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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. L'empire n'a été définitivement scindé dans les faits que vers la fin du IVème siècle, après la crise d'Andrinople. Certes, le fait qu'il devienne systématique d'avoir un empire d'orient et un d'occident fait lentement naître des logiques géopolitiques propres qui dépassent sans qu'on s'en aperçoive les antagonismes précédents qui étaient surtout des querelles d'ambitieux pour être empereur. Mais les 2 parties sont encore "l'empire romain" et se soutiennent. A partir de la crise d'Andrinople et de ses lendemains, il y a 2 phénomènes concurrents qui montent en quelques années: - la réaction en orient (affaibli par la crise d'Andrinople): mouvement antibarbare, avènement d'un souverain très fort en la personne de Théodose, reprise en main de l'armée, prospérité.... Mais Théodose est le premier empereur à jouer avant tout la carte de l'empire d'orient seul en poussant lentement les Goths établis dans les Balkans (héritage forcé d'Andrinople) vers la frontière italienne. - l'affaiblissement de la direction politique en occident, au début du Vème siècle: succession rapide d'empereurs sans marge politique, et une réaction antibarbare qui nuit au personnage qui était en mesure (et commençait à le faire) de redresser la barre en disposant d'un pouvoir fort, à savoir Stilicon. Son assassinat déclenche une crise au mauvais moment, celui du fameux gel qui permet une invasion massive d'Alamans sur le Rhin en 406, alors même qu'e le problème des Goths en Vénétie est une affaire permanente (à cause de Théodose), et que la "débarbarisation" de l'armée n'est pas achevée sur territoire italien. A cause de la politique de Théodose (peut-être n'avait-il pas le choix) mais surtout à cause d'une direction politique momentanément faible, l'empire d'occident ne peut utiliser ses ressources militaires sur 2 fronts extérieurs et un intérieur (les garnisons d'unités de fédérés barbares, remuantes) simultanément. Les unités fédérées sont trucidées, les Goths relativement contenus (mais pas vaincus: ils tiennent désormais une entité à la jonction des 2 empires), mais les Alamans (puis les Alains et Vandales) peuvent déferler sur des Gaules qui se méfient désormais de l'Italie et pensent pour elles-mêmes. En quelques années de crise, l'empire d'occident passe de superpuissance à coquille de plus en plus vide. Pas particulièrement séditieuses: le processus de provincialisation-romanisation est aussi dur que celui de conquête, et il est mal vécu par les locaux à ce moment (il est dur dans l'absolu, mais il peut être aussi mal opéré par des gouverneurs maladroits et surtout avides). Passé quelques générations, les choses se normalisent et ces provinces deviennent pleinement romaines. Il est à noter aussi que comme dans d'autres cas, des régions au relief difficile (comme les Balkans) donnent à des populations des mentalités plus farouches (mentalités de vallées isolées, mentalité de montagnards) et surtout rendent les opérations militaires toujours plus longues et exigeantes (1 kilomètre carré de plaine et 1 de montagne ne demandent pas le même nombre d'hommes, ni la même organisation tactique, ni la même temporalité). Sinon, juste un truc pour terminer sur le thème du Mur d'Hadrien: il n'est pas un investissement pharaonique pour l'empire, surtout au moment où il est fait (sous Hadrien), et il n'est pas une exception: le limes germanicus qui couvre les provinces de Germania Superior (territoires à l'est du Rhin) et de Rhétie (Suisse) est en quasi totalité une fortification continue, dont une bonne moitié en pierre. C'est le fameux "mur du diable", qui avait les mêmes fonctions que le mur d'Hadrien. Et contrairement à un raisonnement instinctif, ce type de fortification n'a aucunement pour but d'empêcher une invasion: il sert en fait au contraire contre les petits raids et expéditions réduites, qui peuvent être contrées sans mobilisation particulière, et surtout, il dissuade le gros du volume de ces petits raids locaux qui empoisonnent la vie des grandes armées à longueur de temps, coûtent cher par leur fréquence.... Et il sert à réguler le commerce et contrôler les trafics. Pour les grandes expéditions, il sert à gagner du temps pour la mobilisation: les Romains savent trop bien que des fortifications ne sont qu'une question de temps face à un adversaire décidé et suffisamment nombreux, et eux-mêmes n'ont JAMAIS été par nature des défenseurs. Les romains ont une compréhension profondément offensive de la tactique, et pour eux, toute affaire doit se terminer par une bataille rangée vers laquelle il faut aller au plus vite, surtout quand l'adversaire est concentré, ce qui est pour Rome le schéma souhaité.
  2. Tancrède

    L'armée romaine

    J'avais modifié mon post pour rappeler les "métiers" des auxilliaires: - cavalerie avant tout: l'armée romaine n'a pas de cavalerie citoyenne hors de la toute petite cavalerie légionnaire et des turmae organique aux cohortes prétoriennes (1 par cohorte) et urbaines (et les gardes du corps de l'empereur sont des étrangers: les batavii, puis equites singulare Augusti) - il y a ainsi pour cette cavalerie: de l'archer monté, du cavalier lourd/de mêlée, du cavalier léger (reco, harcèlement, poursuite, jet de javelots) - de l'archerie et des frondeurs - de l'infanterie légère: armement typique avec du javelot (un certain nombre par hommes) et une épée/un gladius - de l'infanterie lourde: de fait, aucune différence avec les légionnaires, sinon qu'ils sont employés en cohortes indépendantes et semblent avoir plus fréquemment en double dotation une pique pour contrer la cavalerie quand ils sont associés aux légionnaires (qui peuvent ainsi se concentrer sur leur tactique principale de l'assaut d'infanterie sans distraire des effectifs). Le mot "auxilliaires" est un peu péjoratif dans notre vocabulaire (aussi pour les Romains, mais moins), surtout en ce qu'il évoque purement un rôle secondaire. L'un des meilleurs historiens français de l'armée romaine, Yann Le Bohec, succombe à mon avis à ce genre de vision déformante en donnant trop d'importance à l'infanterie légionnaire aux dépends du reste, tant pour évaluer la qualité des unités auxilliaires que par ce réflexe fréquent de vouloir voir la cause des victoires dans une arme unique et absolument dominante, aux dépends de ce qui est justement à mon sens la plus grande force tactique de l'armée romaine, conséquence du professionalisme poussé partout, à savoir une forme d'intégration interarme très poussée pour l'époque. Cela se voit d'ailleurs dans la propension qui n'ira que croissante dans l'armée romaine de "composer" des armées plus maniables et reposant sur un mix d'armes équilibré, où on ne voit plus que rarement une légion déployée entièrement, non seulement parce qu'une partie de ces légions doit rester pour défendre les zones frontières d'où elles sont prélevées, mais aussi et surtout pour avoir une armée plus souple, mobile, "maniable" sur le terrain plutôt qu'un mastodonte massif de 10 cohortes. César maniait des unités plus petites (en raison du sous-effectif) et manoeuvrait plus avec des cohortes en nombre plus réduit, adoptant d'ailleurs aussi une tactique particulière de ne pas laisser sa réserve derrière les cohortes au front, mais en la détachant sur les ailes (sous un commandant détaché) pour frapper en appuyant les manoeuvres de la cavalerie. On retrouve en fait la logique éternelle des armées à cet égard: un chef (à tous les échelons) ne peut réellement commander efficacement (en les coordonnant) qu'un nombre limité de sous-unités, généralement 3 ou 4, peut-être 5 au maximum. C'est plus vrai avant l'époque du principiat, où les auxilliaires sont de plusieurs types: - les socii (alliés); ce sont les cités et Etats vaincus par Rome et "associés" (avec un statut inférieur) à la Cité dans des alliances permanentes. Avec eux se crée une division permanente du travail pour l'armée, Rome ne faisant plus que des légions (de plus en plus centrées sur l'infanterie de ligne au fil de l'évolution du modèle). Au début, les socii étaient les voisins et conquêtes proches: Etrusques, Capoue, Campaniens, Samnites...., bref le sud et le centre de l'Italie, puis la Gaule cisalpine (nord de l'Italie). L'ingtégration ira croissant, et avec les guerres sociales (guerre "des alliés"), la citoyenneté romaine fut étendue à tous graduellement et avec elle la spécialisation de l'Italie dans l'infanterie légionnaire. Du coup, là où ces socii comblaient les manques romains en infanterie légère (samnites souvent) et cavalerie (spécialité des Campaniens par exemple), les besoins dans ces domaines vont aller chercher plus loin: cavaliers et fantassins légers espagnols, archers montés syriens, cavaliers et fantassins légers gaulois, cavaliers germains.... A ces époques de la République et de la période Marius-César, les socii étaient des contingents nationaux envoyés en tribut d'alliance (mais payés), combattant dans leurs costumes et équipements avec leur organisation, sous leurs chefs (auxquels étaient quand même associés des tribuns et préfets romains pour la coordination). - les mercenaires purs et durs comblaient d'autres manques et besoins: archers crétois, frondeurs baléares, cavaliers numides étaient les plus connus. Le principiat, et avec lui la professionalisation de l'armée, légions et auxilliaires en général, vit tout simplement la régularisation et l'intégration permanente de ces spécialités, si bien que quand on regarde une carte des légions dans l'empire, il faut se dire qu'il y a des garnisons d'auxilliaires seulement, mais surtout que chaque "légion" représente en fait plutôt une armée provinciale "complète", avec la légion proprement dite au centre du dispositif mais un nombre au moins équivalent d'unités auxilliaires autour. Ces unités adoptent donc désormais un équipement standardisé, gardent sans doute des éléments de costume national et certaines armes (les arcs orientaux pour les archers montés ou les épées longues gauloises et germaines pour les auxiliats d'infanterie légère de ces régions notamment), étant donné que, aussi contrairement aux idées reçues, l'armée romaine n'a pas "d'uniforme" au sens où nous l'entendons: l'Etat fournit tout aux armées, mais ne donne rien. Il finance des structures de production régionales (pour rendre les fournitures militaires moins chères), organise les achats, spécifie des normes d'équipement et veille à leur qualité (mais aussi aux secrets de fabrication dans certains cas), mais chaque soldat s'équipe à ses frais (et/ou en retenues sur la paie), sauf sans doute pour certaines armes et pièces d'armures. Les tuniques, par exemple, sont rarement uniformes, et il y a aussi une grande variété d'équipements selon la région et l'adversaire. Ce qui est standardisé, c'est surtout le soldat lui-même, avec un niveau d'entraînement individuel et collectif, de discipline, d'éducation militaire et de manoeuvres interarmes désormais sévèrement surveillés. Le côté folklorique qui reste dans l'armée, outre les petits éléments "nationaux" dans les fringues et quelques armes, ce sont en fait les numeris, évoqués plus haut, qui eux sont pour le coup des unités recrutées pour une campagne ou une tâche particulière (parfois de longue haleine) et utilisées comme telles. Par ailleurs, certaines unités auxilliaires sont des cohortes d'infanterie analogues à celles des légions: le besoin d'infanterie de ligne est supérieur au seul effectif des légions, sans pour autant qu'une garnison particulière justifie forcément l'implantation d'une légion entière (ou que l'Etat puisse se le permettre). Une cohorte d'auxilliaires, formée au même standard (mais payée moins cher) et avec des unités auxilliaires d'autres spécialités, fait à cet égard une garnison suffisante pour de tels cas de figure.
  3. Désolé, j'ai du mal à comprendre la question :-[.... Les empereurs illyriens-panonniens ne commencent à arriver que vers la deuxième moitié du IIIème siècle, la "star" étant en la matière Dioclétien, qui rétablit réellement l'empire sur ses bases et met fin à la "crise" du IIIème siècle (prolongé en cela par Constantin). Leur émergence correspond en fait à deux phénomènes: - la militarisation de la monarchie, qui commence en fait réellement avec Pertinax et Septime Sévère à la fin du IIème siècle et au début du IIIème, suite aux guerres de succession qui accompagnent la fin du règne de Commode et avec lui la stabilité de la période des Antonins. Le principiat devient "dominat", mais il s'agit surtout d'empereurs devant bâtir une légitimité et plus encore une marge de manoeuvre politique face à une compétition accrue pour le trône, alors même que les menaces aux frontières s'accélèrent et grandissent (en qualité et en quantité), se succédant plus rapidement dans le temps, ce qui est sensible à partir des règnes de Caracalla et Sévère Alexandre. - l'affirmation du "lobby" des Illyriens-Panonniens (auxquels on peut ajouter les Thraces) dans l'armée: les armées des Balkans pèsent lourd militairement et politiquement. Outre la défense d'une bonne partie du Danube, donc le maintien d'un grand nombre de légions dans une zone somme toute resserrée (plusieurs provinces de ce coin sont des provinces "à 3 légions", donc très sensibles politiquement pour les affectations), les armées de la zone ont aussi la charge de constituer la ligne de défense du "heartland" italien (même en interne de l'empire, surtout après les invasions du règne de Marc Aurèle, il y a des lignes de quadrillage et verrouillage), ce qui les rend politiquement importante et donc leurs officiers très présents. De fait, les Illyriens et Panonniens resteront toujours des populations de "provinces frontières" sensibles comme les Gaulois (en tout cas du nord et de l'est des Gaules) ou les Anatoliens: le recrutement y restera donc important, les provinces frontières ne perdant pas la conscience des menaces comme les provinces centrales, surtout celles des frontières sensibles (face aux Parthes, aux tribus germaniques, aux Iazygues et Sarmates). Et comme ce sont les zones où les concentrations militaires sont les plus importantes (les frontières Rhin-Danube et celles avec les Parthes concentrent l'immense majorité de l'armée romaine), le poids des effectifs issus de ces provinces est démesuré dans l'armée romaine, et ce d'autant plus que les unités qui se trouvent sur ses frontières sont les meilleures et pèsent politiquement plus lourd par l'aspect plus "sensible" politiquement de leur commandement (plus nombreuses en un endroit, meilleures, plus prestigieuses, face à des adversaires majeurs.... Leur commandement fait l'objet d'une sélection poussée). La proximité avec l'Italie accroît la capacité de lobbying interne des Illyriens-Panonniens par rapport à des armées d'orient plus éloignées (la création de Constantinople comme 2ème capitale leur offrira "leur" zone) ou des armées de Gaule et Bretagne qui pèsent et jouent un rôle politique mais ont en même temps une "zone" bien à elles politiquement. C'est d'ailleurs Dioclétien qui actera ce fonctionnement de fait en séparant l'empire en 2 grandes zones de gestion (orient et occident), chacune elles-mêmes divisées en 2 sous-aires nommées préfectures, et toutes les 4 dirigées par un "César" (mais il n'y a qu'un seul "Auguste").
  4. Dis donc, imaginez.... Si l'Ecosse devient indépendante, les British vont perdre en très peu de temps deux de leurs principales sources historiques de "native troops": les Gurkhas (qu'il ferment la boutique ou que le recrutement se tarisse vu ce qui se passe en Inde sur ce sujet) et les Ecossais.... Les Irlandais vont sentir tout l'amour britannique après ça :lol:.
  5. Tancrède

