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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. On parle sans arrêt de multipolarisation du monde, mais juste pour dire que ça entraîne un "déclin américain" ou "américano-occidental": apparemment, cette multipolarisation devient nulle et non avenue quand on parle de la Chine qui y serait du coup insensible? Etrange, non? La Chine ne vit pas dans le même monde? Elle n'est pas une menace et un compétiteur affectant les intérêts et perceptions d'autres pays puissants et/ou montants, qui du coup, ne chercheraient pas à réagir à son influence, ses actions et son potentiel? Rien que dans le domaine militaire, quelle part de "domination" la Chine aura t-elle? Quand elle aura un réel potentiel expéditionnaire (une des conditions pour pouvoir parler fort, en ayant une crédibilité, une "épée de Damoclès" à faire planer, un appui à pouvoir fournir), de quelle importance sera t-il dans l'absolu (ils ont un problème montant de troubles intérieurs qui nécessite le maintien important de forces/ressources dédiées, de même que de forces aux frontières sensibles face entre autres à la Russie et à l'Inde: les USA et Européens sont plus libres de ce côté)? Plus important encore, quelle puissance aura cette capacité quand on la relativise par tous les facteurs impactant une capacité militaire projetée (ratio de dégradation de la puissance via la distance, capacité des pays/régions visées, démocratisation de nombre de moyens efficaces et relativement modernes, contraintes politiques/diplomatiques....)? Et hors du domaine militaire, leur puissance financière et politique ne pourra pas ne pas être affectée autant par la nécessaire affectation de ressources supplémentaires et massives dans leur propre pays (déséquilibre démographique, inégalités trop énormes, problèmes écologiques, vieillissement, troubles sociaux et régionaux....), que par la "réaction" d'autres pays, entre autres les occidentaux, après la montée brutale de la Chine qui a gravement impacté leurs intérêts (contrefaçons et droit de la propriété industrielle et intellectuelle, dumping, cours du yuan, drainage des ressources africaines, problèmes des chantiers et grands contrats chinois hors de Chine, concurrence déséquilibrée....): toute puissance montante suscite en retour un certain nombre de réactions plus ou moins coordonnées de divers types, c'est dans l'ordre des choses. N'est-ce pas pourquoi Diplomatie affiche ce mois-ci un titre provocant présentant USA et Chine comme des "puissances déclinantes"? Ca veut pas dire qu'elles cesseront d'être des puissances majeures ni qu'elles sont vouées à s'effondrer, mais ça renvoie à cette idée qu'il faut savoir relativiser les choses et les mettre dans la perspective d'un monde en interaction, et dont le sens n'est pas déterminé qu'en un ou deux endroits. Plus provocant encore, on évoque souvent chez les sinologues l'idée récurrente dans l'histoire chinoise que leurs apogées sont souvent courts et suivis de merdages rapides et massifs (liés moins à un "destin", ou à la "culture", qu'aux difficultés inhérentes à un pays si immense, peuplé et complexe, dont les équilibres internes sont souvent fragiles à l'extrême): sans aller jusqu'à prophétiser une crise massive et brutale du pays, ça fait dire à beaucoup de monde que la Chine a peut-être déjà mangé une bonne part de son pain blanc dans la décennie écoulée, et que les choses seront moins "faciles", ou univoques, à l'avenir. Ca fait penser (entre mille autres choses) au fait qu'on s'extasie sur bien des statistiques chinoises en oubliant aussi la part de trompe l'oeil et de faux semblant massive de la vitrine qu'est la "Chine pulique": statistiques bidonnées à grande échelle, silence et voile sur d'énormes problèmes, marché immobilier ressemblant en bonne part à un "village Potemkine" moins lié à la croissance réelle qu'à la jonction d'une volonté politique et d'intérêts de business peu reluisants (bulle spcéculative massive, blanchiment, corruption, "coups" de promotion immobilière....), niveau élevé et sans cesse croissant de violences sociales (inégalités, émeutes/soulèvements de plus en plus organisés et coordonnés -paysans expropriés/exploités, protestations contre la corruption des autorités régionales, ouvriers désespérés, exode rural massif et dangereux)....
  2. Question: le choix des roquettes qui semble désormais l'axe "militaire" opérationnel majeur du Hamas, est-il la "réplique" tactique/pratique du mouvement à la construction du mur entourant les territoires palestiens? Ca fait longtemps que bricoler des roquettes rudimentaires est à la portée d'organisations de ce type, mais le développement systématique de leur utilisation, la priorité qui semble être accordée à leur usage et, avant cela, à l'approvisionnement en matériaux ou composants pour en avoir des stocks important, semble nettement plus récente. Question de moyens ou faut-il voir en ce sens une escalade mutuelle des moyens par les deux adversaires en présence, le "dialogue tactique" d'une guerre (l'un fait un mur, l'autre se focalise sur ce qui passe par-dessus, et, accessoirement, fait plus de dégâts potentiels et en tout cas psychologiques)? Avec Iron Dome, doit-on s'attendre à une "réplique" du Hamas via un autre type d'attaques, à brève échéance?
  3. Pas forcément: c'est une école de pensée qui existe, ou plutôt l'incarnation tendance droitière d'une école de pensée "européaniste" (la version modérée/classique/libérale est celle de "l'Europe 3ème voie") et realpoliticienne. Chauprade s'est fait épingler pour des propos qui en ressortent (il en fait partie). L'un des défauts chez pas mal de personnes dans cette "école" (c'est pas un club ou une organisation, encore moins un courant de pensée un tant soit peu unifié, plutôt une tendance) est de se la jouer "divinité immanente", démiurge regardant l'histoire de très très haut et sur de très longues durées (pour moi quelque chose de totalement irrelevant et inepte, né de l'historiographie du XIXème siècle) pour y déceler des "grandes tendances" qui sont les seules choses qui comptent pour eux, le "détail" de l'histoire du temps "moyen à court" étant alternativement fait de "bonnes choses qui passent" (sauf s'ils pensent qu'elles soutiennent leur point de vue) et "d'horreurs malheureuses", déplorables en elles-mêmes mais peu significatives de quoi que ce soit (et ceux qui y cèdent sont des esprits étroits). Bref, une tendance à l'intellectualisme distant persuadé de maîtriser les grands courants et secrets de l'histoire.... C'est dans cet esprit que tu trouveras chez eux beaucoup de complotistes (en plus sophistiqués et rationnels que les fans de théorie du complot) par exemple sûrs que l'Amérique est dirigée par des cercles d'influence durables et renouvelés maintenant dans le temps (sur plus d'un siècle :P) de grands plans de domination mondiale, ou en tout cas sur l'Europe (Chauprade a beaucoup donné dans ce registre). Et dans ce style, l'idée de la guerre de 14 comme "suicide européen" (qui n'est pas fausse si on dimensionne la chose justement) est au centre de leur vision du XXème siècle, l'alpha et l'omega qui explique tout et excuse beaucoup les "entités nationales/culturelles" éternelles que sont les cultures/peuples d'Europe auxquels beaucoup d'entre eux accordent une importance primale: beaucoup "d'ethnodifférencialistes" (souvent une appellation euphémisante pour des courants à plus mauvaise presse, mais pas que) se retrouvent là-dedans. Le commentaire de ce prof semble pouvoir se rattacher au final à cette vision: une victoire allemande rapide suivie d'une pacification générale de l'Europe centrale et occidentale aurait été, dans les visions de ce courant, une "bonne chose" de long terme en tant que facteur d'unification, de renforcement d'un "pôle européen" sous tutelle germanique, imperméable au communisme et à la tutelle russe, et non dominé par une assise américaine.... Parce qu'évidemment, le "malheureux événement" qu'est le régime nazi n'aurait eu qu'un temps, et les "logiques éternelles" articulant l'Europe auraient prévalu, autorisant un "décentrage" relatif de cette Europe fantasmée. En oubliant par exemple au passage qu'une telle tutelle centrale crée elle-même ses propres effets antagonistes et conflictuels.... Du délire de regarder les choses de façon intellectualisée au point de l'abstraction, qui plus est renforcée par un déterminisme absolu des groupes "ethnoculturels" (en plus pas leur réalité, mais plutôt leur fantasme esthétisé façon XIXème siècle, avec des "âmes éternelles" des peuples déterminées depuis les origines).... Lire avec d'énormes pincettes la Nouvelle Revue d'Histoire pour qui veut comprendre l'esprit de ces courants de pensée.
  4. Les Chinois sont plus malins: y'a pas vraiment d'images ou de suivi médiatique, et encore moins de corps de preuves.... Et pis qui peut aller emmerder les Chinois :-[? Tu craches pas sur qui te prêtes des sous en plus: Israël a qu'à financer la dette européenne, non mais :lol:! Ceci dit, parce que tout ce qui peut ou doit être fait n'est pas fait, ça veut dire qu'il ne faut rien faire du tout? Le "deux poids deux mesures" n'est pas que de l'hypocrisie ou du choix d'axes politiques: c'est aussi tout connement la résultante de ce qu'on peut ou pas faire. Ca a été fermement condamné.... Pour ce que le mot veut encore dire :-[. Et le Hamas est depuis un certain temps officiellement considéré comme une organisation terroriste, non une autorité quelconque.
