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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. J'entends bien: mon point est que cet état d'esprit de "la troupe" n'est pas une donnée de base mais un résultat, et ce résultat vient d'un travail (ou plutôt d'un "non travail", ou d'un mauvais travail) qui vient d'en haut (plus une armée à une culture hiérarchique et centralisatrice forte, plus c'est vrai et plus la responsabilité du chef, à tous échelons, est importante), mais qu'on a tendance, prenant l'effet pour la cause, à facilement attribuer aux troupes elles-mêmes qui, en 39, n'étaient pas plus physiquement ou moralement fragiles ou fortes qu'en 14. A cet égard, il faut -mais ce travail a quand même déjà été largement entamé- revoir les mythes qu'on a sur 39-40, mais aussi ceux qu'on a sur 14, afin d'éviter les comparaisons disproportionnées. A cet égard, mais ce n'est évidemment qu'anecdotique, ce que racontait mon grand-père (il était dans le Génie et a baguenaudé de la ligne Maginot à Dunkerque) recoupe terriblement ce que décrit Marc Bloch: des gens qui veulent faire quelque chose mais à qui on coupe les pattes (et on constate beaucoup de gens qui craquent pour ça, à force de vouloir faire quelque chose sans avoir occasion ou direction), et qui finissent par "prendre le pli" à force d'inactivité, d'absence d'information, d'absence de direction, d'entraînement.... On aurait voulu casser le moral qu'on ne s'y serait pas pris autrement, et toutes les innovations matérielles du soutien "inventées"/introduites en 17-18 (relative abondance de certains trucs, surtout "superflus", distractions, rotations, loisirs....) sont au contraire devenues en partie contre-productives (voire carrément cassant les pattes de la troupe) dans un contexte pareil: au lieu d'être des suppléments bienvenus et nécessaires, ou parfois des récompenses, elles deviennent plutôt "amolissantes" ou des dérivatifs, parfois mal reçus en plus quand tant d'autres choses manquent. On a plus l'impression de masses d'unités qui ont été parquées à divers endroits pour être oubliées jusqu'à ce qu'on ait envie de les "sonner", ce qui n'est pas réellement le moyen de créer une troupe active et efficace. Pourtant, quand vient le choc, ça réveille tout le monde; mais il y a quelques trains de retard pris (entraînement, mise en confiance, habitudes de travail entre unités) et les manques matériels demeurent, avec en toile de fond, toujours une culture du commandement qui décourage l'initiative et la prise de décision. De ce point de vue, le réflexe de se défausser sur l'échelon en dessous (après coup) et/ou de refiler le bébé à celui du dessus (avant coup), de s'enterrer sous les prétextes et procédures, voire de donner à fond dans la tactique de bureau, est nettement plus développé qu'ailleurs. Ca favorise le déni de l'existence de problèmes et le déni de l'urgence, l'absence de responsabilité et la tendance au pointage de doigts en interne.... Avec pour résultat constatable "de l'extérieur" la passivité, l'attentisme, la lenteur de prise de décision, le faible nombre de décisions et la lourdeur généralisée (résultat tangible de la faible coordination).
  2. Dans le domaine de la sécurité civile face aux situations extrêmes d'une certaine échelle, on se rend peu compte à quel point l'expertise de l'organisation de l'urgence est un savoir-faire rare dans le monde, et très vite périssable. L'un des cas d'école les plus connus du domaine est l'ouragan Katrina aux USA: on parle là du pays où ce genre de choses pourrait se faire sans même y penser, en laissant des organisations en place prendre la chose en charge. Pourtant, l'organisation rôdée qu'est la FEMA, encore terriblement au point sous Clinton, à peine 5 ans auparavant, a réalisé l'exploit de foirer à peu près tout ce qui était foirable, malgré une abondance de moyens, personnels, réserves.... Et le tout dans un pays développé (les mauvaises langues diront que c'est pas le cas de la Louisiane). Observé heure par heure et lieu par lieu, comme globalement, cet épisode est un condensé des foirades possibles et imaginables, malgré une quantité de moyens plus qu'adéquate, une échelle du problème bien moindre que celle des Philippines actuellement et le pays le plus riche du monde, avec une organisation très sophistiquée (bien plus que les Philippines). Toute la différence est dans l'organisation, la coordination, la planification, la priorisation, la lutte permanente contre les goulots d'étranglement (sans doute une des premières causes de problèmes dans les zones d'urgence où les accès sont réduits, incertains....), le renseignement.... L'un des drames de ce genre de situations quand elles atteignent une échelle de ce type, c'est l'inaccessibilité des zones à problèmes, qui sont en fait une mutiplicité/infinité de micro-zones isolées les unes des autres, et de micro-problèmes (multi-domaines d'expertises) répétés à l'infini dans chaque zone, sans possibilité de centraliser suffisamment les ressources pour en démultiplier l'efficacité. Et le tout sur fond d'information extrêmement parcellaire, insuffisante et changeante. Y'a peu d'endroits pour faire des "bases", peu de possibilités d'accès aux zones à problèmes, peu de possibilités d'y mettre suffisamment de matériels, fournitures et aides pouvant tenir longtemps. Mets plein de sauveteurs/matos/réserves à un endroit (qu'il faut sécuriser rapidement, dégager, "stabiliser".... Ce qui contraint à une zone réduite dans un -long- premier temps), et tu as de facto une plate forme logistique qui va nécessiter son propre soutien en plus des immenses besoins à satisfaire, et il y a toujours peu de possibilités sur place: il faut donc tout acheminer, et tout le temps, ce qui est la définition d'un goulot d'étranglement, qui doit ensuite être multiplié par cent ou mille parce que la zone à problème est faite d'une mutliplicité de tels points isolés ne pouvant pas ou peu communiquer entre eux avant longtemps (et de lourds travaux). Le problème de la première phase d'urgence n'est pas dans la quantité des moyens (à moins de sérieux manques), mais dans leur allocation et l'optimisation de leur distribution (flux surtout). Et les premiers sauveteurs et personnels de spécialités diverses n'ont pas à être nombreux, parce que pendant un bon moment, on ne peut même pas évaluer le besoin et il n'y a pas la place de les déployer (surtout en aveugle), mais ils doivent être hyper pointus dans tous les métiers requis. Ce niveau d'expertise est beaucoup plus rare qu'on ne veut bien le penser.
  3. L'apathie et l'indécision ont tendance à se transmettre du haut vers le bas, pas l'inverse, et la première est souvent conséquence de la seconde (et d'autres facteurs: manque d'exercice, de matériel, de soutien, de suivi sur la situation, de réalisation des enjeux, de sentiment de communauté/solidarité avec d'autre chose que son univers immédiat -l'unité élémentaire-....): plus la culture est hiérarchique/verticale, plus c'est vrai. Moins il y a de latitude d'action et de décision, plus il y a de passivité, car c'est juste un réflexe de résignation (qui peut s'enkyster si on le laisse trop longtemps en place, parce qu'on ne laisse aucun autre horizon à un soldat dont tout est fait pour en faire un sujet passif subissant la réalité); un comportement réfractaire, "anti-devoir", voire de mutinerie, puise dans d'autres causes et d'autres logiques, avant tout parce qu'il s'agit d'une démarche (donc d'un processus plus "actif", de décision). Se défausser sur la troupe (ou, suivant la situation, sur l'échelon du dessous) est aussi un réflexe plutôt courant, particulièrement dans une structure très hiérarchique, qui donne peu de poids au dit échelon par rapport à celui qui accuse. La troupe allemande ne prend pas l'initiative de faire des coups de main au niveau du simple soldat: ce sont des décisions prises par des chefs d'échelons divers, qui y sont encouragés par la culture de commandement d'alors (autonomisation, relative décentralisation d'une certaine gamme de décisions, bride laissée sur le cou), et savent qu'ils ne seront pas blâmés pour avoir fait preuve d'initiative (sauf connerie grave et/ou amateurisme dans l'exécution), là où une culture hiérarchique plus centralisée, déresponsabilisante et plus punitive devient nettement plus castratrice. Dans un tel contexte culturel, les chefs de tous échelons y réfléchissent à 15 fois avant de faire quelque chose et exposer leur cul (autant aux balles ennemies qu'aux retours de bâton des échelons supérieurs, voire au jugement des pairs), la prise de risques même mineurs devenant nulle. Dans des unités de réserves (et moins c'est entraîné et équipé, plus c'est vrai), ces problèmes peuvent tendre à être encore intensifiés. Et avec le temps, la logique des choses renforce les troupes ayant "bougé" dans leurs confiance. Quand les opérations "actives" se déclenchent, au moins jusqu'à un certain échelon (unités élémentaires, voire premiers échelons de grandes unités de manoeuvre), la contrainte de ce genre de comportements diminue puisque la réalité (rapide) du terrain force à réduire la présence de l'échelon supérieur autant qu'à contraindre les chefs des unités de contact à agir/pro-agir/réagir. Et là, ô mystère, on voit les troupes françaises (loin de ce qu'il aurait fallu) entamer le processus de comportements adoptés par les Allemands plus tôt.... Pas vraiment de paniques (sauf quelques cas précis, dont la plupart sont relativement explicables/justifiables), de lâcheté, de comportements répréhensibles, de désertion significative, une bonne tenue.... Et une grande rage des troupes auxquelles il est demandé de se rendre. Par comparaison, il ne faut pas exagérer non plus la ferveur de 1914: les premiers jours/semaines de contact ont ramené tout le monde à la réalité et dissipé la plupart des illusions initiales des plus enthousiastes (si tant est qu'ils aient été si nombreux que ça: faut arrêter de prendre les anciens pour des cons ou des exaltés délirants). 1 siècle de décorticage, croisements et analyse de correspondances privées de soldats au front ont ramené (et ramènent toujours un peu plus) la réalité à son niveau, assez loin des manuels d'histoire et récits officiels: y'avait pas une armée de "Péguy-s". Les motivations de se battre et de tenir sont multiples et diverses, et au final, les plus importantes sont toujours les mêmes (le groupe essentiel, l'environnement immédiat....) et les facteurs multiplicateurs aussi (discipline/entraînement, mais plus encore transmission et circulation de l'info, verticale et horizontale, pour "impliquer" chacun dans un bain considéré comme commun.... Ce qui est l'un des rôles fondamentaux des officiers et d'autres "médias" internes). Un poisson pourrit par la tête....
