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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Sans compter un trait particulier du SAS, même si certaines unités ricaines (SEALs en tête) commencent à les rattraper: y'a aucune autre FS au monde qui fasse autant de marketing. Z'écrivent des bouquins en sortant du service (on leur aurait dit de se calmer là-dessus), et tout est fait pour augmenter la "légende" du service qui bénéficie d'un buzz, et en conséquence d'un niveau d'attention, sans comparaison avec les autres unités de même type. S'il y avait des statistiques dessus, le bilan médical des épreuves de sélection serait déjà un peu plus indicatif du niveau de difficulté (pas vraiment un déterminant absolu, mais mis dans le bon contexte, ça peut révéler des trucs), du moins si on le pondérait par le profilage qualité des candidats (si 30-40% des candidats n'ont rien à faire là, tout est faussé); les morts sont la partie accidentelle de ce bilan médical, des exceptions dues à de mauvaises circonstances réunies à un endroit et à un moment donné, voire à un problème dans le suivi des candidats sur le terrain (laxisme, trop faible effectif de suivi....), pas vraiment à un niveau de difficulté du genre "c'est pas pour les pédés". S'il y avait 3 morts tous les ans, ce serait peut-être plus indicatif (mais d'une difficulté exagérée, d'une vision idéologique de la sélection -type "si y'a pas de morts, ça vaut rien"- et/ou d'un je m'en foutisme terrible), mais j'ai là aussi des doutes. Au final, l'ensemble des épreuves, aussi imposant soit-il, ne sert qu'à déterminer quels sujets ont la bonne combinaison de quelques capacités clés à un niveau suffisant pour justifier l'investissement ultérieur dans leur formation. Mais ces capacités clés ne sont pas très nombreuses, dans l'absolu: elles sont dures à détecter, au niveau auquel on les demande, et il faut pousser loin pour que les recruteurs soient raisonnablement sûrs de les trouver. Mais si on veut inverser le paradigme, on peut poser la question de savoir combien de candidats qui échouent ont ces capacités et feraient de bons opérateurs FS, mais ont juste eu un coup de malbol au jour J (et combien ont passé le cap avec un peu de bol). Le filtre est avant tout fait par des humains pour sélectionner d'autres humains: il n'a rien de parfait, et c'est au final un truc issu de méthodes artisanales/empiriques empreintes de conservatisme tâtillon dans les critères et méthodes. Ca a ses avantages et ses défauts.
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Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Y'a pas une appli pour ça? Enfin bon, les Ukrainiens, la révolution, toussa..... (Je sais, je voulais ramener vers le sujet, mais y'a pas.... La flemme, quoi. Même pas envie d'essayer) -
Les énormités et clichés du cinéma et séries télévisées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Erreur, tu oublies que depuis un certain temps, ces scènes ont tendance à être nettement moins.... Définitives qu'avant. Le perso mort tragiquement a tendance à souvent revenir après: dans les séries surnaturelles, c'est de la résurrection pure et dure, dans les séries "espionnage"/action, c'était soit une mise en scène, soit dès que le survivant (ou la caméra) quitte la scène, une méthode de soin révolutionnaire ou un véritable hôpital de campagne arrivent et remettent le semi mort au top pour un grand retour (comme antagoniste, allié surprise ou partie prenante d'un autre type) plus tard dans la série/la suite du film. La mort est, dans les fictions des 15-20 dernières années, je trouve, nettement moins définitive qu'avant. Au point que quand elle arrive pour de vrai (pour des persos principaux, attention, pas des moldus), on a tendance à se dire "quoi? Juste comme ça? Après qu'il/elle ait survécu à 10 noyades, 38 bombes, 7689 balles, 25 coups de couteaux, 12 accidents de voiture et 2 mariages? N'importe quoi". -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Toute notion de groupe (au-delà de la famille immédiate dans une certaine mesure) est artificielle (d'un point de vue biologique), c'est différent: c'est un artifice nécessaire pour l'espèce humaine. Dès lors qu'on perd cette notion de base pour donner trop d'importance au groupe, là ça devient stupide, quel que soit le groupe. Ce n'est pas un groupe puisque ce n'est pas organisé. Ca ne l'est qu'en regardant de façon abstraite et de considérer la chose comme un "ensemble", mais c'est un ensemble qui a bien peu de réalité. Les athées, par exemple, ne sont pas un groupe: il y a plein d'athéismes différents, dont certains appartiennent à des idéologies séculières qui elles sont des groupes. Mais définir l'athéisme comme un groupe sous prétexte qu'il constitue aussi un ensemble d'humains différents de ceux qui croient en une religion ou une autre, c'est définir par le vide. Un ensemble artificiel (qui peut être utile à l'occasion par commodité de langage) n'est pas un groupe. Un groupe est organisé, avec des éléments communs (abstraits ou physiques, construits ou non), et un degré plus ou moins prononcé de lois et codes, écrits ou non écrits. Ca sonne peut-être bien dans des discours purement rhétoriques et sans trop de contradicteurs, avec une audience déjà acquise ou constituée d'ados, mais c'est pas très sérieux. Qui a exclu une religion ici? Personne ne l'a fait dans les remarques précédentes: faut pas raisonner en absolu. On a l'impression que t'as déjà eu une réaction instinctive de groupe, là: tu as imaginé une agression, et tu y réagis direct en te plaçant dans le groupe attaqué, à désigner des méchants et des gentils. La question dans le cas présent n'était pas de parler de la religion juive ou de l'identité des juifs en tant que groupe, mais juste de pointer le fait que les mécanismes mentaux formant le groupe et l'identité collective sont exactement les mêmes: ce qui varie, c'est le degré auquel ils sont poussés, tant dans l'esprit d'une minorité ou d'une majorité, que dans la pratique générale telle qu'elle est au sein du groupe à un moment donné. Eh Comme dit plus haut, c'est précisément