Aller au contenu
Fini la pub... bienvenue à la cagnotte ! ×
AIR-DEFENSE.NET

Tancrède

Members
  • Compteur de contenus

    18 697
  • Inscription

  • Dernière visite

  • Jours gagnés

    166

Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. On essaie de rester dans le domaine militaire/stratégie/sécurité; la tendance à dériver est déjà grande et régulière, évitons de le faire sciemment :lol:.
  2. Est-ce que cette lamentable bêtise va se résumer au final à une réaction hystérique d'une Broadwell apparemment morte de jalousie et parano sur une éventuelle liaison extra-extra-maritale :lol: entre Petraeus et Jill Kelley, elle-même amie de Broadwell (putain, 2 nanas qui se crêpent le chignon sur un truc sans doute imaginaire :lol:)? Si tout est vrai (ce qui n'obère pas la thèse d'un petit torpillage interne à la CIA du général pas membre du "club"), quel cavaleur ce David: le charme du vainqueur et le repos du guerrier marchent toujours à ce point là :lol:? Ca ferait alors 2 cocufiages (un mari et une épouse) et demie (une maîtresse) dans l'histoire! Qu'on ose me dire après ça que Petraeus est pas qualifié en sexpionnage :-[!
  3. Yes pour Justified: marrant d'ailleurs que 2 des meilleures séries que j'ai vues récemment concernent le service des US Marshalls: Justified, donc, mais aussi la récemment terminée In Plain Sight (j'adore j'adore j'adore :lol:). Rylan Givens et Mary Shannon devraient faire équipe: avec leurs (incroyablement) sales caractères réciproques (l'un intériorisé, l'autre extravertie), leurs équipiers d'une patience angélique, leurs boss compréhensifs mais qu'y faut vraiment pas trop pousser et de bons dialoguistes, ça le ferait. Maintenant pour Boardwalk Empire, c'est devenu salement chiant; la saison 2 était déjà lourde (particulièrement le personnage de Jimmy, vraiment lourdingue, scénarisé à la truelle et surjoué dans le trip "doomed generation"), et la 3 m'a fait bâiller avant que je la lâche. Etrange série: absolument pas bonne, des personnages ennuyeux et absolument rien de notable, des clichés en pagaille et de l'enfantillage déguisé en trip "réflexion et action" pour se donner un genre avec des grands mots et des airs sérieux.... Et pourtant je regarde, en espérant peut-être un bon truc un jour.... C'est pas l'actrice (les actrices en fait), c'est pas l'action (lamentable: j'espérais au moins du bon swordfight), c'est peut-être le thème (post-apocalyptique, des proto-nations qui se partagent les ex-USA) que j'espère inconsciemment voir devenir bon.... Chais pas, mais c'est comme du McDo: perte de temps, mauvais pour la santé, rien à en tirer, lourdingue.... Mais ils mettent plein de sucre et de sel pour rendre accro sans qu'on aime vraiment :lol:.
  4. Très tentant.... Dans le grand large, personne ne vous entend crier :-[....
  5. L'épisode de Homeland que vous ne trouverez pas dans le fil de la série.... Pour ceux que Homeland commence légèrement à bourrer: pas que ce soit mauvais, mal joué ou même mal scénarisé.... Juste que le temps semble parfois très long quand on regarde un épisode, et que les situations et de plus en plus d'enchaînements et retournements commencent sérieusement à pomper. Alors Le Saturday Night Live a tourné un épisode qui vous réconcilie avec "l'esprit" de la série :lol:: http://www.huffingtonpost.fr/2012/11/13/homeland-parodie-anne-hathaway-video_n_2120872.html
  6. Aux USA, les "police judiciaires" de chaque branche sont des services fédéraux qui prennent en charge bien plus que la seule police judiciaire puisqu'ils donnent aussi dans le contre espionnage/renseignement, dans leurs juridictions et leurs zones et domaines d'action, mais ce domaine n'est pas cloisonné, et la tendance à la chapellisation, aux baronnies de pouvoir et au cloisonnement de l'info (guéguerres des services et difficulté à fusionner le rens entre agences) les développent aussi comme des agences de renseignement/contre-espionnage (est-ce réellement possible de pleinement différencier les 2?). Les enquêteurs de cette "police judiciaire" existent dans toutes les armées (comme la "police militaire" en général), mais les formes varient énormément: leur tenue de référence aux USA et en Angleterre (les "redcaps") est un uniforme, mais la tenue civile est souvent de rigueur pour le travail d'enquête, surtout hors des domaines d'une base militaire, étant donné qu'il y a complète porosité entre militaires et civils au niveau de la vie courante.Beaucoup de militaires vivent hors des bases, beaucoup d'implantations militaires sont en ville ou en cambrousse, le "military housing" n'est pas nécessairement sur une base, et les lieux de vie et de sortie sont souvent en dehors des bases: les crimes justifiant enquête sont donc partout, et le dress code militaire ne s'impose pas nécessairement à la commodité, tout comme la volonté de garder profil bas peut fréquemment être un impératif (pas voir des uniformes courir les rues, éviter d'attirer l'attention sur des enquêtes, questions d'image en général....). Aux USA, ils ont le statut de "special agent" (titre spécifique aux agents fédéraux de "law enforcement") qui est un domaine en soi, et je ne saurais même pas te dire s'ils ont systématiquement un statut pleinement militaire.
  7. Talleyrand comprenait bien plus que Napoléon les rapports de force et leur évolution sur un terme assez long (épuisement/attrition des armées, capacités d'une nation, ce qui fait leurs forces et faiblesses et leur "volonté"), et surtout il acceptait la première règle de toute diplomatie et de toute stratégie: admettre réellement que l'autre existe, cad accepter le fait qu'il a des intérêts et des aspirations légitimes, que certaines ne sont pas négociables pour lui et que d'autres le sont, en fonction de quoi, à moins de pouvoir écraser durablement (définitivement? C'est un fantasme dans la plupart des cas, même si on met à bas son Etat et qu'on tient ses dirigeants: cf l'Espagne) le dit adversaire, on peut conclure une paix durable, trouver un état des choses, un rapport de force, un équilibre satisfaisant pour les parties en présence. Et pour atteindre ce but, on met en place une stratégie militaire adaptée, avec des objectifs particuliers visant à infléchir la volonté de l'adversaire en ce sens, à ne pas non plus le mettre totalement aux abois ou au pied du mur, à lui laisser les options qu'il estime les plus vitales, et on conduit les opérations aussi en intégrant ces faits. Et pourtant, malgré tout, et encore en 1813, avant et après la campagne d'Allemagne, et même encore en 1814, l'Autriche et la Russie font des ouvertures réelles à Napoléon (aucune des deux ne veut voir l'Angleterre imposer son équilibre continental, et aucune des deux ne peut blairer la Prusse), qu'il refuse (parce qu'il est en position extrêmement exposée) comme il les a toujours refusé y compris en position de force: il ne voit et comprend que la "paix des champs de bataille", imposée du vainqueur du jour au vaincu du jour, refusant de voir qu'aucun compromis durable ne peut en émerger et se convaincant que l'adversaire est durablement vaincu à chaque fois et/ou qu'il peut le revaincre à l'envi, et refusant de voir qu'il ne peut mettre à bas ces puissances et que la sienne propre peut s'épuiser à la longue (ça il le voit, mais pas assez, pas assez complètement). Les pays européens sont des puissances résilientes et la France n'a pas une prééminence assez importante pour s'imposer, ce qu'il refuse d'accepter et ce pourquoi il remet toujours tout sur le tapis. Ceci dit, le blocus continental, contrairement à une légende tenace, a été très efficace sur l'économie britannique réellement aux abois, surtout en 1811-1813 quand s'ajoute la guerre américaine (une vraie crise économique, financière et de confiance, avec des milieux marchands qui appellent à la paix): les multiples entorses au dit blocus n'impactent pas à ce point la loi des grands nombres et ne font pas l'économie britannique. Ce qui l'a sauvée, c'est le développement ailleurs qu'en Europe, le grand commerce avec d'autres sources et débouchés, et l'expansion coloniale (il suffit pour cela de voir leur "investissement" militaire aux Indes entre 1801 et 1811; l'effort militaire terrestre y est plus important qu'en Europe et au Canada réunis).
  8. Comme toujours quand tu lances un tel sujet, il faut en fait définir de quoi on parle; "stratégie" est un de ces mots que personne ne comprend exactement de la même façon. Par exemple dans le cas de Napoléon, le cas peut être largement fait pour dire qu'il était un mauvais stratège, voire un exécrable stratège, si on prend le sens du mot comme la "grande stratégie" (la direction des Etats, la résolution -ou la conduite- d'une guerre au sens le plus large), notamment par son incapacité manifeste à comprendre les conditions d'une paix durable (donc d'obtenir une victoire durable), sa tendance fondamentale à être un "aventurier", un risque-tout, un parieur, en fait à avoir une mentalité de joueur, et au global son inaptitude à voir au-delà du champ de bataille, ou d'une campagne. De ce point de vue, à cette époque,Talleyrand était un vrai grand stratège, tout comme Metternich. En revanche, si on parle de la stratégie proprement militaire, en fait la conduite opérationnelle d'un conflit contre un adversaire donné, ou quelques-uns, c'était un des plus grand, et on peut en fait décomposer le personnage en 2: c'est l'un des maîtres absolu de "l'art opérationnel" de cette époque, de ce qu'on appelait la "grande tactique", soit l'art du mouvement des armées, l'art de conduire une campagne et de la rendre victorieuse, en même temps que c'était un homme d'Etat de grand calibre, un chef. De plus, c'était un très grand tacticien (art de mener les batailles), autant par son "coup d'oeil", sa rapidité et sa fiabilité de jugement, son audace, son inventivité.... ET sa capacité à mener et enthousiasmer les hommes: de ce fait, c'était ce qu'on appelle aussi un grand "capitaine". Hannibal est un autre problème: grand homme d'Etat et chef de guerre, grand tacticien (en bataille), grand général (pour mener campagne donc), c'est un très grand stratège qui a du se confronter à une puissance fondamentalement très supérieure à Carthage et qui a trouvé comment s'y prendre. Le problème pour lui a été qu'il n'était pas le chef absolu de Carthage (et qu'en plus il n'y était pas présent pendant les décisions de guerre, puisqu'il était en campagne) et que son effort, une fois parvenu en Italie, a littéralement été coupé dans son élan par ses rivaux politiques qui l'ont empêché de porter une estocade, peut-être un coup de grâce, à Rome. Mais ce qui indique qu'il était un immense stratège: - il a compris longtemps à l'avance que si Carthage voulait survivre et prospérer, il fallait précipiter la guerre avec Rome dont la puissance et le développement étaient dans une autre dimension que celle de sa ville (supériorité démographique immense, unicité territoriale, patriotisme, capacité militaire fondamentale). Anticipant ce fait, il a créé les conditions d'une guerre où Carthage avait au moins une petite chance de l'emporter. Rome et Carthage étaient désormais incompatibles dans l'espace méditerranéen, il l'a vu, il l'a compris, il a réfléchi et il a agi. - il a créé les bases d'opérations et l'armée nécessaire pour entrer en Italie, noué les alliances et obtenus les soutiens qu'il fallait, et établi un mode opératoire et un plan réalistes et efficaces. - sur le plan opérationnel, il a conduit la campagne admirablement et s'est adapté, et son itinéraire comme ses modes d'action en Italie montrent bien l'action d'un stratège qui réfléchit au-delà du champ de bataille et du seul domaine militaire.
