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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Là où ça n'engage à rien, où ça n'a aucun effet et ne prête à aucune conséquence. En somme, la même valeur que le commentaire du râleur de café du commerce. Cad à peu près tous, tout le temps et en grande quantité. Ca, du fric ou des états de service sans taches "pour le style", ou autre chose, c'est chou vert et vert chou. Le résultat est le même, l'objectif est le même.
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Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
D'après ce que je peux entendre ici et là, c'est un peu pareil partout dans la filière nucléaire. Que le problème soit de gouvernance ou autre, le résultat est le même.... Et même encore pire: ça part d'en haut, ça induit des problèmes structurels et des mauvais réflexes en bas, qui s'accumulent sur des années... Avec en plus, dans le cas japonais, un comportement assez déplorable pour la gestion de crise en temps réel (côté direction j'entends). -
Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Nan, c'est le Japon: ils vont faire des tamagochis vivants. -
Le relai au combat varie selon l'époque (et donc le type de légions, puis de troupes en général sous l'empire) et la situation, mais pour l'angle de la faisabilité pratique (évoqué plus haut), il faut considérer plusieurs échelons: - celui de l'unité essentielle (manipule, puis centurie): théoriquement, l'ordre dense de base ménage de fait des couloirs d'environs 60cm entre les hommes, suffisant pour le relai. Mais il est généralement considéré comme douteux qu'ait existé à cet échelon une pratique analogue à celle de la série Rome, qui organiserait un "relai" systématique, à intervalles donnés, des hommes. Même si techniquement possible, et avec une centurie qui prévoit une telle possibilité, le systématisme est en effet douteux. Trop complexe et lourd à organiser, un tel dispositif boufferait toute l'attention du centurion et/ou de l'optio (et/ou du tesserarius), alors que l'optio doit avant tout aider à tenir les rangs et veiller aux intervalles et à l'alignement de l'unité, et que le centurion, en plus de ça (il est au coin opposé de l'optio dans l'unité), doit coordonner l'unité avec les voisines, veiller aux opportunités tactiques et actions à adopter sans préavis (un court rush, une mise en défense dense....), et, pour certains d'entre eux, commander plus que sa seule unité (un centurion "aîné" commande sa centurie plus la manipule, et "l'aîné des aînés", commande en plus la cohorte). Et un tel usage, à intervalles réguliers, créerait vite plus de confusion et d'encombrement dans les rangs qu'autre chose vu que le stress est problématique (y compris sur les sens), que ça ajoute au nombre d'actions à réaliser sous stress, et qu'une bataille est bordélique et rarement en configuration idéale. Les couloirs semblent en fait plus là pour évacuer les blessés et morts au premier rang, amener des appuis éventuellement, permettre peut-être aux rangs arrière (si la situation s'y prête) de lâcher leurs javelots en avançant un court moment, et pour que les unités se "passent au travers" pour se relayer. C'est là qu'on voit en fait que, jusqu'à la période impériale, la profondeur des files romaines est avant tout un "réservoir d'attrition" et un fournisseur de javelots lancés: le combattant du premier rang se bat (éventuellement celui du second aussi, en appui ou pour buter un adversaire passant entre deux soldats), les autres attendent leur tour (il faut qu'ils crèvent pour qu'il y aille) et jettent leur javelot. quand ils le peuvent ou le doivent, ou, au mieux, se resserrent pour résister à une charge (là, le collectif physique est nécessaire), organiser une poussée, se mettre en tortue. La "fraîcheur" est garantie, vu qu'un seul combattant s'escrime jusqu'à la blessure, à la mort où à la relève de l'unité (organisée assez vite). Ou à l'inanition, qui arrive en fait assez souvent: on relève une proportion importante de soldats s'évanouissant dans cet environnement stressant, épuisant, plein de poussière, et souvent très chaud (presse humaine), surtout dans le pourtour méditerranéen. - celui de l'unité tactique de base (manipule, puis cohorte): là on doit avoir le premier mode de relai systématique pour préserver la fraîcheur de l'échelon présent en première ligne. Les couloirs des centuries ainsi "aérées" dans l'ordre dense type romain permettent, bien plus que l'imaginaire qu'on a de "damiers" (qui représentent des manoeuvres plus complexes et difficiles à réaliser après la phase initiale de mise en place avant bataille: un peu comme faire un créneau avec un grand carré d'hommes), de faire reculer l'unité en ligne, ou avancer à travers elle celle qui est derrière. Aller tout droit, c'est plus simple. Ainsi, les centuries d'un même manipule peuvent se relayer (avec un encadrement qui est aussi là pour évaluer leur fraîcheur et transmettre "en haut" pour voir s'il est nécessaire d'organiser le relai à cet échelon où à celui au-dessus). Deux centuries d'un même manipule (cad groupées en permanence et entraînées souvent) un peu rôdé doivent ainsi pouvoir opérer assez vite leurs rotations, et donc assez fréquemment. Et la centurie qui est en retrait peut alors réorganiser ses rangs plus tranquillement pour placer les plus frais devant et mettre ceux qui viennent de combattre à l'arrière. - celui de la ligne de bataille: manipules de principes et hastati se relaient essentiellement dans la "légion polybienne", plusieurs fois (le recours au triaires étant le mouvement désespéré). Là, c'est toute l'unité qui bouge d'un bloc (plus complexe à coordonner, donc plus facile en avançant qu'en reculant, même si les deux sont possibles avec une armée suffisamment expérimentée), et avec la légion "en cohortes", l'idée reste la même (les cohortes étant faites de 3 manipules). Jusqu'à César (peut être initiateur d'un combat plus mobile et fluide, avec des unités plus petites et hautement expérimentées, où mêmes les djeunz ont beaucoup de bouteille), on reste dans le cas de longues lignes de bataille lentement mises en place, et où le but est celui d'unités combattant essentiellement sur un axe (avant/arrière) et optimisant au mieux ce combat par le relai, et donc l'importance surdéveloppée pour les romains de la réserve (peu ou pas présente dans le monde antique, ou peu travaillée). Le mouvement d'infanterie sur les ailes (où la cohorte tactique a été créée, essentiellement pendant la 2ème guerre punique, précisément via la réserve) a été la tendance croissante au IIème siècle, et surtout sous César, mais l'évolution a du être lente, car il fallait des troupes TRES expérimentées pour garder le niveau de cohésion requis du combat romain dans des mouvements latéraux, avec des unités de cette taille. C'est dur avec un manipule, c'est 3 fois plus dur avec une cohorte, c'est encore plus dur avec un groupe de cohortes. Mais le relai au centre, entre les unités, reste essentiellement un truc axial pour lequel les unités un peu rôdées sont faites, raison pour laquelle, quand la légion post Marius est encore utilisée en entier pour une bataille, on place les cohortes de bleus et soldats peu expérimentés vers le centre, intercalées avec des cohortes plus huilées. Mais le principe reste le même pour l'aspect pratique/physique: les unités se "passent au travers": une ne bouge pas, l'autre bouge en avant ou en arrière, les couloirs de 60cm entre chaque soldat d'une unité servant de lieu de passage. Pour que l'ordre soit gardé, ça souligne le niveau de cohésion qui est nécessaire dans chaque centurie, dans chaque manipule et dans chaque cohorte. Mais aussi l'importance de l'ancienneté, et peut être l'aspect plus "problématique" de la légion de soldats "universels": que valaient vraiment les 4, 5, voire 6 (suivant le niveau de sollicitation de la légion) cohortes les moins expérimentées, hors des longues guerres où le niveau d'expérience pouvait globalement monter? Elles pouvaient au mieux assurer les rotations dans un combat statique, ce qui est déjà très difficile, si elles étaient épaulées par des unités plus solides (pour moins se soucier d'être flanquées, et avoir moins de risque de voir une panique se transmettre). Mais le combat romain, surtout à partir de la fin de la république, est un combat de plus en plus complexe, requérant un niveau moyen d'expérience et de pratique toujours un peu plus élevé. La légion polybienne avait l'avantage de mettre les jeunes dans des plus petites unités de vélites, qui s'aguerrissaient ainsi, dans un combat de "légers" et des formations plus mobiles et petites, bougeant autour du combat en ligne (essentiellement aussi d'avant en arrière, et épaulant des attaques de flanc) et se réfugiant dans ou derrière les unités de la ligne, ou allant en avant d'elles, toujours par petits groupes à l'ordre moins rigoureux. Quelques années ainsi, et on a des combattants rôdés, aux nerfs bien faits et comprenant comment ça marche, qui peuvent ensuite intégrer les rangs de hastatis et principes et apprendre le combat en ligne. La légion post-marius organise l'apprentissage autrement, avec un "légionnaire universel" qui doit directement apprendre un combat en ligne, avec des "options de spécialités" (combattant léger, archer, phalangiste) moins travaillées. Ca fait beaucoup à apprendre, et je pense personnellement que les cohortes jeunes d'une même légion doivent être d'utilité très limitée en général, et ne doivent pouvoir être employées que dans le centre de la ligne, épaulées par des cohortes solides, afin de pouvoir se concentrer sur le combat et les mouvements avant/arrière, et rien d'autre (ce qui est déjà dur à ces échelons). Bref, la légion post marienne n'est pas une "grande unité" de combat terrible, hors d'un combat statique, en longues lignes, tel qu'il semble arriver de moins en moins à l'époque déjà de César, qui profite de troupes plus expérimentées et plus variées pour favoriser un combat plus agressif et mobile (et terriblement efficace). La légion, en revanche, reste une base mobile, un cadre d'armée de campagne, un centre administratif (et de gouvernement de province) un organisme de formation et de progression des unités, qui de ce fait, fournit un nombre donné de cohortes, dont une bonne proportion qui sont de grande valeur (plus une cohorte, plus tard doublée, d'une élite absolue). Et la cohorte, dès le Ier siècle avant JC, est vraiment l'échelon tactique pour organiser les batailles et le combat. A l'époque de la cohorte, on doute de l'importance de ces intervalles, désormais: la ligne est continue et il semble difficile, voire impossible, d'avoir des unités faisant des "créneaux" dans une ligne de bataille, ou se déplaçant trop de droite et de gauche. A l'échelon du manipule, à l'époque des débuts de la légion manipulaire, ça a pu exister (les "damiers" si caricaturés, qu'on évoque par exemple à Zama), mais à l'échelon d'une cohorte, c'est beaucoup plus complexe, et ça prend beaucoup plus de temps. Considère qu'un légionnaire occupe 70cm, plus un intervalle de 90cm avec son voisin. Une centurie polybienne - hors celles de triaires, deux fois plus petites- a 60h (10 contuberniums de 6h), une post Marius tend vers les 80 (10 contuberniums de 8h). Si on estime qu'il y a 6, puis 8 rangs (une file = un contubernium; on s'appuie entre potes), car la chose n'est pas sûre, il y a alors 10h de front pour une centurie, soient 15m environs, dont 9 couloirs de 60cm plus l'intervalle sur un des flancs de la centurie (ce qui la sépare de la suivante). Ce n'est qu'hypothétique, car on n'est pas sûr de l'agencement type de la centurie au combat (ni même d'ailleurs que la centurie existe encore à la période polybienne, le manipule pouvant avoir été une unité "d'un bloc"). Après, vers le IIème siècle (et sans doute en prémisses croissants dès le Ier), le retour de la spécialisation dans la cohorte a orienté vers une spécialisation des 2 premiers rangs vers le rôle fixe de "fantassin très lourd" ayant plus de blindage, et graduellement une lance d'arrêt remplaçant le pilum. Le relai devient difficile, mais les couloirs demeurent: les intervalles de combat restent les mêmes et de la même importance au travers de toute l'histoire romaine, ce qui souligne le fait que les unités continuaient à garder leur dispositif "aéré" comme dispositif de base: - pour que chaque soldat ait l'espace de combattre - pour que les unités puissent se relayer en se "passant au travers": avec la spécialisation au niveau cohorte (voire peut-être centurie), le relai des unités de base devenait nécessairement la norme pour garantir la fraîcheur de la ligne - pour évacuer les blessés vers l'arrière - pour intercaler des appuis ponctuellement - pour laisser passer d'autres unités, soit des unités de l'avant qui retraitent, soit des unités de l'arrière (cavalerie comprise) cherchant l'assaut ou la poursuite, ou encore le bombardement (les archers sont utilisés ainsi). Le damier est douteux après l'époque "manipulaire": trop complexe, difficile à réaliser, surtout en pleine bataille (la phase de mise en place des lignes est quelque chose de très long, et déjà complexe), il ne semble pas vraiment logique. Par ailleurs, et c'est surtout vrai pendant une bataille, ça reviendrait à laisser pendant des intervalles de temps considérables, de véritables gouffres dans la ligne (de 15m au moins) mal couverts puisqu'une unité essaie de manoeuvrer dedans en essayant de garder sa cohésion. Si cette unité est une centurie, c'est une chose, et c'est déjà dur à "manier". Mais si c'est une cohorte, ça semble difficilement concevable. Le terme d'antesignani a grandement varié dans son usage et sa signification au fil de l'histoire romaine. "Ceux qui marchent devant les enseignes" traduit une réalité variable selon l'époque (donc le stade d'évolution de l'armée romaine), mais aussi selon la source historique (la rigueur extrême et la parfaite communauté de vocabulaire n'étant pas la donne générale dans les sources romaines en la matière). Ainsi, "antesignani" a d'abord surtout concerné l'encadrement de la centurie qui marche devant elle (centurion, signifer, cornicen), éventuellement les vélites allant et venant depuis l'avant, mais aussi, plus tard, les fantassins très lourds des cohortes tardives, qui constituent les 2 premiers rangs de la ligne (les enseignes étant, on le suppose, à cette époque, non plus juste sur l'avant, mais quelques rangs en retrait). Plus généralement, on a du mal à cerner s'il s'agit toujours d'unités données, ou bien d'un terme pour définir une position que peut occuper n'importe quelle unité (et qui définirait alors les unités qui s'avancent devant la ligne). Les lanciarii, dont on sait mal s'il s'agit d'une troupe précise ou de toute troupe qui s'avance pour faire les tirailleurs/lanceurs de choc (ou pré-choc), sont ceux qui semblent souvent se voir attribuer le terme, dans l'époque impériale, à mesure qu'une re-spécialisation se rétablit au sein des cohortes. Il ne s'agit en tout cas pas d'unités "hors rang", mais de troupes dont le rôle les amène à aller en avant de la ligne (et/ou à constituer l'avant de la ligne).
