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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Dans le principe, ça pourrait être vrai: l'intention prévaut sur le moyen.... A ceci près que l'arme est un facilitateur énorme de l'acte lui-même (c'est rapide, c'est "facile" sur le plan pratique, moins intimidant qu'un processus long ou réclamant plus d'efforts, et l'arme offre une probabilité de "succès" très supérieure aux autres méthodes, ce qu'on voit par exemple dans la différence de suicides "réussis" entre hommes et femmes, les hommes recourant beaucoup plus à l'arme à feu), et que l'intention de suicide n'est pas une constante: dans la plupart des cas, c'est même juste le fait d'un "moment", parfois extrêmement court (qui s'inscrit dans un état dépressif général, c'est sûr, mais pas forcément suicidaire 99,99% du temps, surtout chez les jeunes, sur-représentés dans les statistiques). Le suicide est le plus souvent un acte narcissique dans un moment, pas un acte mûrement réfléchi et planifié, inévitable et irrévocable dans la volonté qui y amène; et dans beaucoup de cas sinon tous, il s'agit plus d'un appel à l'aide que d'une volonté d'en finir.... C'est aussi pourquoi il y a beaucoup plus de tentatives de suicides que de suicides réussis, l'autre raison étant que le moyen d'en finir à coup sûr n'est pas forcément dispo: tout le monde ne sait pas doser des médocs/tranquilisants, se gazer dans sa voiture, se couper les veines "comme il faut".... Voire recule ou hésite devant le processus s'il est long, s'il est trop évocateur/paniquant.... C'est même plus une minorité qui parvient authentiquement à en finir. Le rapport de facilité est infiniment plus grand avec l'arme à feu qu'avec l'arme blanche, entre autre parce que l'arme blanche, plus malcommode, limite la possibilité d'escalade des incidents (beaucoup d'homicides par arme à feu ne sont pas pleinement intentionnels: le cas de figure du braqueur amateur qui panique et fait feu est de loin le plus courant) et la létalité des blessures (faut le vouloir beaucoup plus fort pour blesser sérieusement ou tuer avec un couteau; le flingue est un multiplicateur d'efficacité -même non intentionnelle- énorme). Et les USA ne sont pas en reste sur la violence par armes blanches: il n'y a pas de substitution si importante qu'elle diminue radicalement le nombre d'agressions par armes blanches (enlève les violences par armes à feu, les USA sont toujours très au-dessus des autres pays développés pour les autres violences). Si bien qu'on ne peut nier l'effet de disponibilité aisée des armes à feu comme facteur important de facilitation de l'acte criminel ou de la décision d'en commettre (même si dans la majorité des cas, il s'agit encore une fois d'amateurs s'imaginant que le flingue les rendra tout puissants, et dont la plupart sont prompts à la panique et à la connerie: ce sont statistiquement les plus dangereux comme catégorie). Le principal effet à cet égard des armes à feu aisément disponibles est la multiplication des effets dramatiques par le différentiel "d'efficacité" entre elles et les armes blanches: une connerie fait tout de suite plus de dégât, une connerie est plus prompte à arriver, l'effet de panique (qui induit les situations d'escalade) est plus rapide et plus fréquent, et ce dans des proportions importantes. Artificiel comme séparation: ce n'est pas séparable à cet égard du nombre de blessures dues à des situations de type criminelles/crapuleuses impliquant des armes à feu (la plupart des homicides ne sont pas pleinement intentionnels, tout comme la plupart des blessures ne viennent pas de tentatives de meurtres foirées: panique et amateurisme dominent), ni d'ailleurs du nombre d'accidents, tentatives et meurtres effectifs en général. C'est pas parce qu'un acte est raté qu'il sort des statistiques. Par ailleurs la comptabilisation par rapport à l'effectif strict de population général est un peu exagéré: les gens ne vivent pas totalement de façon atomisée, et il faudrait à cet égard plus rapporter le nombre d'accidents, incidents, tentatives de meurtres.... Au nombre de foyers (les "unités d'habitation"/de localisation, centrés sur les individus adultes autonomes et les couples); surtout quand on se rend compte que la majorité des violences (y compris les braquages, en grande majorité du fait d'un glandu du quartier qui va une épicerie de son quartier) arrivent dans un environnement domestique ou de voisinage, et qu'un tel acte est d'autant plus susceptible d'impliquer plusieurs personnes de ce fait (le coup du braquage d'une personne par une autre dans la rue étant rare avec un flingue: l'intimidation -une bande contre un individu- est nettement dominante comme schéma). Le Guardian comme source ;)? Sur une période de 10 ans (plus que les données d'une année) ramène plutôt les USA a un chiffre entre 4 et 5 homicides (plus proche de 5 depuis la crise de 2008) pour 100 000 habitants (ramener au nombre de foyers a plus de pertinence), pas les 2,97 évoqués (et là encore, ce n'est que le taux de morts intentionnelles, écartant donc les blessures -alors que l'intention pouvait être là- et les situations d'accidents, celles qui partent en couille....). Ensuite il faut ventiler selon les régions (type habitat dispersé ou grande ville) et surtout les Etats, la législation sur les armes et les mesures de contrôle, de même que "l'ambiance culturelle" à l'égard des armes variant beaucoup d'un Etat à l'autre (présentant une diversité plus grande que dans des Etats unitaires ou moins différenciés en interne sur ce sujet). Ca ramène les USA à la 15ème place, avec dans les 14 premières, uniquement des pays en semi-guerre civile ou à grandes difficultés de gouvernance et niveau de développement bien moindre: Colombie, Brésil, Mexique, Philippines, Montenegro, Irlande du Nord, Zimbabwe. Super comme comparaisons: les USA sont un pays en paix avec un Etat de droit effectif (et l'un des mieux outillés du monde) et le pays le plus riche de la planète.... La corrélation est plus qu'évidente quand on compare à des pays comparables, cad en paix, avec un Etat de droit relativement fonctionnel et un niveau de vie/développement correct (malgré des disparités parfois importantes). Les seuls Etats américains avec un taux d'homicide par arme à feu réduit (par rapport au "seuil" des 2 à 2,5/100 000 hab, considéré comme important pour évaluer les pays développés ou en développement) ET un taux de possession d'arme à feu élevé, sont les Etats quasiment vides, sans densité de population significative ni grande ville ou tissu urbain important. Dès lors qu'il y a des densités humaines conséquentes, la corrélation entre le "taux d'équipement" en armes à feu et un nombre élevé de morts et blessures par armes à feu est établie. Le niveau de développement/niveau de vie est l'autre facteur qui compte (affecte aussi bien la violence criminelle/crapuleuse que la "désespérance sociale", le "moral" en général d'une population). la soi-disant "culture des armes" ne change quasiment rien à l'affaire. Par ailleurs, il faut mesurer l'impact de la chose (la violence en général, celle par armes à feu en particulier, notamment parce que plus spectaculaire/sensationnelle) sur le sentiment d'insécurité aux USA: non seulement elle l'accroît, mais surtout elle concourt au cercle vicieux d'une "course aux armements" domestique, elle-même facteur anxiogène et d'accroissement de l'insécurité réelle (et par là, exponentiellement, du sentiment d'insécurité). ENFIN UNE PETITE NOTE sur le taux d'équipement: le chiffre de 88% est notoirement artificiel. La méthode utilisée, faite pour les comparaisons internationales, consiste à rapporter le nombre de flingues détenus par des personnes privées à la population totale. Outre les disparités parfois immenses entre Etats ou types d'habitat (campagne, grande ville, banlieues, coins isolés....), le chiffre ne tient pas compte du fait simple d'un détenteur possédant plusieurs armes à feux: les collectionneurs en particulier, les chasseurs, mais aussi les milices légales ou non, les clubs de tirs et de chasse.... faussent plus que significativement les statistiques: il n'y a pas 88% des Américains qui ont une arme à feu (de même que, selon le même calcul, il n'y a pas un peu plus de 30% des Français qui ont une arme :lol:). Il y a plus de 230 millions d'armes en circulation aux USA (le chiffre date), mais la proportion d'Américains en détenant au moins une est infiniment plus réduite: 47% des foyers US (pas des individus; le foyer doit compter une moyenne autour de 2-3 personnes, selon le taux de natalité et le taux de nuptialité) en 2011 ont au moins une arme, on est loin de "88%". La résolution, c'est la mise en place d'un système réel de responsabilisation de la détention d'armes à feu ET de leurs munitions (que tu peux