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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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+ de régiment ou plutôt de "gros" régiment ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Forces spéciales et clandestines
J'ai bien pigé, un réservoir et le lieu de formation/entraînement de la spécialité infanterie, on est d'accord. Mais en fait si tu crois que tu délire, attends de voir: - en fait l'échelon régiment est utilisé un peu trop indifféremment dans nos échanges sans être réellement différencié de l'échelon bataillon qui est la formation "opérationnelle" de référence par opposition à la fonction "régiment" qui est le réservoir. - Faudrait préciser 2-3 échelons-types de déploiements interarme qu'un régiment d'infanterie (dans le cadre d'une brigade interarme) doit être capable de fournir: essentiellement selon mes délires et moi (oui, mes délires sont des personnes :-[, donc par politesse, je les place avant "moi" dans la phrase ) une grosse section à 3 groupes de combat de 13h (façon USMC), 2 fireteams de réserve et un groupe commandement de 6h (encore une fois façon USMC; total 53h); une grosse compagnie fondée sur 3 sections analogues (mais sans leurs fireteams de réserve), 1 section appui et un groupe EM fourni qui comporte aussi 2 GC de réserve (total dans les 230h); enfin un bataillon new look à 3 compagnies sur ce modèle sans leurs GC de réserve (environs 630h), avec une compagnie "lourde" d'appui, un EM fourni et ses spécialités infanterie "rares et chères" (reco, snipers, "commandos") et 2 sections de réserve (90h). Total d'un bataillon en mode déploiement autour de 1000h et des cacahuètes. - le RI unique de chaque brigade interarme doit armer des bataillons permanents, les compagnies et sections étant prélevées: 3 bataillons semblent correct. Mais avec du volant dans des groupements "de réserve", notamment en spécialités, pour armer simultanément plusieurs formations autonomes susceptibles de former le noyau d'un groupement interarme d'un des formats voulus (mettons au pif sur un cahier des charges 1/1/1: un de chaque -bataillon, compagnie, section- dispo en permanence en temps normal). Ca porte l'effectif combattant/projetable d'infanterie à un équivalent de 3500h dans chaque brigade, peu ou prou. Moi aussi j'ai le droit de délirer ;).... Yep, et à défaut d'un rassemblement de brigades sur des grandes bases, un rapprochement géographique rendant les distances pour entraînement interarme négligeables serait impératif. Quelle que soit l'idée qu'on se fait des unités souhaitées, le rapprochement géographique est impératif vu que s'il est un facteur absolu, incontournable et conditionnant, c'est la fréquence de l'exercice (de même que l'ancienneté des soldats. Ca c'est l'amateur d'histoire qui parle: plus une force est entraînée et expérimentée, plus on peut avoir des sous-unités fournies en hommes qui ne requièrent pas plus d'encadrement (gradé s'entend) et qui savent se coordonner en gardant une haute vitesse d'exécution. C'est du niveau du fil à couper le beurre, mais apparemment c'est fréquemment "oublié". -
Le problème du CRAB est qu'il pose une double question: - celle évidemment de son prix final et de savoir si l'EMA va le retenir comme véhicule, et si oui pour quelles missions, donc quelles quantités - celle, plus vaste, du "concept" qu'il représente dans l'esprit de ses concepteurs qui se sont pour le coup substitués à une AdT qui semble réfléchir assez peu: vu qu'il ne vise pas à remplacer un véhicule existant, mais en fait plusieurs puisqu'il correspond à une autre vision du combat et de la manoeuvre terrestre, donc de l'organisation des unités sur un certain nombre de "créneaux" et fonctions, il risque d'être emmerdant à cet égard pour les chapelles qui ne veulent pas réfléchir et bousculer leurs petits domaines bien en place. Donc il pourrait y avoir le cas de figure d'une AdT qui l'adopte, en quantités variables, voire nombre de versions variables, mais en fait juste pour remplacer des véhicules existants dans l'orga actuelle de certaines unités, bousillant au passage l'ambition du concept et pour le coup remplaçant des choses de façon cheap. Cas typique: remplacer des 10RC en escadrons format actuel.... D'un certain point de vue, c'est pire que ne pas l'acheter.... Pour une fois qu'il y a un véhicule qui a été designé pour un concept, et non l'inverse....
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en plus, "Buggy" est un terme très relatif dans ce cas: il fait quand même 8-10 tonnes, le bestiau, faut pas se laisser avoir par sa forme générale et essayer de le voir avec ce gabarit mentalement assimilé à un buggy, soit un poids-plume..... Mais après, c'est aussi un concept d'ensemble, pas seulement un véhicule à placer sur un seul créneau dans un seul rôle. Mieux vaut voir 3 bouzins de ce type débarquer tout prêts au combat d'un avion plutôt qu'un seul Sphinx ou deux à moitié en kit :lol:.
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Disons quand même que l'infanterie "lourde", pour moi, renvoie plus aux hoplites avec leur machin en bronze sur le dos et leur "hoplon" à la main (ou le fantassin macédonien post alexandrien, qui s'est pas mal alourdi), et surtout à un rôle de phalangite groupé, en pack dense, rigide, fait pour le statique ou l'avancée en ligne droite. Le légionnaire romain combat avec une épée et un bouclier pas trop lourd (strates de bois fines collées, avec quelques pièces de métal), après avoir lancé des javelots (nettement plus légers qu'un hoplon), en ordre plus espacé. La mobilité tactique est essentielle. C'est un fantassin de ligne, c'est sûr, mais la lorica segmentata telle que sur ton illustration ne date que de la 2ème moitié du Ier siècle, elle est plus légère que la lorica hamata (la cote de maille). Et le légionnaire, plus encore, est un soldat entraîné à plusieurs types de combats, apte à être aussi un fantassin léger, un fantassin "médian" allant en petits paquets agiles (et peu protégés) faire la guérilla dans les montagnes, à exercer plusieurs métiers (l'entraînement inclue arc, fronde et équitation, juste pour la note, même si ça n'en fait évidemment pas des vrais cavaliers ou archers). Mais sa force dans la ligne vient de l'organisation en unités et sous unités coordonnées, pas d'un équipement particulier. Qu'on le classe "lourd" à partir du Ier siècle, pourquoi pas, ceci dit. Personnellement, je le compare plus aux hypaspistes d'Alexandre qu'à ses phalangistes. En plus faut noter un détail sur la cote de maille qui est la cuirasse majoritaire des légionnaires, des guerres puniques à Auguste: la cote de maille peut être un truc très cher ou moins cher suivant la densité du "maillage" des anneaux de fer. Il semble peu probable que les légionnaires aient bénéficié des modèles lourds et denses des aristocrates gaulois (ou les espèces de véritables "pulls en fer" vus dans la série Rome), surtout vu leur impératif de mobilité et le poids qu'il devaient déjà trimballer sur le dos: leur protection devait plus reposer, à ce niveau, sur une cote moyennement dense et le gambison de cuir qui allait dessous, la cote arrêtant le tranchant des armes, le gambison absorbant une partie de l'impact. D'après ce que j'ai lu sur le principiat, ici et là, c'est une méconception: les cohors peditata (cohortes de fantassins auxilliaires) et les fantassins des cohors equitata ne semblent pas avoir été équipées ou entraînées différemment des légionnaires, ni employées si différemment. Ce sont des fantassins polyvalents, moins chers (pas légionnaires, leur paie est inférieure), aptes aux mêmes choses jusqu'au niveau cohorte. De même, les loricas segmentata leur étaient accessibles, tout comme les légionnaires recouraient encore aux hamata, ainsi qu'aux squamatas (cuirasse d'écailles): la standardisation n'allait pas jusque là, et la mission, tout comme la région, influait beaucoup sur l'équipement qui était aussi, rappelons le, propriété du légionnaire qui avait une grande latitude de choix. L'idée d'une armée romaine super uniforme est une création de l'historiographie, des romans et du ciné. Les "fantassins légers" sous l'empire, ce sont en fait les spécialistes, d'une part (archers et frondeurs, les premiers étant désormais équipés comme les autres pros de l'auxiliat, et peut-être quelques formations de javelinistes/vélites sur lesquelles il n'y a pas beaucoup d'éléments), et les socii ou fédérés qui envoient des contingents dans leur propre organisation avec leur propre équipement, en vertu de traités et contre paiement, qui sont des "numeris" grosso modo alignés sur des effectifs gérables et commandés tactiquement par leurs chefs, mais avec la présence d'un officier romain de rang équestre (quelque fois un centurion expérimenté agissant comme un préfet mais sans le titre). En fait, il y a un problème pour moi dans ce terme "d'infanterie légère" pour ce qui concerne l'armée romaine du principiat et d'après, parce que le problème léger/lourd est décomposable: - selon l'équipement: là, j'ai du mal à voir une énorme pertinence à ce débat vu qu'il semble que, pour ce qui concerne l'armée romaine professionnelle, les auxiliaires d'infanterie (hors spécialistes, même si pas mal d'unités d'archers semblent avoir aussi de l'équipement lourd) ne semblent pas avoir eu de différence notable d'avec les légionnaires, ni dans l'équipement ni dans l'entraînement. - selon le rôle dans un dispositif de bataille rangée; dans ce cas, la question lourd/léger le cède en grande partie à un débat infanterie de ligne (ou de bataille) vs infanterie spécialisée, mais aussi à un débat infanterie de manoeuvre à plusieurs échelons (de la centurie à la légion) vs infanterie de "petits paquets" manoeuvrant à 2 échelons (centurie-cohorte) au sein de son corps de bataille (les ailes), ou encore entre une "infanterie de centre" et une "infanterie des ailes". Tel qu'il est souvent présenté, le terme "infanterie légère" (hors le cas des spécialistes qui sont en fait les "troupes de missiles") pour les unités de l'empire romain me semble largement sujet à caution, donc. Ce qui semble logique dans une armée aux effectifs somme toute pas énormes vu la taille de l'empire et l'éclatement des garnisons (même les légions ne sont pas forcément concentrées en une seule grande base): une polyvalence de fait, qui voit des fantassins légionnaires et auxilliaires battre les frontières en petites formations pas forcément couvertes de tout leur blindage, n'a rien de si choquant, même si évidemment, la majorité de l'effectif légionnaire semble plutôt jouer la réserve, donc garder un niveau de concentration permanente supérieur. Mais quand il y a concentration des forces pour une campagne "classique", au niveau de l'empire (expédition majeure), d'une zone ou d'une seule province, il semble que légionnaires et auxilliaires ont fondamentalement le même équipement, la même "lourdeur". C'est justement cette vision qui pose problème pour moi, me semble de plus en plus illogique et qui semble pas mal remise en cause par beaucoup d'historiens. Evidemment ça dépend de la période, mais on parle plus ici de l'empire en général et du Haut empire en particulier. Cette vision d'une "basse besogne" me semble hautement contestable, tout comme la répartition des rôles dans une armée professionnelle où l'entraînement est standardisé pour tout le monde (hors spécialité), comme si le regard des commentateurs contemporains, et avec lui celui de l'historiographie pour l'essentiel faite de non militaires ou d'analystes reprenant les standards classiques, accordait par tradition la même importance au rôle de l'infanterie lourde (pas dans la bataille mais dans leur attention) qu'à l'époque ancienne, et surtout en reprise du standard grec: il s'agit d'une vision politique et culturelle, et non tactique. Et le premier à avoir rééquilibré cette vision dans les faits fut Alexandre, ou plutôt son père, qui relativisa l'importance de la Phalange (et en plus d'une phalange plus mobile, pensée et utilisée autrement) au profit d'une vision interarme plus complète et équilibrée, reposant sur des composantes diverses dont chacune avait un entraînement très poussé et une spécialisation considérable, ce qui remplaçait l'ancienne nomenclature des rôles en fonction de la fortune et du rang social. L'infanterie de ligne est l'arme du soldat citoyen, la star du monde gréco latin républicain ou démocratique, celle sur laquelle on met l'emphase moins pour des raisons tactiques que pour des raisons politiques et culturelles. Tant que les affrontements étaient entre cités grecques ayant les mêmes armées, le trip pouvait rester, mais les guerres du Péloponèse, leurs suites, et surtout la période macédonienne ont eu raison de ce regard au moins pour la réalité militaire de la chose, même si pas dans l'esprit et les valeurs des hommes du temps.
