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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est surtout plus que dans une zone en guerre civile ou sortant d'une guerre civile, il n'y a pas de droit, d'organisation ou de structures: c'est la loi de la jungle à l'état brut. Dans un premier temps, ce sont les kadyrovs, comme tout groupe mafieux, qui établissent le premier stade de l'ordre. Il est brutal, arbitraire, abusif et injuste, mais c'est le premier stade. L'Etat russe a d'autres priorités et des moyens limités pour cette partie du processus de rétablissement d'un ordre et d'un semblant de structure, donc il laisse la ride sur le cou à ces salauds pour faire ce qu'ils savent faire: le sale boulot, d'une sale façon. Le seul contrôle qu'ils exercent sur lui est la menace de la force. Quoiqu'il arrive, Kadyrov ne pèse rien face à la Russie si Poutine se fâche. Tout ce qu'il peut espérer à l'issue de son action, c'est une Tchétchénie pacifiée où l'administration russe pourra venir et établir un stade plus avancé d'organisation et où il pourra prendre sa retraite tranquille. En Chine, ma remarque était ironique. Ces systèmes existent toujours à des degrés plus ou moins prononcés, régulés et civilisés: plus l'Etat est stable et fort, plus un Etat de droit peut régner et cantonner ces structures claniques au niveau des réseaux de corruption et d'ententes, avec la présence de groupes criminels/mafieux plus régulés et distants de ces réseaux de pouvoir (mais toujours un peu liés). Plus le pays est instable, plus ces réseaux et ententes se rapprochent et ont d'autorité, de pouvoir et de moyens, y copris la force brutale: ça a toujours existé. Regarde les DOM-TOM: le degré de présence, d'attention et de contrôle de l'Etat y est plus faible. en conséquence, les injustices y sont plus criantes, les richesses et l'autorité plus concentrées sur des groupes sociaux réduits et auto-reproducteurs. C'est mathématique: la nature a horreur du vide et tous les espaces sont remplis par d'autres acteurs dès lors que l'Etat ne s'en occupe pas ou laisse faire. Le pire exemple est la Polynésie où Gaston Flosse est un vrai seigneur féodal: corrompu jusqu'à la moëlle, abusant des fonds publics (palais gouvernemental pharaonique, villas privés faites sur des îles du domaines public aux frais de l'Etat....), se moquant de l'Etat de droit (y compris dans des cas de disparitions plus que suspectes).... On a affaire à un vrai satrape, même si l'Etat garde la possibilité d'un contrôle en dernier recours (Flosse a peu de ressources par lui-même, et la force publique reste nationale) et des institutions fonctionnant effectivement. Il peut abuser du système à son gré, il ne le contrôle pas. Et Temaru est sans doute aussi corrompu que lui. Même en métropole, les clans sont partout, affirmés à divers degrés: Frêche exerce un genre de contrôle sur sa région que peu d'autres présidents de régions peuvent avoir, par exemple. Et il y a les contrôles moins territoriaux et plus liés à des secteurs d'activité ou des domaines de l'Etat: les Grands Corps, la grande distribution.... Et tous types de réseaux. On est bien sûr loin du degré de sauvagerie de la Tchétchénie, mais ça n'est qu'une question de degré sur la même échelle. Supposons que l'Etat soit très affaibli (perte de moyens, crise grave, catastrophes, montée d'autres acteurs, surtout économiques), crois-tu que les mêmes clans et même réseaux ne prendraient pas graduellement bien plus de prérogatives? Les grands féodaux ne disparaissent jamais: ils s'adaptent. -
J'en profite aussi pour rappeler l'existence d'un courant de pensée pas tout à fait marginal dans les pays développés, et pour qui la privatisation des fonctions régaliennes de l'Etat est souhaitable et impérative, armée, police et justice comprises dans leur entier: ce sont les anarcho-capitalistes, ou libertariens. L'une de leurs têtes de file est David Friedman, le fils de Milton Friedman (le prix nobel d'économie et chef de file des monétaristes et du volet économique de la révolution reaganienne).
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Il y a une nuance claire en français qui a été brouillée à dessein par les SMP en anglais: quand on dit mercenaire en français, ça ne concerne que les personnels combattant. Le lobbying intensif des SMP américaines a graduellement imposé le terme de contractor, qui ne s'appliquait jusqu'ici qu'aux supplétifs civils des armées apportant des services de soutien, y compris en opération. Employer ce vocable leur a en fait permis de faire accepter la fonction armée sans qu'il y paraisse, vu que jusqu'aux années 80, il n'avait jamais été question de classifier des personnels combattants sous ce terme. Même au Vietnam où les contractors furent extrêmement nombreux, aucune fonction de combat ne fut dévolue à des opérateurs privés: même l'essentiel de la formation des forces sud-vietnamiennes (hors quelques domaines techniques très spécialisés) étaient du ressort des forces armées ou de la CIA. Mais dès lors que des services armés ont été proposés et que le pouvoir US a commencé à laisser faire (complicités, ententes, conflits d'intérêts flagrants, lobbying....), le lobbying a commencé à plus grande échelle pour s'éloigner au maximum de ce vocable de mercenaire, qui est pourtant l'exacte définition de ce que sont les forces armées privées proposées par ces sociétés. Ils ont commencé par le secteur de la sécurité: garde de bases et de sites sensibles, gardes du corps. Puis le même métier mais sur des zones d'opérations extérieures. Après, ils se sont étendus au métier militaire proprement dit, incluant des opérations spéciales. Maintenant, on voit des boîtes comme Dyncorp et Blackwater proposer des grandes unités clé en main, en l'occurrence des brigades d'infanterie légère. Mais aussi des unités aériennes: on connaissait les contractors russes proposant des Mi-24 ou des Migs avec équipages; on a maintenant les grandes boîtes US proposer des unités d'attaque spécialisées, généralement pour des opérations COIN, mais aussi des unités d'hélicos armés. A quand les chasseurs ou les bombardiers? Encore plus inquiétant est de les voir accomplir le même parcours graduel, au fur et à mesure de la concentration et de l'extension de gamme de ce secteur, dans le domaine du renseignement. Avec l'adossement à des grandes structures financières et le rapprochement avec le monde de l'intelligence économique, on voit se former des services secrets privés, non plus limités aux bases de données et à la sécurité informatique, mais à l'action bien réelle, allant des opérations de guerre économique (renseignement, piratage, désinformation, espionnage industriel) aux opérations de renseignement pures et dures (agit-prop, opérations noires....) proposées comme des solutions clés en main à des grandes entreprises ou des gouvernements. Blackwater n'a même pas eu honte de présenter en ces termes de telles capacités dans sa nouvelle filiale. Alors non, je ne remets pas en cause l'externalisation de fonctions de soutien, qui a toujours existé et reste nécessaire, quoiqu'il y ait un débat à tenir sur le niveau de compétences que l'armée doit garder dans tous les domaines: il faut définir un seuil en-deça duquel on ne peut descendre, tant sur le plan de la conservation de la maîtrise des processus et technologies que sur celui des coûts. Mais là on parle de mercenaires et de la maîtrise de la violence dans le cadre d'un Etat de droit. Quelle différence y aura t-il entre des grands féodaux cherchant sans arrêt à étendre leurs domaines, à parasiter les loyautés à la couronne et à nuire à l'autorité centrale, et des entreprises multinationales disposant de forces armées et de services secrets? Ce n'est plus de la science fiction: ces capacités existent maintenant dans le privé, et ne font que se développer, se concentrer et se rationaliser.
