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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Tancrède

    Nanas au combat

    Ceci dit et pour ne pas faire que pointer du doigt l'action et le lobbying politiques, ce fait signale quand même potentiellement quelque chose d'autre d'assez inquiétant pour expliquer cette ouverture de formations de combat aux femmes (si cette nouvelle est confirmée et ne concerne pas que de la formation pour faire des femmes des instructeurs ou des spécialistes pouvant avoir à ponctuellement accompagner des unités de combat, mais pas les intégrer): si le corps des marines, qui avait réussi à passer les années 90 et 2000, celles du politiquement correct tout puissant et non encore bridé, sans céder à cette sirène là, préservant son esprit de corps et ses standards dans des forces américaines par ailleurs TOUTES contraintes de rentrer dans le rang de la mode politique, il est assez intrigant de le voir s'ouvrir ainsi tout d'un coup. Si évidemment c'est pas 100% du au politique. La seule explication restante, du coup, c'est le manque de recrues (malgré la situation économique), et surtout le manque de recrues de qualité, ce qui est carrément flippant: comme beaucoup de services et unités prestigieuses, le Corps attire nettement plus de volontaires et vocations que la moyenne d'autres forces, unités et services, et il concourt par ailleurs de façon un peu informelle à l'immigration en intégrant des migrants de fraîche date qui se verront accorder plus facilement leur visa ou citoyenneté en passant par ses rangs.... Ne croyant pas aux révolutions culturelles spontanées dans les institutions, surtout cette révolution là dans cette institution là , je ne vois que cette explication comme alternative et/ou complément à celle de la directive politique/politicienne.... Ce qui fait pas mal flipper. Parce que si même l'USMC, corps prestigieux dans le pays occidental/développé qui maintient le plus la "conscience militaire" dans les mentalités, a du mal à recruter les recrues qu'il lui faut en nombre suffisant, on peut imaginer le niveau qualitatif drastiquement bas qui doit être le lot des armées occidentales. Alors oui, ça pose réellement la question de savoir comment recruter, comment gérer la ressource humaine, comment étendre les bassins de recrutement en les différenciant bien et en les ciblant pour ce qu'ils sont, et du coup en adaptant l'intégration, la formation, la formation continue et la "culture" militaire, parce qu'il est sûr que l'armée telle qu'elle fonctionne actuellement en tant que modèle ne correspond plus DU TOUT à la société qu'elle défend. Un vrai cas de divorce qu'on ne peut pas se permettre; s'il est certain qu'il faille d'une manière ou d'une autre "ramener" le citoyen vers l'armée, l'inverse est surtout bien plus vraie, et il faut sortir l'armée du trou culturel, sociétal et socio-économique dans lequel elle s'enferme toujours un peu plus. Juste pour citer le dernier rapport du Congrès américain (février 2012) sur la question: Admirable langage administratif qui veut tout et rien dire (autre manière de temporiser en couvrant tranquillement et très politiquement son cul); des standards "gender neutral" veulent cependant en soi dire qu'il y aurait unification, donc alignement des standards à la demande, ce qui veut techniquement dire "à la baisse", au moins pour un certain nombre d'unités, sans quoi il n'y aurait pas vraiment lieu de dire que les dits critères seraient réévalués, les critères masculins, numériquement extrêmement dominants, étant désormais considérés comme les critères tout court. Dans les faits, cela voudra t-il dire que les critères choisis seront suffisants? Sans doute pour une grande partie des missions. Cela veut sans doute plus dire que, bien à l'abri des règlements officiels, une sélection plus pointue et sournoise devra se faire en interne pour un certain nombre d'unités dont les standards ne peuvent être abaissés: on imagine bien que les Force Recon et Recon Battalion, les Scout Snipers, le MARSOC, les FAST Companies, l'unité de protection présidentielle, au moins, ne compromettront rien du tout. Mais plus globalement, il faut garder un truc à l'esprit, que l'expérience passée a démontré amplement, même si peu de pub a été faite à cet égard: l'entraînement n'égalise pas les performances entre les sexes, en général.... Il renforce l'écart moyen. Et un soldat qui n'est pas poussé au maximum dans son entraînement et dans l'exigence de performance du métier a tendance à se démotiver plus vite, à rester moins longtemps, et de là, à moins bien se comporter en moyenne et à ne pas se voir un grand avenir dans l'institution (et si on peut compter sur l'effet d'émulation/compétition/concurrence productive entre hommes, il est plus douteux de voir un tel effet entre les sexes, certaines différences et certains préjugés étant impossibles à éradiquer). Il serait dès lors possible de prédire que l'armée deviendrait un métier bien plus épanouissant pour les femmes que pour les hommes, ceux-ci étant radicalement moins attirés par un métier des armes "dévalorisé", ce qui renforcerait le problème de recrutement (qualitatif et quantitatif) ou en tout cas de fidélisation. Et l'effet sur le niveau global de performance d'une armée à critères abaissés se passe de commentaires: il y aurait des exemples nombreux de réussites féminines extraordinaires, des parcours impressionnants, des jolies histoires en pagaille, de l'émotionnel travaillé en masse sur des OPEX sans grands risques absolus (évidemment pas au niveau individuel où le danger sera toujours présent), des articles innombrables sur le merveilleux épanouissement de nouvelles générations de "femmes guerrières" désormais en proportions très importantes.... Mais aucun examen malséant sur la qualité, la performance, la capacité générale de ces troupes. Ca veut pas dire qu'elles seraient mauvaises, surtout pour des armées de pays développés ayant le plus souvent des marges de supériorité importantes via des dispositifs sophistiqués, complexes, fournis.... Mais ce serait une performance au final d'un rapport qualité-prix pas forcément terrible, avec des limitations sectorielles nombreuses. Des critères et exigences abaissés ont tendance à faire baisser l'émulation et l'attractivité du métier chez les hommes, et s'il est un trait culturel assez constant, c'est la baisse, pas forcément très rapide mais bien réelle, du "prestige" (social, culturel, psychologique) de métiers qui se féminisent de façon importante, tant aux yeux des hommes qu'à ceux des femmes. Le même document cité plus haut ennonce: C'est un argument très ambigu: s'il est effectivement en soi moralement inattaquable, il part cependant d'un point de vue partiellement erroné, celui selon lequel l'armée serait là pour être un lieu d'épanouissement fait pour que chacun s'épanouisse et ait "sa chance" de faire carrière, de se trouver.... Quoique cette dimension ne soit pas absente, il faudrait cependant toujours garder à l'esprit qu'elle est SUBORDONNEE à l'impératif absolu d'une armée qui est d'être efficace. Ces 2 postulats ne sont pas toujours incompatibles, loin de là, et avoir des troupes motivées, une proportion importante de vraies vocations.... Est constitutif d'une armée efficace. Cependant c'est un moyen, pas une fin, et la fin, le but d'une armée, est absolument prédominant à tout moyen pour l'atteindre (le plus évident étant que c'est le seul métier au monde où on peut légalement vous donner l'ordre d'attenter à votre droit le plus sacré, celui de rester en vie): là, par ce genre d'arguments, de position, on fait passer dans le principe la raison individuelle, l'intérêt/l'optique de chacun avant le but de l'armée, du tout. Signe de temps plus individualistes ou simple argument politique qui passe bien dans la polémique? Difficile à déterminer, mais la seule chose sûre est que cet argument est mis en avant pour échapper à un examen global de la question de savoir comment l'efficacité s'obtient dans ce chapitre de l'intégration éventuelle de femmes en unités combattantes (avec toutes les complications qui s'ensuivent dans chaque aspect du débat), et quelles sont ses limites et problèmes (parce que nier qu'il y en a est idiot et idéologique.... Ce qui est la même chose).
  2. Tancrède

