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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Faut pas confondre les époques et les mêler n'importe comment: Allemagne willhelminienne = l'Etat sponsorise beaucoup de bourses, les écoles de cadets sont pour tous.... Et pour tout ce qui concerne l'avant 40, l'uniforme reste prestigieux et attire une part substantielle des élites: le militaire est encore une figure des cercles sociaux huppés, et porte souvent un nom de famille qui s'y rattache par d'autres branches. C'est encore plus vrai avant 14 (voire sinon La société militaire de Raoul Girardet). Pas confondre et brandir des clichés qui ont été plus que battus en brèche depuis. "Pacifisme", c'est pas le flower power dans 95% des cas pendant l'entre deux guerres. Les mouvements (politiquement significatifs) les plus pacifistes sont les associations d'anciens combattants qui n'ont RIEN d'antimilitariste, au contraire, pendant l'entre-deux-guerres; ça veut juste dire qu'ils refusent des politiques de provocation ou menant à coup sûr à la guerre. Les vétérans n'aiment pas l'idée que "ça aurait été pour rien", et sont généralement pour un effort persistant sur une défense forte. Les communistes deviennent antimilitaristes après le Pacte germano-soviétique, mais c'est aussi le moment où ils sont giclés. Pour le gouvernement Blum, faut arrêter de se laisser abuser par des mythes qui datent de Vichy ("l'esprit de jouissance" et autres débilités de propagande): le réarmement a été LANCE par Blum, après des années de gestion débiles et pourrie entre le traité de Locarno et 1935-36 (M. Laval y a participé, lui qui dira après que c'est tout la faute à Blum :P). Encore une fois, se défier des conneries et délires des historiens des XIXème-XXème siècles qui balanceront des "caractères nationaux" des soldats: la "ténactité" du soldat britannique, elle a été nulle à certains moments, bonne à d'autres, dans des proportions similaires aux autres, selon les conditions diverses qui favorisent ou non telle ou telle qualité: encadrement, soutien, intendance, moral, équipement, situation, temps passé au front.... Héritiers des visions nationalistes du XIXème, ces "caractères nationaux" des soldats ont été placés comme vertus quasiment génétiques au début, puis sont devenues plus simplement culturelles, puis se sont graduellement affaissées pour n'être plus signalées qu'à l'occasion, pour le style ou les petites bravades. Pas vraiment quelque chose de sérieux quand on entre dans les analyses des armées. Je ne dressais aucune comparaison en l'occurrence puisque l'armée britannique pré-1915 n'est pas une armée de conscription, juste une micro-armée expéditionnaire et de police impériale (qui s'est toutefois "remilitarisée" à l'occasion de la Guerre des Boers, adoptant de bons règlements d'infanterie légère, même si à échelle réduite).
  2. Il vient d'être créé une entière section pour les what ifs.... Ici = histoire et reflet sur le temps présent. Ca n'empêche pas quelques décrochages prévisionnels, mais c'est pas pour lancer des grands scénarios d'anticipation.
  3. Sauf que l'Allemagne fonctionne aussi à la conscription avant 1918 et pour la 2ème GM, et que beaucoup de facteurs tempèrent ces affirmations: - les fonctions économiques en Allemagne ne sont pas si dévalorisées que cela par rapport au service armé, même dans l'aristocratie d'avant 1918 - tous les pays en question sont dans une période de nationalisme très fort qui valorise le service de la nation et le sacrifice en temps de guerre - il subsiste d'importants traditionalismes et conservatismes sociaux qui valorisent encore l'officier comme un métier "légitime" pour les élites, voire une branche obligatoire pour les milieux traditionnels le différentiel de pertes est aussi à relativiser sérieusement dans ce genre de comptes globaux, qui généralisent beaucoup de choses. Un exemple parmi d'autres: enlève les ravages de l'artillerie dans les morts de la 1ère GM pour essayer de voir les kill ratios d'un hypothétique combat d'infanteries où les cadres ont leur rôle à jouer, ça remettra les patates au fond du sac (surtout s'il faut enlever les pertes alliées dues au différentiel d'artillerie lourde pendant la 1ère phase du conflit). Il est très possible que le différentiel soit à l'avantage allemand, mais pas dans les proportions susmentionnées. Les armées ne sont composées que du bas du panier qu'après de très longues périodes de paix, ou, dans le cas britannique, à l'époque où l'armée de terre n'est pas la grande priorité et doit, à chaque guerre, être multipliée par 10 pour atteindre un seuil minimal. Le système prussien, appliqué à l'Allemagne willhelminienne, c'est celui des écoles de cadets qui portent un cran plus haut le degré de militarisation de la société allemande en formant très tôt, surtout pour faire de la sélection, de futurs cadres pour la masse de conscription.
  4. Dans une chasse gardée des USA :O?!!!! Les frégates étaient un créneau de marché que les USA n'occuppaient pas trop, mais des navions de combat en grande quantité? Déjà dur de comprendre comment les mirages ont pu passer.
  5. D'un autre côté, la position de la Chine n'est pas non plus sans fragilité avec le temps: disproportions gigantesques du développement dans la population, déséquilibres et oppression, disparité géographique, déséquilibres démographiques (jeunes-vieux, hommes-femmes), corruption, problèmes politiques du régime au regard de ce que peut impliquer le développement, problèmes écologiques lourds.... Bref, le pays n'est pas sans avoir à craindre nombre de problèmes internes potentiellement très violents, et le nationalisme encouragé par le pouvoir n'est qu'un pis aller qui n'a qu'un temps (un des milliers de petits indicateurs amusants peut être la fréquentation des cinés pour ce qui est de films de guerre/historiques/arts martiaux à tendances très patriotique: ce peut n'être qu'un effet de problèmes d'inspiration, mais ces films ont tendance à baisser depuis quelques années, que ce soit en prod hong kongaise ou en prod chinoise continentale.... Ils ont trop martelé la même chose de la même façon). Mais c'est une des grandes méthodes chinoises qui découle de la perception des "cercles": tout ce qui ne concerne pas le 1er cercle stricto censu est "négociable". Cela veut dire que tout est un atout de négociation auquel ils ne tiennent pas plus que ça dans le court ou moyen terme, et un sujet à propos duquel ils peuvent réaliser des coups de sonde, des bancs d'essais, voire des tentatives de coups de force à petite échelle, tous mouvements dont ils sont toujours prêts à se dédire rapidement et sans arrière-pensée parce que c'est juste pour tester (et si par hasard ça marche, tant mieux). Mais le but essentiel, minimal, fondamental, c'est de ne pas faire courir de risques au premier cercle, donc ils ne penseront jamais en terme de sacrifices possibles et d'évaluation coûts-avantages d'une opération pouvant aller à la guerre si le risque est pour le 1er cercle, précisément pour cette raison; si les alternatives impliquent d'attendre TRES longtemps, ils s'en tapent, ils attendront. Les occidentaux ont les montres, les mouvements insurrectionnels ont le temps.... Mais les Chinois font les montres :lol:.
