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budget Les budgets militaires en Europe vont-ils souffrir de la crise ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Economie et défense
Crois-tu une seule seconde que les choix des Etats se fassent en fonction de "vieux liens", une sorte d'affection sentimentale? L'ancienneté de relations peut avoir une réalité (habitudes de travail, organisations de coopération bien installées....) qui justifie leur usage et leur intérêt, mais ce n'est en aucun cas un facteur de choix. De même, certaines proximités culturelles peuvent jouer (conceptions proches de la démocratie et de ce qui est "acceptable" dans tel ou tel cas, rôles et interactions plus réguliers des opinions publiques....), mais dans des cas bien spécifiques et généralement extrêmes uniquement. Les US ne défendent pas les intérêts européens spécifiques et ne l'ont jamais fait. Ils intègrent certains intérêts européens dans leur politique extérieure parce qu'ils se confondent dans une certaine mesure avec les leurs (liberté des grands axes commerciaux maritimes par exemple). Le cas le plus simple: la sécurité du territoire européen est pour eux importante: - l'Europe est une zone riche et industrielle de haut niveau: une puissance qui "s'en emparerait" (moins l'envahir que la mettre sous tutelle via certains chantages "stratégiques") serait plus dangereuse - l'Europe occidentale est un client fondamental du commerce extérieur US, et beaucoup d'intérêts économiques US y ont des actifs majeurs - les forces européennes sous tutelle sont des supplétifs qui déchargent les USA de nombreux déploiements (ou allègent leur dispositif) qui devraient se faire même si les européens ne les faisaient pas: il y a encore un "ordre mondial" dont les USA, même si c'est moins qu'avant, sont le pilier Qui plus est, si les USA commençaient à recalculer leurs intérêts et leur politique extérieure pour trouver que l'Europe n'est plus si importante que ça piour eux..... Encore une fois, CA SE VERRAIT des années à l'avance: les capitales européennes sont pas plus connes pour savoir et calculer. Et la réaction serait en conséquence. Ce serait ni super visible ni immédiat, comme un "retrait" US et un moindre encadrement de l'Europe. Là tu continues à présenter la chose comme si l'Europe ("Europe" en général.... Ca n'existe pas en géopolitique) allait se faire envahir par surprise ou se faire couper d'un coup le robinet à pétrole et que les USA allaient dire "tant pis pour vos gueules". Ca ne sort jamais de nulle part ces trucs là: ça se voit venir, ça s'anticipe et ça s'amortit. Si les USA en arrivaient au stade où ce genre de décision était possible sans que ça les impacte aussi gravement que l'Europe, ça veut dire qu'il y aurait belle lurette que les relations se seraient bien refroidies et que les Européens auraient appris à réfléchir autrement et, de force forcée, accru leurs capacités de réaction. -
budget Les budgets militaires en Europe vont-ils souffrir de la crise ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Economie et défense
Et si ça arrive, la leçon sera retenue, et c'est les USA qui perdront leur colonie européenne. Les USA s'occupent de la sécurité européenne et font tout pour garder l'Europe dépendante parce qu'ils le veulent, parce que c'est dans leur intérêt, parce qu'ils en ont un besoin impératif (comme avec le Japon, la Corée du Sud et pas mal d'autres). Les gouvernants européens restent dans ce lit parce que ça les arrange de pouvoir moins consacrer aux armées et ne pas s'impliquer dans les affaires de "grande stratégie". Mais il ne faut jamais oublier que ce lit est US-made à la base: c'est pas les européens qui ont décidé que l'armée, ça servait à rien. Si en 1991 les USA étaient devenus d'un coup isolationnistes, avaient "fermé" l'OTAN et quitté le continent européen, jamais une seule idéologie genre "les dividendes de la paix" ne serait montée à la surface, et face au vide laissé, surtout pour les intérêts lointains et les axes commerciaux, les moyens et surtout la réflexion auraient été en conséquence. Quand ça sera moins dans leurs intérêts, ça se verra aussi côté européen: ce genre de trucs sont des calculs de long terme, pas des trucs qui surviennent du jour au lendemain. Et même les plus lâches des gouvernants savent additionner 2 et 2 mieux que quiconque. Tu penses à l'envers: les moyens avant les fins. Un corps expéditionnaire massif est-il utile? l'UE a t-elle une politique étrangère possible en tant qu'union ou bien le simple fait d'en faire une ne va t-il pas massacrer les intérêts et objectifs, ou au moins une partie des intérêts et objectifs, de certains membres (et surtout au profit d'autres membres)? Et la Russie, c'est moins de 150 millions d'habitants, avec un horizon de chute continue jusqu'à 120 environs, avec des préoccupations sur BEAUCOUP de frontières qui sont toutes à des milliers de kilomètres les unes des autres, et des moyens très comptés, surtout en terme d'efficacité et de disponibilité, pour encore un bon bout de temps, des forces terrestres dont le renouvellement déjà très lent et très insuffisant, a été ralenti, et une réforme qui limitera ses moyens à une faible capacité offensive, surtout pas concentrable sur un front. La Chine, c'est à une distance trop grande pour être une menace autre que totale (=nucléaire), et ses propres problèmes internes comme le plafonnement de ses possibilités de développement mobiliseront son attention bien plus qu'autre chose. La Russie n'est pas une menace réelle, et son intérêt de moyen terme est plus d'arriver à trouver un moyen de pression sur les ricains pour être pris comme un partenaire sérieux que de jouer l'antagonisme. La Chine pourrait, et sera sans doute, une menace régionale sur des intérêts économiques, commerciaux et politiques dans un certain arc de cercle (Sibérie, Mer de Chine, Sud Est asiatique et jusqu'au Moyen orient et à l'est africain), mais pas comme un projecteur de forces d'invasion, du moins au-delà d'une certaine distance de ses frontières. Pour la Chine, ne pas oublier que malgré les plans de développement armé, ses forces projetables au loin seront de toute façon très limitées: - forces réellement projetables au loin de faible ampleur, en tout cas gérable pour les corps expéditionnaires occidentaux - forces projetables "à proximité" (Taiwan): plus conséquentes, mais à mono-usage - forces "d'invasion" sur les frontières: inégales: potentiellement élevées au nord, très limitées à l'ouest, limitées au sud. En tout cas, c'est pas une espèce de vivier abstrait qu'il est possible d'affecter n'importe où - plus important, la moitié de l'armée sert à une et une seule chose: garantir la stabilité intérieure, comme une espèce de super-gendarmerie avec de l'armement lourd et daté qui sert avant tout contre la population chinoise (milliers d'émeutes violentes tous les ans: grèves agressives, révoltes d'ouvriers ou de paysans, un peu de terrorisme local, protestations d'expropriés qui dégénèrent....). C'est une contrainte lourde et permanente qui n'est pas appelée à disparaître - la Chine a t-elle et aura t-elle la capacité de soutenir un déploiement extérieur long et/ou lointain? Si oui, de quelle importance? -
budget Les budgets militaires en Europe vont-ils souffrir de la crise ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Economie et défense
Là tu tombes dans leur rhétorique: ça les "agace" depuis la création de l'OTAN, mais en même temps, si les pays européens montaient en puissance, et plus encore si quelques-uns d'entre eux s'organisaient, les USA ne pourraient plus s'en servir comme de supplétifs, du moins pas aussi facilement et à aussi bon marché. C'est toute l'ambivalence de la chose: les ricains voudraient que les grands pays européens dépensent énormément pour des capacités d'intervention importantes, ET pouvoir en disposer et les commander comme bon leur semble. Seulement ça marche pas comme ça :lol:. Imagine que France, Allemagne, Espagne, Italie et UK entretiennent chacun un corps expéditionnaire complet équivalent à une des MEU des US Marines (40 000h projetables environs, avec dedans une division complète, ses hélicos d'attaque et de transport, sa chasse et ses avions d'assaut et de transport), la flotte pour les transporter en sécurité et 2-3 brigades spécifiques en plus à domicile.... Crois-tu que les USA pourraient ordonner si facilement qu'aujourd'hui à ces pays de les envoyer ici ou là? La question ne se résume pas si facilement: - la "capacité militaire" dans l'absolu n'existe pas: capacité de quoi? De se défendre contre une invasion? Ca n'en fait pas une menace contre l'UE. Capacité à envahir l'UE? A part les USA, et encore, aucune puissance ne le pourra à l'horizon visible. Capacité à balancer de la purée de missiles, nucléaires ou non? Ca c'est un autre sujet, sur lequel la parano monte (mais ce genre de politique de la canonnière changerait aussi beaucoup de choses pour qui s'y essaierait). - passer devant dans certaines technologies ne fait pas "passer devant" dans l'absolu. Avoir plus d'unités projetables efficacement que la France ou le RU ne veut pas dire qu'on peut envahir beaucoup de pays.... C'est un poil plus rude. Et même la Chine ne pourra peut-être pas être une grande puissance de projection d'ici 20 à 40 ans, en raison des multiples problèmes (démographie, stabilité interne, inégalités massives de développement et de revenu, santé, écologie, limites des potentiels de croissance....). -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Là Gibbs, tu nous lancerais dans l'éternel débat "contrôle continu ou concours" :lol:. Mais c'est vrai que ça fait partie des défauts: afficher un système méritocratique dont on trucide la réalité selon les besoins budgétaires, sans le dire en plus. Essayons de ne pas limiter le sujet aux réformes à faire dans l'AdT d'aujourd'hui, et juste sous l'angle de la gestion des personnels. Je sais que le sujet n'est pas des plus précis, mais il concerne l'organisation tactique des armées et la pertinence des modèles (modèles actuels inclus évidemment), donc selon les 2 angles de vue que ce problème implique, et qui ne sont jamais facilement conciliables: - angle de l'armée: définition de capacité, adaptation au spectre des menaces le plus large possible, définition d'un échelon tactique de référence (légion, division, GTIA/battlegroup....), articulation du dispositif, capacités recherchées, organisation et nomenclature des grandes unités, unités élémentaires et sous-unités, maximisation de l'efficacité de chaque échelon, choix et sélection des hommes, contrainte budgétaire - angle individuel: GRH, choix et sélection, recrutement (conscription? Volontariat? quel mix des 2?), formation/entraînement/aguerrissement, vie sur base, "ambiance" de travail, création/entretien d'un esprit de corps, attractivité du métier, perspectives de carrière, clarté du dispositif, possibilités de reconversion, traitement des mutilés, retraites.... Quelle que soit l'époque, les armées réellement organisées et efficaces ont toujours eu, à un degré ou à un autre, ces 2 ordres de préoccupation quasiment contradictoires en tête (même les gouvernants les plus cyniques savaient que les bons hommes ne