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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Ca j'y crois même pas: - il vient du Sénat d'Illinois, et surtout de la machine politique de Chicago (la dernière des "political machines" traditionnelles du parti démocrate), l'un des milieux politiques les plus durs et pourris qui soit, mais pas une affaire de tapettes ou de théoriciens, mais l'une des grandes écoles du "deal-making" au sens le plus realpolitiker du terme. Ca tanne le cuir du plus illusionné des idéalistes et du plus abstractionniste des universitaires. - il a bossé dans la pratique dans des organisations communautaires (de la gestion de projets quoi) de grande taille, oeuvrant dans les zones pourries de Chicago et de l'Illinois, qui ont pas trop la surface financière pour réfléchir 107 ans au plan parfait et réclament de l'action rapide, des décisions dures et des choix tranchés Là je cherche pas trop à équilibrer artificiellement les torts: le parti républicain, et particulièrement la majorité à la Chambre, ont un grave problème et sont dans un état de guerre civile de fait que Boehner a préféré nier à la fois pour sembler garder les troupes "ensembles", retarder le clash et surtout, aller dans le sens de l'essentiel des députés qui ont la trouille d'être "primaried" (c'est devenu le terme à la mode pour parler du fonctionnement interne du GOP) pour les prochaines nominations aux mid terme de 2014 et au cycle électoral de 2016. Avec un Ted Cruz qui se sent maintenant présidentiel, ça va pas s'améliorer à moins d'un clash. Et plus cyniquement, les démocrates ont un tel ras le bol de la crise permanente impulsée par les tarés de la droite radicale qu'ils en sont à avoir envie de les voir enfoncer le GOP dans sa propre merde: les sondages montrent trop que la responsabilité de ce dysfonctionnement du Congrès est imputée, avec raison, aux républicains (et les élections sont trop proches), pour que même les plus responsables et conscients des démocrates n'en soient pas à s'engager dans cette tactique. Et Obama emboîte le pas, vu que à ce stade, il n'a plus le poids pour imposer son choix au parti démocrate et que sinon, rien de ce qu'il fait ne peut passer l'opposition systématique et puérile des enragés du tea party et des bible thumpers.
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De façon croissante depuis les années 80, oui, parce que cela représente de très loin les montants d'argent les plus faramineux. L'essentiel de ce par quoi on peut l'observer est l'analyse de l'évolution de ce qu'englobe le terme "investissement".... Essentiellement où se concentre le capital disponible. Pas tellement d'accord: c'est plus vrai dans la sphère médiatique (et encore pas partout et pas aussi uniformément qu'on veut le dire, même sur les chaînes publiques) dont on sait à quel point elle reflète peu la population aujourd'hui en France. C'est toute la différence entre "l'opinion publique" (ton du débat public, leaders d'opinion, intervenants médiatisés....) et la population: à certaines périodes, l'une peut refléter l'autre, à d'autres moments, elle peut en être radicalement déconnectée. Et l'opinion publique en France a eu une tendance à devenir une bulle semi isolée de la réalité (comme les "beltway medias" à Washington) de la population.... L'ORTF avait beaucoup plus de rapports avec la réalité: pas mal quand même! Et les Français n'ont pas une si mauvaise image de l'argent qu'on veut bien le dire, ni surtout une mauvaise image du chef d'entreprise.... Tant qu'on parle de créateurs d'entreprises, de chefs de PME.... Ce qui est en fait comme partout ailleurs, et dans des proportions pas si éloignées; les ricains ont une image exécrable des grands patrons, et surtout des financiers.
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Je n'ai pas dit ça, ni n'ai parlé de "la finance" en général: j'ai parlé de la niche particulière de finance qu'occupe la boîte de Romney. Ca fait plus qu'une nuance. Quand à la création NETTE de richesses (la différence entre les créations et destructions réalisées par la boîte -ou tout autre entité- dans le processus de son activité), et la création REELLE de richesses (cad liée à la nature de l'activité et son impact sur d'autres) par ce type d'activités, c'est plus vraiment un débat, et il n'y a aucune question d'idéologie dedans: si le PIB est devenu avec le temps une mesure de plus en plus imparfaite de l'activité et de la richesse créée dans un pays, c'est en grande partie en raison de ce type d'activités et de comportements. Le PIB peut croître, ça ne reflète pas nécessairement un accroissement de l'activité en général, de la "richesse réelle" créée, ou d'un type de richesse ayant de fortes retombées et corollaires entretenant un cycle vertueux de l'activité économique. Tout dollar "créé" en valeur ajoutée n'est pas équivalent dans son impact économique: il peut être plus destructeur que créateur, faiblement créateur ou fortement créateur, faut vraiment apprendre à regarder la différence au lieu de voir la chose comme un ensemble et de façon indifférenciée en utilisant des formules génériques comme "créer de la richesse". Le type d'activité financière de Romney n'est pas vraiment d'un impact utile pour l'économie, et tendrait même plutôt vers le néfaste. Et on a juste des instruments très imparfaits et incomplets pour mesurer la richesse qu'une économie crée, ce qui amène à surestimer les quelques données qu'on a.... Comme le PIB (modèle critiqué dès le début par le créateur même de cet instrument de mesure qui a essayé d'en faire comprendre les limites et les dangers de trop s'y fier). L'un des travers simples: on n'arrive pas à mesurer l'impact de l'activité de l'Etat (ou de l'existence même d'un Etat développé, de communautés organisées....) dans la création de richesses d'une économie moderne.... Pourtant, on sait que quand il n'y a que peu d'Etat, de structures et d'activité publique, la richesse créée est faible (même avec des ressources naturelles importantes, genre trésor national). Les analystes de l'investissement pourraient te faire un historique simple de ce que reflète ce simple mot à chaque époque, et dans les économies développées, il y a un parallèle net avec plusieurs autres époques pour l'époque actuelle dans ce registre (essentiellement les années 1890-1910 pour l'Angleterre par exemple, ou les années 20 pour les USA): beaucoup de "financiarisation" de l'activité (sans pour autant englober toute "la finance" ou condamner l'ensemble des activités d'ordre financier) qui devient plus prédatrice que créatrice selon le mot de Marc Bloch, sur fond pourtant de PIB qui semble plutôt en croissance, alors que la réalité socio économique qu'elle reflète a radicalement évolué, et pas dans le bon sens. Les entreprises financières ne vivent pas au crochets de l'Etat? La bonne blague: garantie de se faire tirer d'affaire quand la situation est difficile (parce que le risque de leur effondrement est trop grand, trop paniquant), subventions en tous genres, attributions de marché, institutionalisation du délit d'initié (redéfinition légale du terme pour satisfaire les besoins), impunité juridique, et surtout, législation "sur mesure". Ce que les Américains appellent "le socialisme pour les riches". Ca fait moins "subventions directes" qu'un mécanisme d'allocations individuelles ou collectives, ou que des aides ou investissements directs, mais c'est en fait pire: à l'échelle de secteurs aussi importants, une législation sur mesure (parfois juste la modification d'une virgule, parfois la suppression d'un dispositif complexe, parfois des dégrèvements....) est la plus vaste et chère des subventions, ce pourquoi Wall Street investit autant d'argent dans la vie politique, les organisations tout ou partiellement politiques et les politiciens, directement et indirectement, et investit même pour modifier le cadre législatif et règlementaire de l'activité de ces intervenants qu'elle "achète" pour qu'ils modifient le cadre législatif et règlementaire de sa propre activité. Me dis pas qu'ils ne vivent pas de subventions de l'Etat: y'a des raisons pour que Romney ou des types comme lui n'aient pas pu créer leur type d'activité avant les années 80.... Elles étaient illégales et considérées comme néfastes pour le type de capitalisme que souhaitaient les Américains (à l'époque un capitalisme industriel/productif). Mais le dispositif favorisant l'investissement productif aux USA a été démoli à cette période, avec comme cas exemplaire le détricotage progressif puis l'abrogation finale du Glass Steagel Act (sous Clinton d'ailleurs)..... Que des Démocrates et Républicains (enfin ceux qui peuvent se passer du financement de leur campagne par Wall Street) aujourd'hui essaient de recréer, notamment Elizabeth Warren et John McCain. Donc par pitié, faut arrêter de parler de "la finance": ce genre d'abstractions est contre-productif dans une analyse tant elle est généraliste et reflète une multiplicité d'activités et de processus trop différents pour être utilement rassemblés dans une catégorie aussi imaginaire. Qu'est-ce qui sépare un chef de cartel de la drogue d'un chef d'entreprise légitime? Une simple question de débat juridique et de dispositif législatif. Change le statut et le chef de cartel devient un légitime "créateur de richesses".... C'est pas pour autant que sa richesse créée est une activité ayant un fort effet d'entraînement pour l'économie (elle en a, comme tout secteur, mais bien moins que d'autres), ni que les effets de cette activité ne sont pas au final plus détrimentaux et coûteux à l'économie et à la société concernée qu'ils ne lui rapportent. Ben l'activité de Bain Capital, c'est pareil; j'ai pris à dessein la drogue comme exemple caricatural, parce qu'il y a un relatif consensus dessus pour l'empêcher d'être un secteur d'activité comme un autre. Ce qu'a fait Romney est juste légal: c'est un processus de création de richesses dont on peut à peu près mesurer que l'impact est plus négatif que positif pour une économie, plus parasitaire qu'utile. Mais comme y'a des brouzoufs à faire et que c'est pas facilement compréhensible et condamnable comme la came, c'est plus facile d'obtenir les modifications qui en font un business légitime. Bain reflète le fait que certains processus de création de richesse sont plus destructeurs que créateurs dans l'ensemble, et que le cycle de création de richesse de court terme peut être incompatible avec d'autres cycles de création de richesses. Comme "finance", le terme "richesse" est une abstraction trop généraliste: le dollar "créé" par Romney n'est pas le dollar créé par Henry Ford (variation monétaire mise à part) ou, plus subtilement (en apparence), que le dollar créé par Warren Buffet ou une "community bank". Et il est loin d'être sûr que Romney ait d'ailleurs créé un dollar en net (même s'il a créé beaucoup de dollars pour lui et ses potes). Même au sein d'un secteur d'activité non "financier", on peut faire ces différences: regarde si tu peux le modèle économique de deux géants de la grande distribution aux USA, WallMart et Costco. Le premier tend à détruire dans l'ensemble plus de richesse qu'il n'en crée aux USA (hors sa valeur ajoutée propre), le second non; les deux sont pourtant généralisables comme étant des grandes boîtes privées de la grande distribution faisant des bénéfices importants (4 vatégories "générales": "grand", "privé", "grande distribution", "bénéfices importants"). Et une fois qu'on a différencié les "types" de richesse créée, il faut en plus voir l'allocation de leur répartition: aux USA, par exemple, en 30 ans depuis la "révolution reaganienne", le revenu médian des salariés du privé n'a quasiment pas évolué si on exclue les 2% du sommet et du fond.... Et ce malgré une croissance et des gains de productivité importants. Si on affine le mode d'analyse, on mesure, dans divers registres, l'explosion du temps partiel, l'affaiblissement du pouvoir d'achat, la diminution constante de la demande solvable aux USA, l'explosion de l'endettement privé (incité par la loi, à la "demande" du privé) qui a longtemps masqué l'absence d'évolution salariale (et posé certaines bases de la crise financière), pauvreté endémique croissante (et auto-reproduite) qui coûte très cher en manque à gagner privé et public ET en dépense publique (allocations et soutiens, emprisonnement/traitement judiciaire, accroissement de l'insécurité.... Ce qui amène certains à préconiser des trucs comme la castration chimique des pauvres, voire le fait de les laisser crever ou de prendre "les choses en main" de façon plus "active"; après tout, faut bien que ces 300 millions de flingues servent à quelque chose).... Je n'ai pas d'idéologie particulière; je m'intéresse aux instruments de mesure d'une économie et de la réalité qu'ils reflètent, à celle qu'ils cachent et au développement d'outils plus pertinents. C'est pourquoi les termes génériques et trop englobants m'horripilent. Personne ne parle de "supprimer la finance", phrase qui ne veut strictement rien dire; demander de quelle finance on parle serait déjà, quoique formulé naïvement, un pas vers la bonne direction. Aux USA, on voit par exemple les "community banks", les banques d'échelle locale/d'Etat, reprendre un peu de poil de la bête et se faire timidement remettre à l'honneur par la frange d'élus qui entendent remettre Wall Street au pas: ces banques sont en fait les seules qui investissent dans l'économie dite "réelle" (essentiellement prêter à des entreprises, groupes et individus, tant pour des avances et facilités de trésorerie que pour créer ou développer une activité) parce que ce sont les seules à avoir gardé le savoir-faire (estimer des projets économiques d'échelles diverses, leur validité, tabler sur une temporalité différente du boursicotage) et la volonté d'occuper ce créneau de marché. Mais leurs moyens sont assez limités pour beaucoup impacter l'économie, au regard des sommes que Wall Street possède en propre, mais surtout attire et manipule. Encore une fois aucune idéologie, juste de l'analyse: Ce que je dis viens en partie significative d'analyses du plus grand gauchiste de tous les temps ??? .... Warren Buffet, militant communiste bien connu. Pareil pour les analyses qui sont issues de grandes banques parfois, mais aussi de think tanks et d'organismes comme le CBO (Congressionnal Budget Office: un des meilleurs organismes d'analyse économie, d'anticipations et d'étude d'impact des politiques publiques); encore une fois, des nids à cocos. Que les dits millions de gens n'ont ni l'expertise ni le temps d'apprendre cette expertise pour savoir quoi faire de leur épargne, ni la confiance dans les organismes bancaires, ni les moyens de tout placer dans des investissements plus rémunérateurs et plus risqués, ni nécessairement accès à des organismes financiers de qualité suffisante pour réellement pouvoir obtenir des résultats (tout les niveaux de revenus n'ont pas accès à un gestionnaire de compte privé exclusif chez JP Morgan: plafond d'entrée autour de 15-20 millions d'euros de capital. Tu peux, toi? Félicitations, tant mieux pour toi).... Et surtout pas le temps de s'en occuper souvent, ce que réclame un investissement financier dont on attend quelque chose de conséquent. Et y'a pas tant de gens que ça qui ont les moyens d'investir ET d'avoir un petit matelas de sécurité: souvent, le petit matelas de sécurité est tout ce qu'ils peuvent se permettre. Mais parmis tous les facteurs, le caractère nébuleux d'un secteur d'activité qui, qui plus est, n'inspire pas confiance, pour le non initié (ou faiblement initié) est pour moi le plus dissuasif, et le plus propre à favoriser les peurs naturelles face à l'incertitude. Le péquin moyen n'aime pas perdre son argent de vue: le livret A, il comprend, c'est carré et sans grand risque. Quand t'as pas grand chose à placer (et que tu y tiens donc d'autant plus) et que tu connais rien à la finance face à un interlocuteur qui essaie de te balader. Lâcheté? Ce serait le cas s'ils connaissaient la finance et pouvaient donc estimer les risques encourus: on n'est coupable qu'à mesure de sa connaissance. C'est juste le produit de l'absence de connaissance et de visibilité, excuse que les opérateurs financiers ont moins, en partie parce que précisément, ils se sont à ce point spécialisés dans l'analyse de leur bulle environnementale (les marchés financiers dématérialisés) et leurs procédures (qui en font des réflexologues experts des comportements des courbes de tendances manipulées en grande partie par des systèmes informatiques), que l'économie qu'on dira "réelle" (par commodité de language ponctuelle), et encore plus l'ensemble du fonctionnement de l'activité humaine (économie, économie politique....) est pour eux un domaine plus que nébuleux. Mais après tout, le harem finit toujours par être confié aux eunuques.