de la discrimination, potentiellement une forme de racisme (si on considère les juifs comme une race/ethnie, ce qui est plus que discutable), en tout cas du sectarisme (terme plus générique que je trouve plus approprié: après, en terme de pratique, il peut n'exister qu'à l'état de léger préjugé culturel qui tend à favoriser les mariages au sein du groupe, et il peut aller jusqu'à l'inverse extrême qui est d'établir une législation imposant le mariage au sein du groupe. Dans tout les cas, c'est un préjugé de discrimination et d'exclusion (qui peut donc n'être qu'un léger biais, ou une interdiction formelle, voire devenir une haine pure et simple, à tendance activement violente) imposé par le groupe à l'individu; si c'est pas à un degré alarmant, c'est juste un léger biais qu'on acquiert essentiellement inconsciemment par l'éducation et le milieu dans lequel on grandit. C'est pas parce que la loi du groupe vient d'un principe religieux plutôt que séculier que ça change quoi que ce soit à la chose. -
Les énormités et clichés du cinéma et séries télévisées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Oui, mais c'est pas la question; quand tu creuses bien profond dans les motivations et actions des individus, c'est toujours ce genre de trucs qui émergent. -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Ils n'ont pas COMMUNIQUE de la même façon. La réalité derrière.... On la connaîtra pas. Et la communication a aussi été contrainte par les événements: Poutine s'est pas fait surprendre la main dans le pot de confiture, lui. Hollande si, et il avait plus vraiment de bonne option de com après ça; si ça avait pas été le cas, tu peux être sûr qu'on aurait eu le même genre de "on restera toujours amis", "c'était une décision commune".... -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est la même chose et le même processus mental; au final, c'est une conception du groupe, de son "identité" (telle qu'on la voit), de ses droits sur l'individu membre et de comment on décide qui a la carte de membre ou pas. La trouille de la "disparition" du groupe ou de sa "dissolution" amène à considérer chaque cas individuel comme une offense au groupe, et par là à soi-même, via l'assimilation de soi au groupe (ce sur quoi tout phénomène d'identité collective repose). Même processus mental: une idéologie et une religion, c'est chou vert et vert chou, avec exactement les mêmes tendances aux extrêmes.... Et les mêmes tendances à écraser l'individu au profit réel ou supposé du groupe. Avec à l'arrivée, dans ce cas, un type qui va peut-être se faire dicter avec qui il a le droit de sortir par des idéologues (appelle les bigots si tu veux, c'est juste un mot différent pour le même public). -
Les énormités et clichés du cinéma et séries télévisées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Normal, le grand méchant a eu une enfance malheureuse et veut, au fond de lui, l'attention de sa maman et/ou la reconnaissance de son papa: à quoi lui servirait son plan machiavélique et ses fruits si celui qui s'oppose à lui (qui "devient" du coup la figure paternelle) ne reconnaît pas son génie, sa supprématie et/ou sa légitimité à exécuter ses desseins. Au fond de lui, le méchant veut un câlin du gentil à qui il explique son plan. -
Pas vraiment; ça va avec la chose, et il y a certainement une forme de culture de la "force" et des trucs virils qui va dans la part de l'establishment conservateur qui encourage ces deals, mais ce n'est pas la raison première. Dans l'ensemble, c'est pas un complot, ou une volonté agissante de renforcer l'exécutif et l'appareil sécuritaire pour établir une autorité dure (surtout quand on connaît la structure des forces de l'ordre aux USA, très peu centralisée): c'est une tendance générale qui résulte du cumul des arrangements locaux, des deals politiques, du flux des intérêts (par exemple, les sociétés de sécurité encouragent et financent les politiques qui les favorisent, évidemment). On distingue cette tendance sur des années, parce qu'elle accumule les deals de cette sorte, mais ce n'est pas un truc planifié. De l'autre côté, l'exécutif a tendance, comme les autres pouvoirs, à essayer de maximiser ses moyens pour remplir sa tâche au jour le jour, ou se rendre la vie plus facile/moins dure (quand on voit à quel point c'est devenu dur de passer une loi ou une décision sur quoi que ce soit), ou simplement obtenir des résultats visibles/vendables pour la prochaine élection, en plus d'y être amené par les divers groupes de pression et intérêts économiques et politiques en jeu (plus le lobbying interne des dits organismes de sécurité, en partie au nom de leur expertise qu'ils savent vendre et utiliser pour tout justifier, en partie par pression des empires bureaucratiques internes qui concourent pleinement des luttes politiques). La militarisation proprement dite pour les forces de polices locales, étatiques et fédérales, au plan strictement pratique (méthodes, mentalités, matériels) n'est pas un absolu non plus, même si c'est une tendance marquée, et elle résulte de nombreux facteurs, dont: - l'évolution post 11 septembre qui a renforcé, voire pendant un temps cristallisé le domaine militaire/renseignement comme l'absolue référence, l'antiterrorisme allant au-delà de la seule logique policière et devenant un domaine "attrape tout". - l'énorme disponibilité des matériels militaires/militaires-like a largement favorisé l'évolution, surtout au plan visuel/culturel - il y a, depuis les années 70 (et l'apparition du domaine antiterrorisme comme partie intégrante du job des forces de l'ordre), une évolution culturelle interne vers un certain degré de militarisation dans les modes opératoires, qui a "atteint" graduellement la mentalité policière générale. C'est particulièrement présent aux USA, pour diverses raisons et évolutions: depuis l'émergence des groupes SWAT (devenus référence, exemple à suivre....) en passant par la militarisation des grands problèmes aux USA (dès qu'il y en a un, c'est la "war on drugs", "war on crime".... On appelle tout "guerre", ce qui reflète plus que du simple vocabulaire).