  5. Et qu'est-ce qui fait réellement le PIB de ces pays? C'est pas Walmart qui fait des USA une grande économie, pas plus qu'Auchan, Leclerc ou Carouf ne font le PIB du pays. On est d'accord. La distinction tertiaire/primaire/secondaire est aujourd'hui nulle et non avenue, ne reflétant plus grand-chose de pertinent: la production logicielle est-elle tertiaire, ou est-ce du secondaire (juste "dématérialisé")? La réponse est dans la question. Produire du médoc dans une filière complète, c'est tertiaire ou secondaire? Cet exemple là induit nombre des dysfonctionnements du marché mondial, et l'acceptation de trop nombreux problèmes qui par ailleurs expliquent en grande partie la perte de compétitivité dans ces domaines en occident: ça n'amuserait pas beaucoup le consommateur moyen de savoir que ses médocs ont été testés sans consentement au Zimbabwe (pourtant sous embargo), que ses génériques sont produits dans des conditions assez dégueulasses en Inde ou en Chine, et que les matières de base de ces produits, prime ou générique, viennent d'intestincts de porcs (quoique ce soit mal contrôlé) issus d'élevages et de conditions sanitaires abominables en Chine. Mais accepter ce fait, en revanche, enlève toute chance à une filière dans un occident qui au mieux garde des labos (et encore) employant quelques centaines ou quelques milliers de jobs à haute VA (et encore, une bonne partie maintenant sont dans le marketing). Mais la question est encore plus d'envisager les jobs et branches à haute VA, et leurs effectifs: les pays producteurs de T-shirts, gadgets, hi-fi, composants ou barres d'acier sont rarement longtemps cantonnés à ça. La Chine et l'Inde, mais aussi le Brésil ou l'Asie du Sud Est en sont les manifestations les plus évidentes, de même que la Turquie, plus proche. Et ils font une concurrence qu'il est inutile d'espérer tenir de façon à les exclure de ces créneaux pour avoir une DIT avec des pays "tertiaires" et des pays "secondaires et primaires". Cette idée est nulle et non avenue et n'a tenu comme mythe politique que dans les années 90, pour faire passer les grandes délocalisations. Tu n'emploieras jamais une part importante de la main d'oeuvre d'un pays dans les métiers que tu décris comme "tertiaires" à haute VA, et la walmartisation des économies développées est inévitable si on s'en tient à ce que tu décris. Le même constat a été fait pour les économies occidentales fin XIXème-début XXème, alors qu'elles étaient dans une situation nettement moins concurrentielle.... Et la solution est venue d'une expansion de la demande, incarnée sans doute caricaturalement par Ford ("tiens, si je payais mes gars suffisamment pour qu'ils soient aussi mes clients?"), et complétée plus tard par une dépolarisation forcée de la richesse (impôt accru sur les plus hauts revenus et patrimoines, négociations collectives dans l'entreprise, sécurité sociale). Le constat que tu fais est celui d'une situation de futur éternel recul, avec contraction constante de la demande: imaginer que des minorités de très hauts revenus vont relancer des économies, c'est croire au miracle du "ruissèlement" (du haut vers le bas), qui a fait les preuves de son inanité. On ne passera pas à côté d'un certain niveau de relocalisation d'activités de production (et de boucles commerciales plus courtes pour nombre de secteurs) si on veut avoir une économie qui tienne la route (sous peine de voir des remous sociaux majeurs et une misère structurelle s'installer pour un quart à un tiers, voire plus, des populations); l'alternative, c'est de continuer à fantasmer sur "l'économie de la connaissance" et des pays où tout le monde serait Bac + 5 ou plus (et pas en philo ou psycho), soit un délire complet. Ca passe plus par une redéfinition des conditions des échanges (qui impliquera le volontarisme d'acteurs nationaux/régionaux) que par un volontarisme industriel type stalinien évidemment. D'autre part, et notamment pour l'agriculture, bien des conditions économiques du "marché monde" sont imposées par des arrangements politiques réalisés selon certains intérêts bien précis, et reflètent bien mal une valeur plus réelle de nombre de productions (d'autres conditions permettraient largement à la filière agricole de retrouver du souffle et de beaucoup moins dépendre de subventions.... Et tant qu'à faire, l'Afrique pourrait au passage commencer à se nourrir elle-même de façon plus satisfaisante). Ce ne sont pas des fondamentaux économiques, mais des conditions de marché définies par des instances politiques (elles-mêmes influencées par des groupements d'intérêts bien particuliers) qui sont en cause. Le job de production, même initiale, est celui qui a la plus haute VA induite au niveau du PIB vu qu'il permet/conditionne l'existence d'une filière qui elle représente beaucoup d'emplois de tous échelons et de tous niveaux de VA, et ce sont beaucoup de ces filières qui ont été explosées dans une division mondialisée du travail qui repose en bonne partie sur des conditions économiques pas si universellement rationnelles ou "naturelles". Là est mon point. Des secteurs, branches et filières sont devenues non rentables en occident pour des raisons pas toujours si économiquement casher, et leur organisation actuelle au niveau mondial pose plus de problèmes qu'elles n'en résolvent, ce que des choses comme une prise en compte (et vraiment "en compte".... Au sens d'une comptabilité économique) du facteur écologique (qu'on chiffre de plus en plus, mais pour l'imposer réellement, il reste un obstacle politique motivé par des groupements d'intérêts bien entendus), changeraient déjà beaucoup (intérêt des boucles courtes, arrêt de la définition des cours agricoles mondiaux par les 10% ou moins des productions qui transitent, chiffrage réaliste des coûts du transport en incluant leur impact....).
  6. Tancrède

    Avengers vs AD.net

    Oui, mais là on voit des manques, justement, dans l'armée qui arrive: - visiblement pas de forces aériennes proprement dites: une force aéroportée certes, avec les léviathans porteurs de fantassins-voltigeurs, et les micro-aéronefs d'appui, qui s'apparente à une ALAT (manoeuvre et appui rapproché) avec des armes pas très lourdes - rien dans les premières vagues qui s'apparente à de l'artillerie lourde ou du missile à capacité de frappe de théâtre ou de frappe stratégique; pour faire du dégât lourd, ils n'ont en fait que les léviathans qui, au mieux, n'agissent que comme des béliers, donc attaquant les buildings un par un (et y'a pas pléthore de ces bébêtes au regard de la tâche) - pas d'arme de destruction massive Peut-être qu'ils ont quelque chose de plus conséquent dans l'histoire, qui arrive avec les porteurs lourds encore derrière le portail, mais en attendant, rien. La faute à Loki qui veut conquérir et parader, et/ou frapper psychologiquement en faisant, à plus grande échelle, sur un New York conquis ce qu'il a commencé à faire en Allemagne plus tôt dans le film: gueuler, exiger que tout le monde s'aplatisse, faire un exemple (mais apparemment pas de destruction).... Ni face à une frappe nucléaire de dirigeants effrayés, ni face à une capacité de résistance locale, super-héroïque ou militaire, ce plan n'a l'air pertinent. La faute est donc stratégique, d'emblée. Avec une très mauvaise connaissance de l'opposition potentielle.... Et toute la partialité de Joss Whedon dans la présentation n'y change rien :lol:.
  7. Tancrède

    Avengers vs AD.net

    Méééé, tu comprends rien: ils peuvent pas se déplacer jusqu'à la terre sans le cube, d'abord (Loki, il sait faire apparemment). Et pis t'es HS, alors caca zob :lol:!
  8. Le commerce, surtout de détail, a une VA très réduite: à l'échelle nationale, c'est un très petit apport au PIB. Son utilité principale, outre évidemment le fait de distribuer biens et services, est d'accélérer/fluidifier la circulation de la richesse, pas d'en créer. La VA élevée vient des jobs de production proprement dite, agricole, industrielle, certains types de services, matérielle et "immatérielle" (logiciels, process....). Une économie trop tertiarisée est structurellement une économie à faible valeur ajoutée, donc une qui dégage trop peu de revenus pour une répartition satisfaisante. Voire les USA avec leur économie walmartisée. Il y a trop peu d'entreprises de production aujourd'hui, qui concentrent structurellement beaucoup trop l'activité à forte VA: enlève les quelques entreprises, grandes, moyennes et petites, qui sont de tels "producteurs primaires", puis enlève celles qui sont des "producteurs secondaires" de biens et services à VA élevée (essentiellement des prestataires de service à ces entreprises ou à des grands de la distribution, et des sous-traitants industriels et "immatériels", plus si nombreux, et souvent trop petits et/ou trop dépendants d'un client unique ou dominant), et il reste pas grand chose en terme de VA, mais beaucoup de monde en termes de main d'oeuvres, essentiellement dans le commerce de détail, la grande distribution, le commerce "immatériel" ou des entreprises de services à faible VA, et quelques producteurs "primaires" de petite taille, généralement asservis à un distributeur ou un autre et ne pouvant dégager beaucoup de marge, donc croître (cas typique, les agriculteurs). Le commerce pur n'est pas un modèle économique viable pour un pays, du moins un qui ne soit pas microbien.
  9. Tancrède

    Avengers vs AD.net

    Servus :lol:.... Et condoléances pour le clavier. C'est ça leur nom? J'ai pas l'impression ceci dit qu'il y ait eu une sérieuse opération de renseignement.... Le facteur culturel a été particulièrement négligé. Ca sent un peu le syndrôme de l'Angleterre victorienne chez lez Zoulous, les Afghans ou les Maoris (avec impossibilité ultérieure de se ressaisir). Mais mine de rien, je réfléchis un peu à mon topic (qui se voulait quand même en partie déconne à la base, pour les "unités militaires" en question) et j'en viens à me demander sérieusement -même si c'est de l'hypothétique- comment, dans n'importe quel film ou roman de SF, on "prend" la terre? A moins d'une supériorité militaire absolue et quantité et en qualité, qui permet de systématiquement remporter tout affrontement de micro ou macro échelle, et d'occuper/contrôler efficacement tous les endroits qui comptent un peu, et de surveiller toutes les grandes zones moins densément peuplées (et d'y intervenir rapidement), il faut un plan d'opération, donc quelque chose de faillible, autant parce qu'il présuppose des ressources non infinies (donc un arbitrage imparfait de leur allocation) que parce qu'il ne vient pas d'une pensée parfaite et infaillible (et elle-même pas d'une connaissance parfaite et absolue du terrain et des habitants). C'est encore pire pour cette invasion là: - pas d'arrivée depuis l'espace donc pas de "zone sécurisée" inatteignable - pas de capacité type "intimidation/dissuasion" (qu'on ait pu voir) équivalente au nucléaire, comme un bombardement orbital, qui permette de jouer la menace immanente et non compensable - un point unique d'arrivée, étroit (cad limitant pour la capacité de flux logistique à un moment donné), et dans une zone très peuplée et importante (donc qu'on peut prioriser au niveau des autorités politiques.... Comme on voit les "grands patrons de l'ombre" de Fury le faire avec une certaine.... Radicalité) Ces gars avaient-ils même une chance en fait, malgré le choix très partial du propagandiste pro-terrien réalisateur de vouloir évoquer une situation désespérée pour mieux mettre en valeur les super-héros? Au pire, le nuke résout la situation, au mieux, le différentiel technologique ne semble pas suffisant pour empêcher un containment agressif autour de New York: les troufions à pied ou sur leurs aéronefs légers semblent faciles à démolir (les simples balles de 9mm ont l'air de marcher, alors quid des obus?) et les léviathans-transporteurs-tanks n'ont pas l'air si invulnérables? Les ricains peuvent-ils amener une masse critique de troupes suffisantes autour de New York assez vite pour enrayer la chose? Si on s'écarte du thème "super héros" et qu'on regarde des facteurs plus militaires, la situation ne semble pas si ingérable.... Sauf pour les New Yorkais évidemment, qui eux en prendront de toute façon plein la paillasse.