    Nanas au combat

    Cela soulève les mêmes questionnements que d'habitude: - d'où ça vient? Imposé par le "haut" en réponse à une petite pression politique? Il est à noter que le focus des deux dernières semaines pour la campagne électorale américaine était précisément les femmes, que la campagne Obama a décidé de verrouiller comme base électorale ferme suite au constat que Mitt Romney, désormais LE candidat républicain, n'arrivait pas à "atteindre" les électrices (sans doute un effet de son côté "l'homme le plus ennuyeux du monde" :lol:). - les femmes du corps des marines sont toujours astreintes à des critères de sélection physiques plus bas, ce qui soulève inévitablement la question de comment le placement de soldats ou cadres ne répondant pas aux mêmes exigences seront acceptés par les hommes, au-delà du simple critère de performance "pure". - étant donné le faible nombre de femmes dans les troupes déployables de l'USMC (bref, celles qui "passent la barre" des critères de sélection), tous métiers confondus, et le maintien de critères plus bas, il est loisible de se demander quel effectif serait obtenu si un critère universel au moins pour les unités élémentaires de combat était imposé pour couper court à des récriminations de la part des hommes: quel effectif de femmes, mais surtout quelle proportion en résulterait/ra dans les unités de combat? C'est là le risque d'une micro-minorité irrévocablement vécue comme "différente" (une différence non compressible, si l'on peut dire :lol:, en tout cas dont il ne peut être fait abstraction en termes de réflexes et comportements inconscients de la part des hommes); si cette minorité est "saupoudrée" dans les unités avec exigence d'indifférence, je crains vraiment que ça merde assez gravement. Mais il faudrait déjà pour cela que les critères de sélection soient unifiés, sous peine de foutre d'emblée la merde et de prêter le flanc, pour le coup de façon justifiée, aux accusations de favoritisme politique, d'expérimentation sociale.... Si les critères sont unifiés (et sur standard masculin, pas en les abaissant pour faire artificiellement grimper la proportion de femmes aux dépends des exigences de qualité opérationnelle), ce qui restera entier est la question de la compatibilité des 2 populations dans un environnement de combat et de vie militaire permanente, et ce dans un cadre non équilibré, soit celui d'une micro-poches féminines dans un environnement quasi entièrement masculin. Plus je regarde le problème, plus je reste convaincu que la mixité des unités et sous-unités élémentaires est une connerie, et que des sous-unités (au moins) entièrement féminines et entièrement masculines (avec mixité seulement des groupes) est la moins mauvaise voie possible.
  3. Ce que tu décris sont-ils réellement des changements dans la réflexion opérative/tactique pour produire de l'efficacité militaire? Ou un menu général de format global des forces ;)? Il y a nuance.... Ceci dit, le sujet est historique, et vise à mettre les exemples du passé et la réflexion théorique au service de propositions particulières ou générales.... Essayons chacun de notre côté de passer par les uns pour arriver aux autres ;) sans nous affranchir des étapes, sinon on donne dans la gratuité qui n'est pas la même chose que le "délire" constructif, sinon chacun part dans son coin en "décrétant" son petit projet perso sur le topic, et il n'y a pas vraiment de remue-méninges commun. Voilà, j'arrête le ton professoral, désolé.... N'exagérons rien quand même: le changement des légions, à tout les niveaux (doctrinal, opérationnel, tactique, technique, organisationnel), a été énorme à chaque époque, parfois très vite, même si, vu de notre siècle, on a l'impression qu'ils en sont grosso merdo restés aux épées, javelots et boucliers tout du long et aux paquets humains pressés les uns contre les autres :lol:. Entre une légion au début de son existence, qui représentait 50 ou 100% du potentiel militaire romain et qui n'était qu'une phalange grecque cheap, et une du Bas Empire qui n'est qu'un pourcentage infime de l'orbat global, une unité militaire parmi d'autres types, incluse dans un dispositif interarme sophistiqué et différent selon les régions et adversaires, constitué d'un autre type de soldat, procédant d'une pensée tactique, opérative et stratégique radicalement différente, y'a plus que 3 mondes de différences. Mais je te suis largement sur le problème d'absence de cadre d'intégration réelle de l'innovation technologique dont la marche domine tout le processus de pensée des forces pour, au global, une perte d'efficacité militaire (globale, et même parfois particulière, au niveau des pions de manoeuvre) à un coût paradoxalement croissant.
  4. En toute logique, les axes majeurs de solutions pour y pallier sont (aucun n'est en principe et en soi exclusif des autres): - la rationalisation et l'optimisation de la dépense par strict contrôle de son utilité pour accroître les commandes: c'est l'axe qu'ici certains défendent en grands connaisseurs de la chose (cette somme de sujets et posts sur "plus à iso budget"). Malgré tout ce qu'on peut en dire et malgré des améliorations possibles, en général à la marge, une réelle revue en profondeur est aussi culturellement et politiquement improbable que l'admission par la reine d'Angleterre de préférences pour la gent féminine et la sexualité collective. - l'augmentation budgétaire nette. Improbable en général et particulièrement dans le contexte actuel. Il faudrait une guerre majeure pour s'engager dans un tel développement. Qui plus est, vu comment l'argent existant est dépensé et vu ce qui guide la réflexion en matière de modèles de forces, ce surcroît de dépense en l'état des choses ne produirait pas forcément un réel surcroît d'efficacité des systèmes d'armes de tous types et de puissance en général. - le changement en interne, à budget et mode de dépense relativement inchangés, par une revue générale du modèle de force adopté: donc l'innovation au sens le plus entier et global. Une sorte de "révolution culturelle intellectuello-tactique" assortie d'un hypothétique cessez le feu sur fond d'honnêteté et de rationalité au sein des guerres de chapelles. Tout aussi improbable que les précédents, en l'état des choses, c'est cependant le changement le plus atteignable à court ou moyen terme en ce qu'il peut procéder de la contrainte de la pure nécessité: besoin immédiats de capacités même pour ce qui était jusqu'ici des "missions de routine", quelques occasionnels désastres miniatures dans des OPEX, contrainte de résultat par un politique exigeant et ignorant, obligation de repenser la commande de matériels face à des budgets contraints et des coûts de programmes et d'unités croissants.... Bref, c'est l'aspect des choses le plus susceptible de changer rapidement parce que le plus susceptible d'être contraint par la réalité à un horizon court. Et tant qu'à faire, c'est celui qui implique un changement dans les instances décisionnelles de haut niveau qui pèsent le moins politiquement (les autres sont quasi exclusivement du ressort du politique.... Et ceux-là, pour changer....). Alors on peut rêver, on peut délirer..... Et puis c'est franchement ce dernier aspect -précisément le sujet ;)- qui est le plus fun!
  5. Et oui Raoul, c'est pourquoi il serait peut-être amusant pour nous de se défouler un peu dans un tel sujet, justement en s'affranchissant de la crainte de dire des conneries pour libérer un peu la danse de neurones qui ont l'air en général de fonctionner sur un nombre de schémas très limités, et donc d'aboutir un peu toujours à des conclusions assez peu variées et qui semblent s'astreindre d'elles-mêmes à suivre les précepts dominants en ne les modifiant au mieux qu'à la marge, juste histoire de se donner l'air intelligent ;) :lol:. Ca donne l'impression d'un déterminisme inéluctable de la pseudo-pensée militaire occidentale actuelle dont l'évolution semble avoir l'inévitabilité de la mort, des impôts et des hémorroïdes. D'ailleurs, je ferais remarquer en préambule que ce DSI parle surtout des technologies "du futur" stricto censu, plus que de l'innovation en général, et même plus que de la seule innovation technique en particulier.... Un des points que Bihan, Henrotin et le général Desportes évoquent notamment est la faible prise en compte, la faible "intégration" mentale, culturelle et doctrinale de la technologie, précisément parce que les 2 autres "pôles", tactiques et organisationnel/structurel/management, sont très anémiques et ne font pas leur boulot (et/ou ont été mis à l'écart/abaissés). Un autre exemple particulier pour se mettre en jambes: l'un des articles de Bihan évoque en passant l'enfermement pendant la Guerre Froide dans la stricte logique du combat de char, selon lui au mépris des vraies leçons de la 2ème GM sur le combat terrestre, ce qui a conduit à une relégation du fantassin à un rôle très annexe (et à des VCI qui ne sont justement pas des véhicules d'infanterie), relégation qui s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui pour en faire, malgré certaines emphases de discours et des programmes technologiques de "super fantassin", un second rôle des armées (un second rôle qu'on exalte pourtant pour raisons publicitaires et affectives, et pour des raisons d'utilités évidente qui ne se traduisent pourtant pas réellement dans un changement dans l'outil militaire, sauf des améliorations marginales très chères, mais rien côté doctrinal, rien côté organisation, rien côté effectifs et "poids" relatif). Outre la polémique habituelle sur le rôle du fantassin, dans l'optique de cette vision remontant à la Guerre Froide, on peut se poser la question de l'hypothèse évoquée par l'officier dont j'oublie toujours le nom, qui avait proposé de reconvertir l'essentiel des forces françaises en infanterie mobile de défense en profondeur, appuyées en 2ème échelon par un corps blindé réduit et surtout par un corps aéromobile puissant, le tout destiné à "absorber" la masse blindée soviétique sur une certaine profondeur opérative/tactique afin de compenser l'infériorité numérique que le corps de bataille blindé ne pouvait pas espérer même ébrécher. Pertinente ou non, cette approche EST un changement de paradigme radical dont la conséquence tactique était un focus sur l'infanterie et sa manoeuvre propre, avec des outils d'appuis calculés pour cette vision là, donc des parcs de véhicules pensés en conséquence, une organisation adaptée, une formation, un commandement, une "culture".... Faites pour cela. On peut discuter de la pertinence du modèle (même s'il me semble personnellement avoir essayé d'approcher le problème général de façon plus intelligente, réaliste et prenant réellement en compte les leçons passées), mais il s'agit là justement d'une réflexion moins asservie à un outil technologique particulier et équilibrant mieux les 3 "pôles" de la réflexion décrits plus haut, dont l'un des effets multiples eut été de faire moins ressembler nos armées à des arsenaux plutôt qu'à des systèmes de forces, comme Bihan le formule.
  6. Surtout pas :lol:! Faut dire des conneries (la différence avec un con, c'est d'avoir à la conscience que ça peut être des conneries), ça fait remuer des idées, ça donne des pistes, et au pire, ça fait marrer si on se prend pas au sérieux! C'est comme une dynamique de réunion: au cas où personne ne s'en serait jamais aperçu, ce dont je doute fort, j'en balance pas mal ici sur des sujets prospectifs: ça va avec tout raisonnement qui se construit ;). Franchement, si on peut pas balancer de conneries (potentiellement productives) sur AD.net, où peut-on le faire? On n'est pas à l'Ecole de Guerre ou au centre de doctrine des forces, lieux de non innovation par excellence et que les idées ont déserté il y a bien longtemps.... Précisément par peur de dire des conneries (entre autres, la connerie tout court étant aussi là) qui sont peut être productives pour les idées, mais pas pour les carrières. Et oui, c'est le sujet du DSI; le point est de partir de là où les articles s'arrêtent.... C'est du teasing ces sujets juste évoqués :lol:....