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C'est marrant à quel point le simple fait de soulever un débat rendrait au moins en partie légitime l'un des points de vue en balance: à ce titre là, le débat sur le créationisme donne de la crédibilité à la stupidité insane qu'est "l'intelligent design" qui n'a d'intelligent que le vocable. Je rappelle juste deux principes de base du droit et des principes constituants d'Etats de droits: - L'Etat a le monopole absolu de la violence légitime - En matière de droit souverain, ce qui est délégué ne peut être délégué à nouveau (c'est-à-dire qu'une autorité donnée par l'Etat dans un domaine ne peut être sous-traitée à un tiers) Ce sont des principes et des conditions de base de l'existence et de l'autorité des Etats: la violence n'est légitime que si elle est au service et sus le contrôle de l'intérêt général, non au service et/ou sous le contrôle d'intérêts particuliers. Les SMP peuvent se qualifier de "contractors" et refuser ostensiblement le terme de mercenaire; c'est pourtant ce qu'ils sont, dans l'esprit et dans la lettre. Mercenaire était un terme légitime et légal dans l'antiquité grecque de même qu'à la Renaissance, et s'il est devenu péjoratif, c'est parce qu'il n'a jamais été considéré comme un concept souhaitable ou salutaire. Juste un recours parfois utile à court terme, souvent en raison de l'incurie des Etats. En quoi la situation a t-elle changé? L'être humain a t-il changé? La logique et les conditions auxquelles obéissent ce marché de la violence ont-elle changé? Je ne pointe pas du doigt le gros des individus qui vendent leurs services (mais ceux qui participent aux très nombreuses dérives ne sont pas une petite minorité, loin s'en faut), mais la nature même de l'activité, les sociétés qui s'y livrent, leurs méthodes, leur lobbying et la faiblesse des politiques qui laissent faire quand ils ne sont pas achetés. Rien que le débat au Congrès US sur le saucissonnage des contrats opéré par la Maison Blanche pour contourner tout débat est révélateur. Et la façon dont le débat sur les coûts est faussé est souvent écoeurante: les soi-disants économies sont inexistantes à moyen terme au mieux. En revanche, l'impact sur les armées est réel: vampirisation des sous-offs, vétérans et opérateurs FS, coûts accrus de formation en raison du turn over plus élevé, pertes de compétences parfois opérationnelles, mauvaises habitudes offertes aux politiciens séduits par cette solution qui offre des économies de court terme et ne s'embarrasse pas d'un impact médiatique ou de contraintes juridiques et politiques trop pressantes.... Il y a des coûts dont les Etats ne doivent pas et ne peuvent pas s'affranchir. C'est une logique avec laquelle il ne faut pas commencer à composer.
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C'est vrai que quand l'essentiel des missions est de contrôler des endroits sur une base irrégulière, l'économie absolue des forces est la logique même. mais plus précisément, ce à quoi ce débat renvoie généralement, c'est à une éventuelle perte de mordant des troupes des pays développés, et à nombre de situations constatées où une section passe des heures à déloger un groupe de combattant, en attendant au final un appui aérien ou arti, ou des renforts massifs, quand un mouvement de flanc suffirait. Beaucoup de témoignages et polémiques voient des analystes ou des militaires évoquer une propension accrue à éviter ce genre de manoeuvres, façon pont de Vrbanja. Je ne me situe pas sur cette polémique, parce que je connais trop peu de faits confirmés, mais j'ai lu assez de témoignages pour me demander s'il y a ou non quelque chose là-dessous. On verrait ainsi des mouvements un peu osés devenir l'apanage des seules forces spéciales.
