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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Quand t'as pas de monde à exporter, c'est compréhensible :lol:: il n'y a pas "d'atavisme" français qui fait que le pays n'aimait pas développer ses colonies. C'est juste que les circonstances s'y prêtaient bien moins que pour l'Angleterre ou l'Espagne. Pour la note, au-delà de quelques petites zones très localisées (essentiellement des comptoirs), les Hollandais ont eu le même problème, évidemment lié à leur faible démographie et à certaines contraintes de défense continentale. La France était alors un territoire attractif avec encore des espaces à défricher et mettre en valeur (de fait, la France est sous-peuplée), l'essentiel de son investissement allait à sa propre infrastructure, mais aussi à sa défense territoriale, qui exigeait tout connement que les provinces frontières restent peuplées et se développent. Par ailleurs, la grande majorité des peuplements coloniaux tend à se faire avec des populations côtières, en France comme en Angleterre; il faut attendre un long temps de colonisation et de mise en valeur déjà bien avancée pour que l'émigration se fasse avec des populations de l'intérieur des terres. Et là, l'Angleterre a des côtes très peuplées et intéressées au commerce maritime (des familles se divisent souvent des 2 côtés de l'Atlantique), tandis que la France a des côtes sous peuplées. Plus globalement, l'Angleterre est de fait, en tout cas dans ses parties "utiles", très peuplée relativement à son espace déjà assez pleinement mises en valeur (et plus encore quand commencent les enclosures), et a eu prématurément, qui plus est, une émigration "idéologique" (les "pilgrims" puritains, partis en nombres importants). Il ne faut pas oublier par ailleurs que: - l'Angleterre n'a pas d'impératif de défense territoriale, d'où l'effet sur ses investissements maritimes - la pression fiscale, et plus largement politique/sociale y est nettement plus dure qu'en France, malgré les clichés qu'on a sur le "libéralisme" anglais aux XVIIème-XVIIIème siècles. L'impôt y est beaucoup plus lourd qu'en France sur la période (une fiscalité à 50% n'est pas rare), la vie en général plus chère et en fait plus dure, ce qui constitue souvent une part importante des motivations à l'émigration. - plus encore, les perspectives sont assez faibles en Angleterre pour une grande partie de la population: concentration précoce des terres et actifs économiques (difficultés croissantes pour les "petits"), accélérée par la guerre civile et ses lendemains cromwelliens (qui ont été un grand hold up de la gentry et de la partie supérieure de la yeomanry sur un pays épuisé), organisation de grandes exploitations qui amorcent un exode rural qui ne sera qu'amplifié en continu jusqu'au XIXème siècle, concentrant d'importantes populations sur les côtes et dans les grandes villes, dont une bonne partie n'a aucune perspective d'emploi, et a donc tout intérêt à l'émigration, et ce d'autant plus que ces concentrations, la démographie déconnectée de la croissance des productions agricoles et le coût de la vie en ville (dont, vulgairement le "prix du mètre carré"), rendent la vie très dure à un large prolétariat de déracinés. Ce fait se conjugue avec la concentration des richesses et la pacification du pays, qui permettent à la classe commerçante de se développer, et aux grandes et moyennes fortunes de dégager une part croissante de leurs moyens pour "investir" dans le développement de colonies (notamment en y fondant aussi de grandes exploitations) dont ils savent qu'elles seront peuplées. Rien d'analogue dans une France nettement plus grande et au territoire plus fertile, qui se trouve par ailleurs entourée de voisins peuplés et violents ;). Vu les moyens de communication de l'époque, la France reste donc en partie un territoire vaste et encore "à conquérir" et mettre en valeur, dans une mesure infiniment plus vaste que l'Angleterre. Le rapport démographie/surface utile (et potentiellement utile) y est infiniment plus défavorable à l'émigration (des personnes et des capitaux, donc), ce qui se combine aux nécessités de sécurité du territoire (et donc aussi à ce qu'on peut escompter de moyens pour la défense de territoires lointains, ce qui encourage peu à l'investissement outre mer). Le seul facteur "institutionnel" qui a pu jouer est l'établissement d'un "capitalisme de rente publique" à partir de Louis XIV, qui a incité dans une certaine mesure une bonne partie des capitaux à rester au pays (comme investissement "sûr"), mais ce fait ne compte que dans une certaine mesure, et souligne par ailleurs ce qui a été dit plus haut sur la "rentabilité" encore en forte croissance du territoire français (qui ne fera que se confirmer au cours du XVIIIème siècle), car toute rente publique reste au final liée à la base fiscale, laquelle repose essentiellement sur la terre et sa mise en valeur (le fait donc de miser sur elle et sa croissance indique que les perspectives de retours sont restées constamment grandes et en croissance sur toute la période). Ce qui a empêché la France de mettre en valeur ses colonies, c'est donc tout simplement que le territoire métropolitain était encore un espace en développement, contrairement à une Angleterre plus vite "saturée" et par ailleurs sécurisée territorialement. La comparaison de la France et de la Hollande se retrouve ici: la Hollande n'a pu suivre le modèle anglais par contrainte de défense et d'entretien (digues, flottes de pêches, secteur manufacturier et agriculture intensive requièrent un nombre important de bras), démographie limitée (qui entrave l'effort outre mer, le limite à des comptoirs et petits territoires), malgré une complète mise en valeur de la métropole (à un degré inégalé à l'époque). Et pour la population restant à domicile, le "niveau de vie" moyen était nettement plus élevé que partout ailleurs (c'était alors le seul pays avec une vraie "classe moyenne" importante pour l'époque). Résultat, les colonies hollandaises, déjà assez réduites et peu nombreuses, sont peu mises en valeur, sauf pour quelques comptoirs/ports. Le 2ème empire français a aussi souffert d'une démographie en berne qui maintenait l'intérêt économique du territoire, ce qui s'est conjugué par ailleurs aux impératifs de défense territoriale à une époque où la France n'était plus le pays démographiquement dominant, et où le besoin de mise en valeur du territoire et d'investissement devenait une affaire nettement plus impérative, avec un besoin d'entretien et de renouvellement nettement plus important et constant (conséquence de l'ère industrielle et du progrès qui s'accélère). L'Angleterre partait à cette époque avec un capital acquis (un empire déjà en grande partie conquis et déjà organisé et en partie mis en valeur, un réseau d'échanges déjà tissé), une explosion démographique et toujours une marge de sécurité fondamentale pour ces calculs (être une île).
  2. Ma question ("l'Indo a t-elle été une si bonne affaire") concernait exclusivement la France, pas les peuples locaux: a t-elle été une si bonne affaire pour la France, et même en ne parlant qu'en termes de fric? Et la réponse est loin d'être évidente (depuis Monnet, il y a quand même pas mal d'études et thèses contradictoires sur la question): ce genre de capitalisme "impérial" revient souvent à une énième méthode de socialiser les coûts et de privatiser les profits (ce qui n'est pas systématiquement mauvais si les retombées pour le pays -pas pour le compte en banques de quelques-uns- sont suffisantes), profits qui plus est réalisé dans des secteurs géographiques et économiques qui ne sont peut-être pas par ailleurs les plus porteurs ou utiles pour le pays. De la pork barrel politics à échelle internationale, quoi. Pour moi, ça ne valait ni les coûts ni les emmerdes (vouloir jouer aux grands à 10 000km de chez soi sans y mettre les moyens et sans obtenir des retombées indiscutablement significatives à domicile), ni surtout le divertissement de moyens alors que la métropole, en grave manque démographique, aurait nécessité un meilleur investissement sur la population, l'infrastructure (et l'armée tant qu'à faire) et le territoire (aux retombées de très court terme souvent moins bandantes, mais à celles de moyen terme nettement plus porteuses). Sans compter, en plus, le débat économique sur les faux semblants des marchés coloniaux, qui rejoint celui sur les effets pervers des monopoles/oligopoles (notamment sur les réformes économiques internes et la conduite des affaires politiques où les "lobbys coloniaux" ont un poids démesuré, le plus souvent aux dépends du pays); je ne crois personnellement pas que l'affirmation de la banque d'Indochine ou du marché français du caoutchouc aient valu l'investissement spécifique, les coûts fixes annuels, le divertissement d'efforts, les coûts induits (par le fait de devenir un pays d'Asie du Sud Est de fait, surtout un "au rabais") et les emmerdes. Pour les populations locales, y'a même pas débat.... Déconne pas, pendant 1 ou 2 secondes, je me suis presque demandé si le tracé des côtes avait changé au cours des siècles, pour enferrer Marrakech dans les terres :lol:. Oui, bon, il fait chaud, le cerveau est caramélisé. Et puis zob, c'est arrivé à plein de grands ports d'ailleurs, qui sont devenus des villes à l'intérieur des terres, na!
  3. C'est un peu le problème de s'être fait bourrer par des sous-textes dans les manuels d'histoire: cette impression absurde que l'empire colonial a pu être conquis avec quelques poignées de soldats et 3 bouts de ficelle, face à des populations débiles et sous-développées, et que le résultat aurait été le même dans n'importe quelles circonstances. Ca fait sous estimer les soldats qui l'ont fait, les moyens employés, les populations visées, et plus encore, les circonstances précises des périodes de conquête. Si la conquête de l'Indochine avait été tentée un peu plus tôt, il aurait fallu cent fois plus de moyens (que ceux réellement employés, qui ne sont pas si petits, ni si cheaps quand il faut considérer en plus le facteur distance), et le résultat n'aurait en aucun cas été aisé à prédire. La conquête n'a pu se faire qu'en raison d'une période d'extrême division et déliquescence de l'organisaton politique de la péninsule, qui a empêché de mobiliser hommes et ressources efficacement, et d'avoir une direction de l'effort. Même à moyens techniques déséquilibrés, la surface à conquérir, accrue par la difficulté du terrain et l'hostilité des populations, ainsi que la seule masse de troupes qui aurait pu être opposée aux forces françaises, auraient pu rendre la tentative suicidaire. Mais la France est arrivée au "bon" moment. Et surtout le Maroc a bénéficié de la présence de Lyautey dans un premier temps, dont la politique (non reproduite ailleurs dans l'empire), plus associative et moins brutale, s'est traduite dans les faits "utilitaires" par un moindre effort nécessaire, donc un bien moindre coût de "conquête" et d'occupation.
  4. En se focalisant uniquement sur la colonie, ce peut être très vrai, mais tout le point d'une analyse globale est de savoir si cela a été bon pour la France, et c'est là que le bât blesse: l'aventure indochinoise fut-elle une si bonne affaire? Surtout que les modes d'exploitation qui rendent le territoire si intéressant pour certains ne sont en aucun cas durables et causent des problèmes majeurs qui coûtent à leur tour toujours plus en investissements publics pour des profits privés dont on peut par ailleurs douter qu'ils soient les plus "productifs" (au sens large: impact sur la main d'oeuvre métropolitaine et le territoire, donc sur la paix sociale et la structuration de la scène politique, attractivité du territoire métropolitain....) pour la France. Les modes d'exploitation proprement abominables de l'Indochine française sont des causes de problèmes sociaux et politiques à assez court terme qui ont un coût direct et des coûts induits, évidemment peu sensibles, au moins dans l'immédiat, pour les entreprises concernées (c'est de l'argent public qu'on "appelle" par un lobbying qui, dans l'absolu, coûte lui assez peu).... Mais la mesure coût bénéfice pour le français, c'est une globalité (argent public ET privé), et ça l'est plus encore quand on se penche sur la nature des investissements et les impacts plus larges qu'ils procurent (c'est comme regarder la guerre en Irak: plus que juteuse pour Halliburton et d'autres business, effet discutable sur le PIB américain, surtout à terme par le non investissement ailleurs, et dramatique pour l'Etat fédéral et, par là, les finances US, la stabilité monétaire....). Et tout cela ne prend même pas en compte ce que ça coûte à la France non seulement de tenir l'Indochine et d'y investir, mais d'être par cette présence un acteur sur la scène asiatique: ce sont des problèmes sans fin, l'implication dans la géopolitique de cette partie du monde.... Soit un gouffre en matière de contraintes, d'impact sur la position de négociation de la France (surtout avec en plus des Américains hostiles aux Empires, le Japon conquérant et l'Angleterre surprésente, tous disposant de plus de moyens d'influence et donc de positions de négo plus forte). Pour la France, qui y met des moyens importants (à son échelle) mais qui pèsent moyennement localement, et qui a des contraintes et besoins ailleurs (avant tout en Europe même et pour sa propre position, son développement et sa sécurité) où sa position de négociation est déjà fragile (forte dépendance à la position anglaise dans l'entre deux guerres), l'Indochine peut être plus clairement vue comme un inutile divertissement de moyens trop comptés, une vulnérabilité politique (mécontenter les concurrents sans avoir assez de billes pour s'en foutre) et une famille de soucis supplémentaires dont le pays n'a pas forcément les moyens. Le point est qu'on peut s'extasier sur la mise en valeur de l'Indochine (quoique les Indochinois puissent avoir un autre avis sur la question, entre l'exploitation inhumaine et les infrastructures organisées en fonction d'une "pork barrel politics" ultimement contre-productive parce que ne développant pas réellement le pays mais juste les intérêts des compagnies exploitantes), argumenter en faveur de la relative prospérité du territoire et des bénéfices retirés par les sociétés et intérêts impliqués.... Mais ça n'est qu'avoir une vision trop partielle aux dépends d'une plus complexe approche de l'intérêt (même seulement économique, mais mesuré avec tous les critères pertinents) du pays. Pour la comparaison avec le Maroc, je redis encore: le facteur distance joue aussi beaucoup. Gné? Marrakech, un port? T'as vu où se trouve la ville? Agadir, je veux bien (c'est à plus de 100 bornes dont une partie en montagne), mais Marrakech?