  7. Un long sujet transversal pour nous servir à parler autrement du temps présent, essayer de l'envisager sous un autre angle d'approche.... Encore un :-X! L'innovation pour une armée ne se limite pas au progrès technique; elle doit être aussi organisationnelle/structurelle (répartition des rôles et capacités pour des grandes unités, unités et sous-unités, mais aussi recrutement et formation -domaines qui touchent souvent aussi au politique, à la société et à l'économie) et tactique (usages, culture, méthodes de commandement, approches du combat optimisation des moyens existants, vision du combat et de l'adversaire, focus et ciblage aux niveaux tactique et stratégique). Chacun de ces 3 pôles qui la forme doit à la fois s'adapter aux progrès deux autres quand ils en font, ET peut aussi produire lui-même la nouveauté et par là dicter des impératifs d'adaptation des 2 autres. Le problème actuel est apparemment que la seule nouveauté qui soit valorisée/"valable" est la technique, la technologie, les 2 autres pôles se faisant suiveurs au mieux, stagnants/rétrogradants au pire (ce qui se traduit entre autres par des pertes de savoirs-faires); qui plus est une technique qui, de fait, est moins dictée par le penseur militaire que par le concepteur des outils qui répond lui-même à d'autres logiques, internes (guerres de chapelles internes entre composantes de l'innovation technique) ou externes (intérêts économiques en jeu). Le résultat de tels déséquilibres en est souvent une perception de plus en plus erronée de la guerre, du combat, et par là des priorités pour former un outil militaire et penser son action, son emploi. L'histoire montre pourtant que bien souvent, les systèmes d'armes les plus poussés, qui se sont enfermés dans leur logique propre, se sont royalement plantés face à des adversaires ayant changé de paradigme et les écrasant avec des systèmes moins évolués, coûteux et/ou performants si on se contentait de les examiner isolément (le piquier ou l'arbalétrier face au chevalier "super technologique", l'arquebusier face à l'archer, le fusilier conscrit face au professionnel....). Comment voyez-vous ce problème, historiquement et dans le temps présent? Pour vous, est-ce un problème? Comment envisager, à l'aune des exemples et "courants" que peut fournir l'histoire, un "changement de paradigme" important dans la donne tactique/opérative actuelle pour produire plus d'efficacité militaire à coût égal ou moindre (ou supérieur, mais alors avec un surcroît d'efficacité hors de proportion)?
  8. Si, mais l'Angleterre de cette époque n'a justement QUE les Ecossais comme problème: les Gallois, c'est déjà fini, et ils étaient de toute façons enclavés, très peu nombreux et éloignés, mis à part via une chaîne de forteresses, et surtout divisés en petits clans qui n'ont jamais pu s'unir de façon durable et changer d'échelle. Et l'aristocratie galloise a été mieux intégrée à la britannique (les Tudors en descendent). Et l'Ecosse a encore plus de distance qui la sépare de l'Angleterre: elle est très peu peuplée, les densités de populations sont très faibles, le sol nourrit mal ses occupants, le clanisme implique aussi de bonnes doses de divisions, et le calme peut durer: de fait, hors de périodes de tensions extrêmes dues à une politique donnée, le calme est là. Et surtout, comme il s'agit du seul vassal/voisin pouvant directement venir sur territoire anglais, ça laisse surtout un simple fait apparaître: le déséquilibre total entre les deux entités, l'une étant infiniment plus peuplée, puissante et unie que l'autre. A l'opposé, la France, c'est un patchwork de grandes féodalités (Guyenne-Angleterre, Navarre, Bretagne -pas formellement mais de fait-, Bourgogne et Flandres étant alors les plus importantes et à tendances "indépendantistes"/comploteuses) qui, sitôt après la mort de Philippe Le Bel, sont souvent plus puissantes à un moment donné que la couronne de France, surtout si elles se concertent un peu et amènent les autres avec elles qui peuvent aussi chacune peser au moins localement. La France, avec sa taille et sa population, est infiniment plus difficile à tenir et maîtriser pour un Etat de type féodal que l'Angleterre. Parce qu'il faut en plus y ajouter les voisins étrangers qui sont toujours à l'affût.
  9. Les deux, mais le fait d'être roi d'Angleterre lui fait mal supporter de devoir aller rendre en personne l'hommage féodal au roi de France. Dès lors que la lignée des Capétiens directs s'éteint, ce fait est plus mal accepté encore et surtout sert d'occasion et de prétexte pour une provocation. Il y a une part de sentiments personnels authentique et d'ambitions pures, car il ne faut pas oublier l'un des fondements de la mentalité médiévale, et aristocratique/féodale en particulier: l'individualisme extrême et le besoin/désir d'être son propre maître, sans conception de la collectivité politique comme entité stable. Un seigneur féodal se doit à ceux sous son patronage direct et doit déférence à son propre suzerain, si et seulement si tous les devoirs réciproques sont remplis. L'usage de la force est légitimé quand ce contrat d'homme à homme n'est pas respecté. A haut niveau, l'interprétation de l'accomplissement de ces devoirs mutuels est souvent soumise aux ambitions personnelles d'une part, et difficile à réellement pleinement exécuter et faire respecter d'autre part tant on arrive à un haut degré de complexité politique et d'équilibres délicats (et souvent impossibles) au sommet de ces pyramides enchaînées de droits et de devoirs recouvrant des dizaines de milliers d'individus (aux loyautés souvent croisées entre plusieurs suzerains, et ayant tous, à leur degré, désir de s'accroître et de s'affranchir de leur patron) et ultimement, des millions de sujets. Les rois d'Angleterre, eux, sont en plus rois, soit le sommet de la pyramide alimentaire féodale; qui plus est rois d'une entité géographiquement séparée du continent (donc moins facilement susceptible d'être envahie ou en proie à plusieurs entités puissantes) et plus "tenue" par ses gouvernants via l'unification forcée imposée initialement par les Normands qui ont bouleversé la répartition intérieure des pouvoirs. Avec la conquête capétienne de la France sous Philippe Auguste, Louis VIII et St Louis (fin de la "première" Guerre de Cent Ans), l'importance relative des domaines français dans l'équilibre interne de l'équation politique des Plantagenêts a qui plus est radicalement baissé, même s'ils se conçoivent toujours et avant tout comme des seigneurs féodaux français. Outre les ambitions territoriales et le revanchisme, il ne faut pas oublier que les équilibres internes à l'Angleterre et la mentalité féodale font considérer toute guerre de conquête comme un moyen commode de calmer le jeu chez soi et d'acheter des fidélités en aiguillant colères, ambitions et dissentions internes sur un territoire extérieur. Or, Edouard III n'est pas arrivé calmement sur son trône: les graves querelles internes issues du règne de son père et de la prise de pouvoir de Sir Mortimer (qu'Edouard III finit par renverser) ne se guérissent pas totalement. Ajoute à cela le prétexte/occasion de la fin des Capétiens directs, assortie du bordel monstre qui règne alors en France, plus le fait de l'innovation tactique majeure que constitue en Angleterre le réservoir de Longbowmen créé par Edouard Ier et constitué/organisé en outil tactique utile, et tu as les ingrédients de ce qui peut motiver Edouard III, outre sa jeunesse ambitieuse et impétueuse. Oui, vu le différentiel et le niveau d'attention requis, c'est un des cas où la conquête aurait probablement absorbé le conquérant, déjà par ailleurs culturellement prédisposé à être plus en France qu'en Angleterre. Après, les circonstances et les souverains auraient décidé du maintien ou non d'une telle union: ça, c'est une question de hasard et de management. Ultimement si quand même: l'empire Plantagenêt n'a pas duré bien longtemps à un haut niveau de développement (d'Henri II le Lion et Aliénor jusqu'au début du règne de Jean Sans Terre dont l'essentiel des terres est "commis" par Philippe Auguste, soit un demi-siècle). Tant qu'il s'est agi d'un domaine Français limité à la Normandie seule puis à la Guyenne seule, ça a pu tenir de manière un peu plus longue et fondamentalement stable, quoique dangereuse et sujette à des changements territoriaux fréquents. Mais dès lors que ça a atteint des proportions plus élevées, la complexité de l'édifice, sa disparité et l'inévitable conflit avec la couronne de France rendait l'entreprise fondamentalement dépendante de souverains exceptionnels ET disposant de moyens élevés, et qui plus est de souverains français faibles (Louis VII essentiellement). L'Empire Plantagenêt était un empire féodal, donc en fait essentiellement lié à une conception individuelle du pouvoir et culturellement accepté comme transitoire à cet égard (conception d'origine germanique, qui renvoie en fait par exemple à la transmission des domaines et couronnes sous les Mérovingiens et Carolingiens, très analogue). Pas vraiment à mon sens: culturellement, cette notion n'existait pas réellement, même si elle a eu en France des tentatives qui sont restées liées au fait non nécessairement reproductible de souverains à la fois forts et visionnaires en la matière (c'est toute l'histoire capétienne). Louis VI, Philippe Auguste Et Philippe le Bel furent de tels souverains. A l'inverse, St Louis fut un souverain fort, mais fondamentalement un souverain féodal qui n'a pas tant que ça oeuvré pour cette notion d'Etat (en fait parce qu'il n'en a pas eu besoin, ayant hérité une situation forte). Cette notion en tant que fondement permanent n'apparaît réellement durablement qu'avec Charles V puis surtout Charles VII, soit face à la guerre de Cent Ans; c'est là qu'elle "prend" réellement (même si au final, il faut attendre la Fronde pour voir la mentalité féodale des Grands disparaître). L'Angleterre a, et avant tout selon moi via sa situation insulaire, sa taille plus réduite et la particularité de la conquête normande dans la répartition des pouvoirs et la définition des équilibres internes de puissance, qui donne à la couronne une marge d'action fondamentalement plus grande, au moins quand un roi est assez fort pour ce faire. Le fait que le roi dispose de domaines en France lui donnant des ressources personnelles plus grandes (et inaccessibles aux contestataires) que celle des autres féodaux a toujours procuré aux Plantagenêt une plus grande masse de manoeuvre face à leurs féodaux que ce dont les Capétiens ont jamais pu disposer. Et ce fait marchait aussi bien face aux seigneurs anglais que face au suzerain théorique des Plantagenêt, le roi de France, puisque féodaux anglais et Capétiens ne se sont jamais coordonnés pour emmerder les rois anglais et dégommer cet avantage qui pouvait dès lors être employé alternativement contre l'un ou les autres. C'est pourquoi on voit souvent l'Angleterre en phase d'expansion en France ou de repli en Angleterre, les Plantagenêt bataillant contre leurs féaux OU contre le roi de France, jamais les 2 en même temps. La seule fois où il y a eu occurrence concertée des 2 fut sous Jean Sans Terre, avec le débarquement du futur Louis VIII en Angleterre (entre 1215 et 1217) où celui-ci failli bien devenir roi d'Angleterre jusqu'à ce que le changement des perspectives dynastiques anglaises (mort de Jean Sans Terre) entraîne un retournement des barons anglais contre le Français. Ils avaient désormais le choix entre un souverain enfant, donc faible, et un trop fort, le Français. Le choix fut vite fait, et la guerre changea vite d'aspect, le fils de Philippe Auguste ne pouvant même pas recevoir de renforts de son père par interdiction papale.
  10. Bof, faut pas oublier que de Guillaume le Conquérant jusqu'à Jean Sans Terre, la capitale de l'Angleterre a toujours été.... Rouen :lol:. Le centre de gravité de l'empire Plantagenêt était en France, là où ils avaient la majorité de leurs ressources matérielles et humaines. L'ANgleterre ne fournissait au début qu'une couronne. Au moment où s'engage la Guerre de Cent Ans (en fait la 2ème Guerre de Cent Ans), ce qu'il leur reste en France est plus petit, mais rapporte beaucoup.
  11. Pour mémo, la haute noblesse anglaise de l'époque (la gentry était nettement plus diverse avec un fort élément d'origine saxonne, celte, danoise ou norvégienne) était bien plus fréquemment d'origine angevine que normande (ce qui, pour ses attaches françaises, la plaçaient souvent plus près des milieux de pouvoir en France), à commencer par la famille royale qui était angevine, la dynastie normande s'étant éteinte très vite. Si ça a joué de façon significative, ce n'est que vers la fin du conflit: je crois plus à un refus de voir débarquer un souverain nettement plus fort (le roi anglais "tient" nettement plus son territoire que le français et a plus de ressources propres) qui pourrait leur rabattre nettement plus le caquet. Et qui débarquerait en plus avec sa floppée à lui de féodaux et obligés de ce fait prioritaires dans les distributions de postes, terres, revenus.... Qu'il faudrait en plus par ailleurs prélever quelque part, donc en France puisqu'il s'agit d'une conquête, donc en fait en partie sur les grands féodaux français. Sans oublier aussi que le roi anglais a sa propre clientèle et ses réseaux de féodalité en France même, dans le quart sud ouest qu'il possède: ces hommes, qui l'aident dans la guerre, sont tout aussi prioritaires, des seigneurs français ralliés ne venant qu'après. A cette époque, le St Empire ne pèse plus grand-chose commen entité: depuis la fin du royaume de Germanie dans un premier temps, puis l'extinction des Hohenstaufen, il n'y a plus réellement de pôle de puissance significatif dans l'Europe centrale. Il ne se reconstituera, paradoxalement, qu'à partir entre autres d'une des conséquences de la Guerre de Cent Ans: l'émergence du pôle Bourguignon dont l'héritage s'unira à l'Espagne et l'Autriche et accaparera en plus l'élection impériale.
  12. Tancrède

