je vois l'intérêt allemand, bien qu'il soit faible vu l'état et les capacités du Mexique, mais je ne vois aucun intérêt mexicain, à moins de dirigeants sérieusement pleins d'illusions.
  10. Hier a eu lieu un tremblement de terre dans le petit monde de Washington, dont aucun média ne peut signifier la magnitude ressentie dans ce petit monde: le parti républicain a encaissé les pires sondages de son histoire, prenant la grande majorité du blâme pour la fermeture des services gouvernementaux dont les effets se font sentir de façon graduelle, mais de plus en plus massive, rappelant les plus exaltés des anti-gouvernement dans l'électorat à la réalité. le sondage de Gallup (la plus écoutée des institutions de sondages) donnant le GOP à 28% d'image positive (la pire dans l'histoire de ce sondage) semble avoir été particulièrement mal vécue, ce qui s'ajoute aux messages clairs de Wall Street, de grands patrons soutenant traditionnellement le GOP ou sa frange extrême (dont les frères Koch, qui représentent la grande majorité du financement et du soutien du Tea Party) et à la marée de plaintes d'électeurs appelant les standards de leurs représentants au Congrès. Résultat, l'entrevue d'hier soir entre le Speaker of the House John Boehner et le président Obama a été largement vue comme une reddition républicaine, les demandes avancées depuis quelques jours par les conservateurs semblant de plus en plus déconnectées de toute réalité, et surtout de la réalité des rapports de force. Pour la première fois, Boehner a évité tout commentaire en sortant de l'entrevue, déléguant la tâche à des seconds couteaux. Une nouvelle entrevue est prévue aujourd'hui entre le président et la minorité républicaine au Sénat, dont beaucoup est attendu. On peut noter en effet que le Sénat est moins touché par la vague de radicalisme qyui a frappé la droite américaine: le mode de scrutin (proportionnel à l'échelle de l'Etat) a évité dans beaucoup plus de cas que pour la chambre le phénomène de "primarisation" (dégagement des républicains "seulement" conservateurs et ultra conservateurs par des candidats radicaux faisant main basse sur le processus, notamment via un financement surabondant en 2010) et surtout le poids dans nombre d'Etat du tripatouillage électoral qui crée un vaste volant de circonscriptions unilatéralement d'extrême droite, et absolument non concurrentielle. Certains observateurs se demandent si, par là, le Sénat pourrait regagner une place plus importante dans le fonctionnement du Congrès, après avoir été largement mis au second plan depuis une quinzaine d'années.
  11. Si il faut entrer dans les détails, c'est vrai, mais il faut aussi signaler la particularité de l'Ecole autrichienne telle que comprise, perçue et adaptée aux USA, qui est assez différente. On trouve chez eux un refus de l'antitrust, un refus catégorique (faiblesse fréquente aussi chez les Viennois de Vienne) de droits de succession visant à empêcher des concentrations/polarisations de richesses trop importantes et une société rapidement figée par la constitution d'une aristocratie de fait (et la transmission pour les fortunes d'un certain niveau reste le premier mode de constitution d'une telle élite vite nocive à l'économie et à la démocratie). Autre particularité qu'on trouvait chez Hayek et que quelques néo-viennois d'outre atlantique (mais aussi chez de nombreux minarchistes, anarcho capitalistes, néo-classiques....), l'idée d'une allocation universel d'un minimum vital à chaque citoyen, proportionnée à un seuil de besoins déterminé. Etrange chez eux et contradictoire, mais aussi le révélateur de la grande imperfection des systèmes de fixation des prix et des revenus dans un marché dit libre: résultat, cette mesure compensatoire qui dément pas mal leurs postulats. Et difficilement applicable, et encore plus prône aux dérives les plus graves.
  12. Situations particulières (l'Allemagne post 1918 comme comparatif, vraiment?) difficiles, sinon impossible, à transposer en loi générale. Mais l'un des problèmes de ces postulats est la mauvaise appréciation de la maîtrise des déficits par le gouvernement américain depuis 2011: le déficit a été plus que sérieusement rabaissé, dans les faits, et son contrôle est plutôt maîtrisé, à grand coût social et économique. Il est impossible de le baisser plus vite sans faire très mal à une économie en récupération lente et encore fragile, ce qui veut dire une courbe à lisser sur une période de temps importante, parce qu'il faut moins parler en termes absolus de réduction du déficit qu'en termes de soutenabilité du déficit comparé à l'activité. Il n'y a qu'un seul réel problème pour le moyen-long terme dans ce domaine, la prévisible augmentation des dépenses de Social Security et Medicare/Obamacare sans maîtrise des coûts du système de santé, si tant est qu'on considère le budget de la défense comme une relative constante (ce qui est déjà un axe idéologique). Or le système de santé est terriblement inefficace pour cause de dérégulation: outre les scandales de l'industrie pharma (qui, au final, se traduisent par un coût aberrant des traitements médicamenteux et une incitation à la surconsommation.... Sans mentionner l'explosion du trafic de médocs, et la contrefaçon dans ce domaine) et de son fonctionnement, le secteur hospitalier privé en a récemment beaucoup pris pour son grade, via des analyses comptables de l'arnaque qu'ils représentent (il faut rire ou pleurer du décorticage d'une facture d'hôpital américain: entre la couverture facturée au patient à 50 dollars ou les "scrubs" du médecin à 99 dollars, contre des coûts réels en cents, on mesure les marges d'économie). Evidemment, la première façon de baisser drastiquement ces coûts passe par les assurances, censées être les flics en la matière, et qui ne le sont pas du tout. Mais il y en a d'autres, et les dépenses de santé prévisibles pour l'avenir ont été à de multiples reprises démontrées comme étant facilement soutenables si cette police était faite. L'écueil? Ca implique une politique plus active de l'Etat fédéral, les Etats fédérés ayant trop peu de capacité en la matière, et le marché d'assurances à cet échelon étant complètement écrasé par les géants nationaux. C'est là tout l'enjeu, puisque la maîtrise des secteurs pharmas/assurances santé/secteur hôpitalier constitue l'essentiel de ce qui permet de lisser la visibilité des dépenses pour une très longue période. Les estimations du CBO sont pourtant assez optimistes sur les montants à impacter pour obtenir un effet suffisant, et, hors TeaParty, il y a un relatif consensus pour oeuvrer en ce sens des deux côtés de la barrière. Il y a cependant une distorsion dans le débat public, y compris par les