s'attirent et ne se gardent pas s'il n'y a pas de plan de carrière et de retraite; les mercenaires n'ont jamais offert une bonne solution). La question est de les optimiser ET de les rendre compatible. Je m'inspire avant tout de l'exemple romain, car c'est celui qui a su le mieux les fusionner dans une organisation efficace (de l'armée et de la société), et ce dans le temps long, au point, pendant le Haut Empire, d'être un des piliers de la société et de l'économie, les zones frontières étant aussi des espaces à mettre en valeur, ce à quoi les légions et auxiliats en garnison contribuaient largement, implantant des générations de soldats dans le paysage de zones en développement (en garnison, puis en retraite, les soldats faisaient souche et contribuaient plus que largement au développement et à l'urbanisation de ces zones). Tout n'en est pas transposable, mais le point est que, à la lumière de l'Histoire et des développements techniques, tactiques et technologiques actuels, il semble qu'un nouvel équilibre doive être trouvé pour l'organisation militaire, afin de concilier différemment ces 2 grands facteurs de l'organisation tactique et humaine des armées. Pour reprendre le point particulier des officiers: qui a décrété qu'un jeune bien éduqué devait commander une force opérationnelle autonome? Personne. la conception actuelle des grades de lieutenant et capitaine remonte aux armées de masse qui fonctionnaient en packs plus denses et dont la coordination et la cohésion ne pouvait se faire que via une chaîne hiérarchique lourde et omniprésente (niveau d'éducation moyen, masses importantes à coordonner, moyens de com limités, même à courte distance....). Un légat ou un consul romains auraient trouvé complètement stupide de confier le commandement d'une cohorte à un jeune tribun, et encore plus stupide de l'envoyer sur une mission autonome, même de courte durée et avec moins qu'une cohorte. Soit il avait des tribuns ayant bien plus de bouteille pour faire ça, soit, cas plus probable, il avait pléthore de centurions bien rôdés pour ce genre de taf. Si la mission impliquait l'interaction avec des alliés, soit un versant politique, là le tribun avait une utilité et le commandement nominal. Si elle avait déjà une certaine échelle (une ou plusieurs cohortes), le tribun, un expérimenté, avait là toute son importance et prenait un rôle de commandement et de coordination globale du détachement (choix des objectifs, mouvement, choix de combattre ou non, dispositif global....), mais l'application tactique restait du domaine des centurions, et ils étaient les premiers qu'il consultait pour savoir ce qu'il était possible de faire et comment il fallait le faire. La nomenclature peut varier pour définir le niveau où la pratique compte plus que l'éducation, et il est possible de l'envisager autrement: - officiers "terrain" = spécialistes, officiers "écoles" = généralistes - officiers terrains sont censés être des pros du combat et des meneurs d'hommes, les officiers "écoles" sont censés être des pros de la guerre au sens large - les uns sont centrés sur le niveau terrain et pratique, l'application, les autres sont centrés sur le spectre général, dont le niveau terrain n'est qu'un seul aspect. Vu sous cet angle, il apparaît plus que ridicule de confier une responsabilité pareille à des jeunes lieutenants ou à des capitaines qui ont généralement peu de bouteille, mais surtout moins la connaissance intime de la troupe dans sa réalité complète, pas le même sens du terrain.... De leur point de vue, c'est un validateur de parcours, alors que dans la réalité, c'est désormais l'échelon opérationnel premier, le domaine d'application pratique le plus crucial et l'échelle de déploiement désormais "normale". Il faut à cette échelle des officiers dans la 2ème moitié de leur carrière (15 ou 20 ans derrière eux), pas des djeunz. Qu'il soit nécessaire que les futurs officiers généraux aient tâté de ces échelons pendant un bon bout de temps (et qu'ils aient vu les conséquences des ordres venus "d'en haut") c'est évidemment nécessaire.... Mais pourquoi en tant que responsable de cet échelon qui réclame ses propres spécialistes expérimentés aux commandes? Avant de faire sa "vraie carrière" en EM (échelons GTIA, EMF de diverses tailles, et EM de Corps d'Armée interallié), le jeune officier devrait plus logiquement: - être un étudiant ET stagiaire de longue haleine, avec derrière lui une "grande école" militarisée (St Cyr remasterisé version "compatible et valorisée aussi pour le civil), une école d'application (pour son arme) et des classes "normales - avoir dans un premier temps un statut ferme et défini, avec un ou plusieurs rangs correspondants (différents des grades de bas officiers): pas un mdr, mais pas non plus réellement un officier, en ce sens qu'il est affecté en sous-unités (section, compagnie interarme et SGTIA) sous l'autorité d'un sous-off (un bref temps en section) ou d'un bas officier - à ce stade, il joue les surnuméraires, avec un certain nombre de tâches défini, mais surtout de l'apprentissage à faire. Passé un certain temps, le rôle du bas officier est aussi de l'assigner ponctuellement à un commandement autonome temporaire (une mission, un contact à établir, un coup de main à faire....). Il faut évidemment qu'il ait tâté de chaque échelon dans sa réalité, et, toutes assurances prises, ait pu voir ce que c'était que commander à ce niveau. - au niveau SGTIA, il est déjà un officier d'EM auprès d'un capitaine issu du rang, et apprend à jouer l'interface entre le SGTIA et le GTIA, c'est-à-dire la jonction entre l'échelon et le langage EM et l'échelon et le langage terrain. - il convient de déterminer une durée pour cette période d'apprentissage, histoire de pas se retrouver non plus avec des mecs qui ont végété 10 ans en faisant ça et dont les possibilités de reconversion seront nulles -
budget Les budgets militaires en Europe vont-ils souffrir de la crise ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Economie et défense
Il faut relativiser les choses et ne pas regarder les chiffres d'une seule façon: - les budgets des grands pays de l'UE ont beau stagner, ils restent des budgets parmi les plus élevés au monde, en montants absolus comme en PPA militaire: à cela correspondent des capacités, mais surtout un niveau de recherche et d'industrialisation qui, s'il est menacé en soi par la rapacité et la quête de domination US, reste et restera très haut de gamme. La croissance des budgets ailleurs est encore pour longtemps un rattrapage bien plus qu'une arrivée dans le peloton de tête - la capacité immédiate de l'UE est limitée, c'est un fait, mais l'UE se trouve également dans la situation géopolitique historique de l'Angleterre: une sorte d'île qui, si elle n'est ni à l'abri ni invulnérable, a une marge considérable de temps et d'espace autour d'elle pour voir venir une menace conventionnelle (qui est celle à laquelle correspondent d'importantes forces opérationnelles) - la capacité à agir au loin est limitée, même extrêmement limitée, et ça c'est un fait indéniable, et peu de pays, sinon seulement 2, ont une volonté réelle d'être capable d'agir loin, même si c'est avec des moyens réduits - dans le sens de la réflexion générale de Vincent Desportes, les cycles actuels de conception-production-mise en ligne de matériels sont devenus si longs et coûteux (et la capacité, à effectifs équivalents, si limitée) que si la question est posée à 20 ans, il est plus qu'évident qu'un changement important se produira d'une façon ou d'une autre (même pour nombre d'industriels, c'est dur à soutenir vu la faible fréquence de renouvellement): cycles plus courts, produits moins pointus, mais plus nombreux et disponibles, renouvellement plus fréquent.... Une révolution tactique pour faire face aux déboires de la RMA hyper-technologique? - pour relativiser un peu: sur le pied de paix fragile avec menace directe et massive aux frontières sur la période 1870-1914, des pays comme l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Angleterre dépensaient entre 4 et 5% de leur PIB pour la défense (avec en plus pour tous un effort plus ou moins important pour les garnisons des colonies), soit sensiblement la même chose que pendant la Guerre Froide (à la louche). Dans le contexte actuelle de menace éloignée et de pure logique expéditionnaire, 2% semble une moyenne correcte, sous réserve qu'ils soient effectivement dépensés (pas 1,5% maquillés en 2%), et bien dépensés. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
J'ai modifié un peu le texte. Evidemment, le côté naïf de cette vision est que l'être humain pèse peu politiquement comme investissement face aux grands industriels et à leurs productions (surtout avec des dirigeants qui se foutent du domaine stratégique/sécurité), pourtant avec les "armées de 100 000h" (effectif global, pas combattant) à laquelle les grands pays européens sont limités, la GRH est un investissement plein et entier dès lors que le but est d'obtenir un outil efficace qui puisse peser son poids politiquement. Quelques données peuvent plaider en ce sens d'un point de vue objectif: - le modèle de force s'oriente un peu partout sur le niveau battlegroup/GTIA comme grande unité de référence. Ce type d'unité devient donc de facto le premier niveau où la logique opérationnelle "terrain" est mêlée à d'autres facteurs: politique, interaction avec le commandement de grand EM, interaction civilo-militaire locale (au-delà du simple contact, donc avec quelque chose de planifié), interaction avec des commandements de forces alliées, gestion du domaine interarmée.... C'est donc le premier niveau où la formation classique d'officier a une pertinence plus grande que la seule logique opérationnelle. - En deçà (SGTIA/compagnie renforcée, section autonome ou interarme....), l'opérationnel, l'expérience, le sens du terrain, la connaissance des hommes, l'autorité/le caractère, la débrouillardise, l'autonomie, le sang-froid.... Comptent nettement plus. Ces niveaux-là sont appelés à opérer le plus clair de leur temps loin du regard du QG de GTIA, de la façon la plus éclatée possible, et ont besoin de chefs qui ont de la bouteille. Et là, le terrain et les RETEX seront impitoyables. - la contestation du modèle des armées occidentales actuelles: alignement sur les visions d'ingénieurs (course aux capacités non nécessaires), temps de conception, fabrication et mise en ligne des équipements (vision en "plates-formes"), coûts en croissance constante.... Le tout pour un alignement de facto sur le modèle américain avec même pas le 10ème de leurs moyens. Au bout de ce système, il y a une armée à 3 brigades avec des équipement pour une :lol:. Ce que soulignent pas mal de monde Desportes en tête (mais aussi dans l'USMC), c'est qu'il faut reprendre l'initiative et adapter les commandes aux besoins et au service d'une vision d'organisation tactique, et non asservir ce niveau aux industriels. Des équipements moins pointus, plus nombreux et plus souvent renouvelés pour les unités opérationnelles en somme. La seule question des coûts (achat, entretien et projection) et des délais résoudra à terme cette équation. - Les écoles d'officiers voient des départs importants en cours de formation et en