    L'armée romaine

    Ca dépend dans quelle période: si on reste sur l'armée "classique", celle d'Auguste jusqu'à la "crise du IIIème siècle", l'auxiliat est de fait une arme professionnelle, avec un entraînement aussi poussé que celui des légionnaires mais un statut (et une paie) moindre, un niveau d'organisation aussi développé, une exigence de coordination interarme aussi élevée.... Et il y a en fait une différence de prestige: la légion est l'arme de référence, la star de l'armée romaine, l'outil de combat perçu comme primordial qui définit la ligne de bataille et à partir duquel on réfléchit même si c'est de moins en moins vrai sur la période. Les auxilliaires deviennent aussi des permanents de fait, des professionnels ayant même niveau d'entraînement, des critères de sélection physique aussi élevés, un uniforme généralement similaire à ceux des légionnaires (avec des variations dans l'équipement suivant la spécialité), des enseignes, des officiers et sous-offs (pas forcément romain), et une durée de service plus longue (30 ans pour les auxilliaires contre 25 pour les légionnaires à partir de Claude). C'est le prestige, le rôle en bataille et la non citoyenneté (qui pour eux n'est obtenue qu'après le service, ou pendant à certaines périodes) qui les différencient des légionnaires. Rapidement, leur prestige s'accrut cependant, si bien que nombre de citoyens qui n'avaient pas été admis en légion (par sureffectif, parce qu'ils répondaient aux critères physiques mais pas à d'autres....) s'y engouffrèrent, constituant un pourcentage non négligeable des auxilliaires (peut-être jusqu'à un quart voire plus à certains moments). Foncièrement, les auxilliaires sous le principiat, en termes de types d'unités, pour la période du principiat: - cavalerie avant tout: l'armée romaine n'a pas de cavalerie citoyenne hors de la toute petite cavalerie légionnaire et des turmae organique aux cohortes prétoriennes (1 par cohorte) et urbaines (et les gardes du corps de l'empereur sont des étrangers: les batavii, puis equites singulare Augusti) - il y a ainsi pour cette cavalerie: de l'archer monté, du cavalier lourd/de mêlée, du cavalier léger (reco, harcèlement, poursuite, jet de javelots) - de l'archerie et des frondeurs - de l'infanterie légère: armement typique avec du javelot (un certain nombre par hommes) et une épée/un gladius - de l'infanterie lourde: de fait, aucune différence avec les légionnaires, sinon qu'ils sont employés en cohortes indépendantes et semblent avoir plus fréquemment en double dotation une pique pour contrer la cavalerie quand ils sont associés aux légionnaires (qui peuvent ainsi se concentrer sur leur tactique principale de l'assaut d'infanterie sans distraire des effectifs). Il y a une seconde catégorie d'auxilliaires à cette période, qu'on appelle les numeris (attention au terme, qui veut dire "nombre", mais aussi "unité", et qui s'emploie aussi pour parler de n'importe quelle unité militaire); ce sont là des locaux non citoyens embauchés individuellement ou collectivement, plus ou moins durablement dans une province ou pour une campagne, et qui ne reçoivent pas d'entraînement, sont employés dans leurs tenues nationales et avec leurs propres armes et sous leurs propres chefs, généralement tribaux. Un peu mercenaires, un peu soldats, ils servent surtout de chair à canon pour économiser du professionnel tant que c'est possible, avec une valeur militaire très inégale. Juste un complément sur mon post plus haut: - une cohorte type (de II à X), c'est un effectif combattant de 480h de troupes et sous-offs, plus les "groupes de commandement" de centuries (3h minimum, plus 1 ou 2 si le tesserarius et le cornicen sont surnuméraires, ce que je ne sais plus) - la cohorte I, c'est 800h plus ses 5 groupes de commandement - les 4 turmae de cavalerie, c'est 120h plus leurs 4 groupes de commandement Ca c'est l'effectif combattant d'une légion, auquel s'ajoutent les spécialistes permanents d'armes (musiciens et signaleurs pour les transmissions, les 10 speculatores professionnels pour le rens, les frumentaires, les artilleurs, le génie et un architecte), les spécialistes de soutien (médecins, pharmaciens et vétérinaires, artisans en tous genres, conducteurs de charrois, experts divers, religieux....) et les non combattants affectés à chaque centurie (20h par centurie). Il y a aussi souvent des surnuméraires en nombre variables (pas énormes), notamment des centurions et des légionnaires. Au total, la légion a 5240 combattants plus leurs groupes de commandement (un minimum de 59 centurions, 59 optios et 59 signifers, plus -ou non- autant de tesserarius et cornicens, 4 décurions et 8 sous-offs de cavalerie), un groupe permanent et pro de "gestion" et commandement pratique de l'unité (autour du préfet de camp, le centurion en chef, avec ses hommes) et un ensemble d'environs 500 à 600 non combattants, pour un total tournant autour de 6000h. Un petit point aussi sur la discipline et les punitions. C'est très mesuré et hiérarchisé dans l'armée romaine, de même que les récompenses et distinctions. On trouve: - les brimades pour les fautes mineures: rester debout pendant des heures (barême à la discrétion du centurion) une perche à la main, chassé du camp pour une nuit, bouffe moins bonne pour un certain nombre de repas, surcroît de corvées. La pire dans ce registre, c'est le fait d'être battu par le centurion avec son cep de vigne (marque du centurionnat) - les actes un cran plus grave: prison, transfert dans une unité où la paie est moindre, amende ou retenue sur solde (on voit que prélever du fric est considéré comme plus dur que filer des coups de bâton :lol:), voire carrément renvoi de l'armée - pour des fautes graves ou des circonstances particulières nécessitant exemple: dissolution d'une unité entière (du contubernium à la centurie, voire parfois même une cohorte entière), peine de mort individuelle, ou, pire du pire, la décimation, généralement d'un contubernium ou d'une centurie, plus rarement d'une cohorte.
  6. C'est pas énorme pour tout le territoire de l'île, en considérant en plus qu'il s'agit précisément d'une île qui plus est éloignée des grandes concentrations navales de l'empire (essentiellement les 2 flottes prétoriennes toutes deux basées en Italie), donc ne pouvant recevoir de renforts aussi rapidement qu'un autre point du territoire romain. Faut pas oublier que les légions et auxilliaires assurent d'autres tâches: - ordre public (il y a aussi les milices locales, mais c'est pas des permanents et sont limitées en capacité et en aires d'action) - recouvrement de l'impôt: un rôle primordial - travaux publics et génie civil: ils n'y sont pas seuls, mais les plus grands sont toujours de leur fait, notamment les routes - inspection douanière et prélèvement des droits de douane - surveillance des côtes, une tâche demandeuse de main d'oeuvre en Bretagne - aide en cas de catastrophe naturelle - la messagerie impériale Les services publics romains, notamment la police, les pompiers.... Ne reposent qu'en partie sur des forces miliciennes, et seules quelques grandes villes bénéficient de professionnels permanents dédiés à ces tâches. Pour une île comme la Bretagne, 3 légions et l'équivalent en auxilliaires, c'est pas énorme, considérant en plus qu'elle doit "s'autosuffire" en la matière. Faut pas se représenter les 3 légions de Bretagne comme postées sur le Mur d'Hadrien: quelques cohortes y étaient stationnées, peut être l'équivalent d'un peu plus d'une légion en tout plus quelques éléments de la marine aux extrêmités. C'est pas un investissement énorme, justement; on se le représente comme tel, mais ce n'est pas le cas, c'est une vision déformante parce que ce truc nous apparaît comme un chantier pharaonique, ce qui n'est pas le cas malgré ce que veut en dire l'historiographie anglo-écossaise. C'est une solution justement rentable pour économiser du monde plutôt que de répartir un pourcentage trop élevé de l'effectif limité de Bretagne pour surveiller une vaste surface qui garderait quand même des trous pour des petites troupes de pillards. Et plus encore, il permet de contrôler le commerce et de percevoir les droits de douane sans trop se faire frauder. Au final, c'est nettement moins coûteux que d'entretenir des légions entières pour quadriller au visuel un espace grand, accidenté et peu densément peuplé, en laissant pour tout le reste de l'île trop peu de troupes pour assurer tout ce que l'armée doit faire dans une province.
  7. Tancrède

