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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui et non: ce point est à double tranchant.... Les dits revenus et réserves sont déjà en graves flux tendus: - pour "tenir" le système politique/de pouvoir russe, cette féodalité où la paix (et la domination relative du patron) ne s'obtient qu'au prix fort - pour assurer les dépenses de l'Etat, tout connement: c'est pas vraiment l'impôt qui fait vivre l'Etat russe - pour favoriser l'investissement public, le seul réellement fort en Russie, et qui s'est focalisé récemment sur le réarmement (aux dépends de beaucoup d'autres secteurs et dépenses publiques) S'il faut assumer le refinancement des dette extérieures des entreprises, mais aussi suppléer dans une certaine mesure les manques de capitaux étrangers qui boostaient l'investissement en Russie, c'est plus des flux tendus, c'est une grave stagnation qui menace, simplement pour tenir un relatif équilibre ou modérer les dégâts: l'argent ne peut pas être en plusieurs endroits au même moment. C'est d'autant plus préoccupant pour les Russes vu le système de pouvoir en place: plus l'argent est rare, moins le consensus est possible/facile, donc l'affrontement des pouvoirs intérieurs, déjà fortement rapaces (sur X dollars investis, quelle part finit réellement par être investie?), devient plus probable et plus dur, et plus gourmand quand au gâteau disponible (en réduction). Le pouvoir russe n'est pas un pouvoir fort (sinon il serait pas si brutal et abusif): il dépend de ces équilibres. La popularité de Poutine lui facilite la vie pour un temps seulement. Ce "contrat du siècle" a justement été mis en attente peu après sa signature, quand les annonces de sanction ont commencé: Exxon a joué la carte patriotique publiquement, en serrant les dents, et le lobbying fait rage, mais pour l'instant, même la position républicaine et du "Oil Caucus" donne la priorité au "patriotisme", et si la Russie continue sur sa lancée, ça changera pas trop. Oui, la City n'apprécie pas.... Mais c'est pour l'instant encore très bypassé: les oligarques ne veulent généralement pas investir en Russie (faudrait qu'il y ait des perspectives suffisantes pour des gens habitués à des niveaux de profits défiscalisés très élevés), et la fuite des capitaux reste le sport national (des élites). -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Y'a vraiment quelque chose de pas très frais dans la caboche de ce gars.... Un peu comme le match-exhibition de hockey sur glace à son dernier anniversaire: il a commencé le sport il y a 2-3 ans, et fait venir des super pros pour aller jouer sur la glace avec eux, et "évidemment", marquer plein de buts et gagner :-[ . Ca et mille autres petits trucs (genre exhiber ses seins sur un cheval).... A ce rythme, il va faire passer feu Kim Jong Il pour un gars équilibré. -
Allemagne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Dans un "petit" parti, tu n'as en fait qu'une seule base électorale (donc plus homogène, moins encline au compromis), et suivant l'époque/le moment, une quantité variable de suiveurs qui votent pour lui pour protester, se rallier à une parti, voire un seul point, du programme, qui se "réfugient" dans ce vote par défaut, qui se rattachent aux figures de proues plus qu'au parti lui-même.... Mais au final, le dit petit parti n'a réellement que sa base unique à flatter et contenter. Le grand parti a plusieurs bases (souvent plus ou moins antagonistes, en tout cas pas évidemment compatibles), donc une position qui est par essence un compromis dès l'abord, qui plus est un compromis de pouvoir, soit des promesses concrètes -pas celles dont on fait la pub- contre services, des arrangements préalables de toute la pyramide de gouvernance du plus haut au bas échelon (néanmoins susceptibles de changer face aux résultats réels des élections), dans un sens crédible pour l'exercice réel du pouvoir. -
Guerre civile en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de maminowski dans Politique etrangère / Relations internationales
Pas forcément: il peut aussi être tout simplement en train de négocier (à la hausse) le prix pour l'injection de troupes turques dans ce bordel: vu le niveau des bonnes volontés et des disponibilités en la matière, il est en position de faire monter les enchères. Tout le monde fait comme ça, pourquoi ne le ferait-il pas (précision: je n'aime pas du tout ce personnage)? Surtout que c'est vraiment pas une petite décision pour la Turquie, mais un engagement à risque et de longue haleine. -
Allemagne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Ils dirigent des villes (généralement petites) sans importance électorale (ou qui du coup n'en ont plus, à moins que le dit maire, s'il "tient" bien sa ville, en profite pour se mettre à "jouer le jeu"), et/ou sont mis au rencart des "retombées" d'en haut et des opportunités que de telles positions politiques offrent (y compris pour l'installation d'entreprises), rendant du coup nettement moins de services à leurs villes. Le principe d'une démocratie est de séparer les pouvoirs et niveaux de pouvoir (autant que ça puisse être concrètement possible dans le monde réel) et de les rendre concurrents, d'encadrer les rapports de force qui dictent les systèmes d'influences diverses gouvernant un pays, de limiter les prérogatives de certains pouvoirs, et de faire en sorte que la population ait une part d'influence sur ces divers échelons de pouvoir. Une part seulement (voir les limites du vote en terme d'impact réel). L'administration est une constante, le décisionnaire est une variable en démocratie: suffit de faire les maths pour comprendre qu'on ne peut pas résumer la chose au "les fonctionnaires sont au service du politique" dans un système purement hiérarchique d'exécutants aux ordres, et tant mieux d'ailleurs pour bien des cas, car l'administration est elle-même un contre pouvoir contre une certaine mesure de démagogie gratuite et d'abus de pouvoir (revers de la médaille, elle peut en même temps en être l'instrument). Quand au sérail politique, il s'agit moins d'une question de caste que de qui contrôle quoi: le métier le plus dur du monde est de rallier et tenir un groupe de gens ensemble: pour en avoir suffisamment pour gouverner un pays EFFECTIVEMENT, c'est la quadrature du cercle permanente, et il est pire qu'illusoire de penser que les règles édictées par une quelconque constitution changent complètement cette équation: les groupes humains (territoires, groupements d'intérêts, entreprises, courants d'idées, religions....) et individus veulent des choses différentes, quasiment toujours concurrentes, et fréquemment antagonistes (il est même fréquent qu'un même groupe, et un même individu, veuille des choses qui transcrites en politique pratique, sont de fait contradictoires). Les ressources sont limitées, les possibilités aussi, et la confiance n'est pas vraiment quelque chose d'abondant ou de facile à créer. C'est pourquoi il y a la politique organisée: on la subit autant qu'on ne peut pas s'en passer, elle est juste encadrée par une démocratie. Mais tant qu'on n'a pas été en tâter au niveau essentiel, celui de l'unité électorale de base (ou d'un corps intermédiaire), on ne peut pas réellement s'implanter ça dans le crâne et commencer à vraiment envisager la complexité et les limites du système. Quand on l'a fait, la théorie de la démocratie en prend un certain coup, et on comprend mieux la sagesse profonde de ceux qui ont promu la dite démocratie qui repose avant tout sur le fait de ne pas se faire d'illusions sur la nature humaine et la façon dont le pouvoir fonctionne au quotidien et à tous les niveaux, et de tirer autant que faire se peut les problèmes et antagonismes sur la place publique: le pire des systèmes à l'exception de tous les autres. -