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C'est l'impact sur l'économie américaine et mondiale qui va être dangereux. Pire encore, l'impact sur les anticipations et comportements d'investissement, les opérateurs financiers étant extrêmement lâches, court termistes et englués dans leur propre politique interne (ce pourquoi il faut des montants disproportionnés de fric pour acheter le consensus dans les boards); la visibilité décroissante sur les conditions de marché et d'investissement pourrait être l'objet d'une course artificielle à la "surenchère à la baisse". Et vu que Wall Street réagit et sur-réagit, malgré toute la mentalité individualiste qui gouverne l'endroit, comme un tas de moutons de Panurge avec l'autonomie mentale d'un lemming (ce qui amuse beaucoup des gens comme Warren Buffet).... Un indice sur ce que les Américains pensent de la chose, via un sondage CNBC-Gallup d'hier soir: 59% (contre 19% pour) s'opposent au refus de financer le programme Obamacare au prix d'une femeture du gouvernement.... C'est à peu près la mesure des radicaux de droite, Tea Party ou non, et des mal informés/répond de travers à tout qu'on trouve dans toute enquête (il y a aussi des "fiscal conservatives" traditionnels radicaux, des gens qui s'opposent à tout ce que fait Obama pour raisons diverses, des anti-gouvernement fédéral primaires, des abrutis et mal informés qui votent oui ou non sans vraiment savoir pourquoi, une frange des libertariens....): 19%. ça veut dire que plus de la moitié du parti républicain (et la quasi totalité des indépendants et non affiliés) s'oppose à cette ligne de conduite du parti. Plus grave pour eux, et c'est ce que les instances du parti républicain essayaient d'éviter, une large majorité des Américains attribue la grande majorité de la responsabilité des dysfonctions du gouvernement fédéral au GOP.... Ca fait 2 ans (depuis la première crise du plafond de la dette) que les sondages en la matière n'ont pas cessé d'indiquer une tendance à la hausse de cette perception. Obama a cependant annoncé que les militaires ne seront pas touchés par les mesures envisagées, et que, contrairement à la dernière alerte du genre, leur paie sera continue, à la différence des civils du DoD.
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Non, il est aujourd'hui l'icône que personne, même ceux du Tea party, ne peut attaquer, mais que personne ne va écouter. A comparer avec Bob Dole, le candidat républicain aux présidentielles de 96, aussi considéré comme un vieux sage, mais très attaquable au moins pour les radicaux du parti.... Ce qui est arrivé quand, il y a quelques mois, il s'est étendu sur les problèmes du parti républicain actuel, plaçant la grande majorité des blocages institutionnels et dérives de la vie politique sur le compte du GOP, disant qu'il devrait être "fermé pour travaux" le temps de faire le ménage à l'intérieur. Effarant quand on pense que Bob Dole était dans les années 90 considéré comme un conservateur tendance radicale (pour l'époque): il s'est quasiment fait traiter de communiste par les teabaggers, suite à ces commentaires.... Le reste du GOp l'a traité comme on traite pépé quand il radote sur l'an 40 en bavant sur sa couvrante. Mais Bush Sr, c'est une icône: il pourrait clouer le Tea Party au pilori que personne -sauf peut-être Ted Cruz, apparemment perdu pour la cause de la raison humaine, et la tête très enfoncée dans son (mal)propre fondement- ne pourrait répliquer sans en payer le prix. Un peu comme Reagan (qui a l'avantage d'être mort): il a été placé dans le registre du religieux au sein des franges de droite ultra conservatrice qui, si elles regardaient (connaissaient) réellement ses programmes et réalisations effectives, le couvrirait de goudron et de plumes avant de le pendre avec une pancarte "gauchiste/hippie/pro-homos/tueur de bébés/athée/communiste" clouée à l'entrejambe. C'est terrible le rapport entre le sacré et l'ignorance. Mais bon, qui vous dit que papy Bush n'a pas été à ce mariage parce qu'à son âge, il arrive plus à se stimuler autrement qu'en voyant 2 nanas s'embrasser :-X (surtout quand on voit la tronche de sa femme, la très respectable Mme Bush). Après tout, y'a une bonne affiche motivationnelle montrant ce genre de spectacle avec en sous-titre: "God hates fags.... But he thinks lesbians are the shit" (Dieu déteste les homos.... Mais il trouve que les lesbiennes sont de la balle" ).
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Et 20% de plus vivent à grande proximité de ce seuil. C'est en fait un sujet "patate chaude" dans l'administration américaine ("administration" au sens français, pas américain) et dans les milieux politiques: le seuil lui-même repose sur un mode de calcul ancien, fondé sur le panier de richesses estimé minimum pour les besoins humains estimés en.... 1946. Donc ne prenant pas en compte nombres de coûts qui sont aujourd'hui "structurels" pour permettre de vivre de façon active (ne serait-ce que le coût des télécoms, sans lesquels il est difficile d'être en état de recherche de travail, par exemple), et ne prenant pas en compte l'évolution des modes de consommation (sans compter une adaptation contestable des grilles de prix) quand à la disponibilité d'une alimentation correcte; sur ce dernier point, on note l'apparition du terme de "désert alimentaire" pour décrire de larges zones des USA, où, outre des questions de coûts, une alimentation relativement saine n'est pas accessible pour les populations concernées (qui n'ont au mieux que de la junk food à leur portée). Autre problème dans ce seuil: il ne varie pas géographiquement. La pauvreté américaine est aujourd'hui essentiellement urbaine et péri-urbaine, là où en 46, elle était majoritairement rurale (et le coût de la vie varie beaucoup d'une région à l'autre, d'un Etat à l'autre): le seuil fédéral décrit donc trop imparfaitement la réalité, et la population concernée est nettement plus importante que ce que les statistiques cantonnées à cette définition officielle décrivent. Il avait été estimé que définir un nouveau seuil plus en phase avec la réalité et différencié géographiquement augmenterait de 33 à 50% directement l'effectif de gens officiellement pauvres: quel politique veut être celui aux commandes quand ce changement statistique arrive? Mais dans la réalité, ce qui, au moins jusque récemment, reflétait déjà un peu plus cette réalité aux USA, c'est le programme SNAP, donc comme tu l'as indiqué, les "food stamps", qui sont accessoirement aussi le corollaire d'un des programmes de soutien à la production agricole. Cependant le programme a été coupé de façon assez régulière depuis un certain temps, si bien que les 50 millions d'habitants couverts (et souvent bien mal) ne sont qu'une partie de l'iceberg. Le récent tronçonnage opéré par le parti républicain sur pression des teabaggers n'a pas aidé. Pour la note, dans ces 20% et 50 millions, on trouve beaucoup de militaires. Ce genre d'expression, genre "monde de l'entreprise" me fait toujours tiquer, comme si ce "monde" était une chose unique, à règles communes: Romney est un avatar d'une entité purement financière, qui a une hécatombe d'entreprises productives à son actif. C'est un pur produit de la mentalité de prédation financière, qui n'a jamais redressé de boîte ni fait autre chose que dépouiller celles sur lesquelles il s'est penché. Quand on connaît la "méthode" Bain Capital, on y voit peu de choses qui ressortent de "l'entrepreneuriat", et plus qui ressortent d'une version juridiquement sophistiquée (et rendue légale à coups de lourds investissement de lobbying) du racket et de la revente par morceaux d'objets volés.... L'éthique et la morale de ces secteurs d'activité en moins :-[ . Faut vraiment regarder le bilan de ce qu'est Bain Capital, la boîte qui se spécialise dans la "reprise" d'entreprises en difficulté et leur soi-disant "redressement": ils ont un bilan assez médiocre en la matière, au vu de leur taille (peu de redressement en valeur, beaucoup d'outsourcing, des méthodes très contestables et pas que sur le plan moral), mais se sont phénoménalement sucrés en le faisant. J'ai rarement croisé des gens qui connaissent en moyenne aussi peu et mal l'économie et "l'entreprise" que ceux qui bossent dans les services financiers et le private equity, c'est pourquoi entendre parler de gens comme Romney comme venant d'un supposé "monde de l'entreprise" me fait sourire. Ils connaissent leur niche d'activité et leurs moyens de faire du fric, pas grand chose d'autre: Romney ne sait pas gérer une production ou un marché, ne saurait pas gérer une entreprise produisant quelque chose, et ne l'a jamais fait. Il vient d'une niche très particulière qui n'a jamais apporté grand chose à une économie (plutôt le contraire) et et n'a jamais créé de richesses de sa vie si on faisait un bilan en valeur ajoutée de son pedigree. C'est en totale opposition avec son père qui lui était un vrai créateur. L'économie américaine a structurellement changé dans les années 80-90, passant à un stade où elle est plus prédatrice que créatrice; Romney en est l'incarnation: tout ce qu'il a "créé", c'est un modèle économique de prédation sans conséquences positives pour l'économie américaine. Pourquoi point faible? J'adore cette mentalité selon laquelle être autre chose qu'un actif du privé veut dire ne rien créer: une déformation mentale issue des années 80 qui opère des séparations artificielles entre des entités métaphysiques nommées "public" et "privé" et leur attribuant des valeurs, des comportements et des rôles, généralement assez vite et plus ou moins explicitement assimilables à un gentil (le privé) et un méchant (le public), dans la droite ligne du reaganisme avec le slogan "l'Etat EST le problème". Ne serait-ce que sur le plan de l'activité à l'échelle humaine (donc ce qui ressort des compétences d'un être humain et de son travail du quotidien), surtout dans les rôles de management, il y a peu de différences par exemple; on a des organisations structurées et hiérarchisées qui ont une activité au quotidien, des objectifs, un budget.... Aux USA, c'est moins idéologique d'ailleurs sur ce plan (la manie française de vouloir tout transposer en théorie et dans l'absolu pour débattre déforme ce genre de débats au-delà de l'absurde): les organisations "for profit" (entreprises et certains types d'associations et d'écoles) et "non profit" (ONG, partis politiques, think tanks, instituts, écoles, associations....) ont des CEO et Chairmen, des "executives" (cadres), des organisations et modes de travail similaires, un appareil de production de valeur (généralement assimilable à des équipes de travail), un "marché" (on se confronte toujours à une forme de réalité ou une autre, qui peut dire oui ou non).... C'est là qu'Obama a fait ses armes, comme "organisateur social", passant dans la pratique par les rôles de manager, consultant, négociateur, chef de projet et dirigeant d'organisation (outre avoir mis les mains dans le cambouis en tant qu'éducateur); après, c'est le passage "dans le privé" en tant qu'avocat (mais bon, on va dire que les avocats.... ??? ) en exercice dans plusieurs cabinets, en plus d'être directeur de la Harvard Law Review, professeur de droit constit, membre du conseil d'administration de deux grandes organisations "non profit" (un fond et une fondation) et organisateur de campagnes de "registration" (inscrire des citoyens sur les listes électorales, souvent dans des endroits où ça leur est rendu difficile). En tant que créateur d'entreprises, je préfère de loin recruter son profil que celui d'un type comme Romney. Nettement plus utile; et je parle avant tout sur les critères de capacité de travail (et la capacité à faire quelque chose à partir de pas grand-chose). Que les dites activités et capacités aient été exercées dans le cadre d'une organisation marchande ou non marchande n'a strictement aucune importance: essayer d'imaginer une différence est un enculage de mouches, voire complètement immatériel. Si je devenais un ayatollah de définition abstraites et arbitraires, je te dirais que dans cet esprit, la plupart des salariés du "privé" sont pour moi des fonctionnaires dont le patron s'avère juste être un opérateur privé: au moins pour les grandes structures, je vois peu de différences. Mais évidemment ils sont aussi prompts à se présenter comme vertueux parce qu'ayant une carte de membre du club imaginaire du "monde de l'entreprise" là où, à activité essentiellement comparable, un fonctionnaire devient un "vil parasite" (qui évidemment vit sur le dos des autres). Au nom de minorités somme toute réduites de fonctionnaires (très représentés en revanche) très protégés et bénéficiant réellement (cad vivant bien, pas seulement ayant un job) de leurs statuts spécifiques, on obère facilement les abus équivalents (et tout aussi destructeurs et corrupteurs d'une économie) côté corporate (avec dans les deux cas les gros bataillons qui trinquent plus qu'ils ne récoltent, mais s'identifient dans le "combat" à des grandes catégories abstraites). Ca rappelle un peu 1789: les fonctionnaires seraient la noblesse, dont l'extrême majorité n'avait rien ou pas grand-chose, sinon son statut qui lui gardait quelques droits symboliques (porter l'épée, avoir un pigeonnier pour sa baraque -quand ils en avaient une-, quelques exemptions fiscales -qui ne servaient à rien à l'essentiel d'entre eux-....), et une représentation comme un tas de parasites vivant fastueusement sur le dos des autres et faisant son beurre sans contrepartie (ce qui n'était le cas que pour un nombre statistiquement minime, même si lourd dans le PIB.... Et pour des non-nobles très très riches et parasitaires -des privés quoi-, vivant de l'affermage de l'impôt). Mais les aristos, comme les fonctionnaires, tenaient à leur privilèges symboliques plus qu'à leur vie, comme d'autres tiennent à leur fortune héritée plus qu'à un revenu gagné: c'était tout ce qui leur restait pour avoir un statut et une image d'eux-mêmes (et se différencier des autres), vu que la fierté et le sentiment de sécurité (justifié ou non), ça n'a pas de prix.