républicains prêts au deal, pour rester dans l'argumentaire "les dépenses sont hors de contrôle", "le déficit va tuer tout le monde", "l'apocalypse c'est demain".... Tout connement parce que ça vend. C'est comme les expressions sur le "tough on crime" (dont l'effet essentiel contre la criminalité est nul, voire contre productif, mais qui fait exploser les dépenses de police, de justice et d'emprisonnement pour entretenir le marché des prisons privées avec des masses de gens incarcérés qui sont essentiellement des fumeurs de joints.... Mais qui en sortant tendent à devenir un coût pour la société plus qu'un apport, via le stigma social et "l'effet prison" sur les destins individuels), le "strong on defense" (qui veut rien dire).... Dans les faits, les indicateurs de confiance des marchés sur la maîtrise à 10-15 ans des déficits américains est plutôt bonne, surtout qu'il faut la rapporter aux anticipations économiques. Rappelons que dans l'histoire américaine, le pays a déjà été nettement plus endetté, et perçu comme étant dans une situation plus inextricable encore; sans remonter aux calendes grecques de l'indépendance, les années 45-50 ont vu une dette supérieure en proportion du PIB, dont les USA se sont sortis (diminution de moitié en quelques années) via la croissance économique, non par la baisse en absolu de la dépense. On sera d'accord aussi: les circonstances étaient particulières.... Mais elles le sont à chaque fois, ce qui incite à limiter la pertinence des prévisions forcément noires et des certitudes qu'on a sur beaucoup de choses. Rappelons aussi que cette croissance (via un fort rôle de l'Etat) s'est faite avec l'un des pires Congrès de l'histoire américaine (le "Do nothing Congress".... Qui est en train de se faire piquer son nom par l'actuel), en conflit constant avec Truman. Mais l'irresponsabilité actuelle supposée des parlementaires américains "traditionnels" est une chose facile à pointer du doigt, mais nettement moins facile à appréhender justement. Réfléchissant à l'échelle d'un pays (et la première économie du monde), les scandales faciles du Tea Party et autres amateurs du "tous pourris" ne reflètent surtout que l'ignorance et l'incompréhension de ce que cette échelle implique, notamment que la gestion du budget d'un tel Etat n'est pas compatible avec l'analogie du budget d'un ménage ou d'une petite entreprise, qui reste au final la base de réflexion des critiques de cet acabit. Ce ne sont ni la même échelle, ni la même temporalité, ni la même nature de problèmes. J'ai vu des experts du domaine exploser de rage et de frustration quand ils entendaient ce genre "d'arguments". Washington est bien pourri à maints égards, et s'il y a un problème fondamental, c'est le mode de financement de la vie politique et les rapports entre politique et cette vaste nébuleuse qu'on appelle "lobbying" (qui constitue aujourd'hui le principal débouché d'une carrière politique, voire la raison pour laquelle on passe quelques années par la case politique). Réformer la gouvernance, c'est commencer là. La question n'est pas du fait d'une remontée des taux, mais du rythme de la remontée, qui lui peut être calculé. Parler d'une remontée dans l'absolu, sans évoquer sa soutenabilité, sa proportionnalité à l'état de l'économie, son effet sur les anticipations des acteurs économiques, est beaucoup trop abstrait. Toute la différence (et la confiance qui en découle) réside là dedans. Tout revient au problème de la schizophrénie actuelle du pouvoir américain, avec la partie "cerveau reptilien" (le tea party) qui empêche les neurones de s'agiter correctement et les connexions synaptiques de se faire. Beaucoup est donc en jeu pour 2014 et 2016, et la crise actuelle des shutdowns est susceptible d'avoir changé la donne vu qu'au jour d'aujourd'hui, il semble qu'elle ait été nettement plus néfaste aux républicains qu'aux démocrates. Affaire à suivre.
  13. Patton reste au Mexique et ne va pas en France.... Pour ce qui est de savoir si l'effort de guerre US serait handicapé par ce fait, je ne dispose pas d'une masse énorme de données, mais l'état du Mexique, la force relative et absolue des USA, et, peut-être plus encore, les distances en jeu (qui plus est des distances en zones désertiques, lourdes à franchir logistiquement, dégradant la puissance), m'incitent à penser que ça ne changerait pas grand chose à la capacité américaine à alimenter un effort de guerre en Europe.
  14. La base du Tea Party voit très peu ce genre de trucs: la plupart vivent dans "la bulle" médiatique et informationnelle conservatrice, qui a des problèmes avec les faits et le monde réel, mais en vit très très bien (donc n'a pour l'instant, et depuis longtemps, aucun intérêt matériel à revenir au réel: voir l'affaire des sondages de campagne délirants de FoxNews en 2012). Comme de multiples études l'ont montré, les conservateurs sont en général la partie la moins bien informée de l'électorat, tant par la quantité de médias "consommés" que par la variété (en sérieux manque). Ca a trait à l'âge, au degré d'idéologie, à la situation géographique (zones rurales ou semi rurales, éloignement, peu de confrontation avec "l'extérieur"....) et une gamme de facteurs recroisant essentiellement la démographie de l'électorat de base républicain. Une parution dans le WSJ aura déjà plus d'impact, ceci dit: faudra voir la ligne éditoriale de FoxNews aujourd'hui. Jésus et Reagan seraient brûlés pour communisme et gauchisme hystérique s'ils étaient en vie aux USA aujourd'hui. Ce que j'adore avec ceux qui critiquent la Fed (comme surtout Ron Paul, le père), réclamant une monnaie régulée par les Etats, c'est qu'ils oublient si facilement pourquoi la Fed, aussi criticable soit-elle dans son fonctionnement, a été créée: c'est pratique l'ignorance de l'histoire monétaire. Oublier qu'elle a été créée pour remédier à la faillite de la régulation par les Etats, à la gabegie et à la corruption que ce système créait, à l'endettement extrême de nombreux Etats et à la création de fait, de quasiment autant de monnaies différentes qu'il n'y avait d'Etat (et toutes s'appelaient "dollar"), aboutissant à un impact démentiel sur le commerce extérieur, la stabilité monétaire et politique intérieure, et évidemment sur l'économie du pays. Et le remède pour tout ça? L'étalon or, comme s'il y avait une valeur intrinsèque à l'or et comme si les stocks de métaux précieux permettaient une économie développée. Le système de la régulation par les Etats fédérés était fondé sur l'or, et n'a empêché ni surinflation, ni instabilité économique, ni banqueroutes de fait de plusieurs Etats américains. Mais tant qu'on l'ignore, on peut continuer à déblatérer des grands principes. C'est pratique.