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est toujours des histoires de structures féodales/claniques/mafieuses, ffaites de patronages et de maîtrise des réseaux de relations de pouvoir et où les possibilités de coercition brutale et d'action en toute impunité (donnant priorité aux réseaux relationnels des milieux liés aux forces de sécurité) priment tout. En Tchétchénie, on est dans la version la moins sophistiquée de ce mode d'organisation, avec peu d'intermédiaires, des relations brutales, peu de tampons, et même pas une apparence de droit: le fait que le clan Kadyrov dispose d'une armée privée, véritable force d'un seigneur féodal (en fait une bande de voyous paramilitaires gardés en laisse), le souligne bien. Dans beaucoup de régions chinoises, il y a de facto une structure similaire, d'ailleurs encouragée par le pouvoir, mais elle est à un stade plus avancé, avec une apparence de règlementation, pas de forces privées et un accès au droit pour une partie privilégiée de la population. Et la Chine a eu plus de temps que la Russie (surtout sur ses franges) pour organiser son système: la Russie a du tout rebâtir depuis 1992. C'est pas très loin. Pour la Chine, regarde le droit et les méthodes pour tout ce qui concerne les masses de paysans expropriées sans compensation, les manières de contrainte appliquées à la main d'oeuvre, les manières de réprimer les très nombreux mouvements sociaux d'ouvriers et paysans désespérés.... Le cadre de droit théorique est très loin. il y a un stade indéfinissable où le droit et les procédures légales cessent d'être un prétexte, un rêve ou une plaisanterie, et où l'Etat de droit commence à apparaître. L'avantage d'un système idéologique ;). mais regarde plutôt dans la Chine des années 50, quand le système communiste a pris en main le territoire après la fin de la guerre civile. Tu trouveras des Kadyrovs: certains avec la bride sur le cou, c'est la brute mégalomane façon Kadyrov, d'autres tenus en laisse, et c'est le syndrôme du petit chef dans les régimes totalitaires. L'un comme l'autre ont quand même peu de comptes à rendre hors des résultats obtenus, aucune restriction sur les méthodes et rien pour les contrebalancer. Y'a des profils psy particuliers: le CV peut mentionner des trucs comme "sociopathe", "sadique", "mégalomane", "avide", "ambitieux", "brutal", "sans scrupule".... Ce sont des qualités professionnelles dans ce type de poste. Le pire des sous-genres de ce type de profil est l'idéologue: les Chinois en ont eu, mais plus près de nous, on pourrait mentionner des mecs comme Carrier à Nantes vers 1793-1794. -
Oui, mais je garde mon point: s'émerveiller de ce que les Brits envoient leurs troupes d'Irak en Afghanistan pour obtenir un contingent de 8-9000h est encore regarder l'affaire par le petit bout de la lorgnette. On pourrait aussi le faire si on dégageait de quelques autres théâtres. Mais les faits demeurent: cet engagement use les hommes, les organisations et le matos brit, ou le nôtre, à un rythme que nous ne soutenons pas come les Américains, pourtant eux aussi à la peine. Et surtout, cet engagement est équivalent à que dalle au regard de la seule grille d'analyse qui compte, à savoir la capacité à changer vraiment le cours des événements, l'aptitude de peser dans l'absolu. Hors, la capacité britannique n'est comme la nôtre que celle d'un sidekick, faut pas se leurrer. Pire encore, les modes d'organisations et les acquisitions d'urgence découlant à la fois de cette guerre et de cette position de supplétif impacteront gravement les outils militaires dans l'absolu et leur développement, comme je le souligne plus haut. Je crains qu'au-dessus du niveau tactique de base et de l'aguerrissement des fantassins et de certaines doctrines (tout n'est pas noir), rien ne progresse, et qu'on puisse même constater un recul. 20 hélicos de tous types, c'est pas une capacité stratégique à l'échelle de ce théâtre, et c'est pourtant un effort lourd pour les Brits en l'état des parcs. Maintenant, au niveau de l'histoire de l'appui aérien, je sais pas à quoi cette attitude est due: volonté politique d'éviter les pertes, économie des forces, pusillanimité accrue des armées occidentales face à des conceptions anciennes jugées trop généreuses en chair à canon, crainte d'un effet sur le recrutement de pertes plus nombreuses, authentique réflexion tactique fondée sur une analyse coût-efficacité, impératif plus conservateur entraîné par les impératifs des missions de contrôle de terrain (auquel cas on voit une logique dans les ratios supérieurs de pertes des SF).... Beaucoup de raisons sont possibles.
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Je n'emploierais pas le terme "d'héritier de société" dans ce cas: ça sonne trop Etat de droit et univers réglé. Il s'agit ici de vraies structures mafieuses/féodales issues de rapports de force brutaux, de prises de possession par le fait et la force et transmises de façon héréditaire comme apanage, non comme un héritage réglé par un quelconque rapport de vrai droit. La paperasse qu'il peut y avoir n'est qu'une formalité qu'on remplit pour se donner un air. Kadyrov est un fils à papa certes, mais dans le contexte d'une zone de non-droit brutale, sauvage, en état de guerre civile depuis bientôt 20 ans. C'est une brute issue d'un mode de vie brutal, pas uniquement un enfant gâté d'apparatchik ayant grandi dans un cocon. C'est un chef de bande; juste un voyou avec des moyens. Exprimer son amour de la boxe en s'affichant avec Tyson dans son mode post-carrière pitoyable (et en le payant) est juste révélateur :lol:. -
J'ajoute aussi à mon point précédent (le vrai, pas la déconne sur la tringlotte et sa remorque) cette mention dans l'article sur la propension des fantassins à se mettre à couvert et à appeler le soutien aérien. Je ne sais pas dans quelle mesure c'est vrai et je ne pointe pas l'armée britannique en particulier, mais c'est une remarque qu'on entend beaucoup ces temps-ci sur les armées occidentales, armée US comprise (c'est d'ailleurs savoureux de lire dans l'article que c'est un reproche adressé aux Brits par les Ricains, les USA étant justement le pays où ce sujet a été souvent soulevé).
