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Guerre civile en Syrie


Messages recommandés

il y a 17 minutes, Joab a dit :

Je pense que tu ne m'as pas lu ou alors, tu ne m'as pas compris. Je dis que la violence contre les civils a été au départ le fait de leurs voisins dans des villages et des villes mixtes. Il n'y pas de villes ou villages mixtes à Gaza ou dans le territoire israélien l'entourant. La violence contre les civils israéliens a été le fait de gazaouis qui ne les connaissaient ni d'Eve ni d'Adam.

ça me fait penser à un proverbe vietnamien ou chinois, qui dit "on ne mange pas son chien, on mange celui du voisin"

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https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/13/massacres-en-syrie-on-decouvre-peu-a-peu-ce-qu-il-s-est-passe-ca-a-ete-un-massacre_6580124_3210.html

La communauté alaouite de Baniyas, en Syrie, raconte l’enfer et compte ses morts : « Les survivants, ce sont ceux que les familles sunnites ont cachés »

Dans le quartier d’Al-Qoussour, les habitants tentent de revenir à la vie après avoir vu leurs proches et voisins exécutés lors des massacres menés par différentes factions entre le 6 et le 9 mars.

Au pied d’un immeuble du quartier d’Al-Qoussour, dans la ville côtière syrienne de Baniyas, une dizaine d’hommes sont attroupés autour d’un voisin. Ce dernier mime une exécution sommaire, l’une des nombreuses qui ont ensanglanté le quartier alaouite entre le 6 et le 9 mars. Al-Qoussour revient lentement à la vie, mercredi 12 mars. Les survivants rentrent, rassurés par le retrait des factions islamistes sunnites accusées des massacres et par le redéploiement des forces de la sûreté générale, la police paramilitaire de Hayat Tahrir Al-Cham (HTC). Ils découvrent l’ampleur des tueries. Chacun raconte l’enfer qu’il a vécu. Ensemble, ils comptent les morts.

Chaque immeuble renferme sa propre tragédie. Au pied même du bâtiment où le petit groupe est attroupé, un vieil homme atteint d’un cancer a été exécuté de sang-froid. Son fils et trois de ses voisins ont été tués d’une balle dans la tête sur le toit de l’immeuble, où ils s’étaient réfugiés. Sur les photos qu’Oum Fadi (les noms ont été modifiés par souci de sécurité) a prises, son mari et son fils, âgés de 69 ans et 38 ans, baignent dans leur sang. Leurs corps contorsionnés montrent qu’ils étaient agenouillés lors de l’exécution.

Le calvaire de cette famille alaouite – une branche dissidente du chiisme – s’est déroulé en plusieurs actes. Il y a d’abord eu, jeudi 6 mars au soir, le bruit sourd des combats entre les hommes de la sûreté générale et les partisans du président déchu, Bachar Al-Assad, lui-même alaouite, à plusieurs endroits de cette ville où coexistent alaouites, ismaéliens, sunnites et chrétiens. Les habitants d’Al-Qoussour réfutent avoir offert un quelconque soutien aux rebelles alaouites. Ces derniers ont été chassés à l’aube, sous les tirs d’artillerie et les roquettes.

L’incident semblait clos quand, vendredi matin, des factions islamistes rattachées au ministère de la défense, des djihadistes étrangers et des locaux en armes ont investi le quartier. Ils ont dévalisé les magasins, puis ont pénétré dans les immeubles. « Ils ont tambouriné à la porte. On leur a ouvert. Ils étaient huit, des Syriens en treillis. Ils ont dit chercher des armes. Nous n’en avions pas. Ils m’ont demandé d’enlever mon alliance et à mon mari de vider ses poches. Il avait les clés de sa voiture. Ils les ont prises », raconte Oum Fadi, endeuillée, les traits tirés.

« On attendait notre tour »

Le soir, un autre groupe s’est présenté à leur porte. « C’étaient des Ouïgours. Ils ne parlaient pas bien l’arabe. Leur principal but était de voler, mais nous n’avions rien à leur donner. Ils sont partis chez la voisine », poursuit-elle. La famille pensait la menace éloignée. Le samedi matin est venu un autre groupe. « Il y avait sept Tchétchènes, dont le chef avec une longue barbe et un qamis [longue tunique traditionnelle, à manches longues ou courtes, portée par certains hommes de religion musulmane], accompagnés d’un Syrien. Ils nous ont demandé si nous étions alaouites ou sunnites. Ils ont prétendu chercher des armes. Ils ont demandé à mon fils et à mon mari de les accompagner pour fouiller le toit. Quand j’ai entendu les tirs, j’ai su qu’ils étaient morts et j’ai crié », raconte Oum Fadi.

...

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https://www.theamericanconservative.com/the-u-s-and-russia-come-together-on-syria/ (11 mars 2025)

Ce qui rend la déclaration de Rubio si remarquable, c'est que, pour la première fois depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, la position des États-Unis est alignée sur celle de la Russie. Ce qui est encore plus remarquable, c'est que Washington et Moscou se sont mis d'accord pour demander une action du Conseil de sécurité. L'organe de l'ONU était auparavant le théâtre d'une intense rivalité entre les États-Unis et la Russie sur la Syrie, Washington faisant pression pour un changement de régime à Damas et Moscou opposant son veto à toute action en ce sens.

Le fait que les États-Unis et la Russie semblent désormais prêts à coopérer sur la Syrie est une première indication que l'apaisement des tensions - initié par l'appel du président Donald Trump à son homologue russe Vladimir Poutine - porte déjà ses fruits. Comme l'a fait remarquer Almut Rochowanski de l'Institut Quincy sur X, « Lorsque vous avez les prémices d'une détente, des institutions comme le Conseil de sécurité sont décongelées et redeviennent tout à coup fonctionnelles. »

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Le 11/03/2025 à 15:15, Joab a dit :

La violence contre les civils israéliens a été le fait de gazaouis qui ne les connaissaient ni d'Eve ni d'Adam.

Cette phrase marche peut-être dans l'autre sens aussi, non ? « La violence contre les civils gazaouites... »

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Il y a 1 heure, Wallaby a dit :

https://www.theamericanconservative.com/the-u-s-and-russia-come-together-on-syria/ (11 mars 2025)

Ce qui rend la déclaration de Rubio si remarquable, c'est que, pour la première fois depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, la position des États-Unis est alignée sur celle de la Russie. Ce qui est encore plus remarquable, c'est que Washington et Moscou se sont mis d'accord pour demander une action du Conseil de sécurité. L'organe de l'ONU était auparavant le théâtre d'une intense rivalité entre les États-Unis et la Russie sur la Syrie, Washington faisant pression pour un changement de régime à Damas et Moscou opposant son veto à toute action en ce sens.