  4. N'est-ce pas aussi, phénomène presque purement "physique", que lors de la Marne, outre l'urgence absolue et le côté "dernière chance" qui a tendance à mettre tout le monde d'accord (ou absolument l'opposé, selon les cas) et/ou à faire accorder toute autorité (et éviter tout débat) au chef (qui a alors tout bon ou tout faux, sans compromis), le fait que le commandement français peut alors se coordonner plus facilement via des temps de communication très courts? Tout est autour de Paris, sur un seul côté, même: on se parle plus vite, on échange plus vite, on peut se voir physiquement (ce qui court circuite beaucoup de possibilités d'insubordination, de disputes, de désaccords, de choses laissées en suspens, de flou....), les désaccords ont moins de temps pour s'installer et métastaser.... On est encore en 14: les communications téléphoniques sont encore limitées (surtout dans l'organisation qui va autour), les capacités de "command and control" sont très limitées, la façon de faire circuler l'info, verticalement et horizontalement, est terriblement handicapée, les temps de transport sont longs, les capacités de transport limitées, les routes pas si nombreuses, lentes et engorgées (à ce moment).... Bref, que tout d'un coup on soit à deux pas de la capitale/centre de décision et, essentiellement, dans un "mouchoir de poche" à l'échelle opérationnelle, doit contribuer plus que grandement à ce que le haut commandement puisse se coordonner ET le faire dans un temps beaucoup plus limité que quand tout se passe aux frontières, que les mouvements de troupes et l'effet de leur concentration soit facilité, que leur appro soit plus rapide... En grande partie par un effet décuplé de la centralisation des moyens (dont l'acheminement devient rapide, en plus d'être plus prioritaire que jamais) qui n'ont que peu de temps de transport et dont les erreurs d'allocation sont de moindre conséquence (et rapidement corrigeables). OUaif, l'absence de combativité de la troupe en 40 reste à prouver, parce que là, les mythes vichystes de "l'esprit de jouissance" et autres fadaises moralistes surtout là pour dédouaner les responsabilités en haut (surtout militaires, les politiques ayant été largement pointées du doigt) et justifier un programme politique de soi-disant "renaissance", ont depuis longtemps démontré leur inanité. Les troupiers français étaient pas beaucoup moins "paysans" (et ceux qui ne l'étaient pas étaient ouvriers, en général démontrés comme étant plus sportifs), et leur volonté de se battre soi disant défaillantes n'a pas été réellement démontrées, sinon une fois bien entré dans le conflit, quand d'autres facteurs entrent en compte: absence de communication avec d'autres unités (unités se voyant comme peu ou pas appuyées, isolées), faillite du commandement à beaucoup d'échelons.... Le mordant n'a pas manqué. C'est autre chose.
  5. Comme dit Akhilleus, il y a besoin d'experts de tous les domaines pour l'évaluation des dommages et des besoins exacts (quantité, étalement dans le temps), la coordination et planification de l'aide, l'optimisation des moyens disponibles, l'allocation des ressources en temps réel, le contrôle des méthodes et distributions suivies.... Sans quoi, comme cela a été vu dans nombre de catastrophes précédentes, on voit d'énormes gâchis, des goulots d'étranglements, des besoins sur-satisfaits à un endroit ou dans un domaine et oubliés à d'autres, une mauvaise anticipation de l'évolution de la nature des problèmes avec le temps (comme les épidémies qui suivent quelques jours ou semaines après dans les zones ravagées et les zones d'évacuation des réfugiés et blessés, ou l'amorce du mécanisme de reconstruction/réinsertion).... C'est un phénomène d'une complexité inouïe ce genre de trucs, et l'aide sera de toute façon comptée, même si elle est énorme. Voir le cas du Tsunami en Indonésie: les ONG ont seulement pris et utilisé une fraction de l'aide envoyée spontanément pour satisfaire à l'urgence et aux premières étapes de transition, demandant aux donateurs si elles pouvaient réutiliser la majorité des fonds envoyés pour d'autres causes. Le problème est moins de quantité que d'allocation.... Et pour ça, faut des experts.
  6. Ca, effectivement, plus 3 autres facteurs: - un spécifique aux femmes à l'écran: existence dans un espace-temps différent. Elles sont plus rapides, toujours précises, et placée dans une "bulle" de réalité différente (où visiblement le temps passe plus vite) permettant d'exister en "god mode". - un générique aux personnages à l'écran: le double syndrôme "tout leur réussit", ajouté à celui des "adversaires passifs et/ou ultra-coopératifs". Les coups donnés le sont toujours en position et distance optimale et à angle permettant la puissance maximale, tandis que l'adversaire ne part ni n'évite, n'accompagne pas le coup et n'en rend aucun ou presque, voire fait tout pour ne pas gêner les mouvements du perso et leur faciliter la vie en présentant la partie du corps visée le mieux possible. Sympa le gars (oui, c'est toujours un gars). - ce qui est devenu, environs depuis les années 90, un code ultra-dominant, sinon absolu: les femmes gagnent toujours un combat contre un homme (ou plusieurs, ou plein) à l'écran. C'est désormais une convention (et si ça arrive pas de façon quasi permanente, c'est du sexisme). Ca se voit en séries, en films, et dans d'autres spectacles (démos d'arts martiaux, comme le Gif plus haut, diverses ligues de catch....). Quelques facteurs relativisant existent, liés aux mêmes directives de politiquement correct/attrappe-audiences spécifiques: les noirs ont quelques passe-droits, les vieux et les enfants aussi. La "minorité" qui n'en a presque aucun dans cet univers de fiction télé/ciné, c'est le mâle caucasien :-[ : il ne peut gagner de combat que s'il est super-ultra gentil, pur et parfait et évidemment un héros/perso principal, si le scénar est d'accord, et/ou si son adversaire est un autre mâle caucasien et/ou un très très méchant. C'est compliqué tous ces codes!!! Mais bon, comme l'audience ultra-dominante de ces séries et films est faite de mecs (surtout jeunes pour la part la plus captive/consommatrice) avec une forte dimension de fantasme maternel/wonder woman..... Ca passe tout seul et ça en redemande .
  7. En même temps comment leur en vouloir: ils sont écrasés, intimidés, rendus maladroits par la puissance de sa classe.... Et les homos parmi eux sont tout tremblants (c'est Channing Tatum bordel). Bien sûr que si, et c'est pourquoi régulièrement arrivent des films et séries, ou plutôt des épisodes et des scènes, des processus, qui cassent ces codes (et qui sont vite copiés pour être à leur tour transformés en codes et recettes par une vaste majorité des productions ultérieures espérant reproduire le même succès et surfant sur la vague de cette nouveauté) et renouvellent un genre, ou plus souvent une petite partie d'un genre. Le point commun de la majorité de ces nouveautés: recoller un peu plus au réel par un ou plusieurs aspects, et si possible dans un "style" visuel ou narratif (des angles de caméras au type de scène ou de combat, en passant par les ressorts d'intrigues ou les approches générales de résolution d'une intrigue, ou son déroulement) innovant, parce que plus on s'approche du réel (sans y coller: dans la plupart des cas, le réel pur et dur quand il est filmé ne ressemble à rien du tout à l'écran), plus on rend la chose "crédible" pour l'inconscient, donc proche/possible, donc permettant l'identification.... L'effet général ressenti consciemment et une plus forte immersion et la sensation d'être (plus) pris aux tripes; par un combat, une scène d'action, le mouvement de caméra, les angles choisis, l'enchaînement des images, le déroulement d'une scène, une narration générale ou un "twist" d'intrigue en particulier, un type de personnage, un "point de vue" sur un univers/le monde (on a par exemple depuis longtemps été dans "les services secrets", mais la façon qu'on a de les voir a beaucoup évolué, la façon de les décrire quand le film se situe dedans a énormément varié).... Les "codes" existants ne sont que d'un moment: il suffit, pour ceux qui ont l'âge requis, d'essayer par exemple d'avoir une impression générale donnée par les séries d'action dans les années 80 et celles des 5-6 dernières années (et celles des années 90, et celles des 5-6 années suivant le 11 septembre) sur plusieurs angles: types de personnages, atmosphère générale, "ton" général (moralisant ou anti morale, ou encore plus équivoque, voire neutre), façon de narrer, façon de décrire l'action et de l'intégrer à l'intrigue, type de bagarres, types d'acteurs choisis, codes sociaux mis en valeur ou dénigrés.... Loin des seules apparences et codes éphémères du moment (modes, voitures, technologies, musiques, voire même "arts martiaux" à la mode du moment), les différences y sont sensibles.... Et l'une des premières et plus évidentes façons de le constater, surtout dans les séries américaines, et de voir/percevoir la façon que les séries d'une période ont de se moquer de celles des périodes antérieures et de leurs codes (ou la façon que certains types de séries ont de se moquer d'autres types de séries). Tiens, un autre cliché qui a un peu toujours existé, mais qui est devenu une sorte de règle non dite récurrente dans quasiment toutes les séries et tous les films d'action/policiers/espionnage/militaire: les "pros" (entendez les flics, soldats, barbouzes et "hommes d'action" -entendez les "vrais hommes".... Et maintenant femmes aussi) sont toujours sur le qui vive, 24h sur 24, 365 jours par an, et de la puberté (voire avant) à la maison de retraite (voire après, vu que revenir des morts, parfois plus d'une fois, est une chose pas si rare dans cet univers). Ils entendent tout ce qui se passe dans leur environnement, guettent toujours l'inévitable intrus qui viendra les chercher chez eux et s'en prendre à leurs proches et eux, ne se laissent jamais surprendre, voient tout et entendent tout, sont toujours prêts à l'action, une arme à portée de main (même si évidemment ils sont tous des armes vivantes).... Et qui n'est pas capable d'être ainsi en permanence n'est même pas digne d'être un humain: y'a pas de vie civile, de congés, de moment où la garde a besoin de se relâcher, la vapeur d'être lâchée. Et le simple soldat ou flic comme la super-hyper barbouze a pour devoir et nature d'être ainsi, c'est le B A BA de ces êtres surnaturels que la production fait pourtant tout pour présenter comme "des gens comme tout le monde", normaux/de base, qui restent simples et ouverts et sont adorés de tous.... Après une telle norme fixée et qu'on retrouve un peu partout dans les séries et films, on s'étonne que pour innover, certains nous sortent des névrotiques complets comme le perso de Claire Danes dans Homeland.
  8. L'autre aspect des hommes de mains et adversaires en général en combat à mains nues: la passivité. Ils ne parent pas ou n'évitent pas les coups, et sont essentiellement des opposants extrêmement coopératifs, présentant leur gueule (ou autres parties) aux meilleurs angles possibles pour les coups des personnages principaux, rendent peu ou pas de coups (ou juste un ou deux mouvements pour la forme), et ceux qu'ils donnent sont sans grande conviction et sans rapport avec leur taille/poids, et/ou aisément parés sans aucun effet (cas type: une nana part le coup d'un grand gabarit avec son avant-bras/brindille sans même accuser de recul). Décidément, l'homme de main est une espèce étrange.... Mais il est TOUJOURS passé par une unité de FS dont on se demande de quoi elle est faite s'ils l'ont accepté.