souvent acheter au 7-Eleven ou au Walmart du coin aux USA), et d'une responsabilisation réelle, pas juste a posteriori (cad la condamnation quand un crime ou un accident a eu lieu). Pas tellement dans un établissement précis et définitif de mesure que dans l'acquisition/l'acceptation du principe de base, chez toutes les parties en présence et dans le débat public, qu'il doit y avoir un système fort et efficace impliquant limites, responsabilité, contrôle et accessibilité vraiment régulée. Ca veut dire un REEL encadrement, qui est d'ailleurs irrévocablement lié au principe de propriété d'armes à feu dans le 2ème Amendement; toujours cette partie sur "a well regulated militia". Ce principe du 2ème amendement est explicitement lié au droit de résistance à l'oppression et à une responsabilisation politique des citoyens face à une potentielle évolution tyrannique du gouvernement (en aucun cas l'autodéfense n'est un motif de possession d'ailleurs dans le texte), et c'est pourquoi il est reconnu, mais c'est aussi pourquoi il est irrévocablement associé au principe d'une milice bien règlementée/encadrée. A définir: qui encadre/règlemente, étant donné que là, le niveau fédéral ne peut évidemment être l'arbitre exclusif ou même le plus important.... Les Etats, les Comtés, ou d'autres formes de communautés ont leur mot à dire et leur rôle à prendre (et des comptes à rendre en conséquence, en vertu du principe de "checks and balance"). La liberté définie dans le 2ème Amendement est de nature politique et collective (pouvoir résister à un gouvernement tyrannique), et elle a été convertie dans le débat en droit à un caprice individuel (caprice parce qu'il s'agit d'une liberté sans responsabilité). Les Etats ont des milices: elles s'appellent Gardes Nationales et Forces de Défense d'Etat (un certain nombre d'Etats américains ont des forces armées de type garde nationale qui ne peuvent être "fédéralisées" et ne répondent qu'à eux), mais peuvent inclure aussi toute une gamme de formes juridiques d'organisations et d'associations (surtout locales) qui constituent autant de cadres potentiels pour peu qu'on les définissent mieux ou qu'on régule et surveille correctement leur activité (les milices de surveillance de la frontière mexicaine, par exemple, sont la plupart du temps des associations et groupements légitimes; le fait que beaucoup fassent n'importe quoi et abusent est autre chose). Le droit des shériffs (élus locaux) et autres forces de l'ordre non fédérales à lever et maintenir des forces de volontaires (le droit de "posse" et celui de "députer") pour une tâche donnée est encore un cadre juridique légitime et non fédéral d'organisation de ce type. Il ne tient à pas grand chose que de tels systèmes soient mieux définis et encadrés juridiquement et techniquement pour répondre aux besoins légitimes de sécurité encadrant la liberté de posséder une arme à feu. Enfin dans un tel débat, un point qui m'énerve particulièrement est la tendance des partisans du droit à porter des armes à se cantonner à la théorie pure et aux principes abstraits (outre le fait qu'ils soient souvent contestables en eux-mêmes); quand cet amendement, ce droit en général (donc là pas qu'aux USA) et le principe de ce droit ont été tacitement acceptés, promulgués ou même, pour remonter plus loin, correspondaient à une conception (de "l'homme libre") issue d'un lointain passé, les armes étaient différentes, de même que les sociétés, les cultures, les environnements.... Et ça ne peut être neutre dans le débat. Ces principes viennent d'époques différentes où les concentrations humaines étaient infiniment moindres, l'essentiel des populations étant disséminées en habitats éloignés et de taille réduite, les interactions humaines étaient limitées hors des communautés (à une petite proportion des populations), les communautés étaient "à taille humaine" pour l'essentiel d'entre elles (avec des modes d'autorégulation et de cohabitation transgénérationnelle induisant des limites de comportement tacitement acceptées/intégrées, facteur d'ordre), mais aussi la vie humaine avait moins de valeur subjective et objective, voire plus encore, l'absence de connaissance et de statistiques sur les faits de violence armée limitait gravement la conscience de l'existence d'un problème, donc la capacité (ou même la volonté) d'en débattre rationnellement et d'accorder un niveau satisfaisant de priorité à la chose. Par ailleurs, le droit à porter des armes visait surtout à exister dans un cadre régulé, essentiellement pour préparer une capacité (et un devoir) de milice destiné à suppléer ou fournir une force militaire, pas à satisfaire un "droit naturel" à l'existence douteuse. Par ailleurs, et c'est peut-être un point essentiel, ces droits et fondements viennent d'une époque où la létalité des armes était extrêmement réduite comparé à celles disponibles actuellement, même pour les plus simples. Le principe de ce droit remonte à des sociétés primitives qui prédatent l'arme à feu, et même les armes à feux contemporaines de la reformulation de ce droit sont celles du XVIIIème siècle/début du XIXème, soit des armes à poudre et à un coup, à faible précision, portée et puissance de pénétration. A côté du simple fusil ou pistolet actuel, ce sont des jouets ayant une très faible capacité à tuer, donc limitant encore plus les situations de morts, blessures et accidents potentiels que les faibles densités de population et le cadre de vie dans de petites communautés.
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Non, c'est là l'un des travers du débat sur la scène publique selon moi (et d'autres): cette fausse "équivalence des extrêmismes" dans toute question, cette idée absurde qu'il y a sytématiquement 2 côtés équitablement légitimes à toute question, et qu'on résume au final toujours par un sempiternel "il y a des extrêmes partout" qui ne résout rien, les 2 parties se séparant sur un "on est d'accord de n'être pas d'accord". Il y a des questions qui ont 2 aspects équivalents, d'autre qui en ont 10, certaines qui n'en ont qu'un seul sérieux (exemple caricatural: créationnisme vs darwinisme, une question somme toute résolue, mais qui a glissé sur un faux "équilibre de légitimité" dans le débat public US). Or on le constate, par exemple aux USA, le "centre" du débat a beaucoup glissé en 30 ans, allant de plus en plus vers la droite, en cela tirée par ses extrêmes radicales de tous types et religieuses. En démocratie, le centre ce sont les faits, que les parties en présence sont censées examiner le plus rationnellement possible (sur des critères communément acceptés de raison, d'honnêteté intellectuelle et d'acceptation de la légitimité de l'autre = se dire que s'il pense un truc, c'est peut-être qu'il a au moins une bonne raison pour le faire), et surtout en faire l'effort, donc essayer d'être honnête puisque la conscience qu'on doit vivre ensemble sur un pied relatif d'égalité (sur certains fondamentaux: liberté, sécurité....) en acceptant les différences doit absolument prévaloir (sinon, il n'y a plus de nation, de corps politique....). La négation des faits est le trait le plus caractéristique de l'évolution de la droite américaine dans le débat public depuis au moins 20 ans, avec des dérives populistes et démagogiques atteignant un niveau grave. Dans ce débat sur les armes, la négation porte sur le droit des citoyens non armés (ou anti-armes) à se sentir en sécurité ( côté de voisins armés et dont ils voient le comportement au quotidien, pas forcément responsable ou même adulte), sur les conditions du 2ème amendement, sur l'examen des détenteurs d'armes, sur au final les nécessaires conditions (la responsabilité) allant avec un droit, surtout un qui porte sur le fait de détenir des engins dont la seule finalité/fonction est de tuer. Les anti-guns aux USA sont quasiment inaudibles désormais: en terme d'organisations, ils sont petits comparés à la NRA et aux autres associations pro-guns ou plus largement liberariennes, n'ont quasiment aucune capacité financière significative, ni le centième de l'exposition médiatique des pro-guns. En termes politiques, ils n'ont tout simplement pas de représentation: il n'y a aucun élu (en tout cas fédéral) remettant en cause le 2ème amendement de quelque façon que ce soit. Aucun programme politique n'existe qui menacerait le droit de détention d'armes. La seule "opposition" vient des partisans du "gun control" qui ne représentent pas une mouvance unifiée ni un programme, le "gun control" voulant tout et rien dire suivant ce qu'on veut y mettre. La majorité d'entre eux, du moins ceux qui peuvent s'exprimer avec un peu d'audience, se cantonnent à promouvoir des mesures extrêmement minimes et qu'on n'ose à peine qualifier de bon sens tant elles sont réduites: extension du moratoire sur les armes de guerre, limitation