  6. L'idéal d'une bonne stratégie n'est-il pas de vaincre sans combattre, selon Sun Tsu ;)? C'est évidemment ça leur but, et d'une façon paradoxale, ce sont sans doute les USA (à la demande de Taiwan ou non) qui lanceraient le conflit s'ils tenaient vraiment à éviter que Taiwan devienne chinoise, parce que le temps joue soit contre eux, soit, au mieux, pour personne.
  7. Cet "intérêt" pour Taïwan, il faut le comprendre à travers la théorie des cercles qui imprègnent profondément la mentalité chinoise, leur pensée et leurs méthodes et objectifs, tout connement parce que c'est la base de la façon dont ils se perçoivent et se comprennent en tant que puissance et espace. Ils ne voient pas vraiment les parties individuelles qui composent la Chine comme essentielles en elles-mêmes, dans une certaine mesure, même si le "1er cercle", la Chine Han continentale elle-même, est la base, le centre, l'empire du milieu. Le reste sont des ensembles ou des entités particulières qui sont un moyen pour une fin. Le 2nd cercle est défensif, le glacis protecteur, le 3ème est celui des vassaux. Taiwan est vu comme appartenant naturellement au second cercle, fondamentalement, mais a eu, depuis 1948, un développement particulier par le travail de propagande, la forte immigration han continentale suite à la prise de pouvoir communiste et la cristallisation symbolique de l'île comme affrontement de système et "outil de l'étranger". Mais elle reste un moyen pour une fin. Pour la Chine, tout intérêt en dehors du 1er cercle est un prétexte au chantage, à l'action, à la manoeuvre, un pion sur un échiquier. Et ils savent en jouer. Ils peuvent s'en servir éternellement comme outil et prétexte à des fins de mobilisation intérieure comme à des fins de marchandage extérieur, même si le travail particulier depuis la fin de la guerre civile contraint à une certaine posture qui ne peut qu'avoir une fin, dans un sens ou un autre, dans un avenir plus ou moins proche. Le développement très volontariste d'un fort nationalisme comme compensation à la baisse radicale de l'idéologie communiste ne peut que pousser en ce sens et limite à terme l'instrumentalisation uniquement pratique de l'île comme "objet" politique. Agiter un chiffon rouge ne peut en effet qu'être un crescendo qui soit un jour retombera et s'essoufflera, soit aura besoin d'un exutoire.
  8. L'idée que la Chute du Rideau de Fer et l'intégration des ex-pays satellites de l'URSS soit en fait un grand complot bolchevik pour mieux infiltrer l'occident et assurer la victoire du "pacte de Varsovie secret 2.0", cette idée est-elle considérée comme politisée :-[ :-X????!!!! Ou réaliste (plein de monde me garantit que c'est ce qui se passe en vrai :lol:)....
  9. Ben, vu la situation de nombre de gens, surtout aux USA, les risques sur la santé dans quelques années comptent moins que les risques pour l'assiette dans quelques mois :O.
  10. Faut pas prendre, encore une fois, les noms des pôles trop au pied de la lettre: - "philosophe/théorie" ne veut pas dire que ce pôle recouvre ceux qui pensent à partir d'idées abstraites et sorties du trou du cul de nulle part, mais à partir de concepts, souvent dérivés de la logique et de la politique, mais aussi de certaines généralisations opérant une synthèse de plusieurs expériences (guerres, campagnes, batailles, combats....) passées, synthèses qui, dans le meilleur des cas, deviennent des principes généraux et des grilles d'analyses pertinents pour approcher tout conflit, ou au moins certains types de conflits - "historien" ne veut pas dire qu'il ne s'agit que de ceux qui ne lisent que des bouquins d'histoire: le point est que àa évoque avant tout l'expérience des précédents. A petit échelon, ce sont les retex, l'expérience personnelle ou collective (via les unités élémentaires aussi bien que les grandes unités, les armes d'appartenance, les corps d'officiers et sous-offs....) accumulée et transmise, la transmission informelle dans les armées.... Comme ça concerne les études historiques récentes ou moins récentes.... Le thème est qu'il s'agit avant tout de l'expérience des praticiens (du plus petit sergent tacticien jusqu'au stratège écrivant ses mémoires de guerre, ses carnets de campagne ou sa vision de telle ou telle guerre, en passant par l'analyste décortiquant un conflit en particulier) qui déduisent leur pensée de la vision rétrospective et de la réalité, récente ou plus lointaine, de campagnes, guerres et combats particuliers
  11. Disons que l'importance du financement des think tanks et autres "centres de production" intellectuelle aux USA par les industriels est telle, de même que les perspectives de reconversion des officiers et l'implication directe des mêmes industriels dans la décision politique, qu'on peut se demander si la réflexion, dès l'amont, et plus encore la propension des oreilles qui comptent à écouter ce qui vient d'eux, sont entièrement le fruit de modes et de débats honnêtes. L'autre avantage de la technique, c'est le quantitativement mesurable (réel ou supposé): ça parle, ça rassure et on s'y fie aveuglément au point de récuser tout ce qui n'est pas chiffrable dans les mêmes proportions, que ces chiffres reflètent une réalité pertinente, ou même simplement juste. En l'occurrence, la "guerre statistique" proposée comme modèle de pensée de l'équipe de McNamara semble plus, elle, issue de doctrinaires du matériel et du pôle "théorie/philosophie" qui se sont intoxiqués eux-mêmes (renforcée par la vision "historique/expérience/tactique" à bas échelon, prégnante dans la pensée américaine et se focalisant sur les combats plus que sur la guerre), quand les dérives issues des années 70 me semblent nettement plus le produit d'une politique d'intérêt et d'un appareil militaro-industriel que d'une réflexion errante ou dévoyée. Contre exemple: la révolution militaire de Louvois correspond à un calcul en partie matériel correspondant à une réflexion amont et une volonté claire de Louis XIV. Avoir une armée principalement défensive, mais disposant d'un élément permanent efficace capable d'actions offensives sans préavis ni temps de préparation, pour saisie de gage quand l'adversaire en est encore à se préparer. La proportion de la cavalerie diminue, celle de l'artillerie augmente massivement, et la politique de fortification de Vauban correspond à un chiffrage pertinent: les forteresses ne sont pas beaucoup plus invincibles, mais établies en rideaux successifs et surtout construites autour de théorie de la guerre de siège permettant de chiffrer quasi exactement le temps qu'elles peuvent tenir, ce qui donne une visibilité en temps et en espace à la réalité de la "profondeur stratégique" de la frontière nord et est, réalité en fonction de laquelle les forces armées sont organisées dans leurs formats, composition et temps de mobilisation. Le calcul, malgré toutes les guerres de Louis XIV face à des coalitions plus importantes, fut au final très juste: entre les années 1660 et les Guerres de la Révolution, jamais la France ne connut la guerre sur son sol, et les populations ne furent plus victimes des horreurs de la guerre commisses par les troupes adverses ou les françaises, comme pendant la guerre de Trente Ans ou la Guerre Franco-Espagnole. C'était là le fruit d'une volonté et d'une réflexion complète, cohérente et équilibrée impliquant aussi bien l'analyse à tous échelons du passé, la réflexion selon des axiomes intemporels et une importance bien encadrée accordée à la technique. Vauban en incarne une partie, lui qui n'a jamais défini son "métier" comme la réponse absolue et prioritaire. Autre exemple "d'errement" technico-philosophique: la Jeune Ecole.