  15. T'as remarqué aussi? Cette étrange propension à voir la dette avec, au final, un biais religieux implanté au fond de l'esprit: comme s'il allait falloir "expier" un jour ou l'autre en une seule fois, être "puni". Et que donc, pour s'en prémunir, il faut se mortifier avant. Et c'est là que monétaristes et "viennois" s'éloignent radicalement de la réalité en pensant que de telles politiques n'auront que des impacts positifs sur l'économie, retournant dans leurs bons vieux fondamentaux, essentiellement nier l'existence de la demande (évidemment, y'a que l'offre qui existe dans un monde où tout vient d'elle) et nier l'impact et la nécessité du rôle économique de l'Etat. La chose amusante est qu'en analyse économique historique, on ne voit que des crises économiques qui ont été prolongées et aggravées inutilement par ce genre de repli de l'Etat et d'austérité. Ou comment bousiller, soit disant au nom du remboursement de la dette, ce qui fonde en premier lieu la crédibilité d'un Etat à assumer sa dette: sa gouvernance. Dans une économie mondiale où le pilier fondamental (moins qu'il ne l'a été, mais encore plus qu'important) est le bon du Trésor américain, il y a donc des abrutis qui s'amusent avec la crédibilité du dit bon.... Comment le leur dire? Sinon, ça semble commencer à se voir: en croissance forte depuis hier, l'indice de volatilité des marchés américains a sérieusement décollé, avec comme point d'orgue de la journée la vente par Fidelity Investment (plus grand gestionneur de fonds mutuels sur le marché monétaire US) de tout son stocks de bons du Trésor dont l'échéance arrive autour de la date du futur relèvement du plafond de la dette. Les USA observent maintenant le comportement des Chinois et Japonais: s'ils font la même chose, ça va commencer à paniquer. En bref, Wall Street commence à faire dans sa culotte, contrairement aux moqueries des pro-blocage qui affirmaient que les marchés réagiraient bien à leur action. Le ton risque de changer: Wall Street se plaint, les premiers éditoriaux commencent à donner dans ce sens (il faut attendre que ça vienne en une du WSJ pour que les républicains reconnaissent l'existence d'un problème.... C'est fait depuis hier), et on peut donc supposer que le téléphone des politiques concernés sonne en permanence (si, si, Wall Street a leur numéro: les opérateurs financiers restent de loin les premiers sponsors de la vie politique, à côté des assurances et pharma), et là, ce sont des appels que les dits politiques ne peuvent pas filtrer (comme ceux de citoyens en colère). Où l'on voit la grande "indépendance" des think tanks de droite radicale: le CEO de FreedomWorks (une des plus importantes organisations conservatrices), Matt Kibbe, s'est contredit hier en demandant la levée du moindre doute sur le fait que les USA doivent relever le plafond de la dette et trouver un arrangement budgétaire.... Là où la semaine dernière, il faisait partie des enragés exigeant l'opposé et dépensant des sommes importantes pour menacer les représentants républicains qui s'aviseraient d'être d'humeur trop négociante (campagnes publicitaires négatives....), et clamaient que le non relèvement du plafond de la dette était une très bonne chose. Heritage Action, la branche militante de l'énorme Heritage Foundation, a opéré un similaire virage à 180 sur le sujet, d'une semaine sur l'autre: la semaine dernière, ils ont claqué un demi-million de dollars en campagnes ciblées contre une centaine de représentants républicains dans leurs districts (pubs locales, discours dans les mairies, campagne internet....) pour qu'ils demandent le "shutdown", avec le CEO Michael Needham prenant des positions fermes et publiques..... Hier, ils réclamaient l'inverse et le passage d'un relèvement rapide et sans condition attachée du plafond de la dette. Dans un publi-éditorial paru hier dans le WSJ, Paul Ryan se lance dans une longue logorrhée pour dire qu'il faut vite relever le plafond de la dette et se mettre à la table de négo, en rappelant tout ce qu'il faut mettre sur la table face aux Démocrates.... En oubliant totalement, dans cette longue liste.... Obamacare (pas mentionné une fois). Alors qu'il s'agissait de l'item principal et absolu de la protestation conservatrice jusqu'ici, ce à quoi tout était rattaché et à quoi tout tenait, y compris le shutdown et le plafond de la dette. Eric Cantor, autre ténor républicain, se fend d'un éditorial similaire dans le Washington Post. Ca fait du changement de ton radical à la minute où Wall Street commence à avoir des vapeurs. Et le coup de tonnerre encore plus important (quand on a passé FreedomWorks et la Heritage Foundation, il ne reste qu'un autre think tank/organisme conservateur qui ait une importance et influence comparable, en plus du pseudo libertaire Cato Institute) est aussi arrivé hier, signalé dans la parution Politico (sorte de journal de référence des insiders de Washington): via Freedom Partners, leur "banque" de financement politique (qui a claqué 236 MILLIONS de dollars cette année dans les divers groupes et campagnes ayant milité pour obtenir le shutdown et le non financement d'Obamacare: Heritage Foundation, Tea Party Patriots.... Emargent tous chez eux), les frères Koch ont envoyé une lettre au Congrès expliquant que soudain, ils n'ont pas d'opinion ou de position sur le "shutdown". Ils ont juste financé tous ceux qui y ont amené, rien de plus ??? (et ne font-ils pas partie des gens qui disent que "money is speech"?). Bref, beaucoup d'hypocrisie très soudaine, surtout quand Wall Street commence à renifler ou que le portefeuille commence à être atteint.