    D'autres principes pour l'AdT

    Pourquoi les uns gagneraient plus que les autres ? Ca sort d'où, ça?
  13. Tancrède

    D'autres principes pour l'AdT

    Pas entièrement d'accord sur ta lecture des articles: grosso modo, c'est l'idée, mais l'article de Desportes en particulier pointe les proportions entre -pour garder ta métaphore des échecs- les pièces fortes et les pions, et il trouve que les pions sont à un niveau historiquement bas, voire que l'armée est en fait aiguillée vers un état où il n'y en aurait plus, avec même la possibilité de dire qu'elle n'en a pour ainsi dire déjà plus aujourd'hui, en tout cas pas assez pour créer un quelconque effet dans les situations qui comptent (à mettre en parallèle avec la lecture de l'article d'Henrotin sur le volume des forces et celui de Bihan sur la structuration des unités terrestres et la place conceptuelle de l'infanterie). Bref, la France a un jeu d'échec complet côté pièces fortes, mais n'aura plus de pions du tout. Et ce que semble recommander Desportes, il me semble, c'est une armée "complète" avec beaucoup de pions éventuellement APPUYES par les pièces fortes en nombres plus réduits et elles focalisées sur un coeur de métier pour lequel elles sont optimisées. J'avoue que présenter cela comme "deux armées" était un peu poussé parce que lui n'envisage pas les 2 comme pouvant être employées séparément, mais leur quantité étant déterminée par un usage mieux pensé de leur emploi. Il pend l'exemple de la cavalerie du Premier Empire où les unités "lourdes" étaient 6 à 7 fois moins nombreuses que les légères et "standard" (les dragons, devenus pour l'essentiel de la cavalerie à temps complet, remplissait ce rôle puisque les régiments simplement appelés "de cavalerie" ont disparu avec la monarchie) qui étaient elles moins chères et employées de façon plus polyvalente. Au plus fort de l'Empire, il n'y a eu que 14 régiments de Cuirassiers (dont 2 n'ont jamais été pleinement établis et opérationnels) et 2 de carabiniers (équipés en armure et chevaux lourds aussi) sur une cavalerie qui dépassait les 75 régiments de fait à ce moment. Dragons, Hussards et Chasseurs faisaient l'essentiel du reste, avec en plus quelques formations de lanciers assimilés aussi à des légers (avec ce détail amusant que les lanciers, dont la spécialité réclame un entraînement plus important, n'avaient en fait que moins de 40% de porteurs de lances dans leurs rangs, chaque escadron chargeant sur 2 rangs, 1 de lances et 1 de sabres.... Autre exemple d'optimisation des trucs chers). Le point est, dans ce que pointe par exemple Desportes avec son idée du "char utile" et dans le cadre du CRAB (dans le concept duquel il a vraisemblablement plus que trempé), que lui verrait bien beaucoup d'infanterie montée sur CRAB, avec derrière, capable de venir en appui en dernier recours, une capacité strictement limitée au nécessaire de machins lourds, ultramodernes et chers. Lui fondait son analyse du char utile, d'ailleurs, sur le fait que s'il fallait s'opposer à des armées relativement modernes ayant des formations de chars importantes, le meilleur chasseur de chars n'était plus depuis longtemps le char, mais le couple avion-hélico. Donc j'ai mal introduit le propos: pas 2 armées, mais une armée avec une forte composante légère blindée aux effectifs abondants et reposant sur la manoeuvre et une modernité "suffisante", capable de tenir plus de terrain, et une composante lourde très moderne et très limitée en nombre, pour pouvoir donner du gros punch juste où et quanl il le faut. Ce qui suppose évidemment en amont une pensée de l'organisation, de la structuration et de la tactique des forces qui préside à la conception des outils, et pas l'inverse. Bihan, lui, détaille le fait de cette mauvaise conception des structures (et donc de la doctrine et des matériels) dans le cas de la manoeuvre terrestre en pointant que pour lui, c'est l'infanterie qui doit être au coeur de tout, mais une infanterie repensée et montée sur des bouzins conçus en fonction de ses méthodes, de ses approches, de ses possibilités. Il préconise un même type de répartition de ces véhicules avec une bonne à tout faire qui transporte et des versions spéciales en nombres limités qui appuient et apportent ponctuellement du punch. Ce faisant, il doit à mon avis entrer en contradiction pratique avec le général Desportes, parce que le véhicule d'infanterie qu'il suggère "sonne" vachement cher :lol:.
  14. Tancrède

    D'autres principes pour l'AdT

    Je remonte ce topic suite à la lecture du dernier DSI HS et notamment aux articles sur les forces terrestres de B Bihan, J Henrotin, V Desportes et V Sartini. Grosso modo, il est marrant d'y voir, de façon plus ou moins directe, une critique partielle (sur divers angles d'attaque) ou totale du modèle général des forces terrestres et de la structure de forces qui le compose, avec des souhaits qui ne vont pas toujours dans le même sens mais partent quand même de constats partageant nombre de similarités fondamentales, la première étant le besoin du nombre, de la masse de manoeuvre, de plus en plus radicalement mis en opposition avec l'absence d'innovation tactique, et même plutôt de conception tactique d'emploi des forces, qui contraindrait à revoir très sérieusement l'architecture des unités de manoeuvre (et de là les parcs et matériels qui vont avec). Et ce besoin de masse de manoeuvre passe avant tout par un centrage de l'action interarmée autour de l'infanterie, arme à ce jour la plus versatile et adaptable. Pour raccorder au sujet, je partirais surtout de ce qu'expose le général Desportes dont la vision semble la plus complètement exprimée dans ces articles: lui envisage carrément 2 armées (et hop, le sujet est là) de fait! D'une part, une micro armée hyper technologique ayant les matériels les plus lourds et chers, à la pointe de l'excellence technologique, faite pour la décision proprement dite, un appui décisif au moment critique dans une campagne/bataille. Ressource comptée, il s'agirait véritablement du poing américain s'ajoutant sur le bras que brandit la France. L'autre composante serait plus "human intensive", abondante et nombreuse, faite pour la manoeuvre et le contrôle de zone, bonne en tout excellente en rien, se contentant de matériels "au niveau" et pas chers (technologie disponible), essentiellement des véhicules légers à médian, sans ambition technologique particulière mais apte et disponible. Bref l'armée d'emploi d'un côté, avec la petite armée de bataille de l'autre, dont la taille serait très limitée ET par le coût de ses technologies ET par une conscience du politique et du militaire d'un besoin de taille plancher conséquente pour la première. Est-ce l'ancien cavalier ouvert à la mentalité OPEX qui parle? Le nouveau conseiller de Panhard? Un esprit dégagé des contraintes internes des chapelles? Tout cela à la fois? Le fait est que s'il préconise un tel modèle dual, l'une des conséquences en serait forcément une double culture qui s'affirmerait vite, donc une "armée duale". On en serait presque à refaire le coup de l'armée romaine tardive, avec une armée des frontières "légère" et une réserve régionale et centrale "lourde", l'une faite pour les raids d'ampleur petite à moyenne, la police et le maintien de l'ordre, l'autre faite pour la bataille rangée exclusivement. La dualité n'est pas la même que celle qu'évoque V Desportes, mais y'a un peu de ça. Qu'en pensez-vous?
  15. Ca avait déjà commencé avec les flics ciblés en dehors de leur boulot, voire à leur domicile ou voyant leurs familles directement menacées, et le propre de guerres avec des entités non étatiques à ramifications idéologiques et/ou internationales est que du coup, ça peut aussi arriver aux militaires et devenir une partie de leur stratégie. Dans ce cas là, c'est une question: est-ce que des mouvances radicales en France (plus ou moins des groupes d'amateurs aux petits pieds et d'abrutis désoeuvrés se prenant au sérieux) peuvent avoir été influencées de près ou de loin pour agir en ce sens (cela peut n'être que des faisceaux de "suggestions" ou de possibilités évoquées sur des réseaux sociaux tendance islamiste) ou est-ce juste un défouloir pour des glandus s'engouffrant dans la brèche ouverte par les événements de Toulouse-Montauban (ce qui ferait de ces abrutis du SMS des hyènes essayant de festoyer sur un maillon faible et peu défendable de l'outil militaire en se persuadant qu'ils servent "la cause")? on n'est sans doute pas encore, cependant, dans le cas de cellules extérieures ou de groupes associés agissant "sur ordre".... Là, ça sent trop la connerie, l'amateurisme, la petitesse et la mesquinerie.
  16. Tancrède

