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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Pour commencer avec les cas spécifiques, je voudrais évoquer l'usage, en Europe de l'est, du Wagenburg (ou Laager, ou Tabor), un système tactique qui, du XVème siècle jusqu'à la fin du XVIIème, n'a jamais réellement trouvé de parade technique en face de lui comme système d'arme, et dont les défaites n'ont été dues qu'à des parades tactiques rarement faciles à mettre en oeuvre, et donc nécessitant forcément de la chance et/ou des commandements et troupes qualitativement très déséquilibrés (difficile en effet d'établir l'obsolescence d'un système d'armes en ne comptant que sur des tactiques incitant un adversaire à commettre une faute). Possible, mais pas de manière structurelle. Seule l'arrivée de pièces d'artillerie réellement mobiles (ce qui n'entre en nombre un peu significatif qu'à la fin du XVIIème siècle, et réellement vers le milieu du XVIIIème) consacre l'obsolescence du système. Il s'agit en fait de fortifications mobiles: un Wagenburg est une armée en mouvement centrée sur son train de chariot, essentiellement des chariots de ferme convertis en chariots de guerre, soit de manière structurelle, soit en emportant comme chargement les pièces servant à les "blinder" au moment de la bataille. Quand celle-ci est inévitable, les chariots, manoeuvrant en formation aussi serrée que possibles, sont soit organisés en une grande "forteresse" de campagne (érigée de toute façon tous les soirs pour passer la nuit), soit en séries de carrés à portée les uns des autres, représentant un "damier", ou une ligne plus ou moins continue. Quoiqu'il en soit, un dispositif de chariots en bataille consiste en un enclos de chariots présentant une face "blindée" (rarement les 2 pour des questions de poids emporté, de fatigue des chevaux ou boeufs, et de mobilité) et un espace protégé, reliés entre eux par des chaînes rapidement montées. Si l'usage du wagenburg comme fortification mobile est ancien (grandes invasions, train des armées un peu partout, migrations des peuples roms....), les Hussites ont raffiné l'usage de ce système pour en faire un vrai dispositif militaire et une "doctrine". Une armée hussite (et celles qui les ont émulées après) implique généralement une vingtaine de soldats pour un chariot armé (qu'il peut vraisemblablement tous porter), ainsi qu'une artillerie primitive reposant sur le tir parabolique (des proto-obusiers en somme), avec une tactique fondée avant tout sur forte puissance de feu. Sur cette vingtaine de soldats, qu'on peut considérer comme l'unité organisationnelle essentielle, on trouve environs une moitié, ou une petite moitié, de tireurs (environs 2 armes à feu portables pour 6-8 arbalètes), 6 à 8 fantassins de contact (proportion inconnue pour les piquiers et porteurs d'armes d'hast), 2 conducteurs et 2 pavesiers (porteurs de pavois, grands boucliers "à deux place" :lol:) qui doivent être d'une manière générale des "servants" d'arme, des tringlots, des recrues en formation ou des "hommes à tout faire". Une fois le dispositif de chariot érigé, l'idée est de massacrer l'adversaire à coup d'artillerie, soit pour le faire fuir, soit pour l'inciter à attaquer, auquel cas, quand il arrive à portée, se déchaîne alors la vraie puissance de feu du dispositif, faite d'arbalètes et d'armes à feu portatives, tandis que tout le monde reste à l'abri du blindage (lui même "haut" puisque porté par un chariot) augmenté des piques pointées depuis les chariots et entre les interstices qui les séparent. Les soldats ont en plus coutume de disposer de sacs de pierre et autres projectiles pour "occuper" les fantassins avant leurs contre attaques et pour suppléer les armes à feu à court de munitions. L'arc ne semble pas avoir été en grand usage, sans doute parce que l'artillerie a pu y suppléer pour les tirs longs et pour favoriser le tir direct à fort impact (arbalètes et armes à feu) depuis une position protégée. D'autant plus qu'au XVème siècle, les armures surtout nobiliaires sont désormais capables d'encaisser une bonne partie des tirs même d'arcs puissants (longbow et composites). Le dispositif a été initialement calculé contre la cavalerie prédominante dans les espaces d'Europe de l'est: cavalerie lourde nobiliaire, augmentée de cavalerie légère alors très répandue dans ces régions (troupes professionnelles à la solde des potentats locaux, cosaques, mercenaires des Balkans....). Mais au fur et à mesure de l'aguerrissement des Hussites, le dispositif est devenu très polyvalent et professionnel, acquérant surtout très vite une grande capacité de manoeuvre et de coordination pour faire campagne (ordre de marche, discipline, mise en formation pour la nuit, plans de campagne) et, au niveau tactique, opérer de façon concertée et pertinente, et plus encore adopter rapidement les dispositifs de bataille. Parce que le dispositif n'est pas que défensif au niveau tactique: il est aussi très contre-offensif. Quasiment invulnérable à la cavalerie et très résistant contre une infanterie même rôdée, il peut briser les assauts; mais une fois l'élan adverse brisé, la contre-attaque vient, et elle aussi est "professionnelle": des petites contre-attaques "d'opportunité" restant proches du "fort" ont lieu régulièrement, localement ou sur toute la périphérie du camp (donc coordonnant le contact et l'appui-feu depuis les chariots), et les chefs hussites apprennent rapidement à "voir" le cours de la bataille pour savoir quand lancer de plus grandes contre-offensives, donc concentrer un effectif à un endroit, et le lancer dans une percée d'infanterie coordonnantdes formations de piquiers et de fantassins d'assaut (avec harmes d'hast: hallebardes, fléaux, haches essentiellement) qui ne sont pas sans beaucoup de similarités avec les Suisses à la même époque. On remarque quand même la proportion de troupes de tir et de mêlée: quasiment équivalente, avec un léger surplus pour les tireurs: on ne retrouve une majorité de tireurs que dans les armées anglaises de la guerre de Cent Ans -qui reposent sur le même principe statique de fortification et tir massif-, mais surtout dans les armées ouest européennes de la fin du XVIème siècle à la guerre de Trente Ans, où le piquier devient minoritaire face au tireur. Les contre offensives importantes sont appuyées par une petite cavalerie, essentiellement légère, qui doit servir à poursuivre l'action aussi loin que possible (trucider les fuyards, les empêcher de se reformer) et maintenir le désordre dans une unité adverse dont l'assaut a été brisé. Initialement née dans un mouvement de contestation, donc pas un Etat ou une institution proto-étatique fixe, ce système a eu suffisamment de succès (donc changeant le cours de l'histoire régionale) pour devenir un modèle militaire qui a fait flores un peu partout et a plus que survécu à la révolte dont il était issu (qui elle a finit par rentrer dans le rang suite à une querelle interne). Difficile de voir quelle armée de cette époque aurait pu trouver une parade satisfaisante à cet ordre de bataille; les seules fois où un wagenburg a été défait ont eu lieu quand l'adversaire a pu feindre suffisamment pour inciter à une contre-attaque prématurée (pas facile à jouer quand on a affaire à un chef compétent et/ou des troupes aguerries), ou quand, encore plus rare, un wagenburg a pu être surpris en ordre de marche sans avoir le temps de se mettre en ordre de bataille (ça ne prenait pas longtemps); ce dernier cas de figure implique un excellent renseignement de campagne, une bonne dissimulation (généralement, ça implique d'être pas loin de l'adversaire, de savoir où il est et qu'il ne sache pas où vous êtes: pas facile) et plus encore une très grande mobilité et une courte boucle "renseignement-décision-action".
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[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
L'union monétaire est tenable, mais pas en l'état: c'est le moment où il faut choisir dans un sens (fédéralisme) ou un autre, et le non choix des décideurs est lui la chose nuisible. Ils n'en sont pas totalement responsables étant donné qu'ils sont tenus par des opinions partagées, mais ils sont responsables du fait de ne pas matraquer (et de façon coordonnée et harmonisée entre eux) les alternatives disponibles, ce qui est l'une des premières causes de la floraison des extrêmismes de tous bords et des grands discours disant tout et n'importe quoi sur tout et son contraire quand à l'avenir de l'Europe. -
Moi aussi: je commence seulement, ce qui fait que si j'ai acquis des connaissances sur certaines de ces armées à ces périodes, je suis loin d'avoir un tableau complet, et surtout critique, en ce que j'ai encore lu peu de travaux divers (et surtout contradictoires) sur une armée ou un sujet donné.... Beaucoup de sources uniques, donc. Je peux quand même remercier Wikipedia qui m'a fourni le premier "tableau/panorama" complet, une base de départ sur certains sujets, et surtout une première bibliographie; il faut bien un point de départ :-X. Ce qui me frappe en fait dans beaucoup de ces cas, c'est en fait le degré d'avancement politique/étatique par rapport à l'occident: la centralisation est souvent plus forte, de même qu'un certain niveau de permanence de l'Etat, même si pour l'Europe orientale, c'est encore comme en occident, souvent lié à un seul souverain très fort, ou au maximum à lui et son ou ses successeurs immédiats, sans ancrage réellement permanent qui permette à l'Etat de rester fort même en cas de souverain faible ou de période de transition (régence contestée, vassaux coalisés, invasion étrangère au moins un peu réussie, transition dynastique....). Evidemment, ce problème concerne moins l'empire ottoman qui a connu une construction étatique réussie (qui survit bien mieux aux querelles de pouvoir au sommet) beaucoup plus tôt qu'en Europe. Pour l'Afrique, l'Amérique précolombienne et le Sud Est asiatique, je suis à la ramasse :-[. Pour le Japon et la Corée, je progresse lentement (je connais mieux le XVIème siècle). La Hongrie offre néanmoins un excellent exemple européen, très utile en plus en ce qu'il s'agit vraiment d'un pays, on pourrait dire le "seul" pays d'Europe centrale avec une stabilité en terme d'existence et de continuité, contrairement à un monde germanique beaucoup plus bordélique et changeant après la fin des Hohenstaufen. La Pologne est alors pleinement un pays d'Europe orientale, concerné par l'Europe orientale (c'est le moment où ils entament le processus toujours plus poussé de rapprochement avec la Lithuanie -qui inclue une énorme portion de Biélorussie, Russie et Ukraine- qui débouchera sur une union structurelle aux XVIème-XVIIème siècles), et la Serbie "sort" réellement de l'Histoire en tant qu'Etat réellement indépendant et puissant après sa période de gloire, entrant dans l'orbite ottomane. Et à cette époque, les vrais modèles militaires ne peuvent plus émaner pour l'essentiel que d'Etats solides et durables: la révolution militaire qui commence, ou bâtit ses fondations, est indissociable du processus de construction étatique moderne. On peut trouver des régions ou entités sub-étatiques ayant eu des unités/types de troupes/systèmes d'armes efficaces, voire révolutionnaires (et qui ont ou non fait école), mais pas de "modèle militaire" complet et surtout assez importants à tous égards pour avoir pu peser sur le cours de l'Histoire (l'épisode hussite a été à la charnière, passant pas loin de réussir ce coup là). A cet égard, les Mongols offrent l'exemple d'un système militaire spécifique qui a eu un succès retentissant, mais n'a pas réellement pu s'inscrire dans un processus de construction étatique (dont il était antinomique: l'incompatibilité fondamentale entre nomades et sédentaires) et amorcer une évolution vers un autre modèle. Il a vécu et est mort en tant que modèle "de la steppe". A l'inverse, les Ottomans, aussi un peuple nomade de la steppe fondé sur le cavalier-archer à l'origine, ont réussi la transition vers le modèle sédentaire, et évolué vers une armée moderne et complète. Pour l'instant, c'est via ces considérations que je me suis surtout penché en particulier sur la Hongrie qui a opéré une transition rapide de l'armée/Host médiéval (qui a mieux gardé les pieds sur terre qu'en France, notamment sous les Anjou de Naples/Hongrie au XIVème siècle) vers une armée professionnelle moderne (qui a ensuite connu une mort prématurée suite à un changement dynastique), "l'armée noire" du XVème siècle, un modèle militaire réellement terrible et éminemment lié aux personnalités du roi Jean Hunyadi et plus encore de son fils, Mathias Corvinus. C'est le moment historique où l'empire ottoman aurait pu être bouté hors d'Europe, tant ces deux chefs exceptionnels avaient bâti un outil et mené une politique leur donnant réellement cette occasion, malgré toute la force de l'entité ottomane de cette époque; ce n'est qu'au XVIème siècle que les Turcs parviendront à réellement mettre à bas la menace hongroise.
