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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Quelqu'un pourrait m'expliquer la faiblesse du nombre de frégates ASM italiennes par rapport à notre effectif (4 pour eux, 8 pour nous) pour une structure fondamentale assez proche et une taille pas si éloignée? En terme de capacité disponible à tout moment, c'est assez radicalement différent en matière de choix. Rappelons qu'en attendant le JSF repoussé encore et encore, et la révélation sur ce que seront ses capacités réelles, la Marine italienne, comme l'espagnole et l'anglaise, ont des capacités aéronautiques des plus limitées en terme de puissance globale et plus encore en terme de distance de projection et de panel de capacités. Sinon, pour l'aspect budgétaire, le paysage ressemble à quoi en Italie, pour l'avenir immédiat? Des rumeurs ont-elles circulé sur des coupes ou, au contraire, des accélérations de programmes pour une relance par l'investissement? C'est peut-être surtout que par rapport à notre ZEE, nous inverstissons peu et mal. Mais pour ton comparatif, rappelons que notre Royale a d'autres avantages que les seuls soums sur la flotte italienne, et le PA, même unique, n'est pas le moindre; il ne joue tellement pas dans la même catégorie que le Cavour qu'on peut se demander s'ils pratiquent le même sport. Ceci dit, effectivement, ils équipent leurs navires foutrement mieux (on se remet à peine de l'histoire du radar des FREMMs :lol:), même si c'est pas un 3ème canon de 76 qui change vraiment la puissance de ce genre de navire. Les Espagnols aussi misent beaucoup sur leur marine, dans un même registre de pays, surtout pour un pays 1/3 moins peuplé: leur flotte de frégates est juste excellente (même s'il est vrai qu'on se fait surtout tirer l'oeil surtout par les Alvaro de Bazan).
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La France envisage un retour complet dans l'OTAN
Tancrède a répondu à un(e) sujet de azaazel dans Politique etrangère / Relations internationales
Chais pas, peut-être que les petits fours sont bons. Mais c'est comme dans la cour d'école: ça rapporte quoi d'être dans la bande du plus costaud? On fait ce qu'il veut, mais on se fait pas taper dessus, et personne se fout de ta gueule.... Sauf le plus costaud s'il en a envie. -
Comme souvent les petites unités, plus faciles à équiper, et encore plus lorsqu'elles ressortent d'une administration différente que l'armée de terre; rappelons l'épisode du FAMAS G2, juste pour l'anecdote. Les unités spéciales restent quand même les plus gâtées à cet égard. Pascal, tu connaîtrais l'orga d'un EP? Comme je l'ai mentionné plus haut, je suis preneur.
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Gadgets dans l'histoire militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Grognard dans Histoire militaire
Beaucoup d'armes de grande série ont commencé comme des petits bricolages et des gadgets auxquels beaucoup n'ont pas forcément cru sur le moment, soit qu'elles soient sorties de l'imagination d'un inventeur génial/fou ou d'un officier cherchant à combler un manque opérationnel, soit qu'elles aient été improvisées en temps réel sur le champ de bataille. C'est en fait la micro-innovation, mais qui parfois devient un système. Il n'y a sans doute pas plus d'une de ces impros/inventions sur 1000 qui aura une postérité. On peut citer quelques uns de ces bricolages qui ont fait florès: - la galiote à bombe: son inventeur -un officier français sous Louis XIV- décida d'adapter un bateau à la mise en oeuvre d'un mortier ultra lourd. Personne n'y a cru, mais après des débuts difficiles (premier emploi lors d'un siège d'Alger dans les années 1670), l'emploi des galiotes s'est généralisé et a duré jusqu'à la fin de la marine à voile. Quand on voit des gravures, c'est le navire qu'on ne veut pas, le machin immonde, la corvée assignée aux lieutenants de vaisseaux débutants: c'est moche, ça ne tient pas la mer, aucun peintre ne les représente jamais dans les nobles tableaux sur les flottes de combat, mais elles étaient toujours là. - le brûlot: faut quand même le faire d'avoir inventé le fait de cramer un navire entier rempli d'explosif et de le balancer sur une flotte adverse. Mais ce truc a commencé comme une impro totale au XVIème siècle. Au XVIIIème on y recourait encore et une flotte partait rarement sans avoir quelques navires spécialement armés pour cet usage. - le sous-marin: inventé en plusieurs fois, entre le XVIIème et le XIXème siècle - le mortier de tranchée puis de campagne: totalement tombé en désuétude après la première moitié du XIXème, il est réinventé pendant la 1ère Guerre Mondiale, par les poilus qui, dès l'hiver 1914-1915, face aux Minnenwerfer allemands et à l'exemple d'adaptations industrielles britanniques, en bricoleront des dizaines de versions avant que les arsenaux n'embrayent. On voit toutes les formes et les matériaux, tous les procédés, et bien souvent, l'industrie a fini, après des premiers modèles peu convaincants, par copier les impros des soldats. - les premières armes sur les avions en 1914: après les premiers échanges entre gentilshommes, au pistolet d'ordonnance, de chasseur à chasseur, ce sont des garagistes qui ont bricolé les premières mitrailleuses posées sur les ailes supérieures des biplans. De même, c'est un bricolage et non un programme industriel qui a vu la pose du premier système de synchronisation des tirs de mitrailleuses avec l'hélice. - la baïonnette à douille inventée par Vauban (ou Villars, je sais plus): un simple petit truc qui permettait désormais au fusil de tirer et embrocher en même temps, là où avant, il fallait mettre la baïonnette dans le canon en cours de combat pour lancer une charge. Après ça, les unités de piquier ont définitivement disparu de l'infanterie. Juste parce qu'un maréchal de France pas con a tripoté une baïonnette (non cen n'est pas sale ;)) Sinon, y'a cette fameuse photo avec le 105 sans recul monté sur un scooter: je l'adore :lol:! L'un des trucs les plus ignobles que j'ai entendu, Akhilleus, c'est les chats incendiaires utilisés par le VietMinh puis les VietCong: ramassés par centaines, baignés dans l'essence, enflammés et envoyés dans les casernes et bases US par vagues. Paraît que ça terrifiait pire que des milliers de sirènes de Stukas, et ça foutait le feu partout. Pour les amateurs de cinoche: un bricolage lamentable (mais historique) est présenté dans "Que la fête commence" de Tavernier, avec le "mistouflet" du marquis de Pontcallec pour les quelques révoltés bretons. Une fourche avec un pistolet au bout, actionné depuis l'extrêmité de la fourche par une longue ficelle :lol:. Une impro historique célèbre, avec les miroirs ardents d'Archimède qui enflammèrent les voiles de la flotte assiégeant Syracuse. On a aussi une improvisation biblique, quand le roi Salomon fait astiquer à mort les boucliers de ses maigres troupes pour aveugler la cavalerie ennemie et lui cacher le fait qu'entre elle et lui, il y a un grand ravin dans lequel elle finit par se planter. -
La France envisage un retour complet dans l'OTAN
Tancrède a répondu à un(e) sujet de azaazel dans Politique etrangère / Relations internationales
Le marché du pétrole proprement dit n'est plus autant contrôlé par les USA qu'avant, mais ils gardent une forte influence dessus. Il faut surtout regarder le fait que la possibilité d'agir physiquement sur l'extraction et l'acheminement reste dans une très large mesure dans les mains des USA. D'abord et avant tout, ils ont la seule force d'intervention planétaire pouvant directement bloquer les axes maritimes et les points de passages sensibles. Ensuite, ils disposent de troupes directement sur une part significative des réserves de la planète, essentiellement le Golfe Persique, et ces troupes n'ont pas d'adversaire local: on voit mal ce que pourraient faire les armées saoudienne, émiraties, quatariennes ou irakienne contre les seules forces US sur leurs territoires. L'affaire irakienne n'avait pas tant pour objet de s'emparer du pétrole que d'empêcher la Chine d'avoir même un accès direct à ce même pétrole, ou plus simplement même une capacité d'agir sur l'acheminement de ce pétrole. -
C'est assez bizarre de voir un comparatif du CPA20 avec le RAF Regiment: l'équivalent du RAF Regiment, ce sont les Escadrons de Protection, qui ont commencé depuis longtemps à développer des capacités d'intervention allant dans le sens de leur formation de base qui est l'infanterie (leur formation est assez analogue à celle des fusiliers marins). A la fin de la réforme, on aura environs 3000-3500 fusiliers commandos de l'Air et CPA (contre entre 4500 et 5000h aujourd'hui dans la BAFSI). Les EP représenteront environs 2400-2600h dans ce total. Sur les 34 EP actuels, une douzaine devraient être dissous. Le RAF Regiment dispose de 7 escadrons d'infanterie et d'1 escadron NBC (total de 2300h en incluant les effectifs d'encadrement et de base): un escadron compte 171h, soit l'effectif d'une de nos compagnies (les compagnies d'infanterie anglaise ne dépassent pas les 120h en moyenne), alors que nous, c'est l'inverse puisque nos compagnies sont autour de 176h (tous les effectifs mentionnés sont théoriques, pour les Brits comme pour nous) et nos escadrons de protection de l'AdA autour de 120h. D'ailleurs, quelqu'un connaît-il l'organisation de nos EP? Je suis preneur. Les CPA, ce sont des unités d'élite, plus sélectionnées que les unités régulières et avec beaucoup plus de temps et de moyens consacrés à leur formation et à leur équipement, particulièrement les CPA 10 et 30. Le RAF Regiment, c'est, comme les EP, de l'infanterie régulière affectée en permanence à une mission particulière.