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Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Ouaaaaah, qu'est-ce qu'ils sont pour la démocratie et les libertés individuelles, les idéologues, bigots et zélotes. Ca va causer sec autour de la table familiale.... Des conversations qui ne devraient plus avoir lieu au XXIème siècle, et qui puaient déjà avant. -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
La culture, c'est ce qui guide ta façon de voir et de faire sans que tu t'en rendes compte. Poutine a dragué Julie Gayet? -
Opérations spéciales « privées »
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Forces spéciales et clandestines
Je pensais à un raid d'un cartel mexicain à El Paso il y a quelques années, qui avait envoyé ses hommes opérer en uniforme de flics américains: les personnels concernés n'étaient certainement pas "FS-qualified", et il devait y avoir tout sauf la logistique d'un service de rens ou d'un équivalent COS/USSOCOM derrière, mais dans les faits, quand une orga criminelle réalise ce genre de coup, et en plus à travers une frontière (même si El Paso est sur la frontière, dans une zone "poreuse" vu la continuité de la ville avec le pont-frontière), qu'importe les différences de cet acabit: dans les faits, on peut dire qu'il s'agit d'une opération clandestine/spéciale de la part d'une organisation (surtout un cartel mexicain, de fait des entités féodales dans l'Etat mexicain) agissant pour son intérêt propre par des moyens non conventionnels empruntant beaucoup (surtout depuis l'apparition des cartels dits "de 3ème génération") aux méthodes militaires/SF/services de rens. Plus loin dans l'Histoire, on a tout le principe, et souvent l'ambiguité des corsaires, surtout ceux se démarquant de la masse de ceux opérant la "course" la plus banale (raid sur le cabotage côtier et les convois passant) pour réaliser des "coups" importants: Surcouf allant opérer dans l'océan Indien réalise de fait un vrai coup géopolitique, malgré l'échelle toute relative de sa petite entreprise (la portée est démultipliée par le lieu et son efficacité), par exemple. Duguay Trouin montant une entreprise (de fait une joint venture commercialo-militaire) pour aller s'emparer de Rio en est un autre. Ces opérations supposent en outre un long travail de renseignement (et de négo, intermédiation, corruption, voire actions ponctuelles violentes -type assassinat, intimidation, menace, prise de gage, vols de documents....) avant et pendant leur réalisation et, loin des résumés rapides qu'on a dans beaucoup de livres, sont des entreprises vastes et complexes échappant en grande partie au processus de décision de l'Etat qui chapeaute finalement parce que c'est en temps de guerre et que dans l'ensemble, même si certains aléas font chier, voire peuvent embarrasser, soutenir cette activité (ne serait-ce que pour ne pas décourager d'autres initiatives) est jugé comme servant l'intérêt général. La nature fondamentalement différente des "points de référence" (l'Etat ou l'intérêt particulier) apparaît cependant même en temps de guerre, comme le montrent les nombreuses instances de procès rendant à la partie lésée (armateur, propriétaire....) tout ou partie de son bien au détriment du corsaire, la loi (et les conventions internationales) reprenant ses droits à l'occasion (plus on avance vers le XIXème siècle, plus ce droit est strictement défini). La lettre de marque, légalement abolie par convention internationale, a failli faire son retour juste après le 11 septembre, et encore en 2009, via Ron Paul (encore sénateur) qui a fait du forcing pour rétablir l'usage (qui va apparemment bien avec sa vision "libertarienne"), et avec elle, c'est toute la question, sur le plan légal, de la guerre privée qui peut revenir sur le tapis. De fait, si ce retour advenait, ton topic ne serait même plus une question limitée aux activités clandestines, puisqu'il s'agirait en droit plein et entier de rétablir des entités non étatiques ayant le droit de servir leurs intérêts par la violence (clandestine/FS et conventionnelle), comme un moyen normal d'obtenir ce qu'on veut (même si dans les faits, et dans certaines limites, hors des guérillas et maffias, le fait existe largement dans la sphère clandestine et un peu au-delà). Au final, l'action clandestine/spéciale est un moyen de la guerre et de l'action étatique violente comme un autre, sans doute l'un des plus "purs"/"authentiques" puisqu'il s'agit d'une sphère ayant par définition une très faible codification légale (pas de nécessité d'une guerre ouverte, pas vraiment de lois ou conventions internationales régissant la chose....), où il y a peu d'intermédiaires entre le pouvoir central et les "effecteurs" sur le terrain (qu'il s'agisse d'individus, d'équipes, de drones....) et où les barrières sur le cadre de décision et d'action (codes moraux/éthiques, respect de normes, d'alliances....) ou les moyens employés sont les plus restreintes (et quand il y en a, elles sont informelles): c'est la coercition politique au plus essentiel, la violence la moins restreinte. Donc dans un certain sens, c'est l'ensemble des moyens et types d'actions exercés hors de tout cadre, que toutes les organisations, qu'il s'agisse d'Etats ou non, ayant des intérêts à défendre/favoriser, utilisent sans vergogne. Sur ce plan là, maffias, guérillas, mouvements terroristes, entreprises et Etats se valent (ces derniers ayant cependant des comptes à rendre au-delà du seul succès ou insuccès d'une action). -
Oui, et je précisais que ce n'était qu'une opinion (puisque d'autres la jugent absolument injustifiable), et comment elle se partageait aux USA, où des deux faisceaux d'arguments qui s'opposent à la peine de mort (pas à l'exécution d'un gars en particulier), aucune ne semble clairement dominer, sauf peut-être un léger avantage à l'opposition de principe. Le corollaire d'une domination affirmée de cette famille d'arguments sur l'autre (l'absence de certitude dans la quasi totalité des cas où la peine de mort pourrait être invoquée) est le raidissement des partisans de la peine de mort sur la position idéologique inverse, et le renforcement de ceux qui, chez ces partisans, se fondent avant tout sur ce motif. Le résultat est un débat qui tend aux positions de principe de part et d'autres, donc aux élans passionnels (parfaitement incompatibles et conduisant à l'épreuve de force et aucune possibilité de débat raisonné se fondant plus sur le domaine pratique), ce qui, sur la scène politique américaine, est assez caractéristique de la polarisation de nombre de débats et des groupes électoraux structurés depuis un certain temps.