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Ce sont des bandes mafieuses: ces glands ont du fric, et l'afficher fait autant partie de leur mentalité bling bling que d'une volonté bien claire d'affirmer leur puissance. Et puis ça épate toujours le bouseux avant de finir par le fâcher. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
La Russie a du repartir de quasi zéro au niveau organisation territoriale; elle en est encore au stade féodal, fondé sur le pouvoir effectif et le contrôle des ressources. Les gouverneurs ressemblent parfois plus à des satrappes. Dans certaines zones de franges dont la Tchétchénie est l'archétype, c'est encore plus reculé: c'est l'Europe occidentale au Vème siècle. C'est dans ce contexte que des animaux comme Kadyrov peuvent exister. Ils disparaîtront au fur et à mesure si ces zones peuvent être stabilisées et développées. mais vu le niveau actuel des crédits disponibles, c'est pas encore pour demain que ces chefs de bandes seront délogés. Dur d'établir un contrôle effectif sur un pays d'une telle taille et aussi faiblement peuplé. La géographie est sans appel. Des brutes restent des brutes; ce qu'ils peuvent espérer de mieux, c'est d'être utile à plus puissant qu'eux pendant un moment. Dès qu'ils auront passé ce moment d'utilité qui consiste à établir une autorité, si toutefois ils le font et s'ils ne se font pas flinguer en cours de route, Moscou les fera passer à la trappe. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
ils renforcent en se donnant des airs: ces mecs là travaillent le look à tout crin. je me rappelle d'un reportage sur Kadyrov jouant les padrones dans les bleds de Tchétchénie, toutes bagouzes dehors (plus que Séguéla) et bling bling au cou, posant comme le bon papa du coin avec cadeaux pour tous les religieux (une bagnole chacun, les clés dans chaque assiette de la grande tablée!). Ils ont un look pour chaque circonstance et ils roulent des mécaniques avec en se donnant plus d'apparence qu'ils ont de substance. Ce sont juste des brutes et des truands, soit le genre de salauds utiles dont un gouvernement peut avoir besoin dans ce genre de régions. Ces mecs là naissent avec une date de péremption rapide tatouée sur le front. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Pas spécifiquement: c'est de la realpolitik pure et dure, comme elle a toujours été pratiquée. Tu veux réétablir ton contrôle sur une zone de facto bordélique et sans structure, une zone pour ainsi dire sauvage, tu donnes d'abord le boulot à une ordure brutale et cupide avec des illusions de grandeur, un féodal avec les pleins pouvoirs et la bride sur le cou. Tu le laisses grandir et assurer son emprise façon étrangleur (ce genre de saloperie ne sait jamais faire autrement) jusqu'à ce qu'ils se croit intouchable (même les plus intelligents finissent par le croire, on le constate dans toute l'Histoire) et tu fais le bilan. S'il a créé une stabilité un tant soit peu solide et s'est même rendu un peu populaire malgré tout, tu le fait disparaître. S'il a créé cette même stabilité en se rendant impopulaire (cas probable), tu le flingues ostensiblement et apporte en grande pompe le secours et l'autorité douce de l'Etat/papa/maman. S'il a pas été foutu de réaliser cette stabilité malgré les moyens accordé en fric et en forces militaires (en plus de ses milices claniques), si la zone a continué à voir des luttes claniques façon féodalité ou que le clan au pouvoir s'est déchiré.... Ben tu liquides et t'essaies avec un autre. Et c'est pas tant que kadyrovv soit plus manipulable, mais c'est lui qui a le plus de pouvoir, de contrôle et de muscle là-bas. Rien de nouveau: les Brits faisaient ça avec des maharadjahs qu'ils faisaient et défaisaient à leur guise, on a fait ça avec les touaregs au Sahara, quelques monarques en Afrique noire ou les mandarins en Indo (sans parler de l'Afrique post coloniale), les Ricains avec quantité de chefs d'Etat au Moyen orient ou en amérique Latine. Et on peut remonter toute l'histoire ainsi jusqu'aux Héduens, à Hérode, à Cléopâtre ou les rois Numides pour les Romains et encore bien avant. A toutes les échelles et avec tous les titres, c'est toujours la même chose avec ce genre de tutelle. Les intendants de province de Richelieu et Louis XIII n'étaient rien d'autre face aux féodaux. Bon, il est vrai que tous ne sont pas des mafieux aussi répugnants que Kadyrov, mais il est très loin d'être sans précédent. -
Ca, les tringlots, d'où qu'ils soient, ils savent transporter des trucs et rester mobiles ;).
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N'oublions pas que l'un des principes de l'usage de l'armée est aussi son non usage, comme dissuasion immanente: plus tu as la capacité de projeter une force significative, plus on t'écoute et moins une partie des acteurs de la scène mondiale (essentiellement les Etats, ais aussi pas mal de groupes non étatiques) agira à tout bout de champ. Si la puissance américaine, et dans une certaine mesure otanienne, n'était pas ce qu'elle est, qui sait combien de guérillas, menaces d'une Etat à un autre, voire même de petites guerres ici et là, se dérouleraient? Le fait est que les moyens européens sont si limités que même le nombre somme toute réduit de situations exigeant une solution armée (réduit tout au moins par rapport à ce que ça pourrait être) est trop élevé pour nos moyens. S'il s'agit de l'Afghanistan spécifiquement, il y a de multiples raisons bien concrètes et foutrement justifiées pour stabiliser la région, je ne suis juste pas d'accord avec le modus operandi actuel. Mais il est vrai qu'elles sont mal expliquées. Dans et autour de l'Afghanistan se jouent: - le problème de l'héroïne: énorme, mondial, finançant des guérillas, des sécessionismes, des entités féodales dangereuses et une partie des groupes fondamentalistes islamistes. Sans compter bien sûr la monoculture du pavot empêchant le développement d'une économie afghane et les conséquences gigantesques des désastres de l'héro sur les pays consommateurs (l'occident bien sûr, mais aussi le Moyen Orient: les ravages de cettre drogue en Iran sont terribles et concernent à divers degrés près de 50% de la population iranienne, sans même compter l'instabilité dans l'est du pays) et des sommes d'argent criminel retirées de ce trafic et réinsérées dans l'économie mondiale. - l'instabilité de l'Asie Centrale: Ouzbékistan, Tadjikistan et Afghanistan sont des poudrières, à peine des Etats et concrètement des zones grises menaçant leurs voisins et où se jouent beaucoup plus que leur seule stabilité tant les conflits internes et les moyens de les financer font tache d'huile. L'Iran est en particulier très vulnérable