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Soyez fiers de votre héritage et faite le vivre .
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Scarabé dans Actualités terre
La vision de Michel Goya sur cette affiche http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2013/10/larmee-petrifiee-face-son-passe.html -
Il faut faire attention aux périmètres envisagés, et à la dépense globale. Le RU dépense nettement plus que la France dans l'absolu, et depuis un moment, à effectifs décroissants. Ca impacte un poil les calculs de pourcentages de de dépense: ça marche pas en exacte proportionnalité, surtout quand les augmentations importantes qui ont eu lieu ont concerné avant tout des acquisitions importantes (matériels, munitions, consommables) et le MCO pour les deux théâtres qui ont dominé leur scène militaire pendant plus de 10 ans, le tout sur fond d'effectifs globalement décroissants (avec aussi comme "prix invisible" une usure de l'appareil militaire). Et il faudrait voir comment marche leur système de pension. Si ça va avec les retraites de la fonction publique, c'est une des patates chaudes politiques du RU qui les paie en direct sur son budget (pas de caisses de retraites) et en souffre dramatiquement actuellement. Et faut voir si le niveau des pensions est comparable, même si, sur le haut de la pyramide, eux ont nettement moins d'officiers généraux et de colonels à rétribuer depuis un bon moment (est-ce que ça impact significativement la loi des grands nombres?).
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C'est tout sauf anecdotique: l'emploi des frondes est hautement apprécié dans l'armée romaine depuis ses origines. Jusqu'aux réformes de l'entre deux guerres puniques (entre la 1ère et la 2ème), une partie des effectifs d'une légion est dédiée à son emploi, plus une partie indéterminée des alliés, tant cette arme est répandue dans les infanteries "très légères" et troupes de missiles de Mediterranée (particulièrement dans la botte italienne apparemment). Les frondeurs ont d'ailleurs souvent 2 frondes, une courte (pour le tir direct et rapproché) et une longue (pour le tir long), et une variété de projectiles (forme, poids et matériaux varient). Leur rôle dans la légion a varié, jusqu'à la disparition entre les guerres puniques, et une possible/probable réintégration au niveau cohorte/centurie quelque part entre le IIème et le IIIème siècle, avec un effectif présent dans la ligne pour l'appui rapproché. L'impact de la fronde est particulièrement apprécié sur les adversaires cuirassés: l'effet de concussion se fiche des cotes de maille et peut souvent avoir un vrai impact au travers des casques, surtout avec des projectiles lourds et denses. Végèce et Ammien Marcellin (les 2 principales sources pour les 3ème et 4ème siècles) recommandent chaudement les frondeurs (comme intégrés aux rangs des formations d'infanterie de ligne, en 5ème ou 6ème position) et les voient comme irremplaçables, ce qui a un double accent, étant donné que Végèce est avant tout un historien et un moraliste de l'élite sénatoriale, qui n'a vraisemblablement pas donné dans la pratique et donc oeuvre surtout dans l'abstraction, et Ammien Marcellin est un vétéran, sorti dans une certaine mesure "du rang" (en tout cas qui vient des échelons bas ou médians de l'encadrement et a atteint les hauts grades), qui parle surtout en connaissance pratique de cause. Donc chacun à leur façon rappelle l'importance pour Rome de la fronde, sur le temps long, et son actualité toujours renouvelée. Cet attachement est autant pratique que culturel, l'histoire de la fronde à Rome remontant à loin; il est à cet égard révélateur de voir la plus grande distance (dans les récits, donc comme reflet culturel) que les Romains ont, comme les Grecs, à l'arc, par rapport aux armes d'appui rapproché que sont la javeline, le javelot et la fronde (au moins courte), qui sont nettement plus mis en exergue dans les récits que chez les Grecs. Pour les Romains, l'appui rapproché a toujours été important, et l'intégration "interarme" croissante des unités d'infanterie après le Ier siècle ne fait que le confirmer, concourrant d'une originalité réelle du modèle tactique romain et de son évolution, y compris après dans l'infanterie byzantine qui poursuit l'art de la guerre romain et le garde vivant (et évoluant) jusqu'au XIIIème siècle. Des unités d'infanterie où le combat est organisé comme combinaison (jusqu'à tout petit échelon, donc complètement intégré) entre des lanciers lourds (avec blindage et bouclier, plus épées), des fantassins "d'assaut" (bouclier/épée ou haches, ou armes d'hast) et des fantassins d'appui (javelinistes, frondeurs, archers), restent la donne byzantine jusqu'au bout (pas toujours dans des quantités suffisantes, pas toujours bien commandées, parfois étant trop sollicitées) et forment de loin la meilleure infanterie du monde occidental.... Et en même temps la seule professionnelle ET en unités permanentes. Ca oui, et c'est pourquoi je soulignais l'importance de ne pas parler de combat au gladius, mais de "système gladius/scutum": les passes d'armes, si elles arrivent, voire durent, ne se font pas en escrime au glaive, mais en combo glaive bouclier, le bouclier servant de défense, d'arme pour parer (plus qu'une courte lame faite pour frapper, pas s'escrimer comme avec de grandes lames) pendant une "chorégraphie", une séquence d'arme, et d'arme pour frapper ou pousser. Et ce en plus de son usage en ordre serré, où les légionnaires sont plus groupés, boucliers joints, et où donc l'escrime passe au second plan par rapport à un usage collectif, le gladius étant ici utilisés pour passer des coups en pointe par dessus le bouclier. Le passage à la spatha, plus longue et permettant estoc et taille, a été un changement important, car il s'agissait réellement d'une autre escrime, d'autres distances de combat, d'autres combinaisons épée/bouclier, avec un panel de capacités plus large. La forme du bouclier a aussi changé, puisque le mode de combat changeait (lance d'arrêt aussi dans le mix), retournant vers un ovale/rond et favorisant une modification des ordres serrés, denses et lâche. Le "mur de bouclier" tel que nous le connaissons (qui, contrairement au monde médiéval, n'est pas dans le monde romain un truc exceptionnel: ce n'est qu'une figure parmi d'autres), avec boucliers joints (se touchant et s'appuyant sur environs 15cm communs), est né là, comme perfectionnement de choses vues chez différents peuples (vaincus). C'est fou la façon dont a été écrite l'histoire nous a donné de fausses visions qui trompent jusqu'à notre simple bon sens: il suffit souvent d'essayer d'examiner la réalité concrète pour au moins commencer à se poser les bonnes questions, comme par exemple comment une formation sur 8 rangs relativement serrés pouvait bien jeter comme un seul homme, ou même en différé, des javelots lourds de façon efficace. Seuls les premiers rangs le pouvaient: les jets "d'appui" de ceux en arrière une fois la mêlée lancée, avec 2 pas d'élan, devaient être abondants, mais moins efficaces. Sauf s'il y avait rotation des rangs pendant une "pause" de la bataille (ce qui est mis en doute), parce que, autre réalité évidente, les batailles n'étaient pas si continues que ça, mais des successions de phases hyper intenses et courtes, et de courts retraits et pauses, ce qui soulève d'autant plus l'immense importance des armes de jets (javelots, javelines) et des armes de "missiles" (arcs, frondes, et plus tard avec Rome, arbalètes et "artillerie" de campagne), qui sont pourtant si peu et mal représentées dans les récits d'époque, tant leur "valeur" culturelle est moindre aux dépends du combat du fantassin de première ligne. Ca nous enlève inconsciemment toute conscience de ce combat profondément interarme et intégré à bas niveau (c'est toute l'histoire de la structure des unités d'infanterie romaine: de plus en plus d'intégration à un échelon toujours plus bas), où la prééminence du fantassin de contact lourd n'est que très très relative, tout comme celle du chevalier plus tard, ou celle du hoplite avant. Dans le cas du hoplite, on a la guerre du Péloponèse, et plus encore son récit très réaliste par Thucydide, pour revenir à la réalité de ce à quoi le hoplite était réellement bon dans la vraie guerre (cad, tel qu'il était devenu, pas grand chose), ce qui explique grandement le déroulement tactico-technique de cette guerre, et l'évolution ultérieure des troupes dans le monde grec, avec la montée d'une vraie cavalerie, l'utilisation plus grande et moins méprisée de l'archerie, et surtout, d'importants changements dans l'infanterie, avec des mix de divers types de troupes essentiellement nouvelles (même si gardant des noms anciens), parce que se "partageant" diverses fonctions et systèmes d'armes autrefois mal répartis entre des hoplites ultra lourds et des troupes d'appui moins entraînées, méprisées et sous employées. Le peltaste est l'archétype de ce qui en ressort, sorte de "fantassin moyen", accompagné des troupes de missiles, de hoplites "new look" (allégés, et plus ou moins différenciés du peltaste selon les lieux), plus le phalangiste macédonien qui fera, avec le "mix de forces" macédonien, école dans toute la Méditerranée. Les systèmes d'armes et niveaux de blindages ont au final peu techniquement changé dans toute l'antiquité: c'est plus leur répartition (quels fantassins pratiquant quoi et en portant quel poids), l'organisation des troupes qui en résulte (quelles unités essentielles) et leur dosage (répartition des "armes" dans un effectif donné) qui a changé. Avec évidemment, mais facteur plus "politique/stratégique", le niveau d'expérience et/ou de professionnalisme moyen dans une armée, qui reflète des réalités économiques, financières, sociales et politiques (le coût de l'armée, donc le temps sous les drapeaux, dépendant plus de ce "niveau" d'analyse), même s'il permet plus de possibilités tactiques et de "retex". L'armée romaine a cet égard a été la plus avancée, surtout évidemment passé les guerres puniques, quand elle a une composante permanente de fait, et encore plus avec Auguste, quand elle devient de fait permanente, très importante et présente sur des théâtres très variés et contre des adversaires très différents. Le niveau de pratique, exercice, expérimentation, analyse et retex qui devient possible (surtout sous des empereurs "militaires") est alors sans commune mesure dans l'antiquité, même s'il ne faut pas non plus s'imaginer des "labos" et une "doctrine" centralisés.