  5. Ce n'est pas pour autant que le rapport global était favorable, et ce encore plus si on prend en compte d'autres coûts moins directement chiffrable: il ne faut pas voir les études susmentionnées comme nécessairement contradictoires avec d'autres établissant un compte négatif, car on est là dans une forme d'analyse au nombre d'entrées et de facteurs proprement hallucinant et qui induisent à maints égards des positions et arbitrages plus partisans. Dans nombre de cas, pour les dits facteurs, on doit tout simplement décider si telle chose est un coût ou non induit par la colonisation, un bénéfice ou non (comme l'accès aux ressources inexistantes en France), si l'investissement ou la dépense réalisés à tel endroit est un non investissement ou une non dépense réalisés en métropole ou ailleurs (et potentiellement plus rentable, et là aussi avec une rentabilité à déterminer selon plusieurs familles de critères: stabilité politique, utilité militaire, effet multiplicateur en métropole, impact dans le temps -le cash rapide contre l'investissement long-....). Pas facile, pas évident. L'Indo a dans l'ensemble coûté plus qu'elle n'a rapporté si on regarde la période de colonisation (incluant entre autre donc le coût d'opérations militaires prolongées, celui des emmerdes géopolitiques supplémentaires amenées par cette présence sur la scène asiatique....) mais cela n'est évidemment pas quelque chose qu'un pays peut savoir aisément (ou même du tout) au cours de cette période et en fonction de quoi les dirigeants pouvaient arbitrer. Cependant, on ne peut non plus conclure si aisément à un intérêt global vu année par année / décennie par décennie (donc dans la temporalité "pratique", perçue par l'échelon politique), surtout dans une France métropolitaine du XXème siècle où le sous-investissement fut une donnée fréquente, sinon même constante, où la démographie (et les incitations à la fécondité) était limitée.... Malgré tous les signes du développement d'un endroit, on ne peut si aisément conclure à sa rentabilité pour le pays colonisateur sans de telles approches: les coûts et les bénéfices ne sont pas tous, loin de là, si faciles à apprécier ni même tous mesurables (coûts induits par un fait, une position géopolitique -ici une présence dans un endroit donné-, manques à gagner, coûts d'opportunité d'investir ici et pas là, détournement d'efforts et de moyens vers une zone extérieure à la métropole....). Dans l'analyse de Monnet, le Maroc était la seule zone envisagée qui rapportait clairement plus qu'elle ne coûtait; on peut noter d'ailleurs que si le Maroc avait été aussi distant de la France que l'Indo, la conclusion aurait été nettement moins claire/facile à établir, sans doute. Alors l'empire français, fait idéologique, et donc réalisé en dépit d'un certain bon sens et d'une bonne perception des intérêts du pays? Oui mais pas seulement; il est difficile de mesurer nombre de facteurs, comme l'influence géopolitique obtenue (au moins par certaines positions et territoires clés), l'accès aux ressources quel que soit leur coût (au moins jusqu'à un certain point), la ressource démographique, l'existence concomittante d'un marché "captif" (même si dans l'ensemble assez limité et moyennement solvable, il a aidé dans les années 30).... Chacun de ces points devrait être confronté, si on pouvait factoriser l'essentiel, à une situation à hypothèse "avec empire" et une "sans empire" (une France sans marché colonial est forcée de s'adapter et donc de plus se réformer, d'avoir une autre politique, d'investir sur elle-même et sa population....), et/ou des hypothèses intermédiaires (avec juste l'Algérie -dont l'histoire est particulière-, ou le Maghreb par exemple), ce qui nécessite des moyens importants que nous n'avons pas ici. Mais le fait est que le cas de l'Indo, colonie très lointaine et impliquant des gammes de coûts et investissements particulièrement élevés, n'est pas si facile à apprécier, et sa "rentabilité" d'ensemble est hautement discutable. L'expression "énormes dividendes" est à sérieusement relativiser: on a toujours caricaturé ce que rapportaient les colonies antillaises sous la monarchie. Oui, ça représentait du cash et des marges de bénef impressionnantes, mais quand et seulement quand on les regardait à part. Dans l'ensemble de l'économie française d'alors, c'est quand même peanuts: le commerce colonial français, ou plutôt le "grand commerce" tel qu'il se développe au XVIIIème, est un fait bien plus large que les seuls échanges avec les Antilles (dont l'importance, d'ailleurs, décroît dans la 2ème moitié du XVIIIème face au développement commercial d'ensemble du pays qui emmerde les Anglais), et, rappelons-le, la traite négrière au XVIIIème siècle ne rapporte pas des masses (elle fait l'objet d'un désinvestissement constant tout au long du siècle). Si elle avait été un secteur vraiment fortement bénéficiaire, les acteurs économiques s'y seraient précipités (ce qui était plus le cas aux XVIème-XVIIème siècles, surtout dans d'autres pays), et c'est l'inverse qu'on observe. L'argent que rapporte la colonisation antillaise est du cash pur et dur, et c'est donc là sa puissance de lobbying à Versailles; mais dans l'ensemble, ce ne sont pas des montants très importants. Leur importance politique est décuplée par le constant problème budgétaire de l'Etat monarchique au XVIIIème siècle (et la dépendance à la ferme générale), mais on reste dans des montants marginaux. Leur seul intérêt est d'être de l'argent frais, du cash "pur" non attaché dans le court terme à une structure (donc un coût) institutionnelle et politique (évidemment, c'est moins vrai quand on sort du court terme: l'investissement administratif, militaire, politique dans les Antilles est nettement plus conséquent regardé sous cet angle). En bref, c'est une rente en cash du point de vue de l'Etat, et surtout de gouvernements pressés de partout et cherchant sans arrêt des marges de manoeuvre; et comme souvent, c'est l'apport marginal qui pèse plus lourd dans un système (trop) dysfonctionnel (comme la fixation des prix des matières premières actuellement, notamment le pétrole ou les céréales), d'où la puissance politique du "lobby colonial". Ne pas oublier un fait simple sur l'analyse de l'économie française d'Ancien Régime, qui apparaît surtout en temps de guerre: le "PIB" baisse assez peu, au moins pendant les premières années de guerre, parce que la quasi totalité de l'économie est encore en métropole, et dépend marginalement du grand commerce (en mer, par exemple, l'essentiel de la flotte de commerce est fait pour le cabotage côtier et le transport sur courte distance). La France, même si devenue un réel acteur manufacturier sous Colbert, et un acteur commercial, est encore pour l'essentiel un pays agrarien (une superpuissance agrarienne en fait, qui fonde la base fiscale la plus puissante d'alors). Les bénéfices du grand commerce (en général) et du commerce colonial (en particulier) n'ont rien de si significativement stratégique qu'ils impactent lourdement les calculs politiques, contrairement à l'Angleterre qui en dépend complètement.
  6. C'est bien là le problème, et surtout dans la perception qu'on en a (encore plus sur le moment): même dans la colonie (ou l'entreprise, ou le développement ou la "tactique" économique) la plus foireuse, il y a toujours quelqu'un qui fait du bénef (financier ou autre) et ce quelqu'un en profite pour "peser" plus auprès des organismes décidant de ces choix, que ce soit dans leur intérêt fondamental ou non. On peut voir une caricature de ce fonctionnement dans beaucoup d'exemples, mais un qui me parle plus est le penny américain: le penny est un gouffre financier pour les USA (le produire coûte nettement plus qu'il ne "rapporte" comme commodité), mais les entreprises qui le produisent font un large bénef, et en dépensent une partie pour faire du lobbying (auprès du politique et du grand public) pour maintenir ad vitam leur activité. Ergo, l'intérêt supérieur américain est desservi directement par un intérêt particulier qui y gagne lui du bénef et la certitude (inestimable en économie) que son business se maintiendra encore très longtemps (le problème se pose depuis les années 60-70 et l'inflation qui a fait que le penny perdait toute importance dans l'usage courant de la monnaie, sa "valeur" d'achat n'impactant plus rien, sinon une commodité d'appoint aisément contournable). Ou tu peux voir l'exemple de l'A380, qui au final ne rapporte pas grand chose à EADS sinon des problèmes, mais a permis à certains politiques de bâtir influence et pub sur un "projet" (et ses conséquences industrielles) et à Noël Forgeard de favoriser sa carrière. Pour le reste, pas sûr que l'A380 soit une bonne affaire d'ensemble pour EADS et les pays concernés (ne serait-ce qu'au niveau du retard pris dans le lancement d'un concurrent au Dreamliner de Boeing). On a encore l'exemple de ce qu'on appelle aux USA la "pork barrel politics", soit quand par exemple un industriel local fait pression pour obtenir une route conduisant de son usine à tel centre de dispatch (gare, port, noeud routier....): bénéfice certain pour lui, important au niveau micro local, mais détrimental dans l'ensemble (beaucoup de moyens dépensés pour un intérêt d'ensemble très limité: une route doit prendre en compte plus d'intérêts que ça pour avoir un impact économique plus large, un meilleur "effet multiplicateur"). L'Indo, au final, c'est le même genre de "projet": sûr que ça rapporte à la banque d'Indochine, à quelques industriels du caoutchouc, aux fournisseurs divers pour la colonie et aux familles de planteurs.... Mais au contribuable français qui paie le maintien de forces conséquentes à cette distance, et pas seulement militaires (police, administration, infrastructures, éducation, services diplomatiques....)? Qui paie les conséquences géopolitiques d'une implication dans cette région (et les dépenses militaires qu'elle implique, de même que l'amoindrissement du "capital politique" de la France, de sa position de négo, étant donné que "ça coûte" d'être un interlocuteur géopolitique dans une région donnée)? A l'économie qui ne bénéficie pas d'investissements clairement plus rentables ailleurs (en métropole avant tout)? Surtout quand la rentabilité mentionnée est de plus long terme et impacte d'autres domaines que du seul bénéfice financier immédiat (genre stabilité politique, notamment parce qu'il y a plus d'activité durable en France impactant un plus grand nombre de gens)? Si encore le dit investissement colonial avait réellement consisté en un "projet de civilisation" comme la courte "union française" a essayé plus tard (peu et mal) de l'être, faisant de l'empire français un espace de type "national" (que des citoyens d'un seul type, dans une sorte de fédération), la chose aurait pu être nettement plus rentable dans le temps (plutôt que d'avoir un noyau de Français devant dépenser beaucoup d'efforts pour dominer des masses d'autochtones, on aurait eu des masses "d'impériaux" mettant en valeur un territoire multicontinental dans un modèle de développement moderne); pas facile et certainement pas gagné d'avance, et certainement un challenge pour redéfinir l'identité et la citoyenneté (et donc le "pacte social" et l'unité nationale), mais pour l'ensemble de la nation, nettement plus avantageux qu'un illusoire modèle de domination coûteux et problématique. L'Allemagne a nettement bénéficié de n'avoir pas d'aventure coloniale notable et d'investir avant tout sur elle-même. C'est payer trop cher avec les moyens de tous pour le développement d'intérêts d'un trop petit nombre: mauvais calcul économique et politique, génération de problèmes, coûteux à tous égards, de moyen terme. Mais évidemment, à court terme, ça sert quelques intérêts qui renvoient l'ascenseur à un certain nombre de décideurs (l'attrait du cash rapide et de court terme en somme, rien de nouveau). Et l'Indo n'en est qu'un exemple. Du potentiel? Sûr, elle en aurait eu si: - les populations locales avaient été intéressées à un projet (donc pas traitées en dominées) ou, à défaut, si une émigration significative avait eu lieu depuis la France (mais avec un impact plus grave sur l'économie métropolitaine, donc le calcul d'ensemble n'est pas évident) - les infrastructures développées l'avaient été pour servir des desseins plus larges que le seul intérêt d'un nombre très limité de sociétés françaises (caricature du "développement" colonial: les chemins de fer allant d'une mine particulière à un port et point barre) Oui, et cela n'est pas sans impact à terme, mais la population "européenne" atteint une part non négligeable de la population de l'Algérie. C'est plus cynique et purement utilitaire, mais dans l'ensemble, cela "viabilisait" suffisamment l'implantation, même si pas assez (surtout quand la population locale, ou plutôt une partie d'entre elle, fut suffisamment importante et hostile pour trop augmenter le coût de "l'affaire").