  12. Frieser est quand même plus dubitatif que toi sur le "bois de la lance" :lol:. Ainsi, même si les Allemands réentraînaient à vitesse grand V, le manque numérique de cadres solides et expérimentés et l'absence d'économie de guerre (voir le niveau des productions allemandes) peuvent quand même relativiser plus sérieusement les capacités défensives allemandes à l'ouest en particulier, mais aussi faire douter de la solidité d'une bonne partie de la masse des unités standard en général, et ce surtout en septembre 39 (plus encore qu'en mai-juin 40). L'armée allemande de la guerre précédente avait quand même bénéficié du meilleur système d'instruction humaine à TRES grande échelle, hérité de l'Etat prussien (écoles de cadets, formation des sous-offs, système scolaire), système qui avait disparu après 1918 pour se concentrer sur l'armée d'armistice qui, même avec ses artifices comptables, était loin de la masse critique nécessaire pour encadrer la mobilisation générale (et encore plus vu qu'elle devait conserver la plupart de ses soldats et cadres bien entraînés dans un nombre réduit d'unités de pointe).
  13. Initialement surtout historien, ayant opéré un rééquilibrage massif côté théorie/philosophie, et faisant maintenant comme la Chine, soit un rattrappage technologique accéléré pour arriver à un seuil minimum :lol:. Justement, ton chiffrage ne peut-il pas être revu en ce que l'aspect "théorique" serait bien souvent plus une production a posteriori faite pour justifier la "pensée matériel" qu'une analyse amont en propre, ou une réflexion tellement biaisée par les techniciens qu'il s'agit plus d'un emballage de produit? C'est nécessaire: les 3 "poles" reflètent les 3 grands moules de la pensée militaire. Le terme de "théorie" est en fait abusif ou à tout le moins induit en erreur. "Philosophe" (voire "politique" pour l'échelon stratégie) est plus indiqué pour refléter ce moule de pensée. De fait, la théorie militaire, la pensée militaire, que ce soit au niveau stratégique ou au niveau de la plus petite tactique, est issue des 3: les 3 pôles sont des "producteurs de pensée militaire", donc conditionnent la pensée, de la stratégie à la petite tactique, donc la vision, la culture stratégique et militaire, la formation des hommes, les modèles d'armée, les politiques d'équipement, les entraînements, les doctrines.... Mais les personnes qui font cette réflexion à tous les niveaux ont toujours un moule de pensée initiale, aussi bien lié à leur formation initiale qu'à une tournure naturelle de l'esprit (certains comprennent mieux les choses en passant par la théorie abstraite d'abord, d'autres ont besoin de partir d'exemples/applications concrets....). Napoléon est la pure émanation du pôle "historien", ce qui est amusant pour un artilleur dont le tropisme naturel pourrait être avant tout le matériel, les moyens. Lui comptait pour minime la pensée issue des moyens (même s'il ne négligeait pas non plus cet aspect) et privilégiait l'étude d'un nombre somme toute limité de campagnes des "grands capitaines (d'Alexandre et César à Frédéric II en passant par Turenne) pour apprendre tout ce qu'il y avait à savoir sur la guerre, et répétait que "c'est avec les sergents qu'on conquiert le monde" (validant encore une fois le pôle "expérience/habitude/retex/historien") et que ce sont les habitudes et relations interpersonnelles des équipes de travail constituées (aussi bien en EM qu'en unités de combat) qui compte pour l'essentiel. Parce qu'il ne faut pas regarder l'expérience que sous l'angle individuel: les unités constituées et organisations aussi ont une mémoire, des comportements, des habitudes (souvent plus forts que les individus en soi). Une collectivité aussi est un organisme apprenant, pensant et répétant, ayant sa vie propre, qu'il s'agisse d'EM, de castes d'officiers et de sous-officiers (une armée à forte culture de sergent ou non....), d'une armée en général, d'une des 3 armes en particulier, et bien sûr d'unités opérationnelles (grandes unités permanentes, surtout si elles sont anciennes, et encore plus via leur spécialité: blindés, infanterie, amphibie.... Ce sont les chapelles). Groupes, organisations et habitudes se font représenter, produisent de la pensée, des conflits d'intérêts, des points de vue.... Qui sont "arbitrés", à un moment ou à un autre, pour que des choix soient faits et des visions privilégiées sur d'autres. Oui et non, beaucoup sont contradictoires, d'autres sont plus ou moins vrais selon les époques, d'autres "passent de mode"... Le point est que le pôle "philosophique" est actuellement plus conditionné par la prédominance de la pensée technique au point de voir souvent certains axiomes négligés au profit de ceux qui arrangent la dite pensée technique. Le pôle philosophique, c'est celui de Sun Tsu, de Clausewitz (à opposer par exemple à Jomini qui viendrait plus de l'approche "historien/expérience"). Comme la technique en général, et encore plus les spécialités techniques en particulier qui ont tendance à penser de manière absolue, ou la "théorie/philosophie" qui peut conduire à trop d'abstraction ;).
  14. Loki, t'as pas un peu tendance à surestimer systématiquement la capacité des armées allemandes pour ce qui concerne leurs unités "classiques" (hors le fer de lance)? C'est quand même une armée qui venait juste de se relancer en grand: le nombre de cadres ayant de la bouteille (l'armée des 100 000h -en fait 200 000- reste quand même un plafond limité), les structures d'entraînement, l'équipement.... N'étaient pas encore vraiment suffisants pour en refaire une force si opérationnelle à une telle échelle.