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Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Ce qui pousserait selon toi les jeunes générations de filles actives qui font des études à vivre seules pour ne pas perdre cette indépendance? Comme ailleurs dans le monde développé, mais plus qu'ailleurs parce que placées devant un choix plus radical et moins "négociable" de "soumission ou solitude"? -
My bad Le gladius des guerres puniques (adoption du combat pilum-gladius pour l'essentiel de l'infanterie lourde) est plus long que sous le Haut Empire: 60 cm de lame semble avoir été essentiellement la norme. A l'époque Marius/César, on ne sait pas trop bien, en fait, par manque de preuves. Il se raccourcit en revanche pour le Haut Empire pour correspondre au modèle qu'on peut avoir en tête (environs 45 cm) plus court et plus large. Mais il ne faut pas le voir comme l'arme seule qu'utilise le légionnaire au corps à corps: pour le combat rapproché, on néglige l'importance du pugio, ce gros couteau à la lame en biseau très large à la base, mais surtout, on néglige le fait que l'escrime du légionnaire (outre la spécificité du combat en formation "aérée" par rapport à la phalange) repose sur le duo gladius/scutum (bouclier) où le bouclier est autant une arme qu'une protection: les mouvements vont ensemble, et le bouclier donne au légionnaire une allonge importante (bordures renforcées ou métalliques) et/ou une puissance de choc (via l'umbo, le renfort métallique central très proéminent), tout en dédoublant sa maîtrise de l'espace de combat. Le bouclier se tient avec l'avant bras vertical, favorisant son usage pour définir la distance de combat et frapper du tranchant (bas) du bouclier: d'environs 130/65cm pendant la période polybienne, il passe à 110x70cm sous le Haut Empire: au-delà de sa main, le légionnaire des guerres puniques au IIIème siècle a donc environs 60cm "d'extension" de sa main via le bouclier, et son successeur environs 50cm, et dans les deux cas, c'est un bord agressif qui peut frapper, parer et interdire le mouvement. C'est tout sauf un outil de défense passive constamment tenu le long du corps et censé "bloquer" le combat sur le côté gauche du légionnaire. C'est un outil inséparable du gladius qui est lui fait pour porter l'estocade, où le tranchant marche aussi bien que la pointe: la coupe derrière le genou/jarret, avec ouverture créée par le bouclier, est un "classique". Ca fait partie des choses que j'ai beaucoup revues depuis quelques mois, notamment en essayant de voir la continuité d'évolution du combat romain, sans rupture importante et au contraire passant par le changement incrémental permanent. On a une vision très partielle de ces appuis étant donné que la plupart des sources les mentionnent à peine et/ou réduisent leur rôle (et d'autres) pour des raisons culturelles (monde gréco-romain: la victoire est due au collectif, au citoyen en arme, à la "ligne", à la formation....), politiques (dans beaucoup de cas, ils sont même pas romains: les citoyens, et surtout les plus favorisés, ont priorité) et préférentielles (l'infanterie, la légion.... Sont les "stars", comme les hoplites chez les Grecs, ou les avions et FS aujourd'hui). De plus, on constate leur disparition des écrits au milieu même de la Guerre des Gaules, suite à une mauvaise performance: César ne les mentionnera plus, et on les voit disparaître comme unité mercenaire après ça: ça ne veut pas dire qu'ils disparaissent effectivement, mais mention n'en est plus faite dans les combats, avant en fait que l'auxiliat romain permanent soit créé par Auguste et que des unités régulières d'archers existent. Les archers ne servent qu'en unités constituées: l'archerie n'est utile qu'ainsi. et il faut différencier dès l'époque polybienne les archers en (au moins?) deux grands types, qu'on va, par commodité, appeler "légers" et "lourds". Les légers n'ont que leur arc, les lourds ont au moins un bouclier comme protection, voire une capacité de combat de contact (via une épée). Typiquement, à l'époque du recours aux mercenaires (cad une période courte après les guerres sociales -tout début Ier siècle av JC- et jusqu'à la réforme d'Auguste -fin Ier siècle av JC/début Ier siècle ap JC), les syriens sont les "légers", les crétois sont les "lourds". Dès Auguste, une structuration des archers selon ces catégories semble exister, et une évolution propre à chacun va être vue. Il y aura des unités d'archers, qui coexiste avec une "archerie légionnaire" (existant via la "double dotation" d'arcs de guerre dans les légions et certains auxiliats d'infanterie, et une formation spécifique) mais il est plus dur de voir les étapes de l'évolution qui amène à une archerie permanente organique aux unités d'infanterie (en plus des unités d'archerie proprement dites). Le fait est que cette évolution rejoint celle de la légion et de l'infanterie de contact (donc incluant les auxiliats d'infanterie lourde), qui amène des unités "interarmes" par une différenciation des positions et métiers (spécialisation permanente) au sein même des cohortes d'infanterie, et ce dès le Ier siècle après JC. Il y aurait donc des archers permanents organiques aux unités de contact (à partir d'un moment dans le Ier siècle après JC, évoluant d'un emploi "par alternance" où des légionnaires sont "de corvée d'archerie"), et des archers permanents en unités constituées, représentés par les socii avant le Ier siècle av JC, puis par les mercenaires avant la constitution d'unités "romaines". Cela représente t-il une "gradation" dans les appuis? On aurait ainsi: - plus bas échelon: "l'archerie légionnaire" (nom que je viens d'inventer), soit un effectif donné présent dans une cohorte (voire dans une centurie si on examine les centuries et cohortes types aux IIIème-IVème siècles, selon Végèce et Marcellin), qui sert d'appui direct, mais dont l'effectif est nécessairement plafonné (10 ou15% d'une unité de contact peut-être). On y trouve des archers légers, tenus en arrière, et des "lourds" (avec armure) devant essayer de se rapprocher au plus près de la ligne de contact, donc pratiquant plus le tir direct - échelon d'appui rapproché: les unités spécialisées, placés juste derrière les unités de contact, de l'effectif d'une cohorte, format universel sous le Haut Empire, avec vraisemblablement, pour ces unités, pas de cohortes milliaires (cad tournant autour de 1000h, soit un effectif double d'une cohorte "normale" dite quingénaire) comme ce peut être le cas pour l'infanterie "de mêlée" - échelon "volant": ce sont les archers montés, dont le rôle est d'appuyer la cavalerie et les mouvements sur les ailes, et évidemment de jouer, en ordre de marche, les éclaireurs. Mais en bataille, ils peuvent aller rapidement appuyer un point de la ligne, et peuvent tirer d'un point plus élevé (leur cheval). Les frondeurs sont une autre chose: on les trouve dans la légion romaine jusqu'aux guerres puniques (notamment dans les plus basses classes -rorarii, accensi- qui sont fusionnées dans les vélites, avec la "légion polybienne", et changent de rôle), et leur utilité, de Polybe à Ammien Marcellin et Végèce, n'est jamais démentie. Tous les commentateurs louent l'efficacité de la fronde, surtout sur les adversaires protégés. L'impact d'un projectile de fronde (pierre, projectiles de glaise ou de métal, selon le besoin) semble particulièrement adapté aux batailles antiques (et encore au Moyen Age en occident, même si on en parle peu à côté des chevaliers, tout comme les javelinistes). Mais si on mentionne l'utilité générale, il est plus dur de trouver plus de précisions sur l'emploi. Sous l'empire, il ne semble pas exister d'unités de frondeurs proprement dites (ou très peu, on n'est pas sûr), ce qui implique qu'ils sont "organiques" à d'autres unités, surtout des cohortes d'infanterie de ligne, légionnaires ou auxilliaires. Dans l'armée romaine des Sévères (veille de la crise du IIIème siècle) et l'armée "tardive" (celle qui "naît" symboliquement dans le dernier quart du IIIème siècle), les frondeurs sont dans les cohortes d'infanterie, voire intégrés au niveau de la centurie, au 5ème ou 6ème rang d'une unité en ligne. Ca, c'est LE point que j'ai du remettre (partiellement) le plus en question, ou au moins en perspective. Autant l'archéologie expérimentale que les apports récents de l'historiographie et de l'archéologie semblent indiquer qu'on ne peut résumer la chose ainsi, ce qui amène en fait plus de questions que de réponses. L'adoption du duo pila-gladius comme mode de combat dominant de la légion (pour les hastati et principes) semble dater de quelque part entre les deux premières guerres puniques, ça c'est un fait acquis, les triari gardant encore longtemps un mode de combat "phalangiste" avec un bouclier rond, une épée longue grecque, une lance d'environs 2,5m et du blindage. Ils servent de réserve ultime et de force d'arrêt. L'autre complément dans la légion, outre ces 600 triaires (en 10 unités de 60h, chacune subdivisée en sous-unités de 30h -?