    La guerre en 1870

    Bien sûr, mais j'évoquais surtout la masse quantitative du travail que la préparation de plans de contingences et des différents scénaris de guerre (avec les dispositifs et organisations que cela implique) représente, masse à laquelle la majorité des effectifs et du temps de travail des EM généraux s'affairent, et qui conditionne la préparation et la formation des officiers généraux. Juste pour souligner que cette partie là du travail n'était plus réellement à faire pour un EM général français improvisé en 1870, et dédié en fait à un cas de figure unique, pratique, de proximité et dans une zone géographique très limitée et connue. Ca simplifie beaucoup de choses et ça limite sévèrement les besoins exigeants en masses d'équipes de travail organisé, ainsi en qu'en travaux profond de doctrine qui sont censés être des sommes de savoirs-faire et savoirs-être individuels et collectifs représentant des compromis de tout ce qu'on attend pour l'ensemble des scénaris de guerre envisageables. A noter de plus que le commandement des unités de manoeuvre allemand était plutôt mauvais: offensif (ce qui fut un avantage en l'occurrence) parce que fait de généraux en fait analogues à leurs homologues français, à savoir qu'ils étaient formés à l'école napoléonienne (et pas dans le bon sens du terme), généralement désobéissants et fonçant au son du canon, ils ont fait massacrer des masses de soldats, se sont souvent exposés inutilement.... Offrant d'ailleurs l'une des vulnérabilités tactique et stratégique dont le gouvernement Gambetta aurait pu profiter, vulnérabilité que Moltke pointe du doigt sévèrement en jugeant sans appel ce commandement des échelons de manoeuvre, et particulièrement, outre le mépris face aux pertes catastrophiques, l'absence de coordination entre les chefs de corps qui se prennent tous pour des Murats (dont on sait que ses montures faisaient souvent preuve de plus de jugeotte que lui). Et encore une fois, le travail d'EM nécessaire (pas idéal, juste nécessaire) côté français, outre adresser une zone circonscrite, doit s'orienter alors vers des objectifs au final limités pour obtenir la moins mauvaise paix possible. Pas écraser l'armée prussienne, pas même la chasser totalement du territoire. Et faut pas non plus noircir totalement le tableau: le côté français ne part pas de zéro. Il y a des équipes de travail qui sont parties à Blois et Tours ("centres nerveux" du gouvernement provisoire et de son effort de guerre), la documentation nécessaire (qui se rebâtit aussi au fur et à mesure que se met en place la "nouvelle" armée, soit l'avantage de partir de la "page blanche"), des routines, une motivation importante et attestée.... Alors oui, le corps des officiers d'EM est plein de tares, et beaucoup est à y redire, mais il faut aussi voir qu'il en a pris plein la face (ce qui, avec l'urgence, produit un effet d'émulation), qu'une partie est enfermée à Paris, que Gambetta l'a en partie apuré (y compris politiquement) et que beaucoup d'officiers promus et se faisant donc les architectes du redressement sont issus des services (pas des postes décisionnels moins neutres) et du "middle management", donc chez qui les tares sont moins prononcées. Il faut quand même noter que la non remise en cause du commandement et de ses erreurs d'avant guerre est aussi en grande partie le fait d'officiers et de "lobbies" internes de retour de captivité ou sortant de la réserve à laquelle la claque de fin d'été 1870 les a assigné. Bref, quand le danger est passé, ils la ramènent et cherchent à couvrir leur cul et leurs mauvaises habitudes en remettant celles-ci en pratique. Et bien des artisans et "petites mains" du redressement retournent au placard ou rentrent dans le rang. J'ai manqué ton point? Là tu as manqué le mien (nanananèreuh) ;)! Je ne parle pas de former un "outil" fini et correct, juste de parer au plus pressé pour une campagne limitée et précise et d'obtenir un outil "suffisant" juste pour cette unique tâche afin de décrocher une paix aussi blanche que possible, même si elle peut au final être quand même qualifiée de défaite dans l'absolu (fin des hostilités, éviter une amputation territoriale, limiter les dommages à payer). Pour reprendre l'exemple révolutionnaire: - en 1792, la vieille armée de ligne est quand même sérieusement entamée par l'émigration de beaucoup de cadres, la démission et/ou la désertion de pas mal de troupes, la division politique, la suspicion du nouveau régime, la réorganisation territoriale qui entretient pas mal d'incertitudes (valse de pas mal de régiments et surtout d'officiers).... Et plus de deux ans en sous-crédit, avec peu ou pas d'entraînement. Ajoute l'imposition du système des bataillons de volontaires qui entretient la mauvaise relation entre armée et régime: si le premier contingent, celui de "l'année bénie" 1790, a été bien accepté par la troupe, les suivants sont d'une qualité catastrophique et l'effet sur la troupe lamentable. - Certes il faut attendre 1793-1794 pour qu'émerge un outil correct (dans les armées aux frontières, pas celles de l'intérieur), avec pour point final les amalgames de 1794 qui fusionnent définitivement bataillons de volontaires et unités de ligne dans les demi-brigades. Mais à ce stade, c'est un outil désormais supérieur à ses adversaires, soit pas vraiment ce que j'évoque pour parer au plus pressé dans la situation de la fin 1870. L'idée est de regarder plus ce qui permet les premier succès défensifs de 1792, et qui voit en fait une armée divisée, dont l'élément ligne, quoiqu'ayant encore des qualités, est qualitativement inférieur à l'adversaire (pas le cas en 1870) à ses adversaires par défaut d'entraînement, équipement insuffisant, fuite ou épuration d'une partie des cadres, suspicions de la nation.... Et l'élément de volontaires n'a que peu ou pas de qualités et ne s'accorde pas du tout avec la ligne. Et une armée dont l'élément de commandement est sur un siège éjectable permanent. La valse des généraux en 1792 est radicalement impressionnante, et il ne faut pourtant que quelques mois pour que l'armée puisse parer à la menace immédiate (pas gagner décisivement, pas écraser l'adversaire, juste commencer à impacter le cours de la guerre et donc les calculs, options et choix de l'adversaire), en usant autant de ses quelques avantages que de ses nombreux désavantages. Lignes de com et ravitaillement courte, effectifs (même peu ou pas qualifiés).... Sont mis à profit pour dégager de la marge de manoeuvre face à des adversaires mieux ou moins mal coordonnés, nettement plus professionnels et soutenus, mieux équipés.... Toutes les réformes amorcées sous la monarchie et que la Révolution développera, ne le seront en fait que plus tard, vers 1794-1795 (artillerie, son matos et sa doctrine, organisation divisionnaire, emphase sur les troupes légères, EM centralisé....): en 1792, c'est plus la démerde et ces innovations ne peuvent réellement être utilisées parce qu'il n'y a pas la troupe et l'expérience (chez le troufion comme chez les cadres) pour le faire. Et en fait c'est là mon point: la rapidité du processus d'adaptation pour MAINTENIR le conflit et commencer à l'impacter dans un sens moins unilatéralement favorable à l'adversaire. Ca, c'était dans les cordes du gouvernement provisoire. Pour utiliser un exemple actuel et pas vraiment similaire, l'adaptation des talibans face à la coalition otanienne en Afghanistan est réellement impressionnante, l'année 2006 marquant une rupture nette en terme de début de reconquête; leur processus d'adaptation a commencé bien avant. Mais dans la situation de 1870, on parle d'adversaires dont les fondamentaux sont nettement moins éloignés, et pour lesquelles la situation opérationnelle nettement moins déséquilibrée (malgré le regard rétrospectif qui a tendance à présenter une Prusse/Allemagne outrageusement toute puissante). L'armée d'active (l'infanterie en tout cas) de 1870 est plutôt meilleure qualitativement que son homologue allemande: c'est la réserve qui pêche. Après, si tu parles des armées post-Sedan, oui c'est plus vrai, mais le différentiel eut pu être radicalement réduit en n'envoyant pas directement un CA formé au casse-pipe et en accumulant les unités. Déjà, les résultats obtenus au niveau tactique par ses CA sans expérience sont très impressionnants. Quelques semaines et mois de plus auraient donné des résultats nettement plus importants. Quand au "maniement" de grandes unités, outre les points précédents, je souligne et rappelle les seuls objectifs immédiats qui auraient essentiellement, sur le plan opérationnel, consisté à créer du surnombre massif localement à une distance réduite (autour de Paris et dans l'est), ce qui justement était à la portée de l'effort de guerre du GP Gambetta vu la masse qu'ils sont parvenus à mobiliser et la faiblesse prussienne due à l'extension extrême de leur dispositif, particulièrement celui du siège de Paris. Je ne dis certainement pas que ça aurait pu être dans le grand style, sans cafouillages et en parfait accord avec le principe d'économie des forces, mais ça aurait pu se faire vu les effectifs réalisés (1,4 millions d'hommes) et si leur emploi dans le temps avait été autre, permettant de disposer de grandes masses de manoeuvre avec entraînement suffisant pour frapper des parties du dispositif prussien (étiré, fin, difficilement coordonné, au bout de longues lignes) autour de Paris en accord avec les troupes non négligeables dans Paris. Dans le cours de la guerre, mettre hors de combat une armée prussienne, rompre même momentanément le siège de Paris (peut-être juste le temps d'un réapprovisionnement massif), infliger un bodycount important concentré dans le temps, aurait eu un impact majeur vu la situation prussienne d'une part, et la situation politique dans la proto-Allemagne en construction d'autre part. Avec en prime les calculs politiques/stratégiques d'une partie des dirigeants, Bismarck et Moltke en tête, qui veulent fuir comme la peste l'idée d'un conflit potentiellement long, des pertes élevées, le risque de voir Autriche et/ou Russie s'en mêler (juste commencer à remuer, même pas intervenir militairement), celui d'une occupation importante de la France (cher, potentiellement coûteux en hommes si justement la volonté de guerre française se maintient).... Toutes choses qui ne sont pas alors des secrets d'Etat mais des constats plutôt logiques et d'ailleurs en grande partie fait par le gouvernement provisoire. C'est presque contradictoire, mais en fait non: le but d'une organisation militaire d'urgence relativement efficace dans cette occurrence, c'est juste d'obtenir une "meilleure défaite" ;). Rien que faire durer le conflit marche en ce sens, de même que harceler les lignes allemandes un peu partout, tout connement parce que Moltke n'a alors ni l'allonge, ni les moyens financiers, ni les effectifs pour conquérir une part si énorme du territoire (surtout tant qu'il y a un gouvernement provisoire adverse qui décrète que le mot d'ordre est de se battre) sachant qu'il est déjà en surextension à ce stade. De même, la Prusse ne peut se permettre un conflit long tant pour des raisons économiques (la mobilisation coûte très cher pour une économie qui n'est pas encore celle du 2ème Reich des années 1890-1900) que politiques (le crédit prussien chute à mesure que le conflit dure dans la sauce politique interne allemande cherchant à former une union) et surtout diplomatiques (Russie, Autriche et peut-être Angleterre ne voient pas l'émergence d'une grande Allemagne d'un si bon oeil que ça, surtout les 2 premières, et l'affaiblissement temporaire d'une Prusse mobilisée en France peut éveiller les appétits et envies de revanche). Bref, la volonté politique, alors présente dans le GP français, si elle s'assortit d'une stratégie du minimum avec une conduite un peu plus focalisée des opérations, peut obtenir l'autre pilier d'une lutte continue, le dégagement de Paris, même temporaire afin de garantir aux Prussiens que le siège en durera très longtemps. En ajoutant un harcèlement des lignes à grande échelle et des mouvements inquiétant voire obtenant un succès à l'est, la coupe peut être très vite pleine pour les Prussiens qu'un conflit long endommage et surtout dessert énormément. Rien que l'incertitude sur une issue du conflit peut faire très mal à la direction politique prussienne politiquement.
  17. Serge, viens-tu de donner un nom à une nouvelle-ancienne école de pensée? La guerre biffocentrée remplacera t-elle la guerre infocentrée :lol:?
  18. Tancrède