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[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
La position anglaise est moins simple qu'il n'y paraît, et repose moins sur le nationalisme anti-européen (qui existe, attention, et très fort) qu'on le pense: il navigue à cheval sur une opinion instrumentalisée pour refuser en bloc plus d'union tout en essayant d'avoir les avantages de l'UE sans les inconvénients, ce qui a été rappelé quand le gouverneur de la banque de France s'était signalé en énoncant haut et fort que ça ne devait pas être le cas si les Anglais franchissaient le pas. Et la peur des Anglais, c'est justement ça, parce que s'ils se la jouent "grand large", ils risquent de se prendre aussi une exclusion du marché unique et de nombre des accords de libre échange et libre circulation qui fondent l'UE.... Et dans leur cas, ça veut dire que du jour au lendemain, une bonne partie des activités bancaires et flux financiers désertent la City pour être "rapatriés" sur le continent. C'est aussi cash et direct que ça, et c'est LE sujet pour les britanniques, surtout les conservateurs qui sont le cul entre deux chaises, à agiter le "splendid isolation" nationaliste d'un côté, et aux basques de la City de l'autre. Une zone de libre échange pure et simple n'est pas acceptable dans le temps un peu long: la concurrence fiscale et l'inégalité économique des participants, entre autres facteurs, y joueraient trop et trop vite (ce qui est déjà en partie le cas) pour qu'un statu quo sur ce point soit acceptable pour beaucoup de pays. Ou alors il faudrait que le "libre échange" soit une chose très très modérée, une façon de parler pompeuse pour évoquer des facilités douanières et des tarifs et dispositifs règlementaires facilitant les échanges, mais jusqu'à un certain point seulement. Dans l'état actuel d'intégration des économies, c'est fondamentalement faisable, mais le choc de transition serait d'une brutalité extrême, potentiellement très nuisible aux économies pour une période indéterminée et beaucoup, vraiment beaucoup d'inconnues (à un moment où les acteurs économiques réclament des certitudes). -
Si j'ai du courage, ça peut devenir une série de sujets.... "Et ailleurs" renvoie à notre occidentalocentrisme inné :lol:, et vise à se demander, de façon plus générale/transversale, à quoi ressemblaient les armées (les importantes), et plus encore la réflexion et l'organisation militaire dans D'AUTRES endroits que notre occident chéri où on a tendance à considérer que l'on a toujours été la pointe, ou au moins à la pointe, de l'art militaire à toutes les époques qui furent, sont et seront. C'est pas toujours faux, mais c'est loin d'être toujours vrai :lol:, et plus encore quand on parle de ce vaste "trou" historique de 1000 ans qu'on qualifie de Moyen Age comme si c'était une époque avec une cohérence, un début et une fin, alors que c'est plutôt une longue "non époque", très diverse, très changeante, dont peu de grandes caractéristiques unifiantes, sinon aucune, peuvent être trouvées. Mais sans digresser dans les considérations historiographiques, j'entends ici cercler plus précisément une période plus courte, on va dire le dernier quart du Moyen Age, soit une période allant grosso merdo, sans borne trop rigoureuse, du XIIIème au XVème siècle (voire un peu de XVIème), en ce qu'elle rejoint et recouvre cette vaste période de transition qui semble revenir un peu à la mode en Histoire, et surtout en Histoire Militaire, et qu'on semble voir de plus en plus comme l'antichambre et la période essentielle de ce qui est considéré comme la grande révolution militaire de l'Histoire (ou l'une des vraiment grandes), celle qui réamène l'Etat central, l'armée permanente, l'infanterie, un vrai commandement, la discipline, une cavalerie remise à sa place, et apporte en plus l'artillerie. Et c'est là que l'occidentalocentrisme frappe souvent, tant on a tendance à penser que ce qui compte s'est passé uniquement à l'ouest, ce qui est le plus tip top s'est passé à l'ouest, ce qui est le plus historiquement déterminant s'est passé à l'ouest, inspirateur et révélateur, inventeur et moteur.... Hé ben non; l'ouest a apporté sa pierre, a contribué sur certains plans à des avances authentiquement essentielles et inconstestablement déterminantes, mais il est loin d'être seul.... Et si on faisait un tableau des armées les plus puissantes à une période donnée, on s'étonnerait du résultat, par exemple. De même si on regardait les unités les plus efficaces, les combattants les plus terribles/adaptés à leur temps, les tactiques, doctrines, organisations et "combinaisons d'armes" (coordination interarme dirait-on) les plus inventives et/ou efficaces, on serait encore plus surpris, même en tenant compte du facteur universel de l'adaptation au terrain dans chaque coin.... Qui connaît: - les guerres hussites en Bohême, et l'émergence temporaire d'un étonnant modèle militaire (très efficace) fondé sur des convois de chariots blindés (Wagenburg) coordonné avec des fantassins et de l'artillerie légère, modèle qui fit école en Russie (notamment dans l'usage de fortifications mobiles), en Hongrie, en Pologne, chez les Cosaques et ailleurs? - l'armée médiévale serbe, particulièrement au XIVème siècle, qui fit de la Serbie une superpuissance orientale pendant un temps (et l'endroit d'où viennent les Hussards initialement)? - la soi-disant "armée noire" de Hongrie, liée à la brève dynastie Hunyadi-Corvinus, modèle très original, permanent, semi-féodal et professionnel (comparable favorablement aux armées de transition de la guerre de Cent Ans), et dont la puissance fut réellement sans équivalent en Europe? - l'armée ottomane, dont on sait souvent qu'elle était puissante, mais dont on ignore beaucoup de choses en occident, surtout sur la période des XIVème-XVème siècle qui furent pourtant le moment de sa plus grande prééminence doctrinale et organisationnelle comme le montre la bataille de Nicopolis (où se trouvait un fort contingent occidental venu de Bourgogne, surtout, et de France) en 1396? Et au même moment, on peut aussi parler de l'armée mongole, surtout celle de l'Etat timuride (de Tamerlan), quoiqu'elle ne soit pas techniquement une armée ouvrant la voie à une révolution militaire moderne (même si elle a poutré les Ottomans en 1402), ou encore l'armée chinoise et l'armée japonaise (enfin les armées féodales japonaises) et coréenne? Que savez-vous de ces périodes et régions?
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Et les généraux sont comme les politiques: ils ont un cul à couvrir, des certitudes à garder, un ego à protéger, une place au chaud à maintenir, des potes à aider et une carrière (et souvent une post-carrière) à garantir. Comme quoi, personne n'est désintéressé.