L'un des problèmes avec les généraux qui parviennent aux postes et/ou cercles relationnels proches de la décision politique est que précisément, souvent, ils pensent en soldats: ça veut pas dire en bons soldats, ou en soldat sans opinion. Ca veut juste dire qu'ils ont un job qui est de facto politique, cad d'informer -et ce faisant d'orienter, parce que le point de vue neutre et objectif n'existe pas- la vision du politique: la stratégie, les choix militaires, les probabilités de succès ou de résultats atteignables, à ce niveau, ne sont certainement pas une science exacte, mais un art, et il n'y a donc pas "d'objectivité" ou de "bon soldat" qui présenterait toujours des options claires avec des conclusions possibles évidentes. C'est, comme pour tout à ce niveau, un débat permanent, avec des écoles de pensées, des préférences, des ambitions différentes pour le rôle des USA, des visions différentes de ce que tel ou tel choix entraîne concrètement sur le terrain.... Ca, ce serait déjà l'idéal (très loin d'une perfection imaginaire et "carrée"), mais après se greffent là-dessus: - les qualités et défauts personnels des dits généraux en tant qu'hommes, que citoyens et que soldats, soit 3 familles de facteurs jouant leur rôle particulier dans chaque caboche - ce que ces mêmes généraux reçoivent comme information de leur service, de leurs équipes de travail.... Qui n'est certainement pas parfait et est donc aussi passé par le filtre de leurs subordonnés, de débats à l'échelon en-dessous.... Ces organisations sont faites pour bien filtrer et constituer des aides à la décision, mais ne sont pas non plus parfaites, et ont aussi leurs guéguerres et débats internes, sans parler de leur sauce politique interne (carriérismes et autres) et du parasitisme qui existe de la part d'autres acteurs extérieurs (industriels et contractants divers du secteur sécurité/défense, partis politiques et idéologies....) - les influences extérieures: secteur privé de la défense/sécurité (ou d'autres: Halliburton -ou un autre- s'en va t-en guerre, mironton mironton mironaineuh), partis politiques, lobbies divers (y compris religieux), idéologies.... Les généraux ont des préférences, des carrières à mener (parfois l'envie de passer vers le politique -ce qu'Eisenhower avait bien avant d'être généralissime par exemple), des contraintes.... Et sont aussi humains et imparfaits: même s'ils ne suivent les directives de personnes, ils ne sont pas imperméables au monde extérieur, à un milieu ambiant (surtout à certains moments comme l'après 9/11: la peur, puis la colère, donnent envie d'agir, et l'esprit d'un militaire tend plus facilement vers la tentation de l'action violente comme réponse: même le plus mature des soldats ne peut pas ne pas avoir une propension plus grande qu'un autre en ce sens) - les officiers généraux, surtout dans une institution aussi vaste que les forces US, ne sont pas arrivés là par hasard, ni tout seuls: le mérite joue une part plus ou moins grande selon les cas, de même qu'un certain niveau d'automatisme lié à l'ancienneté, mais quoiqu'on veuille en penser, les relations (au sein de l'institution et, passé certains rangs, avec le niveau politique) et stratégies de carrières (pour se mettre en avant, couvrir son cul et/ou dégommer des concurrents) jouent énormément. Et ça aussi ça joue: des courants idéologiques, "castes" (comme les sociétés secrètes et fraternités des universités US) ou groupes d'intérêts favorisent les carrières des leurs, les armes et services favorisent les leurs (pour aller au Pentagone, petit univers où chacun veut mettre des pions), les groupes d'amis aussi, et des individus savent faire de la "politique" interne pour avoir du monde derrière eux, des officiers supérieurs ou inférieurs qui leur doivent des services.... Bref, ce sont bien des êtres humains qui orientent la vision du politique sur les questions de sécurité et de stratégie, sur la réalité des forces armées, leur état, leurs besoins et leurs capacités, sur les possibilités et choses "souhaitables" dans une situation donnée, voire sur les situations à créer pour que telle ou telle famille d'actions (incluant ou non le militaire) puisse être entreprise. Ils sont bien des soldats, et ne cessent pas de l'être en parvenant à ces niveaux: mais le problème est qu'à ce niveau, on est bien forcé de se rappeler que la guerre EST la politique, qu'il n'y a pas de différence sinon les barrières artificielles qu'on a voulu (et eu besoin de) créer pour encadrer la violence dans une société. C'est plus prononcé encore chez les ricains que chez nous, cette habitude de vouloir tant séparer, surtout dans la perception, le soldat (admirable et courageux) du politique (méprisable et lâche); c'est utile et psychologiquement attirant/motivant, mais jusqu'à un certain point seulement. Au delà, c'est hypocrite, et c'est surtout facteur de bévues monumentales: tout soldat dans un poste relativement autonome (c'est évidemment surtout valable pour les officiers) doit de facto avoir une conscience du rôle politique qu'il joue, comprendre les enjeux et les implications potentielles de ses choix. C'est le fond de ce qui a commencé à être théorisé il y a pas si longtemps, avec la multiplication des engagements dits "asymétriques" et des "guerres au milieu des populations", quand on a inventé le terme de "caporal stratégique": le fonctionnement des sociétés et médias actuels donne même potentiellement un impact politique aux actions des plus bas échelons tactiques. contraignant leur comportement, ce à quoi l'une des réponses possibles est d'accroître la "valeur ajoutée", les options tactiques (y compris via des équipements plus variés) et la formation des dits échelons. A voir si c'est réellement faisable dans un grand nombre de situations, pour qu'ils sachent quoi faire. On est loin du soldat "entre l'homme et la chose" tel que les officiers le souhaitaient aux XVIIIème-XIXème siècles.
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Allemagne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Yep, mais "l'homme providentiel" existe quand même: c'est celui (ou celle) qui, à un moment donné, pour mille raisons possibles, rassemble sur son nom (sa "marque") suffisamment de capital politique (à formes multiples) et d'attractivité pour constituer une base importante et, dans une proportion plus importante que normalement, loyale, ce qui donne de la crédibilité, attire encore plus et permet de s'organiser à plus grande échelle et mieux (notamment via la visibilité que ça donne). Evidemment, depuis De Gaulle et sa "marque"/son "label" (sans qui même les gaullistes les moins sincères ne pouvaient se maintenir en politique, ou en tout cas avoir suffisamment de probabilité de le faire à leur goût), on n'a pas eu ça. Yep, tu l'as mieux dit que moi. Très difficile d'expliquer que la politique est avant tout une question d'organisations tenues par des services mutuels et des moyens constamment insuffisants, dont précisément l'insuffisance accroît les déséquilibres et fragilités, les loyautés douteuses et les renoncements, et rendent d'autant plus dépendant de quelques grands noms et pôles/base de pouvoir entre qui se décident les choses. Qui veut comprendre réellement la politique doit aller à la base, et la base, c'est un élu local qui marchande quelque chose à quelques piliers de sa communauté et à des pans d'électorat, contre reconnaissance et fidélité (toute relative). Et ainsi de suite vers le haut, avec entre chaque échelon, des équilibres sans cesse changeants et précaires, des évaluations et jeux compliqués de services dus et attendus.... La loi n'encadre ce fait éternel que dans certaines limites, mais c'est ainsi que ça fonctionne. Et qui entend fonder un parti un peu durable ne peut faire autrement qu'en tenir sévèrement compte. Si on veut faire venir des gens compétents à chaque échelon (pour qu'ils "produisent" ET soient mis en position de produire réellement, cad avec du poids politique pour que leurs décisions prennent effet), vaut mieux avoir quelque chose à leur proposer, parce que les gens compétents tendent aussi à être ambitieux, ou en tout cas à vouloir un minimum pour eux et/ou leur bled/groupe/région.... -