    L'armée romaine

    Punitions? La pire, c'est la décimation: tu prends une unité qui a fauté, tu sélectionnes 1h sur 10 de cette unité, et tu les butes très publiquement. Juste un exemple.... Pour les grades, il faut moins regarder l'idée "du" centurion que celle du centurionnat en général, qui est le corps des officiers professionnels permanents. Les officiers supérieurs/généraux sont des grades politiques/stratégiques, donc ressortant non d'une logique d'amateurisme (ces hommes ont bénéficié d'une éducation soignée et d'une formation de terrain via des "stages" dans les EM de légions, comme tribuns). Centurion, ça couvre quelque chose qui s'apparente du lieutenant/chef de section jusqu'à un full colonel, avec en plus quelques rôles encore supérieurs très peu nombreux, notamment celui du préfet de camp (l'un des deux grades de centurions qui implique l'anoblissement, donc l'entrée dans l'ordre équestre), le deuxième personnage de fait d'une légion après le légat (le "général" à qui est confié une légion), qui gère la légion au quotidien, surtout quand elle est en garnison, et conseille le légat en opérations. Pour reprendre les bases: - la centurie, c'est l'unité essentielle, dont l'effectif combattant a été de 60h pendant la période Marienne-Césarienne, puis de 80h sous l'empire (avec 20 non combattants, qui font 100h au total). Elle est constituée de 7, puis 10 contuberniums, le groupe de combat romain de 8h (+2 non combattants), chiffre rapporté à la tente collective romaine qui a 8 places. Un contubernium fait 2 files de 4h quand la centurie est déployée au front, une centurie impériale "classique" aligne ainsi, sur 4 rangs de profondeur, un front de 20 files. La centurie est commandée par un centurion "de base", assisté par un optio, s'il faut les assimiler, on va dire que ce sont un lieutenant/chef de section et un sous-lieutenant. Le centurion, en bataille, se porte au 1er rang à droite, l'endroit le plus exposé; l'optio est à l'arrière gauche (il joue un peu le serre-file et aide à coordonner avec l'unité de derrière et celle de gauche) et un des corollaires de cette position est d'être à l'abri pour remplacer le centurion s'il est blessé. Le 3ème personnage surnuméraire dans la centurie est le signifer, le porte enseigne, qui se place derrière le centurion: ce n'est pas un grade, mais il a un rôle et un statut important, notamment celui de rallier les hommes et de motiver en se portant en avant. - important de noter que TOUT centurion a un optio qui lui est adjoint; il y a donc autant d'optio que de centurion dans une légion (minimum 60, mais il y a aussi des surnuméraires). - la manipule est en désuétude en tant que pion tactique de base, au profit de la cohorte, mais semble encore exister sous l'Empire, au moins en tant qu'échelon au sein de la cohorte. Elle doit de fait reprendre plus d'importance dans des déploiements hors légions, au sein de cohortes indépendantes ou détachées, voire de détachements moindres. Elle regroupe en fait juste 2 centuries et dispose encore de son enseigne propre, ce que la cohorte n'a pas. Mais elle n'a pas d'EM ou autre. Celui qui la commande, c'est le centurion aîné des 2 centuries, qui commande donc à la fois sa centurie et la manipule. De fait, il est donc à la fois chef de section et capitaine, puisque la manipule peut s'apparenter à une compagnie, ayant une capacité de manoeuvre complexe propre. Ceci dit, les centurions surnuméraires dans une légion peuvent aider, mais de fait, l'optio de ce chef de manipule doit avoir un rôle plus important. - la cohorte, c'est le bataillon, le pion tactique essentiel après la réforme marienne: 3 manipules, donc 6 centuries. Là encore, c'est l'ancienneté qui détermine quel centurion, des 6 présents, commande la cohorte. Par ordre croissant de séniorité, on a donc dans une cohorte: hastatus posterior, hastatus prior, princeps posterior, princeps prior, pilus posterior et pilus prior. C'est donc le pilus prior qui commande la cohorte. Cette règle vaut pour les cohortes numérotées de II à X dans une légion. A noter que les cohortes ne sont pas égales dans une légion: plus le numéro est petit, plus la cohorte a précédence, définissant ainsi la gradation des centurions, le hastatus postérior de la cohorte n°10 étant le moins gradé de tous. Dans la légion classique, il y a une exception, la cohorte n°1, la meilleure, qui commande l'élite de la légion: elle n'a pas de manipule, mais 5 centuries doubles (160h, donc, soit 20 contubernium) commandées chacune par un centurion. L'aîné des centurions de la 1ère cohorte est le plus prestigieux de tous: c'est le primipile (première lance), un grade anoblissant et l'équivalent d'un colonel. - il y a aussi des sous-offs, dont un particulier dans chaque centurie, le tesserarius: c'est plus qu'un sergent, un véritable sergent-major, qui seconde l'optio, tient les rôles administratifs (la paie surtout), est le gardien du mot de passe de l'unité (c'est lui qui dirige l'unité la nuit), le prévôt de fait de la centurie.... Il a un rôle accru dans les centuries dont le centurion dirige aussi une manipule ou une cohorte. Autre sous-off un peu particulier et "à cheval" entre officier et sous-off selon nos normes: le décurion. C'est pas le chef d'une décurie, mais d'une turmae, une unité de cavalerie de 30h. Les légions impériales ont encore une petite cavalerie organique de 4 turmae, donc 4 décurions, véritables lieutenants de cavalerie - les "vrais" sous-offs: esquiplicarius et duplicarius sont les deux sous-offs d'un décurion (ils ont aussi un vexillarius, l'équivalent monté du signifer, le porte enseigne). La centurie, elle, a 8 decanus, les "sergents" de base qui commandent chacun un contubernium de 8h. - il y a aussi des soldats à statut spécial, tel les signifer et vexillarius, le porte enseigne de la légion (celui qui a l'aigle, objet sacré), un certain nombre de spécialistes (armes spéciales et soutien) et les musiciens qui ont tous le statut d'immunes, qui les exempte d'un certain nombre de corvées lourdes. De même, il y a les Evocati, les vétérans, ceux qui ont déjà terminé un contrat plein et ont resigné; outre les exemptions et une paie largement supérieure, ce statut est très important en soi et l'essentiel d'entre eux est souvent concentré dans la 1ère cohorte. Dans la série Rome, Vorenus resigne en tant qu'Evocati et est affecté comme centurion primipile de la XIIIème légion, ce qui est un statut exceptionnel pour un centurion, d'autant plus qu'Antoine lui octroie si je me souviens bien le rang de préfet dans les Evocati, ce qui est un rang de prestige qui doit plus ou moins correspondre à un statut au milieu des vétérans (et une paie plus élevée) plus qu'à une fonction particulière, mais aussi un statut qui le désigne comme un homme de choix pour les officiers, un homme de confiance à qui on peut confier des missions et détachements spéciaux. La distinction est en fait plus sociale et politique: les centurions sont des officiers professionnels permanents, des militaires qui ne sont QUE des militaires. Les 6 tribuns (en fait 5 tribuns angusticlaves, des officiers d'EM juniors, et un laticlave, véritable chef d'EM de la légion) et le légat sont des officiers issus de la noblesse (le légat et le tribun laticlave sont de l'ordre sénatorial, les 5 autres tribuns sont de l'ordre équestre), et ont ce rôle parce que dans l'esprit des romains, la guerre EST de la politique, et requiert donc à ce niveau de commandement plus que de la simple connaissance et expertise tactique.
  8. Tancrède

    L'armée romaine

    Petit remontage de topic (je viens de le voir, celui-là) tant que le sujet est "chaud".... Si ça intéresse quelqu'un de spéculer sur l'armée romaine en général et la légion en tant qu'unité et système en particulier, quelques cogitations, suite à quelques (re) lectures sont en train de me tourner dans la tête à mesure que je perçois 2 phénomènes conjoints: - la difficulté d'avoir une vision vraiment claire de l'armée romaine à un moment précis de son histoire.... Ca arrive surtout quand on commence à cerner les périodes de Rome et regarder un peu en détail plutôt que lui définir 4 ou 5 grandes périodes qui couvrent en fait des siècles où, pour chacune, les changements ont pourtant été nombreux - l'évolution de la légion au sein de l'armée romaine, de tout ce qu'elle représentait à tous les niveaux (stratégiques, opératifs, "grand tactique, tactique, en campagne ou en bataille, dans l'organisation militaire romaine et la structure d'Etat), mais surtout en tant que "système d'arme". Représenter son importance réelle dans le dispositif armé romain selon les époques, en essayant de faire fi de sa "légende" et de la surdocumentation dont elle est l'objet (et toutes les interprétations disproportionnées qui peuvent en découler) par rapport au reste de l'armée romaine me semblerait notamment intéressant J'essaie actuellement de prendre du recul par rapport à mes propres opinions; si ça intéresse quelqu'un de faire un peu de remue-méninge et de lancer des hypothèses....
  9. Un autre élément qui souligne la déformation de notre vision par les nationalismes des XIXème-XXème siècles et la prééminence des nations occidentales dont la version de l'histoire a imposé des oeillères à bien des égards sur des réalités plus objectives: si on passe les facteurs de manques de sources, généralisé pour l'histoire de l'empire romain sur des visions détaillées de ses adversaires (et souvent de ses propres dispositifs militaires dans des campagnes particulières) et du nombre de parutions sur tel ou tel sujet, qui n'est qu'un reflet de l'époque récente et non des réalités, on peut commencer à prendre un peu de recul. Les histoires de "légions perdues", de la sauvage frontière écossaise ou du Teutoburgenwald ont été à ce point montées en épingle par les nationalismes anglais, écossais ou allemand qu'on a une vision déformée de ces fronts, de ces régions pour l'empire romain, avec des délires de "changement stratégique définitif" imposé par tel ou tel à l'empire romain, de "peur" des Romains de tels peuples ou tels autres.... Choses qui ne sont que des délires ethnocentristes exaltés prenant les éléments historiographiques qui les arrangent pour appuyer des "thèses" servant en réalité d'autres objectifs: on sort tout de son contexte réel et on minimise ou fait carrément disparaître les faits et analyses qui ne vont pas avec la thèse.... Et l'histoire récente a foutu tellement de couches de manuels d'histoire, parutions spécialisées en tous genres, reconstitutions "historiques", romans, séries et films ayant peu de rapport avec l'histoire que la culture collective s'est plus que franchement implanté nombre de clichés dans la tronche. La réalité, par exemple pour l'Ecosse, est que les peuples qui s'y trouvent au moment de la conquête romaine ont été largement et facilement battus et conquis par Rome avec des forces modestes, et n'ont jamais réellement représenté un souci majeur. L'émergence des "Pictes", probablement un nouveau nom pour une confédération de peuples connus mais qui finirent pas plus s'organiser en grand, a été un changement certes, mais qui n'a pas réellement menacé la Bretagne romaine, sauf en temps de troubles internes à l'empire (qui amoindrissaient les financements, rappelaient des unités sur le continent....) qui étaient des occasions de raids de pillage sans plus. Le calme était rétabli quand l'empire retrouvait un peu de stabilité, et, côté tactique, l'armée romaine poutrait vite fait les ambitieux. Pareil pour les Germains qui, pour une embuscade réussie au Teutoburgenwald, l'ont payé au centuple les années suivantes et n'ont représenté qu'une menace épisodique sur quelques frontières pour un empire qui réfléchit à une autre échelle. Il leur a fallu des siècles pour commencer à avoir des armées suffisantes qualitativement et quantitativement pour rendre leurs défaites plus coûteuses à Rome, un accident mal géré pour installer une "tête de pont" dans l'empire (la crise d'Andrinople), et une crise interne grave en occident pour pouvoir enfin déferler. Un exemple de cette déformation de notre regard via les nationalismes occidentaux prééminents: l'une des pires menaces de l'histoire de l'empire (pas la république) romain est aujourd'hui aussi oublié que peu étudié. C'est la grande révolte illyrienne, qui marqua la fin du règne d'Auguste infiniment plus que le Teutoburgenwald qui arrive quand elle se conclut. Le soulèvement des peuples de Dalmatie et de Panonnie (côte croate, une partie de la Bosnie et l'actuelle Hongrie) représente pourtant une région pas très grande, et des populations qui, quoiqu'importantes, ne sont pas pour autant aussi nombreuses que les peuples germaniques et pas aussi structurées, développées et organisées que les Parthes (le plus grand adversaire individuel de l'histoire impériale romaine). Pourtant, cette guerre fut une menace terrible pour Rome qui réagit avec une ampleur comme l'empire n'en a quasiment JAMAIS connue: plus de 100 000 (peut-être jusqu'à 150 000) combattants (auxquels il faut ajouter entre 20% et un tiers de non combattants) furent mobilisés pour ce conflit, dont une dizaine de légions en permanence (avec des pics à 15 légions à la fois sur le théâtre). 2 membres de la famille impériale y furent assignés, Tibère et Germanicus. Tout le trésor impérial y passa et la levée de recrues dut pour la seconde fois (et la dernière dans l'histoire romaine) inclure des esclaves affranchis pour l'occasion, tant même le "tumultus" (la levée en masse des volontaires et conscrits) n'y suffisait pas (à noter cependant qu'il dut y avoir des modalités pour d'importants pans de la société romaine, la démographie des citoyens couvrant largement les totaux impliqués). Entre 10 et 15 légions, plus de 100 000 combattants dans un théâtre réduit! Même les plus grandes guerres contre les Parthes puis les Perses, en tout cas la plupart d'entre elles, n'ont jamais impliqué de telles mobilisations de ressource. Même les guerres daciques de Trajan n'ont pas impliqué un tel effort. Il ne fallu "que" 4 ans pour vaincre cet adversaire, mais au prix d'une mobilisation brutale et gigantesque, d'un effort terrible et de pertes peu souvent rencontrées dans l'histoire de Rome. L'urgence ressentie n'a trouvé de comparaison dans l'esprit des Romains qu'avec la 2ème Guerre Punique et la panique après le désastre de Cannes face à un Hannibal qui est passé bien près de porter un coup fatal à Rome. Les tribus illyriennes, panoniennes et dalmates ont toujours eu une réputation guerrière, et une organisation militaire originale et efficace, même si reposant toujours sur une structure politique tribale aléatoire qui n'a jamais laissé émerger de grande entité étatique durable (juste quelques grands souverains rassemblant un "empire" qui leur survivait rarement, tel celui de Bardyllis, finalement vaincu par Philippe de Macédoine). Le terrain souvent très difficile est utilisé efficacement en défense par de nombreuses "armées" locales qui se coordonnent, mais il y a bien des forces de mêlée organisées qui s'y ajoutent, présentant un mélange de tactiques, équipement et organisations locaux et macédoniens, auxquels s'ajoute l'apport romain. Parce qu'outre le fait d'être des voisins de l'Italie (d'où une part de la perception de menace), les Illyriens sont des auxilliaires recherchés par Rome depuis longtemps, et au moment de la grande révolte, une part significative des révoltés est très au fait de l'art romain de la guerre, a servi dans des auxiliats désormais "professionnalisés" par Rome (notamment des auxilliats d'infanterie qui sont des cohortes comme celles de Rome, juste pas regroupées en légions) et dispose de cadres et chefs ayant fait de nombreuses campagnes avec Rome. Il est étonnant que cet événement majeur soit complètement oublié, au mieux minimisé, alors qu'en terme de menace militaire, il a peu ou pas d'équivalent dans l'histoire impériale: les Pictes et Germains sont des micro-événements "amusants" à côté. Ce qui a sauvé réellement ces régions de la conquête -et donc autorisé les Ecossais, Anglais, Allemands ou autres de délirer sur les raisons de cette non conquête, la transformant en recul ou en échec romain-, c'est leur sous-développement: - le sous-développement et l'éloignement rendent leur conquête chère, sujette à débat et sans grand espoit de profit. Tout investissement militaire et économique de ces zones ne pourrait amener de bénéfices avant très longtemps. Rappelons qu'il a fallu un siècle de contact, d'alliances et de développement des échanges commerciaux entre tribus bretonnes et Romains, après les expéditions de César, pour que la partie sud de l'île de Bretagne devienne en partie développée et intéressante pour la conquête. Ce simple fait du sous-développement et de l'arriération économique/organisationnelle a plus que largement impacté la motivation romaine, en conjonction avec l'éloignement qui accroît tout coût militaire. - le même sous-développement dans l'organisation politique et économique joue au niveau tactique, en conjonction avec les distances à couvrir dans ces zones, et la difficulté du terrain: cela rallonge les campagnes et limite la possibilité de victoires décisives durables, ou même de batailles rangées un tant soit peu décisives, les adversaires fuyant ces modes de combat (ils y sont assez inaptes) et se coordonnant mal, techniquement et politiquement (les "armées" sont des rassemblements de tribus qui ne s'aiment pas forcément, n'ont pas la même taille....). Mais fondamentalement, ce sont des pays sans centre: l'urbanisation y est faible et l'agriculture -facteur lié à l'urbanisation- y est inexistante, au mieux lié à de petites surfaces vivrières (petits maraîchages et plantes médicinales). Il n'y a rien à saisir, pas de villes à détruire ou prendre, pas de réserves alimentaires à cibler, pas de concentrations démographiques, peu de monétarisation de "l'économie" (qui n'en est même pas réellement une).... Et pas d'organisation politique de grande échelle qui soit solide, permanente et identifiable. Ces zones sont donc vastes et peu peuplées, habitées par des petites tribus de chasseurs-cueilleurs à culture guerrière (plutôt une mentalité de pillards en fait) pour l'essentiel, qui vivent en semi-nomades itinérants dans des zones plus ou moins circonscrites. Difficile d'y trouver des cibles d'importance permettant de frapper un grand coup ou une série rapide de grands coups, puisqu'en fait ces "peuples" n'en sont pas réellement: ce sont des agglomérats de petites tribus souvent rivales avec des proximités culturelles et géographiques plus affirmées, et des liens parentaux entre les élites d'une zone donnée, qui se rassemblent occasionnellement quand un chef ambitieux parvient à imposer temporairement un début d'autorité rarement durable, même de son vivant.
  10. Tancrède