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D'abord un autre processus de pensée, d'analyse et de décision, puis un autre mode d'organisation en interne, et par là de conception des forces armées: vouloir tout de suite des listes d'unités et de matos, c'est vouloir l'immaculée conception, et un enfant sans passer par l'étape de la conception (pourtant fun a priori :lol:) et celle de la gestation (nettement moins fun et plus longue). Et comme dit précédemment, c'est pas sur ce topic que ça a sa place, réellement (j'ai déjà indiqué ceux -en tout cas l'un d'entre eux, où on ESSAIE d'aborder la question). Les constats d'évidence, les multiples travaux et avis d'experts qui concordent sur vraiment beaucoup de choses, les dysfonctionnements évidents dont beaucoup n'ont pas à être systématiquement imputés au politique (ou au moins pas uniquement).... Et l'absence de résultat sur les dernières décennies malgré les coûts et moyens engagés. Ca te fait peut-être rigoler, et c'est évidemment prétentieux de penser pouvoir le prévoir dans les moindres détails, mais c'est d'un autre côté absolument nécessaire et impératif.... Et ça a toujours été le cas pour les décideurs militaires, et ce sera toujours le cas: il faut faire des choix, c'est à dire ouvrir des options et en fermer d'autres, et voir quelles sont les plus et les moins pertinentes. Et plus les moyens sont comptés et chers, plus c'est vrai. Quand aux "fondamentaux" que tu évoques, énnoncés comme ça, c'est du vague, du creux, de la tautologie. N'importe quel modèle ou système les inclue quand on reste dans la généralité comme ça.... Donc aucun système n'est mauvais apparemment . Tes forces lourdes, ce sera quoi? Une DB à 2 brigades telles qu'elles sont maintenant? 2 peut-être? Et ça permettra quoi? D'être un toutou un peu plus digne de tapettes sur la tête de tonton Sam? Cool, je vois pas la rentabilité d'être une petite partie de coalitions où on est à ce point réduit par un allié si prééminent et dominant. De faire des OPEX seuls en envoyant des battlegroups lourds? Contre qui on aurait la masse de manoeuvre suffisante? Et à quel coût (parce qu'il faut les transporter et les soutenir ces machins là)? Contre qui un niveau de force méca somme toute pas énorme comme ça permet de peser seul? L'Iran, le Pakistan? Faut être sérieux deux minutes. Et le risque d'occurrence de tels scénaris, c'est tous les combiens? En attendant, y'a du boulot en masse et partout, et surtout des opportunités pratiques toute l'année. Quelle zone/crise où ce genre de force lourde est dominant justifie t-elle un coût d'opération pareil? Le Soudan? Ca sert à quoi? Avant de parler hardware, faut justement voir ce que permet la force armée, quand son emploi se justifie/est dans l'intérêt du pays, ce qui est "stratégiquement utile" ou "rentable".... Et une fois qu'on en est là, on regarde quels sont les pays potentiellement concernés, ou les zones, parce que beaucoup n'ont pas d'Etat digne de ce nom, et comme ça a été noté à toutes les époques, il n'est de pire configuration de conflit que dans les pays où zones à centre faible, de multiples centres voire pas de centre du tout. Le pays est partie d'un ordre mondial: imparfait, moyennement actif, aux équilibres internes délicats.... Mais un ordre quand même, et cet ordre, il en bénéficie largement et il a plus qu'intérêt à le maintenir, le renforcer et étendre la superficie qu'il recouvre (qu'on peut aussi appeler "surface économique utile" de la planète, quoique ce soit un peu limitatif), surtout dans le contexte actuel où beaucoup de régions sont fragilisées, où le concept même d'Etat a du mal dans beaucoup d'endroits.... Bref, où la stabilité (et les potentialités économiques qui la suivent) est menacée, pas encore établie.... Et dans ce contexte, c'est comme si on avait un capital existant au mieux en stagnation au pire en diminution, que les participants principaux à cet ordre risquent d'avoir à se disputer si on le laisse s'étioler et se fragiliser. Or ça, c'est évitable. Quand Frédéric II était aux commandes, il l'était. Il s'est ensuite, dans son vieil âge, obsédé pour le "combat géométrique", et ceux qui ont suivi, après sa mort, ont laissé l'appareil s'enferrer dans des travers néfastes qui ont révélé leur inanité à Iéna. Faut regarder les choses dans leur contexte et à chaque moment, pas avoir un regard dans l'absolu.
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Et il faudrait vraiment y libérer la parole: les armées françaises, c'est le secteur privé français en pire de ce côté.... La culture hiérarchique (et je parle pas de l'aspect hiérarchique nécessaire à une prise de décision et à la discipline dans l'action), le culte du chef, "l'aura imposée du diplôme", la peur de dire un truc qui fait passer pour con et/ou surtout qui risque de valoir un retour d'ascenseur peu agréable voire dommageable à la carrière, les rapports de caste à caste, de chapelle à chapelle.... N'y sont vraiment pas propice à une effervescence intellectuelle et à l'élaboration de solutions pertinentes (ne parlons même pas de débat :P). Ca ressemble, en pire, au fonctionnement interne des grandes boîtes françaises, qui s'incarne particulièrement dans ce qu'on trouve généralement dans les "réunions de travail" en France, qui sont pas vraiment des brainstorming si productifs. Y'a qu'au Japon que c'est pire (si évidemment on excepte les dictatures et régimes autoritaires).
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Et là, avec ce qu'annonce l'actuel budget, ça devient vraiment le moment de se poser les bonnes questions sur de bonnes bases, parce qu'on est au stade où les structures de force qui seront dispo ne sont plus suffisantes pour même faire illusion sur la capacité à agir à la hauteur où on prétend pouvoir agir (et vraiment pas qu'à cause des quantités), et où les armées françaises seront, sauf dans de très petites crises et situations, une version juste un peu plus fournie de la Hollande, soit un fournisseur de prétexte diplomatique/politique et de forces complémentaires pour les ricains. La question des budgets globaux et des effectifs (ou plutôt des "pions" géopolitiques interarmes et interarmées) se reposera, ça c'est une évidence et personne ne le contestera ici, mais en attendant, avant cette éventuelle question de remontée en puissance quantitative, il faudrait se préparer à pouvoir la faire sur de meilleures bases, précisément avec un autre modèle "culturel" de forces armées. Ca veut pas dire que les avions, chars et autres en disparaîtraient, mais comme le résultat militaire se produit via des systèmes de forces adaptés aux situations rencontrées ET aux intentions et intérêts poursuivis, et surtout des systèmes utilisés en combinaisons adaptées (interarmes, interarmées), ça suppose d'autres dosages, d'autres mentalités, d'autres formations (peut-être même "d'autres soldats"), d'autres approches, d'autres modes d'organisation des "mix" de forces, d'autres unités et types d'unités, une autre structuration interne de l'institution, d'autres rapports entre ces structures internes et entre les personnes, d'autres processus de décision, d'autres rapports avec les autres composantes de l'action extérieure (et intérieure).... C'est ça, une autre "culture" (je cherche un meilleur mot, il sonne trop vague, mais j'en trouve pas pour l'instant). Là, il y a une crise: on peut continuer à se lamenter, à crier au déclin et au déclassement en insultant tout le monde (mais apparemment seuls les politiques prennent), ou on peut se rappeler que les crises sont aussi les moments des grandes opportunités. Avant d'être des systèmes d'armes, les armées sont des systèmes d'hommes (bon, et de nanas maintenant aussi), des systèmes sociaux et des systèmes culturels. Leur efficacité vient avant tout de là. Et ça, c'est beaucoup moins de lourds investissements qu'il faut pour les changer et plus de la remise en question et du jus de cervelle.
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Frédéric II ne donnait pas vraiment dans la lenteur: c'était justement tout le contraire. Tu ne cites que certaines des différences fondamentales, et plus encore, tu ne vois pas ce qu'elles sous-tendent en termes de mentalités, de fondements culturels et d'approches radicalement différents.... Soit un ensemble de choses qui commandent dans la caboche des esprits du temps à tous les échelons, de la troupe au décideur.... Et qui font que la Prusse d'alors n'aurait pas pu copier le système français si elle l'avait voulu. Elle n'aurait même pas eu le logiciel pour le comprendre: il faudra beaucoup de temps, des changements radicaux, une situation d'urgence, notamment le fait DE VIRER PUREMENT ET SIMPLEMENT 90% des officiers généraux (dont beaucoup étaient certainement bien intentionnés, courageux, dévoués.... Et coincés dans leur système de pensée/culture), et quelques personnages d'envergure pour mettre l'armée prussienne sur d'autres rails. Nul doute que les chevaliers français la veille de Crécy ne voyaient pas non plus ce qui clochait dans leur conception de la guerre, pas plus que les Prussiens avant Iéna, les Français en août 1870, toute l'Europe (à divers degrés) en 1914.... A chaque époque, on décide inconsciemment qu'on fait tout bien pour l'essentiel, qu'on est mieux que tout adversaire, qu'on ne peut qu'améliorer à la marge ce qui existe exactement comme ça fonctionne, et augmenter les effectifs (saletés de politiciens radins). C'est comme les armées des Diadoques (les successeurs d'Alexandre qui se sont poutrés pendant 2 siècles sur les morceaux de l'ex-empire macédonien): des systèmes tactiques, opératifs, donc doctrinaux et politiques similaires qui n'ont fait que surenchérir l'un sur l'autre en réfléchissant en vase clos, pourrissant militairement ce qui faisait la vraie efficacité du modèle macédonien initial. On rallonge sans arrêt un peu plus les sarisses des phalangistes, on accroît la proportion des phalangistes (Philippe II et Alexandre les cantonnaient à environs 30%-35% de leur orbat, et ils les voulaient légers et mobiles), on les blinde toujours un peu plus, on alourdit et on accroît la cavalerie lourde, et de fait on se spécialise sans s'en rendre compte non à gagner les guerres ou à pratiquer l'art militaire, mais à affronter uniquement des armées similaires dans une configuration de bataille donnée. Surgit monsieur le Romain qui a décidé qu'il allait procéder autrement, avec des légionnaires dont l'équipement fait minable à côté (à peine protégé par un petit pectoral pour le coeur, deux javelots, un bouclier, un glaive), mais aux capacités nettement plus polyvalentes, et des unités nettement plus adaptables à beaucoup de configurations et d'adversaires, pour un coût par homme bien moindre. Le résultat est connu. Ca ne veut pas dire que les armées post-alexandriennes étaient faites de branquignolles ou commandées par des branquignolles, ou qu'elles n'étaient pas très bonnes dans l'absolu (si ça existe); elles étaient bonnes à ce qu'elles faisaient, et ce qu'elles faisaient n'était plus ce qu'il fallait dès lors qu'on les sortait de ce sur quoi elles étaient focalisées. Et là on parle à peine de la guerre en général, juste d'armées d'Etats ayant un "système de bataille" particulier (ça ne recouvre même pas tout ce qu'est, y compris à cette époque, la guerre, l'action militaire comme outil politique.... Ce à quoi l'armée d'Alexandre avait démontré aussi une grande capacité d'adaptationen son temps). C'est justement "le goût du jour" qui est l'un des grands trucs sur lesquels il faut s'interroger: c'est pas parce que c'est récent que c'est pertinent dans les scénaris de conflictualité/intervention prévisibles/souhaitables. C'est pas parce que Twilight est récent et que tout le monde va voir cette connerie que c'est bon, que ça apporte quelque chose :lol:.... L'armée française est encore fondamentalement calibrée et optimisée pour considérer qu'il n'y a qu'un adversaire ultime: l'armée blindée/mécanisée d'un adversaire étatique massif hypothétique.... Et en centre Europe. Le reste est censé être du "moins que ça", parce que "différent", apparemment ça ne veut rien dire :P: on décrète que l'adversaire type soviétique, c'est le "plus", et comme on peut le plus -au moins techniquement sinon quantitativement-, on peut le "moins" (cad tout ce qui n'est pas l'adversaire étatique façon soviétique qu'on engage en frontal dans une guerre déclarée et vue/préparée longtemps à l'avance). L'armée telle qu'elle fonctionne est-elle adaptée aux formes de combat prévisibles? Les formes de combat dont elle a décidé qu'ils seront prévisibles sont-ils pertinents au regard de la poursuite des intérêts du pays dans le monde tel qu'il est? Elle fonctionne plutôt bien cette armée.... Dans les paramètres dont elle a décidé qu'ils étaient ceux du combat, et dans les combats dont elle a décidé qu'ils seraient ceux des guerres qui auront lieu et des adversaires et menaces qui arriveraient.... C'est un peu là que le bât blesse (là on est dans le LB). Elle est trop calibrée encore pour une forme de combat décrétée "ultime" (comme s'il y avait un scénario "maximum" et que tout le reste n'est qu'une version "light", "plus facile", de ce combat; encore une fois, "différent", "avec d'autres logiques", ça n'existe pas), et il y a lieu de se poser la question de savoir si cette vision extrêmement restrictive du combat, et plus encore si la façon d'organiser les combats et approches sont de nature à soutenir comme on le veut les intérêts politiques poursuivis: le scénario avec un adversaire étatique développé dont il faut anéantir l'armée mécanisée en campagne puis foncer sur sa capitale, obtenir une reddition en bonne et due forme et lui imposer des conditions de paix, le tout dans une période bien nette et courte avec redémarrage des relations entre pays belligérants (juste sur d'autres bases définies par le traité), est-il même encore un scénario de conflictualité crédible, ou tout au moins un scénario susceptible d'arriver dans la plupart des occurrences? Je prends l'exemple d'un changement que l'armée américaine semble mettre en place: l'organisation d'unités spécifiquement dédiées à l'entraînement sur place et au soutien/encadrement de forces d'un Etat failli/faible, qui semble un retex majeur d'Afghanistan. Entraîner devient une discipline, un métier, voire une arme à part entière, parce que les résultats produits par des unités lambda ou même FS (pour qui c'est souvent une corvée en plus) n'ont pas été bons (historiquement, ça semble même souvent une constante): les OMLT ont été un embryon de ce changement d'approche. C'est un secteur d'activité à part entière, qui a ses logiques, réclame son approche particulière, mais aussi ses formations et entraînements particuliers (langues, cultures, connaissance des mentalités visées, "apprendre à apprendre"/pédagogie/méthodologie, encadrement d'unités constituées, modes de combat liés à ce statut à part....), ses matériels, son "mix" interarmes propre, sa mentalité, ses problématiques, sa doctrine opérationnelle (parce qu'une bonne partie des formateurs va aussi au combat avec les troupes entraînées, donc il leur faut trouver une place particulière à tous les échelons dans un déploiement, un combat, une campagne....). Bref, les ricains vont former une première brigade de ce nouveau métier, avec des sous-unités (spécialisées dans une famille de cursus? "Complètes" et chargées d'encadrer jusqu'à un échelon donné d'unités?).... C'est presque anecdotique, mais c'est un changement radical d'approche d'un problème dans ce qui est un mode de conflictualité et d'intervention beaucoup plus courant et probable dans l'avenir: soutien aux Etats fragilisés/faillis, appui à un allié faible.... Parce qu'en plus, l'extension logique et fluide de ce domaine, dans une approche mieux pensée (donc continue), est d'avoir des unités "d'encadrement" (technique, expertise, appui matériel....) à haute valeur ajoutée (hors de portée au moins pour un temps des forces alliées/soutenues) apportant savoirs-faires et capacités "clés en main", ponctuellement ou à plus long terme, afin par exemple de mieux coordonner une opération (capacités C4I, plates-formes EM de divers échelons "clés en main", ou juste des "nodes" de transmissions....), d'apporter une capacité de renseignement, une capacité d'appui feu lourd rapide, précise et mobile, une capacité d'aéromobilité.... Toutes capacités qui sont aussi bien apportées ponctuellement pour une durée X ou Y, une campagne X ou Y, ou dans une temporalité plus longue visant à faire monter en gamme et en puissance (par la formation et la fourniture) l'armée ou les forces soutenues. Là il n'est plus question de détacher des éléments dont ce n'est pas le métier, en vampirisant au passage une ou plusieurs unités quelque part (surtout que plus on "offre" un "service complet" et varié, plus on prend un peu de tout ici et là en métropole dans plein d'unités), mais d'avoir des unités permanentes dont c'est le métier (reconnu comme tel à part entière: rappelons à titre de comparaison historique qu'il a fallu plus de 2 siècles pour que le Génie soit reconnu comme une spécialité et ne soit plus "pratiqué" en amateur et à temps partiel, sans doctrine, corps de pensée, méthodes et culture propres....), et qui sont de fait des outils démultiplicateurs d'efficacité et producteurs d'efficacité et de résultat politique: parce que par exemple un pays aidé ne peut pas accepter que des troupes étrangères combattent à sa place (Syriens et libyens ont signalé des choses dans ce genre tout en réclamant de l'appui: comment résoudre la quadrature du cercle avec un problème présenté ainsi? On peut certes bricoler à la hâte, mais il y a lieu de se demander si on ne peut pas faire plus, plus vite, et mieux), parce qu'une mission ressortant de ce registre peut réclamer beaucoup de monde et de savoirs-faires divers, et que si on s'y lance, on vampirise beaucoup de trucs en métropole et que du coup, ce sont autant d'unités non dispo s'il faut faire quelque chose ailleurs (en plus d'abîmer les cycles d'entraînement et les rotations avec les opérations et déploiements existants).... C'est un mode d'action militaire/diplomatique/politique, donc un métier et une pensée opérative à part entière, non une "corvée" annexe des forces d'intervention "classiques". Et un mode d'intervention réclame des unités dédiées qui, au même titre que des unités élémentaires d'infanterie spécialisée ou non (et il y a aussi à débroussailler dedans), ou plutôt des unités élémentaires interarmes de mêlée, offrent une capacité à produire du résultat dans un type de situation donné (qui semble appelé à être relativement fréquent, à diverses échelles, dans diverses configurations, diverses temporalités, circonstances....). C'est une capacité à part entière: on peut soit la pratiquer en amateur et à temps partiel (ce qu'on fait actuellement et ça n'est pas critiquer ceux qui le font: c'est reconnaître qu'il s'agit d'un métier à part entière, pas d'un succédané anecdotique), soit lui accorder une légitimité à part entière comme "arme", comme mode d'action, doctrine.... Ayant sa stratégie, ressortant d'une logique d'intervention, d'une politique.... Si c'est bien fait et ça a des moyens propres, ça devient un outil de politique extérieur (qui doit être donc crédible) et une carte à jouer, mais ça devient aussi, si on veut que ce soit une vraie carte, une partie non négligeable de l'ordre de bataille d'une armée (il faut plusieurs unités dispo, pouvant offrir un panel variable de capacités de formation et d'encadrement et/ou d'appui, pour des tailles de forces diverses, des cas de figures très différents....). Ca me renvoie au DSI HS où Bihan s'emploie assez bien à définir à quel point la mentalité d'arme est devenue parasitaire et qu'une approche par métiers (avec en aval de ce changement culturel/de mode de pensée suppose en terme d'organisation du ministère, des forces, des unités, de l'entraînement, de la conception des opérations....) est plus souhaitable. Mais bon, ce n'était qu'un exemple. Ceci dit, un autre exemple pour se pencher sur ce qu'est réellement une différence de "culture" (/mentalité/modes de pensée/logiciels), il suffit d'essayer de comprendre à quel point (réellement à quel immense point) l'US Army et l'USMC sont deux choses très différentes offrant des capacités très différentes (et l'approche des Marines me semble aujourd'hui plus adaptée à la plupart des scénaris de conflictualité crédibles), mais aussi comment ça se traduit en conception des opérations, des unités, de l'action (pas que le combat proprement dit), de la production de résultats.... L'Army semble cependant avoir tiré des leçons du passé récent et adopte des changements à certains égards assez fascinants (le "leadership program" pour la formation des cadres est en soi une révolution des mentalités, et on voit, dans un autre registre, jusqu'aux plus petites sous-unités qui semblent appelées à changer: le remplaçant du Bradley semble appelé à correspondre à un tout autre groupe de combat).
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Là on va virer franchement HS: y'a un sujet en partie sur la chose dans la rubrique Armée de terre ("modèle pour l'AdT"), j'aimerais faire un truc en histoire sur les grands changements "culturels" d'armées (rien que l'Armée Française peut en voir ainsi quelques-uns lents et étalés, donc moins facilement notables, mais surtout quelques-uns rapides: pendant la guerre de Cent Ans, après la guerre de 30 ans, à la Révolution, pendant la 1ère GM): le problème est que quand on ne regarde que les unités tactiques élémentaires et les systèmes d'armes "juste avant" et "juste après", le changement n'est pas forcément évident si on s'arrête à ça, alors que dans les faits.... Tout a changé. Et c'est ça que j'entends par "changement culturel": formation, mentalité, processus de décision à tous les échelons, promotion, modes de consultation interne, "rapports sociaux" entre militaires, chaîne d'information-décision-action, codes de référence, rapports au politique, rapport à la société.... L'armée napoléonienne qui affronte l'armée prussienne à Iéna-Auerstedt n'offre pas un spectacle physiquement très différent de son antagoniste, et pourtant elles SONT radicalement différentes, ces deux armées, complètement et absolument différentes, et ce ne sont pas des facteurs comme le temps d'entraînement qui font cette différence, pas plus que la hiérarchie des grades ou celle des unités. Et elles produisent des résultats différents, n'ont pas la même capacité à avoir des effets, ne s'utilisent pas de la même façon, ne s'engagent pas dans les mêmes circonstances.... Alors qu'à première vue, on voit des officiers empanachés des 2 côtés, des bataillons, escadrons et batteries organisés en divisions, des lignes de bataille, des carrés, des colonnes, et qu'ils s'étripent tous avec les mêmes armes. Et ces 2 armées, homme pour homme, arme pour arme, n'ont pas des coûts financiers très éloignés, pourtant un franc français produit alors infiniment plus d'efficacité tactique, opérative et politique qu'un thaler prussien. La différence se trouve dans le jus de cervelle qui décide à la base de l'emploi de ce fric. La différence est justement dans ces trucs "fumeux", parce que pas si évidents à expliquer et formuler en mots, et qui semblent toujours si anecdotiques aux fanas de hardware et de choses facilement mesurables, alors qu'ils sont l'essentiel: sur un plan comparable, je rappelle que la révolution tayléro-fordiste est avant tout un changement culturel, organisationnel, social et technique (dans l'organisation et la conception amont du travail, du modèle social et économique....) et après seulement une révolution technico-technologique, et que le même montant d'investissement financier entre industries similaires adoptant ou non cette "révolution" peut produire des résultats mirifiques ou non. Encore une fois, on peut en parler, mais vaut mieux gicler de ce sujet parce que pour le coup, la nature du changement à adopter (et je ne prétends pas avoir la formule toute trouvée) n'est plus du tout dans ce sujet. Mais franchement, lis aussi les articles de Desportes, Goya, Bihan, Henrotin dans le dernier DSI HS: ils le formulent de faço beaucoup plus élaborée.