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J'ajoute un point de vue plus général sur le point de vue de "l'efficacité", raisonnement sectorisé et partiel écartant beaucoup trop de facteurs pour être pertinent: la dictature est plus efficace que la démocratie, du moins à court terme, le décideur ayant tout pouvoir fait plus de chose qu'un processus démocratique, Hitler a fait des autoroutes et relancé l'industrie allemande beaucoup plus vite que ne l'aurait fait la République de Weimar.... Le point est que ce qui semble pertinent à court terme ne va jamais sans conséquences lourdes à moyen et long terme. Ce débat existe depuis longtemps en philosophie politique, je renvoie à des thèmes comme "le gouvernement des meilleurs est-il le meilleur gouvernement?", ou "la tendance technocratique": loin d'arguties philosophico-BHL-iennes, il s'agit de débats vraiment concrets et argumentés depuis les années 20-30, et animés par des économistes, des industriels, des sociologues (Max Weber, Michel Crozier), des philosphes non médiatiques, des experts de tous les champs (y compris l'armée).... Ce n'est pas limité au domaine de la violence. Le pur raisonnement coût efficacité sur un moment, un évenement très ponctuel et limité dans le temps n'a pas de grande pertinence dans le cadre de la réflexion d'un Etat et d'une alliance d'Etat, réflexion par essence globale et devant se projeter dans le temps. La croissance des SMP ne fait qu'accroître dramatiquement la tendance naturelle des politiciens à raisonner dans des domaines circonscrits et dans le court terme, mais là dans le domaine de la violence qui n'est pas et ne doit pas être un marché comme un autre, car porteur de trop de conséquences sur tous les plans: internationaux, nationaux, politiques, géopolitiques, économiques, budgétaires, sociologiques, civilisationnels.... Ces gars là n'ont rien à voir avec la recherche d'un ordre d'aucune sorte ni avec une limitation de la violence au seul service de populations essayant de maîtriser leur destin commun. Comment chiffre t-on les risques accrus d'instabilité sur les axes commerciaux? Le prolongement voire l'aggravation de situations parce que des SMP déconnent sans arrêt sur le terrain (voire poursuivent d'autres logiques que leur mandat comme en Afrique ou au Kosovo)? L'accroissement des zones grises où se développent les mouvements extrêmistes et les trafics en tout genre (là, le cas de l'Afghanistan devient un cas d'école pour le thème de l'héroïne comme pour celui des djihadistes)? L'impact de cet accroissement sur les Etats limitrophes jusqu'ici envisagés comme solides (Pakistan, Iran, zones occidentales de la Chine....)? L'affaiblissement des Etats sur la scène internationale? L'apparition d'entités guerrières permanentes et vouées au profit? Je me fous bien qu'aucune SMP ne puisse jamais avoir une armée permanente de 50 000h; je m'inquiète qu'une vingtaine d'entre elles puissent un jour proche disposer à l'année de 2 ou 3 brigades d'infanterie, d'une aviation de combat, de multiples groupes d'intervention clandestines et de moyens de soutien et d'appui (transport, transmissions, renseignement, peut-être artillerie) y compris des structures de renseignement et d'action privées (ce qui existe déjà). Sans compter des départements juridiques et de lobbying pour parasiter les recours politiques et judiciaires contre eux et les processus de décision publics. Ces moyens existent déjà de façon plus ou moins éparse, et la tendance naturelle du marché est de se structurer, de se concentrer et de conformer l'environnement à son offre. La surface financière, humaine, technique et matérielle de ces entreprises a explosé ces dernières années, et toutes les plus grandes sont adossées à des structures financières importantes (surtout des Compagnies d'Assurance). Voir des politiciens minables et court-termistes se charger de trancher la question me panique; mais voir des PDG avec pour seul objectif d'accroître leurs marchés, pour seul impératif le profit à tout prix, peu de contraintes et quasiment pas de comptes à rendre (sinon à leurs actionnaires), voir de tels hommes devenir part à ce débat me fait sortir de mes gonds. Parce que personne ne peut maîtriser ce phénomène dès lors qu'il passe une taille critique dont il n'est sans doute déjà pas loin aujourd'hui; et là on aura quoi, sinon des grands féodaux armés jouant leur propre jeu, dont l'intérêt le mieux senti est que tout merde et contre lesquels le seul rempart serait une hypothétique auto-discipline. C'est comme croire à l'auto-régulation des marchés, à la bonté de l'homme, à la Main Invisible, à l'idéal marxiste-léniniste d'un Homme dévoué au bien commun, ou au Père Noël. Et dans cette liste, le Père Noël est sans doute le plus crédible et à coup sûr la désillusion la moins cruelle.
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En Irak, il y a 192 000 contractors de tous types (dernier chiffre que j'ai vu et pu recouper, fin 2008), principalement civils: là-dessus, une trentaine de milliers sont des agents de sécurité, et une autre trentaine de milleirs sont des contractors militaires purs et durs. Le plus haut qui ait été atteint était, je crois, vers 2005-2006, où ils ont été jusqu'à une quarantaine de milliers, pas plus.
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Euh, mauvaise information: il y en a a autour de 10 000 en Afghanistan, pour la protection des contractors civils, le gardiennage "agressif" des matériels et sites de construction en zone hostile (c'est-à-dire qu'on va chercher ceux qui pourraient menacer les matos et les sites), la récupération d'otages, mais aussi les centres de détention et le renseignement (y'a aussi des Abu Graïb en Afghanistan), l'encadrement de certaines forces (y'a pas que les OMLT) et quelques cas de groupes d'action purement militaires. Si les SMP arrivent à faire du bénef au Kosovo et en Bosnie, ils y arrivent en Afghanistan.