  10. Tancrède

    Avengers vs AD.net

    Faut noter la contrainte de l'attaquant: son point de passage/d'entrée est plutôt étroit. Difficile de créer des concentrations importantes et de les faire attaquer direct. Il a pas l'air de pouvoir concentrer plus de l'équivalent d'une petite section pour fuser à travers son "trou de vers" (et les énormes léviathans -qu'ils ont pompé chez Jodorowsky et Gimenez, c'est dit :lol:- passent ric rac). Dès lors, n'ayant pas forcément de batteries de capteurs autour du point d'entrée, il y a au moins l'excuse pour les premières vagues d'essayer de déferler dans un certain périmètre autour de la Stark Tower qui est considérée comme le "gound zero" de l'invasion. C'est un débarquement en aveugle, avec un chef qui visiblement se fout des pertes et veut (comme le souligne Tony Stark en évoquant son ego surdimensionné -celui de Loki, pas le sien :lol:) en premier lieu une opération psychologique, sans quoi il aurait essayé à Washington (quoiqu'il y a aussi cette connerie de la source d'énergie nécessaire pour créer le point d'entrée). Ensuite, toujours côté attaquant, on voit à plusieurs reprises et par au moins 2 antagonistes (Loki et le "chef" des bestioles zarbis) un énormes mépris des capacités de défense humaines, donc peut-être une explication partielle pour la non destruction des ponts et autres.... Peut-être en ont-ils besoin et peut-être leur sous-estimation des Humains/ricains/new-yorkais préside t-elle au choix de ne pas se ruer dessus, préférant le "shock and awe and terror and bloodshed" dans le périmètre immédiat de la Stark Tower, leur "zone de plageage". Ceci dit il est mentionné (mais pas montré) que la Garde Nationale et l'Army, avec en plus la police, participent au containment de l'invasion, autour du périmètre défini à la base par "l'homme en bleu, blanc et rouge avec des ailettes sur le casque" :-[. Et ils en bavent. Mais en combien de temps des unités terrestres de taille significative peuvent-elles arriver en plein coeur de Manhattan, surtout avec des rues encombrées de bagnoles abandonnées et -on peut le supposer- des flots de fuyards dégageant le sud de l'île où tout se déroule (la Stark Tower est voisine du Chrysler Building: pourquoi Tony a pas fait démolir cette vieillerie qui encombre la vue de son salon :lol:?), et mine de rien une certaine distance depuis même les garnisons les plus proches, et une timeframe somme toute limitée (ça dure pas longtemps tout ça, 2-3 heures au plus résumées en une demi-heure de film)? Je connais pas les garnisons du coin, mais arriver au sud de Manhattan avec cet encombrement, ça doit être looooonnng, surtout avec en plus d'autres quartiers à traverser avant (au moins le Queens, Brooklyn ou le Bronx, suivant la caserne d'origine). Et pour la Garde Nationale, en tout cas en effectifs significatifs, ça doit être pire puisqu'il faut rameuter les volontaires. Restent les forces aériennes dont on ne voit rien (y'en a t-il au-delà du périmètre, faisant du containment?): même Fury n'envoie aucun soutien aérien depuis son joujou flottant (a t-il décrété une "no fly zone" pour que ses poulains puissent s'ébattre?).... Un choix tactique ayant la moindre justification ou un choix cinématographique pur et simple du deus ex machina qu'est Whedon? On verrait mal une coordination possible entre "l'équipe au sol" et des gunships ou avions d'attaque dans les avenues de Manhattan.... D'un autre côté, l'explication tient peut-être dans la nature du hardware vu à l'écran; les ricains doivent se dire qu'ils ne peuvent rien faire de sérieux vu qu'il n'y a apparemment de disponible que.... Des F-35 :lol:. Aucun n'est encore prêt à voler.... De ceux qui ont été livrés..... Je vais sortir.... Beaucoup et très fort. Ceci dit dans le périmètre, je ne recommande pas d'intervention aérienne.... Pas quand l'un des troupiers au sol a un contrôle certain de la météo et un caractère de cochon par moments :-[. En riant moins, dès lors que le plan arrêté (ou que la contrainte "énergétique" y amène) est de mettre le point d'entrée à Manhattan.... Quelle peut-être la tactique? Perso, si y'avait le choix, je ne prendrais pas cet endroit comme point d'invasion initial, mais bon. Comment on "prend" Manhattan/New York en arrivant de ce point d'accès unique, assimilable à une plage de débarquement ou une drop zone? Faut opérer une concentration maximale, c'est évident, et éviter de se disperser dans un premier temps, mais y'a des combats à mener et une zone à vider pour la dite concentration (on imagine que les machins énormes vus dans l'espace sont les "gros porteurs" de moyens, en cours d'arrivée, ce qui résume les éléments vus dans New York aux "commandos" et/ou à la première vague): comment procéder? Si on était dans les années 60 et dans un petit pays d'Amérique latine, je dirais qu'il faut prendre le palais présidentiel, le centre d'émission de la radio et la caserne du coin, mais là?
  11. Je constate que ce film (plutôt très bon, pour moi, par ailleurs) a été commenté (dans la section appropriée) par certains forumeurs, mais qu'il n'a pas eu les honneurs d'une critique d'experts: que foutez-vous que diantre? Si la majorité du film est de fait hors du sujet AD.net, en revanche, le dernier tiers est de notre ressort: il s'agit d'une bordel de putain d'invasion militaire, d'une guerre au milieu des populations, de combat urbain, d'une unité "hyper FS" avec soutien logistique et technique d'un organisme de renseignement militarisé contre une armée "conventionnelle".... On y voit, côté adversaire, une armée avec des troufions-voltigeurs en blindage lourd (quoiqu'apparemment aussi sensibles au flèches qu'au 9mm.... Ou aux poings, y compris ceux des 2 glandus sans super-pouvoirs ), des véhicules aérien d'appui tactique, des transports offensifs hyper lourds et un demi-dieu aux commandes. Quid de la crédibilité militaire (en écartant -je parle sérieusement en plus- le facteur "technologies improbables", ou le côté "point unique d'invasion.... De nature transdimensionnelle") de l'invasion? Côté spectaculaire mis à part, avez-vous jamais vu une armée aussi peu professionnelle dans son plan de bataille depuis.... Celle qui envahit les champs du Pelennor? Sans rire, à peine débarqués, les multitudes de gars zarbis se jettent sur les buildings et les commerces tels des barbares au pillage, s'attaquant à des petits paquets de civils au lieu de foncer vers les points clés de la ville (au moins verrouiller Manhattan), en supposant qu'ils visent d'abord à la conquérir pour en faire leur point d'appui, après quoi ils s'attaqueraient, plus sérieusement et professionnellement, aux USA et au monde. Là, je vois un gâchis de moyens de cette superbe armée d'invasion qui se lance dans un grand n'importe quoi, laissant à une unité bigarrée et peu rôdée l'espace pour frapper. Je place ce sujet dans la section uchronies parce qu'en fait le but n'est pas ici de faire un pur délire (qui aurait sa place sur un autre forum), mais d'essayer de rationaliser la chose: technologies et super-héros mis à part en tant que fait improbables, partons des bases de la situation comme si c'étaient des faits tacitement acceptés comme les réalités d'un orbat établi, et voyons ce que les tacticiens et stratèges que vous êtes peuvent en faire, juste histoire de réfléchir avec des éléments qui ne nous sont pas familiers ou naturels. Vous êtes Nick Fury, Captain America ou Loki (et/ou ses "sponsors"), quel est le scénario le plus pertinent pour vous?
  12. C'est en fait surtout le cas de la France; les Néerlandais, Belges et surtout Anglais avaient des empires très rentables. Pour la France, le bénéfice économique était à l'avantage de quelques sociétés et groupes d'individus, et déficitaire pour le PNB (par les coûts induits, mais aussi les "non investissements" en métropole) et surtout l'Etat, en plus de devenir une contrainte de politique extérieure (induisant elle-même des coûts, des opportunités manquées, des conflits évitables, des frictions gênantes....). Pour l'aspect des justifications humanitaires/messianiques de gauche, il faut voir aussi qu'au XIXème siècle, le nationalisme (non le patriotisme, universel des 2 côtés de l'opinion) était un fait de gauche, donc l'expansionnisme y trouve plus de racines; de même, et la différence apparaît évidemment avec la république et une différenciation entre une gauche et une droite républicaines, le nationalisme expansionniste est un fait, en tant qu'idéologie, lié plus souvent à la république. Les monarchies en France ont colonisé, et n'ont à cet égard pas été éparnées par une part de mentalité expansionniste assez commune dans une Europe en plein développement et affirmation idéologique de soi en tant que puissance, mais sans programme préalable ou justification idéologique/messiannique (donc le phénomène n'a pas la même importance en politique, et pas autant de moyens qui y sont consacrés). Pour revenir au point de la possibilité/faisabilité d'une "grande guerre", j'en suis à me demander s'il y a moyen de calculer un "taux de dépendance" aux flux internationaux et au commerce pour les grandes économies développées ou en développement, qui permettrait de mieux voir quels pays peuvent se permettre une telle chose, ou à quel degré, et lesquels ont intérêt à l'éviter à n'importe quel prix (cf le Japon en 41, où un think tank avait déterminé que l'intérêt stratégique du Japon était d'éviter la guerre avec les USA à n'importe quel prix, autant parce qu'elle était perdue d'avance que parce que l'économie ne tiendrait pas le choc à très brève échéance). Dans les économies fragiles et interdépendantes à tous les échelons des productions et sur tout le spectre de l'économie, il me semble qu'une configuration où une guerre serait "tenable" impliquerait au minimum une longue phase de montée des tensions et de "division" de fait de la scène internationale en au moins 2 grands "camps" ou plus, au sein desquels les échanges se restructureraient et s'intègreraient plus exclusivement, tandis que ceux entre les camps diminueraient jusqu'à un seuil pouvant accepter la perte en cas de rupture entre ces coalitions. Parce qu'en l'état actuel des échanges et modes de production, de fonctionnement et de circulation des capitaux, le choc d'une rupture brutale pourrait être fatal à beaucoup sinon la plupart des économies impliquées, et donc directement leurs sociétés: que les actifs détenus par des fonds de pensions américains dans des pays potentiellement ennemis (Russie, Chine) viennent à être saisis/bloqués/gelés, quel serait l'impact immédiat, à très court et court terme, pour les millions de retraités et épargnants (et souvent leurs familles) qui en dépendent, outre l'impact boursier général, multiplicateur d'effet? Quel impact sur les grandes banques elles-mêmes, les places boursières, les fonds d'investissement (personne ne dépend réellement de ceux là, mais la masse monétaire et d'actifs qu'ils représentent n'est pas neutre), et de là, la capacité à financer, la disponibilité du capital, les anticipations (et la façon des acteurs de marché d'y sur-réagir)? L'état des relations économiques internationales en 1914 et 1939 ne présentait pas un tel degré d'intégration et de circulation, ni en quantité/proportion, ni en "pénétration" à tous les niveaux et échelons des économies des belligérants, et la division internationale du travail était alors à mille lieues de ce qu'elle est maintenant. Les Etats eux-mêmes pourraient-ils encaisser le choc et continuer leur fonctionnement quotidien tout en lançant un effort de guerre? Je pense ici à leur niveau d'endettement et à leur manière de se financer: tout d'un coup, une multitude de sources de financement seraient fermées, de multiples débouchés et flux commerciaux seraient coupés, les anticipations (et donc les allocations de ressources à terme) s'effondreraient, les places boursières seraient en panique, accusant un coup terrible, l'argent deviendrait hors de prix et rare, alors même que tout doit continuer à fonctionner et qu'on anticipe un surcroît de besoins financiers pour la guerre.... Pour des Etats qui empruntent une partie de leurs frais dès la moitié ou les 2/3 de l'année courante, ce serait plus que dur, et le coût d'un emprunt deviendrait astronomique: quel effort de guerre pourrait être financé? Que pourraient accepter les populations qui seraient impactées dès le premier jour, et qui dans un tel conflit (hypertechnologique, avec des armés réduites même si en augmentation, loin des frontières) qui n'impliquerait même plus des masses de millions d'individus mobilisables (aux armées, aux champs, aux usines....), n'auraient d'autre "effort" à fournir que subir et attendre sans pouvoir rien faire (et je n'évoque même pas les problèmes de résilience du monde développé actuel, de "désenchantement démocratique", de distance gouvernement-population, de désunions nationales....)? La guerre froide était la dernière occurrence où une guerre de grande échelle pouvait virtuellement survenir du jour au lendemain, entre autre parce qu'elle opposait 2 blocs économiques à la fois "complets" (cad non dépendants de "l'extérieur" et disposant des ressources et filières de production suffisantes pour leur survie et leur effort de guerre) et indépendants l'un de l'autre (ce qui a d'ailleurs commencé à changer un peu dans les années 80 avec l'insuffisance déclarée de la filière agricole soviétique, même si c'était pas encore fondamental). Quid aujourd'hui?