    L'armée romaine

    Oui, c'est ce qu'on appelle une "bataille de soldats" où les échelons de terrain prennent d'eux-mêmes l'initiative de l'affrontement, contraignant le général à suivre :lol:. C'est arrivé tout au long de l'histoire romaine, et il est d'ailleurs amusant de voir beaucoup d'historiens "à thèse" mettre en avant les exemples de ce type de comportement dans l'armée romaine tardive, pour dire à quel point elle était nulle et indisciplinée, et oublier ou atténuer le fait que les "glorieux ancêtres" en faisaient tout autant, pas moins souvent, et pas toujours pour des résultats faramineux non plus. Outre le déclenchement des batailles, on pourrait d'ailleurs aussi mettre dans ce registre les "initiatives" de terrain par de nombreuses unités, pendant une bataille: une cohorte qui avance d'elle-même, croyant voir une opportunité, une ou plusieurs centuries qui change sa position, s'avance trop, "contamine" la ligne avec un enthousiasme débordant.... Quand c'est un officier qui prend ce genre de latitude et que ça marche (et que sa carrière ultérieure n'est pas entachée d'un échec ou d'un "aléas" de la politique romaine), on appelle ça une initiative..... Quand ça foire ou que la dite latitude a été prise par les soldats eux-mêmes, on appelle ça "indiscipline" et c'est impardonnable (si le mouvement vient des soldats: ça foire, et ils sont punis et c'est merdique, ça réussit et le général prend le mérite parce qu'il a appuyé le mouvement "quand il fallait" ).... Il n'y a presque rien de nouveau dans ce genre de comportement, non :lol:? Oui, il devait y avoir une somme énorme de facteurs, grands ou petits, observables à l'oeil nu, et beaucoup, pour les vétérans, ne devaient même pas être consciemment notés, étant plutôt "ressentis" en impression générale.... Revers de la médaille (petit), je parie que certains roublards ont cherché cet effet pour tromper l'adversaire: masquer la présence de troupes solides derrière des unités de "bleus", demander aux vétérans d'avoir l'air un peu lents, patauds, maladroits dans les mouvements.... Jouer en somme sur ces trucs semi-consciemment perceptibles pour fausser le ressenti adverse, donc ses calculs, lui donner une fausse confiance pour créer la surprise tactique. Même si ça devait être limité parce qu'entre Romains, on devait connaître en partie l'orbat adverse, ça pouvait jouer localement, ce qui a son importance dans des batailles romaines de grande ampleur où la décision est faite par les chefs de cohortes (voir les chefs de centurie) plus que par le général une fois que la bataille est engagée. La rapidité des mouvements collectifs à l'échelon de cohorte et de légion devait être à mon sens le plus déterminant: coordonner le réagencement des centuries d'une cohorte et des cohortes entre elles devait être salement difficile et le faire surtout à une certaine vitesse, qui plus est en attaque (ou en retraite organisée), devait vraiment être la marque des grandes unités aguerries, au mieux de leur forme, "à chaud" pendant ou juste après une campagne longue. Pareil pour la coordination avec les unités auxilliaires, cavalerie et troupes de missiles surtout. L'impact des légions de César au sud du Rubicon, malgré leur sous-effectif flagrant, face aux unités nettement à effectifs pleins mais toutes fraîches de Pompée et du Sénat, a du être réellement terrifiant vu la rapidité des événements, la rareté des combats et la facilité avec laquelle les optimates ont abandonné Rome, pourtant le "centre de l'univers" culturel, politique, économique et stratégique aux yeux d'un Romain, sa raison même d'exister.
  11. Tancrède

    L'armée romaine

    Un autre angle pour voir les affrontements entre légions, qui est peut-être un peu HS mais souligne bien l'importance de l'expérience dans cette organisation militaire très spécifique, est celui du professionnalisme vs la conscription. L'armée romaine a connu des hauts et des bas même après les Guerres Puniques, en terme de qualité, ce qui est explicable principalement en raison de ce facteur: en temps de guerre longue, telle que celle contre Carthage, la conscription fournissait des recrues fraîches en grand nombre (l'une des grandes forces de Rome) et bien entraînées, mais peu "au niveau" de la réalité de la guerre et de celle, complexe, du combat articulé et mobile nécessité par le système légionnaire. La durée de la guerre effaçait ce facteur en créant des légions qui duraient longtemps, avec une forte proportion de vétérans et "anciens", pouvant intégrer facilement les remplaçants sans endommager le potentiel combatif de l'unité. Mais sitôt la paix revenue, et avec elle la démobilisation et le maintien d'un nombre limité d'unités pour les implantations outre mer en nombres croissants, les problèmes apparaissaient: la conscription fournissait le volant, mais remplaçait peu à peu les "anciens", tout en maintenant un certain nombre de vétérans au-delà de leur durée de service normal. La présence de professionnels permanents n'est pas chiffrable, mais elle n'a pas du peser lourd et devait surtout dépendre des proconsuls et gouverneurs (c'est une dépense importante). Dans l'absolu de la totalité de l'armée romaine, ce nombre a du être croissant et pas forcément insignifiant, mais dans chaque légion/province, il ne devait pas peser lourd en proportion. Seule une mobilisation pour une guerre d'importance (au moins importante localement) pouvait inverser la dégradation qualitative somme toute rapide. Le volant de vétérans implanté dans les provinces consacrées comme telles (il y a des territoires occupés, pas forcément provincialisés, ce qui est un processus politique plus délicat et un investissement plus important) pouvait aider cependant. Mais les tensions croissantes dans la République ont définitivement ancré ce mouvement, et avec lui la fidélisation croissante des vétérans et permanents aux généraux qui les avaient mené et payaient leurs pensions. La réforme marienne change tout sur ce plan, puisqu'il s'agit d'une professionalisation partielle de l'armée: de fait, ses réformes mènent à la création de facto de légions permanentes à plein effectif toute l'année. C'est en fait une "armée d'outre mer", faite pour l'occupation permanente des territoires désormais immenses -et de la politique étrangère qu'ils impliquent- qui apparaît alors. Leur nombre est encadré et limité, mais le fait est là, et c'est pourquoi ce fait, qui reconnaît en fait que la République n'est plus juste la ville de Rome, lance réellement la fuite en avant des grands sénateurs vers l'expansionnisme permanent et le contrôle de légions qui va avec, ainsi qu'à la moindre occasion de s'en faire octroyer de nouvelles. Car les légions ne peuvent être levées qu'en Italie, et les nouvelles sont soit issues de la conscription, soit procèdent localement de levées de vétérans (en province, ils ne peuvent que combler ou remplacer les effectifs de légions existantes). Car il ne faut pas oublier qu'au sud du Rubicon, toute légion doit être démobilisée. De même, tout proconsul en fin de mandat doit abandonner son commandement. De fait, il y a une armée pro d'outre mer, potentiellement sous le seul contrôle de leurs généraux, et une conscrite d'Italie, accroissable à volonté sous le contrôle du Sénat (donc des compromis de factions politiques). Mais le système est à la merci d'ambitieux qui, à un moment donné, peuvent contrôler d'un coup beaucoup de légions aguerries et de là tout menacer. Sylla et Marius ont ouvert la voie, mais c'est César qui a réussi: quand il franchit le Rubicon avec un nombre somme toute limité de légions en grave sous-effectif, le Sénat peut lever vite beaucoup de légions, mais même avec des vétérans rameutés en toute hâte et ayant plus ou moins perdu les habitudes collectives, elles sont avant tout faites de recrues fraîches d'une part, et sont toujours des unités devant se reformer en tant que grandes unités de manoeuvre, processus long par essence (même si elles ont toujours des numéros et enseignes enseignes, couvertes de gloire dans une longue histoire). Résultat pour César: les armées du Sénat sont balayées quasiment sans combattre et doivent évacuer l'Italie, laissant Rome au conquérant. Pompée et les optimates doivent aller en Grèce afin de pouvoir prendre le contrôle de légions "sérieuses" et donner le temps à leurs unités de bleus de devenir des unités de combat. Pour un premier coup, c'est un premier coup: César prend ainsi sans grand effort le coeur même du dispositif romain et le réservoir premier de recrues légionnaires. Pour recoller au sujet, c'est à garder en mémoire: il ne faut jamais voir les légions comme une masse uniforme dans la plupart de leurs affrontements de guerres civiles, au moins avant la fin des guerres civiles. Le Principiat achèvera totalement le principe d'une armée professionnelle permanente, balayant le système mixte de la période marienne-césarienne. Mais avant cela, le niveau qualitatif de l'armée romaine produit une grande variété dans les légions et leurs capacités tactiques. Naaan, t'as vu la paie (bon, c'était plutôt pas mal en fait)? J'étais un tribun, ou un légat, selon le moment.... Plus classe, et t'as le droit à l'armure avec les abdos sculptés dessus :lol:.
  12. La région a beaucoup de rôles à jouer, que le département ne peut pas bien faire ni l'Etat, notamment dans l'aménagement du territoire, la planification d'infrastructures.... Un rôle structurant à un échelon qui se doit d'avoir une cohérence et surtout une taille critique pour avoir un impact mesurable autant qu'un effet protecteur et une capacité de réaliser de grands investissements et des économies d'échelle. Un bassin d'emploi, par exemple, est aujourd'hui souvent bien plus grand qu'un département et ne peut pour autant être géré à l'échelon national; tout échelon de gestion, quel que soit son domaine d'application, créera de la concentration (urbaine, sectorielle....) et cherchera par essence à concentrer des investissements et rationaliser sa bureaucratie à son échelle. Il y a fondamentalement un besoin corollaire d'efficacité ET de justice (ou de protection) adapté à chaque échelle, et des réalités géographiques (et culturelles parfois) qui contraignent à des subdivisions, imparfaites mais nécessaires. Gérer une France fondée sur des départements et un Etat sans intermédiaire créera des féodalités de fait (des groupes de départements, des "régions" administratives dans chaque secteur des services publics), ne répondant à aucune contrainte et à aucune logique d'intérêt général, et risque par ailleurs de faire pencher la balance vers un retour à une centralisation autour de Paris dans bien des domaines.
  13. Mais sans radier, il aurait fait plouf d'où? On pouvait pas le balancer depuis le pont d'un cargo ou d'un transport quelconque: il aurait fallu au moins un genre de rampe, non?
  14. Tancrède