dans sa partie est, la drogue n'étant pas la seule donnée du problème. Plus de 100 000 hommes (flics, soldats, paramilitaires) sont maintenus à grand frais par Téhéran dans cette partie est tant l'instabilité y est grande et tant la frontière avec l'Afghanistan est poreuse. - l'avenir du Pakistan: le gros problème à venir. Le pays ressemble de plus en plus à un failed states, et pas seulement dans la région tribale. Et il s'agit d'un pays nucléaire, pris dans un dangereux antagonisme avec l'Inde, avec qui plus est une armée pas forcément unie, surtout si l'Etat part à vau l'eau, et disposant de beaucoup de matos. - l'impact sur les routes commerciales de zones d'instabilité accrues, surtout si la Pakistan est aussi concerné: coût du transport en hausse, prix des assurances en plein boom, zones de ressources (Asie Centrale, Iran) menacées.... Pas engageant dans un contexte de crise économique. Et malgré tout ce qu'on dit et tout ce qu'il y a objectivement à dire, à notre niveau d'Européens, les bénefs de Total sont notre approvisionnement (tu veux voir ce qui se passerait sans eux?) et sont dans notre PIB. Et quoi qu'on en aie, et je sais que sur le plan moral, c'est indéfendable, si Total se barrait, il serait remplacé par un autre faisant la même chose ou pire. On ne peut pas réfléchir hors de ce cadre à moins que toutes les nations du monde se rassemblent pour décider d'être gentilles ensembles. Une armée pro n'a jamais été autre chose; si tu trouves dans l'histoire une armée pro où les 3/4 des effectifs étaient là par vocation militaire, tu me fais signe. Et l'armée pro reste un engagement sans mensonge de ce côté: ça reste le seul métier où le patron a objectivement le droit de t'ordonner d'aller mourir. Le reste n'est que pour satisfaire sa propre conscience. Là on est sur le cas anglais et européen dans ce topic (parce qu'en fait ils sont analogues): le fait est qu'on a des armées pro et qu'elles sont faites pour être employées. On a des intérêts, pas tous purement égoïstes (sécurité des routes commerciales, stabilité régionale même relative, lutte contre les trafics de came), et on doit les faire valoir (sinon d'autres le feront et on ne pourra que le payer: impact économique, chomedu....). Si on ne l'emploie pas, mieux vaut ne pas avoir d'armée du tout, renoncer à toute politique extérieure et à tout allié (dès que tu as un allié, tu dois disposer de la capacité à aller l'assister ou agir dans un intérêt commun, sinon ce n'est qu'une alliance de papier), consacrer le fric à autre chose, avoir au mieux une armée de conscription pour la seule défense du territoire, ne pas avoir d'industrie d'armement donc d'autonomie stratégique (à moins d'être eprêt à la subventionner à mort comme au japon) et perdre une foultitude de marchés, d'opportunités et de capacité à maîtriser son propre destin et à impulser une marque qu'on pense positive à la marche du monde. Le cas de l'armée britannique est emblématique: étant l'armée la plus projetable d'Europe, elle représente pourtant l'absolue impuissance des pays européens. Malgré ses efforts, ses moyens et son professionalisme, l'armée anglaise, comme la nôtre (les différences entre les deux sont marginales) est très loin de toute capacité de peser véritablement sur des situations importantes, et on doute de plus en plus de sa capacité à assumer une situation seule, tant en quantité qu'en qualité (manque de certaines capacités). C'est avant tout une question de masse critique: si on ne peut entretenir des forces projetées très importantes à l'année (et encore plus quand on parle de situations contre-insurrectionnelles et de failed states consommateurs en volumes de forces), on ne pèse pas. Alors on peut gloser de l'acquisition de 100 ou 150 BVs10 ou Broncos, de 200 ou 230 MRAP, de 300 kits anti-IED ou de 1800 nouveaus fusils d'assaut-top-moumoute, s'émerveiller de la bravoure de tel ou tel bataillon, du sacrifice de telle ou telle section, du professionalisme de tel ou tel escadron d'attaque ou encore des actions merveilleuses de tel ou tel troop du SAS, c'est pas ça qui pèse dans la balance ni ne changera le cours des événements. C'est l'arbre qui cache la forêt et accapare 99% de l'attention de tous les war buffs des forums de défense et des médias. Et gare à qui minimise l'action des ces petits contingents: c'est un traître, un con, un ignare ou un jaloux. Mais en attendantle fait reste et demeure que même l'engagement britannique en Afghanistan, pourtant le plus important d'Europe, ne pèse que très marginalement et qu'il use les capacités militaires britanniques à vitesse grand V avec un remplacement des obsolescences et usures incomplet et insuffisant. C'est très bien de consacrer des moyens d'urgence et de vampiriser les fonds d'investissement pour acquérir les matos adaptés pour les bataillons projetés, mais à quoi ressembleront les parcs matériels et unités dans 6 ou 7 ans? A un vaste assemblage très hétéroclite et en moyenne très usé de quarts de séries dépareillés sans conception d'ensemble, un renouvellement quasi nul des concepts au-dessus du niveau de la petite tactique (là c'est sûr, l'Afghanistan fait du bien à nos forces et à celles des Anglais), une multiplicité de sous-formations ultra spécialisées.... Et au global peu de cohérence et une capacité très limitée à faire une guerre classique, mission première de toute armée. Les grands programmes d'armement auront été vampirisés, limités, concentrés et/ou réduits en nombre, entamant la cohérence déjà douteuse des concepts, et donc des capacités. Et cela pourquoi? Parce que ce conflit a traîné en longueur sans cohésion, sans stratégie et sans moyens décisifs, malgré des débuts prometteurs et des engagements qui auraient pu payer si le conflit irakien n'avait pas tout pompé; pourquoi? Parce que ni nous ni les Anglais ne pouvons peser sur la décision, et que face à ce constat, on fait ce qu'on a fait depuis 1956: les Anglais restent dans le "if you can't beat them join them" (avec en plus une dimension idéologique alors inquiétante chez Tony Blair), et nous restons dans le "les Ricains déconnent et on les emmerde" sans chercher à changer quoi que ce soit. Si on veut discuter des nouvelles de la British Army, on peut le faire en énumérant encore et toujours les nouvelles de commandes de quelques centaines de jeeps blindées ou de quelques systèmes spécialisés, de l'envoi d'une batterie d'artillerie dans le sud afghan ou du retard du choix du véhicule FRES, mais c'est regarder l'arbre avant de constater l'existence de la forêt (comme pour tout constat sur l'armée française d'ailleurs). Il y a un cadre dans lequel ça s'inscrit, et une logique qui en découle.