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Et moi je voudrais qu'on commence par arrêter ces discours creux sur le fait de "tenir notre rang", comme si l'armée était un standard d'élégance avec des chiffres-quotas correspondant à autant d'accessoires "qu'il faut" porter (nombre de chars, nombre d'avions....) juste parce que c'est la France et c'est comme ça. C'est le genre de discours qui participe plus que largement au fait que l'armée soit complètement devenue invendable à l'opinion et au politique. Ca et les mots comme "prestige", j'y suis positivement allergique tant ils puent la naphtaline, le creux, la prétention détachée des réalités et affirmée juste pour un ego national d'un autre temps. La puissance économique n'exige rien, c'est un terme absolu et abstrait qui ne veut pas dire grand-chose et, plus grave encore, ne fait rien comprendre dans les audiences à qui il faut "vendre" l'armée (pour qu'elle redevienne une réalité politique qui pèse, donc un enjeu de débat et une question que ne peuvent éviter les politiques qui de ce fait se remettraient à y réfléchir sérieusement); la nature de l'économie française telle qu'elle est et tels que ses axes de développement probables/souhaitables sont exigent eux une politique extérieure particulière avec entre autre des capacités d'action militaire précises et adaptées. Et la capacité à projeter de larges effectifs de Leclercs n'entre pas vraiment en ligne de compte dans les scénaris crédibles correspondant à ces réalités là. Non justement, parce que le modèle militaire actuel ne produit plus d'efficacité politique/stratégiquesuffisante, et surtout adaptée, en tout cas plus assez au regard de l'argent investi, et toute augmentation de budget ne ferait qu'accroître très marginalement ses capacités. Dans ce cadre, 2,5% du PIB ne changeront pas franchement la donne sur aucun plan ni dans aucune proportion réellement significative. Le manque offre l'opportunité de devenir intelligent, et si jamais une augmentation devait arriver, dans un monde idéal et fantasmé, je serais d'avis de la foutre dans un compte d'épargne métaphysique :lol: appelé "fonds de la conduite du changement", histoire de l'utiliser comme marge de manoeuvre pour réaliser le changement de modèle vite et bien tout en continuant à forcer le changement en interne des armées par le manque organisé, avec la carotte d'une augmentation "normale" de budget en fin de processus. Si seulement les "politiques aidés d'experts" essayaient de les remuer :lol:: non, j'adressais uniquement le volant militaire structurel de ce que je considère comme un problème fondamental. S'il faut parler du politique, on pourrait faire un topic entier dessus pour essayer de décrire le problème des classes politiques européennes (française en particulier) avec la politique extérieure et le fait militaire, le problème de la Vème République avec les "domaines réservés".... Ca c'est un fait acquis: il y a aussi un énorme problème à cet étage là. Mais on est sur Ad.net, et peu de gens s'intéressent réellement à l'analyse du fond culturel et du logiciel de fonctionnement/analyse/décision de l'étage politique (un peu abscons et chiant à l'occasion, j'en conviens aisément), ou de l'histoire des rapports entre élites militaires et politiques. Donc je vise ce qui me semble (et d'ailleurs pas qu'à moi) être le volant militaire et institutionnel du problème, et il est avant tout à la tête, parce qu'un poisson pourrit d'abord par la tête. La question (je crois qu'on a déjà vu ce problème dans un autre topic où on s'était pris le chou ;)) n'est pas tant de pointer des doigts sur les hauts galonnés en tant qu'individus, ni de questionner leur loyauté, dévouement, motivation ou qualité personnelle; ça ne m'intéresse pas, même si parfois j'emploie un vocabulaire qui peut sembler facilement antagoniste et accusatoire (c'est les nerfs, c'est l'envie de pas encore rallonger le pavé en cours....). Je questionne le logiciel culturel des dits hauts galonnés, et la structure/organisation de l'institution qui dictent des modes de fonctionnement aujourd'hui hautement improductifs, voire parasitaires, quels que soient les occupants individuels des postes de décision (ils vont et viennent, et au final, l'institution s'impose à eux qu'ils en soient conscients ou non: ça, cette phrase, je la tiens directement d'un amiral, en l'occurrence). L'absence de liberté de parole et de ton en interne des armées n'est qu'une des multiples facettes de ce blocage qui ne peut produire de changement et amène bien peu de capacité à produire du résultat politique (surtout du résultat adapté à notre temps). La faute est loin de n'appartenir qu'aux militaires, mais c'est surtout ici des militaires/de l'institution militaire qu'on parle. Et les multiples réformes que les armées ont subies (plus qu'elles ne les ont conduites) depuis une quinzaine d'années ne devraient pas masquer l'absence de remise en question de l'institution, de son logiciel de fonctionnement, de sa culture fondamentale (façon de se penser comme institution, de penser le rapport à la société civile et au pouvoir, de penser ses rapports en interne, de former ses cadres....), de son organisation, de ses approches.... C'est pas parce que ces efforts ont été réels, fréquents, importants et saignants à bien des égards qu'ils ont été faits toujours où il le fallait et comme il le fallait, et ce fait ne devrait pas servir d'excuse morale pour refuser de critiquer.
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Du point de vue du soldat lui-même, la motivation est souvent réelle, et au niveau du terrain autour d'une unité donnée, l'effet sur la population est réel le plus souvent, mais le pays est bien plus grand que la somme des zones réellement couvertes par les garnisons: tu aides et assistes 100 villages, il y en a 1000, tu construis 200km de routes, il en faut 2000, tu changes la vie de 3000 filles et femmes afghanes, il faudrait viser 3 millions.... Mais pour le journaliste et les "tableaux idylliques", je connais pas cette espèce de journaliste en France :-[.... Ils veulent du crade, des coups tordus, des méchants, de la réalité tragique, quitte à tout exagérer, inventer ou laisser dire n'importe quoi à des personnes interviewées avec leur regard individuel (voire très très partisan) non contrebalancé par celui d'autres. Le tout sur fond de guerre avec des images de mecs en kaki et de flingues, parce que si l'armée est coupée de la nation, le "thème visuel" de la guerre vend toujours très bien à la télé. Les ricains ont compris que dans la com, la quantité compte au moins autant que le message pour faire passer le truc, même s'ils ont tellement survendu une guerre au final très mal menée et sans objectif qu'évidemment, ça peut pas durer éternellement, et que la logorrhée sur certains aspects de la mission ne peut remplacer l'absence de pitch fondamental pour faire comprendre un "pourquoi être là-bas" dont la réponse n'a jamais été formulée. T'attrapes pas des mouches avec du vinaigre, et à Rome, tu fais comme les Romains (si tu veux que le Romain te réponde). Il y aurait eu autant de critiques et de doigts pointés si les dites soldats s'étaient pointées tête nue (et tous seins dehors :lol:), façon "néo-colonialisme et supériorité morale occidentale plaquée à la face des sous-développés".... Donc entre deux polémiques, faut faire des choix, et tant qu'à faire, ceux qui ont plus de chances de marcher au moins un peu. Tu changes pas les gens de force, et il est illusoire d'essayer de les changer culturellement, surtout dans un environnement primitif et traditionnaliste, sans écoles (autres que la petite salle locale) ni moyens d'intégration de grande échelle: ils doivent le faire par eux-mêmes, de leur choix, via leur culture, et dans leur propre temps.... Et c'est trèèèès long. Donc en attendant, quand les soldats sont là même pour une douzaine d'années, ils font ce qu'ils peuvent sans essayer de forcer tout et tout le monde à aligner de force les locaux sur leurs critères culturels, parce que là le résultat est garanti. Y'a pas plus de femmes dans l'US Army (sauf en nombre absolu évidemment vu la différence de taille des armées), et surtout pas dans les troupes qui "bougent": ils ont juste fait un programme (en fait 2: Army et Marines) d'équipes féminines dont le rôle est d'aller parler aux femmes des villages afghans.