  7. C'est pourquoi le premier engagement, inconsclusif dans les faits strictement tactiques et stratégiques, mené par d'Orville fut si capital et enleva d'un coup cet état d'esprit aux marins français. Même l'Indochine: tout dans cet empire colonial coûte plus qu'il ne rapporte (bien qu'il rapporte beaucoup à un petit milieu d'affairistes, à quelques grandes familles coloniales et à un certain nombre d'entreprises et banques, de même qu'il "motive" des courants politiques et une certaine partie des armées aux intérêts et aspirations moins strictement pécuniers mais tout aussi "concrets" en termes de motifs et de retours et conséquences), ce qui est prouvé par Jean Monnet au lendemain de la 1ère GM. On calcule autrement à l'échelle d'une nation: impact sur le PIB, manque à gagner, investissement nécessaire, immobilisations, coût politique, investissements potentiels non réalisés ailleurs -surtout en métropole-, implication dans d'autres régions du monde -et coûts et complications afférentes.... Mais Monnet "kept it simple" et n'a calculé que l'impact sur le revenu national et les coûts pour l'ensemble de l'économie et du budget de l'Etat. Et le bilan était sans appel, de beaucoup: seul le Maroc était en fait "rentable" à tous égards, grâce aux phosphates essentiellement. A noter cependant que l'Algérie est exclue de ces calculs (on n'y pense pas forcément spontanément), étant territoire national de plein droit (3 départements) et par ailleurs un territoire assez bien mis en valeur (selon les critères de l'époque) et "rapportant" bien. Mais dans ces comparaisons coloniales, il faut bien se rendre compte d'un truc entre France et Angleterre: - le mode de colonisation anglais est très différent et nettement plus "profit oriented", quoique son coût ait longtemps été mésestimé par les Anglais qui, comme la France avant Monnet (assez peu pris en compte à l'époque), n'avait pas d'outil pour calculer le rapport coût-bénéfice d'ensemble, ce qui fait en bref que l'Etat pouvait se saigner et l'économie métropolitaine pâtir de l'investissement dans tout ou partie des colonies, bref faire du "socialisme pour les riches" en ne profitant qu'à une partie de l'économie, et pas nécessairement la plus productive (secteur financier, commerces à hauts rapports en termes micro économiques, mais pas toujours si stratégiques ou générateurs de retours plus vastes pour l'économie), mais cette partie acquérant par là un poids disproportionné sur la direction politique. La "financiarisation" de l'économie anglaise au début du XXème siècle (le moment où, selon Marc Bloch, le capitalisme devient plus prédateur que créateur) est ainsi en bonne marche, de même que de grandes difficultés sociales dues à une stagnation des "grands" secteurs industriels (et donc de service) en métropole, et ce au lendemain de la grande dépression de la fin du XIXème, empêchant le développement d'une économie de classe moyenne (à moyen terme plus profitable à un pays, et génératrice de plus de croissance, surtout "réelle" -impactant le niveau de vie, la paix sociale....) qui en revanche explose alors en Allemagne. En ce sens, cela a plus contribué à de l'instabilité sociale en Angleterre, donc à plus de radicalité dans la conduite des affaires du pays (surtout en politique extérieure), et plus d'inquiétudes et d'attention sur le commerce colonial (donc les affaires navales), aux récriminations des milieux d'affaires liés à cette activité (comme aujourd'hui Londres est plus sensible aux desideratas de la City qu'à ceux d'autres pans de l'économie qui s'atrophient du coup). La colonisation anglaise, si on la regarde superficiellement comme plus "rentable" que la française (en pensant "c'est mieux") fut aussi cause de problèmes économiques en métropole, de non investissement (ou sous-investissement) dans d'autres pans de l'économie, d'une autre structure de leur économie (ultimement plus agressive et induisant plus d'instabilité politique et de dépendance à certains pans de la finance)..... Et la cause directe du retournement qui amène plus tard le welfare state. L'empire espagnol en son temps avait induit des effets de même nature sur l'économie et la société espagnole des XVIIème-XVIIIème siècles, puis sur la scène politique au XIXème siècle. - pour que les colonies rapportent vraiment, il faut, outre les ressources propres à ces lieux, y mettre du monde (beaucoup de ces ressources ne sont que potentielles et réclame plus d'investissement: agriculture, secteur manufacturier, potentiel de croissance démographique.... Y'a pas que l'or ou les ressources facilement accessibles et rapidement rentables), ce que l'Angleterre a fait et la France n'a jamais pu faire. Par ailleurs plus de monde = meilleur contrôle du dit territoire. L'Inde de Dupleix n'en est qu'un exemple, tout comme les territoires nord américains: un maximum de 50 000 français dans l'ensemble du continent nord américain en 1756, essentiellement concentrés autour du St laurent, contre 2 millions et demie d'Anglais. Evidemment qu'outre une meilleure exploitation et mise en valeur, l'intérêt à jeter des billes pour défendre et étendre ce territoire est plus grand qu'en France. Dans le 2ème empire français, à part l'Algérie, où y'a t-il réellement migrations de populations françaises à une échelle autre qu'anecdotique?
  8. N'est-ce pas toute la complexité du fait des services de renseignement dans une démocratie, ou même un Etat de droit en général? Rien de ce qu'ils font, au moins pour la partie souvent dite "action" (mais aussi pour une bonne partie de l'activité de collecte du renseignement comme on le voit actuellement), n'est réellement légale ou compatible avec la règle de droit, et tout repose sur l'intérêt impératif et concret d'une nation (tel que vu à un moment donné par le pouvoir en place), un certain niveau d'intérêt de la scène internationale (plus on en sait sur l'autre, moins on a tendance à être outrageusement paranoïaque et à réagir comme tel -souvent violemment) et le fait pur et simple de l'existence continue d'organisations permanente dédiées à cette tâche (qui deviennent donc des centres et enjeux de pouvoir en interne, des bureaucraties comme les autres "jouant" le jeu des administrations, se perpétuent comme une habitude, cherchent à se valoriser....). De fait, les services ne sont pas vraiment quelque chose qu'on veut aborder dans le débat démocratique parce qu'ils n'ont rien de compatible avec les principes de la démocratie ou de la règle de droit, sauf parfois juste en titre, quand on les baptise avec des appellations genre "service d'archives", de "documentation".... Hors du contexte d'un état de guerre déclarée avec un pays ou groupe de pays donné (et encore y'a t-il généralement certaines limites dans ce cadre légal), y'a pas vraiment un cas juridique pour défendre l'action, et plus précisément les modes d'action, des services, faut quand même se l'avouer: ils sont aussi nécessaires qu'indéfendables, de ce point de vue, comme dirait l'autre. Et c'est précisément là, au moins pour les démocraties, que le débat est important et qu'il n'y a pas tant de caricatures que ça, malgré la fréquente méconnaissance des journalistes. Tous les arguments pour défendre tel ou tel programme, tel ou tel processus, tel ou tel mode d'action, voire telle ou telle action précise, découle d'une explication de la complexité de ces tâches, du risque qu'elles impliquent pour les personnels concernés, des nécessités induites par leur fonctionnement (confidentialité, rapidité de décision notamment).... Mais faut pas se faire d'illusions sur la justification en droit et en principe de ces choses: on est dans le régime de l'exception quasi permanente, de l'argutie juridique et du jeu souvent très abusif ou capillotracté avec la lettre de la loi (certainement pas avec son "esprit", son principe, qui est allègrement foulé au pied), de la justification d'une certaine commodité. Et ce sera le cas tant que l'on ne définira pas plus un cadre légal pour cela.... Ce qui est en fait quasiment impossible si l'on veut garder une certaine cohérence à l'édifice complexe et assez branlant qu'est l'Etat de droit (qui malgré tout reste ce qui se fait de moins pire pour une communauté humaine). Là où ça devient réellement problématique, c'est: - dans le cas de services de renseignement vraiment très importants (par rapport au pays qu'ils servent et par rapport à la scène mondiale.... Comme les services US, et particulièrement la personnalité de l'actuel patron de la NSA, qui incarne le problème comme J Edgar Hoover à une autre époque) - dans le cadre d'un Etat ayant un "projet de puissance" de grande ampleur, et des moyens significatif à l'échelle mondiale (ce pourquoi les quelques débats sur la chose en France sont ridicules et plus des affaires de principes et de débat théorique que des problèmes d'une échelle réelle). Grands projets, grande taille = grandes missions, grands besoins, grandes demandes toujours portées un cran plus loin. Et c'est cette tendance qui, quand le pays concerné a une certaine taille, amène le danger; c'est aussi pourquoi on voit la question atteindre un seuil crucial aux USA et pas en Finlande :lol: - quand chaque débat porte sur un programme ou un mode d'action particulier plutôt que sur quelque chose de plus vaste, parce qu'on se retrouve en fait à débattre de ce qui facilite la vie aux décideurs des dits services et aux gouvernants (voire aux grands contractants bossant avec ces services), et on s'enferre alors dans la technique de la chose, où effectivement seuls les experts sont assez bien renseignés, et où leur logique d'efficience l'emporte sur celle du citoyen indigné choqué par ce que le principe du processus fait à des logiques plus vastes. On peut alors justifier tout et n'importe quoi en restant à ce niveau technique, seulement tout ce qui "facilite" l'existence et l'activité des services est en fait un abaissement de ce qui est censé faciliter et légitimer l'existence du corps social (concrètement, la règle de droit, qui n'est pas une abstraction pour esthète ou geek de la loi écrite). L'intérêt objectif des services est de s'affranchir autant que possible du droit et des "checks and balances" du processus défini par une constitution; et par "possible", il faut entendre "autant qu'ils peuvent en obtenir à chaque fois qu'ils demandent/font le forcing", aidés en cela par des décideurs politiques aux motivations diverses: besoins de "résultats" à afficher, entreprises à favoriser, commodités politiques.... Pas nécessairement que les dits services soient constitués de complotistes, d'aspirants au coup d'Etat ou d'ambitieux avides de pouvoir politique de fait (quoique ce ne soit pas toujours absent), mais simplement que l'envie de se faciliter la vie et le travail, l'enjeu d'obtenir des résultats pour se valoriser en interne, l'envie d'attirer des budgets, la certitude d'opérer pour "the greater good" (donc une vision très égocentrique qui en conduit plus d'un à se persuader qu'ils peuvent faire n'importe quoi parce qu'ils sont, au fond, moralement irréprochables et ne pensent pas à mal, et peuvent faire mieux et plus que ces cons de politiciens; ce fut notoirement le cas de Hoover).... Se conjugent pour donner une "vie propre" à ceux opérant dans ces sphères pour obtenir toujours plus de latitude d'action au détriment du reste (on est là dans la logique qui, ultimement, amène au paradoxe du "il fallait brûler ce village pour le sauver", et de ce dont est pavé l'enfer). Et c'est évidemment perpétué, complexifié et amplifié par le fait qu'on parle moins d'individus que d'organisations lourdes et complexes, aux interactions byzantines et aux tendances de fond ayant une grande inertie.