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Je suis pas non plus totalement psychorigide: des contractors militaires sont utiles et même parfois inévitables, mais A LA MARGE, et quand j'entends à la marge, c'est plutôt comme les Ricains les emploient en Colombie (il y en a quand même un bon millier, et sans doute plus puisqu'il s'agit du théâtre le plus opaque, la CIA et la DIA étant les plus gros employeurs loin devant l'Army). Qu'ils soient utiles dans certains cas, je le déplore, mais j'en prends acte, du moment quon les cantonne à la marge. Même s'il fallait se priver d'une part d'efficacité à court terme, le phénomène doit être strictement limité tant les dangers qu'amène un secteur militaire privé important en taille sont immenses et font croître l'actuel mouvement de reféodalisation du monde. Cette "modernité" mise en avant par Philippe, ce n'est que la féodalité et rien d'autre: en aucun cas des acteurs privés ne divent être capables de disposer d'une puissance militaire et d'une puissance de renseignement et d'opérations clandestines. Mais ce n'est pas le chemin qui semble être pris actuellement. On notera que Poutine semble être d'accord étant donné que des actions ont été prises contre ce volet de l'activité militaire privée en Russie ces dernières années. Il est vrai que les SMP russes, infiniment plus opaques mais bien réelles, nombreuses et sans contrôle, étaient arrivées à un point assez effarant de liberté d'action il y a 6-7 ans. Si tous les militaires avaient ce droit, cela voudrait dire de facto que l'activité concerne un effectif terriblement important. Qu'on autorise les allers-retours pour les personnels très qualifiés, je suis pas fermé à la chose, de même que je n'ai rien contre les SMP se cantonnant aux services de gardiennage et sécurisation de sites et de personnes, y compris en zones de guerre (Wackenhut en est l'exemple le plus abouti). Je ne suis pas non plus aveugle aux raisons imputables aux Etats, pour lesquelles le phénomène a pu prendre cette ampleur: corruption et conflits d'intérêts, tendance des politiciens à aller au plus immédiatement facile, lobbying intensif et idéologie, mais surtout mauvaise gestion des armées, faibles paies, faible progressivité des rémunérations des militaires sur les carrières longues, réductions démagogique des formats.... Mais au final, il y a une ligne, et bien plus que de principe, au-delà de laquelle il ne faut pas aller: tant dans la nature des missions que dans l'importance des effectifs concernés, les SMP ne doivent pas avoir accès à ce qui ressort des bases de l'Etat de droit. Si leur espace d'action devient plus important, si elles deviennent des acteurs réellement incontournables, alors tout est perdu, parce que la logique de marché l'emportera, et elles ne feront que croître et s'institutionaliser, créant de facto des entités géopolitiques non souveraines et non légitimes qui sont avant tout des facteurs d'instabilité. Au final, auront-elles des comptes à rendre? A des actionnaires. A qui pourra t-on se plaindre? A une boîte aux lettres dans un paradis fiscal et à des actions en justice longues, sans réel résultat et ne concernant qu'une petite partie de ce qu'il y a à leur reprocher. Comment pourra t-on agir contre elles? Par un bombardement nucléaire de leur siège opérationnel à New York ou Pretoria? La règle de droit n'existe que tant qu'on peut l'assumer et la faire respecter, et une multinationale peut se passer du cadre référent d'un seul Etat, tant pour ses implantations et effectifs que pour ses affaires. Dès qu'elles sont à ce stade, les SMP n'ont qu'un minimum de comptes à rendre à un Etat (et à plusieurs, on sait ce que donne la probabilité de plusieurs Etats se mettant d'accord pour une action commune: voir le cas des paradis fiscaux) et celui-ci n'a que peu de moyens de leur imposer quoi que ce soit, article de loi ou pas. Le fait est que la mondialisation fait de ces acteurs des facteurs de désordre qui ne peuvent être que très marginalement régulés: si l'Etat US fait chier Blackwater, ils iront s'installer au Panama ou chez Mugabe. Ca Roland, c'est l'argumentaire sorti tout droit des publi-reportages rédigés par les cabinets de lobbying des SMP: il ne prend e compte que le très court terme et en aucun cas l'ensemble des coûts impliqués par l'opération. Il y a aujourd'hui suffisamment de littérature sur le sujet pour aborder le débat sous tous les angles, et pas que le postulat politique, philosphique, moral, éthique, juridique et institutionnel: des études économiques et comptables réelles existent et soutiennent plutôt mon point. Le point particulier que j'essaie de faire comprendre ici est aussi que le recours accru à ces opérateurs a tendance à accroître les coûts des armées: ce n'est pas neutre, et la ressource en personnels qualifiés ("les meilleurs pour le job", comme tu dis) est suffisamment comptée pour que l'existence et la croissance des acteurs privés devienne un problème majeur. Rien qu'à cet égard, que sera le marché quand ces boîtes seront incontournables, que les coûts de formation des armées (et l'impact négatif sur la dispo à l'année) auront explosé en raison du turnover imposé par le secteur privé, et que la demande continuera à y recourir? Les coûts des SMP exploseront parce qu'elles seront obligées à la fois de former elles-mêmes mais aussi d'entretenir et de retenir leurs personnels, c'est-à-dire d'avoir des unités permanentes. Elles ne seront plus du tout avantageuses, même à court terme, mais leur importance et la faible flexibilité du secteur (une nouvelle offre de militaires qualifiés ne se crée pas rapidement, et encore moins quand la ressource de base, l'opérateur FS/infanterie et le technicien spécialisé, est en quantités contingentées, soit par les armées soit par les SMP) empêcheront qu'on s'en passe. On notera aussi que plus les armées "se concentreront sur leur coeur de métier", plus cela traduira le fait qu'elles peuvent intervenir sur peu de théâtres: tant que les SMP sont une foule de parasites ne vivant principalement que sur les théâtres où les armées nationales sont engagées, elles peuvent faire croire à un hypothétique avantage comptable. Mais plus les armées seront parasitées par ces acteurs, plus le recours au SMP sera un automatisme pour les dirigeants, plus ces SMP seront des acteurs à part entière à qui on confiera des théâtres entiers: leurs coûts seront alors en explosion (ce seront vraiment des armées privées permanentes) mais on ne pourra pas s'en passer. Et elles seront toujours aussi peu régulables. Il ne faudrait jamais oublier que l'argent qu'on donne aux SMP est de l'argent qu'on ne donne pas à l'entraînement et à l'équipement des armées dont le principal rôle, avant même l'intervention, est d'exister et d'être puissantes pour agir comme dissuasion universelle, crédible et permanente, à l'inverse des SMP. Or un raisonnement "économique" par essence sectorisé (on ne réfléchit qu'au rapport coût-avantage sur un cas particulier là où il faut une analyse globale et se projetant sur plusieurs années) ne peut apporter de réponses à la problématique de la défense et de la stabilité recherchée (pays à risques, grands trafics, routes de commerce, menaces conventionnelles). Mais en attendant, l'argent n'est pas illimité et il y a de facto une concurrence de court terme qui impacte les personnels et les finances, mais plus encore la logique et les impératifs de long terme des armées et des Etats. Résultat, on aura des féodaux et une classe de guerriers privés peu régulés et pas régulables, seulement guidés par leur intérêt. Et leur intérêt est qu'il y ait un maximum de bordel. Ceux qui croient qu'on peut leur imposer des règles croient au Père Noël. Il est assez notable à cet égard que les militaires parlent des contractors comme d'une culture différente: ce ne sont plus des soldats, mais une nouvelle espèce (en fait une nouvelle ancienne espèce). Pourtant, il n'y a pas 10 ans que ce secteur (celui des SMP incluant des effectifs action importants) a commencé à vraiment croître: pourtant, il y a déjà une culture, une mentalité, un type d'hommes. Pas vraiment rassurant. Et maintenant que ces boîtes proposent des grandes unités constituées à l'échelon brigade (c'est marrant, ça a pas l'air de choquer qui que ce soit ici), le phénomène ira en s'amplifiant.