  9. L'économie parallèle était vitale à l'URSS depuis Brejnev qui l'a tacitement "autorisée" (sinon elle n'aurait pas atteint une telle échelle); ce fut un des deux pis-allers nécessaires de l'économie soviétique avec les parcelles individuelles de terrain accordées aux paysans pour y développer leurs cultures personnelles.... Et qui représentèrent vite un pourcentage non négligeable de l'alimentation de l'URSS: leur part dans les produits maraîchers consommés en URSS, en particulier, était absolument hallucinante. C'était tout le problème de l'URSS: ils ne pouvaient pas être "moins rigides" sauf à réformer tout le système (c'est ce que Gorby a essayé de contrôler, mais il a juste pu ouvrir la boîte de Pandore). En URSS, tout fonctionnait ensemble: l'économie et son organisation n'est pas à envisager différemment du système de maintien de l'ordre ou du système d'organisation administrative, ou encore de la hiérarchisation sociale, du progrès des carrières.... Arbitrage hiérarchique à tous les étages, sélection par la conformité idéologique (et népotique), la manoeuvre bureaucratique et des critères professionnels rigides et mal choisis (bref, avoir l'air de remplir ses objectifs, de "cocher les bonnes cases") et terreur permanente (pour la carrière, la localisation géographique et, en arrière plan éventuel, la vie) comme fuel sont une seule et même chose en URSS, c'est le propre d'un système totalitaire que de placer le contrôle absolu comme vertu souveraine pour tout, et de lui assigner des critères de jugement et conformité rigides, somme toute peu nombreux, et complètement inadaptés à toute autre tâche tant la priorité est d'assurer la soumission au système et à l'idéologie. La compétence jouait, mais à un degré moindre, et la reconnaissance du mérite comptait aussi, mais dans une "pondération" de la notation très (beaucoup trop) particulière et confrontée à d'autres critères non pertinents pour l'efficacité générale d'une filière. C'est le défaut de naissance de l'URSS, née et bâtie dans la paranoïa et la guerre civile et extérieure, et plus encore du Stalinisme qui a reflété le degré de "control freakness" du Petit Père des Peuples. Ceci dit, faut pas oublier qu'avant ce redéveloppement semi institutionnalisé sous Brejnev, la mafia russe n'a jamais cessé d'exister: les Vori V'zakone ont traversé le siècle (qui ne leur fut pas tendre) et notamment la grande guerre, colonisant notamment le système carcéral, pénitentiaire et concentrationnaire de l'intérieur Un des bémols à apporter à la critique de l'économie soviétique est qu'elle a néanmoins su produire des résultats à une certaine époque (et le bémol est encore plus flagrant quand on compare aux régimes précédents). Mais il faut ajouter une 3ème soupape (en plus du monde criminel et des petites entorses, notamment agricoles, aux principes fondamentaux) d'ajustement: le travail forcé. Il a 2 composantes: le système du goulag et les "mobilisations" temporaires mais régulières des membres (de bas rang) du parti, des étudiants, des soldats et des Komsomols (le plus souvent pour des chantiers), qui fournissent au total une énorme quantité de main d'oeuvre virtuellement gratuite, un énorme nombre d'heures de travail annuelles pour faire beaucoup de choses, en grand et en beaucoup d'endroits au même moment, à un coût très réduit et de façon très organisée et rôdée. Toutes les activités économiques ne peuvent évidemment être remplies par une telle main d'oeuvre, mais, entre autre pour le bâtiment, les mines, les récoltes et les infrastructures (et surtout les jobs "bas du panier"), ça représente un levier économique gigantesque, ce à quoi il faut ajouter qu'une partie du système du goulag était organisée pour avoir déjà certains niveaux de qualifications dans pas mal de filières de production. Les réformes de Brejnev ont apporté une certaine mesure d'efficacité et de "liberté", relâchant le contrôle dirigiste de l'Etat pour ce qui concernait les process internes aux entreprises et autres organisations productives (la "demande" restant dirigiste), si bien que l'économie soviétique put croître jusqu'au milieu des années 1970, mais cette époque fut le moment où les contradictions du système commencèrent à être trop grandes: mine de rien, il s'agissait désormais d'une économie complexe et diversifiée reposant en partie sur la consommation intérieure et donc.... Le choix individuel des consommateurs: citoyens, organisations au niveau local, entreprises entre elles.... L'adéquation offre-demande à tous les niveaux était impossible quand le cahier des charges fondamental était encore défini par en haut, les besoins orientant l'économie étant au final toujours fixés par le haut. L'Etat central ne pouvait plus faire face à l'immensité de cette complexité (aaaah, où était le stalinisme qui ne fixait que des besoins simples et massifs: industrie lourde, machines-outils, armements, céréales et matières premières.... Et sans doute vodka aussi); en quantité et en diversité, les besoins étaient impossibles à gérer même par une administration immense. Et c'est là que l'encroûtement du système pèse: l'administration devient lourde, lente et bureaucratique, et cette bureaucratie est gérée encore purement et simplement par la terreur (même si moins agressive qu'auparavant; mais un de ses effets principaux est de développer un univers où il faut progresser aux dépends de son collègue, développer des tactiques bureaucratiques, apparaître comme efficace plus que l'être, et couvrir son cul avant tout), la conformité idéologique et une définition "par le haut", technocratique, des processus de fonctionnement.... Ce dernier point est terrible dans une administration si énorme et au rôle si fondamental, quand en plus il s'ajoute à toute la "culture institutionnelle" informelle qui se développe en interne (comment couvrir son cul, comment avancer dans le rang); l'efficacité est structurellement déclinante, la vitesse de traitement toujours en recul, et la capacité à gérer une économie à la taille et la complexité croissante (et à l'exigence de vitesse aussi croissante pour rester fluide) ne peut pas suivre. Le tout dans un régime totalitaire dont le premier but est le contrôle: on oublie un truc simple, c'est que ce boulot de l'administration centrale à tous les étages implique au final des sommes de décisions quotidiennes énormes.... Des décisions.... Soit vraiment le truc que dans une bureaucratie, on essaie d'éviter au maximum de faire quand on veut couvrir son cul (et en URSS ça peut avoir un sens très littéral) et avoir de l'avancement: y'a un peu trop de risques induits. Et d'ailleurs, une bonne partie de la lourdeur des processus administratifs mis en place formellement et informellement vient de ce refus en interne de se mouiller, autant que de la culture technocratique qui les décrète (et qui n'est pas non plus sans mérites: la science des organisations a beaucoup progressé malgré tout en URSS, et elle est à l'honneur, mais elle reste trop théorique et s'inscrit dans un Etat qui a d'autres ordres de priorités que l'efficacité). A l'arrivée, l'économie ne peut s'ajuster par elle-même au-delà du niveau interne aux entreprises et autres organisations: les échanges internes, entre régions, entre services, entre entreprises.... Passent par l'administration et trop de choses doivent toujours remonter vers le haut (aux niveaux local, régional et national) qui ne peut pas suivre dans un ensemble si vaste et complexe: il ne peut pas suivre dans l'absolu, et il ne peut surtout jamais le faire assez rapidement. Et ces écarts s'accroissent. C'est le défaut fondamental du refus du principe de marché et de relativement libre arbitrage des acteurs économiques et administratifs au-delà d'un certain niveau (les entreprises en interne, et les consommateurs individuels dans leurs choix.... Evidemment limités à ce qui est proposé): cela tue l'optimisation de l'arbitrage offre-demande, l'innovation, le risque (et sa récompense), mais aussi l'intérêt au travail et la motivation, surtout quand on réinscrit cela dans le système totalitaire/sécuritaire dans son entier. Du coup, le décalage offre-demande ne peut que croître: l'offre satisfait de moins en moins la demande dans sa nature, et le fait de moins en moins vite. Et rapidement, le petit niveau de libertés accordé en interne aux entreprises se trouve complètement annulé dans ses effets par les problèmes croissants du reste. On peut dire qu'en grande partie, cette inefficacité croissante de l'administration (dans l'absolu, par son alourdissement et sa gestion, et en relatif, par rapport à l'exigence croissante de sa tâche face au développement de l'économie) trouve en grande partie son explication dans une résilience des individus face au système qui a du coup créé son propre adversaire en interne, et les causes de sa chute.... Avec les raisons initiales de son succès (preuve de son inefficacité fondamentale). Les autres résiliences, ce sont celles déjà mentionnées: l'économie parallèle et les petites marges d'intérêt personnel comme les parcelles individuelles. Le pire est que beaucoup de cela aurait pu tenir et être réformable (et a été en partie réformé, notamment sous Gorby) si la dépense militaire structurelle et conjoncturelle n'avait pas tant crû, notamment au moment de l'implication en Afghanistan, et si, aux mêmes moments, l'URSS n'était devenue une junkie des prix croissants du pétrole qui lui fournissaient un apport important en devises et ont décalé sans cesse un peu plus les réformes (politiquement difficiles à orchestrer en interne, donc si le fric coule, on peut éviter de se forcer la main), notamment en faussant la croissance apparente. Le cas de l'économie criminelle est en fait analogue à ce qui est arrivé à l'économie :lol:: il s'agit d'une "économie criminelle mixte" issue de la corruption en interne de la bureaucratie soviétique (sous forme de népotisme, de clans de carrières, de détournements en nature et en argent, de baronnies administratives....) et de la libération d'une importante population carcérale dans les années 50. Dans cette population se trouvait une bonne partie de l'ancien monde criminel brutalement réprimé sous Staline (le "vorovski mir" ou "monde des voleurs"), mais qui avait profondément évolué pendant des décennies d'internement: les Vori V'zakone ("voleurs dans la loi") étaient devenus l'organisation, la culture de référence initialement (sorte d'anticulture refusant notamment tout ce qui est une vie "normale": travail, service militaire.... Tout ce qui ressemble de près ou de loin au "système" et à l'Etat), mais la guerre a divisé le monde criminel entre ceux qui sont restés des "vor" et ceux qui ont accepté de monter au front (certaines unités de criminels, à Stalingrad, ont eu plus de 90% de mortalité), donc de collaborer avec le gouvernement (contre une promesse de libération, contre de meilleures conditions, parfois par patriotisme), que les vors ont vite appelés "suki" ("salopes"). Mais même cette division a fini par s'effacer après des guerres carcérales sanglantes entre clans, si bien que quand les grandes libérations surviennent dans les années 50, c'est une importante population de criminels endurcis et absolument sans morale collective (ni criminelle, ni civile), radicalement individualistes (malgré toutes les prétentions d'appellation de "vori v'zakone" et la conservation d'éléments comme le système des tatouages) qui se lance dans la société post-stalinienne. Cette population rejoint "par le bas" l'autre criminalité, celle du système bureaucratique (on évoque souvent la nomenklatura, l'élite "du haut", mais à chaque échelon administratif et géographique, il y a une élite qui profite du système et de son statut), qui a des besoins propre, qui a aussi besoins de bras pour des tâches spécifiques et des business en expansion (contrebande de produits, notamment pharmaceutiques, détournés des productions, ou alors produits en excès avec maquillage des chiffres officiels.... Bref, le marché noir, qui ajuste plus vite l'offre à la demande), mais aussi de plus en plus pour des productions purement illégales (drogue en tête, souvent produite dans des labos soviétiques -hors des "heures de travail"- ou par des employés d'Etat payés ou forcés). Et la relative libéralisation par Gorbatchev a permis à nombre de ces activités de "s'officialiser" sous forme d'entreprises privées, permettant à beaucoup de ces acteurs de s'offrir en plus une croissance légale, d'acquérir des propriétés, des positions, des parts de marchés, de s'associer entre eux.... Offrant toute l'infrastructure nécessaire à cette "autre élite" pour son explosion des années 90. Bref, j'ai digressé, mais pour indiquer le niveau rapidement croissant des contradictions internes du système: l'un des rares points de pertinence d'E. Todd dans sa vie :lol: est la démographie comme indicateur. Les Soviets ne faisaient vraiment plus beaucoup d'enfants, et ce alors même que le coût de la vie était bas, la famine un lointain souvenir et l'éducation un fait bon marché: c'est généralement l'indicateur premier que quelque chose va profondément de travers et que pas grand monde n'a envie de progresser (ou plutôt pas grand monde ne voit d'issue) ou tout simplement envie de quelque chose (alors que c'est l'un des deux instincts humains de base, au niveau inconscient et essentiel). L'URSS ne pouvait continuer en l'état (trop d'inefficacités coûteuses, qui croissent à un rythme trop rapide et exponentiel et qui deviennent des contradictions pures et simples, partiellement résolues seulement par des soupapes elles aussi croissantes comme la criminalité), et le problème d'une réforme interne était qu'une fois engagée sérieusement, elle compromettait tout l'édifice puisque cet édifice, malgré tout, était cohérent et fait pour se tenir lui-même (si besoin est aux dépends de la population et du pays): tant que les réformes étaient superficielles et/ou limitées, elles ne changeaient pas fondamentalement les données du problème, mais permettaient de prolonger le statu quo un moment en l'aggravant. Les contradictions ne sont pas résolues, donc les "soupapes" du système croissent, corruption et criminalité en tête, mais il y a aussi épuisement des devises étrangères auxquelles le pays est devenu dépendant.... Notamment pour acheter du blé (qui compense les contradictions du système agricole qui n'est que trop peu et mal réformé) en masse à partir des années 80: il en faut toujours plus, donc il faut toujours plus exporter de matières premières (et espérer que leur cours mondial reste haut: le contrechoc pétrolier de 86 a du être dur à encaisser pour les Soviets, et peut à lui seul expliquer beaucoup des événéments des quelques années suivantes), donc ne pas les employer soi-même ET consacrer plus de ressources à leur extraction et transport (ressources qui ne vont pas à l'économie intérieure).... C'est une partie de ce cercle vicieux qui va en s'accroissant de façon structurelle et accélérée. Ajoutes-y que l'URSS doit non seulement entretenir son système, mais aussi jouer la soupape d'ajustement à l'échelle du bloc communiste qu'elle dirige et centralise (avec les mêmes défauts que son système économique interne): ça coûte cher, ça aggrave les problèmes. La réforme de Gorbatchev ne fait qu'accélérer le processus en le plaçant face à son pire ennemi: la vérité, l'exposition directe à ses propres contradictions qui ont atteint un niveau énorme et paralysant. L'URSS pouvait-elle donc se réformer? En tant que système, non. En tant qu'entité géopolitique? Ca revient à poser la question simple d'une évolution à la chinoise (la "réussite" -à grand prix humain- de la transition par Deng Xiaopping): de ce point de vue, oui l'URSS aurait pu atteindre le XXIème siècle, mais il se serait agi d'une apparence, vu que tout aurait changé comme en Chine et que seul le nom aurait été gardé, et sans doute évidemment le parti qui serait resté communiste de nom, avec un faux semblant d'idéologie communiste, mais une réalité "d'école d'encadrement" pour une élite de tous échelons pour le pays, une "citoyenneté ++", une aristocratie en fait. Evolution souhaitable? Pour la Russie, ça aurait sans doute amorti la transition et ça aurait peut-être permis de conserver l'intégrité territoriale de l'URSS. Mais quel atout économique aurait pu utiliser la Russie qui aurait été l'équivalent de ce que la démographie chinoise lui permettait en devenant l'usine cheap du monde? Les ressources minières auraient-elles suffi? Quoiqu'il en soit, la première nécessité aurait été de garder le contrôle effectif du pays et du parti pour une direction politique apparemment profondément divisée, ce que révèle la tentative de Putsch contre Gorby et les débuts de Poutine qui fut LE personnage clé qui n'a pas réussi une telle transition: le pouvait-il seulement? Il faudrait là une connaissance profonde des équilibres et rouages internes de l'URSS du milieu des années 80 au début des années 90 pour le savoir (et la même chose pour la Chine de Deng Xiaoping à titre de comparaison): beaucoup de choses dépendent d'une connaissance très forte de ces mécanismes, des fonctionnements et équilibres internes pour pouvoir réellement évaluer les possibilités dont disposaient la direction de l'URSS à ce moment charnière (ou si elle n'en avait pas du tout). A moins de vrais grands experts, je ne crois pas qu'aucun de nous ici puisse répondre à cette question de façon pertinente.
  10. Un char d'appui oui, un MBT (main BATTLE tank), c'est nettement plus discutable ;). Le point avancé par le général Desportes en ce domaine est de "décomposer" le char en fonctionnalités et voir celles qui sont utiles et les niveaux de performances utiles pour "composer" un nouveau char répondant aux besoins ainsi exprimés (pertinent à l'emploi, quoi), beaucoup moins cher et employable (qu'on rechignera pas à envoyer parce qu'on veut pas en perdre et/ou parce qu'il coûte bonbon à déployer), voire qu'on puisse acquérir avec un volant d'attrition conséquent. Pour lui, il faut revenir à l'essentiel du char: du feu mobile sous blindage (pas une "Formule 1" des champs de bataille fantasmés dans les années 80). En fait, comme pour le char, je me dis surtout qu'il faudrait se démerder pour en acquérir des moins chers et en armer des plus petits (en fait tout ce qu'on peut armer devrait l'être), en limitant le parc des Tigres qui constituerait le "dernier échelon" des hélicos d'attaque. La Gazelle en grand nombre devrait avoir un remplaçant pour accroître la puissance de feu dispo sans aller chercher systématiquement la "Formule 1" des hélicos qu'est le Tigre.