début de carrière, preuve d'un modèle inadapté. Le parcours du jeune officier va devoir se trouver une nouvelle valeur ajoutée et se repenser en grand, sous peine de se transformer en école de commerce d'un nouveau genre avec une petite minorité, même pas forcément les meilleurs, qui ira dans le peu de places disponibles en unités combattantes (pour devenir général un jour :P) - corollaire du précédent, les bons et très bons profils sont chers (très chers) et hors de portée des armées (de plus en plus: voir les Polytechniciens qui ne vont plus du tout à l'armée), et plus la caste des officiers s'éloigne de la société, et surtout de ses hautes sphères, plus ces profils seront hors de portée et moins les très bons candidats seront nombreux (sauf ceux ayant la "pure" vocation). Avoir un St Cyr redimensionné (et pas qu'un peu) sur son versant militaire et en faire plus largement une école d'encadrement militarisée (avec des éléments pour la formation purement militaire aussi) associée à d'autres voies possibles vers le civil (grandes écoles), c'est replacer les futures élites militaires dans la sphère de l'enseignement supérieur général. Le parcours militaire peut ensuite être plus facilement valorisé pour ceux qui sortent de l'institution à tous les stades. L'apprentissage purement militaire se fera dans la pratique, en continu, via l'affectation sans commandement, auprès des bas officiers. - le problème des élites militaires, surtout en France, va de même, plus généralement, devoir être réglé par une nouvelle approche du métier - la GRH des armées peine à attirer les vocations en quantité et en qualité: elle doit être repensée de fond en comble, et elle ne pourra pas en faire l'économie. Accroître le vivier de recrutement par un ciblage segmenté, aménager plusieurs cursus de formation initiale pour former le produit standard "soldat de base" (sujet déjà évoqué ailleurs), aménagement de possibilités de parcours de carrière clairs et facilement identifiables par les candidats, sérieux travail sur la reconversion (parce qu'il y a pas de mystère, il faut du turnover de gens qui ne dureront pas assez pour avoir une pension, mais qui ne doivent pas non plus récupérer un statut de quasi pestiférés pour des recruteurs).... Les problèmes de recrutement et de fidélisation, de même que le coût de la gestion à la petite semaine contraindront tôt ou tard à s'intéresser réellement à ces aspects, surtout dans le cadre de la contraction des effectifs fixes (moins de monde, tâches équivalentes = contrainte d'efficience) Bref, beaucoup d'aspects et tendances de la réalité vont contraindre à repenser beaucoup de choses; mieux vaut donc prendre cela en compte avant d'avoir à le faire en urgence et au coup par coup. Tout un cran plus bas :lol:: - soldats du rang ayant comme horizon: quitter l'armée avant l'ancienneté pour pension, devenir "vétéran" (et acquérir éventuellement une spécialité donnée, soit en opérationnel, soit en unité fixe ou administrative), devenir sous-off - une fois sous-off (repéré précocement et orienté, ou par parcours perso et choix): soit faire une carrière de sous-off jusqu'à un niveau (y compris de revenu) assez élevé, mais surtout valorisé comme tel (système assez britannique), soit être orienté (repérage/orientation ou volontariat, avec examen dossier, appréciations/recommandations, et épreuve/concours) vers une carrière de bas officier - bas-officiers: entièrement issus des sous-offs. Reçoivent donc une formation théorique/technique adaptée à leur seul profil et à l'échelon qu'ils sont appelés à prendre en charge, et ont, comme ceux qui feront le parcours de sous-off jusqu'au bout, des postes, affectations et grades entièrement faits pour eux (lieutenant, capitaine, chef de bataillon/commandant et lieutenant-colonel comme "distinction", leur maréchalat, quoi) - officiers généraux: venus d'école et appelés à être stagiaires et surnuméraires en formation continue et affectation auprès des bas officiers dans un premier temps, puis dans les EM de différents niveaux. Le seul but de cette carrière est de fournir des officiers aptes à l'échelon GTIA et au-dessus. Donc eux n'auraient aucune réelle autorité avant cela: ils seraient en apprentissage long et permanent, d'abord auprès de sous-offs expérimentés pour le feu, ensuite auprès de bas officiers pour connaître l'échelon de commandement opérationnel, et enfin dans les EM (de GTIA à EMF) pour leur vrai métier. Il y a effectivement une distinction selon le niveau d'instruction intial, mais il des parcours clairement différenciés pour éviter de les téléescoper. C'est l'idée: que les rangs de lieutenants, capitaines et chef de bataillons ne soient plus en aucun cas liés à une école militaire autre que celle qui prend les sous-offs sélectionnés en ce sens. Pour ta question, assortie de la comparaison avec Heinlein, il y a de ça, sauf qu'il semblerait quand même judicieux que les officiers issus du rang aient d'abord été sous-offs, pas simplement soldats: il ne suffit pas d'avoir vu le feu, mais il faut avoir aussi encadré effectivement des soldats au feu, et pensé leur action au moins à petite échelle. Autant pour repérer "l'autorité" et les caractères que pour trouver ceux qui peuvent penser et anticiper sous le feu, non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour un groupe, et être autonomes. En plus, être sous-off, c'est aussi appartenir à un milieu et une mentalité bien particuliers que ces futurs bas officiers doivent connaître pour marquer leur différence avec les officiers "classiques", eux appelés à ne commander que les unités équivalent GTIA et plus, et/ou à y avoir un job. Il n'est pas question de faire sortir direct un soldat du rang et de le foutre en école d'officiers. L'un des points du système est qu'il est là pour différencier des parcours, tant en fonction des critères individuels qu'en fonction des impératifs d'organisation des armées modernes. Actuellement, tu auras de l'engorgement à tous les étages avec des parcours peu clairs, peu d'affectations et surtout très peu de commandements, avec cette aberration qui est de foutre des jeunes officiers peu expérimentés sur les bas échelons de commandement qui sont les échelons opérationnels pratiques des armées modernes (qui ont donc de fortes exigences). Il faut être franc: dans ce système, un très bon candidat issu du rang ne deviendra jamais général sauf en cas de conflit de grande échelle, et sa perspective de carrière maximum sera celle du parcours de bas officier. Mais au moins, les 2 parcours (officier issu du rang et officier d'école) ne se disputeront plus le peu de places disponibles, ce qui est une des causes de la surpopulation de St Cyr (et des départs, surtout des bons, en cours de route) et une sérieuse limite aux perspectives des bons officiers issus du rang qui n'en ont pas vraiment au-delà des postes opérationnels où ils sont irremplaçables (les jobs d'officiers en unités fixes/administratives reçoivent le surplus d'officiers d'écoles, réellement trop nombreux). En réservant les grades de bas officiers, et les affectations correspondantes, aux parcours issus du rang, ça donne de l'oxygène et ça clarifie les choses. De même, le parcours d'officier d'école est clairement destiné à un truc: les postes d'EM opérationnels (ou fixes) et les hauts commandements des forces: - la réduction drastique des effectifs en formation est impérative - le premier grade post formation est officier d'EM, avec généralement une spécialisation - les places peu nombreuses et chères et recherchées sont les commandements opérationnels: à effectif égal de l'AdT, il y aurait environs 32 GTIA (aux ordres d'un colonel) à pourvoir, qui se regrouperaient en une dizaine de brigades interarmes (si possible opérationnelles en tant que telles) plus petites que les actuelles, et 3 EMF plus l'EMF européen. Et après s'ajoutent les postes de brigades spécialisées et leurs EM, et les postes fixes. - avant cela, ou plutôt en deça du GTIA, l'armée appartient aux officiers issus du rang :lol:: les jeunes "aspirants" y font leurs classes comme "jeunes messieurs", sans autorité de commandement sauf si un lieutenant ou capitaine, en opérations, les juge assez bons ou les testent sur une mission ponctuelle avec un détachement. En dehors de ça, leur rôle est d'apprendre, de participer, d'être disponibles pour tout job.... Ils passent un moment à chaque échelon de commandement opérationnel, et en SGTIA, avec donc un capitaine/chef de bataillon issu du rang, ont déjà assez de bouteille pour jouer les traducteurs/intermédiaires avec le niveau GTIA. Après ça, ils sont bons pour commencer leur vraie carrière dans les EM, sous les ordres d'officiers généraux. - les corollaires pour ce niveau de formation est la valorisation de leur cursus pour une reconversion dans le civil (bonne école d'encadrement/plannification/décision, avec des UV "civils") et la sévère limitation de leur nombre. L'un des bons points est aussi que ça les rend plus aptes à refoutre des élites militaires dans les bons cursus civils, donc de reconnecter les élites militaires (qui puent la naphtaline) avec le monde réel. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Y'a de ça, mais ce que j'entends par système ternaire, c'est vraiment faire 3 cursus complets et séparés, et non plus penser en terme de rang et sous-offs d'un côté, et officiers (bas et généraux) de l'autre. Evidemment, je me base sur l'exemple romain, et il peut y en avoir d'autres. La question est de savoir où on place le curseur entre opérationnel et "théorique" (je schématise, à défaut d'autre terme) dans la formation: - actuellement, les sous-offs ont une formation avant tout opérationnelle, et ensuite théorique pour ceux qui montent en passent officier en cours de route - les officiers partent de la théorie (école) et arrivent à la pratique mais au bas échelons (section et compagnie/batterie/escadron surtout, plus divers détachement plus composite de petite échelle), du moins pour ceux qui feront une carrière longue Cette façon de confier des responsabilités opérationnelles à ce niveau hautement "pratique", à des jeunes officiers inexpérimentés est-elle en définitive la meilleure façon de faire? La réponse est dans la réalité des unités de combat où les bas officiers issus du rang ont une présence plus que marquée. Le fait est que dans les armées de ligne comme dans les armées de masse, le lieutenant et le capitaine n'étaient jamais très loin de leur chef de bataillon, voire de leur colonel, sauf pour de très courtes périodes de temps (détachement ponctuel....). Et le système actuel date en fait du temps où les bas officiers étaient surtout nécessaires en tant que seules personnes éduquées et capables "d'impliquer" l'unité dans la perception de leur rôle au sein d'un plus large dispositif, pas en tant que décideurs tactiques réellement autonomes. Maintenant, c'est la concentration d'un dispositif, même au niveau compagnie renforcée, qui devient quasiment exceptionnelle (nouveaux moyens de com, couverture du terrain, possibilités plus large des petites sous-unités....), ou en tout cas ponctuelle. A ce compte, est-il pertinent qu'un jeune officier inexpérimenté ou peu expérimenté soit responsable d'un tel niveau de