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Tu le fais exprès juste pour le plaisir de la polémique ou tu penses vraiment ce que tu balances? Parce que les études et travaux ne sortant pas du lobbying des SMP sont généralement sans appel. Ma "conception archaïque" de l'Etat, c'est juste la conception de base d'un Etat de droit, rien de très exotique, et elle est toujours aussi pertinente: aucun acteur ne doit émerger qui puisse mener une guerre privée, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. "C'est bien la concurrence": avec les armes à la main, ça s'apelle la guerre, la coercition, la négation du droit.... Des concepts "archaïques" de ce genre. Pourquoi cette appellation "d'archaïque"? On dirait un politicien en campagne: tout ce qu'ils n'aiment pas ou ne va pas dans leur sens est qualifié d'antique, de dépassé ou d'archaïque, et tout ce qui va dans leur sens est qualifié de moderne. Sans même souligner à quel point cette classification est hypocrite, je rappelle que c'est pas parce que quelque chose est nouveau que c'est bien, et que c''est dans le vieux pots qu'on fait.... A ce compte là, c'est toi qui avance une conception archaïque: tu veux le retour à la féodalité, au droit de guerre privée et tout le bastringue? Je m'émerveille toujours de voir ceux qui raisonnent comme si le fait d'avoir un Etat stable était un acquis définitif. Pour note, GW Bush/Donald Rumsfeld/ Dick Chiney sont peut-être tes idoles, mais la corruption et le conflit d'intérêt dans le domaine de l'attribution de crédits militaires à des SMP est effectivement un problème qui a atteint une dimension jamais égalée dans l'histoire du complexe militaro-industriel américain (faut le faire) avec ces connards patentés. Toi qui, avec Stratège, dénonce toujours l'ensemble des parasitages à tous les niveaux qui alourdissent la décision et la gestion dans les crédits militaires, ça devrait te toucher. Je rappelle aussi qu'aucun étude parlementaire US, même républicaine, n'a jamais prouvé la pertinence du modèle économique des SMP. Et à l'époque des Tigres Volants, le pourcentage était infinitésimal, l'exception qui confirme la règle dans un double but d'agir avant la déclaration formelle de la guerre et de former les pilotes chinois. Aujourd'hui, les contractors purement paramilitaires sont plus de 30 000 en Irak et c'est sans même compter les gardes de sécurité. L'estimation varie entre 25 000 et 30 000 de plus répartis sur tous les autres théâtres du monde (Afghanistan, Colombie, Kosovo, Bosnie....) et payés par les seuls USA. Alors pour la statistique, il faut comparer ce qui est comparable: les forces US de combat au sol proprement dites, c'est 400 000 dans l'Army (de fait moins puisqu'il y a aussi le premier échelon log compris dans ce chiffre, via les logistic battalions des BCT) et environs 120 000 chez les Marines. Les réservistes étant un marché captif, ils ne sont pas comptés. Je ne compte pas les gardes de sécurité et l'ensemble des postes liés à la sécurité de bâtiments et structures fixes, bien qu'une partie soit directement faite de paramilitaires et ait de fait des attributions impliquant des missions de combat. 55 à 60 000 mercos sur 520 000, on n'est plus dans l'anecdotique, sachant qu'il faut circonscrire et faire le détail: les SMP tapent dans le sergent, spécialiste et/ou opérateur de forces spéciales: le troufion lambda d'une unité d'infanterie régulière n'est pas le profil recherché. Combien de sergents et/ou opérateurs FS dans ces 520 000? Ne me dis pas que l'impact n'est pas gravissime, ça ne tient même pas une seconde. Normal, ils n'attendent que de pantoufler. Y'a longtemps que j'ai perdu mes illusions sur le gros de ces connards. Et tu verras les SMP d'une telle importance créer leurs propres guerres, en prolonger d'autres, agir en toute impunité (et encore une fois, la somme des exactions recensées ces 15 dernières années n'a rien d'un reliquat statistique, et encore moins si on le rapporte au nombre de SMP concernées et à leur effectif: c'est une propension quasi systématique), chercher la déstabilisation, entretenir le marché, quoi. Et qu'est-ce qui les empêchera de se comporter en grands féodaux jouant en permanence le jeu du chantage à la violence aux Etats, même importants? L'amour fondamental de la règle de droit? Faut être un peu sérieux deux minutes. Ce genre de phénomène est par essence non contrôlable passé un certain seuil et il faut une certaine dose d'hypocrisie ou de naïveté pour minimiser les problèmes de fonds qu'ils posent et croire qu'ils sont contrôlables. Qui a du mal à comprendre qu'il s'agit d'un secteur économique dont l'intérêt et la logique est l'accroissement de l'instabilité et la prolongation des conflits existants? Merde! Vite, légalisons l'existence des grandes mafias: ça va rapporter de l'impôt.
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C'est vraiment sous Luis XIV que l'automatisme systématique d'un recours massif à la course est pris, encouragé par les coteries de Versailles, pour une fois toutes d'accord, qui s'enrichissaient énormément de cette activité (y compris des membres de la famille royale). Les ministères Pontchartrain furent le pire exemple de recours au privé. La régence voit appraître une forme précoce d'atlantisme, le "Manchisme" qui est cette fascination complexée d'une partie des élites pour tout ce qui est anglais. En l'occurrence, c'est la néfaste influence du cardinal Dubois, obsédé par la paix à tout prix. Mais la Marine performera bien jusqu'à la guerre de Succession d'Autriche où elle se distinguera, mais dont elle sortira épuisée sans que quiconque s'en occupe après; il faudra les désastres de la Guerre de 7 ans pour que la reconstruction s'amorce sous l'action de Choiseul, dans les années 1760. Le problème en l'occurrence, n'était pas tant de confier l'action au privé: le savoir-faire était conservé et les moyens de la guerre d'escadre ne pouvaient aller au privé. Mais le problème était le drainage des moyens, des efforts, des personnels qualifiés, et plus encore les conséquences en matière de capacités stratégiques et le barrage mental imposé par le lobbying qui a empêché toute stratégie et volonté navale dans les milieux dirigeants, Choiseul puis Louis XVI (avec Sartine) ayant été des exceptions confrontées à des lobbies et des certitudes puissants et installés dans les processus de décisions comme dans les esprits. Une réflexion intéressante peut être menée sur les entités particulières que furent les Compagnies des Indes anglaise et hollandaise: c'étaient des entreprises privées disposant de flottes de combat et d'armées, mais surtout, à leur grande époque, imposant de facto leurs décisions et leurs choix à leurs Etats qui devait ensuite en assumer les conséquences en termes de diplomatie et de coûts. Combien de guerres l'Angleterre a t-elle du mener aux Indes en raison de l'avidité et de l'absence totale de scrupules de la Compagnie? La VOC a imposé une longue confrontation coloniale avec le Portugal à un moment où il eut été plus avisé de s'en faire un allié contre l'Espagne (bon, il a été absorbé par l'Espagne rapidos). Et je ne parle même pas du fait et plus encore des méthodes du colonialisme mercantiliste sans scrupule de ces opérateurs, véritables Etats dans les Etats dont l'importance a tellement cru, à un moment, que l'intérêt du pays ne pouvait plus être dissocié de l'intérêt de l'entreprise qui avait de fait toute liberté d'agir puisque l'Etat serait forcé de l'appuyer. Aucune lattitude de développement autre n'a été laissée. Les compagnies rivales, telle que la Compagnie du Levant en Angleterre, ou les armateurs des flottes de pêche néerlandaises, ont été rendues vulnérables par ces entités trop puissantes.