de la taille des chargeurs accessibles aux civils, éventuellement un peu plus de sérieux sur les permis de port d'arme (même pas de qualifications minimales nécessaires pour se servir d'une arme à feu, c'est déjà du gauchisme extrême, de l'assassinat des libertés et un quasi suicide politique).... Qu'on ne me dise pas que le débat est équilibré et centré sur une analyse rationnelle de la réalité, entre 2 parties équivalentes avec un effectif de tarés qui se valent des 2 côtés. Surtout quand on sait que la population américaine est majoritairement favorable à des mesures nettement plus importantes de gun control: c'est un énième cas de confiscation du débat par des intérêts particuliers minoritaires et sur-représentés dans le système médiatique-politique, pesant outrageusement lourd, et de blocage politique par ces forces. Avec une fausse équivalence dressée par des médias moutonniers et coupés de la réalité (notamment par "l'effet de bulle" médiatique, et par qui paie la pub, qui est au board, et avec qui il faut faire des affaires, vu que les chaînes d'info appartiennent à de très grands groupes aux multiples intérêts), qui établissent de faux équilibres binaires sur absolument tout et n'importe quoi. La non résolution du débat, en attendant, signifie: - environs 75 000 blessures par arme à feu et par an (52 000 intentionnelles -dont les tentatives de meurtres-, 23 000 accidentelles environs) - environs 31 000 morts par arme à feu et par an (17 000 étant des suicides, 12 000 des homicides, le reste étant essentiellement des accidents) - 60% des homicides, et 50% des suicides sont par arme à feu (cela indique la nature de "facilitateur" -donc multiplicateur- de l'acte qu'a l'arme à feu: c'est valide aussi bien pour la violence réellement criminelle/crapuleuse que pour le reste) - la jeunesse est sur-représentée dans les victimes par arme à feu (en moyenne plus de 2 fois sa part de la population), que ce soit pour la violence criminelle/crapuleuse, les suicides (et tentatives), les accidents et les "coups de folie" (encore une fois, cela souligne le rôle de la facilité d'accès aux armes, le premier fournisseur étant généralement.... La famille). - à nombres d'agressions et violences équivalents, les autres pays développés (avec des lois plus ou moins restrictives sur les armes) ont des taux de morts et blessures par arme à feu de 40 à 70 fois inférieurs à ceux des USA
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Le problèmes est avant tout la politique: ils en sont arrivés à un tel point de polarisation, surtout sur des questions comme celle-ci, que tout débat rationnel est impossible, et la moindre évocation de mesures de "gun control" (même pas "interdiction ou pas") provoque les levées de bouclier des tarés du soi-disant 2ème amendement (qui bizarrement évoque le droit de port d'armes dans le cadre d'une "milice bien règlementée", partie que les pro-guns évitent), avec la NRA telle qu'elle a évolué au centre (voire ce qu'est devenue la NRA avec notamment à sa tête le triste Wayne Lapierre). Si bien que dès que le sujet est évoqué, le lobby pro-gun ne veut que la fuite en avant, comme en témoigne l'impossibilité de rétablir même le moratoire sur le "droit" à posséder des armes de guerre sans contrepartie aucune. Dès que le sujet est évoqué, c'est "Obama veut prendre vos flingues" et autres débilités du genre: ce n'est même pas de la caricature, c'est vraiment ce qui arrive, il suffit de regarder les médias américains. Le résultat est sans appel: loin des événements hyper-médiatiques comme Colombine et Aurora, les statistiques américaines sont remplies à l'année "d'accidents" domestiques et de voisinage, "d'erreurs de jugement" faisant des morts et des blessés, de maladresses en tous genres, d'abus d'usage d'armes, de pétages de plombs.... Reflet de l'irresponsabilité totale et complète de propriétaires ayant un droit sans contrepartie (et enfreignant de ce fait le droit légitime à la sécurité de tous, surtout dans un environnement densément habité) et par là, de l'irresponsabilité du lobby pro-armes, mais aussi celle des partis démocrates (ne pas oublier qu'il n'y a pas UN parti républicain et UN démocrate aux USA, mais un de chaque dans chaque Etat) et des républicains et indépendants partisans du "gun control", qui ne placent pas ce sujet suffisamment haut dans les priorités du débat public. Rappelons que le terme "gun control" est un sujet politique sans réels contours, mais qui implique en fait les mesures à adopter pour règlementer la possession et l'usage des armes à feu; cela peut inclure notamment l'enregistrement des armes et propriétaires (avec un luxe plus ou moins prononcé de détails, de catégories et de suivi, assortis d'obligations variables), mais aussi des munitions, l'obligation d'un permis autre que purement administratif (comme pour le permis de conduire) et requérant différents types de critères à remplir (y compris capacitaires: aptitude à tirer, à le faire dans une situation stressante, à jauger une situation....), ou encore limitation des types de munitions disponibles, de la taille des chargeurs (il y a une polémique sur Aurora ou un autre événement du genre: si le gamin avait eu un chargeur normal et non un à haute capacité, il y aurait eu 2 fois moins de victimes).... Dans un environnement densément peuplé, une culture aussi narcissiste, violente et trouillogène que celle des USA, le taux d'accidents par armes à feu (incalculablement plus élevé que dans aucun autre pays développé, violence purement criminelle à partà est une conséquence directe d'une législation complètement à côté de la plaque, mais qui se maintient et s'étend par une fuite en avant délirante (reflet de l'évolution du débat politique) qui a créé une population d'irresponsables paranoïaques ayant un accès ridiculement facile à des armes.
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L'économie dans les motifs de guerre et de paix
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Le point est plutôt, là, moins de souligner que l'économie de l'adversaire est la cible dans un conflit, ou une des principales cibles, que de voir que le simple fait de déclencher la guerre (qui endommage/ampute/fragilise/trouble/menace/fait renchérir gravement le commerce en général l'arrête de fait entre les belligérants, qui cherchent par ailleurs à faire venir plus de monde dans le conflit.... De leur côté évidemment.... Soit en incitant à une neutralité bienveillante, soit à une alliance non combattante, soit à une alliance pure et simple) est en lui-même, vu le fonctionnement actuel de l'économie mondiale, l'intégration internationale à tous les échelons des filières de production, la fragilité d'économies ajustées (et sans cet ajustement, bien des filières ne sont pas viables) pour fonctionner dans la temporalité la plus courte (limiter les stocks....), le degré d'internationalisation des capitaux.... Ce fait de déclencher la guerre est en lui-même potentiellement un coup tellement grave aux grandes économies très "mondialisées", que l'effort de guerre peut dès le début ou extrêmement rapidement être un coup mortel. Un coup qui paralyse la capacité technique/économique d'avoir une production de guerre, un coup qui trucide les économies (certaines? Toutes?) globalement et peut casser très vite la volonté de faire la guerre des belligérants (à supposer que les populations y soient résignées lors du déclenchement) en créant des crises sociales majeures et vite impossibles à limiter. Par ailleurs le terme "d'intérêt" est trop souvent perçu (surtout en France étrangement) comme ne recouvrant que les intérêts matériels, et même ces "intérêts matériels" semblent uniquement perçus comme limités aux intérêts économiques. Même ce terme "d'intérêt économique" est à son tour limité dans sa compréhension à une vision de la chose comme étant de la pure prédation: on veut une ressource, on va la prendre; on veut imposer ses conditions de marché à une région ou un pays, on le fait. C'est quand même assez terrible et idéologique (hérité de l'anticolonialisme et de la mauvaise conscience des pays développés face à un "tiers monde" qui lui aussi est une construction abstraite et moralisante): des pays ont des intérêts économiques légitimes, essentiellement que le commerce fonctionne sur des bases relativement acceptables (et donc ont un certain "droit moral" de faire la guerre en ce sens si ces conditions minimales sont atteintes/menacées), surtout si la manipulation du commerce (menace sur une ressource, blocage ou déstabilisations de zones de passages clés, atteinte aux actifs externes d'un pays....) par un ou des pays hostiles vise clairement à atteindre la vie économique d'autres pays. La stabilité relative d'une grande partie du monde (certaines régions, certains axes, certaines