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C'est pas "nous, ici" qui le décrétons, ce sont surtout vraiment pas mal de gens et d'experts qui se cassent un peu la cabèche sur ces trucs avant tout. Et si tu veux absolument aller combattre des armées ayant des milliers de chars, je vais te casser le suspense dès maintenant: ces armées avec des milliers de chars, elles ont aussi des centaines de milliers d'hommes et beaucoup de centaines d'avions, et 1/ on a déjà pas les moyens d'aller les chercher maintenant, on les avait pas il y a 10 ans et on les avait pas non plus avant la fin de la guerre froide, 2/ on n'a peu de chances d'avoir à aller au casse pipe contre eux, parce que les grands ont nettement plus d'intérêts communs à arranger ensemble, même si c'est bancal (et si c'est pas le cas, le casse pipe sera nucléaire et/ou se verra venir des années à l'avance avec un temps d'adaptation militaire: ces choses n'arrivent pas du jour au lendemain entre grands acteurs). Par ailleurs, s'il fallait aller casser du maousse avec milliers de chars et d'avions, vu que c'est pas pour notre catégorie, ça se fait en coalition.... Et il peut être réellement intéressant de se demander quel intérêt on a à de telles coalitions (surtout au vu du passé récent), s'il faut pouvoir y peser, et si oui comment, ou si encore on a réellement des chances d'y peser tant qu'il y a les ricains dedans (qu'on envoie l'équivalent d'une ou deux divisions dans une coalition majeure contre un adversaire lourd, avec les ricains dedans, faut arrêter de se leurrer, ça changera pas vraiment le pouvoir de négo, donc c'est une perte d'argent: il n'y a pas vraiment de configuration où, vu le différentiel, on puisse être "l'allié qu'il faut écouter"). Restent les adversaires et menaces à anticiper, contrebalancer, parer ou carrément affronter seuls ou en petites coalitions (sans ricains; cad des scénaris où les ricains ne s'inviteraient pas): et faut un peu regarder le monde au lieu de parler dans des absolus abstraits.... Y'en a pas tant que ça, et les menaces sont rarement des flots de blindés, surtout en grandes quantités ET ayant un niveau technique au top du top. Pour rappel aussi: dans ces configurations "classiques", si tant est qu'il y ait des scénaris crédibles qui pourraient les voir arriver (ce qui est peu sûr, voire pas), et les voir arriver tels qu'on semble les fantasmer (encore moins sûr; faut vraiment se sortir la guerre froide de la tête), le premier tueur de blindé n'est plus le blindé (et en particulier le premier tueur de chars n'est plus le char), c'est l'hélico, et plus encore, c'est l'ensemble des moyens interarmes et interarmées employés en synergie dans des boucles d'information/décision/action très rapides. Les innombrables commentaires s'exaltant comme quoi le char reste indispensable parce que l'Afghanistan, parce que l'Irak, parce que le Liban, sont quand même très risibles: oui, il faut du blindage lourd, mais pas des formules 1 hors de prix (en développement, acquisition, maintien, projection et soutien en opération) qui n'ont été calibrées que pour une autre guerre qui n'a pas eu lieu et se trouve largement dépassée aujourd'hui. Tu peux t'enfermer dans tes peurs de changement et les certitudes acquises au temps jadis, ou souhaiter en vain une capacité universelle pour pouvoir affronter chaque armée de ce monde quelle qu'elle soit, mais ça, ça n'arrive pas dans le monde réel, et ce ne sont pas 2,5 ou 3% du PIB qui amèneraient cette capacité, ni la possibilité de lancer plusieurs divisions blindées en Chine continentale, ce qui semble être le scénario sur lequel toutes les critiques de changement comme les tiennes semblent reposer en arrière fond. On détermine les MENACES potentielles (pas les adversaires: c'est déjà une vision très réductrice et qui limite d'emblée la capacité à agir et à produire du résultat politique) et on essaie de trouver la meilleure réponse au moindre coût; on détermine les intérêts à protéger et développer, et on voit leur dimension sécuritaire/militaire potentielle, et là on choisit les capacités à avoir pour favoriser ça. Ne penser qu'en terme d'adversaire (sous-entendu "étatique et plus ou moins développé"), c'est déjà fermer son champ de vision, éteindre les 2/3 de son cerveau et de fait se tirer une balle dans le pied avant même de démarrer. Franchement, la rhétorique de faux bon sens pointant du doigt des "réflexions échevelées", des "coupages de cheveux en quatre", "arguties" et des "doctrines fumeuses", c'est juste se placer très facilement dans une fausse dialectique des "gens logiques" contre les "intellos abstractionnistes" qui sert juste à se donner bonne conscience et éviter de se creuser le caberlot, et pire, de remettre en question ce qu'on croit certain, ce qui est la définition même de la paresse intellectuelle. Histoire à l'appui, c'est pas comme ça que les progrès militaires ont été accomplis.
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Guerres & Histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Davout dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Oh que oui: je trouve qu'ils parlent même beaucoup trop de la 2ème GM qui doit représenter facilement entre les 2/3 et les 3/4 des magazines d'histoire militaire, donc basta avec cette chierie et les sempiternelles images de soldats allemands, russes, anglais et ricains en noir et blanc (et parfois en couleur), les mêmes images de tanks, de navires et d'avions, c'est franchement monotone, pour ne pas dire infiniment chiant. Laissez un peu de bordel de place aux époques antérieures, elles sont si peu étudiées, surtout avec un regard analytique (parce que les magazines d'histoire qui parlent des guerres et des armées sont pas franchement bons sur le sujet, surtout en France où l'histoire militaire est si peu et mal traitée). Donc encore plus de Romains, de Grecs, d'hosts féodaux, d'armées classiques, voire à la rigueur de période napoléonienne, et (un peu plus) aux chiottes les guerres mondiales :lol:. Petite statistique rapide: sur les 10 numéros déjà parus, les dossiers (le pavé de chaque exemplaire) concernant la 2ème GM, y'en a eu 3 purement sur la 2ème GM plus deux partiellement (les paras et le dossier sur l'Allemagne, surtout sur les 2 GM) et 1 sur la 1ère GM. 2 concernent les périodes contemporaines ou postérieures à la 2ème GM (dont les paras). Restent 1 médiéval (le dernier), 1 sur la période napoléonienne, 1 très partiellement sur la période classique (l'Allemagne: la partie sur la Prusse, toute courte) et 1 sur Rome. La 2ème GM a une présence plutôt écrasante..... Comme l'a dit Lannes sur son lit de mort: ASSEZ! -
Et entre ceux qui ne veulent pas changer (et pour qui le maintien ou l'augmentation des budgets est un "fix" permettant d'éviter la remise en question) et ceux qui mettent en cause l'efficacité du modèle militaire lui-même hors des questions de budget. Comment produire de l'efficacité tactique/opérative/stratégique est une question bien plus dure et dont l'aspect tactico-technique n'est qu'une portion minoritaire. Si on se limite à cet aspect, on ne change rien et on dépend absolument des budgets dont l'augmentation ne produit, dans un tel cadre, qu'une amélioration très marginale des capacités à obtenir des résultats opératifs/stratégiques, donc politiques (qui sont la seule chose qui compte). Ca, c'est l'autre aspect, pire encore: on n'a jamais eu à se préparer, au final dans l'histoire, que contre un adversaire, relativement similaire (étatique, territorialement proche, culturellement comparable). Une armée se calibre dessus: tout le reste était nettement mineur et on pouvait facilement s'y adapter, et encore, beaucoup de déconvenues ont eu lieu dans les conflits "lointains", en raison précisement du fait qu'une menace plus petite n'est pas forcément moins dangereuse, et que "qui peut le plus" ne peut pas forcément "le moins" (parce que les menaces sont différentes en nature; il est à cet égard édifiant de se pencher sur le détail de ce qui a réellement permis les conquêtes coloniales). La menace actuelle est protéiforme et appelle une capacité d'adaptation sans équivalent dans l'histoire, ce qui est radicalement différent de ce qui fonde les moules de pensée, appareils industriels et modes d'organisation des armées occidentales actuelles.
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On ne parle pas de ça: on parle d'un changement de modèle. Ce discours que tu évoques, outre la proportion d'hypocrisie politique, n'a jamais induit de changement de modèle, juste une espérance (même si les promesses avaient été tenues) que les progrès techniques des systèmes compenseraient plus que largement la baisse du nombre de systèmes et unités en ligne. Or cette espérance tactico-technique, principalement issue des Américains, ne peut rien produire que de très marginal en terme d'augmentation de capacité réellement stratégique/opératique. Un surcroît d'efficience des modes de combat n'induit que très peu de surcroît d'efficacité dans la guerre, si la façon de penser et aborder l'armée, l'action armée et la guerre ne change pas. C'est tout le point qu'essaient de soulever un certain nombre de têtes pensantes comme Desportes ou Goya: pour produire de l'efficacité tactique et stratégique, y'a quelque chose à changer radicalement avant de dire que c'est tout la faute des méchants politiques et des budgets qui se réduisent.... Et de ce côté, RIEN n'a réellement été changé, si bien qu'on continue à adapter une armée de guerre froide à des missions qui ne sont pas la guerre froide, et un format qui n'est évidemment qu'une fraction de ce qu'était l'armée de guerre froide. Il ne s'agit pas de "plus" ou de "moins", mais de "différent". Une autre façon de dire que les décideurs pour le coup militaires ont une énorme part de faute, malgré tous les efforts quantitatifs de réformes qu'ils ont fait: il ne faut pas avoir peur de dire qu'une bonne partie de ces réformes et efforts très durs pour les forces (qui d'ailleurs ont outrageusement préservé les chapelles et castes de hauts galonnés, de façon plus que disproportionnée), ont été des efforts quantitativement réels et impressionnants (encore plus comparés au reste de la fonction publique), mais peut-être qualitativement à côté de la plaque. Parce que changer sa culture et ses façons de faire, de penser et de se penser est infiniment plus dur que tronçonner sans arrêt un peu plus de trucs. Alors il est facile d'accuser de "blablatage" des "coupeurs de cheveux en quatre" hypothétiques (qu'il est bien pratique d'inventer: c'est plus confortable), mais faudrait voir qu'il y a un peu plus en question, et que les décideurs militaires ont une énorme part de faute dans ce qui se passe actuellement et que leur activisme et quantité de travail pour garder le moule de pensée actuel en l'adaptant à des budgets en baisse ne doit pas obérer. Ils refusent de réellement changer. Le politique n'est pas exempt de fautes non plus dans ce domaine là, mais la faute est quand même avant tout militaire dans ce registre. Lis le DIS HS de ce mois sur l'AdT, Desportes, Goya, Henrotin, Bihan et quelques autres expriment bien mieux que moi ce qu'est un changement de modèle par comparaison avec ce qu'impose une réduction de budget à modèle inchangé, et avant tout en terme de "production d'efficacité" (à différencier nettement de la production d'efficience qui est la seule chose que le modèle actuel arrive encore à réaliser, et encore à la marge), juste pour dire qu'il y a quelque chose de fondamental à faire bouger avant de parler d'augmentation de budget. La Jeune Ecole a pêché par idéologie, avec des facteurs de torts aisément démontrables au moment même de leur émission. Si tu veux des exemples à travers toute l'histoire d'armées qui ont changé de paradigme et ont produit d'énormes surcroîts d'efficacité tactique/opérative/stratégique pour des ressources consacrées équivalentes ou inférieures, je peux en fournir bien plus que ce lamentable épisode de la Jeune Ecole, de la Macédoine et Rome à la Wehrmacht.
