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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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les Pictes ,"vainqueurs" face à une armée régulière ,celle des Romains ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Yann Le Bohec est l'autorité francophone sur l'armée romaine période Marius et Haut Empire. -
La mythification du "guerrier germanique"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Peut-être est-ce avant tout autant un effet d'egocentrisme du thème et de ses chercheurs (phénomène présent partout) qu'un effet de loupe sur la dernière civilisation à faire sa "transition" de l'âge héroïque semi-sédentaire à l'âge de constitution d'Etats. La mythologie grecque ou latine n'est ni moins guerrière et liée à la mort ou au mépris du prisonnier (de celui qui se rend) qu'exaltatrice des vertus guerrières et de la "vie héroïque" (le choix d'Achille par exemple, ou l'acceptation de son destin par Hector), avec un mépris prononcé pour le travail, essence de toute culture guerrière et aristocratique. Il faut à cet égard regarder la culture grecque AVANT la période de transition aux Cités Etats fondées sur des citoyens soldats qui, si leur éducation reste très belliqueuse, ont changé de code de valeurs fondamentales, louant plus l'individu au sein du collectif que l'individu exceptionnel, le paysan-citoyen-soldat plutôt que le guerrier, la cité, la civilisation, le courage plus que la bravoure.... La Guerre de Troie et les mythes originels grecs (avant leur enrichissement permanent au fil des siècles) en sont plus porteurs, avec pour point commun entre autre (et c'est dommage pour l'étude) de se reposer peu sur la transcription écrite et plus sur la tradition orale perpétuée par les aèdes, les prêtres et les guerriers eux-mêmes qui portent la mythologie de leur clan ou de leur famille dans des chants guerriers balancés avant la bataille qu'on veut incarner dans le duel (un procédé qu'on retrouve exactement chez les Celtes et les peuples germaniques, mais aussi dans les chants de guerre scandinaves). Je ne crois pas à un rapport différent à la mort chez les Vikings par rapport aux autres peuples à un stade analogue de leur histoire: le fait est juste que les vikings étaient à ce stade plus récemment, que cela a donc pu être plus documenté, que les peuples scandinaves sont donc eux-mêmes plus "proches, tout en restant des peuples relativement petits et homogènes, plutôt enclavés dans leur recoin d'Europe glacé qui n'est pas vraiment un carrefour de civilisations ou un objectif de conquête en tête de liste des priorités :lol:. -
La mythification du "guerrier germanique"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Tu veux dire que Wotan n'est pas Odin, que Dönner n'est pas Thor :lol:? C'est surtout une "période" d'une civilisation plus qu'une particularité: l'âge "héroïque" de petits groupes tribaux de chasseurs cueilleurs encore peu centralisés, ne représentant pas de grandes entités politiques, qui se fédèrent un peu plus par des expéditions guerrières qui permettent d'accumuler du capital (politique et matériel) et surtout de faire émerger des clans plus puissants qui finissent par se friter entre eux pour qu'un seul émerge. C'est le processus qu'on voit chez les Vikings du VIIIème au XIème siècles, mais c'est aussi celui qu'on voit chez les peuples germaniques avant cela.... Et en fait celui qu'on a vu chez les Celtes de Gaule encore avant.... Et plus concrètement qu'on a vu chez les Latins et les Grecs encore avant: fondamentalement, les Grecs mycéniens décrits dans l'Iliade sont exactement la même chose que les Vikings, le soleil en plus. Et les mythologies sont franchement de nature similaire dans tous ces peuples, ainsi que le rapport à la mort. La particularité gréco-latine est d'avoir vu, sans doute du fait d'un climat plus favorable (mais aussi d'un plus grand nombre de civilisations concurrentes à proximité), l'accumulation et la concentration politique et économique (avec passage à une agriculture très dominante) se