Quelque part, les blocages sont plus compréhensibles au moment des croisades: - l'effectif est régulièrement approvisionné par des volontaires venus d'Europe (dans les ordres guerriers, mais plus souvent comme "croisés" -même si le terme n'existe pas), essentiellement des féodaux arrivant avec leurs préjugés et certitudes, et surtout un poids politique (par leur regroupement) disproportionné dans des Etats latins frappés par le manque constant d'hommes. L'ambition, la cupidité, est souvent un des facteurs majeurs dans les postures agressives qui mènent à des politiques stupides, qui ne peuvent que produire de la tactique stupide. Les forces des Etats latins sont donc contraintes par cet apport qui relativise les facteurs d'expérience en leur sein, même si leur maison n'est pas en ordre non plus: l'ordre en place dans ces Etats est aussi féodal, fait de rivaux, d'individus avant tout ambitieux et en lutte intestine, sans Etat central puissant, qui sont dans les faits autant de micro armées éclatées sur le territoire, perpétuant leur savoir-faire (déjà long à acquérir et dur à maintenir). - le Moyen Age féodal est contraint par les circonstances et limites pratiques inhérentes à l'époque: les techniques de communication sont limitées, les échanges d'idées au sein d'une institution unique n'existent pas (société d'individus recherchant leur intérêt propre), la centralisation militaire n'existe pas, ou seulement dans les ordres militaires (qui produisent doctrines et changements tactiques pertinents, mais restent peu nombreux et, à l'occasion, sont à la merci d'un grand maître fanatique/stupide/ambitieux comme Ridefort). Les leçons sont difficiles à réellement convertir en schéma cohérent, étant donné la rareté des batailles (qu'une personne rencontre peu de fois sur la longueur d'une vie), et le miroir déformant que fournissent des accrochages fréquents, souvent à cheval (rapport au terrain, sorte de "mer terrestre", les montagnes étant moins l'objet de conflits de harcèlement -ou ce sont les piétons qui la font, gens qu'on n'écoute peu ou dont on déconsidère le métier), ressemblent à des passes d'armes rapides. Quand le logiciel qui préside à votre formation est celui de l'affrontement monté (ou de la charge blindée par Fulda :-X ), ça reste le truc à partir duquel tout est considéré; si on y ajoute l'importance essentielle des sièges (qui elle est bien prise en compte et bénéficie d'un apprentissage constant) qui focalise l'attention, ça fait déjà de quoi s'occuper dans un monde où le savoir codifié est rare et difficile à obtenir. Quand aux campagnes d'une certaine échelle, aussi rares, sinon plus, que les batailles, difficile pour des féodaux d'avoir une méthode toute prête pour savoir les organiser et les mener: pas dans leur logiciel, et pas dans leur pratique, pour la plupart d'entre eux. Seuls les rois d'une certaine importance peuvent avoir eu à se frotter au problème, et encore, pas tous et pas souvent. - après seulement vient le problème authentique du sentiment de supériorité, racial, religieux et/ou social, de la chevalerie d'occident. - facteur compliquant l'analyse de l'expérience militaire des croisades: on parle généralement des Etats latins, en grave infériorité numérique constante et sur un sol plus ou moins hostile, ou de corps expéditionnaires arrivant en terre hostile et mal connue, face à un adversaire qui fut généralement tout sauf manchot (sauf dans la phase initiale de conquête: la division extrême du monde turco arabe). Difficile de chiffrer tous les facteurs d'échec et leur part dans les résultat: si la cause principale, jusqu'au niveau tactique, tient avant tout à la désunion impliquée par le modèle féodal, difficile de la foutre sur le dos des unités, ou même du "modèle tactique" en soi. Même planifier et mener une campagne, donc "jouer aux échecs" avec l'adversaire, est difficile quand on doit planifier contre tout le monde, y compris ses alliés, y compris des troupes en son sein (évidemment, vu de l'extérieur, ça peut faire penser à un général stupide). Je ne parle pas ici que pour l'absolu de l'analyse: ce facteur a été invoqué par les protagonistes eux-mêmes, souvent avec raison, et cette désunion peut largement relativiser la remise en question du modèle tactique. C'est une chose de se remettre en question parce que le modèle de forces est mauvais/en cause, c'en est une autre de remettre son Etat, son modèle politique (qui conditionne essentiellement la tactique et "l'opératique", mais aussi la stratégie), et c'en est encore une autre -fait souvent lié au pouvoir héréditaire, mais pas que- de s'avouer qu'on a un général de merde. Et tous ces facteurs peuvent jouer leur part en même temps. - autre relativisation: il y a eu beaucoup d'adaptation dans les croisades: les ordres guerriers (Hospitaliers, Templiers, Teutoniques, Porte Glaives et quelques autres) sont des armées intégrées et complètes, suivant un modèle militaire et non guerrier (cad hiérarchisé, centralisé et discipliné) où toutes les spécialités militaires sont mises en valeur dans un mix de forces réfléchi. Evidemment, ils sont peu nombreux et difficilement remplaçables. La permanence du conflit, par ailleurs, permet de maintenir des milices piétonnes entraînées, encadrées ou épaulées par des contingents à pieds professionnels relativement plus nombreux qu'en Occident. Et les Turcopoles forment une adaptation tactique à la conflictualité locale. Le modèle de forces me semble moins en cause, au global, dans les croisades. Le modèle d'Etat et le réservoir démographique nettement plus. Un autre cas d'étude contemporain en matière d'illusions sur soi-même (ou plutôt d'idéologie de soi-même) est l'airpower (vieille antienne sur ce forum), avec à l'avant-garde, l'USAF: c'est un débat, et il ne doit pas être abordé avec trop de simplisme, mais les cas d'école du Vietnam (surtout de Linebacker I et II et leurs résultats/impacts réels, de même que le prix payé pour les obtenir) et du Kosovo (avec l'interprétation de l'impact réel sur les événements) sont à mettre au centre du sujet quand on voit la façon assez unique qu'a l'USAF de tirer les leçons de ces expériences. Plus largement, c'est un des autres biais qu'on voit dans la maladie de la victoire (ou de la victoire imaginée): l'idéologie d'une branche d'une armée, d'un service, d'une arme, d'un corps de troupe particulier (esprit régimentaire, esprit d'un corps -ou assimilé-....), qui accompagne les phénomènes, aussi de toute éternité, de couvrage de cul par des individus ou des petits groupes (groupe d'amis ou d'obligés mutuels, solidarité d'arme, de caste....). La chevalerie s'exemptant de responsabilité pendant trop longtemps en est un autre exemple, et réalisé en partie en toute connaissance de cause, parce que l'histoire particulière de l'Europe occidentale avait amené le cavalier lourd à être aussi un modèle idéologique et esthétique confondu avec le modèle économique et politique hiérarchisant la société d'alors: remettre en cause le rôle du cavalier lourd équivalait donc à contester la nécessité, et donc la justification du poids politique, de l'aristocratie (surtout en fait la petite et moyenne, mais par extension, tous les réseaux de clientèle maillant le territoire, le capital et le pouvoir d'un royaume). Les échecs répétés, le saignement des effectifs à certains moments particuliers, l'affirmation économique d'autres entités (collectives et individuelles), et l'apparition de l'artillerie et de ses besoins lourds (qui remettent en question l'autre pilier du pouvoir de l'aristocratie: le château fort, capitale d'un territoire, long et dur à prendre ou même menacer, concentrant le coeur des réseaux du lieu, les réserves et les activités d'échanges, ainsi que des métiers rares), achèvent le modèle, mais en prenant un temps très long, preuve que le changement s'est opéré au forceps, avec une active mauvaise volonté des intéressés. Encore un facteur de résistance au changement: les fabricants de matériel. Ce facteur semble plus lié aux époques modernes et contemporaines, en fait datant de l'âge de l'artillerie, mais ce n'est pas si vrai (on connaît juste moins les époques antérieures sous cet angle: moins documentées). L'histoire de l'Egypte, par exemple, montre bien l'importance de l'aristocratie des chars de combat (ce sont ceux qui ont les domaines permettant de produire ce système d'armes qui forment l'élite dirigeante: leur pouvoir est donc fondé dessus), leur prééminence et leur résistance au changement. Pareil pour les Perses, à partir des Parthes: les clans aristocratiques féodaux de cavaliers font la force (système d'arme efficace dans les grandes plaines, résilience d'un Etat décentralisé) et la faiblesse (immobilisme, féodalisme, limites du système d'arme, résistance au changement malgré les échecs, mal interprétés) de cet Etat. L'histoire des armements navals ou des fondeurs de canons à l'époque moderne, des fabricants d'armure.... Montrent la longue lignée de résistances de ce type..... Poursuivie par les industriels contemporains. Bien avant les affaires actuelles qu'on critique à l'occasion, l'exemple de Basil Zaharov (plus connu comme marchand de canon super star et sa façon d'alimenter les 2 parties d'un conflit en cours ou en vue) est à cet égard édifiant: par intérêt et à lui seul, il a retardé de plusieurs décennies la mise en ligne de sous marins modernes en Espagne (possiblement changeant le cours de la guerre hispano américaine) et handicapé le développement de la mitrailleuse dans plusieurs pays (pour le favoriser ensuite, une fois les bonnes licences mises à son compte).