  13. Ca ne pose pas la question de savoir, dans ce qu'est devenue cette immense bureaucratie et nébuleuse du renseignement américain (qui inclue, rappelons-le, un bon paquet de contractors), quelle est la définition d'un "officier traitant", non dans le principe (on sait à peu près tous ce que c'est pour l'essentiel), mais comme statut dans la nomenclature stricto censu de ces administrations (ça varie d'ailleurs peut-être pas mal d'un service à l'autre). En bref, il s'agirait de voir si le terme n'est pas devenu, par facilité, commodité, tactique interne de bureau (augmenter l'importance d'un service donné, d'un sous-service.... En ayant sous ses ordres des gens ayant ce statut).... Une appellation qui ne concerne plus seulement les agents de terrain "traitant" véritablement des sources (ou ne le faisant que très partiellement). De même, l'explosion du renseignement électronique/satellite n'a t-elle pas pu voir une extension de cette appellation à des opérateurs qui bougent peu leur cul d'un bureau, mais traitent des "sources" d'une autre nature que celle du rens humain, touchent des sujets "chauds"? J'émets l'hypothèse, mais je la fonde sur l'évolution propre aux organisations humaines, surtout celles qui deviennent très vastes, de vrais labyrinthes bureaucratiques avec guéguerres de services, enjeux de pouvoirs, baronnies en tous genres, rivalités politiques (partis et personnalités qui cherchent à avoir des bastions dans des administrations aussi sensibles), ambitions en tous genres.... Ces administrations permanentes tendent à prendre une vie propre, un langage propre, des logiques propres, comme un organisme cherchant à survivre et se développer par et pour lui-même. Voir une appellation générale au départ officieuse, créée par simple commodité ou usage, comme "agent traitant", devenir un rang, puis un statut, et voir ce statut ensuite abusé dans sa définition et la réalité qu'il recouvre pour correspondre à d'autres impératifs qu'opérationnels (marqueur hiérarchique dans un service, "upgrade" d'une branche donnée pour accroître l'importance et les budgets par rapport aux services rivaux....), voilà une évolution qui n'aurait au final rien d'original. Une comparaison sans grand rapport d'activité (sinon que c'est la seule qui me vienne à l'esprit), avec le terme de "grand reporter": au départ appellation de distinction entre journaliste (signalant ceux qui vont chercher l'info là où c'est dur, généralement dans les zones de conflit), c'est devenu un marqueur de carrière reconnu par les rédactions, puis un statut salarial plein et entier (reconnaissant des spécificités liées au type de missions), puis maintenant une distinction qui marque en fait plus la fin de carrière (dans certaines rédacs, c'est même synonyme de "journaliste à temps plein", le reste étant des pigistes payés au mot) et aucunement la nature du métier et des missions.
  14. Tancrède

    Le F-35

    Qui n'ont de toute façon pas les moyens de leur indépendance géopolitique, quel que soit leur investissement militaire; quel autre calcul peuvent-ils faire? Se mettre à claquer 4 ou 5% de leur PIB dans la défense ne leur donnera pas un surcroît de puissance de nature à changer la donne, mais ça les privera d'autres choses qui du coup sont plus cruciales, parce qu'elles donneront (au moins potentiellement) plus de résultats. Et à mesure qu'un certain niveau de capacité militaire se démocratise au niveau mondial, relativisant la puissance d'intervention (en un lieu donné) des quelques pays à capacité de projection, même des pays comme la France ou l'Angleterre se retrouvent dans cette position de pouvoir peser de moins en moins, même s'ils maintenaient une capacité militaire équivalente ou un peu supérieure: la marge de supériorité se réduit plus vite que la puissance ne peut s'accroître, même avec un effort budgétaire conséquent. De ce fait, on risque de se retrouver toujours un peu plus face au choix de l'alignement plus ou moins prononcé sur les USA, qu'on croyait il y a encore peu réservé aux "petits" de l'OTAN.
  15. Tancrède

    Le F-35

    Surtout qu'il n'y a pas que ça: les commandes de F-35, c'est la cote "boursière" en temps réel d'un degré variable d'alignement politique sur les USA, le "prix de vente" de son protectorat réestimé en permanence par ceux qui cotisent. Un programme d'armement, surtout un comme celui-là, n'est vraiment pas qu'une commande de hardware plus ou moins adapté à sa doctrine (ou pire encore, auquel on adapte sa doctrine) et sa posture internationale en fonction d'un coût, c'est une démonstration de fidélité et d'alignement envers les USA, et réviser sa commande plus ou moins, c'est dire qu'on veut plus de vaseline avec ce que l'oncle Sam propose de vous mettre, vu que l'alliance/le parapluie américaine apporte de moins en moins et coûte de plus en plus depuis la fin de la guerre froide. C'est pas encore la rupture, loin de là, mais une sérieuse réévaluation du rapport coût-bénéfice, c'est donner de la voix et se vendre plus cher. Les petits pays savent très bien qu'ils ne peuvent se passer de l'alliance US: quel que soit leur effort de défense, il ne leur donnera pas grand-chose de significatif sur la scène internationale, même s'ils se militarisaient à outrance et participaient à mort à la stabilité mondiale, ils sont trop petits pour ça, surtout par rapport aux situations (exigence d'assurer la liberté des mers, la stabilité des régions proches des points de passage importants, éviter les crises régionales, avoir une signature sécuritairement crédible....) et à certains enjeux spécifiques (Corée du Sud et son voisinage sino-nord coréen, Japon avec Chine et Russie à côté, Golfe persique et Iran, Europe de l'est et Russie, Europe de l'ouest et besoins d'accès aux ressources et au commerce....). L'Oncle Sam exige un prix des pays dont la situation sécuritaire est moins dangereuse (Europe surtout), mais eux ont plus de marges pour négocier leur soutien: les aléas du contrat F-35, outre les problèmes budgétaires de ces pays, c'est la négo en temps réel, surtout que plus le contrat est cher, plus la dépendance aux USA est grande (il exige des sacrifices d'autres choses dans la défense, et c'est un matos qui conditionne un appareil de défense et sa doctrine, offre beaucoup de marge de manoeuvre aux US -qui tiennent la maintenance, la technologie....). Pourquoi en vouloir à ses pays de n'avoir "pas d'ambition"? Ils en ont d'autres, les USA ont besoin d'eux (quoiqu'ils en disent et que certains en pensent) et ont moins de marge de manoeuvre qu'avant, et ne peuvent, quel que soit leur effort de défense, être des acteurs qui "pèsent" (même pour la France et l'Angleterre, la question se pose). Donc ils font ce qu'ils peuvent, soit négocier leur alignement.
  16. C'est pas "des difficultés" en général, ce sont des faits chiffrés/mesurables, des réalités incontournables: - la rasputitsa, donc la période du dégel, couvre la période allant de mars à mai dans la plaine occidentale russe: c'est bien pire que l'hiver, comme la Grande Armée l'avait appris, surtout dans une Russie sous-mise en valeur côté routes, et dont le rail a été en partie détruit au fur et à mesure de l'avance allemande, et surtout les ponts, échangeurs et carrefours, toutes choses que l'Allemagne ne peut compenser - les chemins de fers russes ont laissé peu de wagons et quasiment aucune loco, les charbons sont incompatibles, les trains allemands ne vont pas sur les voies russes (donc les Allemands doivent construire leur rail avec peu de monde sur de grandes distances), et le stock dispo de locos et wagons allemands est déjà juste suffisant pour l'Allemagne, donc la partie divertissable pour la Russie est pire qu'insuffisante, souvent inadaptée et de faible capacité (nombre de voies construites sont de petite capacité, avec des locos peu puissantes, donc lentes et emportant moins), avec en plus du charbon en quantités insuffisantes (et qu'il faut acheminer depuis l'Allemagne, divertissant autant d'espace et de moyens dispo dans le fret circulant) - les routes russes sont peu nombreuses, en mauvais état et bouffées par l'hiver et la rasputitsa - les distances ne changent pas quel que soit le scénario Même si les stocks dispo sont un peu plus élevés, le goulet d'étranglement reste le même pour les premiers mois d'opération, quand la faiblesse des stocks et productions de guerre allemandes ne comptent pas encore beaucoup: acheminer et suivre est un grave problème dès les premiers jours puisque Barbarossa a été l'une des opérations les plus mal plannifiées qui fut jamais, avec là une faute majeure de la Wehrmacht elle-même dont les grands "cerveaux" ont pêché par suffisance, amateurisme, délire suroptimiste, négligence des réalités.... Les axes logistiques ne peuvent pas "produire" plus, donc alimenter plus d'unités au combat, ni les suivre à leur rythme de progression, et l'effort s'essouffle de la même façon, simplement parce qu'ils ne peuvent faire arriver plus de carburant et autres consommables, plus de vivres, plus de matériels, de munitions, de pièces détachées, de renforts et remplacement pour alimenter la progression des armées attaquantes. Mets plus de divisions en ligne, elles devront attendre l'arme au pied parce qu'elles puisent dans les mêmes stocks de l'avant qui sont déjà insuffisants pour les unités ayant participé à la Barbarossa de la timeline réelle. Par ailleurs, la Russie peut encaisser et reculer: elle a de l'espace à revendre, et ça ne change pas. Cet espace, les Allemands doivent toujours le parcourir, avec la même logistique déficiente, donc dans une temporalité analogue, qui fut le temps nécessaire pour évacuer l'essentiel des capacités de production vers l'Oural. Les conditions pour réaliser un mat en Russie ne changent pas des masses, voire pas du tout, avec des unités combattantes allemandes supplémentaires (du moins dans les proportions disponibles; il faudrait une quantité -soutenable, ce que l'Allemagne ne peut pas faire- d'une toute autre ampleur pour faire un "game changer"); c'est pas la quantité qui a constitué la force de l'Allemagne dans les premiers mois d'opération, mais le rôdage de leur outil de pointe, la surprise stratégique et tactique (toujours difficilement compréhensible côté russe) et la fragilité de l'organisation militaire soviétique encore pleine de manques, surtout humains.