  9. Il y aurait vraiment un sujet à faire sur la Guerre de 7 ans et les méconceptions qu'on a à son égard: - c'est une défaite claire et nette pour la France, qui en prend un grand coup militairement et surtout symboliquement, politiquement.... Et ce d'autant plus que c'est véritablement l'émergence de la Grande Bretagne comme acteur absolument majeur, super poids lourd sur la scène européenne et mondiale. La meilleure preuve en est le sentiment extrêmement fort de revanchisme qui naît alors en France, surtout à la Cour, dans l'élite (avant tout militaire) et dans la "classe moyenne" de l'époque et les populations urbaines, en même temps qu'un sentiment anti-élites dirigé à l'encontre des "coteries" de pouvoir, celle de Mme de Pompadour en tête. - mais cette défaite n'a pas, hors les difficultés "habituelles" des temps de guerre sur la vie de tous les jours (qui touchent assez également tous les belligérants) et l'impact des pertes sur les familles et individus concernés (qui est cependant multiplié par l'urbanisation et l'accélération des communications qui "connectent" plus rapidement une part plus importante de la population qu'auparavant, faisant naître une sorte d'opinion publique moins sensible à la communication "verticale" issue de Versailles), n'a pas réellement impacté le pays physiquement: pas de perte territoriale métropolitaine, pas de présence étrangère.... La sanctuarisation du territoire et le fonctionnement de la guerre et des relations internationales et systèmes politiques (pas de "guerre totale", pas de recherche de démembrement des pays majeurs, incapacité à percer si profondément, coût d'armées professionnelles, moyens logistiques limités, équilibre plus prononcé des camps) fonctionnent alors à plein. Le résultat est finalement que, hors quelques vexations localisées (en plus des pertes de territoires lointains) comme la présence forcée d'inspecteurs anglais dans les ports de commerce français, l'impact est réellement avant tout psychologique pour la population française, ce qui en dit long sur le niveau de patriotisme, de conscience nationale, de communication et "d'interconnections" de la scène publique naissante (qui dépasse désormais le cercle restreint des élites nationales et locales). La puissance de la contestation de la conduite de la guerre et du revanchisme qui en naît est en ce sens révélatrice de l'époque qui suivra. - pas une défaite physiquement douloureuse donc (les "victoires" sont souvent aussi douloureuses pour les populations: voir le cas de l'Angleterre et de son niveau d'endettement en 1763, qui débouche sur des politiques dures.... Qui auront un certain impact entre autres dans les 13 colonies américaines), mais un impact pourtant majeur qui débouche sur une vague de réformes politiques (pour la direction et la conduite des affaires, pas la réforme fiscale tant attendue) et militaires sans précédent depuis Louis XIV et Louvois, et une prise de conscience significative dans le cocon de Versailles à cet égard. En ce sens une défaite très productive sans pour autant qu'elle ait concrètement "coûté" à la France plus qu'une victoire relative (c'est la guerre qui a coûté, et elle a coûté lourdement à tous les belligérants); donc une défaite avant tout symbolique.... Mais très lourdement ressentie dans ce domaine - des positions politiques ont été perdues, du pouvoir de négociation a été perdu, des colonies lointaines ont été perdues.... Mais le ressenti de ces pertes, hors humaines et financières (lourdes certes, mais c'est le coût de ces guerres, et encore une fois, pas un belligérant n'a évité ce coût, vainqueur ou vaincu), ne touche pas vraiment la population, même la majorité des élites: le pouvoir de négo est assez "immatériel" pour la plupart des gens -malgré son caractère fondamental-, et il est souvent très vain de la part des dirigeants d'essayer de le représenter dans des discours avec des mots creux et pompeux comme "rang", "prestige", "gloire".... Qui donnent plus souvent envie de les envoyer se faire foutre. Aucune perte territoriale en métropole, et plus encore, aucune perte coloniale "significative" (en termes purement utilitaires) étant donné que les îles à sucre sont sauvées, ce qui souligne que la position de négociation britannique, donc leur victoire et leurs moyens de poursuivre et dominer, était alors très limitée, et le seul endroit où cette victoire était importante était du registre du symbolique, d'où l'impact de la propagande et des certitudes et stéréotypes qui se sont alors enfoncés dans les crânes (à la mesure de leurs peurs, du coût de la guerre, de leurs illusions d'egos nationalistes....)
  10. Face à tout ce que les abrutis du gouvernement du Texas font et disent, entre autres choses à l'encontre d'autres Etats et villes, Lewis Black, humoriste très connu, a pris la contre-offensive dans le Daily Show (de John Stewart mais sans John Stewart cet été :lol:), au nom de New York. Au célèbre "don't mess with Texas", Black a réalisé un clip "don't fuck with New York": http://www.thedailyshow.com/full-episodes/wed-july-17-2013-reza-aslan A voir (comme souvent le daily show), ça défoule.
  11. Justement, il peut être inventif.... Quoiqu'étant un héros, il ne peut recourir à toutes les méthodes possibles, comme un méchant (genre prendre une ville ou le monde en otage). Cependant, il a un truc que Superman n'a pas: il est pété de thunes.... Il peut acheter de la kryptonite (ou lancer des missions de recherche pour en trouver, ce qui est la même chose), louer des mercenaires kryptoniens (on sait jamais), ou pire encore.... Draguer Loïs Lane et se l'envoyer pour détruire le moral du super boy scout et le pousser à la faute (avec le risque d'une super crise de super colère et d'une super mandale dans sa bat-gueule)!!!!
  12. Messieurs, messieurs, nous dérapons; restons sur le sujet. Les schtroumpfs sont l'idéal des communautés surivalistes américaines: - ils vivent en autarcie - ils sont farouchement indépendantistes - ils détestent le gouvernement: la preuve, leur village est introuvable.... C'est pour fuir l'IRS, éviter le survol par des drones et, évidemment, l'intrusion de tout service de police fédéral quand des trucs pas catholiques se passent chez eux - ils cultivent des plantes zarbis (de la salsepareille? Mon cul!) qui, entre autres, vous font oublier le chemin vers leur village si d'aventure vous tombez dessus. Autrement dit, y'a un labo de métamphétamines, occycontines..... Comme dans la plupart des petits bleds US. Le dealer/chimiste en chef (localement appelé grand schtroumpf, sorte de patriarche dont on suppose qu'il a le droit d'abuser sexuellement qui il veut dans le village à volonté) semble très versé dans la concoction de toutes sortes de produits dont on suppose qu'ils constituent la source de revenus principale du village (parce qu'on les voit rarement bosser ces glands là). - ils ont une bizarre obsession pour des cérémonies musicales où tout le monde doit participer: un rituel religieux obligatoire? En tout cas pas une innocente passion pour les orchestres. - ils se foutent de la nature (placée par dieu pour être utilisée à outrance), vu le barrage qu'ils ne cessent de mettre en place et d'entretenir - ils sont égalitaristes, mais évidemment, certains semblent nettement plus égaux que d'autres, vu le temps d'attention qui leur est consacré et la position éminente qu'ils semblent avoir - ils sont anti connaissance, vu le tableau méprisant qui est fait du schtroumpf à lunettes :lol: - ils sont en concurrence avec un petit entrepreneur local (et son chat) qui lui aussi semble concocter des produits bizarres, sans doute pour la revente: qui ne voit pas là une habituelle rivalité locale si commune dans la campagne américaine, la lutte pour les parts de marché d'alcool clandestin et de drogues de synthèse s'ajoutant à des querelles de communautés ou de familles remontant à des décennies, voire des siècles, dont personne ne connaît l'origine, et qui se règlent souvent à coup de fusil, discrètement, dans la forêt. - Enfin qui ne voit pas la ressemblance frappante entre le grand schtroumpf et l'oncle Jesse (des Dukes of Hazard) :lol:? Personne ne voit la tendance sectaire et les claires analogies? Messieurs, je vous le dit: la raison pour laquelle personne n'a trouvé le village des schtroumpfs en Europe (où la logique et la bibliographie semblent indiquer qu'il doit se trouver) est qu'il se trouve quelque part dans les Apalaches.... A mon avis vers la Georgie, la Virginie ou dans les Carolines.
  13. Pour rester dans le sujet (les USA.... Donc c'est pas les schtroumpfs, mais les Smurfs :lol:), c'est comme les mormons, mais dans l'autre sens.... Et tu veux pas être celui qui fait le ménage. Et comme chacun sait, les Schtroumpfs sont pas libertariens, ils sont communiste :rolleyes:s.... Et sans doute un peu homos aussi :-X.
  14. Physiquement et mentalement impossible.
  15. Oups, my bad: et une autoflagellation, une! Elle court! Quelqu'un a des orties fraîches? Oui, et ce système est allé jusqu'au bout de son ineptitude, avec l'endettement sans frein des Etats (qui a forcé la création de la FED dans de mauvaises conditions) sous les auspices d'une minorité d'oligarques locaux et barons brigands et de leurs clientèles électorales et d'affaires. Un "grand" système limitant le marché intérieur compliquant le commerce extérieur de façon hallucinante, contraignant à une mobilisation constante d'une proportion donnée des ressources pour les opérations de changes et, plus encore, d'une proportion croissante liée à la spéculation monétaire intérieure.... Le développement économique en fut gravement impacté (financiarisation trop importante en cette période du "Gilded Age" particulièrement dans la grande dépression de la fin du XIXème siècle) et la polarisation des richesses en fut accrue, avec l'instabilité sociale (et donc politique, particulièrement dans une démocratie) qui va avec, qui ne fut relativisée (dans une certaine mesure) que par le fait que l'Amérique était alors encore un pays en période de "primo développement" et assez vide (et riche en ressources encore à peine explorées et mises en valeur) sur une large part de son territoire (ce qui permettait de faire migrer facilement des pans importants de population et d'activité vers des zones où le mètre carré était très bas, sans perspective de le voir trop monter pour un bon moment). L'arrivée d'un président comme Théodore Roosevelt fut un bain de jouvence pour l'économie américaine.
  16. +1000 J'ai aussi la flemme d'entrer dans le détail encore plus, mais apparemment, tous les amateurs de micro-expériences valant exemple générique refusent de comprendre ce qu'est un changement d'échelle pour s'appliquer à une société vaste et complexe, et qui plus est en respectant un minimum des principes de relative égalité d'accès et de disponibilité d'un service devant adresser TOUS les problèmes d'un domaine d'activité donné, pas juste ceux qui sont rentables, et devant les adresser en permanence (pas juste quand les bonnes conditions de marché sont réunies) et garantir qu'ils seront encore adressés demain (sans quoi aucune confiance minimum en l'avenir n'existe). L'Etat est peut-être une mauvaise solution.... Mais personne n'en a trouvée de moins pire. Et aucune société ou évolution dans l'histoire humaine ne démontre le contraire, sans doute au grand dam des soi-disants "libertariens" dont les "solutions" (aucune n'étant réellement innovante: y'a de multiples exemples aussi loin que remonte l'histoire écrite) ont généralement tendance à consacrer la liberté du renard libre dans le poulailler libre, qu'ils le veuillent ou non. Le pire en la matière étant les anarcho capitalistes et leur conviction que toute organisation militaire/policière/judiciaire peut et doit être du ressort de "l'entrepreneuriat" privé dont l'équilibre est garanti d'être automatique, juste et efficace par une supposée "loi naturelle". Pour la note de Detroit: le type de banqueroute que la ville déclare ne requiert aucunement la liquidation du patrimoine de la ville ou la prise de contrôle par les créditeurs; cependant, le statut particulier de la ville, placée sous l'autorité d'un très contesté "emergency manager" (dans les faits un dictateur local n'ayant aucun comptes à rendre ni autre autorité de référence que le gouverneur de l'Etat, le très contesté Zack Snyder), montre bien la réalité des luttes sous-jacentes. Le dit manager a demandé un inventaire complet du patrimoine municipal, cad, il veut organiser la grande braderie pour les copains de gouverneur Zack (grandes entreprises et bailleurs de fonds, groupes organisés de tous types....), ce à quoi les élus s'opposent sans grands moyens pour le faire autres que les conditions susmentionnées de la banqueroute déclarée. A voir qui pourra faire pencher la balance, mais en attendant, il faut bien se rendre compte que la démocratie locale, depuis la nomination du manager, n'existe plus, cad les citoyens ne peuvent que subir la situation sans aucun moyen de peser, leurs élus n'étant là qu'à titre "consultatif". Là où beaucoup voudront évoquer de grands principes et des "lois économiques immuables", il n'y a en réalité que des luttes de pouvoirs destinées à servir différents intérêts (et à ce point caricatural du processus, on n'est pas loin d'avoir l'intérêt de la ville et des citoyens versus l'intérêt des rapaces guettant une bonne occase qu'ils font tout pour créer en développer). A noter que de telles situations sont récurrentes dans cette partie des USA dite de la "rust belt": On en retrouve beaucoup dans le Michigan, l'Ohio, le Wisconsin et l'Illinois. D'autres villes ayant eu un sort similaire: Stockton et San Bernardino en Californie, ainsi que d'autre plus petites, mais aussi deux comtés (Boise et Jefferson). Pour de grandes villes, certains évoquent de façon récurrente Philadelphie, quoique la situation y soit différente qu'à Detroit (notamment dans sa capacité de rebond économique, le niveau de formation de la population, sa situation géographique....) et que son importance symbolique soit autrement plus grande (première capitale des USA....).