  16. Ils ne soutiennent pas cette politique. Ils continuent par défaut parce qu'on ne peut faire autrement: tu présupposes dans ton raisonnement que ces choses se changent facilement, à commencer par la gouvernance au sommet. C'est justement tout le hic. Tu crois que les gens dits raisonnables sont ravis d'avoir à faire fonctionner la planche à billets? Pour la note, leur déficit a été littéralement tronçonné depuis 2011, dans des proportions rarement vues ailleurs et pour un coût économique et social qui se paiera d'une manière ou d'une autre dans les années à venir; il faut faire quoi selon toi, anéantir les déficits d'une année sur l'autre? Y'en a qui croient réellement que ce genre de procédés a plus de vertus que de défauts? Ils font ce qu'ils peuvent, avec les moyens politiques dont ils disposent; c'est ça gouverner, pas faire la politique de gouvernement idéale, à 100% telle qu'on la veut parce qu'évidemment, "on" a la vérité pure, simple et absolue. On fait les deals qu'on peut, et pour l'instant, la scène américaine est si polarisée (et les radicaux de droite de tous types ont terriblement aggravé ce dysfonctionnement) qu'il est impossible d'obtenir une autre gouvernance. Les démocrates ont à peu près cédé sur tous les sujets qui font leur socle, au point qu'ils risquent eux aussi l'implosion; la sortie d'Obama hier sur un deal de budget à "montant républicain" est à peine sûre de les voir se rassembler, à tout le moins pas sans exiger des positions plus fermes dorénavant. Etre un parti de centre droit devant gouverner avec une extrême droite et trouver un deal entre ces deux positions ne passe plus très bien chez eux. Mais les gouvernants responsables savent que la seule vraie crise qu'un pays développé risque est la cessation d'activité: tout le reste peut se gérer avec un minimum de gouvernance correcte. Si le business ne peut plus fonctionner, là la vraie merde commence. Une partie de l'Amérique en a un avant-goût depuis maintenant une dizaine de jours, mais c'est pas encore palpable pour le plus grand nombre; à force, beaucoup sont persuadés ou ont été persuadés que ce genre de "shutdown" serait une apocalypse comme au ciné, avec tout qui merde d'une seconde sur l'autre. C'est évidemment pas comme ça que le monde réel fonctionne, mais les effets ne sont pas moins réels. Quand le plafond de la dette sera négocié, s'il y a défaut, ça ira déjà plusieurs crans plus vite. Le Tea party n'est pas "la seule force politique qui essaie d'agir": c'est une organisation qui au final se fout éperdument de la dette, détournée pour servir de plate-forme à d'autres intérêts. Ce qu'ils font s'apparente juste à une série de cascades sans la moindre chance d'obtenir le moindre résultat satisfaisant pour les USA, mais en attendant, ça promeut des abrutis au rang de politiques "d'envergure nationale", ça consolide une certaine base de districts (toujours les mêmes), ça fait du buzz, ça bloque parce que c'est tout ce qu'ils peuvent faire et ils entendent peser ainsi sans comprendre qu'ils scient la branche sur laquelle ils sont (c'est le genre de comportements qui ne marche qu'un temps: après, les autres répliquent et s'adaptent, et le public se rebiffe radicalement). Y'a juste des politiques qui font ce qu'ils peuvent parce qu'ils comprennent que le pays doit avant tout fonctionner. Le Tea Party surfe juste sur une fausse image "anti système" qui ne marche que dans certaines zones déjà acquises à cette rhétorique. La meilleure preuve qu'ils s'en tapent de la dette? Au départ le Tea Party était censé être "apolitique", "anti-establishment" et autres conneries qui vendent.... Rapidement, tout ce qu'on y a vu, c'est l'habituelle litanie de candidats, puis élus, balançant les mêmes rengaines sur l'avortement, les flingues, la religion, le travail des femmes, les universités, l'immigration, les minorités ethniques, le vote des noirs et latinos.... Juste en version plus ignorante et plus caricaturale, et avec un plus gros porte voix en or massif (pas vraiment payé par les "contributions de la base"). Et, ô surprise, c'est toujours les mêmes forces politiques qui en forment la base, pas des "nouveaux venus": les mêmes groupes religieux et socio-économiques du vieux sud, les mêmes réseaux politiques (version restructurée et financée par du vieil argent) qui font ce qu'ils ont toujours fait, juste en plus bruyant. Avec quels exemples sur lesquels s'appuyer? Des zones économiquement dévastées, coincées dans un semi sous-développement, et parmis les plus consommatrices d'allocations fédérales (oui, ces mêmes gens qui gueulent très fort contre le "big governement", ils en vivent), sur-dépendantes à des industries d'extraction aux mains de véritables barons féodaux bloquant toute évolution dans leurs Etats qui, apparemment, ne se sortent pas terriblement économiquement d'avoir des taxes sans arrêt en baisse, peu d'intervention étatique, de moins en moins d'éducation (malgré toute la place faite au miracle du "privé qui va tout résoudre").... Les autres aussi essaient d'agir, y compris pour l'anticipation de la réduction structurelle de l'endettement: mais c'est moins sexy, ça va pas vite, c'est pas un "grand soir". C'est nettement plus dur à traiter quand la polarisation et l'idéologisation de la droite (la gauche.... Enfin les démocrates, ont été largement déidéologisés depuis les années 80, si bien qu'ils ont un grave problème d'identité ces temps ci, qui risque de venir assez vite leur poser problème) ont amené une telle radicalisation de la scène politique qu'il faille voir une tendance avancer qu'il y a juste un "spending problem" et rien d'autre, niant le "income problem", et se comportant en ayatollahs du déficit uniquement quand ils ne sont pas au pouvoir. Par ailleurs, le refus de comprendre le lien entre économie et dépense publique aggrave encore cette tendance: si la planche à billets n'avait pas fonctionné depuis 5 ans, je doute sérieusement que la situation économique en eut été améliorée. Et avec moi l'essentiel des analystes politiques américains, donc; mais toi tu as la bonne vision de la politique interne des républicains et des évolutions des forces politiques américaines aux niveaux local, étatique et fédéral? Vas-y, parce que "tu te trompes", c'est un peu court. Tu en oublies un, et qui est en cours; lentement et pas spectaculairement, et qui aura besoin un de ces quatre de politiques plus ouvertes et d'une coopération internationale, mais réel. La lutte contre la fraude fiscale, dont les montants sont désormais largement dans la gamme des problèmes budgétaires évoqués. Avant même de jouer sur la taxation, faire le ménage dans ce domaine allègerait plus que sérieusement le problème budgétaire, et ce serait déjà plus accessible politiquement, même si ça amènerait une autre gamme d'emmerdes et de ralentissements.... D'échelle internationale. Mais on constate ici et là de multiples changements, lents à se distiller: telle personne qui reçoit de son conseiller bancaire en Suisse un avis de vider son compte parce que le conseiller qui le remplacera n'hésitera pas une seconde à signaler l'identité du dit client au fisc.... Pas de "grand soir" en vue, à moins de politiques nettement plus actives, mais avec un peu de temps, un certain effet devrait se voir sur les montants concernés. Oublie ton premier levier dans les conditions politiques actuelles: Obama a tenté quelque chose qui s'en rapprocherait entre 2008 et 2010, l'a pas eu le temps. Et trop de démocrates sont aussi "sponsorisés" par Big Pharma et Big Insurance. Il faudra nettement plus de temps pour que les ricains en viennent à un "single payer system" pourtant pas condamné comme hérétique/communiste partout ailleurs que dans le sud (et pas partout dans le sud). Plusieurs Etats essaient d'en mettre un en place (notamment le Vermont, l'Etat de Washington, le Minessota, la Californie, le Nouveau Mexique, le Massachussets), et ça pourrait devenir une réalité à cet échelon plus vite qu'à l'échelon fédéral. Quoiqu'il faille voir ce que la situation actuelle inspirera aux électeurs en 2014 (mid terms), et surtout en 2016.
