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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Les symboles n'ont rien à voir avec le maintien de la BFA: électoralement et politiquement, au-delà des discours, ce symbole là ne pèse rien parce que pas grand monde en a quoi que ce soit à faire, de ce symbole, et les quelques générations de gens qui comptent qui en ont quelque chose à faire ne pèsent plus grand chose. Ce qui la maintient encore est beaucoup plus prosaïque et cynique d'un côté, et idiot/grégaire de l'autre.
  2. Rien de bien terrible dans le domaine pour cette rentrée: Sleepy Hollow est à chier, Agents of SHIELD est vaguement drôle, le spin off de Once Upon a Time (Wonderland) arrive cette semaine mais j'en attends pas grand chose.... Je peux que te recommander des bouquins dans le domaine, pour l'instant. Macho, macho maaaan, I'd like to be, a macho man.... Tu m'étonnes, vu les collants, il faut aimer exhiber sa.... Virilité. Pour revenir plus vers le sujet, l'évolution de la Russie vers un pouvoir (enfin un Poutine) affaibli qui devient du coup plus agressif, recherchant d'autres soutiens aux dépends de beaucoup de ses anciens (l'Eglise orthodoxe contre les gays, une certaine portion de l'élite contre la nouvelle "classe moyenne" petite et émergente....), est aussi une histoire future des relations Russie-Europe, sur fond d'une dépendance décroissante au gaz et au pétrole russe (efficacité énergétique croissante, développement de la voiture électrique -lent mais désormais en marche-....): et là aussi, quand l'emprise d'une partie s'affaiblit, la dite partie se raidit, au moins dans un premier temps (en espérant qu'elle se raidisse pas trop vite trop fort, parce que là ça peut dégénérer), comme tout changement dans n'importe quel domaine de la vie, au niveau individuel ou collectif, se traduit d'abord par une phase de déni et de colère "infantile", potentiellement destructrice. Il suffit de voir l'évolution des politiques militaires des pays d'Europe de l'Est et de Scandinavie pour constater l'anticipation de tels comportements: concentration accrue sur la défense territoriale, montée des dépenses et/ou adaptation du modèle militaire (la Pologne est ZE exemple, mais la Finlande l'est aussi, avec la Norvège) ou à tout le moins messages d'alerte plus fréquents sur le sujet (Suède, Slovaquie, Hongrie), et plus encore, mouvements vers une coordination plus grande, voire à terme des "confédérations militaires" régionales (Europe de l'Est autour de la Pologne, Scandinavie) centrées sur la défense contre la Russie. Où l'on voit les divisions fondamentales de perception de l'environnement par les différents "morceaux" de l'UE.
  3. Courage, le vrai hiver revient vite: en janvier février, il sera là sur HBO (seuls les naïfs croient que l'hiver, c'est le 21 décembre ??? ). Strictement rien contre les homos ou le mariage gay, mais là.... On est sur un forum militaire bordel: quelles que soient nos opinions personnelle, on doit promouvoir toute forme de bourrinage, l'alcool, les rots bruyants, l'humour lourdingue, les vannes macchos.... Là, ça va pas du tout dans le champ lexical du thème, ta remarque.... Faut être synchro, merde! Et désolé, mais poser torse nu sur un cheval, et en plus en treillis, ben.... C'est dans Têtu que ce genre de truc paraît, pas dans les journaux d'info.... Et ça doit pas être affiché partout: y'a des enfants qui peuvent voir ça et des rétines qui peuvent le garder en mémoire (beeeeuuuurk, j'essaie encore de me laver les yeux). Un chiffre entendu en conférence call (que je ne donne pas publiquement): le kilomètre d'autoroute dans la zone des futurs JO d'hiver est presque 3 fois plus cher à la construction que le kilomètre d'autoroute en France. Ca résume pas tout, mais vraiment beaucoup. La vraie nausée vient quand on regarde QUI paie les jeux de Sotchi.
  4. Ca semble étrange d'évoquer des batteries de 4 pièces: techniquement, ça rend pas les unités nettement plus chères (outre l'inflation du prix des pièces) en personnels à formation poussée et en matériels chers? Une batterie, outre les canons, ce sont des unités de repérages, protection, coordination, analyse.... Avec tout plein de trucs chers dedans (personnels très très formés, proportion d'officiers plus élevée, radars divers, matériel informatique....). Attribuer 4 canons -1 peloton, quoi- à une unité de PC batterie, c'est pas beaucoup trop de dépense de moyens rares pour trop peu de puissance de feu? Ca semble étrange. Ou alors le peloton de tir devient magiquement - et pompeusement baptisé- batterie quand il est projeté. Et les BRB/URB vont quasiment toutes disparaître, à peine après avoir été créées (et les matos achetés, et les personnels formés.... Donc l'essentiel de la dépense), pour n'en garder que 2? Je sais pas ce que fument les gens qui décident de ces coupes, mais j'en veux pas. Dans la "logique" entendue des coupes franches, je peux comprendre -même si comme tout le monde ici, j'aime pas- le fait de tronçonner des unités entières, batteries ou régiments.... Mais gicler des canons en laissant l'essentiel de l'unité, ça je pige pas la logique, à moins que des canons soient mis sous cocon et que préserver des unités sous-armées (mais avec le "coeur": PC batterie, soutien propre, une unité amaigrie qui continue à tourner) permette de garder l'optique de remonter en puissance (mais bon, j'écarte arbitrairement cette hypothèse: le Mindef et l'AdT n'ont pas récemment démontré de grandes capacités ou intentions d'agir ainsi). Si c'est pas ça (il me semble que l'AdT ait plutôt tendance à mettre au grenier, au rebut ou à la revente, qu'à mettre sous cocon), je vois pas du tout la logique: ce qui est cher est gardé, ce qui est amorti est giclé, ce qui coûte au final assez peu (relativement) est giclé. Quelqu'un a eu le mémo explicant la chose?
  5. On a un Poutine en phase de vieillissement politique accéléré (et physique; le temps est une salope): les récentes évolutions de la politique russe semblent assez unilatéralement pointer vers un raidissement, et donc d'autres réactions similaires pour l'avenir, avant tout dû à des causes intérieures. Un pouvoir affaibli est un pouvoir aggressif et peu enclin à donner dans la nuance ou la raison. Vu les horreurs que j'ai entendues sur les travaux pour la préparation des jeux de Sotchi, les jeux de pouvoir en Russie font pâlir Game of Thrones, et ça doit pas sentir bon dans le bureau de Poutine (l'anxiété, ça se sent dans un espace clos, surtout chez les gens naturellement constipés).... Toute façon, quand un chef d'Etat en est à exhiber sa poitrine nue dans des photos qu'on croirait sorties d'un magazine gay (pour sexagénaires), que le culte de la personnalité donne dans le ridicule d'antan, c'est révélateur d'un problème grandissant. Quand il en sera àa la collection de maillots de bain sur Youtube, c'est que la révolution (ou une mise à la retraite anticipée non voulue) guettera la Russie.
  6. Tancrède

    Marine Britannique

    Oh putaing! Faut pas qu'y déconnent trop les Brits: là c'est à côté de la maison, ça va pas du tout. Mode téléspectateur je m'en foutiste égoïste OFF.... Quelqu'un a vu si ça faisait du buzz en Angleterre, ou si "des experts" est juste une formule journalistique pour essayer de faire du bruit avec, en fait, pas grand chose?
  7. J'ai vu une société, basée en Suisse je crois, qui offre ce type de prestation, notamment des sauts en parachute à 10 000 mètres (en tandem ou solo pour les expérimentés) et des vols stratosphériques sur Sukhoi 27 spécial (je savais même pas qu'il y avait des versions stratosphériques pour celui-là). Les vidéos de "clients satisfaits" sur Youtube sont assez impressionnantes: ça fait son petit effet de voir un gars agiter son portable dans un cockpit pour filmer la courbe soudain bien visible de la Terre. Je connais pas les tarifs ni les conditions, mais j'avoue que ça ferait un petit WE bien tentant.
  8. Ca n'a pas cependant pour corollaire de faire grimper la compétence moyenne des sergents et caporaux (et soldats tant qu'à faire), donc, au final, d'avoir à faire un investissement important (qui serait nécessaire de toute façon) sur la formation et l'entraînement? Les Anglais semblent avoir tendance à faire le calcul inverse avec une certaine persistance (c'est pas une critique de ton point, juste une remarque), afin peut-être de multiplier les petits groupes "intelligents" sur le terrain: une idée des raisons de cette continuité chez eux? Je croyais que l'EM tendait maintenant à prélever les éléments d'un GTIA au sein de la même brigade (et l'infanterie de ce GTIA, donc au sein d'unités d'infanterie censées se "fréquenter" plus souvent); c'est resté un voeu pieux?