- et en groupes essentiels de 6h), ce sont les 1200 vélites: ils résultent de la fusion des rorarii, accensi et leves (les 3 plus basses classes de mobilisés), sont désormais les plus jeunes recrues (et plus nécessairement les plus pauvres: la répartition par l'expérience semble devenir dominante) et adoptent le mode de combat des leves (dans la légion "camillienne" du IVème siècle, des groupes de leves étaient jumelés avec les manipules de hastati -alors des hoplites très légers). Ce mode de combat repose sur leur emploi en groupes de tirailleurs constitués (ils forment aussi des "manipules") pour affaiblir la ligne adverse, la harceler sur les flancs, frapper cavalerie/chars/éléphants, appuyer les hastati/principes (feu de javelines) et poursuivre l'ennemi retraitant. Pour ce faire, ils ont un paquet de javelines (verutum) d'environs 1m/1,1m, un gladius, un bouclier rond. On aurait tort, comme les récits historiques ont tendance à nous y inciter, de les voir comme de faible importance, comme souvent tout ce qui est appelé "auxilliaire" nous semble anecdotique à côté des "superstars" que sont les hoplites chez les grecs ou les "légionnaires" chez les romains (les vélites sont d'ailleurs, comme les triaires, aussi légionnaires que les autres), cad les fantassins de contact, sur-représentés et trop mis en valeur aux dépends des autres. On constate un truc quand même: le modèle "Marien/Césarien" plus standardisé correspond à la période où les armées de type macédonien cessent de dominer la scène méditerranéenne, les Etats les utilisant ayant été vaincus, et ceux les utilisant encore étant désormais nettement plus petits, donc fondamentalement peu dangereux. Il n'y a plus de grandes armées phalangistes, d'où peut être cette période d'allègement et de légionnaire "multi-usage" indifférencié (et somme toute assez léger, au pire équivalent à un fantassin "médian", un peltaste grec) qui couvre essentiellement le Ier siècle av JC et est à tort considéré comme ZE référence absolue par certains historiens souvent amateurs de l'explication par la décadence et le déclin moral. Dès le Ier siècle après JC, on voit réémerger une différenciation des soldats au sein des unités d'infanterie de ligne (et d'autres), qu'il s'agisse des cohortes légionnaires ou des cohortes d'infanterie lourde auxilliaires. Or, si vélites et triaires ont disparu, le besoin du rôle qu'ils remplissent est demeuré, même s'il a pu s'affaiblir momentanément au Ier siècle av JC (moins de "grands" adversaires à infanterie nombreuse et très équipée/entraînée), des légionnaires équipés de façon identique pouvant alors dédier juste une proportion de leur effectif à ces rôles, sans changer leur équipement ou requérir un entraînement de spécialité (un "généralisme avec option" suffisant). Peut-être plus faible contre le type d'adversaires que Rome rencontre en majorité au Ier siècle av JC, ce besoin se réaffirme vite au Ier siècle après JC, et on constate ainsi une différenciation croissante (donc une spécialisation) des troupes au sein des unités d'infanterie de contact. La légion n'est plus, depuis avant même Marius semble t-il, une unité de combat, mais un pion stratégique/opératique, et surtout une "base mobile" fournissant des spécialités, un cadre d'armée et des cohortes d'infanterie. C'est donc au sein de la cohorte, l'unité de combat/tactique type que le premier échelon de spécialisation se voit. Pour schématiser: - on y voit ainsi apparaître un "appui organique" dans les cohortes: archerie et frondeurs - on voit revenir, avec d'autres noms et d'autres organisations, vélites et triaires. Ce qui se faisait au niveau de la légion "classique" polybienne se pratique désormais de plus en plus au sein de chaque cohorte Les aspects pratiques sont en fait ce qui nous aiguillera le plus. Les adversaires Certains adversaires organisés et équipés recommencent à pointer leur nez, à diverses échelles: dès le Ier siècle, on voit ainsi les Marcomans former des armées "à la romaine", dans un royaume organisé. Rome ne se fritera réellement avec eux que plus tard, mais ça se prépare avant. Mais surtout, on a le grand soulèvement illyrien au début du Ier siècle ap JC; ce sont là des populations romanisées, organisées et équipées à la romaine (c'est une zone de recrutement préférentielle pour Rome). Les combats sont parmi les plus âpres que Rome ait jamais affronté (l'une des seules fois sous l'empire où le "tumultus" -la mobilisation générale- est déclenché), et l'impact sur la façon de combattre et l'équipement a du être majeur. A cet égard, les guerres civiles avaient d'ailleurs du aussi laisser leur empreinte: on constate déjà que l'armée césarienne, malgré une similarité d'apparence et d'appellations, n'a plus tant que ça en commun avec l'armée pompéienne: cela aussi a du faire école. Les guerres civiles qui suivent la mort de Néron (fin des Julio-Claudiens, année des 4 empereurs entre 68 et 69) ont aussi du porter leurs fruits en ce sens. Mais c'est surtout ensuite que les leçons ont du s'accélérer, notamment avec la dynastie flavienne (très "militaires", qui couvrent la période 69-96), puis avec Trajan (98-117): dans une période courte, l'armée romaine doit affronter une multitude d'adversaires différents, dont au premier chef les Daces (sous Domitien et Trajan) dont l'organisation (surtout d'infanterie) et l'armement, mais aussi les forteresses (très développées, impliquant des combats durs) et les alliés (se combinent avec la cavalerie de tribus sarmates, donc une combo archers montés/proto-cataphractaires), furent une pilule lourde à digérer. Les Illyriens, les Daces et les Marcomans sont sans doute les plus gros morceaux des Ier et IIème siècles, ceux qui ont impliqué le plus d'effectifs en une courte période de temps, et amené le plus de changements tactiques. Ce sont les 3 infanteries nombreuses, développées (entraînement et équipement) et organisées que Rome a du affronter avant la crise du IIIème siècle. Les Daces en particulier semblent avoir beaucoup impacté les modes de combat légionnaires, avec un combat d'infanterie reposant sur des unités puissantes (et en bonne partie protégées) jouant d'une combinaison entre une escrime épée courbe/bouclier (appuyés par des javelinistes) et des unités "de pointe" équipées de grandes épées courbes et/ou armes d'hast comparables à des proto-hallebardes (le tout étant appelé "falx" -faucille- par les romains, qu'il s'agisse des épées de base ou des très grandes lames). C'est le moment où la lance d'arrêt semble (de façon indubitable car sourcée) devenir organique et permanente dans une partie de l'effectif des cohortes, et où une partie des légionnaires (de ce fait dédiée au premier rang) se couvre de blindage (jambières et "manica" sur le bras droit). Et évidemment, il y a les Parthes, avec qui l'affrontement est de plus en plus fréquent, et qui requièrent une adaptation, notamment au niveau de la cavalerie (archers montés, cavalerie lourde de choc, effectifs plus nombreux), de l'archerie (renforcement de la puissance de feu moyenne/longue portée) et de l'infanterie de ligne (plus de blindage pour une part des effectifs -du coup placés au premier rang- et une capacité d'arrêt -donc une lance d'arrêt plus qu'un pilum pour une part de l'effectif). Les expériences de la légion "type Marius-César", sous Crassus puis Marc Antoine, avaient été mitigées, et les seuls succès enregistrés l'avaient été par utilisation du terrain au niveau opératique (Ventidius Bassus), par l'intelligence stratégique et par l'usage des fortification (Cassius). On a ensuite Corbulon, l'un des plus grands généraux de l'histoire romaine, qui utilise lourdement des alliés spécialisés (notamment des piquiers arméniens), mais surtout prépare magnifiquement ses campagnes (un grand "disciplinaire"), planifie splendidement, avance méthodiquement, utilise un terrain difficile (les confins anatoliens orientaux, la "grande Arménie", le Caucase, le nord de la Syrie....) au mieux.... Il n'a pas eu à (ou a choisi de ne pas) affronter le parthe en terrain ouvert à l'infini et loin de ses bases. Au niveau tactique, hors de terrains très accidentés, l'armée romaine était dans l'impasse face aux armées montées des Parthes. Le mode opératique Je vais pas détailler ici (autre sujet), mais c'est grosso modo à partir de ce premier siècle qu'on voit s'opérer de plus en plus souvent une "séparation" d'emploi des légions entre les unités de "jeunes" et faiblement à moyennement expérimentés (environs 5 cohortes par légion) et les vétérans et troupes d'élite; pour aller vite, quand une guerre majeure requiert de prendre des troupes à un endroit du limes pour aller combattre à un autre, on prélève les meilleures cohortes uniquement (groupées en "vexillations" ou task forces temporaires) et on laisse les autres. Les seules unités de "jeunes" partant en campagne dans ce cas (si on les prend) sont celles qui sont sur le limes à l'endroit d'où la campagne part. Les armées de campagne sont donc plus expérimentées, plus lourdes en cavalerie et appuis, divisées en "colonnes" (qu'on peut assi appeler corps d'armées) -usage qu'on voit notamment chez Corbulon et Trajan- et plus aptes à un combat mobile, tant au niveau opératique qu'au niveau tactique -celui qui nous intéresse ici. Là où la légion classique et celle d'époque Marius/César (quoique César est un cas à part: pendant et après la guerre des Gaules, il opérait avec des légions en grave sous effectif, et très expérimentées, donc des unités petites, très coordonnées, donc plus aptes à la mobilité) étaient faites pour un combat en ligne assez statique, organisant au mieux un combat avec des troupes expérimentées, des "standards" et des troupes jeunes (et des rôles et positions optimisés pour chacun), la troupe impériale fait campagne avec surtout les troupes expérimentées, en proportion écrasante. Ca change le combat, et du coup la façon de le penser et de l'anciciper, de façon radicale. Les possibilités sont plus nombreuses. Le combat d'infanterie dans la pratique On va en fait surtout s'intéresser ici au combat gladius-pilum, et je vais essayer de plus lancer la réflexion que plaquer des certitudes définitives. Le combat gladius pilum est le "système d'arme" principal de la légion polybienne (du milieu du IIIème siècle au début du Ier siècle avant JC) et il est sans doute devenu aussi celui des troupes de fantassins alliés italiens (socii) sur la même période (on sait au final que Marius n'a pas lancé de "révolution militaire", mais officiellement entériné ce qui se faisait déjà, et en fait peu innové par lui-même: tout est toujours incrémental). C'est le système quasi unique de combat de la légion au Ier siècle av JC, ce qui la "spécialise" beaucoup et la rend donc encore plus dépendante de troupes auxilliaires fournissant les spécialités manquantes. C'est encore le mode de combat principal de l'infanterie de ligne au Ier siècle ap JC, même si un nouveau vent de spécialisation commence à se recréer, à l'échelon