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Suisse : politique intérieure et extérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Tiens, ça c'est un scénario d'invasion un peu plus crédible (ou moins délirant), mais il ne marche que si la France est encore un Etat qui, bon an mal an, tient debout et peut fonctionner, et évidemment employer ses moyens politiques et militaires comme ils sont faits pour être employés. Un mouvement important a lieu dans les grands Etats en proie à des difficultés intérieures accrues, notamment sur le plan de leurs finances, et évidemment, il est difficile de faire toutes les réformes intérieures nécessaires dans un temps satisfaisant: trop coûteuses politiquement, manque de marge de manoeuvre financières pour que le train de réformes ne démolisse pas ce qui marche bien ou marche encore (réformer bien, ça coûte très cher: faut payer beaucoup dans un premier temps pour que ça marche ensuite dans un temps plus long), sans compter qu'évidemment, les problèmes des Etats n'ont pas, loin de là, que l'absence de réformes pour cause (incivisme des citoyens, surtout les plus fortunés, perte de sentiment national et/ou de sentiment d'appartenance, identitarismes de tous poils, crises conjoncturelles....). Bref, ça merde, et les grands Etats ont besoin de solutions s'ils veulent rester grands, voire rester des Etats. Et des solutions si possibles rapides, ou en tout cas que des premiers éléments d'une solution de long terme arrivent assez vite. En un mot comme en cent, parmi toutes les causes qui peuvent être invoquées, un consensus se forme pour s'en prendre aux paradis fiscaux et à la manne de l'évasion fiscale (ce qui est loin d'être injustifié vu les proportions actuelles): rappelons que loin de se cantonner aux Etats européens, ce problème touche tous les Etats, et surtout les Etats développés. Loin des "clients habituels" les plus représentés, il faut signaler l'importance du phénomène pour d'autres moins souvent cités, comme le Japon, le Brésil, la Russie ou la Chine. En Chine par exemple, les masses de fric qui sont expédiées hors du pays sitôt engrangées (par de multiples moyens) représentent des montants hallucinants: un Chinois qui réussit envoie son fric et ses enfants hors du pays (le premier pour se planquer et "travailler", les seconds pour étudier). En Russie, c'est pire encore. Mais le point est pour la Chine que le fait a peu de contrepoids vu la nature oligopolistique du système politique: les individus qui dirigent sont du même groupe que ceux qui pratiquent l'évasion fiscale comme second mode de respiration. Mettons donc que la situation en arrive à un point tel que même des dirigeants politiquement lâches et/ou politiquement faibles (à faibles marges de manoeuvre) soient contraints d'agir, et plus terrible encore, de se parler: les paradis fiscaux et places dites offshore sont pointées d'un doigt accusateur COMMUN. Bref, la chasse est ouverte pour récupérer les brouzoufs, dans une vaste croisade civique mondiale qui, par la nature de l'inertie des grandes masses, ne risque pas de faire dans le détail. On reste civilisés, mais on va dérouiller la peau des armées d'Andorre, de Monaco, des îles Caïmans.... Terribles adversaires dont la tyrannie doit être mise au pas. Donc la Suisse figure dans le cahier des charges, et la France, généreuse, se propose de s'en occuper puisque c'est dans son secteur.... Sauf que le scénario s'arrête là: tout se résout "à l'amiable", quelle que soit l'ampleur de la coalition des anti-paradis fiscaux: à moins que certains grands Etats soient tentés de "mourir pour Zürich" (ou Vaduz, ou Panama....), on sait tous que ça s'arrête là, quoique veuille en penser le chef d'Etat Major des forces suisses. Et une France toute seule pour se lancer dans ce genre "d'opération Juste Cause" soit se la ferme et ne fait rien, soit n'est pas si seule que ça (ce qui renvoie à la phrase précédente). Quoiqu'il arrive, ce genre de scénario implique beaucoup de monde, si ce n'est la planète entière, et c'est toujours un jeu de billard à 87 bandes (et vraiment beaucoup de boules en jeu). Si la France avait 650 millions d'habitants (dans une Europe à population inchangée), et pas 65, et un corps de bataille moderne de 400 000h, pas de 40 000 (même pas en fait), ce pourrait être une autre histoire parce qu'elle aurait les moyens de se foutre des rodomontades et rétorsions des autres, de jouer le tyran régional tout en restant un partenaire incontournable. C'est pas le cas. Imaginer un scénario franco-suisse comme si les deux pays étaient dans une bulle isolée (ce à quoi revient le fait de fantasmer une Europe où tout s'effondre, sauf étrangement la Suisse et la France, histoire que le scénar puisse "marcher"), c'est juste inventer n'importe quoi pour conformer la réalité (enfin un fantasme de réalité) à ses besoins du moment; en l'occurrence, maintenir le modèle militien, faire du consensus politique, maintenir des commandes d'armement nationales.... Donc faire de l'interventionnisme économique massif, du militantisme politique et une bonne petite dose de clientélisme. C'est juste de la politique. Parce que si les décideurs civils et militaires suisses tablent réellement et sincèrement sur un tel scénario comme faisant partie de l'univers des probabilités, même raisonnablement basses (au lieu de le mettre dans la catégorie juste un cran au-dessus de "invasion extraterrestre"), il y a lieu pour ce pays de remettre sérieusement en question leurs compétences. Meunon, si le secteur financier représentait 1 à 3% de leur PIB, soit de l'ordre des 3,6 à 11 milliards de dollars par an, ça veut dire qu'il représenterait des masses d'argent très nettement moins considérables que ce qu'elles sont aujourd'hui, soit des niveaux d'évasion fiscale de plusieurs degrés de magnitude inférieurs, et sans doute nettement plus tolérables pour les économies développées. Certains pourraient s'offusquer pour le principe, mais ça vaudrait pas la peine de péter une durite ou de consacrer de lourds efforts à contrer la chose. Je ne crois personnellement pas énormément au "qui vole un oeuf vole un boeuf". -
Suisse : politique intérieure et extérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Ce chiffre représente l'activité des banques suisses (leur CA annuel, quoi), ou plutôt du secteur financier suisse (sur un PIB de 360 milliards de dollars et des brouettes), pas le CAPITAL qu'elles gèrent. 1/3 des fonds mondiaux se trouvant hors de leurs pays d'origine (cad ce qui est "offshore") sont en Suisse (gérés par des banques suisses ou les branches suisses de banques étrangères). Le mythe n'en est pas un: ces sommes là se comptent en dizaines de millers de milliards de dollars (trillions, quoi). Le PIB n'est qu'un agrégat très incomplet (et peu représentatif de l'économie; de moins en moins en fait) de la valeur ajoutée annuelle des entreprises d'un pays; il ne représente que très peu et très mal (encore plus dans le cas de certains types d'économies) la "richesse" d'un pays, ou le "poids" (tous facteurs cumulés, donc en incluant des notions comme la politique, la "puissance"....) de ses secteurs d'activité. -
Suisse : politique intérieure et extérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Dis donc, toi, avec des sous entendus pareils, tu ferais pas partie de ces Français qui veulent envahir la Suisse et que l'espionnage helvète aurait entendus, alertant son gouvernement d'un danger imminent, des fois? Y'a vraiment des gens qui croient que le monde fonctionne comme ça, ou que même l'occupation française de territoires suisses pourrait aboutir à renégocier la dette? Y'a plus simple, pour un Etat comme la France (cad développé, à l'économie en partie "dématérialisée", très intégrée dans les divers flux qui animent l'économie moderne, par opposition à une économie au stade "primaire" de production/distribution directe, en boucle temporelle et géographique réduite), si elle en était à une extrêmité pareille: décréter la banqueroute, partielle ou totale. Parce qu'une France " l'état sauvage" (voire explosée en entités réduites) d'aller envahir le voisin serait de facto hors de tout système international, donc en état de rupture partielle ou complète avec ses voisins, tant au plan diplomatique (et on ne parle même pas des structures de l'UE) qu'au plan économique et commercial. L'économie serait donc de retour à un stade plus primaire de fonctionnement, et ne permettrait pas de financer grand chose en terme d'opérations militaires, ni d'acheter le constant flux de choses diverses dont elle aurait besoin pour ça (pétrole, huiles et autres consommables, pièces détachées....), ni d'avoir accès aux services satellites partagés.... Et elle aurait d'autres trucs plus sérieux à regarder que les yeux secs des banquiers helvètes.... Genre des voisins un peu plus conséquents avec qui elle serait plus ou moins en bisbille, ou en train d'essayer de renouer un minimum de relations sérieuses (et envahir le Suisse dans ce cas, ça aide pas), et plus généralement en train d'essayer de rebâtir une économie. A moins de poser des bases sérieuses pour un scénario catastrophe, on peut multiplier les hypothèses débiles et incohérentes même pas dignes d'un mauvais jeu vidéo ou d'un roman de Tom Clancy (ou évidemment d'un jeu vidéo tiré d'un roman de Tom Clancy: la double peine en terme de crédibilité), mais fonder un exercice militaire dessus destiné à justifier un modèle de forces pertinent, voire une posture diplomatique (éventuelle), on va pas dire que ça entre dans un autre domaine qu'une entreprise purement politicienne, voire démagogique. Et, tout aussi évidemment, faut pas oublier de parler de l'éléphant dans la pièce: la France a 7 malheureuses brigades désormais, éclatées sur le territoire.... Et ces forces ont un besoin impératif d'un fort environnement techno-intensif très coûteux et complexe à mettre en oeuvre, et d'un accès permanent au commerce mondial pour alimenter cette machine de combat très consommatrice de tout.... Qui peut croire une seconde qu'une France aux abois, ou éclatée, pourrait dégager de quoi menacer la frontière d'une Suisse encore debout, ou organiser une opération militaire complexe et la soutenir dans le temps (entendez plus de.... 2 semaines)? Même en l'état actuel, les 7 brigades, ça pèse pas bien lourd face à une défense territoriale très organisée, nombreuse et appuyée sur un terrain difficile et extrêmement préparé. L'armée française à ce format n'est pas un outil de conquête, même temporaire, si tant est même qu'elle pouvait utiliser TOUT ce format en une seule fois, ce qui est impossible dans un tel scénario, autant pour des raisons pratiques (désorganisation d'un pays en effondrement, absence de moyens, perte rapide de compétence des personnels, voire perte des personnels....) que contextuelles (autres priorités intérieures et extérieures que la putain de Suisse! Autres menaces....). Si les Suisses veulent garder leur modèle milicien, ne serait-ce que parce qu'ils estiment que cela concourt du maintien d'un sentiment d'appartenance et d'un esprit civique, ils feraient mieux de se l'avouer plutôt que d'inventer des menaces non crédibles qui n'auront pour effet concret que d'alimenter les bas instincts des nationalistes bas de plafonds. Dans le registre des prétextes politiques pour la politique de défense, ça semble être la nouvelle tendance, si bien qu'on a fondamentalement deux axes de langue de bois en Europe pour dire n'importe quoi et justifier la politique qu'on veut et qui sert tout sauf les intérêts du pays en question: - on a le bon vieux: "la guerre a changé ma bonne dame, la technologie, la paix dans le monde, l'intelligence distribuée..... Il nous faut des armées plus petites, plus modernes, plus équipées, plus souples, plus réactives" - voilà le nouvel axe, fondé sur la "défense territoriale" contre les scénaris les plus débiles: l'Allemagne et la Pologne donnent dans ce registre (et la première entraîne avec elle la Hollande et quelques autres), ça évite de dire qu'on veut un budget de la défense pour garder de quoi remonter en puissance un jour (très légitime), ne pas envoyer de troupes pour la stabilisation de zones fragiles tout en bénéficiant de l'ordre créé par ceux qui le font (partiellement légitime vu les abus américains récents), et surtout distribuer du fric aux grosses boîtes d'armement nationales (un outil politicien très pratique nationalement et localement) tout en se gardant d'être un Etat économiquement trop interventionniste (encore la Pologne a t-elle une ambition nationale affichée, même si on se demande à quoi peut lui servir une armée puissante de défense territoriale.... Sans menace territoriale). La suisse rejoint-elle ce club des Etats maintenant une armée pour maintenir les emplois de l'armement (et la "petite" économie souterraine des contrats d'armement, si éminemment importante dans toute vie politique)? -
Suisse : politique intérieure et extérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Les dépôts et réserves en métal précieux (plus les réserves de devises en cash concret), ça existe toujours, et même si ce n'est plus le fondement de la monnaie, l'idée d'un tel "raid de pillage" ne serait pas totalement sans intérêt.... Si l'Etat en faillite avait encore les moyens de mener des opérations militaires complexes de cette échelle, ce qui est très très douteux, vu que la guerre moderne coûte beaucoup de fric bien plus vite qu'au temps jadis (et plus la dite armée est sophistiquée, plus c'est vrai). Bon, en plus, un Jura militairement agressif, ça impressionnerait qui? Combien d'habitants? Et s'il est en crise économique, quelle capacité de développer une armée (il hériterait de quelle partie de l'arsenal français? Y'a quasiment rien de militaire dans le Jura)? Ces scénaris sont vraiment ridicules d'incrédibilité totale: tout au plus ont-ils une utilité politique. En plus d'être un outil pour que l'armée essaie de justifier son existence par des délires, cela ne sert-il pas surtout à servir un nombrilisme national du style "le monde entier en a après nous et veut venir prendre notre tas d'or, donc il faut une armée"? La terrible menace jurassienne, ou celle d'une France sans moyens de payer les opérations de quelques-unes de ses 7 petites brigades (à faire opérer dans un environnement C4ISR à plein régime), ça craint comme prétexte. La menace de bombardement pour l'hypothèse d'un braquage à l'échelle internationale tiendrait plus la route que cette absurdité. Ou alors des hordes jurassiennes de type non militaire/bandes armées légères (et pas bien nombreuses), plutôt du ressort d'affaires de police.... On sait plus quoi inventer comme connerie de nos jours.... -
La réaction de la NRA n'a pas grand chose à voir avec l'inculture ou même des motifs proprement idéologiques: la masse des adhérents (très diverse en profils, faut pas caricaturer) fait caisse de résonnance à certains moments, mais pas toujours, et la majorité des prises de position publiques, hors les phases de crispation quand des propositions de loi tombent sur le gun control (et encore, le cas de Sandy Hook a montré que les effectifs de la NRA pouvaient accepter pas mal de mesures de gun control, contre leur hiérarchie), est surtout le fait des dirigeants de la NRA, Wayne Lapierre surtout. La NRA en tant qu'instance organisée n'est qu'une seule chose, dans les faits: les yes men de l'industrie des armes, et strictement rien d'autre. Le financement vient de cette industrie, les nominations aux postes sont soit préemptées, soit cooptées, soit achetées après coup par cette industrie, et leurs prises de position sont peu influencées par la base. Ce sont des VRP pour la vente d'arme, parce qu'il y a une douzaine de compagnies de grande taille qui ont les moyens et la volonté persistante de s'en servir ainsi. Le 2nd Amendement, déformé, surinterprété.... N'est que la plate-forme de départ de leurs bataillons d'avocats, de lobbyistes, de figures publiques, d'agitateurs (pour le groundwork local), de connexions médiatiques et d'idiots utiles, pour essentiellement faire ce pourquoi la NRA a été conçue et développée à la base: vendre des flingues et tous les produits dérivés qu'on peut imaginer (et "l'univers", le "lifestyle" qui va avec). Sur un fond de proportion de foyers détenteurs d'armes qui baisse sans cesse depuis longtemps, les ventes progressent, créant un segment de population (un tiers des Américains, sans doute un peu moins aujourd'hui, et peut-être stabilisé autour d'un quart à terme) véritablement surarmé (environs 300 millions d'armes légales aux USA) et complètement imprégné d'une caricature de gun culture et de mentalité d'assiégé. S'ils n'ont pas renoncé à redévelopper des PDM, les industriels ont en tout cas beaucoup misé sur la consolidation de ce "coeur de marché", avec la NRA -à laquelle s'opposent la plupart des autres associations de propriétaires d'armes d'une taille visible- comme outil principal. Y voir une organisation "démocratique", "spontanée", reflétant "la base" est une illusion. Comme le Tea Party, elle est bien trop financée et organisée et sa direction bien trop indépendante de ses troupes et autoritariste pour ça, les reflétant assez peu (sauf pour une minorité qu'on peut réellement qualifier de tarée). La NRA est un lobby, un outil en "joint venture" créé, développé et entretenu par une industrie pour le marketing ("fan clubs", marketing communautaire, conventions, circuits de meetings, fidélisation, force de vente....), , la com (publicité continue, campagnes ponctuelles, campagnes de terrain permanentes....) et le lobbying (politique locale et nationale). De fait, si la nature purement (ou principalement) commerciale de l'organisation pouvait être formellement prouvée, il s'agirait d'un accord de cartel à la nature parfaitement oligopolistique, voire d'une association de malfaiteurs si la distorsion des règles de financement de la vie politique américaine pouvait être aplanie, outre des "crimes" d'ordre plus moral sur une incitation tacite à la violence et des campagnes d'incitation à la peur (condition de leur développement commercial).
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Il faut en plus relativiser les propos de journalistes très (trop) introduits comme Woodward, qui ont une tendance, commune dans les "Beltway medias" (la Beltway, c'est le périph de Washington), de faussement équilibrer le discours en disant, d'une façon ou d'une autre, que "le tort est partagé", que "les intransigeants sont des deux côtés".... Et autres généralités discutées dans l'absolu sans la moindre quantification. Le fait est que depuis les années 90, une nouvelle vague de républicains a bouffé le GOP pour parvenir à un niveau de radicalité sans précédent, et l'irruption du Tea Party (qui est tout sauf un mouvement "spontané" issu "d'en bas" comme ils aiment à l'avancer) a multiplié cette tendance par 100: même les parties encore raisonnables du GOP sont mises au rencart et se taisent par peur d'être bouffées aux primaires et dans les courses aux nominations, où les gueuleurs radicaux peuvent jouer les petits tyrans et donnent le ton, ayant totalement parasité le système interne. L'absence totale de culture du compromis, la haine même de ce mot, avec la haine du principe même de gouvernement, le recours à une rhétorique abstraite, aussi peu quantifiée et argumentée que déconnectée de la réalité, représentent l'état de la démagogie qui y règne, relayée en cela il est vrai par toute une sphère ("the bubble" comme elle est maintenant appelée) médiatique auto-alimentée, vivant dans son vase clos tout aussi déconnecté des faits et de la réalité en général. Cette "bulle" est représentée par FoxNews, mais elle recouvre un nombre bien plus important de porte paroles et médias de tous types: blogs et chaînes internet (notamment l'ex présentateur taré de Fox, Glenn Beck), radios (Rush Limbaugh incarne le principe), télés nationales et surtout locales, journaux, réseaux de "conférences".... Y'en a pour tout, bien alimentés aussi par des think tanks, fondations, instituts, communautés religieuses.... Aux poches profondes. Certains vivent du fait de sortir délire sur délire (et en vivent très bien: Glenn Beck et son site à 80 millions de dollars/an est le pinacle de cette "wackosphere"), d'autres y croient en plus vraiment. Ce refus du compromis, qu'on nomme dans le monde adulte "gouverner", est aussi donc assis sur un éloignement constant et rapide de la droite américaine d'un "centre" mal défini mais longtemps accepté comme commun, avec pour résultat une polarisation croissante et une radicalisation du discours et des comportements à droite, qui n'a pas eu de parallèle à gauche. Cette absence de réciprocité, et un glissement du parti démocrate vers ce qu'on pourrait appeler une position de centre droit (pas selon des normes européennes mais bien selon des analyses américaines) est d'ailleurs de plus en plus ouvertement mal vécue dans une partie croissante de l'électorat, qui se manifestait moins avant, soit parce qu'elle ne votait pas ou peu (ça a beaucoup changé depuis la premère campagne d'Obama, et la tendance se maintient), soit parce qu'elle suivait (phénomène lié au bipartisme). Une nouvelle gauche américaine se reforme, à partir de plusieurs tendances de fond (très lent renouveau des syndicats, développement des organisations issues des minorités, avènement d'une nouvelle génération de "milliardaires progressistes", lent retour d'un activisme étudiant, mouvements de protestations anti-armes, pour la défense de l'avortement....), et essaie de se faire entendre au sein du parti démocrate dont les instances semblent trop acquises à Wall Street à leur goût. Et le fait est que ces instances ne peuvent plus tant faire de compromis -elles n'ont fait que ça depuis Reagan, au point que c'est devenu une blague récurrente- étant donné que les ricains en sont à ronger l'os de ce qui reste de l'Education et des programmes du New Deal et de l'après-guerre, sans lesquels il n'y a pas vraiment de programme pour le parti démocrate, hors de quelques causes "de société" (avortement, mariage gay, immigration). L'actuel combat sur le système dit "Obamacare" (pourtant pas très ambitieux et, tel quel, issu du système mis en place par Romney dans le Massachussets, et des recommandations des "House Republicans" qui se sont ensuite récusés quand Obama a dit OK à leurs idées), représente pour l'essentiel le premier vrai combat important dans lequel les Démocrates n'ont pas trop reculé en une vingtaine d'années. Aujourd'hui, la tectonique des plaques politiques semble changer de mouvement, aidée par la crise (qui révèle en fait le résultat de la "révolution reaganienne" en terme de polarisation des richesses), l'évolution démographique, l'évolution des mentalités, la réaction aux effets de nombreuses politiques conservatrices, la poussée extrêmiste de la droite et le ton de son discours, l'état des infrastructures et des services publics, la paralysie du système politique....