  9. Sur ce sujet, on notera la dernière sortie en date du libertarien Rand Paul, dont la stupidité ou l'hypocrisie semblent ne pas avoir de bornes; il a réussi à dire, en gardant un visage égal, qu'il ferait tout pour ne pas relever le plafond de la dette, tout en garantissant qu'il n'y avait aucune chance de défaut américain, parce que lui, Rand Paul, dirait "aux marchés" que les USA paieraient leurs dettes. Rappelons que relever le plafond de la dette n'est pas une mesure pour augmenter les dépenses publiques, mais simplement pour contracter des emprunts afin de payer des factures de dépenses déjà effectuées. C'est tout simplement la façon qu'a le gouvernement de dire aux souscripteurs de bons du Trésor que leur investissement sera remboursé. Et Rand Paul ose dire comme s'il s'agissait d'un vrai propos fondé en raison qu'il refusera de faire ça, mais que sa simple parole en tant qu'individu vaut la même garantie. Apparemment, il s'est gouré de planète.
  10. Anecdote intéressante: l'aumônier du Sénat, Barry Black, depuis le début de la semaine, a, chaque jour, donné dans des sermons (très courts: apparemment cet ancien aumônier de la Marine donne dans le sobre -à part ses noeuds papillons) de plus en plus "élégamment accusateurs", non partisans et terriblement puissants, tous commençant par "lord save us from the madness" (dieu, sauve nous de la folie). Chaque jour, il balance ainsi au Congrès de face et sans droit de réponse de leur part de courts discours médiatisés.... Faisant de facto de lui un interlocuteur parlementaire (au final, c'est un gars qui parle à la tribune du Sénat: si les médias le reprennent, il devient un "joueur" dans cette arène) dans cette crise. Je vous enjoint de trouver ces courtes allocutions faites depuis vendredi, admirables de concision et de puissance dans le propos, qui s'efforcent en une formule simplifiée de s'en prendre directement aux fautifs, les individus du Congrès (suivez son ton pour trouver lesquels), en leur mettant publiquement le nez dans leur propre m.... - "dieu, tu nous a fait pour la liberté: aide-nous à ne pas nous enchaîner nous-mêmes et préserve nous de gouverner par crises" - préserve nous de la dialectique du "eux contre nous" (chère au tea party) - "remplace le cynisme par la foi, et la lâcheté par le courage" (première adresse après le début officiel du shutdown) - nous admettons nos fautes, nos limites, notre condescendance, notre égoïsme, notre vanité: délivre nous de l'hypocrisie de simuler la raison quand nous sommes en fait déraisonnables, et épargne ceux qui portent le fardeau de cette crise Pour un athée comme moi, je trouve que ce curé a gagné son salaire, en disant tout haut ce que le plus grand nombre pense tout haut (sans pouvoir être entendu), mais directement dans la face des coupables (le fait qu'il ait le rang de vice amiral aide, et le poids de sa fonction de son côté, aident beaucoup, en plus), sous entendant très visiblement qui parmi les politiques sont plus coupables que les autres, sans faire d'attaque partisane ou ad hominem.
  11. Suite au tragique incident de la femme qui semble avoir pété un câble en voiture (y'avait un bébé à bord qui, heureusement, n'a rien eu) et a été abattue par la police du capitole, des questions commencent à apparaître sur la suite des événements: que va t-il se passer si autre chose arrive? La police du capitole n'est plus payée suite au shutdown, et une partie des effectifs est au chômage technique. Cela va t-il alarmer les enragés parasiteurs parlementaires, de ne plus avoir leur cul à l'abri? Autre exemple mentionné: une alerte a été lancée dans l'Etat de Louisiane, en Alabama, en Floride et, sans doute bientôt, le Missouri et la Géorgie: une tempête tropicale (nommée Karen) approche rapidement, et déjà certaines compagnies pétrolières ont commencé à évacuer les personnels non cruciaux de leurs plates formes.... Mais les services gouvernementaux ne sont pas dispo: déjà, nombre de capacités d'alerte et de suivi de la tempête sont fermés, de même que les capacités d'analyse (qui permettraient d'anciciper si la tempête peut et va devenir ouragan, et donc de changer la stratégie), et, bien plus grave, l'essentiel de la si contestée (dans la droite radicale) FEMA (la sécurité civile, pour résumer) est tout connement au chômage technique. Un certain nombre de personnels ont été rappelés pour l'occasion, à titre bénévole, pour préparer l'alerte sur les côtes, et aider dans les premiers endroits où des dégâts ont eu lieu (extrême sud de la Floride).... Les exemples sont multiples: des poussées de grippe préoccupent actuellement le CDC, tout aussi handicapé par le shutdown, les inspecteurs des normes de sécurité aériennes (3000 et quelques sur le carreau) envoient des signaux alarmants (sauf bien sûr pour ceux qui croient en l'ingénuité des compagnies aériennes pour s'auto-réguler), les services de renseignement fonctionnent au ralenti (plus de 70% de leurs employés civils sont à domicile), la Farm Service Agency (service créé pour soutenir les paysans suite à des désastres naturels ou industriels) a simplement arrêté d'aider les fermiers ayant perdu leurs récoltes suite aux récentes innondations du Colorado (en bref, ces gens viennent de passer au stade du dépôt de bilan), les maternelles (appelées pre-school aux USA) sont fermées, les vétérans (déjà dans la panade vu les problèmes de cette administration) ne touchent plus rien (pour ceux qui ont la chance d'avoir un dossier traité dans les temps).... Très emblématique: un élu du Texas a fait un esclandre devant les caméras en engueulant une employée des Park Rangers qui bloquait l'accès des touristes au récent monument érigé en mémoire des vétérans de la IIème GM à Washington (longtemps patate chaude politique, il n'a été fait que très récemment), parmi lesquels se trouvaient nombre de vétérans et leurs familles.... Alors que le dit élu était un partisan notoire des shutdowns pour lesquels il avait voté. Les Park Rangers, appartenant à l'administration des parcs nationaux (dont ressortent beaucoup de monuments, y compris Liberty island, où se trouve la statue de la Liberté, fermée pour l'instant), sont aussi en clôture. Les nerfs de ce genre d'hypocrites ne cessent jamais d'étonner! Consolation? Le vice président Joe Biden a personnellement appelé la Park Ranger en question pour la féliciter publiquement. Combien de temps les fonctionnaires, au moins dans les divers services d'urgence, continueront longtemps à accepter cette situation (surtout sa répétition régulière)? Mais FoxNews claironne que tout va bien, et que ce n'est pas un "shutdown", mais un "slimdown" (amincissement) dont les Américains seront au final très heureux.
  12. Y'a juste quelques pétitions d'Etats réclamant l'indépendance qui ont tout juste réussi à réunir suffisamment de signatures pour parvenir à devoir être publiées sur le site de la Maison Blanche (et encore s'aperçoit-on souvent qu'il y a des masses de signatures pour le moins douteuses).... Comme il y a eu des pétitions franchissant les mêmes filtres demandant la construction d'une Etoile Noire par les USA. La sécession, y'a quelques agités du bocal qui en parlent très fort (toujours les mêmes), et personne qui les prend au sérieux: généralement, plus ça en parle fort, moins c'est sérieux. Même au Texas, où c'est le "particulier" gouverneur Rick Perry qui en parle relativement fréquemment (mais bon, l'Amérique a appris à comprendre que Perry, c'est comme Forrest Gump: il est "spécial" et il a son langage à lui), tout le monde sait que les Etats où il y a des groupes sécessionnistes (à peu près aussi populaires qu'Emgann) n'ont ni l'intérêt ni la volonté de donner dans ce registre. C'est juste pas un sujet sérieux, ni un qui occupe du temps d'attention nationale ou d'Etat.... Même au Texas, quasiment le seul où existe un mouvement indépendantiste un peu durable (et fait d'une bande d'hurluberlus). A côté de cet indépendantisme, on trouve cependant dans quelques endroits une autre forme de sécessionnisme: des zones de certains Etats où des franges d'opinion peuvent essayer d'oeuvrer pour séparer leur coin du dit Etat, et obtenir le statut d'Etat à part entière dans l'Union.... Généralement le fait de petits groupes en colère quand leur Etat n'a pas élu la majorité qu'ils voulaient.
  13. Chépa, mais si tu veux un cas concret pour turbiner.... Que dire du droit à se torcher le cul avec le drapeau en public (ou sur youtube)? Aux USA, c'est toute une panade (le brûler, se torcher avec, le porter en couche culotte dans un tribunal....): pour moi, ce débat résume beaucoup de choses, et on a du mal à y trouver une réponse définitive, le caractère différentiel des symboles nationaux/constitutionnels ayant une réalité, mais la liberté d'expression et la souveraineté de l'individu en ayant aussi. Pour un constitutionnaliste et un spécialiste des libertés fondamentales, du moins s'ils entendent rester connectés avec la réalité de ce qu'est un pays (et de certaines nécessités qui le gouvernent), c'est un casse tête sans fin..... Et au final, le mieux (ou le moins pire) à espérer d'un tel débat, c'est qu'il continue avec une législation variant avec le temps, n'allant jamais définitivement dans un sens ou un autre. Un Américain très patriote m'avait dit un jour sur ce sujet (c'est en fait ce qui m'a fait turbiner dessus) qu'il n'oserait jamais le faire, mais refusait que quiconque puisse le lui interdire, ce pourquoi il avait un drapeau plié en forme de couche culotte dans son placard, et qu'il ne s'en servirait jamais ainsi.... OK, le gars était un poil déjanté, mais le point reste.