Le fait que les États-Unis et la Russie semblent désormais prêts à coopérer sur la Syrie est une première indication que l'apaisement des tensions - initié par l'appel du président Donald Trump à son homologue russe Vladimir Poutine - porte déjà ses fruits. Comme l'a fait remarquer Almut Rochowanski de l'Institut Quincy sur X, « Lorsque vous avez les prémices d'une détente, des institutions comme le Conseil de sécurité sont décongelées et redeviennent tout à coup fonctionnelles. »

C'est vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué de telles déclarations!
La Russie est impliquée à mort dans le soutien de l'ancien dictateur déchu, lis pensent que la population victime ne s'en souviendra plus ?
La paix avec ces deux là VP et Trump, c'est un conte pour enfants!

Modifié par MIC_A
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Il y a 1 heure, Wallaby a dit :

https://www.theamericanconservative.com/the-u-s-and-russia-come-together-on-syria/ (11 mars 2025)

Ce qui rend la déclaration de Rubio si remarquable, c'est que, pour la première fois depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, la position des États-Unis est alignée sur celle de la Russie. Ce qui est encore plus remarquable, c'est que Washington et Moscou se sont mis d'accord pour demander une action du Conseil de sécurité. L'organe de l'ONU était auparavant le théâtre d'une intense rivalité entre les États-Unis et la Russie sur la Syrie, Washington faisant pression pour un changement de régime à Damas et Moscou opposant son veto à toute action en ce sens.

Le fait que les États-Unis et la Russie semblent désormais prêts à coopérer sur la Syrie est une première indication que l'apaisement des tensions - initié par l'appel du président Donald Trump à son homologue russe Vladimir Poutine - porte déjà ses fruits. Comme l'a fait remarquer Almut Rochowanski de l'Institut Quincy sur X, « Lorsque vous avez les prémices d'une détente, des institutions comme le Conseil de sécurité sont décongelées et redeviennent tout à coup fonctionnelles. »

C'est vraiment se moquer du monde. Ils ont cassé la machine et maintenant, il faudrait les remercier qu'ils essaient de la remettre en marche ?

Quant à parler d'apaisement des tensions, parlons plutôt d'alignement complet de Washington sur Moscou. Pour un résultat nul.

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En Syrie, le cycle infernal de la vengeance : « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté »

ReportageAprès les tueries visant la communauté alaouite, et alors que Damas a fait de la concorde sa priorité, la société syrienne peine à s’extraire des crimes du passé.

Pressentiment ou menace ? Un mois avant les tueries de masse perpétrées par des milices hors de contrôle, ciblant la minorité alaouite dont est issu le président déchu, Bachar Al-Assad, les tensions communautaires étaient déjà palpables dans cette région du littoral syrien, considérée de longue date comme le bastion de l’ancien régime. « Si rien ne change, cela va se terminer en guerre civile, les gens de la région vont prendre les armes ! », avertissait avec colère un quadragénaire de confession alaouite, rencontré, début février, à Baniyas. Dans cette ville portuaire, située à 280 kilomètres au nord-ouest de Damas, cohabitent deux communautés qui ne se mélangent jamais. Les sunnites vivent dans les quartiers sud, les alaouites dans ceux du nord : environ 50 000 habitants que sépare un rond-point, entre une centrale électrique et une raffinerie de pétrole marquant les extrémités de la ville.

L’homme, « employé dans le secteur de l’énergie », dénonçait alors les purges menées au sein de l’administration par les nouvelles autorités et qui, selon lui, visent exclusivement les membres de sa communauté. Il pestait contre la dissolution de l’armée d’Al-Assad, « qui plonge dans la misère des dizaines de milliers de familles », les anciens militaires se trouvant privés de leur solde. Il redoutait l’instauration de la charia par les nouveaux maîtres islamistes du pays et des « représailles massives » contre des Syriens de confession alaouite, une branche dissidente de l’islam chiite.

Lui-même, jurait-il, n’a jamais collaboré avec les services de sécurité du président déchu, responsables de milliers de morts – principalement des sunnites – dans la région, lors de la répression du soulèvement de 2011 et dans les années de guerre civile qui ont suivi. « La seule chose que l’on peut me reprocher, estimait-il, c’est de m’être tu. Mais qui n’a pas gardé le silence durant cette période ? »

Un mois plus tard, le 6 mars, des partisans de l’ancien régime lourdement armés lançaient des attaques coordonnées contre plusieurs positions des nouvelles autorités syriennes, faisant une centaine de morts parmi les forces du gouvernement d’Ahmed Al-Charaa. A Baniyas, les assaillants ont tenté de s’emparer de la raffinerie, avant d’être repoussés. En représailles, les 7 et 8 mars, des centaines d’hommes accourus du village voisin de Baïda et de miliciens islamistes radicaux ont déferlé sur les quartiers alaouites de la ville. Une centaine de civils y ont été exécutés, dans les rues ou dans leurs maisons, selon une liste de victimes établie localement. En trois jours, dans la région côtière, des combats ont fait plus de 1 300 morts, dont au moins 800 civils, selon un bilan provisoire.

...

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/16/en-syrie-le-cycle-infernal-de-la-vengeance_6581784_3210.html

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Il y a 7 heures, MIC_A a dit :

La Russie est impliquée à mort dans le soutien de l'ancien dictateur déchu, lis pensent que la population victime ne s'en souviendra plus ?
La paix avec ces deux là VP et Trump, c'est un conte pour enfants!

La paix a bien peu à voir avec Trump et VP, mais d'abord avec les Syriens eux-mêmes et ensuite les voisins Turc et Israélien. 
Quant aux Russes ils ont toujours eu un canal de dialogue avec les rebelles (le centre de réconciliation). 

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il y a 51 minutes, gustave a dit :

Quant aux Russes ils ont toujours eu un canal de dialogue avec les rebelles (le centre de réconciliation). 

Dans ce bordel, un "dialogue" avec le canal rebelle, lequel ?
La technique sur la fin de manger à deux râteliers quand les mouches commencent à changent d'ânes, de vrais opportunistes qui se feront dégager comme les autres !