  17. Et la Grèce, et la Yougoslavie (ce sont 2 opérations, 2 planifications, 2 immobilisations de moyens, pas une), et la météo, et le besoin de compenser les pertes, instruire les armées (la Wehrmacht est encore en pleine construction à ce moment: rappelons qu'au moment de la bataille de France, elle est encore loin d'avoir structurellement passé le cap de son récent rétablissement).... Tout cela se cumule, même si ça ne se voit pas dans de "petites" opérations comme dans les Balkans, qui nécessitent un effort moindre; cependant ça ne change pas les fondamentaux d'une armée allemande encore en plein effort de reconstruction. Quand Barbarossa est lancée, l'effectif de chars et avions dispo est à peine supérieur à celui de la campagne de France (c'est pas les Balkans qui lui ont fait mal), et plus significatif encore de la réalité de la capacité d'un effort de guerre allemand, la proportion des camions, chars et avions venant des stocks surtout français, tchèques et polonais est hallucinante, surtout quand on sait que cette diversité des parcs est un cauchemar logistique, et de fait une impasse pour le soutien allemand vu qu'ils manquent de pièces détachées et de ressources en général pour soutenir efficacement ces matériels là qui, du coup, servent peu longtemps, ne sont pas remplacés en bonne partie (industrie à la ramasse) une fois niqués, et mettent toujours plus d'effectifs à pied ou dépendants du rail déjà saturé et insuffisant, loin de leur ravito (donc moins mobiles, moins rapides, de plus faible portée opérative, moins coordonnables avec le reste). Les Allemands auraient-ils eu réellement de quoi mettre "plus de punch" dans Barbarossa? Douteux: ils n'avaient pas assez de carbu et autres consommables, leur logistique était de très loin insuffisante et courte sur patte, les axes de ravitaillement terriblement insuffisants (surtout à mesure qu'ils pénétraient en territoire russe).... Avoir plus d'unités combattantes aurait été plus un ralentisseur et un surcroît de lourdeur logistique, diminuant les stocks dispo pour chaque unité effectivement en attaque, accroissant les attentes, les délais d'entretien/remise en état, les "bouchons aux carrefours" des axes logistiques (rail ou route) et stocks accumulés et à écouler dans les aires d'attente.... C'était déjà mal organisé sur le territoire allemand, mais dès qu'ils sont entrés en URSS, ils ont du reconstruire les voies ferrées (à leur écartement), ponts.... Démolis par les russes et de toute façon quasiment sans locos et wagons locaux, réduisant d'autant le trafic en Allemagne tout en n'offrant pas le quart des capacités de transport nécessaires en Russie (vu l'immensité, la faiblesse de la capacité ferroviaire allemande, le manque de puissance de leurs locos, les problèmes d'appro en charbon....). Et mieux vaut ne même pas parler du réseau routier russe, sous-développé, en partie détruit, et de toute façon sans capacité importante en camions et fuel côté allemand. Des divisions combattantes en plus n'auraient été du punch que dans les tous premiers jours, soit quand c'était le moins utile. Après, ça aurait juste été un emmerdement.
  18. Je ne sais plus où j'avais lu ça, mais quel que soient les modèles et pays, ces énormes tourelles étaient lourdes en maintenance et en problèmes constants (un peu le coup du "c'est un prototype" à chaque fois, éternellement dans les maladies de jeunesse), créant par exemple des pannes multiples quand des salves étaient tirées de façon trop rapprochée: le fait est que c'étaient des trucs plus emmerdants qu'autre chose, mais nécessaires vu l'absence de précision des tirs à moyenne et longue portée, et la faible capacité des explosifs d'alors comparés aux dégâts qu'on voulait faire, surtout sur des navires analogues surblindés. Pour avoir portée et puissance, il fallait vraiment faire de l'énorme calibre et en avoir le plus possible (pour que faire un navire si cher soit "tactiquement rentable"). Les progrès dans les explosifs et la précision (puis les portées) ont enlevé cette nécessité très lourde et coûteuse, même si on ne regarde que l'évolution du canon et qu'on met de côté la comparaison avec les missiles antinavires et ceux de croisière. Après, si on devait se reposer la question du besoin d'une artillerie-canon importante sur un navire, ce serait surtout pour le besoin d'appui feu côtier; des tourelles doubles (de 127 on imagine) pourraient-elles refaire leur apparition sur des navires ayant une fonction plus prononcée à cet égard selon vous?
  19. C'est pourquoi: - il ne faut pas prêcher, c'est une mauvaise méthode (malheureusement très commune en France, où c'est une maladie transmise par l'enseignement) - il ne faut pas aller dans le désert ou créer un désert/laisser se désertifer un champ (la métaphore est au choix): c'est une perte de temps et tout le monde sera d'accord pour dire que le sable est un auditoire pitoyable et peu réactif ;) L'un des problèmes dans la simple phrase que tu as utilisé est de décréter que "la France est un désert" ou que "les Français sont sourds à toute parole militaire par essence", soit d'être absolutiste. Au lieu de critiquer le public, ou en langage militaire, la cible, faut savoir identifier et frapper: c'est le genre de domaine où il faut savoir différencier les populations par divers types de catégorisation, différencier le peuple et la nation.... Dès lors que des actions, paroles et comportements seront lancés vers eux, ces distinctions deviennent des choix de champ de bataille, d'allocation de ressources, de manoeuvres d'approches et d'attaques.... Soit des réalités dont les effets varient selon la pertinence. Quand on parle de manière professionnelle, c'est le moment où il faut arrêter de croire que ce dont on parle là se limite à des discours (et que les discours sont des choses indifférenciées où il suffit de mots pompeux et de grandes phrases pourque "ça marche": un public précis à un moment donné requiert un langage particulier, des séquences de mots particulières, une crédibilité, un ton.... Très précis: les amateurs ou ceux qui ont des idées préconçues sur le langage et la psychologie n'ont pas leur place dans ce domaine), des fanfares, des actions et des campagnes de pub. Ca c'est du détail, de la conséquence très loin en aval. Même chose, tu pars d'un décret absolu et irréversible: JD Merchet est pourtant bien placé et bien vu dans une rédaction de "gauchistes", et les exemples sont à multiplier dans ce registre. Partir du point de vue que tu énonces est déjà un faux postulat, et un point de non départ. C'est le genre de vision qui fait désespérer: avant même d'envisager un problème pour ce qu'il est réellement (et donc de trouver les solutions adaptées), tu condamnes l'effort. C'est pas parce qu'une montagne a une face inattaquable qu'elle n'en a pas d'autres.... Et même la face inattaquable l'est en fait bien rarement. Je renvoie à la révolution culturelle Louis XIV/Louvois, où l'armée, d'une chose universellement détestée (et bien plus que le gauchisme de salon de quelques journalistes; je parle là de haine viscérale, justifée et culturellement transmise) est devenue en moins de 20 ans un objet d'admiration. S'il a fallu un roi volontaire pour changer la mentalité d'un pays, on n'a pas besoin d'autant pour juste modifier une opinion somme toute favorable et une classe journalistique avant tout désintéressée de la chose stratégique (plus que réellement antimilitariste); fondamentalement rien qui nécessite l'implication du politique ou demande même son approbation. Non, elle est la première fautive en tant qu'institution, et de loin. Surtout avec un politique aussi peu proactif et complètement structurellement réactif à l'opinion: devient un sujet dans l'opinion, le politique y réagira (et l'armée a l'avantage, en tant qu'institution, mentalité et culture, de pouvoir conduire une action dans la durée s'il ne s'agit pas d'un programme d'armement :lol: qui coûte du fric; elle ne dépend pas du prochain RV électoral à cet égard). Elle est fautive en tant que culture et institution comme les peuples de pays instables sont "fautifs" en tant que collectivités de ne pas savoir se mobiliser pour parvenir à se trouver une gouvernance solide, ce qui suppose de se parler et de se penser ensemble, de s'éduquer en tant que collectif, et non d'avoir des moyens (c'est commode évidemment, mais il y a tant de pays pleins de ressources qui n'ont jamais trouvé leur stabilité, voire l'ont couverte avec un arrosage de fric en évitant le problème: l'Arabie Saoudite comme les plus désolés des pays centre-africains à sous-sol riche sont à cet égard sur le même plan). On voit des pays pas riches être stables et avoir des institutions qui tiennent (et par là avoir lus de chances de se développer), et des pays riches (en ressources, en activités au moins dans certains coins) ne pas parvenir à franchir le cap supérieur du développement par incapacité à devenir des pays stables. La différence n'est pas dans les moyens. La métaphore ne parle peut-être pas à tout le monde, mais elle est vraie; l'armée est de loin la première fautive en tant qu'institution. Je ne jette pas d'opprobre individuel sur des officiers, je dis juste qu'ils ne font que se démener et s'agiter en vain dans un cadre culturel complètement à côté de la plaque, et donc aussi inefficace qu'improductif,aggravant toujours un peu plus le cercle vicieux dans lequel ils se sont enfermés (souvent avec la meilleure volonté et les meilleures intentions et convictions du monde, souvent aussi avec les meilleures intentions pour leur chapelle, leur idée du métier... Au détriment des autres qui pensent pareil de leur côté). Bref, l'un des pires trucs que tu puisses faire pour la com des armées, c'est créer un département/service de com :lol: : tu mets le truc dans une petite case qui devient une "sous chapelle" (méprisée par les autres -parce "qu'anecdotique" et pas proprement militaire- et qui pèse d'autant moins et développe sa propre pensée et sa propre petite politique de guéguerre/valorisation interne) dont les impératifs sont du coup évacués de la pensée de tous les autres services. La première com de l'armée, c'est l'armée elle-même: sa façon de penser et d'interagir avec son environnement (en OPEX comme en garnison), son recrutement, sa GRH, la "façon d'être" qu'elle transmet, sa façon de s'intégrer ET de détonner dans le payage, sa mentalité, sa culture, son fonctionnement interne.... Potentiellement, les militaires et civils de la défense, les réservistes de tous types, les anciens militaires.... Sont autant de vecteurs et d'émetteurs de message, d'impacteurs de l'inconscient collectif, à titre potentiel, que juste un agglomérat de gens ayant un métier au mieux, ou constituant une communauté à part, voire mise un peu à l'écart, au pire. C'est selon ce qu'on en fait. Et ça, encore une fois, c'est juste culturel. D'autres armées le font, la France non.