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Ca ce n'est qu'une opinion. Il y a deux faisceaux d'opinions/d'arguments s'opposant à la peine de mort (tout comme il y en a deux distincts sur le thème de l'avortement): - la faible occurrence de cas où la certitude peut effectivement être établie, et donc la difficulté à fonder un tel châtiment sur une base solide: si la peine de mort devait n'être appliquée que dans ces cas, elle perdrait toute prétention à l'argument de la dissuasion (et déjà cet argument tient mal debout), tant le nombre d'exécutions serait faible. Ce serait donc une question de principe, de culture peut-être - l'opposition au principe de la peine de mort, par choix de civilisation Aux USA, ils n'ont pas réellement focalisé un des deux comme axe dominant au plan national, mais il semble que dans les Etats où la peine a été abolie, l'argument dominant soit, contrairement à ce qu'on peut penser, celui du principe, soit le rejet, approuvé par les populations concernées, du fait qu'on puisse exécuter un être humain (aussi terrible que soit son crime) et appeler la chose justice. C'est de fait un "choix de civilisation", et en fait une évolution de la façon dont des populations se voient. Le droit à l'avortement, pour comparer, a beaucoup plus tôt fait un choix clair sur la famille d'arguments qui le justifie dans la culture américaine: c'est le droit individuel, des femmes en l'occurrence, à décider de leur vie et de ce qui se passe dans leur corps. En France, et en Europe en général, la tendance qui a porté le choix politique allait plutôt vers l'autre famille d'arguments, à savoir le fait que quoiqu'on fasse, les avortements arrivent (et tendent à ne pas diminuer quelle que soit la loi), et qu'en conséquence, il convient de rendre la chose pratique, contrôlée et sécurisée (et moins chère pour les populations vulnérables).
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Opérations spéciales « privées »
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Forces spéciales et clandestines
Tu inclues dans ce sujet les opérations et organisations qui sont, totalement ou en partie, des fronts ou commodités pour des agences de renseignement/des gouvernements? Les Américains, et dans une moindre mesure les Anglais, ont quand même une culture/tradition d'avoir une sphère d'organisations privées et d'individus (souvent des personnalités hautes en couleur et/ou des gens très riches et impliqués dans le "grand business" ou des intérêts locaux dans des pays sensibles) opérant pour le compte de leurs services (offrant la "deniability" et/ou libérant des moyens ailleurs, voire offrant des solutions de court terme pratiques ou plus rapides). Ca peut devenir de fait très nébuleux si on inclue cette sphère, et on peut vite l'assimiler de fait à un schéma de semi corsaires (soumission au traitement réservé par les lois de la guerre en moins), par opposition aux "pirates" que seraient des organismes réalisant des opérations spéciales réellement privées au sens où l'intérêt qu'elles servent est celui d'une société, d'une organisation non étatique (criminelle, terroriste, guérilla....). Si c'est juste la mise en oeuvre (réalisation de l'opération elle-même, avec des degrés divers d'implication dans sa conception) qui est ton angle, c'est déjà assez différent il me semble. -
On l'a déjà vu sur un autre topic: nombres de forces de l'ordre (agences fédérales, Police et Sheriffs Departments, Polices d'Etat....) ont bénéficié de l'après 11 septembre qui a vu un gigantesque plan de financement au nom de "la guerre contre le terrorisme", qui a été essentiellement un immense arrosage de fric pour acquérir du matériel et des services d'ordre sécuritaire (tendance très militarisée), et booster les effectifs, soit en fait surtout gagner de l'influence politique localement. On peut voir la continuation de cette mentalité dans l'actuel plan -et la lutte politique qui va avec- concernant la frontière mexicaine: elle n'est plus réellement un problème (le nombre de clandestins la passant est risible, et on sait que la fortification d'une frontière de cette taille marche peu et mal), mais les dizaines de milliards vont continuer à affluer massivement dans les années à venir, pour des trucs hallucinants (drones, fortifications, réseaux de capteurs pléthoriques, effectifs dantesques, surarmement....) qui sont surtout un moyen pour les conservateurs des Etats frontaliers (en fait surtout Arizona et Texas) d'injecter des masses de fric dans les canaux qui leur rapportent politiquement, et satisfaire leur base électorale (les plus radicaux) qu'ils ont passé des années à cultiver en jouant de l'alarmisme le plus absurde.
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D'affinités? Avec Israël. Ils n'en ont quasiment aucune avec l'Egypte; avec elle, ils ont un intérêt majeur. Pas vraiment économique (quoique le canal continue à jouer un grand rôle et que l'aide budgétaire soit un enjeu pour nombre de boîtes US), mais surtout de sécurité; l'importance de l'Egypte est de ce point de vue équivalente, sinon supérieure, à celle d'Israël, et justifie l'aide militaire et civile consentie par Washington qui garde en fait un intérêt majeur à maintenir le compromis de Camp David. L'intérêt américain pour Israël est assez contestable si l'on se place du pur point de vue de la realpolitik: il y a un réel intérêt économique, de même qu'un intérêt à cette pork barrel politics de défense (verser des aides pour que le pays ciblé achète américain), mais dans l'ensemble, de ce strict point de vue, les USA auraient moins de problèmes en ne soutenant PAS Israël. Mais il y a des affinités sur de nombreux plans (population juive américaine, nombre de familles réparties dans les deux pays, histoire, affinités culturelles et politiques....), traduites par le lobbying d'intérêts majeurs (l'élite de la communauté juive, les intérêts qu'elle représente, la force de cette communauté dans certains Etats clés et certains échelons de l'économie, des médias et de la politique) auprès du Congrès et de l'exécutif (et de la population américaine), mais aussi par l'effet multiplicateur obtenu par la permanence de cet intérêt pour Israël dans une proportion énorme de la population américaine, pour diverses raisons (dont l'activisme du lobbying/de la com sous de multiples formes depuis longtemps). Donc si ton terme choisi est "affinités", la réponse est sans ambiguité; peu pour l'Egypte, sinon aucune, et beaucoup pour Israël. Si tu l'entendais autrement (incluant l'intérêt "realpolitiker"), la réponse est plus complexe.