  17. Ca.... Va bien falloir s'occuper de ces gars là un jour ou l'autre.
  18. 3 problèmes: - leur plus grande peur est que les Américains aiment ça: tant que c'était virtuel, la désinformation pouvait marcher, surtout sur fond de faible lisibilité du programme. Mais au fur et à mesure que des millions d'Américains vont pouvoir avoir une assurance correcte pour la première fois, que d'autres vont pouvoir mettre leurs enfants ou co-dépendants dessus, que beaucoup d'entre eux ne dépendront plus des opinions de leur employeur pour en avoir une, ça va changer - tels qu'ils sont actuellement (radicalisés, en partie tenus par leur extrême droite elle-même retranchée sur ses districts sûrs et tenant les primaires), que les changements démographiques font effet, que 30 ans de "Reaganomics" ont produit leurs résultats structurels, les Républicains savent que les élections de niveau national seront de plus en plus un problème. Ils sont confrontés à un besoin de changement de logiciel, ce pourquoi le parti est dans la pire position - l'extrême droite radicalisée refuse la culture du deal et du compromis, réfléchit peu au futur, et fonctionne électoralement et financièrement au jusqu'au boutisme et à la course à la "pureté" idéologique, logiques de court terme, de radicalisation permanente, de confrontation absolue, d'anathémisation de tout ce qui n'est pas eux, et surtout d'antagonisation croissante avec les démocrates, les républicains conservateurs traditionnels (les modérés n'existent quasiment plus). C'est bien joli d'avoir pour discours que tout ce qui n'est pas exactement d'accord avec eux déteste l'Amérique, est sans doute communiste et en pacte avec le diable (aucune exagération: voir les élus qualifiant toute politique en faveur de l'avortement, de l'université ou de la science comme "sortant du puit de l'enfer" et autres qualificatifs joyeux). Ils veulent leurs trucs maintenant, sinon l'apocalypse arrive (voir Chuck Norris pendant les élections, annonçant devant des teabaggers enthousiastes que si Obama était élu/réélu, 1000 ans de ténèbres arrivaient -ou un truc dans le genre, à vocabulaire très biblique). Dans la même veine, ils s'acharnent depuis 3 ans à dire qu'Obamacare tue des Américains par paquets, détruit des emplois par millions et amènera l'effondrement de l'Amérique en quelques mois.... Sans la moindre preuve.
  19. Waaah, t'es allé chercher Yoho! Inconnu au bataillon, il fait parler de lui depuis une semaine, et je m'étonne que les comédiens ne se soient pas encore trop emparé de lui: rien que son nom suffit à fournir du matériel comique. Yoho (Tea Party) et Paul (libertariens, mais il drague les teabaggers) ont balancé la même chose, provenant du même bréviaire développé dans les mêmes "think tanks"; faire défaut sur la dette fera du bien à l'économie américaine, notre parole personnelle en tant qu'individus suffit à garantir les créditeurs qu'ils seront remboursés. Les mecs planent pas sur la bonne planète. La reprise américaine, nationalement modérée, est quantitativement et qualitativement beaucoup plus marquée dans les Etats américains taxant et redistribuant le plus (se suit par exemple dans les mesures de l'investissement et du capital risque en particulier, dans le niveau de création d'emplois à bonne rémunération -"middle class jobs"- et à très bonne rémunération....), mais les gens comme Yoho continuent à balancer qu'il faut trucider la taxation, comme si elle n'avait pas de contrepartie recherchée aussi bien par les individus que par les entreprises (genre infrastructure, niveau d'éducation, niveau de vie, grande ville -synonyme de gauchiste pour la droite US-....).
  20. Ils ont moins de "soft money", vraiment beaucoup moins que les mouvements plus ou moins rattachés au GOP (mais en tout cas opérant sous "stratégie GOP") et ceux orbitant dans la nébuleuse des droites radicales. Ca veut dire beaucoup d'argent pour des campagnes médiatiques permanentes: c'est pas pour rien que Citizens United a été passé, et que la droite radicale cherche à l'étendre (surtout qu'ils craignent de ne plus jamais avoir autant de juges ultra radicaux à la Cour Suprême, dont le très discutable Scaglia). Depuis les années 90, les sources de financement démocrates se sont beaucoup amoindries. Ensuite, tu médis: Ashley Judd n'est pas passée sous le scalpel.... Dépression, maternité et un petit peu trop d'alcool sont plus à blâmer. Quand à Meg Ryan, là.... Elle a fait comme le Prince Charles: décidé de devenir une piste d'atterissage pour extra-terrestres.
  21. Et moi je trouve particulièrement gonflant que d'autres pensent pouvoir asséner de grandes théories sur le présent problème sans avoir accumulé beaucoup de documentation contradictoire ou de suivi fourni de l'actualité pour les élaborer. Chacun son ras le cul. Ma "partialité" n'adresse qu'une frange extrêmiste qui est assez unilatéralement mal vue aux USA, y compris au sein de la droite même; je suis pas en train d'émettre un avis de gauchiste enragé que je ne suis pas. Et je ne suis pas particulièrement fan d'Obama ni ne le pare de toutes les vertus; à côté des Tea partieurs, c'est un saint, mais bon.... Qui n'en est pas un comparé à ça? Même Dan Quayle semblerait intelligent et sain d'esprit, comparé à Ted Cruz. Par ailleurs, Obama, dans son allocution d'hier, s'est dit parfaitement prêt à discuter de la réouverture d'un vote sur le budget pour un montant total de dépense tel que celui souhaité par les Républicains (qui était en fait la transposition du "budget Ryan" de début d'année -incohérent, déséquilibré et reposant sur des hypothèses souvent douteuses), et très nettement inférieur au montant impliqué par le projet démocrate.... Et du coup les républicains disent non, laissant les tarés parler pour dire que le pays peut crever si Obamacare (qui n'est ni un projet de loi, ni une provision rattachée à une loi à voter: c'est la loi effectivement votée et ratifiée) n'est pas dégagé. Bref, les démocrates sont prêts à négocier sur base d'un budget essentiellement républicain. Qui est l'adulte, qui est l'enfant? Pas jusque dans les années 70-80: les Américains avaient un système mixte, mais fondé sur la recherche de ce principe, au travers d'une régulation qui contenait les compagnies d'assurances et empêchait le développement de situations oligopolistiques, et tenait les pharmas et le secteur hospitalier privé à des niveaux de prestations et de prix raisonnables. Le tout passait en premier lieu par des organisations "non profit" fédérant des compagnies d'assurances (elles cherchant le profit) d'échelle étatiques pour organiser les marchés et lisser le "gâteau" en donnant une longue visibilité. Et le modèle n'avait rien de catastrophique économiquement, il était parfaitement tenable (notamment par des exemptions fiscales pour certains types de contrats): la dérégulation a favorisé à outrance les grands acteurs privés "for profit" dont certains ont pu vite acquérir une taille nationale et imposer leur loi en empêchant une régulation fédérale, en écrasant le niveau étatique (trop faible contre eux) et les compagnies d'assurances de cet échelon, en transformant les groupements "non profit" en géants instoppables.... Tant et si bien que ce n'est que depuis les années 80-90 que s'est développé le modèle actuel, une régression dans l'histoire américaine, et non une "européanisation". Et le résultat, la grande majorité des ricains s'en plaignent. La majorité des contestations d'Obamacare (qui n'est pourtant pas le plan d'Obama: le sien a été dégagé depuis 2010), cela s'observe facilement dans les sondages, vient de la mauvaise information sur le sujet: assez complexe et longtemps mal vendu, le programme a par ailleurs été enseveli sous la désinformation (aucune partialité: des analyses existent des listes d'arguments balancés contre