  17. Encore faut-il connaître Keynes, plutôt que de dire de telles absurdités: la référence au long terme adresse aussi bien l'hypocrisie de l'expression dont l'usage est plus politique qu'autre chose ("long terme" ne voulant généralement rien dire, surtout dans un débat) que l'inconnaissabilité du futur au-delà d'un certain horizon (trop de facteurs et d'inconnues entrant en jeu pour avoir même une vague idée de ce dont après demain sera fait), et par extension, la vanité castratrice de prétendre savoir de quoi il sera fait en empêchant et contraignant toute action. C'est en essence ce à quoi Keynes fait référence, pour condamner les attitudes et faux conforts de critiques n'ayant que ce vague "long terme" pour justifier leurs choix, et concrètement sacrifier aujourd'hui à un hypothétique après-demain. C'est pas "je m'en fous", c'est "nous ne pouvons rien savoir d'après-demain, faisons ce qu'on peut déjà pour aujourd'hui et demain". En ce sens, pour ceux qui ont la fibre religieuse, ça renvoie à la parabole des talents et à la réponse de Jésus au type qui a enterré son talent d'argent ("qu'as tu fait de ton talent".... Evidemment, la question marche mieux avec la tronche de Jacques Dufilho ). Quelle vision de Keynes, ce méchant qui "balaie d'un revers de main" :lol:. C'est lui qui a créé la situation de Detroit? C'est commode. Mais pourquoi le monde n'est pas fait que de Detroits? J'imagine bien que pour des idéologues abstractionnistes, c'est plus facile de dire que le keynésianisme, c'est s'endetter sans fin pour financer n'importe quoi n'importe comment, et qu'aucun autre facteur ne rentre en compte. Mais bon, pour Detroit: - la corruption n'a rien à voir avec sa situation présente? - l'absence de recouvrement d'une part démentielle de la recette fiscale depuis 15 piges n'a rien à voir à l'affaire? - le fait que les générations de cols bleus post 2ème GM aient découragé l'éducation supérieure de leurs enfants (par culture ouvrière extra-développée principalement) pour les orienter vers la reproduction sociale (et ils votaient en fonction de ce fait), à la différence de la majorité des USA, n'a rien à voir non plus? Si bien que la faiblesse de la population éduquée a empêché toute possibilité de reconversion économique à échelle suffisante pour compenser la désaffection rapide de l'industrie automobile. - le fait que l'industrie automobile, ou plutôt la direction de ses entreprises, n'ait pas suivi et anticipé le marché pendant 30 ans (toujours le problème des grandes organisations additionné à l'impact de la recherche du profit.... Surtout individuel -celui des dirigeants et actionnaires) n'a rien à voir à l'affaire, et pire encore, le problème des fonds de retraites des grandes entreprises du secteur qui ont été systématiquement pillés et détournés dans une large impunité (avec un impact terrifiant sur les habitants de Detroit et leurs familles), n'a rien à voir à l'affaire? - en conjonction avec ce fait, la non résolution du problème racial dans le Michigan (Detroit est souvent qualifiée de "ville du sud" malgré sa situation géographique) n'a rien à voir dans l'histoire, elle qui a favorisé largement la polarisation géographique bien avant l'apparition des problèmes sociaux et économiques majeurs des années 80-90? Avec pour conséquence principale l'exode des populations blanches éduquées qui ont "déséquilibré" un peu plus la ville et handicapé sa capacité à rebondir? L'essentiel de la dépopulation n'a pas représenté d'exils lointains: l'essentiel a bougé de quelques dizaines de kilomètres, dans d'autres circonscriptions souvent limitrophes. La massive dépopulation de Detroit a essentiellement été un déplacement vers les banlieues, en partie pour les raisons susmentionnées, en partie par mouvement "normal" de gentrification et de développement des banlieues de tous types (ouvrières en bonne partie). Il faut mentionner que la géographie interne de Detroit est celle d'un centre d'activité industrielle, si bien que l'habitat s'est déplacé vers l'extérieur (au lieu des usines): cela a été l'une des raisons de son succès, et l'une des grandes raisons de son déclin (l'un ne va pas sans l'autre). On peut le voir aujourd'hui avec le chiffre des habitats vides, anormalement bas au regard des effectifs de dépopulation dont on parle: il n'y a ainsi, aujourd'hui "que" 78 000 logements désertés. Au regard de l'énormité de l'exode vers la banlieuse ou grande banlieue, c'est donc assez relatif, et indique un taux d'occupation du sol encore important. - la sur-spécialisation de la ville (plus que la plupart des grandes villes) dans une industrie unique n'a rien à voir à l'affaire, qui plus est avec essentiellement deux acteurs dans cette industrie (GM et Ford)? Quand cette industrie a atteint son apogée, les habitants, liés au modèle de la voiture et d'une classe moyenne ouvrière, ont quitté la ville (tout en en profitant économiquement puisqu'ils y travaillaient encore) et ont amorcé un déclin rapide de ses ressources fiscales. Quand l'industrie automobile a changé (mauvaise adaptation des entreprises américaines, délocalisation, puis contraction du marché national à partir des années 80), l'autre ressource fiscale a souffert, condamnant les possibilités de rebond d'autant plus que la seule population restante était la plus insolvable, celle qui ne pouvait pas déménager (mais dont l'écoomie a besoin quand même, surtout l'économie reaganienne qui a toujours besoin d'un vaste sous prolétariat). - la politique économique américaine des années 80 à 2000 n'a pas eu d'impact sur cet environnement, en compressant graduellement la demande et en favorisant la concentration des richesses (donc aussi les lieux de décisions d'investissements importants), en faisant dépendre la demande de l'emprunt privé (et donc des perspectives économiques des zones géographiques)? Non, Detroit n'est pas une situation particulière avec des explications particulières, c'est l'explication suprême et générique démontrant que Keynes avait tort apparemment, lui qui, visiblement, conseillait des politiques de "cigale inconséquente" face aux "vertueuses fourmis" qu'étaient ses détracteurs. Faut vraiment revenir sur terre et savoir de quoi tu parles. Ouaif, j'ai juste créé 3 entreprises, dont 2 existent encore et une me fait bien vivre, mais j'imagine que tu vas m'expliquer l'entreprise. Ensuite, "l'ordre spontané" issu de "l'entrepreneuriat": t'as pas l'impression de brandir une baguette magique sortant la solution universelle à coup d'abstractions génériques? Un type apporte une mutuelle complémentaire (complémentaire est le mot crucial) de sécurité en plus de ce que la police fournit (et faut pas raisonner dans le vide, la police de Detroit continue à assurer un service, même s'il s'est dégradé), et ce à l'échelle d'une portion microbienne de la ville, et c'est évidemment ZE solution exemplaire ayant valeur pour toutes les échelles: la recette systémique absolue. Que la police dégage et que le gars en question ait à assurer et l'intégralité de la zone géographique ET l'intégralité de ce qu'une police doit faire (et non le service complémentaire qu'il remplit), le tout dans le respect de règles démocratiques et sous la supervision des représentants (cad plusieurs niveaux politiques) d'une population d'encore 700 000 habitants (à moins évidemment que son "amour" continue à s'adresser quotidiennement à tous ses "clients", cad tous les habitants) et il verra sa structure de coûts changer et/ou la nature de son service se dégrader: pas vraiment sûr que sa "solution" reste viable. A moins évidemment qu'il ne fournisse qu'à ceux qui peuvent payer (et généralement, cette base a tendance à se réduire à mesure que les coûts augmentent). Mais dans tous les cas, j'aime bien les pitchlines du genre "la solution c'est l'amour" pour un service commercial. L'amour, quand il est tarifé, ça a un autre nom. Je ne raille pas un service s'il est viable et qu'il sert; je signale juste qu'il s'agit d'un supplément marginal, ne fonctionnant qu'à une échelle réduite et pour une portion de population spécifique (s'il peut faire un peu de pro bono, tant mieux pour les bénéficiaires, mais ça pèse pas très lourd), le tout sur fond d'un substrat encore fourni par les services de la ville. Si les habitants de chaque pâté de maison faisaient leur propre police, beaucoup de choses seraient certainement accomplies, et le contact de ces polices avec leurs "populations" serait optimal.... A ceci près qu'outre les dysfonctionnements et petits rapports de pouvoirs locaux ainsi créés (avec justices particulières et autres), le coût global à l'échelle de la ville serait énorme, avec beaucoup trop de personnels (permanents) et/ou d'heures de travail (ceux faisant du temps partiel ou une sorte de "service civique" dans leur voisinage) perdus pour l'activité économique, beaucoup d'amateurisme (et de bavures et mauvais fonctionnements afférents), beaucoup d'efforts gaspillés, et pire encore, aucune efficacité au-delà de cet ilôtage (réseaux criminels, zones en interactions et échanges, une ville étant bien plus que la somme des pâtés de maison qui la composent). Et que se passe t-il si ces "services de pâtés" se "coordonnent" pour faire plus? Ca s'appelle déjà un niveau politique, avec tout ce que ça implique en terme de supervision de leur activité (histoire qu'ils se constituent pas en caïds locaux), de dysfonctionnements probables, de difficultés de coopération (chacun ayant une juridiction dont il est jaloux, la coopération est tâtillonne, comme celle entre pays), de lenteurs.... A moins évidemment qu'ils fusionnent, mais là aussi, on retombe dans les grandes organisations et leurs logiques de fonctionnement propres: politique (pour la supervision nécessaire et essayer d'obtenir une meilleure allocation/rationalisation des ressources), multiples échelons de décision, hiérarchisation croissante.... Ce qui donne les mêmes travers potentiels que n'importe quel autre grand service. Et l'efficience de micro-systèmes empilés les uns sur les autres ou les uns à côté des autres dans tous les aspects de la vie, elle est décrétée d'où? Voir les évolutions ici et là des systèmes postaux, carcéraux, ferroviaires et autres. Les renseignements en France (comme micro exemple) ne sont pas forcément un exemple terrible en faveur d'une posture idéologique vantant la supprématie de cet "entrepreneuriat" abstrait et pris comme une généralité simplement parce que des théoriciens vivant dans l'abstraction la plus complète décrètent des choses. Et pour utiliser autre chose que l'histoire récente, pour toute une gamme de services d'ordre public, il y a quelques milliers d'années d'histire humaine qui tendent à montrer une inefficacité chronique (les critères définissant efficacité et inefficacité devant être définis, notamment en fonction de l'accessibilité au plus grand nombre et de l'impact global sur une société) de "l'entrepreneuriat" privé pour tout un tas d'activités (sécurité civile, police, système carcéral, domaine militaire, voirie et travaux publics, éducation, postes et systèmes de communication....). L'empilement de micro-systèmes a beaucoup d'implications et conséquences, à commencer par le coût mesuré au global pour une société: pas d'économies d'échelles, sur-sollicitation des citoyens (devant payer pour un peu tout au coup par coup), et ponction globale plus importante de la richesse immobilisée pour ces tâches par absence de rationalisation. Evidemment, surtout quand on parle de services comme ceux impliquant la violence, y'a d'autres conséquences quand on la laisse à des entités privées sans autre contrôle qu'elles-mêmes ou la loi du marché.... L'Histoire a juste quelques milliers d'exemples qui tous vont dans le même sens pour celles-là, et aucune ne sent bon. La féodalité, sommet des "micro-initiatives" et de "l'entrepreneuriat" comme organisation sociale, sans ce méchant Etat central tyrannique.... Y'a toute une intéressante littérature parue sur Detroit et la politique actuelle du Michigan depuis 3 ans (et l'opposition accrue entre la ville et la direction républicaine de l'Etat, qui transparaît notamment autour de la question des "emergency managers" par ailleurs présente aussi dans les Etats voisins), moi j'ai fait l'effort d'en lire une partie (dans le texte; faut pas chercher de traductions françaises) et de suivre l'actualité américaine sur cette question depuis 2 ans (c'est un cas rare et exemplaire d'évolution historique accélérée vu le stade avancé d'entropie de cet "écosystème" du Michigan). Comme quoi, quand toi tu ne te renseignes pas sur une chose, ça veut dire que personne ne le fait. Ce problème est très débattu aux USA depuis quelques années, ce qui est beaucoup dire étant donné que Detroit est sans doute la grande ville (ou ex-grande ville) la moins évoquée dans l'actualité américaine (culturellement, sur la scène nationale américaine, quand Detroit était mentionnée, y'avait comme un silence après).... Ou l'était jusqu'il y a encore 2 ou 3 ans, ce dont beaucoup de journalistes du Michigan s'étonnaient. Et encore une fois, non; y'en a beaucoup d'autres (et de plus sérieux). Ils sont juste les seuls auxquels Serge prête attention.... Autre façon de ne voir midi qu'à sa porte. Le monde existe en dehors de ta sphère d'attention, tu sais. Va falloir revoir ce qui autorise le terme "d'analyse" quand on a des gars réfléchissant dans l'abstrait, sélectionnant leurs hypothèses de base et proclamant des modèles à base d'exemples à micro-échelle sans vouloir même essayer de comprendre ce qu'est un système global, se lançant dans une énième déclinaison de la "main invisible" qui décrète que l'équilibre global ressortira magiquement du cumul des situations particulières (observé bien sûr de très haut, dans des sphères éthérées et atemporelles).