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C'est vrai Chaps; je pointais en fait plus le fait que Will avait bien souligné que l'article était infiniment plus sur l'orientation générale de l'action armée des brits que sur les problèmes matériels et humains des armées par ailleurs très bien connus et documentés depuis plusieurs années. J'ai fait une mauvaise liaison: mal exprimé, my bad. Mais mon point reste: on dilue souvent le débat pour ou contre la guerre en Afghanistan, sommes-nous les caniches des USA.... Sous le couvert des actions particulières des petits groupes tactiques sur le terrain (bravoure, sacrifice, approbation ou non du mâitre américain avec une tape sur le dos....) ou des diverses polémiques que les équipements et les effectifs. Or tant qu'on se prend à comparer nos engagements respectifs dans des arguties invraissemblables pour savoir si on met 200 ou 300 bonshommes de plus, voire une brigade, on joue le jeu américain. C'est en ce sens que je suis en désaccord avec Will: ni les Anglais ni nous ni les Allemands ou aucun autre membre de l'ISAF ne prends vraiment de décisions avant tout fondées sur ses intérêts. Le leadership américain est trop fort et fausse trop le questionnement. Mais après ça, crois-je qu'il faille agir en Afghanistan et autour? Oui, mais pas comme c'est le cas actuellement, car la direction américaine pèse tout simplement de façon trop absolue: c'est pas avec 6, 7 ou 8000h que les Britanniques vont influer sur les décisions, et encore moins avec 3 ou 4000 que nous allons le faire, surtout que les Brits et nous avons une part encore plus faible des moyens véritablement stratégiques (airlift, airpower, C4ISR, moyens satellitaires, drones....). Je suis pas euro-déiste, mais si au moins on avait une position commune dans un contingent européen unique (même avec une répartition interne des tâches), on serait déjà un peu moins ridicules. J'emploie le terme ridicule à dessein pour souligner mon point: si on était sur un forum type WAFF, j'aurais déjà sur le dos les néerlandais, anglais, canadiens et australiens hurlant la bravoure de leurs quelques centaines de soldats et leurs quelques dizaines de morts pour montrer à quel point leur contribution est considérable et pas ridicule. Je sais bien et j'ai déjà dit plus haut que je ne remettais pas en cause les soldats: ce sont des pros, ils font ce qu'on leur dit de faire et ils le font généralement bien. Mais répliquer par les anecdotes de bravoure et d'efficacité du niveau tactique n'est pas un argument pour contester la réalité stratégique. De même, je sais bien que 8000h en Afghanistan à l'année, c'est un effort considérable pour les Brits après 8 ans de projection assez lourde. Mais de la même façon, 8000h, c'est pas grand-chose au regard du conflit, des enjeux et de l'engagement américain. Pour faire une analogie, je dirais que le fermier qui a bien élevé ses 5 vaches peut être content de les voir belles, saines et grosses; mais la réalité la plus évidente est que c'est quand même pas ses 5 vaches qui vont changer le cours mondial (ou même seulement régional) du lait ou de la viande bovine.
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La politique étrangère et de défense selon Sarkozy
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Tu sais très bien que je préfèrerais un vrai Topol dans la gueule. Surtout que ce soir, je me suis bricolé une sauce monstrueuse pour des vraies bonnes pâtes: y'a une quantité d'ail, d'oignons et de chair de vraies tomates à faire dégueuler un Sicilien ;)! Mais cette conversation (sur les adjectifs fleuris contre le personnel politique) me rappelle une vieille citation: "ce mec est un con, et je le dis au sens péjoratif du mot". A méditer :lol:. -
La politique étrangère et de défense selon Sarkozy
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Je dois éviter d'employer le mot "communicant" ;)? C'est vrai que je l'emploie de façon très péjorative :lol:. -
La politique étrangère et de défense selon Sarkozy
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Chuis pas sûr qu'elle soit tellement pire, au final :lol:. Les deux sont des communicants. -
La politique étrangère et de défense selon Sarkozy
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
:lol: :lol: :lol:Akhilleus, le problème, c'est précisément que la politique étrangère de Sarko se résume à ses discours grandiloquents; en ce sens, il EST la politique étrangère puisque la parole du Chef de l'Etat est censée être un engagement. Alors il cause beaucoup, il reste dans le registre de l'hyperbole permanente et du "big talk" sorti droit de séries américaines et de sa mentalité de pubard, mais question action et moyens d'action, on constate dans les faits une assez faible prparation de l'avenir. Si la programmation militaire reflétait une montée en puissance, j'accepterais sans sourciller le "big talk" comme une promesse d'avenir et un engagement un peu anticipé. Et je ne parle pas de faire plus que feu le plan d'armées 2015: il ya beaucoup de façons d'avoir un corps de bataille de 60 000h tel que le nôtre, mais les acquisitions de matériels dimensionnants (hélicos, bâtiments de soutien....) n'indiquent pas que le gouvernement entende doter la France des moyens d'engager plusieurs opérations importantes en même temps ou d'envoyer et de soutenir deux gros corps de bataille en même temps. Le soutien et les acquisitions de matos dimensionnants sont révélateurs. Alors oui le renseignement sera bon, mais après? De facto, les moyens permettront un déploiement massif non renouvelable, de toute façon lié à des circonstances exceptionnelles. Mais quid, par exemple, de l'équivalent de 15 000 hommes sur un