  14. Très juste, mais il faut mentionner aussi le droit d'association (ou droit d'assemblée), qui a dans quasiment toutes les démocraties son histoire particulière, et prend d'ailleurs un nouveau sens aujourd'hui via les médias sociaux. Et le corollaire de cette façon de voir le droit de résistance à l'oppression est le noircissement (corollaire du coup de force) du régime précédent dans les bouquins d'histoire, les récits, le ton du discours en général, dans le régime actuel.... C'est ainsi qu'on n'est toujours pas sorti dans l'enseignement d'une vision obscurantiste de l'Ancien Régime: le muscle a encore trop de mémoire pour arrêter le réflexe pavlovien de présenter la révolution comme l'irruption de la lumière divine sur terre. Mais bon, mentionner ce droit est une réserve culturellement implantée dans le logiciel de la démocratie, et existait d'ailleurs tout aussi profondément (c'est de là qu'il vient en bonne partie) dans la rhétorique de la monarchie, qui distinguait le roi (gentil) du tyran (méchant), ou de la féodalité qui attribuait jusqu'à l'absurde aux grands du royaume la charge "morale" de garantir la "liberté" contre les dangers du pouvoir royal (alors qu'eux-mêmes étaient des tyrans en leurs provinces et s'attaquaient au roi pour tous les motifs, mais sûrement pas la "liberté", sinon celle pour eux de se comporter comme ils voulaient aux dépends de tous les autres). Mais bon, ce n'est pas qu'une figure de style justifiant a posteriori le coup de force (t'es d'humeur "verre à moitié vide" ce soir Chronos?): c'est aussi une autre façon de dire que rien n'est absolu, ou plutôt que la convention écrite (la constitution généralement) vaut moins que le "contrat social" dans l'absolu (encore une histoire de lettre et d'esprit, quoi), qui repose sur l'individu reconnu comme souverain, ou en tout cas "co-souverain" (ce qui devient vite abstrait quand il y a plusieurs millions d'habitants co-souverains dans un pays, et rarement d'un même avis sur tout). Bon, je vais retourner à ma e-cigarette trop dosée en nicotine qui me fait délirer, sinon je vais écrire des choses qui seront regrettées demain.... Et mon mini-marathon de "Big Bang Theory"....
  15. Oui et non: ils sont très importants, mais nettement délimités, et leur importance varie selon le président et sa situation politique vis à vis du parlement et de son propre parti. Il nous semble plus encadré par comparaison avec la France, mais c'est qu'on n'est pas habitué à voir un Parlement pouvoir faire quelque chose et disposer de pouvoirs propres; mais est-ce si différent dans l'absolu.... On a vu le pouvoir de Chirac ou de Mitterrand avec un Parlement d'opposition. C'est le PM qui devient Raoul.... Mais le Parlement l'a toujours dans le derche. Le président US a cependant beaucoup de pouvoirs propres, et ce avant tout via trois dispositifs souvent sous-estimés: le veto, l'initiative de lois (partagée avec le parlement) et plus encore le pouvoir de nominations, sans doute l'outil le plus politique à sa disposition (dont le plus emblématique est la nomination des juges de la cour suprême). Ce à quoi s'ajoute un ensemble plus informel de prérogatives de facto plus liées à ce que procure la position à l'individu qui occupe le fauteuil; l'aura donnée, l'impact, le besoin politique d'avoir le président avec soi, la prééminence de parole (Franklin Roosevelt y a d'ailleurs beaucoup recouru pour le New Deal, qu'il a lancé au début contre son propre parti: il a pu renverser l'opinion et son parti via ce seul biais, alors qu'il était politiquement faible).... Dans une démocratie aussi informellement monarchique que les USA, ça pèse lourd, surtout quand il s'agit de lever des fonds de campagne (ce à quoi semble aujourd'hui se résumer la carrière de politicien, vu la proportion de temps qui y est consacrée). Le pouvoir informel de créer de massifs effets d'entraînement qu'a le président américain ne devrait jamais être sous-estimé: il repose sur quantité de prérogatives informelles amenées par la position, et de capacités objectives via les moyens dont l'exécutif dispose en propre. Mais le président est effectivement très encadré, et la limitation de mandat fait de lui un objet très différent en fin de deuxième mandat: les deux dernières années, juste après les mid terms font du président le dirigeant le moins politisé qui soit, et potentiellement le plus grand politique qui soit.... Ou un charlot qui cause dans le vide. Mais il s'agit effectivement d'un régime où l'exécutif et le législatif sont très nettement délimités, et tous les deux des pouvoirs significatifs, formule que la France n'a jamais voulu ou pu trouver.... Avec un péché originel qui remonte à la tentative d'affirmation de Mc Mahon (la crise dite du 16 mai). Les fonctionnaires sont aussi des citoyens, et généralement, ils payent aussi des impôts..... "Les citoyens", ou pire encore, "le citoyen" (c'est qui ce gars là? Je l'ai jamais rencontré) sont des généralités abstraites qui servent surtout d'ami imaginaire sémantique à toute personne voulant se prévaloir d'une majorité tout aussi imaginaire derrière lui. Certains revendiquent d'avoir "les citoyens" derrière eux comme d'autres disent parler au nom "du peuple".... Généralement, plus on a recours à ces formules, plus ça veut dire qu'on a pas grand monde derrière soi, ou alors on invoque un vague consensus sur des questions abordées trop largement pour être des réelles opinions ou des programmes applicables dans la réalité (genre "vous voulez la paix dans le monde"? "je pense, et tout le monde avec moi, que tout est trop cher"....). Ou alors on est comme les gauchistes, et seuls ceux qui votent pour vous ont le droit à l'appellation "peuple" (voire "humains"), le reste étant des sales bourgeois. Qui sont les "citoyens" concernés par la volonté d'appliquer le shutdown? Plus de 79% des Américains, le jour même de la fermeture, disaient non: ils sont plus citoyens, tout d'un coup? Seuls les teabaggers, aussi enragés et irrationnels que minoritaires, sont reconnus comme citoyens? Difficile de manipuler cet ensemble imaginaire qu'on appelle "les citoyens", et souvent très hypocrite de dire qu'ils pensent comme ci ou comme ça, à moins de pouvoir le chiffrer (et les mobiliser effectivement) sur une question concrète. Le droit de résistance à l'oppression est dans la constitution française, noir sur blanc (enfin, dans le préambule), et c'est la patate chaude de toute démocratie, la variable écrite ou non écrite inhérente au système mais impossible à transcrire dans une formule durable ET efficace. On va bientôt entrer dans l'ère d'armements lasers et on est à l'époque d'armées hautement efficientes dont la force repose sur l'organisation, la coordination à grande vitesse, le renseignement et la capacité à frapper fort (via de multiples types d'armements) et précisément à un endroit donné.... Le droit qu'a Billy Bob Johnson, plouc du Kentucky abonné aux food stamps et cuisinant des métamphétamines dans son sous-sol, d'acheter un fusil de sniping lourd, 3 fusils d'assaut et 15 flingues va pas garantir sa "liberté" ailleurs que dans ses fantasmes contre le méchant gouvernement qui le fait vivre. A moins évidemment qu'on en soit au stade d'une guerre civile américaine si énorme que Billy Bob y pèse quelque chose avec ses potes (l'équivalent d'une dentition complète pour les 6 ou 7 hommes que ce "squad" représente) et une vaste organisation mal ficelée au niveau de son Etat (à la mortalité très élevée et l'efficacité discutable); mais là, pour que ce soit le cas, ça veut dire qu'il y a plus beaucoup d'Amérique à défendre (renvoyée à l'âge de bronze et au sous-développement), et pas beaucoup d'autre liberté que choisir entre crever la dalle et devenir une bande armée vivant aux dépends des autres. Des interprétations très abusives du 2ème Amendement, et surtout une forte capacité de lobbying des producteurs d'armes individuelles sont la vraie ligne de défense de cette "liberté", où il est bien peu question de réalité et d'adaptation du droit de résistance à l'oppression, et beaucoup de vente d'armes non nécessaires et des listes sans fins de "goodies" qui vont avec. Le tout pour 30 000 morts (dont 13 000 homicides et 17 000 suicides environs) et dieu sait combien de centaines de milliers de blessés et traumatisés (= facteurs d'expansion de violence) par an. Yeaaah! Quelle liberté! Je ne conteste pas la difficulté extrême de garder vivant le droit de résistance à l'oppression, et croit aussi qu'il y a beaucoup plus à creuser du côté des organisations de certains militantismes, particulièrement dans le domaine de la société de l'information (le "parti des pirates" suédois est un modèle très intéressant en la matière), et de toute forme d'organisation sociale, que dans le fait d'accorder à n'importe qui le droit d'acheter un flingue. Au global, la meilleure résistance à l'oppression, surtout dans un Etat développé, c'est une société vivante, informée et plus encore, structurée en organisations qui, par leur nombre et leurs interconnexions, forment trop de redondances pour qu'un Etat à velléités autoritaires puisse s'y imposer, à moins qu'il change beaucoup de nature, ce qui prend du temps et se voit venir. C'est pas avec les forces militaires actuelles que les grands Etats démocratiques vont voir des dictatures s'imposer en leur sein. Surtout qu'il faut voir quels sont les vrais dangers pour la démocratie et la liberté: ils viennent aujourd'hui autant (potentiellement) de l'Etat que des grandes organisations très financées, essentiellement les grandes entreprises. C'est pas l'Etat par nature qui est le tyran potentiel: c'est toute concentration disproportionnée de pouvoir, quelle qu'en soit la raison sociale. Mais évidemment, ça, les constitutions issues des Lumières ne l'ont pas pris en compte, vu qu'il n'y avait pas vraiment de grandes entreprises et multinationales à l'époque. Quand on se penche un peu sur l'histoire constitutionnelle américaine, on voit cependant que ce danger avait été prévu par les pères fondateurs, à l'époque où les plus grandes boîtes, danger potentiel perçu, ne dépassaient pas quelques centaines d'individus comme personnel mais pouvaient peser lourd dans le processus décisionnel américain, sur la monnaie.... Surtout quand réunies en coalition/cartels d'intérêts. Thomas Jefferson et John Adams (pourtant les "frères ennemis") le pointaient, droit dans le fil d'un Georges Washington (pourtant homme le plus riche des USA d'alors) planant au-dessus du partisanisme. Et ils pointaient pareillement les religions organisées: contrairement à ce que veulent penser les teabaggers, la plupart des pères fondateurs étaient plus ou moins athées ou agnostiques et farouchement contre des religions structurées en organisations. Et là encore, c'est pas un gun qui va vous préserver de ces atteintes bien plus probables à la liberté qu'un imaginaire flic ou soldat venant exprès chez VOUS (oui, oui, un flic par habitant) pour vous prendre votre arme et sans doute vous planter sa rangers dans la gorge. C'est con, mais c'est le paradigme et la rhétorique dans lesquels la droite radicale (et la droite "conservatrice dure mais de gouvernement" -la modérée ayant quitté le paysage-, plus ou moins le flingue sur la tempe) s'est enfermée depuis maintenant 2 décennies. Il faut se rappeler, juste pour l'exemple, que quand les mitraillettes (Thompson, FM Chauchat....) sont devenues largement disponibles dans les années 20, républicains comme démocrates n'ont jamais eu de problème à s'accorder pour de sévères encadrements législatifs sur ces types d'armements (et d'autres tout aussi dangereux, ou plus) sans que ça fasse de remous ou que quiconque se croie atteint dans sa liberté. Il n'y a que depuis les années 60-70, mais surtout dans les faits depuis les années 80 (atteinte de la "masse critique" par le nouveau lobbying des armes) qu'empêcher Billy Bob d'avoir un bazooka est une atteinte fondamentale aux droits de l'homme.