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Putain, le geek en moi veut parler: l'AdT doit adhérer au véhicule et au concept qui le sous tend.... Pour une fois, on aurait le véhicule avec le look le plus cool des armées de l'OTAN :lol:!
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Si je veux pousser le bouchon juste pour taper sur les clichés que les manuels et la fiction nous ont enfoncé dans le crâne, je te dirais qu'elles ne l'ont pas été ou même que l'empire romain n'a pas fini, du moins pas avant 1204 et la prise de Constantinople par les chevaliers français et marins vénitiens de la IVème croisade. Ce qui est vrai. A l'époque où le petit Romulus Augustule a été déposé par Odoacre, soit en 476, c'est plus ou moins ce qu'on appelle "l'empire romain d'occident" qui a disparu. Mais depuis 50-60 ans, l'empire d'occident était une coquille de plus en plus vide, et quand le gamin a été envoyé à Capri par Odoacre qui refila les insignes impériaux d'occident à l'empereur d'orient, ce fut vécu comme un non événement absolu; l'empire n'avait pas cessé, et dans l'esprit de tous, il y avait encore un empereur, patron de la 1ère superpuissance du moment, et il régnait à Constantinople et de là sur la moitié du monde connu. Pour le reste, le changement militaire commence réellement au IIIème siècle ap JC: les "barbares" un peu partout commencent à changer. De grandes migrations amènent de nouveaux acteurs plus près des frontières romaines, l'empire lui-même connaît une crise grave (grosso merdo, entre les années 340 et 370), et l'accroissement démographique semble avoir été certain dans les Germanies, mais aussi dans une Perse (qui cesse d'être "l'empire parthe" pour devenir "l'empire perse", reflétant un changement de dynastie) qui change d'organisation et d'armée. Les peuples germaniques, celtiques et iranophones (Sarmates, Iazigues, Alains, Daces) qui peuple l'espace européen non romain se structurent en plus grands regroupements, qu'on appelle des "ligues" (et que l'historiographie des 2 derniers siècles nous a faussement fait voir comme des peuples): Francs et Alamans sont des populations tribales essentiellement germaniques et celtiques du Rhin qui ont toujours été là mais se regroupent de plus en plus sous ces noms génériques qui sont en fait des rassemblements temporaires pour des expéditions "militaires", qui devraient en fait être apparentées à des entreprises privées plus qu'à des peuples, des ethnies ou des ensembles culturels. Les Goths et Lombards sont des rassemblements similaires qui eux ont migré depuis les côtes de la Baltique sur des siècles, en passant par l'Ukraine. Beaucoup de ces peuples ont eu des échanges importants avec Rome au fil du temps, Rome en a beaucoup constitué en petits royaumes qu'elle cofinance (et entretient dans sa dépendance) sur ses frontières, et une bonne part de leurs hommes ont souvent l'expérience des armées romaines, soit comme adversaires, soit comme employeur, soit les deux. Mais c'est l'organisation en grandes ligues, ainsi que des développements tactiques mineurs (un peu plus de ressources permettent d'augmenter la proportion de combattants qui a un équipement correct), qui permettent réellement de créer des groupes armés plus vastes, un peu plus organisés, et dangereux. Et c'est le développement démographique qui rend leurs expéditions, grandes et moyennes, et leurs harcèlement frontalier (petit mais partout et constant), de plus en plus fréquent dans le temps, et surtout simultanés: de plus en plus de points de la frontière sont menacés en même temps, laissant moins de marge de manoeuvre à Rome, et ce alors même que l'évolution de la Perse, la seule autre grande puissance en contact avec Rome, rend ses armées plus efficaces, vastes et agressives de façon constante.
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Rappel grossier et schématique: - débuts de rome et de sa monarchie: la ville en elle-même n'existe pas en tant que conurbation. C'est un espace entre les 7 collines et le Tibre, qui contrôle un carrefour commercial et un gué. Les espaces habités sont des petits bourgs chacun situés sur une des collines, constitués de clans (gentes) autour desquels les populations de chaque bourg se rassemblent. A cette époque, les groupes sont petits et la guerre est surtout une histoire de raids locaux pour piquer du bétail, des femmes (le fameux enlèvement des Sabines), des récoltes, du fric ou se friter avec les villages voisins - la légion sous la monarchie romaine et le premier système militaire romain (VIème siècle av JC): c'est la levée ("legio") des citoyens sur modèle des cités grecs, en fait indirectement parce que copié des Etrusques (rappelons que les derniers monarques romains, les Tarquins sont des Etrusques). C'est le premier système militaire romain, organisant les hommes en "tribus" (pas un sens ethnique ou d'appartenance à un groupe originellement distinct, mais un sens administratif de découpage de la ville). Il y a 4 tribus de la ville proprement dite, chacune levant un nombre donné de centuries, unité administrative et fiscale de base fondée sur le Cens, soit le recensement (démographique et patrimonial) tous les 5 ans des habitants libres de Rome. On trouve 30 centuries, puis assez vite 60, mais elles ne représentent proprement dites que l'infanterie pseudo-hoplitique dont le maximum tourne alors autour de 6000h; on trouve aussi autour de 2-3000 vélites (les plus pauvres) -1 chiffre est attesté pour 24 centuries de ces vélites- et une cavalerie patricienne (= classe des equites et des senatores) tournant autour de 600h -6 centuries-, pour un total d'environs 9000h. C'est la "legio", la "levée" des citoyens. Cette armée est, comme dans le système grec, fondées sur la fortune pour définir le rôle dans l'armée (commandement-encadrement) et l'orbat (fantassin de ligne, fantassin léger et cavalier). Il faut en effet pouvoir payer son propre équipement. NOTE: l'existence du royaume primitif de Rome est aujourd'hui encore sujette à caution, reposant plus sur une vision légendaire et le récit traditionnel de Rome que sur autre chose. L'autre possibilité majeure est en fait que Rome, après une brève période d'existence autonome (peut-être un siècle, entre la fondation "officielle-légendaire" vers 750 et la domination étrusque de l'Italie au VVème siècle) suivant sa création comme "confédération" de quelques petits bourgs juchés sur leurs collines acotées à une rivière, ait été colonisée par la puissance dominante d'alors, les Etrusques (pas un Etat unifié, mais aussi une "ligue" d'entités politiques), sur la période couvrant les 7ème et 6ème siècles av JC. Cela explique notamment l'alignement sur un premier modèle militaire étrusque, les nombreux emprunts culturels (panthéon, organisation du culte public, jeux du cirque -à la base un rite funéraire-....), scientifiques, politiques et symboliques à l'Etrurie, la construction de la cloaca maxima (le grand égoût de Rome) et du 1er pont permanent sur le Tibre.... Et évidemment la monarchie romaine (sans doute élective et assortie d'un système théoriquement associatif des élites et de la plèbe au pouvoir), dont seuls les 2 derniers représentants (totalement ou en partie étrusques) sont historiquement attestés, qui a toutes les apparences de la symbolique étrusque (faisceaux de verges et licteurs....). Dès lors, l'importance de la "révolution républicaine" pour Rome qu'elle marquerait non seulement la fin de la monarchie devenue "tyrannie" (que cela ait été vrai ou non: le perdant d'une lutte est toujours noirci), mais aussi l'émancipation de la tutelle étrusque. C'est en fait peut-être surtout ce dernier aspect qui est réel, dans cet hypothèse, l'établissement de la république étant par la suite présenté comme une lutte contre la tyrannie plutôt que d'admettre un joug étranger qui n'aurait pas été si mal vécu.... Dans ce cas, cela concorde avec une république qui est quand même avant tout faite pour des élites, les "patrices/patriciens" (pères de la patrie), qui auraient simplement pris le pouvoir pour elles-mêmes sans demander son avis au peuple, en éliminant un monarque élu à vie (qui reste cependant comme institution exceptionnelle, pour les temps d'urgence, à travers la magistrature de dictateur). Et cela concorde avec les développements des premiers temps de la république qui ont du être décevants pour les nouveaux dirigeants, puisque la protestation de la plèbe les contraint à partager le pouvoir via pas mal de lois et surtout l'institution du tribunat de la plèbe. Militairement, cela change surtout le commandement des armées vu que la direction de l'Etat devient collégiale et les postes à imperium et commandements militaires restent ou deviennent électifs, selon les cas, mais surtout selon des temporalités nettement plus rapprochées - après la déposition de la monarchie, les chefs de l'exécutif deviennent 2 prêteurs élus: l'armée est divisée en 2 parties égales, avec donc 2 légions "prétoriennes" de 3000 fantassins de ligne, 1200 vélites et 300 cavaliers (un format qu'on retrouvera après), ce chiffrage étant un partage politique (équilibre des pouvoirs par crainte du retour de la tyrannie) bien plus que la volonté tactique d'avoir 2 armées de campagne. Les Romains n'ont par ailleurs pas d'armée permanente: ces chiffres représentent la mobilisation maximale, fixée par la loi comme "cahier des charges". Il y a donc 2 légions de 4500h. C'est dans cette période (de la fin du VIème siècle à la fin du IVème) qu'un dédommagement est introduit pour le temps de mobilisation, qui couvre les frais de campagne (pas ceux d'équipement). C'est aussi à cette période que les premiers traités d'alliance permanente sont conclus avec les voisins latins (socii) qui mettent à disposition de cette "confédération militaire" peut-être jusqu'à une vingtaine de milliers d'hommes, un chiffre rare dans l'Italie de cette époque, très divisée. - La première vraie révolution militaire proprement romaine arrive avec les guerres Samnites aux IIIème-IIème siècles av JC: face à ces populations (les Samnites sont une vaste confédération de peuples semi-nomades et éleveurs du sud et du centre montagneux de l'Italie) et aux premières défaites qu'elles lui infligent, Rome adopte l'ordre manipulaire, soit des groupements tactiques d'infanterie jumelant 2 centuries réduites en taille (60h) en une petite unité de manoeuvre. L'importance de cette évolution, d'abord faite pour fonctionner hors d'un grand dispositif de bataille rangée, impacte cependant celui-ci aussi: c'est l'apparition du "damier", la formation en quinconce, quand une légion romaine est déployée, en lieu et place de la phalange massive qui prévalait avant. Une armée romaine de campagne a donc désormais une capacité de combat un peu "articulé", mais surtout de rotation facilitée des effectifs sur le champ de bataille (pour peu que l'expérience soit là, donc le temps sous les drapeaux) qui permet de donner à la ligne de front une endurance accrue. Le quinconce organise cependant structurellement les manipules en fonction de l'âge et de l'expérience, formant 3 lignes de centuries (la triplex acies: hastatii, princeps et triarii) inégales (les princeps sont ceux qui prennent l'essentiel des combats) et ce d'autant plus que les centuries de la 3ème lignes sont réduites à 60h, une seule centurie. L'autre changement majeur est le renforcement (imposé par Rome) de la division du travail au sein de sa confédération de socii revue et corrigée (les traités conclus par Rome à partir de cette époque sont par essence inégaux, et l'évolution a fait que Rome a cru plus vite que les autres): les guerres samnites et la croissance démographique ont imposé de passer à un format maximal de 4 legios (18 - 20 000h) formant la base des armées de campagne (armées dites "consulaires" et "prétoriennes", du titre des chefs d'exécutif par ordre hiérarchique), désormais toujours commandées