    L'armée romaine

    La tactique montrée dans cet extrait de la série manque quand même d'éléments importants et reflète sans doute, quoique moins que dans Gladiator, plus la vision tactique d'aujourd'hui que celle des romains, surtout de cette époque "césarienne" ou le légionnaire est encore un soldat polyvalent et fondamentalement assez "léger" en terme d'équipement, même si son domaine principal est celui de la bataille rangée où il est le pilier de l'infanterie de ligne (ou infanterie "lourde" par déformation). D'abord et avant tout, il manque la phase fondamentale de l'affrontement au pilum: cette phase de jet à distance moyenne à faible est fondamentale puisqu'elle vise à disjoindre le devant de la ligne adverse afin de créer des ouvertures et de semer une dose plus ou moins grande de bordel dans l'ordonnancement ennemi. Le pilum dans une masse dense perce un homme -mortellement ou non- ou rend le bouclier inutile, car sa puissance de pénétration (calculée pour) garantit autant que faire se peut cet effet. Par ailleurs, une fois cette phase du jet d'un ou deux javelots par homme par les 2 premiers rangs (ceux qui combattront en premier), les rangs suivants des centuries au front continuent à lancer, avec une cadence moindre, cherchant plus le jet d'opportunité mais se débarrassant fondamentalement vite du pilum pour se concentrer sur le combat rapproché et se tenir prêt à prendre sa place en tête, pour la rotation ou le remplacement des tombés. Ensuite, devrait y avoir des flèches partout, tirées de derrière la dupex acies (les 2 lignes de cohortes qui forment le mur de bataille romain) pour assurer un feu nourri. Enfin, mais là c'est fait par omission, ils auraient pu montrer que cette phase de rencontre des centres légionnaires est précédée de la rencontre des ailes de cavaliers et fantassins légers (appuyés ou non par des cohortes légionnaires de réserve, comme César le faisait), ce qui est souvent l'endroit où se faisait la décision, puisque la première aile à craquer ouvrait la voie à un contournement par la réserve du camp adverse, donc le risque d'un encerclement qui, alors que les centres étaient occuppés à se confronter sans immense possibilité de se percer -sauf accident ou si trop d'unités "jeunes" étaient en ligne-, amenait la défaite. Dans le cas de lignes romaines s'affrontant, c'est quasiment toujours comme ça que ça s'est terminé, le système légionnaire imposant cet aspect indécisif de l'affrontement des centres rangés en 2 lignes de cohortes (chacun organisé en deux lignes de centuries) ou plus, avec une réserve, ce qui empêchait toute percée locale de devenir décisive, sauf si un mouvement de panique était créé, ou si trop d'unités "bleues" étaient concentrées et rompaient l'ordre.... Ce qui était quand même rare. D'autre part, le légionnaire professionnel de la république finissante préférait le pas de course ou le pas standard: le légionnaire, et plus encore la cohorte, sont calibrés pour l'offensive rapide et aggressive, au moins jusqu'au jet du pilum (ne serait-ce que pour l'élan), et ne traîne pas ensuite, afin d'exploiter l'effet momentané de disruption dans les rangs adverse. Certes, et surtout dans le cas d'un affrontement de lignes romaines, le moment précédant le contact doit avoir un certain ralentissement afin d'être sûr de garder les rangs et les intervalles, mais une déformation par raisonnement intuitif fait souvent voir le légionnaire et sa ligne comme une formation de défense et d'avance prudente, ce qui n'est pas le cas, et ce surtout quand il s'agit d'unités expérimentées et aguerries, comme pendant les guerres civiles où la proportion de vétérans était élevée. Le légionnaire est un soldat incroyablement agressif et pas franchement fan des mouvements timides.... Ce qui est bien rendu, c'est l'ordre de cohortes qui est lui adapté à l'époque: à ce moment, l'armée romaine ne présente plus un schéma de bataille "en damiers" comme on le caricature trop souvent. Le damier permettait d'articuler la ligne, de faire se relayer les unités.... Mais était plus lourd à manier, et surtout trop lent dès lors que les armées dépassent une certaine taille, perdant en outre une partie de son utilité après la standardisation marienne de la légion qui fait disparaître les vélites (javelinistes et fantassins légers) et les triarii (piquiers lourds), ainsi que la distinction (concrétisée par le classement en interne par ancienneté dans les unités) entre princeps et hastatis. On passe alors à l'ordonnancement en files espacées de 3 pieds, qui permet aux lignes et unités de s'interpénétrer sans changer l'ordre interne des centuries et en réduisant le nombre de mouvements qu'elles ont à effectuer dans une bataille, mais aussi à driller. Il s'agit bien de cohortes rangées en 2 lignes échelonnées, chacune fondée sur 2 lignes de centuries, présentant donc 3 centuries de front dans le schéma standard. La subdivision de l'armée romaine et la charge de formations à retenir est ainsi limitée pour chaque échelon: - la centurie elle-même n'a pas beaucoup de formations à retenir en plus de cette disposition sur 4 rangs de profondeur et de 15, puis 20 files de front: former la tortue de temps en temps, diluer ou resserrer les rangs en fonction du terrain, de la tactique et de l'adversaire, mais sinon, l'essentiel repose sur les rythmes d'attaques à adopter, la retraite en combattant (spécialité exclusive romaine) et tout ce qui peut se faire en dehors du champ de bataille: ordre de marche, travail en plus petits groupes pour jouer l'infanterie légère.... - la manipule n'a plus de rôle à jouer à ce moment que dans la coordination au sein de la cohorte, pour les rotations ou l'appui. - la cohorte, elle, a un certain nombre de formations spécifiques, plus large mais dépendant aussi d'un commandement tactique fourni et spécialisé dans cette tâche (un tribun et son entourage, un groupe de signaux et un de musique, un centurion de cohorte et ses subordonnés): outre la coordination avec les cohortes voisines (ou des unités d'auxilliaires) pour le mouvement et la bataille, c'est à son niveau que sont décidées les formations et les mouvements plus évolués, comme le coin pour l'attaque, la colonne renforcée, la ligne étendue, le carré de cohortes.... C'est pourquoi la cohorte permanente fut une importante étape dans l'histoire de l'armée romaine, corollaire de la professionalisation de l'armée: on préfère avoir désormais des EM intermédiaires solides capables de "manier" des centuries et groupes de centuries que se reposer, dans des armées qui sont souvent désormais entre 20 et 50 000h voire plus (et face à des adversaires plus professionnels et variés), sur une multitude de manipules dont l'impact sur de vastes lignes de bataille est trop isolé et l'ordonnancement trop difficile et lourd à coordonner, surtout alors même que l'armée romaine devient plus rapide à manoeuvrer et vise à plus de souplesse et d'agressivité. La décision en bataille se fait de plus au niveau des tribuns et centurions de cohortes, qui articulent le dispositif décidé avant l'affrontement par le légat (pacha d'une légion ou temporairement à la tête d'une armée ou d'une partie détachée de l'armée) ou l'imperator/proconsul/consul (à qui est confié un front, une campagne....). Du coup, tout en bénéficiant d'un vaste panel tactique, l'armée romaine n'impose pas une bibliothèque imbitable de mouvements et formations complexes à chaque niveau. La centurie, surtout, n'a à se soucier elle-même que de peu de formations, le centurion et son optio pouvant se concentrer, une fois la coordination avec les voisins assurées, sur la tenue de l'unité et sur un nombre de mouvements limité, mais extrêmement drillés. Le nombre d'ordres criés qui vont avec est donc limité et d'autant plus reconnaissable, clairs et compréhensibles, même au plus fort des combats.
  15. Il est à noter des faits amusants sur les libertaires et libertariens de toute sorte, de gauche ou de droite: - ils nient la notion d'intérêt général, soit sur le plan théorique, l'idée même que le tout puisse être supérieur à la somme des parties. En économie, cela revient peu ou prou à nier l'existence des économies d'échelle. Où qu'on se place sur le débat, qu'on l'admette ou non, leurs "théories" achoppent toujours sur ce plan. Ils refusent de comprendre le changement de logiques fondamentales impliqués par le changement d'échelle. Ou quand ils l'admettent, se retranchent sur des positions de principes souvent brandies en dépit du bon sens. - plus hypocrite, certaines écoles peuvent admettre ce principe pour l'économie mais semblent étrangement autistes en différenciant en principe la chose par une séparation artificielle des domaines économiques, socioculturels et politiques: aux USA, cela revient à voir des ronpaulistes et autres sortes de républicains ne voir aucun mal et aucune menace sur les libertés, sécurité et prospérité du pays dans la surconcentration économique en entreprises, groupes d'intérêt (pas forcément industriels/économiques: les Eglises et groupes sociaux divers en sont) et corporations gigantesques, mais à mettre tout ce mal et ce risque sur la "bureaucratie" étatique. De vrais libertaires seraient totalement contre toute forme de concentration passé un certain seuil (cela renvoie au principe d'atomicité d'Adam Smith), et n'accepteraient, comme les anarchistes et libertaires de gauche non marxistes, que la "fédération" (voir chez Proudhon)ou "l'association" réversibles. Tout simplement parce que la menace contre la liberté vient de la concentration de tout ce qui peut procurer une forme de pouvoir à l'élite (qui devient forcément permanente et spécialisée dans ce rôle) qui dirige les dites concentrations, qu'elles soient économiques, politiques, administratives, judiciaires, sociales, religieuses, culturelles.... - ils refusent d'envisager le fait que l'être humain ne peut foncièrement être l'espèce d'individu "total" que leurs souhaits en terme d'organisation politique, économique et sociale implique: si l'on appliquait leurs "théories", quelles qu'elles soient, chaque individu devrait être une espèce de dieu aux journées de 92h, capable d'être un soldat-milicien accompli, un citoyen modèle impliqué dans tous les aspects de la vie politique, au fait de toutes les implications d'un choix public (donc sans doute disposant de diplômes universitaires dans tous les domaines :P et d'une pratique aigue de la réalité en toutes choses), un être capable de se remettre en question en permanence sur tout, un actif accompli pratiquant plusieurs activités en même temps (la division du travail étant apparemment limitée dans le "système" souhaité: bref, chacun a son taf et en plus son potager à cultiver :lol:), un être honnête à tous les sens du terme (repect de la loi, honnêteté intellectuelle et connaissance absolue de la vérité....), un bon père de famille et un individu socialement impliqué dans de multiples domaines (religieux, associatifs....). Rousseau avait déjà envisagé la chose: pour que la "vraie" démocratie puisse exister, avec donc un Etat minimal, voire inexistant, il faudrait que chaque individu soit l'équivalent d'un dieu. Chez Ron Paul et ses affiliés, cela confine à la débilité autant qu'à des abstractions de théoriciens enfermés dans les nuées célestes, sans rapport avec la réalité. Ce qui est marrant, ce serait de leur faire admettre à quel point il s'agit de l'idéal anarchiste, l'ordre sans le pouvoir.
  16. Bonne comparaison: on peut souvent se demander pourquoi de grandes entités politiques laissent à l'occasion des Etats croupions ou domaines très réduits par rapport à eux sur une de leur marge, sans que le dit domaine représente un quelconque intérêt stratégique en en faisant une "marche" ou un Etat client servant de glacis face à un adversaire plus conséquent ou une étendue mal contrôlée. Ecosse et Bretagne sont des exemples de tels "réduits". Donc la question devient: pourquoi les laisser dans son dos? Réponse: leur conquête coûte plus qu'elle ne rapporte. C'est d'autant plus vrai quand il s'agit de domaines à faible concentration politique/économique/urbaine, à terrain difficile, à économie faiblement à moyennement développée (et surtout faiblement monétarisée, soit une concentration de capital "saisissable" et rapportant d'abord et avant tout à court terme, celui de la conquête). Autre exemple: il a fallu aux Romains très longtemps pour réellement "prendre" la Provincia (Provence-Languedoc-Roussillon) alors qu'ils avaient pris l'Espagne bien avant et la développaient et la colonisaient à marche forcée. La Provincia était pourtant potentiellement riche, disposait de quelques centres urbains portuaires conséquents (Marseille en tête), et surtout constituait un passage terrestre obligé vers l'Espagne, et autrement plus sûr et économique que le transport maritime (plus rapide toutefois). La perception de son utilité était donc nettement plus disputée, contestée et contestable, et l'investissement n'était pas forcément considéré par tous comme valant les retours immédiats ou ultérieurs. S'ajoutaient à ces considérations l'éventuelle reluctance politique romaine à trop conquérir et trop créer de provinces qui constituent autant de marchepieds de pouvoir pour les ambitieux, de réserve de puissance hors du contrôle direct et facile de Rome en tant que ville.... Et le souci plus stratégiquement légitime d'offrir un flanc au nord de la Provincia à d'autres peuples: non que les Romains en aient peur, mais ça veut dire des emmerdes, des calculs politiques plus compliqués, plus d'incertitude, l'idée de pouvoir se retrouver embrungué dans des guerres pas forcément voulues en raison d'alliances nécessaires plus nombreuses.... Malgré l'expansionnisme qui caractérise la république tardive (aussi culturel que politiquement et économiquement nécessaire vus les déséquilibres internes croissants), l'absence de scrupules et le sentiment de supériorité romains, la faction conservatrice (les optimates) et les modérés ont pas mal de scrupules à l'idée