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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Conquistadors espagnols, incas, mayas, aztèques etc
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Histoire militaire
Sur le terrain, je ne crois pas qu'il y ait eu de directives précises ou de plan d'ensemble voulu par la monarchie espagnole avant une période déjà bien avancée de la conquête. Pareil pour la religion: prétexte au départ et pendant un bon moment, elle n'aurait pu être un motif en soi pour débloquer des fonds, et l'Eglise a du se rendre indispensable pour y avoir son mot à dire et, graduellement, une forte influence, ce qu'elle a pu faire via l'envoi de clercs absolument indispensables à l'administration, à la remise en ordre, à l'organisation et à la mise en valeur des terres conquises. Le plus gros, et les grands axes de développement, ont été le fait d'aventuriers qui furent tels de véritables chefs de projet/sous-traitants autonomes/entrepreneurs de guerre (de quasi condotieres/corsaires) qui étaient là pour leur intérêt, et dans certains cas l'aventure (pour beaucoup de soldats nn nobles ou de petite noblesse, les perspectives d'avenir en Europe, même avec les Guerres d'Italie, sont plutôt bouchées, ou pour le moins.... Concurrentielles). La conquête sans grosse concurrence, c'est risqué, mais c'est le jackpot si ça marche. Et on est loin de la métropole, il n'y a que peu de communications régulières, donc ils ont plutôt la bride sur le cou, à un moment où l'administration espagnole commence à devenir un tantinet lourde, procédurière et tâtillonne (même si elle n'est pas encore aussi légendaire dans ce registre que plus tard sous Philippe II). Parce qu'il faut voir le profil des officiers conquistadors: ce sont pas des soldats qui aiment recevoir des ordres, mais des esprits indépendants qui aiment avoir le contrôle. Et leurs soldats sont, de même, des fortes têtes en général (on prend pas les bêtes et disciplinés pour ce genre de boulot), des mecs qui n'ont rien à perdre, des hommes qui "ont faim" et peu de scrupules.... Bref, ceux des premiers temps de la conquête, ça doit pas être le genre de gars que t'as envie d'inviter chez toi ;). Un truc qu'il faut noter, pour les richesses cependant: l'or du Nouveau Monde espagnol a en fait été assez rapidement épuisé (avant l'abdication de Charles Quint), et son arrivée n'a pas été si massive que ça. Il y en avait toujours un peu, évidemment, mais, pour employer un vocabulaire moderne, pas assez pour changer les données macro-économiques. C'est l'argent surtout qui a afflué en quantités massives pour l'économie européenne. Même l'or portugais issu de la Minas Gerais a mis du temps avant d'être vraiment découvert et exploité. Sinon, dans les forces qui ont incité à la conquête et l'ont encouragée et financée, on peut trouver la patte des grands argentiers de la monarchie espagnole et de Charles Quint en particulier: la famille Fugger, les financiers allemands qui ont soutenu les Habsbourgs. Eux ont beaucoup trempé dans le soutien aux aventuriers dans le Nouveau Monde. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Aqva, quand je parle de l'armée de 1918, encore une fois, je parle de l'esprit qui l'anime dans sa doctrine, et plus encore de ceux du "lobby Foch" qui président plus à ses perspectives de développement. Une armée de 40 qui aurait évolué depuis l'armée de 18 eut été radicalement différente: quel eut été son modèle? J'en sais rien, mais des corps blindé autonomes n'auraient rien eu d'illogiques étant donné qu'on en parlait déjà en 18, vu que l'idée étaient née, au moins pour les matériels et l'organisation des mouvements, de la simple nécessité de pouvoir faire suivre les percées de chars par l'infanterie et de l'artillerie afin d'exploiter une percée par le contournement, ce qui fut en fait la gageure irréalisable de toute la 1ère GM où chacun a rêvé, sans vraiment y parvenir, de percer, flanquer et prendre par derrière (en tout bien tout honneur). Les Anglais ont expérimenté la chose au tournant des années 20-30, et s'en sont plutôt tenus là un moment, n'envisageant pas alors de guerre sur le continent. Il faut vraiment ne pas sous-estimer le petit tournant que fut la mort de Foch pour la sauce politique interne de l'armée, mais surtout l'immense changement qui survint à l'occasion du Traité de Locarno qui a condamné toute espèce de conception du mouvement et de l'offensive à grande échelle pour une douzaine d'années: l'establishment militaire autour de cet événement n'appartient plus qu'à un lobby. Pas le bon. -
Conquistadors espagnols, incas, mayas, aztèques etc