par Rome. Dernier changement de cette époque, l'équipement et donc la tactique de combat: c'est l'introduction du duo gladius-pilum, le remplacement de l'armure grecque par la cote de maille et l'abandon de la hasta, la longue lance, par l'infanterie, sauf dans la 3ème ligne, celle des triaires qui restent des phalangistes "classiques" et ceux qu'on appelle quand les choses vont vraiment mal (un proverbe romain "en venir aux triaires", veut dire que la bataille s'est salement mal passée). - Les évolutions suivantes, surtout à la lumière des guerres puniques, sont moins spectaculaires et plus continues, souvent des créations de fait, sur le moment: certaines restent, d'autres disparaissent sitôt un conflit terminé. La manipule de triaires passe à 60h (donc 2 centuries de 30h), mais la légion reste toujours à 4500h (3000 fantassins de ligne, 1200 vélites, 300 cavaliers), s'assortissant de contingents de socii à qui est demandée une spécialisation toujours plus grande (la cavalerie campanienne, notamment, est notoirement un outil solide, de même que l'infanterie légère samnite). La cohorte apparaît, peut-être introduite par Scipion l'Africain, mais reste une formation ad hoc, temporaire. L'importance de la cavalerie, et des manques italiens en la matière, apparaît face aux Puniques, et le traité conclu avec les Numides leur fournit une cavalerie légère abondante et capable. C'est le moment de l'expansion hors d'Italie, qui confronte les Romains à des armées et terrains plus variés, des adversaires plus professionnels et plus grands (avec des armées plus sophistiquées assez souvent), les forçant à adapter moins la légion elle-même que le dispositif des armées consulaires et proconsulaires, les faisant reposer sur un dispositif interarme plus complexe et lourd en autres troupes (cavalerie en tête, mais aussi archerie et frondeurs plus nombreux). C'est surtout le moment où la durée du service militaire et de la durée potentielle de mobilisation s'accroissent sans cesse: l'armée romaine a besoin d'expérience pour être efficace (en début de conflit, les légions sont pas franchement terribles), mais l'éloignement des théâtres d'opération et les conquêtes permanentes rendent désormais les anciens systèmes inefficaces. Les guerres d'expansion ruinent une grande partie de la société romaine, la "classe moyenne" qui compose l'infanterie légionnaire, réduisant le contingent mobilisable (mais en relatif car la population citoyenne s'accroît énormément) et créent un circuit économique de la guerre qui rend Rome dépendante de l'expansion mais aggrave les problèmes de la société romaine, et avec eux, la fragilité du système politique romain. La taille des contingents romains n'a fait que croître (avec la population romaine), faisant de Rome une société qui dépend de la guerre, mais démobilise à chaque fin de conflit, avec cependant le maintien contraint de légions outre mer, faites de conscrits mécontents mais expérimentés. - les réformes de Marius (oncle de César), fin IIème-début Ier siècle, ne sont sans doute pour l'essentiel qu'un entérinement de ce qui se pratique déjà vers la fin du IIème siècle, mais elles reflètent un changement radical: de fait, l'armée devient permanente et "professionnelle", mais pas au sens où nous l'entendons. Il s'agit toujours d'un service militaire obligatoire pour tous, mais tous ne le font pas: on ne mobilise qu'en fonction des besoins (mais il y a désormais un besoin permanent outre mer), le service est fixé à 16 ans (dont pas plus de 6 consécutifs), et les recrues sont sélectionnées (statut juridique, critères physiques, lecture-écriture). Les Guerres Sociales (guerres des Socii -alliés) aboutissent à une expansion massive de la citoyenneté à quasiment tous les hommes libres d'Italie et réduisent donc l'importance des citoyens de Rome -la ville-, et la fin du conditionnement de fortune pour l'entrée dans l'armée prolétarise massivement les légions, dans le temps même où les armées sont financées non par l'Etat (qui ne peut en payer qu'une partie et dont le trésor constitue une réserve d'urgence) mais par les grandes familles sénatoriales selon les besoins militaires votés par le Sénat. Autant dire que les armées deviennent fidèles à leurs généraux-patrons-employeurs (démobilisé, le soldat devient client de son consul-proconsul). Tactiquement, la légion devient un ensemble quasi uniforme de légionnaires formés sur un moule unique de fantassins médians polyvalents (avec une cavalerie légionnaire embryonnaire et un contingent de non combattants "professionnels": experts en tous genres, administrateurs....). La cohorte remplace la manipule comme unité tactique de base, avec 6 centuries de 80h et 10 cohortes par légion (4800 légionnaires, 120 cavaliers et autour de 2-300 spécialistes et non combattants appartenant à la légion). Enfin l'expansion de la citoyenneté à l'Italie contraint à trouver les auxilliaires ailleurs: cavalerie numide, archers crétois, frondeurs baléares, cavalerie gauloise, fantassins ibères, archers montés syriens.... Ce sont tous des socii car Rome a peu recours à des mercenaires stricto sensu. Après on entre dans l'époque de transition des guerres civiles et les débuts du principiat, qui sont un peu l'objet de ma réflexion.
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Pour retenter le coup avec un essai de réflexion collective sur le "phénomène légion", je pose la question directement à la cantonnade: QU'EST-CE QUE LA LEGION ROMAINE "CLASSIQUE" DANS VOTRE ESPRIT? L'idée est d'avoir une vision de ce qu'a été la légion (en particulier, mais aussi l'armée romaine en général) au cours de son histoire et d'essayer d'avoir un regard potentiellement différent sur cet objet de réflexion. Elle a commencé comme étant l'intégralité de l'armée romaine (legio = "levée": la légion, c'était l'intégralité de l'armée romaine, y'en avait qu'une seule d'abord), a ensuite été l'armée de campagne de base (dans une Rome qui commençait à pouvoir en dégager plusieurs), puis la base d'une armée de campagne ;) (de plus en plus de "légions" mais intégrées dans le dispositif interarme de la "confédération militaire" des socii italiens), puis de plus en plus l'unité militaire professionnelle de base d'une vaste armée engageant plusieurs "armées" de défense, de garnisons lointaines et d'OPEX (chacune ayant sa composition de socii italiens, de socii plus lointains et de mercenaires).... Dès le début de l'empire, elle devient le pivot d'une armée de province composite avec d'autres unités professionnelles permanentes (elle est alors le "coeur" d'une armée) et le pivot de la manoeuvre de grandes armées rassemblées ponctuellement (où elle est plutôt donc une "division" ou un corps d'armée). Au fil du temps, elle devient de plus en plus une unité réservoir plutôt fixe. La crise du IIIème siècle accélère l'évolution militaire romaine et la voit se réduire en unité d'infanterie de ligne de taille bataillonnaire, au milieu d'un orbat nettement plus composite et souple, en même temps que l'unité administrative de référence des troupes de frontières fixes qui elles opèrent en plus petits paquets. Pour moi, la légion "classique" (ou plutôt sa particularité en tant qu'objet militaire, ce qui fait sa force), on va dire dès le moment des réformes de Marius à la fin du principiat, c'est moins une unité d'infanterie lourde proprement dite (ce qui est apparemment la seule façon dont la plupart des historiens continuent à la regarder) qu'une grande unité de manoeuvre interarme (en partie par la versatilité des légionnaires, mais surtout par son intégration permanente avec des auxilliaires pros à partir d'Auguste), et c'est plutôt cela sa vraie force, bien plus que le fait d'être une spécialité d'infanterie. la vision des historiens me semblent souvent déformée par cet a priori artificiel de dire "l'infanterie lourde est l'arme suprême, la légion est la meilleure infanterie lourde, donc la légion est l'arme suprême". C'est pour moi la même erreur que de voir la cavalerie lourde être par essence la grande arme au Moyen Age parce que la cavalerie lourde aurait en soi des avantages imbattables.... Ou de dire que l'aviation est l'arme ultime et la seule qui compte "vraiment" aujourd'hui. A un certain degré, je trouve cela infantile et négateur de la réalité complexe qu'est la guerre. Par ailleurs, je pense que l'insistance des écrits antiques sur le rôle, le "poids" de la légion dans la capacité romaine à vaincre est, comme souvent dans toutes les époques sur une arme particulière, grandement exagéré par superficialité et surtout par des préjugés de diverses nature, sans doute avant tout parce que dans les civilisations gréco-latines, culturellement, le fantassin lourd est le citoyen en arme, celui qui est mis en avant dans tout récit en niant l'importance, voire l'existence, des autres armes. Mais la guerre est un sport d'équipe, et la victoire tient à chaque membre dans des proportions bien moins déséquilibrées qu'on ne veut souvent l'admettre, qui plus est des proportions qui varient fortement suivant le type d'adversaires, le type de terrain, l'époque de l'année et la météo, ainsi que les circonstances (politiques, stratégiques....) de l'engagement et du conflit. Donc la force de la légion, et par là sa nature même, n'est pas d'être une unité d'infanterie lourde. Ce serait la force de la cohorte (voire de la centurie), mais d'être un système d'arme spécialisé dans la manoeuvre tactique complexe de grande échelle (échelle tactique, de la bataille et de ses environs) et dans le mouvement opératif autonome (échelle d'un théâtre), et qui plus est d'être ainsi un pion stratégique dont la force est connue, ce qui lui donne sa capacité de dissuasion pour les adversaires, et procure à ses propriétaires une vision claire de la capacité militaire disponible à un endroit (et de là de ses besoins, de ses capacités selon telles conditions ou telles autres....). C'est un outil militaire standardisé, aux procédures et critères rôdés, à partir duquel on peut penser une tactique et une stratégie dans des proportions inégalées dans le monde antique. Il procure en ce sens une clarté de vision (dans le temps et l'espace) au décideur qui est réellement admirable, en plus de donner une marge de supériorité tactique et opérative appréciable (capable d'évoluer et d'apprendre) qui est cependant étendue, à partir d'Auguste, à l'ensemble d'une armée romaine désormais professionalisée et formée sur les mêmes critères d'efficacité. Pour moi, la meilleure preuve en serait le fait que des zones entières (plus petites) étaient confiées à des unités auxilliaires composant des mini armées de province, mais surtout au principe des cohors equitata, ces unités mixtes infanterie-cavalerie dont le concept et l'importance ne cessent de se développer: de 80 cohortes types (600h)sous Auguste, ces unités deviennent de 2 types (600 et 1040h environs) et peuvent avoir représenté jusqu'à 40% ou plus de l'ensemble des auxilliaires (à une époque où l'effectif auxilliaire dépasse largement l'effectif légionnaire). La légion reste certes fondamentale, mais cette évolution souligne que Rome sait penser l'armée et l'efficacité militaire sans bigotterie, formant des unités interarmes et de manoeuvre (complexe) permanentes AUTRES que la légion. De même, la formation de cohortes d'infanterie milliaires permanentes reflète cette versatilité tactique dans l'organisation structurelle: la manoeuvre complexe (= à 2 échelons tactiques: cohortes et centurie) peut être pensée autrement que dans le seul cadre légionnaire. Et c'est bien cet aspect interarme et de manoeuvre qui constitue pour moi l'angle pertinent de l'analyse, et non la vision "d'arme" (de chapelle, presque :lol:).... Dites-moi si ça vous semble aberrant (peut-être adopté-je un point de vue trop contemporain, négateur de la perception d'une autre époque), dites quelle est votre "vision" de la légion.