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Ce serait vrai si le personnage mis en cause par le journaliste défendait une position défendable, à savoir un cadre législatif et "culturel" raisonnable quand à la détention d'arme par des personnes privées; or c'est loin d'être le cas, et il se retranche comme un enfant attardé derrière des exagérations outrancières et parano genre "Obama n'a qu'un but dans la vie, vous prendre vos armes", ou "le droit même d'avoir une arme est en danger", ce qui est pire que faux dans les 2 cas. Bref, ta phrase serait vraie si les positions étaient aussi extrêmes l'une que l'autre ou aussi modérées l'une que l'autre, chacune dans leur postulat fondamental. Mais ce n'est pas le cas; ce n'est pas un "radical anti-armes" contre un "radical pro armes", ou un "chialeur professionnel" contre un "défenseur des libertés". On a d'un côté une position extrême et irresponsable qui poursuit dans une rhétorique qui n'a fait qu'empirer depuis 20 ans et prône une libre acquisition, possession et droit de porter en permanence n'importe quelle arme, sans limitation aucune, et de l'autre quelqu'un qui (à un degré ou à un autre) semble partisan du "gun control" (pad de l'interdiction). La rhétorique des associations NRA-like comme quoi la moindre mesure de gun control est un anéantissement complet du 2ème amendement est pire qu'outrancière et ridicule, et le consensus tacite sur la scène publique américaine, tel qu'il s'est construit dans les 20-30 dernières années, est de ne même pas pouvoir dire à quel point ce discours est stupide sans se prendre un procès en sorcellerie, dictature, communisme extrême et bien-pensance larmoyante tout à la fois. Quand ce genre de tarés et/ou hypocrites (parce que pour beaucoup de ces "porte paroles", il s'agit d'un business et d'un pitch bien rôdé pour les médias) en est à dire au lendemain d'une tuerie (ou d'ailleurs en temps normal) que le meilleur moyen de prévenir la violence armée est d'armer tout le monde encore plus, y compris dans les écoles, je crois que le terme "stupide" (ou "incohérent", afin de souligner l'absence de logique et de raison, ou même de construction d'un argument valable) a toutes les raisons d'être employé, et que ce n'est pas une position extrêmiste de la part du journaliste qui ne s'attaque pas en l'occurrence ni au droit de porter des armes, ni au second amendement, ni à ceux qui veulent une arme en général, mais à ceux qui parmi les pro-guns/pro-2nd Amendement disent absolument n'importe quoi (aussi bien pour valoriser leur business et une idéologie extrême que pour favoriser les ventes de leurs sponsors) avec une irresponsabilité véritablement criminelle. On signalera d'ailleurs qu'au sein même de la NRA, des sondages indiquent qu'une vaste majorité de membres (de l'ordre des 3/4) s'inscrit en faux par rapport à leur propre direction sur les dispositions à prendre en terme de "gun control": ils ne souhaitent certainement pas autant de mesures que le reste du pays (rappelons que les Américains ayant une arme sont une minorité, et que parmi eux, les membres d'associations comme la NRA sont une petite minorité), mais ils en souhaitent. Et la direction de la NRA, Wayne Lapierre en tête, refuse le moindre changement et fait un lobbying actif et très financé contre même la légitimité d'un autre discours que le sien. Et quand on dit lobbying, c'est au sens large: outre tout le panel du lobbying politique à Washington (pointé comme du chantage y compris par des élus républicains), on parle financement de campagnes, campagnes de désinformation, manoeuvres et activisme en interne des médias pour délégitimer le discours "adverse" (pression individuelle sur des journalistes, rumeurs, attaques ad hominem, harcèlement juridique et personnel....), surprésence médiatique dûment facturée (notamment à FoxNews où le procédé a été plusieurs fois mis en évidence).... Pour donner un ordre de grandeur, le budget annuel de la NRA est d'environs 200 millions de dollars, auxquels s'ajoutent les budgets des autres associations pro-guns, et les "synergies" avec d'autres lobbies, fondations et organisations conservatrices (qui ont tendance à se coordonner et fonctionner en troupeaux), mais aussi évidemment les budgets com et lobbying des entreprises produisant des armes. Pour des campagnes électorales et les budgets pubs des médias, c'est une pression sans équivalent émanant au final d'un tout petit nombre d'individus, et dont le discours n'a fait que s'enfoncer dans un "toujours plus" devenu réellement dément depuis 2-3 décennies.
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C'est vraiment LE bon côté de la situation actuelle, si certaines institutions essaient de le saisir: plus de budget dans le contexte actuel des structures de forces, façons de penser l'action militaire dans toutes ses dimensions et processus industriels ne serait vraiment pas forcément la meilleure des choses. Ca entraînerait un accroissement marginal de capacité (surtout comparativement à la façon dont les rapports de forces même strictement militaires évoluent, et dont, dans le "camp occidental", la domination américaine reste trop écrasante pour être atténuée d'aucune façon), pour un coût très (trop) important, sans perspective de réel progrès significatif. Bref, c'est le moment où l'outil militaire peut-être repensé dans son emploi (notamment la pensée "au sommet" et l'interface avec le politique), sa nature, ses structures, son organisation, ses systèmes, pour déployer beaucoup plus d'efficacité par unité ou système déployé. Et ça c'est avant tout une question humaine: politique, culturelle, organisationnelle, tactique.... Soit de la sueur, du jus de cervelle, des petites féodalités, habitudes "confortables", appartenances et fiertés à bousculer, et des façons de faire (politiques notamment) à revoir. Pas des budgets à dépenser en plus ou à squeezer encore plus. Ca s'appelle un cadre de pensée à changer, bref, un "modèle". Quand un nouveau aura été trouvé et mis en place, là, une augmentation budgétaire sera de mise et pourra produire de réels effets. Une crise, c'est des emmerdes en pagaille sur une courte période de temps, mais c'est aussi le moment où on est obligé de se remettre en question et où les opportunités apparaissent.
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On est tous d'accord ici sur le budget, mais faut pas être mélodramatique pour autant ;): les politiques d'hier et d'aujourd'hui sont en bonne partie les mêmes, et ceux d'hier (et d'avant hier: les monarques et élites des divers régimes de l'histoire ont aussi leur passif) avaient à se poser la question de voisins territoriaux agressifs, à un point tel que "la défense" coulait de sources.... Et ils n'ont pas non plus toujours fait les bons choix (très loin de là) quand bien même ils avaient ce couteau sous la gorge (ce qui en faisait un sujet éminemment politique en permanence, donc quelque chose d'important pour tous), ce que les actuels n'ont pas. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes, ou comme le faisait dire Visconti à un de ses personnages, et qui a du être dit ou pensé à chaque soi-disant "changement d'ère" ou "révolution", "il faut que tout change pour que tout reste comme avant" :lol:. Si tout foutait le camp et était mieux avant, étant donné que chaque génération de vieux le pense, le monde devait être vraiment salement génial au tout début; or l'histoire (et l'archéologie) nous permettent de dire que, à moins d'être fanas de peaux de bête et d'une espérance de vie réduite, c'est pas trop le cas.... Donc on peut apprécier ce Noël et arrêter de trop s'en faire.
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Mets Israël aussi comme comparaison: très armé, niveau de violence par arme à feu bas (en dehors évidemment de leur "autre problème" :-X). Mais les statistiques nationales aux USA sont peu révélatrices: il faut regarder la ventilation des chiffres donnés par Etat, étant donné les -parfois énormes- différences de législation, de contrôle et d'attitude par rapport aux armes à feu d'un Etat à l'autre. Cela indiquerait qu'un nombre plus réduit d'entre eux concentre une proportion plus élevée que ces moyennes qui recouvrent des réalités très -trop- différentes pour que l'analyse nationale soit toujours très révélatrice. A noter que, événément rare suite à un massacre de ce type, la NRA a organisé une conférence de presse, promettant de "nouvelles réponses", d'adresser les "vrais problèmes".... L'événement n'est pas anodin si tôt après l'événement, et avec une telle publicité annonçant l'événement à l'avance. Mais quand Wayne Lapierre a pris la parole, son propos reprenait le même disque rayé que depuis 20 ans: c'est terrible et c'est tout la faute à une industrie très particulière qui produit des films, séries et vidéos violentes faisant du meurtre un mode de vie, et la NRA discutera de plein de choses pour qu'il y ait du changement tout en ne cédant rien, même un petit peu, sur l'état de la liberté donnée par le second amendement.... Edifiant d'hypocrisie et de connerie.