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Histoire militaire
Oui, mais sans les maladies, les populations conquises auraient pu continuer à résister, en tant qu'entités organisées (plus ou moins selon les cas), et donc s'adapter plus ou moins rapidement, comme dans tout conflit militaire. -
Conquistadors espagnols, incas, mayas, aztèques etc
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Histoire militaire
Surtout qu'à cette époque, l'armement "moderne", c'étaient des arquebuses à la fiabilité et à la cadence de tir minables, et pas du tout en grand nombre vu les effectifs espagnols. L'arc était plus efficace à ce moment là, l'arquebuse n'étant employée que parce que le temps de formation était très inférieur. Les épées en acier et la cavalerie ont, je crois, eut notablement plus d'efficacité et de part aux victoires strictement militaires, de même que l'expérience, l'esprit de corps, la motivation et le professionalisme des conquistadors, souvent issus de l'hidalguia et des tercios, et accompagnés d'officiers "aventureros" déterminés, pleins de ressource et sans scrupules. -
Conquistadors espagnols, incas, mayas, aztèques etc
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Histoire militaire
Et puis c'est trop "petites escarmouches contre des militairement-handicapés" pour moi, sans réel grand intérêt militaire (à mes yeux tout au moins); et oui, je peux être très snob :lol:. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Ce qui n'existe pas en 40, c'est ce concept de Blitzkrieg comme ensemble d'emploi systématique et plus encore, comme espèce de martingale mystique et imbattable qu'on en a fait après, et qui est plus un outil de propagande qu'autre chose. Ce que Frieser souligne, c'est avant tout qu'en 39-40, on est encore dans le registre du bricolage et de l'expérimentation, soit dans ta métaphore, ton apprenti forgeron serait en train de se demander "ça donnerait quoi si on foutait du cuivre et de l'étain ensemble dans des proportions indéterminées?" et regarderait comment ça se passe la première fois sans vraiment savoir à quoi ça va aboutir. -
Conquistadors espagnols, incas, mayas, aztèques etc
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Histoire militaire
Désolé, je serais pas un gros intervenant sur ce topic: sujet que je connais très mal, pour ne pas dire pas du tout. Juste quelques trucs ici et là. Mais effectivement, les maladies furent de loin les meilleures troupes des conquistadores; étant donné leurs très faibles effectifs (et les cadences de feu de leurs armes qui, avec des nombres aussi petits, n'ont pas été très décisives), ce fut "heureux" pour eux. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Au plan tactique, faut dire que tout le monde en était au même point en 1914: foncer dans le tas par paquets denses, avec "l'esprit de la baïonnette" (sans s'apercevoir que la baïonnette étant un bout de métal, son "esprit" est limité). Même les Anglais, que John Keegan essaie à tort de dédouaner en disant que la guerre des Boers leur a donné l'expérience de l'infanterie légère (et essayant de faire de ça une théorie générale), ne font rien d'autre quand il s'agit de grands engagements et de manoeuvres. Il est assez fascinant de noter les mécanismes oeuvrant au sein de tous les EM et appareils militaires européens en 14, étant donné que ce sont les mêmes qu'avant 40 (sauf en Allemagne ou une partie des officiers, via la révolution politique plus que la défaite, échappe à l'establishment normal). Il y a avant 14 des officiers qui crient dans le vent et ont pris la pleine mesure des effets de l'artillerie sur la troupe (donc le nouveau niveau de pertes), et donc de l'intérêt de modifier la conception de l'emploi de l'infanterie, donc sa stratégie. De même, ils ont compris l'impact de l'aviation et les limites des communications par rapport à la taille des masses à manoeuvrer en un temps plus restreint. Enfin, ils ont pris la mesure des nouvelles nécessités logistiques et de la gourmandise matérielle de la guerre moderne, ainsi que des nouveaux besoins quand à l'acheminement de ce matériel et des fournitures et denrées. Mais comme ailleurs et comme en 40, ces pensées et constats sont fragmentés, personne ou presque n'en fait de réelle synthèse, ou au moins une qui puisse marquer. Au final, seul Jaurès, avec des amis officiers, peut sortir un texte qui marquera un peu, mais restera sans effet. Les chapelles l'emportent sur le tout, les lobbies internes dominent absolument et leurs disputes, donc les compromis qui en résultent, obèrent la réflexion globale. Sans compter, facteur plus objectif, qu'une période de tension constante fait hésiter à réorienter tout l'entraînement et la doctrine à un moment où une guerre peut éclater à tout instant et est envisagée comme aussi courte que décisive: ne pas être rigoureusement prêt à l'instant T est une hantise de tous. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Ils allaient tous au bordel, et Pétain le premier. Note: jai rajouté un paragraphe dans mon dernier post. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Dans la pratique, c'est une évolution révolutionnaire, parce que beaucoup d'évolutions, et plus encore de choix de personnes, ont eu lieu via le nouveau régime, qui n'auraient pas eu lieu si le système "normal" avait continué selon ses logiques et ses immobilismes et process particuliers. Que ce ne soit pas formalisé en doctrine en 40 est une chose, mais le fait est que le régime nazi a bouleversé une partie de l'ordre des choses. C'est pas tellement la "certitude du gagnant": je ne crois en aucune façon que des hommes intelligents s'obstinent à décréter des réalités ou des fictions en dépit du bon sens, du moins pas à une telle échelle. Il s'agit de groupements d'intérêts, d'immobilismes, de choix de personnes, de chapelles.... Qui se disputent, s'enkystent.... Sans que personne ne puisse avoir une vision d'ensemble: la politique interne à l'armée organise des compromis destinés à satisfaire tout le monde à l'échelle de la puissance de chaque groupe de pression, mais personne n'est assez puissant pour imposer un tempo global. Bref, les parties l'emportent sur le tout, et aucun décisionnaire ne l'emporte. Et le politique ne s'en mêle pas et ne connaît pas assez la chose pour vouloir trancher, surtout quand il y a de véritables icônes populaires dans l'institution militaire. S'il y a un vrai côté idéologie/absence de remise en cause/obsession pour la défensive, c'est du côté du politique, entre 1925 et 1936, qu'il faut le trouver. En fait, la vraie question aurait été de se demander ce qui aurait pu advenir si Foch avait survécu un peu plus longtemps et pu mieux établir son lobby (et/ou si Pétain avait claboté entretemps; après tout, la syphillis....), placer plus d'hommes, promouvoir plus de ses afficionados à des postes où ils auraient été plus indéboulonnables, répandu plus largement un esprit différent dans le corps des officiers, mais aussi aurpès d'une partie de la classe politique.... Ca ne veut pas dire que le "lobby offensif/manoeuvre" l'aurait emporté, sûrement pas même, mais que le compromis global obtenu aurait été différent. Je ne crois pas: la position allemande sur une guerre à l'ouest est en fait toujours la même depuis Moltke, et en fait contrainte par la réalité stratégique, surtout depuis que l'Angleterre peut être comptée comme adversaire dans 90% des cas. L'Allemagne est coupée des grandes routes commerciales et n'a pas les moyens d'une guerre longue ET victorieuse. Toute stratégie allemande dépend de ce simple constat. Quelle que soit sa nature, l'outil allemand, plus qu'aucun autre, doit être contraint à la victoire rapide, et l'EM a cela a l'esprit depuis Moltke, avec un sentiment d'urgence que la France ou lm'Angleterre (ou la Russie d'ailleurs) ne peuvent pas avoir. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
J'entends pas dire que Gudérian est tout seul (ce serait comme dire que Pétain et l'EM français ne voulait pas de chars du tout), mais faut pas non plus pousser et en faire un désir secret de tous les généraux allemands: en 40 encore, la Panzerwaffe représente peu dans l'organigramme et dans l'armée en général, et ses officiers, surtout ceux qui ont grillé les étapes via le nouveau régime, ne sont pas bien vus par leurs supérieurs. Et l'EM général n'est pas vraiment non plus convaincu ou adapté à la façon de penser qui va avec la nouvelle arme. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
J'entends bien: quand je parle de rapide, je parle par rapport à l'époque, et surtout par rapport à l'armée allemande d'alors: les Alliés peuvent effectuer des concentrations d'artillerie plus rapides et plus nombreuses sur la ligne de front via l'importance des flottes de camions et tracteurs motorisés, là où les Allemands sont entièrement restreints par le rail, ce qui les empêche de faire plus de 2 concentrations d'artillerie simultanées sur le dit front, et encore, elles sont extrêmement lentes. Pareil pour l'acheminement du matériel nécessaire à la percée. Faut pas caricaturer non plus en parlant d'avance "rouleau compresseur". Il s'agit de mordre simultanément en de multiples points du front, de voir où c'est plus mou et d'y acheminer les moyens d'attaque, d'appui et de soutien plus rapidement que les Allemands ne