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Petit "coup" de com de la Maison Blanche, pour les fanas d'histoire américaine et de la série The West Wing: après le Discours sur l'Etat de l'Union (SOTU), la Maison Blanche tiendra un "Big Block of Cheese Day", en référence à un événement lancé par Jefferson, qui avait ouvert à tous la consommation d'une gigantesque (plus de 600kg) roue de fromage, envoyée en cadeau public par les supporters d'Andrew Jackson qui voulaient marquer le coup et dire qui c'était Raoul. La tradition avait été fictivement reprise dans The West Wing, et transformée par l'administration Bartlett en journée "portes ouvertes" de l'exécutif pour des groupes d'intérêts, porteurs de projets d'intérêt public, qui n'auraient en temps normal aucun accès aux oreilles de la Maison Blanche, soit parce qu'il s'agit de projets trop éloignés des priorités, soit parce qu'ils sont faramineux, soit parce que les dits groupes sont sous financés, soit enfin parce qu'ils sont un tantinet farfelus (la série mettant évidemment l'accent sur ceux là). A comparer avec la corvée des "walk in" à la CIA (vue au début de la série Covert Affairs comme un bizuthage ou une punition, prioritairement affecté aux newbe), où il existe un local ouvert au public pour toute personne pensant être tombée sur un renseignement de valeur (ou tout agent faisant défection discrètement).... Et qui voit surtout affluer une bonne partie de la population des tarés de théorie du complot. Quoiqu'il en soit, la Maison Blanche va avoir un VRAI Big Block Of Cheese Day mercredi....
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[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Vu le pilote de Black Sails ce WE (épisodes d'1h): une série de pirates, avec des moyens, et dont une deuxième saison (10 épisodes comme la première) a été commandée dès le prévisionnage lors d'un Comicon. Cadre assez rare pour une série, même si très partiellement "militaire", il s'agit pourtant bien d'une série d'action, de violence, d'espionnage avec des militaires dedans (la Royal Navy et la Marine Espagnole essentiellement).... Et de pirates qui sont là avant tout pour leur pomme individuelle, donc changeant sans arrêt leurs plans et leurs loyautés pour s'enfiler les uns les autres à la première occasion. La série se situe dans le cadre du "2ème âge d'or de la piraterie", en 1715, soit la période qui suit la fin de la guerre de succession d'Espagne qui vit, sur une très courte période de temps, une grande quantité de marins militaires, de corsaires et de soldats démobilisés et lâchés dans la nature sans perspectives ni avenir, mais pleins de savoirs-faires, d'amertume et de traumas issus d'un long conflit. Le lieu? Nassau, dans l'île-colonie abandonnée (pendant la guerre) de New Providence, où, pendant quelques années, corsaires, pirates, receleurs, traficants, esclaves évadés et hors la loi de toutes sortes ont fait régner leur (absence de) loi. Là ont émergé quelques-uns des plus fameux noms de la flibuste: Henry Jennings, Edward England, Edward Teach (Barbe Noire), La Buse, Charles Vane, Calico Jack, Ann Boney.... Et là aussi sont nés quelques-uns des pirates fictifs les plus célèbres, dont le terrible Capitaine Flint et un certain Long John Silver, les deux noms qui émergent de l'île au trésor.... Et ce sont ces deux noms qui émergent aussi dans cette série, puisque le personnage principal, sinon le héros, est bien le capitaine Flint, avec un jeune John Silver déjà tout sauf gentil, honnête et innocent, qui joue les trublions dans la "routine" d'une Nassau au fonctionnement chaotique. Les personnages fictifs "classiques" et ceux inventés pour la série côtoient des personnages historiques sur fond d'une histoire qui se veut une lointaine "prequel" de l'Ile au Trésor, annonçant ce qui constituera son but (le trésor fabuleux piqué à un galion espagnol du Train d'Argent) et essayant d'instiller le sentiment crépusculaire de la sourde menace qui pointe contre le paradis de la piraterie, à savoir la réponse du monde civilisé (qui viendra en fait graduellement entre les années 1718 et 1725, grosso merdo) à cet état d'anarchie permanente sur les routes commerciales des Indes occidentales et orientales (les mêmes individus allaient aussi opérer dans l'Océan Indien) et du Golfe de Guinée. Bon, cette ambiance crépusculaire reste pour l'instant un peu plate, de même que l'ambiance générale qui manque de force. Je ne cache pas que j'ai trouvé ce pilote un peu fade. Difficile d'être plus précis, en fait: la série a du fric, et elle le montre, mais, même si elle évite beaucoup de clichés, d'exagérations et de facilités communes au genre, elle cède quand même parfois un peu trop à un certain nombre, et j'ai eu l'impression de manques qu'on identifie et nomme moins précisément qu'on ne les ressent à la longue, sur l'ensemble de l'épisode. Manque de rythme dans la narration, manque de force dans l'intrigue, manque de puissance dans les personnages.... Dur à dire, mais "manque" est le mot. Ce n'est cependant que le premier épisode, dont attendons. Surtout qu'avec un tel cadre, si rare à la télé, j'ai envie de toute façon de donner tout le bénéfice possible à ces (nombreux) doutes. Les acteurs sont pour la plupart inconnus au bataillon (sauf le capitaine Flint, incarné par Toby Stephens qui est un acteur anglais raisonnablement connu, ex grand méchant d'un James Bond....), les nanas sont girondes et pas farouches (et certaines sont très violentes), il y a (bon point) beaucoup de "gueules" dans un monde de la piraterie pas exagéré, pas pasteurisé et somme toute très bien rendu, les navires sont pas mal (quoiqu'en mouvement, le CGI se voit un peu trop), la violence est salissante, vicieuse et méchante (et pas omniprésente).... Et le format d'épisodes d'une heure offre un changement agréable. Sinon, j'ai regardé la série française Odysseus, produite et diffusée par Arte: une réinterprétation de l'Odyssée, sur ce qui se passe à Ithaque juste avant et pendant le retour d'Ulysse de sa petite épopée de 20 ans à Troie et en Méditerranée. Pas si mal que ça sur bien des plans, et elle m'a rappelé à quel point l'Odyssée est, entre autres, une grande métaphore sur ce qui se passe après une guerre (après le "moment héroïque" où