    La guerre en 1870

    Observation des campagnes de l'époque: dans la plupart des cas, les Anglais opéraient sur 3 rangs comme tout le monde. Dans la campagne de Waterloo, et surtout aux lendemains de Quatre Bras, ils étaient même sur 4 rangs, des commentaires d'officiers disant qu'il leur aurait été impossible d'obtenir des hommes qu'ils se mettent sur 3 rangs tant le feu français (pourtant pas au meilleur de sa forme à cette époque) et la cavalerie les avaient ébranlés. Faut se rappeler d'ailleurs la particularité de l'armée britannique de l'époque: contrairement aux armées continentales, elle n'a pas adopté une forme plus ou moins développée de conscription, ce qui en fait la dernière armée d'ancien régime à ce moment, avec tout ce que ça suppose.... Soit des taux de désertions de très loin supérieurs à ceux des autres armées, un moral très moyen, une motivation pas terrible, un recrutement en grande partie forcé (des press gangs, comme pour la Navy) qui vient plutôt du fond du panier et du pourcentage inemployable de la société britannique (pas étonnant que les écossais et irlandais brillent dans cet orbat; eux, vu l'état économique de leurs pays dominés, envoient des contingents de meilleure qualité), des officiers pas vraiment arrivés au mérite (généralement des abrutis) et gratuitement brutaux avec leurs hommes.... Le tout pour une troupe lente, lourde, avec un répertoire tactique très très limité en possibilités et une mobilité stratégique réduite. Oui et non: oui surtout après les saignées des années 1807-1811, les affrontements se jouant de plus en plus au seul feu et à des manoeuvres plus simples et massives, en raison de la baisse drastique de qualité des armées. Mais avant cela, le choc était encore très décisif et très employé, comme l'ont montré les tactiques de la Révolution et l'adoption généralisée de la colonne (d'abord une contrainte pour utiliser les masses de recrues peu expérimentées, puis une tactique en soi) pour rompre le très fragile alignement de bataillons sur deux ou trois rangs étiré en longues lignes de batailles peu maniables. Mais le choc, comme le mouvement, requiert des soldats plus aguerris, et surtout des UNITES plus aguerries collectivement, des unités de manoeuvres plus rôdées et autonomes avec les chefs ad hoc et un EM d'armée capable de gérer la souplesse nécessaire. On constate d'ailleurs, jusqu'en 1806, une armée républicaine puis impériale qui recourt de façon très équilibrée aux combinaisons de feu, choc et mouvement; pour ce qui concerne l'infanterie, même, les phases de feu sont les plus courtes possibles et les unités de manoeuvre sont envoyées au plus vite en avant, une phase de feu longue correspondant immanquablement à une posture défensive imposée ou voulue (une troupe qui fixe pendant que l'autre flanque ou rentre dans le lard). La "fonction feu", dans l'infanterie française de cette période offensive fondée sur le mouvement, repose en fait plus sur l'action des unités légères qui représentent jusqu'à 1/3 de l'infanterie (bataillons légers + compagnies légères des bataillons de ligne). La ligne ne repose sur le feu qu'en défense/fixation, et est sinon vite envoyée en mouvement. Ca n'a pas grand chose à voir avec les mesures d'efficacité du feu de salve réalisé en conditions de combat, chose pour laquelle la qualité individuelle des tireurs compte moins et qui explique de plus grands différentiels entre les unités les réalisant. En unités constituées, la discipline de feu de salve forçait de fait plus les hommes à se concentrer sur le rythme que sur la visée, dans la plupart des unités: assurer les sacro-saints 3 coups par minute (de plus en plus souvent 2 passé 1807, avec l'usure et la croissance numérique des armées) des unités confirmées n'était pas une sinécure! Mais on s'égare :-X, là, y'a des sujets dédiés à ce genre de trucs. Attention aux jugements rétrospectifs faciles, voire caricaturaux; la tactique de la ruée en avant des armées de 14 n'est pas non plus fondée sur un grand élan imbécile qui croit que la baïonnette va représenter une grande part dans le bodycount.
  19. Tancrède

    La guerre en 1870

    Les combats -et les morts- à la baïonnette était rarissimes (du moins à une échelle supérieure à la compagnie), mais les charges à la baïonnette étaient très nombreuses sous le Premier Empire: leur effet dissuasif était fréquent, ce qui explique la faible occurrence de tels combat dans les mouvements significatifs de bataille. Mais c'était une arme pleinement dans le registre d'usage courant qui influait sur le cours des batailles. C'est juste que peu de chefs acceptaient de se livrer au hasard et à l'immobilisation temporaire de tels accrochages. Mieux valait se carapater face à une telle charge, laisser le terrain, se regrouper quelques centaines de mètres plus loin et adopter une autre méthode, généralement y retourner ("normalement", au fusil, ou en tiraillant, mais aussi en tentant le coup de la charge) mieux organisés et/ou avec des appuis (renforts d'infanterie ou artillerie, voire un flanquement par la cavalerie), tenir la ligne ou aller faire autre chose ailleurs. Comme ce genre de charges s'opérait, comme d'ailleurs les charges de cavalerie, sur un adversaire déjà attendri par le feu, elles constituaient plus souvent une estocade finale dans une phase du combat, juste pour finir de faire craquer le dit adversaire et le convaincre qu'il ne tenait pas tant que ça au carré de boue sur lequel il se trouvait finalement. La charge à la baïonnette d'une brigade ou d'une division, c'est juste une façon polie de dire "barrez-vous maintenant", un message pour signifier à l'adversaire que à cet endroit et à ce moment, il a pas les plus grosses. 99 fois sur cent, le message est compris et le réalisme prévaut, personne ne voulant réellement s'éventrer sauf s'il le faut réellement: ça fait trop de bordel et deux groupes d'unités qui sont immobilisés pour un moment dans le grand schéma de la bataille, ce que personne ne veut. En plus, à l'occasion, c'est un mouvement qui intimide les unités un peu trop jeunes et celles de milices. Ce n'est donc pas parce qu'il y a peu de combats et de morts à la baïonnette qu'il n'y a pas un usage ENORME de cet outil et de la charge proprement dite avec lui. C'est juste qu'il y a peu de cas où les chefs de divisions et brigades opposés jouent réellement à qui pisse le plus loin, ce qui serait de l'amateurisme pur et simple dans la plupart des situations, effectivement un truc pour les romanciers en mal de sensationalisme débile.
  20. Tancrède