points de passage....) est d'un intérêt vital pour beaucoup de monde, et même si des rapaces en profitent et en abusent, l'économie, donc la stabilité de sociétés entières et la vie de populations immenses en dépend. De même, l'intérêt matériel recouvre plus que le simple intérêt économique: quand on s'attaque à des ressortissants d'un pays donné, l'intérêt est "matériel", "physique". Mais plus que ça, et c'est sans doute l'une des premières causes de guerre de l'histoire, la sécurité des pays (au moins telle qu'ils la perçoivent à un instant T) est le premier des intérêt: on fait la guerre ou on menace de la faire en raison d'une menace (plus ou moins réelle, plus ou moins ressentie, plus ou moins anticipée) qu'on perçoit et à laquelle on répond, au besoin de manière préventive. Le degré de narcissisme de dirigeants et/ou de populations a pu varier au gré de l'histoire (particulièrement à l'ère des nationalismes) et conduire de fait à une paranoia omniprésente à très haut degré (avec l'inévitable enfermement sur soi, sur sa logique, sa vision, sa peur, donc ses "compensations" -idéologies nationales, expansionnisme, besoin de puissance, course aux armements) qui devenait en soi un facteur belligène, et souvent le premier facteur belligène; on fait une stratégie en fonction de menaces perçues, donc de besoins définis qu'il faut acquérir (avoir tels territoires comme "tampon", aller choper des ressources pour ne pas être étranglé, avoir plus de monde mobilisable....), certains devenant de vraies idéologies non remises en cause (genre tous les peuples de même langue/culture/race.... doivent être sous notre bannière; ou toutes les terres jusqu'au point X ou au fleuve Y sont notre "territoire naturel/vital/historique/mythique"). Les stratégies sont évidemment antagonistes et leurs objectifs se chevauchent et on n'anticipe que l'hostilité de l'autre, donc on est encore plus parano, on construit encore plus de moyens de défense/attaque, et on anticipe encore plus le conflit, jusqu'au moment où la tension atteint un point tel que n'importe quoi peut tout faire péter (surprise de part et d'autres), ou que quelqu'un estime, quelque part, qu'il faut prendre les devants (au besoin en prenant prétexte d'un incident, ou en le créant). Mais il s'agit au global d'une perception de son intérêt (au mépris absolu/inconditionnel de tous les autres et même du sien de long terme, le coût de la guerre étant toujours sous-estimé) à un moment donné, et du premier des intérêts: la sécurité telle qu'on la perçoit (ou telle qu'on se persuade qu'on la veut, parfois à mille lieues d'une vraie sécurité). D'autre part l'intérêt peut être moins "matériel" et être en partie lié à des "valeurs", des façons de voir, une idéologie: le "droit des peuples", le refus de certains comportements à l'encontre de populations, des motifs humanitaires, religieux.... Sont un vrai motif puissant, en interne dans certains pays, dès lors que des minorités politiquement actives et conséquentes (et/ou économiquement puissantes), qu'elles soient des groupements, des institutions ou des pans entiers de populations (voire une majorité soulevée à un instant T sur une cause), y poussent. La perception de "l'honneur" (instrumentalisée par le pouvoir ou des groupes donnés, ou spontanée) entre dans ce registre; parce que "l'honneur" proprement dit, je cherche toujours des conflits ayant eu réellement ce motif. -
L'avenir de la péninsule coréenne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Andromeda dans Politique etrangère / Relations internationales
Ce que c'est que de regarder l'histoire trop littéralement: Romulus et Remus, fondateurs de Rome, ont été élevés par une louve qui est devenue le symbole de la ville.... Seulement à Rome, "louve" (lupa) était aussi une des façons d'appeler une femme exerçant la plus vieille profession du monde :-X, ou à tout le moins une marginale, vivant hors d'une cité; il est donc possible, si les personnages sont historiques, que leur histoire ait été enjolivée par ce genre d'homonymie, et non absolument totalement inventée de toute pièce avec des histoires d'enfants sauvages au mieux, ou de divinités frivoles.... Donc les fondateurs de la Ville Eternelle auraient pu être de facto des fils de p.... Evidemment, ça fait moins classe :lol:. Mais l'histoire a ses lectures. Alors des histoires de licornes peuvent aussi avoir le même genre de fondements, suivant les différents emplois du mot licorne en coréen. Perso, quand j'entends le narval (la "licorne des mers") amené dans cette histoire, j'arrive pas à m'ôter de la tête l'autre sens du mot ("narval" = "abruti", "con"....), ce qui fait que j'imagine d'anciens rois coréens en train de "monter" :-X une nana particulièrement conne "dans sa tanière" :lol:. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Donc la balle est dans le camp des électeurs: si les tarés ont fait leur coming out prématurément, ils ne pourront pas passer le cap d'une élection réussie, voire se feront laminer. Si l'opinion israélienne est en partie plus "mûre" pour ces sinistres oiseaux là (et la démographie peut compter, le taré ayant un taux de reproduction élevé et le ras le bol des élites "normales" pouvant jouer), ils se renforceront et ça commencera à devenir très son et lumière, ce coin de sable. -
C'est assez spécieux d'enlever le 11 septembre quand même, si on l'inscrit dans le cadre de "l'hyperterrorisme" moderne, parce que les attentats de Londres et Madrid ressortent de la même logique et sont dans la même catégorie.... Et doivent donc pas mal impacter les statistiques. Aux USA, la première menace terroriste selon toutes les agences fédérales est le terrorisme domestique, et non l'islamiste, et ce terrorisme domestique fait beaucoup de victimes, mais à chaque fois à petite échelle, comme nos "terrorismes ordinaires" en Europe (indépendantismes divers et idéologies diverses); et la moindre abondance des armes et explosifs en Europe, à cet égard, rend nos "terrorismes domestiques" moins létaux en général. Sans compter la violence criminelle (parfois difficilement séparable du terrorisme), surtout celle du crime organisé, qui est cent fois pire aux USA qu'en Europe, et la violence individuelle impliquant des armes à feu, qui est sans comparaison avec celle existant en Europe; les Américains ont en général statistiquement beaucoup plus de probabilités d'être victime de mort violente (hors accidents) que les Européens.... On imagine que les dites victimes (et leurs proches) de toutes ces morts font peu de cas de savoir si leur assassin est un terroriste, un criminel ou un voisin qui a pété un câble.
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Dis donc toi, manque pas de respect à l'unificateur de l'Italie en le rétrogradant au rang de simple général :lol:: c'est le "Conte di Cavour". Il était comte et 1er ministre, et il a pas été militaire très longtemps (quelques années de jeunesse) ;).
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LA FIN DES ETATS UNIS si cela arrive qu'est-ce qu'on fait ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de maminowski dans Economie et défense
On peut éviter les grandes affirmations complètement à côté de la plaque? La corruption était un fait bien plus important, endémique et ravageur dans l'Amérique du XIXème siècle (si vantée à tort par les fanas de Ron Paul et autres, dans un passé idéalisé fuyant tout rapport à la réalité), et le taux de représentativité fédéral n'a rien à voir avec cela. C'est par l'Etat fédéral que la corruption a été réduite et un Etat de droit institué, le tournant se situant au moment du "Gilded Age" (fin XIXème - début XXème), quand les Etats fédérés sont pour beaucoup en banqueroute de fait, pourris jusqu'au trognon par la ploutocratie, et l'ensemble des USA bouffés par une élite concentrant une part des richesses encore plus considérable que l'actuelle (qui commence à s'en rapprocher). Imaginer un rapport entre la représentativité générale du Congrès et le niveau de corruption est absurde, surtout dans un pays fédéral où la représentativité passe par un grand nombre d'échelons, à commencer par celui des Etats qui dispose d'un énorme champ de compétences. Il faudrait arriver à quoi? 1 représentant pour 50 000 habitants? Ca ferait un Congrès à 60 000 élus; essaie de faire quelque chose avec ça. Décréter que le fédéralisme ne produit rien est purement gratuit et sans fondement; à part démontrer une grave méconnaissance des USA, ce genre de commentaires n'apporte rien. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Certains mots vous évoqueraient l'ancien testament comme titre de propriété et donc "document légal".... Les évangélistes américains vont adorer. -
Et où est l'emplacement du futur tourelleau téléopéré qui sera immanquablement commandé en urgence opérationnelle ?