de la cohorte cette fois, revalorisant la "fonction arrêt" (le combat à la lance d'arrêt, la "ligne blindée" lourde) et une fonction de javeliniste polyvalent aussi apte au combat en ligne à l'épée (javelines plus nombreuses et légères, aptitude à sortir du rang en petits groupes de tirailleurs, à manoeuvrer et poursuivre). Le terme de "lanciarii" apparaît pour qualifier cette dernière fonction, de même qu'on constate l'usage renouvelé du terme de "hasta" (la lance d'arrêt chez les romains) et d'autres, qui ne peuvent refléter l'emploi du pilum sous un autre nom. Quelque part dans le IIème ou le IIIème siècle, le combat tactique offensif pilum-gladius(/scutum) a cessé d'être le mode de combat "de principe" de l'armée romaine. Difficile de savoir quand. C'est pas que le couple javelot lourd/escrime épée-bouclier ait disparu, c'est juste que les unités d'infanterie de contact ne s'orientent plus vers lui comme mode d'action principal/par défaut. De fait, une partie des effectifs de la cohorte d'infanterie type continue à reposer sur des légionnaires ou auxilliaires de ce type. Mais ils ne sont qu'une des composantes d'un combat d'infanterie désormais différent. Quelques détails: - le pilum type est un javelot lourd d'environs 2,1m, d'une portée pratique d'environs 15-20m à tout péter, MAIS AUSSI inefficace en-dessous d'une certaine distance: il a besoin de faire une trajectoire courbe pour profiter de la vitesse de descente, pour produire des effets significatifs. L'aptitude au tir tendu existe, mais elle doit être limitée. Son usage comme pique/lance "par défaut" est très débattu. Il a pu servir ainsi, suivant la situation, contre certains adversaires (pas forcément les plus méchants), et il est plus vraisemblable qu'un mode opératoire pratique voyait le premier rang lancer ses pilums et le deuxième (dans certains cas) "participer" au combat rapproché en ordre serré en appuyant le gars de devant (qui combat à l'épée) avec le pilum (en "piquant" des adversaires). Ce mode de combat se développera quand l'armée romaine passera au combat dit "paraphalangique" aux IIème-IIIème siècle; on peut voir ainsi, outre un combat "normal" ou les lances des premiers rangs pointent ensemble, d'autres situations où le 2ème rang a une lance plus longue que le premier pour "remplir les espaces", avec un premier rang combattant de plus près. - le légionnaire a deux "pila": un lourd et un léger. Mais pour des raisons pratiques, il est douteux qu'il ait emporté les deux au combat (l'autre restant dans le paquetage). Le choix s'opérait selon la position initiale dans la bataille? Le premier rang n'a pas le temps de lancer 2 javelots, la capacité d'emport est limitée (commodité oblige), et les possibilités de lancer efficacement un javelot pendant le combat sont limitées. Après la rencontre des deux lignes adverses, les tirs des rangs arrière sont des tirs d'appui, plus limités en capacité (dépend aussi de la nature de l'adversaire): il faut une distance minimale (le tir est parabolique) et la portée maximale reste réduite (un arc de 7-15m est la zone "utile"?). - les intervalles sont sans doute l'un des points les plus cruciaux de tout l'art militaire romain: chaque légionnaire, dans l'ordre dense type (pyknosis) a environs 90 cm (les 3 pieds romains, inlassablement répétés et drillés) qui le séparent de son voisin. Si on y ajoute les 70cm qu'occupe un fantassin de ligne équipé avec son bouclier (qui dépasse un peu de sa silhouette car utilisé de pleine face), ça fait environs 1,6m par soldat de front. Le légionnaire ne joint les boucliers que dans un ordre serré (synaspismos) utilisé pour certaines formations (recevoir la cavalerie, former la tortue défensive ou offensive, former une "pointe d'attaque": plus proche d'un combat phalangiste), et il existe un ordre plus "relâché" (entaxis) plus difficile à cerner. L'ordre dense type offre des couloirs de circulation permettant aux unités de "se passer au travers" pour se relayer au combat (en avançant ou retraitant), ou s'appuyer (des archers, javelinistes, frondeurs ou piquiers pouvant opérer ainsi dans les intervalles entre files d'une unité: Scipion le faisait contre Hannibal), et -c'est un point débattu- éventuellement pour voir les rangs d'une même centurie se relayer à l'avant (comme vu dans la série Rome). La faisabilité de ce dernier point est difficile à établir. Le premier rang semble avoir été légèrement décalé sur le côté par rapport au second, afin de faciliter le remplacement d'un soldat tombé ou le retrait d'un soldat de front (blessé, trop fatigué, traîné derrière) dans le couloir derrière lui, mais aussi de cacher les couloirs entre les hommes et offrir le spectacle d'une unité "dense". Les intervalles entre les rangs sont encore plus grands, dans l'ordre dense type, surtout avant le lancer de pilae: 6 pieds romains (1,80m), plus le pied qu'occupe le soldat, soient 2,1m au total pour un soldat plus l'espace derrière lui. C'est l'espace minimum pour pouvoir lancer un javelot (surtout un lourd) un peu efficacement (et sans blesser le gars derrière); on voit là que le premier rang dispose d'un espace qui rend son lancer de javelot d'une efficacité bien supérieure, mais seulement avant que les deux armées ne se rencontrent (à 15-20m). - par extension, il faut considérer les emmerdements pratiques pour un combat en formation ordonnée comme le pratiquent les Romains: un champ de bataille est vite un lieu bordélique et encombré, et il est rare que le sol soit réellement plat et ferme. Cadavres, blessés, armes diverses et équipements jonchent vite le sol et sont très vite un handicap pour le combat d'infanterie. La soif arrive ensuite vite. Il y a donc, dans le combat romain, des gens qui circulent pour limiter ces inconvénients; des soldats ou valets font des corvées d'eau vers les unités en ligne? On essaie de dégager le sol autant que faire se peut via les travées existant entre les unités et les files d'hommes au combat? - autre emmerdement constaté par la pratique: le combat d'infanterie pratiqué ainsi n'est pas une longue affaire continue. C'est une succession de "rush" très éprouvant physiquement. On ne peut combattre des heures en continu ainsi. En quelques minutes, on est en nage avec les bras qui pèsent 3 tonnes (le bouclier n'est pas léger, le stress bouffe, le maniement du gladius est vite fatigant), et entraînement et expérience ne peuvent pas multiplier cette capacité par un facteur énorme. Et la réalité du combat rapproché fait qu'il ne s'agit pas d'une mêlée continue, mais d'alternance de phases "offensives" et de phase de pause. Les Romains ont ainsi défini un système où on peut optimiser (plus que dans aucun autre système contemporain, et avec des troupes beaucoup plus homogènes en équipement et entrâinement) la fraîcheur et la récupération des troupes: relai au sein d'une centurie dans une certaine mesure (surtout pour remplacer les blessés, semble t-il), relai entre les centuries d'un manipule et relai entre les lignes (dans la légion polybienne) puis entre les cohortes (légion marius/césar, puis impériale, où la ligne de bataille est faite de 2 à 4 lignes de cohortes). - Les expérimentations montrent que la centurie au combat ne peut lancer ses pilae d'un coup. En fait, seuls les premiers rangs le peuvent. Lancer efficacement un pilum requiert de l'élan, ce qu'une formation dense ne peut fournir - beaucoup de commentaires semblent attester du besoin d'avoir les 2 premiers rangs d'une centurie/cohorte plus blindés que les autres à partir du Ier siècle, ce qui déphase l'idée de la pertinence continue de légionnaires interchangeables. - 4 rangs suffisent pour "recevoir" n'importe quelle charge: la diffusion de l'énergie cynétique est totale avec 4 rangs coordonnés se mettant en position de s'appuyer pour recevoir une charge, aussi bien parce que l'effet "accordéon" est suffisant avec ces 4 là (chaque rang appuyant son bouclier dans le dos du gars devant), que parce qu'aucune charge ne peut profiter d'un effet de poussée comparable (on ne peut coordonner des gens qui courrent de telle façon qu'ils cumulent leur énergie de poussée). Les phases de poussée coordonnée façon pack de rugby (à la grecque) sont rares, d'une grande lenteur, difficiles à mettre en place dans une bataille et requièrent un entraînement phénoménal. Les Romains n'y recourent (plus après le IIIème siècle) qu'à petite échelle, pour des poussées localisées, et rien de comparable à de grandes poussées hoplitiques (sur 16 ou 32 rangs, voire plus) n'est réellement possible hors de combats statiques, voire ritualisés.
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La dernière fois que j'ai utilisé le terme (y'a un bon moment déjà), je me suis pris une volée de bois vert sur le forum: je le pense toujours très fort, mais je fais attention au terme . Y'avait une citation (de Jesaipluqui, ce grand penseur que nous avons tous en tête) qui évoquait le "mal étrange" qui frappait souvent les officiers (en France) quelque part quand ils passaient colonel ou étaient colonels depuis un bout de temps.... La burnectomie semblait faire partie des aléas de cette maladie. Un grand signe que la république en France n'a jamais réussi, sauf exception (essentiellement 14-18), à accepter l'idée d'un "pouvoir militaire" (j'entends pas par là le pouvoir aux militaires) et à établir des rapports sains avec une élite militaire, et l'asservissant, et/ou la réduisant à un pouvoir de nuisance comparable aux autres grandes administrations. Un tel système sélectionne des élites à sa mesure, et ceux qui ne correspondent pas au moule se barrent (ils sont peu), ou adoptent le comportement dominant (en gardant leurs pensées pour eux.... Jusque dans la tombe), ce qui revient au même et correspond bien à une fonctionnarisation (à quoi ça sert de revendiquer une spécificité de la vocation militaire si c'est pour se comporter ainsi? Les "réformateurs" silencieux et "puristes" passifs ont la même valeur que les lèches burnes et conformistes).