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C'est ça une crise politique, et plus gravement encore, une crise politique dont on peut soupçonner qu'elle a des aspects structurels (essentiellement par l'affirmation du pôle des tarés du Tea Party dans le GOP); c'est marrant, je suis plongé en ce moment dans une (énième) histoire de l'armée romaine, et penché notamment sur les moments charnières d'évolution de l'armée, toujours liés (comme une des causes, mais aussi comme conséquence: une histoire de poule et d'oeuf) à des crises de gouvernance au sommet de l'Etat et des oppositions de principes de fonctionnement et nécessités contradictoires (réelles et idéologiques) dans la société romaine.... Et sur bien des aspects, j'ai un mal fou à ne pas faire de parallèles avec la situation US actuelle (et l'évolution du système politico-socio-militaire américain); la plupart des changements se retrouvent partout dans l'histoire, mais les similitudes entre l'histoire américaine et l'histoire romaine sont telles que ça rend l'exercice plus difficile qu'avec d'autres pays et cas historiques. En attendant, Boehner est le plus faible speaker qu'il y ait jamais eu dans l'histoire américaine, complètement assujetti à la guerre civile qui a lieu en ce moment dans le GOP, et particulièrement les "House GOP" (les représentants républicains à la chambre basse), comme l'a illustré cette semaine la réaction au faux filibuster, théâtral et ridicule, de l'imbécile en chef du moment qui (évidemment) emporte les suffrages du Tea Party, Ted Cruz (plus mégalo et égocentrique, tu meurs).
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Sauf que, comme toute source spécieuse et ultra-idéologique, celle-ci repose sur des éléments très partiels, très ciblés.... Le propre des idéologies, quoi: on dénie l'existence des réalités qui dérangent.... Surtout s'il s'agit de l'essentiel de la réalité. Comme souvent avec les idéologies extrêmes, ce genre de "libertarianisme" repose sur des exemples anecdotiques, statistiquement peu ou pas représentatifs, et surtout n'existant qu'à micro-échelle: l'exemple de Dodge City cité dans l'article, qui présente la ville comme peu "violente", parle d'une époque où la dite ville représentait.... Moins de 1000 habitants 960 et des brouettes dans les années 1870). Quand on compte les meurtres, cad pour mille, dix mille ou cent mille habitants, à cette échelle, un seul de plus représenterait une "explosion" de criminalité ??? . La ville la plus violente (si on limite la violence aux meurtres) en 2009, par exemple, était La Ceiba au Honduras, avec autour de 240-250 homicides en un an, pour un taux de 122/100 000 hab (le plus élevé recensé au monde pour une grande ville). Donc de.... 1,22 pour 1000 habitants. Dodge City, avec ses 5 meurtres pour l'année 1878, sur une population de 996 habitants (au recensement de 1880, donc une population sans doute juste un peu supérieure à 1878), apparaît là comme un enfer de violence déchaînée. Et ce évidemment encore plus quand on ne limite pas la violence aux meurtres, mais qu'on regarde les meurtres comme la partie émergée de l'icerberg de la violence (la plus extrême, donc la plus statistiquement limitée). Medellin en Colombie, LA capitale du crime mondial à une époque, a battu un record en la matière, avec un taux de 325 homicides pour 100 000 habitants en 1991, soit 3,25 pour 1000 habitants.... Encore moins que le "grand exemple" libertarien de Dodge City cité dans l'article, qui du coup ressemble un peu à une communauté incapable de policer même un ensemble humain aussi réduit (1000 habitants, c'est environs 200 familles grand maximum, plus quelques individus). Et rappelons qu'à Dodge, avec son épisode fameux de OK Corral, on a affaire à un "ordre" né de l'entente des tyrans locaux, essentiellement les quelques clans de puissants qui tiennent la ville par leur importance économique, leur rôle de facto (et de jure vu qu'ils s'attribuent les fonctions judiciaires/policières), et par la peur: l'affrontement d'OK Corral, c'est pas la loi contre le désordre, c'est une bande (les Earp avec leur contrôle sur l'alcool, l'opium, les putes....) contre une autre (les éleveurs) pour qui a la plus grande et qui, en conséquence, fait la loi. Pitié pour les idées "d'ordre spontané" juste et de "démocratie directe", ou autres conneries dans le genre. Voir aussi, plus parlant encore que Dodge, la ville "illégale" de Deadwood et son histoire assez sinistre, que la célèbre série qui en est tirée n'a pas tellement exagérée. Le fait est qu'on verra des formes d'ordres spontanés se manifester dans toute communauté, quelle que soit sa taille: elle cherche à s'organiser parce qu'elle en a besoin (mais l'ordre "spontané" pour une communauté de 100 000 habitants ou plus, ça passe par des formes plus arrêtées et disposant de moyens propres et d'immobilisations -cad un gouvernement, une administration....- que dans une entité de 1000 habitants ou moins). Et, à petite échelle, des formes plus ou moins satisfaisantes d'ordre peuvent exister, sans que les recettes soient réellement bien connaissables, car à cette échelle, elles reposent plus sur des situations particulières, des individus et leurs relations entre eux à un moment donné. Face à un environnement hostile, l'entente sera plus rapide et un compromis atteint, au moins pour un temps, parce que la réalité prélève déjà trop de tribut sur la dite communauté.... Et il tend à rester plus d'exemples positifs que d'autres, vu que les communautés qui échouent ne laissent pas de trace: elles disparaissent. Mais aussi parce que les petites communautés ont leur loi du silence: les libertariens ont aussi cet art de montrer ces ententes de petite échelle, quand elles existent, comme des idéaux de "démocratie directe", en oubliant que la tyrannie existe tout aussi bien au niveau du village, de même que la loi du silence: qui a été vivre dans de petites agglomérations sait comment beaucoup de choses peuvent s'y passer, sans que les apparences montrent autre chose qu'un petit groupe calme. La contrainte pas ou peu verbale, les sous-entendus, les rétorsions discrètes, les menaces voilées, le régime de la peur sans recours, l'oppression de fait (par exemple par le "poids lourd" de l'endroit: notable, maire, grand propriétaire, patron de la seule activité rentable du coin....) y existent bien souvent. Les petites communautés ne sont pas plus vertueuses que les grandes: elles sont juste moins formalisées. L'exemple du Far West oublie aussi bien facilement l'extrême importance du rôle du gouvernement fédéral américain, extrêmement interventionniste depuis son origine (malgré ce que les libertariens et faux nostalgiques aiment fantasmer); rail, sécurisation des axes de communication, postes, administration, armée (pour chasser les Indiens et faire de la place que les colons n'auraient jamais pu conquérir), subventions massives et facilités en tous genres, débouchés garantis, infrastructure et débouchés pour les petites productions des villes champignons (qui ne se seraient pas créées vite et n'auraient pas attiré de monde s'il s'était agi d'avoir des communautés autarciques ou devant développer leurs marchés et activités entre elles).... Quand aux qualités des "arbitrages" comme modes de résolution des affaires entre grandes entreprises, les comparer aux résolutions de problèmes entre individus de petites communautés est ridicule et prouve juste que l'auteur de l'article ne sait ni ne comprend rien de ce que sont les arbitrages entre grandes boîtes et de ce pourquoi ils sont généralement faits par préférence au recours à un tribunal (je donne un indice: les dites boîtes voudraient pas que trop de linge sale soit exposé, ce qui arrive inévitablement quand 2 entités importantes se combattent: le conflit prend sa propre logique). L'idée d'une plus grande "efficacité" est un pur mot de théoricien (les critères de la dite efficacité restant indéfinis), et si des coûts sont épargnés (très discutable, du mot même de nombreux avocats arbitragistes qui eux ne se plaindront jamais du business), c'est avant tout..... Parce qu'existent des tribunaux dont la menace constitue la première incitation à négocier, afin d'éviter que les deux parties se fassent des coups vaches et exposent des choses qu'elles préfèrent garder discrètes.
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Ils se sont allégés en général, et sinon, l'armure, c'était de la maille à cette époque (avec un gambison, soit la même chose que les Romains), plus un heaume ou un calot de métal sur un haubert, et même là, ça leur a posé problème (voire le cas de Hattin où on reporte que l'eau bouillait sur le métal). Oui, c'est comme FELIN: les Romains avaient un paquetage théorique et s'adaptaient, mais mes remarques sur la segmentata renvoyaient plutôt au fait que beaucoup ne l'avaient pas et qu'elle correspondait plutôt à une partie des troupes destinées à un rôle donné (la fonction d'arrêt et de tenue des premiers rangs de la ligne de bataille), dans le cadre d'une évolution plus "néo-phalangiste", avec l'usage de la hasta qui revient de façon plus générique.
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J'ai vu le contraire écrit dans plusieurs livres, et aussi chez quelques intervenants en reconstitution: le cagnard du MO, pas seulement pendant un petit moment, mais plus longtemps, c'est autre chose que la Provence? Ou ton intervenant était du coin? Un truc sûr est que ça faisait suer et que beaucoup de sources diverses semblent attester qu'une abondante sueur (surtout une de quelqu'un "en guerre": plus acide via le stress) détériorerait assez vite le cuir qui tient en fait la segmentata. C'est terrible quand on en vient à se pencher dans des détails de ce genre pour trouver des conclusions plus "grandes" . On va bientôt en être à se demander si les ptéruges étaient pratiques pour pisser.
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Il y a plusieurs modèle de segmentata, mais la plupart partagent, à divers degrés, une fragilité dans le maintien: les lamelles elles-mêmes sont une bonne protection (surtout aux chevauchements) et l'emboîtage offre un bon niveau de souplesse pour ce niveau de protection, mais les crochets qui tiennent l'armure ont l'air d'avoir été très fragiles et de péter très souvent (la tension du métal aidant aussi beaucoup), et ce d'autant plus que la durabilité était bouffée par l'usure du cuir en dessous (par la sueur, les mouvements). Aussi, cette armure peut rapidement être un four, comparé à la hamata. Mais bref, la segmentata demande beaucoup plus de maintenance (et possiblement une plus complexe) et de soin. Peut-être la large diffusion de cette armure allait-elle avec une large diffusion de ces techniques: peut-être relativement complexe (dans les mêmes eaux que la segmentata?) à construire si on considère l'acte technique dans l'absolu, mais c'était un savoir-faire vraisemblablement largement disponible dans le monde romain, donc il y avait une capacité importante de production existante, là où la segmentata était un savoir-faire nouveau, possiblement plus poussé, mais en tout cas nettement moins répandu. Là, on est dans une analyse économique. Sinon, pour le temps passé à une hamata: ça dépend aussi de la densité des anneaux. Tu peux faire des cotes de mailles aux anneaux très serrés, ou d'autres nettement moins, ou des cotes aux anneaux plus ou moins grands; ça peut varier, pour une couverture de taille égale, du simple au double, voire plus. La squamata, en revanche, semble la moins complexe des 3 à faire, et je crois la moins chère. Sinon, petit point vocable: Ca peut devenir confondant de manier les termes "super lourds/blindés", "lourds/standard","médians", "légers".... Le problème est que "fantassin lourd" reflète plusieurs réalités différentes au fil de l'histoire romaine, selon les périodes. Ainsi, le légionnaire "standard" de la période qui va de Marius au Ier siècle, est considéré comme un fantassin lourd, alors même qu'au sein de ses rangs semble donc commencer une différenciation entre ce "lourd" qui devient "médian", et les "lourd" qu'on équipe plus (notamment avec la segmentata, si c'est bien ce qui se passe) mais surtout qu'on aiguille plus vers un rôle d'arrêt, là où le "médian" (en fait ce qui était le légionnaire "standard") prend corollairement un rôle plus versatile fondé sur l'assaut, l'appui et la manoeuvre. Les "légers" avant Marius étaient les vélites et frondeurs, sans aucun blindage, puis le terme recouvre ensuite une réalité plus variée, couvrant aussi bien ces lanceurs et tireurs que des fantassins de contact opérant sur les flancs de l'infanterie lourde et en avant (et ils étaient ou non bien protégés). A l'époque tardive, les "lourds" sont les "surblindés", les légers sont les fantassins de contact standard (avec pourtant bouclier et cote de maille ou hamata), et les gens pas ou peu protégés et reposant sur le tir et la poursuite sont qualifiés de tireurs (ou de noms spécifiques à leur arme principale), alors même que certains d'entre eux sont des "lourds" (archers cuirassés, faits pour la première ligne). Très confondant, mais on voit que le niveau de blindage est le critère principal définissant lourds et légers (reflétant la distance à la première ligne) sur la fin de la période, et moins le métier principal.