peuvent acheminer leurs moyens défensifs, ce que les Alliés peuvent faire, et de plus en plus avec le temps. Plus l'endroit choisi est loin des grandes voies ferrées axiales allemandes, plus ça marche. Et quand le front est enfoncé, les radiales ne marchent plus. J'ai pas non plus parlé de Blitzkrieg (qui n'existe pas non plus en 40 d'ailleurs); mais quand je parle de l'armée française de 18, encore une fois, c'est l'armée telle qu'elle est en 1918, et telle qu'on la projette, c'est-à-dire ses prospectives de développement et d'évolution (et les programmes de recherche, de production et de doctrine qui end écoulent) telles que voulues par le lobby dominant. Et jusqu'à Locarno, ce qui se profile est une armée très offensive, avec une insistance sur l'aviation de bombardement et les communications sans fil, et un outil blindé développé et cohérent impliquant notamment tout un panel de véhicules faits pour la percée et son suivi (engins pontonniers de tous gabarits, transports blindés d'infanterie, véhicules logistiques....). Sans le triomphe de l'autre lobby à partir de 1925, De Gaulle aurait eu toutes les chances de n'être qu'une voix parmi d'autres, dans le "mainstream", et non en opposition. Chez les Allemands, l'EM de l'entre-deux-guerres est sclérosé de ce côté, à part quelques individualités: on teste les nouveaux engins discrètement, mais on ne change pas de façon de voir. Gudérian est un officier mal en cours dont les expérimentations marginales avec des blindés factices ont été arrachées par un général. C'est l'arrivée d'un nouveau régime, promulgant une nouvelle élite, avec un Hitler faisant ses choix nettement plus en idéologue et propagandiste qu'en stratège ou connaisseur (son obsession pour la nouveauté, sa haine recuite de l'EM des junkers), qui permet à Gudérian de passer les échelons malgré le système en place. Au moment de 40, son outil blindé est encore mal vu et mal pris en compte par l'EM, et ses percées se feront aussi par initiatives réalisées contre la volonté des chefs, bien plus que parce qu'on lui aurait laissé la bride sur le cou. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Exactement: ce que font les Alliés à partir de 1918, et ce pourquoi je parle de l'armée de 1918 et de ses projets/pistes de développement, c'est le renouveau du mouvement grâce aux possibilités de concentration rapide rendues possibles par la motorisation de la logistique à un niveau important, qui permet de déplacer l'artillerie et le soutien de façon plus souple, et par ce que cette motorisation autorise aussi pour le déplacement des unités d'attaque (camions pour le transport de troupes, en complément du rail, à grande capacité mais trop rigide, et chars bien évidemment). Bref, les Alliés peuvent "tester" la ligne allemande en de multiples points, et concentrer nettement plus rapidement qu'eux leurs moyens là où ça flanche. Avec la mécanisation/motorisation, même malgré toutes ses limites d'alors et ses insuffisances, il y a possibilité réelle de percer le front en profondeur, là où les tactiques d'inflitration allemandes ne sont bonnes que pour percer le dispositif de défense sans réelles possibilités d'effectuer la percée décisive avec des effectifs suffisants. rappelons que les Stosstruppen sont complètement annihilées par leurs succès nettement trop coûteux, et que la perte humaine (hommes plus jeunes et/ou de "meilleure qualité") et matérielle (concentration du matos sur ces troupes) n'est pas remplaçable par l'Allemagne, ou en tout cas certainement pas dans des délais satisfaisants. Derrière ça, l'infanterie allemande "normale" de 1918, est sous-équipée. L'infanterie française n'a pas choisi de concentrer des ressources sur une élite, mais de réentraîner la totalité des troupes à l'attaque (meilleur niveau moyen, mais pas de super élite). A ce stade, la capacité globale ne réduit pas drastiquement les pertes, mais c'est bien la capacité logistique et de mouvement alliée qui donne un avantage décisif, et vu le comportement allemand et l'état de leur armée (abandons de matériels, retraite de plus en plus précipitée, indiscipline massive et protestations, baisse drastique de la qualité suite à la saignée de l'élite....) au moment de l'armistice, si le conflit avait continué, le bodycount comparé aurait été nettement plus parlant. La mort de Foch n'est pas la fin de ce courant de pensée en soi cependant, mais c'est sa fin au sein des hautes instances décisionnaires, en tant que "lobby" organisé et puissant. Là c'est négliger le fait que l'armée française, convertie à la défense et aux tranchées de la fin 1915 à la fin 1917, a subi un réentraînement massif entre 1917 et 1918. L'armée de "l'offensive des Cent Jours" n'est pas l'armée des tranchées qu'on pousse à l'attaque, mais bien une armée recalibrée pour l'offensive, fonctionnant avec les nouveaux moyens à disposition. -
Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
C'est très exagéré, et d'ailleurs, l'armée de 1918 (et ses programmes de développement) est à peu de choses près (sauf bien sûr le niveau technique) celle dont on aurait eu besoin en 40, en termes de proportions des armes, de doctrine, d'organisation.... S'il y eut vraiment un événement qui provoqua 40 (et il faut toujours se méfier de ce type de façons de voir), c'est le traité de Locarno de 1925, qui, en obtenant la "garantie" diplomatique de la frontière occidentale de l'Allemagne (donc notre frontière orientale), amena aussi bien la réorientation défensive de l'outil et de la pensée militaire dominante en France, que la négation de fait de toute possibilité d'alliance crédible en Europe Centrale et Orientale, les frontières orientales de l'Allemagne ne bénéficiant pas d'un tel régime. De fait, la réorientation défensive condamnait l'utilité de l'alliance française pour ses alliés potentiels, puisque la France se coupait des moyens de pouvoir agir en masse et rapidement contre une Allemagne agressive à l'est. Faut vraiment regarder l'armée de 1918, sa composition, son organisation, sa doctrine et plus encore ses projets de développement par le "lobby Foch", deux des points caricaturaux étant l'insistance de ce dernier sur l'aviation d'attaque et de bombardement (lui initialement si hostile aux avions) et sur l'investissement lourd dans les communications radio, deux domaines qui furent précisément négligés par la réorientation défensive et impactés par la désorganisation de l'outil de production jusqu'en 36-38. Mais avec la mort de Foch, c'est l'autre lobby, celui de Pétain, mieux en cours politiquement (surtout avec la période "briandiste") qui l'emporte. -
Je croyais que c'étaient surtout les Coréens qui avaient amené l'expertise de leur dernier char qui, comme le Leclerc, est avant tout un machin centré autour d'un auto-loader très évolué.
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[Afghanistan]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de g4lly dans Politique etrangère / Relations internationales
Pour résumer, au-delà des intentions réelles ou non en Europe de mettre plus dans le militaire et plus en Afghanistan, le débat est d'un côté "donnez-nous des troufions pour une nouvelle stratégie qui marche" contre "donnez-nous une nouvelle stratégie qui marche pour avoir nos troufions". Qui sait comment l'oeuf de Colomb peut être posé/brisé, ou le noeud gordien défait/tranché dans cette histoire :lol:? -
[Afghanistan]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de g4lly dans Politique etrangère / Relations internationales
Le problème pour des contingents comme les Canadiens, les Danois et les Néerlandais (et Australiens un peu aussi), c'est qu'ils sont quand même au bout de leurs possibilités en matière d'effectifs dispo: pour eux, surtout les Danois et Néerlandais, ça trucide leur matos à rythme accéléré, ça accroît les coûts de façon immédiatement trop sensible et ça massacre les unités. Il suffit de voir et revoir les réflexions récentes de Robert Gates quand à l'OTAN et son "utilité" au regard de la faible dépense européenne. Le vieux débat transatlantique reprend le dessus, mais avec semble t-il nettement plus de carpettes qu'avant côté Europe, qui ne disent pas assez que s'ils veulent qu'on dépense plus, faudrait envisager que ce sera pas pour jouer les supplétifs de la politique extérieure US. Mais la correspondance générale des discours est effectivement que les US veulent du monde au sol et des hélicos en l'air, et que leur porte-monnaie doit commencer à râler, de même que les dispos de leurs unités. Que les Allemands s'en aillent ou non, ça ne fera pas une énorme différence pour ce qui concerne les troupes sortant des FOB et zones sécurisées, le contingent teuton étant sur-représenté dans ces endroits (voir la taille de leur seul effectif médical qui doit assurer le gros du service médical à Kaboul). Là les Ricains demandent de la chair à canon. -
Tout ça avec nos 3 BCA? Les brigades italiennes sont plus petites que les nôtres, certes, mais quand même. Et comment on fait pour du multilingue quand on sait déjà que le bilingue franco-allemand est bancal (pour être poli)? On va démembrer notre belle 27ème BM pour ce gadget symbolico-médiatique? La seule condition pour que ce soit acceptable serait de former 2 ou 3 nouveaux bataillons (au moins un d'infanterie et un d'appui).