  9. Oui, enfin entre un torticolis ou un tassement cervical d'un côté, et la nuque qui pète de l'autre, y'a quand même plus que quelques degrés dans la puissance offensive nécessaire; et les muscles du cou et des épaules peuvent poser plus qu'un problème. Le "necksnap" qu'on voit si souvent à la télé ou au cinoche est quand même une invention délirante: apparemment, tu peux le faire à une main, juste en tenant le visage, et il suffit d'un petit coup sec sur le côté. C'est pareil pour la décapitation au final: on peut la faire avec une rapière ou n'importe quelle arme, quel que soit son gabarit, dans n'importe quelle position, et toujours d'un seul coup.... Y'a pas à dire, la tête est une chose bien fragile.... Et elle est pas solidement accrochée: le cou est fait de sucre. Pour ceux qui veulent s'amuser, vous pouvez voir sur la Discovery Channel ou sur Youtube l'émission Mythbusters, qui revient régulièrement s'acharner sur des clichés de cinéma. Ces bricoleurs prennent les légendes urbaines, clichés et certitudes "établies" en tous genres, plus quelques mythes originaux, et leur font passer l'épreuve du test pratique: ils ont démontré par exemple qu'on peut faire une méga explosion avec de la thermite et de la glace, ou montré ce qui arrive réellement quand on balance des munitions dans un feu de camp: et ILS SONT PAYES POUR CA, ces cons. Dans une émission spéciale cinéma, ils se sont attaqués (entre autres) à un autre mythe qu'on a oublié ici: le coup de feu dans la serrure pour ouvrir une porte. Résultat, sur des serrures commerciales de plusieurs niveaux de qualité comme sur des cadenas, les flingues n'ont que des effets cosmétiques (et la clé tourne encore dans le machin après), même un 357. Il a fallu y aller au fusil à pompe et au M1-Garrand pour faire sauter le machin.... En tenant compte aussi du fait que c'est une mauvaise méthode, avec la quasi certitude de se prendre éclats ou ricochets. Entre mille autres choses, ils ont démonté la scène d'évasion de cercueil d'Uma Thurman dans Kill Bill (même un poids lourd ne pourrait crever le couvercle, et de toute façon, l'asphyxie arrive avant même que la terre au-dessus -infranchissable- ne remplisse le cercueil), anéanti 90% des scènes de saut en voiture (au prix de beaucoup de voitures), ou encore tué un classique des chutes depuis le toit d'un immeuble: non, des séries de cordes à linge ou de stores n'aideront pas des masses (exit la scène d'Indiana Jones II, au travers de plusieurs stores). D'autres mythes sont en revanche confirmés, et c'est parfois surprenant.Vient de les voir essayer de trouver la parade à une caméra thermique: les trucs vus au cinoche (dont la méthode Schwartzy dans Predator) se sont tous faits défoncer.
  10. Et ils puent jamais, même après avoir crapahuté, couru dans Los Angeles au mois d'août.... Et jamais d'auréoles à la chemise (ou au dit costard). Ils se fondent là aussi dans la foule, dans la presse d'un ascenseur, d'un bus ou d'un bar.... Nope, dérangent personne. On est vraiment intoxiqués aux séries et films.... Mais en même temps, ça veut sortir: voir les mêmes trames, clichés, ressorts et codes réemployés sans imagination encore et encore.... Ca fatigue. Tout comme, à "l'échelon supérieur", les scénaris de base d'épisodes de séries qui reviennent sans arrêt d'une série à l'autre, chacune programmant apparemment un certain nombre de "scénaris obligés": je sais pas pour vous, mais le thriller en huis clos dans la base isolée dans une mer de glace (arctique, antarctique, grand nord russe, canadien ou d'Alaska, planète gelée....), vous l'avez vu dans combien de séries et films?
  11. Tu oublies que ce genre d'action ne lui fait jamais "consommer" son physique, dans la durée: il reste toujours aussi musclé.... Pour les femmes, le paradigme est différent: elles n'ont pas besoin de muscles (ça nuirait au gabarit télégénique qui est là pour rappeler que 80% de l'audience des séries d'action.... Sont des mecs). Mais en tout cas, pas de coup de pompe à court terme, et pas d'usure de long terme: heureusement, parce que vu les sauts, les atterrissages, les chocs.... Une saison de série d'action suffirait à dézinguer les articulations, les joints, ligaments et tendons de tout athlète. Et puis y'a l'éternel cliché du saut de 30, 40, 50 mètres ou plus dans l'eau (depuis un pont, une falaise, une cascade): outre qu'il y a toujours la bonne profondeur en bas (chapeau à Mel Gibson pour avoir introduit la réalité du problème potentiel dans Apocalypto), apparemment, personne ne se retrouve jamais à l'état de purée de fraise ou avec la colonne vertébrale pétée ou écrasée, ou avec un plat potentiellement mortel. C'est quoi la technique? Tu dates: les héros sont plus tellement en costard cravate pour l'action: même James Bond, depuis l'arrivée de Daniel Craig, a tendance à opérer en "casual" ou sportswear et à ne faire péter le costard ou le smock que brièvement. Et puis quand même: en costard, quand ça arrive encore, ou en jean serré.... Comment ils font pour avoir une liberté de mouvement pareille (ou pas s'en rouler une au passage)? Mais la technique la plus impressionnante, plus encore que celle que tu mentionnes, c'est pas de ressortir propre d'un bain de boue: c'est d'en sortir sale.... Et d'être de nouveau propre (ou sec, ou sans froissure) au changement d'angle de caméra suivant. Ca c'est trop fort; on n'a pas fait mieux depuis le changement intégral de Superman dans une cabine téléphonique. Ho! Tu crois qu'il va y avoir une seule personne pour se plaindre de ce cliché/de cette invraisemblance là? En tout cas un seul homme hétéro? On va p't'être la laisser filer, celle-là. Et comme la nana est très pure (elle n'a jamais touché un homme avant lui; elle l'attendait) ou très bête, elle doit s'y reprendre de multiples fois pour concevoir les dits enfants (et évidemment, le héros peut fournir la cadence). Plutôt les deux, non? Tant qu'on y est....
  12. Ca, l'épaule déboîtée qu'on remet en place à volonté, c'est devenu un classique depuis Mel Gibson dans l'Arme Fatale II; on serre les dents virilement, et hop, comme neuf. On peut faire ça en cours de baston, et une fois fini, on reprend le combat et on gagne évidemment. Mais bon, c'est Nikita: personne lui a expliqué que son gabarit mannequin sans muscle dégagerait en 4 secondes chrono à la première beigne. On a aussi les persos qui prennent une volée, parfois même à dessein (le classique du combat sur ring truqué parce qu'il y a un otage), puis, quand ils pissent le sang de partout et ne sont que des bleus sur pattes, l'occasion vient (on pense à tout ce qu'on en a bavé pour être là, à la maman malade, à la patrie, ou à l'otage qui nous empêchait de combattre mais se trouve soudain libre) et paf, ça cogne comme si le dit perso avait reçu la visite de Panoramix. Et c'est pas que les articulations et les blessures par balles: les bastons à mains nues ne voient que des coups porter à plein effet, distance et posture idéale, et juste là où il faut comme il le faut (si tu peux en caser un comme ça dans un combat, estime toi heureux.... Mais bon, c'est vrai que c'est télégénique), et les gens tout encaisser (sauf les hommes de mains, ces éternels membres des FS qui sont fragiles, aveugles, cons, hémophiles, grégaires et difficilement mobile) et en redemander. A l'inverse, quand le scénar le commande, on assomme comme une formalité: le coup au ventre unique ou le super atemi sur la nuque (celui-là, c'est un des plus vieux dans les séries depuis les années 60), à peine touché, et quels que soient les gabarits du donneur et du receveur, pof! Dans les vapes. Et que dire de tous ces persos qui sont empoisonnés ou drogués à répétition, et qui reçoivent "l'antidote" une seconde avant le moment fatal (qui est apparemment programmable comme une bombe), et vivent après sans séquelles ou se relèvent immédiatement pour partir à l'assaut. Ou encore ceux qui se noient, ou ont un arrêt cardiaque (induit ou subi suite à une blessure), puis sont réanimés, et directement tout frais, prêts au combat, et évidemment sans une seule séquelle ultérieure. Ils peuvent faire ça à répétition au cours d'une saison. On a aussi la (moins) classique transfusion sanguine totale, qui revient régulièrement: ça se fait comme une formalité de douane... En fait non, c'est nettement moins long, douloureux et prêtant à séquelles/conséquences (sur le corps et l'humeur).
  13. C'est effectivement là où c'est difficile, et c'est pourquoi je considère quelques facteurs génériques dominants incontestables (ou moins contestables) qui, à mon sens, donnent un net avantage aux Romains, au moins à partir de l'armée "polybienne": - l'environnement hautement concurrentiel: beaucoup de cultures militaires/stratégiques très différentes, beaucoup de terrains d'engagement très différents, beaucoup d'armées très différentes, constituent l'adversité pour les Romains, et ce dans un laps de temps assez court - la façon d'intégrer les alliés, moins ségrégationniste - l'équipement et le côté "âge du fer vs âge du bronze" (ou de la pierre taillée); la protection, en particulier (et notamment le bouclier), résume en bonne partie pour moi le différentiel qualitatif des troupes qu'on peut réellement mesurer (probabilité de souffrir une blessure incapacitante ou un coup mortel au fil du combat, impact sur la létalité moyenne de telle ou telle troupe....). - une disparition assez rapide des critères sociologiques pour la structuration des unités de combat: Rome n'est absolument pas égalitaire, et les officiers généraux restent nobles, mais l'encadrement de contact vient du rang, s'élève au mérite, et surtout, la répartition des unités par type et rôle se fait, surtout à partir du IIIème siècle av JC, quasi exclusivement sur des critères militaires (niveau d'expérience et de pratique) et non de fortune ou de rang. Ca va avec une homogénéisation de l'équipement et une fourniture par l'Etat qui indiquent la prévalence d'une conception fondée sur les systèmes d'armes, leur combinaison globale et le résultat qu'on en attend. A noter cependant qu'on parle là moins de manoeuvre entre égaux que d'un usage par les Incas de leur avantage numérique apparemment quasi systématique: il s'agit moins de cas où on voit deux armées essayer de se déborder sur les ailes (et donc organisant un combat des ailes et s'optimisant tout ou partie pour lui). Face à Rome, c'est autre chose. Et après ça, et là on est dans le vif "tactique" du sujet, l'affrontement des centres me semblerait pencher assez unilatéralement dans le sens romain, ne serait-ce que par le différentiel matériel et la tradition tactique romaine pour l'usage de réserves. Rappelons que la bataille de Cannes fut plus une exception due à un commandement peu compétent (et un adversaire exceptionnel, qui plus est reposant sur une cavalerie pour sa manoeuvre) et une troupe levée récemment, donc pas encore rôdée, défaut signalé du système à ce moment (le temps de montée en puissance lors du commencement d'une guerrre). Mais cette leçon a décuplé l'insistance romaine sur l'organisation de lignes profondes et aptes à se relayer (pour avoir une première ligne toujours au maximum de la fraîcheur: le front romain tient beaucoup plus longtemps que tout autre, et à rythme élevé), la maximisation des réserves (et leur aptitude à plusieurs rôles, la cohorte naissant vraisemblablement du besoin d'accélérer le tempo de déploiement/manoeuvre sur les flancs en cours de combat, pour coordonner un grand nombre de manipules), les intervalles de combat et l'appui feu rapproché (coordination des différents échelons de feux avec l'activité du front et des ailes). La tendance