  11. La France a 32 milliards de francs-or de dette sur emprunt aux alliés à l'armistice (pour estimation, le PNB de 1914 est évalué à 42 milliards), qui continuent à courir et croître (on est en économie de guerre jusqu'à la mi-1919) et auxquels s'ajoutent: - les destructions dont le total est estimé à 34 milliards (et le poids sur l'économie, donc la capacité à produire que ça représente) - les pertes nettes des avoirs et placements à l'étranger (qui cessent de fait de produire des revenus et de l'activité, donc aussi de la capacité à emprunter à meilleur taux aussi bien qu'une réserve de contributions): 23 milliards sont perdus (11 saisis dans le camp adverse, 12 pour les emprunts russes) sur 45 avant guerre La dépense de guerre a représenté au total 223 milliards de francs-or sur les 6 exercices financiers dits "de guerre" de 1914 à 1919 (un budget annuel d'environs 37 milliards), dont 62% furent la dépense de guerre proprement dite. La répartition de la charge: - impôt: 16% - avances de la BdF: 12,5% - dette intérieure à court terme: 38% - dette intérieure à long terme: 12% - dette extérieure: 21,5% (soit plus de 45 milliards en emprunts et achats à crédits, artificiellement couverts par des créances représentant un peu moins de 10 milliards) Il ne faut pas voir à cet égard la dette intérieure comme différente de la dette extérieure: le remboursement doit s'opérer, toujours plus lourd, et pour une population dont l'effort contributif s'amenuise au cours de la guerre du fait de l'inflation, de la baisse massive des revenus et de l'épuisement de l'épargne (et de la capacité à épargner vu l'inflation/la création monétaire et la chute des revenus et de l'économie). Si on regarde une vision dynamique du financement à travers le conflit, on voit surtout que de fait, la part de l'emprunt étranger croît d'année en année et se substitue littéralement à l'emprunt intérieur et à l'impôt (tous les 2 en chute libre du fait de l'épuisement économique radical et de la baisse massive de la richesse individuelle et nationale) pendant l'année 17, ce qui représente d'un certain point de vue une "OPA" anglaise et surtout américaine sur l'effort de guerre français, une "mise sous tutelle" très importante. De fait en 17, la France a perdu sa capacité à financer une part réellement significative de son propre effort de guerre. Un des autres signes de cet essoufflement de la capacité de financement française est l'explosion des avances de la banque de France à partir de 1917 (recherche de compensation de l'essoufflement de l'impôt et de l'emprunt national), ce qui évidemment concourt d'autant plus et de façon accélérée au dommage fait à l'encaisse-or et surtout au crédit français. C'est tout simplement le révélateur du moment où le pays commence à perdre le contrôle de sa dépense et à ne plus pouvoir suivre. L'impact monétaire est dévastateur (surinflation, baisse massive du change), si bien que, surtout à partir de 1917, le même effort de guerre coûte tous les mois plus cher (en argent, en endettement et service de la dette, en dépendance); la dépense militaire, à "capacité acquise" égale, coûte toujours plus, de façon exponentielle, et accroît sans cesse la dépendance au soutien économique anglo-américain (qui continuera jusqu'à la fin juin 1919), aussi bien sous forme de prêts préférentiels que d'achats à crédits. Les récoltes de 1918, pour illustrer, représentent le tiers de celles de 1913 pour les céréales et 15% pour les betteraves sucrières (les 2 grandes productions). La production industrielle de 1918 représente la moitié de celle de 1913 (la métallurgie est au quart de ce niveau). Et quand on ventile les productions, on voit la chute quasi totale de tout ce qui n'est pas armement (= dépendance accrue à l'égard des anglo-américains). Et le total des productions militaires se fait quand même sur fond d'une population industrielle drastiquement limitée (1,7 millions d'ouvriers dont une partie, pour diverses raisons selon les populations -jeunes, étrangers, femmes, coloniaux-, n'a pas le niveau individuel de productivité des ouvriers d'avant guerre) et d'une production globale gravement diminuée et continuant à diminuer: l'augmentation de la productivité dans certaines productions passées au taylorisme ne doit pas masquer la baisse de production globale. Et si on se place dans une optique où il n'y a PAS de renforts américains massifs alors même que les Allemands concluent les opérations à l'est, les besoins relatifs et absolus augmentent, en matériels et plus encore en hommes (il faudrait ponctionner des hommes valides y compris dans les usines), et la dépendance aux fournitures et capitaux américains (pour dégager des hommes) s'accroît encore. Sur un plan pragmatique et "froid", les Allemands pouvaient plus "se le permettre" vu leur niveau démographique, et d'autant plus que dans ces cas, la très grande majorité des morts sont les populations les plus fragiles, personnes âgées en tête. Et il faut faire attention à ces chiffres par ailleurs: 150 000 morts de la "grippe espagnole", ça fait très peu pour une population de plus de 60 millions d'habitants, alors que la France en a eu plus de 400 000 (Empire non compris) et que sa population était pourtant beaucoup mieux nourrie et disposait d'un meilleur accès aux produits médicaux. Le fait est qu'il n'y a pas de statistiques officielles allemandes sur ce sujet, quoiqu'en dise ton article source (Wikipédia? Franchement?), et que les morts civiles non naturelles sont plus à voir comme des totaux dus à l'ensemble des privations et maladies, mais aussi aux conditions de vie en général (notamment la difficulté à se chauffer en hiver), et qu'ils concernent en très grande partie les populations âgées.... Et que si tu comparais ces chiffres globaux à leurs équivalents en France et en Angleterre (maladies, conditions de vie et de travail), tu n'aurais pas des taux très différents, et cette surmortalité concernerait les mêmes populations. Mais la propagande de guerre chez tous les belligérants a soigneusement dégagé ces chiffres. Faut donc arrêter de supposer plus que ce que des explications plus simples et replacées dans leur contexte et à des dimensions plus raisonnées, peuvent fournir.... Rappelons que la "grande canicule" que nous avons vécu il y a quelques années a "tué" (façon de voir) 15 000 personnes en deux semaines du mois d'août, dans notre pays développé et bien soigné et nourri. Loin d'être si exceptionnel, ce genre de surmortalité arrive tous les ans à cause du froid, du chaud, d'épidémies de maladies bégnines.... Ce qui les rend "exceptionnelles", c'est quand on les isole artificiellement dans les comptes et surtout qu'on leur fait un max de pub et qu'on cherche une causalité unique (qui permet bien utilement de désigner des individus ou des actions spécifiquement responsables et, comme dans le cas présenté ici, des conclusions abusives). Dans une Europe en guerre et sur une population privée de beaucoup de choses et affaiblie, mais de plus de 60 millions d'individus, ce chiffre de mortalité (qui n'est qu'en partie de la surmortalité du fait de la guerre) n'est pas si énorme, et au regard de l'effort de guerre, sachant qu'il concerne en énorme majorité des personnes âgées, il est même minime (constat uniquement fait sur critère d'analyse pragmatique: ça reste un drame humain), et il faut le comparer à ce que les pays adverses s'encaissent dans le même temps en terme de surmortalité due aux conséquences de la guerre (privations aussi, baisse du niveau de vie, conditions de vie et de travail terribles, épidémies....). Là on entre dans l'analyse et non le sensationalisme facile. La question a déjà été envisagée et c'est un des mythes: la "force noire" et autres fadaises. La contribution envoyée par les colonies a constitué pas loin d'un maximum: ce ne sont pas des citoyens, les troupes présentes dans les colonies (désormais faites en grande majorité de locaux pour envoyer les métros au front) suffisent tout juste à contrôler des populations qui ne sont pas pour beaucoup "joyeusement françaises" et certainement pas corvéables à merci pour fournir de la chair à canon. Environs 570 000 combattants (450 000 sont venus en France, le reste est resté dans les unités de "contrôle" et défense des colonies) et 200 000 travailleurs, soit une contribution réduite. Et comme le dit Loki, si on avait pu mobiliser plus, on l'aurait fait. On notera d'ailleurs que ce niveau de contribution est exceptionnel et n'a dans certains cas pu être réalisé que via un lobbying intérieur spécifique de certains politiciens locaux ambitieux et/ou idéalistes espérant gagner des droits pour leur colonie s'ils parvenaient à réunir du monde. Il est à noter que le décret de mobilisation des Africains de plus de 18 ans a été établi en 1915 et qu'il n'a pas eu grand effet. Donc non, le "réservoir infini" de l'Empire, et la "force noire" de Mangin, ce sont des jolies fadaises bien loin de toute réalité. On parlait plutôt d'un scénar sans les ricains, puisque c'est à autour de leur rôle que ces échanges ont commencé.... Et sans les ricains arrivant en masse en 1918, tout change, à commencer par les calculs, les anticipations, et en définitive les choix des décideurs (notamment dans l'affectation des ressources militaires, les efforts à consentir ou non, les risques à prendre ou non).
  12. La raison mène en partie les groupes humains.... Surtout quand le moment de parler a été précédé par 4 ans de boucherie et de désastre économique et social :-[. Ca aide à remettre les patates au fond du sac, ce genre de réalités: je le dis pas par idéalisme, je constate juste que de tels traités ont émaillé l'histoire, européenne en particulier (une telle conception de l'équilibre européen est encore alors fermement ancrée dans les mentalités de toutes les élites dirigeantes; il n'y a pas que les idéologies nationales, les "passions collectives"), ils sont arrivés, et surtout après les guerres de "fin de système" (qui sont justement les guerres "totales" dans la mesure des moyens de chaque époque). Tu trouveras ça dans la Grèce Antique, peu dans l'histoire romaine (parce que précisément Rome n'a jamais eu aucune puissance pouvant atteindre un quelconque équilibre avec elle, sauf local; en fait, on peut dire qu'à Rome, ça arrivait régulièrement DANS l'empire, avec une guerre civile entre quelques protagonistes, et une faction -pour la fin de la république- puis un empereur fort qui en émergeait et pouvait régner et le plus souvent transmettre son pouvoir à un successeur fort), et beaucoup dans l'histoire ultérieure de l'Europe: - le traité de Verdun met fin au bordel post-Louis Le Pieux, et établit un "système" post carolingien cependant trop fragile, mais qui limite les grands affrontements et surtout leur permanence dans la plupart des régions de l'espace carolingien. Manque de bol, tout n'est pas résolu (notamment la question de la course au titre impérial) et la permanence de raids de pillards à grande échelle (vikings, Maures et Hongrois) entretient beaucoup d'instabilité pour des Etats structurellement trop faibles (notamment militairement) - l'élection d'Hugues Capet remet ainsi beaucoup d'ordre dans l'espace franc occidental (même si les Capétiens doivent batailler longtemps pour émerger et prendre un ascendant), ce dont la croissance économique et démographique ultérieure témoigne, au-delà de la continuité de micro affrontements féodaux - La fin de la première guerre de cent ans, avec St Louis, établit pour un siècle un équilibre que la concentration des grandes féodalités post carolingiennes entre quelques mains (au final, essentiellement 2: Plantagenêts et Capétiens) avait détruit dans le courant du XIème siècle - ce système éclate après, et c'est la 2ème période dite de "guerre de cent ans", qui aboutit cette fois à un renforcement plus durable des Etats à travers la guerre (impôt permanent, centralisation accrue, armée permanente) et à une stabilisation durable de la situation entre France et Angleterre, non plus sur des bases féodales, mais sur des bases "proto nationales". C'est à ce moment que l'équilibre interne de l'espace français est durablement acquis, notamment parce qu'un accord durable doit avoir au moins un garant crédible, et que cette fois l'Etat moderne est né et s'affirme comme la puissance dominante en France et capable en permanence de défendre l'espace français. La guerre maintenant n'est plus que contre l'étranger, et l'espace français (du moins hors des provinces frontières) est durablement sécurisé pour plus d'un siècle, et ne sera momentanément compromis que par les guerres de religion (qui sont aussi surtout les dernières résurgences féodales), terminées par Henri IV (avec un essai de come back sous Louis XIII, qui est écrasé), et la Fronde (dernier "moment" de la féodalité). - Au niveau européen, la fin des Guerres d'Italie dépasse la fin de la guerre de Cent Ans comme définition large d'un premier système d'équilibre européen; on peut cependant discuter le fait en évoquant le conflit Guelfes-Guibelin, une guerre de "fin de système" aussi, mais géographiquement circonscrit -à la zone Allemagne/Italie du Nord-, tout comme l'était le conflit franco-anglais. La fin des guerres d'Italie est de fait le premier "système européen" depuis le traité de Verdun. Un petit siècle de paix (au sens de l'absence de conflagration majeure) sous hegemon des Habsbourgs - Nouvel équilibre après la guerre de Trente Ans avec les traités de Westphalie qui apportent en plus un début de régulation avec la définition du "droit public", premier élément de "droit international" qui servira de référent dans l'arbitrage des conflits, en plus des rapports de force. Fondamentalement, et malgré l'extrême densité de conflits dans la période ultérieure, il n'y a pas de guerre totale comme a pu l'être la guerre de Trente Ans, véritable tragédie européenne à laquelle seules les guerres de la Révolution et de l'Empire et les guerres mondiales peuvent se comparer. L'importance des conflits et des pertes pendant cette période de 1649-1659 à 1791, on a du mal à le concevoir, n'est rien en proportion (des populations, des "PIB") par rapport à la Guerre de Trente Ans (l'Europe perd un tiers de sa population, l'Allemagne la moitié). - les guerres de la révolution et de l'empire conjugent 2 dynamiques qui brisent l'équilibre: l'essoufflement du système précédent (notamment sous le poids de puissances plus agressives et importantes comme l'Angleterre et la Russie, qui déséquilibrent les rapports de force et la volonté de stabilité durement acquise) et l'irruption, via la France, de logiques nouvelles (plus abstraites et idéologiques) portées par une partie significatives des populations elles-mêmes, essentiellement ce qu'on appelle le "mouvement des nationalités" (bien plus que les "libertés" et conceptions républicaines qui varient trop d'un pays à l'autre pour être une donnée). Cependant, le Congrès de Vienne en émerge, et avec lui un ordre européen qui, malgré sa logique ancienne et traditionnelle en confrontation avec logiques nouvelles, tiendra un siècle en évitant les grandes guerres et en imposant un "système" tacitement accepté par tous. De siècle en siècle, l'Europe a forgé une "mémoire" collective pour ces traités et systèmes; c'est jamais parfait, loin de là, mais ça s'améliore, et la conscience du besoin d'équilibre est une constante désormais dans les mentaliés de toutes les parties prenantes, de même que la nécessité d'une fondation de l'ordre établi sur un rapport de force crédible ET reposant sur une acceptation (négociée) de l'intérêt de l'autre, complètement à l'opposé des idéaux abstraits et idéologiques et des fantasmes et décisions sur cartes. En ce sens, 1918 est une rupture dans l'histoire européenne: ni victoire totale, ni acceptation de l'autre. On frustre l'Allemagne à mort sans lui retirer les moyens de revenir frapper à la porte, et on "casse" l'Europe centrale (et tant qu'à faire le Moyen Orient aussi pour la bonne bouche, mais ça l'équilibre européen s'en fout) pour en