facto autonome? Le sens du terrain et la bonne prise en main de l'unité priment plus à ce niveau A haut niveau (officier général), il est facile de constater que la prédominance de la formation initiale en école a plus de pertinence, de même que l'habitude du milieu (relations, interactions, habitudes et méthodes de travail.... Y compris avec des forces étrangères), de la transcription des faits militaires en données politiques/économiques/comptable/stratégiques.... De même, au niveau plus "pratique" (section, compagnie, détachement, SGTIA....), apparaît un plus grand besoin de savoir-faire opérationnel et d'intelligence tactique et "humaine" qu'on retrouve plus dans les profils d'officiers issus du rang. La question est donc: où placer la barre entre les 2? Entre le meneur d'hommes/tacticien et le "stratège"/responsable d'une zone où opère une force interarme/interarmée? A quel niveau vaut-il mieux que l'officier qui commande effectivement un niveau de force donné soit issu du rang ou d'école? La seule proportion de capitaines et lieutenants issus du rang dans les unités de combat semble indiquer qu'à ces niveaux là, au moins pour les unités de mêlée (Génie, Trans et Arti ayant d'autres paramètres, de même que les unités encore plus "techniques/scientifiques"), il vaudrait mieux acter la réalité en un système plus clair que continuer comme aujourd'hui, ce qui revient à adapter l'organisation de l'encadrement opérationnel au niveau des unités vers lesquelles l'AdT semble orienter son format (GTIA/SGTIA). Du coup, le système implique: - un parcours du soldat du rang qui peut déboucher, pour ceux qui seront appelés à resigner (et/ou qui ont le niveau) sur une carrière de sous-off pleinement valorisée comme telle, ou un statut de "vétéran" (en France, il y avait ainsi jadis les "anspessades") pour ceux qui sont de bons soldats (et donc que l'AdT veut garder) mais ne veulent pas devenir sous-off (ou n'ont pas les qualités requises), et qui peuvent éventuellement choper diverses spécialisations en tant que vétéran. Pour ceux destinés à devenir officiers, l'ENSOA jouerait le rôle de repérage des profils aptes à faire des officiers corrects (pas seulement par son concours, mais par du repérage plus précoce en unités), et les orienterait vers ce cursus - un parcours d'officier issu du rang: évidemment, il implique d'avoir fait son temps comme soldat, et les profils tendraient plutôt vers ceux qui sont passés vite sous-offs et ont fait leurs preuves. Mais pour ceux-là, les rangs de lieutenants et capitaines seraient une voie réservée et non plus mixte, après passage dans une école exactement formatée pour ce parcours. De même, les rangs de chef de bataillon/commandant (pour le commandement non opérationnel: les unités à domicile quoi), voire lieutenant-colonel comme distinction de fin de carrière. Pour gérer un régiment organique sur base, y'a pas besoin de St Cyriens. Ces bas officiers issus du rang seraient valorisés comme spécialistes de leur arme et comme chefs opérationnels jusqu'à un niveau donnée, purement pratique (SGTIA au maxi). - un parcours d'officiers "classique": plus resserrés sur les grades d'officiers généraux. Après école, ils feraient leur classes/stages en unités opérationnelles, auprès des bas officiers mais sous leur autorité: ceux-ci seraient seuls juges de tâches à leur confier (commandement de détachements temporaires, observation, "conseil" pour des domaines autres que le pur opérationnel/action, mais surtout "traduction"/intermédiation avec l'échelon supérieur, qui serait le truc le plus formateur et ce qu'ils sont chargés de voir et d'apprendre). Ce seraient en somme ce qu'on appelait jadis les "jeunes messieurs" dans la Marine (dont l'instruction étaient confiée avant tout aux vieux premiers maîtres), quel que soit les grades temporaires qui puisse leur être trouvés. Et pour ceux qui donnent satisfaction, après plusieurs niveaux d'apprentissage opérationnel (section/compagnie/SGTIA/GTIA), et une période en Etat-Major (SGTIA/GTIA/EMF et brigades-réservoirs), commence alors la carrière d'officier général. Elle commencerait, pour les commandements opérationnels, avec une affectation au QG d'un GTIA. Ces profils seraient faits pour former des meilleurs "généralistes", contrairement aux bas-officiers qui sont plus des spécialistes de leur arme et de l'échelon terrain/pratique. Ca peut ne pas sembler si différent en soi, mais ça implique en fait de nombreux aspects, par exemple un des plus cons: un officier issu du rang, ou même un sous-off avec une bonne carrière derrière lui, devrait pouvoir gagner plus de fric qu'un officier débutant. La rareté est récompensée, pas le "rang social" découlant d'un cursus. Il faut garder à l'esprit que 2 ordres de données très différents président à cette question: - l'opérationnel: quelle est la meilleure organisation tactique, la meilleure articulation d'un dispositif? Quel modèle de force? Quels hommes choisir pour commander des sous-unités, détachements, compagnies interarmes, task forces.... D'un côté, et des véritables battlegroups/GTIA qui sont apparemment le premier niveau "grande unité opérationnelle" (impliquant donc d'autres logiques que le seul opérationnel) de demain, de l'autre? - l'individuel: comment recruter, promouvoir et garder les bons profils pour chaque échelon de cette organisation? Le fait est qu'un système, à partir d'un moment, dégoûte les bons éléments parfois plus qu'il ne les motive. Des perspectives de carrière plus claires, des possibilités clairement établies, des rémunérations adaptées, des horizons dégagés (ou en tout cas moins brumeux), un repérage et une classification des profils précoces avec un bon suivi.... Ces facteurs, surtout le 2ème, sont cruciaux dans une armée professionnelle et contractée: dans des armées de masses, il est toujours possible de trouver suffisamment de bons profils pour tous les jobs et toutes les promotions, pour un certain nombre d'unités. Là, il est question d'optimiser au mieux le peu d'unités combattantes qu'il peut y avoir dans les formats d'armées occidentales (hors USA) réduites. Fidéliser à plusieurs niveaux (soldat, sous-off, officier issu du rang et officiers "classiques") est une priorité, mais aussi une priorité qui doit être précisément évaluée en effectifs nécessaires, non seulement pour ne pas trop vieillir l'ensemble, mais aussi et surtout parce que le corollaire de cette fidélisation est une vraie valorisation, soit un vrai investissement sur une personne. La GRH en général est cruciale à cet égard, et beaucoup de conservatismes, tant dans l'inconscient militaire, culturel et social que dans l'organisation des forces, mais aussi pas mal de blocages (corporatistes), montrent que pour l'instant, la GRH des armées continue à raisonner comme si elle avait le choix de ces personnels, alors qu'elle fait face à une pénurie permanente. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Pour recentrer sur le sujet stricto censu, je me demande en fait si la nomenclature dominante actuellement de l'encadrement est si bonne, pertinente et efficace telle qu'elle est: - distinction de 2 catégories, quasiment 2 espèces différentes: sous-officiers et officiers - dans chacune, 2 sous-catégories plus ou moins clairement définies: juniors (caporaux et assimilés, chefs de groupe) et seniors (sergents/1st sergeant/staff sergeant, adjudants et warrant officers et autres) chez les sous-offs, bas officiers et officiers généraux chez les officiers Les barrières sont plus ou moins perméables selon les systèmes, mais c'est la nomenclature dominante dans le monde actuel, et elle est avant tout héritée des redéfinition des genres depuis la 1ère Guerre Mondiale, correspondant à des armées massives et très ordonnées en grandes unités très structurées et faites pour une guerre "symétrique" (sinon même linéaire) de grande échelle. Soit en fait un système très fixe adapté à un seul type d'adversaire, et qui doit être de facto décomposé dans chaque déploiement actuel. Sans entrer à fond dans le délire du "caporal stratégique", force est de reconnaître que l'évolution technique et technologique, celle des méthodes d'apprentissage et du niveau d'instruction, la montée en gamme en variété, exigence et quantité des matériels.... Sont telles qu'une redéfinition s'impose, à défaut de pleinement revoir en théorie la pertinence de tel ou tel modèle. De même, la conflictualité moderne change l'approche: les guerres dites "classiques" n'ont pas disparu du spectre des possible, mais les armées, surtout si réduites, d'aujourd'hui, sont appelées à faire face à des situations extrêmement variées, exigeant donc beaucoup de l'organisation militaire, de l'approche tactique, et donc de l'encadrement. La grande guerre frontale contre un adversaire unique ou coalisé organisé en grandes armées n'est plus qu'un possible parmi d'autres, et pas le plus immédiatement probable. Parmi les quelques tendances constantes qu'apprend la guerre à travers toute l'histoire (et que tout le monde s'empresse de désapprendre en temps de paix), la responsabilisation, l'autonomisation et la maximisation de l'intelligence des plus petits échelons reste parmi les grands classiques. De même, quelle que soit l'époque et l'armée, il semble que la taille des unités et sous-unités élémentaires ne change jamais vraiment, du groupe de combat de 8-10h au bataillon de 500 à 800h en passant par la compagnie de 80 à 180h (pour la cavalerie, c'est la même chose avec d'autres effectifs). Tout connement parce qu'à ces échelons, la première donnée est encore, en définitive, de pouvoir commander/maîtriser/détacher de manière pratique, efficace et immédiate quelque chose d'appréhendable directement du regard et à la voix si besoin est. Plus largement, ces unités sont, à toutes les époques, le coeur des détachements opérationnels potentiellement autonomes, auxquels on adjoint des éléments d'appui et de soutien divers, le tout étant placé sous un officier général, qu'il soit "capitaine" (au sens plus ancien et plus large), colonel ou brigadier (ancien grade à une étoile -mais pas un général-, aujourd'hui disparu)/général. Ces forces plus ou moins autonomes ont eu tous les noms, qu'elles soient organiques ou des détachements occasionnels: c'est l'origine même du mot "bataillon", fait pour être un détachement pertinent du régiment, trop lourd à manier, de la "colonne" (le capitaine d'une "colonne" devenant peu à peu le colonel), de la brigade (initialement un truc temporaire), du battle group anglais, du Kampfgruppe allemand.... Et c'est à l'échelle de ces unités et sous-unités élementaires que se décide l'articulation entre officiers et sous-officers, entre la décision de déploiement à l'échelon tactique et l'action purement opérationnelle. Dans les changements militaires actuels, en France par exemple, l'accent est mis sur le GTIA et le SGTIA, l'AdT étant appelée à être comptée en nombre de GTIA disponibles, ce qui en fait l'échelon de référence de la décision. Qui les commandera quand le dispositif sera institutionalisé et aura pris une allure de croisière? Un général? Un colonel? Cette façon de voir est-elle encore pertinente? Et plus pratiquement, qui "aura" les SGTIA, et les unités plus petites? La frontière