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Et c'est pourquoi tu ne verras pas le débat durer plus de la semaine, pour les quelques émissions qui vont le reprendre: c'est rien du tout, voire pas grand-chose. Et tu verras encore moins des manifs, des protestations, des adresses de politiques admonestant les USA, des Français réclamant à leurs élus de faire quelque chose.... Rien de bien important, et ça ne survivra pas au-delà du buzz médiatique de quelques jours, pour "varier l'ordinaire" des décideurs de quelques émissions de débats/reportages. La télé et internet, plus encore que les journaux, ont ceci de particulier qu'ils font que beaucoup d'événements ayant lieu loin et ne concernant pas une communauté donnée (les 2 sont pas toujours liés) impactent quand même les consciences de cette communauté: l'être humain est éminemment nombriliste, et un événement terrible qui a lieu à 1km de chez lui ou à 1000 est rapporté dans le même "news cycle". Pour lui, c'est la même chose quasiment (si les victimes de l'événement parlent la même langue que lui ou ont un peu plus de points communs, ça renforce évidemment, mais l'essentiel n'est pas là): ça le renvoie à lui-même et à ses peurs, donc il "s'approprie" l'événement.... Et il y réagit: impuissance, indignation, donc prise de position dans un sens ou dix autres. Dès lors que ça passe par la télé, quelle différence entre un truc aux USA ou un truc ici? Fondamentalement, la réaction est exactement la-même, et le reste n'est qu'un "habillage" mental. Evidemment, si ça se passe dans son voisinage, sa région ou son pays, ça a un peu plus de portée et dans certaines circonstances, ça peut le conduire à suivre un peu plus durablement le problème, mais la même chose peut être dite si l'événement en question arrive aux USA mais le concerne concrètement d'une manière ou d'une autre (une maladie, un crash boursier, sa star préférée qui se fait agresser....). Les médias instantanés (ou approximativement, ou qui en donnent l'impression) ont ce facteur d'irréalité en ce qu'ils abolissent les distances sur un sujet donné, et posent du coup un tas de questions légitimes sur une sphère publique mondiale, les intérêts croisés des pays qui s'interpénètrent de biens des façons très complexes, les "tribus" qui existent via le net.... Beaucoup de ces choses liées au "village global" ne sont pas sans impact sur bien des questions et processus concrets (cad avec conséquences bien réelles) de politique intérieure de nombreux pays: regarde simplement ce qui se passe quand des militants et réfugiés tibétains emmerdent une délégation chinoise à Paris pour les JO, ça contraint le comportement du pays hôte et celui de la Chine, ça fait réagir dans d'autres pays libres où des pressions similaires ont lieu, et au final, ça n'est pas neutre sur les postures et négos en cours des pays concernés, dans un sens ou dans un autre. Pourtant, en quoi la question du Tibet regarde des citoyens français, fondamentalement (du moins qui ne sont pas Tibétains d'origine)?
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Le "domaine réservé" a les inconvéniens politiques de ses anciens avantages pratiques: la présidence telle qu'elle est en France, institutionnellement et politiquement, est taillée pour une seule personne, et cette personne est morte en 1970. Lui seul avait la stature, la compétence ET le capital politique (la majorité dans sa fouille, des fonds bien alimentés pas dépendant de sponsors particuliers et une garantie de gagner toute élection) pour profiter de la position institutionnelle de la présidence, combinée à la domination de la majorité et à une autorité "morale" recouvrant encore plus de la sphère politique (sans compter évidemment un bon niveau de consensus national), et bien en profiter. Si tu y ajoutes les conditions des années 60, où la position relative de la France et de l'occident étaient nettement plus avantageuses, ça donne des résultats, dont par la suite quelqu'un comme Pompidou a encore su bien profiter. Mais l'inconvénient immédiat, déjà, de ce fonctionnement, a été de graduellement "déposséder" les assemblées en particulier et la classe politique en général, de ces "domaines réservés", accroissant de ce fait une dissociation entre politiciens et la sphère stratégie/défense/politique extérieure/renseignement, dissociation de connaissances, de pratique, de "conscience" de ces choses, de priorité de ces choses, et de leur intérêt dans le débat politique intérieur et, en fait, la sphère qu'on appelle "l'opinion publique" (la scène publique du débat, quoi: médias, personnes et groupes qui les animent, leaders d'opinion, cercles d'influence et de rencontres....). Infantilisée dans ce registre, la France a reconstruit sa scène politique en grande partie sans ce registre. C'est déjà une pente naturelle des démocraties en paix, mais là ce fut encore plus radical parce que ça a atteint jusqu'à la majorité de la classe politique elle-même, si bien qu'il n'y a quasiment aucun "poids lourd" ou "premier couteau" de la politique qui soit réellement un expert de ces domaines, ou en tout cas qui soit prêt à y risquer une seule plume politique (sauf quand il est au pouvoir et qu'il est bien obligé de le faire une fois de temps en temps, souvent à son grand regret). Ajoute enfin que peu de circonstances incitent à remettre vraiment ces sujets au coeur du débat public (information, connaissance réelle, débat, prises de positions fermes et engageantes de politiques, journalistes informés et critiques pour les émpêcher de parler gratuitement....), donc des préoccupations réellement politiques (ce qui ferait que les citoyens seraient aussi motivés par ça dans leur bulletin de vote et leurs réclamations à leurs élus) et des arbitrages qui comptent: le Mindef, hors pour les attributions de budgets à des industriels (donc essentiellement pour jouer le sujet "emploi") n'est pas un ministère puissant politiquement. Il est même plutôt sans défense, et c'est rarement celui que les politiques d'une majorité convoitent, sauf à vouloir la plate-forme "logistique" qu'il permet (un ministère, c'est du personnel à Paris, une place dans les dîners en ville, de quoi mener la bataille politicienne, nommer des gens, se créer des fidèles, avoir une "enveloppe" discrétionnaire, un statut, un accès aux médias....). Et les circonstances perceptibles pour l'électeur moyen (et surtout l'électeur moyen français, encore plus désinformé/éloigné de ce sujet) actuellement, c'est essentiellement.... Qu'il n'y a plus de menace directe, physique, sur le territoire: plus d'Allemands, plus de Russes. Si bien qu'il est encore fréquent d'entendre une quelconque personnalité dire "pourquoi qu'y a besoin d'une armée"? Personne peut nous envahir, c'est fini tout ça", ou quelque chose dans ce registre.
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Je ne dis pas que la situation relative de la France (et de l'occident) n'a pas changé, mais entre constater ça et dire qu'on ne peut que se résigner à ce que notre rang démographique et économique "imposerait", il y a beaucoup de marge, et cette marge dépend de la direction du pays (et évidemment, au moins en partie, du consensus qu'elle peut créer derrière dans le pays pour en faire une vraie position politique durable, mais aussi l'aspect "institutionnalisé" de la chose, notamment comme un relatif accord gauche-droite, permettant le suivi de majorités en majorités). On parle là de ce que peut faire une direction active menant une politique extérieure un tant soit peu "conquérante", et le faisant bien, un double problème en France; faiblesse de la volonté et désintérêt ces dernières décennies d'un côté, et de l'autre, amateurisme, autoparasitage, manque de suivi, manque d'expertise/conscience stratégique (et militaire, et renseignement)/internationale dans la mémoire institutionnelle à haut niveau et plus encore dans la direction politique. La Vème république et son fonctionnement particulier n'y sont pas étrangers, entre autres facteurs. Alors structurellement, on a moins de "jeu" que dans les années 60, en partie en absolu, et surtout en relatif (le reste du monde a en beaucoup d'endroits "rattrapé" du retard, et le bloc ex-soviétique a intégré "le monde libre"), ça c'est un fait. Ca veut pas dire que ce qu'on a actuellement est le mieux qu'on puisse faire pour autant, et de loin. Dans le registre militaire, avoir entre 2 et 3% du PIB dans le domaine Défense/renseignement/Politique Extérieure (et francophonie, un vecteur potentiellement si puissant qui est si peu et mal utilisé), voire 3,5-4%, serait très supportable et ne vampiriserait en rien une dépense publique mieux gérée et politiquement mieux assise que ce qui a été fait dans les 3 dernières décennies de lâcheté, compromission et pourrissement sciemment entretenu. C'est un échec politique de moyen terme et une mauvaise gestion; il n'y a pas d'impossibilité fondamentale pour le pays d'être un acteur potentiellement nettement plus lourd à l'international sans se planter un couteau dans le pied par une dépense militaire disproportionnée et une gesticulation internationale hors de ses moyens. On va dire qu'entre les 1,6% actuels et les 3-3,5% potentiels, il y a entre 1,5 et 2% de PIB de marge (et encore plus en potentiel "libéré" si cette dépense est bien faite) qui couvrent cette réalité potentielle, et qui correspondent là clairement à la politique française et ce qu'elle est devenue récemment, à des non-choix, à un enfermement "provincial" sur la politique intérieure avec un coup rude pour les intérêts du pays (et je ne parle pas de ces conneries vaniteuses de "rang" ou de "prestige"). Si encore cette marge de fric avait été réellement utilisée pour de l'investissement dans le pays (réforme de l'Etat en général, politiques d'investissements de tous types, réduction de déficits pour retrouver de la marge de manoeuvre en général....), soit une dépense utile, je ne dirais rien: c'est un choix politique. Mais ça n'a pas été le cas, on ne peut que le constater: préservation des clientèles politiques, financement de déficits croissants pour éviter de réformer/déranger les équilibres existants.... L'explication est plutôt de ce registre. Et c'est pour ces 1,5-2% de PIB mal utilisés, là, la politique française est ENTIEREMENT coupable. Parce qu'une bonne politique extérieure, donc soutenue avec des moyens (outils et dispositifs militaires/renseignement, outil industriel militaire, outil diplomatique et ses succédanés, masses de fric disponibles pour usages divers, volet international d'entreprises publiques, moyens médiatiques/d'influence sur les consciences à échelle régionale/mondiale....), est un multiplicateur d'influence et, ultimement, de richesse.... Pour peu qu'on ait une posture "offensive"/pro-active, ce qu'on n'a plus depuis un bail, surtout sous le protectorat américain qui est très envahissant et castrant.
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Pourquoi des nuances? C'est de la politique, y'a pas de distinctions dès lors que ça a un écho dans la population et que des gens le "convertissent" en pression politique (au niveau des individus lambda, ça veut dire militer, manifester, joindre une organisation active, envoyer du fric.... Et voter). Dans ce domaine, pas contre la France en particulier, mais des politiques relayer ce combat, oui régulièrement. Comme quand l'ambassade américaine à Paris (comme partout ailleurs) finance des programmes pour repérer et aider des "jeunes talents", ce qui peut à la rigueur être légitime quand il s'agit d'essayer de les faire venir aux USA, et nettement moins quand il s'agit d'aider leur carrière pour en faire des lobbyiste pro-US, tisser des liens avec eux, éventuellement les "contraindre" (en incitant aux "retours d'ascenseurs").... Certains auraient aimé savoir que Sarkozy avait émargé sur ce programme. De même quand l'ambassadeur ricain sillonne les banlieues pourries pour les inciter à s'organiser en communautés ethniques/religieuses fonctionnant sur le mode communautariste américain.... Overstep ou est-ce de bonne guerre? Ca peut légitimement offenser un Français, mais empêcher ça peut aussi légitimement choquer un Américain. On fait pas mal de truc analogues à l'étranger.