romaine est ainsi toujours de favoriser un front court mais profond, plutôt que d'étendre sa ligne (il peut le faire, mais c'est rarement par préférence); plus l'armée romaine se professionalise au fil de son histoire, moins, à effectif équivalent, la ligne de bataille est longue, signe d'une conception plus mobile du combat et d'une insistance sur le fait d'engager le moins de troupes possibles à la fois (entre autres pour garder le maximum d'options le plus longtemps possible): c'est idéalement ce que tout le monde souhaite, mais peu, sinon aucune civilisation antique, ont poussé la conception à ce point, et surtout aucune n'a développé l'outil militaire le permettant autant que Rome. Le front court offre un autre avantage auquel on ne pense pas spontanément: celui des "transmissions". Les distances à couvrir à pied (pour les messagers) sont plus courtes, les signaux visuels et auditifs souffrent moins de délais, et surtout de probabilités de déperdition, dans le champ visuel encombré et empoussiéré de la bataille antique; l'insistance de Rome sur le front court et la bataille articulée mobile vient aussi de cette considération, les longs fronts étant extrêmement lourds et lents à manier (et très aléatoires vu que les portions de front communiquent mal entre elles et ne peuvent s'appuyer), longs à mettre en place, et s'avérant plus "fragiles" dans l'ensemble par leur incapacité à exister comme un tout. Et au centre comme sur les ailes, dans un contexte Incas vs Romains (en considérant l'armée polybienne), je reviens toujours sur la visualisation de la confrontation d'unités: des mecs pas ou peu protégés (apparemment pas beaucoup de boucliers, et pas terribles, et des protections corporelles rares et "fragiles" comparées à ce que Rome a), avec un armement non métallique pour l'essentiel, se fritant des Romains disposant de nettement plus d'options de combat via non seulement leur avantage matériel et le différentiel matériel entre les adversaires, mais aussi via une tactique d'unités élémentaires, de "corps d'armée" (les sous-unités de manoeuvre de l'armée de campagne) maximisant la capacité de réaction et de prise ou reprise d'initiative (un autre domaine où la logistique romaine apporte aussi un avantage; l'appro matériel est abondant et suit partout). Le simple différentiel de protection me frappe: l'archerie, les frondeurs et les javeliniers romains (donc les vélites tout le temps et les hastati et principes en partie) seraient à la fête! J'imagine mal l'impact de leurs salves, alors qu'eux peuvent se protéger des tirs méso américains (dont il faut en plus examiner la létalité vu l'absence de métal). Et quand on en arrive à la confrontation physique d'unités (là on n'est même plus dans la micro tactique de sous-groupements dans une armée, mais dans la confrontation d'unités et de système d'armes), j'ai du mal à voir l'équilibre, vu ce que j'ai lu de l'équipement inca (et encore plus aztèque); dans l'armée polybienne, même les vélites ont des boucliers (rond et plats, essentiellement faits pour contrer flèches, javelines et projectiles de frondes), et eux aussi peuvent lancer leurs javelines comme les Méso-Américains lancent leurs ayatl (avec un lanceur ou une courroie), et ils semblent nettement plus nombreux que leurs équivalents inca ou aztèques (l'ayatl n'a pas l'air d'avoir été une arme en forte dotation, mais une affaire d'élites sociales et/ou de spécialistes plus ou moins rares). Et le combat au contact me semble aussi déséquilibré: fantassin protégé se battant avec épée et bouclier en combo, contre fantassins pas ou peu protégés utilisant vraisemblablement juste une arme de mêlée. Même si on ne peut aborder la question de l'entraînement moyen de part et d'autres, y'a quand même un hic. Après, les Incas ont l'air d'avoir des "sarisses" dans leurs unités élémentaires: les triaires n'ont pas d'équivalent, mais sont plus blindés, et si les Romains ont pu s'adapter au système d'arme macédonien....
  14. L'efficacité est une chose très relative: le tout est de définir -et de bien le faire- la tâche pour laquelle l'armée est faite, et l'adversaire -ou les adversaires- et les situations qu'elle est censée rencontrer. En 14, la France, moins peuplée et moins riche que son ennemi, a fait le choix du nombre sur la qualité, ce qui a sans doute permis d'encaisser le premier choc, et ensuite de s'adapter (qualitativement) dans un contexte où l'Allemagne tenait structurellement moins la durée. Dans d'autres circonstances, une armée plus petite et qualitative aurait été plus pertinente: si par exemple l'Angleterre avait été un adversaire possible (avec des circonstances géopolitiques ne condamnant pas d'avance le résultat: une Angleterre sans proxy continental significatif, ou sans conflit continental dont elle profiterait), le conflit aurait été vraisemblablement outre mer, et aurait requis d'autres moyens. Sur le front terrestre, il aurait fallu des unités, des hommes et une doctrine différents, sans doute beaucoup plus chers à l'unité. Le problème actuellement n'est pas d'opter ou non pour une petite AdT.... C'est de savoir ce qu'on veut et ce qu'on veut faire pour l'obtenir: il faut une ambition, un objectif, et une stratégie pour l'atteindre, dont l'outil militaire sera une composante. Un outil militaire construit en fonction d'une stratégie démultiplie son efficacité (la stratégie est le premier multiplicateur de forces). On peut même décider d'une "pause" stratégique, entraînant une réduction de l'armée au plus simple élément possible (conserver les savoirs-faires, garder un volant pour tenir les territoires d'outre mer et avoir un échelon d'appui central pour eux, avoir des "unités labos" pour réinventer un modèle) pour qu'elle se recompose, qu'on fasse des économies entretemps, constituer des réserves.... Comme toute politique, ça peut être bien fait ou mal fait. Tout dépend de l'importance qu'on accorde au fait stratégique/militaire, dont découle la volonté; comme la classe politique et la population sont ignares en la matière et ne perçoivent pas l'importance d'une vraie stratégie, mais aussi -pour les exonérer un peu-, comme les Européens sont un peu "pris" dans l'étau stratégique otanien sans avoir la masse critique pour sortir de l'ambivalence avec Washington, la volonté politique en la matière est faiblarde, et l'attention de la nation (traduite dans le bulletin de vote) sur ce sujet est celle d'un poulet aux hormones.
  15. J'ai un peu plus lu dessus depuis quelques jours (enfoiré, c'est tout ta faute!!!! Faut pas alimenter les obsessions), et je reste à peu près du même avis, même si d'une autre façon :-[ . Une armée romaine moins organisée, c'est pas avant Marius qu'il faut voir: c'est avant les guerres puniques, voire avant la prise de Veies (- 406). L'armée "polybienne" est un monument (grosso modo, c'est celle qui couvre la période des années 260-250 à Marius, voire dont l'évolution commence avec les guerres de Pyrrhus dans les années 280 av JC), et un sacré monument, dont le seul vrai défaut est le temps de montée en puissance pour les unités qu'on lève pour la guerre, avec le double bémol que c'est aussi à partir de cette période que des troupes permanentes existent (pour garnisonner le nord de la péninsule italienne -contre les celtes et Panonniens-, et pour les terres conquises hors de la péninsule), et que la fréquence des conflits (y'a désormais toujours un endroit où Rome a un beef quelque part, quelque chose à régler, à pacifier, à tenir ou à conquérir) fait qu'il existe en permanence un volant important de citoyens ayant déjà des campagnes au compteur. L'armée polybienne fut l'armée de l'expansion impériale hors de la péninsule italienne, celle qui se frita les Puniques, les Ibères, les Gaulois Cisalpins et Transalpins (enfin celle qui les mit au pas), et plus encore la Grèce et une bonne partie de l'Anatolie. Un autre truc que les Romains ont par rapport aux Méso-Américains, c'est un dispositif de bataille rangée: de ce que j'ai lu de leur "warfare", il ne m'a pas semblé que la bataille aztèque ou inca soit une réalité tactique très puissante. Il y a une phase d'approche ordonnée, une phase de tir, mais après, ça dégénère assez vite en séries de combats individuels. J'ai pas vu de conception du combat collectif/en formation, en tout cas pas un qui soit capable de durer plus qu'une courte phase initiale, ce qui est un peu l'antithèse du système gréco-romain. On voit chez les Aztèques et Incas, enfin surtout chez les Aztèques, une forte dimension individualiste: les guerriers sont là pour leur pomme, avec un objectif militaire très particulier qu'est la capture. Ils sont là pour se promouvoir, acquérir biens et statuts via cet objectif, ce qui renvoie dans son fonctionnement à une conception moins étatiste ou militaire, et plus féodale. Dans le combat, ça s'observe par un sens du collectif assez limité: quelques unités de pointe (les "sociétés" guerrières) qui fontionnent plus comme raiders et/ou éléments de choc du reste de l'armée (notamment le lancer de l'ayatl qui semble avoir été réservé à l'élite). Pour le reste, les méthodes aztèques semblent plus liées à des conceptions de razzias, de terreur et d'intimidation pour une pratique du brigandage à grande échelle, qui constitue leur méthode de conquête et contrôle. Les Incas sont à cet égard à un stade plus "avancé", ou pour être moins normatif, plus "étatiste", dans leur impérialisme, et de fait plus proches de modèles comme Rome. Mais outre un désavantage matériel qui me semble notable (usage du métal, blindage moyen, systèmes d'armes), on peut douter de la capacité des Incas à affronter en bataille une armée romaine: ils n'ont jamais eu à être confrontés à des armées organisées équivalentes à la leur, passé le moment de leur unification, donc pas d'évolution militaire, et surtout pas une aussi rapide et diverse, comparable à celle de Rome. Je note cependant leur organisation tactique qui, contrairement aux Aztèques, a un vrai dispositif de bataille rangée, même s'il me semble consister plus en une masse d'unités élémentaires plus ou moins solides et non en "groupements" et armées articulées, ce qui ferait d'une armée inca de grande taille une chose lourde et rigide, lente à manier. Dans ce que je vois des systèmes d'armes, je note cependant une similitude de principe des unités élémentaires d'infanterie avec les fondamentaux communs du monde antique: des légers (lanceurs et tireurs), des éléments de mêlée (avec des haches et des masses) et des piquiers à longue lance. Mais les Incas sont peu protégés (et apparemment seuls les officiers ont une sorte d'armure et/ou un bouclier), et mal (par comparaison aux Romains où linothorax, puis métal, dominent, et où surtout le grand bouclier est la norme définissant le soldat -plus encore que l'armement- et reste une généralité pour tous); et la qualité des matériaux utilisés dans les armements et protections, de même que l'échelle de leur utilisation, semblent vraiment indiquer un énorme gap entre les deux mondes. Des légers (javelines, lancés à la main ou via un lanceur) aux lourds (piquiers), on voit des similarités, mais uniquement dans le principe: à Rome, ça semble nettement plus développé, sophistiqué, équipé, et plus encore, entre types de soldats et unités, articulé et coordonné. Enfin, s'il est difficile de comparer le degré de militarisation des Incas et Romains, il me semble que les Romains sont, à partir des guerres samnites et puniques, nettement plus militarisés, leur société dépendant franchement de la guerre et de l'expansion là où les Incas ont assez vite perdu tout adversaire significatif; leurs