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Bien souligné Roland! Les corsaires étaient plus que des contractors: ils recevaient une lettre de marque, soit une commission leur donnant droit de mener la guerre contre les ennemis déclarés de leur pays. C'est un système plus encadré que celui des mercenaires et contractors en ce qu'il est purement national et ne peut exister qu'en cas de guerre déclarée, le corsaire devant se soumettre aux règles et usages de la guerre sous peine de procès, y compris de ses victimes, quand la paix revient (d'ailleurs, cet aspect est très bien décrit dans la série Aubrey-Mathurin de Patrick O'Brien). Mais les dérives du système ont durement impacté la guerre sur mer de la même façon que les contractors aujourd'hui, pas tant dans le domaine des crimes de guerre et abus de ce type (quoique ce domaine ne soit pas absent) ni dans celui de la création d'instabilité, puisque cette activité ne pouvait exister qu'en temps de guerre déjà déclarée et restait strictement soumise aux règles de l'Etat, ce qui la circonscrivait au domaine des armateurs privés qui réorientaient une partie de leur activité en temps de guerre (c'était un complément d'activité pour les pêcheurs et armateurs). Mais le problème venait de l'importance que prenait le phénomène, particulièrement en France. En effet, tous les historiens navals soulignent le dommage imposé à la stratégie navale française par la guerre de course: le lobbying à Versailles imposait insidieusement le fait que la guerre d'escadre n'était pas rentable stratégiquement face à un adversaire (Anglais et Hollandais généralement) plus nombreux sur mer, et qu'il fallait concentrer les efforts sur la guerre de course. Ceci, accompagné d'un énorme effort de corruption et plus encore par l'intérêt personnel des Grands du Royaume et de nombreux haut commis de l'Etat qui armaient eux-mêmes nombre de navires, entraînait la multiplication des lettres de marque normalement en nombre limité à quelques titulaires importants (des armateurs pouvant le faire sans vampiriser la flotte de commerce et quelques villes ayant la course comme tradition et comme privilège municipal: Dieppe, St Malo et Dunkerque essentiellement). Du coup, les investissement et les efforts se concentraient dans la guerre de course à outrance qui drainait la ressource très limitée des populations maritimes, la façade maritime de la France étant chroniquement sous-peuplée et le nombre de recrues potentielles assez limité. Résultat, la flotte était en sous-effectif permanent en personnels, et encore plus en personnels qualifiés (plus recherchés par les privés), à une époque où l'attrition à la mer est importante (avant tout en raison des maladies). Pire encore est le fait qu'une lettre de marque est souvent assortie de patentes d'immunité garantissant le corsaire contre toute réquisition d'effectifs par les officiers de la Royale. Les matériels disponibles (bois de rechange, espars, goudron, voiles) sont aussi drainés par cet effort. Plus fondamentalement, ce drainage égoïste de ressources et d'efforts avait aussi pour effet de détourner la réflexion stratégique de toute ambition maritime, ce contre quoi Tourville et d'autres ont lutté en vain (il n'y eut, sous Louis XIV, au final qu'un seul Surintendant vraiment marin: Seignelay). L'Angleterre y a gagné beaucoup. On peut y voir aussi la raison principale de l'échec du système des classes de Colbert (organisation et rationalisation d'un système de conscription des populations maritimes et régions proches en temps de guerre). Au global, une explication de nombreux échecs stratégiques: petite cause, grands effets. Lire les bouquins de Daniel Dessert, Jean Meyer, philippe Masson ou Etienne Taillemite sur le sujet. Le truc, c'est qu'on s'émerveille de lire les exploits et succès tactiques ponctuels de Jean Bart, Duguay-Trouin ou Ducasse là où on aurait pu avoir (concrètement, les moyens auraient été là) des récits de succès stratégiques genre descente en Angleterre.
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C'est de très courte vue étant donné que la logique d'un marché est de s'étendre: les SMP recherchent la croissance permanente et se concentreront de plus en plus pour offrir, tant en quantité qu'en qualité, un service important et complet. Ce faisant, elles impacteront de plus en plus gravement les armées, mais devront aussi, d'une manière ou d'une autre, abandonner la logique du tout interim pour avoir des capacités permanentes, ce qui qui existe déjà quoiqu'à titre échantillonnaire au-delà du domaine de la sécurité. Des capacités permanentes (en raison d'une concurrence accrue pour des personnels qualifiés en nombre important, pour conserver des savoirs-faires lourds....) veulent dire des coûts fixes importants, donc un besoin d'activité et de visibilité importante, soit dit des interventions et actions prévisibles pour favoriser et créer de l'instabilité (phénomène existant depuis longtemps au niveau des ventes d'armes, mais constaté dans les 15 dernières années au niveau d'opérateurs jouant réellement le jeu de l'instabilité sur le terrain). Ce seront des acteurs géopolitiques à part entière, non gouvernementaux mais disposant des attributs régaliens et de moyens de puissance, y compris dans l'action clandestine et le renseignement. Quelques pays d'Afrique ont déjà été victimes de tels comportements. Croire que le marché sera automatiquement circonscrit par l'action du St Esprit relève du voeu pieux. Et il n'existe aucune SMP payant le vrai coût, ou même la moitié du vrai coût, de son activité: elles vivent sur le dos des armées. Sans même compter que s'il est vrai qu'on laisse crever plus facilement un "affreux", le temps et les moyens consacrés par les forces régulières en Irak pour aller leur sauver le cul, les évacuer ou nettoyer leur merde sont des coûts très imortants et pas vraiment comptabilisés au bilan de leur activité. Je rappelle aussi que le plus gros de leur transport aéroporté sur le théâtre est le fait de l'armée, les contractors (y compris la boîte de Victor Bout ;)) ne jouant qu'un rôle d'appoint. Ces boîtes vivent sur un ensemble de trous juridiques et comptables réalisés sur le dos des armées et pérennisés par un jeu d'intérêts et de lobbying bien entendu et particulièrement favorisé par la dernière administration américaine. Le problème est qu'effectivement, une certaine "rentabilité" aussi opérationnelle que politique ou purement comptable peut exister tant que le phénomène reste purement anecdotique, mais les dimensions actuelles sont bien trop importantes pour que le mythe de l'avantage financier soit encore crédible. Qu'on fasse une vraie analyse coût-bénéfice de leur activité prise dans l'ensemble de son impact et de ses apports. Le même genre d'exercice de vraie comptabilité, quasiment unique dans l'histoire, réalisé par Jean Monnet sur les colonies françaises dans les années 20. Faux, il y avait différents statuts qui reflétaient les différentes populations -au sens de statuts juridiques- de l'Empire, même après l'Edit de Caracalla (lètes, fédérés, gentiles). Et c'est quoi ce chiffre de 60%? Il est pour le Ier siècle? Le IVème? Avant ou après la réforme militaire de Dioclétien? Ce qu'on appelle les supplétifs ou auxiliaires, pour le sens ou on l'entend d'ordinaire, ne sont généralement pas des appellations liés à l'origine, mais une distinction opérationnelle: les unités auxiliaires sont avant tout les troupes autres que l'infanterie lourde ou la cavalerie légionnaire. Sous la République, il s'agit d'unités de mercenaires spécialistes complétant l'armée romaine, structurellement faible en cavalerie et archerie. Mais sous le Bas Empire, il s'agit d'unités toute aussi régulières d'infanterie légère et de cavalerie, en nombre équivalent ou supérieur à l'effectif légionnaire mais constitués de citoyens ou, plus généralement, de populations de l'Empire non citoyennes (je rappelle qu'avant l'Edit de Caracalla au IIIème siècle, il n'y a que l'Italie où tous les habitants soient citoyens: le fait est limité aux élites et aux vétérans hors d'Italie). La constitution de ces unités est sur base régionale et en temps normal, elles sont dévolues à la défense de leur région. Après la réforme Dioclétienne, les auxiliaires changent d'appellation et de répartition vu que l'armée se divise d'une façon nouvelle, non plus entre légions et troupes auxiliaires mais entre unités de défense régionale (Limitanei) et armée mobile (Comitatus). Dans les deux cas, avant Andrinople (378), les citoyens sont en majorité écrasante, même si les populations centrales de l'Empire (essentiellement les Italiens, mais aussi les Hispaniques) sont sous-représentés par rapport aux populations de zones plus frontalières. Le gros des forces est fait de Gaulois, Bretons, Illyriens, Panonniens, Macédoniens et populations d'Asie Mineure. Les Germains immigrés y sont aussi de façon notable, en tant que lètes. Ce fait est renforcé par l'arrivée pacifiques de populations, avant Andrinople, à qui est accordé le statut de fédérés, et qui sont intégrés dans les unités de Limitanei (les Francs en 358 par exemple). Après Andrinople, il n'y a plus de système régulé par l'Etat dont les décisions (accorder le statut de fédéré, embaucher des unités constituées de mercenaires) sont imposées par la menace. Et nous avons la Légion, les Anglais ont les Gurkhas et les modes de recrutement du Commonwealth, et les Américains ont une forte part d'immigrés (près de 20% du contingent en Irak vers 2006), pour la plupart latinos, servant en Irak sans avoir la pleine nationalité: servir sous les drapeaux, sous un équivalent militaire de la Greencard, permet d'acquérir la nationalité plus rapidement. Mais ce ne sont pas des citoyens des US of A.