entre officiers et sous-offs telle qu'elle est sera t-elle encore pertinente face à cela? SGTIA et formations plus petites seront clairement des éléments ultra-opérationnels, donc d'application pratique, et le niveau d'exigence face à la conflictualité moderne (hors des grands cas "simples" d'une guerre symétrique classique) sera grand. Qui faut-il dans ce genre de trucs? Des officiers de formation ou des sergents expérimentés ayant reçu une formation d'officier en cours de carrière? La façon binaire de voir de ce système empêche de voir la question facilement. C'est pourquoi je mettais en avant la vision romaine structurée en 3: - parcours de soldat dont les expérimentés (ayant resigné) peuvent avoir un statut de vétéran ("soldat de luxe"), de sous-officier "bas niveau" (les principales) ou de cadre spécialiste (artilleurs, ingénieurs, musiciens, renseignement, reconnaissance....), ou bien passer centurion - parcours de centurions: vétéran distingué du rang et entamant une carrière de super sous-officier/bas officier, allant d'un adjudant à un capitaine/chef de bataillon. Et option pour l'élite des centurions: rang de primipile (1ère cohorte) équivalent à celui de colonel, avec l'ultime distinction anoblissante de préfet de camp - officiers: venus de l'élite nobiliaire (classe des chevaliers ou sénateurs), le parcours militaire commence avec le rang de tribun, officier d'Etat-Major pouvant être affecté, au jugement du chef, à des détachements (affectation ou commandement de forces opérationnelles) permanents ou temporaires correspondant à ce qui serait donné à un colonel. Le parcours implique en fait peu de progression dans la titulature militaire étant donné qu'il s'agit de relations interpersonnelles et d'affectations selon les besoins et préférences du chef. Le légat (chef d'une légion, de la réserve, des auxiliaires ou de la cavalerie en général, voire commandement autonome si une armée doit se diviser en plusieurs forces) est une fonction déjà très politique, et le consul/proconsul est une fonction avant tout politique. Bref, l'armée romaine avait un commandement organique uniquement issu du rang (seule la légion entière est à demeure commandée par un officier), et un commandement de forces autonomes conséquentes, souvent composites, issu du parcours d'officier (au moins au niveau 1 cohorte+appuis et compléments, c'est-à-dire bataillon interarme). Les centurions expérimentés sont largement aptes aux opérations indépendantes, voire complexes, de petite échelle, jusqu'au niveau cohorte. Au vu du niveau requis pour le commandement de forces purement opérationnelles "à taille humaine" (de compagnie à bataillon, voire SGTIA/GTIA), ce lieu plus ou moins précis où se fait la distinction officiers/sous-officiers actuellement, quel modèle, existant ou théorique, semble devoir s'imposer? Quel genre de profils, quel genre de parcours, quelle formation fondamentale.... Compte le plus? Exemple avec une application du système romain dans l'infanterie et la cavalerie: - sections et compagnies auraient un commandement organique et opérationnel issu du rang (sous-offs promus avec une formation supplémentaire en cours de carrière). - bataillons et régiments pourraient vivre de même avec comme pacha un sous-off promu, vu qu'ils sont des unités désormais "réservoirs" pour former des GTIA. Leur emploi en "entier" (en moyenne 2-3 compagnies + appuis et CCL) en GTIA pourrait aussi voir un sous-off promu comme officier responsable, sous le patron du GTIA, sans doute un colonel avec un staff autonome et fait pour la chose. L'horizon offert aux sous-offs est ainsi plus large, et s'il est plus réduit pour ceux faisant le parcours d'officier, du moins sur le terrain, ça n'empêche pas de les affecter auprès de ces "super-sergents" devenus bas officiers, comme stagiaires/surnuméraires pour se former à l'expérience pratique et participer à la prise de décision, voire avoir un rôle mieux centré d'intermédiaire avec le commandement, et surtout d'interface dans des missions plus complexes ou il faut autre chose que des fonctions purement opérationnelles. Avec la formation théorique, c'est au final mieux que bâtardiser les grades de bas officiers entre les deux types dee parcours, sachant pour l'AdT que la grande majorité des lieutenants et capitaines en unité de combat vient du rang. -
Où se trouve le site de la bataille d'Alésia ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Suchet dans Histoire militaire
Oh pitié, pas ce sujet là :lol:! Il réclame du geekisme-conspirationisme pointilleux à l'extrême; déjà vu sur un forum historique.... Ca dépasse les pires délires sur l'assassinat de Kennedy :P. -
La question est, plus précisément, de définir son rôle probable, et de ne pas formuler d'accusations qu'il n'est pour l'instant pas possible de prouver. Les témoignages dans tous les sens sont trop parcellaires, trop tardifs et souvent non corroborés (par d'autres ou par des preuves): - que Bigeard ait su que ça se pratiquait, c'est une évidence et il ne s'en est jamais caché - que ça se soit produit dans sa zone de responsabilité, c'est certain, prouvable et prouvé, et là non plus il ne s'en est pas caché - que ça se soit fait sur son ordre, c'est déjà plus nébuleux et difficile à prouver: chaînes de commandement et de responsabilité pour ce genre d'actions hors du champ purement opérationnel, répartition des domaines d'action.... - que ça se soit fait, en totalité ou pour partie, sur son initiative, sa recommandation ou son choix personnels, c'est douteux, mais surtout non attesté ni prouvé en l'état actuel des choses - que certaines "séances" pour des sujets donnés aient été faites sous sa supervision personnelle, c'est encore plus difficile, voire impossible, à prouver ou même à établir (mais l'accuser de ça, c'est plus parlant à la télé :P) - qu'il ait mis lui-même la main à la pâte, ça relève du fantasme et de l'accusation gratuite, ou politiquement orientée Les accusations et les témoins de dernière minute sont quelque chose d'assez facile à produire, et s'il ne faut pas négliger les derniers, ça ne veut pas dire pour autant que tous ou quelques-uns sont éminemment crédibles: il y a des témoignages pour toutes les versions, et l'honnêteté commande, surtout en l'absence de preuves factuelles et de compréhension profonde des chronologies et modes d'organisation, de ne pas décréter que les témoignages qui vont dans le sens d'une opinion personnelle sont valides et les autres sont de la merde. Il y a des histoires personnelles dures et tragiques de tous les côtés, toutes tirent les larmes, mais il y a aussi des mensonges éhontés de tous les côtés. Maintenant, que l'usage de la torture dans une guerre contre-insurrectionnelle ait été appliqué comme méthode régulière, c'est aussi un fait avéré et même théorisé chez tous les experts de ce type de guerre. Pas un grand mystère, et Bigeard, comme Massu, ont dit qu'ils auraient aimé qu'il y ait un autre moyen d'obtenir du renseignement de court terme, mais que personne n'en a jamais trouvé d'autre. En l'occurrence, quand il s'agit de renseignement à faible durée de vie, le seul choix pour le militaire en charge est de laisser péter une bombe en zone civile, de laisser opérer des cellules d'action ou de torturer: qui voudrait être face à un choix pareil? Comme les militaires de l'époque l'ont dit, Massu en tête, les "Ponce Pilate" politiques le savaient, le recommandaient intrinsèquement mais savaient comment formuler leurs documents (ou lesquels détruire rapidement). Les responsables sont toujours politiques, faut arrêter de taper sur ceux qui n'ont pas de lattitude de choix. Qui plus est, il s'agit d'actions contre un ennemi lui-même pas vraiment blanc-bleu; pas parce qu'il a tué du militaire (au final, c'est accepté: c'est la guerre), mais parce qu'il cible du civil, et avant tout du civil algérien musulman (y'a qu'à voir les chiffres), et a donné dans l'action cradasse aussi pour éliminer ses concurrents et revendiquer le manteau de "combattant de la liberté" qu'il n'a mérité que par élimination des autres mouvances qui auraient pu le revendiquer avec plus de légitimité. Pour reprendre le parallèle de la résistance à l'occupation allemande, qui semble si en vogue, on n'a pas vu les réseaux de résistance, pourtant venant souvent d'horizons idéologiques très différents, s'entretuer et s'étriper entre eux, ou opérer de grandes actions de rétorsions ou de massacres contre la population française avec mises en scène macabres à la clé. Maintenant sur la question de la pleine reconnaissance par l'Etat français (rappelons que le fait a été officiellement reconnu mais qu'il est nié dans son caractère officiel, c'est-à-dire venant du politique), il existe deux familles de raisons pour lesquelles ça ne se fera pas si facilement et ça ne doit pas se faire à moins de changements radicaux: - les mauvaises raisons: le niveau politique admettre ses responsabilités, même si les individus sont morts et enterrés? Ca voudrait dire qu'il faudrait reprocher des choses cradasses non aux exécutants et opérationnels, cibles habituelles, faciles et muettes par contrainte; ça s'appliquerait donc aussi au présent et au futur. En plus, ça taperait sur des familles politiques encore bien vivantes. Histoire de ménager un peu, il est dit que ce sont les actes autonomes "d'éléments extrêmes" de l'armée et de la police; ça conforte les huiles, et ça ne tape pas à outrance sur le militaire, juste "ce qu'il faut", diront les politiques. - les bonnes raisons: admetttre unilatéralement le fait confortera l'Etat FLN dans sa petite propagande déconnectée de la réalité, sans contrepartie envisageable vu la façon dont il fonctionne, sa légitimité foireuse et sa fragilité. L'Etat français a fait de nombreux pas, et surtout la communauté historique et la scène publique françaises ont fait le boulot là-dessus (et depuis les années 60), et même ont été dans l'exagération dans de nombreux cas. Réciprocité zéro de l'autre côté. Pas vraiment une façon honnête de faire. Quand à l'idée "d'excuses", ça ne relève pas de la sphère d'un Etat, juste de modes médiatiques; le FLN a t-il jamais fait d'excuses? Il a pourtant bien plus de sang sur les mains.
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Chine et USA
Tancrède a répondu à un(e) sujet de LBP dans Politique etrangère / Relations internationales
D'après quelques sources persos, il semblerait que Shangaï soit en grande partie une sorte de village Potemkine à grande échelle en ce qu'il y a une grande partie de la surface bâtie qui ne sert que de vitrine (et/ou de blanchisseuse d'argent) sans être occupée, tant en raison d'une demande insuffisante que de prix sans rapport justement avec cette demande, le tout plus parce que la ville est planifiée comme projet de prestige bien plus qu'autre chose. Il y a du business, mais en réalité pas le quart de ce qui est claironné. Et pour compenser, l'Etat chinois essaie de faire venir en masses des ouvriers non qualifiés pour peupler la périphérie immédiate et lointaine. Exagéré ou réel? Parce que s'il y a une bulle immobilière en Chine, c'est avant tout à Shangaï. -
Quelle expérience israélienne? Leur débat public sur la question avec des bigots en tête d'affiche :lol:?