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C'est effarant de voir, à travers l'histoire, ce comportement se répéter encore et encore: ne pas imaginer que l'adversaire soit compétent, ou même intelligent (et conscient de ses faiblesses donc, dans un cas d'une armée "développé" face à des troupes moins "avancées"), voire le mépriser. J'imagine bien que la lecture de tels événements, avec la "sagesse" de celui qui connaît la fin de l'histoire et son déroulement, la facilité de récits simplifiés en quelques lignes ou paragraphes.... Fausse la compréhension du phénomène. J'imagine aussi que dans bien des cas, ceux qui ont décidé des plans menant à ces fiascos n'étaient pas des imbéciles finis ni même nécessairement des gens foncièrement arrogants, même si le jugement de l'histoire les astreint, avec souvent beaucoup de facilité, à ce rôle (qui sera en revanche repris tel quel dans les récits de fiction, pour l'efficacité narrative et l'effet dramatique). Ils n'ont pas toutes les données, donc doivent prendre un parti et décider d'un déploiement, d'une posture.... Avec toujours trop peu d'information, pas de tableau général fiable. Bien sûr, des fautes sont souvent commises, et beaucoup sont évitables (le défaut de reconnaissance semble être une quasi constante dans l'Histoire pour nombre de ces bévues), et on trouve aussi beaucoup d'acteurs (juste pas ceux aux commandes ultimes) qui voient le drame à l'avance (ou prétendent qu'ils l'ont vu à l'avance dans leurs mémoires) et n'ont pas d'autre choix que voir le script se dérouler en live.... Mais à la base, il y a ce qu'on assume de l'ennemi et de son comportement anticipé, ses propres certitudes et doutes qu'on plaque ou nie.... Mais quand même.... Entre le mépris israélien pour les Arabes en 73, et mille autres exemples, on voit ce syndrome d'un sentiment de supériorité (racial, civilisationnel, chauvin/national, de caste....) qui n'est bien souvent qu'un nombrilisme sans imagination ("on est épatants, tout se déroule à l'optimum à l'exercice et en vrai, donc on peut niquer tout le monde") qui mène à cette maladie récurrente du complexe de supériorité. Le fait de trop se regarder le nombril? La dissonance cognitive dans l'observation de soi et des autres? Le manque de recul sur soi? Le manque de connaissances qu'on compense par les certitudes? Le fait d'avoir des visions préformatées du combat? De pas assez s'exercer en environnement non contrôlé (ce qui renvoie à la qualité des exercices, manoeuvres....)? Un exemple tragique parmi d'autres, de ceux qui voient le film avant qu'il commence: le maréchal Boucicaut (un vétéran revenu des illusions de charges "invincibles" qui lui ont coûté cher) et le connétable d'Albret à Azincourt; théoriquement commandants en chef de l'armée, ils refusent d'engager le combat face au déploiement des archers anglais derrière leur palissade de pieux, dispositif impénétrable (il a fallu du temps pour l'admettre), surtout sur un terrain large comme un couloir (façon de parler) et boueux.... Mais niet: les chefs d'unités sont des seigneurs de bien plus haut rang, qui veulent montrer leurs burnes..... La suite est connue. L'armée romaine a quelques désastres d'arrogance et de stupidité à son actif: Arausio (105 av JC) et toutes les batailles contre Cimbres et Teutons avant que Marius s'en mêle, Carrhae (53 av JC) puis la campagne de Marc Antoine contre les Parthes (34-33 av JC) en sont des exemples assez notables.
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Et en fait, mon point en la matière est que si on constate ces décalages avec les Brits, et s'ils sont avérés systématiquement, quel blocage mental ou institutionnel chez les gradés français empêche d'en prendre compte et de compenser? Est-ce juste le budget munitions qui empêche la chose? Ou y'a t-il un truc mal organisé au niveau de la remontée des retex? Des certitudes sur soi-même qui limitent la capacité d'adaptation (et la reportent jusqu'au moment de la confrontation au réel)? Ca vaut ce que ça vaut, mais le dernier article de B Bihan dans DSI s'attache aux cultures stratégiques des institutions militaires, surtout allemande et américaine en fait, avec mention rapide de la française (actuelle) qui serait trop purement tactique. Je croise ça avec tout ce qu'on peut lire et entendre sur la mentalité "système D" (imposé d'en haut) et le faux semblant du "souple, félin et manoeuvrier" revendiqué comme doctrine (et dans la réalité un habillage du "on manque de tout et on se foule pas en interne pour changer"), et ça semble inquiétant, surtout si j'ajoute le reproche qu'on a vu ici de la "dilution" des équipes expérimentées d'Afghanistan à leur retour en France, qui empêcherait de bien capitaliser l'expérience. Pris tout ensemble, pour le non initié, ça donne pas la meilleure des impressions sur la capacité de la mémoire institutionnelle en France à bien fonctionner. Sinon, je note l'empreinte de la conscription dans la façon de traiter le soldat en France avec ton exemple des corvées, qui renvoie aussi aux habitudes qu'avaient pris les généraux (les ont-ils encore) d'employer des MdR comme larbins, comme au temps des conscrits en grand nombre. A comparer aussi avec l'intéressant différentiel de conception des sous-unités et individus dans l'US Army et l'USMC: la première serait nettement plus "mécaniste", considérant plus ses troufions comme de la main d'oeuvre semi qualifiée ("l'infantilisation" mentionnée plus haut par TimTR) pour qui tout doit être codifié et rédigé en directives débilitantes. Par extension, dans une telle culture, je me demande comment l'info remonte vers le haut, et comment elle est considérée par le haut.
