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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Plutôt facile, et tu peux d'ailleurs le retrouver chez beaucoup d'économistes et analystes, surtout ceux dits "hétérodoxes", mais aussi dans des courants de pensée plus classique: dire que Bastiat l'a "démontré", c'est vouloir mettre un point final comme quoi il aurait trouvé la vérité universelle et définitive et qu'il est impossible d'argumenter contre ça. Il suffit de voir chez Jacques Sapir (qu'on peut difficilement qualifier d'économiste "aligné") qui attache une grande importance au problème et cherche à en quantifier bien des paramètres, contrairement à des théoriciens abstraits du XVIIIème siècle se complaisant dans l'éthéré et l'absolu. La question est la même que de déterminer la valeur des choses, le contenu réel du droit de propriété ou les causes de la création de richesse, et la réponse dans le cas de l'Etat est beaucoup plus simple: il a des ressources (propriétés, droits, activités) autonomes/légitimes en ce qu'il concourt plus qu'activement, et en fait conditionne, l'existence même d'un processus de création de richesse. Peu d'individus, et encore moins d'entreprises, peuvent exister et créer quelque chose, sans une organisation étatique stable aux capacités d'action étendues, c'est un principe plus qu'évident: ce ne sont pas des entités autonomes, ou tout au moins très peu pourraient l'être et aucune ne pourrait réellement se développer (sauf, étrangement, si elles deviennent des entités étatiques ou proto-étatiques dans le processus: c'est un constat historique assez universellement partagé par toutes les civilisations). "Autonome" est un point de vue subjectif et, trop souvent, carrément idéologisé, généralement pour départager le monde en "productifs" et en "parasites" (individus et organisations). La création de richesses, et plus encore LES types de créations de richesse (entre économies et Etats rudimentaires, et économies et Etats développés, et toutes les nomenclatures qu'on peut établir), n'ont pas une source ou un nombre limité de sources: vouloir définir de telles choses, c'est une histoire de poule et d'oeufs. C'est un raisonnement absurde dès son départ, donc un mauvais cadre de pensée. Cet angle particulier, cette façon de voir, est très idéologique, et il y a bien des contre-arguments extrêmement développés, contrairement à ce que tu crois: c'est un angle de vue qui essaie de comparer 2 choses n'ayant pas les mêmes paramètres d'analyse (intention criminelle et court termisme sont par exemple 2 facteurs conditionnant pour un "Ponzi scheme", de même que le ciblage d'une clientèle particulière, le fait de ne devoir rapporter qu'à une personne ou un petit groupe en définitive, l'illégalité.... Tous facteurs ayant de claires traductions dans la réalité), et choisi volontairement là où il a été sorti pour avoir un argument "marketing" qui parle vite et clairement dans les médias (américains en l'occurrence), sans pour autant avoir beaucoup de choses à voir avec la réalité ou la perception (quelle qu'elle soit) de son intérêt collectif par un groupe humain. Cette comparaison est un outil marketing idéologique, tout comme la "flat tax" (ou le non sens économique aux apparences de "bon sang mais ça va de soi"), pas quelque chose de fondé en raison. Une "démonstration mathématique" qui refuse de factoriser ce qui ne l'arrange pas, c'est une équation qui ne reflète rien sinon l'intention de ses auteurs.
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10 ou 20%, ça n'a pas d'importance du moment que, comme dit plus haut, on met en corrélation moyens et missions, et qu'on définit donc en amont les missions en fonction des nécessités impliquées par une bonne perception des intérêts de l'Etat (et pas des débilités pompeuses, vaniteuses et surrannées comme le "rang" ou le "statut", ou encore le "prestige", termes détestables et égotistes qui font prendre l'objet -l'armée- pour la cause). Quelles sont les missions? Que doivent-elles être? Que veut-on qu'elles soient? Ce sont les questions auxquelles un LB est censée répondre et c'est là qu'il y a un premier souci à se faire, aussi bien à l'encontre du politique tel qu'il est qu'à celle du militaire français tel qu'il est: si le militaire dit au politique "il faut telle, telle et telle chose et il les faut exactement comme ça et elles coûtent ça parce que c'est comme ça qu'elles doivent être et pas autrement", il est déjà en train de prescrire le mix de forces qu'il lui faut en fonction de ce qu'il veut (c'est là que les fantasmes de "guerres souhaitées" plus que de guerres probables, et que les intérêts de chapelle -la "politique politicienne" interne des armées- peuvent prendre une énorme importance, néfaste).... Et si le politique ignare l'écoute et factorise donc dans son raisonnement ces desideratas tels qu'ils sont, il réfléchit déjà "dans le moule" que propose l'armée; il y adjoint alors SES propres impératifs plus ou moins avouables (budget dégageable, obligations vis à vis de tel élu/électorat/allié, compromis et artifices en tous genres....) et commet aussi ses propres fautes et forfaitures qui amènent à définir une enveloppe générale (répondant aux objectifs politiques et politiciens) et l'essentiel de sa "distribution" (selon les cases et critères définis à la base par l'armée). Quelle importance exacte reflètent les impératifs nationaux au sens large, la perception du monde et des besoins et intérêts du pays, dans cette réflexion? Dur à dire, mais moins déterminante qu'à d'autres époques, et surtout moins déterminantes que les facteurs précités. C'est donc plus un habillage idéologique et prétentieux (parce que non corrélé aux moyens) qui sert de prétexte, en fin de processus pour justifier les choix. Mais incriminer le politique seulement dans ce processus est pire qu'exagérer: c'est exonérer une réflexion militaire (bien peu détachée d'objectifs tout autres que "l'ambition nationale") refermée sur elle-même, qui veut à toute force "faire américain", et ne surtout pas se remettre en question. C'était le cas en 40, c'était le cas en 14, c'était le cas en 1870, c'était le cas en 1854 (Crimée), c'était le cas en 1791-92, c'était le cas avant et pendant les guerres d'Italie, c'était le cas avant et pendant la guerre de Cent Ans.... Pas toujours des désastres définitifs, mais des commencements (et parfois déroulements pendant de longues phases) souvent catastrophiques, des ressources existantes mal allouées (au-delà du problème éventuel du manque de ressources), un immobilisme criminel, un refus (ou une incapacité profonde) de se remettre en cause, et donc une capacité d'adaptation insuffisante. Une réforme utile nécessitera une évolution du politique.... Mais elle impliquera FORCEMENT de passer sur le corps des hauts décideurs militaires. Parmi les intérêts à définir, certains impliquent un niveau de dépense et de forces données: - protection et surveillance des territoires lointains et de leur environnement immédiat - conservation et développement des savoirs-faires tactiques/techniques pertinents, à diverses échelles - conservation et développement de la capacité technologique et industrielle - conservation d'une dissuasion crédible (à définir ce qu'implique "crédible": la composante sous-marine suffit-elle?) et développement (y compris politique/conceptuel/doctrinal) d'une capacité de dissuasion conventionnelle La partie plus épineuse, c'est quelle capacité de levier/d'action doit-on ou veut-on avoir "à l'année", et là c'est salement plus politique et plus délicat à quantifier, parce qu'on parle à la fois de quelque chose de beaucoup plus complexe.... Et de beaucoup moins "mesurable"; quels sont les conflits prévisibles? Comment on défend et développe les intérêts du pays dans une vision diplomatique/politique/hard power/soft power intégrée? Quel modèle de forces militaires cette vision implique? Comment l'obtenir? Reste t-il "assez" après avoir répondu aux intérêts "de base" susmentionnés? Qu'est-ce, aujourd'hui, qu'une "victoire"? Le terme a t-il un sens dans la plupart des cas (voire le débat entre "succès politique" et "victoire militaire": aujourd'hui y'a un énorme hiatus entre la conception militaire et la nécessité politique)? Tu en parles comme s'il s'agissait d'une "carte de membre" qui apportait automatiquement, par vertu de son existence seule, des avantages et des possibilités qu'on n'aurait pas autrement. Le "statut", c'est pas quelque chose qui vient en disant "j'ai les bons goodies, j'ai payé la cotisation". L'arme nucléaire sert elle à quoi que ce soit dans la position -ou plutôt l'action- internationale du pays? Pas vraiment, sauf pour les cas les plus extrêmes où quelqu'un songerait à -et pourrait- envahir. Ce n'est qu'une assurance vie dans un contexte sans menace de ce type pour l'instant. Ca ne sert que virtuellement et ça ne "rapporte" rien (ça ne place pas la France dans un club à part), étant donné qu'on ne peut pas s'en servir sauf en dernière extrêmité, et que si on s'en servait (menace, j'entends, ou extension de la "garantie nucléaire" française à des pays menacés qu'on choisit de soutenir -en échange de trucs) pour obtenir des avantages (version nucléaire de la politique de la canonnière et des sphères d'influence), ça ne marcherait pas tant les contrecoups et réactions (et rétorsions de tous types) seraient durs et rendraient la chose contre-productive. Ce n'est pas une arme qui peut "rapporter" des avantages, sauf la survie en dernière extrêmité. C'est déjà beaucoup, et c'est une carte qu'il faut savoir maintenir, mais faut pas en attendre plus qu'elle ne peut donner, à moins d'un changement plus que radical de la scène internationale et de son fonctionnement, ce qui n'arrive pas tous les siècles et qui ne dépend pas de la France. La raison d'être de base de la sécurité extérieure et intérieure et de l'équilibre intérieur (qui implique la justice entre autres) ont largement évolué dans leurs perceptions et leur nature; on en sait plus aujourd'hui sur ce qui permet d'avoir la sécurité extérieure et intérieure qu'à l'époque des premiers "contrats sociaux" (naissance de la civilisation) ou qu'à celle des théories politiques du XVIIIème siècle (si bien qu'on peut dire qu'une forme ou une autre de sécurité sociale est aujourd'hui un devoir régalien au même titre, pour éviter une société instable parce que trop injuste, par exemple). La sécurité du territoire est-elle menacée? Non, et d'autant plus que le nucléaire est en place, que l'OTAN existe (c'est le calcul de tant de pays européens). Donc le devoir est rempli si on garde cette "raison d'être de base". Mais la perception de la sécurité inclue une dimension de favoriser ses intérêts autres que la seule défense des frontières (et souvent bien plus lointains), qui là amène des perceptions déjà nettement plus divergentes et débattables, en tout cas peu de certitudes univoques et de points de vue en accord. C'est là que le bât blesse puisque le devoir "de base" (la défense physique de la Cité, si on s'en tient aux "purs" fondamentaux) est rempli.