  16. Personne a jamais envisagé en France de faire comme d'autres armées: a priori toute l'infanterie est mise à pied, sauf une infanterie blindée/mécanisée organisée autour d'un véhicule spécifiquement fait pour ce mode de combat particulier, et le reste est structurellement à pied, avec un pool de bataillons de transports de types divers (taxis blindés, chenillés, amphibies, véhicules légers....) attribuables à la demande. Les Marines et les brigades d'infanterie de l'Army américaine le font et ne semblent pas en être malades pour autant, et dans la situation spécifique de l'armée française (pénurie de véhicules au regard de l'effectif, PGP et faible dotation régimentaire réellement dispo de toute façon), le procédé serait une rationalisation (concentration des moyens motorisés, multi-qualification des personnels....) et peut-être une incitation à "alourdir" les unités de fantassins (qui ne compteraient plus leurs chauffeurs attitrés) en effectifs et armement (se penser comme étant à la base "à pied" n'entraîne t-il pas un changement de perspective?). J'dis ça, j'dis rien, hein.... C'est vrai qu'en France, ce genre de gestion pourrait surtout servir à l'EMA à réduire encore les dotations, mais un pool de véhicules avec leurs personnels attitrés réuni au niveau de chaque brigade, autour d'un camp de manoeuvre, ce serait forcément si mal?
  17. Si tu veux une règle absolue qui permet de détecter ce point sitôt qu'il est franchi, j'ai pas plus de réponse que toi: c'est pas une règle graduée avec un seuil d'alerte exactement délimité (et tant mieux.... Parce qu'on en abuserait de la même façon qu'une loi écrite :lol: ). On se contente de tendances et d'observations. Mais quand les médias les plus couards et affadis qui soient (capables de faire équivaloir comme "thèse rationnelle, le créationnisme au darwinisme) et des gens assez universellement considérés comme radicaux (souvent de leur aveu même: beaucoup des gouverneurs mentionnés sont dans cette absurde course à l'échalotte de la pureté idéologique et du refus du compromis) condamnent des gens comme Ted Cruz pour leur radicalisme, il y a plus que quelques indicateurs convergents pour pouvoir l'affirmer sans trop de crainte d'être vu comme très partial. Mais avant cela, la tendance était déjà criante, et dénoncée dans la tournure qu'a prise le paysage parlementaire aux USA depuis les années 90. Un indicateur comme un autre: jusqu'à cette période, représentants républicains et démocrates étaient fondamentalement des gens appartenant aux mêmes cercles sociaux. Ils se fréquentaient, étaient souvent liés au niveau personnel, s'écoutaient, se recevaient les uns chez les autres, s'informaient aux mêmes sources (en tirant des conclusions différentes), allaient aux mêmes symposiums et conférérences, avaient les mêmes référents culturels.... Certains insiders de Washington, mais surtout des gens nés dans ce milieu (et pas forcément par ailleurs y travaillant) ont constaté la fin de cette communauté de vie: aujourd'hui, y compris au niveau personnel, c'est la guerre et l'hostilité, la ségrégation et l'ostracisme. Si un républicain est vu parlant dans "le civil" avec un démocrate, tu peux être sûr que c'est sur Twitter dans la minute et il est mis à l'index comme pactisant avec le diable et donc un traître détestant l'Amérique: je ne caricature même pas! Ca s'est souvent fait, surtout depuis 2010, et souvent avec des termes de ce genre! Et c'est pareil pour les sources d'information: aujourd'hui les républicains se sont enfermés dans un assez petit monde, une "bulle" qui tourne sur elle-même, dans les médias et dans l'écosystème d'instituts et think tanks spécifiquement orientés qui les alimentent. La minorité de républicains qui essaient de rester réalistes se tait et crève de trouille, ou s'aligne carrément sur cet univers, parce que de cet écosystème les fait exister, leur sert de haut parleur et de source de financement, et gouverne le processus de nomination. Les talk show radios sont particulièrement craints, et il suffit d'écouter un peu celui de Rush Limbaugh (de loin le plus influent) pour comprendre que la rationalité et la nuance n'ont rien à voir avec le propos (évidemment, ça vend pas pour faire de l'audimat). L'un des grands impacts de ce fonctionnement est le court termisme extrême des mentalités et comportements d'une certaine droite américaine, qui sacrifie tout au profit de la visibilité du moment (et du "fundraising" que cela permet), de la "pureté idéologique" sans compromis qui permet ce que les Américains appellent le "grandstanding" et que je qualifierais moi de "grand guignol". Ted Cruz se fout complètement de ce qu'il inflige au pays, du moment qu'il peut favoriser sa carrière, sa position dans la droite extrême et ses chances (enfin ce qu'il croit être ses chances) pour la nomination en 2016. Ce même court termisme a plus généralement une autre traduction dans les faits: une tendance des gouvernements sucessifs à passer son temps à défaire ce que le précédent a fait, ce qui, avec l'alternance, tend à créer un spectacle constant de non gouvernance avec lequel les Français sont particulièrement familiers. C'est pourquoi une démocratie adulte ne donne pas que dans ce registre court termiste et qu'y existe généralement une culture de gouvernement qui part du principe qu'il y aura alternance, et que ce qu'on fait un jour peut-être défait le lendemain par l'autre, ce qu'on inflige à l'autre reviendra généralement dans la gueule de l'expéditeur au tour suivant.... Et que donc on développe un centre apte à des compromis durables. C'est ce qui est lentement bouffé aux USA. Et il est étrange, dans la continuité de l'histoire politique américaine, de voir que la principale base de pouvoir de cette tendance se trouve toujours au même endroit: le vieux sud et certaines couches de population ailleurs dont le fondement idéologique n'a pas changé depuis 1 siècle et demie: on retrouve chez eux la même rhétorique que chez les "know nothing" ("ne sait rien") du XIXème siècle, le même déni des faits et une aveugle préférence pour la rhétorique abstraite et extrême, le jusqu'au boutisme, l'invective, le pointage de doigt catégorique, la diabolisation de l'autre.... C'est inquiétant, parce que tout un pan du système décisionnel américain (généralisation du pouvoir américain, quoi) s'est fait bouffer par ce processus et est en train de perdre la culture de gouvernement et, franchement, la culture démocratique, sans lesquelles une constitution n'est que de l'encre sur du papier.