théâtre à l'année et de quelques opérations mineures? Ou de deux déploiements de 5-6000h plus quelques opérations mineures? On y croit peu, ou alors pas avant 2020, quand le parc hélico sera un peu significatif en terme de disponibilité. Et je ne parle même pas des questions de disponibilité des personnels ou d'entraînement, du recrutement, et moins encore de la trop lente amélioration des stocks de munitions et de pièces détachées. Tout est révélateur d'une faible volonté de pouvoir disposer de beaucoup de forces à un instant donné sur 2, 3 ou 4 théâtres. De même, je doute de la capacité, du moins dans un proche avenir, de pouvoir envoyer un seul gros corps expéditionnaire capable de s'assumer dans tous les domaines et de mener une guerre classique loin des frontières, pas tant en raison de quelques gaps capacitaires (domaine AA, mais surtout capacités antiradar) ou de l'affaiblissement de certaines armes (artillerie) qu'au niveau du dimensionnement du soutien, que ce soit dans le train et plus encore dans capacité de transport stratégique (maritime et aérienne). Sans compter la faible réflexion et surtout les faibles capacités développées pour organiser des actions civilo-militaires de reconstruction et développement à grande échelle, clé des solutions à des situations de guerre insurrectionnelle. Les moyens de la politique extérieure restent encore liés avant tout à la capacité militaire, à la capacité d'engagement, qui plus est avec un outil disposant d'un spectre de possibilités de plus en plus large et ce à une grande échelle. Les autres aspects de la puissance, qu'il s'agisse du soft power, de l'importance dans l'offre ou la demande de tel ou tel secteur, ou de la puissance financière (diplomatie du chéquier) sont importantes, mais ne compensent pas le manque de puissance militaire, surtout quand on parle des dangers tournant autour des failed/failing states, des techno-guérillas, de la piraterie ou des risques de conflagrations classiques encore bien réels. Or pour toutes ces situations, Sarko ne semble pas vouloir mettre les moyens derrière les mots. Et la rentrée dans l'OTAN sous le prétexte de constituer une défense européenne (comme si les Atlantistes allaient cesser de l'être) n'indique pas une volonté de faire autre chose que jouer le jeu américain. Je repense toujours à un fait bien connu et évoqué par Chauprade après son renvoi, à savoir que beaucoup de documents gouvernementaux se retrouvent le jour même de leur impression sur un bureau américain. Dans tous les pays européens, on a des élites castrées par la coca-colonisation et incapables de penser l'Europe hors de l'orbite américaine. Mentalité de colonisé. Et quand on a un peu parlé avec un mec comme Lellouche (ce que j'ai fait, il y a bien longtemps, dans une galaxie très, très lointaine), on se rend compte à quel point ils ont des oeillères greffées à la tronche et de l'idéologie incrustées dans le crâne. Je hais ces atlantistes/monétaristes qui se disent pragmatiques, balançant à tout va que leur méthode et leurs solutions sont la simple logique et qu'il n'y a pas le choix. Ca ne reflète que leur hypocrisie ou plus généralement des limites mentales très certaines. La quintessence en fut lé déclaration de Tony Blair comme quoi il n'y avait pas des politique économique de tel ou tel type, mais une bonne et une mauvaise politique: le fin du fin du carcan mental et de l'hypocrisie dans l'artifice sémantique. Et sa justification des efforts dans la "Global War on Terror" était du même acabit. Et le pire, c'est qu'après ça c'est nous les donneurs de leçons arrogants!!!! -
You point it with a needle, Will. Chaque fois que je vois des articles sur des soldats opérant dans le sud (généralement US, Anglais, Australiens, Canadiens ou Néerlandais), je vois une série d'accusations sur les autres pays qui n'en font pas assez. Et ces accusations sont accompagnées de quantités de petits chiffres et d'anecdotes sur les magnifiques faits d'armes de tel ou tel ou les morts à déplorer de chacun. Et j'arrive pas à voir ça autrement que comme une course à l'échalotte pour faire plaisir aux Américains: faut se sortir les doigts des yeux, aucun pays européen, Angleterre comprise, n'aligne des effectifs stratégiquement significatifs par rapport aux USA. Et avec les 30 000 gusses supplémentaires du Surge made in Obama style, le rapport sera encore plus ridicule. Bien sûr, les soldats se comportent bien, comme on peut l'attendre de professionnels, et ils ne sont pas ridicules au niveau du combat, mais dans l'absolu, même 8000 britanniques, c'est tout simplement très petit autant par rapport au théâtre d'opérations et au conflit que par rapport au niveau d'engagement américain. Mais le plus grave, c'est que tous, européens, australiens, canadiens et autres, nous avons l'impression de devoir fournir des excuses aux Américains pour ne pas mettre toutes nos armées à leur service sans même avoir de mot à dire sur la stratégie globale ou la façon de les employer. Et si jamais nous envoyions autant d'hommes qu'ils le veulent et qu'on avait voix au chapitre, le fait est que ça resterait dans le cadre d'un conflit dont ils ont décidé la nature depuis 8 ans. Et on voit tous les alliés se lancer des anathèmes pour montrer à quel point ils font mieux (à leur toute petite échelle) et à quel point ils sont de bons alliés des USA: de vrais toutous faisant le beau et agitant la queue! Conclusion: nos élites dirigeantes ont une vraie mentalité de colonisés. A titre personnel, jen pense fondamentalement qu'il y a un problème à résoudre en Afghanistan et autour, et que la solution passe, entre autre chose, par des moyens militaires importants. Mais pas comme ça.