tout fait sens, où les choses sont claires, à défaut d'être pures), pour les guerriers comme pour les autres, du plus haut au plus bas échelon de la société, et l'impact d'une guerre et de la gestion de l'après-guerre. A noter, outre la terrrriiiiiible Caterina Murino en Pénélope, notre 1ère Dame Bis, Julie Gayet en Hélène de Troie/Sparte (qui a elle aussi un après-guerre/cocufiage dur à gérer). -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est en fait la vraie question, n'est-ce pas? Question que seuls des experts de l'Ukraine peuvent aborder: les fondamentaux géopolitiques sont assez connus, de même que les analyses des tendances et tropismes des groupes humains constituant l'Ukraine, et les groupes politiques qui surfent sur eux ou les représentent. Mais on n'a pas de cartographie réellement fiable et précise des oligarques ukrainiens, hors de quelques-uns: dans une économie de fait aussi polarisée par ces véritables seigneurs féodaux et leurs tropismes personnels et intérêts économiques (et une économie aux richesses aussi concentrées), c'est LE point fondamental qui manque aux analyses qu'on voit ça et là. Leur influence sur l'évolution, les anticipations et les choix économiques, de même que leur emprise sur la scène politique (là aussi il faudrait une cartographie: quel député, quel parti est à qui), sont telles qu'aucune analyse n'est complète, donc valable, sans qu'un facteur de cette dimension soit intégré. -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Pas spécialement: l'interview a lieu à Davos, pas nécessairement sur Davos. S'ils voulaient un éclairage sur l'économie ukrainienne, mieux vaudrait la demander à un journaliste spécialisé ou un expert, pas à une journaliste qui fait de l'actu ou traite la vie politique (son opinion ne serait pas forcément très intéressante). Elle a été invitée à Davos pour ce qu'elle fait, et ce qu'elle fait n'est pas de l'éco: le "sous forum" auquel elle a été conviée est une plate forme spécifique, amenant des personnes sélectionnées pour ce qu'elle font. Pourquoi vouloir les en sortir? On a déjà assez de pseudo stars dont tout d'un coup la non opinion politique est écoutée avec révérence, ou des journalistes ayant fait un reportage plus ou moins bon soudain considérés comme de grands intellectuels pleins de sagesse dans tous les domaines. Je crois pas que quand un Russe (ou n'importe qui de l'ex empire soviétique) dit "européen", ça veuille dire la même chose dans sa tête que quand toi ou moi le disons. Les associations et sous entendus, les concepts sous jacents ne sont pas du tout les mêmes. En Ukraine, ça veut même pas dire la même chose pour l'est et l'ouest du pays. Mais c'est très ouest européens que de dire que Russes et Ukrainiens sont "européens": eux (les Russes encore plus) se voient autrement, et, encore une fois, n'entendent pas la même chose par le mot "européen". C'est toute la question dans la nature du journaliste: d'un côté il y a le devoir de la recherche d'objectivité dans la recherche et l'exposition des faits, de l'autre, il y a l'extrême hypocrisie d'y prétendre (impossibilité pratique de tout voir/savoir, surtout en temps utile, impossibilité de ne pas avoir une opinion profondément ancrée -voire simplement une "grille de lecture" des événements et du monde- qui colore nécessairement la façon de percevoir et de rendre....), ces deux principes impliquant deux modes de comportement différents. Je préfère personnellement les journalistes qui annoncent la couleur de leurs opinions avant et s'efforcent ensuite d'envisager une même question sous plusieurs angles, ou au moins de prendre du recul ou de laisser de la place à d'autres visions, sans appliquer de jugement/sentences catégorique (un défaut TRES présent dans la presse française où tout le monde se voit comme un éditorialiste). Ceux qui prétendent à la neutralité/objectivité, ou font comme si de rien n'était sous de faux dehors de neutralité, sont juste des hypocrites. Faut pas oublier que le simple fait de traiter un sujet plutôt qu'un autre, de placer les reportages dans un ordre plutôt qu'un autre (donnant donc plus d'importance à certains) est déjà une prise de position qui dicte en bonne partie la teneur du débat public (théorie dite de l'agenda). -
Chine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca encore, tu connais beaucoup de pays où le glandu lambda a pas ce genre de discours, dans la famille "l'Etat n'a qu'à" ou "ces cons de politiques" (..... N'arriveraient pas à trouver leur cul avec leurs deux mains sans un mode d'emploi)? Connais tu un seul pays où le dit glandu approuve le gouvernement en place en temps réel (il peut le regretter quelques temps après, c'est fréquent)? C'est bien connu: y'a que des cons au pouvoir. Ca, c'est pas une ligne de démarcation entre dictatures ou démocratie. Les gens râlent, c'est ainsi, et c'est parce qu'elle tient compte moins malsainement que les autres de ce facteur que la démocratie (en tout cas une culturellement acceptée) est plus durable et tend à exiger beaucoup moins de moyens consacré au contrôle de population (avec une moindre tendance à l'inflation de ces moyens ou au "coût de fonctionnement" du régime). C'est peut-être plus fort en Chine ou dans tout pays de très grande taille (espace et population), où la distance au pouvoir est énorme, et accrue selon divers facteurs: - distance géographique: elle peut être réduite par les modes de transport et communication modernes, mais elle existe toujours, et induit un décalage de perception via l'espace (on se préoccupe avant tout de son environnement proche/compréhensible) et le temps (le suivi des événements et décisions opère dans différentes boucles temporelles: plus on est près, plus vite on comprend/sait, plus on peut au moins croire qu'on peut influer, ou en tout cas réagir) - distance démographique: la modernité n'a pas fait disparaître temps, distances, et surtout le nombre d'échelons de décision entre le citoyen de base et le haut de la pyramide. Plus un pays est peuplé, plus il y a nécessairement d'échelons - distance politique: le régime, la gouvernance, les modes d'association/participation politique jouent énormément. Aussi bien les dispositifs institutionnels (élections, représentation, participation, checks