 

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il y a 2 minutes, MIC_A a dit :

Dans ce bordel, un "dialogue" avec le canal rebelle, lequel ?
La technique sur la fin de manger à deux râteliers quand les mouches commencent à changent d'ânes, de vrais opportunistes qui se feront dégager comme les autres !

 

Ils ont monté dès leur déploiement un centre de "réconciliation" où se croisaient les divers mouvements opposés au régime acceptés par Moscou (pas Daesh ni Al Nosra par exemple) et les représentants iraniens et de Damas, pour discuter évacuations, cessez-le-feu, ravitaillements et autres réintégrations. Les Russes ont même servi de forces d'interposition entre rebelles et forces du régime lors de l'évacuation de la Goutha orientale de Damas... On aime ou pas, mais ils sont très forts à ce jeu.

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il y a 1 minute, gustave a dit :

Ils ont monté dès leur déploiement un centre de "réconciliation" où se croisaient les divers mouvements opposés au régime acceptés par Moscou (pas Daesh ni Al Nosra par exemple) et les représentants iraniens et de Damas, pour discuter évacuations, cessez-le-feu, ravitaillements et autres réintégrations. Les Russes ont même servi de forces d'interposition entre rebelles et forces du régime lors de l'évacuation de la Goutha orientale de Damas... On aime ou pas, mais ils sont très forts à ce jeu.

l'avenir nous dira si leurs "bonnes intentions" seront récompensées tout en soutenant le despote mais comme tu l'écris, ils sont décidément très fort dans ce jeu de dupes ou ils le croient vraiment !

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Il y a 14 heures, g4lly a dit :

En Syrie, le cycle infernal de la vengeance : « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté »

ReportageAprès les tueries visant la communauté alaouite, et alors que Damas a fait de la concorde sa priorité, la société syrienne peine à s’extraire des crimes du passé.

Pressentiment ou menace ? Un mois avant les tueries de masse perpétrées par des milices hors de contrôle, ciblant la minorité alaouite dont est issu le président déchu, Bachar Al-Assad, les tensions communautaires étaient déjà palpables dans cette région du littoral syrien, considérée de longue date comme le bastion de l’ancien régime. « Si rien ne change, cela va se terminer en guerre civile, les gens de la région vont prendre les armes ! », avertissait avec colère un quadragénaire de confession alaouite, rencontré, début février, à Baniyas. Dans cette ville portuaire, située à 280 kilomètres au nord-ouest de Damas, cohabitent deux communautés qui ne se mélangent jamais. Les sunnites vivent dans les quartiers sud, les alaouites dans ceux du nord : environ 50 000 habitants que sépare un rond-point, entre une centrale électrique et une raffinerie de pétrole marquant les extrémités de la ville.

L’homme, « employé dans le secteur de l’énergie », dénonçait alors les purges menées au sein de l’administration par les nouvelles autorités et qui, selon lui, visent exclusivement les membres de sa communauté. Il pestait contre la dissolution de l’armée d’Al-Assad, « qui plonge dans la misère des dizaines de milliers de familles », les anciens militaires se trouvant privés de leur solde. Il redoutait l’instauration de la charia par les nouveaux maîtres islamistes du pays et des « représailles massives » contre des Syriens de confession alaouite, une branche dissidente de l’islam chiite.

Lui-même, jurait-il, n’a jamais collaboré avec les services de sécurité du président déchu, responsables de milliers de morts – principalement des sunnites – dans la région, lors de la répression du soulèvement de 2011 et dans les années de guerre civile qui ont suivi. « La seule chose que l’on peut me reprocher, estimait-il, c’est de m’être tu. Mais qui n’a pas gardé le silence durant cette période ? »

Un mois plus tard, le 6 mars, des partisans de l’ancien régime lourdement armés lançaient des attaques coordonnées contre plusieurs positions des nouvelles autorités syriennes, faisant une centaine de morts parmi les forces du gouvernement d’Ahmed Al-Charaa. A Baniyas, les assaillants ont tenté de s’emparer de la raffinerie, avant d’être repoussés. En représailles, les 7 et 8 mars, des centaines d’hommes accourus du village voisin de Baïda et de miliciens islamistes radicaux ont déferlé sur les quartiers alaouites de la ville. Une centaine de civils y ont été exécutés, dans les rues ou dans leurs maisons, selon une liste de victimes établie localement. En trois jours, dans la région côtière, des combats ont fait plus de 1 300 morts, dont au moins 800 civils, selon un bilan provisoire.

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https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/16/en-syrie-le-cycle-infernal-de-la-vengeance_6581784_3210.html

Le reportage complet. Vraiment très très intéressant, qui donne la mesure de l'ampleur du ressenti contre la communauté alaouite, les horreurs et le cynisme du régime d'Assad, laissé désormais en gestion au nouveau pouvoir. 

Quelques passages assez sidérants: les fausses embuscades de l'armée d'Assad sur ses propres soldats, pour créer de la terreur, les checkpoints tenus conjointement avec Daech pour faciliter le trafic d'essence, les convois armés de Daech circulant librement, quand ils allaient taper l'ASL de l'époque. Bachar le "laïc" a quand même eu la main généreuse avec les "bons" barbus. L'article donne à entrevoir les immenses défis à relever, pour construire un nouvel état avec tous, et répondre à des demandes de jugements des principaux responsables des massacres commis durant la guerre civile. 

En voulant être justement très inclusif (trop diront certain), le nouveau pouvoir à Damas a pris le risque politique de rappeler d'anciens cadres alaouites (donc ayant forcément du sang sur les mains, comme le décrit en détail le reportage) : c'est non seulement très mal vu des sunnites, mais également chez les alaouites "lambda", voyant d'un très mauvais œil le retour sous les projecteurs des pires criminels de guerre de leur communauté. Eux prendront en tarif les premiers, en cas de dérapage. 


https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/16/en-syrie-le-cycle-infernal-de-la-vengeance_6581784_3210.html

Citation

En Syrie, le cycle infernal de la vengeance : « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté »

Par Madjid Zerrouky (Baniyas, Damas, Rankous, Al-Sabboura [Syrie], envoyé spécial) Publié hier à 04h45, modifié hier à 14h45

Reportage - Après les tueries visant la communauté alaouite, et alors que Damas a fait de la concorde sa priorité, la société syrienne peine à s’extraire des crimes du passé.