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J'ai appris un truc, c'est que les calthrops étaient assez peu efficaces contre les chevaux ferrés. Et la "poursuite" de ce truc en 14-18, c'est que les chevaux pouvaient en fait marcher le plus souvent sur des barbelés (au sol évidemment, qui en était jonché; pas celui encore monté sur barrière) sans se blesser. Même pas: un des trucs qui fausse beaucoup les possibilités d'estimation d'effectifs des peuples cavaliers, c'est qu'ils avaient une moyenne individuelle de chevaux de remonte hallucinante (une dizaine en moyenne pour les Mongols, plus d'une vingtaine dans la cavalerie lourde perse....). La préoccupation était moindre (et la natalité élevée: le "cheval moyen" était donc très jeune, comme les navires de la flotte japonaise :lol:) et l'espérance de vie des chevaux était en fait longue surtout là où la connaissance "naturelle" du cheval était grande, vu que ses premières causes de mortalité ont toujours été, très loin devant la mort en bataille, l'épuisement et la maladie, plus les blessures (surtout de fatigue, ou à cause du terrain) "sur le chemin" (patte cassée, voire entorse, en campagne = couic). Ainsi, et je rejoins le sujet, ces lois immémoriales sur le "fonctionnement" du "système cheval" en guerre, sont exactement les mêmes encore en 14-18: épuisement, maladie et blessures (souvent aggravées par les 2 premiers) caracolent en tête des causes de mort, même si l'impact de l'artillerie moderne a amené une "croissance" de la part de la mort du fait des combats, et si les progrès médicaux ont fait baisser celle des maladies. On constate notamment les différences entre armées: la française, comme c'est le cas depuis la révolution, traite mal ses chevaux, et a une mauvaise connaissance institutionnelle du cheval. Les cavaliers français ne sont pas de mauvais cavaliers, mais il n'y a plus de "culture du cheval": ils ne savent pas en prendre soin, vivre avec.... Ca a été une des pertes de la monarchie et du "monde de l'ancien régime", où la place du cheval était différente et les populations de gens naissant et vivant avec ou près de chevaux étaient plus importantes, et surtout structurellement aiguillées vers les unités de cavalerie quand elles allaient aux armées (où par ailleurs les aristos comme le roi entretenaient d'importants haras militaires et/ou des unités faisant leur propre élevage). Des officiers de cavalerie anglais le constatèrent dans les guerres napoléoniennes tout comme en 14-18: les cavaliers français étaient des cavaliers, mais pas des "horsemen". Par exemple, les cavaliers français ne démontaient pas aussi souvent qu'ils le pouvaient (ce qui est un réflexe chez tout homme de cheval), ne savaient pas qu'il fallait brosser un champ avant d'y faire paître un cheval, qu'il fallait éviter de leur faire boire de l'eau froide.... Résultat, un taux de mortalité très supérieur, des blessures plus nombreuses, des maladies et indisponibilités infiniment plus nombreuses, moins de vétérinaires compétents (cela put être corrigé en 14-18).... Une anecdote: l'absence de réflexe de démonter dès que possible a fait que dès le début des opérations en 14, entre 15 et 20% des chevaux de la cavalerie étaient indisponibles en raison de dos abîmés.
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Le Mindef/Minarm - Successeurs - Nomination - bilan et actions
Tancrède a répondu à un(e) sujet de zx dans Economie et défense
Sérieux? Ils touchent aux deux râteliers en même temps? J'imagine que ça peut être souhaitable/acceptable pour une ou deux exceptions dont on veut absolument garder les compétences tant ils sont bons (et encore, ils peuvent passer au tarif consultant), mais si le pantouflage n'empêche aucunement de cesser de toucher du fric de l'armée de façon systématique, ça c'est salement choquant. Ils procurent pas le même service à l'entreprise, ceux qui ont 20 et 40 ans de carrière: les premiers sont plus vers le besoin technique, les seconds sont plus dans la "facilitation" :-[ relationnelle. Oui, j'aimerais bien savoir s'il y a des études sur les réductions potentielles des effectifs, mais surtout du nombre de bureaux et de services (c'est des bestioles nettement plus persistantes que les individus). L'USMC, ceci dit, c'est 200 000 personnes (187 je crois après la fin de la réforme en cours, mais de toute façon très nettement plus que l'AdT) plus 30 à 50 000 réservistes. Et je crois-même qu'ils ont MOINS de généraux que l'AdT en particulier, et les forces françaises en général. -
Faut aller sur un topic "cavalerie", pour parler de ça, sinon on va se faire engueuler :-X. Mais oui, se piquer les chevaux est une constante, et, sujet oblige, 14-18 n'a pas échappé à la règle: outre les confiscations massives en territoire occupés, buter les chevaux d'en face ou les piquer était un automatisme, un but tactique courant et une pratique "normale" dès qu'on en avait l'occasion. Quand un encerclement/une percée permet de faire des milliers de prisonniers et de prendre un secteur de front, vu la densité des chevaux au kilomètre, je crois qu'on peut dire sans se gourer que le ratio de 4 à 3h pour un cheval marche aussi. Qu'on se rende compte que par exemple, à Verdun, le cheptel disponible, selon des témoignages, recouvrait littéralement des collines entières, quasiment à perte de vue, tant les concentrations étaient énormes: pour l'artillerie de chaque camp, c'était un objectif de choix, prioritaire par rapport aux troupes.
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la défense des colonies espganoles (XVIè/XIXè s)
Tancrède a répondu à un(e) sujet de aigle dans Histoire militaire
On a souvent une vue fausse et très exagérée du déclin relatif de la puissance espagnole; il y a déclin relatif par rapport à la brève position de prééminence du XVIème siècle et à l'hegemon des Habourgs unifiés, puis combinés après la "séparation" de l'empire par Charles Quint, mais ça ne veut pas dire un déclin absolu. Et le XIXème siècle n'a vu un affaiblissement de l'Espagne qu'avant tout en raison des troubles politiques durables qui suivent la période napoléonienne et malgré lesquels, notamment sur le plan militaire, l'Espagne ne cesse pas pour autant de rester en partie "dans la course", comme on peut le voir dans les orbat de la guerre hispano américaine de 1898 où les navires espagnols sont loin d'être techniquement largués pour beaucoup d'entre eux (l'organisation humaine pêche plus, avec des causes en partie politiques). On est ici influencés par l'historiographie du début du XXème siècle (qui dicte encore beaucoup des fondamentaux inconscients des manuels d'histoire) qui a "survendu" des "puissances jeunes", et survendu tout ce qui était Europe du nord, par opposition à une vision décadentiste des pays du sud (qui sont quasiment devenus dans les consciences des espèces d'antichambre des continents sous-développés de la colonisation). Cette vision hiérarchisante, très dans l'esprit de l'époque et très accentuée à ce moment), nous a mis en tête de faux schémas et de fausses images difficiles à réellement faire disparaître. Et pour les XVIIème-XVIIIème siècles, c'est encore plus faux, comme le prouve entre autres choses les nombreux revers militaires anglais, surtout coloniaux, face aux Espagnols, si tant est que l'issue d'une bataille ou d'une guerre détermine réellement qui est "décadent" et qui est "dynamique" (encore un truc inconscient dont il est difficile de se départir réellement). La population espagnole, c'est pas que l'Espagne: faut pas oublier la très importante émigration en Amérique qui fournit aussi une population tout aussi espagnole que la démographie de la péninsule ibérique ne résume pas. Cette émigration a fortement impacté le développement économique de l'Espagne métropolitaine (qui est moins mise en valeur globalement au XVIIIème siècle qu'au XVIème, les populations paysannes ayant baissé), mais en contrepartie a créé d'importants centres de population et d'industrie dans les colonies, un fort développement économique.... Et il faut y ajouter, jusqu'au XVIIIème siècle, les Flandres en plus. La Marine espagnole n'a pas été très tôt "surclassée" par les marines française et anglaise: elle reste un poids lourd jusqu'à la période napoléonienne. Tout comme la marine anglaise n'a pas une prééminence particulièrement prononcée (de nature à changer le cours des guerres) avant la guerre de 7 ans. Il y a cette fausse image rémanante de l'épisode de "l'invincible armada", une opération mal conçue et mal menée dont l'échec doit plus aux lenteurs des préparatifs, au mauvais temps et à un mauvais chef qu'à la flotte anglaise (qui n'a réussi que quelques piqûres de moustiques et balisait sec), comme une sorte de "repère" où les Anglais seraient devenus prééminents sur mer. Rien n'est plus faux. D'abord, cet épisode s'inscrit dans une guerre qu'au final.... Les Anglais ont plutôt perdu. Ensuite, ils ont, dans le cours de cette même guerre, connu un échec symétrique retentissant (la "contre armada" envoyée en Espagne). Et au XVIIème, les Anglais n'ont pas eu de prééminence navale réellement affirmée. L'Espagne tenait plutôt fermement ses colonies: c'est à partir de l'occupation napoléonienne que tout a réellement commencé à foutre le camp, et particulièrement dans les dites colonies, mais plus généralement dans la stabilité politique du pays. C'était un empire très attrayant, avec des zones réellement florissantes économiquement, mais aussi immense, ce qui a pu poser des problèmes, et surtout quand l'Espagne métropolitaine a eu de graves problèmes de gouvernance (donc de moyens, surtout après la guerre péninsulaire) qui l'ont amené à pressurer absurdement le dit empire, à mépriser ses élites, et ce avec des moyens plus comptés ET un "concurrent" proche à l'impérialisme économique montant et à l'impérialisme politique et militaire précoce (les USA: voir notamment la faction "fédéraliste" menée par Alexander Hamilton, qui voulait, dès l'indépendance, envahir le Mexique et le Canada). L'empire espagnol est très "rentable" en soi, et très riche. Y'a que la France du XIXème qui a été foutue de se tailler un empire plus coûteux que rentable. Et cet empire, en général tout comme "en détail" (de ses "provinces", ou plutôt ses vice royautés), est un gros morceau militaire: les garnisons sont abondantes, les populations mobilisables pour la milice sont nombreuses, les fortifications et infrastructures sont très développées (arsenaux maritimes et terrestres largement autonomes, contrairement aux colonies françaises qui n'ont jamais vu de développement de telles structures, ou aux anglaises qui ont souvent été plus limitées aux arsenaux navals), ce qui en fait, en plus de leur surface et des tailles des populations, surtout dans les centres urbains (à l'échelle de l'époque), des morceaux durs à avaler et plus durs encore à digérer. On peut y faire des raids ponctuels, mais une conquête est une autre paire de manches. -
Says who? Une colonne de cavalerie napoléonienne défilant sur le chant du départ, ou une charge massive de hussards ailés (mets-toi la stéréo avec du Wagner si tu veux :lol:), ou encore Alexandre chargeant avec les Hetaïros dans le couloir ouvert de l'axe de l'armée perse, ou encore des Croisés fendant la cavalerie de Saladin, des Druzhinas russes et Teutoniques se rentrant dans le chou de face, des Mongols déferlant et manoeuvrant des dizaines de milliers de cavaliers coordonnés comme si c'étaient des pions d'échec, c'est pas assez sexy tout ça? Par rapport aux uniformes tristouilles et monotones des tankistes, à leurs machins rivetés et branlants qui puent la vieille huile de moteur et se ressemblent tous, tout en ayant l'air, même sur des photos et films couleur, d'avoir été copiés/collés d'une pellicule en noir et blanc? C'est ça ta définition du sexy :lol:? Dis donc, Akhi, j'ai pas trop envie de savoir de quel magazine tu as collé les pages pendant ton adolescence ;)? Euh.... Non, ça veut pas dire que j'avais des magazines avec des posters de chevaux :-[.