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Ce n'est qu'une hypothèse de travail, mais en regardant l'histoire de l'évolution de l'armée romaine sur une longue durée, ça a une bonne logique pour moi, en considérant les logiques qui semblent revenir sans arrêt, constat de nécessités immuables et de progrès certains. On connaît plusieurs stades de l'armée romaine à quelques époques, donc y retracer une continuité incarnant l'évolution permanente, mais lente, semble possible ainsi. Cependant je ne parlerais pas d'une infanterie "moins blindée" juste là pour faire masse. Quand la spécialisation de certains morceaux grimpe (tireurs et "ultra lourds", dans ce cas), leur rôle est en fait crucial, et ce d'autant plus que, si j'examine par exemple la centurie d'infanterie de ligne de l'armée tardive, les super lourds n'y représentent que 30 à 35% de l'effectif. S'il n'y avait qu'eux et les tireurs qui avaient un rôle actif, ce serait léger, pour des unités qui, individuellement, ne sont pas énormes (vraisemblablement 10 de ces "centuries interarmes" dans chacun de ces "équivalents cohortes", ou "légion tardive"); ça ferait bien peu de fantassin stricto censu dans des unités.... D'infanterie (de contact). Ce sont donc bien des fantassins de contact, avec le même armement et bouclier que les lourds de devant, mais moins de blindage (pas de jambières ou de manica sur le bras, pas d'armure lamellaire. Leur rôle dans la centurie en formation en ligne est plus d'appui (tenir la formation, pousser/soutenir ceux de devant quand il faut presser, lancer javelines et plumbatae, veiller aux intervalles -fondamental-....), mais ils en ont d'autre: leur moindre encombrement et l'absence de lance d'arrêt (qui est dans le paquetage mais peu souvent utilisée) leur donne un rôle d'assaut/contre attaque et/ou de manoeuvre qui correspond à un mode opératoire "traditionnel" du légionnaire (fondé sur le couple d'une arme de jet et d'une de mêlée avec une tactique d'avance "coup de poing"). L'extrême importance des intervalles dans la tactique romaine fait que l'espace entre chaque homme dans la plupart des formations est aussi un couloir de passage entre chaque file, soit pour interchanger la place avec l'unité derrière la centurie (en la laissant passer ou en reculant soi-même: les lignes se "passent au travers"), soit pour que les rangs de fantassins "médians" (appelons-les ainsi) passent devant, ou les "légers"/tireurs (pour un surcroît de portée avant le contact). Ces médians sont aussi plus indiqués pour la poursuite (à courte portée) d'un adversaire qui craque. C'est vraiment là pour moi l'évolution naturelle des cohortes d'infanterie, avec des prémisses qu'on peut deviner dès l'époque augustéenne, et on le verrait aussi à mon avis dès César si on avait des visions détaillées de sa pratique du combat d'infanterie qui change beaucoup à sa période, délaissant graduellement le combat en ligne monolithique au profit de fronts raccourcis et densifiés, avec une part croissante de cohortes retirées à l'arrière en réserve pour renforcer la ligne qui craque, mais surtout partir manoeuvrer sur les flancs (ce qui l'oppose à un Pompée plus "traditionnel"). César employait ainsi moins d'unités pour sa ligne (alors qu'une légion était à la base une organisation/optimisation d'un dispositif en ligne, ce pourquoi elle avait 10 cohortes) et plus pour la manoeuvre (et on ne peut pas faire du combat de manoeuvre avec 10 sous ensembles). Et le combat romain montre que, pour garantir de tenir dans le temps, certes le relai des rangs au sein d'une centurie peut être important, mais il est plus commode de faire se relayer les centuries d'une cohorte, et de faire se relayer les cohortes. Du coup, si cet usage est prioritaire, avoir une centurie de soldats identiques sur trop de profondeur est un gâchis de ressource, et il vaut mieux introduire un usage différencié avec des appuis internes, à ce niveau, un renforcement des avantages des premiers rangs, et le maintien d'une troisème portion plus mobile et polyvalente. C'est ce que les Macédoniens avaient commencé à faire sous Alexandre, avec les Hypaspistes (qui pouvaient ainsi faire les phalangistes ET jouer les "légers" et "médians"), mais à l'échelon de groupements plus grands, ce que les Romains faisaient aussi, à haut échelon, avec la division des légions en Hastati/princeps, vélites et triaires, qui semblent recouper les fonctions essentielles. Du coup, cette partie "médiane" des unités d'infanterie (ni ultra blindés ni tireurs -cad avec frondes ou arcs/arbalètes), ce sont des fantassins "type". La centurie tardive montre que l'alignement standard de l'ordre de bataille, c'est 2 rangs de 10 "surblindés" devant (et un tout à l'arrière en réserve), 2 rangs de 10 "médians" (donc moins nombreux) et un rang de frondeurs. Sur les flancs immédiats des surblindés, un rang de 3 archers lourds de chaque côté ("lourds" veut dire qu'ils sont bien protégés), sur ceux des médians, 2 rangs de 3 archers "types" (protection normale), et 2 rangs de 3 arbalêtriers sur les flancs des frondeurs. On ajoute à à ça les cadres principaux (les 6 des lignes) que sont les décanus, et l'encadrement général de la centurie (centurion, porte enseigne....). Si je les comparais à un modèle ultérieur, ces fantassins médians dans l'ordre de bataille tel qu'il évolue me font penser aux hallebardiers des carrés suisses et des unités "pike and shot" ultérieures, qui demeurent tant que la pique est majoritaire (cad jusqu'à la 2ème moitié du XVIème siècle) et que le mode combat de ces unités (qui fait de plus en plus place au feu avant qu'il ne devienne le mode d'action principal) reste centré sur l'usage offensif et défensif de cette arme maniée en paquets denses, avec effectivement une différenciation entre les piquiers de front, plus lourdement protégés, et ceux "de l'intérieur" plus légers. Les Hallebardiers, tant qu'on est donc dans le cadre d'unités "pike and shot" reposant sur le choc d'infanterie de contact, sont le complément "rapproché" des tireurs: ils chargent à courte distance quand la ligne adverse a un "trou" momentané, flanquent s'ils le peuvent, ou chargent/accrochent la cavalerie passant sur le côté ou arrêtée brutalement en face par les piques. Pour ce faire, ils sont aux aguets, en petits paquets derrière les rangs de piquiers, qui sont suffisamment espacés (ou peuvent faire des passages) pour qu'ils avancent et reviennent eventuellement se planquer à l'intérieur. C'est méchant la hallebarde, quand c'est utilisé en groupe. Mais c'est le maintien, encore au XVIème siècle, d'une infanterie "d'assaut" par rapport à l'infanterie "de ligne" que sont les piquiers: pour ces rôles, les Suisses et Lansquenets avaient maintenu un certain temps aussi des épéistes lourds, et les Espagnols des épéistes avec boucliers (mais ça a pas duré). Ca s'estompe puis disparaît avec la prédominance du feu, et il est plus dur ensuite de faire la différence entre les fonctions "arrêt", "tenue de la ligne" et "assaut" quand les fantassins sont tous des mousquetaires avec baïonnette.... Jusqu'à ce que très vite se recréent des fonctions au mode opératoire spécifique et donc des sous-unités organiques (voltigeurs, grenadiers, chasseurs....), et des corps différenciés dans des unités propres (chasseurs/Jaegers, grenadiers d'assaut, compagnies franches.... Certains noms sont identiques, mais les fonctions ne sont pas les mêmes que quand ce sont des sous-unités dans des bataillons de ligne). Pareil que pour l'armée romaine, on constate le besoin de différents "métiers", au sein des unités essentielles ET en dehors d'elles, donc de sous-unités organiques et d'unités à part, avec, quand on reconnaît leur spécificité, des matériels, organisations, mentalités, commandements.... Différents. Pour la note: les plumbatae, qu'on peut voir, si on suit mon mode de raisonnement (pas forcément évident si je délire de trop), comme le plus bas "échelon" de la capacité de tir de l'armée romaine, ne sont pas allouées à des tireurs spécialisés, ni en unités organiques ni en unités séparées, mais sont l'apanage des fantassins de contact, étant portées accrochées à l'intérieur du bouclier (de 3 à 5 en moyenne). Ce sont des dards plombés de 30 à 60, voire 70cm de long, avec une pointe barbelée, un empennage et un lest entre le centre et la pointe (même principe que le pilum: tomber tête en avant, avec impact). On les retrouverait donc chez les fantassins blindés et les "médians" (qui eux utilisent aussi des javelots).
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Voire ma réponse à ce poste et sur la "valeur" des documentaires télé en la matière.
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Pour la corrosion du fer, les lorica hamata sont par essence celles qui devraient en souffrir le plus et disparaîtraient le plus vite; or, ce sont celles qu'on retrouve en grand nombre. Pour l'utilisation selon l'adversaire: oui, les armées romaines d'un endroit donné s'adaptent conjoncturellement (vêtements moins épais, on sort sans l'armure....) et, dans une certaine mesure, structurellement. Mais l'adaptation structurelle est plutôt celle du mix de forces ("dosage" de cavalerie, de tel type d'infanterie....) et de quelques unités spécifiques éventuellement (les dromadaires sont pas affectés au Rhin ). Et une telle utilisation à la carte (hors de simplement "mettre ou pas mettre l'armure"), dans le cas de la segmentata, supposerait une sorte de double dotation: l'armée romaine fonctionne pas vraiment comme ça, vu que le légionnaire est propriétaire de son matériel. On le lui file pour la formation initiale, quand il n'est encore que "tiro", et une proportion donnée de sa paie (voire plus haut dans le fil, j'ai donné les tarifs) sert à rembourser. Vu le coût de certains matériels, comme la segmentata, ça peut prendre du temps. Et jusqu'à la reprise en main du IIIème siècle, l'Etat ne fournit pas des trucs clé en main: il file la paie et l'organisation, et il fournit certaines matières premières de base (dont le grain, l'huile et le vin, certains bois spécifiques, et surtout le métal). C'est pourquoi l'armée romaine est une armée étonnamment peu chère au regard de ce qu'elle fournit comme service, en guerre et en paix: elle fabrique et entretient tout son matériel, toutes ses fortifications et logements, les routes, les ouvrages publics de l'empire, organise les recensements, lève l'impôt.... Mais bref, la segmentata, signalée (aujourd'hui) depuis l'an 9 apr JC, est fabriquée en légion, par des légionnaires; ce qui la rend chère, c'est vraisemblablement moins le coût initial du métal (en quantité, y'en a t-il beaucoup plus que dans une hamata ou squamata? Est-il de meilleure facture?) que le temps passé et l'expertise requise du ferronnier, ce qui réduit le nombre de ceux pouvant la produire dans une légion (dans la hiérarchie interne des métiers d'une légion, ça peut vouloir dire que seul le tout haut du panier chez les ferronniers/maréchaux ferrants peut faire ça). Ca fait au final de la cote de maille l'armure type du romain à toutes les périodes depuis la réforme de Marius (au moins) jusqu'à la chute de l'occident et au-delà en orient. Moins conservé le système que "gardé la mémoire" et le besoin des fonctions disparues en tant qu'unités organiques. Surtout que n'est pas repris dans ce système le fait que les triaris soient les citoyens mobilisables âgés et riches, ou les vélites les jeunes sans fric. C'est radicalement différent parce qu'on fait ça avec des soldats faisant des carrières de 16, 20 puis 24-25 ans. Tout d'abord, ils sont par nature plus polyvalents, ce qui fait que leur usage avec spécialité dominante ne se fait pas dans les mêmes conditions: leur spécialité ne les empêche pas de faire d'autres choses, se conçoit comme plus qu'un usage ponctuel (triaires) ou "latéral" (vélites).... Ensuite, les spécialisations sont intégrées dès l'échelon de la centurie (attesté dans l'armée tardive et dans une certaine mesure dès le IIème siècle; pour plus, c'est ce qui est en débat justement), ou à tout le moins dans la cohorte avant cela (frondeurs, javeliniers légers attestés, archers légionnaires attestés en plus des unités auxilliaires d'archers -avec la recommandation connue que tout légionnaire doit savoir monter et tirer à l'arc). L'évolution "naturelle" d'une organisation militaire professionnelle tend à développer l'organisation du travail et à pousser l'expertise et l'efficacité d'armes particulières et de spécialité demandées, ce qui crée des complémentarités que l'expérience de soldats en contrats très long permet de faire fonctionner (peut poser problème en temps de crise, de plus avoir assez de vétérans: la mécanique interarme complexe est plus dure à faire fonctionner avec des newbes). J'ai rien affirmé de ce type: là, on conjecture de toute façon. J'indiquais même plutôt (mal peut-être) que des armures plus coûteuses iraient logiquement à des plus anciens, ou en tout cas, à une portion choisie des troupes, dans l'évolution naturelle de la centurie au combat (mon histoire des 4 rangs de tête comparés aux 4 rangs de derrière); C'est en sein de la centurie que ça se joue essentiellement, il me semble, puisque les centuries tardive sont profondément interarmes et différenciées en interne par l'équipement, et que je table sur une évolution continue du modèle militaire, sans des "révolutions", qui n'arrivent pas, surtout avec la mentalité antique, par essence conservatrice. Il n'y a ainsi pas eu de "révolution manipulaire", "polybienne", "camillienne", ou de "révolution marienne" dans l'armée romaine, au sens de changements brutaux et majeurs arrivant en quelques années: Marius, par exemple, a simplement acté et codifié des usages qui de toute façon devenaient la norme de facto depuis longtemps (usage de la cohorte au détriment de la manipule depuis la 2ème guerre punique, contrats de "service conscrit" de 16 ans pour des prolétaires devenant de facto des professionnels vu que certaines légions devenaient de fait permanentes, allègement du train de légion grâce à la professionalisation....). Les fantassins "alourdis" deviendraient donc structurellement les premiers rangs de chaque centurie dans chaque cohorte d'infanterie de ligne, souvent dite "lourde" (légionnaire ou auxilliaire); les "lanciarii" seraient-ils une autre partie de l'effectif de chaque centurie? Personnellement je crois pas, cet usage de tirailleurs, d'éclaireurs, de forces de flanquement (en campagne ou en bataille) ou de "commandos" (et d'escorte, puisque apparemment, leur statut d'élite amenait souvent de telles affectations, et les "singulares" -gardes du corps d'officiers- semblent avoir été prélevés chez eux), requiert un usage différent, donc des unités hors des cohortes mises en ligne. Dès lors qu'on se rend compte que la légion, avec ses 10 cohortes, n'est pas un outil tactique pratique pour la bataille (on ne "manie" pas un machin à 10 sous ensembles tactiques dans un combat mobile), et que les 10 cohortes sont très différenciées par "niveau", ça prend beaucoup plus de sens. Comme on ne connaît pas la proportion de segmentata par rapport aux effectifs totaux, ou la proportion de soldats affectés à un rôle de première ligne/ligne d'arrêt en bataille (la segmentata n'en est pas le seul indice: les lances d'arrêt, les lorica hamata, les manica et jambières peuvent en être d'autres), c'est dur à dire, mais on peut conjecturer que les segmentata ne sont affectées qu'aux soldats des premières lignes des meilleures centuries/cohortes. Les premières lignes des autres centuries/cohortesd'une même légion (je pense surtout aux 4 ou 5 avec les "tout bleus", les "demi bleus") n'auraient pas la segmentata, mais auraient la même organisation/division du travail en revanche. Pour les lanciari/post-vélites, ce qui ferait sens selon moi est un usage au niveau de la cohorte: c'est l'échelon qui monte en puissance depuis les guerres puniques, comme "extrapolation" de la manipule, qui se révèle être un échelon trop petit pour la manoeuvre. Sous Marius et César, c'est déjà l'unité de compte essentielle et la base d'organisation opérationnelle des ordres de bataille. L'armée tardive est une continuation de tendances lourdes dans l'armée romaine, et c'est une armée "bataillonnaire", fondée sur l'équivalent romain du bataillon qu'est la cohorte (des cohortes milliaires et des quingénaires cependant), à partir de laquelle on compose des task forces. Mais on voit l'organisation interne de cette unité évoluer avec une "interarmisation" qui va de pair avec son autonomisation: la cohorte (surtout d'infanterie de ligne en fait) devient l'échelon tactique de base et ne cesse de perfectionner/optimiser ce rôle: elle intègre apparemment vite, à partir des IIème-IIIème siècles, des cavaliers, ou en tout cas une dotation en chevaux (avant la fin de la légion classique, c'est moins pour les cohortes légionnaires que pour les auxilliaires et equitata, ainsi que pour les vexillations de légions), des tireurs (frondeurs et archers: soit en groupements permanents et dédiés, soit en "spécialisations secondaires" et "double dotation" de certains de leurs soldats) et une certaine division du travail entre les fantassins restant affectés au combat de ligne proprement dit. Donc les lanciari seraient soit des "légers" mobiles, faits pour le commando et le rôle de tirailleur, soit en fait des légionnaires "polyvalents" (mais de très bon niveau) jouant de la javeline (dotée en abondance) et du combat en formation; je penche plutôt pour cet aspect des choses, puisque l'adjonction d'unités de tir en interne des unités essentielles (frondeurs et archers, jusqu'à hauteur d'1/3 de l'effectif à l'époque tardive), de même que la multiplication des unités de "légers" spécialisés (javelinistes: tir courte distance, appui et harcèlement) et d'unités de tir spécialisées (sagitarii -archers- manuballistarii - arbalêtriers-, plus une artillerie de campagne) dans l'auxiliat, remplissent largement ces fonctions. Quel besoin de tirailleurs opérant en ordre plus dispersé en interne des cohortes d'infanterie? Le rôle des vélites est moins repris en tant que tel par des unités (internes aux légions) les remplaçant nombre pour nombre et fonction pour fonction, que maintenu d'une autre façon, en partie en interne des légions (tireurs organiques et portion de fantassins opérant du tir de contact et pouvant éventuellement manoeuvrer, tout en gardant leur fonction de fantassins de ligne), et en partie en externe (augmentation du nombre et du niveau de spécialisation d'unités de tireurs de diverses distances). Un professionnalisme plus poussé (encore une fois, avec les contrats longs) permet ce genre de choses. C'est un schéma qui s'apparente en fait graduellement à nos unités de combat et à leur histoire depuis la première guerre mondiale: fin des compagnies de plus de 250h et des bataillons d'infanterie de ligne massifs et monoblocs (métier unique) avec juste un micro appoint d'armes collectives (une petite compagnie de mitrailleuse), et évolution vers la coopération interarme à tous échelons depuis la "demi section" (puis plus tard le groupe de combat), toujours à un cran plus poussé en "grimpant" (des armes d'appui et de mêlée coopérant depuis le niveau GC jusqu'au niveau bataillon, à chaque échelon plus poussées et puissantes) . Placer les lanciari là-dedans est dur avec tant de conjectures, parce qu'il peut s'agir: - d'une portion des effectif d'une cohorte affectée en permanence à ce rôle, et qui sont soit centralisés en un seul "pool" (une ou deux centuries de la cohorte?), soit intégrés à chaque centurie (mais pouvant