  15. La réflexion militaire à tous les échelons s'est toujours articulé autour de 3 pôles différents pour savoir quel modèle, quelle approche, quelle pratique adopter pour obtenir la meilleure efficacité militaire; que ce soit au niveau de la stratégie ou au niveau de la petite unité de combat, ces 3 pôles se déclinent en versions plus "spécialisées" (suivant l'échelle du domaine de réflexion) mais représentent toujours les mêmes archétypes mentaux/culturels, les mêmes matrices de raisonnement qui pensent la guerre à travers une tournure d'esprit particulière et une formation de base, vu qu'il n'existe pas réellement de formation "neutre" et absolue estampillée "vérité absolue de la guerre et du combat". Il est possible de voir ce tryptique ainsi: - le théoricien/philosophe: ceux qui pensent qu'il y a des recettes, des principes, des absolus immuables qu'il est possible de trouver par le raisonnement. Idéalement, il s'agit surtout de créer une matrice pour un décideur, qui lui fournit des façons de raisonner pouvant se décliner à chaque situation, par essence unique (il pense du général au particulier). Risque majeur: l'abstraction, la théorie fausse, l'idéologie - l'historien: ceux qui se fondent sur l'étude des précédents, soit une autre façon d'appeler l'expérience, la pratique, pour définir les principes permettant d'obtenir le succès au travers de l'étude de la pratique des prédécesseurs (il pense du particulier au général). Risque majeur: le conservatisme absolu, la limitation du domaine de la pensée, l'absence totale d'innovation ou en tout cas une résistance très forte à toute nouveauté - le technicien: ceux qui pensent par et pour les moyens, refusant toute théorie, étude de précédent, expérience ou raisonnement et favorisent une pensée, stratégique ou tactique, définie par les moyens qui forment l'alpha et l'omega de l'approche de la guerre et du combat, qu'il s'agisse de la puissance de feu à petit échelon, des machines/de l'artillerie, de l'aviation.... Depuis l'Antiquité, ils sont là aussi, et une bonne partie du focus (parfois extrême à certaines époques) sur les machines ou la guerre de siège (jusqu'à en faire le but de guerre en soi), leur est du. L'époque actuelle voit leur domination quasi absolue. Risque majeur: compréhension limitée de la guerre et du combat, inflation des coûts disproportionnée à l'efficacité obtenue, les moyens contingentent la décision et l'action (parfois jusqu'à l'immobilisme, comme le fait de voir, au plus bas échelon tactique, des fantassins n'être là que pour appeler une frappe aérienne :lol:) Evidemment, tous ceux qui réfléchissent à ces questions ont une approche mêlant les 3, mais il y a toujours une dominante. Et du chef d'armée, du stratège, jusqu'au sergent, le "bas tacticien" :-X, ces 3 matrices définissent les schémas mentaux au travers desquels la guerre est pensée. Aucun n'est mauvais en soi, aucun n'est le déterminant absolu, et il est bien évident qu'un sain équilibre des 3 est toujours à trouver. Que vous semble être la situation actuelle des armées occidentales dans le cadre de ce "débat permanent"? Et VOUs, à quel tropisme appartenez-vous ;)?
  16. Opération à éviter: essayer de s'emparer, même momentanément, de Rio de Janeiro, enfin de quelques points stratégiques (la France étant le seul pays à avoir déjà réalisé ce coup là :P :lol:).... Les Brésiliens seraient sans doute trop contents de laisser les forces françaises essayer de contrôler les favelas :lol:!
  17. Tancrède

    L'artillerie de demain

    Il semble scientifiquement prouvé que les obus qui trucident des avions sont capables de trucider aussi des véhicules terrestres et des êtres humains :O :-X.
  18. Ils disaient pas déjà que le J-10 pouvait écraser la gueule à n'importe quel autre avion :lol:????
  19. Tancrède

    Bonne année 2011

    Bonne année et bon.... Tout le reste ;)!
  20. Au contraire, en France on continue à ne pas le prendre assez au sérieux: si les Américains l'utilisent autant et surtout INVESTISSENT autant dedans, c'est pas parce que ça donne meilleure mine publiquement et que ça frotte un ego national dans le bon sens. Faut arrêter de croire que c'est juste du bruit sur des ondes. C'est du bruit qui a des conséquences bien concrètes à tous les niveaux et à court comme moyen terme. Et avant toute chose parce que ça a un impact politique pur et dur. Même ordre d'idées: "on", c'est des politiciens avec des objectifs de carrière et des ambitions personnelles, une image à avoir.... Ce sont eux qui prennent les décisions, pas un "on" mystérieux, inhumain et intemporel présidant aux décisions d'un pays. Et ils ne sont pas non plus insensibles à l'intérêt national, mais celui-ci est immensément complexe à saisir: c'est pas un jeu sectorisable où ce qui est fait en CI est sans répercussions ailleurs, où il n'y a pas de négo permanente entre toutes les parties prenantes et "non prenantes" à ce qui se passe en CI (voir le rôle de la Russie après l'élection).... Dans tes points, tu surestimes de beaucoup la capacité de Gbagbo à maîtriser les cartes qu'il a en main; il en joue, s'appuie dessus, mais ça veut pas dire qu'il les contrôle totalement (leur laisser la bride sur le cou pendant une période, ça veut pas dire les contrôler au doigt et à l'oeil à un instant T). Les "patriotes" comme les militaires, comme les autres factions qui roulent pour lui, ce sont pas des fourmis alignées en rang et lui obéissant au doigt et à l'oeil. Ce sont aussi des factions et des individus suivant leurs propres logiques, et Gbagbo seulement jusqu'à un certain point, et les mouvements de rue comme celui de Blé Goudé, ben.... C'est un mouvement de rue: une partie est sûrement faite d'agitateurs professionnels disciplinés (plus ou moins), l'autre de "cadres" bénévoles déjà moins fiables, une autre encore d'éléments choisis sans doute combattants (plus ou moins formés) chargés du sale boulot et de foutre la merde, et enfin il y a "le volume", ensemble de gens aux motivations diverses et sans doute aussi beaucoup de suiveurs (voire des fouteurs de merde "indépendants") difficilement contrôlables. Et ces groupes se joignent à d'autres moins naturellement agressifs, qui peuvent être d'authentiques mouvements citoyens pro-Gbagbo mais qui se retrouvent, comme dans le cas de l'Hôtel Ivoire, groupés en une masse indifférenciée et de ce fait asservie aux comportements de foule où des groupuscules et des individus avec une volonté et une méthode peuvent facilement créer les réactions voulues. A ceci près que ça ne marche vraiment que pour créer des réactions et comportements extrêmes, pas à faire dans la mesure ou à "tenir" une foule de façon disciplinée (ça c'est un fantasme de syndicaliste). Les individus raisonnent, les foules non.