faire un foyer d'instabilités et de non puissances (et les faibles sont toujours des anxieux, des agressifs et des cibles). De la pure idéologie irréaliste (peut-on incriminer Wilson en particulier? En bonne partie oui), qui apparaît dans la conduite même de la fin de la guerre: soit il fallait continuer (la paix aurait été américaine cependant), soit il fallait s'arrêter et assortir le traité de paix à la situation sur le terrain. Mais ce que j'essaie de dire (sans apparemment pouvoir m'empêcher de digresser :-X) est que ce qui fonde une paix durable est soit un écrasement total, soit la recherche d'un point d'équilibre fondé sur la réalité, ce que les Européens ont durement et longuement appris à faire et qu'ils savaient faire encore à cette époque.... Et que ce point ne s'obtient que quand on accepte que l'autre soit (et se sente) fort, en sécurité et "maître de son destin". Les diktats imposés foirent dans 95% des cas, les concessions tous azimuths ne font qu'inviter la rapacité des autres et la frustration chez soi. Pour revenir plus précisément au cas envisagé: une France apparaissant comme affaiblie (voire "dépendante") aux Anglo-Américains, et une Allemagne comme encore dominante/occupante mais aussi très touchée sont une position favorable de négociation pour la France et la stabilité européenne. Dans un tel cas, la réalité allemande est aussi un affaiblissement net du régime willhelminien et un appel généralisé des populations à la paix: ce cas de figure est celui justement qui exclue le plus le facteur des passions agressives, calmées par les 4 ans écoulés ET non réveillées par des frustrations jugées outrageantes ou des fiertés nationales atteintes (après ces 4 ans de guerre, elles sont moins chatouilleuses, celle de la France a été retrouvée dans le conflit, et ici, celle de l'Allemagne ne serait pas attaquée par la position de vaincu humilié et démembré). Qui plus est, les stabilités politiques intérieures seraient plus faciles à préserver (surtout en Autriche et en Allemagne): ça rend les dirigeants en place plus calmes pour négocier (et en même temps plus contraintes de le faire) et accepter des choses que les fièvres pré-1914 n'auraient pas accepté, ou qu'elles auraient été instrumentalisées (par les élites toujours en quête d'exutoires si possibles extérieurs) pour refuser. Comme en plus la situation post Brest Litovsk permet de "se payer sur la bête" (de même que des concessions à puiser dans les empires coloniaux, éventuellement, pour adoucir la note côté français et récupérer l'Alsace-Moselle). Et encore une fois, pour couronner la chose, la position en apparence affaiblie de la France (qui serait en réalité, malgré l'occupation du nord est, plus en forme que lors des traités de Versailles: moins perçue comme agressive, ayant moins besoin de l'être, et n'ayant pas subi les pertes des offensives d'été et d'automne) est l'élément clé, en conjonction avec une Allemagne en meilleure position, pour voir les USA (mais aussi les Anglais) la soutenir plus durablement et rechercher de ce fait une solution plus durable. Je parle de pragmatisme: tu pourrais avoir effectivement une paix armée, avec cependant une Allemagne où ne règnent pas de revanchisme important et d'ultra nationalisme frustré -hors de micro franges extrêmes-, où le régime est plus stable et la situation sécuritaire plus satisfaisante: un nationalisme cherchant la guerre, même en cas de crise économique, n'aurait pas la même capacité à atteindre la masse critique, les conditions d'émergence du nazisme -déjà quelque chose reposant à la base sur des séries de hasard et rien d'inéluctable- ne seraient pas là. Mais cette paix armée ne serait pas forcément si dangereuse ni ne se comparerait à ce qui existait avant 1914: il s'agirait en fait d'un voisinage "normal" entre puissances ni amies, ni ennemies, mais simplement rivales et concurrentes. Et le tout serait garanti par des Américains et Anglais nettement plus résolus: plus l'Allemagne montrerait des signes, éventuellement, de retour de visées guerrières (ce dont je doute, les conditions internes d'un tel retour étant grandement affaiblies), plus la garantie américaine (et anglaise) jouerait, précisément parce que c'est la France qui est perçue comme "fragile" face à une Allemagne qui aurait certes subi ses pertes, mais aurait négocié en position solide et rien perdu de fondamental (voire même gardé des trucs à l'est et/ou acquis quelques colonies). La perception allemande serait d'autant plus apaisée que leur cauchemar fondamental, la guerre sur 2 fronts (plus les risques impliqués par une Europe centrale divisée et hostile, annulés par la persistance de l'Autriche Hongrie), est pour un moment écartée par le fait soviétique (d'abord le bordel persistant en URSS, puis ensuite l'anticommunisme comme axe de gouvernement, par ailleurs partagé à l'ouest). Au pire, je verrais cette paix armée comme ce que fut la guerre froide: un point d'équilibre atteint avec comme dissuasion la leçon de la guerre industrielle totale et la définition de "camps" plus solides, et comme garde fous des régimes plus solides et moins idéologiques (surtout en Allemagne). Au pire, une telle situation aboutirait
  13. Plus j'y réfléchis, moins je pense qu'une situation telle qu'on l'évoque (pas d'armée américaine massive, donc pas de grand mouvement offensif allié, une Allemagne qui peut mieux se préserver) est ce qui justement donne plus de chances d'éviter une paix armée agressive, une simple pause avant de se refoutre sur la gueule: de façon apparemment (seulement apparemment) contradictoire, c'est ce qui donne la meilleure opportunité pour un grand "give peace a chance", non fondé sur un idéalisme béat, mais bien sur des bases pragmatiques, voire cyniques, ce qui est la base des paix de compromis fondée sur les rapports de force et une acceptation négociée et hiérarchisée des intérêts/besoins de l'autre, seule condition des paix durables (ce que Napoléon n'a jamais été capable de comprendre, et qui en faisait un très mauvais stratège), avant tout parce qu'il y a constat d'un rapport coût-bénéfice défavorable pour la guerre (durement appris) et du besoin d'un équilibre continental. Le "pacifisme" qui en découlerait serait quelque chose de nettement plus réaliste et solide, et non les fantasmes béats, vains et quelque part infantiles qu'on a vu dans les années 20 (la "pactomanie" qui culmine dans le pacte Briand-Kellog), avec leur lot de conventions et traités creux, dangereux (on ne rappellera jamais assez la connerie hypocrite de Locarno) et illusoires. Les vrais paix durables, c'est plutôt ça; ou alors c'est l'opposé total, soit la victoire absolue et totale et la domination sans appel du vainqueur, dans un rapport de force non compensable. Si les traités de Versailles avaient pu être bien faits, ils auraient abouti à une paix de compromis équilibrée et à une préservation de l'Autriche-Hongrie, ou alors à un anéantissement de l'Allemagne qui aurait du être aussi éclatée en plusieurs entités (au moins deux; comme le disait alors je ne sais plus qui, "j'aime tellement l'Allemagne que je voudrais qu'il y en ait deux" :lol:). Mais ni la situation sur le terrain ni les perceptions, intérêts et volontés des différents vainqueurs ne s'y prêtaient alors (Anglais et Américains ne veulent pas aller plus loin, les Français ne peuvent pas seuls et, à ce stade, veulent autant de garanties et d'abaissement de l'Allemagne que possible, avant tout parce que justement le conflit n'ira pas en Allemagne). Mais entre ces 2 gammes de solutions opposées, aucun compromis viable n'existe. A Versailles, il y a eu un parfait refus d'accepter la légitimité du point de vue des autres, adversaires et alliés, par chacune des parties en présence (et à ce jeu, l'Italie a été la plus niée :lol: :-[), avec un Wilson parti en délire solo sur des principes abstraits pour édicter les conditions d'un équilibre futur, fondé sur.... Rien.
  14. La spécialité qui semble la plus discutable (parce que la plus chère à maintenir et projeter, la moins probablement utile -voire même qui peut être remise en cause- et surtout celle où on n'a déjà plus de masse critique pertinente face aux scénaris de conflits envisageables, sauf à servir de supplétifs), c'est la capacité de guerre blindée/mécanisée/lourde (j'entends en tant que dispositif intégré): si on tient absolument à en garder le savoir-faire, autant essayer de faire du lobbying avec les Allemands pour réenvisager la BFA sous un angle plus "blindé-lourd" et/ou essayer de caser un tout petit bataillon interarme blindé lourd (genre maxi 2 escadrons de chars/2 CC mécas lourdes) dans une grande unité allemande, anglaise ou italienne, juste histoire de maintenir un noyau et occasionnellement d'aller agiter le drapeau européen dans du peacekeeping consensuel, histoire de. Un jour, faudra surtout qu'on prenne les choses dans le bon ordre: fusionner les armées européennes serait catastrophique, parce qu'une armée est un outil spécifiquement taillé et dimensionné selon les besoins, moyens et aspirations d'un Etat, cad d'une volonté politique appuyée sur une base politique cohérente (essentiellement un consensus politique durable et relativement stable destiné à agir selon et pour les intérêts qu'il a, sa façon de se percevoir, de les percevoir et de percevoir le monde). L'Europe n'est rien du tout de ça: si ça devait un jour advenir, il faut commencer par faire un Etat européen, quel qu'il soit, et voir quelle conception de lui-même par rapport au monde il a, quel consensus politique en émerge. Là il commencera à avoir une volonté politique fondamentale (quelles que soient les tendances partisanes au pouvoir à un moment donné), une perception cohérente, hiérarchisée et priorisée de ses intérêts, donc une politique étrangère et une vision de ce à quoi elle aspire, de là où elle veut/peut agir, donc, AU FINAL, de l'armée qu'il lui faut. Sans un processus passant dans cet ordre, on ne créera rien de durable et surtout d'utile, et le processus européen s'aliènera à coup sûr les nations qui le composent et qui ont, en attendant, des intérêts et des politiques extérieures dont ils dépendent: certains Etats ont besoin/envie d'une politique extérieure passive/non militarisée à aucun stade et d'un alignement atlantique, leurs intérêts en dépendent. D'autres ont des positions à maintenir et des ambitions, avec plus ou moins de marge de manoeuvre pour tenter de les atteindre, y compris par l'usage varié de l'outil militaire (la France et l'Angleterre sont évidemment dans ce lot). Certains Etats ne veulent, ne peuvent ou évitent de s'impliquer internationalement et ne veulent pas faire de vagues dans des régions sensibles du monde, certains refuseraient catégoriquement de se trouver de près ou de loin impliqués dans des problématiques lointaines alors que d'autres y sont par suivisme atlantique, par ambition/intérêt national, ou simplement par présence physique (France, Angleterre, Hollande et quelques autres ont des territoires outre mer, souvent dans des zones à problèmes: le Danemark entre dans ce club vu ce qui commence à se passer autour du Groenland). Et chacun défend son bifteck: c'est pas de l'égoïsme, c'est déjà difficile de mener sa propre barque, et personne n'est prêt à voir une partie de ses intérêts se faire consumer sur l'autel du "plus grand bien commun" européen. Si Tahiti ou les Malouines étaient agressivement visées par des pays tiers, combien de pays européens accepteraient le risque de ruptures diplomatiques et de confrontation politique avec non seulement ces pays tiers, mais aussi ceux qui les appuient, au risque de leurs propres échanges commerciaux et intérêts en tous genres? Et évidemment, si ça en venait là, combien de pays (institutions, dirigeants et opinions publiques) accepteraient de voir des soldats de chez eux aller se faire trouer la peau pour ça? De voir leurs investissements de défense (dont beaucoup ne conçoivent pas qu'ils servent à autre chose que la défense territoriale et au mieux du peacekeeping), leur fric, aller filer dans de tels conflits? De voir la situation internationale se tendre régionalement (ou plus ou moins) et leurs échanges en pâtir? De voir leur conception des relations internationales (héritée de l'histoire, de la nature du pays, de sa culture, de sa position géographique....) passée par pertes et profits parce que d'autres Etats dans l'Europe, plus politiquement puissants, en ont décidé autrement, ou parce que le consensus dans les instances de décision est différent? On se heurte précisément là au fait que l'Europe n'est pas une société, mais 27 sociétés; pas une conscience, mais 27 consciences nationales, pas une conception de soi et du monde, mais bien 27. Et au final, pas 27 consensus nationaux fragiles et délicats, donc 27 très complexes "pôles de décisions" d'arbitrage sur des lignes de conduite à suivre en fonction d'intérêts nationaux, mais bien 27 intérêts nationaux souvent différents. On ne créera jamais une armée européenne crédible/utile/efficace/durable en commençant par créer l'outil; c'est le meilleur moyen d'arriver à rien et de dépenser des sommes folles pour avoir un truc inutile, incohérent et bancal, résultant de compromis politiciens voués à satisfaire tout le monde, ou plutôt à ne pas mécontenter trop de monde (tout le monde aurait ses unités de prestige avec des trucs chers, les armements résulteraient d'un partage géo-économique de sites et filières de recherche et production, la répartition des bases dépendrait avant tout d'un partage politique du gâteau au prorata de la taille, des rapports de force, des coalitions en interne et de la contribution individuelle, les "doctrines" et "visions opérationnelles" seraient des prétextes marketing pour justifier tout ce qui se décide dans les compromis politiques....). C'est la toute dernière pièce à l'édifice, pas la première ni une du milieu: l'armée est une conséquence de la politique étrangère, qui est une conséquence de la volonté politique, qui est une conséquence du consensus initial, du "contrat social" et de la conscience de soi et du monde (et de soi par rapport au monde) qui va avec. Même des doctrines, types d'unités, priorisations de types de guerre à mener ou matériels à adopter pour ces visions, dépendent avant tout de ça: on ne pourra même pas standardiser de façon utile des processus, unités et matériels européens sans ça, sauf pour quelques trucs comme de "l'infanterie de peacekeeping", des sous-unités tactiques genre équipes FS (pour le contre terrorisme et quelques missions que tout le monde doit faire.... Communalité qui existe avec beaucoup d'autres pays qu'européens), certains métiers jusqu'à un échelon au final assez bas, quelques processus pour des unités données (genre les EM opérationnels, mais en fait surtout ceux de niveau corps d'armée: en-dessous, ça redevient très national, et au-dessus, c'est hyper national :lol:).... Et ça encore, c'est l'OTAN, donc une volonté politique particulière (en majorité édictée par les Américains) qui formate l'armée qu'elle veut et promeut donc les process, unités et matériels vers lesquels elle veut que les Européens tendent autant que faire se peut. Donc pas forcément une armée qui correspondrait aux intérêts, au consensus politique d'une Europe unie se concevant comme une puissance autonome. Qui plus est, l'OTAN est une volonté politique mal formée: depuis la fin de l'URSS, elle manque de buts, de cohérence, d'objectifs, donc d'une conception claire de ses visées, donc de ses besoins (donc évidemment des capacités à avoir/développer). Le seul but politique qui semble constant, c'est faire une "armée bis" pour les ricains, la seule volonté politique des ricains pour l'OTAN, c'est garder l'Europe mal unie sous contrôle. En attendant qu'une conscience européenne émerge, ayons des idées de trucs cohérents, pertinents et aussi puissants que possible pour la France, avec sa vision d'elle-même et du monde, ses intérêts propres à défendre et avancer, et sa politique à faire; ça semble déjà compliqué :lol:.