Pressentiment ou menace ? Un mois avant les tueries de masse perpétrées par des milices hors de contrôle, ciblant la minorité alaouite dont est issu le président déchu, Bachar Al-Assad, les tensions communautaires étaient déjà palpables dans cette région du littoral syrien, considérée de longue date comme le bastion de l’ancien régime. « Si rien ne change, cela va se terminer en guerre civile, les gens de la région vont prendre les armes ! », avertissait avec colère un quadragénaire de confession alaouite, rencontré, début février, à Baniyas. Dans cette ville portuaire, située à 280 kilomètres au nord-ouest de Damas, cohabitent deux communautés qui ne se mélangent jamais. Les sunnites vivent dans les quartiers sud, les alaouites dans ceux du nord : environ 50 000 habitants que sépare un rond-point, entre une centrale électrique et une raffinerie de pétrole marquant les extrémités de la ville.

L’homme, « employé dans le secteur de l’énergie », dénonçait alors les purges menées au sein de l’administration par les nouvelles autorités et qui, selon lui, visent exclusivement les membres de sa communauté. Il pestait contre la dissolution de l’armée d’Al-Assad, « qui plonge dans la misère des dizaines de milliers de familles », les anciens militaires se trouvant privés de leur solde. Il redoutait l’instauration de la charia par les nouveaux maîtres islamistes du pays et des « représailles massives » contre des Syriens de confession alaouite, une branche dissidente de l’islam chiite.

Lui-même, jurait-il, n’a jamais collaboré avec les services de sécurité du président déchu, responsables de milliers de morts – principalement des sunnites – dans la région, lors de la répression du soulèvement de 2011 et dans les années de guerre civile qui ont suivi. « La seule chose que l’on peut me reprocher, estimait-il, c’est de m’être tu. Mais qui n’a pas gardé le silence durant cette période ? »

Un mois plus tard, le 6 mars, des partisans de l’ancien régime lourdement armés lançaient des attaques coordonnées contre plusieurs positions des nouvelles autorités syriennes, faisant une centaine de morts parmi les forces du gouvernement d’Ahmed Al-Charaa. A Baniyas, les assaillants ont tenté de s’emparer de la raffinerie, avant d’être repoussés. En représailles, les 7 et 8 mars, des centaines d’hommes accourus du village voisin de Baïda et de miliciens islamistes radicaux ont déferlé sur les quartiers alaouites de la ville. Une centaine de civils y ont été exécutés, dans les rues ou dans leurs maisons, selon une liste de victimes établie localement. En trois jours, dans la région côtière, des combats ont fait plus de 1 300 morts, dont au moins 800 civils, selon un bilan provisoire.

La communauté alaouite a été la cible d’un massacre sans précédent, aux allures de vengeance. Il y a douze ans, les 2 et 3 mai 2013, le village de Baïda et le quartier Ras Al-Nabaa de Baniyas, de population sunnite, avaient été pris d’assaut par l’armée de Bachar Al-Assad et les milices alaouites. Jusqu’à 400 civils y avaient été froidement assassinés, leurs corps jetés au feu, lors d’un épisode resté gravé dans les mémoires syriennes comme l’un des massacres confessionnels les plus atroces de la guerre civile.

« Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté »

Autre habitant alaouite, Hassan Hadoumi (le nom a été changé), lui, ne s’est jamais tu. « Ces massacres avaient mis fin au mouvement de protestation pacifique contre le régime, se rappelle cet homme de 65 ans. Des personnes du quartier alaouite ont participé à la tuerie, mais d’autres ont aussi tenté de sauver des sunnites. » Dans son appartement de Baniyas, il raconte au Monde sa vie d’opposant au régime d’Al-Assad. Ses convictions lui ont valu plus de dix ans d’emprisonnement et une mort sociale : des décennies d’errance en marge de sa communauté, qui l’a exclu. Un ostracisme qui s’est prolongé après la chute du président, le 8 décembre 2024.

Deux mois plus tard, il continuait d’éviter de sortir après la nuit tombée. Hassan Hadoumi ne craignait alors pas les nouveaux maîtres du pays ni leurs hommes envoyés dans la région, mais des « anciens du régime ». « Je me méfie des hommes issus de ma propre communauté, confiait-il au Monde. Je sais qu’ils ne pardonneront jamais ma trahison, pas plus hier qu’aujourd’hui. » A cette époque, au début de février, les portraits de Bachar Al-Assad ornant chaque étage de la cage d’escalier de son immeuble avaient été décrochés par ses voisins. La plupart d’entre eux ont été tués lors de l’assaut du 7 mars.

Au début des années 1980, alors étudiant en géographie à Damas, et à l’instar de nombreux jeunes issus des minorités du pays, Hassan Hadoumi avait été influencé par les idées de gauche, tandis que beaucoup de ses camarades de classe sunnites se rapprochaient de la confrérie des Frères musulmans, qui menait alors une opposition armée contre le pouvoir. L’étudiant avait rejoint un mouvement communiste dissident. « Les alaouites, comme les chrétiens et les autres minorités, étaient surreprésentés dans les mouvements de gauche, rappelle-t-il. Notre génération a rejoint ce courant politique parce qu’il rompait avec les clivages confessionnels et se concentrait sur les inégalités sociales. Et mon père n’était qu’un simple paysan. »

En 1981, il est arrêté à Tartous, à 40 kilomètres au sud de Baniyas, par la sûreté générale. Il a alors 21 ans. Il est torturé, ses deux frères et sa sœur sont détenus à leur tour, le temps qu’il « avoue » ses activités politiques : « J’ai ensuite été envoyé dans l’aile des prisonniers politiques à la prison centrale de Tartous – une chance. Les militaires [accusés de dissidence] et les islamistes étaient expédiés à Saydnaya, ou [dans le complexe de Tadmor] à Palmyre – des mouroirs ! » Hassan Hadoumi va y passer dix ans, sans jugement, emprisonné sur le seul fondement de la loi sur l’état d’urgence. Il échappe de justesse à la mort, en juillet 1983, lors de la répression sanglante d’un mouvement des prisonniers de la prison de Tartous protestant contre leurs conditions de détention. « Ils m’ont torturé sans interruption pendant douze heures », affirme-t-il.