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[Porte-Avions, arbitrage décisionnel une affaire et une volonté Politique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Europe
Juste pour relativiser: l'US Navy est effectivement une Blue Water Navy, mais il faut quand même souligner que les Coast Guards remplissent une bonne partie des fonctions que la poussière navale occupe. Et les Coast Guards, c'est pas une petite flotte en budget, armement (pour son rôle), en effectifs et en tonnage. De plus, la capacité Brown Water Navy et celle de la guerre des mines sont des fonctions qu'ils cherchent à réoccuper en force maintenant, donc la photo de la structure de leur flotte à cet instant T ne vaut que partiellement, en ce qu'elle reflète encore des choix clairement définis dans les années 80-90, et non une conception globale et permanente. Encore faut-il la solide autoprotection, et surtout dire ce qu'est une solide autoprotection: si on parle de plus que du CIWS et des missiles courte portée, on n'est plus dans la même gamme de coûts, parce qu'il faut les senseurs qui vont avec et des joujoux plus chers, de même que des navires plus gros et plus étudiés pour emmener ce bastringue, voire plus solides pour pouvoir, en dernier recours, encaisser un minimum. Mais surtout, c'est encore une fois oublier que les hélicos ASM ne sont pas des chasseurs solitaires: ils opèrent AVEC la frégate, qui a la capacité de traitement et de discrimination: l'hélico est un capteur et un opérateur déporté, pas le centre de traitement. La frégate a aussi son poisson remorqué, pas seulement son sonar. Et il faut ajouter les avions ASM à cette boucle. Un hélico ASM opérant seul, il fait quoi? Sa capacité d'écoute et plus encore de traitement est très limitée, et il ne frappe qu'1 ou 2 coups (intérêt à pas se louper, surtout s'il est seul): mettre plusieurs hélicos sur un sub sans les capacités d'une frégate à côté n'apportera que marginalement. Et si, sur ce BPC déjà upgradé, on met aussi la capacité ASM de traitement et tout le bastringue, on fait quoi.... Sinon reproduire ce qu'on fout sur une frégate? Le coût finira par être le même, sauf qu'on en fera encore moins. A l'inverse, ce bâtiment sans moyens propres autres que les hélicos sera très vulnérable. Maintenant, que la protection des ports et approches contre les mines et la menace ASM puisse se faire avec des petits machins low cost (mais avec des équipements chers et au niveau) et des drones, ça semble la bonne approche, c'est sûr. Un problème avec cette vision: les navions sont avant tout fait pour être un moyen de puissance, pas de défense, et les PA, à part les ricains, n'en embarquent déjà pas tant que ça: la remarque serait légitime si on avait des PA embarquant 60 à 80 aéronefs, pas 40. Certes, mais il faut avant tout définir ce qu'on veut comme capacité à envoyer au loin (patrouille, souveraineté = poussière navale long range, Blue Water Navy = puissance) et ce qu'on veut pour les missions de défense. On ne peut réfléchir seulement à ce qui est projeté au loin en termes de combat de haute mer: il faut qu'une force navale puisse approcher d'une côte et rester dans une certaine zone (ce qui lui sucre une partie de sa protection: mouvement et position) pour faire une partie de son taf, et toutes les zones maritimes de combat potentielles ne sont pas des grandes étendues à horizons infinis et visibilité garantie. Et après, il faut réfléchir en termes de coûts de la projection: telle que le journaleux en parle, on aurait, ce me semble, beaucoup de coques spécialisées (donc plus cher) et beaucoup d'hélicos (pas donnés non plus en ce moment, surtout des ASM), et une poussière navale improjetable (ses fameurses vedettes AN ne sont pas faites pour aller loin). Mais bon, débat sur une flotte avec uniquement du très gros et du très petite, ou sur une flotte bonne en tout excellente en rien? Même pas j'ai l'impression. Et le fait qu'il se soit tenu à l'écart des frégates pendant 11 ans peut aussi souligner qu'il appartient à une chapelle vraiment très spécialiste ;). -
Oh bien sûr, des généraux qui ont vu la chicore de près plus d'une fois auront de toute façon plus d'autorité, mais ça n'empêche pas que nombre d'abrutis et de bouchers étoilés étaient aussi des gens courageux ayant toujours été en première ligne et n'ayant absolument rien appris. Les exemples de la Première Guerre Mondiale côté US sont éclairants, parce qu'une bonne partie de leur perte, à résultat équivalent, aurait pu être évitée si leurs officiers généraux n'avaient pas été aussi cons et brouillons, et plus encore présomptueux, se comportant comme les généraux européens de 1914 à début 1917, en refusant de comprendre ce qui s'était passé avant qu'ils n'arrivent et n'ayant même pas l'organisation et la préparation des Européens. Après évidemment, on va pas parler des idioties du "zéro mort", des généraux des années 70 à aujourd'hui, ultra-techniciens, carriéristes et proprets.... Mais faut pas oublier que l'excès inverse existe aussi: les généraux pousse au cul avec un langage viril et qui balancent des soldats à l'avant comme des cons pour rien du tout, y'en a pas mal, et le fait qu'ils s'exposent ne change rien à l'affaire ni ne les exonère. Tout les officiers généraux "de l'avant" ne sont pas Condé, Turenne, Luxembourg, Villars, Lannes, Davout, Soult, Patton ou Chesty Puller. Les généraux du XIXème siècle et jusqu'à la Première Guerre Mondiale, notamment, ont un triste record quand à leur je m'en foutisme absolu pour la casse, surtout comparé à ce qu'elle "rapporte". Et auparavant, beaucoup de généraux se faisaient même une gloire d'avoir de fortes pertes, en pensant que ça leur ferait des bons points de montrer à quel point ils étaient allé au contact, et ils s'en tiraient en montrant combien ils avaient eu de chevaux tués sous eux.