traduire dans un phénomène urbain beaucoup plus vaste et beaucoup plus rapide, avec une constitution de groupes politiques stables plus rapide. La particularité des vikings est selon moi d'avoir été les derniers européens (avec les Hongrois peut-être, qui font leurs raids cavaliers dans le même temps) à opérer cette phase civilisationnelle, donc à le faire devant les yeux d'un continent qui lui était depuis longtemps passé à des stades plus "avancés": le différentel était plus apparent, donc choquant. Ajoute en plus le méga marketing que l'Eglise a fait au viking en le transformant en punition de Dieu pour l'éternelle impiété de ses ouailles sur laquelle elle voulait toujours plus consolider son emprise, et tu as le mythe tel qu'il est devenu. Après tout, il y avait déjà eu quelques siècles avant un autre "fléau de Dieu" bien utile à l'Eglise et surtout bien plus dangereux. -
les Pictes ,"vainqueurs" face à une armée régulière ,celle des Romains ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Les Angles sont presque anecdotiques dans l'histoire: un "peuple" (ou sans doute une ligue de plus petite ampleur) dont des éléments participent aux raids saxons sur la Bretagne romaine. Ces expéditions sont à comparer en fait aux raids vikings ou aux expéditions "fédératives" de tribus germaniques sur le Rhin et le Danube: des entreprises privées, à l'initiative de chefs de clans un peu plus puissants qui arrivent à s'entendre entre eux, d'aristocrates guerriers en mal d'accumulation de richesses en somme. Ils fédèrent de plus en plus de clans et tribus au fur et à mesure de raids jugés rentables (mais montés par leurs soins en "grandes victoires" immémoriales sur Rome, comme les sagas vikings délirent pas mal sur l'ampleur des réalisations concrètes); ça ramène du monde, et le succès des dites associations incite à garder le nom, la "franchise" en somme, une marque qui gagne :lol:. Au fil du temps, le renom accumulé, les fidélités ainsi acquises, les liens tissés entre les groupes qui reviennent fréquemment font que ces ligues se structurent de façon plus pérennes, sans pour autant devenir des entités politiques totalement permanentes et surtout pas centralisées (cas par exemple des "Goths" ou des Francs dont on voit divers groupes être à l'occasion antagonistes). Angles et surtout Saxons viennent visiblement de la moitié sud du Danemark et de la côte allemande dans le coin de l'actuelle Hambourg, couvrant peut-être une zone qui va jusqu'à l'embouchure de la Weser, ce qui les met en contact avec les Frisons et Bataves. Ces Saxons doivent donc être une ligue regroupant entre autres des peuples depuis longtemps en contact avec Rome, comme les Chauques, alliés de Rome au temps du soulèvement d'Arminius. L'intérêt pour la Bretagne? Ben c'est développé, c'est Romain, ils ont besoin de terres, envie de Rome, et les territoires du Rhin sont trustés par les Alamans et les Francs. Mais faut pas voir les Angles et Saxons comme les ancêtres des Anglais: au final, les migrations qui ont eu lieu n'ont pas concerné des masses d'individus énormes. Il s'agit surtout de raids guerriers (qui ont pu faire après venir leurs familles) qui ont fini par installer des petits royaumes à la place des élites anciennes ou par alliance avec elles (avec une relative acculturation de part et d'autres). Les anciennes élites brito-romaines n'ont pas du en fait tant bouger que ça, et ce sont les résistants qui se sont trouvés, après une longue période de résistance (ou naît la légende arthurienne), acculés vers le Pays de Galles et la Cornouaille, plus quelques îles ainsi qu'une émigration considérable vers la Bretagne armoricaine. Mais les populations saxonnes n'ont pas "remplacé" les habitants: l'essentiel des pégus et citadins de base, eux, n'ont jamais bougé. Ils ont juste changé de patrons. Une étude génétique dans la population anglaise avait révélé que les apports majeurs étaient celtes et plus encore cette "souche européenne" antérieure que l'on trouve partout en Europe occidentale comme base des populations (très comparable aux Basques, Ligures et autres groupes aujourd'hui petits mais qui étaient là avant même les migrations celtiques et d'autres "Indo Européens" au IIème millénaire, qui représentent en fait ce qui représente la base majeure de la population ouest européenne). Mais bon, là en ce moment je suis plus replongé dans la légion romaine et l'armée romaine: structures, fonctionnement, carrières, équipements, paie, recrutement, bouffe, tactiques.... Pas trop dans le trip barbare (en détail). -