  18. Gné? En quoi? Je renvoie pied à pied "libertariens" et cocos "idéalistes" (pas la version bolcho-stalinistes qui sont plus des autoritaristes à tendance totalitaires qu'autre chose) pour précisément le même manque de réalisme, des raisonnements purement abstraits et théoriques, des vues par trop biaisées et ne tenant compte que de nombres très limités de facteurs (si possible des "expériences" anecdotiques et "hors sol" avec lesquelles ils justifient tout et son contraire).... Tout le monde a toujours parlé de beaucoup de choses, surtout théoriques, et on attend toujours de voir: appeler "ordre spontané" le fait de voir émerger différentes formes d'organisation sociale dans la Méditerranée antique (sociétés peu développées, en grande majorité vivrières) est juste constater que des communautés humaines de tailles et cultures diverses se sont constituées face à des réalités, adversités et circonstances très différentes. Un constat d'une évolution sur des siècles ou des millénaires (qui ont coûté des millions d'horreurs, de mesquineries, de corruption, d'asservissements, de ségrégations diverses....) n'est pas une thèse prouvant la validité de quoi que ce soit, tout comme en théorie économique, l'idée qu'un mythique "équilibre" se rétablit forcément toujours n'est en rien une thèse: cet "équilibre spontané" là n'est que le constat que le monde continue à exister, sans tenir compte des délais dans lesquels une situation moins instable se recrée (le "à long terme, nous sommes tous morts" de Keynes répond bien à cette abstraction), ou du coût économique et humain que cela implique et qui peut à lui seul impliquer plus d'instabilité (économique et politique) et moins de richesse (et/ou moins de "niveau moyen" de richesse dans une société donnée, l'argent étant concentré sur des parts plus réduites de population). Il y a ordre parce que le monde n'implose pas et la Terre continue de tourner? Quand on prend un référentiel aussi vague, on peut effectivement tout justifier; ça doit être réconfortant. Simplement, comme dit plus haut, le constat empirique apporté par toute l'histoire de l'humanité: jamais "d'ordre spontané" n'a existé à l'échelle d'une société autre que de très petite échelle, et même là, ses afficionados ne regardent que ce qui les arrangent dans de tels exemples: à petite échelle, toute forme d'organisation économique et politique repose déjà sur une division du travail de fait, même si les idéalistes/théoriciens ne veulent pas la voir (ou l'acceptent tant que c'est ainsi à petite échelle). C'est moins visible, parce que ces rôles peuvent être plus informels, que tout le monde se connaît de vue et se fait implicitement plus ou moins confiance, mais il y a des expertises de fait, ou tout au moins des expertises embryonnaires et des rôles dédiés qui y sont liés: même si tout le monde est plus "polyvalent" et assume un grand nombre de fonctions temps partiel, le fait est là. Dès que l'organisation grandit, ces expertises requièrent la permanence d'affectation, la spécialisation, l'optimisation des ressources ("l'économie" des moyens), la différenciation dans la valorisation (et le revenu) tiré de ces activités différentes, et surtout, pour l'organisation globale, la fin de la concertation directe qui n'est plus possible dès lors qu'une certaine taille est dépassée (dans les entreprises, on estime qu'au-delà d'une centaine de personnes, le mode de fonctionnement "façon PME", où le boss connaît tout le monde et peut ainsi créer du consensus, être respecté.... N'est plus possible). Et c'est là que commencent les problèmes liés aux société complexes: la confiance ne peut plus être directe, et se trouve gérée par un set de principes abstraits et pratiques et habitudes complexes, l'intérêt individuel à tous les niveaux implique des abus divers et variés et ce qu'on appelle "corruption", ceux qui ont un avantage le poussent toujours plus loin (y compris aux dépends des autres), l'intérêt commun devient nettement plus abstrait (surtout pour ceux que leur situation sociale/économique/hiérarchique éloigne d'un contact direct avec l'adversité et les conséquences directes de mauvaises décisions), l'organisation se stratifie en sous-ensembles divisés horizontalement et verticalement qui tous deviennent des sociétés (ou sous-sociétés) en soi, reproduisant en interne les mêmes modes de fonctionnement (et de concurrences/hiérarchisation) perdant encore plus contact avec l'intérêt général du groupe (au profit de celui du sous-groupes, ou plutôt de ce que son fonctionnement interne requiert: comme la concurrence en interne d'élites politiques prend le pas sur l'intérêt général d'une société, ou comme la concurrence d'entités financières pour la possession/domination de tel ou tel marché; dans les deux cas, les moyens consacrés à la concurrence elle-même vampirisent toujours plus de ressources aux dépends du développement du dit marché et de son bon fonctionnement). A toute petite échelle, dans l'organisation naissante si adorée par les théoriciens et leurs abstractions, toutes ces logiques existent, mais à petit niveau, parfois imperceptible étant donné que l'adversité directe est là pour tout le monde (survivre) et que l'organisation sociale est sous-développée, si bien que le niveau de hiérarchisation et de division du travail est peu élevé, à peine formalisé, que la répartition des fruits du travail est directe et relativement équitable (ou acceptée comme telle parce que tout le monde se connaît, que le compromis social a déjà été trouvé pour cette échelle d'organisation et peut vite être débattu et changé). Mais de telles organisations sont essentiellement vivrières, d'échelle microbienne, et ne dégagent pas beaucoup de possibilités de développement; si celui-ci arrive, l'échelle change et on retombe dans les défis de toute société complexe. Et les besoins de développement/croissance impliquent pareillement d'autres logiques. Ce qui est valable pour la taille/l'espace couvert par une organisation l'est aussi dans le temps: plus la durée de vie s'allonge, plus l'organisation doit trouver les moyens de perpétuer son fonctionnement, donc ne plus reposer seulement sur les compromis d'individu particulier à individu particulier qui ont présidé à ses débuts . Là encore, c'est un mode de gestion de la confiance, et là encore, cela implique d'autres logiques de fonctionnement que les exemples théoriques et fantasmés de théoriciens libertariens ne peuvent plus suffire à suivre. Ce que les libertariens et autres reprochent aux Etats, sans l'admettre ou le comprendre, c'est leur taille: une société vaste et complexe fonctionne sur d'autres modes que des exemples microbiens, impliquent d'autres logiques, requièrent d'autres équilibres et compromis permanents. Les Cités grecques (et du reste de la Méditerranée) ont été confrontées aux mêmes phénomènes (l'histoire des sophistes à Athènes en est un concentré) puisque leur taille (en tout cas pour les moyennes et grandes) rendaient les principes théoriques nuls et non avenus (et on parle là de sociétés dépassant rarement les 20-30 000 citoyens actifs, voire les 20-30 000 habitants). Croire qu'une société de grande taille peut juste être l'agglomérat de millions de petites organisations "essentielles" comme ces micro-exemples cités à la pelle et souvent d'ailleurs très partiellement (ou partialement) interprétés), c'est juste refuser de comprendre le fonctionnement des groupes humains. L'exemple de la police privée à Detroit est révélateur: une petite structure amenant un service pour un nombre extrêmement limité (réellement une partie infime) de la ville n'est un exemple de rien du tout, sinon juste d'une petite organisation motivée avec une bonne approche de micro-problèmes très partiels. A aucun moment cette structure n'a d'obligation à l'échelle de la ville ou de l'aire urbaine en général, à aucun moment elle n'a d'obligation de se maintenir qu'on le veuille ou non (parce que sinon, c'est le vide), et à aucun moment elle n'a d'obligation de fournir un "service complet" qu'une organisation étatique est de facto et de jure obligée de fournir.... Et ce principalement parce qu'elle n'opère pas dans le vide: malgré tous ses problèmes et dysfonctionnements de la ville de Detroit (qui est à un stade de décrépitude avancée, et un exemple particulier de ce qui PEUT arriver quand une organisation est mal gérée dans la durée, donc difficilement un exemple générique valabe partout et en tout temps) continue à fournir un service, y compris de police, dont l'effet global, plus ou moins palpable (surtout suivant les endroits), est le substrat sur lequel TMC apporte un complément en certains endroits (qui paient; n'oublions pas un fait aussi sur Detroit: l'impôt n'est que très partiellement perçu depuis longtemps). C'est comme dire que les SMP sont la solution de sécurité mondiale parce qu'elles peuvent, en certaines situations de petite échelle et dans des circonstances très particulières, apporter un "plus" (et encore, on juge le plus selon certains critères dont beaucoup sont contestables et contestés), par rapport à des armées régulières "pachydermiques" s'inscrivant dans un contexte EXISTANT (pas les SMP qui l'ont créé celui-là) un relatif équilibre politique et sécuritaire mondial apporté par des Etats décrétés inefficaces. Si d'aventure TMC devenait demain la police de Detroit, le modèle changerait radicalement et les mêmes problèmes que ceux de l'ex-police réapparaîtraient, peut-être moins prononcés dans un premier temps (douteux si cependant la ville ne peut payer le service), mais les mêmes logiques (taille de la ville, obligation de rationaliser les moyens policiers pour servir la ville entière, obligations de service universel -partout et pour tous-et complet -pas juste l'apport complémentaire et "rentable" de service par rapport à ce que fournit la police régulière) produiraient les mêmes conséquences ou, en tout cas, tendances. Pas vraiment les mêmes circonstances qu'une petite organisation peut s'offrir en fournissant un service marginal/complémentaire "à la carte" et "à petite échelle", pouvant aussi se permettre d'abandonner une part de marché quand les dites circonstances ne sont pas réunies (consentement libre des personnes, marché couvrable par les moyens existants, bénéfice prévisible, solvabilité du marché....). L'autre évolution possible est un modèle de police privée sans police régulière, soit une citoyenneté (et une aire urbaine) à plusieurs vitesses définissant des conditions de vie de base structurellement inégales, sans seuil minimum de service, qui garantit une société féodale, inégalitaire et inefficace, par ailleurs en contradiction avec les principes constitutionnels de base. Des exemples de ce que des systèmes de "police privée" ont donné à travers l'histoire? Rome avant Auguste, qui n'a jamais trouvé de solution satisfaisante, rendant la cité incroyablement violente, dangereuse, et concourant de son instabilité politique et sociale. Londres jusqu'au XVIIIème siècle (Paris jusqu'au XVIIème aussi d'ailleurs), où les niveaux de violence étaient proprement hallucinants. Le Far West aussi d'ailleurs. Et dans tous ces cas, les "polices" privées (ou systèmes d'attribution étatique de titres d'officiers de justice à des potentats locaux) aboutissaient aux mêmes tendances: - justice sommaire, reposant plus sur l'arbitraire et globalement inefficace - service globalement inefficace, à l'inefficacité croissante à mesure que croît la ville, logique qui distord encore plus par ailleurs (par concentraiton des moyens par ceux qui les contrôlent) le décalage entre les niveaux" de sécurité offerts selon les moyens. - justice inégalitaire, oubliant les crimes des uns, accablant les autres ou leur rendant un service irrégulier, partiel et anecdotique, au gré des intérêts et différences de puissance de groupes sociaux organisés et individus puissants - guerres de turfs d'organisations sécuritaires plus ou moins formelles qui, dans les faits, étaient difficilement plus que des gangs criminels organisés. Rapidement, ces affrontements (le "libre jeu de la concurrence et du marché" avec le sang en plus) deviennent une part croissante de l'activité des dits groupes pour la domination du marché jusqu'à ce qu'un monopole (ou oligopole un peu moins instable) s'établisse et puisse, comme tous les monopoles, imposer une loi abusive sans "checks and balances". La mode à Détroit depuis longtemps est aussi de cramer sa propriété pour essayer de toucher le fric de l'assurance: c'est très répandu, et implique d'autres problèmes car ces épidémies d'incendies sont à mettre en paralèle avec la compression permanente des effectifs et moyens de lutte anti-incendie.
  19. J'adore l'idéologie sans la moindre base ni en raison ni en faits: "l'ordre spontané", "la main invisible" et autres fadaises que l'intégralité de l'histoire est là pour démentir. Quand aux effets des coupes budgétaires, il suffit entre autre de voir la réévaluation par le FMI de l'impact sur l'économie anglaise (entre autres) de l'austérité (notamment la revue très à la hausse du multiplicateur keynésien, à mille lieues de ce que l'idéologie monétariste dictait depuis un bail) pour arrêter les grands délires et oeillères en pagaille que beaucoup s'empressent de sortir pour voir midi à leurs portes et voir dans n'importe quelle catastrophe l'exacte démonstration de leurs "thèses" (c'est toujours plus facile quand on voit que ce qu'on ne veut voir). Quelques groupes de citoyens parviennent à mettre en place un bout d'économie vivrière pour ne pas crever de faim, et c'est la "démonstration" d'un "système économique"? Vu le nombre microbien de personnes concernées et l'ensemble des facteurs et événements autour de tels phénomènes (qui les autorisent, les conditionnent, qui y ont mené....), faut-il rire ou pleurer? L'autogestion pendant 2-3 ans de quelques usines et services municipaux dans la Barcelone des années 30 démontre t-elle la validité du communisme? L'idée même que l'ordre "spontané" peut émerger à une échelle supérieure à celle d'un petit village est juste risible, et ceux qui s'en servent comme outil de démonstration ne sont pas étouffés par la lucidité, la connaissance ou l'honnêteté intellectuelle.