  18. Justement, c'est dire à quel point la situation politique américaine en est: - les "mainstream medias" ont très longtemps reposé sur les fausses équivalences (dans le genre "Darwin et le créationisme sont deux thèses également valides et fondées") et l'apparence d'impartialité au détriment de toute argumentation fondée en raison (essentiellement pour faire de l'audimat et gagner de la "crédibilité" à bon compte), formant, comme c'est fréquent en beaucoup de lieux et de domaines, un consensus médiatique dominant qui s'éloigne lentement de la réalité - les leaders républicains qui se dissocient des "House republicans" sont les gouverneurs, soit une réalité politique différente, et rarement présente directement au plan national, même si fondamentale (les gouverneurs sont des gens très importants et puissants, et leur financement des élections -les fonds dits de "conférence des gouverneurs"- sont dans chaque partis énormes, de même que leur poste de chef d'exécutif amène souvent des candidats présidentiels sérieux); et parmi ceux qui, au sein du GOP, prennent position contre Cruz, se trouvent des radicaux, des excités, mais aussi certains considérés -à tort ou à raison- comme des modérés qui sont dans des Etats incontournables pour des élections nationales.... Et malgré l'extrêmisme de certains (Jan Brewer d'Arizona par exemple), ils se distancient de ou condamnent les gens comme Cruz, alors que le GOP a plutôt une plus grande discipline de parti que les démocrates: encore une fois, ça dit beaucoup de là où en est la scène politique américaine Donc non, mon argumentation n'est pas bizarre: ces exemples de médias ayant longtemps ramenét tout extrêmisme dans le giron d'un relativisme faussement raisonnable, ou de politiciens radicaux condamnant certains de leurs collègues, sont précisément un indicateur de la crise politique américaine et du degré de folie d'une portion importante du parti républicain. Mon "point de vue" (j'en ai pas de global ou définitivement formulé, surtout sur une scène politique qui n'est pas la mienne) se fonde avant tout sur l'observation des résultats, politiques et économiques (la création historique d'une classe moyenne dominante qui est maintenant quasi continuellement démolie depuis 30 ans au profit d'un capitalisme nettement prédateur et polarisant), et sur l'histoire de la façon dont la démocratie américaine a toujours fonctionné et qui a fait son succès: l'Amérique a toujours été gouvernée au centre par des réalistes souvent caricaturés (et souvent avec raison) comme cyniques et très "business as usual", avec une culture profonde du deal que j'admire beaucoup (le deal politique ayant cette caractéristique de ne satisfaire personne en particulier et de permettre aux affaires de continuer sans heurt et avec une bonne visibilité sur l'avenir), le deal à l'américaine ayant historiquement consisté non seulement en un arrangement acceptable pour les parties en présence, mais aussi une synthèse fonctionnelle et relativement efficace, et pas trop "usine à gaz" à la fonctionnalité complètement sacrifiée pour que les 2 partis puissent dire qu'ils ont obtenu ce qu'ils voulaient ou "limité la casse". C'est ce fonctionnement qui a été sérieusement entamé depuis un bon moment, un peu sous Reagan et Bush père (qui étaient eux, encore, des vrais politiques gouvernant en adultes), mais beaucoup depuis la "Gingrich revolution" de 94, avec en point d'orgue les élections de 2010 qui ont amené le dernier avatar de cet extrêmisme inapte au métier de gouvernant. Il n'y a eu aucune évolution équivalente côté démocrate, qui est resté un parti de gouvernement avec un glissement marqué vers le centre droit. Ce n'est pas encore le cas, mais cette évolution pourrait à terme poser un problème de division dans ce parti, entre sa base "working class" (incarnée par les syndicats, surtout) et "low middle class" (écolos, employés, milieux urbains), et sa base "upper middle class", appelant une recomposition, à moins que l'évolution économique vers une polarisation accrue des richesses ne permette de maintenir le compromis interne. Mais le point fondamental est que ta remarque fait référence au strict texte de la loi comme si c'était un absolu permettant de gouverner: c'est faux. Une constitution écrite est toujours assortie d'une "constitution non écrite", qu'on peut résumer imparfaitement par une culture de gouvernement et le fait, à un certain point (même derrière des tonnes de cynisme, d'ambition et d'égoïsme des politiques), de savoir faire passer l'intérêt fondamental du pays devant l'idéologie de parti et/ou l'idéologie personnelle. Sans cela, la lettre stricte d'une constitution redevient ce qu'elle est: un ensemble d'axiomes ne permettant pas de gouverner et autorisant tous les parasitages, ou comment détruire l'esprit de la loi au moyen de sa lettre, parce qu'un texte écrit est comme le langage lui-même, extrêmement imparfait et prône à tous les abus (et tu peux instituer une dictature de fait en utilisant la lettre de la démocratie). Si ce n'était pas le cas, on ne recenserait pas de démocraties "mortes d'elles-mêmes" dans l'histoire. L'usage du filibuster comme procédure parlementaire résume à lui seul ce fait: depuis 2010, il y a eu plus de filibusters (et toujours par les mêmes représentants) que dans toute l'histoire américaine d'avant 2010, déniant le droit de la majorité. Mais on pourrait aussi citer la représentativité continuellement déclinante du GOP actuel depuis 98, en contradiction avec sa représentation élue, simplement par des distorsions du processus démocratique et de la loi (tripatouillage électoral abusif, dégagement de pans de population de la franchise du vote, parasitage du débat au moyen de législations discutables et des masses d'argent qu'elles autorisent....). Pas d'idéologie là-dedans, juste des constats, dont beaucoup sont simplement des analyses chiffrées (pas par moi). Une illustration de cela réside par exemple dans le simple fait que les zones américaines qui redistribuent le plus (et donc font le plus de place au méchant "big government") sont aussi celles qui produisent le plus de revenus, ponctionnent le moins le budget (de cité, de comté, d'Etat ou fédéral) et tendent à voter démocrate, là où les zones plus républicaines tendent à contribuer nettement plus au déficité, vivre plus d'allocations, prendre plus qu'elles ne contribuent au budget.... Rien d'idéologique là-dedans, le constat est assez simplement fait, observé par tous les analystes (peu mentionné et commenté sur FoxNews) et constant depuis longtemps. D'autres facteurs entrent en compte évidemment, mais la tendance est assez massive et constante. Le constater permet de souligner l'absurdité idéologique dans laquelle s'est enfermé le parti républicain de la période récente, qui, modérés et extrêmistes confondus, nie totalement ces faits.... Au-delà de l'absurde.
  19. Non: même les "mainstream medias" américains, qui essaient d'inventer des équivalences là où il n'y en a pas, pour dire qu'il y a toujours 2 points de vue valides sur tout sujet (ce qui est quand même d'une faiblesse intellectuelle gravissime, une pure déformation du système médiatique), ne donne pas dans ce registre en ce moment. Faut vraiment suivre l'actualité américaine tous les jours et entendre les intervenants divers parler pour capter à quel point le GOP est dysfonctionnel et ses factions radicales sont tarées au sens plein du terme. C'est très difficile à croire en ne lisant que des synthèses. Les voir se contredire radicalement du jour au lendemain (j'ai jamais entendu Jack Lang oser se contredire si radicalement et si vite, dans des proportions aussi dramatiques), balancer des énormités, nier les faits platement même quand on leur met le nez dedans (quand on vous dit que le Obamacare est un plan issu du GOP à la base: Obama était parti avec un plan très différent)..... C'est vraiment proprement incroyable: l'esprit peut refuser de l'accepter à moins de le constater de visu et de façon répétée. Depuis la "révolution Gingrich" de 1994, le parti républicain a été progressivement pris d'assaut par des idéologues qui refusent d'accepter la réalité de ce qu'est gouverner: ce sont ces mêmes "révolutionnaires" qui ont causé le shutdown de 1996.... Et giclé leur bienfaiteur Newt Gingrich en 98, instituant la radicalisation/polarisation permanente d'un électorat qui, en valeur absolue du nombre de votes, n'a plus été en faveur du GOP depuis cette date. Le principe même, écrit et non écrit, de la démocratie américaine est le primat du gouvernement sur l'idéologie: on fait des deals pour que le business continue quoiqu'il arrive (c'est grosso modo ce que les adultes font, les enfants boudant en niant la réalité). Il ne faut pas en plus mésinterpréter ce qui se passe et le danger réel que pose l'abus par les républicains des règles de fonctionnement de la démocratie: - ils continuent à s'opposer à Obamacare et bloquent pour ce fait le processus gouvernemental..... Alors que c'est une loi votée et en place, pas un projet de loi! Ils bloquent tout pour ne pas appliquer la loi (et éventuellement la remettre en cause quand ils seront la majorité: c'est généralement ça la règle de la démocratie) - ils ont obtenu énormément sur le budget, et l'actuel qu'ils délayent est essentiellement.... Le leur. Le principe de la démocratie est qu'on accepte généralement des compromis qu'on n'aime pas, surtout quand on est la minorité, pour que le pays continue à tourner quoiqu'il arrive, ce qui est l'intérêt de tous (censément) et la raison pour laquelle le gouvernement existe. Là, on a des blocages en série