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[Forces spéciales] Leur place dans nos armées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de max dans Forces spéciales et clandestines
Je n'ai pas pris les bataillons français dans leur ensemble, si je l'avais fait, le RPIMA et le 13 représenteraient plus de 2000 hommes à eux seuls. Et je ne compterais pas que l'effectif des commandos marine mais tout ce qui les entoure directement et qui inclue un bon nombre de personnels qualifiés commandos. Je ne parle que de l'effectif combattant directement disponible: le reste est moins facilement évaluable dans ces unités extrêmement encadrées où l'effectif dispo représente rarement plus du tiers de l'effectif total. -
[Forces spéciales] Leur place dans nos armées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de max dans Forces spéciales et clandestines
Pour être précis, l'effectif purement action (j'écarte les groupes de soutiens divers et les unités hélicos et avions) des forces spéciales US au sens où nous (Français et Anglais) l'entendons (cherchez pas, je prends que l'équivalent du 1er cercle du COS): - pour l'Army: les Special Forces/Green berets (autour de 3500 opérateurs, mais l'effectif va s'accroître d'un tiers), la Delta Force (plus petite que le 22 SAS ou le RPIMA, soit autour de 150-200 opérateurs) et le 75ème Rangers (3 bataillons, autour de 2000h) - pour la Navy: les Seals (un peu moins de 1000 opérateurs) et le DEVGRU (le top des SEALS comme la Delta est le top des Special Forces: autour de 120-150 opérateurs) - pour l'Air Force: les Combat Control Teams (en fait, l'équivalent du CPA 10 avant qu'il n'élargisse son panel; autour de 300h) - pour les Marines: le MARSOC (650 opérateurs environs) et les 3 Cies de Force Recon (environs 200 opérateurs en tout) Et encore, selon nos critères, le 75ème Rangers n'est pas vraiment une unité spéciale (sauf ses compagnies de pathfinders). Mais le total en l'état tourne autour de 8000h. A comparer avec nos 1800 opérateurs (effectifs combattants du 1er RPIMA, du 13, du CPA 10 et des Cdos Marine): le décalage n'est pas si grand et respecte plutôt les proportions des forces. Et encore, j'écarte le service action de la DGSE, autrement plus fourni que les paramilitaires de la CIA. Ceci dit, nos SF ne manquent pas d'expérience, faut pas caricaturer. Et le gain d'expérience des forces US a été tempéré par le gigantesque drain opéré par les PMC ces dernières années, très impactant sur les SF américaines. -
La question est aussi que s'équiper d'un tel matériel russe est aussi une question de dépendance technique vis-à-vis de la Russie avec qui la stabilité des relations politiques est incertaine dans les années à venir: sans qu'il y ait de vrai risque de guerre, des coups de pute mutuels sont prévisibles, à une heure où nos dirigeants ont aiguillé la France vers un Atlantisme très net. Donc faut vraiment voir sur quoi on peut compter dans un éventuel deal Mimile: si on peut obtenir la capacité de produire les pièces détachées, toute inquiétude est écartée.
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Jamais joué dans des convetions ou des tournois, ça m'intéresse pas du tout (quand il faut commencer à faire des efforts....). L'alliance à 2+1 (l'Ottoman, on l'a poutré après avoir trucidé ceux du milieu et les rosbifs :lol:) s'est faite en cours de jeu: l'accord franco-russe s'est fait dès le premier tour, en fait de façon très ingénue, le côté "on est loin, si on doit se friter, ce sera à la toute fin, et en attendant, un accord sûr est un putain d'atout".... Ce genre d'arguments qui passent vite. Mais je m'insurge: les petits papiers, c'est fabuleux pour effectivement faire du business avec d'autres que pour, encore plus, faire gloser et leurrer les autres. Si tu donnes 3 petits papiers à 3 gars, dont un seul a une propale réelle (voire aucun des 3), les 4 autres se posent encore plus de questions. Il faut faire encore plus de fausses négos que de vraies: la déception, la feinte, les apparences, ça compte et c'est redoutablement efficace quand le niveau de paranoia est à maturité. Et bien spur, il y a l'arme la plus jouissive de tout Diplomacy: la trahison pure et dure, le coup de poignard dans le dos. C'est rare, ça doit se signer, se peaufiner, se planifier et se mettre en oeuvre. Contrairement aux clichés sur le jeu, c'est con de trahir souvent: il faut créer la confiance avec 2-3 autres acteurs en sachant pertinemment qu'on en trahira un en cours de partie. Les 2 autres, c'est à la fin, quand c'est purement chacun pour soi entre les survivants, et c'est plus de la trahison, tout le monde sait ce qu'il en est. Mais celui qu'on plante dans le fion (parfois 2, mais c'est presque impossible parce qu'il faut bien s'en mettre 1 ou 2 autres dans la fouille pour faire ça: son ou ses alliés "solides" et un adversaire de la victime, mais pas un qu'on a en commun), celui-là on le soigne bien, et il est jouissif. Le seul autre presque aussi jouissif, c'est l'adversaire principal qu'on a depuis le début de la partie (France-Allemagne est le cliché absolu) et qu'on accule lentement: là, c'est de la stratégie pure et dure. Aucun des deux n'est dupe, donc la négo est de toute façon sans grand espoir, personne n'aura confiance. En jouant la France puis l'Allemagne, j'ai essayé de voir à chaque fois s'il était fondamentalement possible de s'entendre en un noyau dur et de rayonner chacun dans des axes divergents (j'avais envie de bouffer du rosbif peu de temps après l'entrée de jeu :lol:). Rigoureusement impossible à moins que l'autre gars soit un bon pote (ou une bonne poire), mais c'est du niveau de l'entente avant le jeu, donc pas fun. Y'a des logiques géographiques qui marchent aussi bien en vrai que dans ce jeu. Et la répartition des régions y pousse grave. Il est bizarre de constater qu'un conflit France-Italie a peu de chances de se produire dans la première moitié de partie, de même qu'un conflit France-Angleterre: les zones d'expansion logiques l'empêchent (ça reste possible, mais y'a des axes naturels, et aller contre eux est souvent contre-productif à terme). La frontière franco-Italienne est par exemple facilement verrouillée. De la même façon, alors qu'ils sont collés, j'ai rarement vu l'Autrichien et l'Allemand se foutre dessus dans un premier temps ou la France et l'Autriche s'entendre, alors que dans le jeu, y'a pas plus de logique pour l'Allemand à s'opposer à la France ou à l'Autriche. Pour le côté opérationnel, on a l'habitude de timer (avec un réveil à la sonnerie immonde :lol:) 10 minutes de négo et 5 minutes de rédaction d'ordres. Mon genre de petits papiers est en langage quasi sms, enfin du langage Diplo ;) (une petite phrase et, pour une proposition d'un ou quelques coups communs, une ligne d'ordres tels qu'on les rédige). Ca va vite. Mais comme pour les ordres, c'est un coup à prendre et une langue à pratiquer: quand on est bien chaud, les ordres, même en fin de partie si on a plein de territoires et d'armées, ça se rédige en 2 minutes.