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Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Les Wokou n'ont jamais été lié au pouvoir Japonais, Chinois ou Coréen, il me semble, et il s'agissait plutôt de marginaux reconnus comme des nuisances par les 3 pays en question, qui ne semblent pas s'être jeté la pierre pour ça. Il s'agissait de pirates au sens plein du terme, de pillards qu'on ne peut même pas comparer aux Vikings ou aux Grecs mycéniens, car ceux-ci étaient des raiders opérant sous l'autorité/patronnage de leurs autorités, des "entreprises privées" bénéficiant de fait aux petits Etats (qui, se faisant acquirent les moyens d'être moins petits et de se faire concurrence pour former les royaumes scandinaves dans un cas, et le royaume mycénien dans l'autre). Là, les wokou semblent avoir été très peu faits de Japonais, et plus de Chinois et Coréens opérant depuis des îles japonaises non contrôlées par le pouvoir japonais, et s'imposant aux populations locales, trop faibles pour résister. Ca ressemble au (court) cas de figure du 2ème âge d'or de la piraterie dans les Caraïbes, plus précisément l'épisode de la "capitale pirate" établie de force (pendant quelques années) à Nassau après la guerre de succession d'Espagne, par une bande de pillards qui allait surtout se subdiviser et se faire des noms séparés (Hornigold, Teach/Barbe Noire, Black Sam Bellamy, Jennings, Vane, Levasseur/La Buse, England, Every, Bonnet, Calico Jack et ses 2 pétasses....). Là, les Wokou, c'est le même trip, mais dans un environnement nettement moins apte à faire la police, et avec des autorités locales, en Chine, encore plus encline à travailler avec les pirates que le gouverneur sans moyens d'un trou paumé des Caraïbes, nettement plus "tenu" par sa capitale, et qui ne peut donc au mieux que toucher quelques petits pourcentages et fermer les yeux ici et là. Je crois pas que ces gars là aient jamais été considérés par qui que ce soit des 3 pays concernés comme des "agents" de l'autre, ou des signes d'invasion. Et s'ils l'étaient, ce serait plusieurs marches franchies d'un coup dans l'ignorance volontaire et la mauvaise foi. -
Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Plutôt sur les plages de quelques îles japonaises, avant que les éléments ne s'en mêlent. Mais le point n'est pas là: les invasions ont été lancées, l'impact sur le Japon a été majeur.... Après, si les envahisseurs ont été incapables de gagner, ça les regarde. Tout le monde sait qu'en démocratie, on vote rarement pour la position "culturelle" d'un candidat, et certainement pas pour ses préférences en politique extérieure.... Et qu'on vote encore plus CONTRE le candidat sortant :-[ . Et le dit pays vote rarement d'une seule voix, ce qui place autant de limites sur la latitude d'action du dit extrêmiste (ces saletés de "checks and balances") qui, par ailleurs, veut une chose plus que tout dans la vie: être réélu. Une telle configuration ne donne pas les moyens à un extrêmiste élu d'agir en extrêmiste (sauf dans quelques "cascades" médiatiques sans portée réelle), à moins qu'une crise lui en donne les moyens (et encore). La démocratie ne garantit pas contre la connerie ou la colère, mais elle tend à garantir que ces choses seront sous contrôle et ne pourront pas (ou extrêmement difficilement) dépasser les bornes. Gné? Le Japon a envahi une fois la Corée au XVIème siècle, et a eu une période d'expansionnisme entre les années 1890 et les années 1940, et tout d'un coup, c'est un pays qui a lancé des invasions pendant 5 siècles? Fuuiiiiiii, dans le genre révisionniste, Shinzo Abe est un amateur.... Il existe des pays plus dangereux que d'autres pour la stabilité d'une région ou du monde. Et en ce moment, la Chine tend à être ce pays. Les notions de "bien" et de "mal" (et par extension de "gentil" et de "méchant") sont historiquement dérivées de la différenciation entre ceux qui maintiennent l'ordre (d'où vient l'idée de la paix comme souverain bien) et ceux qui foutent le bochson. Ces derniers ont tendance à être travestis en "méchants", parce que quand on parle des relations entre pays, le bochson a de fortes tendances à nuire aux intérêts de tout le monde (agitateurs compris); en d'autres mots, la guerre fait des petits que personne ne veut reconnaître, et elle prend une vie propre qui déjoue tous les calculs faits avant, qui sert rarement les intérêts des pays (tels qu'ils peuvent être avant le conflit), et que personne n'aime. Les configurations où un pays peut faire la guerre et/ou changer les rapports de force sans dommage significatif (de court et moyen terme) sont au final peu nombreuses, voire sont des chimères. Placer des jugements moraux pour voulor se voir comme gentil et décréter l'autre méchant, c'est juste le propre de ceux qui prennent l'effet pour la cause. Mais en attendant, l'effet reste réel.... Et dommageable. Ca fera une belle jambe aux Chinois, Coréens et Japonais d'un éventuel après guerre, de savoir qui est gentil ou méchant, ou qui est fautif ou pas, quel qu'en soit le résultat. -
Une menace ou un projet de puissance: les USA n'ont pas de "menace" proprement dite justifiant leur dépense militaire; le "terrorisme" se combat autrement, et la Chine.... C'est une autre logique qui ne peut être "travaillée" comme l'a été le "duopole antagoniste" avec l'URSS. C'est un projet "impérial" qu'ils ont et maintiennent, sans essayer pour l'instant d'en rationaliser les coûts (et c'est surtout dans les achats qu'ils doivent commencer à tronçonner, tant ils surpayent au global ce qu'ils ont), si bien qu'ils vont eux-mêmes se mettre en face du choix de savoir s'ils gardent ce projet ou non. Un ancien chef de l'OMB sous Reagan, républicain "dur" pourtant, disait ainsi cette semaine que le problème budgétaire américain amènerait vite à cela, ce qui voulait dire pour lui, entre autre, de ramener, O choc, la dépense militaire à ce qu'elle était à la fin de l'ère Clinton (400 milliards d'aujourd'hui, cad une dépense coupée d'un tiers, essentiellement). Mais quel équivalent en France? Que "tout le monde se prépare" à la défense, ça va quand la menace est allemande ou soviétique: c'est territorial, c'est direct, c'est à côté. On peut pas faire une armée de conscription pour autre chose. Sans ce cas de figure, il n'y a qu'un projet de puissance virtuel qui n'a toujours pas été défini et que personne dans la classe politique ne veut définir, parce qu'il n'y a personne dans la population pour le soutenir (et personne dans la classe politique pour "vendre" ce projet, ou "éduquer" sur son intérêt....).
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Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Post à part. Des chiffres hallucinants et, à certains égards, inquiétants s'ils reflètent la tendance des sociétés urbaines post-industrielles très développées. Ainsi, au Japon: - 29% des hommes et 45% des femmes disent n'avoir aucun intérêt pour le sexe (voire un dégoût) ou une relation de couple - 61% des hommes et 49% des femmes de moins de 35 ans n'auraient jamais eu de relation amoureuse ou d'expérience de couple - 33% des moins de 30 ans n'auraient jamais eu même un rencard Qu'en pensez-vous? Mode de vie urbain moderne et technologies nouvelles amènent tout le monde à ça? Ou le fait que ça atteigne de telles proportions serait plus propre à certains penchants de la culture japonaise (tendances un peu "obsessionnelles" et monomaniaques) ou au "moment" dans lequel la société japonaise se trouve (notamment dans la place de la femme son impact sur les relations hommes-femmes)? Vu la démographie japonaise, le coût de la vie au Japon (et donc celui d'élever un enfant), le rythme de vie et de travail, qui sont des données durables, ce genre de choses est difficilement la sorte de tendance lourde que le pays peut se payer. L'impact peut en être dantesque: confiance dans l'avenir (consommation, investissement....), niveau de vie, proportion actifs/inactifs (et la supportabilité du tout), renouvellement générationnel, question posée de l'immigration (et son impact culturel/social).... Ces questions étaient posées depuis un bail vu la démographie, les difficultés croissantes de la vie au Japon, le coût de l'occupation de l'espace.... Mais si de telles tendances impactent à ce point des pans significatifs de la jeunesse et des jeunes actifs, ça commence à devenir inquiétant. -
Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Petits, oui, pacifiques, non. Demande aux Japonais du XVIème siècle s'ils ont aimé leur séjour en Corée: ils ont beaucoup donné.... Et beaucoup reçu (surtout en mer). Qu'utiliser ce genre de choses comme prétexte est stupide, et ne sert qu'à faire de la démagogie très bon marché; parfois efficace, certes (à court terme, et surtout en politique intérieure), mais sans rapport avec le monde réel (cad actuel et, dans une certaine mesure, le futur proche/visible). Il n'y a aucun facteur objectif permettant d'établir le Japon actuel (et pour le futur visible) comme un pays dangereux ou agressif, ou même seulement en posture de l'être (s'ils se mettent à faire des armes nucléaires, ce sera déjà quelque chose.... Et en fait même pas: ça servira juste d'assurance vie). La Chine en revanche se comporte de façon agressive. Aller chercher dans le passé plus ou moins lointain des pseudo justifications morales ou des "arguments" augurant d'une capacité de prédiction du futur, quand c'est au détriment du constat des évidences du présent, ne vaut rien de plus que le support de propagande sur lequel ces déblatérations sont écrites. Les faits sont têtus: le Japon d'aujourd'hui n'est un danger pour personne, n'est pas en position de l'être et ne pourra pas l'être avant longtemps. Il est par nature, actuellement, en position de pure réaction, n'ayant aucune possibilité d'avoir la moindre initiative. Sinon, si une supposée "histoire longue" devait avoir valeur de justification, pourquoi s'arrêter au XVème siècle? Que dire des deux tentatives majeures d'invasion chinoise de l'archipel Japonais sous Khubilai Khan? Ca vaut pas parce que c'était un mongol? Pratique, note bien, mais chou vert et vert chou vu du Japon (et des observateurs de partout ailleurs). A ce compte, on peut dire que le Japon actuel n'a jamais cherché à envahir qui que ce soit: c'était la faute au shogun dans un cas, celle au régime impérial dans un autre, ou encore celle de putschistes militaristes dans un 3ème..... Mais c'est les Chinois qu'ont tout commencé au XIIIème siècle? 45 a ceci de particulier que c'est LE moment juridique international où est fondé le socle sur lequel les grands pays arrivent tant bien que mal à coexister et réguler leurs rapports. Contraignant et ne satisfaisant personne, mais existant, tant que les participants à ce jeu de poker menteur font l'effort de se rappeler ce qui arrive quand il n'y a pas ce genre de gardes fous, et à quel point ils sont fragiles, y compris face à des gens qui essaient de "tester" les autres sans arrêt. Si, comme Mao le disait, l'histoire est le syndrôme de nos maladies, la Chine doit être bien malade pour porter ainsi ses angoisses à l'extérieur, pour 3 bouts de cailloux ou l'envie de voir jusqu'où les USA ne réagiront pas. Puis pour ce qui est des réactions de vierges effarouchées devant des visites à des tombeaux (qui se feraient pas ou peu, et sans pub, s'il n'y avait pas ces réactions), faut pas pousser mémé: à peu près tous les pays avec une histoire ont des tombes et mémoires de personnages plus ou moins ambigus, voire franchement douteux, qui sont à l'occasion autant de monuments nationaux. La Chine, avec un culte de Mao porté à son pinacle, honore l'un des plus grands tueurs de Chinois de son histoire, si on regarde les choses ainsi; la différence avec le Japon? Les massacreurs et leurs mémoires sont librement débattus et contestés au Japon, et pour chaque abruti nationaliste, on peut aussi trouver des gens crachant sur ce souvenir là, et d'autres s'en foutant, et pouvant le dire (en quantités variables selon la période), et plus encore, la possibilité de s'informer à des sources contradictoires dessus. Et le monolithisme nationaliste du Japon n'est pas ce qu'on veut en croire; j'ai un copain qui en revient après 2 ans passé là-bas en école d'architecture, et il y était en pleine crise des Senkaku. Ce qu'il en dit? Débats à gogo, contestation de cette obsession d'une certaine classe de politiciens et de leurs habitudes à visiter des tombes de généraux douteux.... Bref, une société malgré tout démocratique et ouverte qui n'est pas d'accord. Avec un bémol, assez analogue, par exemple, au cas Iranien: la population la plus pro-américaine du MO, qui de demande en bonne partie qu'à mettre les Ayatollahs au placard et à ce qu'on leur foute la paix, qui ne veut pas d'armes nucléaires.... Mais qui s'unirait comme un seul homme contre les Américains s'ils débarquaient et hurleraient si on leur contestait le droit de faire une arme nucléaire si l'envie leur en prenait. -
Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