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J'entends bien les mécanismes mentaux, surtout ceux qui font barrage à un retex efficace par "idéologie de soi-même", mais j'avoue que je suis un peu à la pêche aux faits et anecdotes connus des forumeurs, histoire de me faire un tableau. Je suis particulièrement scié par le niveau auquel c'est arrivé dans les médias américains, et là je parle bien des experts militaires en tous genres intervenant dans les débats et émissions divers. J'ose bien sûr imaginer que là où sont les professionnels allant se faire trouer la peau, là où se font les retex et où se décide la doctrine et se forge la pratique, c'est plus nuancé, mais j'ai parfois des doutes (un prof d'école militaire et officier vétéran d'Irak, intervenant régulier sur une émission que je regarde, me choque particulièrement en la matière). Difficile de préciser exactement pourquoi, mais il y a une façon de faire équivaloir tactique et guerre, combat et guerre, capacité de destruction et capacité d'ensemble (d'une unité, d'un corps expéditionnaire) pour obtenir un résultat politique, qui semble valider le cliché selon lequel la capacité de guerre (au sens large: obtenir toute une gamme de résultats politiques donnés) américaine est avant tout limitée -à moyens équivalents- par leur conception et leurs certitudes, avec surévaluation, voire survalorisation, de la capacité de destruction, surévaluation des hommes et unités (et matériels plus encore, ou plus exactement surévaluation du rôle du matériel), un rapport bizarre au coût (avant tout le non questionnement du coût de quoi que ce soit une fois que la guerre est décidée, ce qui est autant un inconvénient qu'un avantage).... On comparerait presque la chose à la conception de la guerre et du combat par la caste des officiers prussiens puis allemand fin XIXème-XXème siècle: incompréhension de ce pourquoi on fait la guerre, de comment on obtient un résultat, focalisation exclusive sur l'excellence micro tactique et la destruction comme résultat en soi.... Avec pour conséquence incompréhension et incapacité d'adaptation quand victoire tactique ne veut pas dire victoire politique, que l'adversaire se recompose.... Que faut-il pour changer, pour s'adapter? Comme c'est historique, je vais pas tarder à invoquer l'armée romaine et quelques autres, mais je commencerais pour un comparatif par l'évocation de la Guerre de Cent Ans, sous l'angle des RETEX et de l'adaptabilité du "modèle militaire" féodal (plutôt un modèle anti-militaire.... Ou anti-modèle militaire :-[ .... Pas trop sûr.... Les deux peut-être). Cette adaptabilité fut nulle. Certes, les circonstances de l'époque PEUVENT expliquer partiellement l'inadaptation: les Anglais, une fois les premiers problèmes rencontrés, n'ont su ni s'adapter à la "grande stratégie" de Charles V et aux "méthodes" tactiques de Du Guesclin, ni s'adapter au nouveau modèle militaire français -avant tout tactique- sous Charles VII. Il se passe des décennies, et ces adaptations n'ont pas lieu. L'époque, les circonstances techniques, géographiques (avec les moyens de l'époque, la France est gigantesque, pour les communications, le partage d'expérience, la circulation des témoignages....), politiques/étatiques, économiques.... Compliquent beaucoup. C'est un fait, mais d'autres facteurs favoriseraient au contraire l'adaptation: ce sont les mêmes individus qui collectionnent les désastres ou y sont présents (fort heureusement, beaucoup de ces imbéciles se font tuer). Mais le point d'ensemble est que la remise en question est quasiment impossible parce qu'il y a un logiciel mental s'opposant au processus même de questionnement. L'idéologie féodale est politique, esthétique, individuelle (et de caste dans le même temps), économique autant que militaire (stratégique et tactique). La guerre est faite par intérêt personnel (rançons, pillage, valorisation/avancement), idéal de caste, conscience et obligation hiérarchique, et ces impératifs dictent aussi la façon de la faire: être cavalier (donc le cavalier prime tout), charger direct pour le choc, nier le rôle de toute autre troupe (souvent faite de pégus qu'il faut garder dans le rang et éviter de voir armés).... On connaît la chanson. Et malgré les déboires rencontrés ailleurs peu avant (en Flandres avant tout), les leçons ne sont pas retenues, voire sont niées, par des individus qui vont aussi constituer la mémoire des troupes vu qu'il n'y a pas d'armée centralisée disposant d'une "mémoire" propre (fut-elle biaisée). Ce processus ne commence que dans les années 1430-1440 (pas trop tôt, quoi). Avant cela, la "mémoire" et les retex ne passent que par des individus avec leurs propres intérêts, et tout au plus peut-on voir, en plus du roi (si tant est qu'il soit bon militaire), la personne du Connétable constituer un micro-noyau "national" (cad prenant en compte les leçons à l'aune de ce qui est l'intérêt national, et donc ayant une stratégie, pouvant éventuellement se décliner en approche tactique).... A ceci près qu'il s'agit là encore d'un individu à un poste convoité, donc à la mémoire changeant à chaque nomination, sans conservation du savoir. Et les individus de ce temps, au final dans leur vie, mènent peu de batailles: les dates qu'on voit dans l'histoire de ces guerres sont relativement éloignées, et une vie humaine (surtout son temps "utile") n'en couvrent pas une grande partie. Ils voient beaucoup de sièges, et très peu de batailles (autre que des accrochages mineurs), ce qui doit être un spectacle décousu dans le temps, sans cohérence facile à établir (donc d'où on puisse tirer une expérience "scientifique"). A cela s'ajoutent les entraînements (individuel et en petits groupes à domicile, et uniquement pour ceux d'un certain rang, en compagnies relativement régulièrement, en armée jamais) et les tournois (avec joutes, mêlées, béhourds, qui constituent l'horizon de la connaissance pratique du combat en groupes, et sont assez codifiés et éloignés d'une réalité moins rigide). L'idéologie -qui a déjà une forte empreinte sur ces esprits qui baignent dedans dès l'enfance- peut donc prendre tous ses droits pour dicter la façon d'interpréter les événements et la conduite à suivre.
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terrorisme Daesh
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Politique etrangère / Relations internationales
Voyons: les quantités évoquées dans l'article pointent un besoin national (pour 36 millions d'habitants) à 6,5 millions de tonnes de blé par an (non comptant les autres produits alimentaires nécessaires). En gardant le même compte, pour 8 millions d'habitants, on arrive à un besoin annuel d'environs 1,5 millions de tonnes (soient 125 000t/mois). Les infos manquent pour savoir quelles quantités ont été saisies, mais il semble clair que pas grand chose a pu être replanté, autant parce que nombre de fermiers se sont barrés, ont été tués, n'ont pas eu de quoi replanter (ni d'autres produits nécessaires: fertilisants, insecticides....), ont vu leurs champs détruits, l'irrigation devenir problématique, ou n'ont pas été payés (ne pouvant donc maintenir leur activité). Tout repose donc sur les stocks, côté ISIS (côté Irak, ça produit encore, et la voie des importations reste pleinement ouverte), et il semble qu'ISIS en a écoulé une partie contre du cash ou des armes: ont-ils gardé de quoi faire pour passer l'hiver? Ont-ils d'ores et déjà décidé qu'une partie importante de la population allait devoir se démerder (et crever)? Au jugé, les quantités impliquées semblent quand même importantes, mais aussi relativement limitées au regard des besoins (1,1 millions de tonnes en silos dans les régions prises par ISIS, évoquées dans l'article, soit moins d'un tiers de la production irakienne), et surtout non renouvelables pour l'avenir proche; le problème est peut-être géré pour l'avenir immédiat, et peut-être même pour l'hiver (auquel cas les manques signalés dans les grandes villes tenues par ISIS sont soit des problèmes d'acheminement, soit des mesures de chantages aux chefs locaux), mais il va revenir assez vite se poser, avec nettement moins de perspectives de résolution, vu que la production agricole n'est pas un truc très élastique: elle a des délais incompressibles pour être réalisée, et le nécessaire en la matière n'a pas été fait dans les provinces tenues par ISIS. Et là on parle que du blé: quantités d'autres productions, dont beaucoup sont plus délicates/demandeuses, plus fragiles et moins élastiques dans leur processus de production/acquisition, sont aussi nécessaires pour une population. Et la capacité locale, surtout vu la "gestion" qu'a l'air de préférer ISIS dans ses territoires (ces provinces agricoles sont aussi la zone de guerre), semble en avoir pris un grand coup. Faire passer les quantités évoquées n'est pas la même chose que faire passer des appoints, surtout quand il faut acheminer avec une certaine régularité et une certaine prévisibilité à cette échelle. Et payer plus cher. De l'autre côté, l'offre clandestine peut-elle répondre à une demande de cette nature? Quelques milliers de tonnes de blés sur un mois, j'imagine bien que c'est relativement facile à faire passer, mais quand on commence à parler en dizaines ou centaines de milliers de tonnes? Aussi bien la trouver (et la faire "disparaître") que l'acheminer semble un tantinet douteux. Encore plus quand il n'y a pas tant de frontières que ça par lesquelles ça transite, donc pas beaucoup de points d'origine. -