and balances, séparation des pouvoirs, échelons de gouvernance) que les libertés publiques et pratiques sociopolitiques (Etat de droit, association, liberté d'expression réelle, pluralité des vecteurs d'info, possibilités d'expression/réunion/manifestation, culture d'engagement politique....) ou un niveau relativement sain ou pas trop malsain de déconcentration des richesses (= temps libre, éducation....) sont de puissants ressorts de contrôle et d'association active ou passive à un régime (nécessitant entre autres choses moins de ressources consacrées au maintien de l'ordre). Plus un régime est strict, autocratique ou oligarchique, autoritaire, concentrant les ressorts d'action (richesse, droits, expression....), plus la distance au pouvoir est grande. Et plus le degré de confiance réellement consentie est grand. - distance culturelle: suivant la variété ethnique, religieuse, culturelle, régionale, du dit pays, on peut avoir de très fort degrés internes d'attachement au pays, à son gouvernement, à son identité (dépend aussi de la construction identitaire du pays, hors de ces marqueurs de base). -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Pas des circonstances atténuantes: explication n'est pas justification ou pardon. Mais j'essaie d'éviter aussi le faux équilibrisme qui décrète qu'il y a des pourris et des héros partout, et que du coup, quelque part, tout se vaut, ce qui est la position qui franchement m'énerve le plus (plus encore que faire du "tout gentil vs tout méchants"). Le fait est que dans le cas des Berkuts (et dans une certaine mesure de la police ukrainienne en général), on ne parle pas dans un vide historique ou une histoire où les deux camps sur le terrain partiraient d'une page blanche. Les Berkuts ont déjà une assez longue histoire depuis la fin de l'URSS, et elle est pas vraiment jolie: racket (systématique dans pas mal de coin), corruption extrêmement répandue, formation limitée (une des causes des excès de violence, qui n'est pas en soi imputable aux policiers: moins formé = moins "armés" face aux situation = "craquent" plus vite), tendances culturelles/institutionnelles aux abus de pouvoir et de violence (difficile à distinguer du facteur précédent, évidemment, mais joue aussi).... Encore une fois (et petit cocorico), on parle pas des CRS et gendarmes mobiles français d'aujourd'hui, mais du bras armé d'institutions en parties maffieuses et aux moyens très limités. Qui plus est, les tendances maffieuses/autoritaires de l'Etat ukrainien (gouvernement, oligarchie, pouvoir judiciaire, forces de l'ordre....) et les problèmes du processus politique (la pratique de la constitution et de la démocratie n'ont pas trouvé de point d'équlibre ou de rythme de croisière: la démocratie et l'Etat de droit, ce sont avant tout une culture) sont aussi des constantes dans cette équation. Je pointe juste des facteurs, je n'en fais pas un jugement moral. Je crois pas avoir trouvé de "circonstances atténuantes" à la violence côté manifestants (ou alors je me suis vraiment mal exprimé), d'abord et avant tout parce que je ne la jugeais pas (au sens d'un jugement moral): j'essaie de la "déconstruire" pour voir quels sont ses "composants", si tu veux (en terme d'effectifs, de motivations, d'organisations -ou non-....). Et de là j'essaie de piger ce qui se passe. Et dans le cas précis, je constate juste que, dans les sommes toutes très petits effectifs (par rapport au mouvement Euromaiden qui, malgré le bordel de cette semaine, reste actif, nombreux et résiste encore à la tentation de "déjanter") de manifestants violents, la proportion de "vrais" violents n'est pas forcément si élevée que ça. J'entends par "vrais" violents ceux qui se sont organisés en amont des événements, se sont préparés (matériel, entraînement, tactiques, plans, communications.... Pas nécessairement tous ces trucs à la fois mais au moins quelques uns) et veulent que ça cogne, sont nécessairement très très peu nombreux, et qu'il est fort probable que même une petite partie d'entre ceux là soient de l'autre bord (agents provocateurs). Par ailleurs, la mise en avant cette semaine du groupuscule Right Sector (au premier rang de ces violences) semble étrange vu la taille microbienne de cette très récente dissidence de Svoboda: est-ce parce qu'ils sont particulièrement visibles? Qu'ils font tout pour se faire voir des journalistes? Ou qu'en face, on veut les mettre suffisamment en évidence pour qu'ils en viennent à "incarner" Euromaiden dans la conversation publique (vu les maladresses du gvt ukrainien en matière de com, de capacité à influer sur la narration des événements.... Je crois pas qu'ils y arriveront)? Mais ce que je ne ferais pas, ce sont des équivalences morales: sans noircir tout et tous côté gouvernement, on peut noter qu'il y a un passif quand même lourd de l'Etat ukrainien et de ses structures politiques/économiques/sociales, et que le gouvernement actuel les a fait empirer sans apporter grand chose. Quand à la question de l'alignement sur la Russie, si les "accords" en cours ne ressemblaient pas autant à une sujétion/satellisation de fait, qui plus est désapprouvée non par une moitié mais plutôt une assez nette majorité (et avec constance depuis un moment), j'y croirais plus en tant que position légitime d'un gouvernant pratiquant une politique d'équilibre Russie/UE. En l'état des structures du pouvoir actuel (notamment sa base géographique/économique/sociale/démographique), j'ai pas l'impression que cette balance existe réellement, et la gestion d'Euromaiden semble quand même plus pointer dans cette direction. Je ne sais pas ce qu'il y a dans la tête du président ukrainien (donc ses désirs et aspirations profonds), mais je peux constater quels sont ses "bargaining chips" et vers quoi tendent ses intérêts et contraintes. Après, la façon de gérer les manifs et certains accès de violence, ce sont des symptômes qu'il faut regarder dans le détail pour essayer d'établir un diagnostic plus général. Côté manifestants, il y a d'abord et avant tout beaucoup, vraiment beaucoup de choses dans ce cocktail.... Et des choses très différentes: le pacte de Svoboda avec les partis de Tymoshenko et de Klitschko est un pacte d'opposition. Y'a pas beaucoup d'amour dedans. De même dans le