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Le Mindef/Minarm - Successeurs - Nomination - bilan et actions
Tancrède a répondu à un(e) sujet de zx dans Economie et défense
Il doit quand même y avoir des préocédures et limitations évitant une trop grande proximité entre les hauts gradés ayant une part dans l'orientation des choix de matériels (ou de doctrines favorisant plus ou moins clairement certains matériels.... Et donc certains industriels) et les industriels, histoire de pas trop encourager un inceste institutionnel qui, comme on peut le voir ailleurs, peut tendre à faire des industriels des prescripteurs trop important de choix des armées. On va bien sûr dire que "ça n'existe pas en France" (sauf évidemment dans les "quelques exceptions" de rigueur qu'on cite toujours pour dire qu'on n'est pas trop catégoriques), "qu'on ne fait ça à l'armée française" (comme l'a dit un autre), mais qu'il s'agit juste de limiter les tentations :lol:. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de zx dans Economie et défense
Difficile de leur en vouloir pour ça.... Ou même de le leur interdire: pour quelle raison ce serait fait? Y'a des mesures à prendre dans certains cas, certainement, mais l'interdire? Faut pas non plus abroger la constitution pour qui porte ou a porté l'uniforme. Rien que pour ça, y'a besoin d'un choc dur et méchant, qui fait pas le détail. On a des ordres de grandeur? Des moyens à peu près fiables de comparer besoin réel et disponibilités? Parce que ce qui est certain, c'est qu'il y a du trop plein, une tendance à l'hypercéphalie, au planquage de cul, à la multiplication de bureaux où y'a un besoin soudain de gradés, surtout des hauts gradés (et par là à la multiplication de bureaux tout court), à l'usage de MDR pour des tâches de service (jadis bien utilement confiées aux appelés.... Et c'était déjà scandaleux dans beaucoup de cas).... Mais à quel point c'est vrai? A quel point c'est cher? A quel point ça alourdit/ralentit des processus de décision, des services? A quel point les logiques internes de préservage de copains, factions, groupes et chapelles nuisent à l'armée? Et à quel point il y a omerta sur la chose? Le gouvernement actuel n'est sans doute pas le plus favorable à la défense (aucun des bords politiques ne l'est), mais n'en est-on pas au point (et tant qu'à faire, conjoncture budgétaire oblige, au moment) de crise où il FAUT un choc, quel qu'il soit, tant "en temps normal", ça ne bouge que peu et ça ne se remet pas tant en cause que ça (plus facile de fermer des unités que des bureaux)? Pour moi, outre des tendances naturelles à toute organisation importante (et non concurrentielle, par essence, heureusement dans ce cas), dont certaines sont plus accentuées en France (la culture hiérarchique et "du diplôme/du statut" notamment), les institutions et le fonctionnement de la Vème République sont en cause dans beaucoup de problèmes de l'armée, de même que l'absence totale de liberté de parole et de débat interne réel (quand ça parle dans le feutré, "entre égaux du haut", ça observe et ça remarque; quand ça parle haut, ça se met le nez dans le caca, et c'est là que les résultats ont plus de chances d'arriver). -
Oui, c'est tout la faute au clavier, il a déformé ce que je voulais dire, mmmf! On peut vraiment rien déléguer :-[.... Et c'est amusant de voir, sur quasiment tous les topics, quelque soit le sujet, mais évidemment plus en histoire, des calculs logistiques parfois impressionnants sur le carburant, les huiles et pièces de rechange, les contraintes des armées mécanisées, ou encore sur les contraintes humaines comme facteur de calcul (ou les possibilités de l'humain).... Et jamais rien sur les contraintes et effets de la présence du cheval dans les armées, les limites que ça implique dans les analyses des mouvements d'armée et des calculs stratégico-tactiques, les possibilités que ça ouvre.... Nib, nada, que dalle.... Et on se prétend étudiants de l'histoire et des réalités militaire :lol:? Je crois que je n'ai quasiment jamais vu ici (y compris dans mes posts) une vraie prise en compte du cheval comme facteur sur tous les plans, sauf partiellement, ponctuellement.
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Je parle de la disparition du cheval au XXème siècle, ma formulation n'était pas bonne: ce que je souligne plus, c'est sa disparition comme "facteur de guerre" (enjeu comme ressource, vecteur logistique et arme tactique, contrainte majeure et acceptée parce qu'obligée, coût significatif dans les dépenses de guerre) réellement majeur. Pour info (je l'ai appris en furetant sur le sujet), la totalité des chevaux de la cavalerie (y compris dont l'énorme volant permanent nécessaire de remonte vu la mortalité/usure rapide, surtout dans certaines armées comme la française) pèse moins de 10% du besoin en chevaux pendant la 1ère GM, et ce chiffre inclue les théâtres autres que le front ouest, donc des zones où le besoin est plus grand et les ratios cheval/homme et "cheval de trait"/"cheval de cavalerie" (logistique/arme) supérieur, parfois très supérieur (celui de chevaux de combat du front ouest est donc nettement plus bas): front de l'est, front italien (très montagneux), front d'orient, et surtout Afrique et Moyen Orient. 90% des chevaux "mobilisés" pour la 1ère GM (plus de 2 millions pour la seule France) étaient donc des animaux de trait, et donc les "programmes d'armement" les concernant étaient plus prioritaires, chers et impliquaient plus d'attention et de moyens (notamment pour l'élevage). Et ce alors que les besoins en remplacement étaient énormes aussi pour les chevaux de cavalerie: par exemple, les unités britanniques en France avaient besoin en moyenne de faire venir 1000 chevaux (uniquement ceux de monte) d'Angleterre PAR JOUR, et ce même à des moments où le tonnage marchand disponible était hyper contraint et la crise des munitions au plus haut! De même, autre exemple: pour l'armée US pendant les offensives du printemps 1918 (à un moment où la mécanisation est bien en place et produit ses effets), le besoin en chevaux de trait pour la seule artillerie était de plus de 300 000 alors qu'ils n'en avaient que moins de 200 000. La conclusion en a été directement que les unités américaines ne pouvaient pas déplacer leur artillerie et leur train à la vitesse voulue et dans les quantités voulues (un autre point qui explique les problèmes de performances des grandes unités américaines), ralentissant l'efficacité de leurs mouvements et concentrations dans des proportions importantes. On se focalise tellement sur le rail et le moteur qu'on oublie qu'en 14-18, la place du cheval dans la capacité et les contraintes logistiques des armées est encore réellement cruciale, absolument déterminante (encore plus vrai côté Triplice). Ca revient à se focaliser sur la place que prend le camion en oubliant de quoi il COMMENCE seulement (même côté français -l'armée la plus motorisée de la guerre- cette place est encore minoritaire, surtout au niveau tactique/infra opératif) à prendre la place. Et ça c'est trop pas zuste pour les vavaux! Y'en a eu entre 6 et 8 millions mobilisés pendant la guerre, avec des taux de pertes qui dépassent ceux de beaucoup de catégories de soldats (et leur après guerre fut encore pire), des souffrances terribles, une place déterminante dans les résultats.... Et qui aime pas les vavaux (à part Sherlock Holmes)?