La question était celle d'une supposée "discrétion" de la Chine: on la cherche toujours. Que Chine et Japon aient des beaufs braillards aux idées toutes faites, c'est une surprise? Si tu fais ce genre d'équivalences artificielles juste parce qu'il faut avoir quelque chose à répondre systématiquement pour le principe de la chose, c'est que tu as mal compris la différence entre un pays où il y a une liberté d'expression et une société libre (avec toutes les limites pratiques de ces concepts appliqués à la réalité), et un autre où ce n'est pas le cas. Essayer, dans ce genre de configuration, de dire que c'est "pareil partout", c'est juste un faux équilibre. C'est fou le nombre de "leviers" de ce genre qui ont débouché sur des "accidents" qui ont "dégénéré" (pour rester dans les euphémismes façon ligne du parti)..... L'euphémisme et l'intention de départ peuvent avoir une raison tout à fait "excusable" (ou au moins une qu'on peut piger) quand on se place du côté de celui qui commet l'acte, le résultat n'en existe pas moins, parce qu'il y a d'autres joueurs dans la partie, et qu'ils ont un seuil de tolérance, des peurs, leurs propres travers et leur propre tendance à commettre des bévues ou à sur-réagir.... Raison pour laquelle ce genre d'aventurisme puéril peut aller quand on est le voisin emmerdant du quartier ou un tout petit pays, pas quand on est une grande puissance. Ca a tendance à mettre trop de pièces en jeu à la fois, avec de plus grande probabilité que quelque chose aille de travers et déraille de façon incontrôlable. Ces petites choses ont tendance à prendre une vie propre. -
Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Et les nuées de manifs de "nationalistes" plus ou moins "spontanées" qui sont mises en exergue à chaque fois.... On cherche la "discrétion" dans l'affaire. Tout comme l'envoi de navires face caméra, en sachant très bien ce qui va suivre.... C'est "discret". -
Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Comme la Chine, qui aboie régulièrement, comme si elle avait ses périodes? Donc en fait, quand la Chine cause une crise internationale, remettant en question un "statu quo insupportable" qui la dérangeait apparemment pas trop fort jusque là, c'est pas vraiment de la politique extérieure, c'est "ce moment du mois"? -
Un peu HS. Et surtout, le mot "élite" ne veut rien dire en soi: un pays crève de son élite ou prospère en bonne partie par elle suivant la façon dont elle fonctionne et ce de quoi elle est faite: entre une élite auto-reproduite, plus ou moins fermée, prenant une part trop disproportionnée de la production nationale, et tournée en majorité vers ses propres intérêts dans un contexte où ces intérêts sont peu "productifs" pour le pays (voire plus destructeurs que créateurs), et une élite plus ouverte, à taux modéré d'auto-reproduction et concentrant un niveau acceptable de la richesse nationale, il y a plus qu'une marge, et toute la différence entre un système stable et pérenne, et une société portée aux extrêmes. Ca, c'est du délire, désolé de le dire comme ça: les "élites" de pouvoir (politique ou autre) y sont parce qu'elles le veulent, et leurs ambitions se confrontent, et pour rassembler du monde derrière elles, elles tendent naturellement à diverses formes de démagogie, d'entrisme, "d'achat" d'électorats/de soutiens, de "trucage" de la concurrence du secteur où elles opèrent, voire de corruption pure et simple (et en tout cas de corruption du fonctionnement du système d'accès aux niveaux décisionnels où à une forme ou une autre de prééminence).... C'est vrai dans une entreprise, dans une administration, dans toute organisation humaine, sur tout marché.... Les fanas de mouvements populistes (ou de tout mouvement) le sont-ils parce que ce sont des veaux? Parce qu'ils sont désespérés ou ont ras le bol de quelque chose? Parce qu'ils ne sont pas capables de comprendre pleinement et/ou sont mal/peu informés? Parce qu'on leur assène habilement (marketing, com, habileté du discours.... L'histoire de la démagogie est longue) des choses qui touchent les bons boutons? Parce qu'ils sentent le vent aller en faveur de telle ou telle cause et/ou ont un intérêt à suivre (réel ou interprété comme ça par eux)? Aucune de ces familles de raison n'est fausse, mais le tout est juste là pour illustrer que ce qu'on appelle facilement la "politique politicienne" est un faux concept fait pour se donner bonne conscience en séparant ce qu'on n'aime pas de ce qu'on voudrait voire faire (sans avoir à le faire soi-même). Les "élites", en politique, se font concurrence et amènent une offre, et ce sont des individus qui sont là parce qu'ils veulent quelque chose: elles ne sont pas "accablées" de politique politicienne, elles la créent en grande partie, pour de bonnes et de mauvaises raisons, simplement parce que pour obtenir quelque chose (ici, le pouvoir, que tous veulent à tout prix), il faut en passer par la concurrence, et celle-ci n'a pas vraiment de règles: pour gagner, tout est bon (et attaquer l'adversaire plutôt que faire valoir son "mérite", réel ou supposé, est plus utile), et elles veulent toutes gagner. Comment arbitrer le mérite de tel ou tel? Comment garder ensembles des gens différent (à intérêts différents et vues différentes) dans un mouvement/une faction? Comment sélectionner les élites? Comment les renouveler (parce que l'élite d'un moment est souvent le parasite du lendemain)? La "politique politicienne", c'est juste l'une des "zones de friction" entre élites concurrentes, quête aux soutiens, assassinat de la concurrence, mise en valeur, exagération, invention ou dézingage des réalisations des concurrents.... C'est un marché, en somme. Que faut-il en faire? Inventer un arbitre parfait qui sait ce qui est bon, beau, vrai et juste, et choisit toujours bien tout en garantissant au gouvernant qu'il prend un soutien pour toute chose qu'il fait? On fait comment? Les USA, et avec eux toute démocratie, reposent sur le principe que ce dernier point est par essence impossible, et que donc le processus "politicien", aussi bordélique, imparfait et méprisable qu'il puisse sembler être, est la seule garantie du maintien des libertés (par l'affrontement des élites): ce postulat est imparfait, mais on n'a rien de mieux. Souhaiter des élites débarrassées de ce processus, c'est garantir une société bien plus durablement oligarchique/aristocratique qu'elle ne l'est (et aux USA, c'est presque en passe de l'être de façon structurelle), soit une certaine forme d'élites. Et c'est aussi fantasmer l'idée que tout le monde au pouvoir est grosso modo d'accord, sans ambition ou intérêt individuel, qu'il y a une vérité unique sur ce qui est bon, et que ceux qui dirigent le font par altruisme ou dévotion systématique à un "intérêt supérieur" de la nation devant le leur (ce qui est vraiment un fantasme), intérêt supérieur dont ils auraient toujours une prescience ou une connaissance presque parfaite. Le mythe monarchique/aristocratique (ou le délire du philosophe roi) n'est pas loin. C'est dans le principe de la constitution américaine de ne pas présupposer/fantasmer ce genre de choses chez les êtres humains, et de partir du point de vue de leur individualisme (donc de la réalité) pour définir un système de gouvernance qui limite la capacité de certains individualismes de s'imposer au trop grand détriment d'autres. Et ce système de gouvernance, c'est juste, au final, une façon de réguler la sélection des élites de gouvernement et leur renouvellement (pas les autres, ce qui est une des imperfections majeures du système puisque les élites sociales/économiques/intellectuelles ont tendance à l'auto-reproduction, à la polarisation des richesses et moyens de faire et savoir, et à truster au final la direction politique).
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Le problème des armées de conscription dans une société pas trop hiérarchique de culture et depuis l'ère industrielle (bref, depuis qu'une armée ne consiste plus à aligner autant de fantassins que possible) est qu'il y a souvent trop d'appelés pour trop peu de postes à remplir dans les forces opérationnelles (hors de guerres totales): ça induit de mauvais réflexes, de mauvaises habitudes et pourrit le système au final assez vite en différenciant le service de façon disproportionnée pour ceux qui y participent. Une part trop importante (et étrangement sans cesse croissante à l'usage) des appelés sert de main d'oeuvre bon marché, corvéable à merci et sans droit de moufter pour un système qui en abuse à mesure qu'il s'enfonce dans une entropie néfaste à l'efficacité de l'appareil militaire. Pour un exemple récent, il suffit de voir l'armée israélienne: la proportion de jeunes qui font réellement leur service n'a rien d'impressionnant, et parmi ceux là, la part de ceux qui sont mal employés, sous employés ou ne servent que de larbins est considérable. L'impact dans la société, surtout passé une ou deux générations d'appelés (cette évolution date réellement des années 80, le dernier apogée de Tsahal et donc le début d'un certain déclin comme système de conscription), ne peut que se faire sentir graduellement. Et encore, sursis est donné à Israël, vu que le besoin militaire est faible et le restera vraisemblablement longtemps, pour ce qui concerne le risque de conflit inter étatique (grande avance technique, faiblesse des voisins en conflit offensif, et surtout, bombe A). Ca permet d'éviter de regarder la chose en face, tant qu'on n'a besoin que d'une partie réduite de la jeunesse pour quelques unités de pointe. Mais effet social il y aura, et il ne pourra qu'être croissant à moins d'un changement radical de paradigme. Quelqu'un sait où ça en est, dans la réalité, cette tendance qu'avaient les généraux à employer les pros (post fin du service) comme ils employaient les appelés?
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J'adore: on s'en rend pas compte.... Mais l'Alaska est sur la carte :lol: . C'est pas des petits postillons sur l'écran Non, c'est un bouquin d'analyse démographique qui a signalé récemment le phénomène: c'est pas un truc d'élites, mais la tendance qui semble se confirmer comme lourde, au moins pour les "millenials". Et t'inquiètes pas pour les injures contre la côte est: elles sont aussi destinées à la côte ouest et à pas mal d'autres endroits :-[ . Je sais pas..... Un labo clandestin de fabrication de métamphétamines, c'est considéré comme du secteur secondaire ??? ? Une "grande ville" se définit plutôt désormais comme un "écosystème" que comme une aire administrative clairement délimitée. Et nulle part ailleurs plus qu'aux USA, où les banlieues pavillonnaires gigantesques sont essentiellement juste ça: des espaces résidentiels plus ou moins éloignés du centre d'activité (la ville) et sans activité propre autre qu'anecdotique, sans rien à faire.... C'est d'ailleurs en ce domaine qu'on voit une évolution croissante, là où les conditions et la volonté son réunies: des banlieues résidentielles qui essaient de devenir des "villes" ou des "proto villes" en se construisant un centre. C'est justement ce qui m'a surpris quand j'ai un peu regardé les évolutions récentes: la répartition de la création d'emplois à haute VA et celle des investissements vers les activités à haute VA n'était pas si unilatérale. Je ne dis pas, attention, que les investissements vont dans des zones vides faites de villages, mais que des villes petites et moyennes suffisamment rapprochées/connectées offrent des possibilités jusqu'à un certain point analogues à une grande ville en termes de fonctionnalités. Nombre d'Etats américains sans grandes villes (j'entends sans métropoles) ont ainsi développé de tels écosystèmes pour l'investissement, avec un degré de diversité réel (difficilement quantifiable en l'état des données dont je dispose): Indiana, Minnesota, Utah.... Je n'ai jamais constaté l'absolutisme d'un tel déterminisme: le Kentucky avait, jusque dans les années 60-70, les marges de manoeuvre pour se diversifier et affronter la baisse des industries traditionnelles, et encore dans les années 80, il avait de quoi. S'enfermer dans la rente (de l'argent fédéral et du charbon), la dérèglementation toujours croissante et l'entrisme politique (traditionnel, mais d'autant plus puissant que les ressources sont comptées.... Comme dans les pays du tiers monde) l'a ramené à un stade d'économie sous-développée, et "médiévale" dans sa structure économique et sociale: polarisation des richesses, opportunités réduites, faible demande, corruption élevée, formation d'une micro-élite auto-reproduite qui définit toujours plus les règles en sa faveur, garantit sa pérennité au pouvoir/près du pouvoir, canalise l'argent fédéral et les investissements (pour une rentabilité rapide maximale, et un impact économique souvent réduit: la "pork barrel politics à son meilleur).... Au final, entre le Kentucky et Detroit, peu de différences: on dit souvent que Detroit est une "ville du sud", entre autre parce que c'est l'une des seules zones du nord où la question raciale en est à un stade analogue à celui du sud. On y retrouve les mêmes symptômes (encore que Detroit a des éléments de renouveau inexistants dans le Kentucky) et les mêmes freins, notamment la culture ouvrière qui a pesé lourdement dans la faiblesse du niveau éducatif (jeunes générations peu encouragées à étudier, et peu soutenues en ce sens quand leurs aînés avaient encore les moyens de les financer). Anecdote: le représentant républicain local (chef du comité électoral de son comté) interviewé par le Daily show, qui a été viré suite à la dite interview s'est dit fier des énormités qu'il a balancé, et a ajouté qu'il referait l'interview de la même façon et qu'elle était bonne pour la couverture médiatique des républicains.... Cette semaine était particulière pour le GOP: il s'agissait de la semaine spécialement dédiée au "black outreach", cad où un effort particulier était fait pour rallier le "vote noir".... Outre l'énergumène susmentionné (qui s'est quand même fendu de belles perles dans ce domaine), on en a vu d'autres assez magnifiques, comme un pic d'activité chez nombre d'élus et grands personnages du GOP versant dans le registre (désormais habituel et quotidien) "Obama est un espion kényan" ou un "jihadiste tuant la chrétienté", un gouverneur (Pat McRory, Caroline du Nord) se fendant d'un effort particulier pour honorer la mémoire de Jesse Helms (sénateur ségrégationniste bien connu, supporter de l'appartheid, icône de l'extrême droite du vieux sud, les "dixiecrats"/néo-confédérationnistes)....