  20. Là on va entrer dans des nuances d'une extrême complexité, à cheval entre réalités ou non différentes (entre Army et Marines) et perceptions plus ou moins neutres ou "manipulées" (qui faussent le regard, qu'on le veuille ou non). Les Marines ne sont pas différents des GIs, et l'Army de la 2ème GM présente aussi des corps d'élite (rangers et paras surtout) qui, dans l'efficacité tactique et micro-tactique, n'ont rien à envier aux Marines, et comme par hasard, tu retrouves en interne les mêmes recettes du succès: esprit de corps sur-développé, ancienneté des personnels en général et d'encadrement en particulier, fonctionnement interne favorisant une meilleure sélection des chefs, attractivité des unités auprès des meilleures recrues, cercle vertueux de l'expérience enclenché au fil des combats.... Certaines unités (régiments, divisions, voire armées) ont pu aussi avoir de tels développements, notamment via un leadership particulier (Patton par exemple) donnant un grand allant et faisant mieux fonctionner la machine. On peut voir en général beaucoup de problèmes liés au fonctionnement de l'Army (en partie dus à une taille plus grande?), notamment dans sa gestion des personnels, du recrutement au "recyclage" et à la progression interne (rapatriés plus vite, des unités accumulant mal de l'expérience, cadres valsant plus vite....). Et là on peut voir intervenir des différences notales entre Army et Marines, au niveau des doctrines, fonctionnement et emplois: les marines ne sont pas des hommes différents, mais ils peuvent être mieux employés, aussi bien par le fonctionnement du corps, que par le fait qu'il s'agit d'un corps interarme, et non d'une Army faite de chapelles plus concurrentes. Et un corps interarme moins en concurrence avec d'autres services (et d'autres alliés) dans SON théâtre d'opérations. C'est très débattable évidemment. On peut aussi y voir une différence entre une Army plus "mécaniste", où l'individu compte moins et se trouve être plus anonyme et interchangeable, et un Marines Corps plus focalisé sur l'humain, ce que sa taille, même à son apogée, plus modeste, a favorisé. Peut-être y a t-il aussi un effet différent via le théâtre d'opérations: l'Army a opéré dans un théâtre massif et unique, plus "anonyme" pour les soldats et unités, plus confondant, moins identifiable par bataille. Le Pacifique, malgré l'échelle de la campagne, est plus "compréhensible" pour l'observateur: une île = une bataille, et les effectifs au sol sont moindres. Ca parle plus, on peut regarder à la loupe. Et sur le sujet de l'attention: le Pacifique, ce sont les ricains seuls, sans Européens avec qui composer et "partager". Ce à quoi s'ajoute le corps des Marines avec son histoire particulière: pendant le premier siècle d'existence des USA (et plus en fait), il a été quasiment la seule armée de terre permanente, et l'armée qui en plus allait porter au loin (aux XVIIIème - XIXème, l'étranger, c'est encore abstrait, on en sait peu, et on ne voit pas les problèmes et la réalité de troupes se comportant parfois mal ou des problèmes liés à la guerre) la jeune fierté nationale. L'Army à cette époque a mauvaise réputation (repère de glandus et d'officiers snobs, peu entraînée, au bilan équivoque), signifie une mobilisation en partie forcée s'il y a guerre.... Et elle n'a pas vraiment, quand arrive le XXème siècle, de grandes choses à mettre en avant depuis l'Indépendance: une guerre de 1812 assez ratée, une guerre du Mexique où officiers et Marines ont mobilisé l'attention, une guerre civile qu'on veut oublier. Les réputations et imaginaires nationaux, donc biais quand on regarde les uns et les autres, sont donc déjà faits.
  21. C'est vachement dur: faut arriver à convaincre des gens riches et pas si cons que ça que de tels machins valent quelque chose maintenant et vaudront encore plus demain.... Et que ça fait d'eux des "connaisseurs", que ça aggrandit leur bite.... Bref, faut salement bien sucer et lécher. Des dégâts plus graves que l'art contemporain lui-même? Un diorama de Sarajevo en 94 ou de Grozny version Poutine marcheraient sans doute bien, note.... Et ça resterait un sujet AirDefense :lol:. Ceci dit il y a quelque chose à dire en faveur d'un politique "extérieur" à la chose militaire qui apporte un "regard neuf": ceux qui lisent les dossiers et semblent en avoir quelque chose à foutre apportent de facto un "regard neuf" par rapport au reste.... Parce que de toute façon, ceux qui sont "dedans" et continuent à apporter leur "regard ancien" n'ont jusqu'ici pas apporté grand chose. Je suis méchant, mais à défaut d'autre chose, ce qu'il faut apporter, c'est du poids politique et de l'attention, choses que les habitués n'ont jusqu'ici pas vraiment amené sur la table. Le Driand (son poids politique étant d'avoir vraiment l'oreille du président) a au moins apporté ça; si d'autres pouvaient amener la chose dans l'Assemblée, ça serait déjà quelque chose.... Voire, et on retrouve ici l'art contemporain, remettre l'armée "à la mode" :lol:.
  22. il y a un paquet de batailles ou le travail des premiers a était minimisé voir zappé ,soit par importance de l'objectif (au pays on se dit ,sa y est enfin Il y a quantité d'événements de ce type, au moins autant que de batailles et de combats, autant au niveau d'unités, d'armées.... Que d'individus (un "héros" réussit un truc impossible sur une cible ainsi "affaiblie", quelle que soit sa nature: blockhaus, nid de mitrailleuses, adversaire individuel terrible, véhicule lourd, structure protégée à détruire....), mais le fait est: - qu'on ne retient que celui qui porte l'estocade: le récit historique/héroïque est ainsi fait, et seuls les experts et connaisseurs/geeks/obsédés (et encore) veulent voir plus loin. On doit faire simple, surtout quand, en temps de guerre, il y a profusion de tels actes à glorifier, de désastres à oublier, de confusion générale (la guerre, quand on vit PENDANT, c'est pas si clair dans ses grandes lignes que dans un bouquin d'histoire). - la complexité inhérente à la guerre ou même à un simple combat, est terrible: comment on attribue le mérite, comment on le "répartit"? Les chevaliers, même à l'époque des combats plus "rituels" entre eux, avant la guerre de cent ans, étaient de fait dans un système interarme, même si hypertrophié (qualitativement et un peu quantitativement) dans la cavalerie lourde: le mérite revenait donc à des actions collectives si bien utilisées, aux "stratégies" ou tactiques même sommaires des décideurs de tous niveaux.... Mais le mérite revenait à quelques "stars" qui tiraient la couverture, soit pour avoir été au bon endroit au bon moment, soit pour avoir réussi à se faire voir, soit pour avoir réussi un truc là où d'autres avaient foiré (mais avaient affaibli l'opposition), soit pour avoir mieux réussi à se vendre après coup. De même, la prise d'Okinawa est due à qui? 0 celui qui a défini la stratégie générale? A celui qui a conduit l'opération? A ceux qui ont mis au point la doctrine des opérations amphibies US et la doctrine des Marines? A quelques unités, voire quelques individus (voir un article récent de Goya sur les 10% de soldats qui font l'essentiel des actions, les autres suivant ou attendant)? EN tout cas, on ne retient que les quelques glandus qui lèvent un drapeau sur le mont Suribashi . - qu'on a besoin, surtout en temps de guerre, d'exemples à mettre en exergue, ce qui "appelle" ce genre de réductions et de symboles Regarde Monte Cassino, une "gloire" nationale, donc un truc sur lequel on a inconsciemment plus de mal à revenir: certes, les "Français" (et un pitit peu les Marocains, soudain nettement plus français ) ont percé, mais on oublie d'ailleurs aussi les Polonais.... Et cependant, quid de tous ceux qui se sont cassés les dents avant sur cet objectif? Ils ont bien cassé quelques dents allemandes au passage, non? Sans diminuer le mérite de ceux qui l'ont emporté, on peut dire quand même que beaucoup ont donné dans cette histoire, et beaucoup ont eu un impact "productif" dont seul le cumul produit la victoire, même si évidemment, il reste une inconnue X représentant la part du hasard (les milliers de petites occurrences qui font que les uns ont percé en profitant d'occasions que les précédents n'ont pas eu, même en écartant le différentiel de capacité de l'opposition entre les 2 vagues d'assaut: une sentinelle qui regarde au mauvais endroit à un moment décisif, un chargeur qui s'enraye sur une position cruciale, un mec qui tire à côté ou ne voit pas la cible pendant 1 ou 2 secondes, permettant à un assaillant de passer et lancer une grenade, un assaillant qui a un coup de bol improbable, ou une "crise de courage" insensée à un moment décisif....). Autre exemple: les "victoires" aériennes: les pilotes se peignent une silhouette d'avion ennemi, et au mieux, il existe ici et là, ou a existé, un mode de "partage" des victoires, avec d'autres pilotes, voire d'autres composantes (type DCA). Mais combien peuvent légitimement revendiquer une part de victoire dans chaque avion abattu? En écartant les concepteurs d'avions, ceux qui définissent la stratégie aérienne en général, ceux qui conduisent les opérations, voire la tactique du jour d'un escadron, quid des opérateurs radars (et de conduite de tir), des observateurs de tous types, des autres avions dont l'effet collectif peut être de rabattre un adversaire, de contraindre ses choix, de l'amener vers un pilote qui achèvera la besogne? Quid des autres acteurs impactant plus ou moins fortement les opérations aériennes au niveau tactique (les défenses et réseaux antiaériens, par exemple)? Des opérateurs radars embarqués? Ou, dans les biplaces, du navigateur/opérateur armement que tout le monde oublie au profit du pilote (tout pour Maverick, rien pour Goose :lol: )? Dans beaucoup de cas, le pilote n'est-il pas juste un maillon de la chaîne qui détruit un avion adverse, qui récolte plus juste parce qu'il est le dernier? Voire parfois, un simple exécutant final totalement interchangeable (c'est parfois l'impression que donnent des pilotes d'armées de l'air modernes face à des adversaires sou-développés, genre guerre du Golfe, opérations en Lybie....)? Tout ça revient au final à la répartition du "mérite" et de la victoire.... Elle a beau, comme on le dit, avoir beaucoup de parents (et la défaite un seul :lol:), y'en a quand même très peu, voire juste un seul, qui récoltent les lauriers: c'est parfois très galvaudé, plus souvent exagérément disproportionné (et négateur d'autres contributeurs), mais jamais personne ne voit une "répartition" équitable du mérite, que ce soit au niveau de l'attention (du public, des dirigeants, des chefs militaires, des historiens) ou des "retours" plus concrets (médailles, promotions, récompenses). Et, plus dérangeant encore, on le voit aussi rarement au niveau des RETEX: les leçons des victoires sont bien plus mal retenues en général que celles des défaites (où les fautes peuvent apparaître plus clairement), et on favorise trop certains éléments aux dépends d'autres (voire des éléments dont le mérite est carrément imaginaire): je parle là aussi bien d'éléments qui sont des unités, des types d'unités, des systèmes d'armes.... Que des individus (à promouvoir et récompenser, à mieux employer....). Ceci dit, il y a aussi dans beaucoup de cas des histoires où une part prédominante du mérite revient à un petit groupe de personne, voire une: c'est généralement au niveau tactique/sub-tactique, parfois à haut niveau (le général en bataille avec son "coup d'oeil", une décision-éclair qui bouleverse le sort d'une bataile, une percée non aticipée....). De même, dans des réussites exceptionnelles lors d'actions de plus ou moins grande ampleur, il ne faut pas enlever son "mérite" à l'ennemi :lol:: la gaffe, de petite ou immense conséquence, l'erreur, l'oubli, la mauvaise coordination, l'incompétence, la panique, le facteur Murphy (la poisse,, quoi).... Au niveau d'une compagnie (placée à un endroit crucial) ou d'un corps d'armée, ça arrive: regarde mai 40.... Les Allemands l'auraient ils eu si maousse face à un commandement français moins tâtillon, plus compétent, moins centralisateur? Et sans un peu de baraka? Toutes choses égales par ailleurs, ils ont eu la "coopération" des chefs français et pas mal de chance à quelques moments décisifs (on la provoque, certes, mais il faut aussi qu'elle vienne: il y a dans cette campagne une somme de hasards assez spectaculaires, de l'aveu même de témoins allemands), pour obtenir un résultat aussi hallucinant. Il y a ainsi une longue histoire militaire des engueulades pour savoir qui a fait quoi, qui a fait le plus.... Parfois marrante et pittoresque (voir l'histoire de Forbin, qui s'attribuait tous les mérites: il a même réussi à énerver le pourtant calme Jean Bart), parfois méprisable (surtout quand on entre dans les histoires d'officiers, du lieutenant au général, essayant de s'attribuer un mérite exagéré aux dépends des autres, tout comme ils essaient de foutre la responsabilité d'un échec sur d'autres). Mais bon, quand une unité ou un gars perce ou réussit un truc terrible, c'est rarement, comme disent les ricains, "in a vacuum" (dans le vide): il y a toujours une somme d'événements, de gens, de groupes et de facteurs avant, après, autour, au-dessus, en-dessous, en amont, en aval, à côté.... Qui ont aidé, conditionné, voire été absolument déterminants. Mais on est conditionnés pour recréer du symbolique, du simple (même les experts, à leur niveau, aussi bien par idéologie, oeillères, focus exagéré sur un sujet d'intérêt donné.... Et illusions simplificatrices): c'est pourquoi les histoires "d'âge héroïque" (époque type guerre de Troie, chevalerie, samouraïs.... Où l'individu compte pour l'essentiel, où les champions s'affrontent en duel....) nous parlent et que tous les récits militaires, jusqu'aux films et jeux les plus récents, survalorisent toujours un "héros", une unité assimilée à un personnage principal,, voire un système d'arme/type d'unités dont les mérites sont exagérés à outrance. Le fait est que ce fonctionnement n'est pas limité à la fiction: au sein même des armées, pour bien des raisons, la perception fonctionne sur des modes analogues. Quelques exemples: - on ne retient que la phalange de l'armée macédonienne d'Alexandre.... Ce sont sa cavalerie lourde et son infanterie "médiane" qui pourtant faisaient la décision, et plus largement, c'était un modèle interarme intégré et équilibré (qui a disparu assez vite après lui au sein des armées macédoniennes) qui a fait le succès du modèle militaire d'Alexandre et de son père. - l'histoire de la légion romaine est pareillement faite de mérite volé et de sur-représentation aux dépends des unités auxilliaires, pour des raisons culturelles, politiques et militaires. C'est encore plus vrai et frappant dans l'armée romaine impériale où la légion accappare presque toute la place face à des auxilliaires qui pourtant sont désormais des militaires romains à part entière; à part quelques unités (bataves surtout, plus les auxilliaires servant de gardes montés aux empereurs), peu d'auxilliaires se font une place au soleil avant les grands changements du IIIème siècle. On avait précédemment vu la même chose dans la Grèce classique où le hoplite prenait tout le mérite, y compris celui d'autres unités dans des actions précises (encore plus si c'était un archer, arme dont les Grecs reconnaissaient à peine l'existence dans leurs rangs). - dans les pays de culture féodale prononcée, tu ne trouveras pas beaucoup de mérite attribué à d'autres soldats que les chevaliers (et pour tout ce qui n'est pas noble), quel que soit par ailleurs leur mérite réel. - l'après seconde guerre mondiale est assez édifiant sur les mérites réels et supposés de systèmes d'armes comme l'aviation ou les chars: le décalage entre le réel et le supposé atteint des proportions suffisamment importantes pour impacgter énormément les doctrnes et armements de nombreuses armées qui se constituent ainsi "mal", de façon déséquilibrée (l'histoire du VCI en est une des incarnations, tout comme le thème du bombardement). - plus dans la ligne précise que tu évoques au début: qui a "vaincu" les gardes de Napoléon à Waterloo? Les Guards britanniques qui en auraient hérité leur bonnet d'ours? Ils se sont en fait fait étriller et on retraité. Les fantassins de Maitland? Pas vraiment un échange décisif vu que leur fameuse volée n'a pas fait fuir la Moyenne Garde. LEs Belgo-hollandais qui ont chargé, tout frais, les unités éprouvées de la garde? La retraite ne découle pas de ça uniquement, même si les Anglais ont tout fait pour nier l'existence même de ces soldats à cet endroit là.... En fait, l'ensemble des unités britanniques, allemandes, belges et hollandaises, d'artillerie et d'infanterie, qui ont constitué une killzone terrible (prise de face et sur les flancs, depuis une position dominante et en partie abritée), à 5 contre 1. Et évidemment, la Vieille Garde.... Etat même pas là :lol:. Mais tout le monde revendique le mérite de l'avoir démolie à "1 contre 1" (voire pour certains Anglais à 1 contre 10 :-[). Bref, c'est toujours un sport d'équipe, mais tout le monde veut voir des stars individuelles (ou des groupes précis)....