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Le Mindef/Minarm - Successeurs - Nomination - bilan et actions
Tancrède a répondu à un(e) sujet de zx dans Economie et défense
C'est pas forcément et par essence un mal: la liberté d'expression est si limitée dans les forces armées, et les hautes instances militaires si veules et asservies depuis des décennies (toute l'histoire de la république en France montre qu'un juste équilibre n'a quasiment jamais été trouvée), le politique ayant souvent eu tendance à sélectionner des officiers calibrés pour certains impératifs tout sauf militaires, qu'il faut bien que le torchon brûle un peu ouvertement une fois de temps en temps plutôt que de poursuivre éternellement sur un mauvais équilibre. Une équipe ministérielle pas trop mal intentionnée et connaissant un peu son affaire pourrait (je dis bien pourrais) produire un choc, aussi petit soit-il, pas forcément néfaste, voire même salutaire à bien des égards pour changer des habitudes. Historiquement (hors révolution, occupation et petits détails circonstanciels de ce type), on n'a jamais procédé autrement, et tout changement militaire significatif s'est toujours fait CONTRE l'establishment militaire existant, de la chevalerie aux généraux de 40 (voire ce qui est arrivé au corps des officiers généraux à chaque début de conflit très mal engagé: l'immense majorité y est toujours passée, de 1791 à 1914). Evidemment, c'est pas tous les jours qu'une bonne équipe met les pieds Bd St Germain, mais le Drian n'a pas la réputation d'un nul dans ces domaines, il a l'immense avantage d'avoir des mains plus libres que la plupart de ces prédécesseurs des dernières décennies (des nominations souvent plus politiques qu'autre chose, avec un président qui était le vrai ministre, et pas politiquement incliné à faire de vraies choses) ET l'oreille du président (ce qui vaut du poids dans la décision). Faut pas nécessairement considérer que les hauts gradés savent exactement ce qui est bon et comment tout bien faire, et le politique par essence ne fait que mal et ne veut faire que du mal à l'armée. La question budgétaire à part (et de toute façon elle se posera ou se reposera bientôt), de même que ce qu'elle entraîne comme contrainte, cet aspect des choses est à voir pour savoir quoi faire de ce qui reste. Et là, il peut falloir passer sur le corps.... Des officiers. Il ne faut pas interpréter ce genre de choses forcément comme le coup de grâce aux armées, ou un prétexte "du politique" (en général) pour pouvoir encore plus se servir sur la bête ou asservir des putschistes et assassins en puissance, quoiqu'évidemment il peut y avoir un peu de ça côté politique: il y a bien des raisons aussi de faire le ménage dans la façon de voir au sommet de la hiérarchie militaire. En tout cas, trancher de façon manichéenne et prendre facilement parti dans cette question est une fausse réponse. Qu'on se réfère, cas plus caricatural, au récent exemple de la réforme russe où là aussi ça a été "politiques versus militaires". -
Un angle "différent" pour regarder la guerre, autant dans ses calculs stratégiques et logistiques que dans ses développements tactiques et humains, est la place du cheval dans ce conflit: c'est véritablement le dernier conflit majeur où le cheval est une priorité stratégique (malgré une place encore appréciable chez certains belligérants de la suivante, c'est plus la même chose) à bien des égards. C'est aussi l'autre créature que l'humain qui a subi une guerre absolument inhumaine. Quelques angles majeurs: - le transport maritime et l'infrastructure logistique: un cheval et sa nourriture prennent beaucoup de cubage et pèsent un certain poids, requérant en outre un staff abondant pour les soins courants, et une infrastructure vétérinaire, et de soutien en général, soigneusement jalonnée sur les itinéraires pour maintenir un niveau de forme minimum (malgré tout, 75% des pertes équines de la guerre sont dues à l'épuisement, aux privations et aux maladies). La proportion du transport équestre dans les coûts et le tonnage disponible des flottes de transport semble être absolument énorme. Dans le transport inter et infra-théâtre, le transport des chevaux est un enjeu et un handicap dantesque.... Mais celui de leur bouffe est pire encore: un cheval bouffe 10 fois (en poids) ce que bouffe un humain quotidiennement. La taille des troupeaux aux armées (se comptant en millions à tout moment) induit donc un fardeau logistique sans précédent pour les alliés, autant qu'un souci stratégique pour l'approvisionnement (achat, production et transport). - les questions de mobilisation: la confiscation des chevaux de fermes, entre autre, les réquisitions en territoire occupés.... Ont un impact aussi important pour les populations concernées (la France est encore alors faite aux 2/3 de paysans) que la mobilisation des hommes (pour le cas où c'est votre armée qui vous prend vos chevaux) ou les séquestrations et exécutions (quand c'est un occupant). L'impact économique et psychologique est énorme et se fera ressentir longtemps après la guerre dans l'agriculture et l'industrie (notamment dans l'extraction minière où le cheval pèse lourd). Pour la seule "demi-année" de guerre de 1914, la France a réquisitionné 20% du total des chevaux du pays (environs 800 000 sur un cheptel de plus de 3,3 millions; en 1918, plus de 150 000 sont encore réquisitionnés) et des colonies (et ce sont les meilleurs 20%, les militaires ayant des exigences strictes pour les chevaux de cavalerie, du train et de l'artillerie). Plus de 2 millions passeront par les armées françaises pendant la guerre. En Allemagne, chaque cheval doit être enregistré et, s'il remplit des critères minimum, a un statut de réserviste de l'armée! - le cheval est cher à l'achat, à l'entretien et au transport, et les programmes des 2 camps en la matière représentèrent des sommes absolument dantesques tant les besoins furent grand et les animaux "périssables": avant la guerre, pour donner un ordre de grandeur, l'Angleterre avait une population équine de 20 à 25 000 chevaux.... En 1917, le seul troupeau de l'armée anglaise dépassait le million (plus 300 000 mules et 65 à 80 000 chameaux et boeufs). Elle en perdit pas loin d'un demi-million pendant la guerre (et en moyenne par rapport aux autres belligérants, l'Angleterre était celui qui prenait le mieux soin de ses chevaux, en perdant proportionnellement moins par défaut de traitement ou alimentation). L'explosion des populations équestres, répondant autant à des achats massifs (les Américains à eux seuls ont fourni plus d'un million de chevaux aux autres alliés, et en ont envoyé environs 200 000 pour leurs propres troupes -chiffre qui resta toujours très en-deçà de leurs besoins) qu'à des programmes gigantesques et coûteux de reproduction et d'élevage (ces programmes incluant le fait ques les armées balladaient leurs meilleurs étalons jusque dans les plus petites fermes ayant parfois une seule jument, pour obtenir de meilleurs poulains de toutes les sources possibles). Les Allemands (de loin les plus grands utilisateurs) ont confisqué plus de 650 000 chevaux dans les territoires qu'ils occupaient (dont près de 400 000 en France et en Belgique). Les taux de mortalité énormes des animaux et la croissance constante des besoins (notamment avec l'explosion des chaînes logistiques de soutien et des effectifs d'artillerie, ou encore l'énorme étendue des fronts et des "vides" entre axes ferroviaires) n'ont que rarement permis à la "production" de rejoindre les besoins en général, et surtout en temps et en heure. - le besoin tactique et opératif: il est immédiat et constant, et d'une telle dimension qu'on pourrait, en étudiant le sujet, lier les limitations de capacité de mouvement (ou à l'inverse une mobilité accrue sur des mouvements et opérations donnés) et plus grande lenteurs constatées à l'état des effectifs de chevaux disponibles. L'accroissement des charges individuelles à tirer (et particulièrement l'artillerie, dont les canons n'ont plus rien à voir avec les "petites choses" d'une tonne au grand maximum des guerres napoléoniennes) et de la charge logistique des armées en général n'a rien arrangé pour l'ampleur des besoins, et d'autant plus que le cheval reste irremplaçable dans les conditions du front (terrain accidenté, boue profonde, montagne.... Les camions sont encore limités). Les "vides" logistiques laissés entre les axes ferroviaires, et les mouvements des armées, même sur des distances semblant courtes sur une carte, impliquent des effectifs de chevaux jamais égalés dans l'histoire. Pour l'Allemagne, c'est encore plus vrai étant donné que sa faible motorisation la laisse infiniment plus dépendante que des Alliés où le moteur se taille une place significative du transport logistique à partir de 1916-17. Les Allemands ont été forcés, suivant l'évolution technique et logistique, de passer à un ratio minimum de 3 chevaux pour un homme en moyenne dans leur armée! Si les pertes humaines allemandes de 1918 et le changement de la balance des effectifs ont une grande part dans l'explication des résultats des opérations à partir de l'été 1918, ainsi surtout que sur leurs projections de résultats pour la suite, on notera cependant que, en renfort des doutes sur la capacité allemande à poursuivre efficacement la guerre, une soudaine et grave accélération de leurs manques en matière de chevaux (coûts, pertes, incapacité à les nourrir, soins plus qu'insuffisants....) est une cause complètement sous-estimée qui explique autant leurs abandons de plus en plus massifs de matériels (surtout lourds) dans la retraite, qu'elle souligne une capacité de plus en plus limitée à rester apte à la manoeuvre (surtout celle des feux) pour la suite, le rail étant très peu souple et ses axes éloignés (pour la tactique), et les camions étant en nombre trop faible pour compenser même un peu (et en plus de moins en moins soutenables vu les manques allemands en carburant). Les pertes non remplacées en chevaux sont en croissance exponentielle à l'été 18, et l'affaiblissement accru des troupeaux existants (épuisés, malades, de moindre qualité, mal nourris) a un impact direct sur la capacité logistique globale. - le volant sanitaire: autant pour la santé des chevaux (chaînes médicales énormes et coûteuses) que pour celle des hommes, cet aspect est fondamental. La présence des chevaux aux tranchées et à l'avant concourait d'une extension massive des problèmes sanitaires pour les hommes (et ça marche aussi dans l'autre sens), induisant des coûts supplémentaires importants et inévitables, et des problèmes de fait insolubles et de grande échelle, tant les contraites des tranchées (et plus encore des phases de mouvement) rendaient un niveau d'hygiène satisfaisant complètement irréaliste. Passé le XIXème siècle, on a tendance à ne même plus "voir" le cheval comme un facteur de force déterminant dans les armées. Et même avant, on sous-estime ce besoin en tant qu'enjeu de guerre, enjeu économique, enjeu de planification militaire, que coût.... Il faut regarder les chiffres des guerres napoléoniennes et s'intéresser au sujet un moment pour voir le cheval aussi bien comme système d'arme et enjeu majeur, comme ressource rare et cause de bien des décisions politiques et stratégiques, de bien des problèmes.... Et pour voir que ces problématiques n'ont pas une petite part pour expliquer les résultats des guerres ou les changements de politiques (on comprend la chose pour le pétrole depuis la 2ème GM.... Mais ça on le comprend pas). Il est en grande partie vrai (et surtout comme arme pour le combat) qu'au XXème siècle, la disparition du cheval du spectacle de la guerre fut complète, ou presque, et surtout terriblement rapide, mais la Grande Guerre est l'exception tant elle est, aussi à cet égard, le grand conflit de transition entre le monde "ancien" et le "moderne". Il suffit de voir les sommes investies au regard de l'effort de guerre général, la part du transport maritime et ferroviaire, le niveau de priorité accordé à cette "ressource" (notamment des faits "mineurs" comme celui que les EM et les soldats considéraient plus tragiquement la perte d'un cheval que celle d'un soldat, ou celui que les Allemands tiraient prioritairement sur les chevaux plutôt que sur les hommes quand ils le pouvaient, ou que la localisation par avion des concentration de troupeaux était une priorité pour les vols de reco et les tirs d'artillerie), ou encore l'usage des chevaux pour le moral des soldats (traduit par un nombre énorme de monuments après la guerre, mais aussi par des campagnes d'indignation répétées sur le sort des anciens chevaux de guerre, souvent maltraités, abattus en masse, non rapatriés -trop cher, problèmes sanitaires-....), pour se rendre compte de la place encore déterminante du cheval dans cette guerre.... Pour la dernière fois (l'espèce équine a du dire "ouf" après).