  15. Je ne suis pas convaincu pour l'Autriche Hongrie: quand tu examines de près (je crois qu'on a fait une uchronie dessus à un moment) l'histoire de cet empire à cette époque, tu vois que l'éclatement était tout sauf inéluctable, même si des changements institutionnels importants eussent pu/du avoir lieu. Les nationalismes n'étaient plus si forts, ou en tout cas leur partie organisée et agressivement militante (parfois violemment) s'était beaucoup étiolée depuis les années 1890-1900, l'intégration économique de l'ensemble était énorme, ce dont les élites nationalistes/autonomistes avaient profondément conscience, et surtout, la paix permettait de démobiliser et de reconsacrer la majeure partie de l'appareil sécuritaire, juridique et étatique au maintien de la stabilité du pays, dans des conditions (matérielles et juridiques) acceptables par la grande majorité des sujets de l'empereur. Je ne dis pas que ça se serait fait sans heurts, mais on a, surtout en France, une vision historiographique très déformée de l'Autriche Hongrie qui vient à l'origine d'une perception idéologique qui s'est retrouvée aussi bien dans les mentalités républicaines que comme substrat des manuels d'histoire, et l'une des bases de cette perception idéologique (qu'on voit notamment chez Clemenceau) est l'idée selon laquelle un Etat non fondé sur les nationalités ne peut être qu'une construction artificielle, et encore plus s'il s'agit d'une monarchie (et qu'en plus elle a eu tendance à être dans le camp opposé :lol:), évidemment un type de régime pas très en vogue dans l'inconscient républicain français de la IIIème république si idéologique et catégorique en tout. Mais quand on lit des analyses non françaises (ou même qu'on se penche sur une étude plus détaillée de cet empire et de son fonctionnement), on note à quel point il avait encore de quoi tenir, surtout s'il n'y avait pas de défaite consommée et évidemment de découpage absurde imposé par les vainqueurs en dépit de toute logique autre qu'une idéologie abstraite des nationalités issue du XIXème siècle. Cependant une paix armée amenant nécessairement vite à "faire la belle" n'est pas l'issue nécessaire: une Allemagne non "humiliée" par la défaite et restant stable, pour un bon moment rassérénée quand au risque de guerre sur deux fronts et face à une France affaiblie, avec qui plus est un empereur et un haut EM pas forcément super crédibles (et moins de griefs extrêmes pour envisager de les regarder sérieusement en face), peut vivre autrement l'après guerre. Faut pas oublier qu'on parle là d'une paix de compromis, ou au moins d'un armistice, essentiellement à la mi-1918: les Américains, dans ce cas de figure, n'ont que l'équivalent d'une armée et pas de renforts massifs en vue (pour une raison X ou Y, ils ont évité la mobilisation en grand et se sont contentés du soutien naval et économique et de l'envoi d'une petite armée), et les Allemands se sont fait très mal dans leurs grandes offensives, prêtant sans doute le flanc à des contre-offensives alliées limitées avant tout par la nécessité de préserver un réservoir humain très compté. Bref, les belligérants sont quand même épuisés après 4 ans de guerre, le nord est de la France ressemble quand même à la surface de la lune, les classes d'âge masculines "utiles" sont saignées à blanc, les traumas nationaux sont graves, les économies en lambeaux, les réserves financières à sec et tout le monde en a quand même ras le bol avec le sentiment à impact très réel qu'on a fait "tout ça pour ça" et que le jeu des affrontements guerriers massifs n'est peut être pas la meilleure des choses pour qui que ce soit. Sur le plan des sentiments qui ont de réelles traductions politiques, le revanchisme français est en bonne partie satisfait: la France n'a pas démérité, l'effort fut bon, l'honneur guerrier restauré, et pour le reste, la saignée et les ravages calment beaucoup d'ardeurs (les grands décrets et ambitions abstraites ont leurs limites). Reste évidemment la partie territoriale, et c'est là qu'une situation à ce stade peut trouver une autre issue que la guerre: un armistice peut survenir en 1918, mais il peut surtout ouvrir la voie, dans de telles conditions, à un nouveau "Congrès de Vienne", une vaste conférence de paix et de négo d'un équilibre européen sur des bases plus équitables, plus raisonnables, moins passionnées et nécessairement plus pragmatiques (on pourrait même dire cyniques, ce qui n'est pas toujours une mauvaise chose) que le diktat de Versailles qui a été trop loin ou pas assez. On l'observe souvent dans l'histoire: dès lors que les belligérants sont en position relativement équilibrées et qu'ils ont tous beaucoup payé et subi, la conscience de la nécessité du changement est d'autant plus grande qu'ils ont encore une position stratégique relativement sécurisée. C'est à mon sens dans un tel contexte qu'on pourrait obtenir de l'Allemagne un retrait volontairement consenti des territoires occupés, et même une rétrocession de l'Alsace-Moselle, vu que la conquête territoriale n'est alors pas du tout l'ambition allemande (et que ces territoires deviennent dès lors négociables). Peut-être un tel mouvement nécessiterait-il une cession territoriale coloniale de la France à l'Allemagne, c'est à voir; et le maintien de l'Autriche Hongrie (qui subirait quand même une période de fragilité au sortir de la guerre) serait une exigence allemande qui impliquerait une position plus conciliante. L'Angleterre pousserait par nature pour un tel règlement, pour peu qu'un nouvel équilibre continental soit à la clé, et le rôle des USA serait alors important comme menace sous-jacente d'une plus grande implication dans un hypothétique conflit à venir (ou une reprise des hostilités): la continuité de leur soutien serait la garantie que le camp allié a beaucoup de répondant, pour une Allemagne militariste qui s'est trouvée face à la réalité de ses faiblesses stratégiques. Le régime allemand tiendrait (peut-être au prix d'une abdication de Guillaume II et d'un sérieux renouvellement de l'EM), et le pays, ni humilié, ni déstabilisé ni abaissé serait beaucoup plus serein pour envisager la réalité sous un jour plus rationnel (fautes répétées de sa direction, mauvaises conceptions stratégiques, asphyxie économique). Et surtout, sa position forte au jour de l'armistice concourerait à la motivation autant américaine que britannique: ce serait alors encore le pays très menaçant et agressif, celui qui occupe (à l'ouest et surtout à l'est) et menace l'Europe d'hégémonie, le pays militariste et le pays qui entrave la liberté des mers et attaque la navigation à outrance. Par contraste, la France serait perçue comme l'allié obligé et le pays à défendre, le pays dont une partie (la plus utile) est meurtrie et occupée, le pays qui a bâti une armée terriblement forte mais pas assez nombreuse et qui n'a pas l'agressivité du vainqueur effrayé par sa victoire à la Pyrrhus (ce qui fut le cas à Versailles); bref, l'allié obligé pragmatiquement, qu'il faut rétablir à un niveau de puissance crédible (dont la profondeur stratégique territoriale), et l'allié obligé "sentimentalement"/dans la perception moins rationnelle des dirigeants anglo-américains, parce qu'il n'a pas de visées expansionnistes et pas les moyens de les avoir. Bref, dans de telles circonstances, la France serait plus perçue à son niveau de forces et de faiblesses réelles qu'elle ne l'a été dans le cas de l'armistice du 11 novembre et du traité de Versailles, où elle a du afficher plus d'arrogance que sa puissance ne justifiait, où elle n'a pu faire autrement qu'exiger tout ce qu'elle pouvait, où elle est (trompeusement) apparue comme la surpuissance européenne à potentialité hégémonique (comme le danger à surveiller) aux yeux d'anglo américains souvent germanophiles et recherchant (souvent sur base de mauvaises perceptions et de mauvaises solutions) un équilibre continental durable. Qu'on se rappelle comment Talleyrand à Vienne, avec strictement aucun atout dans sa manche et représentant une France au plus bas, épuisée et sans armée, a pu littéralement retourner le sens des négociations précisément par une bonne perception des rapports de force, mais aussi des volontés/aspirations des parties prenantes et évidemment par son habileté à en jouer. Dans les relations internationales, un état de faiblesse relative/momentané peut être souvent beaucoup plus profitable qu'une position de force relative; tout le monde n'est pas dans la position des USA face au Japon et à l'Allemagne en 45, ou dans celle de Rome face à Carthage, aux Gaules ou aux tribus ouest-germaniques. Justement je ne suis pas si sûr, parce que la perception anglaise et américaine de l'Allemagne et de la France aurait été radicalement différente.
  16. Oui, une paix blanche et salement armée qui ne résoud rien mais se trouve imposée par l'essoufflement des belligérants. L'Allemagne n'est pas structurellement faite pour pouvoir mener une guerre longue, la France n'a pas les réserves démographiques, et l'Angleterre balance entre d'autres critères de choix motivant ses décisions (au sein de la classe politique britannique, il y a des perceptions/analyses différentes de ce qui doit advenir sur le continent, et donc des conceptions différentes de l'intérêt britannique quand à ce qui doit être fait). Dans leur cas d'ailleurs, une paix blanche et armée serait plus dans l'intérêt de la France qui ne serait pas perçue comme menaçante et agressive, mais comme le seul garant potentiel de l'équilibre européen, celui qu'il faut appuyer (surtout avec la sortie du tableau de la Russie), analyse qui renforcerait les pro-équilibre continental francophiles/moins francophobes de beaucoup par rapport à des pro-germanistes sans arguments dans une telle situation. L'Angleterre ne démobiliserait pas autant son armée de terre, voire garderait un dispositif en France (ne serait-ce que des prépositionnements) qu'elle pourrait aller jusqu'à assortir d'une garantie permanente. Evidemment, du coup, le risque de semi-satellisation par l'Angleterre est important, la France en étant très dépendante.
  17. Quelqu'un peut m'expliquer comment on évalue la "puissance" pour décréter de telles choses, et évidemment encore plus décréter ce que sera un pays (et le monde, fait de pays qui interagissent entre eux, réagissent face à ce que font les autres....) dans 60 ans? Le PIB est une mesure reflétant une très relative part de réalité, le niveau de consensus social et la stabilité d'un pays en général (condition essentielle pour un pays "puissant" au sens où il a des ressources, moyens, efforts, masses de personnels -militaires entre autres-.... Et de "l'attention" à consacrer/envoyer à l'étranger d'une part, mais surtout à un effort vaste et d'ampleur globale multi-secteurs, et pas juste des partenaires/prospects pour quelques questions spécifiques comme le commerce, et/ou pas juste dans son "étranger proche") n'ont pas réellement d'indicateur quantifiable alors qu'elle conditionne fortement la puissance, l'impact de réseaux de bases, implantations, relations (dans tous les domaines) et positions acquises (commerciales, économiques, humaines, militaires, politiques, organisations internationales et rôle qu'on y a....) ne peut être évalué en terme de multiplication de puissance (y compris militaire: "l'empire" américain en ce sens de l'empreinte au sol est un énorme multiplicateur de capacité d'action, donc de crédibilité et de poids), le rôdage du fonctionnement "impérial" d'une grande puissance est une dynamique et un état des choses et des mentalités qui joue son rôle, la perception extérieure aussi (qui est perçu comme "trop agressif", ou "dangereux" que ce soit vrai ou non....), l'impact culturel et ce qu'on résume souvent simplement comme le "soft power" n'a aucun début de mesure pertinente possible, la capacité à influer (et plus spécifiquement agir sur des processus de décision) sur des marchés, des régions du monde, des zones clés ou des pays spécifiques est inévaluable et n'est que partiellement liée au niveau de richesse dans l'absolu (plus à la capacité -moyens, positions acquises, image et savoirs-faires- à concentrer des ressource au bon moment au bon endroit), la capacité à coaliser de façon certaine (autant que faire se peut) d'autres pays (pour brailler publiquement, pour peser politiquement dans un sens, pour agir concrètement et dépenser du "capital politique" -ce qui inclue de l'action militaire-) pour influer sur "la marche du monde" et des affaires en général et/ou dans un endroit donné.... La "puissance" est quelque chose de bien trop indéfini, non mesurable et fluctuant pour être évaluée: le PIB chinois ou indien pourrait excéder de beaucoup le PIB américain dans X années, ça ne voudrait pas nécessairement dire que ces pays sont plus puissants que les USA, voire même sont dans la même catégorie en tant qu'acteur global. Du coup, le terme "devant" les USA ne veut rien dire, pas même au seul sens du PIB/de l'économie, qui peut refléter des réalités extrêmement variées. Et évidemment, rien de cela ne prend en compte les évolutions sur 60 ans: la concurrence pour des ressources rares et les impasses de développement qui attendent Inde et Chine dans le modèle économique actuel (combien de planètes nécessaires?), les énormes problèmes qui guettent en Chine surtout (vieillissement, absence de retraites, poids des anciennes générations sur les actifs et déséquilibre des populations masculine et féminine pour la démographie, pollution massive, problèmes de santé en général, corruption et capacité de réforme interne, déséquilibres des richesses dans la société et sur le territoire, instabilité intérieure....), la réaction des autres acteurs mondiaux face aux puissances montantes et potentiellement dominantes/agressives (simple comparaison: la France louis-quatorzienne à l'ascension apparemment inévitable qui se trouve contrée par des coalitions de puissances d'abord plus petites, Hollande en tête, pour aboutir à un autre équilibre européen qui ne fut pas vraiment celui que visait Louis XIV)....