  20. Je dis pas qu'elles n'existent pas, bien au contraire; je dis qu'elles existent peu en termes purs d'outils de communication efficace. Ces actions sont mal pensées, passent avant tout par le prisme de l'Etat central-militare exécutant invisible (sauf à tout petit niveau) et oubliable dans le paysage (avec en arrière fond inconscient l'idée établie que "ils servent à ça, donc cette action est normale et donc pas notable") et souffrent au final d'une efficacité nulle en terme de communication, de"connexion" avec la nation et la place qu'elle fait dans son inconscient et son conscient à l'armée comme entité et à la chose militaire comme sujet (ne parlons même pas des préoccupations stratégiques comme priorité) qui sont déjà deux "champs de bataille" distincts dans une politique de communication réellement pensée et existante. Je renvoie à la métaphore, peut-être mauvaise (désolé) des mille chars en montagne. Evidemment, et heureusement, ces actions servent au moins leur utilité immédiate/primaire/évidente, à savoir pallier l'urgence, résoudre un problème.... Mon point est de dire qu'en tant qu'outil de communication (qu'il faut vraiment arrêter de voir comme un domaine annexe ou un truc complémentaire et anecdotique qui "suit" le reste à un rang subsidiaire, tant à l'intérieur qu'en OPEX où entre autres les guerres au sein des population en impliquent de forts volets sous de multiples aspects: ça encore, les ricains l'ont compris, et y consacrent des ressources permanentes et exceptionnelles -psyops, campagnes....), ces actions sont totalement mésusées et utilisées sans contexte, sans suivi, sans mise en valeur efficace et pertinente (surtout pertinente); la guerre, c'est la politique, la politique, c'est en grande partie de la perception (pour obtenir de la persuasion). Ca peut sembler du blabla sur des coupages de cheveux en quatre pour qui n'est pas intéressé ou impliqué dans ce domaine d'activité, mais je peux te garantir qu'il s'agit en fait de grands effets et d'impacts potentiels radicaux, directs et indirects, sur une société, sur la politique.... On pourrait dire qu'il faut "savoir vendre et se vendre", mais ça ne recouvre qu'une petite partie du sujet et concourt de cette visionet culture méprisante/condescendante à l'égard de ces domaines qu'on trouve notamment chez les décideurs militaires français. C'est beaucoup plus. Comme on peut transformer une défaite militaire en victoire politique, on peut transformer une opération de vidage des poubelles en coup de coeur des Français pour l'armée, avec cependant à l'esprit, et contre-intuitivement, que l'essentiel de ce qui permet une telle chose se passe bien avant et en amont de l'événément, et pas dans une "campagne de pub" pendant qu'elle arrive et après. La même campagne de com (mêmes images, même discours, mêmes moyens, même message, même moment) pendant et après l'événement peut être un pur gâchis d'argent, de personnels et de moyens sans effet de court et long terme ni d'aucune nature, ou un truc retentissant à court comme à long terme, suivant le cadre dans lequel on choisit de l'inscrire, donc la politique de longue haleine qui est menée et l'action générale qui est menée; c'est un de ces cas de figures où mettre de l'argent dans un département "com" séparé est un moyen de ne pas s'occuper du problème et de le saupoudrer. Le vrai problème, l'action essentielle, est culturelle, un fait de mentalité et d'un ensembles de petites actions, de comportements du quotidien, de façons de parler, d'être.... Qui produisent leur vrai effet en cumulé et dans le long terme. Les campagnes de pub et "événementiels" sont les outils les plus chers et les moins efficaces de cette guerre là: ils peuvent être utiles ou inutiles suivant la culture qui préside à leur emploi. C'est comme dans tous les domaines: les vrais changements profonds qui ont le plus de résultat à terme sont d'ordre culturels, impliquent avant tout des réorganisations, des changements d'allocations de ressources (et de leur ordonnancement), un usage différent de ces ressources dans le temps et l'espace.... Bref, des réformes en profondeur de la façon de penser (pas tant de ce à quoi on pense que de la façon dont on y pense), d'être et d'agir, bien avant de songer à augmenter les moyens proprement dits (l'un des multiples exemples serait le/les site/ internet de la défense: on peut plaquer un site sur l'institution en alignant les pages et en foutant des contenus à tout va, mettre des couleurs et des vidéos.... Ou faire un bon site ;): le tout avec les mêmes moyens). Réformer, changer réellement, c'est dur, mais c'est ce qui donne des résultats. L'armée française n'a au fond eu que peu de changements culturels profonds et efficaces, et tous n'ont pas duré: la grande réforme de louis XIV/Colbert/Louvois fut sans doute la plus significative et durable, celle de la révolution fut aussi fondamentale (mais tout n'a pas duré), et celle de 14-18, si prodigieuse, a été enterrée directement après la guerre pour ses aspects réellement déterminant (ceux qui auraient impliqué un changement de mentalité du politique, mais plus encore de l'institution elle-même et des officiers "du haut" en particulier). Pour celle de Louis XIV/Louvois, eux avaient compris (même sans les outils et le savoir plus systématique et précis qu'on a aujourd'hui) ce qu'était la vraie communication: avant eux, l'armée était un truc extérieur à la nation, profondément détesté et considéré comme néfaste, au mieux un mal absolu mais nécessaire à certains moments, et le soldat était une figure honnie, dangereuse et aussi détestable que le soldat adverse. Après eux, l'armée est une institution admirée, solide, bien considérée (même en haut de l'échelle socio-économique, au moins jusqu'à la moitié du XVIIIème siècle), où beaucoup veulent faire carrière, et le soldat est désormais (au moins en partie) un type respectable, à qui "on peut marier sa fille". Et ce changement est arrivé en moins de 20 ans pour l'essentiel. De l'armée qui était fuie quand elle passait par une ville (ou qu'on essayait de détourner sur un autre itinéraire) et qui ne recrutait que la lie de la société (et encore, en en forçant beaucoup), on était passé à l'armée qu'on attend dans les villes, celle qu'on acclame, celle où beaucoup de monde de toutes les strates de la société, élites comprises, veulent s'engager. On ne retient que des tracts naïfs et un peu stupides des affiches de recrutement de cette époque, ou des médailles frappées en l'honneur de batailles indécises, qui ne sont que des parties superficielles de l'édifice réel, anecdotiques.
  21. L'opinion actuelle sur l'Allemagne ne cesse de m'étonner par son extrême déséquilibre. Certes ils ont fait bien des réformes dont on devrait s'inspirer, mais à l'arrivée: - leur niveau d'endettement public est loin d'être exemplaire, un fat qu'on oublie souvent, et s'ajoute à un niveau d'endettement privé pas négligeable. - leur niveau de vie a chuté drastiquement en une douzaine d'années - toute l'économie "qui marche" se résume aux grands secteurs d'exportations reposant au final sur quelques multinationales et un volant d'entreprises moyennes qui ne pèsent que pour une part réduite de la main d'oeuvre, de plus en plus différenciée du reste de la population active - leurs exportations qui rapportent sont limitées à quelques secteurs et niches, et quelques clients extérieurs, essentiellement un, qui font tout pour se passer de cette dépendance - leur pyramide des âges est catastrophique - une apparence de niveau de vie est en grande partie maintenue par les transferts transgénérationnels: les vieux entretiennent les jeunes (ils sont bien forcés) - la vie politique est bloquée par les vieux actifs et retraités: ils pèsent plus démographiquement, financent plus les campagnes et sont plus mobilisés politiquement.... Leurs impératifs (essentiellement de rente, qui au final tuent l'activité sauf celle des secteurs exportateurs) dictent la conduite du politique et renforcent les déséquilibres en cours.... Le pire étant que ces vieux le font souvent pour pouvoir soutenir leur descendance en difficulté, accroissant encore les difficultés de ces derniers et le problème structurel de l'économie allemande - leurs jeunes, surtout qualifiés, se font rares en proportions de la population, et tendent à s'expatrier ou à être déclassés plus ou moins relativement - le marché intérieur n'est pas en très bon état, du fait d'une polarisation de la demande sur des pans de population de plus en plus réduits et de l'accroissement des inégalités (géographiques, sociales, économiques), de la baisse du niveau de vie et de celle de la démographie. C'est une économie de pays en développement, plus de pays développé, quand il n'y a réellement qu'une partie de la population qui en profite et que l'activité rentable est polarisée sur quelques secteurs et entreprises d'exportation (qui ne "pèsent" pas une part énorme de la population active).