effectifs impressionnants sont quand même avant tout composés de conscrits à l'entraînement modéré, et peu apte à vraisemblablement obtenir de troupes très qualifiées au-delà des échelons élémentaires (on s'abstiendra de comparer l'entraînement du conscrit: trop aléatoire et faiblement documenté), là où Rome est à cette période en phase de guerre quasi permanente: du IVème siècle au Ier siècle av JC, il n'y a pour ainsi dire pas de période de paix (toujours un conflit quelque part, dont plusieurs furent des guerres totales mettant directement Rome en danger). La proportion de la population mobilisée était importante et le réservoir énorme (comme chez les Incas), et la fréquence de la sollicitation était vraiment grande, ce qui en fait renvoie à l'évolution de la république romaine et ses problèmes structurels (liés intimement à l'impérialisme), là où les Incas semblent avoir plus maintenu (ou pu maintenir) une distinction entre guerriers de carrière et paysans mobilisés (la paysannerie libre, la "classe moyenne" de Rome connaissant en revanche une diminution constante, fournissant des masses de paysans prolétarisés et d'urbains désoeuvrés, et reproduisant ce phénomène aussi chez les alliés italiens), nécessitant moins un "système économique" de la conquête permanente qui a pour corollaire de militariser fortement les citoyens. Autres avantages de Rome à l'époque "polybienne": - la confédération/fédération militaire italienne est une réalité apparemment plus développée (et moins raciste) et efficace que les systèmes aztèques (sans comparaison) et inca (plus débattable) - le réservoir militaire humain, et surtout le réservoir humain qualifié, semble donner l'avantage à Rome: plus de 900 000 citoyens et alliés mobilisables au moment de la 2ème guerre punique, et tous le sont rapidement vu le fonctionnement du système. - cavalerie et archerie sont définitivement des avantages.... Mais l'infanterie aussi: les alliés italiens se sont alignés sur le modèle romain assez rapidement au IIIème siècle (guerres puniques obligent), tout en conservant un volant d'autres formations (notamment l'archerie et la cavalerie). Et le tout pour alimenter un modèle d'infanterie de bataille ET de campagne (leçon retenue des guerres samnites: la manipule est un élément du dispositif de bataille ET le pion tactique de la campagne et du mouvement) qui évolue dans son emploi et sa forme: la cohorte est employée dès la 2ème guerre punique et semble s'imposer au IIème siècle comme le pion tactique de référence avant d'être "formalisé" comme la référence organisationnelle avant ou avec Marius (on connaît mal l'évolution: la cohorte peut en fait très bien avoir été institutionalisée dès après la 2ème Guerre Punique). - le domaine des fortifications en général: la polyorcétique gréco-romaine ne semble pas avoir d'équivalent méso-américain (pas vraiment d'art des sièges, prise des forts par famine, infiltration ou assaut frontal), malgré leurs fortifications impressionnantes, et ils n'ont pas d'équivalent du camp de marche quotidien des Romains, qui est alors dans le monde gréco romain l'un des critères majeurs pour une armée "moderne". - le matériel en général: on est vraiment là dans le contexte "âge du fer vs âge du bronze" (voire de la pierre taillée). Niveaux moyens de protection et de létalité comparés (type de fantassins par type de fantassins) ne me semblent vraiment pas dans la même catégorie (en plus des avantages procurés par les systèmes tactiques, soit collectif vs collectif, à tous échelons). La 2ème Guerre punique est le moment, en plus, où la cote de maille commence à devenir la norme du fantassin romain (la généralisation se fait au cours du IIème siècle, et semble largement achevée bien avant sa fin). - plus largement, Rome me semble disposer de plus de réserves alimentaires et de capacité à fournir de l'équipement militaire sophistiqué et abondant, et en plus à mieux faire fonctionner cet approvisionnement, surtout (et là la comparaison est sans appel) hors du "périmètre" bien balisé et maîtrisé. S'il faut encore remonter plus loin dans le temps, on va aller taper dans une Rome encore peu étendue: au lendemain des guerres samnites (années 290-280), on est juste avant l'imposition du système "pila/gladius" comme système d'arme principal de l'infanterie (il existe déjà, pour les flancs et comme mode de combat secondaire d'une bonne partie des fantassins), mais sur une armée déjà manipulaire, inscrite dans des unités de romains et socii complémentaires, apte à la campagne mobile en colonnes (des manipules déployées et s'appuyant, accompagnées d'autres troupes) comme à la bataille articulée. C'est l'armée dite "camillienne" (environs des années 390-380 aux lendemains des guerres samnites) et ses évolutions, qui donne le premier modèle de campagne romain (entendre de campagnes longues et pensées sur de plus grandes distances), développé contre les Gaulois (système manipulaire ou proto-manipulaire de bataille) puis contre les Samnites (système manipulaire de campagne). On y voit déjà des éléments originaux et complexes, propres à la pensée militaire romaines: articulation supérieure du combat, dispositif d'infanterie différencié et complémentaire, optimisation des rôles pour coordonner selon l'expérience (les critères de fortune sont alors déjà relativisés), rôle croissant de l'Etat (solde/dédommagement, fourniture d'équipement), optimisation de la fraîcheur des troupes (organisation des rotations), importance accordée à la réserve (pour la fraîcheur, la défense contre le flanquement, l'attaque d'opportunité et la manoeuvre sur les flancs) et éléments "interarmes" organiques (les manipules de hastati, et sans doute de principes, sont couplés avec des manipules de "leves" légers qui préfigurent les vélites, pour avoir ainsi des sous unités "choc et feu"). Avant cela, on est dans les évolutions du modèle de la phalange servienne, encore assez peu différenciée du modèle gréco-étrusque sauf dans le système de mobilisation, dans la différenciation des lignes, dans le modèle de campagne (la péninsule italienne n'a pas eu de ritualisation de la guerre comme en Grèce, qui aurait surdéveloppé le combat d'hoplite, impossible en conditions tactico-opératiques "libres") et dans l'importance du nombre (l'Italie est plus peuplée et fertile que la Grèce, moins découpée et moins homogène ethniquement/culturellement: la guerre a dès l'origine été plus "totale" qu'en Grèce) qui impacte la bataille (on fait la guerre pour s'anéantir, et la bataille utilise le nombre: manoeuvre sur les ailes....). Voilà très rapidement les phases militaires romaines pré-marienne (et encore, j'épargne le détail de la phalange servienne, et les 2 "proto-modèles"; l'armée romaine tribale et la première phalange): on va dire que c'est pas des périodes de comparaison terribles, d'abord parce qu'il n'y a pas encore d'originalité dans la façon romaine de faire la guerre, et ensuite parce qu'on n'a là qu'une cité Etat, ambitieuse et importante certes, mais encore limitée. Avant les années 420-406 et la prise de Veies (début de "l'impérialisme romain") qui amorce la fin (assez rapide) de la confédération étrusque (cités étrusques vaincues assez vite ensuite, une par une), l'orbis romain, la cité de Rome et le pomerium sont pour ainsi dire une seule et même chose, un espace réduit autour de l'Urbs (enfin, stricto censu, le pomerium est plus petit, mais bon). Au moment de la guerre de Veies, la mobilisation typique dans une légion dite "prétorienne" est d'environs 4500 à 6000h (plus en cas de "tumultus"), Rome mobilise typiquement 2 légions qui chacune forme le coeur d'une armée prétorienne avec -déjà- des alliés intégrés en nombre équivalent dans le dispositif militaire, soit un potentiel militaire de campagne d'environs 18-20 000h (en plus des catégorie de mobilisables plus âgés qui fournissent la garde de la ville), sauf si une urgence dure nécessite plus. A l'époque de la guerre de Veies, Rome est estimée à environs 100-200 000 habitants libres: pas vraiment un point de comparaison avec les empires méso américains en phase d'expansion.
  16. Les militants voient ce qu'ils veulent voir, les anti-militants aussi: décider ce qui est vrai ou non dans l'absolu est un tantinet présomptueux. Mais pour ce qui est du registre des séries d'action ou avec action, c'est un registre non représentatif du paysage audiovisuel en général, et encore moins de l'impact qu'il a sur une audience en général dans un pays, qui est plus une fiction qu'autre chose. Il n'y a pas un public, il y a des publics, et l'évolution de la télé et des moyens de diffusion en général (et des politiques de programmation et production qui en découlent: ce sont les lois du marketing) n'a fait que renforcer ce phénomène: tout le monde a sa propre télé, ses propres programmes, et s'aventure peu dans les autres, voire de moins en moins. Et chacun tend à se renfermer dans ses clichés, ses certitudes, son univers. Et les séries d'action/avec action où existent ces archétypes féminins et masculins ne sont qu'un registre parmi d'autres, touchant un faible nombre de publics, dans l'ensemble peu différents (en terme de ciblage), et à forte majorité masculine; l'essentiel des femmes qui regardent correspondent à certains créneaux bien définis. Donc quelle que soit la série que tu regardes dans ce registre, elle aura toujours été produite avec les mêmes directives et principes, parce qu'elle a été décidée pour ces mêmes publics précis, pas pour "changer les mentalités".
  17. Que seraient les enquêtes sans les fibres de tapis ou de vêtements? A noter que c'est devenu un cliché ironique dans la culture américaine, et même les dialogues de séries: mentionner les "carpet fibers" sert ainsi souvent de réplique pour se moquer du processus d'enquête. Le petit monde des scénaristes/dialoguistes sait aussi rire de lui-même. Joss Whedon était très bon pour ça dans la plupart de ses séries, soit par de petites touches ici et là, de petites remarques, scènes ou par jeu d'acteur interposé, voire par une sous histoire ou un épisode "second degré" se moquant de la série et de ses codes. Que tu es naïf, jeune padawan . Quel que soit le sujet, les héros ont toujours priorité dans l'allocation des ressources: satellites, moyens d'analyse, armements, fonds spéciaux.... Merde! C'est les héros, bordel! Tu ne sais donc pas que quelle que soit la série, le monde tourne autour d'eux et n'attend qu'eux? Sois un peu logique, Kiri! Ben y vont pas débarquer en ensemble made in Walmart, non plus. Le budget se crève à employer des "beautiful people", on va pas les gaspiller avec des sacs à patate.... Parce que tu effleures le sujet: les personnages de série sont en grande majorité beaux comme des divinités, en plus d'être experts en tout (surtout les nanas: la tendance est de n'accorder aux hommes qu'un seul domaine d'expertise) et d'avoir roulé leur bosse aux quatre coins du monde pour mettre chacune de ces diverses expertises à l'épreuve dans toutes les situations.... Le tout en cumulant les cursus universitaires et les jobs à mi-temps pour payer les études et entretenir les parents malades, en allant faire du bénévolat de quartier et dans le tiers monde, juste avant de faire un passage dans l'armée (dans les FS évidemment: y'a rien d'autre dans l'armée).... Et juste après ça, ces persos ont fêté leurs 19 ans. Reste un sujet variable: ils se sont préservés pour le grand amour, ou au contraire sont devenus des bibles du sexe (c'est tout l'un ou tout l'autre, le cliché unique n'est pas encore dominant, l'audience restant partagée.... Mieux vaut foutre un perso de chaque type dans la série).