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Un article d'aujourd'hui sur le blog de Merchet, mais surtout les commentaires qui s'ensuivent, indiquent à quel point la polémique sur le sujet des femmes en unités de combat risquerait de se passer: c'est très instructif de constater le déferlement de connerie de part et d'autres des opinions toutes faites et pire encore, de la façon dont les arguments des uns sont repris par les autres. Les faits: une femme officier d'un régiment de transmissions vient d'être brevetée instructeur commando au CNEC. Bon, et après? Merchet la mentionne comme la première, mais il me semble qu'il y en a eu d'autres avant. Ensuite, tout le monde a l'air de réagir comme si elle avait été admise dans une unité de FS :lol:.... Des gens brevetés instructeur commando, y'en a combien par régiment standard? En plus, il mentionne 4 semaines pour le stage.... C'était pas genre 10 ou 12 semaines en un autre temps ? Mais le pire, c'est évidemment que la polémique entre posteurs ne s'arrête pas beaucoup sur la performance individuelle d'une femme mentionnée comme marathonienne et triathlète émérite.... Ca va évidemment direct dans le "les femmes, c'est fait pour accoucher et faire la cuisine" contre "girl power! Elle l'a fait, les femmes sont donc toutes capables de faire exactement la même chose que les hommes à l'armée".... Faut-il rire ou vomir devant les 2 grands déterminants de la stupidité la plus complète en la matière? Certains peuvent essayer de faire les deux :P. Mais ça montre surtout à quel point il n'est pas besoin d'amener l'essentiel du sujet sur le devant de la scène pour déchaîner un torrent d'arguments foireux et d'empoignades qu'on devra qualifier de "passionnées" (pour éviter d'employer un terme plus vulgaire); un événement anecdotique sur un média très limité en audience et en possibilités, et le flot du débat est déjà complètement orienté, cristallisé de fait en 2 pôles radicaux et complètement écrasé par les instultes, les anathèmes, les procès d'intention. Ceux qui essaie de nuancer un poil -n'osons même pas parler de ceux qui essaient de faire factuel- sont automatiquement rejetés dans un camp ou dans un autre, tout propos étant forcément assimilé à l'une des 2 grandes opinions débiles résumées plus haut. Nada sur la réalité des profils psychologiques moyens, nichts sur la réalité des capacité requises, niente sur la proportion moyenne de femmes et d'hommes qui ont réellement les capacités pour être au standard de l'armée (et à un standard correct et unique, pas truqué et différencié), et surtout que dalle sur l'authentique -et toujours nié- sujet des problèmes liés à la mixité en sous-unités organiques, avec des populations de jeunes de 18-25 ans en bonne santé, généralement pas les plus éduqués, et précipités dans les conditions du combat. Bref, l'esprit de corps est un mythe macho fait pour écarter les femmes et rien d'autres :P. Illustration de ce à quoi pourra ressembler le débat quand il devra être posé, ou quand des problèmes apparaîtront et ne pourront être nié dans les quelques cas de mixité à très petite échelle (un viol, des cas de harcèlement réellement choquants....); la réalité est niée au profit des fantasmes et pseudo-arguments tout faits d'un bord ou de l'autre, qui confisquent les vrais aspects du sujet et les positions modérées. Rien de nouveau, c'est le débat politique. Mais là, ça menace directement le coeur et la base des unités de combat qui pourraient être astreints à s'aligner sur les aléas du politiquement correct (à noter que si des femmes étaient introduites de force dans un régiment de la Légion, la polémique resurgirait assez vite quite aux coqéquences :lol:).
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Pas besoin de fausses leçons d'histoire: le nom de l'expédition est "expédition d'Alger". Contre la ville d'Alger et ses dépendances immédiates (la régence d'Alger), pas contre un pays qui n'existait pas. Ca l'était à l'époque et ça l'est resté dans les livres d'histoire. Pour la note, par la suite, personne ne savait quoi foutre de la conquête qui n'était initialement qu'une opération de rétorsion. Et il a fallu des années avant d'envisager de voir si conquérir les régions alentours avait un intérêt ou non. Autre note, le général Bigeard s'est justement, en son temps, pas mal prononcé sur ce sujet précis vu qu'il prenait à coeur ce que la propagande et "l'histoire officielle" du FLN a foutu dans les manuels scolaires, et parallèlement les accusations contre la France que cette propagande pouvait soutenir. On a eu aussi nos manuels avec des républicains qui voulaient voir dans les Gaulois des "déjà-français", c'est juste complètement faux et totalement idéologique. Mais ça sert bien certains intérêts.
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Ce que tu n'as pas l'air de vouloir comprendre, c'est que c'est pas parce que les Algériens de la première vague d'immigration se sont tapés des boulots pénibles (comme toutes les vagues d'immigration dans tous les pays depuis que l'immigration existe) que ces même boulots n'étaient faits que par eux. Ca donne cette phrase cliché débile que les immigrés feraient le sale boulot dont les nationaux ne veulent pas, qui est fausse. Comme toute immigration peu ou pas qualifiée initialement, les Algériens ont été très présents dans ces dits boulots pénibles, mais ça ne veut pas dire qu'une large part de ces boulots n'étaient pas faite par des "nationaux". Et surtout dès lors que tu t'éloignes des grandes villes où les populations immigrées se concentrent généralement plus. Après là-dessus se greffent des phénomènes d'opportunité dont abusent certaines branches d'activité (le bâtiment en premier lieu) qui est de faire du chantage à la baisse de salaire par l'afflux d'immigrés en faveur duquel elles font pression auprès de l'Etat. Mais le corollaire -intentionnel- de cette politique est de baisser les salaires pour tout le monde. Sourd et aveugle: de la repentance en veux-tu en voilà, y'en a partout dans les médias et les discours faciles de politiciens qui surfent sur les modes côté français, jusqu'à la satiété, à l'aveuglement et au mensonge. L'usage de la torture a largement été traité en France depuis les années 60, et reconnu officiellement par l'Etat français. Quid de l'Etat algérien et des saloperies faites contre les populations européennes et musulmanes d'Algérie par le FLN? Et à grande échelle qui plus est? Côté algérien? Nibs, nada, que dalle. Les atrocités et massacres du FLN , commis à bien plus grande échelle? Zéro, et c'est être un ignoble partisan de la torture et de la colonisation que de le mentionner. Faut pas inverser les positions. Suffit de voir dan l'intérêt de qui vont ces polémiques: que l'Etat français aille dans un sens ou dans un autre côté mémoire, ça ne changera au final rien du tout côté politique intérieure comme côté relations commerciales franco-algériennes. La realpolitik prime tout, et c'est une question qui n'influence pas le vote en France et qui n'occupe pas les esprits plus de 3 secondes par an. Côté algérien, c'est sûrement pas déterminant à soi seul, mais ça concourt de l'auto-propagande du FLN qui n'a pas grand-chose d'autre pour essayer d'occuper le terrain médiatique et se donner une posture vaguement morale. Et après? Tu veux examiner les actes et faits dont la plupart des acteurs sont morts et enterrés depuis longtemps? - piraterie barbaresque dans toute la méditerranée occidentale pendant au moins 4 siècles - esclavage à grande échelle - contre l'élément musulman, puisqu'il faut examiner le temps long: l'Islam n'est pas arrivé tendrement au Maghreb, mais par un processus de conquête sanglante et de colonisation On peut demander des comptes en amont en remontant jusqu'au néolithique à ce compte là. Et pour la note, la France n'a jamais envaho l'Algérie: l'Algérie n'existait pas en 1830.
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Ah? Un jugement a été prononcé? Des pièces et éléments de preuve ont pu être procurés? Des témoignages recoupés ont pu être établis et/ou corroborés? ZERO de ce côté là. Faudrait arrêter de penser avoir la vérité parce que c'est ce que tu as envie de croire. Un mensonge répété mille fois n'est pas une vérité. Mais oui, les bonnes petites mythologies, comme si les jobs pourris n'étaient faits que par les gentils immigrés pendant que les méchants français se prélassent dans les super jobs.... La réalité est un peu plus complexe, merci d'éviter ces clichés faciles. Et l'eau de mon robinet se porte très bien grâce à des plombiers très souvent portugais, pas algériens (y'a de ces clichés, parfois :lol:). C'est pas ce que disent les statistiques.
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Ah? La parole de Bigeard ne vaut rien quand il affirme quelque chose sur un sujet où tu as plus que visiblement un a priori, mais en revanche celle d'Aussaresses vaut preuve devant la loi parce qu'il va dans ton sens? Le "fait" des choses n'est pas ce que quiconque veut qu'il soit, mais ce qu'on peut effectivement prouver, à défaut d'avoir l'omniscience pour soi. Faudrait peut être justement essayer de faire la part des choses sans a priori et opinions déjà toutes faites, et attendre de voir qu'un jugement historique puisse se faire, via des pools d'historiens qui ne travailleront ni à charge ni à décharge, et uniquement avec des PREUVES avérées. Ouais, ben c'est ce que je dis: les vagues d'immigration en nombres significatifs ne commencent que bien après 1962. Avant ça, l'effectif est pas lourd.
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budget Les budgets militaires en Europe vont-ils souffrir de la crise ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Economie et défense
Copel n'en est pas à son coup d'essai, et ses visions et analyses ont du mérite même si elles versent souvent un peu trop dans la vision stricte des guerres de maintenant-tout de suite sans considération pour le futur, et l'entièreté du spectre des risques auxquels l'armée doit pouvoir faire face à tout moment. Sa vision sur le nucléaire est cependant plus que justifiée. -
Primo: le cas Bigeard-tortionnaire comme exécutant lui-même et/ou comme ayant supervisé ces choses n'est en aucun cas prouvé. Je ne dis pas que ce n'est pas arrivé, mais que rien n'est prouvé, ni dans un sens, ni dans un autre. Avant de se faire juge, la présomption d'innocence est requise tant qu'un dossier n'est pas examiné sous TOUS les angles, pas seulement celui de la propagande, surtout quand en plus il ne s'agit que de la propagande d'un seul camp. La vérité est toujours la première victime d'une guerre. Secundo: dans l'hypothèse où c'est arrivé, et pour les autres militaires dont il est attesté qu'ils l'ont fait, pourquoi blâmer le militaire et non le responsable? Les politiques, et le gouvernement Huy Mollet en tête, sont ceux qui ont hypocritement donné carte blanche aux militaires en leur mettant le couteau sous la gorge pour faire au plus vite, avec obligation de résultat et deadline impérative. Tertio: dans une situation de merde, tout ce que peut faire le décideur opérationnel, en l'occurrence le militaire, c'est pas choisir entre bien et mal, mais entre la peste et le choléra, et s'il a du bol, entre un mal et un moindre mal. Dans une Algérie avec des bombes qui pètent dans des zones civiles et, quand il sait qu'un attentat se commettra avec moins de 2 ou 3h de préavis, il n'y a qu'une seule solution à sa portée. Y'a t-il un bon choix possible, du point de vue moral, dans de telles situations? Non, parce que la seule option en l'occurrence est de choisir entre ceux qui souffriront, voire mourront, en essayant de faire en sorte d'en sauver plus qu'on en condamne ou sacrifie, sachant qu'il n'y aura pas que des combattants adverses dans ceux-là. C'est quelque chose de dégueulasse, mais je ne me suis jamais permis de juger des gens qui ont eu à faire ces choix là. Peut-être si j'avais été dans la même situation, et encore. Quarto: quand j'entends que le fond de ces vagues de remontrances morales vient du FLN, je me pisse dessus de rire, parce qu'à côté des horreurs, massacres, tortures et règlements de compte du FLN (au premier chef contre la population algérienne), les exactions de l'armée française sont du petit artisanat face à une usine. Et apparemment, la propagande permanente, parfois complètement affabulatrice et de toute façon toujours gonflée du FLN (chiffres surgonflés....) contre la France, juste employée comme outil médiatique pour essayer de grapiller des éléments de négociation internationale mais surtout pour occuper le terrain médiatique et idéologique afin d'éviter les vrais débats dans l'Algérie actuelle, ça dérange pas grand monde. Pour la note, l'immigration venue d'Algérie (hors Pieds Noirs et Harkis) n'a commencé que nettement après la fin de la guerre.