    La guerre en 1870

    D'une part, il faut se mettre en tête l'espace-temps de cette époque: les distances sont plus grandes, les délais plus long, donc le recul, la profondeur stratégique plus importante. Mais surtout, il faut souvent se mettre dans la tête qu'un pays organisé et surtout fortement motivé nationalement, même si pas forcément pleinement uni politiquement, a une capacité d'adaptation bien plus rapide que ce qu'on peut penser quand on s'enferme dans les détails de l'immense complexité logistique d'une préparation militaire. Dieu sait que j'essaie encore d'accepter plus que de comprendre comment la production de munitions a pu suivre à l'été 14 et en 1915, ou comment les armées de la Révolution ont pu s'adapter si vite. Alors oui, les armées républicaines de 1870 avaient des manques matériels énormes, et en fait surtout dans le petit équipement (uniformes, pompes, rations préparées, matériel médical, effets divers -genre sacs, bandoulières et autres produits de cordonnerie-, tentes, matériels de terrassement....) et en partie dans l'armement individuel (les armées de la Loire sont loin d'être à 100% équipées en Chassepots), mais les canons et les munitions ne manquent pas, et tout le monde a quand même des fusils d'ordonnance, même si pas tous du dernier modèle. Un problème pour l'artillerie est en fait le manque de chevaux de trait, qui oblige à laisser des canons en cas de mouvement rapide en cas de victoire ou de défaite, fait qui eut pu être relativisé avec une meilleure stratégie globale (moins d'engagements décousus, moins d'opérations sans grandes chances de succès, déploiements à meilleur escient et avec de plus vastes effectifs, objectifs mieux cernés....). Les effectifs mobilisés sont énormes et rétablissent une supériorité numérique sur les prussiens, avec en plus un nombre suffisant dans l'absolu de cadres et personnels expérimentés pour les former et en encadrer la plupart, et pour former d'autres cadres: fusiliers marins et division bleue en général, blessés légers, officiers et sous-offs (et soldats pros en fait) survivants non capturés, personnels réservistes arrivés trop tard dans la mobilisation initiale (qui fonctionnait mal), personnels des dépôts et des écoles, unités non capturées.... Y'avait encore du personnel. Ajoutez la garnison de Paris qui dépasse les 150 000h dont plus de 40 000 professionnels et réservistes récents, qui ajoutent à la "masse de manoeuvre" globale (si des communications minimales pouvaient être maintenues) pour tout ce qui concerne les combats autour de la capitale, objectif stratégique dominant pour les Prussiens. Et il y avait des délais si une stratégie correcte avait pu être mise en place et menée: entre septembre 1870 et la fin janvier 1871, soit la majorité de la durée du siège de Paris, il y a près de 5 mois au moins au cours desquels cet effort est mené, 5 mois au cours desquels des opérations ont été lancées sans arrêt dès qu'un effectif de corps d'armée était formé au lieu d'attendre d'en cumuler assez. Une bonne part de ces effectifs avaient un minimum de formation (la Garde Mobile et la Garde Nationale) et pouvaient donc être amenée au niveau bien plus vite, ce qui d'ailleurs fut le cas. Les troupes eussent été mieux mises en cohérence, tant au niveau des unités élémentaires qu'aux divers échelons de commandement. Le fait est que le gouvernement provisoire a PU mettre ces corps d'armées, et même ces armées, en campagne au fil de cette période: attendre plus, renforcer leur entraînement, entretenir l'incertitude sur les lignes prussiennes par de l'action "de colonnes" (ce que fait Faidherbe) et des unités légères dispersées un peu partout, aurait permis de mieux former les existantes, d'en former plus, de les voire s'accumuler en grandes entités plus solides, d'établir un EM de campagne suffisant pour les besoins immédiats, de créer un minimum de coordination.... Ce n'aurait pas été au niveau de l'armée prussienne, mais le fait est que ça aurait largement pu être suffisant pour des objectifs limités. Pour preuve, il suffit de voir ce qu'on déjà pu faire les unités existantes, envoyées au front dès que formées. Rien que l'artillerie avait recouvré des effectifs suffisants (le seul problème étant l'insuffisance ponctuelle de la traction) et un niveau qualitatif assez correct des personnels (et des projectiles, qui sont désormais uniquement à percussion, contrairement à l'avant Sedan) pour remporter des duels d'artillerie d'une certaine échelle: ça veut pas dire une artillerie supérieure, loin de là, ni même une doctrine de feu de grande échelle qui aurait pu être décisive, mais de quoi TENIR, de quoi faire mal localement, notamment autour de Paris.... Et si, encore, cela avait été accumulé et non jeté direct au feu après formation, les possibilités eussent été plus grandes. Pour les troupes, il y avait plus que de quoi créer le surnombre en de nombreux endroits, au moins ponctuellement, et compenser le déficit qualitatif et organisationnel pour des périodes de temps courtes face à des armées prussiennes étirées, dans l'incertitude, assez "usées".... Et tout cela en seulement 5 mois. D'ailleurs, l'étude du siège de Paris permet de dire qu'un mois de plus aurait pu être ajouté à cette période, sûrement à un coût terrible pour la population, mais que c'était réalisable: les négociations n'ont été engagées avant tout que parce que les perspectives venaient de disparaître fin janvier, suite aux mois de campagnes trop hâtivement menées. Mais en terme de potentiel existant pouvant être disponible, et d'organisation minimale parfaitement à la portée du GP, tout était dispo, surtout en regardant l'état et les contraintes des Prussiens. C'est d'ailleurs Moltke lui-même qui en tire la leçon qu'il n'avait pas su voir en 1866 face à une Autriche que Bismarck a préservé d'une campagne longue qui aurait pu voir son redressement relatif face à une armée prussienne qui se serait trop enfoncée dans son territoire: le redressement républicain fait réfléchir Moltke qui rejoint Bismarck dans une posture de vainqueur magnanime (ils ne sont pas suivis.... D'ailleurs même le fils de Moltke ne pige pas le truc). Et il ne faut pas oublier les problèmes prussiens: - des pertes énormes qui ont atteint le moral de la troupe et font hésiter le commandement; la maladie ajoute son tarif pendant l'hiver, de même, de façon moins dure que côté français, que la faim dans certains cas - des lignes logistiques étirées malgré l'usage du (peu développé) réseau ferré français: l'armée assiégeante de Paris souffre de graves manques, surtout à mesure que ses effectifs explosent (de 150 000 à 400 000) - cette armée, même à 400 000h, est étirée finement autour de Paris, si bien qu'elle présente de nombreux points d'extrême vulnérabilité étant donné la surface couverte et la lenteur des mouvements pas coordonnés rapidement dans un dispositif circulaire de ce type - l'indécision croissante au niveau décisionnel prussien, avec des divisions politiques croissant à mesure que le conflit dure, que les pertes s'empilent et que le doute se développe face à la résilience de l'adversaire et l'impossibilité de l'empêcher de se redresser (pas assez de monde pour déjà couvrir -même pas correctement- le nord est de la France). Faut pas oublier que le premier objectif de la Prusse est alors l'unification allemande, un procédé alors délicat et à un instant critique, rendu encore plus critique par une guerre qui dure. La guerre n'était plus gagnable pour Gambetta, mais il aurait pu infliger des pertes infiniment supérieures aux Prussiens, et taper fort dans le coin de Paris, voire aussi au Sud de l'Alsace en prime: là, c'aurait été dans ses possibilités, et de là, une autre résolution, débouchant sur un traité de paix plus équilibré, aurait été possible vu que les Prussiens ne pouvaient pas tant encaisser que ça en plus, militairement, politiquement.... Le regard rétrospectif a toujours cet effet de rendre un événement inéluctable pour la seule raison qu'il est arrivé. C'est parfois pertinent quand un déséquilibre des forces est abyssal, mais dans le cas de 1870, on est très loin d'un tel compte. Pas avec une autre stratégie, c'est le point de la thèse présentée, et d'ailleurs quelque chose qui me travaillait déjà un peu depuis longtemps. Faut pas non plus trop noircir; il y a de la connaissance et de la capacité, remobilisées spectaculairement autour de Blois, et mises au travail différemment, avec d'autres directives et une méga motivation face à l'urgence (les gens apprennent très vite: voir les armées républicaines en 1791-1792, ou la Prusse post Iéna). Alors ta remarque serait entièrement et unilatéralement vraie s'il s'agissait de créer un EM général (et toutes ses ramifications et structures jusqu'à chaque corps d'armée) capable de mener des campagnes mobiles n'importe où à grande échelle, d'envahir les voisins.... De façon rôdée. Mais là il s'agit d'avoir la capacité de gérer ce qui se passe dans un triangle Blois-Paris-Belfort (territoire connu, ami et "maîtrisé" face à un adversaire étiré) pour frapper quelques grands coups ponctuels et atteindre des objectifs limités destinés à décrocher une paix blanche au mieux (sans doute pas, mais au moins pas d'occupation ni de concession territoriale, fait déjà politiquement contesté en Allemagne), même pas reconduire l'adversaire à la frontière. Ne pas oublier qu'une majorité du travail du Grand EM prussien est le fait même de la mobilisation face à divers plans de contingences visant différents adversaires (mobilisation face à la France, la Russie ou l'Autriche essentiellement), et toute la stratégie, le timing et la planification qui en découlent, soit un stade du travail que le gouvernement provisoire de Gambetta n'a pas à faire, la mobilisation étant lancée depuis longtemps. Préparer et conduire une campagne limitée géographiquement à des distances couvrables à pieds pour l'essentiel, fut sa principale tâche: déjà importante vu les moyens dispos, mais nettement moins de longue haleine. De même, le but n'était pas de forger à la hâte une armée capable d'aller l'emporter contre la Prussienne dans une campagne d'anéantissement se terminant à la frontière ou à Berlin, juste d'atteindre des objectifs limités pour infléchir la volonté politique prussienne et limiter la marge de manoeuvre de Bismarck en accroissant démesurément le coût financier, humain, matériel et politique de la campagne, et en dégageant Paris. Et c'est pas non plus comme si la France était alors un pays devant partir de zéro dans ce domaine.
  21. Pas menacer les Indes en tant que territoires: menacer le commerce avec les Indes. Le contournement par le Cap de Bonne espérance est cher, long, hasardeux (tempêtes et autres aléas de mer) et susceptible d'interceptions (piraterie, corsaires, raids de marines adverses); il représente de ce fait à peine plus du quart des flux commerciaux entre les Indes et l'Angleterre. L'essentiel passe par le Moyen Orient, soit par la flotte annuelle de Smyrne (qui va récolter en une fois une masse de marchandises achetées et stockées dans quelques ports de l'Empire Ottoman), soit par l'énorme activité maritime entre la Mer Rouge et la côte occidentale des Indes, avec transbordement en grande partie à Suez. Faut avoir à l'esprit qu'à cette époque, cet espace est l'une des zones commerciales les plus actives du monde (et la première zone de piraterie du monde). Non seulement la saisie de l'Egypte permet de taper d'un coup ce commerce très brutalement, mais elle offre en plus une base pour menacer les ports marchands du proche Orient et l'Empire ottoman, et surtout se lancer dans le ciblage massif du commerce en Mer Rouge et au-delà, chose qui ne peut être qu'anecdotique s'il faut envoyer des expéditions maritimes devant contourner l'Afrique. Et taper le commerce anglais, surtout avec les Indes, c'est taper la volonté politique britannique qui repose en énorme partie sur les milieux commerçants de Londres (et par là le marché financier de Londres, donc la monnaie britannique) dont les intérêts font et défont les gouvernements. Les Anglais n'ignorent pas l'importance potentielle de l'Egypte dans ce commerce, mais le pays est alors verrouillé par les Mamelouks et plus ou moins enclavé: le projet du Directoire, il faut le rappeler, est celui d'une ouverture de l'Egypte avec création d'un double port sur la Méditerranée et la Mer Rouge, reliés par une route de transbordement terrestre, un canal de convoyage, et lancement d'une grande activité de guerre de course en Mer Rouge. Pour mémoire, Hoche est mort en 1797, soit avant l'expédition d'Egypte, et son expédition d'Irlande est celle de 1796. Celle de 1798 est celle du général Humbert et ne consiste qu'en un soutien très réduit en effectifs (moins de 3000h contre les plus de 15 000 de Hoche) aux United Irishmen, soit pas de quoi réellement inquiéter Londres en termes terrestres ou navals. Bonaparte est rentré bien avant le corps expéditionnaire, avec deux frégates et 2 corvettes qui sont passées inaperçues. Les combats ont continué contre les Anglo-Ottomans pendant encore un moment, d'abord avec Kléber comme chef, puis Menou qui est celui qui négocia le rapatriement en France du corps expéditionnaire par les Anglais, en échange de la reddition qui raccourcissait la campagne désormais sans espoir et donc économisait beaucoup aux Anglais dont on ne voit pas trop l'intérêt de se débarrasser du seul Bonaparte qui n'est pas encore Napoléon. Les opérations continuent, et ils envoient toujours plus de moyens en Egypte. Et le Directoire leur convient très bien comme régime: divisé et affaibli, que voudraient-ils un régime fort? Et pourquoi Bonaparte dont seuls ceux qui ont la connaissance de ce qu'il deviendra après peuvent alors trouver qu'il sort du lot et a des chances de s'imposer comme candidat pour diriger un tel régime? Au moment du retour d'Egypte, Bonaparte est plutôt mal, et surtout à la merci de ceux qui ont du pouvoir; si son frère n'avait pas rétabli un peu de son crédit, si Barras n'avait pas voulu de lui comme "sabre" de sa faction (entre autres, précisément parce que Bonaparte n'avait ni moyens ni soutiens et lui devrait tout), Bonaparte aurait risqué la disgrâce totale au pire, l'anonymat au mieux. Bonaparte quitte l'Egypte en août 1799 et arrive à Fréjus en octobre; les combats en Egypte continuent alors, avec un Kléber qui ne sera assassiné qu'en juin 1800, fait qui est connu en France fin août et publié début septembre par Bonaparte. Entretemps, Menou fait ce qu'il peut avec ce qui lui reste, et ce peu n'est pas rien, vu que les Brits n'arrêtent pas d'envoyer des renforts à Abercrombie: 60 000 Ottomans (financés en grande partie par Londres) et 30 000 Anglais semblent une dépense un peu exagérée (sur plus de 2 ans et outre mer..... Soit quelque chose de TRES cher) si tout était déjà réglé "en secret" :-X. Menou ne capitule qu'en août 1801 après des pourparlers très rapides, preuve qu'il a beaucoup combattu avec le reste du corps expéditionnaire (qui ne dépassait plus les 10 000h en état de combattre depuis début 1800), notamment à la bataille de Canope, une preuve parmi d'autre qu'il n'y a pas eu de "négociation" secrète ni d'accord britannique pour qui cette dépense est lourde. Ces théories du complot ne tiennent pas debout, et ça m'étonne de Waresquiel qu'il en accrédite un seul brin (dans quel ouvrage d'ailleurs? Jamais lu ça de lui). Rappelons aussi que ces années en Angleterre sont celles d'une mobilisation sans précédent qui voient l'île se mettre en défense en grand, lever des troupes sans cesse, bâtir des tours de guets partout, organiser des milices et réserves territoriales....
  22. Je prenais juste un exemple parlant de cibles d'opportunités; il y en a bien d'autres, et avant tout, autre exemple, la différence entre les ESTIMATIONS qu'on se fait de l'importance d'une cible concrète pour l'effort et la volonté de guerre d'un adversaire, et les mêmes estimations que cet adversaire a de ces cibles, et de l'impact que leur destruction aura réellement sur sa capacité mais plus encore sur sa volonté. L'impact des bombardements alliés de tous types pendant la 2ème GM a du être plus que sérieusement relativisé à cet égard, qu'il s'agisse des bombardements de terreur aussi bien que ceux d'infrastructures de transport, de sites industriels et énergétiques, ou encore des "simples" bombardements tactiques d'unités de combat ou de centres de commandement. Et là on parle d'un schéma où la domination d'un camp sur l'autre est pourtant écrasante. Mais le point de ma remarque était surtout, au global, sur la différence entre efficience et efficacité, et le point au-delà duquel l'obsession pour l'une au dépend de l'autre peut commencer à influer radicalement sur la conception de l'action armée, donc du modèle militaire qui en découle, avec pour résultat à l'arrivée d'avoir un outil non pertinent pour obtenir du résultat politique significatif à un coût global satisfaisant (ce qui a pour conséquence, entre autres, de faire se lancer dans des conflits non réellement utiles et non réellement gagnables). L'emphase trop accentuée sur des critères tels que le nombre de sorties/jours, quand ils deviennent absolus au lieu de n'être que des critères mineurs de mesure d'efficience permettant à une arme en particulier d'optimiser son fonctionnement, est un danger grave à cet égard, et une des multiples façons qu'ont les armées otaniennes de prendre l'effet pour la cause et de calibrer de plus en plus mal leur outil militaire, malgré pourtant l'énormité (relativement à la plupart des adversaires potentiels) de leur avantage technologique et financier.
  23. Même là, y'avait encore moyen de faire des choses, même si il était désormais impossible à court terme, par rupture des communications avec la métropole, de facilement renforcer le corps expéditionnaire et/ou de faire circuler moyens et personnels (pas que militaires), soit en faire une pleine réussite politique immédiate. Mais pour le but de couper/limiter sérieusement le commerce anglais et de créer un front durable, y'avait de la marge de manoeuvre au moins partiellement renouvelable localement (pour peu qu'un projet politique local soit bâti et mené par Bonaparte) jusqu'aux erreurs de la campagne de Syrie et l'échec du siège de St Jean d'Acre qui en est découlé. Cependant, ma remarque que tu cites concernait surtout la période de lancement et préparation du projet: la flotte qui quitte Toulon, avec les bons moyens et les bonnes conditions, est pleine de très sérieuses chances de succès.
  24. Ce sont plus des facteurs d'efficience (mesure concernant le procédé) que d'efficacité ( qui concerne le résultat): ce domaine là est nettement moins quantifiable, ou en tout cas aisément quantifiable, vu qu'il est pour le coup proprement de niveau opératif/stratégique et intègre un ensemble de données et domaines dans lequel la stricte technique militaire n'est qu'un aspect. Comment mesurer l'impact sur la capacité globale et la volonté de guerre d'un adversaire, domaines qui sont l'alpha et l'omega de ce que l'action armée vise? Rien que dans le domaine des cibles "stratégiques", tout n'est pas si facilement résumable: des structures lourdes, permanentes et en dur ont certes une certaine constance en tant qu'objet (sites de production industrielle ou énergétique, infrastructures lourdes....) et peuvent être relativement pondérées, même si beaucoup de pertes de tels objectifs doivent souvent voire leur importance relativisée par rapport à la capacité et surtout à la volonté de continuer la guerre chez l'adversaire, comme l'histoire le démontre souvent. Mais combien de cibles de bombardement n'ont d'importance qu'à un instant donné, parfois simplement parce qu'un gars ou un groupe qu'il faut absolument buter s'y trouve entre telle heure et telle heure? Combien de sorties aériennes sont déclenchées, parfois avec tout le tralala des options maxi décrites par FATac, parce qu'un renseignement signale une unité, un armement particulier.... A un endroit précis à telle heure, et que finalement, il y a changement de programme en cours de route? Comment mesurer "l'efficacité" des frappes à l'aune de la pure relativité et de la faible quantifiabilité (désolé du barbarisme) de l'importance de nombreuses cibles? Les cibles et les résultats en termes d'impact réel (et perçu, autant par l'adversaire que par le camp qui bombarde) sur la capacité et la volonté de faire la guerre sont les vraies mesures d'efficacité, et il est difficile, voire impossible, de bien les "quantifier" à un instant T pour transformer le résultat purement physique en résultat politique. Une bataille gagnée même décisivement n'a pas toujours l'impact qu'on en attend, et une bataille perdue produit parfois des résultats heureux pour le vaincu, pour prendre une situation historiquement aussi récurrente que paradoxale. Entièrement d'accord, mais c'est un mot tristounet :lol:: mieux vaut parler de "l'art" de la guerre par opposition à ceux qui tiennent un peu trop la guerre pour une science ;). Et de son importance réelle, perçue et relativisée dans le vaste et complexe fait qu'est la volonté/capacité de combattre et d'avoir une politique qu'a l'adversaire. Sinon, encore une fois, il n'y a que mesure de l'efficience, pas de l'efficacité, ce qui est nécessaire pour apprendre à optimiser les processus mécaniques de ses forces, mais n'est que quelque chose d'infiniment partiel dans la conduite de l'action de guerre. Et trop s'obnubiler là-dessus est juste une façon techniciste de se regarder le nombril, qui conduit, dans la durée, à se méprendre sur les meilleures façons de faire la guerre en bâtissant des outils et systèmes de force faits pour optimiser l'efficience et non l'efficacité qui, passé certains points, peuvent être contradictoires. Yep, rarement autant de gens aussi censément intelligents se sont aussi complètement plantés dans l'histoire :lol:. C'est pas tout de foutre une expertise énorme dans l'étude d'un problème, si ce problème a été à la base fondamentalement mal -ou trop partiellement, ce qui est la même chose- paramétré.
  25. Tancrède