Ce sujet aurait aussi pu s'appeler "la maladie de la force", mais c'est pas une formule consacrée comme l'autre.... J'ai pas trop donné dans cette rubrique depuis un bail, et je ne suis pas sûr qu'il s'agisse réellement d'un sujet historique, vu qu'il vise à traiter avant tout du temps présent; mais l'histoire est la seule base de donnée disponible pour le traiter avec suffisamment d'exemples différents, donc.... Le point est ici de s'attaquer au complexe de supériorité occidental -américain avant tout, mais aussi le nôtre- en matière militaire, du caractère de "repos sur les acquis" qui semble frapper les armées occidentales, avec tout ce que ça entraîne en matière de sous estimation des besoins, d'absence de réforme ou au moins de remise en question des modèles et structures de forces (à tous les échelons), de subordination totale du militaire à un pouvoir qui s'en sert mal et à mauvais escient, de rognage des budgets (avec souvent l'assentiment servile du militaire où les carriéristes se masquent noblement derrière le "devoir d'obéissance" tout en se drapant avec un fatalisme aussi esthétique qu'hypocrite, dans les oripeaux de gardiens d'un temple en ruine).... "On ne fait pas ça à l'armée française", "nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts",... L'histoire regorge d'exemples de ce complexe de supériorité et de ses conséquences, mais récemment, j'ai constaté dans les médias américains la somme de micro comportements, "vérités" acquises et non questionnées, certitudes affirmées.... Concernant les forces US, et l'absolu consensus en la matière, de l'extrême droite à la gauche (y'a pas d'extrême gauche organisée significativement présente dans le débat US). Et ce consensus conduit par extension à des certitudes sur les positions à avoir en politique extérieure: la trame du débat, donc à l'arrivée, ce qui fait peser ou non dans un sens ou un autre, est définir par les lignes majeures de ces certitudes. Et ces certitudes sont des clichés: les forces US sont les meilleures en tout et peuvent niquer n'importe qui, mais elles ne peuvent pas faire de nation building parce que c'est impossible. Ce n'est qu'un exemple, mais à aucun moment quelqu'un voudrait ou pourrait dire que les forces US n'ont pas réussi ça aussi bien parce que la stratégie était mauvaise que parce qu'elles ont mal géré ce job. Et ça m'a fait repenser à une remarque de Michel Goya sur son blog, malheureusement pas suivie d'un développement, qui disait il y a un certain temps que les observateurs (français apparemment) auxquels il avait parlé avaient été très peu impressionnés par la performance tactique (j'imagine unité par unité, à l'échelon de sections, compagnies, ou bataillons) américaine. Tout comme j'avais lu un blog -référencé sur je sais plus quel topic- d'un volontaire de la Texas National Guard qui avait passé son déploiement avec une unité française et revu ses clichés, même s'il n'était pas plus impressionné que ça par les Chasseurs Alpins dont selon lui, le niveau de forme n'égalait pas celui de l'infanterie lambda américaine. Je cite ces deux exemples pour inciter les experts à se manifester et essayer de parler de la façon dont les armées, en interne, se regardent elles-mêmes et regardent/évaluent leurs homologues. Jalousie? Critique pertinente? Les armées et individus -soldats, experts, amateurs éclairés- passent leur temps à émettre des jugements -plus fins et informés, certes- sur les autres forces, et on retrouve les syndromes de nullité du voisin ou de l'herbe plus verte qu'il y a chez lui (vue fréquemment ici avec ceux qui bavent sur le "professionnalisme britannique" ou autres trucs dans le genre). Par là, et plus largement, je pose la question de savoir comment on se regarde et s'évalue nous-mêmes, et comment on fait la même chose pour les autres, et surtout, si la chose est faite plus pertinemment aujourd'hui, avec nos armées et regards soi-disant "modernes, informés et réactifs" autorisés par la technologie, le niveau d'éducation et d'information et les dispositifs en place, par rapport aux périodes passées -parfois pas lointaines du tout- ou tant d'armées se sont faites blouser par leurs certitudes sur elles-mêmes et les autres (sans même impliquer d'armes secrètes ou d'effectifs cachés), et les conséquences tragiques qui allaient avec. L'exemple de 1870 me semble plus pertinent, par exemple, que celui de 40, où la culture purement tactique du haut commandement français n'a rien voulu comprendre du changement stratégique/opératif que le système prussien (bien plus que ses armes) amenait, et où une armée prussienne aux troupes plutôt moins bonnes et aux officiers pas vraiment meilleurs, a vaporisé l'armée française en peu de temps. Pareil pour -situation inverse- la situation à Iéna-Auerstedt. On citera aussi en exemple le Vietnam, l'Irak (2003) ou l'Afghanistan, et notamment dans ce dernier cas, même à l'échelon tactique, une supériorité occidentale "unité contre unité" pas toujours si évidente (pas mal d'analystes disent que dans la période récente, si on "pondère" en enlevant l'avantage des appuis aériens, les pertes en unités de combat ont pas de différentiel si lourd).
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Allemagne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Tu m'étonnes qu'ils vont trouver ce genre de trucs: avec une armée en "3 tiers", dont un seul est en charge des opex dans les faits (qui assume donc la surchauffe des déploiements quand les 2 autres tiers des forces restent en Allemagne avec moins de moyens dédiés et d'entraînement), y'a de l'épuisement et de l'usure en vue. Et pour l'industrie, à force de vouloir produire le moindre boulon en Allemagne et d'acheter du coup obligatoirement chez des fournisseurs uniques sur chaque matériel, sans grande urgence ou contrôle foutu dessus (les producteurs, surtout dans cette économie, ont toute latitude pour imposer leurs conditions et préférences), le coût ne peut qu'exploser (et vraiment pas uniquement à cause des mauvaises habitudes des fabricants), et les performances n'ont pas à être au rendez-vous, et ce d'autant moins que les matériels majeurs n'ont même pas à être si performants, vu la nature des OPEX allemandes: la "sanction du champ de bataille" n'est pas vraiment à l'ordre du jour pour ces matériels là (sauf si les talibans avaient sorti brusquement des divisions blindées surentraînées de vastes grottes secrètes, ou les Shebabs des sous marins d'attaque ??? ). -
terrorisme Daesh
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Politique etrangère / Relations internationales
L'essentiel de cette aide se concentre sur les zones "atteignables" (proches des frontières, de la mer, ou de zone un peu sécurisées), et surtout, sur les camps de réfugiés, et elle évite la zone de l'EI, justement (ça veut pas dire qu'il pique pas quand il peut, ou essaie pas, mais là encore, ce genre de rapine ne fait pas un approvisionnement massif et régulier). Cependant, apparemment, apporter moins de 900Kcal/jour (qui est par ailleurs le seuil de sous-alimentation) à 4 millions de personnes environs (pas tous avec la même régularité) nécessite des sommes tournant autour de 50 millions de dollars pour le très court terme (1 mois? Moins?), et alors même qu'il s'agit d'une organisation achetant sur le marché régulier, avec des prix préférentiels, et négociant de larges quantités sur le long terme (fait baisser le prix). Combien ISIS paierait sa tonne de blé, même s'il pouvait l'acheminer, en comparaison? Donc à moins de quelque chose qui change radicalement dans l'équation, ou que la zone contrôlée par ISIS dispose de stocks alimentaires (et autres insoupçonnés), l'hiver risque de voir vraiment beaucoup de gens mourir. -
terrorisme Daesh
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Politique etrangère / Relations internationales