  22. Les Américains font ça systématiquement, et je crois pas qu'ils aient une armée d'opérette. Pour être franc, NON, l'armée française n'a jamais fait ça: elle a certes participé à des actions civiques et de sécurité civile, mais n'a jamais été foutue de vendre la chose, d'acquérir une mentalité d'intégration du champ public en France (et qu'on serve pas le devoir de réserve: à tous échelons, il y a une large latitude d'action) pour devenir un acteur de fait de la société, ce qui ne réclame même pas, si la chose est bien pensée, organisée et exécutée, d'y consacrer tant de temps que ça par tête de soldat. Juste du symbolique (l'orchestre et compagnies) et les devoirs en temps d'urgence, et ils pensent qu'on ne peut rien faire de plus ou de mieux (ou d'autrement), ce qui et pire qu'un problème technique: c'est un problème de culture profondément implanté. Y'a qu'à voir en haut de l'échelle comment est faite la com de l'armée et du ministère: lamentable de bout en bout (et ça c'est un domaine que je connais professionnellement), du pur gâchis d'argent, de personnels, de talents et de ressources immobilisées (je pourrais écrire une dissert entière sur leur conception de la communication analysée à travers les campagnes de recrutement -essentiellement publicitaires :-[ :P :'( quels cons- comme symptôme de tout ce qui ne va pas et ne marche pas). Pour faire simple, dans ce domaine, l'argent, les ressources, sont importantes et doivent être conséquentes, mais elles sont comme les forces lourdes: c'est l'outil de réserve d'intervention. Si tu n'es pas capable de communiquer avec tes moyens de tous les jours, tes actions de tous types, interactions avec d'autres, attitudes, postures, choix.... C'est que tu as un problème de culture et que tes dépenses pour le coup en numéraires seront pour l'essentiel faites en pure perte. Fanfares et cortèges, journaux locaux et compagnie ont encore un rôle à jouer, mais c'est aujourd'hui moins déterminant. Rappelons que l'importance des fanfares militaires remonte aux époques où la musique était une chose rare et que la plupart des communes n'avaient pas d'orchestre, la plupart des habitants n'avaient pas de musiciens pour eux et évidemment pas encore de sono individuelle.... A chaque époque ses médias. De même, les journaux locaux ne sont pas très lus en France (comme les nationaux et la presse écrite en général d'ailleurs) et ne sont donc plus un "champ de bataille" communicationnel très déterminant. Pourtant, l'armée, ce sont encore plus de 200 000 "porteurs de message" agissant potentiellement de manière coordonée avec une "doctrine" pour se poser comme acteur national, avec un service centralisé dédié (qui peut avoir un ou plusieurs représentants dans chaque garnison), des moyens important et un maillage du territoire encore conséquent: l'essentiel de ce qui pourrait être fait passe par un changement d'attitude (et de culture, surtout chez les officers, véritable nécrose vivante dans ce domaine, dont le logiciel date réellement du XIXème siècle) qui se traduirait aussi bien par un changement de ton, de discours, d'attitude, de relations (surtout de tous les jours) avec la société et ses divers "représentants" (communautés virtuelles et réelles, acteurs sociaux, économiques, médiatiques et politiques....), de posture, de façon d'être.... Que par un changement très faible dans leurs actions hors purement "militaires", leur inscription dans le paysage du pays. C'est vraiment une histoire d'être pro-actif (et pas seulement s'assigner aux "corvées civiles" sur sollicitation du politique et dans les quelques manifestations "traditionnelles" consenties localement par le "seigneur" chef de garnison descendant parmis le commun des mortels) et d'avoir une autre culture: les Américains font ça très bien, en plus d'avoir il est vrai des budgets de com importants mais qui sont la partie la moins efficace/"rentable" de l'effort de communication vers la nation, contrairement à ce qu'on peut penser. L'effort général de com/rapports à la nation est avant tout un problème d'attitude, de posture, de discours, de relationnel et de culture, ensuite un problème de nature des interactions, et enfin un problème de budgets spécifiques (loin, très loin derrière). En France, c'est le 3ème point qui est le seul traité: les budgets sont pas si mal (mais mal dépensés: mauvais message, mauvais médias, mauvaise allocation des ressources.... Mauvais esprit de la chose, donc mauvaise "stratégie") et pourraient juste être mieux employés.... Mais ils sont l'essentiel de l'effort de com, ce qui est lamentable dans l'attitude, et donc dans l'efficacité. Et sans arrêt, dans le discours, on évoque le "lien armée nation" qu'il faut "faire progresser", sans réellement dire ou percevoir ce que c'est sinon en évoquant le terme comme une catégorie fourre-tout, un "objet" dont on se demande ce qu'on peut en foutre en disant que c'est important.... Mais en ne comprenant pas en quoi et donc en ne faisant rien d'utile. C'est pas quelques journées portes ouvertes, 2-3 fanfares et célébrations et des campagnes de pub qui vont changer quelque chose quand c'est cet esprit qui règne en amont: ce sont des armes, des outils (dont beaucoup ne sont plus aussi efficaces qu'avant; il y en a d'autres), ils ne remplacent pas une culture, une doctrine, des plans de bataille (les esprits sont un théâtre d'opération), des modes d'action, la coordination et la rationalisation des moyens.... Ce que le Mindef fait dans ce domaine revient à employer mille chars de bataille avec juste quelques radios pour les coordonner, sans infanterie, contre des guérilléros en montagne et sans doctrine aucune.... Et avec en plus un officier paternaliste qui pense haranguer les troupes et rallier les populations en leur servant pompeusement un discours creux sur des sujets dont tout le monde se fout, troupes et populations comprises. Je prends juste l'exemple anecdotique (mais que j'espère parlant) des rapports à la production ciné/télé/fiction: la Défense américaine laisse entrer des équipes, fait profiter d'infrastructures, de quelques personnels (pour un temps réduit) et d'équipements, et dépense dans ce domaine au final très peu, voire quasiment rien, ni en argent, ni en moyens et personnels immobilisés, ni d'aucune autre façon.... Et pourtant c'est l'un des domaines de com les plus efficaces qui soit: ils ont la bonne attitude à cet égard, pour s'inscrire culturellement dans l'inconscient national, la bonne façon d'avoir un rapport avec médias et "producteurs" de contenus, le bon discours (à comparer avec le ridicule de nos officiers quand ils s'adressent aux médias: de vrais réchappés d'un XIXème siècle élitiste et paternaliste, assorti d'un mauvais jargon creux, convenu et imbittable débité sur un ton qui a l'air d'être implanté dans toutes les gorges des interlocuteurs en uniforme).... Ce n'est qu'un domaine parmi mille autres, mais ça marche terriblement (que les films/séries/romans/jeux vidéos soient bons ou pas, se vendent ou pas: c'est un effort de long terme) et ça ne coûte rien. Electoralement, la Défense ne pèse plus, ça c'est un fait acquis (et faut pas espérer la faire voter d'un seul bloc, familles comprise); ça veut pas dire, très loin de là, qu'elle ne peut pas agir et peser sur la vie publique et politique où la perception est tout. Un de ces quatre la question se reposera sans doute, et concernera plus largement un "service national" général, pour que chacun passe par 1, 2 ou 3 ans au service de la nation dans tous les aspects possibles (administratif, humanitaire, services civils, services sociaux....) avec un volant militaire pour un effectif donné s'aoutant à une armée pro mais très réduite. Pour le côté militaire, j'avoue que l'un des avantages que j'y verrais serait un emploi un peu plus réfléchi de la force armée au détriment de la gesticulation actuelle (pourquoi aller en Afghanistan sinon parce que les Américains l'exigeaient?) qui, du fait de la taille des forces et des besoins incompressibles actuels (forces de présence, OPEX longues, réserve d'intervention, temps d'entraînement/préparation....), sera toujours un peu plus difficile et/ou ne pourra se cantonner qu'à des actions de petite ampleur et de courte durée. Résultat, si on veut agir avec plus de monde et plus longtemps, faudrait ce contingent de conscrits, et à ça veut dire débat, donc impossible pour des politiques de les employer en nombre autres qu'anecdotique à moins que ce soit réellement important (donc qu'il s'agisse d'une opération qui sera réfléchie, pensée, et pour laquelle des moyens réels seront débloqués).
  23. Désolé, faut relire :lol:: j'ai pas mal changé le texte à l'instant. Ca change pas ma position; je l'explique plus. Ca doit au moins être un débat permanent, et ça doit répondre là aussi aux principes de capacité, de responsabilité et de proportionnalité: plus la létalité est grande, plus les conséquences potentielles d'un accident, d'un pétage de plomb ou d'une conneries ont grandes, plus l'exigence du matériel est grande, et plus le cadre d'emploi et de possession doit être restrictif. Pour des armes de guerre, et particulièrement du matos qui commence à devenir lourd, ça doit passer par des organisations, et ne doit pas ressortir du droit individuel stricto censu. Que des groupes citoyens s'organisent pour ça, pourquoi pas, s'ils répondent à un certain nombre d'exigences et remplissent des conditions (usage des armes dans des lieux spécifiques et dédiés, bien isolés, démarqués et délimités) et contrôles d'aptitudes (sélection des candidats, sécurisation et contrôle des matériels, vérification des aptitudes) réguliers. Ca je veux bien. D'ailleurs, le droit à la résistance contre un Etat devenant tyrannique ne peut pas être crédiblement attribué au fait d'individus avec leur stock d'armes de guerre persos: l'Air Force et les Marines débarquent dans ta ville de Virginie (et encore, la Virginie vient de voter démocrate pour la première fois depuis.... Longtemps), c'est pas toi et tes copains qui allez spontanément, en vous regroupant, arrêter quoi que ce soit. Des groupes constitués, organisés, régulés, relativement homogènes, sont déjà quelque chose de plus crédible. Et encore une fois, pour le matos de guerre lourd et de l'organisation réelle (au cas où le gouvernement fédéral serait soudain dictatorial), les Etats US ont déjà ces groupes: les gardes nationales (tous les Etats en ont) et les forces de défense d'Etat (tous les Etats américains n'en ont pas de celles-là). Ajoutes-y dans de nombreux cas des milices de comtés et des associations et groupes divers, et tu as de quoi constituer la base d'un système qui, si les acteurs politiques avaient un débat rationnel sur la chose, pourrait être correctement régulé et organisé, responsabilisé et contrôlé sans qu'il y ait "prise de contrôle" du grand méchant gouvernement fédéral, ou même aux moindres "échelons", des gouvernements d'Etat. Mais demander la possession libre d'armes de guerre, d'armes automatiques.... Par des individus seuls, c'est pas de la responsabilité, c'est pas du "droit de résistance à l'oppression" ou autres prétextes; c'est du caprice d'enfant qui veut un gros gun. C'est le sens du 2ème amendement: "une milice bien régulée est nécessaire à la préservation des libertés".... C'est pas le droit individuel d'avoir des armes qui peut peser là-dedans. C'est plus que forcer le trait, surtout sur CE forum: des glandus isolés avec des AK auraient pesé quoi face à une armée (si elle avait pris parti pour le pouvoir) et une police pro, et des groupes paramilitaires organisés? Rien du tout. On a pu voir le résultat en Libye où pourtant le régime n'avait pas vraiment de troupes qualifiées en dehors d'un tout petit noyau de micro-brigades "présidentielles" (et même pas de forces aériennes efficaces); sans intervention occidentale, ils auraient été balayés malgré l'abondance d'armes de guerre dispo. L'organisation et/ou la motivation générale (qui peut suppléer l'organisation pendant un temps) comptent infiniment plus que le matériel dans ces cas de figure.