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+ de régiment ou plutôt de "gros" régiment ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Forces spéciales et clandestines
Bienvenue au club :lol:. Ceci dit, on peut être radical dans ce courant, mais il ne faut pas être absolutiste en la matière: la logique fanboy techno a sa légitimité dans certains configurations stratégiques, notamment la guerre "symétrique" face à un adversaire concentré, étatique et d'un certain niveau de cohérence politique, de population et de développement économique. Bref, la "grande" guerre conventionnelle. L'importance de l'approche plus technocentrée (et notamment de l'arme aérienne) y reprend plus de droits. Evidemment, la probabilité de tels affrontements, surtout contre des clients réellement sérieux, est assez limitée pour ne pas dire très réduite. La question va même plus loin pour moi puisque je suis de plus en plus fanboy d'unités interarmes organiques permanentes, ou à défaut, d'un niveau de préparation/battle-readiness infiniment plus grand d'unités d'infanterie avec des entraînements interarmes nettement plus fréquents avec des unités de manoeuvre (cavalerie), appui et soutien dimensionnées sur 2 ou 3 formats-types d'unités de déploiement. Dans les 2 cas, cela implique entre autres choses une proximité géographique accrue, une réorganisation dde nombre de types d'unités.... Autant dire que c'est un rêve, à moins que de grandes baffes dans la gueule soient prises et/ou que la nécessité financière conduise à des réflexions profondes sur la manière de faire mieux et plus avec autant ou moins, pas de faire seulement la même chose avec moins. -
+ de régiment ou plutôt de "gros" régiment ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Forces spéciales et clandestines
Le problème est qu'il faut aussi plus d'unités prêtes à l'emploi, sous peine d'être la Hollande en plus grand (ou le Danemark, ou la Norvège, ou le Canada....), fournissant des battlegroups comme les USA les aiment, mais très peu (et encore, ce sont quand même de petits battlegroups). Si ce sont des pions géopolitiques, qui permettent de peser, en même temps que des pions opératifs, qui permettent de mener des campagnes, il en faut quand même un certain nombre. Réduire le nombre d'unités pour avoir les groupements tip tops (et encore rien n'est moins sûr, vu l'incapacité occidentale à gérer ces conflits et à les penser) qui collent aux normes OTAN, ça gagne quoi, à part un susucre des Américains et une tatape sur la tête? C'est pas comme ça qu'on peut peser, même dans une campagne aux ambitions réduites. En même temps, c'est pas justement ce qui leur est demandé, et ce pourquoi ils ont été composés :lol:? -
+ de régiment ou plutôt de "gros" régiment ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Forces spéciales et clandestines
Et oui, un échelon interarme organique pertinent serait celui-là (quoique la compagnie interarme aussi), mais ça impliquerait des structures différentes, sans doute aussi un volume de forces différents, une densité de moyens "chers" et dimensionnants accrue (12 bataillons interarmes en réclament plus que 4 brigades interarmes à 3 bataillons d'infanterie, par exemple).... Et beaucoup de chapelles qui devraient se remettre en question, sans même parler de l'organisation territoriale et de la valse des unités qui va avec (obligeant à certaines concentrations, donc moins de communes avec leur petite unité qui rapporte quelques dizaines de millions d'euros par an).... Autant dire qu'il faudrait un gouvernement qui s'intéresse aux questions de défense :-[. -
COS ,quatrième composante des FAF
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Forces spéciales et clandestines
Ca dépend du nombre. L'idée, enfin selon moi, serait là de briser le principe d'un vaste réservoir estampillé "para" qui ne servira réellement à rien et coûte trop à cet égard, pour avoir 1 ou 2 petites spécialités d'entrée sur théâtre et de capacité "coup de poing": - 1 élément para "complet" (manoeuvre, soutien et appui) concentré sur 2 Cies interarmes (surtout pour en avoir une dispo en permanence) - 1 élément "air cav" complet, à 2 Cies interarmes "complètes" de la même façon. Pour tout dire, je ne sais pas si la double capacité est possible/souhaitable, mais si elle l'est autant avoir un seul bataillon interarme spécialisé dans ce "coup de poing" d'entrée aéroportée de théâtre ou d'opération héliportée rapide sur le théâtre même, avec pour cahier des charges d'avoir en permanence 2 Cies aptes à opérer. C'est pas de l'opération spéciale, c'est au mieux du "commando", mais avec un effectif et un panel de moyens plus conséquent, un fer de lance conventionnel spécialisé. De là, ce n'est pas un échelon intermédiaire entre paras et FS, vu que sous condition de création de ce genre de capacités, si elles sont pertinentes à cette taille, il n'y a plus de paras. La majorité de l'effectif de la BP est soit dissout, soit disséminé ailleurs, soit converti en une bridage d'infanterie légère qui dit bien son nom et n'a pas de spécialité TAP coûteuse à maintenir pour 8000h. -
les Pictes ,"vainqueurs" face à une armée régulière ,celle des Romains ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Vrai et faux à mon sens: il y a toujours un moment ou une logique impériale finit par se créer dans une entité politique en expansion, donc se projetant à plus long terme que le simple "coup" d'opportunité d'une conquête particulière motivée par des intérêts privés ou d'un intérêt public secondaire (genre une opération mineure pour améliorer le tracé d'une frontière en particulier: logique de défense). Elle ne devient pas nécessairement absolument dominante, mais elle devient un lobby plus ou moins puissant en interne, voire s'assortit d'une dimension réellement messianique (et il arrive aussi qu'elle soit à certains moments en accord avec les autres groupes d'intérêts "internes"). Il faut faire attention avec l'explication systématique par des raisons de "politique intérieure", parce que précisément beaucoup de forces politiques intérieures peuvent avoir une "vision" et/ou un intérêt à l'expansionnisme. De même que beaucoup de groupes ayant ces propensions peuvent aussi avoir une perception réaliste des choses et/ou une conscience du "bien public" raisonné plus ou moins affirmée, et tempérer d'eux-mêmes leurs velléités expansionnistes pour diverses raisons (coût des opérations et de l'occupation, capacité réaliste à tenir la conquête si elle est éloignée....). Ce n'était pas forcément vrai à Rome car il ne faut pas croire qu'ils avaient si souvent une "vision de long terme" pas vraiment dans la mentalité ou les capacités d'analyses matérielles du temps: une conquête se mesurait avant tout au pillage/butin/tribut immédiat et à l'importance à court terme de l'exploitation de la conquête et/ou des traités de commerce qui vont avec. L'horizon politique d'une puissance en expansion est en fait généralement assez court, parce que la conquête est à la fois une cause et une conséquence: quand on devient structurellement expansionniste, c'est parce que la conquête nourrit la conquête et la provoque, comme une fuite en avant contrainte par ses seuls coûts, mais aussi par la surenchère politique qu'elle implique (telle faction a conquis telle zone, donc a une masse de fric et "d'aura" politique, mais elle doit payer beaucoup de monde et de choses, et surtout les autres factions doivent faire une conquête équivalente sous peine de se faire écraser). Là, on retombe sur des logiques de guéguerre interne. Mais il ne faut pas minimiser non plus le facteur de menace et de perception de la menace externe: la plupart des opérations de conquête romaine aux IIème et Ier siècles avant JC et dans les 2 premiers siècle du Principiat répondent aussi, et sans doute la plupart du temps avant tout, à un intérêt général très présent: plus de frontières = plus d'ennemis = plus de risques, plus d'implication avec des alliés locaux qui ont eux-mêmes leurs menaces et leurs intérêts.... Et plus les frontières sont éloignées du centre, plus elles sont inquiétantes, chères à parer, mais aussi dangereuses parce que réagir depuis le centre est long (délais de transmissions, délais de transfert de forces....). Crassus a tenté le coup contre les Parthes pas seulement parce qu'il voulait de l'or et le titre d'imperator, mais aussi et surtout parce que les Romains savaient qu'il fallait régler la question parthe qui leur posait nombre de problèmes. Sinon, un autre exemple propre à minimiser les nationalismes allemands et anglais-écossais: la révolte batave, juste après la mort de Néron et pendant la transition vers les Flaviens.... Petite province avec une charge militaire énorme (près de 50% des hommes en âge de servir étaient envoyés dans les auxilliaires), elle s'est soulevée de la même façon que les Illyriens: beaucoup de vétérans, et plus grave encore, des unités auxilliaires entières, ont rallié l'étendard de la révolte, entraînant aussi une bonne partie de la Gaule Belgique et de la Germanie Inférieure. Dans cette histoire, Rome a du mobiliser en tout 12 légions (et plus que l'équivalent en auxilliaires), dont 8 en une seule task force, pour régler la question. Dans l'histoire, Rome a perdu l'équivalent de 3 légions, avec en plus 2 qui ont été de fait tenues en "otages" (assiégées) ce qui fut une grande humiliation publique à ce moment.... Encore une fois, le Teutoburgenwald ou les Pictes sont pas grand-chose à côté. -