  18. Je comprends mal le sens de ta question: tu parles d'une fourniture d'un "corps franco britannique" quand il s'agit d'aller assister les ricains (et que comme en Afghanistan, même si c'est pas fondamentalement dans notre intérêt ou si on a rien à en retirer, on peut pas faire autrement parce que c'est les patrons et c'est comme ça)? Ou d'une force de projection franco-britannique dans l'absolu?
  19. Juste un détail.... Pour rémunérer l'emprunt national, tu prends l'argent où? Sur les impôts venant d'une économie mobilisée à plein pour la guerre et qui n'a eu qu'un PIB en chute libre depuis la mobilisation? L'inflation ne paie pas la réalité d'un conflit. Faut vraiment lire une histoire économique de la guerre: la France n'a pas pu supporter financièrement l'effort de guerre (et de beaucoup), c'est aussi con que ça, et si ça avait été le cas, les Américains n'auraient pas eu de poids lors des négociations de paix. Les ordres de grandeur sont astronomiques, les "compensations" en propre de la France, que tu mentionnes, ne le sont pas. L'aide économique américaine dans l'effort de guerre de 14-18, c'est beaucoup plus que le plan Marshall qui n'a pas représenté des sommes faramineuses, juste le bon coup de pouce au bon moment, qui plus est nécessaire aux Américains qui auraient sinon encaissé de plein fouet une crise massive de reconversion économique après guerre. La main d'oeuvre coloniale n'a pas représenté le quart de l'effectif mobilisé à tout instant, ni n'a eu la même productivité (pas plus que les femmes qui faisaient ce qu'elles pouvaient aux champs): avant guerre existait un équilibre économique donné et la ponction des hommes valides pour le front et toutes les fonctions militaires et paramilitaires l'a complètement bouleversé. Il n'a pas été compensé, et de très loin. Et encore moins après 4 ans de mobilisation et d'épuisement des réserves financières et des capacités d'endettement "normales". 9 millions d'hommes mobilisés en 4 ans sur une population de 40 millions (à tendance vieillissante et faible natalité structurelle et encore amoindrie par la mobilisation) dont il faut retrancher les "inactifs" (personnes âgées et moins de 14-16 ans), et la plus faible capacité productive des actifs restant (femmes devant aller aux champs en plus de leurs tâches habituelles....), c'est une ponction nette et massive (même quasi totale avant le début 1915) qui n'a jamais été compensée même à moitié. Et ce face à une Allemagne beaucoup plus peuplée et disposant de ressources propres (elle dépend peu de ses importations pour l'essentiel de l'effort de guerre, malgré tous les problèmes que cela cause et l'imperfection des ersatz industriels là où il y en a). C'est pas une opinion, c'est un fait, et ces choses sont sans nuance et chiffrées: oui l'Allemagne souffre, mais elle a de quoi tenir (la bouffe ne cesse pas de pousser, les ressources minières de l'Allemagne n'ont pas à être importées comme en France, et l'Allemagne n'a alors pas un grand besoin de pétrole même si la faible motorisation que cela reflète pose ses propres problèmes) si l'affrontement n'est que contre les anglais et français à l'ouest, et ceux-ci n'ont pas de quoi percer et s'enfoncer en Allemagne. Rêver à "l'effondrement" spontané de l'Allemagne dans de telles circonstances où les Alliés n'ont pas les réserves américaines (et ne peuvent donc s'offrir le choix d'attaquer) est une utopie. au mieux il y aurait une paix de positions à déterminer, voire une paix blanche. Les chars d'alors ne percent pas: ils aident aux avances d'attrition en de multiples points du front et s'épuisent très vite (Loki mentionne les 3 jours: c'est la durée moyenne pour ceux qui ne sont pas mis hors de combat purement et simplement) en tant que ressource (voir les effectifs en ligne à l'armistice: il n'y a quasiment plus rien de disponible en quantités significatives avant un bon bout de temps). Les Allemands ont encore une énorme artillerie lourde, moins mobile que celles des alliés mais très nombreuse, très efficace et capable d'infliger des pertes massives aux armées qui avancent. Les grandes offensives allemandes de 1918 sont précisément décidées PARCE QUE les Américains sont en train d'arriver et L'EM allemand voit l'unique fenêtre d'opportunité dont il disposera avant juillet-août, période à laquelle la supériorité numérique sera perdue via la montée en puissance des unités américaines; c'est au final de la simple arithmétique qui motive ces attaques comme option stratégique. Si les Américains n'envoient pas de corps expéditionnaire, ou juste l'équivalent d'une armée, les Allemands ont plus de temps et d'options. Sans les Américains, les franco-anglais n'attaquent pas (qu'a dit l'autre moustachu galonné? "J'attends les Américains et les chars"). Si on parle d'une guerre sans présence militaire américaine significative, il n'y a pas de victoire décisive possible: les effectifs sont largement insuffisants, les avances trop coûteuses pour ne pas épuiser les armées franco-anglaises radicalement avant le Rhin, les perspectives allemandes sont meilleures et donc Berlin peut envisager de maintenir la volonté de poursuivre pour négocier une paix de compromis.
  20. Une division coûterait beaucoup trop cher dans l'absolu et surtout en ce qu'elle imposerait de limiter ailleurs, surtout pour des probabilités d'emploi faibles. Ce que je voulais souligner par ce sujet est qu'on est au stade où on n'a plus les moyens de couvrir ce spectre "complet", sauf à se vouloir exclusivement un fournisseur de supplétifs pour les ricains (une brigade de ceci par là, une brigade de cela par ici....). Même une division à 2 grosses brigades blindées (ce qu'on a actuellement), ça pèse quoi en cas d'emploi par la France seule ou avec un allié de poids équivalent (tout pour ne pas dire les Brits :lol:)? Plus grand chose comme outil d'une puissance autonome, et quelque chose de très cher pour être une "puissance d'appoint" des ricains: l'essentiel du benef va aux ricains, et c'est payer de fait pour leur guerre. La plupart des adversaires (étatiques) contre qui une DB pourrait encore peser, peuvent se faire plier par autre chose de plus nombreux et moins cher: le plus grand tueur de chars/blindés n'est plus le char, mais l'hélico (et on va dire la combinaison des moyens d'information et de feux), et c'est à cet égard que la RMA américaine (à base de forces médianes, bulle informationnelle, battlenet et coordination des appuis) conserve de la pertinence. Pour les adversaires étatiques les plus méchants/grands, on ne pèse pas grand chose contre eux en terme de forces terrestres projetables, ce qui nous replace dans l'optique de supplétifs, ce pourquoi je ne vois pas l'intérêt français de financier des unités lourdes et chères qui resteront très minoritaires dans la coalition américaine (les ricains pesant seuls beaucoup trop lourd dans la plupart des scénaris) et donc ne rapporteront pas une parole déterminante à la France. Contre ces adversaires, on est hors jeu, sauf à entrer dans le jeu nucléaire et/ou à disposer (ça c'est important) d'une capacité de frappe aérienne et navale propre à pouvoir faire du mal (pas vaincre, pas dicter absolument la conduite de l'Etat ciblé, mais à avoir du répondant dissuasif/crédible). 1 DB ne change rien à l'affaire. Et ces conflits ne sont pas les plus probables: les guerres bâtardes, l'appui à des forces alliées dans des guerres "hybrides", le contrôle de zone, le peacemaking/nationbuilding (ou region building) et la présence dans des coalitions requièrent d'autres forces, et surtout des effectifs, de même que la "maritimisation" de nos intérêts peut appeler à être capables d'intervenir en beaucoup de points très éloignés. On ne peut pas se comparer aux USA: eux peuvent se payer un USMC à 120-140 000h (d'unités de projection) ET une Army à 40-50 brigades de combat pros (plus une bonne trentaine de la National Guard et évidemment l'ensemble des unités de soutien et appuis, pros, reserve et NG), la France non. Avec un corps de bataille limité (scénario de cette "amputation") à 35-40 000h pour les grandes unités de combat et un besoin (une ambition?) à pouvoir intervenir efficacement à longue distance, la France est de fait forcée de prioriser et ne peut plus couvrir "tout le spectre": si elle le fait en terme de variété des unités, le volume efficace de chaque "spécialité" est hors de portée, sauf à vouloir se payer à toute force le Soudan ou le Liban (et encore). Ca peut faire mal à l'orgueil national, mais c'est comme ça. Je préfère encore un "corps de marines" à 40 000 combattants qui, avec les unités de soutien restantes (aussi amputées en proportion de la "ponction" de 2 brigades interarmes), peut faire l'équivalent de 2 MEF américaines (60-65 000h environs en enlevant les "air element") mais ne peut pas couvrir tout le spectre des opérations terrestres (mais cependant garder, via la RMA et une bonne intégration interarmée, une capacité à frapper aussi de la force blindée dans beaucoup de cas), plutôt que d'avoir un peu de tout et d'être un supplétif stratégique des américains juste un peu plus nombreux et un peu plus capable que la Hollande ou le Danemark (ou les 2 réunis si on veut). Les Américains pèsent trop lourd dans toute coalition pour qu'une DB nous y donne plus la parole: regarde ce que les angliches ont foutu en Irak ET en Afghanistan au plus fort simultané de ces 2 guerres, et ce qu'ils en ont retiré à part des plaies et des bosses. A supposer que "l'amputation" représente 2 brigades plus une proportion des soutiens-appuis afférents, soit quelque chose comme 15-18 000h (sur quoi? 85 000 projetables aujourd'hui?), on commence vraiment à réfléchir sur une AdT projetable se situant quelque part entre 65 et 70 000h, dont 40 000 ou moins dans les brigades interarmes: ça fait pas lourd, et personnellement, je préfère les avoir tous pour couvrir un spectre donné (plus limité, c'est inévitable) que "sectionner" encore ce total réduit en spécialités. Du coup, je préfère limiter au maximum le Leclerc à un petit nombre de pelotons et escadrons d'appui, à défaut de pouvoir tous les ferrailler et d'avoir rapidement un char adapté à l'appui et beaucoup moins cher (mais qui sera l'étape suivante); et pareil pour le reste des matos qui deviennent à cet effet ce qu'on utilise pour la transition avant d'avoir un nouveau modèle d'armée qui appellera de nouveaux matos, le tout en gardant le facteur quantité à
  21. C'est pas "psychologiquement" ou un petit boost pour le moral (quoique la présence des Américains a eu un impact énorme et souvent évoqué sur les combattants ET sur l'arrière), je parle de stratégie et de volonté de poursuivre au plus haut niveau décisionnel allemand, soit les CHOIX que les décideurs font de façon analytique et relativement rationnelle. 2-3 millions de réserves américaines = "pas la peine de trop chercher, on doit sans arrêt réduire le nombre de divisions, les réserves démographiques se réduisent et on a un nombre de réfractaires en croissance exponentielle". Pas de troupes américaines, ou quelques centaines de milliers au plus = "on a la supériorité numérique garantie pour aujourd'hui, demain et après-demain, donc on continue et on nique les franco-anglais ou on établit une ligne d'armistice qui coupe la France en 2. C'est CA la réalité de la présence américaine, pas le nombre de combattants effectivement au front à un moment M pour un combat ou une bataille donnée. Et c'est CA qui a des conséquences radicales en matière de changement de cours de la guerre: tu as de quoi la poursuivre avec un avantage certain ou tu ne l'as pas. Et du côté allié, si ces réserves virtuellement innombrables ne sont pas là, on ne déclenche pas les offensives à partir d'août, c'est aussi con que ça, parce qu'on n'a pas les effectifs pour "se les payer", on ne peut pas s'offrir le coût humain qu'elles imposeront: sans ces réserves, une offensive devient un coup de poker beaucoup trop hasardeux et aux bénéfices prévisibles (dans le meilleur des cas) beaucoup trop faibles dans l'absolu et au regard de l'investissement consenti. Et tout ça est payé par qui? L'Oncle Sam en grande majorité. Les matériaux sont fournis par qui? Les produits semi finis? La majorité des fournitures, biens et marchandises autres que l'armement, genre la bouffe (produits bruts, produits traités, et surtout produits conditionnés et de longue conservation), les textiles, les aciers et autres matériaux bruts ou traités, les câbles de téléphone (si capitaux dans la guerre moderne et les infrastructures de front).... Ce à quoi il faut ajouter le tonnage de transport, la protection des convois.... Guerre totale et industrielle = l'effort économique, industriel et financier sur TOUS les plans est plus que capital. Pour que les hommes (et femmes) que la France n'envoie pas au front (une petite proportion tant les besoins sont grands et les réserves faibles) puissent se consacrer exclusivement aux industries d'armement terrestres et aériens, le reste de la production industrielle et agricole (à l'époque encore hyper demandeuse en main d'oeuvre humaine) en prend un GRAND coup, genre réduction extrême, et pourtant ni les armées ni la population n'ont eu faim, n'ont eu froid, n'ont cessé d'être un pays uni à infrastructure fonctionnelle, les armées ont continué à être habillées, équipées (hors armement) et soutenues à des coups abordables, les appros n'ont jamais cessé d'arriver en quantités croissantes et de façon sécurisée dans les convois atlantiques. Tout ça représente un effort industriel, économique et financier sans précédent, du jamais vu et même pas imaginable à l'époque: qui a payé, qui a prêté à taux préférentiel et sans grande garantie (pour rappel, une institution financière ne prête pas à un pays en guerre à moins qu'il soit sûr de vaincre et/ou à un taux exorbitant), qui en a fourni une énorme partie? L'argent est le nerf de la guerre, les productions industrielles et agricoles dans leur ensemble (et pas juste l'armement) sont le muscle de la guerre industrielle et la clé ultime de la victoire dans un affrontement long où le KO miraculeux d'un affrontement ponctuel est peu probable sinon même un fantasme (la leçon cruelle de cette guerre). La capacité industrielle française en 14-18 s'est graduellement concentrée sur l'armement, devenant complètement dépendante pour.... Tout le reste. De même pour l'agriculture privée de l'essentiel de ses bras. La nature ayant horreur du vide et les besoins d'un pays en guerre et de son armée étant immenses, il a bien fallu que ce vide gigantesque soit comblé pour que l'effort de guerre continue. Et il a fallu payer pour ces choses, rien n'étant gratuit. Les ricains ont certes mitraillé en partie français, tanké français, canonné français et avionné français (quoiqu'une partie était produite sous licence aux US, et beaucoup de munitions venaient des US), mais ils ont PAYE ça et donné et prêté (dans des conditions où normalement on ne prête pas, ou alors beaucoup moins et pour beaucoup plus cher) pour que les Français puissent fabriquer ces trucs et se les payer aussi pour eux-mêmes. Ca c'est du rôle déterminant et qui a changé le cours de la guerre. Et les Anglais aussi, et les Français sont pas loin derrière: les armées de cette époque précise sont gourmandes en personnels administratifs, de soutien.... Les EM et transmissions mobilisent du monde.... Et il faut aussi compter le fait que, leçons de 17 obligent, les troupes combattantes ne sont qu'en proportion relativement réduite au front ensembles: les rotations sont augmentées, autant pour accroître les réserves "centrales" (et de groupes d'armées) dispo (qu'on peut plus aisément faire bouger sur le front au fur et à mesure que la motorisation des armées s'accroît) que pour diminuer le temps moyen passé au front, fait nécessaire pour maintenir le moral, la "battle readiness", la forme générale et la solidité des unités. Et malgré tout cela, beaucoup d'unités françaises et anglaises en octobre sont en sous-effectif, signe de l'épuisement démographique des classes d'âge disponibles (face à une Allemagne beaucoup plus peuplée: 65 millions d'habitants en 14 contre une France à 40, et qui plus est une population structurellement beaucoup plus jeune, donc avec beaucoup plus de combattants potentiels par tranche de 100 000 habitants). Les Ricains qui arrivent viennent d'un réservoir inépuisable à l'échelle des belligérants à ce moment, et dans une population encore complètement épargnée par la guerre, et ils viennent dans des divisions de 25 000h (contre les divisions à 12-13 000h réels des franco-anglais), donc des unités qui, une fois la préparation et l'organisation en grand mises au point (fin été 18) sont des unités nécessairement à plus forte résilience.