cette loi.... Quasiment pas un n'a été relevé comme vrai par les "fact checkers") et la stratégie d'occupation médiatique des radicaux opposés au programme (ce tea party si "spontané" et "venu du bas" qui a les moyens d'acheter tous les espaces médiatiques dans le marché média le plus cher du monde). Ils ont remplacé le chômage de masse par 3 biais: - un accroissement constant de la précarité du travail (emplois de service "low level/entry level", temps partiel, cumul de petits jobs....) - un endettement individuel devenu structurel et, pour le coup, plus que massif (ou comment l'insolvabilité permanente d'un quart à un tiers de la population a été orchestrée) - la croissance permente de la pauvreté (et la version crade, durable et reproductible) dans des proportions moins fréquentes en Europe Avec pour résultat "macro" que 'l'Amérique utile" s'est réduite de façon continue depuis 30 ans. Leur marché intérieur solvable s'est réduit à mesure que, pourtant, le PIB croissait (pour ceux qui ont encore une croyance mystique en ce que reflète le PIB), soulignant l'appropriation toujours plus poussée des fruits de la croissance par une proportion extrêmement réduite de la population (le fameux "1%" pour schématiser), pas parce que c'est là que résident les raisons de la croissance, mais parce que c'est là que se décide l'attribution de ses fruits. Ce à quoi il faut ajouter la façon très particulière de voir la "dérégulation" depuis les années 80, qui consiste grosso merdo à fermer les yeux, baisser les impôts pour le premier décile de population, privatiser les profits et socialiser les pertes. Là, y'a de quoi trouver les raisons des déficits américains, de l'endettement public et individuel hors de proportion, des plus énormes dépenses de santé du monde pour la plus minable couverture du monde développé (en pourcentage de population couverte, en qualité du service, en rapport qualité-prix)....
  22. Suis l'actualité américaine sur une certaine durée, regarde les mentir et/ou dire des trucs hallucinatoirement faux et cons, se contredire d'une heure sur l'autre, afficher leur ignorance complète de l'économie, de la politique, de la constitution américaine.... Et essaie encore de dire ça sans tiquer. Perso, j'assume parfaitement l'emploi du terme de "taré" ou de "gamin" quand j'observe (tous les jours, sur plusieurs médias et organismes d'analyse américains de divers types et de toutes tendances) les comportements effectivement constatés, et plus encore, quand je constate l'absence de capacité à gouverner de gens qui pensent qu'il est préférable de dynamiter une économie et de réellement plomber un pays plutôt que de céder au compromis, et ce particulièrement quand ils sont minoritaires. Considérer que tenir en otage le relèvement du plafond de la dette est un "bargaining chip" parfaitement normal, à réemployer en plus régulièrement, n'apparaît pas comme le mode de raisonnement de gens responsables. C'est pire encore quand on les voit nier la gravité de leur comportement, et nier la réalité des conséquences encourues. Qu'il faille équilibrer un débat pour accorder le mérite des idées et actions là où le mérite est du, pas de problème, mais dans le cas présent, la tempérance et l'équilibre sont hors de propos, face à un ensemble politique qui ne manifeste que peu de rapports avec la raison et la réalité, et n'a pas grand chose de fondé dans son propos, et surtout aucun sens des responsabilités ou pertinence dans l'action. Encore plus quand on voit les vraies raisons de l'influence actuelle du dit mouvement, malgré sa relative petite taille (techniquement, le Tea party, les radicaux divers et les libertariens représente moins de 20% de l'électorat, et la majorité de ce chiffre est concentrée dans le quart sud est du pays, soit là où ça merde sévèrement économiquement et socialement), et son vrai but en tant qu'organisation financée, bâtie et orchestrée par des intérêts bien particuliers. Quand on a affaire à une faction avec des élus qui passent la quasi totalité de leur temps (enfin, hors le temps consacré à aller lever des fonds de campagne) à essayer d'empêcher l'application d'une loi votée en refusant d'admettre ce que tout le monde sait (qu'il n'y a pas les votes, et de loin), persistant 4 ans dans cette tâche monomaniaque (40 votes totalement inutiles, soit une période de temps parlementaire rare et énorme pour un truc inutile), il y a des raisons de poser la question de la rationalité. Désolé, mais là, "l'équilibre" dans le propos est parfaitement artificiel: c'est vouloir faire de la modération par principe. C'est le prétexte officiel, et ça a peut-être été partiellement vrai pendant les premières semaines d'existence. La réalité du Tea Party a très vite été radicalement différente, autant dans la composition de ses rangs, de ses cadres et de son électorat, que dans ses points de préoccupation principaux (avortement, armes, mariage gay, minorités ethniques, religion....) et surtout dans le comportement politique au sein du gouvernement ("government" pour les Ricains étant la TOTALITE du gouvernement fédéral, donc les 3 branches du pouvoir). Plus encore, il suffit de voir quel agenda il sert, ce mouvement, et donc qui le finance et quels intérêts il articule. Rien de "grassroots" ou de spontané: c'est un mouvement financé et organisé depuis ses premiers mois d'existence par un très petit nombre de gens très riches et influents, et avant tout 2: les frères Koch, qui ont coopté l'image du mouvement initial et ont surtout "consolidé" les extrêmes droites américaines en une structure plus unifée, en surfant sur la vague de cette période 2008-2009. Les USA n'avaient pas grande chance de faillite: cette vision du budget est complètement anti-science économique. Les USA ont accumulé les déficits avant tout par une réduction constante des impôts, et surtout en fait ceux des plus riches, depuis 30 ans, baisses qui n'ont eu que peu d'impact économique positif et ont au contraire, outre aggravé les déficits, empêché des réformes importantes, favorisé la plus grande polarisation des richesses de l'histoire américaine (devant même le Guilded Age) et ce faisant, fragilisé la société, et donc la démocratie (qui repose sur des classes moyennes.... Celles qui disparaissent aujourd'hui). Ceux qui hurlent le plus contre les communistes (quasiment inexistants) et autres radicaux potentiellement dangereux, sont ceux qui contribuent le plus, par leur comportement et leur politique, à les créer. C'est quoi cette invention d'une "européanisation"? Ca sort d'où? Honnêtement, faut suivre l'actualité américaine vue par les Américains, pas plaquer ses suppositions dessus. Et voire, comme les Américains, la particularité exceptionnelle de la radicalisation de la droite depuis les années 2000, et plus encore depuis l'irruption du Tea Party; le gouvernement par crise n'est pas la norme de la culture de gouvernement américaine, et c'est cette culture que ces gens n'admettent pas, ce dont s'étonnent, se fâchent ou se lamentent la plupart des observateurs américains. L'idée d'une "européanisation", c'est quoi? Ca n'est nulle part dans les débats américains, ou même dans les invectives des radicaux de droite. L'idée de sécu (mais avec couverture correcte) et de système de retraite (ce qu'ils appellent eux la "social security") vient en bonne partie des USA, et a été une constante depuis FDR, Truman et Eisenhower, de même que l'interventionnisme étatique dont les USA n'ont plutôt eu qu'à se féliciter, sans compter évidemment le fait que depuis l'origine du pays, l'Etat a été un acteur économique lourdement impliqué (le XIXème siècle est très très keynésien et le développement économique, comme l'expansion démographique, n'ont rien de "spontanés"), contrairement à la mythologie que certains veulent mettre en avant.