bouger) - d'une simple appellation pour un rôle affecté à une partie des effectifs (ceux qui ne sont ni tireurs, ni "super lourds"/affectés à la tenue des premiers rangs) dans certaines circonstances. Au moins au début du principiat, quand la différenciation et l'organisation du travail en interne des unités n'est pas encore trop poussée. Dans un tel cas de figure, l'évolution aurait abouti à rendre ces rôles plus permanents, au point d'aboutir à des équipements différenciés au sein des unités essentielles - d'une répartition des rôles maintenue: un soldat en cote de maille, bouclier et casque n'est pas un "léger" (même par rapport à un surblindé, c'est pas un poids plume), mais formation et expérience (qu'une armée faite de contrats longue durée permet) n'empêche pas sa polyvalence et de multiples "spécialisations" qui permettent d'adopter des dispositifs complexes en bataille, mais à l'échelle de la centurie. Ce qui se faisait jadis entre les centuries d'une manipule, puis entre celles d'une cohorte (mais toujours pas groupement de 2 centuries l'une devant l'autre), se pratique aussi entre certaines portions d'une centurie: 2 à 4 rangs de "blindés" (métier principal: arrêt, offensive en ligne et mêlée) alternent les rôles avec 2 à 4 rangs de "médians" (en cote de maille, avec pour métier: appui des lourds, assaut, manoeuvre et tirailleurs) suivant la situation. La lancea (une javeline, en dotation individuelle à plusieurs exemplaires) et la hasata (lance d'arrêt) offrent comme le niveau de blindage l'élément de différenciation; mais la communalité de la formation, de l'affectation permanente dans la même unité, et d'une bonne capacité à la mêlée (cote de maille plus mêmes casques et boucliers que les blindés, mêmes épées), évitent quand même une différenciation trop importante. - d'un rôle qu'on confond partiellement avec l'appellation d'antesignani (ceux qui marchent devant les enseignes), qui qualifie les soldats dont le rôle est d'être en première ligne. Cela ne semble pas nécessairement liés à un seul type de soldat (la première ligne), mais aussi bien à ces super lourds (ou les "normaux lourds") qui tiennent le front, qu'à ces lanciari qui peuvent avoir un rôle de tirailleurs et d'assaut (en fait plus proche du rôle du légionnaire type dans la période de Marius et des débuts du principiat). Dire quoi est quoi est très dur, d'autant plus que les unités tardives dont on commence à bien comprendre le fonctionnement complexe (et après elle l'infanterie byzantine, aussi très perfectionnée et efficace), voient la polyvalence attribuer des rôles différenciés même à des soldats de même type: il n'est ainsi pas rare, au sein des "ultra lourds" en armure complète, de voir le premier rang de super lourds opter plutôt pour des armes de jets (javelines/angons et dards plombés) et tenir ensuite la ligne à l'épée, tandis que le deuxième rang de super lourds les appuie à la lance d'arrêt, un dispositif qu'on voyait au premier siècle, de façon plus "légère et artisanale", dans les légions classiques, avec le premier rang se débarrassant vite de son pilum pour dégainer le gladius, tandis que la deuxième se servait du pilum pour les appuyer (en "piquant" les gars en face si le copain en avait trop à la fois). Un tel dispositif était dur avec le court pilum et les écarts de combat adoptés par les Romains (ordre dense: pyknosis): 1,5m de front par homme environs -les 3 pieds d'écart, avec le premier rang en décalé par rapport aux fils de derrière et entre les rangs en ordre de bataille une fois les javelots lancés-, sauf passage à un ordre dense (synaspismos) fait pour la poussée, la tortue, recevoir une charge.... Je digresse, mais j'essaie de voir les différentes possibilités au sein d'un fait qui semble certain: la différenciation graduelle des "métiers principaux" au sein des unités essentielles d'infanterie de ligne, légions ou auxilliats (qui restent ce autour de quoi l'ordre de bataille romain s'aligne), et leur traduction jusqu'à l'équipement. J'essaie d'éviter, mais à chaque fois, je commence à m'enfoncer dans les détails en perdant de vue les axes globaux de réflexion: - l'armée romaine est un organisme en évolution continue: ralenti sous la République, hors périodes de guerres majeures (et zones de déploiements permanents dans la dernière période), le processus s'accélère constamment à partir de la "professionalisation", et surtout de la permanence complète sous Auguste, avec une sollicitation constante et la durée désormais très importante des contrats d'engagement (et du taux de "rempilage"). Comme toute armée professionnelle le démontre, quand des pros sont concentrés en garnisons, les usages évoluent, et leur mise à l'épreuve fréquente engendre souvent des cycles d'adoption de pas mal d'innovations. Le temporaire devient permanent, l'exceptionnel devient structurel, et au bout d'un temps, on rationnalise/met en cohérence à plus haut échelon. C'est encore plus vrai quand coexistent plusieurs "modèles opérationnels" au sein de la même armée: groupements légions+ auxilliaires, détachements temporaires en vexillations/task forces, groupements d'auxilliaires (avec au centre une composante d'infanterie lourde auxilliaire), croissance de la cavalerie et de ses spécialisations (croissance suffisante pour imposer un nouveau point de référence dans l'armée romaine, longtemps fondée sur un point de vue uniquement légionnaire).... Comme les forces américaines reposant sur les 2 cultures Army/Marines, l'armée romaine perd l'absolutisme de son référent légionnaire (puis celui du seul référent "infanterie lourde"). - l'armée de Marius n'est pas l'armée de César, qui n'est pas celle d'Auguste, qui n'est pas celle de la fin du Ier siècle, qui n'est pas celle de Trajan, qui n'est pas celle de Septime Sévère.... Les usages de fortune pendant le IIIème siècle accélèrent nombre d'évolutions en cours, et la remise en ordre sous Dioclétien et après consacrent de nouveaux usages, relançant un cycle d'adapations plus ordonnées (qui continuera en orient jusqu'au VIIIème siècle, avant une nouvelle "révolution" changeant le modèle plus fondamentalement, même si le changement sera plus continu et moins brutal si on ne regarde que les unités élémentaires). Les proportions de types d'unités changent, les spécialisations se poussent, les mix opérationnels diffèrent, les modes opérationnels à tous niveaux changent.... De la même façon, le modèle macédonien d'Alexandre avait évolué (pas toujours en bien) dans les divers royaumes des Diadoques et ailleurs (essaimage en Méditerranée: le modèle carthaginois en était un avatar), si bien que les armées grecques qui rencontrèrent Rome n'avaient rien à voir, malgré les apparences, avec l'armée de Philippe et Alexandre de Macédoine. Elles eurent cependant l'inconvénient d'évoluer trop en vase clos, se confrontant entre elles et n'évoluant que pour se faire concurrence (l'exemple caricatural vient avec l'allongement constant de la sarisse).
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Ben justement, c'est un peu tout le truc, et qui fait la différence entre des termes exagérés comme "ravager les Balkans" et des ravages très localisés qui de fait, impactent relativement peu les Balkans comme ensemble: les peuples barbares sont des entités démographiques très petites, et la Germanie, sous peuplée et sans agriculture significative, ne peut absorber des populations importantes d'esclaves, tout comme les armées réduites des "grandes invasions" ne peuvent en prendre des masses significatives (et encore moins si on examine raid par raid -qui sont recensés pour les importants-: y'en a pas tant que ça) simplement par impossibilité physique. Ils ont autre chose à foutre qu'escorter des colonnes interminables d'esclaves qui immobilisent beaucoup de guerriers, ne peuvent les nourrir sur le trajet (surtout si les prises de villes arrivent en plus en début de campagne), ne prendraient pas le risque d'avoir une masse d'esclave capables de se soulever.... Ils veulent et doivent rester mobiles en territoire ennemi. Et ces armées comme leurs peuples sont trop petits pour se permettre d'entretenir des masses importantes d'esclaves qu'il faut nourir et à qui il faut avoir quelque chose à faire faire. Tu peux bien avoir la moitié des familles d'un peuple comme les Goths (comptons large à 300 000: ça fait une moyenne artificielle de 75 000 familles, pour schématiser -sans doute beaucoup moins) qui a 2 esclaves en moyenne, et une autre moitié qui en a un. Ca ferait 225 000 esclaves pour 300 000 personnes: imagine le truc! Impossible à nourrir (ça double quasiment la population) et beaucoup trop dangereux en effectifs pareils; ils ne peuvent en plus être que des domestiques (pas d'agriculture), soit pas un boulot super productif et super utile pour un peuple en mouvement (où les guerriers sont absents longtemps, ce qui surmultiplie le danger d'esclaves). Et 225 000 (chiffre irréaliste car ne correspondant à aucun besoin et bien au-delà de la capacité logistique de ces peuples), c'est important, mais ça ne dépeuple pas les Balkans, surtout s'ils ne sont pas "prélevés" en une fois, mais plutôt sur une période longue (et même en comptant une certaine mortalité). La simple analyse de faisabilité (et le développement de techniques dans beaucoup de domaines à cet effet) a permis aux historiens de revoir beaucoup de choses. L'exemple de la taille réelle des populations hunniques en est une illustration (qui plus est corroborée en Hongrie par l'étude génétique de la population). L'évaluation des productions agricoles, des possibilités techniques de telle ou telle chose.... Ont permis de développer des outils fabuleux pour l'étude historique. C'est notamment par les connaissances qu'on a de la fiscalité de l'empire d'orient (et de ses réserves de grain) et par les travaux d'estimation des productions agricoles qu'on peut voir que les Balkans n'ont pas été si massacrés que ça. Surtout quand on y ajoute le fait que les populations de Goths et Huns (et les petits groupes qui étaient dans leurs orbites ET qui ont pu mettre un pied dans cette zone: Gètes, Hérules....) avaient à manger parce qu'il y avait une production continue dans les Balkans (eux ne pouvaient pas se nourrir par eux-mêmes: agriculture minime et inefficace, peuples en mouvement, croissance démographique bien au-delà de ce que leur zone d'implantation pouvait supporter). Et cette production devait donc nourrir ces parasites, les agriculteurs (sinon y'aurait rien eu) et envoyer en plus des surplus à Constantinople, le tout dans le cadre d'une agriculture antique qui a un rendement faible à l'hectare ET réclame beaucoup de bras par tonne produite. Avec des trucs comme ça, on ne calcule pas précisément, mais on a des ordres de grandeur. Pareil pour les massacres: on caricature souvent des guerriers anéantissant des villes, mais l'étude un peu approfondie de l'histoire nous souligne que, même quand les pires scènes de massacres sont représentées, dans des chroniques généralement emphatiques, quelle que soit la période, on retrouve dès le lendemain de l'événement une ville avec encore des habitants (ou des colonnes de réfugiés la fuyant). Massacrer une population n'est pas si facile, concrètement. Et si on veut faire complet, ça prend du temps. Il n'y a que quand l'armée assiégeante représente un très fort pourcentage de la ville assiégée (voire qu'elle est plus nombreuse) ET qu'elle se lâche dessus de façon outrancière, généralement dans une politique voulue comme telle par le chef (systématique), qu'on voit des populations disparaître, en majorité ou en totalité. Et de tels cas de figure sont assez rares dans l'Histoire, du moins pour des villes d'une certaine taille: Carthage dans la IIIème Guerre Punique, Thèbes face à Alexandre, César à Avaricum, Gengis Khan à Bagdad. Ce sont des exemples assez peu fréquents. On a plus souvent des scènes d'horreur qui sont exhaltées dans les récits, voire instrumentalisées, mais un impact réel qui est très loin du récit. On exagère souvent beaucoup: tout historien sait que l'Histoire est écrite par des Marseillais. Bon, ceci dit, ça commence à me lourder, ces aspects, c'est pas très militaire. Je zappe sur l'histoire des armées romaines: y'a plus de soldats.
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Difficile à dire, et surtout à comparer au Moyen Age où la standardisation n'existe pas avant la toute fin de la Guerre de Cent Ans: les armées anglaises de ce conflit tendaient vers le 2/3-1/3 de gens de traits (le reste étant un peu d'infanterie de "billmen" et surtout des hommes d'armes à pied et à cheval), voire le 3/4-1/4, donc fondées sur une absolue majorité d'archers. Avant cela, ça dépend vraiment des endroits et des périodes: en occident, les gens de trait, avant que les Anglais mettent au point ce modèle, sont peu présents dans les guerres, alors que pendant les croisades, les armées européennes (surtout les permanentes, comme les ordres de moines soldats ou l'armée du royaume de Jérusalem) les ont remis à l'honneur. Dans la période carolingienne, on sait pas trop, tout comme dans la période mérovingienne. Mais la continuation du "warfare" romain, en version moins financée et moins sophistiquée et organisée (pas d'armée permanente) n'a pas favorisé des dispositifs super évolués; et le "moule" de la guerre féodale s'est bâti là-dessus, avec après l'arrivée de la "révolution" de la charge "à la normande". On signale des archers jouant un certain rôle à Hastings, mais on sait pas trop comment pondérer leur importance: numériquement, ils ont pas été très lourds, et évaluer leur impact est impossible en raison du biais certain en faveur des cavaliers (qui dure tout le Moyen Age) qui dévalue tout ce qui n'est pas à cheval et noble. A 'linverse, dans l'armée byzantine, l'archer reste fondamental, et il reste aussi assez important dans les Balkans, tant du côté des cavaliers bulgares que dans l'armée royale, puis impériale, serbe (une des plus fortes du Moyen Age). Sinon, dans certaines régions, on a une survivance d'autres gens de traits, les javelinistes: les Almogavres d'Aragon en furent un grand exemple, pratiquant un combat "à la romaine", avec assaut agressif en lançant deux javelots, puis contact à l'arme blanche. Les milices suisses du XVème siècle (pas les unités mercenaires, plus spécialisées encore) avaient plutôt 3/4 de fantassins (essentiellement piquiers, avec 20% d'épéistes lourds et hallebardiers environs) et 1/4 d'archers et arbalêtriers, et après elles (qui forment le "moule" à partir duquel l'infanterie pike & shot européenne va se développer, et plus tard, fin XVIIème-début XVIIIème être uniquement une infanterie de tir), on a une lente évolution, surtout lors des guerres d'Italie, où les armes à feu remplacent graduellement les arbalètes et arcs dans la composante "tir" organique aux unités d'infanterie. Et on observe l'évolution de la proportion, en faveur des armes de tir, sur tout le XVIème et le XVIIème siècle: - première moitié du XVIème: entre 20% et 1/3 de tireurs - deuxième moitié: le ratio augmente et approche la moitié. Il n'y a pas de suivi facile, surtout que ça varie selon le pays et dans chaque pays (et au gré de l'évolution technologique des armes à feu), si bien que les unités de ce temps sont le cul entre deux chaises, à la fois des unités de défense et de choc offensif (par la pique et l'adjonction de petites proportions de hallebardiers), et des unités de tir groupé et de tirailleurs (par les sous-unités d'arquebusiers et de mousquetaires) - 1ère moitié du XVIIème (et guerre de trente ans): le feu devient la composante dominante, et on est aux deux tiers de tireurs pour un tiers de piquiers, qui servent essentiellement à la défense contre la cavalerie (et encore au choc d'infanterie, avec les tireurs, quand ça arrive), moins chez certains (Espagne et France notamment) que chez d'autres (Hollande, Suède et pays protestants, passés au "feu"). Les hallebardiers (pour l'assaut) existent encore en petits groupements. Les unités essentielles diminuent en taille (le bataillon devient la norme, par rapport au régiment qui cesse d'être une unité opérationnelle), favorisant un choix clair d'une arme dominante. - 2ème moitié du XVIIème: les piquiers sont réduits à 15-20% de l'effectif des bataillons, avant de disparaître, tant en raison de leur coût supérieur, du besoin de simplifier le dispositif et de maximiser la puissance de feu, que de l'arrivée de la baïonnette à douille Je vois pas de persistance dans les proportions, à travers l'histoire. Je vois en revanche une persistance des solutions efficaces dans la coordination la plus parfaite possible entre les armes: les troupes les plus efficaces ont toujours cherché à faire fonctionner les armes ensembles, et l'intégration organique, avec un degré le plus prononcé possible de spécialisation (supposant aussi une troupe "polyvalente" entre les spécialités, pour "faire le joint"), semble être ce qui a toujours procuré les meilleurs résultats. L'évolution du modèle romain à partir d'Auguste me semble aller dans ce sens. Difficile à savoir, vu les manques d'inventaires exhaustifs, mais oui, les unités en Orient, par exemple, semblant avoir eu la part du lion des unités d'archers de l'armée, et des unités de cavalerie (surtout les plus spécialisées: les ultra lourds -cataphractaires- et les légers, qui pesaient ensembles 1/3 des effectifs des unités de cavalerie romaine): ça souligne un mix de forces différent, et une façon différente de faire la guerre et de faire campagne. A l'inverse, les unités sur le Rhin et le Danube occidental et central semblent plus lourdes en infanterie de contact (infanterie de ligne, infanterie légère, infanterie spécialisée -notamment de montagne), avec une archerie moins conséquente, et une cavalerie plus réduite et surtout moins spécialisée (les cavaliers lourds types dominent: les scutaires). Sur le front saharien, on voit de même cavalerie légère, archers et infanterie légère avoir une part bien plus importante, et l'armée préférer les groupements opérationnels plus petits et les dispositifs plus dilués. Mais il faut garder à l'esprit des éléments relativisants ces façons de voir encore trop catégoriques: - une légion, tout comme en fait chaque cohorte d'infanterie (de légion ou non) a aussi sa composante "tir": le tir rapproché avec les javelots est le fait de chaque fantassin (qui a 2 javelots à balancer, et dans l'armée tardive, 4-5 dards plombés), les frondeurs semblent organiques aux unités pour le tir mi-distance (et/ou on a des fantassins apprenant aussi cette spécialité et "faisant le coup de feu"), et il semble bien, donc, que graduellement, des archers aient été intégrés aux unités essentielles - dès le premier siècle, on voit se créer plein d'unités "mixtes", parfois temporaires, parfois permanentes: les cohors equitata, des cohortes d'infanterie montée, les vexillations prélevées sur des légions.... Et la plupart de ces unités semblent avoir été faites pour une guerre désormais plus mobile (évolution de l'art militaire romain, désormais avec une armée professionnelle aux soldats à long contrat), dans la petite guerre incessante du limès comme dans les grandes opérations. L'armée subdivise et articule toujours plus ses troupes, autonomise des échelons toujours un peu plus petits.... Nombre de troupes plus faites pour être autonomes, tout comme des sous-groupements de grandes unités, sont donc de fait de plus en plus "interarmes": armes de jet et tir, mais aussi cavalerie (et/ou chevaux pour monter de l'infanterie), sont présents aux côtés de l'infanterie à des échelons plus bas qu'avant.