Oups, en plus j'ai merdé: il s'agirait plus de 2560t/jour (60% de la population est couverte dans cette hypothèse; j'avais compté 50%), mais c'est pas très important; le but ici est juste de visualiser les ordres de grandeur. Il faut cependant y ajouter: le nombre de points d'entrée et d'origine, essentiellement en Irak et Turquie, les seules zones où une activité d'échange peut transiter, et le prix.... Quelqu'un sait combien irait chercher la tonne de blé au black, surtout dans cet endroit? C'est rhétorique: je doute sérieusement que les quantités évoquées (qu'on soit dans les 100 ou 120 camions, ou beaucoup plus parce que je doute que tout puisse transiter si facilement dans des chargements uniques et bien ordonnés) puissent être acheminées, quotidiennement ou même mensuellement. Ou alors c'est que la frontière turque est vraiment TRES poreuse, et que l'Etat turc finance littéralement l'Etat islamique: on parle là, toujours dans cette "hypothèse symbolique", de 78 000 tonnes de céréales/bouffe par mois.... Ca vous semble le genre de quantités que la contrebande, surtout dans une zone aussi "chaude", peut gérer? Surtout avec un minimum de régularité? -
terrorisme Daesh
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Politique etrangère / Relations internationales
Je sais pas, mais je fais une évaluation totalement hypothétique et rapide, en supposant: - que la zone contrôlée par ISIS soit relativement capable d'opérer un circuit économique couvrant la quasi totalité de la population sunnite (environs 8 millions), cad qu'il y a l'infrastructure pour desservir tout le monde - que l'agriculture locale, dans l'état où elle doit être, peut couvrir 60% des besoins actuels et ceux de l'hiver: vu ce qui s'est passé depuis 3 ans dans le coin, j'ai plus que des doutes même sur cette hypothèse A raison d'un équivalent bouffe de 800g/personne/jour, majoritairement en céréales (pour simplifier), il faut importer combien de tonnes de bouffe par jour pour la zone? 3200t/jour. Ca fait combien en "équivalent camion"? Qui peut acheminer pareille quantité, et sans trop en perdre? Qui peut et veut l'exporter dans le coin (à ISIS, pas un client régulier/pépère), surtout sans que ça se remarque trop? 8 millions d'habitants, c'est vraiment beaucoup, pas les quantités que la contrebande offre généralement, et les manques semblent déjà s'accumuler, sur un territoire très découpé, pas uni, mal mis en valeur et dévasté, avec peu de terres arables et un processus de production et des circuits économiques sérieusement abîmés et désorganisés. Et là je parle juste de la bouffe: faut y ajouter les produits et matériaux pharmas/médicaux de première nécessité, et les mille et un trucs nécessaires à la simple survie et à un semblant de vie et d'activité économique. Quelque part, je vois pas ISIS capable non seulement d'acheminer même une partie de ces quantités et de la variété de trucs nécessaires, et encore moins de le faire dans la durée. Et les sommes dont ISIS dispose, et dont on nous rebat les oreilles, semblent importantes énoncées ainsi, mais quand comparées à ces besoins, à la nature des flux (contrebande = tu paies cher, tu vends pas cher quand t'es l'assiégé) et à l'ensemble de ce qu'il doit faire s'il veut jouer à l'Etat (infrastructures, services minimums....), je vois pas l'équation se résoudre. -
terrorisme Daesh
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, j'imagine bien: j'essaie en fait plus globalement de voir comment le "circuit économique intérieur" de l'EI peut fonctionner vu les goulots d'étranglement qu'il a à ses points de contact avec le circuit économique "extérieur"; le trafic est une chose limitée en quantité et en variété de biens échangés. C'est une chose d'avoir du cash, même en grande quantité, mais tu le manges pas, tu le bois pas, et les possibilités d'amener des quantités importantes de biens de toutes natures sont très limitées, voire inexistantes. Des caisses d'armement légers et de munitions, OK, des pièces détachées pas trop compliquées pour des 4x4, OK, des moyens basiques pour recevoir et envoyer des signaux (et donc se connecter sur internet), OK, des radios et moyens de com simples, OK.... Rien de tout ça ne représente physiquement des volumes gigantesques. Mais avec 8 millions d'habitants, une agriculture très limitée (encore plus par le fait des combats qui créent de l'incertitude sur les zones à planter, en occupent ou ravagent d'autres, déplacent des populations ou les tuent....), une économie et des infrastructures en lambeaux et sans possibilité d'être entretenues, eau et électricité qui manquent, et des communications intérieures handicapées, voire stoppées en nombre d'endroits, c'est difficile de répondre aux besoins. Et là, on parle de grandes quantités de matériaux de construction, de produits alimentaires.... Ca, ça représente, pour couvrir même une partie minoritaire des besoins, des flux importants et constants (flot de camions et/ou wagons), par essence non couvrables par la contrebande. Donc le cash, même s'il était en suffisance, je vois que partiellement ce à quoi il sert SI ET SEULEMENT SI ISIS entend réellement essayer de jouer à l'Etat dans la durée; si c'est pas le cas, ça veut dire que l'intégralité de la population concernée, ou en tout cas sa grande majorité (moins une minorité correspondant aux "critères" d'ISIS et surtout à ses moyens), est la variable d'ajustement de ce "système" branlant. Ca veut dire soit des morts par centaines de milliers, soit une réaction des clans sunnites.... Et pas une pro-ISIS. -
Le pire étant que souvent, ces pratiques se sont développées initialement à très petite échelle dans les zones où le financement d'une force de police locale -mais aussi d'autres services publics- devenait problématique, avant de se systématiser: on ne parle pas, pour 99% de ces cas (qui eux-mêmes ne représentent pas la majorité du fonctionnement de la police américaine, loin s'en faut), de mafias locales extorquant des fonds pour se payer une piscine privée, mais de légères tendances, de petits "coups de reins" sur les amendes ici et là, les saisies.... Mais qui s'accumulent au fil des années, s'intensifient globalement (sans que, individuellement, les flics eux-mêmes aient l'impression d'en faire tant que ça, ou tellement plus souvent qu'avant) et aboutissent aux chiffres qu'on commence à voir. Les villes petites et moyennes aux USA, de même que les banlieues résidentielles ayant un statut légal de commune (ou un des équivalents US: township, community, city....) et les comtés ruraux, ont beaucoup souffert ces 40 dernières années, et leurs moyens n'ont fait que décliner en même temps que nombre d'activités illicites se sont développées (fabrication de métamphétamines, production de marijuana, trafic d'armes, contrebande....).Cela arrive aussi dans des grandes villes (en fait, surtout celles à graves problèmes comme Detroit, Philadelphie, St Louis, Memphis....), mais plus rarement. C'est d'ailleurs pas étonnant de voir nombre de ces entités locales se ruer sur les programmes gouvernementaux comme ceux qu'on a critiqué ici-même -ceux liés à la militarisation de la police- et autres facilités issues du niveau fédéral: quand tu peux avoir un MRAP gratuit, c'est toujours mieux qu'une bagnole normale mais que ton service devra payer cash. Et c'est pareil pour les entraînements en général (pour les polices locales manquant de moyen, la formation initiale et les entraînements en cours de carrière sont des choses chères: il y a eu une tendance à en faire moins, et à en amaigrir le contenu, depuis des années), pour les armements.... Tu pourras ainsi voir des PD et SD locaux avoir des fusils d'assaut en quantité, et très peu d'armes de poing (et de stocks de munition), de tasers.... Toutes choses qui se paient comptant, contrairement aux M-4, Barretts et autres. De même pour le stage sniper ou celui d'assaut armé/entrée en force, par opposition à d'autres formations liées au travail de police "normal". La somme qui a été souvent mentionnée -et qui est plus que probablement sous-évaluée- est de 2,5 milliards de dollars saisis depuis le début des années 2000 pour les affaires sans procès ou poursuite après coup, c'est-à-dire ce qu'on peut apparenter à de l'extorsion pure et simple de gens normaux. Non inclus les sommes et biens pris à des gens normaux qui ont ensuite porté plainte (et ont rarement eu gain de cause), qui se confondent nécessairement avec les affaires criminelles (contre des gangs généralement) où ce dispositif légal a été utilisé. Ca me fait immédiatement penser aux appropriations violentes des "chevaliers de l'an mille" dans la période post carolingienne: des hommes d'armes arrivent dans un bled, prennent la baraque et le terrain les plus sympas, et mettent le bled en coupe réglée, s'en déclarant "seigneur et protecteur". Ou plus prosaïquement, la méthode d'appropriation d'un territoire par une mafia "bas de gamme" (le premier stade de l'économie du crime organisé): la "taxe de protection". Where might makes right.