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Pour la note, le différentiel de bodycount entre Ricains et Japs, dans les batailles du Pacifique, est du à pas mal de facteurs, le plus important étant l'énormité des appuis-feux US (Navy et aviation). On trouve aussi un gros nombre des pertes japs à la fin, quand ils préféraient charger que se rendre en masse. DOnc le bodycount ricain est à regarder au travers de ces filtres: les objectifs sont martelés par l'appui feu, et les pertes pendant les combats eux-mêmes ne sont pas nécessairement à leur avantage. Donc pendant la bataille, il s'agit bien de pertes lourdes au regard des résultats obtenus en temps réel (et non au final), pertes qui semblaient souvent très lourdes sur le moment, et impactaient fortement le commandement, les généraux ordonnant la ruée continuelle à l'assaut étant d'ailleurs plus souvent à l'arrière (voir carrément sur les navires) qu'à l'avant. Même si cet arrière est sur l'île envahie, faut pas exagérer: le nombre de généraux morts au combat dans le Pacifique ne remplit pas un cimetière ;).
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Je me dis même que cette formule d'EMF trop nombreux, mais tous cohérents et prêts au déploiement, permet de diviser et de mieux régner, puisque c'est faire de chacun d'eux un lobbie dans l'armée, mais un lobbie regroupant plusieurs chapelles de spécialités, et dont la seule cohérence est précisément la fonction opérationnelle. Mettez leur budget nettement à part et en évidence (pour éviter la vampirisation interne) et regardez les se friter et faire la course à l'échalotte. 1 EM Corps d'armée OTAN nécessaire en l'état de nos engagements (il est en concurrence avec les autres EM européens), 4 EMF pour un besoin réel de 2, et on a un système d'émulation plus facile à gérer pour un régulateur non expert qui se laisse plus facilement mener par le bout du nez par la profusion de chapelles de spécialités, la nébuleuse d'administrations et bureaux en tous genres.... Et ça permet d'avoir 3 niveaux d'EM opérationnels pour ventiler les carrières, en plus des niveaux fixes (EM auprès des décideurs politiques, EM interarmée): les éléments d'EM brigade, pour les djeunz, corvéables à merci et envoyés partout comme rustines et compléments, les EMF, coeur du système, se disputant les affectations et kriegspielant en simulation sans arrêt (et pointant du doigt dès qu'un autre EMF "arrange" les circonstances d'un exercice), et l'EM européen, pour le haut du panier (en affectation permanente) et pour faire du stage bien noté (donc un volant tournant important). Là-dessus, puisqu'on considère un EMF comme une unité complète, elle a ses réservistes, incluant donc un petit chouia d'officiers généraux de valeur mis en réserve plus ou moins active plutôt que ventilés en masse dans l'administration, les chapelles et les planques institutionalisées.