  22. Les USA à la fin de l'été 18, c'est 2 millions d'hommes en France, et sur le front, il faut plutôt en voir 300 000 en unités organisées (sans compter ceux déjà tombés ou blessés); au rythme où ils arrivaient, ils auraient été dominants dans l'armée alliée début 1919 si ça avait continué, et c'était ça l'élément le plus déterminant stratégiquement. La guerre se calcule sur les anticipations et sur ce que l'adversaire (et soi-même évidemment) peut encore vous balancer APRES un combat (la réserve immédiatement disponible, et celle disponible à quelques semaines/mois), et c'est ça qui refilait le plus les chocottes aux Allemands en plus de leurs propres problèmes (ressources, massification des cas d'indiscipline ou de refus de partir au front, nombre d'unités très ou trop affaiblies) et cassait le moral d'une partie de la troupe. Sans cet élément (la simple présence des Américains en masse), les Allemands pouvaient se ressaisir, redonner un horizon/espoir à la troupe et rétablir un front vu qu'ils restaient numériquement (et démographiquement) supérieurs aux Franco-Anglais. Le fait qu'ils n'aient joué qu'un rôle mineur dans les combats qui ont eu lieu ne change pas grand-chose à l'affaire: sans la réserve américaine, les franco-anglais n'auraient pu continuer à ce rythme, et on peut même discuter du fait qu'ils n'auraient pas lancé les grandes offensives d'août-septembre, ou les auraient réduit et/ou arrêté plus tôt vu leur coût humain (une avance à 1 million de pertes, quand on a aussi peu de réserves qu'à ce moment, on décide pas ça à la légère: avoir les ricains derrière change tout). Par ailleurs, l'autre rôle stratégique des ricains, encore plus déterminant, fut économique et industriel. Impossible de se passer d'eux sur ce plan. Avec cette importance, si jamais une offensive de Lorraine avait été sérieusement envisagée, c'était garantir un prolongement de la guerre après une période de recul allemand important (et un ressaisissement prévisible, au moins temporaire, face à une invasion du territoire national et une menace concrète) et de pause alliée nécessaire vu le coût anticipé. Et à ce moment, les Américains auraient représenté la majorité des troupes alliées à l'ouest et de fait auraient décidé du quand, du comment et du pourquoi de la paix, encore plus que ce qui s'est passé, de manière nettement plus unilatérale, avec une France et une Angleterre nettement moins "lourdes" dans l'alliance.
  23. J'ai du mal à tout piger, j'avoue :-X.... Vais prendre le temps de digérer. Un premier point sur cette partie de ce que tu mentionnes, c'est que les unités auxquelles tu fais référence sont pas les soldats lambda; les marines de ces compagnies de coordination des feux, c'est du lourd lourd question sélection, expérience, âge moyen et formation, avec un taux d'encadrement nettement plus élevé qu'ailleurs en officiers (et pas les plus manchots) et sous-officiers, un peu comme les FS et autres unités spécialisées "haut du panier". Comme partout ailleurs, il faut un réservoir d'unités "de base" (ça veut pas dire mauvaises, et ça veut pas dire qu'il faut pas faire croître les profils et l'investissement par tête de pipe) pour pouvoir sélectionner et alimenter ces petites unités "haut du panier" (faut bien qu'il y ait un panier plein pour qu'il y ait un haut :lol:), et toutes les unités ne peuvent bénéficier d'un investissement aussi dense en moyens, en formation, en qualité moyenne des personnels, en niveau de sollicitation.... Ensuite, on ne peut sous-estimer, à mon sens, les bénéfices de l'interarme organique, qui peut être compensé dans les faits par la réunion physique permanente d'unités spécialisées sur des garnisons communes et/ou un niveau très élevé de pratique et d'exercices en commun: ce sont des voies différentes pour un même objectif, à savoir avoir les gars des différentes spécialités dont la norme d'entraînement (ou une des normes) est de bosser ensemble si souvent qu'ils voient ça comme la chose normale et le font sans même y penser, ce qui amène à démolir bien des barrières invisibles (mais sacrément réelles), à accélérer les mécanismes de fonctionnement et le tempo d'exécution (ce qui fait partie de ce genre de trucs difficiles à quantifier mais très concrets à constater en opérations), à s'organiser en fonction de cette réalité, à casser des mentalités de chapelles (ou à les diminuer).... Et avec le temps, à repenser l'organisation des unités permanentes. Et le point de ce fonctionnement est de trouver le niveau, l'échelon acceptable en-deçà duquel la chose doit être organique et au-delà duquel elle doit rester "souple" pour pouvoir former des task forces modulaires/lego/plug and play adaptées à une tâche précise. Je prends souvent l'exemple de la légion romaine pour ça: la légion impériale type a la cohorte comme unité de base, faite de 6 centuries. Mais dans la légion, on trouve des cohortes de bleus ou de soldats pas encore assez expérimentés qui ne peuvent être aussi polyvalentes/efficaces que les autres, des cohortes de "bons" soldats et des cohortes de vétérans, et la place de chacune dans l'ordre de bataille type de la légion reflète ce fait, sachant qu'on ne peut avoir une légion entièrement modulable indifféremment de la nature de cohortes par ailleurs en apparence homogènes et identiques. La légion peut adopter d'autres ordres de bataille, mais tous reflèteront cette hiérarchisation des capacités, de la fiabilité, des besoins.... Sauf si c'est franchement la merde et qu'on ne peut faire autrement qu'employer les cohortes comme on peut (généralement, c'est mauvais signe). Il existe en outre à partir du Ier siècle une 1ère cohorte différente: c'est l'élite absolue des vétérans. Et le fait est que sa structure reflète la différence des personnels, des sous-offs et des centurions qui l'encadrent: chaque centurie est à double taille, il y en a 5, pour un total de 800 troupiers environs (contre 480 dans les 9 autres cohortes). De fait, le taux d'encadrement est moindre que dans les autres (5 centurions et 5 optios pour 800h contre 6 et 6 pour 480h, moins de sous-offs, 2 fois plus de groupes de combat de 8h), les sous-unités de base sont 2 fois plus fournies, et pourtant il s'agit de l'unité la plus efficace de très loin, et vraiment pas qu'à cause de son effectif supérieur, et elle on peut l'employer nettement plus spontanément comme task force détachée et autonome, et/ou dans des fonctions, mouvements et situations beaucoup plus variées que les autres cohortes, et/ou en association rapide et sans préavis avec d'autres unités là où la plupart des autres cohortes (sauf peut-être les 2 ou 3 autres meilleures) ne peuvent réellement être séparées pour la bataille ni être placées indifféremment dans un lego inventé au dernier moment pour une tâche, ou encore être employées facilement avec des unités d'une autre légion (ou même d'autres cohortes auxilliaires que celles qui accompagnent la légion). Le tout dans une armée où la carrière type fait au minimum 16 ans puis 20 ans (puis 25 plus tard, dont les 4-5 dernières années dans des jobs moins exposés): la 1ère cohorte concentre BEAUCOUP d'expérience Je sais pas si l'exemple parle à quelqu'un d'autre qu'à moi :lol:, mais c'est un peu l'idée de ce que j'essaie de définir sur l'emploi des unités et sous-unités et leur structuration en une hiérarchie d'organisations: oui il faut la possibilité d'agencer souplement des task forces adaptées pour une OPEX ou pendant une OPEX, mais il faut aussi un ou plusieurs échelons standards nécessairement "interarmes" (il faudrait en fait définir les "niveaux/échelons" interarmes: autour d'une section, d'une compagnie ou d'un bataillon, la variété des spécialités et "puissances de feu" ou capacité s'accroît nécessairement). Quels sont-ils? C'est un peu l'idée de ce qu'il faut fouiller, mais je crois tous les jours un peu moins aux prétentions de "modularité absolue" et de "legos adaptés à chaque mission" dont l'EMAT nous rebat les oreilles depuis longtemps. Un facteur limitant ma critique serait le niveau de préparation, de formation (de sélection aussi, et des critères d'exigence qui vont avec) et d'entraînement en général des unités: plus l'expérience et la préparation à tous les échelons tactiques (mais aussi ceux des EM de tous niveaux spécifiquement), moins l'organique permanent est une condition absolue, du moins à bas échelon (compagnie ou bataillon), ce que montrent les Marines avec leur degré de disponibilité et leur niveau d'entraînement et de manoeuvre, facilités toutefois par la proximité géographique, mais aussi évidemment par des moyens élevés pour l'entraînement, et la mentalité commune des personnels, façonnée par une doctrine claire centrée sur le fait d'une "armée d'infanterie où tout est au service de la manoeuvre d'infanterie. C'est pourquoi toute armée, à toute époque, définit un échelon essentiel, un pion tactique "de base" à partir duquel on dimensionne (moyens humains et matériels, organisations) et réfléchit: on peut pas faire le lego absolu, et l'organique à très bas niveau est trop cher et sans doute overkill. L'AdT en a t-elle seulement un aujourd'hui? Elle a un échelon de garnison et de formation (d'ailleurs pas très bien ficelé, merci les bases de défense), grosso merdo la brigade interarme, mais il n'est plus un pion tactique et n'a pas une réalité très forte sur le plan pratique. Et les GTIA/battlegroups sont des formations ad hoc qu'on assemble et prépare en catastrophe en vampirisant une partie de ce qui ne s'opexe pas (et/ou paralysant son activité) et qu'on débande au retour, cassant une bonne partie de la "mémoire institutionnelle" et des dynamiques de travail (intra et inter-équipes, horizontalement et verticalement) qu'il a pu créer en opérations (c'est ce que critique fortement Goya). Si on voulait les définir comme un pion tactique de base, d'ailleurs, on leur trouverait un vrai nom et pas un acronyme pourri et impersonnel dans la grande tradition bureaucratique de l'AdT :lol:(perso, j'aime bien battlegroup, mais s'il fallait franciser, c'est cet échelon que j'appellerais "brigade", à confier à un "colonel + +" temporairement distingué). Ceci dit, le modèle que tu proposes au final, en termes de brigades et "demi brigades", au final, je le critiquerais personnellement en ce qu'il réduit la voilure globale en effectifs (et tronçonne littéralement l'infanterie qui est ZE truc à sauver selon moi), afin de garder l'ensemble des capacités du spectre en petites quantités, soit "l'armée d'échantillons" à laquelle personnellement je crois qu'il faut vraiment renoncer (surtout la composante de grandes unités de manoeuvre blindés-mécas spécifiques, vu leur coût de MCO rapporté à leur utilité/probabilités d'emploi): à quoi sert un "poing blindé" en doses homéopathiques?