de nouvelles conquêtes fermes: - qui "diluent" la puissance politique des clans les plus fermement en place en procurant de nouvelles bases de pouvoir qui risquent d'élargir le jeu et ne tombent pas forcément dans leur escarcelle. Une colonie, c'est une base de moyens, de richesses, d'éloignement de Rome, de réseaux de clientèles nouveaux avec des peuples souvent guerriers.... - qui incitent à lever sans cesse des légions, qui créent autant de réserves de vétérans démobilisés fidèles avant tout à leurs généraux, susceptibles de constituer des armées de réserves aguerries, des électeurs, de la masse hostile dans les rues de Rome.... - qui éloignent Rome d'elle-même, à savoir le "heartland" du latium: multiplication de colonies de vétérans et émigrés, appui croissant sur les élites non romaines dont la puissance n'est pas négligeable, et ce d'autant moins que les colonies sont nombreuses.... Cela donne des armes politiques à d'autres (argument 1) mais cela inclue aussi dans les calculs politiques romains (et donc les contraintes, y compris des gouverneurs et proconsuls optimates et modérés) des logiques et impératifs qui ne ressortent pas de leur intérêt direct (quand on a un client, on a des obligations envers lui et ses intérêts: le clientélisme est un contrat écrit, négocié et spécifique, comme l'alliance). C'est d'ailleurs ce qui s'est passé: la Narbonnaise une fois devenue province, a aussitôt entraîné Rome dans des réseaux d'alliances toujours plus étendus en Gaule. Face à l'invasion des Cimbres et Teutons, Marius a été envoyé pour s'impliquer lourdement, ce qui a amené les grandes réformes mariennes de l'armée romaine et la constitution d'une faction marienne puissante (dont héritera plus tard César, neveu de Marius) qui motiva elle-même la constitution de la faction opposante autour de Sylla qui l'emportera pendant un temps, après une guerre civile, établira une dictature temporaire et mal vécue à Rome. Mais la vie politique romaine en fut définitivement changée, accélérant les logiques à l'oeuvre dans la République finissante en concentrant richesses et pouvoir, en forçant la constitution d'un fossé politique accentuant brutalement la bipolarisation du Sénat, ce qui mènera à la fuite en avant de César en Gaule et aux Guerres Civiles d'où émergera le Principiat. C'est donc à l'aune de ce type de calculs de court et long terme qu'il faut envisager la façon dont les décisions de conquête ou non d'une région, aussi mineure soit-elle, sont prises dans une grande entité politique telle que l'empire romain (ou la république avant lui). La conquête doit amener beaucoup pour justifier les emmerdes qu'elle peut créer, en plus de son coût proprement dit en tant que campagne militaire. Parce que ce très court terme existe aussi comme raison: la conquête des Gaules par César a connu des oppositions aussi parce que la rentabilité immédiate des opérations était douteuse: le cours de l'esclave avait baissé depuis longtemps à Rome, vu les masses que représentait l'esclavage en Italie à ce moment (l'un des objectifs du Principiat a d'ailleurs été de réduire la dépendance de l'économie à l'esclavage, pour reprocurer du taf aux Italiens, amoindrir le besoin de conquête permanent que cela implique et réduire les risques de guerre servile), et les Gaules représentaient des concentrations de métaux précieux somme toutes limitées au regard des coûts impliqués par la conquête. C'est d'ailleurs toute la différence entre César et Crassus: Crassus n'a accepté de faire voter l'octroi de quelques légions à César que pour l'éloigner un moment, sans les financer lui-même, qui comptait aller en Orient pour conquérir des zones où l'or et l'argent étaient plus présents, les économies plus développées, la concentration urbaine beaucoup plus importante, et la menace parthe de toute façon à réduire (Crassus avait besoin de gloire militaire face à Pompée ou César, son seul "fait d'arme" étant la réduction de Spartacus, "partagé" avec Pompée).... De ce côté, on sait ce qu'il est advenu, vu les "qualités" militaires d'un Crassus meilleur affairiste et stratège que tacticien. Il suffit de voir un peu sous cet angle l'affaire irakienne pour les USA: est-on dans un cas si éloigné, au-delà des formes de "conquête"?
  17. Je suis pas sûr que le DHS s'occupe autant que ça de catastrophes naturelles, même si elles sont dans son mandat théorique (il y a d'autres agences, et surtout nombre de services d'Etats qui sont généralement plus vus sur les lieux de catastrophes naturelles; on verra plus souvent une Garde Nationale que le DHS :lol:): même si personne, y compris aux USA, n'est encore ajourd'hui, après une dizaine d'années d'existence, réellement sûr de ce qu'est le mandat précis du DHS, véritable mastodonte incohérent réunissant d'anciennes agences fédérales, il s'agit quand même avant tout d'un agglomérat issu de l'ère Bush. Sa cohérence est douteuse, et depuis 2003, son existence est entachée de nombreux scandales en matière d'inefficacité et de dépenses hallucinantes: imaginez que le gâchis ou détournement d'argent PROUVE sur la période 2003-2008 tourne autour de 15 milliards de dollars, incluant des bateaux payés au double du prix (et dont beaucoup ont "disparu" ), des ipods achetés en masse et vraisemblablement distribués largement en interne sans qu'ils servent au boulot.... Au vu de la non réfome intérieure de ce "machin" qui pourrait incarner le gouvernement fédéral dans les yeux des plus anti-Washington, la décision d'achat en masse de véhicules inutiles, peut-être principalement pour leur look et/ou des petits arrangements entre copains, n'aurait rien d'étonnant.
  18. Juste un complément sur le sujet: quand la fictive disparition de la IXème légion est censée arriver, l'occupation romaine de l'Angleterre est en pleine consolidation, mais aussi en pleine réorganisation. Il faut rappeler un fait souvent oublié: les Romains ont conquis militairement l'Ecosse au Ier siècle. Après la grande invasion décidée par Claude (43 ap JC) et les années longues de conquête et affermissement du règne romain avec des effectifs limités (l'invasion elle-même n'a demandé que 4 légions et l'équivalent en auxilliaires, soit le tiers de l'effort maximum en dans les Gaules) qui réduisaient d'autant la marge de manoeuvre des proconsuls de Bretagne que l'empire lui-même n'était pas calme (règne de Néron et ses suites, grande révolte juive....), une deuxième période d'efforts est lancée dans les années70-80. C'est l'oeuvre du proconsul Agricola, qui entreprend la reprise en main en grand de l'île, Ecosse comprise. L'Ecosse n'est pas inconnue des Romains: outre le commerce et les tribus avec lesquelles Rome est en relation, nombre de témoignages et renseignements sont parvenus aux Romains depuis très longtemps (les Grecs eux-mêmes avaient des renseignements avant même l'époque césarienne), et la flotte romaine a fait plusieurs fois le tour de l'Ecosse. Agricola conquiert effectivement l'Ecosse, terminant sa campagne par la bataille du Mont Graupius en 84. Il établit un réseau de routes et de forts le long des Highlands pour tenir le terrain et contrôler les populations locales. Après le rappel d'Agricola, ses successeurs décident d'abandonner la conquête en moins d'une dizaine d'années, et le motif est le plus vraisemblablement économique: il n'y a rien à retirer de ces terres peu fertiles, bien plus vastes et difficiles d'accès qu'habitées. Le système d'occupation mis en place par Agricola devait nécessiter peut-être entre 15 et 20 000h (très majoritairement des auxilliaires) pour fonctionner, ce qui coûtait cher pour une zone sans intérêt. L'ambition d'Agricola de se présenter comme un grand conquérant semble avoir motivé l'investissement faramineux consenti pour obtenir un contrôle total de l'île, et le retrait d'Ecosse serait de ce fait vraisemblablement une volonté de Titus lui-même qui l'a foutu à la retraite forcée et a commencé à compter ses sous. Le contrôle romain de l'île reposait alors encore sur un réseau de forts (pour des unités de taille équivalente à une cohorte, vraisemblablement des unités composites légionnaires-cavaliers-auxilliaires pour la plupart) et de routes, ce qui suppose une dispersion importante, nécessaire pour tenir des populations encore souvent rétives à une occupation romaine initiale assez brutale et pas complète (le soulèvement de Boudicca, la résistance galloise.... En attestent); mais dès lors qu'il s'est agi d'affermir la pax romana et d'exploiter durablement la Bretagne, il a fallu se fixer, donc concentrer des troupes, développer des centres urbains incontournables.... L'Ecosse ne présentait pas les ressources motivant ce genre d'investissement, et a donc été vite abandonnée par des gouverneurs qui venaient souvent entre autres pour se remplir les poches. Elle représentait beaucoup de temps perdu, de surface à couvrir et de coups pris pour que dalle. Les Romains se sont donc repliés d'abord sur un réseau de forts et routes au nord de l'Angleterre, sécurisant des alliances avec les peuples des Lowlands avec lesquels ils n'ont vraisemblablement jamais été en conflit, pour leur servir de glacis. Mais là encore, le réseau de défense "souple" reste trop perméable pour des troupes peu nombreuses qui ont par ailleurs beaucoup de choses à faire dans l'île, ce qui laisse la frontière perméable et empêche les Romains de procéder comme ils l'aiment, c'est à dire en ayant des réserves de troupes concentrées pouvant se déplacer rapidement là où le besoin se fait sentir. C'est le Mur qui est décidé avant Hadrien, mais construit au début de son règne, qui répond à ce problème. Mais le Mur n'a jamais empêché les Romains de retourner se balader en Ecosse sans jamais réellement viser la conquête durable, pour des expéditions punitives, l'entretien d'alliances.... La plus grande fut celle de Septime Sévère où il est dit qu'il procéda à un véritable génocide de nombreuses tribus, avant tout les Calédoniens. La pire interprétation de la construction du mur serait la peur romaine des Pictes et autres populations de l'Ecosse: il s'agit d'une volonté de rationalisation du dispositif pour exercer du contrôle à moindre coût. Plus encore, le mur lui-même est un message intimidant par sa construction même, et son échelle, tant à l'intention des tribus du Nord que des éventuels emmerdeurs au Sud, mais aussi tout connement à Rome elle-même et ailleurs dans l'empire: une construction de prestige de plus pour l'empereur. Mais il permet aussi: - de faire circuler l'info plus vite sur la zone frontière - de contrôler les flux de populations et de marchandises - de faciliter la taxation des échanges - de défendre la frontière, évidemment, en servant de multiplicateur de forces à des troupes en nombre bien moindre Il semble qu'aller faire des démonstrations militaires en Ecosse ait été un sport utile pour certains empereurs qui avaient ainsi tôt fait de se mettre une campagne victorieuse au compteur. La confédération des tribus calédonienne ("calédonien" étant une appellation romaine) semble avoir été un punching ball utile à pas mal d'entre eux. L'existence des Pictes (aussi une appellation romaine qui semble prendre le relais du terme "calédonien") apparaît après la dernière grande expédition, celle de Septime Sévère (il mourut d'ailleurs de maladie pendant cette campagne, Caracalla prenant le relais). Il peuvent avoir été une nouvelle forme de structuration politique des tribus locales, un simple changement d'appellation par les Romains (le mot "picte" apparaît seulement en 297), un prolongement avec changement de direction politique de la confédération "calédonienne".... Aucun nouvel élément ethnique n'est apparu à cette période, et il peut s'agir en fait juste d'un processus de concentration (de type fédéral ou confédéral) plus permanent des alliances de tribus jusqu'ici constatées, phénomène qu'on retrouve pendant la guerre des Gaules, en divers endroits de Germanie dans les siècles suivants.... Soit en fait un changement politique local en réaction à l'ampleur de la menace romaine. Peut-être ce nom est-il devenu plus fréquent en raison d'un changement dans la politique interne de ces alliances, avec un peuple, une tribu, voire une famille, s'imposant aux dépends d'une autre. Ou n'est-ce au final qu'un changement sémantique de la part des Romains qui n'avaient pas vraiment de règles fixes pour nommer les "barbares" et auraient alors plus régulièrement adopté ce nom (phénomène de mode?) pour qualifier les groupements de tribus que par ailleurs ils connaissaient depuis longtemps? "Picte" ne veut que dire "peint", et fait référence aux tatouages qui étaient alors fréquents chez les peuplades celtes et apparentées.