suivi des manifs et les effectifs qui les composent, qui reflètent une immense variété de gens et de motivations. Mais la simple variété, combinée à la durée des manifs et à leur importance soutenue sont en soi des éléments très indicatifs: tu vois souvent des manifs rassembler autant de monde et sur une telle période de temps? C'est pas sans précédent, évidemment, mais c'est vraiment, vraiment pas fréquent. Et encore plus de les voir si peu violentes (jusqu'à cette semaine) et si disciplinées. Dire que c'est une agitation téléguidée de l'étranger ne tient pas la route, même si certains des financements externes du mouvement ne viennent pas d'innocentes ONG mais d'organismes de renseignement. C'est un ras le bol légitime d'une partie plus ou moins majoritaire du pays (centre, et surtout ouest, plus des poches à l'est) qui, outre les problèmes identifiés et ciblés, n'a pas d'autre moyen d'exprimer son mécontentement tant le système politique/social est inapte à refléter la situation et les oppositions dans le pays. Bref, une démocratie et un Etat de droit qui fonctionnent réellement très mal: pour qu'autant de monde descende dans la rue, y reste si longtemps et continue à respecter une certaine organisation et un certain nombre de règles, il faut vraiment plus qu'une simple poussée de fièvre de catégories minoritaires. Pas oublier que des manifestants sont toujours la partie émergée d'un iceberg plus ou moins grand (suivant les situations et l'adversité, qu'il s'agisse de la météo, des distances, des risques, du coût....): pour mille personnes indignées, combien descendront dans la rue, et combien y resteront? Très peu. En attendant, sur un point plus proche du forum: je trouve la tortue réalisée par les Berkut sur les vidéos plus haut très moyenne: un centurion romain rougirait de rage. -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai précisément dit l'inverse depuis le début, précisant que la sphère des manifestants était trop vaste pour la catégoriser comme ça semblait être le cas dans la discussion, et que même la réalité des manifestants violents (cad plus ou moins activement et intentionnellement parties aux violences) était encore trop vaste et diverse (en ne représentant qu'une fraction de l'ensemble des manifestants) pour être catégorisée comme, là encore, ça semblait être le cas dans ce fil, avec des formules qui me semblaient être à faite à l'emporte pièce (notamment via le surdimensionnement accordé aux "sécessionistes" de Svoboda). Il est même difficile à ce stade de savoir s'il y a une montée de la tendance violente dans le mouvement Euromaiden (j'entends les gros bataillons) suite à l'accrochage de Klitschko avec des manifestants suite à sa sortie de négo et à son adoption d'une posture plus dure: a t-il surfé sur une vague qu'il a bien senti? A t-il eu une fausse impression après avoir été hué par ce qui pourrait n'avoir été qu'une petite minorité enragée mais vociférante et monopolisant les premiers rangs de la foule? Dur à dire: y'a pas vraiment de baromètre fiable rendant une analyse des tendances d'une telle foule en temps réel. On saura plus tard (et lui avec) s'il s'est planté dans son analyse "à chaud". Je doute quand même qu'il ait fait le mauvais choix car même si ces râleurs ne sont absolument pas représentatif des tendances de fond du mouvement, il n'y a pour l'instant pas de signes indiquant des possibilités de scission majeure; et il a du faire le calcul qu'il valait mieux garder la dite unité, y compris dans son apparence et la représentation des manifestants (sans compter l'avantage plus realpolitiker de garder le mouvement "chaud" et de continuer à l'alimenter pour garder des bargaining chips). -
Ukraine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Il y avait 200 000 personnes manifestant dans Kiev dimanche (nettement moins selon les uns, nettement plus selon les autres) et l'audience n'a pas beaucoup baissé cette semaine: tu crois que tu peux résumer la réalité d'un ensemble si vaste en séparant nettement "violents" et "non violents"? Si tu veux parler de ceux qui sont allés là-bas avec intention de violence préméditée et organisation/préparation adéquate, on parle de groupuscules. Ensuite, il faut inclure ceux qui, par jeunesse, énervement et/ou positions politiques extrêmes, ont pu verser dedans en se laissant bouffer par ce qui les entourait, puis ceux qui ont suivi parce qu'emportés par leur environnement (parfois physiquement emportés par la foule) et/ou simplement provoqués par la violence policière: tu peux être un modéré adulte et calme, même pas échaudé par des mois de manifs et de répression qui ne débouchent sur rien, mais quand tu te prends des balles de caoutchouc et/ou des coups de matraques, que tu vois des gens (que tu connais, ou qui n'ont pas l'air plus extrêmes que d'autres, voire qui ont une croix rouge, ou qui sont âgés ou très jeunes....) se faire tabasser (ou pire), le tout dans une ambiance survoltée avec beaucoups d'infos et de désinfos qui circulent, tu serais plus qu'humain si t'avais pas envie de rendre la politesse. Ca fait de toi un manifestant violent dans les faits au moment où ils sont reportés/filmés, mais difficilement classable dans la même catégorie que des groupuscules authentiquement fachos qui sont venus pour la cogne et s'y sont préparés, ou des hooligans cherchant à foutre le bordel..... Sans compter les flics en civils ou diverses organisations pro gouvernementales plantées dans les rangs des manifs avec pour but exprès de foutre la merde. L'un dans l'autre, j'évite de catégoriser de tels effectifs si unilatéralement. Surtout quand en plus le mouvement mis en avant et pointé du doigt dans les violences n'existait pas il y a quelques mois: je doute qu'il ait atteint des effectifs vraiment conséquents, surtout quand on parle d'un mouvement issu déjà d'un pool démographique limité (l'extrême droite). En attendant, c'est pas vraiment ces gens là qui inquiètent ou menacent le pouvoir, mais ils sont l'objet d'une bataille de perception qui constitue la petite partie émergée des manifs, sur laquelle le pouvoir a tout intérêt à essayer de focaliser l'attention générale. Tat qu'ils remplissent un cadre de photo, ils sont suffisamment nombreux pour avoir l'air d'être des milliers.