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Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Bon, ben les fabricants de roquettes et drones artisanaux, ainsi que les entrepreneurs tunneliers :lol: ont un bel avenir professionnel en Egypte et chez les Palestiniens, semble t-il (y'a de la demande): ça fait des secteurs de reprise économique :lol:. -
Guerre civile en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de maminowski dans Politique etrangère / Relations internationales
Un intéressant "aller-retour": Richard Engel, correspondant de guerre vedette du "réseau" télé NBC (et spécialiste du Moyen Orient), a passé un court séjour mouvementé en Syrie. Quelques jours après un passage à Alep ( :O!), lui et son équipe de 5 personnes ont passé la frontière syrienne depuis la Turquie pour rencontrer une unité rebelle et faire un petit tour de documentation qui, à côté d'Alep, lui semblait un petit truc de routine.... Mais sitôt le contact établi avec les dits insurgés syriens, ils tombent dans une embuscade montée par une milice locale pro-Assad: emmenés dans un "bastion" pro-gouvernemental, ils passent 5 jours les yeux bandés, au cours desquels les insurgés capturés sont abattus et leur vie semble elle-même très menacée, moins, semble t-il par intention calculée que par la nervosité de miliciens qui, vraisemblablement, ne doivent pas savoir quoi faire de leur prise (Richard Engel rapporte les propos d'un des miliciens qui a passé son temps à insister pour qu'au moins 2 des journalistes soient tuées, genre "ils sont 6, en buter 2, c'est bon"; le chef, semble t-il, a tenu ferme). Résultat, les miliciens essaient de les emmener dans une ville pro-Assad pas trop lointaine (Fou'a, assiégée par les insurgés), sans doute pour trouver quelqu'un de plus haut placé pour prendre la décision, et se font à leur tour prendre par une troupe insurgée qui libère les journalistes après s'être débarrassé des miliciens. L'histoire est humainement édifiante mais ne représente pas une info de première bourre; elle indique cependant à quel point la carte de la Syrie est un "gruyère" d'affrontements locaux (plus qu'un large affrontement entre 2 camps unifiés ou au moins coordonnés), d'une complication extrême et d'un grand niveau, pourrait-on dire.... De désorganisation. Ce qui montre à quel point tout ne tient pas à "Assad ou pas Assad" et à quel point même sa sortie de piste risque de ne pas amener du tout de pacification. -
Dans ces cas là, par exemple, est-il même possible de savoir ce que ça recouvre? Combien sont des "vrais" coupes? Combien incluent des reclassements/reversements dans d'autres services ou organismes utilisant des compétences de crypto ou quelque chose d'apparenté? Les USA, surtout dans le domaine de la sécurité au sens très large, sont un océan bureaucratique où déshabiller l'un permet de surcouvrir un ou plusieurs autres, où un service peut réclamer le monopole (ou s'en rapprocher) sur une famille de métiers, où un ministère/secretary peut essayer de vampiriser un type d'activité ou de spécialité aux dépends d'un autre (la guéguerre des services, ça va de 2 bureaux dans un même étage jusqu'à 2 ministères.... Ou même entre les Chambres du Parlement, ou entre Exécutif et Législatif :lol:). Formellement oui, mais la taille et les moyens discrétionnaires donnent de la latitude d'action, la distance (y compris physique) au chef direct aussi.... Beaucoup de choses donnent de fait plus ou moins de latitude, et une loi universelle dans toute organisation bureaucratique est de voir tous les échelons décisionnels, aussi petits soient-ils, essayer d'assurer leur position, choper des budgets et des prérogatives, se tailler leur "baronnie" (de la latitude d'action, de la valorisation....), et le temps fait que certains réussissent plus (individualités, équipes, factions soutenant un individu, circonstances, politique, rapports de pouvoir....) et qu'un service ne reste jamais cantonné à la petite case à laquelle sa naissance l'a assigné, voire peut la déserter complètement. Bref, toute bureaucratie a une vie propre qui échappe en partie aux cadres théoriques qu'on lui a assigné (et auxquels les décideurs essaient de la cantonner.... Tout en essayant aussi de s'en servir dans leurs propres luttes) et développe en interne ses logiques propres. Et plus l'activité d'un service est sensible, politique, dispose de budgets conséquents et/ou d'un niveau d'attention conséquent, plus les marges de manoeuvres obtenables sont importantes et les changements par rapport aux objectifs initiaux potentiellement énormes (après tout, exemple anecdotique sur une chose somme toute petite, la CIA ne vient-elle pas de facto de "virer" son patron contre les voeux du Président des USA qui l'avait foutu là ;)?). Quand en plus on parle de l'activité de renseignement, beaucoup de choses sont encore plus vraies et loin de possibilités de contrôle si énormes: les réseaux de "loyautés" et factions en interne sont le coeur de métier et le principe même de son fonctionnement (acquérir du rens est une chose, mais s'en servir pour valoriser sa carrière et celle des potes, protéger son cul, choper des budgets, grimper en importance, faire évoluer son service, monnayer des faveurs, refiler l'info à untel plutôt qu'à untel pour des raisons politiques, de carrière, de méfiance.... Sont aussi des composantes du métier). La circulation de l'info est évidemment difficile, la coopération est une quadrature du cercle.... Richard Clarke disait récemment que l'explosion des services, agences, officines, groupes de "liaisons".... Post 11 septembre avait démultiplié l'inefficacité du renseignement américain (évidemment capable d'une coordination/circulation de l'info très limitée en interne), notamment pour des raisons de ce type, et par la nature du fonctionnement de l'activité de renseignement (compartimentage nécessaire, peu de partage, méfiance constante, rivalités....). Crée un "bureau", un "service", une "direction", une "activité", ou une "task force" temporaire, on peut effectivement y voir la même chose, mais tout dépend quand même des moyens derrière et de qui est aux commandes; cependant une entité, quelle qu'elle soit, prend une vie propre. Et toutes ne partent pas égales dans ce genre de compète: il y a quand même aussi des statuts administratifs, légaux/règlementaires voire constitionnels plus faciles à bouger que d'autre. S'il faut un vote majoritaire d'un comité, voire d'une assemblée, une décision présidentielle pure, ou une avec contreseing parlementaire, un trait de plume d'un ministre, l'arbitrage d'un général 4 étoiles.... Le dit service n'a pas, selon ce genre de modalités, la même "solidité", la même marge de manoeuvre. S'il faut un compromis politique, même minime, pour bouger un directeur, ou juste la décision d'un général, c'est pas la même chose. Et évidemment, l'importance du budget de l'entité, et de son degré de contrôle discrétionnaire sur le dit budget, change aussi la donne (c'est pourquoi on a souvent vu des services essayer de faire plaisir et d'avantager le ou les décideurs au-dessus d'eux, et/ou essayer de trouver des saletés sur eux ou de les compromettre: ça fait partie de la politique de toute personne en place que d'essayer de faire ça à son niveau, et si le directeur d'un service est un parachuté, il a des subordonnés "de la maison" qui entendent montrer que c'est "leur" maison). Les fonctionnements théoriques sont une chose dans les bureaucraties, le réel en est une autre tant il implique à tous les échelons des ambitions, des volontés de couvrir son cul, des logiques et tactiques de bureaux et de carrières, de l'instrumentalisation politique par l'échelon au-dessus.... Et le renseignement en particulier, autant pour ses métiers et modes de fonctionnement proprement dits (compartimentage, méfiance) que pour son "produit" (des infos bien juteuses et parfois très opportunes), en est une incarnation caricaturale.
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C'est en partie ce genre de domaines que je voudrais explorer, parce que l'exemple américain est à cet égard édifiant: s'ils ont effectivement systématiquement eu tendance à démonter ou au moins amputer des agences/services de renseignement formels après chacune de leurs guerres jusqu'à une période récente (notez que c'est aussi ce qui a eu lieu après 45, même si comme pour leurs forces militaires, ça a été bref eu égard à ce qui s'est vite passé en Europe et en Corée), c'est pas pour autant que la CAPACITE de renseignement américaine a disparu à ces périodes. C'est l'organisation formelle, la bureaucratie spécifique à ces domaines qui a été démantelée, en grande partie par culture démocratique et refus de voir ce genre de concentration de savoir/pouvoir devenir des "kystes" au sein des institutions. Mais c'est pas pour autant qu'ils se sont privés des moyens de savoir et, dans une certaine mesure, d'agir: la culture du renseignement dans les instances de gouvernement a toujours été plus présente chez les anglo saxons que dans beaucoup d'autres cultures institutionnelles, et les Américains ont développé très tôt cette capacité dans leur histoire, sans nécessairement ressentir le besoin d'agences formalisées et surtout semi-indépendantes (luxe qu'ils n'ont plus eu quand ils sont devenu superpuissance). Tous les grands "department" du gouvernement ont développé une capacité propre et réelle de renseignement assez élaborée depuis les origines (voir le "Secret Comittee" et le "Comittee of Secret Correspondence" du premier Congrès Continental, ou les actions du Treasury Department pendant la guerre de 1812), accrue par la "culture" commune des élites américaines, héritées des Britanniques, qui faisait notamment de tout financier ou grand commerçant américain un agent plus ou moins introduit du "système" de renseignement américain, en plus évidemment des diplomates et autres fonctionnaires déployés à l'étranger. L'absence ou la diminution de services formellement organisés, jusqu'à un certain point, n'a pas été l'équivalent d'une baisse de l'activité de renseignement aux USA, loin de là, et, plus important encore, d'une moindre culture du renseignement chez les décideurs et dans la haute fonction publique. C'est même l'inverse. On assistait plutôt à une "redistribution" de la capacité de renseignement, plus centralisée en temps de guerre, au sein des services existants; au sein de chaque arme du DoD, par exemple, les écoutes retournaient vers les organismes techniques, les "commandos" ou équivalents retournaient dans des unités régulières, les analystes retournaient dans leurs branches d'origine, les spécialistes en tous genres retournaient à leur "métier" principal, et un noyau formel gardait en interne, comme bureau "annexe" (remis à sa place hiérarchique pour éviter la constitution d'une baronnie), la culture/mémoire institutionnelle du fonctionnement d'une agence de renseignement. Pareil pour le Secretariat d'Etat, évidemment le plus vaste et international réseau de renseignement des USA. C'est une autre approche culturelle du renseignement, où il y a une véritable culture de base, une conscience de la chose à tous les échelons des organisations (et donc dans la pratique de chaque activité), plutôt qu'une spécialisation trop poussée qui a une tendance naturelle à "libérer" tous ceux non directement impliqués de cette nécessité (voir dans les armées françaises la "considération" qu'a l'activité de renseignement). Une approche pas inintéressante pour envisager la "culture" de renseignement et la façon de s'organiser qui va avec aux USA, est de voir, au sein des renseignements militaires américains, le fonctionnement des "petites" branches: l'USMC, par exemple, n'a pas tant une agence proprement dite qu'une "activité", menée par le Marine Corps Intelligence Activity, un service de l'EM du Corps. En termes organisationnels, administratifs et hiérarchiques, c'est un peu un stade d'évolution antérieur à une agence formelle, en ce que c'est subordonné pleinement à un EM (dont il n'est qu'un "service"), physiquement intégré aux locaux de cet EM, limité en effectif pleinement dédié à cette activité, et reposant en bonne partie sur d'autres services du Corps pour mener son activité (services sur lesquels il a une prérogative de commanditaire/"client"): aussi bien les unités spéciales ou "à capacité spéciale" du Corps peuvent bosser en partie ou pleinement (une mission) pour lui sur des coups ponctuels ou comme partie de son activité générale (cumuler du renseignement), que absolument tous les autres services des Marines peuvent avoir affaire avec lui à un moment ou à un autre (il a accès aux ressources du corps mais en a peu par lui-même, structurellement). C'est une activité de centralisation, de coordination, de prescription (notamment sur la doctrine, l'entraînement, les activités, les objectifs ou les opérations et planifications du corps).... Et en même temps, ses représentants font partie des 16 membres de "l'Intelligence Community" américaine (dont une bonne partie sont des "poids lourds" en terme de budgets, d'effectifs, de prérogatives....) et le MCIA collabore au quotidien dans son activité avec l'ONI, l'OCGI (son homologue des Coast Guards) et le service de coordination/intégration du renseignement "naval" américain (National Maritime Intelligence-Integration Office: encore une fois, pas un "service", une "direction".... Juste un "bureau"; dans les faits une plate-forme). Peut-être qu'une activité comme le MCIA deviendra bientôt un service plein et entier, pour des raisons discutables et/ou justifiées, c'est à voir. C'est la bureaucratisation de la chose, sa formalisation dans des organisations permanentes ET plus ou moins autonomes, qui est un fait plus récent et une "passion": croissance naturelle de la bureaucratie d'Etat dont le nombre d'échelons a explosé dans le dernier demi-siècle, spécialisation à outrance (parfois exagérée), nécessités de la guerre froide (désormais enkystées), baisse de la culture commune d'une élite américaine traditionnelle (les "good old boys"), progrès techniques (notamment pour le renseignement technologique).... Les raisons en sont multiples.