  21. Autre exemple: la campagne de Russie de 1812. Pourquoi la Russie ne s'est pas effondrée? La victoire napoléonienne était-elle alors possible? Oui! Mais tout a dépendu de la volonté. A un moment donné, l'Ukraine, peu développée, était coupée du Tsar et ne pouvait fournir de moyens, Smolensk, Minsk et Moscou étaient prises et en tout cas perdues pour l'effort de guerre, tout comme St Petersbourg assiégée, et l'armée russe était en aussi mauvais état que l'armée française, voire pire. Alexandre Ier était alors définitivement entré dans sa période mystique et se voulait jusqu'au boutiste, mais même son fanatisme et sa résolution ne pouvaient faire abstraction de certaines réalités sur les moyens disponibles: la stratégie suivie jusqu'alors lui avait coûté le meilleur de son armée dans des affrontements sans objet, et Koutouzoff se désolait de voir l'armée gaspillée progressivement au point qu'il ne croyait plus avoir la masse de manoeuvre disponible même s'il était en fait foutu pleinement aux commandes après que Bagration et quelques autres se soient largement décrédibilisés dans leur "enthousiasme" guerrier. C'est la conjonction pas forcément prévisible du réalisme de Koutouzov (ralliement à sa stratégie, alors qu'il n'y croyait plus) et du fanatisme d'Alexandre Ier (qui pour l'occasion l'a un peu mis en veilleuse côté attaque à outrance) qui a permis de reprendre la situation en main, avec évidemment de l'autre côté l'affaiblissement français et l'événement fortuit de l'incendie de Moscou. Mais à un moment donné, ça n'a pas tenu à grand-chose. Le financement anglais qui a permis de remettre sur pied l'armée russe à une certaine échelle n'a commencé à produire ses effets que plus tard dans l'année 1813, pour Leipzig en fait. Là c'est une question de personnes à l'absolu sommet. Ce peut être un cran moins haut, ou en tout cas plus confondu entre factions rivales: l'exemple pré cité de Marlborough est pas mal dans le genre action ciblée. Il était à la fois un aristocrate cherchant évidemment à faire carrière, à gagner du pouvoir, de l'avancement et une position plus haute, un chef militaire opérationnel compétent et depuis peu prestigieux, un courtisan bien en cour auprès de la couronne et enfin un chef de faction politique, celui des pro-guerre jusqu'au boutistes visant à l'abaissement de la France. A tous ces titres, il avait des soutiens, des obligés, des clients, des admirateurs (dont la foule londonienne) mais avant tout des ennemis, des adversaires, des opposants, des rivaux, des jaloux et des mecs dont il avait écrasé les pieds au passage. Il suffit parfois de peu pour ternir une victoire au point d'en faire une catastrophe, voire un mensonge, de donner l'opportunité à des soutiens contraints de le lâcher, de faire en sorte que des opposants aient plus de latitude d'action et plus d'oreilles pour les écouter, que des personnes mal informées se fassent abuser, pour que ses propres amis et partisans changent de trottoir en le voyant, et pour que les perspectives (pas forcément ancrées dans la réalité) de bénéfices que procure son amitié politique s'effondrent soudain. Et de ces actions informelles découle un changement de politique et un changement de mode opérationnel: son armée peut être moins financée, peut ne pas recevoir de renforts voire se faire amputer, ou encore être remise en question dans la légitimité même de son déploiement, ce qui a fini par arriver. Et de ce fait, l'importance du fanger sur la frontière nord de la France a été diminué de moitié pour devenir tout à fait gérable, ce qui a permi à Louis XIV d'encore moins accepter de compromis sur la frontière nord vu que les moyens de pression étaient moins convaincants. Le conflit s'est prolongé, l'attitude anglaise fut plus conciliante (les pro-guerre s'écrasaient, perdant leurs soutiens, notamment dans les milieux d'affaire), et la victoire de Denain mis fin à toute menace sérieuse sur le territoire français. Et tout ça parce qu'à un moment donné, Marlborough n'était plus capable de survivre politiquement à tout ce qui ne ressemblait pas à une victoire complète et décisive; il avait fallu du "travail" pour aider à rendre cette situation possible, et un autre "travail" pour porter l'estocade finale. Et dans ce travail, la France a joué un rôle. Evidemment, le domaine purement opérationnel a joué, et l'appel de Louis XIVà la population française pour décider la continuation de la guerre et mobiliser les volontés a redonné de l'élan à la volonté française tout en procurant un afflux de volontaires plus vaste que la Levée en Masse de 1792-94. De même que le remplacement -enfin- de Villeroy par Villars. Cette mobilisation a montré aux décideurs anglais que la volonté de continuer était forte (pas dépendant du seul roi contre son pays), donc que la guerre allait durer. Mais la propagande française a aussi joué sur l'opinion anglaise et s'est trouvé crédibilisée par cette mobilisation (sinon elle aurait été aussi crédible que Baghdad Bob :lol:). Enfin le jeu des ambassadeurs, agents,émigrés, clients et autres ressorts d'influence française en Angleterre et ailleurs ont aussi joué pour aider à favoriser les autres perceptions des perspectives du conflit, les adversaires de la position bellicistes et la position de Marlborough lui-même. Connais pas bien l'histoire des motivations de Bush et des vrais desideratas américains à ce moment, ni vraiment bien les factions qui se disputaient l'influence et la décision au sein de l'appareil d'Etat US. C'est pour ça que mes exemples seront toujours plus anciens que modernes: les situations sont plus étudiées et mieux connues. La guerre est l'affrontement des volontés, mais la conduite de la guerre est aussi l'affrontement de bien des volontés, au sein d'un même camp, ce qui en fait une cible :lol:. Mais c'est aussi, entre autres choses, une façon de voir que des pays militairement forts, comme peuvent l'être les occidentaux actuellement, sont "guerrièrement" faibles. Sinon, un des hommes qui a, et de loin, le mieux compris comment cela marchait, ce fut Talleyrand: son action lors du Congrès de Vienne devrait être saluée comme un monument de maestria et d'efficacité stratégique. Représentant une France vaincue et extrêmement affaiblie, en proie à l'hostilité universelle et à la rapacité des vainqueurs, il a su exacerber les antagnismes de ces mêmes vainqueurs, jouer des faiblesses et limites humaines de leurs représentants, et aussi utiliser ce que la France pouvait encore représenter (potentiel militaire, patriotisme blessé, capacité à peser sur tous les plans même dans l'état de 1815....), pour obtenir beaucoup, limiter l'impact de la défaite, et plus encore des Cent Jours, et anéantir le spectre d'une alliance permanente réelle érigée en "comité de surveillance" contre elle.