douloureux pour le pays, et pire encore pour les anticipations des acteurs économiques, qui tendent à devenir la norme, et ce juste pour obtenir des positions médiatiques et des appels à une certaine base électorale. Les représentants républicains choisissent juste leur parti aux dépends du pays, parce que les dommages sont réels et continus. Les démocrates n'ont pas cessé, alors qu'ils ont la majorité au Sénat et le pouvoir exécutif, d'accepter compromis sur compromis (si bien qu'ils commencent à cumuler les problèmes avec leur base), ne tenant bon que sur des sujets sociologiques (mariage gay, avortement), montrant que quand un parti se comporte en adulte (cad préoccupé par le fait que quoiqu'il arrive, le plus important est que le business ne soit pas interrompu et que le pays garde une visibilité) face à un se comportant en enfant gâté qui en veut toujours plus (en se foutant de ce qui arrive), l'enfant gâté l'emporte. Et de fait, depuis 2010, l'Amérique ne peut être gouvernée sans visibilité de plus de quelques mois, et va de crise politique en crise politique, ce qui n'est pas supportable à terme et aura (a déjà eu et a, en fait) des impacts économiques et sociaux graves. Les républicains continuent à le nier, par idéologie et parce que ces impacts ne sont pas "visibles" comme un météore tombant sur le pays au moment même où le shutdown (ou une autre crise) commence. Une anecdote pour illustrer: même les gouverneurs d'Etats républicains (certains sont des tarés radicaux, surtout ceux au sud de la "Mason Dixon Line") se dissocient des parlementaires républicains, condamnant cette attitude et le blocage actuel. Autre exemple: les républicains parasitent l'exercice normal du gouvernement depuis des années. Là on ne parle pas du processus législatif, mais bien de l'exercice de fonctions et institutions en place et votées: un grand nombre des juges nommés par le gouvernement fédéral (les "circuit judges") n'ont pas été nommés depuis longtemps, et leurs postes restent vacants (on parle là de milliers de juges), tout simplement parce qu'ils veulent parasiter l'action du gouvernement fédéral et obtenir uniquement des juges pro-avortement même d'un gouvernement opposé. Tous les domaines concernés par cette activité en pâtissent, de la vie de simples citoyens à l'activité d'entreprises. Autre exemple dans le même registre: des agences gouvernementales n'ont pas de direction depuis des années par le même procédé, notamment l'ATF qui est devenu une patate chaude politique pour cette raison, et d'autres ont des directions faibles parce que privées à répétition des moyens financiers (malgré le vote de leur budget, diverses mesures les empêchent d'en utiliser certaines portions) et législatifs (actions et exercice de leur activité sans cesse entravés ou conditions modifiées, juste pour le besoin de les empêcher d'agir). C'est la première fois que cela arrive dans l'histoire américaine où la règle du jeu démocratique a toujours été acceptée: la majorité gouverne, des compromis sont faits, on n'entrave pas l'action de celui qui dirige dans ses domaines attitrés, et quoiqu'il arrive, "show must go on", les affaires doivent continuer, quoi. Là, par ces biais, on a des excités qui empêchent le gouvernement de fonctionner pour qu'ils puissent dire.... Que le gouvernement, par essence, ne fonctionne pas et qu'il est donc mauvais (voire pour certaines factions, une incarnation du diable, puisque, c'est bien connu, la constitution américaine a été amenée sur terre par Jésus). Quand on veut buter le chien, on l'accuse d'abord d'avoir la rage. Le déni de réalité chez les républicains est devenu assez grave, illustré par exemple par le faux filibuster de Ted Cruz qui a sorti faux exemple sur faux exemple disant que le Obamacare était l'apocalypse incarnée pour l'économie et la vie des Américains, inventant des chiffres et des anecdotes individuelles sur des personnes réelles.... Et plusieurs de ces mêmes personnes sont intervenues dans les médias dès le lendemain pour dire que Cruz déblatérait n'importe quoi sur leurs vies, et qu'ils approuvaient plutôt le "Obamacare". A côté de ça, on a des Etats comme le Minnesota ou la Californie qui se rétablissent de la crise, budgétairement et économiquement, en ayant augmenté les impôts et recouru à une action publique accrue (notamment sur les plans éducatifs et de la santé), autant parce qu'ils ont une scène politique plus réaliste et tea party-free, que parce qu'ils ont fait accepter le principe que le domaine public est consubstantiel à une économie efficace pour le plus grand nombre.
  20. L'innovation politique a été nettement plus du côté démocrate que républicain en général: le Tea Party a été un faux mouvement "de la base" ("grassroots movement"), en fait financé et organisé dès le début par de puissants soutiens déjà organisés qui avaient besoin d'une nouvelle "page de présentation" (entre autres le Cato Institute, et derrière, les frères Koch). La campagne d'Obama, notamment, a vu le développement de nouveaux outils de campagne au travers d'une bande de nerds (rassemblée par le maître à faire campagne David Axelrod) parvenant à un ciblage en temps réel, à un échelon sublocal, des tendances de vote, permettant d'orienter très finement les ressources disponibles et de les réallouer très vite (plusieurs fois au cours d'une journée électorale, pour juste évoquer le moment le plus dramatique d'une campagne) à l'échelon d'un Etat, d'un comté (ou d'un borough), voire d'une circonscription. Mais la plus grande innovation a en fait effectivement été la mobilisation d'un large électorat, notamment au travers de campagne de "voters registration" et d'information très importantes, où Obama s'est distingué avant même d'être sénateur d'Etat, mais aussi de motivation pour le vote (jusqu'au jour même du vote): la capacité de mobilisation démocrate s'est beaucoup développée, et on peut beaucoup résumer en rappelant que chaque dollar de campagne dépensé par les démocrates est beaucoup plus efficace qu'un dollar de campagne républicain. Les Républicains ont beaucoup moins de monde sur le terrain, et une bonne partie de ceux qu'ils ont sont des contractuels payés (et difficiles à appeler "professionnels", vu que la majorité sont des temps partiel et emplois "saisonniers"), pas des militants motivés. En général, les démocrates peuvent avoir, pour le même prix, environs 2 personnes sur le terrain contre 1 aux républicains (et avec un différentiel de "productivité"); les républicains compensent autrement, notamment par beaucoup plus de fric (en hard et surtout soft money) pour les spots télés, le tripatouillage électoral plus poussés dans nombre des Etats rouges, des législations sans cesse modifiés, surtout au dernier moment (qui sont longues à corriger vu que ça requière des procédures fédérales, ou d'Etat -avec des juridictions d'Etat de plus en plus achetées vu la nature élective des postes de juges et magistrats.... Et l'étrange récente surinflation des élections judiciaires qui avaient jusqu'ici été totalement épargnées par cette tendance). Le vote noir a été développé et les nouveaux arrivants plus intégrés dans les organisations existantes, mais le grand différentiel, le game changer, est le vote latino: explosion démographique, forte conscience d'identité (en terme de communauté d'intérêts, qui transcende les différences de niveaux de revenus), importante classe moyenne, très forte structuration, disposant de ses propres médias (les chaînes télés locales et nationales en langue espagnole sont nombreuses et importantes).... C'est décidément l'élément "lourd" qui n'a cessé de se développer. Mais plus largement, le plus grand atout électoral récent des démocrates a été l'évolution du parti républicain, qui a renforcé ses avantages structurels: le vote féminin, le vote noir, le vote asiatique (chinois, indiens, coréens, japonais, le vote philippin), le vote latino (hors cubains), le vote religieux modéré (par opposition au vote évangélique, toutes religions confondues).... Se sont tous proportionnellement plus polarisés que jamais vers les Démocrates, tant il n'y a rien pour eux à droite (et vu que les démocrates sont de fait, hors certaines tendances, un parti de centre droit). Le vote féminin en particulier s'est terriblement ancré en ce sens (les différences sont impressionnantes, même dans les Etats rouges), en grande partie vu les positions prises par le parti républicain sur l'avortement, la contraception (on la croyait entérinée celle-là), la place des femmes dans la société, dans le service public et dans l'entreprise, les questions de revenus, les questions sur les violences faites aux femmes.... Et il ne s'agit pas de prises de position: on voit la politique suivie dans les Etats entièrement sous contrôle républicain (cas où il y a une "supermajority" au Sénat et à la Chambre de l'Etat), où les cliniques du planning familial sont fermées les unes après les autres via des règlementations impossibles à suivre (invalidant dans les faits la loi fédérale par absence de structures) et en encadrant et limitant les assurances maladies sur les questions avortement/contraception/congé maternité (c'est socialiste un congé maternité), où tout débat sur la violence domestique ou l'égalité de salaire est dégagé.... Et il y a la question de l'enseignement: outre le débat sur l'école publique, il y a l'ensemble du négationnisme républicain qui se traduit aussi dans la réalité de l'instruction, comme l'illustre notamment le thème du créationnisme. Ca polarise pas mal une certaine portion des associations de parents d'élève, les gens de bon sens....