COS ,quatrième composante des FAF
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Forces spéciales et clandestines
En mettant de côté les GCP, tu crois pas qu'il y a moyen de lancer un grand "concours" dans la BP pour constituer le dit régiment souhaité? Y'aurait sans doute un effet de vampirisation des meilleurs pendant un temps mais ça se reconstituerait assez vite et sans trop de douleur si on fait ça de façon échelonnée sur plusieurs années, le dit régiment ne se faisant du coup pas en une fois. Qualitativement parlant, elle offre une source de recrutement alternative répondant à d'autres logiques et permettant de faire une sélection (entre 1 candidat sur 8 et 1 sur 10) qu'aucune autre unité en France ne peut s'offrir. Ce serait vraiment con de se priver de ça, surtout pour les troupes conventionnelles (les FS elles ont ce genre de sélectivité et même plus) qui peuvent ainsi garder cet élément. -
+ de régiment ou plutôt de "gros" régiment ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Forces spéciales et clandestines
Mais sont-ce des pions tactiques pertinents? Y'a t-il en dehors de l'infanterie suffisamment de moyens soutien/appui pour accompagner un nombre de "pions tactiques" accru? Y'en a t-il déjà assez pour aujourd'hui? On souffre avant tout justement de ne pas avoir de "pions tactiques" de référence à partir desquels on pourrait réfléchir et dimensionner l'armée pour un nombre réduit de grands scénaris génériques représentant les "familles" ou types d'interventions probables avec la capacité pertinente pour les réaliser. A part le schéma le plus irréaliste, à savoir la "grande" intervention avec un corps d'armée, auquel on pourrait plus ou moins répondre en sortant le ban et l'arrière ban des grattages de fonds de tiroirs, en achetant en urgence les mille et un petits trucs (et moins petits) qui manquent.... On a pas vraiment de cahier des charges en fonction desquels on fait plus que réfléchir et à partir desquels on dimensionne des volumes de forces "complets", des pions tactiques réellement disponibles avec tout leur environnement. Rien que sur ce sujet de l'infanterie, sait-on même ce qu'il faudrait pour disposer de compagnies interarmes et bataillons interarmes (3 ou 4 CC sur le terrain?) à format pertinent, et combien devraient être disponibles sans préavis ou sur court préavis? Combien d'hommes par groupe de combat, combien de groupes de combat par section, combien de sections par compagnies seraient pertinents (vu que là ce sont les trucs les plus incompressibles et moins susceptibles d'être convertis en legos pour OPEX bricolées)? Faut-il une seule structure administrative de RI par brigade (géographiquement l'échelon de gestion de référence) avec plusieurs bataillons eux totalement dédiés à l'opérationnel? J'ai souvent l'impression qu'on n'est pas foutus de définir ce qui est pertinent, à tel point que seul l'Afghanistan semble avoir créé un début de RETEX d'un niveau un peu conséquent, mais qu'il s'agit d'une expérience unique qui sera mise à l'écart par les organisateurs empressés de retourner à leurs habitudes et conforts personnels plus liés aux soucis internes de chapelles. Du tout, mais alors si les guéguerres de drapeaux sont un facteur réel, il faut d'abord supprimer le 3ème ou le 8ème RPIMA (pourquoi la colo aurait-elle un truc en double :lol:?) pour n'avoir qu'un seul RPIMA "conventionnel" ;) et préserver la variété des couleurs de bérets :-[. Et les hommes de l'unité victime sont disséminés ailleurs.... Je déconne, mais de toute façon, la BP telle qu'elle est ne sert à rien et coûte cher: autant en faire une brigade d'infanterie légère qui dit son nom, et en sortir un ou deux petits (genre 2 CC chacuns) bataillons interarmes "complets" qui seraient eux paras et "air assaut" (façon air cav), voire pleinement intégrés avec un RHC dédié. -
Surtout qu'il faut envisager un fait pour l'URSS: sans la donne nucléaire, le risque d'avoir le territoire soviétique (en tout cas ses parties "utiles") touché significativement par des bombardements alliés se situe quelque part entre "faible" et "nul", et le risque de voir des troupes alliées envisager même d'entrer en territoire soviétique à un échelon significatif est pour ainsi dire inexistant. Question perception du risque, objective et surtout subjective (qui a tant compté dans de si nombreuses décisions d'Etat), les dirigeants soviétiques sont dans une posture plus que confortable, non seulement pour eux personnellement (et leur vision d'eux-mêmes comme dirigeants) mais aussi pour leur territoire. Ca change considérablement la notion de risque à prendre ou non. Ce risque devient plus intellectuel et détaché puisqu'il concerne les ressources consacrées à la guerre et les seules pertes militaires des armées envoyées au-dehors de la Rodina. La question est pour moi de savoir quel degré d'importance a la maîtrise (ou la finlandisation) de l'Europe occidentale pour Staline dans un premier temps et le Politburo après. Parce qu'outre la logique idéologique/messianique (encore présente dans une partie de l'élite communiste, et même ravivée après la "grande guerre patriotique" et le noyautage des partis communistes d'Europe) qui a au moins l'utilité bien pensée de servir de catalyseur politique pour la population (un outil qu'aucun dirigeant soviétique ne sous-estime) et le besoin stratégique d'être tranquille et inattaquable côté ouest, il y a aussi les besoins économiques d'une machine moyennement efficace (ça c'est une vision impériale, en "cercles": un centre qui reçoit beaucoup, une périphérie immédiate qui touche un pourcentag, et une périphérie extérieure qui morfle.... Ca achète du calme à grande échelle), une clientèle et une zone économique plus large sur lesquelles asseoir une plus grande répartition de l'inefficacité moins difficile à supporter pour les pays du "centre" (quantité versus qualité) et une élimination de toute concurrence politico-socio-économique visible à proximité: l'érection du rideau de fer se substitua par défaut à cette logique, pour un plus grand coût de sécurité interne, un plus grand besoin de contrôle, un niveau de crainte généralisée largement accru et avec lui ses cortèges de dégénérescence rapide du système. Corollairement, cette élimination est un coup de poignard directement planté dans le centre du "système" adverse: sans l'Europe d'après-guerre, l'économie américaine ne se relève pas. Et encore dans les années 50, priver les USA de leur clientèle européenne, c'est un coup quasi mortel. Sinon je crois qu'il est difficile pour tous de mesurer réellement le changement de logique fondamentale impliqué par l'arme nucléaire, rien que sur la relative facilité avec laquelle la guerre est envisagée comme moyen de régler une situation (et là je parle d'une guerre importante face à un adversaire sérieux).
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De rien.... dans le genre évolution d'unités, je viens de relire un truc sur l'évolution de la Garde Prétorienne qui me fait beaucoup marrer. Vu l'importance qu'elle a prise comme acteur politique à Rome, la Garde était difficilement contournable, et particulièrement en temps de crise, peu de personnages, sinon aucun, n'avait assez de "capital politique" pour s'imposer à elle, le forçant donc à négocier avec elle des masses de fric de plus en plus hallucinantes. Après la mort de Commode, la crise fut grave (notamment avec "l'année des 4 empereurs") et on vit même 2 "postulants" au titre suprême après l'assassinat de Pertinax en 193 (par les Prétoriens) faire fi de toutes les manoeuvres en sous-main pour aller directement se pointer en même temps sur le Caelius (où se trouvaient les casernes prétoriennes) pour jouer à la surenchère dans les promesses de donations monétaires :lol:: pitoyable démonstration, mais bon, le gagnant devint empereur (Didius Julianus) pour très peu de temps (à 25 000 sesterces par prétorien!). Septime Sévère n'apprécia pas le procédé et amena de quoi changer la donne politique: son capital politique était les 3 légions qu'il commandait en tant que gouverneur de Panonnie (une province à 3 légions), plus le soutien des légions des Balkans dans leur ensemble (et bien sûr sa cohorte d'alliés, d'amis et de clients personnels). Arrivé à Rome (où Didius Julianus avait été exécuté peu avant), il convoqua les Prétoriens hors des murs en urgence (donc ils devaient pas être trop équipés), les encercla, les fit désarmer et dissout leurs unités.... Les reformant aussitôt avec les légionnaires de ses 3 légions (ce qui explique l'augmentation d'effectifs des Prétoriens et Urbanicinis sous son règne) :lol:! Comme quoi, quand on a du jeu, on peut faire des trucs vite et bien!