  22. Ai fait un EDIT pour ajouter une dernière partie au texte et cerner le sujet autour de l'idée que l'ensemble de ce genre d'approches est une vision complète de la guerre autour de l'idée de ce qu'est la volonté d'un belligérant, en reposant donc sur le postulat clausewitzien que la guerre est "l'affrontement des volontés". Même récemment, tu trouveras des exemples plus "faciles" que d'autres, soit parce que la situation n'est pas gigantesquement complexe, soit parce que c'est bien connu. Un exemple pourrait aller sur la façon dont s'est obtenue la décision au kosovo en 99: les pressions américaines et européennes sur une Russie qui n'avait pas les moyens de s'opposer, ont beaucoup joué. Et par la Russie, la "volonté" de l'Etat serbe a pu être atteinte et un règlement obtenu: la délégation russe en Serbie a pu faire pression sur Milosevic personnellement (menaces sur sa famille et ses avoirs, entre autres, via notamment la personne d'un banquier suédois alors appelé le "banquier des dictateurs") et le contraindre à s'écraser, ce que la campagne aérienne n'avait pu obtenir. Et dans ce cadre, le fait de NE PAS lancer de campagne au sol a encore plus affaibli sa position, en lui enlevant le ressort éventuel d'une "guerre patriotique" (outre le fait qu'elle aurait été coûteuse pour l'OTAN alors encore très "zéro morts"). Résultat, il n'avait plus de capitaux russes, un embargo quasi complet, pas de fonds européens.... Et ne pouvait donc relancer une reconstruction post bombardements, ce qui lui a fait perdre le momentum dont il bénéficiait, vu qu'au lendemain de la campagne aérienne de l'OTAN, il était immensément populaire en Serbie, et soutenu comme jamais par une population qui en voulait salement. Son momentum a duré 5-6 mois, puis s'est effrité, et là, les campagnes médiatiques occidentales ont pu trouver des échos un peu plus favorables alors qu'elles ne marchaient pas avant, les opposants à Milosevic, qu'ils soient des opposants idéologiques ou simplement des rivaux avec les mêmes idées (mais d'autres habits :lol:) ont eu plus de marges de manoeuvres et de crédit.... Et au final, 1 an après la fin des opérations militaires et la décision de non intervention au sol.... Milosevic devait se barrer et aller voir le TPI de plus près.
  23. Attention, ce n'est pas un sujet "fumeux" ou vague, mais il est difficile à exactement cerner parce qu'il touche aux mécanismes souvent très informel des processus de prise de décision politique/stratégique, à des domaines avant tout non quantifiables, voire en grande partie subjectifs, comme: - l'opinion publique: ce n'est pas le peuple, ce n'est pas un "corps électoral" (votant ou non: le terme est employé comme référant à la masses des gens qui, à des degrés divers, impactent la prise de décision, de près ou de loin), mais il s'agit là des personnes, fonctions et groupes de personnes dont les préférences, les indignations, les intérêts, les déclarations/prises de position/actions, les jeux et interactions d'intérêts avec d'autres groupes..... Influent directement sur les processus de prise de décision à un stade ou un autre (influence, échanges de bons procédés, services et contre services rendus, chantage, nominations, pressions diverses....), mais aussi, et parfois avant tout sur "la rumeur", sur le ton du discours public, sur l'attitude générale des débats chez les gens qui comptent. Plus vaste et complexe à appréhender à l'ère démocratique et médiatique, cette sphère n'en a pas moins toujours existé, même sous les régimes les plus centralisés et autocratiques - la désinformation, l'influence, l'effet psychologique, la maîtrise de l'information et de son interprétation, moins dans l'absolu qu'à un instant T qui est celui de la prise de décision, chez soi (entre factions politiques ou individus) comme chez l'adversaire. Les moyens de l'influencer sont infinis, de la politique artistique et de la propagande en général dans tous ses avatars jusqu'aux divers moyens du monde du renseignement (jeu sur les flux d'informations, découpages de l'info, intox, agents d'influence....). La réalité dans l'absolu et la réalité perçue ne sont pas la même chose, et c'est donc un enjeu d'influer sur la perception d'un événement par les foules (population en général, petit peuple d'une capitale comme Paris....), par les groupes qui comptent (coteries, lobbies, partis, entreprises et cartels/groupes d'intérêts/secteurs économiques....), par des groupes sociaux (corporations à Paris sous la Monarchie = capital politique et "poul" de la capitale), mais aussi souvent par des individus proprement dits. - les questions d'individus: même aujourd'hui, les institutions, organismes, structures, procédures.... Ne déterminent pas tout, TRES loin de là. La compétence, la crédibilité, la réputation, le caractère, les goûts, la force et les faiblesses, les ambitions, les dépendances, les relations..... Des individus à un poste de décision (important dans l'absolu ou juste à un instant et à un endroit donné) sont des déterminants puissants pour toute action générale ou ciblée. Les individus comme les groupes, et les interactions entre des individus dans les circuits de prise de décision, sont des forces autant que des faiblesses, donc des ressorts d'action et des cibles, surtout en temps de guerre. Même un décideur intouchable et incorruptible, par exemple, peut-être suffisamment sali en réputation et décrédibilisé auprès de beaucoup de monde ou de quelques personnes "qui comptent", pour le fragiliser et s'en débarrasser. Des agents français pendant la guerre de Sucession d'Espagne ne se sont pas privés d'appuyer discrètement les groupes d'intérêts et de personne qui s'opposaient à la personne de Marlborough: la victoire pyrrhique (défaite stratégique) de Malplaquet fut l'occasion de lui donner l'estocade politique dont sa position n'était plus suffisamment solide pour le protéger. Et avec son départ, ce fut celui de l'armée anglaise des Flandres et de l'idée que la France pouvait