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Oui, l'affrontement est à la fois plus diffus et permanent, et la force militaire classique est un outil auquel on n'est beaucoup moins appelé à recourir "en grand", surtout entre Etats importants, jouant sur un échiquier multidimensionnels, aux intérêts croisés (et avant tout celui d'un certain niveau de stabilité pour une grande partie du monde).... La "guerre" est à considérer comme une chose plus permanente, de longue haleine, et moins directement manifestée par une confrontation plus ou moins brève et massive entre dispositifs militaires: c'est l'ensemble des aspects, domaines et composants d'une société (et particulièrement d'un appareil d'Etat) qui doivent consacrer une partie de leurs ressources et attention, mais surtout de leur mode de pensée et de leur façon de penser et pratiquer leurs activités, à un état d'esprit et une "posture" de défense (et une "pensée stratégique"), plutôt qu'un seul ministère qui doit être consacré à une activité de confrontation unique (militaire "classique") qui, si elle ne peut être complètement dépassée, n'est plus si monopolistique de la confrontation et a une probabilité infiniment moindre (voire infinitésimale, surtout à l'ère nucléaire) d'être employée "en grand". Un exemple emblématique des autres domaines d'activités qui sont, qu'ils le veulent ou non, dans le champ de la confrontation "mondiale" et doivent changer radicalement d'approche de leurs métiers au quotidien (ça doit plus devenir une part de leur façon de fonctionner que ça ne doit tout d'un coup mobiliser leur attention et leurs moyens): l'intelligence économique pour les entreprises, le domaine de la "guerre" pour les savoirs et savoirs-faires, les technologies, le piratage, la sécurité informatique et physique, les renseignements "opérationnels" (sur les deals, les meetings, les prospects....) et la sphère information/désinformation dans l'activité économique. L'Etat ne peut prendre en charge qu'un certain niveau et un certain volant de ces choses, très limité au regard de la vaste réalité, mais il peut former, coordonner, structurer.... Le reste doit venir des acteurs économiques (et la France est réellement à la traîne) qui doivent penser, exister, travailler et s'organiser autrement pour intégrer ces logiques jadis "extraordinaires" (ça a toujours existé, mais pour un nombre très limité d'entités, les très hauts échelons de très puissantes organisations économiques.... Et de façon plus ponctuelle que structurelle) et aujourd'hui banales, "démocratisées" et de grande échelle (et impact). Même l'Education Nationale, autre domaine, devrait intégrer une logique de "conflictualité": pour les cerveaux, les formateurs, les spécialités.... Où les enjeux et pratiques sont d'une importance majeure: organiser et structurer un sytème éducatif désormais en concurrence dans une temporalité courte est un enjeu, former un regard sur le monde pour une société (et dans un grand nombre de métiers et types de carrières) est un enjeu, créer de la citoyenneté (réenvisagée dans cette nouvelle perception du monde) l'est encore plus. Et là-dedans, les armées, la diplomatie, la sécurité intérieure, les services de renseignement, sont à la fois plus "annexes" isolément, et doivent être plus "pointus" que jamais, et plus encore, ils doivent être plus coordonnés dans une approche cohérente et adaptable que jamais, et ça, c'est avant tout un changement culturel, avec ses traductions organisationnelles et dynamiques (le fonctionnement quotidien et la structuration des organisations, les façons de penser et d'agir), dans le domaine de la formation, celui des "postures mentales" et états d'esprit: pas si cher, mais infiniment difficile, surtout en France où le "changement" consiste souvent à garder les mêmes organisations, hiérarchies, habitudes et mentalités, et à trouver un nouveau nom (généralement ridicule, abscons et/ou imprononçable). Pour les armées proprement dite, quand on parle de "modèle", j'aimerais qu'on se tienne même à ce mot précisément: une armée est "modelée" pour une adversité. Une bonne armée, c'est avant tout une bonne pensée, soit une problématique bien posée et une bonne façon d'aborder les problèmes: ça commence par savoir quels problèmes il faut aborder. Qu'on le veuille ou non, elle ne peut faire face à toutes les adversités (même en écartant les questions de facteur quantitatif dans une certaine mesure), juste à un panel limité d'adversités possibles.... Question: pour quelle adversité les armées actuelles sont-elles modelée? Je cherche encore, et franchement, je vois pas de réponse pertinente hors un succédané de conception issue de la guerre froide, version 2.0 au plan technique, et version "weight watcher" (tendance anorexique) au plan quantité.
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Des truc que j'essaie de voir au travers d'une perspective historique sont le fonctionnement et la genèse de services secrets et/ou officines qui s'y apparentent, au sein d'un appareil d'Etat (ou para-étatique); le domaine militaire est particulièrement propice à mettre en lumière ce genre de fonctionnements, et encore plus rapidement (donc "visiblement" pour l'observateur historique, parce que compressé dans une courte période de temps) en temps de guerre, ou à tout le moins, de tensions prononcées (comme ça a pu être le cas aux USA post 9/11). Créer un service secret proprement dit est une décision politique remontant au plus haut niveau, c'est un fait, même si le dit haut niveau, suivant les rapports de force internes d'un gouvernement ou d'un Etat, peut se faire forcer la main au nom de "nécessités" plus ou moins réelles (surtout en temps de guerre ou de tensions, où chacun peut mettre en avant son point de vue, "vendre" son projet, avec moins de temps pour examiner et arbitrer), de lobbying interne.... Et une fois créé, comme toute organisation ou tout service dans une structure étatique, un tel machin est dur à déboulonner: c'est une baronnie, du pouvoir, des "protecteurs", une intégration dans le réseau infiniment complexe et changeant des rapports de pouvoir.... Mais le point ici est plus que je me demande quelle latitude ont les services et organisations au sein d'un Etat pour créer de facto un proto service de renseignement: quel que soit le domaine (c'est toujours plus sensible dans la Défense et la Sécurité en général, mais pas que.... Surtout dans un Etat en temps de "paix"), un ministère, surtout, peut créer par exemple un service de "documentation", et/ou "d'analyse", de "veille", voire "d'enquête" ou "d'inspection", ou de "collecte" de renseignements plus ou moins directement liés à son champ d'expertise. Et de fait, il peut y assigner un certain volant de moyens permanents et discrétionnaires: il ne s'agira évidemment pas de bâtir un réseau de satellites ou des sites d'entraînement clandestins, et surtout pas à l'insu du pouvoir au plus haut niveau et/ou des instances de représentation (quoique ce ne soit pas étranger à l'histoire récente des démocraties occidentales, les USA en sont l'exemple), mais une organisation peut à divers titres aquérir un accès plus ou moins prononcé aux infos sensibles, collecter les siennes et les "monnayer", établir des réseaux, avoir un certain niveau de spécialisation (et les cursus de formation qui vont avec).... Et plus le ministère est vaste, plus la capacité à développer ce genre de services plus ou moins formalisés est "accessible" à un échelon inférieur à celui du ministre. C'est un des principes de toute importante organisation bureaucratique aux intérêts étendus et au fonctionnement naturellement politique (les grandes entreprises ont les mêmes modes de fonctionnement et développent les mêmes tendances, avec d'autres formes ou non, et développent aussi de vrais services de renseignement au spectre d'activité de plus en plus complet): les services créent leur propre logique de fonctionnement et se démerdent pour croître, et dans ce domaine, le renseignement est une activité prioritaire. La floraison anarchique des services et officines en tous genres dans les USA après le 11 septembre n'en est qu'un exemple récent, et toutes les branches du gouvernement fédéral ont donné dans ce registre: sécurité, diplomatie et défense évidemment, mais aussi trésor/finances, justice, transports, éducation, agriculture, industrie/économie.... Encore évidemment, ce ne sont pas, loin de là, toutes des mini (et moins mini) CIA, les spectres d'activité ne sont pas complets, les moyens très inégaux.... Mais le renseignement, surtout humain, est ce qu'il est et fonctionne comme il fonctionne: ce sont des réseaux, des méthodes, des loyautés, des logiques propres (et rarement très compatibles), et tout comme les intérêts de fonctions politisées vont bien au-delà du champ théorique d'application d'une branche donnée du gouvernement, et tout comme on ne sait que rarement sur quelle info on va tomber quand on est dans "le bain", les dits réseaux essaient de bouffer à tous les râteliers pour obtenir tout ce qu'ils peuvent comme info dans tous les domaines possibles (ne serait-ce que pour "monnayer" en interne ce qu'ils obtiennent: info contre info, info contre budget, info contre placement de personnes, info contre influence, amendement à une loi, décision modifiée, statut....), voire sont aiguillés par un "patron" ou un autre pour servir des intérêts plus précis. Pour résumer, mon point est de souligner la "vie propre" qu'acquiert à tous les échelons de décision, une vaste organisation comme un Etat, et ici dans le domaine du "renseignement" au sens large. Comment ça se contrôle? Comment ça évolue? Dans le domaine militaire, l'histoire des Etats modernes a montré la tendance de chaque branche, chaque service, chaque arme, à développer, vouloir développer, essayer de développer, "faire semblant de ne pas mais développer quand même".... Des services de renseignement propres, sans nécessairement les labelliser comme tels ou attendre le refus ou l'approbation de l'échelon supérieur, souvent pour des logiques et besoins pratiques et opérationnels, mais aussi pour d'autres, et des services qui n'ont que rarement servi seulement à leur raison sociale initiale, et qui ont rarement limité leur développement avec le temps. L'histoire de l'ONI et de la CIA dans les années 50-60 (mais aussi celle du FBI pendant les +/- 40 ans de présence de Hoover) n'en est qu'un exemple. L'histoire en France n'est pas exempte de ces tendances "naturelles" (voir les débuts de la DRM, et évidemment les choses plus saumâtres d'autres périodes), et la sous-culture du renseignement en France n'en est à cet égard que plus dangereuse car plus propice à voir précisément se créer des "services de fait" (pas énormes sans doute, mais réels), soit que des équipes et personnes y soient dédiés en tout sauf en nom, soit qu'il s'agisse plus d'un certain nombre de décideurs et personnels d'échelons divers décidant d'opérer en "réseau" pour gagner un peu de marge de manoeuvre afin de mener "leur" politique, et faire ce qu'ils estiment devoir faire et/ou avancer leur petit cul et celui de leurs "baronnies" (c'est un peu le propre des guerres de chapelles et de services). Attention, je parle pas forcément de diplomatie parallèle ou de coups tordus sur la scène internationale: ce peut (et c'est dans 90% des cas) être de plus "petites" choses, tournant essentiellement au sein de logiques internes à l'appareil d'Etat, voire à un ministère "seulement".... Mais ce peuvent être aussi des choses ayant un peu plus de conséquence: par exemple on crée de facto un service de "documentation, veille, enquête, collecte" dans un service de la défense, on le développe de façon un peu suivie, et un jour, on force la main à un gouvernement (qui n'a jamais réellement mesuré ce que ces quelques bureaux occupés faisaient réellement: des archivistes et des "analystes", plus quelques "enquêteurs" à première vue :-[) pour l'institutionnaliser pleinement en tant que service de renseignement tant sa "nécessité" (réelle ET supposée) est devenue indéniable, tant sa présence est logique (et le pouvoir qu'il donne grand). Evidemment, Rob1 et son encyclopédie mentale sont convoqués proritairement à ce sujet/invitation :lol:....