  18. Ouaaaah, j'l'avais oublié, celui là.... Aztèques et Incas n'opèrent pas en jungle (ce seraient plus les Mayas, non?) mais sur terrain dégagé, sur des plateaux en haute montagne et dans des vallées, pour les seconds. Mais effectivement, imaginer une confrontation entre de tels types d'armées (si on fait abstraction des conditions géographiques qui président à la création d'une armée et dictent en bonne partie sa nature) dépend en grande partie des conditions de la campagne, et, si on n'est là que pour l'exercice tactique (donc en évacuant politique, échelon opératique et stratégie en général), des conditions géographiques en particulier. Si on veut ne raisonner que sur une campagne, et que donc on inclue la logistique en partie, l'absence de roue est-elle le seul fait des Incas ou ça vaut aussi pour les Aztèques? En tout cas, la capacité logistique est limitée par rapport aux Romains: des animaux de bât ne remplacent pas des chariots, et moins encore l'extrême sophistication du dispositif romain en "échelons" reposant sur le triptyque chariots-animaux de bât-soldats, avec des charges prédéterminées pour chaque, autant en quantité qu'en nature: répartition des subsistances, du matériel, des équipements et armements collectifs, des fournitures et armements individuels sur un mix des 3 "supports" rattaché aux sous-unités, aux unités élémentaires, aux unités de manoeuvre et à l'armée en campagne dans un ordre bien défini (un soldat transporte ainsi une part déterminée de son alimentation, de son équipement, des moyens de sa sous-unités et des moyens de sa grande unité de rattachement, un groupe de combat pareil, avec ses animaux rattachés et une "portion" du charroi....) qui permet des calculs logistiques extrêmement développés et, ainsi, un système de campagne autorisant des calculs opératiques et stratégiques qui trouvent difficilement comparaison. S'y ajoute le niveau "stratégique" de soutien logistique: réserves centrales, routes terrestres et maritimes, importance énorme de l'utilisation des cours d'eau (et disposition de moyens et connaissances pour s'en servir massivement, en terrain romain comme extérieur: voir les campagnes punitives de Germanicus Arminus). Et à supposer une campagne fictive entre ces deux monde (abstraction faite évidemment de la géographie, sauf pour déterminer une zone de campagne), on doit aussi souligner que logistiquement, les empires incas et aztèques dépendaient de leurs routes et des axes de circulation sur leur territoire: hors d'eux, on les voit mal disposer d'une grande allonge ou d'une forte souplesse opérative. Rome dispose d'un réseau d'axes intérieurs surdéveloppé, mais c'est surtout une des rares puissances pré-ère de la poudre à pouvoir réellement faire des "OPEX" indifféremment en partant de sa frontière ou en montant une expédition lointaine (par la mer). Les Perses ne l'ont jamais pu hors de raids partant de leur frontière, avec une allonge limitée pour des raisons techniques (logistique, besoin de points d'appui, insuffisance des effectifs pour occuper une large zone envahie ET garder les moyens de prolonger la campagne plus loin) et politiques (impossibilité de s'éloigner trop longtemps du centre, impossibilité de laisser un "général" victorieux le devenir trop). Les Incas (je sais vraiment pas pour les Aztèques) me semblent plus proches de ce modèle: une expansion lente, incrémentale, le long des frontières, sans avoir atteint le stade où ils auraient plus unifié leur empire et l'auraient fait passer au "stade supérieur" disposant de telles marges de manoeuvre (comme les Romains une fois qu'ils eurent conquis la péninsule italienne au lendemain des guerres samnites: les Incas me semblent à ce stade). Mais il faut savoir avant tout ce qui s'oppose à quoi: quelle armée romaine veux-tu foutre devant des Méso-Américains? L'armée primitive? L'armée "servienne"? La légion "camillienne" (de la prise de Veies à la fin des guerres samnites)? L'armée "polybienne" (celle des guerres puniques à Marius)? L'armée Marius/César? L'armée d'Auguste et du Ier siècle? L'armée de Trajan aux Sévères? Celle dite "tardive"? Les "Perses" ont eu, face aux Romains, 2 grandes périodes: parthes arsacides et perse sassanides, avec 2 armées différentes, même si la cavalerie en reste le point fort globalement. Mais c'est pas le même fonctionnement, la fonction contact s'y accroît au fil du temps, et les sassanides ont développé une vraie infanterie (pour la note, les Immortels, c'est avant la rencontre avec Rome; c'est Alexandre qui s'en est occupé: tu veux aussi amener les Macédoniens face aux Incas?). Et même si le système politique de la cavalerie est féodal, le "noyau" royal dispose d'une armée propre (comme plus puissant de tous les féodaux, avec les ressources "impériales" en plus), mais surtout, faut pas s'imaginer le fonctionnement militaire de leur féodalité comme celui qu'on a du se payer en occident au Moyen Age, individualiste et bordélique, sans standard ni organisation. C'est très différent chez eux, et leurs unités sont infiniment plus homogènes, calibrées sur un modèle, militarisées à l'année (plus d'entraînement à grande échelle).... Mais leur modèle militaire fonctionne essentiellement en terrain plat et vaste, et ils n'ont jamais pu faire autre chose que des raids au-delà des montagnes protégeant la rive orientale de la Méditerranée (certains massifs, profitant du bordel romain). Mais les Romains au temps impérial ont eu des adversaires centralisés, organisés et sophistiqués militairement en dehors des Perses: essentiellement les Illyriens lors de leur grand soulèvement, puis les Marcomans (le royaume marcoman fut une entité très organisée du temps d'Auguste jusqu'à sa destruction par Marc Aurèle, soit autour de 2 siècles, avec une armée "à la romaine"), et enfin, surtout, les Daces, dont l'alliance "structurelle" avec les Sarmates Iazygues (plus des alliés germaniques fournissant une masse de "légers") a imposé à Rome un adversaire puissant avec une armée très complète (cavalerie lourde et légère top niveau, infanterie très structurée et équipée qui a posé de lourds problèmes à Rome, points d'appui aux fortifications sophistiquées, stratégie centralisée et compétente). Donc Rome a continué à "pratiquer" l'adversaire organisé avec dispositif militaire organisé pour la campagne et la bataille "en grand" pendant 2 siècles, hors du Moyen Orient. Sans compter évidemment..... Les entraînements relativement réguliers en affrontant.... D'autres Romains. Oups. Donc il importe de savoir: quelle armée romaine? Honnêtement, de ce que je vois sur les armées méso américaines, je parie pas vraiment sur elles si on parle de l'armée romaine impériale (toutes époques), ou de l'armée romaine post-Marius. Le problème aussi, c'est de savoir dans quelle mesure on peut évacuer la comparaison des entités politiques: le réservoir humain romain, la capacité de mobilisation de la population, la quantité de réserves alimentaires pour la guerre (cad la capacité à former des stocks et les renouveler sans trop faire mal à l'économie "normale").... De ce côté, les Romains (république tardive et empire) me semblent avoir un clair avantage sur des Incas ou Aztèques dont les réserves démographiques semblent inférieures (et plus encore la capacité à s'en servir: ces empires me semblent avoir eu à consacrer nettement plus de leurs moyens à contrôler une part importante de leur population) et réparties sur des territoires plus découpés, soit géographiquement, soit politiquement/culturellement, soit les deux (donc moins solidement unifiés et "tenus"). Si on veut juste faire se friter deux armées fictives de ces entités, il faut les composer (et, encore, donner la période de référence). Après, ce que je ne sais pas du tout pour les Incas et Aztèques, c'est la proportion de permanents dans leurs forces, et celle de pégus levés pour une campagne, ou si leur système militaire permettait de rendre ces levées réellement utiles, et si oui, à quel rythme. Si l'adversaire est la Rome républicaine période "légion polybienne", l'armée romaine a un temps certain de montée en puissance, surtout après la 2ème Guerre Punique: le dispositif militaire est alors très sophistiqué, la doctrine poussée, et il n'y a qu'une "armée d'outre mer" (pour les provinces occupées) qui ait des unités permanentes donc tenues à un bon degré de pratique/de battle readiness. Pour le faire fonctionner avec sa pleine efficacité, ce dispositif, pour les unités levées pour une campagne, nécessite le temps que les recrues s'aguerrissent, et plus encore les unités: Rome dispose à ce moment d'un bon volant de vétérans en permanence, vu que les campagnes sont fréquentes, et toute armée levée aura donc des cadres, des groupes et individus ayant déjà une ou plusieurs campagnes dans les pattes, et un tas de volontaires affluant pour échapper à une économie difficile (donc il y aura du choix). Et ce en plus d'une mentalité particulièrement résiliente et belliqueuse et d'un "nationalisme" qu'il ne faut jamais sous-estimer: pour la note, il devait être un phénomène bien particulier vu qu'il a choqué Pyrrhus (qui n'a pas pu rallier de Romains après ses premières victoires, contrairement à ce qu'il voyait dans le monde grec et ailleurs). Les Romains mobilisent vite, beaucoup et motivé. En fait, même si j'ai certainement un biais développé en faveur de Rome, je me fie aussi aux facteurs environnementaux: Rome a été dans un univers -le monde antique méditerranéen et ses "banlieues"- beaucoup plus "concurrentiel" que le monde méso américain: les distances sont moins grandes (en réel et en relatif -cad en incluant les "réseaux" de communication et les interactions permanentes dans ces zones), les populations d'origines et cultures différentes plus nombreuses et plus fréquemment en contact, les densités de peuplement sont plus grands.... Au final, il y a eu, du point de vue de "l'évolution civilisationnelle" dans le registre de la guerre et des modèles militaires (du politique au tactique), une nécessité d'adaptation plus grande et difficile, et, chose importante, plus diverse (types d'adversaires, de modèles stratégiques et tactiques....), pour une Rome qui, au final, s'est imposée et maintenue au sommet pendant longtemps, développant un outil militaire très sophistiqué, très diversifié, et une capacité d'adaptation à tous les niveaux qui trouve difficilement comparaison. Autre élément de comparaison: les Incas et Aztèques sont encore des civilisations de l'âge du bronze quand Rome est, déjà à partir de la prise de Veies (-406), entrée dans l'âge du fer (et de véritables aciers carbonés, dans les faits au moins à partir du IIème siècle av JC), même en ne regardant que l'armement. Et les Romains ont une cavalerie, en plus, phénomène étranger aux Méso Américains (genre parce qu'ils manquent de l'ingrédient de base). Et l'archerie du monde méditerranéen (et romain surtout) semble avoir été infiniment plus développée que celle du Monde méso américain, tant du point de vue technique que sur sa mise en valeur comme outil opérationnel (organisation, place dans un dispositif militaire et coordination avec le reste, différenciation en types d'archeries, équipements, doctrines, professionalisme, capacités -y compris la réserve de munitions). Au global, les Incas et Aztèques, en terme de ressources militaires et de capacité à produire des armées de campagne, me semblent bien plus courts sur pattes, moins adaptables, moins aptes à produire du nombre (et moins encore du nombre avec qualité moyenne suffisante), et me semblent surtout ne disposer de troupes qualifiées qu'en nombre réduit, des "ressources rares" qui encadrent l'armée et constituent des éléments de pointe, mais ne définissent pas la troupe. Et de ce que je sais, je n'y vois pas de "méta système" comparable à la confédération militaire romaine période républicaine, à la légion romaine ou à l'armée impériale, capable de produire, immédiatement ou après un temps de montée en puissance, une armée à qualité moyenne élevée et capable de manoeuvre complexes et de capacités tactiques diverses et pointues à la fois. Pour moi, ils n'étaient pas encore à ce stade. Après, si tu veux un affrontement fictif entre une troupe type de petite taille de chacune des entités concernées, genre une petite armée romaine autour d'un équivalent légion (autour de 12-15 000h maxi) et l'équivalent aztèque ou inca, représentant donc un effort concentré de ces entités (où ils peuvent mettre le meilleur de ce qu'ils ont sans pousser leurs ressources ni impliquer leur "système" politique et militaire), on a encore autre chose. Mais là encore, le résultat est plié pour moi, hors des considérations de manoeuvre de campagne (pas d'embuscade ou autre "finesse" ou "stratagème" comme diraient les antiques), de qualité du meneur, d'utilisation du terrain dans la campagne.... Bref, un affrontement en rase cambrousse, sur rendez-vous. Au final, je veux bien mener une armée romaine (si possible période IIème siècle av JC, constantinienne ou trajanique: mes préférées) et gagner le titre de Incanicus ou Aztecus (mouef, celui-là sonne comme un mauvais calembour).