être envahie, tâche qui incomba au seul Prince Eugène et à l'mpire qui avait trop de fronts çà gérer seul, alors même que la France n'avait plus d'armée de réserve après des années de choix stratégiques hasardeux de Louis XIV. Le point du sujet est de cerner, par des exemples à défaut de "théorie générale" improbable, les moyens par lesquels des actions, décisions et processus militaires deviennent du résultat politique, donc concret (compromis possibles, avantages, conquêtes, gains....), soit ce qui fait la victoire, l'efficacité et surtout obtient un résultat aux moindres frais (même s'ils sont parfois exorbitants, c'est pire si on cherche à obtenir du résultat juste avec l'action militaire seule qui n'en obtient qu'en cas de victoire totale et de conquête complète). Les guerres totales ont faussé notre façon de raisonner en pensant qu'il n'y a QUE la victoire totale et complète avec capitulation sans condition de l'adversaire (ou énantissement complet): mais il s'agit là de cas minoritaires dans l'histoire, et surtout de concepts déformés impliquant souvent des motifs plus idéologiques, et surtout des moyens et des dégâts démesurés dont il est pertinent de se demander s'ils valent, le plus souvent, le résultat. La 2ème GM est une exception par sa dimension "morale" (qui renvoie à un autre genre de débat), mais la question est par exemple pleinement valide pour la 1ère. Ces moyens "non militaires mais guerriers quand même" sont aussi et souvent des multiplicateurs de force à toutes les échelles: du petit malin qui casse le moral de l'armée adverse en bataille en faisant brailler que le chef adverse est tombé de cheval ou s'est carapaté (autre effet possible: le dit chef adverse gueule que c'est pas vrai, se montrant donc bien, et s'en prend une dans la tronche :lol:), aux rois européens faisant une propagande massive et "multimédia" (tableaux, médailles, crieurs publics, attitude des négociateurs....) affirmant une victoire dans une bataille en fait douteuse, indécise, voire un poil perdue :-[, tout a toujours une influence. Parfois elle est insuffisante, parfois elle marche, en général, ou juste sur la ou les quelques personnes qui comptent, soit qu'ils y croient, soit que ça leur donne suffisamment de biscuits politiques pour déboulonner leurs adversaires, partisans plus résolus d'une guerre Ainsi, la victoire américaine de Saratoga n'a pas convaincu Vergennes que les Ricains pouvaient gagner: il savait faire des calculs et savait comment le monde marche, faut pas en faire un gamin. Mais, d'un tempérament prudent, voire un poil débinard, et refusant d'opérer sans avoir des appuis massifs, il en a profité pour faire "du spin" à la Cour et outrageusement faire gueuler partout, par les partisans (eux idéologiques et peu intéressés par le fric) de l'entrée en guerre (revanchards anti-britanniques et/ou fanas libéraux de l'indépendance américaine) que l'occasion était là. Cette simple agit-prop dans les milieux courtisans a permis "d'occuper" le terrain médiatique, de forcer les opposants à baisser d'un ton, de rendre les discussions plus catégoriques sur la question, donc de créer une ambiance générale où les "pour" devenaient plus écoutés, donc mieux en cour, que les "contre". Les places et positions qui s'ouvraient nécessitaient donc de faire plus de place à ses gens, le roi entendait plus les arguments "pour" que les "contre" (lui-même hésitant fortement, ça influe sur sa façon de voir).... Et tout d'un coup, il devient plus politiquement avantageux de se dire pro-interventionniste que anti. Et de cette action informelle débouche une des décisions stratégiques les plus lourdes de conséquences de l'Histoire. La guerre étant AVANT TOUT l'affrontement des volontés, il s'agit de savoir ce qu'est la volonté d'un belligérant: ses motivations et buts, mais plus encore ce qui la compose, ce qui "fait" la volonté. Ce n'est jamais le seul délire ou calcul d'un tyran fou qui décide et fait tout. C'est avant tout un ensemble complexe fait d'organisations humaines, de tissus relationnels entre individus et groupes, de hiérarchies, de courroies de transmission.... Les parties de cet ensemble perçoivent la réalité de multiples façons et par de multiples canaux, l'intérprètent encore plus différemment et elle les impacte à divers degrés dans leur prise de décision individuelle et "professionnelle" (certains s'en tapent et ne pensent même qu'à leurs ambitions). Et il existe toujours au final de multiples groupes qui veulent plus la guerre, et d'autres qui la veulent moins, certains qui la veulent pas du tout, d'autres qui ne la veulent que limitée d'une façon ou d'une autre (stricte défense, action que s'il y a un gain bien matériel, pour le pays ou pour eux-mêmes, ou encore action seulement si gain stratégique réel et pas juste un gain territorial sans importance....). Et les populations aussi sont un enjeu; moins dans leur intégralité que dans certains groupes géographiques (dans le Paris de la Monarchie, agiter les artisans est un but des agents étrangers), sociaux, politiques, économiques.... La guerre est l'afftontement des volontés ET le lieu-même de toutes les incertitudes: ça vaut au niveau de la bataille et des seules opérations militaires, mais aussi à l'arrière et chez les décideurs. Bref, dans l'affrontement des volontés, identifier ce qui fait la volonté est une priorité stratégique: pour influer sur les perceptions de tout ce qui la compose, pour influer/menacer tout ou partie de ces composantes dans un but précis.... Et la volonté est loin de ne résider que dans les individus, groupes, organisations et courroies de transmission au sein d'une armée adverse et de sa seule direction politique (même si évidemment, ce sont des cibles importantes). C'est une grave erreur de croire que ce genre de travail n'a d'intérêt que "technique" pour le ciblage de destruction des moyens de transmissions ou de quelques décideurs à liquider. SURTOUT QUAND IL PEUT ETRE BIEN PLUS RENTABLE D'AGIR AUTREMENT.