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Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Question aux connaisseurs de la zone: que se passerait-il si, scénario "au hasard", l'autorité palestinienne décidait unilatéralement (si c'est dans ses moyens financiers et techniques) de mener une "guerre" (affaire interne, sans doute plus sous forme de coups de main et "guerre de l'ombre") continue et complète contre le Hamas, assortissant cette posture d'une campagne médiatique de longue haleine aussi vaste que possible pour démontrer sa crédibilité comme interloctuteur incontournable et solide du processus de paix? L'idée est en fait de renvoyer le Hamas publiquement comme fauteur de trouble voué à ne faire que la guerre au détriment des palestiniens (parce qu'il ne peut pas s'imposer militairement à Israël, donc ne peut acquérir de stabilité pour Gaza), mais aussi de pointer du doigt, ce faisant, la mauvaise foi du gouvernement Netanyahu et sa politique à peine déguisée de ne PAS trouver d'issue pacifique à la situation. Ca semble une politique "du désespoir" et une voie que l'autorité palestinienne n'a peut-être pas les moyens militaires et politiques d'emprunter (trouver une majorité en son sein prête à faire ça, le côté "fratricide" pouvant s'imposer comme seule vision de la chose), mais à part ça, je ne vois pas d'issue pour la position du Fatah et plus largement le "camp de la paix", pour la construction d'un Etat palestinien viable. Ils sont structurellement sur une trajectoire perdante vu l'attitude d'Israël, condamnés à subir les conséquences de la dialectique entre le Hamas et Israël sans pouvoir rien faire, et ce faisant à voir le peu de moyens qu'ils ont se voir bouffés par les destructions (qu'ils ne peuvent pas compenser par un effort de reconstruction équivalent) et leur impact sur les populations et leurs conditions de vie, qui ne peuvent qu'accroître la colère, la frustration, l'impression générale d'absence d'avenir, et la dépendance à des subsides étrangers, dont ceux amenés par des extrêmistes. Donc l'idée est d'essayer de sortir de cette spirale sans issue; à moins d'une initiative extérieure à la région, ce qui veut dire les USA et n'arrivera pas, ou d'un changement important en Israël (parce que c'est Israël qui a des cartes en main, pas l'autorité palestinienne), tout aussi peu probable, je vois pas d'autre option sérieuse. Les Palestiniens souffrent en premier lieu du manque d'organisations pour les représenter (donc d'interlocuteurs), et n'ont pas vraiment les moyens d'en faire émerger d'autre que les 2 existantes, Fatah et Hamas (largement dépendantes des soutiens extérieurs): on oublie souvent que fédérer des gens et bâtir une organisation politique ayant de l'ampleur, des moyens, une cohésion, des structures, de l'autorité.... C'est très cher, c'est très long, que rien ne garantit que ça marche, et que c'est souvent un miracle d'en voir une émerger et parvenir à durer; on a vu d'ailleurs ce que les révolutions arabes ont donné, passé le premier moment de "fièvre facebook": il faut plus que les réseaux sociaux pour s'organiser.... Et ce sont des forces nettement plus traditionnelles, importantes et anciennes, mais bien assises -Frères Musulmans, clans, tribus....-, qui ont pris le relais. Donc si l'initiative ne vient ni des USA ni d'Israël (pitié que personne ne dise "l'Europe"), la balle ne peut venir que d'un Fatah dont on se demande s'il peut la lancer assez fort et dans une direction pertinente. Et la seule balle que je vois susceptible d'avoir un effet, c'est taper sur le Hamas de sa propre initiative, en le claironnant bien haut; sous-entendu, "nous on est sérieux, on veut une vraie paix, on joue le jeu et on est prêt à le payer". Donc, est-ce possible de voir ce genre de politique arriver côté Fatah? En ont-ils les moyens? Pourraient-ils fédérer une part significative de la population palestinienne (en tout cas "cisjordanienne") autour de cette idée (s'ils travaillaient notamment cette population au préalable, pour montrer que c'est la seule voie)? L'aspect de guerre médiatique (auprès des "cisjordaniens", des Israéliens et des opinions extérieures) est là fondamental pour réellement marquer des points politiques. Quel impact cela pourrait-il avoir auprès des Israéliens, des Américains? -
L'économie dans les motifs de guerre et de paix
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Oui mais le problème est là: j'essaie de concevoir l'impact général de ce système économique mondialisé sur les économies actuelles en cas d'affrontement entre grands pays (en écartant la déjà insoluble donne du nucléaire): elles sont terriblement fragiles, ces économies, à cet égard (même la chinoise), et risqueraient tout simplement une disruption quasi totale de leurs équilibres. Au moment des guerres mondiales, le degré d'intégration des économies via le commerce était bien moindre, et la disruption d'une partie des approvisionnements comme d'une partie des débouchés était nettement plus supportable: à tous égards, elles étaient alors bien plus résilientes, et la moindre complexité et des filières et des productions (de guerre notamment) rendait l'adaptation industrielle plus aisée. Et encore on voit les limites en Allemagne, en Italie et au Japon, et les bricolages insuffisants qu'elles impliquent, voire les réels handicaps: chute drastique et rapide de l'entraînement, impossibilité de mécaniser (qui laisse des parties énormes des armées à pied ou dépendantes du rail -par ailleurs lui-même handicapé par les problèmes de ressources et production....), limitation des possibilités de manoeuvres (contrainte sur la capacité stratégique/opérative et tactique), limitation de la mobilité en général (dont le simple fait de déplacer des navires régulièrement pour leur éviter de constituer des cibles au port), y compris dans l'économie civile qui fonctionne du coup très mal (et limite la capacité à l'effort de guerre, impactant aussi le ras le bol de la population et donc accroissant le besoin de la contrôler), limitation des productions militaires, et plus grave encore, des axes de développement de la production militaire (l'Allemagne de la 1ère GM qui ne peut tout connement créer une "filière tanks" ou avoir une importante "filière camions").... Imagine le nombre de productions qu'il faudrait soit se réapproprier, soit accroître drastiquement, pour le civil comme pour le militaire: le degré de spécialisation industrielle est aujourd'hui souvent très poussé pour bien des productions et en fait l'ensemble de leurs filières.... Comment tu récupères la main-d'oeuvre nécessaire (qualité et quantité) et les lignes de production rôdées, même si tu as au moins la majorité des spécifications techniques? Un ouvrier, ça se crée pas rapidement, et un très pointu encore moins, alors s'il en faut 20 000, 100 000.... Pire encore pour les techniciens de tous types.... Rien que les boîtes spécialisées, mettons Dassault par exemple, comment pourraient-elles accroître leur production rapidement et dans des proportions importantes (si le Serge doit soudain produire 100 Rafales par an)? A supposer évidemment que toutes les productions qui aboutissent à la ligne d'assemblage de M. Dassault soient elles aussi assurées, et qui plus est avec un niveau de contrôle qualité satisfaisant étant donné les spécifications des matériels actuels. Et plus largement, je reviens à la question de la résilience des économies modernes face à un changement de situation brutal: évidemment, on peut supposer qu'un éventuel affrontement entre grands pays, à supposer qu'il soit réellement possible (toujours ce risque du champignonnage), se verrait venir pendant des années, et qu'une période de montée des tensions impliquerait nécessairement un recalibrage progressif et un effort minimum de préparation, y compris économique (impliquant donc aussi les réseaux informatiques....). Mais je me pose la question, puisqu'elle s'accompagne en plus des acteurs de l'économie, soit la population en général et toutes les façons de la regarder en particulier (consommateurs, actifs, CSP, filières et secteurs d'activité, organisation géographique, électeurs....): la disruption économique serait si brutale que le risque d'explosion sociale est authentique. Par ailleurs je reprends 2 sujets évoqués plus haut: - les infrastructures de communication informatiques, parfois aussi peu nombreuses et vulnérables que quelques câbles au fond de l'océan.... Pour un impact énorme si elles sont menacées - la finance, et au premier chef les placements d'épargne et de retraites, dont dépendent plus ou moins immédiatement et plus ou moins intégralement des pans de populations entiers. On est là très loins des placements overseas de la période des guerres mondiales qui représentent surtout des capitaux d'une élite et de grandes concentrations financières spéculatives, et surtout ne représentent qu'une faible part des richesses nationales, qui plus est seulement en partie placées dans des pays adverses: c'est une toute autre dimension, sans plan B. -
L'économie dans les motifs de guerre et de paix
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Oui, c'est une chose que je cite aussi souvent: le fait d'être le premier client l'un de l'autre n'a pas empêché les guerres entre France et Allemagne; mais la question que je me posais était en fait plus liée à une nature plus détaillée de la mondialisation actuelle et de la division internationale du travail telle qu'elle s'est établie dans l'économie moderne, "post-industrielle", hautement intégrée et techniquement plus complexe, subdivisée et "fragile". Les économies industrielles des guerres mondiales sont encore en grande partie des économies de filières industrielles moins complexes et plus maîtrisées par leurs pays d'origine, plus concentrées localement dans ces pays, par exemple. De même, le degré d'interdépendance entre pays, ou de dépendances d'une économie à "l'international" est infiniment plus important aujourd'hui qu'à ces époques de filières simples, où une forme plus ou moins relative d'autarcie est recherchée de façon persistante, où ces pays sont encore leurs propres premier marché dans des proportions nettement plus importantes qu'aujourd'hui (où la dépendance à l'export est nettement plus structurelle), et où leur activité économique est à tous les échelons d'une filière (et ces échelons sont plus nombreux, par complexification des processus, multiplicité des sources de produits bruts ou semi finis, division/subdivision du travail....) extrêmement dépendante des flux commerciaux internationaux (rien que voir les legos industriels des productions militaires :lol:). A l'époque des guerres mondiales, malgré il est vrai l'impact de la privation du premier "client" et du premier "fournisseur", les filières de production en tant qu'atout de guerre ne sont pas menacées. A cet égard, le Japon impérial de la 2ème GM est en fait le pays le plus proche des pays modernes par son degré de dépendance au commerce, tant en import qu'en export, même si là on ne parle encore que pour lui, des produits bruts qu'il importe et des produits finis qu'il exporte. Aujourd'hui, la décomposition des processus de production en multiples étapes elles-mêmes éclatées sur une multiplicité de pays a accru et complexifié la nature de la dépendance économique de fait. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai pas l'impression que tu répondes à un de mes posts :lol:.... -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Si on commence réellement à parler d'inconscient, il faut se rendre compte que l'essentiel de la colère vient du fait de ne pouvoir, comme on dit pompeusement, "maîtriser son destin"; en ce sens, avoir besoin "d'être arrosé" par les fondamentalistes de tous poils qui ont un carnet de chèque, est en soi l'une des premières causes de colère, tout comme l'est le fait d'être assigné, par un "autre" extérieur, à vivre coupé de tout, sans avenir et sous la menace de représailles militaires pouvant survenir n'importe quand. Si on veut être freudien, c'est vraiment "être castré" au sens plein, et tu trouveras là l'essentiel de ce qui file des envies de représailles et fait rager en permanence. Enlève ces facteurs, ou même le deuxième seulement (qui supprimera la nécessité du 1er graduellement), et la rhétorique culturellement implantée dans les inconscients redevient juste ça.... Une rhétorique. Et rien d'autre. Seuls des groupuscules et individus idéologiques et/ou dérangés (cad en colère profonde, ce qui a des causes psychologiques, non culturelles) seront réellement perméables à ces diatribes (mais ça, c'est inévitable partout). Regarde les Saoudiens; le niveau de vie n'est déjà pas pour eux systématiquement si génial partout (c'est plus les années 80), mais ils sont surtout dans une situation de dépendance de fait, que ce soit au pouvoir ou aux groupes salafistes qui alimentent un mode de vie plus frustrant qu'autre chose. Dépendants d'un groupe ou d'un autre, sans exutoire, pour beaucoup sans travail ou perspectives d'accomplissement/de maîtrise de leur vie, et ce malgré le fait qu'ils ne craignent pas la famine. S'il faut attendre des garanties absolues de quoi que ce soit, on ne fait jamais rien :lol:. Ceci dit, il faut bien commencer un jour, sinon à continuer ce qui se fait actuellement, là on peut être sûr du résultat, qui n'enthousiasmera personne. Le point est cependant qu'il faut acheter du temps: c'est pas un traité, une convention.... Qui changera les choses, mais le fait de donner à l'accord formel ou tactite qui devrait être conclu le temps et les moyens de déboucher sur quelque chose. Ca implique entre autre chose, côté israélien, de ne pas se ruer sur l'option militaire et l'embargo redoublé dès qu'un excité fait péter un truc, qu'un type louche et chef de quelque chose est aperçu en Cisjordanie, ou qu'un changement de gouvernement ou la menace d'une élection donne envie à certains de se la jouer "chef fort". J'ai pas une liste de solutions toutes faites en tête; je sais juste que quand les positions de principe sont réellement négociées avec intention d'aboutir, le reste n'est fait que de solutions techniques assorties d'une volonté de les faire fonctionner, qui permet de circonvenir les complications et d'accepter les inévitables merdages et tuiles en tous genres qui surviennent inévitablement. Lire l'histoire des Guerres de Religion en France est à cet égard très instructif: on ne retient que l'Edit de Nantes parce qu'il a marché (jusqu'à ce que les 2 parties en présence cessent de fait de vouloir qu'il marche).... En oubliant que des Edits de tolérance, il y en avait déjà eu une floppée depuis François Ier, dont certains beaucoup mieux rédigés, avancés et intelligents, mais que tous avaient foiré, la plupart du temps avant même d'entrer en effet. La différence? J'aimerais la résumer par un seul truc, même s'il y en a un peu plus: Henri IV (Riton pour les intimes). Pourquoi certaines choses marchent et d'autres pas? En grande partie parce qu'on veut qu'elles marchent. Pour le cas de Jérusalem, si la volonté existe, il n'y a que des solutions techniques, aucune parfaite, mais la plupart perfectible.... Avec du temps, donc la volonté de les faire marcher. On a souvent évoqué "l'internationalisation" de la ville, ou plus exactement de son maintien de l'ordre: si c'était accepté par les parties en présence (douteux), ça impliquerait aussi qu'un ou plusieurs "joueurs" poids lourds soient prêts à y mettre des jetons, autrement dit des troupes (pas forcément/souhaitablement militaires) et des moyens.... Autant dire les USA. Et il ne semble pas probable que ça arrive. Une entité juridique et de maintien de l'ordre spécifique pourrait-elle le faire, en "fusionnant" des moyens israéliens et palestiniens (si possible en recrutant spécifiquement, en séparant l'institution des gouvernements, lui donnant son autonomie), établir une semi "autogestion" de la ville côté maintien de l'ordre, avec si besoin est financement/cofinancement international (plus probable que l'immobilisation de moyens propres)? Aucune solution n'est forcément conne dès lors que les parties en présence expriment une réelle volonté: le reste est purement technique. Y'a la place dans les rues de Jérusalem? -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Dans un premier temps, certainement pas; mais si chance est donnée à une Cisjordanie plus ou moins indépendante de se bâtir réellement un Etat, les considérations matérielles prendront beaucoup de place à mesure qu'un avenir relativement stable se dessine (cad sans crainte permanente d'un bombardement régulier pouvant survenir proprement n'importe quand, échappant au contrôle des habitants, tout comme leur échappe la décision par le Hamas ou d'autres groupes de taper). Face à la réalité d'une stabilité possible et d'un avenir à bâtir, l'essentiel du radicalisme disparaît, quand bien même il resterait dans la rhétorique des discours publics. Et avec le temps, tout le monde tient d'autant plus à son confort qu'il a été long à venir et dur à bâtir, aussi sommaire soit-il. Le scénario n'est pas sans analogies avec la partition de l'Irlande ou celle de la Corée: les Sud-Coréens peuvent encore parler de réunification, ils n'en veulent pas beaucoup. La partition de l'Irlande a pour le coup déchiré le pays, et finalement, côté sud (là où s'est bâtie l'Irlande), on n'en parle pas très fort et ça n'occupe pas les pensées de beaucoup de monde, et certainement pas leur vote ou leur activité personnelle. Et encore une fois, même avec l'assistance d'autres pays, la nouvelle entité ne pourrait bâtir quelque chose menaçant la survie d'Israël, et aurait par ailleurs sa personnalité: dès lors que le gouvernement de cette entité cijordanienne aurait quelques moyens propres et serait moins dépendant de ces "alliés" et par ailleurs impliqué de façon croissante dans un circuit économique normal, il développerait tout connement ses propres intérêts autant que sa propre conscience de lui-même. Les autres pays arabes se foutent éperdument des Palestiniens, et des Palestiniens ayant autre chose que la simple survie quotidienne et de la frustration sans exutoire, tu crois qu'ils se sentiraient comment à leur égard? Qu'ils seront prêts à exécuter la politique anti-israélienne de ces "alliés" comme quand ils n'avaient rien à perdre et rien à gagner (sinon la vengeance, l'impression fugace de pouvoir un peu avoir prise sur son destin)? Dès qu'on a un peu de salive, on peut dire merde, et on s'en prive rarement. Donne les moyens à un individu ou un groupe d'être un égoïste égocentrique comme tout le monde :lol:, et tu seras rarement déçu. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, et c'est justement l'idée: une telle situation leur donnerait une petite capacité à faire au moins un peu mal, donc à être un véritable Etat avec qui, donc, une situation plus stable peut être établie. Ta façon de formuler évoque le simple fait qu'Israël est absolument incapable d'envisager un Etat ou une entité palestinienne qui soit autre chose qu'une coquille vide et totalement réduite à la merci de Tel Aviv à tout moment: rien ne sera obtenu ainsi. Surtout qu'il faut tempérer la menace et garder le sens des proportions: un Etat ou proto-Etat palestinien couvrant l'essentiel de la Cisjordanie, même militairement très aidé par les voisins, sera un petit truc dont il est par ailleurs aisé d'éviter une surmilitarisation (qui ne serait pas souhaitée par une population ayant d'autres priorités) ou une dangerosité extrême (absolument hors de portée financière et technique, nécessitant en plus un temps très long de montée en puissance, donc détectable et évitable), à supposer même que ce soit possible. Le scénario le plus réaliste dans une telle optique serait une Cisjordanie essayant de jouer le concept opérationnel/stratégique de la Suisse: un petit pays, dans les faits à la merci de ses adversaires probables, mais dont l'invasion serait dissuasivement coûteuse pour ces adversaires. Imaginer la conception d'une Ruthénie bis (le micro territoire le plus militarisé de la guerre froide, où les Soviets avaient installé la plus grande densité de missiles ballistiques qui ait jamais été) semble un peu exagéré, et surtout, même si la chose pouvait être sérieusement envisagée, très évitable. Condamnations qui déboucheraient sur quoi :-[? -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Quelle menace réelle peuvent faire peser les Palestiniens sur Israël? J'entends par là sur la continuité d'un Etat israélien solide, unifié et où l'activité peut continuer: ils n'ont qu'un pouvoir de nuisance, irritant au niveau de l'Etat, tragique à celui de la petite part de la population réellement menacée, mais certainement pas de quoi constituer une "menace stratégique". Et c'est justement le point à accepter pleinement: qu'on le veuille ou non, la coexistence des Etats repose sur une capacité mutuelle à se faire du mal, qu'on choisit de ne pas utiliser précisément parce que l'intérêt de la coexistence est d'autant plus grand qu'on a 1) DES choseS à perdre, donc à défendre (vie, économie, options, horizon.... Tout ce que les Palestiniens n'ont pas, sauf la survie immédiate et l'idée qu'un jour ils pourront avoir prise sur leur avenir) et 2) que le pouvoir de l'autre de vous faire du mal est vraiment réel, pas anecdotique (autre chose que les Palestiniens n'ont pas et qu'Israël n'a donc pas à prendre en compte pour négocier). Tant qu'il n'y a pas de rapport de force réel, aussi inégal soit-il, Israël pourra continuer à laisser couver la marmite et à éviter de faire réellement un choix qui impacterait pour le coup gravement sa scène politique (et la solidifierait sans doute beaucoup à terme). Grâce aux USA qui financent les 2 pays et leur effort de sécurité en particulier. Si les USA n'aidaient plus Israël, quel serait l'impact sur l'économie israélienne à ton avis? Maintenir le même effort de défense/sécurité serait-il supportable, vu le développement économique israélien, ou serait-ce très douloureux? Pour l'Egypte, c'est tout vu: ils ne peuvent pas s'en passer sans rétrograder sérieusement et perdre beaucoup de marge de manoeuvre, et/ou se payer une crise politique dont ils n'ont pas les moyens actuellement. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Douteux que le choix soit aussi simple, même si ce scénario de base était lancé: un Etat doit commencer par avoir un minimum de crédibilité en matière de sécurité, ce qui veut dire qu'un tel Etat palestinien devrait avoir des moyens de "rendre des coups" à Israël et de pouvoir avoir un "noyau" (institutions, une infrastructure de coordination, la survie du corps politique qui devrait être capable de continuer à opérer) capable de survivre aux frappes israéliennes. Sans cet élément de sécurité/crédibilité de base, l'entité palestinienne cherchera toujours à l'obtenir avant toute chose, et Israël (telle qu'est sa scène politique actuelle) cherchera toujours précisément à empêcher qu'il se développe, ce qui correspond de fait au refus fondamental d'une entité palestinienne solide, au profit d'une qui soit entièrement dépendante et à la merci à tout moment des décisions israéliennes (ce que les Palestiniens ne peuvent accepter et qui n'aurait d'ailleurs aucune crédibilité). Bref, il faudrait qu'Israël accepte à terme un rapport de forces relatif (même si extrêmement en sa faveur) et non absolu: tu vois ça arriver? -