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Condoléances. Mais surtout, qu'aucun membre de la famille royale n'aille en mer pour relever des casiers de homards (combien connaissent l'anecdote?)....
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Et le mercenaire, qui a payé son entraînement et le garde en alerte à l'année? Pas vraiment Blackwater. Le soldat est là pour être là avant tout, comme menace immanente d'action; le simple fait que les soldats d'une armée projetable existent sont en soi un usage qui apporte de la stabilité. Qui chiffre ça? Mais surtout, l'actuelle formule des contractors n'est qu'une économie parasitaire qui ne peut fonctionner que parce que les armées existent et qu'ils peuvent leur vampiriser leurs meilleurs éléments une fois qu'ils ont acquis formation et expérience. Et que personne ne me fasse marrer en disant que ces boîtes font de la formation et qu'ils peuvent assumer ce coût: ils n'ont jamais employé et encore moins déployé les mecs issus de leurs formations dans des missions paramilitaires. La formation continue d'un soldat sur 3 à 5 ans et son acquisition d'expérience, ça coûte combien? Combien ces boîtes de cancrelats économisent chaque fois qu'elles engagent des opérateurs de forces spéciales et des sergents en masse? Economie parasitaire qui est en train d'endommager ce sur quoi elle vit, par simple phénomène de taille. Le problème n'est pas tant le réserviste que celui qui le devient volontairement précisément pour bosser en SMP: l'impact sur les coûts de formation de l'armée est d'autant plus grand que le taux de fidélisation a grandement diminué, surtout dans les niches que sont les sus-offs et opérateurs FS, à la formation longue, c'est-à-dire ceux dont le "retour sur investissement" est plutôt après le deuxième contrat. Le modèle économique entier est faux et ne reflète qu'une économie de court terme. C'est pas moi qui le dis, mais pas mal d'études. Et l'erreur fondamentale est de considérer cela comme un marché: la violence n'en est pas un, en aucun cas. Et amener le débat sur le strict plan des coûts est juste le biais par lequel ces boîtes de merde arrivent à exister. Qu'il y ait des surcoûts énormes dans nos armées, il ne m'a jamais semblé être de ceux qui disent le contraire, mais là on parle de principe absolu et incontournable, d'un domaine dans lequel la jurisprudence de l'Histoire est absolue et catégorique: moyens armés significatifs aux mains d'acteurs privés=JAMAIS BON, que de la merde, que des problèmes. Tu me factures une guerre civile, dis? Ca coûte combien un Etat qui s'effondre? C'est combien les immondices faits en Afrique, au Kosovo ou en Irak par Blackwater, Dyncorp, MPRI et consorts? Je rappelle les faits: meurtre, violences diverses, sévices et tortures, trafics de drogues, trafics d'armes, trafics d'êtres humains, proxénétisme, racket, vol de biens publics, crimes de guerre.... Et c'est pas des anecdotes sur quelques "loose canons". Et je ne compte même pas les menaces, harcèlement et divers abus de confiance et mensonges caractérisés faits aux USA par ces boîtes contre diverses personnalités et mouvements opposés à ces business nauséabonds (y compris des cas de menaces répétées sur un congressman). Et on chiffre combien, au fait, l'impact merdique sur l'occupation de l'Irak par tous les problèmes causés par ces connards? Parce que c'est encore une fois les forces régulières qui en paient le prix (durée accrue, plus de travail pour nettoyer la merde, hostilité des locaux accrue....). Quand près de 35 000 contractors en Irak sont des paramilitaires sur des missions de guerre (sur 192 000 contractors en Irak), désolé, mais on commence à se poser des questions, parce que ce chiffre n'a pas un impact anecdotique sur les structures de coût des armées régulières. Sans compter le dommage légal, politique et civilisationnel fait par tout ce que ce business implique, notamment sur le processus de décision politique: rien que le coup du saucissonnage des contrats par la Maison Blanche pour passer hors de portée de l'oversee de la Commission de la défense et de tout débat est un sujet monstrueux de controverse aux USA tant l'impact sur le processus de décision, le bipartisme et la présidence est jugé catastrophique. On peut penser qu'ils ne sont pas chers sur le moment mais les coûts s'alourdissent très vite. Et surtout, ces boîtes occuppent un espace désormais peu réoccupable par l'armée: quand on devient irremplaçable, on devient plus cher, et on devient plus gourmand. Essai de dialogue fictif: - Salut Valentinien! - Avé Alaric, alors, tu as ton effectif de contractors? Parce que là je suis un peu serré sur les effectifs, et j'ai des Germains qui suintent partout sur le Rhin - No problem, vieux, j'ai une bonne dizaine de milliers d'opérateurs cavalerie et de fantassins démontés, j'te fais un business plan et on roule - Super! Tu veux pas les mettre sous uniforme, qu'on les répartisse dans des unités, histoire de faire plus classe? Et puis ça rassure le pégu. - Non! De toute façon, t'as plus d'armée depuis 20 piges à part 2-3 mecs en jupette avec des plumes pour faire joli. - Justement, on refait une armée romaine, et ce sera toi leur chef, avec tous les titres, les dorures et les baraques de fonction - Non t'es sympa, mais c'est mieux quand ils bossent pour moi. Surtout si tu me fais une crasse, avec ta tête de faux jeton..... Ta majesté. ;)
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La question n'est pas là: même s'ils n'étaient pas citoyens ou intégrés dans la société, les chefs barbares en question étaient romanisés, et souvent depuis plusieurs générations. Le point est qu'après Andrinople, ils ont été intégrés en en unités complètes intégrées s'organisant selon leurs choix en grandes bandes chacune fidèle à son chef, en armées privées (en fait comme au temps de la guerre civile ou chaque potentat -César ou Pompée- avait ses légions qu'il payait, mais là il ne s'agissait même pas de citoyens), restant en vase clos dans leur culture sans la moindre discipline d'armée unique et encore moins d'attachement particulier à l'empire et au bien public. Le recours était obligatoire après la ponction brutale d'Andrinople, mais Théodose en Orient a su les dégager sitôt qu'il a pu pour rebâtir une armée impériale unique disciplinée faite de citoyens et de barbares cette fois répartis dans des unités normales et soumis aux règles et à la discipline générale. Les empereurs d'occident ont laissé faire autant par lâcheté, compromission et facilité qu'en raison de l'instabilité occasionnée par les problèmes de l'Empire et la corruption du système (déjà à l'origine de la bataille d'Andrinople). Mais Théodose en orient avait les mêmes difficultés et il a su rétablir l'autorité de l'Etat et un outil militaire plus efficace que jamais.