  21. La vie politique américaine a la même matrice originale que celle du RU, même si certains éléments spécifiques (comme le rapport au gouvernement de niveau fédéral et, par là, à l'Union) s'y sont ajoutés: pour les structures de partis à partir desquels la vie politique s'est bâtie, ce sont les mêmes "moules" initiaux, essentiellement Tories et Whigs, à partir desquels se sont bâties les tendances et factions qui composent encore aujourd'hui les partis américains. Les factions ont en fait plus changé de place dans l'échiquier politique et l'appartenance de partis, que les partis eux-mêmes n'ont changé, hors de leur nom. Il y a une grande continuité dans les lieux, les structures, les réseaux qui composent ces mouvances, et ce sont elles qui ont composé et recomposé les partis. Par exemple, depuis la "southern strategy" républicaine des années 60, les réseaux politiques et religieux du "vieux sud" sont une composante ferme du parti républicain, et une bonne partie d'entre elles sont aujourd'hui assimilables au Tea Party: le vieillissement démographique et le découpage électoral tripatouillé (qui empêche nombre de districts d'être concurrentiels) le met d'ailleurs extrêmement en exergue, comme de plus en plus d'études le montrent. Le Tea Party concentre une bonne part de cet électorat réactionnaire imaginant qu'il y a eu un "âge d'or", délirant sur ce qu'il était (sans avouer qu'il leur semble lié à l'avant guerre de sécession) et souhaitant le retrouver.... Pas dur de comprendre ensuite pourquoi le Tea Party est particulièrement fort en Alabama, en Georgie, dans le Kentucky et autour du sud des Apalaches en général. Avant les années 60, cet ensemble de réseaux et "political machines" étaient des bastions traditionnels démocrates (historiquement liés au "jeffersonisme" et au "jacksonisme") qui ont d'abord été en délicatesse avec les progressistes du nord (une tendance et des organisations "piquées" aux républicains par les Démocrates du nord) au moment du New Deal, puis qui ont divorcé d'avec eux suite à l'adoption des droits civiques (et la fin des lois dites "de Jim Crowe", entre autres la ségrégation). En politique anglo saxonne, ils ont une tendance à garder le nom et à changer tout le reste (et ils aiment caricaturer que les Français tendent à faire l'inverse): les partis démocrates et républicains d'aujourd'hui, dans les corpus d'idées qui les animent, et par là les factions organisées qui soutiennent ces diverses idées, sont radicalement différents de ceux d'il y a 50 ans, qui n'étaient plus ceux des années 1870 à 1900. L'après guerre de sécession a été une période de grande recomposition, puis les années1900 ont été la suivante (démolition lente du "Gilded Age"), puis les années 30 (New Deal), puis les années 60 (Droits Civiques), puis les années 80-90.... L'élection d'Obama semble avoir amorcé le cycle suivant de recomposition profonde de la vie politique américaine. Ce sont des cycles d'une trentaine d'années où un thème catalyseur (tournant généralement autour d'une situation moins supportable, d'équilibres rompus, de changements profonds qui se manifestent) amorce une évolution rapide en quelques années, suivie d'une lente recomposition (et d'une "dégénérescence") sur le reste du cycle. Bref, une démocratie vivante. Mais fondamentalement, ce sont les mêmes factions qui animent ces mouvements, les 2 grands partis n'étant que les coquilles qui voient ces factions changer ou non de côté et recomposer leur "cocktail" intérieur. Il ne faut jamais oublier que les partis républicains et démocrates n'existent pas au niveau fédéral; il n'y a qu'une convention nationale pour chacun des deux, qui rassemblent l'ensemble des partis républicains et démocrates de chaque Etat. Ces conventions nationales ont des instances permanentes, mais très réduites, et avec des moyens très limités pour "donner le ton" et imposer leur loi aux partis d'Etat. La diversité au sein de ce qu'on perçoit comme "parti républicain" et "parti démocrate" est en fait extrême, et, par exemple, les démocrates de l'Idaho pourraient sonner à beaucoup comme des républicains en train de parler, tandis que les Républicains de New York pourraient vous sembler être des progressistes raisonnables.... Là où les républicains de Georgie, du Texas, des Carolines ou de Floride sont des tarés d'extrême droite (à haut niveau de corruption), ceux de l'Iowa sont des culs serrés anti-taxes, mais honnêtes et aptes au compromis, ceux de Californie des modérés socialement et écologiquement progressistes (et radicalement anti-Tea Party.... Ce pourquoi la Californie a repris beaucoup de poil de la bête et se porte bien mieux que sous Schwartzy: ils ne parasitent pas les démocrates qui, en retour, compromettent avec eux), ceux du New Jersey sont des conservateurs durs qui pourtant font beaucoup de compromis (sans quoi le conservateur Chris Christie ne pourrait être gouverneur, le NJ étant un Etat très majoritairement bleu).... Bref, la variété est extrême dans chacun des partis que nous percevons comme des blocs. Ce sont juste des noms: dans l'après guerre de sécession et jusqu'aux années 1900, le parti démocrate était un lit de corruption (les "Tamany hall democrats") et de compromissions, à l'idéologie fondée sur le "laissez faire" le plus complet, qui a abouti à la plus forte polarisation des richesses de l'histoire américaine (et une société plus instable, moins intégratrice, une croissance non partagée....), et surtout le pire après-guerre qui soit pour un vieux sud qui ne s'en est jamais remis. Ce sont principalement les démocrates qui ont empêché le plan de paix de Lincoln (qui aurait rétabli le sud et facilité grandement l'aplanissement du problème racial) et créé le vrai problème racial qui empoisonne encore aujourd'hui l'Amérique. Et leur grand bastion à cette époque était.... Les jeffersoniens du Vieux Sud, durablement une zone démocrate. Les républicains jusqu'à la fin du XIXème siècle étaient le camp progressiste, prolongement du mouvement fédéraliste (né des pères fondateurs Adams et Hamilton, contre Jefferson) dont les réseaux sont lentement passés à gauche au XXème siècle: Théodore Roosevelt a été le dernier président républicain de cette tendance, mêlant fédéralistes et faucons. Le dernier président républicain progressiste (mais pas faucon) fut Eisenhower, et à son époque sa tendance était déjà en berne, mais sa popularité personnelle était incontournable. Nixon fut aussi, malgré sa légende noire (justifiée) un progressiste socialement et économiquement, mais aussi celui qui a mis en place la "southern strategy": à son époque, il pouvait encore jongler entre la faction progressiste des républicains (amoindrie mais encore existante; les "Rockefeller Republicans") et les nouvelles factions religieuses et politiques du vieux sud qu'il venait d'intégrer, mais qui ont lentement progressé dans les années 70 avant, via Reagan, de se développer et de s'organiser (la "moral majority", incarnée entre autres par le révérend Falwell) définitivement chasser les restes d'organisations progressistes vers le parti démocrate. Depuis cette époque, les quelques républicains progressistes qui restent se planquent et sont qualifiés de "RINO" (republicans in name only: extrêmement péjoratif) par cette droite radicale qui n'a fait que s'affirmer. Nul besoin pour les ricains de voir leurs "grands partis" changer: ce qui compte, ce sont les factions qui les composent, au niveau national (grandes organisations, généralement avec chacune un nombre limité de causes à défendre, voire une seule) et surtout au niveau des Etats. Les Partis d'Etat ont une émanation nationale (les conventions) et les grandes factions nationales à une ou quelques causes ont des représentations locales dans chaque Etat, et ce sont ces organisations qui, selon leurs tropismes d'une certaine période, font et défont le paysage politique. Le système politique, par ailleurs (avant tout le scrutin à un tour), mais peut-être plus encore la taille et la diversité du pays. Les Européens, Français en particulier, ont du mal à comprendre ce qui compose le sentiment d'appartenance américain, divisé entre l'appartenance aux USA et à leur Etat: l'Etat a plus de réalité politique pour les Américains que les régions historiques n'en ont en France où on peut avoir un fort sentiment d'appartenance et de fierté culturelle pour sa région ET pour la France, mais pas de réel sentiment politique (cad de sens d'une "citoyenneté"). Du coup, un type dyu Vermont qui vous dit qu'il est démocrate sous entend qu'il est un démocrate du Vermont, ce qui veut sans doute dire beaucoup de choses pour les gens du Vermont, sans doute déjà un peu moins pour d'autres Américains, et rien du tout pour un Français, et dans son esprit se passe de commentaires sur ses préférences politiques; si vous lui dites qu'il est démocrate en lui récitant la plate forme "nationale" du parti démocrate, il ouvrira de grands yeux en vous disant qu'il n'est que très partiellement aligné dessus (voire même très peu). Les programmes "nationaux" des partis sont des compromis très fragiles, voire bancals, entre les partis de chaque Etat, et ne reflètent l'identité politique que d'une part très réduite des Américains. Sauf en temps de polarisation extrême comme actuellement, où l'espace commun au centre est si réduit, voire inexistant, entre démocrates et républicains, que les difficultés au sein de chaque convention nationale sont aplanies (on a un essentiel à défendre: le reste est au second plan). Et le problème depuis 2010 est que ce n'est pas le cas au sein de la convention nationale républicaine: les forces et organisations qui composent les républicains en sont au stade de la guerre ouverte, tout cocktail homogène étant apparemment impossible à sortir, principalement du fait du Tea Party, mais aussi des nouveaux "libertaires" menés par Rand Paul. La fuite permanente vers le radicalisme de droite avait servi dans les années bush, surtout dans le contexte de l'après 11 septembre, mais on s'est rendu compte que beaucoup de cet apparent consensus tenait en fait à la personnalité somme toute assez bonhomme, voire sympathique, de Bush Jr (dangereux parce que con et borné, mais fondamentalement un type plutôt sympa), et que les forces qui animaient les républicains étaient déjà incompatibles, et temporairement agrégées par la "guerre contre le terrorisme" et un président tolérablement populaire (et sans concurrent en interne: bref, ils avaient pas mieux). Mais déjà, on peut voir que leur aptitude à avoir une majorité était artificielle, vu qu'ils n'ont jamais remporté le vote populaire depuis les mid terms de 98 (ce qu'a incarné l'élection de Bush Jr, minoritaire face à Gore, qui n'a pas pu poursuivre le "clintonisme" par un certain manque de charisme, alors qu'il a quand même pu radiner la majorité), et que beaucoup tenait donc aux masses de fric que pouvait attirer le GOP, au tripatouillage électoral, au désaffranchissement de certaines portions d'électorat (notamment la perte du droit de vote pour tout ex-taulard dans certains Etats, les "voter ID laws", la manipulation des structures d'élections....) et à quelques aléas de conjoncture électorale bien exploités. Cumulés, tous ces éléments peuvent changer suffisamment de % de vote pour inverser le cours d'une élection dans un nombre suffisant d'endroits.... Au moins pour un temps.