  24. Non, vu que je ne prône pas nécessairement l'interdiction pure et simple des armes à feu (même en excluant le domaine de la chasse, qui a d'autres logiques et requiert une autre approche, donc une règlementation aussi en partie différente sur certains plans): mais "responsabilisation" veut dire, quand on arrive au domaine de la vie pratique (individuelle/familiale et en société) et de la loi, que tout le monde (absolument tout le monde, pas en mettant les droits et le sentiment d'insécurité des propriétaires d'armes devant ceux des autres) a le droit d'avoir des garanties sur la façon dont les armes sont vendues, gardées et utilisées. Les forces de l'ordre ont un encadrement strict à cet égard, et eux sont formés et exercent ce droit dans des circonstances strictement définies; pourquoi le péquin moyen y échapperait? Que ça les vexe ou non, ceux qui acquièrent une arme deviennent de fait des gens incalculablement plus dangereux et plus "à risque" que les autres, dans la réalité (statistiquement, ils incluent dans leur vie toute une gamme de situations potentiellement dangereuses que les autres n'ont pas, comme c'est le cas d'autres facteurs dans de moindres proportions: être dans un quartier dangereux, avoir un métier stressant, être issu d'une minorité plus ou moins "exclue"....); ça ne veut pas dire qu'ils sont les seuls potentiellement dangereux, voire mortels, juste qu'en achetant une arme à feu, ils achètent aussi tout un panel de probabilités de la voir mésusée (par eux ou quelqu'un d'autre) ou volée, d'amener des conséquences tragiques suite à un mauvais choix, de rendre d'autres gens nerveux (ce qui peut souvent être exagéré, mais la majeure partie de la faute est à qui a l'objet le plus apparemment dangereux).... Donc "responsabilisation" veut dire que la vente des armes et munitions (et les gammes accessibles; je rappelle qu'à la fin de l'actuel "ban" sur les armes d'assaut, les ricains peuvent acheter des fusils d'assaut et mitrailleuses, de même qu'ils peuvent acheter des fusils de sniping lourd et des lances grenades par exemple), la détention, le transport et l'usage doivent répondre à un cadre vraiment bien défini.... Cela veut dire entre autre que n'importe qui ne peut pas avoir accès: - il est aisé (et pourtant pas si souvent fait aux USA) de restreindre l'accès suivant un certain nombre de critères: âge, casier judiciaire et antécédents, contrôle psychologique.... - il est relativement aisé d'établir des conditions d'usage et de transport: cantonnement de l'usage de l'arme dans "l'enceinte" de la propriété privée (défense personnelle), dans le cadre (qui devrait être obligatoire) d'exercices réguliers et dans celui d'un groupe (association, milice....) reconnu et agréé (donc répondant lui aussi à des critères précis et des contrôles réguliers). Le transport de l'arme (genre pour aller du domicile au magasin ou au club de tir) est aisément régulable aussi; resterait la question plus épineuse du droit de porter une arme dans la rue, mais aussi dans des lieux précis (locaux d'entreprise, commerces, clubs, restaurants et bars....). - il est plus délicat, mais nécessaire, d'établir des conditions de capacité d'utiliser et posséder des armes à feu: selon moi, tout permis de port d'arme doit être assorti non seulement d'examens de capacité divers, mais aussi "gradué" en fonction de l'extensivité du droit (moins d'exigences pour un flingue restant au domicile et destiné à la défense personnelle dans la propriété, plus quand il s'agit d'en user dans le cadre d'une milice, et beaucoup quand il s'agit de vouloir le droit de se balader avec -au sens se balader avec dans un holster, pas dans une boîte verrouillable pour le simple transport). La stabilité psychologique, la capacité à maîtriser l'arme (exercices réguliers exigés), les conditions nécessaires à la sécurisation d'armes (surtout s'il y en a beaucoup, si on ne plafonne pas le nombre d'armes: avoir des pièces sécurisées, un coffre fort....) et plus encore -c'est ce qui peut être gradué suivant le "niveau d'habilitation"-, la capacité à user d'une arme en situation réelle (entraînement en conditions de stress variées, entraînement à jauger d'une situation -surtout en situation tendue-....) doit être une exigence absolue et examinée non seulement au moment de l'acquisition mais aussi relativement régulièrement. De fait, le résultat global serait que tout le monde ne pourrait pas avoir une arme, et tous ceux qui en ont n'auraient pas ce droit au même degré: comme le permis de conduire (fait pour quelque chose qui n'est pas à la base fait pour tuer) et beaucoup d'autres choses. Parce qu'avoir un droit implique d'avoir des comptes à rendre, et pas seulement quand une connerie a été commise (qui a tendance à être définitive, tragique et irrévocable quand on parle d'armes à feu, et donc ça fait une belle jambe aux victimes et gens inquiets de savoir que le perpétrateur a été puni de sa connerie). Partir du principe que les gens ne sont pas coupables est une chose (nécessaire au fonctionnement juridique d'une démocratie): partir du principe qu'ils sont tous gentils, calmes, matures, sereins, raisonnables, maîtres d'eux-mêmes en toute circonstance, et éminemment capables de juger toute situation et d'y répondre exactement comme il faut, en est une toute autre. Surtout quand il s'agit de mettre une arme entre leurs mains. Si tu me trouves uniquement des gens matures, sereins, équilibrés, maîtres d'eux-mêmes et responsables, et qui en plus, non contents, de l'être, irradient cette confiance autour d'eux au point d'avoir une présence limitant les doute, aucun problème pour accepter de les voir déternir une arme (si en plus ils ont le permis montrant qu'ils répondent aux exigences de capacité de maîtrise et de sécurisation). Ca ne soulèvera pas beaucoup de problème. Mais des gens comme ça, tu en vois tant que ça? Et plus encore, qui connaît-on vraiment, et ce encore plus dans les grandes concentrations humaines modernes où tout le monde est "un anonyme" pour l'autre? Le droit à la sécurité, et plus encore à se sentir en sécurité, est naturel et inéliénable (tout connement parce que tout le monde le ressent, qu'on le veuille ou non, et que nier ce droit conduit absolument immanquablement à des conneries sans nombres, des situations tragiques, des relations sociales difficiles, un mauvais climat social): et ceux qui n'ont pas d'armes et n'en veulent pas ont le droit de ne pas se sentir à la merci d'un voisin débile et alcoolo et/ou prompt à la colère et aux débilités en tous genres, de même que les gens prenant un verre dans un bar ont le droit de ne pas s'écraser quand entre un mec armé qui veut se saoûler, ou encore ceux envoyant leur gamin dans une université où un quelconque lobby a imposé le droit de venir armé (au final, comme pour la burquah, ça concernera quelques personnes) ont le droit de s'inquiéter pour le dit gamin et de vouloir un environnement plus sécurisé pour lui sans avoir à s'écraser devant des soi-disants "militants des libertés fondamentales". A liberté supplémentaire, responsabilité supplémentaire, c'est là mon point: et pour que ceux qui ne veulent pas d'armes à feu dans leur environnement acceptent, parce qu'il faut vivre ensemble, qu'il y en ait malgré tout, un niveau important de règles et de contrôles doit exister. Quand je parle de "course aux armements" domestique, j'entends par là l'impact du taux de possession d'armes à feu sur le climat général de peur dans un quartier, une ville, une région.... Qui existe autant que l'impact du taux de criminalité réel sur le climat d'insécurité ressenti. Et la peur ne fait pas faire beaucoup de choses intelligentes; si l'autre s'arme, je m'arme même si je ne voulait pas forcément qu'il y ait des armes disponibles avant, c'est comme ça que ça marche. Beaucoup trop d'irrationnalité non surveillée dans ces phénomènes. Il y a quand même un narcissisme profond et immature de la part des pro-guns à s'étonner et à se choquer qu'on puisse ne pas être rassurés à l'idée qu'un voisin soit armé: eux acquièrent une arme parce qu'ils n'ont pas confiance dans les institutions et, au final, pas confiance dans leur voisin, leur voisinage ou leur ville, donc pas confiance en l'autre. Mais que l'autre n'ait pas confiance en eux, ça ça les choque. Entre 2 inconnus, si l'un des deux est armé, c'est en toute logique lui dont je me méfie le plus spontanément. Instituer un cadre exigeant pour la possession et l'usage des armes à feux est un des éléments qui justement, surtout si on fait bien rentrer ce cadre dans les moeurs, permet d'apaiser les tensions (et à bien des égards, de se dire inconsciemment que si on voit un civil se balader dans la rue avec une arme, c'est qu'il a répondu à beaucoup d'exigences, donc qu'il y a de fortes probabilités que le gars soit fiable). Les seuls endroits où on voit les gens accepter que l'autre porte une arme aux USA, ce sont les toutes petites villes où quasiment tout le monde se connaît: des communautés "à taille humaine" où l'autre vous ressemble, fait comme vous, mange comme vous, vit comme vous, pense comme vous, va à la même église, apprend la vie de la même façon, a la même culture.... Et il y a peu d'étrangers à la communauté qui viennent dans un bled (et encore moins qui viennent armés). Ca permet de mettre les indicateurs de confiance au plus haut de façon informelle et inconsciente: "il a un gun comme moi, il va à la chasse comme moi, il a appris à tirer avec moi....". C'est comme une garantie non gouvernementale, un système de contrôle et d'acceptation tacite.... Seulement la proportion de gens vivant dans des petites villes et communautés est aujourd'hui très réduite: les gens sont plus mobiles, et vivent pour l'essentiel dans des grandes concentrations urbaines où on connaît peu de monde et où les visages sont changeants. La possession d'arme à feu ne peut pas répondre, pour la grande majorité des gens, à ces critères informels de confiance qui reposent avant tout sur un environnement très petit (= "connu et maîtrisable") et dont on connaît les codes informels et les individus. Le seul substitut, ce sont des institutions non seulement légales/règlementaires, mais aussi culturelles et sociales (au sens où elles doivent être acceptées comme telles, intégrées inconsciemment par tout le monde): des règles strictes et pas trop changeantes, des clubs, groupes et associations (et milices éventuellement), des épreuves graduées suivant l'usage voulu de l'arme (sortes de "rites de passage" reconnaissant un droit d'une ampleur donnée à un individu ET CE devant toute la communauté, la "tribu" nationale). Dans l'absolu oui, mais il est terriblement plus élevé que dans d'autres pays présentant des conditions de vie et de droit similaires aux USA, et ce qui compte là-dedans, comme évoqué plus haut, est le ressenti général, le climat de menace qui va avec et la tension sociale qu'il induit. C'est plus grave encore quand la question devient si politique qu'un camp au moins bloque tout dans le débat public et contraint à un comportement irresponsable et dangereux. La peur est le seul sentiment "naturel" (avec lequel on naît), et on ne s'en départ jamais; dans une société, elle doit être limitée pour créer un climat favorable à la vie de chacun. Parmi les multiples facteurs qui l'accroissent les accidents avec armes à feu sont parmi les plus importants dans des sociétés pacifiées. Et pourquoi ceux qui choisissent de ne pas avoir d'arme, voire militent contre les armes à feux accessibles aux civils (ou l'encadrement strict de leur usage) n'exigeraient pas que les propriétaires d'armes portent un signe distinctif, ou soient signalés dans des registres accessibles au public (par exemple quand on choisit un domicile: pourquoi j'aurais pas le droit de savoir qui, dans mon voisinage immédiat, a une arme, et encore plus s'il en a plein)? C'est de fait un stigma social, mais quand les pro-guns hurlent à la mort à leur "droit sacré" de se sentir en sécurité, ceux qui n'ont pas d'arme ont aussi le droit de ne pas leur faire confiance (surtout quand on regarde la trogne moyenne des militants dans pas mal de coins aux USA: milices armées et compagnie, hillbillies lambda traficant des amphètes ou de l'alcool clandestin....) et d'exiger plus que le simple fait de se voir envoyer le 2ème amendement dans la gueule. Résultat, là on aurait une montée plus équitable aux extrêmes dans les deux bords du débat. Par ailleurs, ce "taux très faible" (encore une fois, il ne peut se limiter aux homicides: les blessures, accidents et autres vont avec), c'est quand même beaucoup de monde qui est tué, blessé, et plus encore traumatisé (je n'utilise pas ce terme au sens léger: un trauma, ça s'inscrit profondément et ça peut souvent amener un effet boomerang -potentiellement dangereux quand on parle d'événements violents- plus tard: alcoolisme et dépendances en tous genres, violence, paranoïa, agressivité, isolement social en cas de perte d'un proche). Même s'il n'y a qu'un seul tué, voire "juste" un blessé même léger, un accident avec une arme (l'intrusion d'une violence extra-ordinaire dans l'environnement sécurisé de la vie courante) fait généralement plus de victimes que ce qu'on croit voir au premier abord. Quand on dit que la violence ne crée que de la violence, c'est ça qu'on souligne aussi.
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