Puis, en 1991, « un officier de la sûreté politique [lui] explique qu’[il] avai[t] fait des bêtises, mais qu’[il] étai[t] pardonné ». Hassan Hadoumi est libre de rentrer chez lui, mais avec l’interdiction de travailler dans l’administration ou dans les entreprises étatiques. Il enchaîne alors les petits boulots, tout en étant convoqué, chaque mois, par les services de sécurité. « Je pouvais compter sur une main le nombre de gens qui m’adressaient la parole, se remémore-t-il. Contrairement aux prisonniers d’autres communautés, nous [les alaouites] ne pouvions espérer aucune solidarité de la part de la nôtre. Condamné à être enfermé dans la peur, j’étais un pestiféré. »

Baniyas est l’une des premières villes à rejoindre le mouvement de contestation syrien, né le 15 mars 2011, à l’autre bout du pays. Hassan Hadoumi rejoint naturellement les rangs des manifestants qui se concentrent alors dans les quartiers sunnites du sud de la ville, qualifiés de « centre du terrorisme salafiste » par le régime. Bientôt, les chars encerclent Baniyas, mais ce sont ses propres voisins qui font irruption, chez lui, en avril, le brutalisent et vandalisent son appartement.

Arrêté en mai 2012, lors de l’assaut des forces de sécurité et des milices du régime contre les quartiers rebelles, il est relâché, puis interpellé de nouveau au mois de décembre de la même année. Torturé dans les locaux des services de sécurité de Tartous, il passe un mois dans la prison de la ville – celle-là même où il avait déjà passé dix ans. « Qu’un alaouite soit opposant, ça me dégoûte ! », lui crache au visage un officier. « Mon grand-oncle avait rejoint l’armée française en 1946, l’année de l’indépendance de la Syrie et pendant que les Français occupaient le pays, dit avec un sourire amer Hassan Hadoumi, en évoquant l’histoire de la région. Déjà, à l’époque, les alaouites faisaient les mauvais choix, pressés par la misère. »

« Il fallait bien nourrir ma famille »

Wissam Amar, 40 ans, pense avoir fait le mauvais choix quand il s’est engagé volontairement dans l’armée, en 2003, où il a fait carrière jusqu’au grade de capitaine. « Il n’y a pas de travail dans les régions alaouites, et il fallait bien nourrir ma famille, c’est avant tout la pauvreté qui m’a poussé à signer », explique-t-il, avant d’admettre qu’il a aussi cédé au « prestige de l’uniforme, avec le sentiment d’être utile à la défense de [s]on pays ». Il est l’un des rares officiers alaouites à avoir déserté à deux reprises, pendant la guerre civile, ce qui lui a valu un an d’emprisonnement à Saydnaya, l’« abattoir humain » du régime d’Al-Assad.

Lors du soulèvement de 2011, son unité, la 17e division, avait été déployée près de Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie. « Coincés entre les manifestants et les services de sécurité qui ouvraient le feu sur les rassemblements, nous étions dans une situation intenable, se rappelle-t-il. Et on nous a rapidement demandé de protéger les services de sécurité. » Au sein de la troupe, les refus d’obéir se multiplient. La répression des mutineries est féroce. Alors que les manifestations virent à la lutte armée contre le régime et que les groupes islamistes gagnent en puissance, les officiers, assure Wissam Amar, sont encouragés par leurs supérieurs à « tenir de fausses embuscades », tuant leurs propres hommes pour terroriser les appelés du contingent.

Le régime a aussi besoin de « martyrs » pour mobiliser la communauté alaouite. « On m’a demandé de prendre cinq soldats et de les tuer, j’ai refusé », raconte-t-il. Début 2013, il passe quatre-vingt-dix jours dans une prison militaire pour refus d’obéissance et atteinte au moral de l’armée. « Au cours de cette période, les réservistes alaouites étaient rappelés à grande échelle, alors que les sunnites désertaient en masse, explique-t-il. Les rappelés étaient payés 10 dollars [9,20 euros] par mois. Il n’y avait rien à manger, il fallait donc se servir sur la bête en pillant les régions que nous occupions ou libérions – des régions sunnites… C’était une politique organisée par le régime. »

L’attaque chimique au gaz sarin, perpétrée par le régime contre les populations civiles de la Ghouta, dans les faubourgs de Damas, le 21 août 2013, le convainc de déserter. L’officier se cache dans un village de la montagne alaouite surplombant la côte méditerranéenne. Arrêté, il est « pardonné car alaouite », à condition qu’il réintègre l’armée. « Je me suis retrouvé au sein de la même unité, au même endroit », poursuit Wissam Amar.

L’Est syrien tombe peu à peu sous la coupe de l’organisation Etat islamique (EI), qui s’empare des quartiers orientaux de Deir ez-Zor, dès 2014. « Nous avons aidé l’EI dans sa guerre contre l’Armée syrienne libre [antirégime], par exemple en laissant passer les convois djihadistes qui attaquaient les factions rebelles », souligne-t-il. La collaboration ne s’arrête pas là : l’armée d’Al-Assad et l’EI tiennent ensemble un barrage, grâce auquel tous deux se livrent au trafic d’essence et rançonnent les habitants. « Une centaine de soldats et d’officiers ont été fusillés pour avoir refusé de servir sur ce barrage, affirme-t-il, c’est-à-dire l’effectif d’une compagnie. »

Début 2015, il déserte de nouveau et prend le maquis, une fois encore dans sa région d’origine, près du littoral méditerranéen. « En tant qu’alaouite, je ne pouvais pas prendre le risque de rejoindre la Turquie, comme mes camarades déserteurs sunnites, explique-t-il. Les réseaux de passeurs étaient contrôlés par des islamistes radicaux, ils m’auraient égorgé. » Repris au bout de deux ans, il est cette fois envoyé dans l’aile militaire de Saydnaya, où il est « atrocement torturé ». Circonstance aggravante, il est considéré comme un traître.