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terrorisme Daesh
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Politique etrangère / Relations internationales
Et là, tu fais un peu ton anglo-saxon en te retournant sur les Australiens ;) :P , non? Et en plus, eux ils ont pas (encore?) craché sur la France comme les Sbifs et les Ricains.... Comme quoi, la chaîne du bashing, voire du mépris, est un grand rond: on prend toujours de quelqu'un pour renvoyer à un autre; dur d'être l'adulte dans la salle quand les insultes fusent, mais quand il le faut.... Les réactions épidermiques sont mauvaises conseillères, donc en attendant, souhaitons aux pilotes de bien faire et laisser braire. Surtout quand toutes les nations alliées ne sont là que pour jouer les supplétifs des youesses. Ceci dit, quelqu'un sait quelque chose des moyens de contrôler les flux financiers vers les coffres d'ISIS: si l'argent des services secrets du Golfe s'est tari, et celui des rançons est à la fois trop limité pour financer un Etat/proto Etat (mais à la mesure d'un mouvement terroriste/d'une petite armée mobile de fanatiques/paumés), et plutôt sur le déclin, il reste, outre les trafics divers, avant tout pétrolier, le financement par des donations de fortunes individuelles du Golfe. J'ai du mal à visualiser comment ça peut marcher, vu que le territoire contrôlé par ISIS ne doit pas vraiment être au top des infrastructures électroniques et d'un réseau bancaire développé (surtout après 3 ans de guerre civile pour la partie syrienne, et les ravages côté irakien), ou même comment ils peuvent dépenser leur fric à une échelle significative. Mais ces donations existent, continuent et semblent ne pas être négligeables, voire exister -tout ou partie- en dehors du territoire ISIS-ien, donc fournir un moyen "d'action extérieure". Comment les contrôler? -
terrorisme Daesh
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Politique etrangère / Relations internationales
On commencerait à avoir les premiers rapports systématiques de problèmes dans la gestion par ISIS des territoires du soi-disant "Etat islamique"; comme annoncé il y a un certain temps, gérer un Etat et une population n'est pas une sinécure, et c'est cher, et un peu partout seraient signalés des manques graves en matière d'alimentation, d'approvisionnement en eau et électricité, ce que le trafic de pétrole et de matériaux de construction, le racket, le pillage et les enlèvements ne peuvent réellement compenser, et ce malgré le trésor de guerre d'ISIS, dont le chiffre en soi impressionnant ne cache pas les grandes limites quand on le compare aux besoins de plus en plus concurrents du conflit à mener et des populations contrôlées (plus de 8 millions d'habitants). Les tensions sont importantes, par exemple dans la ville de Rakkah, où la nourriture manque gravement et où ce qu'il y a en la matière est centralisé et conservé armes à la main par ISIS pour l'alimentation de ses combattants. Prévisible (mais difficilement quantifiable), ce phénomène commence à être rapporté de multiples points en Irak et en Syrie malgré la rareté des informations sur le terrain. Très médiéval, très gangster; comme gestion.... A voir combien de temps ça va durer, combien de temps les populations vont le supporter, et surtout, combien de temps les chefs de clans sunnites vont le tolérer avant de réagir. -
Allemagne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai pas eu la prétention de faire une liste exhaustive (le forum a pas assez de mémoire pour ça :-X .... O tempora, O mores!); mais j'ai mentionné NS (pardon, N. Sarkozy) comme "achat" de Poutine. Ca justement, c'est un faux semblant: de l'offre politique crédible, il n'y en a pas. 10 candidats, oui, mais combien: - sont des gens sérieux, question programme, savoirs-faires et moyens de les mettre en oeuvre? Il suffit pas d'arriver dans un poste de pouvoir pour savoir l'exercer, tant sur l'aspect gouvernance que sur l'aspect politique. Et il faut un sacré capital politique pour pouvoir faire UN PEU de ce qu'on veut faire: somme des réseaux maîtrisés, bilan positif de services dus (à la dite personne) par rapport aux services rendus (et de la capacité à en rendre d'autres pour faire agir les gens comme on veut qu'ils agissent), capacité à financer ses campagnes sans trop être sous la coupe de tel ou tel intérêt, capacité à avoir des agents en nombre, loyauté et capacité suffisante pour exercer une politique, capacité à mailler le territoire et la carte électorale avec des majorités (locales et nationales) fiables.... - sont des chefs d'organisation ayant les reins, l'ampleur, le "capital" acquis pour gérer un pays et mener à bien une politique? Un parti crédible d'échelon national n'est pas quelque chose qui s'improvise, et y'en a pas 10, 8 ou même 3 en France. Y'en a qui veulent toujours pas essayer de comprendre pourquoi la révolution egyptienne n'a pas fondamentalement changé l'offre politique (militaires ou islamistes): c'est précisément pour ça. Une organisation nationale est un ensemble immense et complexe, long à mettre en place et hors de prix à maintenir, de même que quasiment impossible à faire fonctionner. Les USA ont, dans une certaine mesure, le même problème, juste sous un autre aspect: les 2 partis (ou plutôt les 2 conventions nationales: il n'y a pas de parti républicain ou démocrate de niveau fédéral, mais des partis dans les 50 Etats avec deux micro noyaux nationaux qui pèse très relativement sur chacun) sont des mosaïques très diverses idéologiquement, sociologiquement et géographiquement, dont les primaires et débats internes remplissent une bonne part de la diversité qu'on trouve dans nos premiers tours électoraux, avec, certains pourraient dire, une chance plus grande de voir des candidats alternatifs accéder aux nominations et disposer à partir de là des moyens de campagne et de gouvernance politique de grandes organisations. 3 choses empêchent l'émergence d'un 3ème (ou plutôt d'un 3ème et d'un 4ème) parti: l'inertie/l'habitude/les automatismes de pensée (donc la peur du changement), lourds et déterminants, l'importance des organisations en place (ce que j'évoquais) et le système électoral à un tour (qui place de fait les USA en position d'éternel second tour du point de vue français). Aux USA, les 2 grands partis sont le premier échelon parlementaire, mais ils ont aussi leurs blocages, verrouillages et dysfonctionnements propres. -
budget Les budgets militaires en Europe vont-ils souffrir de la crise ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Economie et défense
Je ne le nie pas (quoique pour ma part, je pense que comparer la portée des jets de pisse soit plus mature et pertinent), ce que je conteste est l'absurdité d'en faire des classements reposant sur des données fallacieuses, des simplifications infantiles, des biais stupides et des enquêtes bâclées. -
budget Les budgets militaires en Europe vont-ils souffrir de la crise ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Economie et défense
N'exagérons pas non plus: comment, passé un certain stade, peux-tu évaluer la puissance militaire? Certes l'armée indienne a des problèmes et nombre d'obsolescence, mais l'armée française serait bien en peine d'aller la titiller chez elle ou même de conquérir une enclave et de la garder, par exemple, et l'Inde serait encore plus incapable d'aller titiller la France à domicile, mais la France peut projeter, et surtout dans l'urgence, des forces plus capables (même si limitées) à longue distance, face à un nombre plus important de situations spécifiques. Pareillement, Israël a une armée très efficace et puissante (France et Angleterre seraient aussi dans la merde s'il fallait aller dans le coin et s'y frotter), mais passé 100-200km de ses frontières, elle n'a plus vraiment de capacités significatives. Le terme de "puissance" est très galvaudé et ne veut pas vraiment dire grand chose dans l'absolu, ce qui souligne, outre les multiples problèmes de chiffrages, l'absurdité et la stupidité de ces "classements" que la presse publie dans tous les domaines, des plus beaux people aux grandes fortunes en passant par les universités ou les tailles de bites. -
Cette loi de saisie a été largement abusée, voire systématisée à grande échelle, pour de l'appropriation pure et simple (pour les PD et SD, et souvent, indirectement, pour les policiers eux-mêmes); le fait est régulièrement évoqué dans les médias, sans avoir jamais franchi le cap de devenir un scandale national, de même qu'un autre scandale lié aux polices locales mais présent partout: la surexploitation des quartiers défavorisés (surtout ethniques) pour le financement des institutions municipales ou de comté, via un matraquage d'amendes de tous types qui s'enchaînent, s'empilent -souvent jusqu'à l'impossibilité de payer, qui elle-même entraîne l'emprisonnement, lui aussi une industrie profitable à tous échelons de la politique.