  23. Obamacare n'est pas un système de santé universel: c'est surtout pour les pans de population qui ont été progressivement exclus du marché de l'assurance (ou qui ont pu y rester avec une couverture ridicule et à un prix prohibitif), essentiellement en raison de l'évolution du marché du travail américain depuis 30 ans, et plus encore de celle du marché de l'assurance, qui a acheté ses propres lois, et du marché de la santé, qui a fait de même (et atteint des coûts par prestation absolument incroyables, pour une efficacité moindre que partout ailleurs dans le monde développé, même pour les plus riches des citoyens qui sont les plus mal soignés des gens riches dans le monde). 30 ans d'un capitalisme de la santé de fait auto-régulé (ou plutôt dérégulé) inefficace, contre productif, qui n'a créé de richesses que pour une petite minorité de gens à son sommet. Le bilan est aujourd'hui peu contestable, puisqu'il s'affiche nettement dans la répartition de la croissance, le niveau de polarisation des richesses, la comptabilité analytique des divers acteurs du marché de la santé (dans lequel la seule assurance compétitive et bien gérée est.... Medicare).... Un point que j'ai oublié de mentionner dans l'analyse du blocage parlementaire: les votes pour passer le budget sont là. Il y a suffisamment de républicains et indépendants pour le passer, de même que pour passer le changement de plafond de la dette. Les positions publiquement prises par des républicains modérés et certains prêts à sacrifier leur réélection en attestent, et il y a plus que de quoi voter le budget avec les démocrates. Le hic? Le fonctionnement de la Chambre: le Speaker John Boehner a fait son choix, en faveur des tarés, et tant que c'est le cas, la motion ne peut être présentée dans l'assemblée pour un vote. C'est sa prérogative en tant que "majority leader" sur les projets/propositions de loi comme le budget, pour lesquels il a l'initiative de la mise au vote. Et tant que c'est le cas, cette question du budget repose entièrement sur les jeux de pouvoirs internes au parti républicain, essentiellement tenus par une minorité d'agités extrêmistes ayant du mal avec la compréhension du monde réel.
  24. On ne peut lutter qu'à mesure de ses moyens: certes, à certains moments clés, le caractère ou la façon d'être peuvent jouer un peu, mais pour l'essentiel, tu fais ce que tu as les moyens de faire. Quand tout le monde partage la même culture de gouvernement et un intérêt pour le pays relativement similaire (pas forcément supérieur à l'ambition personnelle, mais réel et/ou faisant partie des "règles du jeu" et normes acceptées), y'a pas trop de problèmes. Quand l'idéologie et/ou l'ambition prédomine, ou pire encore, la stupidité; et là, les élections de 2010 ont amené un batch spécial de gens authentiquement cons et/ou non éduqués, qui n'ont aucune conscience de ce qu'ils font là, aucune connaissance des réalités économiques ou politiques, qui assènent juste des grandes phrases toutes faites en pensant que leur "bon sens", leur "honnêteté" et leurs foi et idéologies (toutes autoproclamées) suffisent à guider la barque. Un festival des egos, dans la réalité. Le problème avec ces personnes est qu'elles poussent aux extrêmes, et que sur chaque point de gouvernement, quasiment, elles font une crise refusant le compromis. Quand viennent les moments cruciaux du vote du budget et du relèvement du plafond de la dette, on a juste une bande de divas puériles, égotistes et monomaniaques qui se retrouvent avec la possibilité de dire "c'est tout comme je veux ou je fais tout péter". Il n'y a aucun dispositif de fonctionnement démocratique pour contrer des représentants fous tant qu'ils sont en exercice, et il est difficile de les gicler quand le processus électoral est tellement tripatouillé (découpage des circonscriptions, suppression du vote de certains pans de population dans un certain nombre d'endroits stratégiques, évolution du financement de la vie politique....) qu'il a créé un volant d'élus quasiment indéboulonnables. Dès lors qu'un des deux camps est prêt à démolir le pays plutôt que de céder, y'a comme un blocage fondamental: ça arrive quand un élu met son idéologie (et son ego: c'est au fond de ça qu'il s'agit en filigrane, l'ego s'incarnant chez certains dans le corpus d'idées) au-dessus de son devoir ou de son pays, qu'il met son parti au-dessus de son pays.... Dès lors, abîmer le pays devient une "bargaining chip" normale: qu'importe, dans cette optique, de démolir la croissance et des vies.... Puisque c'est démolir la croissance d'Obama et des vies sous la présidence Obama. Ce sera "sa faute". C'est la politique dans son aspect cynique, mais à puissance 100 (et c'est ça qui est anormal, pas le cynisme). Face à ça, les raisonnables sont handicapés par le fait que eux ne sont pas prêts à aller sacrifier le pays pour avoir le dernier mot. Quand un enfant gâté fait sa crise, l'adulte l'emporte généralement, mais si l'enfant gâté a une grenade.... La seule autre approche, c'est la scène publique, et là, elle n'est pas si contrôlable; les démocrates ont sûrement un ordre de bataille médiatique, comme les conservateurs radicaux et libertaires (les deux branches tarées qui donnent dans le jusqu'au boutisme actuellement) et peut-être une faction des républicains "normaux" (la convention nationale essaie de regagner un peu de contrôle et de dégager les tarés), et plus important, l'ensemble des intervenants dans le monde médiatique doit donner de la voix, et avant tout les grandes fondations et organisations cherchant à peser dans le débat (on sait que les frères Koch sont encore plus actifs depuis quelques mois), les nuées de "pundits" cherchant à devenir des leaders d'opinion.... Difficile, au final, face à une telle quantité et une telle diversité de médias (télés, radios, écrits, sphère internet en général, circuits de conférences, communautés et organisations....), d'avoir une tactique garantissant qu'on va "donner le ton", et surtout donner le ton de façon suffisamment dominante pour