  22. Les factions républicaines qui refusent de monter le plafond de la dette (question qui arrive le mois prochain), ou, comme dans le cas présent, de financer l'activité du gouvernement, le font pour les mêmes raisons que depuis 2010, et pour les mêmes raisons qui animent tout leur discours: il s'agit d'une haine pathologique et idéologique du gouvernement fédéral. Les "arguments" développés pour l'affiche (non quantifiés, souvent fondés sur du vent, incohérents entre eux, voire de complètes inventions....) ne le sont que pour parler à l'écran et avoir une semblance de justification. La politique de ces groupes n'a jamais changé d'objectif: c'est juste la rhétorique qui peut s'adapter aux circonstances et varier d'un cas à l'autre. En tout et pour tout, ils représentent entre 60 (le hardcore pur Tea Party) et 100 (affiliés, similaires, suiveurs) représentants à la Chambre, un petit effectif au Sénat, mais aussi une petite masse de représentants terrorisés par leur influence dans le processus de nomination aux candidatures du parti et des primaires. Ils sont peu importants au Sénat (majoritairement démocrate) parce que l'élection sénatoriale est un scrutin de liste, qui peut donc s'affranchir des tripatouillages des cartes électorales qui ont avec le temps créé des bastions et des monopoles politiques nombreux qui permettent de verrouiller la Chambre. Juste pour la note, dans ce registre, les Républicains n'ont pas gagné le vote populaire aux USA depuis 1998 (sauf dans un certain nombre d'Etats "rouges", généralement peu peuplés), ayant toujours gagné avec une minorité de vote, Etat par Etat et nationalement: ça illustre l'impact et l'importance du découpage électoral, mais aussi les vraies tendances de l'opinion américaine et l'évolution démographique. Des places fortes républicaines comme la Virginie ou le Texas sont désormais des "battleground states", foncièrement en train de passer démographiquement du côté démocrate: l'effet électoral dépendra dans l'avenir proche de la mobilisation des troupes, avant de devenir "bleu" de façon dominante (sauf si le parti républicain change radicalement de ton et d'orientation). Mais le chantage opéré par cette minorité d'ultra radicaux est de la même eau depuis 2010: il est d'ordre purement idéologique (et une idéologie très conne) et se fout éperdument de mettre le pays par terre (ils arguent que rien de ce qu'ils font n'a d'impact réel ou important sur l'économie ou la population). C'est une question de course à l'échalotte à qui sera le plus "pur" idéologiquement, pour radiner les financements de leurs factions, alimenter leurs délires, draguer leur base électorale très minoritaire et passer fromage de tête pour la prochaine candidature républicaine à la présidentielle. Et la tactique répondante des Républicains "normaux" du Congrès (qui représentent pourtant ceux qui étaient la frange dure/conservatrice d'avant: les républicains modérés et les "Rockefeller Republicans" ont quasiment disparu) est la même depuis 2010: s'écraser pour garder l'apparence d'unité, la base électorale des tarés et les financements. Boehner le fait en continu depuis les mid termes de 2010 qui ont vu arriver cette bande d'abrutis illuminés et irresponsables. Ils en ont joué et profité un moment sans se rendre compte de qui prenait les rênes, et en paient maintenant le prix de la fuite en avant dans le radicalisme et l'idéologie dont ils se sont rendus prisonniers. Les tendances n'ont fait que s'affirmer depuis le "Congrès Gingrich" (la Chambre de 94, qui a fait le précédent "shutdown" et dont les survivants essaient aujourd'hui de faire croire que c'était différent, que ça a été un bon truc et que ça a servi le parti et le pays: faux sur tous les comptes), et ont été boostées dans l'après 2001. Bush Jr apparaît aujourd'hui à ces gens comme un gauchiste. Ted Cruz semble continuer à être le chouchou de ces factions, en concurrence avec Rand Paul (qui apparaît en ce moment presque raisonnable à côté de Cruz), et s'était signalé cet été, entre autres choses, par des éloges dithyrambiques de McCarthy et d'un autre parlementaire (oublié le nom) mort récemment (et siégeant encore il y a peu) qui était le dernier avocat de la ségrégation, et se signalait, y compris au sein même du Congrès, par des remarques, discours et actions ouvertement racistes (notamment à l'encontre d'autres élus). Mais on a bien affaire à un acte de chantage, où le chantage n'est pas tant l'objet que la publicité, la démonstration (à leurs partisans) qu'ils vont jusqu'au bout, la "pureté" idéologique, le refus du compromis.... Le tout focalisé sur un objet, en l'occurrence l'Obamacare, qui sert de bouc émissaire à un ensemble vague de choses qu'ils résument sinon dans ce monolithe fantasmé qu'ils assimilent au "gouvernement fédéral", mélange du diable, de tous leurs problèmes -réels ou non-....
  23. Pour la note sur le "shutdown"; beaucoup d'argent semble avoir soudain été mis dans les comptes des diverses factions républicaines de droite radicale afin de "démontrer" que cette clôture des opérations du gouvernement ne change rien du tout, et que le pays ne s'en portera que mieux: des dizaines de campagnes ont été lancées, avec des élus et porte paroles sur le terrain, des campagnes médiatiques locales et nationales.... Contre la moindre argumentation logique, la moindre notion de raison ou de propos fondé, beaucoup de fric semble consacré au fait de faire du bruit en ce sens, toujours dans l'optique que répéter des conneries mille fois l'emporte sur le rationnel. Ces factions espèrent apparemment capitaliser, au moins dans leurs zones d'emprise, sur ce qu'ils voient comme une grande réussite, voire entretenir la confusion et la désinformation sur le seul thème qui semble dominer leurs fantasmes, la réforme du système de santé. Ca leur permet entre autres de nier que le "shutdown" ait un coût, tant ils entrent dans le délire libertaire que le pays ne peut se porter que mieux d'un retrait gouvernemental de leur vie.... A ceci près que: - fermer les opérations du gouvernement coûte cher: plus d'1 milliard la semaine selon les estimations issues du public et du privé - la reprise des opérations aura aussi un surcoût (rattrapper le temps perdu, remettre en place les personnels et équipes, lenteur temporaire de la reprise, rattrappage des achats....) - l'impact sur la dette sera important, puisqu'il faudra négocier des emprunts en quantité anormalement importante (l'irrégularité coûte) et payer les surcoûts susmentionnés - cet impact sur la dette sera d'autant plus accru que la position de négociation américaine sera affaiblie: la fiabilité/crédibilité du gouvernement est atteinte (surtout qu'on ne voit pas la situation politique s'améliorer à l'horizon visible), et se profile, après le shutdown, une vraisemblable nouvelle crise du plafonnement de la dette, sur laquelle Wall Street envoie des signaux alarmistes - enfin les shutdowns ont un impact important sur l'économie réelle: ralentissement de l'économie, de la vitesse de circulation dans le pays (le trafic aérien est particulièrement touché), de la vitesse à laquelle les choses se passent en général (processus juridiques, fiscaux et administratifs notamment), baisse de la confiance dans de nombreux secteurs par perte de visibilité ou carrément de clientèle (contractants et sous-traitants gouvernementaux, employés fédéraux....), avec une dimension de court et moyen terme (à quand la prochaine crise politique?).... Ce sont des deals qui ne se font pas, des gens qui changent leurs calculs de dépenses (de l'individu avec sa liste de course à la grande entreprise), des déplacements professionnels reportés ou annulés, des événements et réunions annulés ou reportés, des décisions d'investissements annulées ou reportées.... Et au global, une plus grande incertitude. Avec pour la note aussi, la mention que tous les services fédéraux ne ferment pas: l'IRS et la justice assurent un service minimum, les agences fédérales de "law enforcement" ne ferment pas boutique, les armées restent en opération.... Il est à craindre que ces abrutis se comportant en enfants gâtés continuent à refuser de comprendre et d'admettre l'étendue de leur connerie, puisqu'ils profiteront de l'effet de ce maintien sans admettre.... Qu'il y a un effet.
  24. C'est de toute façon ce qu'ils font et vont faire, mais leur poids dans l'opinion populaire américaine, au niveau national, est très limité: c'est localement et dans les instances du Parti républicain, et par là, de la Chambre des représentants, qu'ils pèsent de leur poids parasitaire.
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