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Le problème est que céder des compétences de l'acabit de la sécurité, même si l'on n'en cède que la pratique et non la propriété et le droit de principe, cela revient à les céder dans leur entier: elles sont longues, dures et chères à obtenir, et le résultat d'un tel processus est aléatoire, surtout dans le cadre d'un Etat affaibli et/ou d'un système de décision très instable. Le Pakistan est, par exemple, parvenu à un résultat très moyen malgré des aides financières, matérielles et techniques très importantes, une volonté continue depuis 60 piges et des efforts très réel. mais l'instabilité et la corruption du pays ont limité l'efficacité de l'effort. Céder le fait, c'est céder le droit: il ne faut jamais oublier que le droit n'est qu'une fiction qu'on doit rendre réelle selon l'adage suivant lequel la force sans le droit, c'est la tyrannie, mais le droit sans la force, ce n'est que du blabla. Que Monaco récupère ou non ses prérogatives, si tant est qu'on laisse faire (parce que Monaco a aussi une putain d'ardoise), est absolument sans conséquence étant donné que ce confetti n'est en aucun cas un vrai pays. L'Empire Romain d'occident s'est effondré non à la suite d'une très longue décadence plus fantasmée que réelle, mais bien parce qu'il a cédé cette prérogative à la suite du désastre d'Andrinople, en confiant sa défense (rien de plus que de l'outsourcing) à divers chefs barbares romanisés dont les ambitions ont fini par mettre l'Etat à bas. A l'inverse, l'Empire d'Orient, au travers de Théodose, parvint, difficilement, à rétablir une armée régulière et unifiée constituée de citoyens romains et de barbares romanisés non constitués en unités autonomes.
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La France envisage un retour complet dans l'OTAN
Tancrède a répondu à un(e) sujet de azaazel dans Politique etrangère / Relations internationales
Quand on connaît l'importance du fondement "mackinderien" dans la pensée de tous les thinks tanks et organismes gouvernementaux de réflexion et de décision géopolitique, on comprend à quel point l'Europe est une colonie de facto des USA. Et la décision unilatérale, et réalisée quasi en catimini d'un processus de décision et de consultation national, de réintégrer pleinement les institutions de l'OTAN s'inscrit dans le cadre du plus insidieux des moyens de ce colonialisme: le domaine intellectuel. Le clan atlantiste n'a jamais eu autant de lattitude pour agir. L'affaire chauprade n'est qu'une anecdote, mais globalement, on a quand même une masse de politiques si esclaves de ce mode de pensée qu'il est de facto inenvisageable de voir émerger en Europe un mouvement d'opinon fort en faveur d'une Europe puissance. Il est assez frappant de voir qu'aucune des grandes considérations d'orientations géopolitiques de long terme n'envisage que la constitution d'un pôle européen de puissance n'existe: il n'existerait que comme renfort dans l'une et l'autre hypothèse, soit comme renfort côté Russie, soit comme annexe américaine. L'idée d'un pôle en Europe occidentale, excluant sans doute l'Angleterre (orientation dite de "l'Europe carolingienne"), n'arrive toujours pas à percer. Les Allemands n'y croient pas hors de quelques cercles, les gaullistes et républicains gaulois n'y voient qu'un moyen d'extension de la France, l'Italie, la Hollande et l'Espagne sont totalement atlantistes. Il faudrait cependant tempérer cette grille d'analyse mackinderienne qui reste très implantée dans le monde occidental du XIXème siècle pour qui n'existe que l'homme blanc. Désormais, l'Amérique latine, Brésil en tête, suit une logique de plus en plus originale et dispose des moyens et potentialités démographiques, scientifiques et économiques d'influer très largement. Et plus encore, la Chine et l'Inde sont de facto des pays-mondes pouvant être considérés comme des centres. L'Afrique verra sans doute, dans un lointain avenir, émerger un centre de puissance comparable. L'idée d'un heartland mondial unique doit être désormais très pondérée par la fin d'une vision monopolistique de l'homme blanc et de la seule culture européenne: la carte des ressources, l'éparpillement amorcé de la puissance et des moyens scientifiques en attestent. Les puissances maritimes n'auront plus une telle prise face aux nouveaux pôles de ce monde: la puissance américaine sera relativement de moins en moins importante. Mais au niveau des rapports au sein des anciennes puissances, la vision reste pertinente, spécifiquement en ce qui concerne la place de l'Europe occidentale: nous sommes en fait la nouvelle chasse privilégiée des USA, bien plus qu'une Amérique latine et du Sud sur laquelle l'emprise américaine s'efface en grande partie, du moins par rapport à ce qu'elle a pu représenter. -
Je crois pas qu'on se soit fait tellement arnaquer dans ces coopérations, en tout cas je ne connais pas vraiment d'exemples. En revanche, là où on s'est fait baiser pour cette idéologie de l'Europe à tout crin, c'est dans la constitution d'EADS: Aérospatiale et Matra valaient 5 fois (à tous les niveaux: capitalisation, potentiel de recherche, carnet de commande, variété du catalogue, expérience, renom) ce que les Allemands ont mis.
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delegata potestas non potest delegari est la formule consacrée: elle est expressément écrite en droit anglo-saxon (droit constitutionnel canadien, US et anglais) mais plus largement, c'est un des principes fondamentaux de la notion même de droit public. C'est une émanation d'un fondement encore plus absolu, à savoir la philosophie même, le principe de base de l'Etat moderne, comme pilier de l'existence des droits et devoirs régaliens d'un Etat, à savoir le monopole de la violence légitime. Chez Hobbes, Locke ou Montesquieu, c'est un point incontournable, qui vient en droite ligne de la pensée humaniste moderne, à savoir des penseurs de la philosophie politique des XVème-XVIème siècles: Pic de la Mirandole, Machiavel (si, si, il est considéré comme humaniste, même si lui est plus connu pour sa pensée de la pratique du pouvoir par un dirigeant moderne), La Boëtie, Montaigne.... C'est sur le principe que justement, non, il ne peut pas. Mais c'est tout le rpoblème entre l'esprit et la lettre dans le droit. Et on peut toujours précisément aménager la lettre pour faire ce qui arrange. Si la question était limitée à quelques intermédiaires privés, micro-structures ou carrément individus (Denard, Marini ou autres), employés pour des coups tordus à la marge, ce ne serait même pas un débat: ils seraient juste l'exception qui confirme la règle, le micro-élément de souplesse qui permet au gros du système de fonctionner. Mais le point est que l'Etat est en train de se désaisir de ce sur quoi il doit garder le contrôle absolu pour un tas de mauvaises raisons: - lâcheté politique: la sécurité du territoire (y compris ses parties lointaines), l'indépendance nationale, la maîtrise de notre destin, la garantie de nos intérêts, la sécurité des grands axes de commerce et de leurs environs, la stabilisation des régions à risques.... Tout cela a un coût, et les politicards sont trop lâches pour le dire en face dans les médias, et plus encore pour l'expliquer. Ils le savent et refusent de le faire parce que ce n'est pas spontanément populaire. - facilité: c'est plus facile de dépenser le différentiel entre une apparence de défense et une défense réelle dans des programmes plus directement populaires, et ça évite de remettre en question une foultitude de lourdeurs, de systèmes installés, d'acquis.... Qui sont autant d'ententes politiques et d'entretien de clientèles électorales. - ignorance: les politiciens n'ont plus qu'une perception du court terme et une mécompréhension terrible des relations internationales et des enjeux. Sans doute le système de la Vème république est-il aussi en cause, puisqu'il a déssaisi le gros des parlementaires de toute nécessité de s'intéresser à ces questions, via le "domaine réservé". La quintessence de ce principe peut se voir dans les extrêmes, notamment Besancenot: son programme était comique en ce qu'il demandait une baisse des dépenses de défenses, un interventionisme accru dans les zones à