  24. Tout dépend de combien de cartes Gbagbo dispose dans sa manche: en l'occurrence, il en a pas des masses, et le temps n'augmente pas la taille de son jeu pour l'instant. Il peut encore payer l'appareil d'Etat, armée en tête, pendant quelques mois, mais même de ce point de vue, les chefs militaires ne feront pas n'importe quoi vu qu'ils n'ont pas des masses envie de se retrouver au TPI, ce qui arrivera immanquablement, tôt ou tard, si le camp de Gbagbo perd. Faut pas exagérer en pensant que tout acteur procède nécessairement selon une analyse coût-bénéfice quand à sa ligne de conduite, et en tous cas surtout pas qu'il en réalise une selon NOS critères, ou des critères qu'on peut comprendre facilement. Quand à l'estimation des probabilités de succès de telle ou telle ligne d'action: 1°/ Ca relève d'une grande prétention de prétendre pouvoir factoriser la majorité des facteurs en ligne de compte, en tout cas sans être un expert du théâtre d'opération en question, et d'une incroyable bouffissure d'esprit de croire pouvoir maîtriser ces facteurs 2°/ Les personnages comme Gbagbo n'arriveraient pas où ils en sont s'ils avaient toujours opéré selon des analyses rationnelles de probas Le fait est que la plupart des grands contrats en Côte d'Ivoire, sur les grands business, ont été attribués à des entreprises françaises: le "big money" en CI est côté français, avec juste quelques autres places pour des entreprises étrangères, principalement Cargill pour le cacao. Et ce sont plutôt des contrats de long terme. Pourtant, les expats français et les franco-ivoiriens résidants en CI sont devenus de facto des otages au vu de l'évolution de la situation (malgré le fait que la majorité d'entre eux soit ouvertement pro-gbagbo). Un changement radical de pouvoir passant par une intervention internationale, c'est une sorte de remise à plat de nombre de grands contrats et de risque de réarrangement des grands intérêts tels qu'ils sont répartis actuellement, où USA et Chinois y verraient une autre chance de prendre des places rapidement. Un gouvernant n'étant pas fan d'incertitudes (y'en a de toutes façon bien trop en permanence), que crois-tu qu'il choisira, même si ça implique des atrocités commises au passage? Et ce d'autant que toute intervention française, même pour les meilleures raisons du monde, court le risque de se faire mouliner sur le champ de bataille médiatique (avec potentiellement des coups de pouces des puissances susmentionnées) malgré son utilité, et de passer sous les fourches caudines des accusations en néocolonialisme, voire d'attributions de crimes (réels ou supposés, voire inventés), parce que cette sphère n'est pas facilement maîtrisable, en tout cas pas par une puissance de la taille de la France, et surtout s'il y a trop d'intérêt à faire du spin contre elle, tout en la laissant faire le sale boulot d'intervention sur le terrain. Parce que le risque est là d'avoir à intervenir et de le faire à grands frais, tout en se faisant gicler du paysage d'après-guerre/après-Gbagbo si celui-ci doit advenir. En plus, y'avait un truc unique avec Gbagbo, côté grands contrats: il est francophile (pas sa femme) même s'il a des problèmes avec les élites politiques françaises, et c'est un des rares dirigeants africains qui ne voit pas forcément d'un bon oeil les procédés chinois d'implantation économique et politique en Afrique. Sur un plan realpolitik pure, la vraie question est de savoir pourquoi il y a eu mésentente avec lui depuis le début: le problème de "l'ivoirité" d'un côté, et l'attitude de Chirac de l'autre, sont sans doute les causes les plus profondes du risque actuel que court la France de se faire proprement gicler du pays si la situation actuelle subit une grande remise à plat. Malgré toutes les prétentions de Blé Goudé: - la culture guerrière, les effectifs capables et voulant combattre, la motivation en générale, la division de la population, la nature du pays..... Rendent cette comparaison abusive. Pour caricaturer, les "Jeunes patriotes", c'est un peu comme si Sud-Rail devenait plus violent, mais garderait la même taille tout en prétendant avoir l'entité métaphysique du "peuple" derrière lui :P. Pas vraiment un mouvement idéologique niveau Jihadiste, ni une masse de clans afghans isolé dans sa vallée avec une tradition guerrière millénaire, une culture de bandits/guerriers/pillards profondément ancrée, des financements importants (de mouvements étrangers et de la came) et 30 ans de guerre constante contre des armées modernes ou d'autres clans - le leadership n'a pas vraiment la même capacité comme mobilisateur et chef de guerre - les Etats limitrophes sont nettement plus prêts à aller faire le coup de poing, et pas tendrement
  25. A d'autres avec ces conneries de bandits pleins d'honneur: ils avaient certains comportements à l'occasion (et encore, c'était TRES loin d'être tous, voire même le plus grand nombre), mais si ça devait empiéter sur du business, fallait oublier "l'éthique" :P. C'est pas toi qui est "tout pour le business, la realpolitik et les intérêts purs et durs" ;), d'habitude? Dès lors que c'est une carte, elle sera jouée, point barre: les Etats sont des "monstres froids" comme dirait l'autre, et les politiciens dirigent les Etats. C'est un exercice de "comptabilité impériale": très difficile à réaliser. L'une des erreurs est de penser que tu peux y faire un chapitre "Côte d'Ivoire" séparée du reste et faire une colonne de coûts et une de gains bien nettes. Mais M. Bolloré, aussi peu sympathique soit-il, est un contributeur de la richesse nationale, et un employeur important. Sa boîte serait-elle aussi importante et compétitive sur d'autres marchés s'il y avait pas ses marchés en Côte d'Ivoire (et dans d'autres pays africains), développés sur des décennies? Pas facile d'y répondre. Et au global, en ne regardant pas que Bolloré mais l'ensemble des groupes français impliqués dans la seule Côte d'Ivoire via des grands contrats, il faut comparer aux coûts de l'opération Licorne depuis qu'elle a commencé, au coût des accords militaires (essentiellement l'entretien du BIMA). D'autre part, nombre de facteurs de ce genre de comptabilité ne sont pas directement, voire pas du tout, transposables en coûts et gains en argent; positionnement en Afrique de l'ouest comme point d'ouverture aux marchés voisins, vies humaines des expats et franco-ivoiriens.... Dur d'évaluer ce que rapporte et coûte une politique extérieure. Jean Monnet a pu faire ce genre d'évaluation en 1923 avec l'Empire en spécifiant que tout n'était pas factorisable, mais le rapport coût-bénéfice était si lourd côté coûts que son analyse parlait quand même d'elle-même. D'autant que le déploiement en Côte d'Ivoire face aux troubles aurait quand même impliqué la France, qu'elle ait ou non de vastes intérêts sur place, eu égard à l'histoire et aux expats. Seulement, le fait est que les places sont chères sur les marchés extérieurs et particulièrement sur les appros de matières premières, et c'est certainement pas la compétitivité d'une entreprise et de son offre qui vous ouvre les portes d'un marché: on n'a rien sans rien, et le "world business échange des productions de savonnettes contre de l'intermédiation commerciale, du transfert de technologie ou une coopération militaire engageant une garantie d'intervention. Si un jour un politique "jeune, moderne et dynamique, se foutant du passé" balance le discours du "ça coûte plus que ça rapporte", crois bien que ça n'aura rien d'une analyse rationnelle (trop dure et complexe pour être catégorique), et tout d'un choix purement politicien répondant à d'autres logiques. Ceux qui sont en train d'opérer ce genre de choix, c'est les ricains, chez qui le "coût de la politique impériale" est devenu un thème parfois évoqué en ces termes (alors qu'ils se défendaient d'avoir un empire), simplement parce qu'il faut justifier des retraits massifs pour faire des économies, et des coupes drastiques. Eux ont plus de marges cependant :lol:.
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