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Remontage pour une découverte: un mythe semble s'effondrer.... Les découvertes archéologiques n'ont cessé, surtout dans les dernières décennies, de bouleverser l'idée qu'on avait de l'armée romaine, si bien qu'entre sa réalité et ce qu'on croit savoir, il y a désormais plusieurs mondes. Mais là! Mais là! La plus célèbre des armures romaines, la "lorica segmentata" (l'armure lamellaire qu'on voit dans Astérix), n'aurait jamais été en très large dotation. C'est ce que les archéologues et historiens sembleraient déduire. On savait qu'elle n'avait pas existé à l'époque d'Astérix (point fondamental pour l'Histoire), qu'elle était entrée en service sous Auguste, au tout début du Ier siècle ap JC, et non pas bien plus tard, sous Claude. On savait depuis peu qu'elle se retrouvait aussi bien dans les légions que chez les fantassins lourds auxilliaires (ce qui, par ailleurs, renvoyait au fait désormais acquis que les auxilliaires impériaux n'étaient pas "moins bons" que les romains et n'étaient pas des "légers" et des cavaliers en costume folklo).... Mais on semble désormais penser qu'elle n'était pas la cuirasse des fantassins lourds/de ligne romains en général, mais d'une partie spécifique d'entre eux. Que diantre! Le fait est qu'une telle hypothèse amènerait à réévaluer l'histoire de l'évolution de l'armée romaine, bousillant encore plus au passage, et c'est tant mieux, l'image du "soldat universel" au profit d'une organisation opérationnelle plus poussée vers "l'interarme organique" et la division du travail au sein même des unités essentielles. On savait par exemple que les légions du Haut Empire n'étaient pas les monoblocs de fantassins "lourds" longtemps imaginés, mais qu'au sein même de leur orbat et de leur organisation en déploiement tactique, elles assignaient une part de leurs effectifs à un rôle de fantassins légers/lanceurs de traits (mobiles, opérant en ordre plus dispersé et sur de plus grandes surfaces, appuyant la ligne, faisant les "commandos"....), en remplacement des anciens vélites censément supprimés par les "réformes" de Marius. Ces troupes, évoquées sous les noms de lanciari ou antesignani (terme plus général, pas forcément exclusif à ces "légers"), se sont (re)spécialisées avec le temps dans de tels rôles, une armée professionnelle ayant tendance à favoriser l'excellence d'une pratique dès lors que la durée du service et la réunion durable des effectifs divers dans des unités permanentes le permettent. Les lanciari, loin de la mauvaise image des fantassins légers dans l'antiquité (surtout dans la période hellénistique), étaient considérés comme de l'élite. Mais ce qu'on peut déduire, et dont on sera peut-être bientôt sûr, de la rareté "organisée" des lorica segmentata, est qu'une autre partie de l'effectif d'une légion avait un rôle de "fantassin de ligne lourd" (par rapport au légionnaire "standard", qu'on appellera du coup un "de ligne mi lourd" ). La cuirasse lamellaire, plus complexe et chère, est en effet à peu près ce qui s'est fait de mieux dans l'antiquité: bonne contre les flèches aussi bien que contre les coups d'estoc et de taille, elle est aussi assez légère, couvre assez complètement et laisse une assez bonne liberté de mouvement. C'est le must. Du coup, on se demande comment elle était attribuée: plus chère, elle mettait plus de temps à être "acquise" (comptablement) par le légionnaire (qui rembourse son équipement -fourni sans attendre- tout au long de sa carrière, par prélèvement sur solde), et en nombre moindre, elle devait nécessairement être affectée à un rôle spécifique au combat, donc à des unités et/ou soldats spécifiques. On peut supposer que l'ancienneté, la qualité et le rôle en bataille jouaient un rôle (dans quel ordre?). Mais ça rejoint d'autres éléments: - lors des guerres daciques, les légionnaires se blindèrent nettement plus pour faire face à un adversaire très organisé avec un modèle tactique efficace et une arme redoutable, la falx (sorte de grande "faucille de guerre" très efficace contre la ligne romaine): ils adoptèrent des jambières et la "manica", une armure couvrant le bras droit de l'épaule au poing (le bras gauche étant protégé par le bouclier) - l'armée tardive, c'est un fait désormais connu, a plusieurs types de fantassins de ligne, avec pareillement des "mi-lourds" et des "très lourds", et qui ne sont pas séparés mais cohabitent dans les mêmes unités, pratiquant une division du travail, un combat combiné dans les unités essentielles (cohortes et centuries) - dans ces mêmes unités d'infanterie de ligne de l'armée tardive, il y a aussi, et de façon organique, des troupes de missiles (différenciée des unités d'archers et javelinistes): frondeurs, mais surtout archers (des légers et des cuirassés), ils sont l'appui immédiat de chaque unité essentielle. Chaque centurie tardive a de fait, apparemment, 6 cadres, 50 fantassins de ligne (30 très lourds et 20 lourds) et 34 tireurs (10 frondeurs, 24 archers dont la moitié cuirassés), au sein d'une cohorte à environs 6 de ces "centuries". - l'interarme organique est une réalité dans l'armée romaine au même titre que la coordination interarme entre unités de plusieurs types: les cohortes auxilliaires de fantassins lourds ne comportent pas que des fantassins de ligne, mais aussi, semble t-il des archers et des frondeurs (il n'existe pas d'unité de frondeurs romaine recensée, mais on sait que les frondeurs n'ont jamais cessé d'être dans l'armée), qui jouent de fait les "armes collectives" d'appui de ces unités, au niveau de la centurie peut-être, de la cohorte sûrement. De même, la légion (vu plus haut) pratique un certain niveau d'interarme au sein de ses propres effectifs, en plus de recourir à des unités auxilliaires pour faire des "armées complètes" (troupes de missiles, cavaleries lourde et légère, fantassins "médians et légers"): elle "fait" sa propre artillerie (pour les sièges mais aussi en campagne), par exemple - le système de combat des cohortes légionnaires est lui-même une division du travail: tout légionnaire lance des javelots, s'en sert comme lance, ou combat avec gladius et bouclier (ou le pilum comme lance).... Mais on ne fait pas changer les rangs d'une centurie au front sans arrêt (il est plus simple de changer les centuries: une se repose et/ou appuie, l'autre combat): donc pendant que les premiers rangs combattent, les suivants lancent leurs javelots (et appuient leurs potes si il y a besoin de faire le push). A moins que les premiers rangs se fassent hacher menus avant la relève de la centurie, il y a donc un emploi différencié. - la lance longue, d'arrêt (hasta) n'a jamais cessé d'être en dotation dans les légions: comme les lanciarii qui ont manifesté la permanence du besoin des anciens vélites, le besoin de troupes d'arrêt (et de plus en plus spécialisées dedans) après la disparition des triaires sous Marius, n'a pas disparu, et le "soldat universel" ne peut pas pallier ça par une sous spécialisation et une affectation occasionnelle à un tel rôle. On sait par ailleurs qu'il existait au Ier siècle des cohortes auxilliaires de "lanciers" portant des grandes lances d'arrêt (pour jouer les phalanges? Spécifiquement affectés à faire un écran anti-cavalerie?), ce qui témoigne de la persistance des besoins (au moins face à certains ennemis) et de l'optimisation de l'armée romaine selon les fronts d'affectation, pour créer des mix de forces adaptés (et la légion s'adaptant aussi en interne, mais semblant plus "rigide" par rapport aux auxilliaires dont les petites unités peuvent être plus variées). - la légion "classique" est un système de progression à l'ancienneté et au mérite: les cohortes ne sont pas égales, et un légionnaire y circule tout au long de sa carrière. Typiquement, il y a des cohortes de formation (y'en a 2), pour les morveux à peine sortis de l'instruction, des cohortes de bleus, formés mais inexpérimentés, une cohorte des bleus les plus prometteurs, et 5 cohortes de vétérans de divers degrés d'ancienneté et statuts, dont la 1ère (à double effectif), faite de la crème de la crème. De ces faits, et des tendances d'évolution de l'armée romaine du Ier au IIIème siècle, puis de la crise du IIIème siècle (du peu qu'on sait), et enfin de la période tardive, j'ai tendance à pencher en faveur d'une assez grande continuité: triaires et vélites n'ont jamais totalement disparus parce que, bien plus que des troupes spécifiques, ce sont des besoins et des rôles nécessaires. Comme un bataillon napoléonien, la légion romaine a besoin de, certes, une majorité de lignards "standard" (quoique différents par l'ancienneté et l'expérience), mais aussi de voltigeurs et de grenadiers (et éventuellement de ses armes d'appui: hein le canon de 4 intégré aux régiments d'infanterie)! Les voltigeurs, ce sont les lanciari, les grenadiers, ce seraient les "super lourds", et les appuis "organiques", ce seraient en fait (avant le modèle tardif où toute unité d'infanterie a un effectif d'archers organique) éventuellement quelques frondeurs, mais surtout la division du travail entre les légionnaires de chaque centurie qui sont dans les premières lignes, et ceux qui sont à l'arrière et balancent leurs javelots. Avec le temps, il a pu y avoir une fixation des rôles plus permanente, quand on voit notamment que la rotation des effectifs pour repos pendant une bataille se fait en interchangeant, au sein de la cohorte, les centuries (une combat, l'autre est derrière), ou, au sein de l'armée en "duplex acies" (deux lignes de cohortes), les cohortes, elle ne se fait pas au sein d'une centurie en essayant de faire combattre une file de 8h à tour de rôle (cf la série Rome), mouvement plus risqué pendant le combat. Plus simple de faire passer une centurie "au travers" des rangs de celle de devant, les distances entre hommes (les 3 pieds drillés jusqu'à plus soif à Rome) le permettent même sans besoin d'un ordre plus espacé. Du coup, la centurie en tant qu'unité de ligne semble suremployer les 4 premiers rangs, et sous-employer les 4 suivants (moyenne juste prise ici comme repère): à moins d'une situation difficile face à un ennemi aussi bon au combat d'infanterie (dans toute l'histoire romaine post guerres puniques, ça n'a été le cas.... Que face à d'autres unités romaines), il y a très peu de chances de perdre, dans chaque file, les 4 hommes de front avant la fin d'une bataille (vu qu'elle ne la fait pas en totalité: rotation des centuries et rotation des cohortes). Les 4 rangs de l'arrière sont donc "de trop" pour le combat en ligne. A partir de là, soit on reste dans le "généralisme" pour les fantassins, soit on cherche à optimiser cette formation, en alourdissant ces 4 premiers rangs (pour en faire des "super lourds": segmentata, puis manica et jambières) pour les rendre encore plus solides et experts (et plus tard leur donner une lance d'arrêt plutôt qu'un pilum), en en gardant certains "à l'identique" (cote de mailles, bouclier, gladius, pilum) pour pouvoir appuyer par des tirs, mais aussi participer au combat de ligne et de mêlée si besoin est, et en en allégeant d'autres pour les spécialiser plus dans l'appui (même si le maintien d'armes et de blindage souligne qu'ils doivent rester un minimum aptes au combat, vu qu'on est dans le cadre d'une centurie, cad au plus près). Voilà pour les ruminages du soir.... C'qui peut s'passer quand on lit le mauvais texte au mauvais moment.