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Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Je parlais surtout, en l'occurrence, du rôle du conflit afghan sur l'opérationnel dans l'infanterie, l'instruction de base et sur l'encadrement à bas niveaux, essentiellement les sous-offs et les bas officiers. Pas plus: à haut niveau, rien d'impactant en effet. Mais le haut niveau est inatteignable sauf par le politique, qui ne se réintéresserait à ces questions que si une guerre mondiale menaçait. L'Afghanistan est au moins une école d'application pour les unités de combat jusqu'au niveau compagnie/bataillon interarme. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
De toute façon, c'est clair: avant de comparer les systèmes en tant que tels, qui n'ont que des différences plus superficielles qu'autre chose pour l'organisation des sous-offs, il faut regarder les hommes. Et les 2 grands facteurs du volant humain sont le recrutement et la formation/entraînement. Côté recrutement, c'est en fait toute la GRH qu'il faut voir: j'ai donné ma façon de voir dans le sujet "nanas au combat", mais vu que la ressource, un peu en quantité mais surtout en qualité, est rare et chère, il faut être prêt à investir un poil plus pour le recrutement initial, en incluant une part de gens qui ont la motivation et qui sont pas plus cons que d'autres, mais on juste besoin d'une sérieuse prise en main physique et souvent d'une acclimatation un peu plus lente et "douce" à la vie militaire, histoire de fournir par des voies différenciées un produit unique de base standard, homme ou femme, prêt pour l'entraînement en groupes indifférenciés (sauf côté femmes). Le recrutement en occident fait face à une situation de pénurie, donc il faut aller chercher la recrue et prendre le temps d'en mettre une partie au niveau plutôt que de faire comme s'il y avait le choix et de devoir combler les manques avec d'autthentiques bras cassés qui ne correspondent au standard qu'en apparence. Pour ça, et pour les garder plus longtemps en moyenne, ça se fait en amont et en aval: des écoles avec encadrement militaire un peu partout sur le territoire (si elles avaient 5% d'une classe d'âge, ce serait déjà quelque chose), une GRH revue intégralement, un système de formation/reconversion adapté (et comme pour l'éducation, c'est un truc à voir avec le ministère concerné, parce que le problème, là, n'est pas particulier à l'armée).... Vouloir continuer comme maintenant, c'est se comporter comme si l'armée avait le choix idéal, et pire encore, s'enfermer comme des gardiens du temple et éloigner l'armée de la vie de la nation encore plus qu'elle ne l'est. Un récent article de DSI décrivait ainsi le déclassement des élites militaires, ben honnêtement, même si tout n'est pas de leur faute, elles font quand même tout pour que ça continue. Côté élite, il manque aussi cette soupape d'évacuation par le haut qui maintient l'engorgement au sommet, l'hypertrophie en généraux et colonels qui encombrent les couloirs, les chapelles et les budgets. Pour le versant formation/entraînement, c'est la que la comparaison avec les Brits est importante: ils ont un budget armée supérieur, un budget équipement équivalent, une masse salariale équivalente.... Où est la différence? Entretien des matos, stocks courants et entraînement. Faut pas chercher plus loin. Pour le côté entraînement, c'est quand même marrant de voir l'impact de la seule nouvelle instruction au tir de combat: ça tire plus, ça apprend mieux, c'est plus vivant, et tous les troufions apprécient. Pas de grand mystère, mais présenté comme ça l'est par l'EMAT, ils donnent l'impression d'avoir inventé l'eau tiède! Reste à faire ça dans tous les autres aspects de la vie militaire et un grand chemin aura été fait. Pour comparaison encore avec les Romains: tout centurion, tout légat en charge d'une légion, avait à l'esprit un seul truc: le légionnaire doit toujours être occupé. Entraînement, manoeuvres, réparations, entretien, construction.... Pas compliqué, mais apparemment, 2000 ans après, y'en a qui ont toujours du mal à le piger. La préparation opérationnelle de dernière minute avant déploiement ne compense pas tout. Au final, tout système doit s'adapter à ce qu'il combat, et fait toujours réapprendre les mêmes fondamentaux; l'un des rares avantages de l'Afghanistan est qu'il le fait de force, le combat étant le prof le plus intransigeant. Donc ça va se décanter; ça l'a déjà pas mal fait depuis une dizaine d'années, et la maturité du système actuel se verra nettement dans la décennie qui vient: là, comparer en effets avec les Brits sera déjà plus possible. Les régiments ont vu suffisamment de turnover pour établir les habitudes et générer déjà un bon nombre de sous-offs permanents de niveau correct. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
En théorie oui, et nous on a les adjudants et tous les sous-offs faisant aussi une 2ème carrière en administratif ou dans les écoles ou des postes non directement guerriers.... Au final, c'est le même système en carrière longue, et il a le même écueuil dans la pratique: beaucoup de femmes (la majorité de celles qui font l'ENSOA en parcours direct notamment), mais aussi des hommes (aussi issus du direct à l'ENSOA, comme si c'était une école de fonctionnaires) occupent ces postes en 1ère carrière, bouchant ces jobs, ou une bonne part d'entre eux. C'est la même chose chez les Brits; donc la différence fondamentale n'existe pas réellement dans la pratique, ni même dans les perspectives de carrière initiale. C'est juste que chez les Brits, le parcours sous-offs est plus formalisé comme tel en théorie. Mais à l'arrivée, les sous-offs terrain français ont aussi ces perspectives, et sont confrontés au même problème: ces jobs de 2ème carrière sont occupés par des "non-terrain" qui y font leur 1ère carrière. Sur les effectifs d'armées français ou brits, c'est assez vite vu. L'effet de la professionalisation avec le temps (et en plus confrontée aux problèmes de recrutement et fidélisation) fait que les sergents issus du rang seront nécessairement appelés à être plus nombreux. Faut juste le temps que ça se fasse (la crise aidant, ça va même s'accélérer vu que la fidélisation des bons va être plus facile), vu qu'une part reste et une part se barre tous les ans. Ceci dit, tant qu'on n'aura pas de chiffres sur les destinations des diplômés de l'ENSOA issus du rang ou du recrutement direct, on raisonnera plus en théorie et au jugé. Ne vaut-il mieux pas garder un moyen de repérage et de préparation pour les sous-offs appelés à passer officiers? Avoir au moins 50% des lieutenants et capitaines issus du rang dans les unités de combat est plutôt généralement un bon truc, non? Pas si sûr, parce que tous les sous-offs ne sont pas des vieux de la vieille, et tous les lieutenants ne sont pas des jeunes diplômés, mais surtout, avoir les personnels issus de 2 castes radicalement différentes (et qui se méprisent copieusement dans le principe), alors qu'une section déployée au combat ne peut jamais faire une exacte répartition des rôles, avoir cette barrière en permanence peut générer plus de problèmes. Tout repose de toute façon uniquement sur la qualité en moyenne des hommes et les relations qu'ils développent. Et de ce point de vue, la qualité du recrutement anglais n'est pas meilleure (ce serait même plutôt moins bonne) côté anglais. L'ENSOA a au moins ce mérite, côté relation, de faire office d'école de traduction entre sous-offs et offs :lol:. Le système anglais condamne à l'antagonisme ou à l'entente parfaite; le système français crée une 3ème branche. Et il permet ce petit truc en plus: les St Cyriens qui vont en unité de combat seront déjà les réchappés d'une sélection plus rude. Il y a aussi un volant culturel en Angleterre qui n'existe pas en France: c'est encore un pays où il y a une forte conscience de rang social, du au maintien d'élites aristocratiques traditionnelles et d'énciens des grandes universités, qui stratifient plus les mentalités. L'officier britannique a ce rang inconscient pour le soldat du rang (c'est un "Rupert" :lol:). Pas sûr que ce soit une qualité parce que la barrière dressée entre rang et officiers est vachement plus grande. Les officiers, surtout les bas-officiers, britanniques sont-ils meilleurs que les français? Là encore, vraiment pas sûr. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Si ce qui s'appelle corporal chez les Brits s'appelle sergent tout court en France, au final c'est pas fondamentalement différent tant que ça appartient au cursus des sous-offs et que c'est accessible au soldat du rang. Ca ne signifie pas un engorgement. Ca le serait si leur rang de caporal était une distinction pour des soldats du rang. Les noms ne changent pas la réalité: sur l'autre versant du spectre, les Brits n'ont pas réellement d'adjudants en noms, mais une énorme variété de "sergeant major" assimilés au stade de "warrant officer". A ce moment, la seule vraie différence réside dans la possibilité de recrutement direct via l'école des sous officiers, mais elle est théorique: quelle proportion des élèves de l'ENSOA vient du civil et quelle proportion vient du rang? Et plus important encore: quelle proportion des diplômés de l'ENSOA présents dans les unités de combat sont issus du recrutement direct? Pas vu de statistiques sur ce dernier point, mais au final, ils doivent être en extrême minorité par rapport à ceux issus du rang. En revanche, l'avantage de l'ENSOA sur le système british est qu'il prépare mieux des sous-offs à devenir un jour officier; plus encore, vu de haut, le cursus de l'ENSOA permet de repérer les bons candidats dans ce vivier. Au final, je descendrais pas si facilement le système français par rapport à l'anglais, surtout sachant que la qualité des chefs de groupe ou d'équipe dépend moins de la formation que d'un meilleur entraînement/préparation: c'est sur ce point que les Brits dépensent plus de fric que la France. Côté système d'encadrement et de gestion des carrières, le français est pas si mal, et a un bon impact sur la qualité des bas officiers, et c'est pourquoi je comparais le système français au système romain pour ce niveau là. Côté brit, c'est justement plus antagoniste: y'a les offs, y'a les sous-offs, et une grosse barrière définitive entre les deux. En même temps, il faut voir aussi d'autres réalités, même si on écarte le niveau d'activité plus propre à permettre de fluidifier les progressions: - un système d'encadrement est intimement lié à l'organisation de l'armée - un système d'encadrement est lié à son marché de l'emploi, à son système éducatif et à sa société Sur le dernier aspect, les Brits ont du gérer depuis longtemps des taux de recrutement bien pires qu'en France (amélioration seulement depuis 2008-2009 suite à la crise), ainsi qu'une vampirisation continue des opérateurs FS et des sergents d'unités d'infanterie par des grosses boîtes de contractors, à une plus grande échelle qu'en France. A l'échelle d'une armée de moins de 100 000h et d'une infanterie surtout, tournant autour des 25 000h à tout péter (si tu intègres aussi les Royal Marines et le RAF