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Le Nucléaire est notre Manche :lol:; les Brits sont-ils plus à l'abri territorial que nous? Plus vraiment vu que ni Allemagne ni Russie ne sont plus des menaces aujourd'hui et demain; pour après-demain, on n'en sait rien, mais bâtir/rebâtir de quoi envahir l'Europe de l'ouest prendrait bien plus de temps et de changements stratégiques majeurs qui se verraient de loin, si tant est que l'invasion territoriale soit encore, dans ce genre de cas, la plus pertinente des actions hostiles pour obtenir un résultat politique intéressant (ça l'est encore dans d'autres parties du monde, même si de toute façon, tant qu'il y a un système international, c'est très dur et "coûteux" à tous les sens du terme, surtout si au moins 2 acteurs de poids sont impliqués). Ceci dit, malgré un modèle militaire mal revu et aussi à des égards contestables, les Brits semblent avoir un avantage sur la France en ce qu'ils font des choix plus clairs plus rapidement, et sans doute plus en adéquation avec des objectifs mieux formulés (et en collant mieux moyens et fins), ce qui résulte sans doute d'une plus grande importance du domaine défense/stratégie dans leur classe politique (et avant cela, sur leur scène publique); c'est pas quelque chose d'aussi mal considéré, donc c'est un truc sur lequel les politiques sont forcés d'être un peu plus sérieux. Les Angliches regardent leur cul et rien d'autre, comme tout le monde; faut pas trop faire jouer les violons sur un "lien" avec eux. De la compatibilité, oui, mais faut pas chercher plus loin: plus loin, c'est l'OTAN, et entre OTAN et France, ils n'hésiteront jamais, leur duo gagnant pour l'Europe étant une zone de libre échange et l'OTAN. Les ricains désertent pas l'Europe, c'est un protectorat trop rentable. Sans compter qu'une crise "qui toucherait nos intérêts et pas ceux des USA", j'ai du mal à voir quelle crise impliquant un volet militaire et nécessitant d'y aller en franco-britanniques (autrement que pour du symbolique type intervention minime, mais "à 2") n'impliquerait pas les USA à un degré ou un autre: ils sont partout, ont des intérêts dans tout, et ne manqueront pas de jouer de leur poids politique dans toute crise, c'est le point de leur position de leader très très absolu. A t-on beaucoup de bifteck dans des endroits et sur des sujets où eux aussi n'en ont pas? Faut vraiment déterminer où on peut être appelé à intervenir, quels types de crises vraisemblables (et gérables à notre échelle) on peut avoir à gérer (les scénaris de conflits, crises, vides à remplir, situations à résoudre.... Bref, un schéma complet de ce qu'est vraiment la conflictualité et la guerre, pas juste limité au fantasme de la grande guerre symétrique contre un grand adversaire encore anonyme), et quelles structures de forces peuvent le mieux y répondre/le plus y peser. J'avais mentionné dans un autre sujet le retex que les ricains avaient d'Afghanistan et d'Irak, qui les amenait à constituer apparemment une première brigade d'encadrement/formation de forces amies, l'échelle de cette unité permettant de constituer un corps de doctrine spécifique, une "pensée de la guerre" propre à cette approche (qui a pour l'instant été réalisée depuis très longtemps "en amateur", avec des unités de combat normales assignées à la "corvée" et plaquant des modèles et méthodes tout faits), ainsi que des niveaux de forces d'assistance pouvant procurer un vaste panel de prestations: - formations à tous les échelons opérationnels, du soldat du rang à l'équipe d'EM - fourniture de modules (clés en main) de coordination, de communication et d'encadrement à de nombreux échelons, soit comme force d'encadrement, soit comme "fournisseur de capacités" (le temps que la force encadrée monte en puissance, acquière les matériels et puisse se les approprier) - fourniture d'un cadre d'intégration à une force de coalition (évidemment commandée par les USA :lol:) - fourniture et appui de moyens, structures, matériels et unités (équipes de travail surtout) à haute valeur ajoutée (rens, C4I en général, mais aussi FS et moyens interarmées) complétant sur court préavis les moyens de l'entité ou du pays soutenu, dans des formules "à la carte" (exemple caricatural avec des mouvements qui commencent "en bas de l'échelle" avec juste des éléments de fantassins pas très bien formés, ou pas beaucoup plus) On ne sait pas encore ce que va devenir cette unité fondée sur les retex des OMLT (ni si le projet sera mené à bien, cantonné à une unité unique, ou répliqué), mais il y a là du potentiel à explorer comme "multiplicateur de puissance", surtout si des unités dédiées ne vampirisent pas des unités de combat existantes et constituent une arme de plus dans un arsenal diplomatique et militaire, mais aussi un outil conceptuel/doctrinal de plus dans la façon d'aborder les situations de conflit ou de tension, protéiformes, changeantes, et certainement pas cantonnée à un seul "format" de conflit pour lequel on semble encore vouloir se calibrer absolument, et qui est le type de conflit où on a le moins de probabilités de se trouver pour un moment.... Ce à quoi quelqu'un me répond toujours "on n'est pas à l'abri de ça", "et que c'est quand on n'y est plus préparés qu'on se fait choper le futal sur les genoux", "et qu'on ne peut que pleurer quand ça arrive".... Le point est qu'on est au stade où on n'a plus les moyens de pouvoir être prêt à tout. D'ailleurs faut être réalistes, on n'est plus prêts aux "grands" conflits symétriques qui peuvent arriver, sur le volant terrestre: trop peu de monde, trop loin, et rien à foutre de jouer les toutous pour un Oncle Sam pour qui l'orbat français dans son entier n'amène pas grand chose de plus.... Donc qui n'a pas à nous prendre en compte. Quel intérêt de pouvoir projeter même 2 "divisions Daguet" dans une coalition avec les Ricains? Ils ne s'intéresseraient qu'à la prise de position française en soutien ("coalition of the willing") pour leur position politique; ils se foutent éperdument de ce que peuvent amener brits et français comme hardware dans un tel cas de figure. Le jour où ils ne seront pas prêts à aller faire un truc si on n'y va pas aussi, on pourra en reparler.
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Quoiqu'il arrive, le facteur quantité est impératif pour ça, et c'est justement ce qu'on n'aura pas, du moins pas pour l'idée de "grands" conflits; il est illusoire d'espérer faire se rejoindre la courbe des budgets actuels et prévisibles, et celle d'une supposée "capacité universelle" (en terme de qualité et diversité des rôles endossables). Ca c'est la réalité à laquelle la France est confrontée, et je ne vois rien dans les voeux pieux et plaintes diverses qui prescrivent des modèles fondés sur le "il faut savoir tout faire", ou le "il faut certes pouvoir faire ci, mais il ne faut pas oublier que ça aussi reste possible".... Il faut surtout revenir sur la terre et voir comment elle fonctionne, parce que là, chaque fois que quelqu'un répond à mes évocations, ici et sur d'autres topics (et elles ne sont vraiment pas que de moi; je les sors pas de dessous mon matelas), c'est pour se lancer dans de grandes logorrhées sur tout ce qu'il faudrait pouvoir avoir (en tout cas selon eux), généralement des listes de hardware et des nombres d'unités, et aucunement sur ce qu'on peut réellement avoir, et encore moins sur le fait de se demander si hardware et unités (de tous échelons, donc les structures de force) sont adaptées. Peser dans une coalition (et les coalitions, dans notre monde, c'est dans la plupart des cas avec les USA: on pèse comment avec eux? Est-ce si souvent dans notre intérêt d'aller dans un endroit avec eux? J'ai pas l'impression que les Brits aient retiré grand-chose de leurs dernières expériences) ET face à un adversaire massif (qui plus est sur son terrain, donc il faut aller là-bas en nombre)? Comment on résoud cette quadrature du cercle? Faut apprendre à peser autrement. Cette vision absurde de "maîtriser tout le spectre" côté intervention terrestre est un mensonge historique à double titre: - la France, comme la plupart des autres pays, a toujours eu à se préparer face à un seul adversaire/type d'adversaire, calibrant ses forces militaires terrestres essentiellement pour ça: un adversaire continental et proche, étatique, répondant à un modèle culturel/institutionnel/organisationnel assez symétrique, et visant des objectifs relativement simples et "compréhensibles", essentiellement prendre des territoires au pays même ou à des alliés physiquement proches (perçus comme un "rempart" ou une obligation nécessaire faisant risquer l'implication dans un conflit pas forcément directement lié à la France). Une armée n'est réellement capable que quand on la calibre pour un adversaire et une configuration de conflit. Si on peut s'offrir plusieurs armées, cool, parce que chacune peut se spécialiser ainsi, et disposer à la fois de ce focus incontournable ET de la masse nécessaire.... Mais c'est plus le cas aujourd'hui. La masse disponible, déjà extrêmement réduite pour un grand nombre d'options de conflit, crises, situations d'instabilité et tout autre type d'intervention, ne permet pas de regarder dans toutes les directions. La "polyvalence" n'existe que dans une marge pas très étendue. - il y a une fausse vision "hiérarchique" des conflits et adversaires, édictant qu'il y a des "grands" conflits et des "petits", et que se préparer à gérer les premiers fait qu'on est aussi capables de gérer les seconds, au nom du "principe" que "qui peut le plus peut le moins". Cette fausse logique est aujourd'hui largement battue en brèche: outre le fait que la très grande supériorité relative de l'occident pendant environs 1 siècle/ 1 siècle et demie, ainsi qu'une vision déformante portée sur tout ce qui n'était pas un conflit continental européen (notamment le refus de voir les logiques propres et les raisons des succès et insuccès notamment coloniaux), habitude a été prise de s'enferrer dans cette obsession du "grand" conflit "clausewitzien" au point de le fantasmer et de toujours le garder comme l'horizon absolu, ce qui devient proprement absurde (surtout à se demander si on a vraiment pris en compte le fait nucléaire) quand quand on regarde la réalité des orbats dispo aujourd'hui, et pire encore, ce qui devient terriblement absurde quand cette obsession empêche de bien utiliser les niveaux de force dont on peut disposer, et donc de nuire aux intérêts de la nation: il y a des intérêts à garantir et promouvoir tous les ans, des positions à défendre, qui pour beaucoup incluent une dimension militaire plus ou moins active. On a récemment utilisé le terme de "maritimisation": ça rappelle quand même que pour la première fois de son existence, la France est une île stratégique, avec une profondeur stratégique territoriale pour la métropole, une garantie nucléaire et une dépendance vitale à l'intégration dans un réseau commercial/économique d'ampleur mondiale, 3 facteurs sans aucun précédent dans son histoire. Bref, la France est devenue l'Angleterre :lol: moins l'Empire et la prééminence technique et étatique quasi absolue des puissances du XIXème. Faudrait s'adapter et commencer à penser ainsi: la seule autre alternative est de multiplier le budget de la défense par un important facteur, et ça n'est pas une option pour un bon moment, sauf retournement majeur de la marche du monde (possible? Oui, mais on a justement cet avantage double de l'absence de menace immédiate et du nucléaire qui donnent un délai d'adaptation, et en attendant il y a des positions à défendre et d'autres à prendre, précisément pour garder/avoir les moyens de s'adapter quand le moment viendra: le bifteck se gagne et se perd tous les jours, si on ne le fait pas avec tout ce qu'on peut, le "grand soir" peut arriver, y'aura alors plus grand chose pour s'y adapter).