  19. Pas que la France: c'est vrai dans tous les pays, mais pour chacun, ce peut être plus ou moins vrai suivant les périodes. Les généraux et maréchaux de Napoléon étaient souvent des egos monumentaux et des ambitieux aux dents rayant le parquet, mais ça ne les a que rarement empêché de bosser correctement ensemble. On trouve toujours cas cas où ça a merdé (parfois à un moment très délicat, voire avec des conséquences graves), mais dans l'ensemble, ça fonctionne, la machine avance. J'utilise cette période de comparaison à dessein: en 1792-1794, on a vu une valse des généraux encore supérieure à celle des années 1914-1915, une armée se réinventer en grand (et réinventer la façon de mener les opérations) et une situation terriblement tendue face à des adversaires supérieurs sur bien des points, ayant l'initiative et fonctionnant chacun de façon ordonnée (ce sont pas des pays en plein bordel politique). Mais pour revenir aux situations mentionnées, c'est le processus de prise de décision et de circulation et traitement de l'information (de haut en bas, de bas en haut et horizontalement) qu'il faut réellement examiner, avec comme point focal les individualités et leur psychologie: les décideurs ont ceci de particulier quand on veut les analyser qu'on ne regarde pas, avec eux, des masses, des agrégats réductibles à des statistiques. Ils sont trop peu nombreux pour ça. C'est donc tout dans le travail d'équipe, le fonctionnement de la prise de décision entre les "pôles" concernés, essentiellement les grands postes de commandement: le central et les commandements opérationnels. D'autres comptent aussi, mais plus dans la durée de la guerre qu'à un moment de tension précis comme une campagne de quelques semaines/mois. La constitution de "bastions" ou "chapelles" est inévitable dans de grandes institutions, de même que les querelles d'egos et de carriérismes divers, ou encore les querelles "idéologiques" (entre les armes/chapelles, entre les services/bureaux, entre les théories et postulats des uns et des autres), parce que les ressources sont limitées: les postes de décision, l'argent (pour telle ou telle arme, pour telle ou telle priorité stratégique, pour telle ou telle doctrine d'emploi) et les honneurs, le prestige, l'attention (qui comptent beaucoup plus que ce qu'on veut penser; ils marquent la "victoire" de l'un sur les autres, la reconnaissance professionnelle, l'idée "qu'on a compté", la satisfaction de l'ego qui a patiemment attendu toute une carrière....). L'armée anglaise est à bien des égards pire encore que la française dans ces domaines, même si l'esprit de corps des officiers, ou même de caste (parce que s'y retrouve aussi une structuration sociale plus aristocratique), peut tendre à créer un réflexe de repli grégaire qui reporte la faute et l'inefficacité sur l'emploi de la troupe, avec une aptitude grandiose à éviter la prise de responsabilité (en bref, ceux qui paient sont au final souvent les soldats). Encore pendant la 2ème GM, on le voit de façon éclatante (Market Garden, pourtant à un stade où les Brits ont tout pour produire de l'efficacité, en est un exemple). La question est de savoir pourquoi ça marche ou ça marche pas dans la production d'effets collectifs: qu'est-ce qui déraille dans la machine? Qu'est-ce qui fait que la somme d'intelligences individuelles produit de la connerie collective? La culture trop hiérarchique? L'âge moyen? Une sélection déficiente des officiers généraux? Un moule mental de l'institution impropre à produire des bons chefs/bonnes équipes de décision? Des règles mal définies? Une incitation particulièrement développée pour les egos (et donc leur confrontation dure)? Le fait est que la conception d'un plan devient une affaire politique bien plus que cela ne le devrait, que créer du consensus dessus (condition d'une bonne application de haut en bas) devient impossible, que les confrontations entre généraux deviennent des blocages de toute prise de décision et d'unité de fait du commandement. On voit bien comment, au niveau individuel, un désaccord professionnel sur la conception du combat ou des opérations, ou sur les estimations du comportement de l'ennemi, peut déboucher sur une friction, et comment la tension de la guerre et de ses enjeux, surtout dans un contexte comme celui de l'été 14 (où tout le monde doit les avoir petites et bleues, donc être psychologiquement incapable de se calmer réellement et de savoir faire des compromis), peut exacerber les logiques de fonctionnement existantes. On peut y ajouter l'éloignement du combat, qui est alors la grande nouveauté radicale pour les chefs de grandes unités/entités de manoeuvre (encore en 1870, ils regardaient le champ de bataille et sentaient la mitraille): les enjeux de l'immédiat (cad ceux d'une opération, d'un combat, d'un mouvement) sont moins ressentis, les priorités pratiques de la campagne sont moins impératives que les enjeux de moyen terme (la campagne, la guerre, qui sont à ce stade plus "abstraits") et les querelles et emmerdements de court terme (les rivalités, les tactiques de bureaux, les querelles d'ambitions, les différences de points de vue) qui eux sont les préoccupations concrètes du quotidien de chefs qui vivent désormais à l'arrière, loin des combats, dans un autre univers, moins mobile et moins dangereux.
  20. Citation Ne ressort-il pas de cela que, plutôt que d'essayer de dire que c'est plus de la faute de Joffre et des "siens" ou plus de la faute des "autres", que la première incompétence du haut commandement français est alors d'être incapable de se mettre d'accord et de faire tourner la machine? Collection d'egos monumentaux, de penseurs rigides aux idées bien arrêtées, le haut commandement central et les commandements de grands groupements et unités de manoeuvre sont avant tout gripés par une prolongation (en version exacerbée) des divisions et incompatibilités non résolues, prédatant la guerre, signe d'un problème plus institutionnel, ou de culture, mais en tout cas certainement pas une preuve de professionalisme, d'aucun côté. Autre cause possible: l'âge. On devient plus rigide et intransigeant, souvent. Un article du dernier DSI se consacre à l'opinion de Fuller sur le haut commandement pendant la première guerre mondiale (et en général), et apparemment, il plaçait un jugement assez catégorique sur les comportements observés dans l'histoire militaire chez les chefs ayant passé un certain âge, tant en termes de souplesse/adaptabilité, d'imagination que de capacité à créer du consensus, voire de l'adhésion. Si ce point de vue tend à être justifié (difficile d'analyser les décideurs militaires en situation de guerre: l'échantillon statistique est réduit, et inégalement documenté), cette valse des généraux de 14 n'est-elle pas tout simplement le résultat d'une bande de vieux cons anciennement compétents (et sans doute pour beaucoup individuellement intelligents) mais incapables de travailler ensembles, de marcher sur leurs egos, de se coordonner et de produire de l'intelligence collective, ce qui revient à dire incapables de faire leur métier, malgré leurs qualités individuelles? Quel plan, quelles séquences d'opérations, quelles implémentations tactiques peuvent être produits par une telle absence de capacité à "produire" ensemble? Des compromis "politiciens" en haut, avec des probabilités d'échecs plus élevées (voire une inadaptation complète), des temps de réactions insuffisants, une mauvaise utilisation des moyens, des gaspillages.... Et à l'arrivée, des foirades, de la confusion et du défaussement sur les subordonnés; la bonne logique des structures trop hiérarchisées où le responsable, c'est toujours celui d'en dessous.... Ou alors c'est personne.... Ou encore le soldat "glandeur" ou "lâche", et son "esprit de jouissance", pour reprendre la formule. En bref, la compétence technique est une chose (et on peut discuter longtemps sur la compétence moyenne des généraux en 14 et pendant la guerre), la façon d'interagir avec les autres en est une toute autre: egos, sentiments, ambitions, antipathies, jalousies.... Rendent très cons les plus malins. Les Allemands n'étaient pas plus malins (on peut aussi discuter de leur compétence, cad leur doctrine de commandement et la "mise à jour" de leur conception de la guerre à ce moment) et n'étaient pas moins en proie aux mêmes types de querelles et d'incompatibilités, mais force est de constater qu'ils ont mieux su produire de l'intelligence collective (tactique et "grande tactique", sinon stratégique). Donc y'a bien un problème, et il serait un peu facile de ne l'attribuer qu'à un Joffre tyrannique et ne se sentant plus péter. La pression de la guerre est un grand révélateur des tensions individuelles sous jacentes.
  21. 2% des effectifs engagés? Ca c'est une info, merci. C'est juste le 22 août, ou c'est assez représentatif de cette première phase de la guerre? Cependant, dans ces premiers mois, et surtout les premières semaines, j'ai du mal à me représenter, et ce encore plus tant que la guerre est encore conçue comme mobile, les unités autrement que groupées en paquets assez denses, surtout côté français où l'encadrement (donc la capacité à "éclater" les unités sans leur faire perdre en cohésion) est nettement moindre en proportion, et où la culture du commandement est nettement plus centralisatrice et moins apte à la délégation de responsabilité (fait nettement plus prégnant chez les Allemands). Si on ajoute le fait que les chefs doivent désormais coordonner des unités énormes, des effectifs gigantesques, qui évoluent dans un "champ de bataille" nettement plus "virtuel" qu'avant (distances multipliées en largeur et profondeur, incapacité à visualiser directement même une fraction du champ de bataille, et les communications en dessous du niveau corps d'armée sont faibles, encore limitées au visuel/sonore/messagers), on ne peut qu'en déduire une contrainte pratique à garder les unités très groupées, et une tendance plus forte à ce groupement côté français, par nécessité au moins (guerre de mouvement, proportion de cadres, communications faibles, moindre responsabilisation), donc un dispositif plus dense et plus rigide. Un certain niveau de "dilution" du dispositif n'a pu arriver qu'à bas échelon (bataillon et en-dessous), et en fait plus dans les phases de combat d'arrêt, en utilisant le terrain quand c'était possible, ce qui n'est donc qu'un fait local, ponctuel: en mouvement, en rase campagne, je vois pas une dilution des unités comme très réalisable en l'état des choses à ce moment. Après, physiquement, à quoi ressemblaient les engagements entre grandes unités à ce moment? Comment faire se rencontrer des divisions et corps d'armée sur le terrain? On peut visualiser la chose à peu près pour les premiers engagement sur un terrain découpé (rivières, relief) côté frontière nord: beaucoup de combats assez petits et soutenus, d'intensité variable. Mais après? Et surtout, pour ramener cet aspect sur le sujet; sait-on comment les décideurs envisageaient la réalité tactique du contact (la "friction", quoi) quand ils décrétaient que telle part d'un plan produirait tel effet, et qu'ils s'appuyaient dessus pour décider des étapes ultérieures? Les Allemands semblent avoir été nettement plus réalistes dans l'anticipation de cette "friction", de la réalité tactique des combats, et de leur impact sur les opérations et la façon de les conduire.