L'économie dans les motifs de guerre et de paix
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
On le voit dans les guerres mondiales, qui sont en fait les premières à réellement définir un effort de guerre long d'une puissance moderne: le camp de l'entente est un ensemble économiquement intégré et ayant accès aux ressources nécessaires, le camp allemand est obligé de bricoler et se trouve en face de handicaps lourds, même s'il peut maintenir son effort via la prévalence encore énorme du charbon, dont il dispose. On avait déjà vu des limitations lors de la guerre de 1870, notamment côté français avec l'accès à certaines ressources pour l'artillerie, la Prusse détenant en fait partiellement les grands manufacturiers qui équipaient ou pouvaient équiper la France (ce qui a contribué, entre autres causes, à retarder la modernisation de l'artillerie française et ses appros). Pendant et après la 2ème GM, on ne voit réellement que les USA et l'URSS pouvoir assumer un effort de guerre de grande ampleur, par leur taille et leurs ressources; la guerre froide est d'ailleurs dans cette angle de vue le dernier "grand conflit" possible, puisqu'il oppose deux ensembles politico-économiques imperméables l'un à l'autre et disposant des ressources nécessaires pour la guerre. Aujourd'hui précisément, il semble qu'à l'aune de cet angle d'analyse, seules des guerres partielles soient possibles, et/ou de petite ampleur, tant les logiques et changements qu'impliqueraient un effort de guerre long et important semblent complexes, chères et en fait irréalisables ou peu réalisables (réinstaller des filières économiques et militaires complètes, qu'on puisse maîtriser? Incluant l'extraction de nombre de matériaux rares?): ce serait même conditionnant de la nature des coalitions à mettre en place (nombres de zones et pays qu'on ne peut s'aliéner, sans lesquels on ne peut opérer....). Ou alors une "grande guerre" serait réellement très courte; surtout quand on envisage le fait des opposants les moins improbables, qui se trouvent à des milliers de kilomètres les uns des autres. Les armées modernes, réduites et "capital intensive", seraient soit en grande partie bouzillées très vite, soient gardées en réserve le plus longtemps possible au profit d'engagements réduits, périphériques, utilisant le moins de "capital militaire" possible aussi longtemps que possible (des SNA se faisant la chasse et bousillant la navigation, des petits shoots de missiles ici et là, des FS qui opèrent, tout le monde qui se surveille et essaie de niquer les capteurs adverses), faisant place dans l'interstice à d'autres formes de guerre (cyberguerre en tête, psyops, guerre de l'information) et à une course à la constitution de réserves (donc des partenariats entre pays qui vont avec) pour en fait, essentiellement, se regarder en chiens de faïences et essayer de durer sur fond d'économies en effondrement rapide (et essayant de se reconstituer: un volontarisme politique énorme serait nécessaire pour des refontes massives des économies qui seraient l'essentiel de "l'effort de guerre" et de la mobilisation). Qui peut durer le plus longtemps sans voir sa propre population se retourner contre lui (ce qui peut être rapide si le commerce international s'effondre et qu'aucun effort économique ne peut suffisamment compenser) gagne de fait. A moins évidemment que le nucléaire entre dans la danse, ce qui est douteux pour encore un moment (sauf si une course technologique a lieu dans le domaine de l'interception, et qu'un des belligérants au moins trouve un outil pouvant garantir les 100% d'interception, ce qui est aussi douteux). A ce titre, on pourrait se dire que des économies moins "en flux tendus", plus "primitives", ont plus de résilience: Chine et Inde seraient donc peut-être mieux armées pour supporter ce genre d'effort de guerre. Mais est-ce même sûr? -
Ce n'est pas un Etat, mais un territoire totalement fédéral quand même, en ce qu'il n'a pas de "home rule" comme Porto Rico: ancien "prélèvement" de territoire sur 2 Etats, il est en fait directement géré par le Congrès qui a toute autorité politique sur lui (ce qui pose énormément de problèmes et protestations), le maire de Washington étant un maire avec une autorité amputée. De fait, c'est une "continuité d'Etat", un territoire analogue aux autres Etats américains pour toutes les réalités sauf l'organisation politique de haut niveau.
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Le sujet est large, mais je le lance avec une idée précise: dans quelle mesure les grandes guerres sont-elle encore réellement faisables entre grandes puissances dans le monde d'aujourd'hui? Le terme est "faisable" plus que "possible". La donne nucléaire est pour le moment et semble t-il encore longtemps un énorme et salutaire blocage très dissuasif. Mais qu'en est-il de l'économie? C'est le dernier dossier de Guerre et Histoire sur le pétrole qui m'y a fait penser: pendant la 2ème GM, le manque de pétrole et d'accès au pétrole a condamné la Marine italienne, pourtant importante et excellente, à cantonner la majorité de ses navires au port, à limiter l'entraînement de la flotte, à sérieusement amputer leur mobilité même locale, la condamnant à prendre des coups, à être facilement localisable.... De même, l'armée italienne, souvent pointée du doigt pour ses manques, notamment en matière de mécanisation et de "battle readiness", doit une bonne partie de ses handicaps au manque de pétrole qui l'a empêchée de se mécaniser plus massivement, de s'entraîner ainsi.... La condamnant à être pour sa plus grande partie un outil opératif de faible utilité et de moindre performance (ne peut emmener beaucoup de matos lourd, reste dépendante du rail, ne peut opérer en grand rapidement....), loin des seules limites de l'industrie italienne et de la mauvaise préparation et gestion de la ressource humaine (en partie imputable au manque structurel de pétrole). De même, l'Allemagne a assez tôt été contrainte par ses manques en matière de pétrole, qui ont impacté sa mécanisation, mais aussi son entraînement dès 42: armée et aviation, surtout en ont beaucoup pâti. Et pour le Japon, ce fut encore pire. Quand les Alliés ont pu commencer à bombarder les centres pétroliers allemands ("naturels" et de synthèse), l'impact fut immédiat et bien plus important que tout le reste de la stratégie aérienne pour une proportion des bombes larguées assez minime. Rien que sur cet exemple d'une guerre et d'une ressource, on peut voir que bien des jugements portés sur une guerre de cette ampleur devraient être revus à l'aune d'autres angles plutôt que de se résumer, comme trop souvent, à des jugements et explications péremptoires. Et là vient le sujet: dans l'économie hyper-interpénétrée du monde actuel (donc la "mondialisation" telle qu'elle existe pour l'instant), quelle forme pourrait prendre une guerre entre grands pays? Serait-elle soutenable pendant longtemps? Avec la réduction de format des armées, même de pays dont la dépense militaire croît, et l'hyperdépendance à des matériels de plus en plus divers, exigeants (avant tout en terme de filières économiques, depuis les ressources rares jusqu'aux derniers stades de production), fragiles et complexes, comment un effort de guerre long pourrait-il être réellement mis en place? On voit par ailleurs l'enjeu que représentent les câbles sous-marins aujourd'hui absolument cruciaux pour les communications, et internet avant tout: dans le Golfe persque, la simple menace iranienne d'en couper fait paniquer beaucoup de monde. Ce genre de cibles fait partie de la gamme des "petites causes, immenses effets", assez facilement atteignables et pas trop nombreuses dans le monde, de vrais goulots d'étranglement dont dépend une partie importante des économies modernes. Même si beaucoup de pays pourraient survivre à une perte momentanée dans ce registre, et trouveraient sans doute des redondances, parades, palliatifs et biais de tous types, l'impact serait inimaginable. Autre exemple de la fragilité et de l'interpénétration des grandes économies: la finance. Et je ne parle même pas de ce que peuvent causer des marchés financiers instrumentalisés dans une stratégie de guerre (ou pré-guerre puisqu'ils seraient sans doute sérieusement cloisonnés en cas de déclenchement d'un affrontement ouvert), mais juste de certaines réalités; pendant la 1ère GM, la saisie des actifs adverses partout où c'était possible a fait mal aux pays concernés, et avant tout à leur capacité de financement de la guerre, au coût auquel ils pouvaient s'endetter.... Regarder le degré d'internationalisation des capitaux et actifs, des dépendances de tous types, des filières économiques, des marchés et débouchés en général, fait se poser des questions assez dérangeantes: la simple réalité des placements de retraite est en soi un sujet (et c'est pire encore si on parle de l'épargne en général). Ce sont des masses de capitaux absolument inimaginables, dont dépendent tous les mois des centaines de millions de gens, en particulier dans les pays développés vieillissants (pire encore dans ceux sans régime de retraite publics/centralisés/mutualisés/nationaux): leur disruption, et évidemment leur gel, leur saisie, aurait un impact cataclysmique. La simple menace de s'en approcher les fait déjà trembler. Et l'impact est de toute façon immédiat puisqu'il s'agit du niveau de vie d'une proportion significative (et de nombres énormes) des populations concernées (et encore plus quand on voit que les retraités sont souvent les soutiens de famille dans beaucoup de pays développés). Ce n'est qu'un début; j'avoue n'avoir aucun moyen de me représenter la possibilité même technique d'un grand affrontement tant les conséquences de court et moyen terme me semblent apocalyptiques, et sur certains plans purement et simplement incapacitantes. Qu'est-ce que ça vous inspire?