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Oui, mais cet axe, il faut le garder à l'esprit, n'est qu'une proposition: il peut y en avoir d'autres, il y a même certainement d'autres options, en gardant à l'esprit que s'il y a évidemment "en bas" de la pyramide des adaptations organisationnelles/structurelles des unités de combat (et de projection en général) déployables, un "modèle recouvre une réalité plus vaste, fondée au final sur une analyse des menaces et situations les plus probables (l'armée étant un des moyens de défendre et favoriser les intérêts d'un pays), et sur des choix clairs et -si possible- pertinents. Parce deux choses sont sûres, et l'hypothèse de base de ce topic est une extrapolation (mais pas forcément vu ce qui se dit sur les prochaines coupes) de la situation qui VA arriver dans la gueule de l'AdT et donc à laquelle elle va devoir trouver une réponse: - les moyens sont de toute façon plus comptés en relatif: le modèle militaire actuel ne produit plus suffisamment d'efficacité politique. Le politique lui-même a une part de responsabilité (il ne sait pas utiliser l'outil, s'intéresse peu ou mal aux questions stratégiques, a peu de suivi dans la chose, ne produit que mal du consensus permettant un vrai suivi dans la durée, donc une stratégie -générale et une appliquée à une situation donnée-....), mais le modèle est aussi en question; la redistribution des cartes de la puissance relativise le "poids" des forces occidentales actuelles (une part de cette donne est absolue, l'autre peut être réduite par une plus grande pertinence -opérative, tactique, technique-; évidemment aussi par des budgets, mais ils ne viendront pas de sitôt), et le refus de changement culturel lui aussi amoindrit le potentiel disponible. Entre autre en refusant de faire des choix et en voulant couvrir tout le spectre des menaces en théorie, amenant l'armée d'échantillons annoncée depuis longtemps. Si on y ajoute en plus la capacité générale relativement à la "puissance tutélaire" américaine, si écrasante, le tableau est complet. - les moyens sont comptés dans l'absolu: réduction de budgets, augmentation structurelle du coût des matériels (quoiqu'une partie de ce chapitre pourrait être revue), problèmes de gestion des ressources (certains ici se sont fait très savamment l'écho de tout ce qu'il y aurait à changer dans cet aspect des choses).... Le fait est que la ressource budgétaire se réduit, et qu'on peut soit râler contre le politique et invoquer le ciel pour se lamenter du "déclassement de la France", en disant que seule l'augmentation des budgets pourra quelque chose (ce qui est une autre façon de faire des voeux pieux), soit voir s'il y a moyen de mieux employer les ressources existantes et prévisibles, cad apprendre à penser autrement que dans les cadres actuels. Quoiqu'il en soit, ça suppose de voir à quoi on va être confronté de façon probable, et comment s'y préparer. Parce que les réductions attendues ne permettent pas de se dire "mais la Chine peut nous envahir", ou "si la Russie refait l'armée rouge", ou encore "si l'Allemagne veut conquérir l'Europe", ou même "si l'Iran se lance dans la conquête du Moyen Orient", comme base de raisonnement de départ. Je ne comprends même pas les raisonnements de ceux qui veulent à toute force garder un "spectre complet" pour les forces terrestres en l'état des quantités de ces forces qui seront disponibles: c'est pleinement et complètement irrationnel pour moi. Autant rester réellement bons et capables de quelque chose, même si ce quelque chose est plus limité, que rester théoriquement/techniquement bons à tout (si c'est le cas aujourd'hui, ce qui est éminemment discutable) et capables de pas grand-chose dans les faits (par manque de "poids"). Pareil pour qui refuse de voir que les budgets dispo sont ce qu'ils sont et qu'il faut en faire son parti et non le deuil, vu qu'en attendant, la planète continue de tourner et qu'il faut tous les jours défendre son bout de gras et essayer d'en choper plus, plutôt que se préparer à un hypothétique "grand soir" (dans le domaine militaire, ce serait la "surprise stratégique", et en l'occurrence, pas une en général, mais une qui inclue la nécessité de s'opposer à une grande force mécanisée avec une grande force mécanisée.... Capacité que l'on n'a déjà plus, si tant est qu'avoir un tas de DB soit encore réellement pertinent).
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Bonnes fêtes (le plus au pluriel possible ), bonne année et tout et tout, avec la santé et le package complet! Lançons une souscription pour que des gens fortunés (et d'autres moins, réunis en pools), exilés fiscaux ou non, manifestent leur patriotisme pour parrainer l'acquisition de drones par l'armée (surtout des petits, pour qu'il y en ait plein et que ça force l'AdT à adopter le concept :lol:), avec en échange leur nom sur l'engin :lol:: le Depardieu, celui qui vole pas droit et a des fuites, le Bettencourt, vite rendu obsolète et qui se fait piquer ses budgets d'upgrade par la génération d'appareils suivants.... Ze voulais un drone d'attaque pour Noël, et je l'ai pas eu (la point defense de mon appart attend le père Noël ferme pour l'an prochain): avez vous d'autres idées pour me débarrasser d'un copro emmerdant dans mon immeuble :-[(y'a de superbes axes d'attaque dégagés sur la face sud-ouest, et pas de vis-à-vis à la même hauteur: pas bon pour un sniper)? C'est à la fois pour me souhaiter une bonne santé cette année (et celle de nombreux autres copro) =), et une bonne résolution de ma part, que de résoudre ce problème :lol:. Meilleurs voeux quand même....
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Dévorés, oui.... Mais nettement plus ont été attaqués: beaucoup d'espèces de requins essaient de "goûter" (ils n'ont pas une très bonne vue donc identifient mal les cibles), dont le requin blanc (2ème espèce la plus citée pour le cas de l'Indianapolis, après le Carcharinus Longimanus).... Evidemment, quand un poisson de cette taille et avec ce genre de mâchoires "goûte", ça laisse une trace :-[. Sans compter évidemment tous les gars qui ont pataugé et balisé pendant des plombes avec des ailerons se baladant autour, des cris et des bruits proches ou lointains signalant une attaque.... Quoiqu'il en soit, ça reste la plus importante attaque de requins jamais signalée, et par bien des côtés mal explicable (nombre élevé de requins, pluralité des espèces dans un même espace, comportement d'agressivité répété et soutenu sur une certaine période....), ce qui a continué à laisser du grain à moudre pour des exagérations et superstitions (notamment les histoires de malédiction liée au précédent chargement de l'Indianapolis). Ils l'ont fait, mais vraiment pas assez: l'Indian National Army et le mouvement national de Subhas Chandra Bose ne furent qu'un épiphénomène. Manque de ressources? Manque de considération? Absence d'un minimum de confiance?
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Qu'appelle t-on "furtiviser" un navire? C'est pas pour couper les cheveux en quatre, mais avant de dire "pour" ou "contre", j'essaie de visualiser ce que c'est, et là y'a problème: - on m'a dit que le CdG avait une signature très réduite par rapport à sa taille réelle (genre un PA qui passe sur le radar pour un destroyer ou une frégate); je sais pas ce qu'il en est pour le radar (matériaux employés notamment), mais il est clair qu'il y a un certain degré de recherche dans la réduction de sa signature visuelle (je sais pas si son architecture interne aussi inclut ce genre de logiques), et j'imagine bien qu'il est pas dépourvu dans les capacités de brouillage et leurrage qui font partie du "mix" qu'on baptise très génériquement du nom de furtivité - les frégates Lafayette (et leur impact sur d'autres générations de navire) répondent aussi à des logiques de "furtivité", si bien que c'est devenu une tendance générale, sinon même la nouvelle "normalité" dans le design de bâtiments - on trouve aussi évidemment les machins genre Visby, très optimisés pour la discrétion/furtivité, qui elles entrent carrément plus dans l'optique (question de look) émulant feu le F-117 - il y a enfin les trucs réellement extraterrestres, essentiellement expérimentaux, comme les catamarans qu'on fait les ricains, avec formes et couleurs (peinture?) évoquant furieusement les F-117 et B-2 Donc qu'est-ce qu'on entend par "furtiviser" un navire? Y'a des technologies et éléments de discrétion radar, visuelles (après tout, le camo des navires des GM répondait déjà à cette logique: cassage visuel des formes, optimisation des couleurs pour les couleurs rencontrées en Atlantique Nord....) et électroniques qui sont désormais dans le mix normal de tout navire, et dont j'imagine qu'on essaie toujours de les pousser un cran plus loin. Du coup, "furtiviser", pour que ce soit un débat, ce serait faire un navire avec cette préoccupation avant tout à l'esprit, présidant absolument à sa conception, notamment dans l'architecture interne, au besoin un peu au détriment d'autres impératifs (volume dispo, ergonomie interne/commodité des espaces, armements....)? Tout asservir à ce besoin, ce qui permettrait de différencier nettement la recherche de discrétion à tous égards de la "vraie" furtivité?