  19. Très certainement, je ne dis pas le contraire, et les clichés habituels de l'historiographie du XIXème sur le "brave et noble" barbare sont d'une stupidité écoeurante. Surtout quand on sait à quel point les Gaules du Ier siècle av JC étaient en processus de changement (défrichement massif, urbanisation croissante, "républicanisation"....) dans certaines régions (sud est, centre surtout) et à quel point les druides constituaient une caste du savoir sur laquelle beaucoup de conneries ont été dites, notamment en raison d'une vision superficielle de leur refus de l'écriture (ils la refusaient pour le récit historique, la mémoire des ancêtres et des peuples -y compris procédurale, juridique....-; pour l'utilitaire -compta, organisation....-, ils étaient tous hellénisants et écrivaient beaucoup). Ce que la mémoire romaine a détruit en Gaule, c'est le fait que les Celtes tendaient plutôt à avoir leurs circuits commerciaux, leurs monnaies et leurs contacts culturels du côté grec :lol:. Et les améliorer (et vite), les utiliser aux bons endroits au bon moment, et surtout les utiliser à une échelle infiniment plus "industrielle".... La légion après la crise du IIIème siècle, c'est plus qu'un bataillon d'infanterie lourde (avec son groupe d'archers/javelinistes organique) qui garde le nom juste pour le style, quand même. Le "système d'arme" n'est plus la légion, mais l'ensemble de l'armée romaine dans toutes les compositions qu'elle peut adopter. Mais mon point pour l'après César, c'est que l'évolution n'a jamais cessé. Par exemple, sous le Principiat, dès le Ier siècle, la légion n'est plus si souvent employée en tant que telle sauf pour les très grandes campagnes et situations exceptionnelles: c'est encore une unité de campagne, mais déjà elle est plus composite dans son emploi et repose en fait comme système sur une intégration plus profonde avec des unités auxilliaires permanentes plus professionnelles et standardisées. Il y a une révolution militaire romaine aux lendemains des guerres civiles, avec la constitution d'une armée professionnelle permanente pensée pour le "garnisonnage" des provinces frontières, ce qui n'est pas encore le limès. C'est l'amorce de la spécialisation des légions dans le "job" de l'infanterie lourde/médiane/de ligne, le fait de se reposer plus sur la partie (croissante) professionnalisée des auxilliaires, notamment pour de nombreuses spécialités que la légion totalement polyvalente de l'époque Marius-César savait encore faire complètement (elle reposait sur les auxilliaires, mais pouvait tout faire si besoin était, sauf la cavalerie). La légion commence à devenir dès Auguste le coeur d'une armée de province type, et à être pensée en fonction de cette position centrale qui est la majorité de son occupation, les grandes expéditions qui les voient réintégrer en grand nombre et au complet un ordre de bataille exceptionnel étant quand même rares. Et plus l'auxilliat s'affirme à tous les niveaux, plus c'est vrai. Et plus encore, l'usage la change aussi dès le IIème siècle: quand un général mobilise des troupes dans une province ou qu'une plus grande guerre menace, on ne prend que des task forces issues des légions, autant pour ne pas vider une province de ses défenseurs que pour ne prendre que le meilleur et le plus mobile de chaque légion et de chaque armée provinciale. C'est cette habitude qui devient la règle de créer des cohortes (infanterie) et ailes (cavalerie) quingénaires ou milliaires, et des cohors equitata (groupements mixtes) qui réintègrent rarement leurs unités d'origine une fois déployées au loin. La légion telle qu'initiale, soit l'ensemble de 5000 combattants (plus les services), devient un peu l'unité de dépôt, la réserve régionale dans un campement permanent qui sert à former les troupes et à générer ces task forces composées à la demande et à partir desquelles on compose des ordres de bataille plus souples, plus adaptés. Ce mouvement se voit dès le IIème siècle, et hors de quelques très rares grandes guerres, les seuls mouvements de légions "à l'ancienne" sont quand on en déplace une pour l'installer dans une nouvelle province. Et encore, dans les "grandes guerres", on voit en fait un nombre limité de légions permanentes être déployées comme telles, et beaucoup de cohortes être employées de façon autonome (alors que leur légion d'appartenance peut être au complet dans l'armée de cette expédition), toujours pour composer des forces adaptées aux tâches et à la situation tactique, chose qui était étrangère à César. C'est ce qu'on voit rapidement se développer sous le Principiat: la légion "classique" comme système d'arme en soi n'est quasiment jamais employée comme telle. En grande bataille rangée entre armées massives, elle est réunie pour simplement "articuler" le front, un échelon de commandement rendant une armée gérable sur un champ de bataille ou dans une campagne, mais plus vraiment le coeur de système qu'elle a été. La majorité du temps, elle est une unité réservoir, ce qui veut dire qu'elle n'est plus un système d'arme, même si elle est encore le creuset de l'infanterie de ligne romaine (mentalité, entraînement, esprit de corps, cadre fondamental), mais juste ça. L'art militaire romain progresse en s'affranchissant de nombre des fonctions qu'elle a représenté. Un peu comme le système divisionnaire: il existe encore, mais il n'est plus le coeur, l'outil absolu des armées occidentales, l'unité de compte essentielle d'une armée, le pion à partir duquel tous les besoins et toute l'organisation sont calculés.... Pourtant il a quel âge ce système, réellement? Même pas un siècle et demie; je ne compte pas réellement les "divisions" du XVIIIème siècle finissant, qui sont encore un tâtonnement et ne reflètent pas cette importance, pas plus que celles des guerres napoléoniennes qui sont des subdivisions pratiques des corps d'armée. Au final, la division n'a "compté" réellement qu'entre la 2ème moitié du XIXème et la Guerre Froide, et encore, même dès la fin de la 2ème GM, la division voyait déjà se détacher des battlegroups (des cohors equitata et alae ;)) au service desquels elle se mettait plus que l'inverse, et à partir desquels l'orbat était calculé. Mais quoiqu'il en soit, on réfléchit aujourd'hui plus sur ces battlegroups, en ayant "rationalisé" leur unité mère plus au niveau brigade.... Et ce en quoi? Moins d'un siècle d'histoire de la guerre motorisée? Faut pas croire les Romains plus statiques que nous dans la pensée, avec un monde moins changeant, juste parce qu'ils n'avaient pas de bagnoles :lol:. Mais bon, désolé si j'ai l'air de pinailler: j'essaie juste de pointer que ce qui nous apparaît, vu d'ici et maintenant, statique ou à peu près statique, ne l'était pas vraiment vu de leur époque.
  20. Les auxiliaires, à partir du principiat, sont devenus des unités régulières de l'armée romaine, de plus en plus équipés et entraînés dans leur propre spécialité. De ce fait, ils sont devenus populaires, un moyen de promotion et ont commencé à intégrer des citoyens romains dès lors que la loi l'autorisa. Les légions, elles, sont restées d'accès privilégié aux citoyens romains, fait qui ne changea pas. L'Edit de Caracalla, en 212, cependant, fit de tout habitant libre de l'empire (hors certaines populations de "colons internes" à l'empire, tels ceux couverts par les statuts de gentiles ou de fédérés) un citoyen, ouvrant de ce fait l'accès aux légions à tout homme libre ou presque. Sur le plan ethnique/géographique, la diversification a commencé plus tôt: les Italiens (pas juste les Romains de Rome-ville :lol: avaient déjà un accès exclusif aux légions depuis longtemps (la fin des guerres sociales en fait, les alliés italiens, ou "socii" accédant pleinement à la citoyenneté) continuent à représenter la quasi totalité du recrutement pendant le Ier siècle après JC. Mais l'extension graduelle de la citoyenneté dans les provinces de l'empire, de même que l'émigration de familles italiennes qui font souche un peu partout dans l'empire, accroît la base de recrutement citoyenne dans des proportions croissantes, si bien que de la 2ème moitié du Ier siècle à l'année 212 et ses changements, la proportion générale s'équilibre, puis s'inverse, d'autant plus vite que le IIème siècle voit l'extension de la citoyenneté s'accélérer sans cesse. En fait, au IIème siècle en général, les Italiens pèsent de moins en moins, et à la fin du siècle, ils ne sont plus qu'une minorité plus forcément très importante. A mesure que l'empire s'étend et surtout se stabilise, on constate la baisse du recrutement dans les provinces les plus centrales, Italie en tête. D'autres zones de recrutement légionnaire commencent à s'affirmer: Gaule, Anatolie et surtout Illyrie-Panonnie (Yougoslavie-Hongrie) sont les véritables viviers des légions, remplaçant l'Italie et l'Espagne désormais très pacifiées. Mais il faut garder à l'esprit que le recrutement des légions est resté le privilège des citoyens tant que la légion a été primordiale et dans sa forme du Haut Empire, avant de changer radicalement et de perdre sa nature particulière graduellement, puis définitivement pendant la crise du IIIème siècle. Bouef, j'ai toujours été moyen convaincu par cette façon de voir qui tant à tout faire s'équivaloir: le fait est que les celtes avaient un niveau de civilisation élevé, mais pas aussi sophistiqué que les Grecs ou les Romains, mais la vraie différence est que ce niveau de développement ne concernait que les élites parmi les élites. Appelle t-on réellement cela une "culture" développée au sens global quand ça ne touche au mieux que moins d'1% de la population contrairement à une civilisation romaine ou grecque où, même si l'élite a un niveau culturel/de développement faramineux, cette même élite représente déjà une proportion un peu moins réduite, mais surtout, il existe une "classe moyenne" (à plusieurs niveaux) où le niveau de "culture"/développement est nettement plus élevé? Le niveau civilisationnel n'est vraiment pas le même, et j'avoue être en total désaccord avec nombre de vues historiques qui veulent souvent montrer cet aspect -réel, attention- de développement de certains peuples celtes pour le mettre sur un pied comparable à Rome en occultant totalement ce fait des proportions de populations qui y ont plus ou moins partiellement accès. Non, catégoriquement non. Certes, les populations de l'empire sont restées diverses, et c'est bien le propre d'un empire que de n'être pas unitaire/unitariste et acculturateur de façon absolue. Mais pour ce qui est du domaine militaire, les causes des changements sont toute autres, et il est déjà très polémiques de parler d'un modèle qui "périclite" ou de voir une décadence militaire romaine, et de là de vouloir lui trouver des causes fondamentales pour retomber dans les grands délires pan-historiques du "déclin de l'empire romain", vision du XVIIIème siècle émise par un Anglais pré-romantique, en mal de reconnaissance et qui se prenait visiblement trop au sérieux, et qui fut favorisée par l'émergence contemporaine de l'Histoire hégélienne qui veut absolument ne voir qu'un "temps long" dont en plus elle prétend comprendre tous les tenants et aboutissants (et dont une des tendances dramatiquement abêtissante est de faire voir ce qui est arrivé dans l'histoire comme toujours inéluctable -parce que c'est arrivé- et donc -égo intellectualiste oblige- parfaitement prédictible, voire annoncé depuis des siècles via telle ou telle cause). Plus j'ai étudié le sujet, plus j'ai lâché cette façon de voir qui sous-tend une énorme partie de l'historiographie et qui est en fait une création des deux derniers siècles: une étape nécessaire (l'histoire en tant que science est en fait née avec Hegel), mais polluante mentalement, dans l'étude historique et qui tend à nous mettre en tête des schémas mentaux voulant voir des effets et des causes de long terme, qui font conclure à l'inéluctabilité de toute chose. Le pire exemple en la matière est la vision marxiste de l'histoire, un pur produit de ce temps prétentieux. Pour revenir au sujet (désolé, ça me travaille ce truc :-[ :-X), la légion n'a pas "décliné": elle a changé, s'est adapté. Il se trouve que la légion de César n'avait pas grand-chose à voir avec celle de Scipion l'Africain, qui ne ressemblait en rien à celle issue des guerres samnites qui elle-même avait bien peu à voir avec la "legio" (levée) initiale de la monarchie romaine. Et celle de César ressemblait très peu à celle de Trajan, qui n'avait rien à voir avec ce que Dioclétien ou Constantin (après la crise du IIIème siècle) menaient au combat. Ce n'est qu'un nom, qui était tout à l'origine (il y avait une "legio" de Rome, qui était l'armée entière), c'est devenu une subdivision de l'armée de campagne (un "corps d'armée"), puis le coeur des forces d'une région frontalière, puis graduellement une unité militaire de plus en plus comme une autre, notamment à mesure que les unités dites auxilliaires de tous types se professionnalisaient, prenaient une place précise dans un ordre de bataille complexe, adoptaient en général l'esprit militaire romain (qui devenait la norme) pour la plupart d'entre elles.... Juste une évolution. L'accès à la citoyenneté a d'abord concerné les élites provinciales, mais dès lors que les auxilliaires sont devenus permanents et aussi nombreux en permanence (puis plus nombreux) que les légionnaires, donc en fait dès Auguste, la citoyenneté était aussi accessible "par le bas" aux soldats faisant leur pleine durée de service.
  21. A part De Gaulle, aucun président de la Vème n'a jamais logé à l'Eysée. Sarko vivait à moins de 500m de chez moi, à la Villa Montmorency (chez Carla): t'aurais du voir le cortège tous les soirs, avec les Gardes Républicains qui venaient 1/4 d'heure à l'avance pour se poster dans le coin et bloquer un carrefour juste pour ça, WE compris.... Karl Zéro, qui vit juste à côté, avait écrit un truc sur ce fait au début du mandat Sarko, pour pointer que le plan de circulation du quartier avait été bouleversé, et pas dans le meilleur sens du terme, pour rendre le trajet plus confortable au président (je confirme d'ailleurs: le quartier est encore un bordel, le dit bouleversement s'ajoutant aux magnifiques changements opérés par les Ayatollahs verts de la mairie Delanoë). Donc le QG Jupiter est bien loin de tout président sauf aux heures de travail, et ce depuis 1969.... Pas nécessairement, pas plus que le parti au pouvoir tel qu'il est dirigé; tout dépend du caractère apparent de la personne (ou des personnes), et plus encore du niveau de marge politique dont dispose cette personne ou ce groupe, seul élément réellement concret qui indique le degré de réformes possibles/probables. Evidemment, au vu des élections de ces dernières décennies, des esprits plus mesquins que moi ;) :lol: pourraient en déduire une loi générale indiquant la fatuité par essence des candidats sérieux à la présidentielle.... Mais non, y'a pas forcément de fatalité.... Juste des probabilités pour l'instant pas trop favorables à ce qu'un pouvoir fort et décidé se mette en place.
  22. Alors tu seras toujours déçu ;). Comme quoi, on n'écoute que les oracles qui interprètent les "signes" comme on le veut (que ce soit ce qu'on souhaite ou ce qu'on craint).... Comme les horoscopes. La superstition restera donc toujours un business rentable :lol:.
  23. Tancrède