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Le Daily Show ne fonctionne pas comme ça, et c'est une des raisons de son succès: dans une société aussi judiciarisée que les USA, ils n'auraient pas tenu 20 ans s'ils faisaient ce genre d'arnaque à deux balles du découpage qui les arrange au montage.... Et c'est le pire de l'histoire: ils ne cachent rien de ce qu'ils font et de qui ils sont (les "journalistes" de l'équipe sont des figures connues), ne découpent pas au montage (sauf les bloopers et ratages évidemment), et interviewent d'une traite autant que possible. Les gens qui se font prendre à être réellement ridicules.... Le sont généralement. C'est juste que ce sont des glandus qui se prennent au sérieux,dans ces cas là, et qui n'ont pas vraiment beaucoup de gens qui les prennent au sérieux par ailleurs, ou qui se croient intouchables. Elle était grandiose celle-là! Mais faut se calmer avec le terme de "stratège", souvent utilisé pour donner un genre: des "stratèges" d'un parti ou d'un autre, y'en a des centaines, dont la plupart sont des pousses-cailloux qui ont pris l'appellation pour se donner un genre et tenter de se faire un nom ou d'avoir des entrées. Que ce soit à échelle étatique ou nationale, des vrais "stratèges" (cad dont le titre ne fait pas pitié ou rire), y'en a très peu. Celle qui s'est faite prendre par le Daily Show fait partie de ces 3ème couteaux qui essaient de jouer aux grands, et se contentent dans la réalité d'orbiter dans les sphères des organisations liées au Tea Party. Qu'elle se soit intitulée "stratège" ou "expert" ou "analyste" ou "consultante" ou quoique ce soit d'autre (spin doctor entre autre), c'est du pareil au même. Le fric qu'il y a dans la politique américaine est tel qu'il s'agit d'un secteur d'activité énorme, un grand marché permanent et structuré (en Europe, y'a rien de comparable: les marchés ne sont pas assez grands pour qu'il y ait une activité permanente autre que de niveau artisanal avec des "pics saisonniers" où le secteur s'élargit ponctuellement.... Donc pas avec des permanents) où y'a à boire et à manger et toutes sortes d'organisations, d'entreprises et d'individus. Quelqu'un de sérieux et de réellement dans le business à un niveau certain n'aurait pas été dans une telle interview (ni été ciblée par le Daily Show), ou s'y serait bien mieux comportée. Mais l'interview était grandiose quand même.... Avec le négociateur du FBI à l'écoute qui est atterré.... Krauthammer, raisonnable? Si on veut. Il a quand même, comme à son habitude, asséné des abstractions douteuses (et une ou deux énormités) comme des faits établis, et décrété ce qu'était le "bon sens" (fait récurrent quand il manque d'arguments). C'est dire l'état de la scène conservatrice si c'est lui qui apparaît comme un modéré. Avec aussi cette attitude problématique encore très présente chez beaucoup de républicains et conservateurs "traditionnels" (mais qu'ils sont en train de perdre à vitesse grand V) de croire que les mouvements populistes extrêmes (Tea Party, droite religieuse, pseudo-libertariens) qu'ils ont à un moment encouragé, suivi et applaudi (face à une base électorale déclinante), sont encore sous leur contrôle. C'est ce que Stewart a essayé de mettre sur le tapis, et dont Krauthammer a fait abstraction (l'âge sans doute: on a la surdité sélective).
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Pas d'accord: la question est que ce n'est pas un film de SF au sens d'une grande saga à thème "univers différent" ou "futur catastrophique", ou un film d'action/guerre dans un environnement futuriste/spatial. C'est un film "humain", focalisé sur un truc simple: la survie et la prise de décision d'un individu face à une situation dantesque. Y'en a que ça peut emmerder parce que ça manque d'aliens, de lasers, de baston et d'une pseudo histoire (soyons honnêtes: 99% des films grand spectacle que nous adorons tous, grands "classiques" en tête, sont des récits au mieux distrayants mais fondamentalement assez faiblards) incrustée dans un univers plus ou moins détaillé. Si c'est la richesse de ce backround qui définit un "bon" scénario, alors il y a des dizaines de millions de bons scénaristes, parce que c'est pas très compliqué d'accumuler les données plus ou moins originales (et plus ou moins cohérentes) pour donner l'impression de profusion (qui elle crée l'impression d'originalité); c'est l'équivalent écrit de multiplier les détails visuels, les effets spéciaux et de faire un défilé d'images rapides. Juste de l'accumulation; laborieuse au mieux, obsessionnelle au pire. Ca fait pas une bonne histoire, ni des vrais personnages ou de vraies situations qui prennent aux tripes. Après, le cinoche risque moins qu'avant dans les grandes productions: précisément parce qu'elles sont grandes et chères, mais aussi parce que les managers et financiers ont définitivement pris le contrôle des majors, les managers issus de la prod et les créatifs l'ayant perdu dans les années 70. Pour ce qui est de la SF et des trucs "hénaurmes" à l'écran, c'est encore pire (avec le "pot au noir" pour producteurs et financiers que sont la fantasy et les films historiques antiquité/médiéval); y'a que la petite et moyenne prod qui prenne encore quelques risques, mais les investissements se sont polarisés, et il y a proportionnellement moins de fonds qu'avant pour le créneau "médian". La vraie créativité est à la télé, dans les séries (surtout en format moyen/demi saison) et miniséries, qui sont entrées dans un âge d'or assez phénoménal. C'est là qu'il y a des trucs à voir. Dans le genre adaptation qui rend pessimiste à l'avance: Ender's Game arrive très bientôt, et ce qui en est montré fait peur. La plupart des Space Opera ne sont pas facilement adaptables, voire ne le sont pas du tout: c'est pas parce qu'un livre est bon qu'il est réellement adaptable à l'écran. Les modes de narration sont trop différents, et il faut vraiment se demander ce qui rend un livre bon avant d'imaginer qu'il puisse faire un bon film: beaucoup d'univers sont intéressants, mais c'est vraiment pas forcément le point qui fait la différence (au final, y'a pas grand chose d'original), et la plupart du temps, ça tient à l'histoire, et plus encore à son déroulé, ses points de vue, sa narration.... Et ça, ça n'est pas forcément "traduisible" en narration visuelle: - si c'était le cas, les fans de fantasy n'auraient pas eu à attendre une adaptation de La Roue du Temps (seul cycle qui ait vendu autant que le Lord of the Rings.... Avant son adaptation ciné) - si c'était le cas..... On aurait déjà eu un bon Dune - Fondation aurait été adapté depuis longtemps Après, faut s'y faire: ce qui marche le plus en romans et films pour le grand spectacle, et donc concentre l'investissement, dans les tendances lourdes actuelles: - les polars, trucs "d'espionnage" sexy et les thrillers - les super héros: Marvel rafle tout, DC Comics essaie de bouffer un peu, et quelques indépendants parviennent à racler 2-3 trucs - ces conneries de vampires et loups garous émos (et oui, maintenant les nanas sont un public majeur et prescripteur aussi dans le registre "grand spectacle/surnaturel") Dans ces thèmes, tu cases de l'action, des histoires à l'eau de rose.... Le reste, en proportion, univers SF ou fantasy compris, y'a une part réduite de l'investissement pour.... Surtout si tu déduis le quota des films historiques (autre portion des productions lourdes). Ces univers ne touchent pas du public "large", mais d'abord un public de niche (une niche conséquente et surconsommatrice), et ensuite, potentiellement, une audience plus large.... Mais il est dur de savoir quel univers n'est pas un truc d'afficionado. C'est pourquoi le seul à avoir réussi à faire un truc récemment est Cameron, avec Avatar, directement créé pour l'écran et ne puisant pas dans un registre maîtrisé par les experts; c'est directement un truc ouvert à tous, pas prioritairement à une portion ultra spécifique du public. Alors il te faut regarder les splendides scènes d'apesanteur de.... La saison 6 de Big Bang Theory :lol: ! Wollowitz devenant neurasthénique dans l'ISS! Apesanteur très bien rendue, humour de cosmonaute en plus!
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Avec autour de 80% de la population vivant dans, de et/ou dans l'environnement/l'écosystème immédiat des grandes villes, ça semble pas faire "une Amérique coupée en 2".... Ou alors coupée en 2 parties si inégales qu'on peut parler de reliquat rural et "petit urbain". Chiffre amusant: dans la dernière élection générale,Mitt Romney a emporté le suffrage populaire en tout et pour tout dans seulement 4 grandes villes américaines. Obama l'a emporté, et nettement, dans toutes les autres. Rappelons aussi que dans même les plus "rouges" des Etats, quand il y a une ville de bonne taille, et plus encore une grande ville, il y a toutes les chances que le maire en soit un démocrate. Mais même le Kentucky n'est pas si "rouge" que ça, malgré ses districts découpés sur commande du GOP, la mise à l'écart fréquente de pans entiers d'électorat, des méthodes moins avouables encore autour des bureaux de vote (et le choix de l'emplacement des dits bureaux dans cet Etat où circuler est dur), des sommes d'argent anormalement élevées (pour un Etat peu peuplé et pas riche) versées aux républicains.... Le gouverneur y est démocrate. Apparemment, même chez les plus excités, certains discours ne portent pas ou portent moins. Pas entièrement exact: il y a en effet une tendance lourde dominante qui semble remettre les grandes villes dans "la tendance" la plus attrayante, au détriment historique des banlieues et grandes banlieues pavillonnaires, longtemps le symbole même de l'Amérique. Outre le flux vers les villes, on constate ainsi des banlieues évoluant vers le statut de ville (grands projets pour y bâtir un "centre ville" et y installer de l'activité), d'autres qui rattachent leur "charte" à celle d'une ville voisine.... Mais la grande ville n'est pas forcément si absolument dominante: nombre d'Etats et de zones sans grande ville connaissent un développement certain (de jobs et activité à forte VA) quand ils savent réunir les conditions du succès: des réseaux de villes petites et moyennes suffisamment denses, des services publics suffisamment développés, un bon tissu d'enseignement et d'enseignement supérieur, une proportion importante de gens éduqués (à divers niveaux: enseignement technique et supérieur surtout) sur un panel varié d'activités.... Un certain niveau de densité (physique, "réseau"....) d'agglomérations moyennes et petites, et de services, peut remplir le rôle de "métropole" sans qu'il y ait une métropole proprement dite. Evidemment, ça ne vaut que jusqu'à un certain point: au-delà, il y a un plafond, ou la dite zone devient graduellement une métropole (comme c'est arrivé au nord de la Californie, devenu depuis une "mégarégion").