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En fait, tant que tu regardes l'histoire romaine, tu ne peux voir quasiment que de la continuité dans chaque institution, civile ou militaire: certaines se réduisent, changent de fonction, deviennent honorifiques, et d'autres grandissent, prennent de l'importance.... D'autre part, beaucoup de fonctions, d'affectations, deviennent des métiers permanents (sous le même nom ou un nom proche), voire se constituent en organisations permanentes, donc en unités dans le domaine militaire. Ainsi par exemple des exploratores (groupes de reco), jadis une simple fonction ("t'es de corvée de reco mon gars") devenue au fil du temps une spécialité puis un type d'unités. Ainsi les Prétoriens ne sont-ils pas "apparus" d'un coup: les soldats affectés à la garde de tout prêteur surtout militaire (une des magistratures électives ou nominatives les plus importantes de Rome, venant en rang juste après les consuls) étaient appelés ainsi, en raison du nom de l'office de tout chef d'une légion ou d'une armée, rappelée par le bâtiment central dans tout camp romain, le Praetorium (divisé en 2: le centre de commandement et d'administration, et la résidence du général/gouverneur). Un légat, un prêteur/proprêteur ou un consul/proconsul (les 3 degrés de fonctions de commandement suprême dans un endroit) avaient ainsi une garde détachée des rangs des légions (et à laquelle le personnage pouvait en plus adjoindre des hommes de confiance: amis et parents d'amis, alliés/clients/obligés, mercenaires) qui lui servaient de gardes. L'habitude, surtout avec la réforme marienne, fut prise d'affecter de plus en plus le petit contingent de cavalerie légionnaire à ce rôle (en partie seulement, car la majorité lui servaient de messagers), qui formait aussi bien sa garde personnelle et son escorte en déplacement, sa réserve d'intervention rapide et son corps de messagers. Les 10 exploratores permanents des légions mariennes (chiffre qui reste au début du principiat, puis s'étend, avec l'évolution de cette fonction) appartenaient à cette unité, apparemment, ou bien étaient aussi rattachés à la personne du chef de la même façon, servant de garde, d'homme de confiance, d'agent de renseignement et de messager. Rappelons que les fonctions de "gardes" recouvrent beaucoup de métiers, surtout à Rome où le domaine militaire n'a AUCUNE séparation d'avec le politique, où la politique extérieure et la politique intérieure sont les 2 faces d'une même médaille, où tous les grands personnages ont une stratégie personnelle qui se joue aussi bien avec ou contre l'étranger qu'avec ou contre les autres grands personnages romains.... Donc outre le "simple" gardiennage de corps :lol: -séparé entre garde du "dedans", rapprochée autour de la personne, et escorte "du dehors", couvrant plus de surface- on trouve le rôle d'agent de liaison/messager (qui implique divers degrés de confiance suivant l'objectif d'un message -entre renseigner le patron détesté et contacter ses alliés secrets, y'a une différence), celui d'espion (pareil pour le degré de confiance, suivant que tu espionnes pour Rome ou pour ton compte), celui d'élément de reco rattaché à la fonction de protection (balayer la campagne ou la ville où le boss va passer, repérer les gens louches dans la foule, sniffer les complots), de police militaire interne à la légion/armée et celui d'exécutant des basses oeuvres, d'homme de main ou d'agent spécial "action" (suivant que c'est pour le général/gouverneur ou "M. Caius Dupondus" pour son compte personnel). Ajoute en plus le rôle de cet élément militaire personnel comme réserve d'intervention de dernier recours pendant une bataille. Bref, les fonctions se retrouvent dans la garde impériale. Sous la République, ce qui est caractéristique est la non permanence des unités, tout comme les légions sont non permanentes avant Marius (quoiqu'évidemment l'expansion outre mer implique de facto des unités permanentes que la conscription ne permet pas d'alimenter sans problèmes); mais techniquement, il y a des "prétoriens", juste que c'est plus une affectation. Pareil pour la garde des institutions et la police interne de Rome: soit il s'agissait de petits groupes issus des légions et opérant par rotations (mais c'est rare et exceptionnel vu la position de principe de Rome sur des soldats en uniforme dans l'Urbs: il y a cependant le cas des légions sénatoriales), soit il s'agissait d'éléments de garde personnelle des grands sénateurs, soit il s'agissait, dans le cas de la police et des pompiers, de groupes privés, de contractors louant le service d'esclaves entraînés (les Triumviri Nocturni qui n'ont jamais donné satisfaction et qu'Auguste a remplacé par les cohortes de Vigiles. Pour le côté boots on the ground, avant Auguste, on a donc surtout des éléments de gardes personnelle (souvent des vétérans des légions commandées par le sénateur, donc ses clients personnels). Il y a ainsi des Vigiles avant les cohortes éponymes, mais il s'agit d'une fonction, et ceux qui la remplissent ressortent donc plus d'organisations ou de personnes privées ayant une charge officielle, ce qui laisse place à beaucoup d'inefficacité, d'abus et de corruption. Plus sérieusement et institutionnel, sous la République, il y a une institution de protection: les Licteurs. C'est à ce qu'il me semble la seule fonction armée légalement autorisée dans Rome. Il s'agit des gardes et exécutants de tout magistrat détenant un imperium, cad une fonction ayant pouvoir de contraindre et punir (donc de faire respecter une loi), soit de forcer au respect de la loi, de punir (flagellation), d'arrêter et d'exécuter (quoiqu'ils s'occupent du "haut du panier", donc dans le domaine politique et le respect des lois chez les personnages et groupes importants). Ces fonctions à imperium sont celles des édiles, des prêteurs et des consuls avec en plus, pour des périodes exceptionnelles, l'interrex et le dictateur. Ils sont organisés en syndicats, ou corporations (des collegia) et n'ont donc pour employeur que l'Etat romain en général. Ce sont tous des citoyens romains (ils ont droit à la toge dans l'enceinte sacrée de la ville), leur paie est élevée et ils sont dispensés de service militaire, leur collegia devant être à cet égard le lieu de sélection, recrutement, encadrement et entraînement. Apparemment, c'étaient rarement des gringalets :lol: et leur entraînement physique ne devait pas avoir beaucoup à envier à celui des légions. L'insitution semble remonter à la monarchie romaine.... Et leur symbole nous est bien connu en France, puisque ce sont eux qui détiennent (et manient) les faisceaux de verges, qui sont leur "outil de travail" double, vu qu'il s'agit de verges liées (pour punir) et d'une hache (pour appliquer la peine de mort par décapitation, punition pour des crimes spécifiques qui sont leur monopole). C'est la seule arme légalement autorisée dans Rome en théorie. Sous l'empire, ils restent attachés aux institutions publiques (leur "garde du dedans") et aux magistratures, comme éléments de sécurité et d'ordre interne, mais leur rôle est nettement plus symbolique et juste de garde du corps. Les vestales et les prêtres du culte impérial reçoivent aussi leur protection à partir d'Auguste. Les barêmes d'affectation en effectifs (merci Wikipedia pour celle-là): - dictateur: 24h en dehors de l'enceinte, 12 dedans - empereur: 12, puis 24 après Domitien - interrex et consul: 12h - proconsul: 11h - magister equitum (homme nommé par un dictateur, dont la charge finit avec celle du dictateur): 6h - prêteur: 6h hors de l'enceinte, 2 dedans - proprêteur: 5h - Ediles curules: 2h A noter que l'effectif est faible parce que traditionnel, remontant à la base d'une république qui refuse la force armée dans l'enceinte sacrée de l'Urbs. Vu la décadence de la République et la montée en puissance des grandes familles sénatoriales qui pouvaient amener leurs gros bras vétérans de légions en masse dans l'enceinte (en civil mais avec des gourdins -et sans doute des glaives et couteaux planqués), ces effectifs sont devenus de moins en moins dangereux et de plus en plus symboliques. A noter cependant qu'un licteur est un homme bénéficiant d'un statut important et d'une autorité légale (donc religieuse) énorme puisqu'il a le privilège de la violence légale. Il peut sans doute avoir des "hommes de main" en propre (venant de sa collegia) qui n'ont cependant pas ce statut. Mais s'attaquer à un licteur dans l'exercice de sa charge est un crime (légal, donc religieux) et ne se fait pas à la légère même dans la république finissante. Ouaif, là il faudrait refaire la même chose pour le dominat et l'empire tardif, puis l'empire d'orient-byzantin: la Garde Varègue n'arrive que bien plus tard, et au passage ce serait sauter par-dessus beaucoup d'institutions et d'unités, les Scholae Palatinae en tête (et les 40 Candidati qui étaient prélevés parmi elles), mais aussi les protectores Domestici (partie des gardes qui fait aussi fonction d'école à officiers supérieurs), les Excubitors (une unité de violents :lol:) et Manglavites (garde personnelle très haut dans la chaîne alimentaire byzantine), Hetaireia et Hikanatoi, spatharios (des eunuques au début :-[). Et là ce ne sont que les plus importants, et plutôt ceux de la période Bas Empire-Empire d'Orient-début période "byzantine" (je place personnellement la réforme thématique comme limite entre les appellations "orient" et "byzantin")....
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Un décrochage sur la Garde Impériale vu que ça avait été évoqué plus haut dans le sujet et que ce sujet pourrait évoquer des pistes de réflexion pour ceux qui voudraient turbiner sur le modèle militaire romain, comme moi (snif, j'ai essayé de lancer un hameçon juste avant la fusion des sujets).... Il vaut mieux parler en fait de la garnison de Rome plutôt que du seul problème d'une "garde impériale" ou du cas des Prétoriens en particulier, parce qu'il s'agit d'un dispositif militaire et politique terriblement lié à l'histoire politique romaine (politique et armée ne sont pas deux domaines différents pour les romains), impliquant donc en fait un complexe mélange organisationnel qui est la version armée de la division des pouvoirs, un système de "checks and balances" qui régule la vie politique. Donc un tableau rapide.... Les Prétoriens Sur la période de leur existence, leur effectif a varié, mais au début, le chiffre le plus constant semble être de 9 cohortes (elles sont montées à 16 sous Vitellius, et ont sinon fréquemment été 10). Cependant, de 600h (1 cohorte d'infanterie, 3 turmes de cavalerie), elles sont plusieurs fois devenues "milliaires" (1110h en fait: l'équivalent de 2 cohortes normales, plus 5 turmes de cavaliers) puis ont pu avoisiner les 1500 à certains moments. Techniquement, dans la typologie militaire romaine, ce sont des Cohors Equitatae. Elles sont numérotées de I à IX. Il s'agit d'unités autonomes, c'est-à-dire que comme les légions, elles doivent avoir leur propre "queue" de soutien propre, sûrement centralisée au Prétoire, leur institution de référence. Les Speculatores Augusti Initialement, il s'agit des turmes de cavalerie prétorienne (ou d'une moitié d'entre elles, puisque la cavalerie prétorienne ne semble jamais avoir disparu), mais qui en vinrent vite à ne dépendre que du premier centurion de cohorte prétorienne, puis du préfet du prétoire ou de l'empereur suivant qui parvenait à exercer le contrôle. Choisis pour leur valeur militaire (même parmi les Prétoriens) et leur physique impressionnant ils constituent une garde rapprochée et surtout des missi dominici des empereurs, des agents de renseignement politique, des hommes de main et exécuteurs des basses oeuvres. Ce sont donc des speculatores (plus ou moins "espion") comme ceux des armées, mais affectés à une mission de plus haut niveau. Au global, ils devaient représenter autour de 300 personnels. Germani Corporis Custodes et Batavi Initialement recrutés par Auguste, dans le droit fil de César et de sa garde de cavaliers