    L'armée romaine

    La question peut varier: à partir de quels espacements l'unité d'infanterie de ligne commence t-elle à s'empêtrer dans elle-même, à se presser de façon contre-productive, et à partir desquels est-elle trop relâchée, donc trop fragile et peu apte à optimiser ses effectifs pour faire du tout plus que la somme des parties (et à quel degré)? Ca dépend de beaucoup de choses: tactique fondamentale, tactique dans une bataille donnée, niveau et type d'entraînement, mais aussi tout connement l'arme de prédilection. Des piquiers/phalangistes ont besoin de se serrer et d'avancer ainsi pour former le "poing" qui n'a jamais trouvé d'équivalent sur le champ de bataille en terme de capacité d'impact: les 70cm qu'occupent un homme ne sont augmentés que d'espacements minimaux, soit environs 10cm de chaque côté, pour arriver à une moyenne transhistorique de 90cm de front par homme. De cette base, l'unité peut se "diluer" un peu pour affronter un terrain plus accidenté et/ou se scinder en plus petites entités mobiles coordonnées (les Suisses le faisaient, l'armée macédonienne d'Alexandre le faisait) et devenir de ce fait une arme d'attaque (ce qui requiert nettement plus d'entraînement et d'expérience) autre que la simple avancée générale d'une unité phalangiste. Elle peut aussi se contracter encore plus pour résister à un assaut de cavalerie, ou exercer la poussée collective afin de briser la ligne adverse. Mais pour revenir plus sur le sujet, c'est à mon avis avant tout cette discipline collective, et les habitudes qui en découlent, qui devait prévenir la confusion dans les affrontements entre Romains, au moins sur le champ de bataille. En fait, ça devait déjà être plus coton HORS du champ de bataille.
  24. D'un autre côté, il a survécu et il n'y a eu aucun dommage suite au courroux du ciel, ce qui indique peut-être au contraire la faveur des dieux..... Comme quoi, les superstitions et les dictons, c'est selon l'intérêt et le marketing qui en est fait, comme te l'auraient dit les anciens Romains :lol:. Non, heureusement pas à ce point là.... En revanche je suis de plus en plus apolitique, allergique à tout militantisme (beurk encore un mot en -isme) et complètement sans illusion sur la politique mais ni en colère ni cynique sur la chose. Un bien mauvais citoyen en somme :lol:. En revanche, et conséquence de cette absence d'illusion, le "respect" soi-disant du par essence à la fonction présidentielle (on a rétabli le crime de lèse majesté récemment? C'est après tout la seule mesure concrète qui établit ce respect), j'attends encore qu'un de ses occupants la mérite; les laisser se cacher derrière cette absurdité de "la fonction, pas la personne", c'est de la sujétion sans condition.... Donc Flamby it is (c'est "flamby" ou "flanby"? Le crime contre l'orthographe me hérisse plus), et pas plus de respect pour lui que pour un petit maire se gonflant d'importance en cachant sa bedaine avec l'écharpe tricolore pour se balader dans les rues.
  25. Tancrède

    L'armée romaine

    A noter que la représentation du combat légionnaire au début de la série n'est pas exact: les légionnaires sont trop serrés, ce qui ne leur laisserait pas la possibilité de se battre autrement qu'en assénant un nombre limité de coups d'estoc aux trajectoires rendues prévisibles (par dessus ou dessous le bouclier, et dans le faible interstice entre 2 boucliers). Les légionnaires occupent chacun un espace d'environs 70cm de front (largeur moyenne d'un légionnaire équipé) et laissent 90cm d'espace vide entre eux. C'est la distance quasiment sacro sainte, répétée à l'envi par les penseurs militaires romains, drillés par les centurions pendant toute la carrière militaire d'un soldat.... Ce sont les 3 pieds romains que chaque soldat surveille en permanence, à l'entraînement et au combat. Dans la profondeur, l'écart entre 2 soldats (entre 2 rangs) est plus grand encore, autour d'1,80m (6 pieds romains), afin de laisser la place à un jet de pilum initial pour la première ligne, et afin que les rangs suivants puissent continuer à lancer pendant que la première ligne est au combat. Mais cet espace sert aussi à pouvoir reculer, s'appuyer et se battre. La formation obtenue peut sembler très diluée, mais ce sont les distances optimales pour le combat d'infanterie standard, issus de siècles d'évolution militaire de la légion, spécialement depuis les affrontements avec les Samnites. L'un des multiples avantages est que les unités d'une armée peuvent "traverser" ce front, notamment les unités légères et troupes de "missiles" qui peuvent ainsi retraiter ou partir au-devant très vite sans qu'aucune manoeuvre d'unité, cohorte ou centurie, soit nécessaire. S'il faut resserrer les rangs, pour une tortue ou pour tenir face à de la cavalerie, ça peut aussi se faire mais ce n'est pas la majorité des cas et ce n'est pas l'organisation primaire de légions qui cherchent à imposer une autre tactique, fondamentalement offensive. Visuellement, il faut aussi garder à l'esprit que le premier rang, celui qui combat, se décale par rapport à la colonne dont il vient: il se place devant l'intervalle de 90cm entre 2 colonnes, aussi bien pour faciliter son remplacement par le légionnaire de derrière (remplacement d'un rang par un autre pour faire se relayer les soldats et les garder frais, ou remplacement et évacuation de ceux qui tombent) que pour dégager la vue aux rangs suivants, éviter d'encombrer plus le sol si un tombe (les cadavres ennemis y sont déjà souvent plus nombreux et gênent la manoeuvre à cet échelon).... C'est en fait très contre intuitif, comme système, l'instinct faisant tendre à resserrer les rangs au maximum, ce qui peut dans certains cas aider à une défensive statique ou peu mobile, mais crée plus d'emmerdes qu'autre chose dans les faits. Ces 3 pieds de front et 6 de profondeur sont un compromis, et il ne faut pas oublier que si des lignes s'interpénètrent, chaque adversaire qui passe entre 2 légionnaires du 1er rang se retrouve du coup au milieu de 4 autres. La centurie en ordre standard offre 10h de front sur 8 de profondeur (un contubernium fait une file), et elle est généralement doublée, dans une cohorte, par l'autre centurie de sa manipule, ce qui offre ainsi par l'organisation et la tactique plus que la profondeur défensive nécessaire au lieu de le faire simplement par l'organisation physique de chaque groupe en faisant un bête mur de gens resserrés les uns sur les autres. C'est une pensée tactique plus évoluée, qui requiert un degré d'entraînement plus élevé, d'où l'importance du niveau d'expérience des légions et cohortes. Dans le cas du sujet, à savoir 2 légions se faisant face, rien n'invalide réellement cet ordonnancement: chaque soldat se repère à ses voisins, à son contubernium derrière lui, à son centurion et son optio et à ceux des centuries d'à côté, tous connus visuellement: la cohorte comme unité organique permanente crée de grandes habitudes inconscientes à force d'être drillées, et l'obsession quasi maladive pour la tenue des intervalles, qui doit occuper une partie de la concentration du légionnaire, fait le reste. S'il le faut aussi, le rôle du signifer, qui se place aux environs du 3ème-4ème rang (sur la droite, derrière le centurion qui lui est au premier rang, l'optio étant à l'arrière gauche), constitue un recours supplémentaire. Enfin, le fait de devoir se relayer par rangs limite encore plus le temps passé en une fois en première ligne et constitue un rappel à l'ordre régulier. Ca marche pour la défensive, le combat de front plus ou moins statique et pour l'offensive. Les centurions et optios des centuries de la ligne de front font de leur côté attention à s'aligner les uns sur les autres, avec leurs homologues de manipules (une manipule reste une unité à part entière, commandée par le centurion aîné des 2 centuries), derrière eux, qui veillent de leur côté à la même chose, et avec le commandement de cohorte (un tribun et son Etat Major, avec la musique) qui constitue le "regard" gardant son unité ensemble, prenant des initiatives locales et relayant l'information et les ordres avec "le haut" (si c'est capital seulement, la bataille romaine étant plutôt décentralisée). Au final, l'ordre romain est le premier garant qui évite les risques de confusion lors des combats. Cela doit arriver à l'occasion, au niveau individuel ou avec des unités d'auxilliaires, mais pas à une échelle gênante. Et si ça arrive à un niveau plus conséquent que l'individuel, cela veut forcément dire qu'une unité a été rompue, qu'elle n'a plus la cohérence pour assurer ses intervalles et sa coordination avec ses voisines, donc qu'elle est virtuellement hors de combat en tant qu'unité.
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