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Très difficile de comprendre et connaître l'organisation militaire grecque: on n'a de documentation fiable que pour les Macédoniens, et en partie pour les Spartiates, et encore ça change beaucoup au fil des époques, surtout de façon accélérée lors des guerres médiques et celle du Péloponèse (et pour l'armée macédonienne, après la mort d'Alexandre et l'éclatement de l'empire). Cela change aussi selon la situation et l'emploi: si l'unité est complète ou pas, par exemple, si une formation de combat est adoptée.... D'autant plus qu'il est parfois difficile de différencier des formations fixes de "task forces" temporaires. Il suffit de regarder le même sujet dans l'armée romaine, pourtant autrement mieux documentée sur de plus longues périodes, et qui indique des difficultés similaires, pour voir qu'on ne peut avoir que des estimations et une certaine part de pifomètre. La majorité des chiffres cités sont spartiates; on peut trouver d'autres chiffres, mais il faut noter que j'emploie ici les effectifs usuels de campagne, l'effectif maximal étant rarement employé étant donné qu'il inclue la classe d'hommes la plus âgées (chaque enomotiai représente théoriquement à Sparte 40h tirés des 8 classes d'âge: c'est l'unité "comptable" de référence pour l'ordonnancement des troupes, qui permet de classer des files de valeur inégales, mais de présenter des Pentekostys homogènes). Pour donner une idée, post-guerres médiques, on peut voir ce genre de hiérarchie : - la file (stichos, synomotia, dekania, lochos, ou encore moiria suivant les endroits) sous-unité essentielle de la phalange, qui doit être autour de 12h (entre 8 et 16 suivant les cités). Elle est commandée par un lochagos (chef de file), qui est secondé par un ouragos (qui se place en toute fin de file, pour tenir les rangs) - l'enomotia/enomotiai, unité de 3 files qui compte entre 30 et 40h (36 à Sparte), avec un enomotarque à sa tête. C'est l'unité fondamentale pour ordonnancer l'armée, qui permet d'ordonner la phalange en files inégales du point de vue de l'expérience accumulée (certaines sont plus destinées à l'apprentissage, d'autres à servir de réserve) - la Pentekostys: l'unité de combat de base, avec un "pentacontarque" ou "pentécontère" à sa tête, qui doit avoisiner les 144 à 160h (4 enomotiai), et qu'on peut apparenter à la compagnie (de l'éternité des formats militaires) - le lochos: l'unité tactique de référence en Grèce, dont le nom est aussi employé indifféremment pour définir une bande de guerriers, ou dans d'autres cités pour définir la file (d'où beaucoup de confusions). A Sparte, le lochos tourne entre 592h (effectif de campagne usuel) et 640h (effectif plein, avec la classe d'âge la plus élevée), et inclue 4 pentekostys. Il est aussi fréquent de voir des lochos d'environs 320h, qui n'ont en fait appelé sous les drapeaux que 4 classes d'âges (celles du milieu généralement): on en groupe alors 2 pour former des "lochos tactiques" d'environs 600h, qui semblent être une subdivision importante pour faire fonctionner l'ordre de bataille spartiate (pour avoir 80h de front sur 8 de profondeur, et donc pouvoir si on le veut doubler les rangs et avoir 16h de profondeur: 40h de front semble être un minimum acceptable pour une phalange partout en Grèce, d'où l'importance des 300 et quelques hommes comme référence). - la Mora est un regroupement de 2 lochos (un de hoplites citoyens, un de vassaux offrant des capacités différentes), commandé par un polémarque (ou suivant l'importance de la campagne -ou de l'unité-, par un strategos), et forme souvent une armée de campagne spartiate, ou plus rarement une subdivision d'armée (les spartiates n'envoient pas une large part de leurs effectifs au loin: les grandes expéditions sont très rares). Les effectifs et la composition d'une mora sont en fait difficiles à connaître, et on peut voir d'autres analyses. Le choix des officiers est très différent selon le rang, et a changé suivant les époques: strategos et polémarques sont des fonctions souvent électives, des magistratures, notamment à Athènes où le polémarque est un des "archontes", magistrats/ministres élus (mais cela change quand le polémarque perd en importance après les réformes de Périclès), réservées à l'élite, et hautement politiques. A Sparte, les polémarques semblent nommés, ou choisis, sur un mode différent (plus fondé sur du "lobbying" interne, de la renommée et une marge discrétionnaire des souverains) dans les grandes familles de l'aristocratie, et il y en a plusieurs (un par mora en général) là où Athènes n'en a qu'un, dont le rang devient honorifique (ou de niveau purement politique/stratégique et religieux, et non plus opérationnel) par rapport à celui des strategoi (10: 5 ayant un poste déterminé, 5 étant une "réserve d'emploi") dont le rôle n'a fait que croître à partir des Vème-IVème siècles, soit avec la plus grande militarisation des activités étatiques, la plus grande fréquence et importance des guerres (donc une exigence plus grande de militaires de carrières). Il n'y a pas vraiment d'écoles militaires: la formation fondamentale de tous les Grecs fait une grande part à la guerre, et la période de "service militaire" initiale en caserne est le grand moment de formation. Mais plus un citoyen est dans les classes aisées, plus ses responsabilités seront grandes, donc sa formation poussée, via des tuteurs, et sa famille elle-même.
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Le classement par l'âge et l'expérience était important, certes, mais quelque chose me dit que les guerres médiques, et plus encore les guerres du Péloponèse, ont du voir cet ordonnancement sérieusement être relativisé: - les pertes réelles y contraignent occasionnellement - le besoin de mener des opérations plus complexes que 2 phalanges se lançant bêtement l'une contre l'autre, a du sérieusement jouer - le besoin concomittant de varier l'orbat avec d'autres types d'unités (y compris des phalanges allégées devant manoeuvrer, voire opérer autrement qu'en phalange) qu'il a fallu aussi revaloriser culturellement, a du sérieusement jouer - le besoin d'accroître les effectifs d'une part, et surtout le nombre de corps pouvant opérer séparément sur le champ de bataille (un front étendu doit être réparti en unités, de plus en plus subdivisé à mesure que les effectifs et la longueur de front croissent) ET en campagne (axes de progression, mener des opérations séparées ou jointes, mais distantes....), a beaucoup joué aussi: c'est à cette période qu'on a notamment vu des termes définissant indifféremment "l'armée" (comme le "lochos" à Sparte) devenir des termes définissant un type d'unité particulière (et de plus en plus standardisées dans les cités), et les subdivisions essayer de s'harmoniser, donc une hiérarchie militaire (d'unités et d'officiers) plus opérationnelle se former. Au temps des "duels" de phalange, le combat était autant un règlement judiciaire qu'un mode de vie "normal" pour les citoyens, avec notamment sur le critère de l'âge, un apprentissage graduel au fil des affrontements, qui voyait les jeunes subir leur rite initiatique (la première bataille, généralement à l'arrière ou hors de la phalange, comme coureur) et progresser dans l'unité comme ils progressaient dans la vie. Quand la guerre devient plus "réelle", ce genre de fonctionnement ne peut plus fonctionner: le mérite/la capacité prennent plus de place, les manques doivent être comblés, et y'a pas toujours le choix....