Regiment), l'impact est rapide et important. Autre spécificité britannique, côté organisation: leurs compagnies de combat et leurs bataillons d'infanterie sont très nettement plus petits que leur équivalent français. Il y a plus de 30 bataillons d'infanterie, à 3 compagnies de combat, et des compagnies qui, hors déploiement (elles y reçoivent des éléments de génie et de maintenance externes), qui ne dépassent pas 100h. C'est pas la même chose question taille des équipes et répartition des rôles. En tout cas c'est pas neutre. Maintenant côté organisation, il faut aussi prendre en compte un autre truc: armée en unités organiques ou en réservoir de forces pour former des unités plug and play? C'est pas neutre non plus. Les Marines US sont nettement orientés vers le plug and play au sein de chacun de leurs 3 grands réservoirs de force (les 3 divisions de l'USMC), ce qu'autorise peut-être un niveau de préparation et surtout de disponibilité supérieurs. A voir. L'armée française a voulu jouer purement le plug and play, avant de se rendre compte que pour ça, il faut un niveau moyen de préparation et d'adaptabilité (donc de la super qualité) foutrement supérieur, sinon tu fais de la bricole avec des pièces qui s'emboîtent mal. Et le soldat, comme l'officier, est d'autant moins universel qu'il n'a que peu d'ancienneté, et que le terrain exige une spécialisation parfois incontournable (amphibie, montagne notamment). Résultat, ça s'oriente enfin vers le déploiement d'unités provenant de la même brigade, soit retour vers un modèle plus organique. Les Brits font dans l'organique depuis longtemps: moins la qualité du recrutement est grande, plus il faut compenser au niveau de la formation, et plus il faut garder ensemble ceux qui travaillent ensemble à l'année. En ce sens, le modèle romain (entre la réforme de Marius et la crise du IIIème siècle) était plus universel. Mais c'est un système qui n'avait pas de problèmes de recrutement: pas de problème des vocations chez les citoyens et non-citoyens ressortissants de l'empire (donc sélection), bon niveau de patriotisme/conscience d'appartenance, bonne paie et bons avantages (ce fut un des problèmes qui entraîna la chute du IIIème siècle d'ailleurs), bonnes possibilités de promotion interne et de promotion sociale (citoyenneté notamment), "système de retraite" (lot de terre sur zones de colonisation), carrières longues. A noter que là où c'est pertinent, c'est entre le Ier et le IIIème siècle: l'Empire n'est plus en expansion, mais en mode défensif, même si quelques empereurs (Trajan surtout) ont relancé des conquêtes momentanées. Et le nombre de légions et unités auxiliaires est assez constant sur la période (une trentaine de légion, et un effectif équivalent d'auxiliaires pour un total d'environs 300 000 soldats). Et là-dedans, une armée à 3 cursus perméables entre eux, ayant des soupapes d'évacuation vers le civil ou vers le haut. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Non, mais sur le global, tu dirais que la qualité des sous-offs, l'encadrement de "bas niveau" (au sens du plus proche du terrain) augmente du fait de cette évolution ou pas? Y'a eu beaucoup d'inquiétude à un moment (et encore maintenant) sur les effectifs énormes de caporaux et sergents dans l'AdT. Un problème cependant dans cette équation: à bas niveaux, y'a des voies d'évacuation vers le civil -gicler, quoi :lol:- même si de meilleurs cursus de reconversion seraient pertinents pour accroître le recrutement (et pas faire passer l'armée pour une trou dans le CV aux yeux de trop de DRH), et vers le haut (promotion des sous-offs comme officiers, promotion des bas officiers comme officiers généraux), mais pas pour les officiers généraux. Possibilités de carrière politique ("vers le haut", quoi) nulles, possibilités de reconversion vers le civil limitées. Résultat, même si une armée doit conserver un volant de généraux capables sans affectation, "juste au cas où", là y'a engorgement: ils occupent le terrain, y'en a partout, surtout à des postes bons pour des colonels -voire des commandants-, ou des civils, ils multiplient et fragmentent les affectations, coûtent cher, occupent des mdr à des tâches de service et multiplient les guerres de chapelle, simplement parce que leur effectif rend les places encore plus cher. Les généraux sont les Tatie Danielle de l'armée!!!!!! Si une GRH correcte peut régler en quelques années ces problèmes de structures et de qualité côté effectifs de sous-offs et de bas officiers, le problème de l'engorgement par le haut est vachement plus dur à régler à moins de trancher dur.... Mais c'est une décision politique.... Faite sur conseils de généraux :P. Y'a quand même la moitié des officiers en France qui sont issus du rang, et ils se concentrent tous sous le grade de colonel, donc ça progressera pas beaucoup plus de ce côté. Les St Cyriens sont déjà en mode de sélection vachement rude: beaucoup partent vers le civil en cours de cursus, ou y partent peu après. Manque de bol, l'absence de probabilités élevées de promotion, vu l'engorgement du haut, fait que ce sont le plus souvent les meilleurs qui partiront les premiers (ils comprennent ça plus vite :lol:). Pour recomparer avec des précédents historiques, il faut aussi inclure le modèle prusso-allemand, soit celui de 1814 à 1945, un très bon système qui a commencé comme souvent les bons systèmes, notamment le français entre 1792 et 1795: en giclant presque tous les généraux de la génération précédente. Les écoles de cadets, généralisées dans tout le pays comme partie intégrale du système scolaire, permettaient de faire une sélection large des bons profils. Via la conscription, tous les élèves ou presque seraient appelés à servir, donc intégrant aussi les mauvais. Mais un tel système vaut aussi le coup pour une armée pro: si l'armée développait un peu plus son élément scolaire, au-delà des quelques lycées et collèges existants, en jonction avec l'Education Nationale, pour faire une Ecole Républicaine un peu militarisée et ayant une forte proportion de boursiers et d'ouverture aux classes défavorisées, avec pour corollaire nécessaire un haut niveau, cela brasserait du monde et permettrait de noter de bons profils. L'idée serait de brasser un large effectif dont au final peu iraient dans l'armée mais l'avantage corollaire serait de réintégrer l'armée dans le paysage national, notamment via une chose qu'elle sait faire, à savoir éduquer. Après, un système d'équivalence de service d'une certaine durée dans l'armée, de bonnes perspectives de carrière.... Peuvent permettre de garder des profils qui sont aujourd'hui inatteignables pour les armées: l'élite de la jeunesse va dans des écoles chères, et même les Polytechniciens, pourtant payés aux frais de la princesse, ne foutent pas vraiment les pieds dans l'armée. L'économie est concurrentielle, les bons profils à tous les niveaux sont chers: l'armée ne peut pas les attirer ou les retenir (sauf pour ceux qui ont la vraie vocation), mais elle peut encore attaquer le problème par le bas, à savoir le repérage et la formation. Tant que les hommes resteront la composante essentielle des forces, la qualité sera un investissement rentable, et c'est encore plus vrai pour une armée pro "compactée". L'obligation est de rendre l'armée perméable avec le civil, ce qu'elle n'est pas malgré toute la com' qui est faite dessus: c'est la seule politique qui soit encore dans ses moyens. Et ce n'est pas sans liens avec ce que je proposais dans le sujet "nanas au combat": - varier les cursus d'accès aux armées pour tous les niveaux - former les capacités qu'on ne peut acheter, et le plus tôt possible - être une agence de GRH efficace pour les reconversions, voire pourquoi pas aussi un intermédiaire et facilitateur de lancements de projets industriels - être part intégrante du système scolaire et du système de formation (ya tellement de fric gaspillé dans la formation pro en France, et tant de formations et de compétences fabuleuses dans l'armée que c'est tuant de pas voir la péréquation se faire au-delà de quelques cas anecdotiques) L'armée d'aujourd'hui n'a pas les moyens d'être un "consommateur final" de profils de bon niveau. Faut donc prendre le problème de l'autre côté, et l'envisager dans une plus vaste optique. Ce n'est ni sans précédent historique, ni sans lien avec la fonction d'une armée et de ses nécessaires liens avec la nation. -
Grades, carrières et dispositif tactique: les systèmes d'organisation armée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Ce n'est pas tout d'être formé à la "big picture" en théorie: comme toujours, le vrai plus, c'est la "pratique", et à ce niveau, ça veut dire réellement faire partie de l'élite, être dans la confidence, avoir réellement l'oreille et l'attention des bonnes personnes.... Ca va évidemment plus facilement avec une société aristocratique (mais il y a aussi des défauts monstrueux), mais c'est encore pas mal quand, globalement, une partie de l'establishment militaire (au moins pour un commandant de théâtre) vient de ce milieu, ou alors qu'on réserve une place statutaire aux officiers décideurs dans le débat stratégique, pas comme actuellement où il s'agit de singes savants consultants es dispositif militaire (une fois que les vrais choix ont été faits). Mais l'élite ne donne pas dans le service de la patrie aujourd'hui, elle est d'ailleurs peut motivée par le patriotisme, et ignore totalement le domaine stratégique/sécurité: le seul intérêt des généraux pour eux est leur servilité. Et le temps de paix restreint les possibilités d'ascension dans l'institution, tout comme la taille de l'armée: fondamentalement, c'est le domaine de la décision stratégique qui a été écarté de la sphère des décideurs. La situation actuelle est sans doute l'une des pires possibles: les hauts officiers n'ont jamais eu beaucoup de contacts avec le rang et l'opérationnel hors d'opérations limitées et peu "chaudes", se sont retranchés comme une caste qui vit dans son monde et ses petites intrigues de chapelles et d'ambitions, et sont cantonnés au rôle de consultant occasionnel par le monde politique qui ne partage rien avec eux et ne connaît rien au domaine. Bref, ils sont coupés du monde opérationnel de biens des façons, sans corps intermédiaire comme pouvait l'être celui des centurions à Rome, et complètement hors du coup dans la décision stratégique et les choix en amont. Mais pour se recentrer sur le sujet, la question est du système d'encadrement et de commandement militaire proprement dit. Même si cette question intègre évidemment le choix des hommes comme dimension importante, ce n'est pas tout. La qualité des personnels est évidemment essentielle, de même que les questions de perception de "caste" dans l'armée (ce qui fait qu'un officier traite souvent un sous-off comme de la merde, même s'il y met les formes) qui forme la base des bonnes relations des équipes de travail (au sein d'elles et entre elles) et des unités. Pour Napoléon, cette gestion des relations humaines (en travail commun et en hiérarchies) constituait les 3/4 de l'efficacité d'une armée, le reste étant l'équipement et l'entraînement.