  23. Et il est un peu plus que de notoriété publique que ce statut de "réserve" est sorti du trou du cul de nulle part juste au moment où la dite série a commencé, avec personne dans les services de police de Louisiane qui n'avait jamais vu Seagal avant (alors qu'il clame avoir opéré discrètement depuis des années), et aucune trace de son nom dans les cursus de formation requis en Louisiane (où il est censé "opérer") ou en Californie (ou il est censé avoir été "diplômé").... Tu avales toutes les pitch lines que la télé balance? C'est de la télé réalité, ce qui veut dire que c'est scénarisé et que la réalité n'a rien à voir avec ce qui se passe à l'écran. Steven Seagal lawman, c'est essentiellement un groupe d'obèses dans des situations faussement réalistes (et vraiment, vraiment souvent ridicules), balançant des phrases clichés et se la jouant "vrais durs qui connaissent la vraie vie"; ni film d'action, ni réalité du travail policier, juste un mauvais grand guignol. A l'occasion, de très grosses prod font ça quand elles veulent multiplier les effets de leur budget, contourner des règlementations.... Quand Steven Seagal (et d'autres) le fait, c'est qu'il a pas les moyens de tourner ailleurs, cad que son nom ne convainc aucun investisseur pour risquer le financement d'un film, même petit. Et quand ce mode de fonctionnement arrive à répétition depuis les années 90, c'est qu'il y a comme une continuité qui ne convainc toujours pas des producteurs et financiers de soutenir le bestiau, ce qui veut simplement dire que ces films ne sont pas de bons investissements (aucun jugement de valeur sur la nature des fils: ces gens là se foutent éperdument du contenu juste du ROI). Quand on voit ce sur quoi les producteurs et financiers américains soutiennent comme produits par ailleurs, ça veut dire beaucoup. :lol: :lol: :lol: Quand un film, surtout aux USA (où la diffusion en salle est nettement moins "sélective" qu'en France; aucun jugement de valeur, juste des critères de marché et de perspectives d'audience), sort en direct to video, c'est précisément qu'il est écarté par les diffuseurs en tant qu'objet commercial: c'est pas vraiment la "qualité artistique" qui bride les salles de ciné (il suffit de voir ce qui peut sortir en salle). Un film, surtout de genre (ici l'action), qui passe direct en vidéo, et ce encore plus depuis que l'étape des video stores a de facto sauté (y'en a encore, mais ils ne sont plus des acteurs du marché (prescription, filtre, impactant les prix et les résultats d'audiences/ventes) et que l'essentiel passe par internet. Oui, tout est relatif: l'audience cumulée de chaînes à objectif limité permet à une micro-niche d'afficionados de constituer un fond de roulement d'échelle suffisante. Comme dit plus haut, une contrée féodale, c'est vaste, peu densément peuplé et pas vraiment sur-quadrillé par l'autorité; les clans des collines sont ici une adaptation/transposition des clans écossais (et gallois) de l'Angleterre médiévale, en tout cas des plus reculés d'entre eux, ceux qui étaient dans les zones les plus vides de gens et d'autorité. Dans le genre, les habitants des "Iron Islands", sortes de vikings, par leur localisation précise, leur proximité et leur comportement (piraterie, raids violents, esclavage) seraient moins susceptibles d'avoir un avenir, vu qu'ils sont à la fois réellement irritants et pas loin des côtes de Westeros. Mais là encore, c'est un Etat médiéval, qui ne peut faire quelque chose que quand le souverain est très fort et a les moyens et l'intérêt de faire quelque chose, si bien que la dernièure "mise au pas" des Greyjoy commence à dater au moment de l'histoire.
  24. Comme si Seagal avait le choix :lol:: entre ses films des 10 dernières années et plus, tournés en Bulgarie et passés direct en vidéo pour des ventes anecdotiques et son "émission" Steven Seagal lawman qui a confirmé son titre de M. Nanar du siècle entier (regardez en un épisode: entre absence de crédibilité, jeu pire que merdique, "réalisme" à deux balle et ridicule prononcé, ça vaut le détour pour se poiler au 3ème degré.... 5 minutes). Avec Chuck Norris, peu d'acteurs d'action sont à ce point devenus des vannes vivantes.
  25. Ben oui: mieux vaut que des horreurs soient dites, plutôt qu'interdire et/ou prescrire ce qui doit être dit, ou, comme disait l'autre, l'excès de caricature que l'excès de censure, parce qu'on part du principe réaliste qu'il est impossible de définir des lois encadrant un espace de débat "idéal" (voir, surtout en France, toutes les conneries en la matière, à commencer par les débilités de lois mémorielles et leur impact sur la parole et l'écrit). A part l'apologie du meurtre (de personnes ou groupes précis), de la torture, de la pédophilie ou du viol, à part la promotion des crimes les plus évidents, l'encouragement au commerce et à la consommation de drogues dures, il est difficile d'encadrer la liberté d'expression sinon en espérant (et éduquant un peu en ce sens, essentiellement à l'école) qu'un sens de la responsabilité et de la mesure, corollaires nécessaires de toute liberté, soit maintenu.... Voeu à moitié pieux. Oui, il y a souvent dérive du système quand les habitudes sont prises, des trusts des places au pouvoir établis par des groupes relativement constants.... Mais c'est justement l'arrière point fondamental de la démocratie: par défaut, s'il faut avoir à choisir entre la gouvernance (diriger un pays) et préserver les libertés (précisément par la lutte des pouvoirs entre eux, la lutte des groupes politiques et parapolitiques -lobbies....- entre eux), c'est la deuxième option qu'on choisit. Personne n'a jamais garanti que la démocratie fournissait un bon gouvernement à tous les coups, ou même seulement fréquemment. Personne n'a jamais non plus garanti, même, que le système était éternel. Juste que c'était la moins pire option pour garder aux citoyens un espace de liberté. Généralement, dès lors qu'on regarde vers les options promettant une bonne gouvernance (définition à fournir) la liberté et l'individu ont tendance à passer à l'arrière plan des priorités: sous prétexte de "faire des choix clairs", de "trancher", "faire les choix difficile" (le vocabulaire est connu et habituel), ce genre de trucs arrive, et si effectivement on peut avoir des gouvernements qui "gouvernent", rien ne garantit non plus qu'ils le feront bien (pas plus qu'en démocratie), et rien ne garantit non plus qu'ils cesseront de gouverner un jour (ou qu'une "bonne" gouvernance initiale ne dégénère pas vite, mais sans possibilité de gicler les chefs). Ce genre de processus pour la gouvernance en général a été résumé par B Franklin pour la sécurité en particulier (et récemment illustré par le Patriot Act aux USA et ce qui a suivi): "ceux qui acceptent de perdre un peu de liberté pour l'espoir d'un peu plus de sécurité ne méritent ni liberté ni sécurité" (et ne les auront pas). Ce genre de "détails" est fréquemment oublié par ceux qui tout d'un coup émettent les habituelles récriminations de café du commerce sur le "faut faire des choix", "avec untel, au moins, ça file droit".... Erdogan Et Morsi viennent de faire la démonstration en direct live de tendances de ce type (face à la réactivité que des pays avant tout urbains et de populations informées et rapidement connectées entre elles par des moyens anciens et nouveaux). Tout ce qu'on obtient dans ce genre de délires, ce sont des fantasmes "d'homme providentiel" et des autoritarismes plus ou moins prononcés, qui se nourrissent de la crédulité de ceux à qui ils donnent leur parole (comme les politiciens de démocratie, mais en plus hard). Tout ça pour quoi? L'espérance que le "vrai" dictateur éclairé se pointe et fasse tout bien sans nuire aux "gentils" (nous évidemment); quel esprit adulte parierait sur une probabilité même anecdotique pour ça? La démocratie est justement là par pessimisme: on peut dégager ceux qui merdent ou déconnent, le système n'est pas là en premier lieu pour sélectionner le gouvernant idéal (comment on sait à l'avance qui l'est? Ca dépend de tant de trucs, les qualités individuelles des personnes étant souvent secondaires). La seule solution, celle que personne ne veut voir en face, serait que les citoyens s'impliquent dans la politique: s'impliquent réellement.... Ce qui veut dire: - pas de militantisme dans les partis, ce qui s'apparente à des mouvements de fans, constituant l'antithèse du débat. Rien de pire que discuter avec un militant de parti, espèce néfaste et déprimante - tout le monde va voir et emmerder son député, son sénateur, pour le forcer à être réactif. Sinon, il n'ont essentiellement affaire qu'aux "clients habituels" et à ceux qui peuvent les financer -il faut s'informer sur les affaires en cours (les grandes théories, les enjeux, les débats, les personnes, les affaires locales), et comme on ne peut pas tout voir (et qu'on doit vivre à côt), il faut S'ORGANISER en groupes et comités locaux (inspecter les comptes de ceci, les actes de cela....) qui se répartissent les tâches (et doivent apprendre à se faire confiance)... Qui a envie (et le temps) de faire ça? Qui en a le temps et les moyens? Rousseau avait justement prévenu que l'une des conditions premières d'une "vraie" démocratie était que l'être humain soit une espèce de quasi dieu (avec des journées de 96h qui laissent le temps de tout faire, une parfaite honnêteté intellectuelle, un équilibre idéal entre intérêt personnel et conscience du bien commun....). Du coup, la démocratie "du monde réel" est bien un système par défaut: on peut tirer la chasse d'eau régulièrement, et ceux qui pèsent lourd sont condamnés à se foutre sur la gueule les uns les autres. Sous réserve de ce genre d'organisation sociale très impliuée et d'état d'esprit individuel et collectif "idéaux", la démocratie reste, sus cet aspect des choses, un système de pouvoir, où tout ce qu'on n'inspecqte ou ne sait pas soi-même est trusté, utilisé et détourné par ceux qui baignent dedans.... D'où l'importance du "business politicien": à dafaut de pouvoir les contrôler et les orienter, mieux vaut qu'ils se parasitent les uns les autres. Sinon, les ciytoyens ne sont capables de s'organiser et de se bouger leur cul de consommateur (et d'être d'accord) que si maurice pousse le bouchon trop loin (soient des cas extrêmes et rares).... Enfin, Maurice ou Morsi....
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