    La guerre en 1870

    Remontage de ce topic (qu'il faudrait fusionner avec l'autre sur ce conflit) suite à la lecture du dernier Guerre & Histoire qui m'a contraint à me pencher sur la 2ème partie de ce conflit que j'avais toujours, jusqu'ici, un peu légèrement éludé :-X :-[. Je n'ai pas encore accumulé beaucoup de matière sur la partie "républicaine" de cette guerre, mais j'avoue qu'elle m'intéresse de plus en plus par les questions qu'elle pose, non seulement sur le déroulement de cet affrontement en particulier, mais aussi et surtout sur ce qu'elle apprend dans le registre des rebondissements majeurs en cours de conflit, des changements de culture dans des temps très courts, de la capacité de ressaisissement (et de ses limites), de la rapidité avec laquelle une capacité militaire -même moderne, de type industriel- peut être au moins en partie rétablie et des conditions nécessaires pour que cela soit possible. Le tableau rapidement brossé dans l'article de G&H ce mois-ci pointe l'oeuvre considérable du gouvernement républicain provisoire suite à la reddition de Napoléon III, tant en matière humaine que matérielle et -en partie- doctrinale et stratégique. Cela permet de laisser l'esprit spéculer sur un 2ème grand fil de réflexions quand à un déroulement alternatif de cette guerre: le premier concerne la façon dont la guerre aurait pu être menée par Napoléon III avec les mêmes moyens, et les résultats très différents qui eussent pu être obtenus. Mais là, je découvre en fait les possibilités énormes que le gouvernement Gambetta-Favre avait pu rebâtir et qui aurait pu obtenir une autre issue au conflit, même si évidemment une "victoire" telle qu'on peut l'imaginer était hors de portée. Mais il est aussi indicatif de voir l'absence de remise en question des hautes instances militaires après 1871, qui n'est au final pas sans évoquer l'après 18 (ou plutôt ce qui suit la mort de Foch) et l'après 45.
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