  24. J'avoue que j'en sais rien: il y en a peut-être, sûrement même, mais j'en ai pas trouvé de "visibles", ou suffisamment qui constituent une "école" de pensée. Pour les guerres napoléoniennes, c'est aussi assez peu structuré, même si on peut dire qu'ici et là, le "ton" général des parutions tend à être moins cocardier et plus analytique. Même chose pour la guerre de Cent Ans: il y a pas mal d'historiens qui ont accompagné Anne Curry et sa révision assez drastique des batailles notables, Azincourt en tête, mais aussi pas mal qui ont constitué une "opposition" (pas forcément motivée en soi par un "complot jingoiste" protégeant les mythes sacrés :lol:).... Mais c'est comme dans toute chose, surtout dans les sciences: quand un nouveau propos émerge, il est tout seul et peu remarqué, quand ensuite il trouve des partenaires, il se heurte à une phase massive de déni par le consensus ambiant.... Ensuite, il y a débat un peu sérieux, et si la "thèse" prend, tout le monde dit qu'il n'a jamais pensé autrement et qu'il fut un ardent partisan de la dite thèse depuis le début :lol: (sur les changements climatiques, on a constaté le même processus, assez archétypique :lol:). Ce que Keegan a apporté est unique et même "révolutionnaire" en soi dans ce petit monde de l'histoire militaire, et il ne devra jamais être mésestimé pour ça, il ne sera jamais assez admiré pour ça: il a trouvé un angle de vue pertinent, non seulement émotionnellement (pour "l'appeal" au lecteur aussi bien que comme facteur analytique pertinent et très négligé jusqu'alors), celui de l'individu-soldat pour "regarder" l'histoire de la guerre et des batailles, bien plus que les innombrables bouquins de souvenirs de bataille individuels. Le premier bouquin spécifiquement d'histoire militaire que j'ai lu (au-delà de trucs très généralistes et pas uniquement techniques -navires de guerres anciens, biographies de soldats ou histoires d'une guerre en particulier-) fut son Histoire de la guerre (il y a 17 ans déjà :'() et quoiqu'on puisse y critiquer ou quelques soient les bémols, indignations et corrections qu'on puisse y apposer (et beaucoup seront amplement justifiés), j'ai adoré ce bouquin qui m'a fait réfléchir spécifiquement sur le sujet pour la première fois. Mais Keegan évidemment était un historien général d'abord et un Anglais en plus :lol:, et la tactique, le niveau opérationnel de la guerre, la science des organisations humaines, ou encore la dynamique de ces organisations (et de leurs chaînes hiérarchiques et de sous-organisations) quand elles sont confrontées n'étaient pas ses meilleurs points forts, tout comme sa façon de passer très vite sur la réalité des dynamiques des groupes en bataille, sur les choix opératifs-tactiques et leur portée/impact immédiat (le plus grand multiplicateur de puissance de combat), sur la variété des cultures d'entraînement: le drill, le système régimentaire britannique, la culture socio-hiérarchique rigide et la pure spécialisation comme le cloisonnement organisationnel sont pour lui l'alpha et l'omega "rationnels" de l'efficacité militaire.... Ce qui place, en plus du "bonus naturel de supériorité" perceptible, dans ses écrits, de tout sujet de sa majesté :lol:, le guerrier royaume-unien au sommet du monde :-[. On pourrait presque dire que ses problèmes physiques (qui l'ont empêché d'avoir une carrière militaire) et son adulation sans réserve pour les cercles d'officiers qu'il fréquentait et dont il était une sorte de "membre honoraire" lui ont donné une mentalité de fanboy, éternel invité du "club" sans jamais pouvoir en être membre, et perdant de ce fait une certaine marge d'objectivité sur bien des aspects: il embrassait la mentalité avec la foi des fans, mais bion, je vais éviter la psychologie de comptoir et le sujet épineux des historiens spécifiquement attachés aux écoles militaires d'un pays donné, qui semble un sujet en soi (en France, voir le cas Chauprade à l'ex-CID, ou l'étrange culte mortifère et tragico-traditionaliste de l'histoire à St Cyr). Donc chez Keegan, on a une excellente, grandiose innovation pour l'angle de vue qui a ouvert un champ de recherche non seulement très attractif pour le lecteur, mais aussi très pertinent pour comprendre le combat et la guerre, et développer des approches novatrices aussi bien pour l'histoire que pour la science militaire (et donc le combat et les armées futures). On a aussi une vision générale analytique des guerres qui fut bien vulgarisée, mais qui lui appartient moins même s'il y a ajouté la patte de son approche humaine individuelle à tous les échelons, puisque l'angle de l'individu a aussi son versant généralisé qui est l'impact de la culture, des mentalités, l'aspect anthropologique et "civilisationnel" de l'être humain face à la guerre, domaine vraiment sous-étudié dans l'anthropologie avant lui, et qui se trouve être d'un grand impact aujourd'hui dans toutes les domaines d'études de la guerre qui est une "chose" complète ne devant pas être mise à part du reste de l'étude d'une société (c'est une chose particulièrement vraie en France où tous les domaines des sciences humaines, histoire comprise, ont négligé et méprisé le fait guerrier depuis un bon siècle et quelques). Et pour mieux appréhender ce qui fait l'efficacité et ce qui fait réfléchir sur les armées futures (organisation, recrutement, psychologie du combattant -pour la préparation et la gestion du stress et des traumas, ou encore la reconversion-, culture/doctrine/mentalité, GRH, sociologie, sociabilité, lien armée-nation....), ce fait anthropologique est inestimablement important. En ce sens, Keegan a ouvert la voie, indiqué une direction. Mais on a aussi beaucoup de limites dès lors qu'il faut être spécifique, une fois qu'on suit cette direction; et c'est là que Keegan est nettement plus critiquable et qu'il faut le prendre avec des pincettes: pour recoller au sujet, je ne trouve pas vraiment son histoire de la guerre de 14 très bonne, et c'est peut-être dans ce bouquin que j'ai vu ses travers personnels s'exprimer avec le plus d'acuité. A l'en lire, les Brits ont tenu seuls le front ouest, permis à l'Italie de tenir le front sud et orchestré tout ce qui s'est fait dans les Balkans (sans compter évidemment le Moyen Orient où ils ont tout fait: là, c'est en fait plus vrai), l'armée brit a tout inventé et tout réussi (le général Rupert Smith avait pondu un bouquin mi-histoire mi-prospective sur les guerres futures, pas mal d'ailleurs, où il reprenait à 100% cette façon de voir des Brits: en 14-18, ils ont tout fait tout inventé ). Pour l'anecdote, on retrouve souvent cette façon de voir des Brits: les attaques de 17-18, par "morsures" rapides en plusieurs points du front (sans viser la percée) pour sursolliciter les réserves allemandes en utilisant la mobilité stratégique supérieure des Alliés, seraient une invention britannique, une martingale géniale et sans précédent, et leur grand "apport" à la victoire.... De même, et c'est réellement caricatural, l'usage par Wellington de la "reverse slope defense" (grosso merdo se planquer derrière la crête d'une colline pour masquer ses effectifs et se protéger des tirs d'artillerie en laissant l'adversaire attaquer et se fatiguer) serait non seulement une marque de fabrique et une invention britanniques, mais en plus une innovation militaire radicale, encore une martingale géniale dont les angliches ont le secret :lol:: comme si les armées européennes de l'époque ne le faisaient pas dès qu'elles le pouvaient ou n'avaient pas "découvert" ce "truc génial-révolutionnaire-de-la-mort-qui-tue" avant. Le nombrilisme et l'inexpérience britanniques expliquent beaucoup plus cette extase systématique dans une historiographie nationaliste qui veut croire que l'armée brit est la super meilleure en tout et qu'elle a vaincu Napoléon (un de ces traits qui fait de Waterloo une bataille décisive qui a arrêté le come back de l'Ogre corse et l'inévitable chute de l'Europe qui s'en serait suivie ): la réalité était que l'armée brit de cette époque n'avait pas beaucoup d'avantages sur les armées continentales (à cet égard, l'armée autrichienne est la plus mésestimée en raison de ses nombreuses défaites qui obèrent le fait de sa grande qualité, de sa grande évolution -nettement plus impressionnante que la prussienne-, de son bon commandement), sinon ceux de n'avoir pas à opérer dans les zones "chaudes" et prioritaires, de n'avoir pas à vaincre, de n'être pas confrontée aux "bons morceaux" des armées adverses (surtout française évidemment), de n'être pas usée par des campagnes incessante et une ponction importante sur les populations, d'avoir des financements suffisants en raison de cet effort réduit.... Du coup, nombrilisme oblige, on s'extasie règlementairement sur les unités élémentaires en présentant leur culture d'unité, en mettant en exergue des figures rudes ou sympathique (le brave "paddy" irlandais, le sergent serre-file dur, populo et hargneux que la vie n'a pas épargné, mais toujours juste, l'Ecossais grand et fort et en kilt, le brave anglais de base tiré des bas-fonds de Manchester et soudain idéaliste et super-guerrier-mais-toujours-comme-tout-le-monde, le jeune officier "pur" et l'officier supérieur aristo, corrompu, inefficace et trou du cul....), en pointant les spécialités tactiques (les tireurs d'élites des "Green Jackets" avec leur fusil rayé, les cadences de tir des régiments de ligne, la charge à la bayonnette des Ecossais) qui deviennent des trucs uniques et supérieurs à tout autres.... Parce qu'on se renseigne peu sur les autres et qu'on n'en parle pas: l'adversaire est toujours déshumanisé et présenté comme une "horde innombrable" faite de quasi esclaves d'un régime oppresseur et cruel, génétiquement inférieurs et évidemment peu entraînés et pas liés par l'incomparable camaraderie et/ou discipline brutale, exigeante et efficace de l'armée brit. L'infanterie légère française était nettement plus nombreuse et tactiquement efficace (parce que plus travaillée et mieux intégrée à la doctrine), de même que d'autres infanteries légères (surtout chez les Autrichiens), que les Green Jackets (mais faut pas dire ça aux fans du Major Sharpe :lol:), et les cadences de tir des RI brits n'avaient rien d'exceptionnel, sinon que leurs faible niveau d'engagement et la petite taille de l'armée permettait de maintenir les standards dans la grande majorité des unités britanniques, ce que les armées continentales n'ont pas toujours pu faire sur l'ensemble de leurs effectifs à tout moment. Et le coup des "charges écossaises", je crois que l'armée française en particulier n'a pas vraiment à trouver une ou deux unités spécifiques pour s'y comparer avantageusement, étant donné l'usage qu'elle a fait de la baïonnette. Mais dès lors qu'on se regarde le nombril, on a tendance à trouver qu'il est unique, beau et supérieur à tout autre :lol:.... Surtout si on regarde pas les autres. Ce sont de vieux procédés et clichés de fiction, qu'on retrouve partout, mais qui ont tendance chez les Brits à être assénés/martelés à grande échelle et à déteindre de la fiction vers l'étude historique. Keegan était atteint par le syndrôme.
  25. J'en doute, parce que Napoléon, malgré ses défauts, aimait les choses utiles ;) et les unités pertinentes. Les fonctions remplies par la Garde Républicaine sont très nombreuses, et un des signes qu'on peut montrer est qu'il y en a bien peu qui ont le temps de flemmarder (même si la nature de ces tâches, dans certains cas, n'est pas toujours très sportive, ce qui donne un niveau de forme plus que moyen ici et là, notamment dans le 2ème RI de la Garde :lol:): ils ne coûtent pas très cher (leur masse salariale n'est pas vraiment plus élevée qu'ailleurs, leur matériel est très peu cher comparé à des unités militaires de projection, leur casernement ne change pas réellement d'autres unités stationnées dans des grandes villes) et ne sont par ailleurs dégagés d'aucune obligation militaire liée à leur statut de gendarme, donc ils font partie du "pot commun" comme ressource militaire. Le nombre de tâches qu'ils remplissent est très important: c'est plein de trucs petits, variés et parfois très spécfiques qui se voient pas beaucoup, mais qui devraient être remplis avec ou sans garde, comme le transport de greffons déjà mentionné, la surveillance de certains parcs et domaines (allez les voir à Chambord: ils assurent la sécurité, l'entretien et l'organisation du domaine, et en plus ce sont eux qui font les spectacles à cheval dans les "sons et lumières", soit une fonction qui attire du monde et "rapporte") ou évidemment la partie "sécurité et prestige" des palais gouvernementaux et des cortèges pour les personnalités en déplacement (et y'en a pas tant que ça qui ont droit à une protection permanente). Sans eux, il faudrait mobiliser des unités de gendarmerie, de la police ou de l'armée pour ces fonctions, soit pomper dans un réservoir par ailleurs très sollicité et qui a aussi des choses à faire de son côté. Les besoins ne disparaissent pas si on supprime l'unité, et si on le fait, on perd les unités qui savent précisément se spécialiser dans ces tâches variées, donc optimiser leurs coûts de fonctionnement et leurs moyens pour les remplir. S'y ajoute, et c'est inclus dans le coût, un rôle de conservation de certains patrimoines et traditions auxquels on accorde de la valeur, incarné évidemment particulièrement par l'escadron à cheval: beaucoup de savoirs-faires n'existant plus ou peu ailleurs sont préservés en interne de cette unité, comme les artisanats liés aux matériels de l'unité (sellerie "de guerre" très spécifique, ferronnerie militaire....) ou la science des manoeuvres collectives à cheval (qui fait partie de ces choses inévaluables, mais qui ont une valeur réelle, ne serait-ce que comme partie du "decorum" militaire liant armée et nation, tenant une tradition militaire qui a son rôle....). Ce ne sont plus des unités d'élite spécifiques comme sous l'Ancien Régime ou l'Empire: ils ne reçoivent pas double ou triple paie, ne constituent pas une ponction/vampirisation parfois abusive des meilleurs éléments des armées ou d'autres unités (ça se sont les FS si elles se développent trop et si les armées se réduisent trop), ne constituent pas une immobilisation de matériels hors de prix pour une fonction sédentaire trop spécifique.... Ce ne sont pas des unités qui coûtent cher, et elles ne sont pas très nombreuses: franchement, en termes de coûts, ce sont des picaillons; si on se met à chercher les économies dans cette "chose" somme toute négligeable en terme d'argent, qu'est la Garde, c'est qu'on est réellement au fond du trou ou qu'on a des politiques qui cherchent les derniers des expédients et fausses économies de bouts de chandelles plutôt qu'aller s'attaquer aux vraies mauvaises dépenses plus politiquement délicates à titiller. Un des coûts fondamentaux difficile à envisager dans le coût de l'armée française est celui de la projection, ou plus largement de la capacité à la projection: avoir 3 battlegroups faits pour fritter l'Allemand ou le Soviet sur le Rhin ou vers Fulda, c'est une chose, avoir ces mêmes battlegroups faits pour fritter aussi bien de l'armée moderne que de la guérilla, du pirate, du chef de guerre local rackettant des réfugiés, et ce sur des îles, dans un pays effondré en pleine guerre civile, des agglomérations semi-hostiles et semi-accueillantes ou des champs de bataille plus classiques, qui plus est à 700 ou 7000km de la métropole, c'est une toute autre chose. Et la différence de coûts varie du simple au décuple.
×
×
  • Créer...