Un juge du tribunal de Midane, à Damas, où Wissam Amar a été déféré, réclame 15 000 dollars, en échange de sa clémence, à l’épouse de ce dernier. Wissam Amar sort en 2018, après avoir passé un an derrière les barreaux. « Il y avait des centaines de soldats alaouites emprisonnés à Saydnaya, témoigne-t-il, mais c’est une histoire qui a été enfouie… » En février, un mois avant les massacres commis contre la communauté alaouite par les factions islamistes à Baniyas et dans la région côtière, Wissam Amar ne cachait pas son malaise. « J’ai sauté de joie lors de la chute de Bachar Al-Assad, mais, aujourd’hui, je suis inquiet, disait-il. Mon rêve est de reprendre mon poste militaire, mais il est hors de question de rejoindre une nouvelle armée qui est un conglomérat de factions islamistes. »

« Je n’en peux plus du discours victimaire des alaouites »

Les monts enneigés de Rankous forment un rempart naturel entre la plaine damascène et la Bekaa libanaise, ce bastion historique du Hezbollah dont les combattants ont longtemps permis la survie politique de Bachar Al-Assad. La surveillance de cette frontière est aujourd’hui assurée par une ancienne brigade rebelle de la Ghouta. La question de la communauté alaouite, en particulier la question de la réintégration de certains membres de celle-ci au sein de la nouvelle armée, crispe aussitôt les hommes en uniforme. Eux n’ont jamais entendu parler du capitaine Amar, emprisonné et torturé pour avoir osé déserter.

En revanche, tous ont en mémoire les années de siège, les bombardements, dont les attaques chimiques. Tous se souviennent de leurs frères d’armes morts au combat et des centaines de milliers de civils condamnés à la mort, à la famine ou à l’exil. Or, c’est un fait, les alaouites ont outrageusement dominé au sein des appareils militaires et sécuritaires, dont la mission ne consistait plus qu’à défendre le clan Al-Assad.

« Je n’ai rien contre les petits paysans, rien contre les habitants ordinaires des quartiers de Damas, mais, après toutes ces années de massacres commis par [Al-Assad], je n’en peux plus du discours victimaire des alaouites, quand la plupart d’entre eux ont soutenu ce régime ! », s’exclamait un officier, lui aussi rencontré, en février, dans la région de Rankous. Y a-t-il une figure alaouite qui a présenté des excuses ? Non. Nous ne leur demandons pas grand-chose : mais même des excuses, ils en sont pour l’instant incapables. » Un autre officier tempérait alors les mots de son camarade : « Il faut bien sûr construire une nouvelle armée nationale, sous l’autorité de l’Etat et sous le contrôle du ministère de la défense, en y incluant tous les enfants de la Syrie. C’est la condition sine qua non pour le retour de la sécurité dans le pays, et pour bâtir un Etat de droit. La nouvelle armée ne peut pas être un ensemble d’anciennes factions rebelles. »

C’est précisément l’une de ces factions qui inquiète les habitants du centre de la Syrie, à l’est de la ville de Hama. Dans cette région, mosaïque confessionnelle composée de sunnites, d’alaouites et d’ismaéliens, ce n’est pas Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), le groupe dont est issu le président de transition, Ahmed Al-Charaa, qui contrôle militairement la région. Pour consolider son pouvoir à Damas, le nouvel homme fort syrien a dû élargir ses troupes à d’autres factions de l’ancienne rébellion, coupables, elles aussi, de crimes pendant la guerre.

Parmi elles figure, par exemple, la brigade Sultan Souleiman Chah, accusée de nombreuses exactions dans les régions kurdes du nord du pays. Le chef de celle-ci, Mohammed Al-Jassem, dit « Abou Amcha », a été placé sous sanctions américaines. Originaire d’un village de la campagne de Hama, c’est lui qui a été désigné commandant militaire régional par le nouveau pouvoir. Alors que HTC a fait une priorité de l’interdiction de la détention et de la circulation des armes, pour rétablir un semblant de paix civile, la brigade d’Abou Amcha est accusée d’en distribuer à des tribus bédouines des environs de Hama, pour intimider les populations alaouites et ismaéliennes de la région.

« Il faut des institutions judiciaires indépendantes »

Dans le village d’Al-Sabboura, situé dans l’est de la province de Hama, en bordure du désert, Tawfik Omran et Karim Akkari, anciens détenus politiques cumulant à eux deux trente ans de prison, du temps de la présidence d’Hafez Al-Assad (1971-2000), officient comme conseillers municipaux. Militants de gauche de la première heure, les deux sexagénaires ont vite retrouvé leurs anciens réflexes. Sitôt le régime tombé, en décembre 2024, ils ont organisé une élection municipale – une exception dans le secteur, selon eux.

Le nouveau conseil élu reflète bien la diversité locale. Les onze membres de celui-ci – dont deux femmes – comprennent des alaouites, des Bédouins sunnites et un imam. Malgré leur initiative couronnée de succès, Tawfik Omran et Karim Akkari sont anxieux. Les deux hommes, qui reçoivent dans une maison sombre et rongée d’humidité, disent entretenir d’excellentes relations avec HTC, qui leur délègue de fait la gestion des affaires du village. Mais ils s’inquiètent de l’instrumentalisation des Bédouins de la région. Ces derniers, aujourd’hui sédentarisés, ont été les principales victimes de la guerre civile dans la région.

« Un jour, quatorze Bédouins ont été tués lors d’une exécution publique avant d’être jetés dans un puits, racontent les deux anciens militants. Les oliviers et les champs de 2 000 Bédouins ont été incendiés, leurs biens saisis et leur cheptel tué. Ils ont été expulsés de force vers les zones rebelles du nord du pays, par les services de sécurité et des miliciens d’Al-Sabboura qui, depuis, ont pris la fuite. » « Récemment, des représentants bédouins sont venus nous demander la liste des habitants du village qui avaient collaboré avec le régime, ajoutent-ils. Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut procéder : il faut bâtir un Etat de droit et des institutions judiciaires indépendantes pour poursuivre les criminels. On ne peut pas aller de l’avant en s’échangeant des listes de supposés tueurs. »

La faim, qui tenaille les ventres de la plupart des habitants de la région ravagée par la misère, exacerbe les tensions et le ressentiment. « Ici, la guerre est allée au-delà d’un conflit entre le régime et l’opposition, déplore un habitant. Dans les campagnes des provinces de Hama et de Homs, les gens se sont parfois entretués entre villages, pour des raisons confessionnelles. »

« Cinquante ans de dictature »

Le raidissement d’une partie des Syriens sur la question des responsabilités des massacres pendant la guerre inquiète aussi les défenseurs des droits humains. « La protection et l’inclusion des minorités confessionnelles dans la construction d’un nouvel Etat ne doivent pas, médiatiquement, occulter le fait que c’est la majorité de la population, pauvre et sunnite, qui a été victime des plus de cinquante ans de dictature, alerte une militante, à Damas. C’est elle qui, pendant la guerre, compte des centaines de milliers de morts, de disparus et des millions d’exilés. » Pour cette Syrienne, qui souhaite conserver l’anonymat sur ce sujet sensible, « la seule façon d’éviter l’écueil d’un affrontement des traumatismes et d’une confessionnalisation de la mémoire est la mise en place rapide d’une justice de transition, chargée de poursuivre les auteurs des crimes, de manière publique et transparente ».