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Iles est payé en 447, 448 et 449 par Théodose II (n°1 n'aurait jamais versé un liard), au scandale de "l'opinion publique" romaine (cad la population libre de de Constantinople -et de quelques autres grandes villes- et de l'élite militaire et sénatoriale); en 450, Théodose II disparaît et Marcien, dès son premier jour sur le trône, alors que les ressources militaires n'ont pas changé (il a pas encore pu commencer à réformer), envoie Attila se faire foutre. Parfois, on est obligé de négocier parce que vraiment il n'y a objectivement aucun moyen, et parfois, c'est parce qu'on n'est pas très chaud pour voir des moyens, effrayé à l'idée de risquer quoi que ce soit, peu confiant dans ses capacités et ses chances, influencé.... Et Théodose II a eu tous les défauts en tant que souverain: pas doué pour les affaires d'Etat, pas doué pour s'entourer, mystique/intello, très indécis, très influençable, et pire encore, il ne voulait pas vraiment être empereur ET il a vécu longtemps. Et apparemment, alors que les fondamentaux entre 447 et 450 ne changent pas pour Constantinople (état du Trésor, état de l'armée, état des réserves de l'Anone, état de l'économie, contestation politique....), y'en a un qui présente son cul et l'autre son poing. Et Attila ne réagit même pas à la coupure du robinet et ne va même pas essayer de marchander (on discute du fait de savoir s'il préparait ou non des représailles au moment de mourir.... Soit 4 ans plus tard, alors qu'il avait perdu beaucoup de potentiel militaire: peu crédible). Où est l'embrouille? Là encore, c'est ce raisonnement sans essai de dimensionnement qui m'énerve: le mode opératoire du ravage, je ne le conteste pas. Ce que je conteste est la façon dont on parle de son ampleur. Les "zones vides" dont tu parles ne le sont pas toujours tant que ça, parce que par le même type de raisonnement et formulation assez abstraits, on évite le sujet du dimensionnement des choses: des peuples migrants, notamment. Des groupes humains de 100 à 200 000 (pour les vraiment très très grands soit peu d'entre eux) individus de tous types au maximum, la majorité des groupes étant plus petite que ça, ne "remplacent" pas des populations se comptant en millions. Ca vaut pour les Huns (pas très nombreux; la recherche en Hongrie a L'Armorique n'a jamais été très pleine pour la note, hors certaines zones des littoraux (populations Vénètes), et on n'a pas d'indications de si grandes migrations de Bretons que ça: comme souvent dans l'historiographie antique, ce qu'on présente comme un mouvement d'un "peuple" peut n'avoir été que celui d'une toute petite partie de la population, voire juste de l'élite (qui raconte ensuite et amplifie son histoire): l'immense majorité des Bretons sont restés en Bretagne et ont juste changé de patrons dans les parties où les Saxons sont devenus prédominants (et non, les Saxons n'ont pas massacré les Bretons et remplacé les populations par des millions/centaines de milliers de Germains "importés"). Les simples possibilités de transits de population par la mer à cette époque rende d'ailleurs ces hypothèses de déplacements massifs, même étalés sur de longue période, peu crédibles. D'ailleurs les études génétiques sur les populations anglaises confirment plutôt ces hypothèses: ça a fait mal aux nationalistes et racialistes anglais de savoir qu'ils n'étaient pas "génétiquement germaniques" (et même qu'ils l'étaient assez peu). Mais je parle ici plus de la moitié orientale de l'Empire que de l'occidentale, qui a plus été vidée par dépopulation "mécanique" du fait du bordel (phénomène décrit plus haut) que par des massacres ou des réductions en esclavage massives, complètement impossibles techniquement (et pas vraiment dans l'intérêt de qui que ce soit). En Orient, le bordel a pu être évité et l'Etat a gardé ses territoires organisés et capables de se soutenir les uns les autres, ainsi que des moyens "centraux" d'action (armée, aide alimentaire, coordination, capacité d'accueil et protection, optimisation des ressources, synergies diverses....), et c'est là mon point: la fiscalité de l'empire byzantin nous révèle précisément que les Balkans non grecs ont continué à turbiner économiquement et donc humainement, restant le 2ème grand territoire agricole d'orient après l'Egypte (y'a aussi la Mésopotamie, mais elle a l'inconvénient d'être une zone changeant fréquemment de main et de servir de théâtre d'opération régulièrement), l'une des zones principale de recrutement de l'armée (avec les Isauriens du sud de l'Anatolie, les Illyriens, Panonniens et Thraces restent de loin la grande majorité des troupes), le lieu d'implantation des plus grandes "fabricae" d'armement (de véritables usines, spécialité de l'empire tardif qui standardise plus que sous le Principiat) et une base fiscale importante. Et pour les destructions comme pour les réductions en esclavage, le dimensionnement pose clairement problème: le maintien des Balkans est un fait, ce qui renvoie à mon point de récits historiques un tantinet "apocalyptiques". Oui, des villes ont été perdues, c'est certain. Oui, des domaines ont été ravagés, et plus souvent rançonnés, c'est aussi un fait. Mais à l'échelle des Balkans romains, sans compter la Grèce, l'impact n'est pas si majeur que ça: les grandes villes demeurent, la majorité des moyennes aussi, et, semble t-il, la majorité des "réseaux urbains" de bourgs et petites villes aussi. Et les grands domaines semblent n'avoir, au global, pas disparu, puisque la production continue. Rappelons qu'une économie rurale (principal trait des Balkans, plus que la Grèce pas très fertile et plus "commerciale") se redresse vite: brûle une villa, ça n'empêche pas de resemer les champs et de reconstruire très vite des zones de stockage, et surtout d'acheminer les récoltes vers les villes. Conditions: que les réseaux commerciaux et axes patrouillés restent en place, qu'un minimum d'aide (intra-familiale, étatique, ou par "reprise" des domaines par d'autres) vienne éventuellement, et surtout que la main d'oeuvre soit là en nombre. C'est ce qui est arrivé, vu que la production est vite repartie, a fourni des recrues en nombre à l'armée (recrues = bras en moins pour l'agriculture, gourmande en la matière, donc faut du "surplus humain", surtout dans des armées à taux de mortalité/blessures invalidantes élevés) et a continué à payer des impôts conséquents sous Théodose Ier, Arcadius, Théodose II et Marcien. Que certaines zones des Balkans aient pu être littéralement rasées, j'en conviens aisément, surtout, j'imagine, sur des itinéraires de "chevauchées"/raids. Mais les contraintes évoquées plus haut demeurent: - des groupes de 15-20 000h au grand maximum n'ont pas une capacité de destruction si gigantesque par rapport à une zone si grande et peuplée, et dans un intervalle de temps court comme une saison de guerre - ils n'ont pas tant intérêt que ça à beaucoup détruire: faire du numéraire, oui (c'est pourquoi les centres religieux sont visés, par exemple: mal défendus et concentrant des richesses.... Les Vikings ne feront pas autrement, en allant vers les monastères et évitant les villes -sauf vers la fin de la période viking, quand ils arrivent en effectifs d'armées), taper des stocks alimentaires, forcément oui. Les destructions sont plus souvent des exemples ponctuels à faire pour intimider et négocier (et à l'occasion, pour lâcher une soldatesque frustrée). Par ailleurs, détruire, c'est comme assiéger: ça consomme du temps quand c'est plus qu'un hameau, ça éloigne des objectifs importants (qui demanderont eux beaucoup de temps: à atteindre et à prendre) qui constituent les objectifs d'une saison de guerre qui passe vite quand on se déplace à pied, en grands groupes, sur de longues distances. Et massacrer des populations agricoles, c'est garantir qu'on n'aura plus de stocks alimentaires à piller (sur le retour, ou l'année suivante....). - ces armées pas énormes ne peuvent pas se disperser en territoire ennemi: faut rester concentrés pour se défendre en cas de menace, pour intimider et négocier un tribut.... On ne peut envoyer que des effectifs réduits pour fourager, rapiner, rançonner, piller.... L'impact de ce genre de brigandages, à l'échelle des Balkans, c'est petit, même quand c'est répété chaque année - ces armées ne peuvent pas être énormes, encore une fois: ils n'ont pas les moyens de "soutenir" plus de monde. Ce sont des migrants, sans territoire avec base agricole, dans un monde antique où l'agriculture est extensive (cad, il faut à cette époque 6 à 8 hectares pour nourrir une famille pendant un an -autour de 600-800kg d'équivalent grain pour 4- dans les territoires normalement fertiles: au Moyen Age, on est encore souvent entre 4 et 6) et nécessite des surfaces gigantesques (hors de certaines zone comme le Nil, la Sicile, l'Italie du centre, certaines zones d'Espagne, et l'Afrique du Nord) et donc des populations très importantes (enfin des paires de bras) pour produire des surplus (cad autre chose que du vivrier pour les exploitants). Si on n'a pas ce genre d'échelles en tête, tout raisonnement est faux. Et ça amène aux esclaves: y'a pas de "marché germanique" pour des centaines de milliers (et encore moins des millions) de Romains capturés: la Germanie est un espace peu défriché, sans frontières intérieures, où il n'y a encore que des territoires sans délimitations fixes, partagée qu'elle est entre des peuples semi-nomades qui n'ont presque aucune sédentarisation agricole et quasiment aucune urbanisation (sauf, embryonnaire, en certains points). C'est d'ailleurs tout le pourquoi des migrations: ces entités démographiques réduites n'arrivent pas à cohabiter dans un espace pourtant grand (la "magna Germania", soit la Germanie non romanisée, qui va à cette époque du Rhin à l'Ukraine) et se disputent le terrain et les ressources au point de se forcer à migrer vers l'ouest et le sud. Pourquoi? Ce sont basiquement des chasseurs-cueilleurs et petits éleveurs organisés en communautés (et "fédérations de communautés") semi-nomades à l'union politique lâche au-delà du "clan" étendu, qui n'ont que peu d'agriculture (une migrante à faible rendements, qui épuise vite les sols et forêts), et dont la croissance démographique a rompu le fragile équilibre qui pouvait les faire subsister à un endroit pour un temps. Les peuples barbares vivant le long du limès avaient déjà dépassé l'effectif que leurs moyens de subsistance propres permettaient parce que Rome les "arrosait" avec du blé et les avait de ce fait rendu dépendants de l'Anone. Vu qu'on parle pas de millions de gens, mais de groupes dont les plus grands dépassent pas les 200-300 000 individus, ça dimensionne le truc (et cette taille, c'est essentiellement les Goths, qui ont d'ailleurs du se séparer parce que leur groupement était trop grand, cad difficile à nourrir et garder ensemble: problèmes de ressources veut dire querelles politiques attisées). Les groupes un peu moins grands sont les Alamans et Francs (peut-être dans la gamme des 100 à 200 000 individus), et peut-être les Saxons (difficile à savoir vu qu'ils sont restés dans une zone mal connue au nord, et une petite partie a été vers l'Angleterre), puis viennent les "moyens" et "petits", comme les Vandales, les Huns, les Alains, les Sarmates/Iazygues (les peuples cavaliers sont plus petits: l'importance des chevaux demande plus "d'espace vital" à population égale), les Hérules, Gépides, Angles.... Les Burgondes et Lombards arrivent plus tard et semblent moins évaluables parce qu'arrivant dans une Europe occidentale ayant subi la phase de dépopulation rapide, donc plus vide: on peut moins procéder par évaluation/comparaison. Donc la Germanie n'est pas un "marché" où quelques petites armées (au final, à part les Goths, Huns et Vandales, aucune autre armée barbare ne se déplace dans l'empire sur des distances autres que de voisinage) et un nombre variable de bandes armées de petite taille (des groupes ne dépassant pas les 2-3000 combattants grand maxi, alternant les rôles de mercenaires et brigands) pourraient envoyer des centaines de milliers d'esclaves, et encore moins des millions: ils n'ont pas la capacité matérielle de les prendre, et surtout pas la capacité logistique d'acheminer et d'entretenir de tels effectifs. Et en Germanie, il n'y a pas de capacité d'accueil de tels effectifs: peu d'agriculture (et celle qui a existé a épuisé les sols du nord vers le sud), pas de villes, pas de populations nombreuses (il en faut pour qu'il y en ait une proportion -élite et "classe moyenne"- ayant besoin et moyens d'avoir des esclaves) et encore moins de marchés aux esclaves de taille significative. César a pu taper dans cette échelle d'esclaves parce qu'il avait les effectifs (son armée, celles de ses alliés gaulois), la volonté et le suivi dans le temps (il faut les moyens de prévoir plus d'un an à l'avance) et surtout un débouché (l'orbis romain et ses déjà 20 à 25 millions d'habitants en -50, le monde méditerranéen....).
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Certes oui; je me suis mal exprimé: ce qui m'énerve, ce sont les trucs du genre "untel ravage les Balkans". C'est le dimensionnement, la quantification que de telles formulations sous-entendent. C'est grand les Balkans, et les possibilités d'armées de 15-30 000h, même si elles se lâchaient au lieu de se contenter de menacer/rançonner, sont physiquement limitées. On peut ravager quelques villages et petits bourgs, mais dès qu'il y a fortifications, c'est beaucoup de temps à consacrer, et encore si on sait assiéger et qu'on en a les moyens techniques et logistiques: faut beaucoup de bouffe pour tenir, du matériel complexe, de quoi se protéger d'une attaque dans le dos -parce qu'on est immobile pendant le siège-.... On peut aussi se taper quelques grandes propriétés (qui ont eu tendance à se fortifier, et accueillent généralement au moins une partie de la population de colons dans leurs murs, et ont aussi un recours systématique à des troupes "privées" et mercenaires, en plus de systèmes miliciens locaux) et choper leurs stocks (limités vu la nature commerciale d'une économie intégrée), mais c'est quoi "ravager", passé ça? On se met à pisser sur les champs? Cramer de l'herbe? Et des armées de cette taille (c'est vraiment pas plus: rappelons que les Champs Catalauniques, "l'apocalypse" du VIème siècle.... Oppose des armées de coalition temporaire qui n'ont pas du dépasser les 40 à 50 000 chacune: les Huns d'Attila représentaient moins d'un tiers de la leur) ne peuvent pas "ravager" des espaces immenses, surtout que les campagnes sont assez courtes: elles se font en saison d'été (on chope ce qu'on peut pour tenir l'hiver quand on est un nomade de fait ou de culture) et on fait tout pour obtenir un résultat avant la fin de la saison.... Cad négocier. Quelques endroits ont certainement particulièrement morfler, surtout évidemment les campagnes, mais ce sont, pour ce qui est des "structures de production" (zones agricoles.... Cad ce qui ne donne pas du butin important en une fois), les zones qui peuvent le moins se défendre (les raiders ne s'attaquent pas aux cibles fortes) et donc les moins "précieuses" stratégiquement. Et je ne vois pas, encore une fois, des armées de cette taille détruire/ravager suffisamment de telles zones sans grande importance (isolément, mais dont le cumul compte, comme c'est le cas pour les zones agricoles) pour représenter de vrais impacts stratégiques. Et ce encore moins quand on voit la temporalité: moins de 2 ans en Grèce pour Alaric (dont 2 hivernages), quelques raids ponctuels pour Attila, moins de 3 ans réellement "actifs" pour la crise de 376-382 (Andrinople), dont aussi plusieurs hivernages.... Le tout pour des groupes de populations ne dépassant pas les 100 000 individus de tous types et ayant un grand maximum de 20 000 guerriers, qui plus est avec une proportion de cavaliers réduite (sauf dans le cas des Huns). Les possibilités ne sont pas énormes pour des groupes de cette taille dans un espace si grand et un temps pas énorme, et avec des impératifs (restés assez groupés en territoire dangereux, bouffer tous les jours et faire bouffer les "civils", trouver du butin et de la bouffe, ne pas trop énerver l'empereur qui deviendrait moins accommodant....). Ca marche aussi pour les individus qu'ils réduisent en esclavage: on utilise la formule avec une telle banalité qu'on ne se rend même pas compte de la réalité que ça recouvre. Vu les seuls faits que tu cites, ils se retrouveraient avec des dizaines de milliers d'esclaves sur les bras (des villes romaines d'importance, avec remparts, peuvent tourner autour de 20 000 habitants pour les "petites")! Pour en faire quoi? Ils ne prendraient pas le risque d'avoir des esclaves trop nombreux pour pouvoir les gérer (ou n'auraient plus de main d'oeuvre pour le faire). Et pis il faut les nourrir tous ces esclaves, alors que c'est pas tous les ans faciles de nourrir sa horde de barbares.... César aurait "fait" jusqu'à un million d'esclaves en Gaule (sans doute nettement moins): il l'a fait sur 8 ans de campagne, avec une armée qui n'a jamais été en-dessous de 40 000h, assistée de peuples alliés et de peuples tributaires qui contribuaient à l'effort et devaient lui livrer des contingents d'esclaves! Et encore, il l'a fait parce qu'il avait des débouchés pour refourguer de telles masses serviles: les mines et grandes propriétés romaines, consommatrices de main d'oeuvre, le marché domestique d'une Italie de près de 10 millions d'habitants (dont beaucoup peuvent se payer des esclaves, surtout si de tels nombres affluent et font chuter les prix), et les marchés export (pays étrangers ET colonies romaines) qu'une puissance comme Rome peut approvisionner parce qu'elle a des réseaux commerciaux organisés et capables de gérer (et entretenir) de telles masses le temps de l'acheminement et de la vente. Les Huns, Goths et autres n'ont rien de tout ça: armées et populations somme toute réduites, nomades, sans grande visibilité sur leur subsistance (donc pas de possibilité d'une politique systématique anticipée et soutenue sur plusieurs années), pas de réseaux commerciaux.... Ils ont pas des dizaines de milliers d'esclaves, ne sauraient pas quoi en faire, ne pourraient pas les entretenir et n'auraient nulle part où vendre de tels effectifs (Rome est partout, le reste est hors de portée). Bref, ce sont encore une fois des formules rapidement dites, mais qui suggèrent des réalités invraisemblables. Et c'est là le sens de ma remarque aussi pour la suite: de fait, les Balkans restent une zone importante de l'économie byzantine aux Vème et VIème siècles, abondamment peuplés et développés. S'ils avaient été si "ravagés" que ça, une telle chose n'aurait pas été possible. Hors, dès la reprise en main de Marcien (450-457), c'est mentionné comme étant le cas: la région turbine bien, et, alors qu'en si peu de temps (depuis le passage des Huns de 447), les fondamentaux de l'Empire n'ont pas pu changer de façon significative (l'armée n'a pas augmenté....), Attila n'ose pas revenir pointer son nez, parce que là, y'a un vrai boss (contrairement à un Théodose II incompétent et la tête dans le sexe des anges, prêt à acheter toute menace). Faut se méfier de beaucoup de formulations dans les sources originales: c'est déjà toute la science de l'historien. Mais il faut encore plus se méfier des formulations dans les ouvrages historiques, souvent des reprises, des poncifs, des simplifications, voire des simplismes. Surtout dans les trucs génériques comme Wiki: un truc marrant que j'ai souvent remarqué pour les articles historiques est que le texte et les bibliographies citées n'ont souvent rien à voir: t'as souvent du texte façon manuel de collège (avec tous les poncifs possibles, voire des bourdes et contresens complets), et la super biblio de grands experts ??? . Mais on les retrouve beaucoup ailleurs, y compris dans des ouvrages plus "poussés" (vu le mépris des historiens en France pour l'histoire militaire et "l'histoire bataille" -encore plus vrai dans l'école d'histoire romaine française-, c'est pas étonnant), et ce genre de raccourcis sont l'équivalent papier du "copier coller": on les reproduit sans y réfléchir (parce que le truc qui intéresse l'historien est ailleurs mais qu'il doit quand même rapidement parler de ce truc). C'est juste ça, et je réagis sans doute excessivement à un point de formulation, mais je trouve que ces formules sont devenues de tels lieux communs qu'on ne les remet pas en question et qu'elles donnent des impressions complètement disproportionnées et donc fausses à partir desquelles on réfléchit et tire des conclusions absurdes. Dans un cas comme ces "ravages" de barbares des Vème-VIème siècles, on ne remet même plus en question l'utilisation de telles formules généralisantes tant elles sont entrées dans les moeurs et l'imagerie qu'on a de la période (des millions de barbares hirsutes, présents partout en hordes innombrables, foutant le feu, violant, pillant et ne laissant rien derrière), très loin de la réalité.