imposer les conditions du travail parlementaire.... Cad influer sur la perception majoritaire et les 3 choses qui comptent réellement pour un élu (outre ceux qui peuvent avoir une vraie conscience pour leur pays), cad celles par lesquelles on peut réellement faire pression sur eux: - avoir un financement pour la campagne suivante - avoir une autre source de revenus, ouvrant sur une carrière post Congrès (lobbying pour désormais 4 élus sur 5, contre 1 sur 35 dans les années 70) - rester populaire dans SON district, auprès de ses électorats de base; bref, être le moins impopulaire des candidats auprès de 50 à 60% de la population de sa circonscription électorale Et c'est en fait peu probable dans le cas des 60 à 80 tarés (plus un certain volant de suiveurs, terrifiés par ces radicaux): comme dit plus haut, beaucoup d'entre eux sont quasiment indéboulonnables, parce que dans des circonscriptions non concurrentielles (et rendues telles par tripatouillage). La question de l'argent est quasiment sans solution, à moins de retrouver une majorité pour un changement du mode de financement de la vie politique (une question aujourd'hui peu présente chez les Républicains), et de limiter par là les moyens de pression par ce biais, qui sont aujourd'hui un véritable asservissement de la vie politique: l'emploi du temps d'un élu est consacré pour plus des 2/3 à lever des fonds de campagne, et ce dès le lendemain de son élection. Si on enlève ensuite le temps consacré à se trouver une autre source de revenus et/ou se garantir un après-Congrès, celui consacré à planquer son cul et celui consacré à le montrer tout brillant et propre/maquillé face caméra, il reste peu de temps pour le pays. Pour le fait de rester populaire dans son district, voire de le devenir ailleurs, c'est ce qu'il y a de moins fermé: mais dans des districts tripatouillés et culturellement marqués, la marge d'électorat à travailler est petite, donc la difficulté réduite. Si on ajoute la base idéologique à la base républicaine par tradition, sur des populations assez réduites (un district, c'est pas énorme), dans la plupart des cas concernés (les 60-80 tarés), on a des réélections garanties dans des zones sans concurrence, donc de fait.... L'impunité. Sauf si les choses dérapent vraiment mal et dégoûtent même des convaincus. Contrairement à chez nous, les Américains appellent beaucoup leurs élus et ceux-ci doivent aussi passer du temps dans les mairies à "tenir débat" face à des assemblées d'électeurs; c'est un mode de pression "au quotidien" entre deux élections, qu'il ne faut pas sous estimer (et pas surestimer non plus) puisqu'il s'agit du "pouls" du district pour l'élu en quête de réélection. Donc là, les médias peuvent jouer, mais l'impact du "shutdown" pourrait aussi beaucoup jouer bientôt, surtout dans le vieux sud, très dépendant aux aides fédérales et qui vote beaucoup contre le "big government" pourtant, la plupart des électeurs n'assimilant pas les nombreux services et aides qu'ils reçoivent au gouvernement fédéral (ce qui montre que c'est idéologique). On se souviendra dans ce registre, dans les manifs du Tea Party, des pancartes "get your government hands out of my Medicare" (enlève tes mains gouvernementales de ma sécu): on ne s'en remet pas.... Donc il faut cibler les populations "retournables". Mais plus le shutdown dure, plus le blâme risque d'être attribué largement: il l'est inégalement, la large majorité de la faute étant perçue comme du fait des républicains, mais la durée peut égaliser la perception. C'est en tout cas ce sur quoi le GOP table, maintenant que Boehner et McConnell ont fait le non-choix de s'aligner sur les aliénés.
  25. Entre mille et une choses: Obamacare lui-même. Ce plan n'a aucun rapport avec ce que les démocrates ont essayé d'introduire entre 2008 et 2010 quand ils avaient la majorité. Le dispositif tel qu'il est correspond dans ses grandes lignes au contre-plan que les républicains avaient opposé à Obama.... Et dès qu'il a dit "OK, on se met d'accord sur ça comme compromis", ils se sont rétractés et ont condamné la chose comme un objet provenant du cul du diable. Comme à peu près tout ce qu'Obama a accepté d'eux après négo: surtout après les mid terms de 2010 et le renversement interne de pouvoir au sein du parti républicain (consacrant l'importance extrême des radicaux tarés), c'est devenu une scène puérile où dès qu'on est d'accord avec Obama, il faut le nier et faire machine arrière. Ce plan, Obamacare, était par ailleurs pour l'essentiel une transposition du système d'assurance maladie instauré dans le Massachussets (c'est là qu'ils avaient trouvé le modèle à contre-proposer aux dems) par un gouverneur républicain appelé.... Mitt Romney. Un Mitt Romney qui a passé sa campagne à condamner Obamacare comme une monstruosité, à éviter toute question sur son "Romneycare" du Massachussets (ou à nier qu'il existe), ce qui a contribué, avec d'autres étranges "trous de mémoire" et opinions contradictoires du jour au lendemain, à faire moquer Romney pour ses fréquents cas d'amnésie complète (dite "Romneysia"). Sur quoi d'autres les dems ont-ils cédé? Les "background checks" minimaux pour le port d'armes (genre vérifier que ceux postulant pour un permis sont pas sur la terrorist watchlist ou mentalement dérangés), l'interdiction des armes d'assauts (genre fusils d'assaut qualité militaire, lance grenades ou fusils de sniping lourds.... Ou comme la NRA les appelle, les "agents de la liberté" ??? ), un encadrement minime de Wall Street, la protection des consommateurs (un micro minimum a été obtenu pour limiter les abus sur le coût des cartes de crédit.... Enfin il a été obtenu avant 2010).... Bref, il n'y a pour ainsi dire pas eu de législation aux USA depuis 2010, ce qui fait baptiser les présentes chambres de "Do nothing Congress", nom qui était précédemment attribué au Congrès de 1946, l'un des moins productif et efficace de l'histoire américaine.... Celui-là vient de le battre à plate couture.
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