ubiens, puis Bataves, il s'agissait d'une unité de cavaliers d'abord bataves, puis de recrutement germanique en général (pas forcément tribal). Comme beaucoup de souverains, les Augustes ont pu préférer recruter des étrangers personnellement, qui ne parlaient que peu le latin et surtout ne connaissaient personne, et se trouvaient liés personnellement par contrat (et honneur dans la mentalité tribale) à leur patron. Il s'agit là en fait d'une garde privée, car il ne faut pas oublier que les Augustes sont en fait 2 personnes: le 1er citoyen et chef d'Etat de Rome, mais aussi un riche particulier, avec sa fortune et son patrimoine privés. La distinction a eu tendance à diminuer, mais elle est juridiquement demeurée, et au début du Principiat, elle est cruciale, surtout sous les julio-Claudiens et les Flaviens, où l'empereur (sauf des fous comme Caligula) n'est pas un monarque de droit, mais le "1er citoyen", qui a le titre d'Auguste, en lui-même symbolique, mais cumule surtout un tas de fonctions républicaines d'où lui viennent ses pouvoirs civils, militaires, juridiques, religieux.... Ils portent bien leur nom: "garde du corps". Eux, ce sont les hommes de confiance, la garde rapprochée, dont on peut dire qu'ils doivent aussi servir à protéger l'empereur et sa famille contre les Prétoriens à l'occasion (ou l'empereur contre sa famille parfois aussi). Sans doute agents de confiance et homme de mains aussi. Il s'agit véritablement de la "garde du dedans" (pour reprendre le terme de la maison militaire des rois de France), qui garde la personne physique et privée de l'empereur (et sa famille) par rapport aux Prétoriens qui sont la "garde du dehors", les gardiens de la personne publique de l'empereur, des Palais et de la fonction impériale, et l'unité de protection et d'intervention (réserve d'élite) quand il est en déplacement lointain ou en campagne. Au total, il ne s'agit pas d'une unité, mais de plusieurs groupes, sans doute organisés en turmes (subdivisées en décuries) quand l'empereur se déplace, mais sans commandement unifié sinon celui de l'empereur. Les "décurions" doivent donc être ses interlocuteurs (et les chefs tribaux de leur petit groupe), avec un commandement opérationnel tournant. Au total, leur effectif varie au fil des contrats, mais ils doivent avoir tourné autour de 500h. Equites Singulares Augusti Créés par Trajan pour contrebalancer le Prétoire, ils remplacent les Speculatores Augusti réaffectés à leurs cohortes; cette création reflète par ailleurs une réforme plus globale des gardes de dirigeants qui deviennent un corps, une spécialité en soi. Jusqu'ici, les speculatores gardaient les gouverneurs de province et légats de légions: Trajan les remplace par les singulares, apparemment une force spécialisée dans ces tâches de protection, de petite force d'élite. Cela doit accompagner aussi la spécialisation et l'expertise croissante des speculatores dans le renseignement, voire le début de leur constitution en groupes plus organisés, véritables forces spéciales/"service action" des provinces: eux croissent en effectifs, et l'empereur semble avoir voulu avoir plus de contrôle sur ce niveau de renseignement provincial dont il devait essayer en permanence d'éviter que les gouverneurs locaux prennent trop d'ascendant sur eux. L'effectif des Equites Singulares Augusti n'est pas certain: soit ils étaient 500h à l'origine, et Septime Sévère les aurait doublé à 1000h, soit ils ont toujours été 1000 et la réforme de Septime Sévère a consisté à séparer l'unité (car il a créé un 2ème camp pour eux à Rome, d'une capacité de 500h, et créé un 2ème tribun des Equites Singulares Augusti). Quoiqu'il en soit, il s'agit d'une (ou deux) alae de cavalerie sur le modèle normal de la cavalerie auxilliaire. Au départ, Trajan doit avoir transformé ses Germanis Corporis Custodes du moment en une unité militaire permanente organisée comme telle, la romanisation des populations germaniques du Rhin étant à cette époque un fait entériné. De ce fait, et outre une organisation plus solide, l'unité est devenue accessible à un recrutement plus "normalisé" dans l'armée (quoiqu'évidemment hyper sélectif) et non plus lié à des solidarités tribales. A noter qu'à partir de ce moment, elle sert aussi d'école d'officiers supérieurs, l'empereur en dispatchant les éléments après un certain temps pour des commandements un peu partout. Cette unité a soit fini par disparaître, soit, et c'est plus vraisemblable, a constitué la base des futures Scholae Palatinae vers la fin du IIIème siècle. Statores Augusti Il s'agit d'une unité moins connue, mais importante: 5 centuries de principales (des sous-officiers, sans doute tous des ex-tesserarius dans les armées) chargés du rôle de police militaire impériale, sorte de gendarmerie militaire version haut du panier (aussi peut-être un moyen de ne pas tout faire dépendre des prétoriens). A mettre en parallèle avec les statores des gouverneurs et légats de légions qui eux aussi ont une police militaire, essentiellement des légionnaires affectés à ce rôle (avec un nombre minimal de cadres permanents spécialisés dans ce métier). Frumentari et marins Voir le sujet sur les unités historiques de renseignement pour les frumentaires. Comme les marins affectés à Rome (dont une des tâches consistait à manier les velum des amphithéâtres et arènes pour faire de l'ombre aux spectateurs), ils servent avant tout d'agents de liaison. Le début de légions de réserve Ce n'est que sous Septime Sévère que des unités légionnaires furent placées en Italie même, destinées à servir de réserve d'intervention pour l'empereur (sans doute aussi de marge de manoeuvre politique): sans prélever de légions ailleurs, Septime Sévère créa 3 légions nouvelles (les I, II et IIIème légions Parthiques) et en affecta au moins une en permanence à Albano, au sud-est de Rome. Cet accroissement est conjoint avec une augmentation importante des Prétoriens, Urbains et Equites Singulares Augusti sous son règne, dont l'effectif double. Donc au moins une légion purement "impériale" est alors à disposition immédiate de l'empereur, avec sans doute ses unités auxilliaires, soit une armée d'intervention sans obligation provinciale de défense. On peut y voir le début de ce qui sera généralisé à partir de Dioclétien, dans le nouveau modèle de l'armée romaine. Les cohortes urbaines Il y en a 3, organisées comme les cohortes prétoriennes et pas d'un ordre séparé puisque leurs numéros suivent ceux des prétoriens: ce sont les X, XI et XIIème cohortes. Ce sont les Gardes d'honneur de "la Ville" puisque les Romains appellent Rome tout simplement "LA Ville", du Sénat et de l'Etat. Il faut donc éviter notre préjugé inconscient qui verrait dans ce nom de "cohorte urbaine" une espèce d'équivalent de "police municipale" (le nom même de Rome est sacré, ce sont les "cohortes de Rome", différentes des "Cohortes du Prétoire"): il s'agit d'unités pleinement militaires, aux mêmes critères sélectifs que les Prétoriens, avec juste un prestige peut-être un peu moindre au fil du temps. Un de leurs devoirs est la police d'intervention de Rome et de Carthage et Lyon (2 autres existent dans ces villes), sorte de SWAT à cet égard. Les Cohortes de Vigiles Unités moins prestigieuses et moins politiques, pour le coup n'ayant pas réellement de capacité militaire proprement dites, il s'agit là de la sécurité civile et de la police proprement dites de Rome. Il y a 7 de ces cohortes, qui comportent chacune environs 1000h, et elles ne sont pas concentrées en grands camps comme les unités précédentes, mais disséminées dans la ville. Ce sont les pompiers (essentiels dans une ville où le bois domine malgré les clichés qu'on en a) et des agents du génie civil, et elles sont chargées de la police la nuit (les prétoriens et urbains font le jour). Elles ont juste un statut et une organisation militaires, ce qui en font des sapeurs-policiers-pompiers. Mais même pour la castagne, il ne faut pas y voir des sous-soldats: la police de nuit à Rome, entre les crimes violents et la chasse aux esclaves, le tout en étant des petits paquets disséminés dans la ville, n'est pas un truc pour les peureux. Et ils doivent avoir eu aussi un entraînement très poussé (de toute façon, ils sont militarisés dans leur statut et leur organisation, et ont un niveau d'entraînement élevé) et avoir été capables d'action: Tibère a reconquis Rome lors de la sédition de Séjan, contre une bonne partie des Prétoriens et en se fondant avant tout sur les cohortes de vigiles. Sans connaître les détails de "l'affrontement", ça doit quand même avoir impliqué de la castagne de petits groupes où les vigiles n'ont visiblement pas été en reste.
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Vers l'indépendance de l'écosse et la fin du Royaume Uni ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Ne pas oublier que le pétrole et le gaz de la Mer du Nord ne sont plus ce qu'ils étaient côté anglais, et sont sur la pente descendante, les jours des importantes royalties étant derrière. L'Angleterre le sentirait passer, surtout dans la conjoncture budgétaire actuelle, mais c'est pas si énorme que ça aurait pu l'être il y a 10-20 ans. Ils doivent attendre plus de ce qu'il semble y avoir autour des Malouines. Les indépendantistes Ecossais, en revanche, devraient faire gaffe parce que l'Ecosse n'est pas reluisante économiquement: si l'Angleterre décide, afin de favoriser le "non", de mettre dans la balance des mesures de "rétorsion" qui ne diront pas leur non (limitations à l'intégration économique régionale, entraves diverses....) en plus de couper les subventions et modes de régulation économique internes, ça peut être dissuasif. En tout cas ça doit jouer sur les 50% qui s'opposent à l'indépendance pour à mon sens plus que l'histoire et la tradition. Quand à avoir une armée écossaise autonome, ça donnerait quoi? Certainement pas de quoi empêcher l'Angleterre d'envahir :lol:, ce qui serait le seul danger géopolitique pour l'Ecosse. Une quelconque unité spéciale antiterroriste, un battlegroup écossais pour faire figuration dans les OPEX "gentilles" de l'OTAN et/ou de l'UE, quelques patrouilleurs côtiers et hauturiers pour les rives et les plates-formes pétrolières, et rien d'autre. Une autre armée irlandaise ou belge (aucun mépris pour les soldats impliqués) pour jouer les figurants et suplétifs. Et en tout cas rien qui permettre quoique ce soit qu'on pourrait appeler une "politique étrangère". -
Quand même difficile à dire: on entre là dans le domaine de l'efficacité des bombardements de terreur qui a été plus que sérieusement remise en cause et n'a jamais eu d'impact sur la volonté de combattre d'un belligérant. L'arme nucléaire porte apparemment en elle un caractère différent qui ne peut être résumé à la seule ampleur des destructions occasionnées (surtout ultérieurement, quand la nature connue de ses effets, incluant donc l'effet radiologique, fut connue): le côté "économique" (un avion, une bombe, une ville)? L'idée, qui va avec, d'arme absolue? La rapidité, la concentration des effets dans le temps (un coup unique), sans besoin de mobiliser une flotte aérienne entière pour frapper un coup? Le côté presque "direct" dans la négo entre décideurs (du genre "tu fais pas ce que je veux, je claque des doigts et t'as une ville qui part en une seconde sans que ça me coûte cher et tu peux rien répliquer, nanananère")? Organiser des raids aériens massifs, à l'inverse, aurait coûté cher aux USA: mobilisation de flottes aériennes importantes, complexité de la planification, lenteur du processus entre la décision et le résultat, lourdeur de l'investissement, lourdeur des pertes, effet moins concentré dans le temps à résultat équivalent.... Même si, en l'état des choses en 45, une véritable campagne aérienne décidée comme systématique sur les grandes villes japonaises aurait eu, en terme de seule destruction, des résultats plus dramatiques à terme que 2 à 3 bombes A. La bombe a entre autre apporté ce côté, encore une fois "un avion, une bombe, une seconde et hop, t'existes plus".