Les nouvelles autorités ont déjà établi des centres destinés aux militaires, policiers et fonctionnaires ayant servi sous Bachar Al-Assad, afin qu’ils remettent leurs armes et entament des procédures de régularisation, pour que ceux qui n’ont pas de « sang sur les mains » évitent des poursuites judiciaires. Il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes régularisées, le ministère de l’intérieur se bornant à déclarer que les individus non coupables de crimes ont reçu une carte d’identité temporaire, valable trois mois, garantissant leur protection. Mais l’opacité de la procédure crée des tensions.

Le retour d’anciens miliciens du régime, d’abord adoubés par le nouveau gouvernement, a provoqué la fureur des habitants sunnites de Tadamone, un quartier du sud de la capitale, où vivent aussi une forte minorité alaouite, des Turkmènes et des Druzes du Golan expulsés par Israël, lors de la guerre des Six-Jours. En avril 2013, au moins 288 civils y avaient été sommairement exécutés, au bord d’une fosse, en plein jour, par des hommes en uniforme qui riaient tout en filmant leur crime.

La réapparition de l’un d’entre eux, Fadi Saqr, ancien patron des forces de défense nationale du secteur, escorté par des responsables de la sécurité de HTC, a fait souffler un vent de vengeance. Pris à partie par des centaines d’habitants, le 7 février, l’ex-milicien s’est retrouvé encerclé dans une maison où il s’était réfugié. Fadi Saqr a dû être exfiltré par les forces du nouveau régime.

« Comment quelqu’un impliqué dans de tels crimes peut-il se promener en toute impunité dans le quartier et avec l’assentiment de responsables sécuritaires de HTC ? », s’insurgeait un militant de Tadamone, qualifiant la situation d’« invraisemblable et incompréhensible ». La piste d’un arrangement entre criminels du régime déchu et nouveau gouvernement, lequel voudrait endiguer la vague de violence communautaire actuelle, voire utiliser d’anciens officiers de sécurité de Bachar Al-Assad pour traquer de « gros poissons », lui paraît plausible.

En revanche, le recours à d’anciens miliciens pour maintenir l’ordre dans les quartiers lui paraît « contre-productif ». « Cela rend fous les proches des victimes, pour qui c’est une véritable humiliation, dit-il, indigné. Ils pourraient alors être tentés de se faire justice eux-mêmes, en ciblant les familles des bourreaux présumés. » Cette démarche ne rend pas non plus service aux alaouites, qui voient revenir des hommes ayant régi leurs vies et les ont associés à leurs crimes, les exposant toujours plus à de sanglantes représailles.

 

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Il y a 4 heures, olivier lsb a dit :

les checkpoints tenus conjointement avec Daech pour faciliter le trafic d'essence,

 

Pour ce point de ce que j'ai lu ça concerne tous les parties de la guerre civile y compris les SDF.

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Il y a 1 heure, nemo a dit :

Pour ce point de ce que j'ai lu ça concerne tous les parties de la guerre civile y compris les SDF.

Ça ne m'étonnerait pas plus que ça, mais à la différence notable que le gros de l'effort militaire contre Daech a été conduit par les kurdes et les SDF, qui s'y sont ralliés. Ce que le régime d'Assad n'a jamais sérieusement entrepris, pendant que sa propagande expliquait le contraire aux opinions publiques occidentales et autres benêts pro-russes. 

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il y a 14 minutes, olivier lsb a dit :

Ça ne m'étonnerait pas plus que ça, mais à la différence notable que le gros de l'effort militaire contre Daech a été conduit par les kurdes et les SDF, qui s'y sont ralliés. Ce que le régime d'Assad n'a jamais sérieusement entrepris, pendant que sa propagande expliquait le contraire aux opinions publiques occidentales et autres benêts pro-russes. 

Daesh n'a pas assiégé Deir Ezzor pendant des années ? Les loyalistes n'ont pas tenu Deir Ezzor pendant des année en plein territoire du Califat?

L'opération Khuzam a été mené par qui au juste ?

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Il y a 7 heures, g4lly a dit :

Daesh n'a pas assiégé Deir Ezzor pendant des années ? Les loyalistes n'ont pas tenu Deir Ezzor pendant des année en plein territoire du Califat?

L'opération Khuzam a été mené par qui au juste ?

Encore heureux qu'il y ait eu des contacts entre l'armée nationale et une rébellion jihadiste: manquerait plus que çà que les deux eurent parfaitement coopérer pour s'éviter totalement. 

Je dis juste qu'entre les moyens déployés pour raser Alep, la Ghouta, Homs ou Hama et les moyens déployés pour conserver la rive ouest de Deir Ezzor, principalement défendue par l'Euphrate, il y a un monde.

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il y a 4 minutes, olivier lsb a dit :

Encore heureux qu'il y ait eu des contacts entre l'armée nationale et une rébellion jihadiste: manquerait plus que çà que les deux eurent parfaitement coopérer pour s'éviter totalement. 

Je dis juste qu'entre les moyens déployés pour raser Alep, la Ghouta, Homs ou Hama et les moyens déployés pour conserver la rive ouest de Deir Ezzor, principalement défendue par l'Euphrate, il y a un monde.

Ben sans faire de cynisme excessif on peut comprendre que le régime se soit concentrer sur ceux qui mettaient leur survit en danger directement à Damas et Alep plutôt qu'un groupe qui en plus avait la "bonne idée" d'attirer les foudres d'un paquet de leurs ennemis.  Un peu comme de reprocher aux kurdes d'avoir mis des forces face aux turcs  tu avoueras que ça n'aurait guère de sens.

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il y a 15 minutes, olivier lsb a dit :

Encore heureux qu'il y ait eu des contacts entre l'armée nationale et une rébellion jihadiste: manquerait plus que çà que les deux eurent parfaitement coopérer pour s'éviter totalement. 

Je dis juste qu'entre les moyens déployés pour raser Alep, la Ghouta, Homs ou Hama et les moyens déployés pour conserver la rive ouest de Deir Ezzor, principalement défendue par l'Euphrate, il y a un monde.