risques humanitaires et un soutien énorme à l'industrie de défense pour sauver les sites et les emplois :lol:. - le rôle des USA via l'OTAN: l'Europe est une colonie, et la classe politique européenne profite de ce fait pour se reposer sur le parapluie US pour ne pas assumer le coût réel de sa sécurité et de la sécurité de ses intérêts mondiaux et de son commerce. A côté de ça, on a l'énorme effort de lobbying des SMP qui vise à imposer ce double mythe de l'économie permise par leur action (et de nombreuses études ont démontré que les SMP sont de facto plus chères à moyen terme, et que plus le recours à leur action sera important, plus ce coût sera proportionnellement élevé étant donné qu'elles auront tout bêtement des masses de structures permanentes à entretenir et une tonne de nouveaux coûts à affronter qui sont encore pour l'instant rationalisés au sein des armées) et de leur nouvelle respectabilité (c'est tout le travail d'intox pour dire "on n'est pas des mercenaires, on est des contractors" :lol:). Je suis contre à de multiples titres: - la mission régalienne de sécurité de l'Etat est sacrée: c'est un principe de base garant de l'Etat de droit depuis le mythe de Romulus et Rémus. On renonce au droit de violence privé pour en confier le monopole à l'Etat en échange d'un droit de regard sur le processus de décision de l'Etat et d'un statut juridique garantissant la sécurité publique et privée. - des acteurs privés avec une puissance de cohercition économique, sociale, intellectuele, psychologique et/ou armée (et de plus en plus, ces moyens se concentrent) sont de facto des féodaux, soit la négation même d'un Etat de droit: promesses d'oppression, d'absence d'équilibre arbitré et d'insécurité. Tout libéral (n'est-ce pas Roland ;)) doit s'insurger contre ce fait. - qu'une part de la réalité de facto de la chaîne d'activités liée à la sécurité soit privatisée, j'ai rien contre tant qu'il s'agit de la fabrication des matos, de l'entretien ou de l'intendance. Même sur la fabrication des matos, l'Etat doit garder la maîtrise (c'est le rôle de la DGA et des arsenaux) puisqu'il s'agit d'un enjeu d'indépendance nationale. Mais là, le débat est avant tout centré sur la notion même d'exercice de la force. Et dans l'esprit même de l'Etat de droit, RIEN n'est négociable à ce sujet: ce n'est pas un débat, ce n'est pas un sujet de discussion avec des théories équivalentes. C'est Niet. C'est la même chose que dans le "débat" entre créationisme et théorie de l'évolution: les lobbyistes créationistes essaient de dire qu'il y a débat et qu'ils avancent une thèse, mais ce serait déjà trop leur concéder: les scientifiques ont un vrai postulat, les créationistes ont un tas de fadaises qu'ils essaient de faire accepter comme une théorie de même valeur (et la foi n'a rien à y voir). Je suis un ayatollah sur ce se sujet, et pour moi, des mecs comme Erick Prince (fondateur et ex-PDG de Blackwater) et Dick Cheney (pourri en chef ayant, avec d'autres comme Franck Carlucci ou Richard Perle, développé ce business à outrance par pur intérêt et absence de considération pour le bien public) devraient être éburnés, passés par les armes et écartelés en Place de Grève (selon les règles fixées par une ordonnance spécialement votée bien sûr ;)).
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Tiens, d'ailleurs, le topic sur le Mexique illustre bien ce à quoi peut ressembler un Etat affaibli face à des pouvoirs locaux légitimes ou non. La Colombie a fini par récupérer des marges de manoeuvres face aux cartels, mais le Mexique semble plus près de sombrer face à ces féodaux criminels. C'est un peu hors topic, mais ça illustre bien ce à quoi l'Etat russe a du s'opposer depuis 20 ans: Poutine a du rétablir un fort degré d'autorité en utilisant le seul moyen restant à la disposition de l'Etat face à des pouvoirs sectoriels (oligarques) et/ou locaux (régions) trop puissants, à savoir la force brute et la contrainte légale sous la menace directe et non voilée de la force brute. Les boyars ont changé de visage, mais ils sont toujours là. Poutine suit-il le modèle d'Ivan le Terrible et Pierre le Grand? On lui souhaite de ne pas sombrer dans la même paranoïa que le premier: il finirait par tuer Medvedev :lol:. -
La question que pose en fait cette attitude de ne pas aller chercher le taleb ou le jihadiste au-delà de l'air strike ponctuelle (au résultat aléatoire pour un coût élevé), quelle qu'en soit la raison (économie des forces, pusillanimité.... Voi liste plus haut), est de connaître l'efficacité obtenue. Dézingue t-on assez d'adversaires? Si c'est pour voir le bodycount réduire en-deçà des capacités de renouvellement de l'adversaire (recrutement et entraînement), ça ne rime pas à grand-chose parce que le contrôle et la sécurisation obtenue sur certaines zones sera menacé à terme par des forces plus importantes, à moins de parvenir à très sérieusement mettre les populations de notre côté, ce qui pour l'instant pose encore problème. Les Brits ont-ils fait des propositions particulières pour résoudre ce paradigme, ou suivent-ils le schéma américain?
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C'est clair que les Brits et nous devons beaucoup plus penser en termes d'économie des forces qu'on pouvait le faire, pour prendre un conflit comparable en nature, en Algérie: la ressource en infanterie et en forces de sécurité est vraiment très faible, et les moyens héliportés sont très limités. On peut d'ailleurs craindre un recours accru des talebs, et plus encore des fondamentalistes, aux snipers: ceux qui ont survécu au darwinisme des années précédentes sont maintenant plus aguerris, et leur apprentissage s'en ressent nécessairement. L'affaire d'Uzbin l'a montré, mais il y en a d'autres: le mad jihadist qui tire comme une patate est un modèle à sérieusement relativiser. Dans la famille "guerre sans gloire", les IED (où le Darwinisme fait aussi que survivent les plus habiles: qui nepète pas en la faisant en fera des mieux encore :lol: ) et le sniping accompagneront des embuscades de mieux en mieux montées, mais aussi moins fréquentes (plus préparées, faites avec plus de forces et des gens plus qualifiés....). Reste à savoir comment se fera l'essentiel de l'affrontement, à savoir le contrôle effectif de larges portions du territoire et le rapport aux populations. Faut voir le rapport des pertes: dans le buzz médiatique permanent et omni-sujet, l'émotion populaire pour quelques morts ne survit pas longtemps et le conflit afghan pèse peu et peu longtemps dans les opinions. On n'est pas dans le cadre d'une guerre ou des milliers de conscrits crèvent chaque année. De ce côté, il faut plus craindre les dommages collatéraux trop visibles et massifs. La coalition a plus de risques à courir côté effort financier et matériel global: ceux qui jugent qu'ils paient trop par rapport aux autres sont le vrai enjeu. Et c'est là qu'on peut savoir jusqu'à quel point les différents participants veulent plaire à l'oncle Sam et s'il y en a qui se jugent concernés par la stabilisation de la région.
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est le principe, mais encore une fois, à un degré infiniment moindre: le cadre légal de l'Etat de droit existe, les préfets n'ont pas tous pouvoirs et les potentats locaux sont très loins d'avoir les moyens et les prérogatives de feux les Grands du Royaume. La féodalité est loin. Il y eut les missi dominici de Charlemagne pour rcadrer les comtes, les réatributions féodales de Philippe Auguste, les envoyés de Philippe le Bel et Marigny, les agents et intendants de Louis XIII et Richelieu, puis les préfets. C'est toujours le même jeu, mais le degré varie: plus le pays est un bordel, les pouvoirs locaux forts et l'Etat Central et sa règle loins, plus les frictions sont grandes, incluant la violence, et plus les prérogatives et moyens des envoyés de Paris doivent être grands. Je me demande à quel degré on arriverait si paris décidait de rétablir une autorité plus ferme en Polynésie.... On vient de voir comment ça a viré et deviner comment ça aurait pu merder en Guadeloupe, et on va voir ce que ça va donner à la Réunion. On devrait peut-être envoyer Kadyrov si ceux qui veulent se débarrasser des DOM ont gain de cause.