  22. Le terme "pertinence" peut être mal interprété (j'en ai juste pas trouvé d'autre sur le moment): j'aurais pu aussi dire "adaptation". Je mets cependant des bémols à cette affirmation (j'utilise le mot "semble") étant donné que je ne me fonde là que sur des analyses lues dans des livres sur cette guerre, pas sur des sources originales, et que je n'ai pas une expertise suffisante sur ce sujet pour être réellement catégorique. C'est cependant assez consistant avec le cadre dans lequel s'inscrit la préparation de l'armée française en 14: moins de moyens disponible pour l'entraînement (la France est un pays assez nettement moins riche que l'Allemagne ou l'Angleterre -par tête d'habitant et en général- à ce moment), obligation de faire du nombre aux dépends de la qualité (la France est plus d'un tiers moins peuplée que l'Allemagne, et le différentiel est en fait plus grand encore quand on regarde la pyramide des âges: l'Allemagne a beaucoup plus de jeunes en proportion), et l'influence de la doctrine sur l'offensive se traduit par une insistance absolument dominante sur la charge en ordre serré. Cette charge est quelque chose de lourd à digérer en tant qu'entraînement: contrairement à ce qu'on peut penser, faire charger des bataillons rangés en ordre serré est un apprentissage long et dur, une réalité lourde à changer autant quand on veut réformer l'armée que quand, au niveau individuel (cadres et fantassins), on veut changer la capacité de combat. C'est un moule assez lourd. Si la réalité de 14 a vite dicté un changement de mentalité, ça veut pas dire pour autant que le fantassin de ligne et ses cadres sont devenus des tirailleurs experts en deux temps trois mouvements, surtout quand le taux de mortalité des cadres, plus élevé, a en plus décapité (ou affaibli en tout cas) les unités élémentaires, amoindrissant leur coordination, leur capacité d'adaptation (autre que "micro tactique", cad à l'échelon des groupes essentiels) et leur résilience.Et globalement, la faiblesse de proportion de cadres rend la troupe moins rapidement adaptable. Un officier et un sous officiers de troupe "de ligne" (entendre "à l'ancienne", ceux de l'ordre serré) ne sont pas du tout les mêmes types de profils et n'ont pas du tout les mêmes capacités qu'un officier et un sous officier de troupes "légères", celles qui vont devenir la norme de l'infanterie dans cette guerre. Troupes coloniales, chasseurs et légion peuvent bien être plus aptes à cette conversion rapide, voire être déjà engagés dans le "nouveau moule", ils ne constituent pas à ce moment la plus grande part de l'armée. Les Anglais s'étaient, avec la guerre des Boers, convertis avant cela à l'idée de l'infanterie légère (en tout cas leur infanterie): à petit échelon, ils s'adaptent mieux au type de combat et y sont plus efficaces en 14. C'est au-dessus de ce niveau qu'ils sont assez ineptes. C'est d'ailleurs du coup le seul "niveau" qu'encense feu John Keegan, dont le jingoisme faiblement nuancé rend toujours les troupes britanniques infaillibles et supérieures, et au coeur des événements qui changent le cours des guerres: sa description de la campagne de l'été 14 s'acharne donc sur ce niveau micro tactique (et évite de décrire le reste pour l'armée britannique) pour dire que les Anglais sont les meilleurs et ont tout fait. Juste parce que les groupes de base et sections britanniques se déployaient mieux, abordaient mieux le combat et tiraient mieux à ce moment que les autres. Mais une campagne ne se mène pas avec des sections ou des compagnies, aussi utiles que soit leur doctrine dans certaines situations locales. Mais jusqu'à ce niveau, le mode de déploiement et de combat britannique était plus adapté, et en conséquence, leurs officiers et sous-officiers de ces échelons, étaient mieux calibrés pour la tâche du moment. Ce n'est pas une question de "qualité" dans l'absolu, juste d'adaptation au type de combat rencontré. Pour les sous-offs en particulier, on peut schématiser simplement quelques points (sans non plus faire des jugements absolus, catégoriques et définitifs de ces points): - le temps consacré à la formation de chaque sous-off est nettement moindre en France qu'en Allemagne: c'est lié au problème de ressources et de choix stratégique fondamental évoqué plus haut - sur la qualité de la formation (contenu, apprentissage, doctrine), je renvoie à de plus experts et ne fait que signaler ce que j'ai lu chez des auteurs (pas des sources à partir desquelles j'aurais fait une analyse personnelle). Mais la différence de temps passé a généralement aussi un impact sur la qualité du contenu de la formation - la moindre proportion de sous-off, et la moindre permanence pour les unités de réserve (= moins de temps passé ensemble dans ces unités) impactent pas mal l'armée d'active (de 2 à 4 fois moins de cadres) et beaucoup la réserve - un sous-off d'unité de ligne formée principalement pour l'ordre serré, c'est essentiellement un sergent "serre file" (ou "pousse au cul"), quelqu'un qui tient sous le feu et fait tenir ses gars groupés. Il est drillé pour ça, pas pour être un micro chef tactique, se coordonner avec ses collègues, mettre en pratique une directive de son officier.... Plus il est rigide, meilleur il est dans ce rôle. Sans caricaturer pour en faire un aboyeur faisant tenir ses hommes en rangs serrés à coups de bâton, il faut constater que c'est autant un moule mental qu'une formation particulière, différente de celle qu'on peut trouver dans l'infanterie légère, qui opère en ordre dispersé, en sous-groupes plus autonomes.... Et impose donc aussi bien une formation et une pratique nécessairement différentes, qu'un moule mental différent (et une relation différente aux hommes). Je ne sais pas comment s'articule en 14 le corps des sous-offs; - quelle est la proportion de ceux de carrière? - quelle est la proportion des appelés (et plus tard réservistes) ayant une formation complémentaire, voire un temps supplémentaires sous les drapeaux?
  23. Quel degré d'inefficacité de l'artillerie? Il n'y avait déjà pour ainsi dire pas d'artillerie lourde à ce moment côté français: si l'artillerie de campagne était aussi mal utilisée, comment se fait-il que les pertes n'aient pas été encore plus lourdes et l'avance allemande plus inexorable, voire apte à créer LA percée du dispositif français en recul? Le problème d'efficacité sur le terrain et de la réalité concrète de la mentalité tactique et opératique de "l'offensive à outrance" se traduit quand même à un moment dans la troupe: organisation, doctrine tactique.... L'infanterie française a été entraînée d'une certaine manière, ce qui contraint par essence sa capacité d'adaptation et l'efficacité des méthodes sur lesquelles elles se retranchent une fois les méthodes d'entraînement en vigueur désavouées par la réalité. En l'occurrence, l'importance de la mentalité "offensive" liée aux délires sur les "forces morales" a eu une réalité simple: la place de l'entraînement en ordre serré et du focus mis sur la charge à la baïonnette, donc sur l'avance rapide visant le corps à corps (de bataillons plus que d'individus évidemment). On peut minimiser en disant que les cadres sur le terrain s'adaptent vite, mais quand la majeure partie de l'entraînement des unités se concentre là-dessus, la "conversion" rapide à d'autres méthodes tactiques ne peut être aussi efficace que dans une troupe qui a moins mis l'accent sur ce genre de choses. C'est encore plus vrai quand le taux de mortalité des cadres de contact est aussi élevé: les unités sont plus vite désarticulées par le feu, moins résilientes, surtout les unités telles qu'elles sont en 1914, fondamentalement calibrées pour un "combat en ligne" dépassé et désormais inepte. L'armée française est à cet égard nettement désavantagée par rapport à l'armée allemande, ayant une moins bonne formation individuelle et, surtout un encadrement très inférieur en proportion (j'éviterais d'entrer sur une comparaison "qualitative" par essence difficile): pour disposer d'effectifs suffisants, l'armée française, disposant de moins de ressources, a sacrifié sur le temps de formation, et sur la formation de cadres dans des proportions similaires à son adversaire (ou à l'armée anglaise d'ailleurs). Les unités élémentaires ont, à effectif égal, nettement moins d'officiers et sous-offs (de 2 à 4 fois moins), et la qualité (ou, pour être moins "normatif", la pertinence) de leur formation semble avoir été de même moindre. En terme d'efficacité tactique, de résilience des unités et d'adaptabilité sur le terrain, ça crée un gap terrible. Quand tu mentionnes l'inefficacité du feu, tu parles juste de l'artillerie, ou des feux d'infanterie aussi? J'ai lu plusieurs mentions sur la moindre létalité du feu d'infanterie français à ce moment, reproche en étant fait à une moindre insistance en France sur le tir individuel (moins d'entraînement, de munitions tirées) par rapport au "feu de ligne" collectif (encore une relique), autant par idéologie que par adaptation à un cadre de moyens plus contraints qu'en Allemagne et de choix fait du nombre sur la qualité.
  24. En série? Rien de très SF au final, à part les décors, une action assez cheap, un faible budget/épisode qui se voit à l'écran, un niveau de scénario au raz des pâquerettes, des histoires humaines très faiblement poignantes mais dominant absolument l'intrigue (forcément, on peut pas réellement montrer de "grandes intrigues": ça coûterait plus cher).... Et surtout, des pseudos "leçons humaines" et décrets moralistes à la con et très faciles. J'ai cerné les canons et dogmes? Entre les séries ST, Stargate, Babylon V et maintenant Defiance, on a un poil l'impression des mêmes scénaris et quasiment les mêmes persos (ou "ingrédients" de perso un peu remasterisés pour former un cocktail cliché un peu différent) rejouant les mêmes intrigues dans des décors et une toile de background différents. Rooooonnnnnfl..... Que quelqu'un clone Franck Herbert, par pitié (et qu'il nous sauve de son fils et de sa "production"). Ah!, et quand au "jugement" placé sur le choix (pas d'enthousiasme fanatique non plus) de Babylon V sur ST, je n'ai qu'une chose à dire aux ayatollahs..... FIREFLY FOR EVER!!!!!!!! Malcolm Reynolds casse la gueule aux Picard, Kirk, Janeway, Ryker et autres..... Tout en leur piquant leur larfeuille!
  25. J'ose même pas imaginer combien va coûter la campagne d'affichage (si la conception de cette affiche a coûté plus d'une heure de travail, c'est une honte) ou le plan média dans lequel elle s'inscrit. Du gaspillage à l'état brut, et un résultat garanti (je me demande si le mindef fait même des études d'impact ou une collecte quelconque des retours, histoire de). L'amateurisme dans un domaine qu'on connaît, ça fait toujours un truc à l'estomac.
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