Comme cela a été dit la principale menace militaire pour Damas, géographiquement, politiquement et militairement, n'était pas Daesh, largement concentré en Irak. Pour autant DeZ a été défendue par un certain nombre d'unités d'élite du régime, avec un investissement militaire non négligeable. On pourrait de la même façon rappeler que les Druzes ont peu contribué à la lutte contre Daesh et même largement rallié le régime de Damas...

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il y a une heure, nemo a dit :

Ben sans faire de cynisme excessif on peut comprendre que le régime se soit concentrer sur ceux qui mettaient leur survit en danger directement à Damas et Alep plutôt qu'un groupe qui en plus avait la "bonne idée" d'attirer les foudres d'un paquet de leurs ennemis.  Un peu comme de reprocher aux kurdes d'avoir mis des forces face aux turcs  tu avoueras que ça n'aurait guère de sens.

Sur le fond, je le comprends parfaitement. Il se trouve que ceux qui mettaient le plus en danger Assad, étaient aussi, au départ, les moins radicalisés et précisément ceux qui, durant toute la durée de la guerre civile, ne nous attaquèrent pas sur notre sol (contrairement à Daesh). 

J'aime bien le rappeler, parce que les discours sur Assad le laïc, rempart de l'Europe contre l'islamisme, j'en soupe depuis mon inscription sur le forum et je crois qu'on fera difficilement pire que son bilan en la matière. 

Modifié par olivier lsb
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il y a 1 minute, olivier lsb a dit :

Sur le fond, je le comprends parfaitement. Il se trouve que ceux qui mettaient le plus en danger Assad, étaient aussi, au départ, les moins radicalisés et ceux qui, durant toute la durée de la guerre civile, ne nous attaquèrent pas sur notre sol (contrairement à Daesh). 

J'aime bien le rappeler, parce les discours sur Assad le laïc, rempart de l'europe contre l'islamisme, j'en soupe depuis mon inscription sur le forum et je crois qu'on fera difficilement pire que son bilan en la matière. 

Non mais sur le fond je partage ton dégout de ce régime qui a fait couler tant de sang et qui a été une saloperie quasiment dès sa conception. Mais une fois de plus ce qui m'intéresse c'est comment nos actions loin d'améliorer la situation les ont aggravé. Et non seulement on reconnait pas notre responsabilité dans la création de Daesh par exemple (merci aux Bush père et fils) mais on veut continuer dans la même voie un peu partout. 

  • Confus 1
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Il y a 20 heures, olivier lsb a dit :

Encore heureux qu'il y ait eu des contacts entre l'armée nationale et une rébellion jihadiste: manquerait plus que çà que les deux eurent parfaitement coopérer pour s'éviter totalement. 

Je dis juste qu'entre les moyens déployés pour raser Alep, la Ghouta, Homs ou Hama et les moyens déployés pour conserver la rive ouest de Deir Ezzor, principalement défendue par l'Euphrate, il y a un monde.

Il me semble que Daesh est allé jusqu’à la base aérienne de Kuweires et qu’elle a pris le relais de « plus modérés » qu’eux dans le siège de la base.

Sur la Syrie je suis loin d’être spécialiste mais il m’a semblé qu’il y avait une certaine porosité entre groupes rebelles , le critère ethnique / religieux prenant le pas sur la radicalité .

Et que effectivement les « laïcs » ont recueillis tous les suffrages et ont été les premières cibles des autre qui se voyaient légitimés ainsi.

Reste que voir les américains s’offusquer des prisons d’Assad qu’ils « sous traitaient » quelques années avant relève d’un bel exercice d’amnésie sélective.

 

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Il y a 1 heure, greg0ry a dit :

Il me semble que Daesh est allé jusqu’à la base aérienne de Kuweires et qu’elle a pris le relais de « plus modérés » qu’eux dans le siège de la base.

Sur la Syrie je suis loin d’être spécialiste mais il m’a semblé qu’il y avait une certaine porosité entre groupes rebelles , le critère ethnique / religieux prenant le pas sur la radicalité .

Et que effectivement les « laïcs » ont recueillis tous les suffrages et ont été les premières cibles des autre qui se voyaient légitimés ainsi.

Reste que voir les américains s’offusquer des prisons d’Assad qu’ils « sous traitaient » quelques années avant relève d’un bel exercice d’amnésie sélective.

 

Il y avait une réelle porosité entre groupes rebelles, c'est certain. D'ailleurs, c'est bien ce qui a été ici reproché à Al-Charaa / Al-Joulani: d'avoir accepté le ralliement d'Al-Nosra à HTC, il y a presque dix ans de çà. Parce que Al-Nosra, c'était la franchise d'Al-Quaeda, mais avec un autre nom. Toutes ces complications, pour parler de la même chose.... :rolleyes: Comme si on s'emmerdait à avoir un parti communiste en France, en plus des insoumis du capital !

En revanche avec Daech, j'ai beaucoup moins de souvenirs de ralliements similaires avec d'autres groupes armés de la scène syrienne. Ils ont d'abord coalisé en Irak et fédéré les anciens du parti Baas, avant ensuite de s'exporter en Syrie, mais plus rarement en phagocytant d'autres groupes (pas d'exemple en tête en tout cas).

Modifié par olivier lsb
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Il y a 2 heures, olivier lsb a dit :

Il y avait une réelle porosité entre groupes rebelles, c'est certain. D'ailleurs, c'est bien ce qui a été ici reproché à Al-Charaa / Al-Joulani: d'avoir accepté le ralliement d'Al-Nosra à HTC, il y a presque dix ans de çà. Parce que Al-Nosra, c'était la franchise d'Al-Quaeda, mais avec un autre nom. Toutes ces complications, pour parler de la même chose.... :rolleyes: Comme si on s'emmerdait à avoir un parti communiste en France, en plus des insoumis du capital !

En revanche avec Daech, j'ai beaucoup moins de souvenirs de ralliements similaires avec d'autres groupes armés de la scène syrienne. Ils ont d'abord coalisé en Irak et fédéré les anciens du parti Baas, avant ensuite de s'exporter en Syrie, mais plus rarement en phagocytant d'autres groupes (pas d'exemple en tête en tout cas).

Al Nosra ne s'est pas rallié à HTC mais est devenu HTC (enfin le noyau central autour duquel s'est constitué HTC) après un divorce à l'amiable avec AQ.
En revanche Daesh exclut en effet toute alliance ou fusion. Tu es avec eux ou contre eux.

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