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Là à mon sens, tu fais l'erreur de plaquer un certain type de rationalité sur un adversaire qui ne répond pas exactement aux logiques que tu lui présupposes, et de là tu pars du principe que ses buts sont ceux d'une puissance géopolitique gourmande "classique". L'URSS est idéologique et se perçoit dans une confrontation de système au niveau mondial, et même si la Russie est fondamentalement une puissance régionale (en fait multi-régionale, vu sa taille et donc ses "fronts") et terrestre dans ses calculs, le "moment" de l'après 45 à la chute du Mur est une exception en ce que ses calculs répondaient à des visées réellement mondiales. Evidemment, l'URSS répond à des logiques de rationalité "commune" aussi, mais il ne faut pas selon moi plaquer un raisonnement tout fait et attribuer à l'autre ce qui forme nos critères de réflexion et de choix. Et le fait est que la Russie staliniste et, on pourrait dire, au moins jusqu'à Brejnev, est un acteur géopolitique majeur qui vise rien moins qu'à une expansion sur base idéologique, jugeant son système incompatible dans la durée avec le "capitalisme" et ayant un réel messianisme agressif. Par ailleurs, plus "concrètement", ses déséquilibres internes, socio-économiques et politiques (compensés par la terreur et l'exutoire de la guerre froide), ont besoin de cet exutoire extérieur même si l'absence du facteur de course aux armements nucléaires serait une différence économique et budgétaire majeure qui donnerait une certaine marge de manoeuvre aux 2 "blocs", quoiqu'il soit à craindre que la dépense militaire ne soit pas moindre, au contraire. L'arme nucléaire est une arme "rentable" malgré les coûts élevés de sa mise en oeuvre, en raison de la disproportion des dégâts potentiels qu'elle inflige. Ne pas en disposer rendrait la scène internationale plus tendue, les Etats plus agressifs, par un rapport de force qu'il faut évaluer, mais surtout l'absence de cette menace massive et sans réplique possible. Pour l'URSS qui se perçoit comme messianique et agressée, l'Europe occidentale est ZE moyen de ne pas subir à terme les USA et de leur porter un coup dur: l'occident est son marché principal de très loin, dans un monde où le développement est encore une denrée rare, limitée essentiellement à l'Europe, aux USA et au Japon. Et s'en saisir enlèverait toute possibilité pour les USA de jamais réellement menacer la Russie sérieusement. La question est plutôt de savoir si Staline voudrait tenter le coup en 45 ou attendre pour panser les plaies du pays. L'imperfection de l'arme nucléaire comme système complet en 45 est certaine, mais elle reste une arme qui veut fondamentalement dire qu'un seul bombardier emporte une grande ville d'un coup, et ce alors que l'URSS ne peut rien toucher du sol américain en réplique. Le recul nous permet de dire qu'attendre aurait été favorable à l'URSS dont la reprise démographique est énorme, mais surtout qui "reçoit" comme allié en 49 une Chine unifiée qui, en l'absence d'armes nucléaires, devient un atout démesurément lourd. Par ailleurs, la peur d'une URSS non tenue par l'épée de Damoclès nucléaire change les calculs des pays occidentaux sur la question de leurs colonies, aux moins celles en Asie, les plus éloignées: la défense du territoire national est une urgence plus grande encore, le besoin de mobilisation et de R&D pour trouver tous les multiplicateurs de force possibles et avoir tous les avantages comparatifs imaginables, pèse de tout son poids. De même, l'intégration au moins militaire de l'Europe occidentale serait vraisemblablement accélérée, de même que le réarmement allemand. Mais la seule question est celle-là: le rush rouge en 45 ou plus tard?
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Juste une précision sur un truc qui me turlupinait depuis longtemps et auquel j'avais fait moyennement attention.... Quand on dit que la centurie classique du principiat compte 80 combattants et 20 non combattants, il ne faut pas imaginer le fait que chaque centurie a 20h à disposition en plus de ses 80 soldats, et encore moins 2h par contubernium de 8h.... Il s'agit en fait d'un "artifice" comptable purement globalisant et administratif pour inclure dans le compte global de la légion les non combattants servant à diverses expertises, services et fonctions de soutien dans leur ensemble, sachant qu'ils sont employés généralement plutôt à part même s'ils accompagnent la légion partout (un peu le "logistic element" d'une MAGTF des Marines :lol:). Pour 59 centuries, cela veut donc dire que le budget légionnaire peut prévoir jusqu'à 1180 postes budgétaires non combattants (ou plus exactement non directement combattant car pas mal d'entre eux ont des fonctions d'armes, voire peuvent être appelés à combattre). Dans les faits, il semble que ces totaux n'aient jamais été atteints et constituaient plutôt un "idéal comptable" dont on sait ce qu'ils veulent dire dans toutes les armées: outre les 5120 légionnaires et 120 cavaliers, plus les EM de centuries et turmae (un minimum de 189h) pouvait quand même atteindre un effectif budgétaire total de 6609h, quoique ce total puisse inclure notamment les hommes des EM (ce qui réduit mon total projeté à 6420h), l'EM général permanent (le centurion préfet de camp et ses aides) et l'ensemble des soldats combattants à paie spéciale. Ajoutez le sous-effectif "normal" d'une unité professionnelle (indisponibilités, remplacements en cours, rotations, pertes ponctuellement anormalement élevées....), sans doute aussi plus ou moins de grapille de la part d'officiers et surtout de légats et gouverneurs pour qui la corruption fait partie du business, et vous avez le tableau, quoique l'inspection de la dépense pour les légions, justement pour assurer la disponibilité et la "combat readiness" ait toujours été très surveillée dans l'empire. L'une des tâches principales de l'anone militaire ET du service secret des frumentaires a toujours été précisément cela, en plus des inspections normales par les questeurs impériaux internes et externes aux légions, véritables auditeurs internes, commissaires aux comptes et enquêteurs permanents. Côté Anone, les procédures d'enregistrement de chaque convoi de ravitaillement sont complexes et impliquent pas mal de monde, si bien que si grapille il y a, au moins au niveau militaire (légats et gouverneurs, c'est une autre affaire), elle implique forcément du monde donc peut se déceler plus facilement. Correctif: d'autres sources m'indiquent que le chiffre des non combattants (ou surnuméraires) dans la légion pouvait atteindre les 1600, incluant ou non des artilleurs (300) et des "ingénieurs" (sapeurs?) et artificiers (environs 100h pour ces 2 groupes là). Donc un total maximum possible de 7120h, voire même 7300 si les groupes de commandement (avec le centurion au centre) ne sont pas comptés dans ces 1600. Voilà donc ce qui semble être l'entité comptable "légion", et la masse humaine qu'elle représente pour fonctionner à l'année (plus les remplacements, recrues....), ce à quoi s'ajoutent les unités auxilliaires qui lui sont attachées en permanence dans une garnison, pour fonctionner comme une armée de province complète: sachant qu'elles aussi doivent avoir un minimum de soutien/administration (ou bien la légion, comme centre d'une armée, se charge de cela?), on doit arriver à pas loin de 15 000h pour chaque camp légionnaire, chacun de ces 29 petits points qu'on voit sur une carte de l'empire romain pendant le principiat, ce qui fait pas loin de 435 000h (mais dont il faut retrancher 45-50 000h au moins pour avoir le total combattant). Certains doivent être moins fournis, et il ne faut pas imaginer, dans la plupart des cas, une concentration permanente de toutes les unités: elles se répartissent dans leur région d'affectation pour garnisonner un peu partout, quadriller leur territoire et remplir leurs autres devoirs. Mais le camp légionnaire est le point de ralliement où elles doivent toutes rappliquer régulièrement pour les exercices "en grand", les manoeuvres en armée constituée (au moins une manoeuvre mensuelle).
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Attention, je n'affirme rien sur la fin de la 2ème GM: - le Japon peut-il jeter l'éponge, surtout si la pression US suffit à déclencher en interne une "révolution de palais" (recherchée depuis longtemps par l'entourage de l'empereur) giclant la clique des militaires de Tojo hors du paysage? Une accumulation de force pourrait éviter la nécessité de l'invasion.... Ou non, auquel cas, les USA tels qu'ils étaient alors n'auraient pas reculé devant le débarquement, à côté duquel Overlord aurait pu sembler une simple répétition. Mais l'issue finale, quelle qu'en soit le coût, aurait été inévitable. - l'autre question est en Europe: sans la menace immanente de la bombe A, Joseph aurait-il pu se dire "on est à plat, mais là on voit le bout (entendez Brest :lol:) si on lance une dernière poussée, et après on est tranquille la main sur les couilles"? Tentant au vu du rapport de force et de l'inhumanité du décisionnaire. Surtout avec des USA empêtrés pour un peu plus longtemps au Japon, non que Staline n'attende pas de conclure là-bas, mais ce bref répit permettrait de se refaire une santé en Europe, bien plus vite que les Ricains ne pourraient faire drastiquement grimper leur potentiel militaire sur le vieux continent, à moins de se mettre à embrigader aussi vite que possible les ennemis d'hier (ce qui a déjà été évoqué ici, et dont la faisabilité à court terme était douteuse). Mais avec un Japon capitulant potentiellement plus tard, mettons au moins vers la fin 45 voire le début 46 (la planification et la mise en oeuvre de l'opération amphibie géante nécessaire prendrait pas mal de temps), cette mise à contribution des Italiens, Allemands, Français, Espagnols, Hollandais et Belges (voire Scandinaves) pour prendre le relais de Britishs épuisés donnerait une nouvelle gueule à cette version remasterisée du plan Marshall :lol:. Une longue veillée d'armes avant un rush final des rourouges qui déferleraient ou non sur l'ouest. Mais il y aurait de toute façon préparation et intégration accélérée d'un OTAN-like plus ou moins imposé par Washington. Sans la bombe A, les calculs soviétiques sont tous différents: il n'y a pas cette arme "absolue" sans réplique équivalente possible, seule la capacité classique pouvant créer un équilibre de la dissuasion, réglé par l'intimidation ou le conflit effectif jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée.
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Juste un lancement de sujet de délire pour 4 raisons: - refaire à grands traits la fin de la 2ème GM côté Japon - voir comment la guerre froide se serait déroulée, ou s'il elle aurait été évitée.... Au profit d'une "guerre chaude" géante entre une URSS sans retenue champignonesque et des USA champions des libertés, ennemis des gens tous rouges avec des couteaux sortant de tous les orifices, et espérant retrouver leurs premiers clients exports en Europe occidentale - essayer de voir comment aurait évolué la posture militaire occidentale (évidemment si tonton Joseph ne se lance pas sur l'Europe en 45) sans cet élément déterminant: posture stratégique, "partage du monde" en zones d'influences, maintien d'un certain niveau de forces (et de dépenses), de systèmes militaires (donc aussi sociaux et politiques) spécifiques, de capacités de projection, développement de la technologie militaire.... - aboutir éventuellement à ce que tous ceux qui essaient de bricoler des scénaris de 3ème GM ou de "grande guerre" actuellement en écartant toujours artificiellement la donne nucléaire qui conditionne de façon absolue les relations entre grandes puissances, puissent enfin essayer de se défouler sans essayer d'échafauder des conditions et des arsenaux dont, franchement, la seule lecture fait parfois tourner les yeux.... Ce n'est pas de la dérision: j'ai aussi mes petites envies de voir du poutrage conventionnel en grand, mais ça n'empêche pas de tenir à la cohérence stratégique Bref, le sujet est dans ces points.... Roosevelt n'a jamais été appelé par Albert le moustachu farfelu, Marie Curie a passé sa vie à inventer une nouvelle levure de boulangerie, Los Alamos est resté un lieu-dit sans intérêt, Fermi et Oppenheimer sont une équipe de joueurs de belote de renommée multirégionale.... Et boum, justement y'a pas de gros boum! A vos délires!