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Les causes de la défaite de la France en mai-juin 1940
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Et encore une fois, on tronque un peu la version: - les pertes allemandes tournent plutôt autour des 1300 à 1600 avions, suivant les versions et ce qu'on prend en compte - le mode de comptage des "victoires" pour les Anglais est différent, et surtout peu unifié (varie selon les unités, assez souvent) - cette histoire de manque de "mordant", ça vient d'où? Parce que si il y a bien une chose qui ne manquait pas, c'était celle-là - le fait que l'aviation française, outre la faiblesse de l'armement, ait été montée sur des avions vieux ou sous-motorisés (voir la crise des moteurs en ligne et la production en urgence de moteurs en étoile) face aux Mersserschmitt, par rapport à un corps expéditionnaire anglais monté sur Hurricane ne semble pas entrer en ligne de compte apparemment. - les problèmes d'organisation et de disponibilité aussi ne sont pas évoqués -
marins français du XVIIeme siècle au XXeme siècle
Tancrède a répondu à un(e) sujet de GL dans Histoire militaire
Forbin, j'ai toujours eu du mal à avoir une opinion claire sur lui: des couilles, du talent, mais imblairable, et il n'a jamais "donné" dans le commandement d'une action de grande échelle. Mais c'est avant tout un "personnage" haut en couleurs, et un vrai marin offensif. Le chevalier Paul, je connais trop mal, et lui-même n'a jamais non plus eu de gros commandement indépendant, mais il a ce charme des fondateurs, ayant opéré dans une marine encore brouillonne et à ses débuts, ce qui révèle sans doute, vu l'estime universelle dont il bénéficiait et sa réussite, un fort talent qui aurait pu éclater de façon bien plus nette à une époque plus mature de la marine. Pour les corsaires, j'aurais toujours une préférence pour Jean Bart et Surcouf, qui me semblent planer au-dessus de tout le monde. Duguay-Trouin immédiatement après, rien que pour son grand fait d'armes. Mais chez les corsaires, on mesure la réussite en termes de petites opérations coups de poing, certaines spectaculaires et culottées, oui, mais on va peu parler de tactiques navales au sens de la guerre: un talent de marin énorme, souvent (rien que le fait que les Anglais et Hollandais n'aient jamais pu empêcher Jean Bart de percer leurs blocus continus de Dunkerque :lol:), des coups de génie, de la bravoure à revendre, de l'agressivité comme mode de vie.... Mais on n'est pas dans le cadre de la bataille de divisions, d'escadres ou de flottes, grandes ou petites. Pour les corsaires, c'est comme pour les capitaines: on peut pas se rappeler de tous, même de véritables héros, parce qu'il y en a beaucoup. Un exemple très méconnu: qui connaît l'histoire, et surtout la fin, du capitaine de Préville? Officier très bien noté et ayant de belles actions à son actif, son vaisseau, la Magdeleine face à l'avant-garde de la flotte hollandaise, en 1673, alors qu'il patrouillait devant ce nid de guêpes de la côté flamande. Abordé et crocheté par un brulôt, Préville décide une action désespérée: aborder le Dordrecht, un vaisseau de haut bord hollandais (nettement plus gros que la Magdeleine) positionné pas loin. Avec quelques chaloupes, mais surtout à la nage, les Français se lancent vers le Hollandais, canonnés et mitraillés à bout portant, alors qu'ils sont dans l'eau, montent à l'assaut, capitaine en tête, et attaquent au contact à 1 contre 5. En dernière minute, un autre Français peut venir leur prêter main-forte, mais trop tard pour Préville, mortellement blessé dans le corps à corps. L'événement dut largement célébré, avec une médaille commémorative commandée par Versailles, qui ne passa qu'un élément sous silence: le capitaine héroïque se révéla, lors de l'examen du corps, être une femme. Louise-Marguerite de Bréville de son vrai nom, avait servi dans un régiment de l'armée auparavant (avec distinction) et s'en était trouvée chassée pour un duel (remporté) avant de s'engager dans la marine et de faire le gros de sa carrière sur mer en Méditerranée, contre les Turcs et les Barbaresques, jusqu'à atteindre son grade final et une affectation à la flotte du Ponant. Pas si mal, et totalement inconnue. -
[Afghanistan]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de g4lly dans Politique etrangère / Relations internationales
Il faut aussi envisager ces choses à l'aune de facteurs d'analyse pertinents: - nombre de talisurgés sont des guerriers à temps partiel, mais aussi des combattants de clans à l'allégeance changeante. Ils sont très loin d'être tous des fanatiques religieux et/ou des pachtouns ultra-chauvins ne voulant aucun compromis avec l'étranger-envahisseur. Donc tuer trop de monde dans les catégories susmentionnées peut-être largement contre-productif, au moins autant que buter des civils. - les exigences de la guerre contre-insurrectionnelle font que dans une bonne partie des cas, les militaires sont là pour prendre les coups à la place des locaux, surtout civils évidemment - à l'inverse, le ratio de pertes occidentales est plus alarmant qu'il n'y paraît quand on le rapporte non au total des troupes déployées, mais bien au chiffre nettement plus réduit des soldats qui sortent de leurs bases et zones "sécurisées". Là, c'est même flippant