La mythification du "guerrier germanique"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Oui entre autres, mais la valeur -plus la supposée que la réelle- du combattant de base "incarne" la réputation finale (ce qui peut d'ailleurs concourir d'un certain effet psychologique avant un affrontement, encore plus à une époque où les combattants se voyaient) et constitue en fait le "résultat" sensible au niveau des populations. Mais le raisonnement qui vaut pour les armées et peuples vaut aussi pour les combattants individuels, les "grands guerriers" n'existant pas par donnée génétique. Après, pour savoir ce qui fait tenir les troupes, ce qui les fait aller de l'avant, pousser un cran plus loin que l'autre, avoir du mordant, être plus actifs, endurants.... Ressort d'un ensemble d'autres facteurs proprement inquantifiable: sélection, encadrement, entraînement, aguerrissement, soutien, équipement, motivation individuelle et collective/conscience de groupe (là on est dans le domaine des forces morales).... Pour mémoire, quand dans les récits antiques, un romain loue la bravoure ou la force d'un germain, il est en fait raciste: c'est un mode oratoire et écrit commun dans la civilisation gréco latine que de reconnaître ces traits presque "animaux" au barbare pour mieux exalter le "civilisé" (qui les a aussi, ça va sans dire) qui lui y ajoute le courage, la discipline, l'ordre et tout le tralala dont se targuent les gréco-latins. A noter qu'à cette époque, une partie des préjugés inconscients est "renversée" par rapport à notre époque où, quoiqu'on en dise, subsiste encore souvent un fond de "hiérarchie raciale" qui placerait le blond plus vers le sommet d'une pyramide alimentaire imaginaire: dans l'antiquité, le brun mat est le "supérieur", et le blond est le "bougnoule" (désolé pour le terme, mais c'est vraiment ça). Et pour la note, les Celtes ont eu droit dans la littérature latine aux mêmes délires que les germains. C'est plus profond: ça date de plus longtemps que la période des GM. -
La mythification du "guerrier germanique"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Faudrait aussi rappeler aux germanophiles et "racialistes" que le dit St Empire, dans la très brève période où il a été puissant, cad quand il y avait un royaume de Germanie assez grand pour le fédérer, s'est pris la pile face aux Italiens à la fin du XIIème siècle :lol:("honte suprême" dans cette "lecture" de l'histoire) alors même qu'ils avaient une de leurs idoles aux commandes, Frédéric Barberousse. Et l'Italie s'est émancipée de l'empire.... Même pas des peuples: des coalitions/fédérations de peuples et tribus loin d'être toutes "germaniques" (terme déjà très vague et étranger aux dites tribus: "germain", c'est du latin :lol:).... Dedans, y'a du celte, de l'iranien (Sarmates, Iazygues, Alains....) et d'autres trucs (Daces, Slaves....). Ceci dit, après des siècles à se faire poutrer par Rome, ils ont appris des trucs, se sont organisés en plus grands dans ces "ligues" de tribus plus structurées qui sont en fait plus du registre de l'entreprise privée ponctuellement lancée (ce que feront les Vikings 4-5 siècles plus tard, l'évolution se voyant sur la période VIIIème-XIème siècle.... Et que faisaient les Grecs Mycéniens, ou d'ailleurs.... Les Romains eux-mêmes à leurs débuts et après). Et ils se sont jetés sur l'empire plus fréquemment et plus en même temps alors qu'il avait plus de mal à se payer des armées. Forcément, y'a fini par avoir des fissures dans le limès. En fait c'est là qu'ils ont réellement réussi: appliquer en grand une éducation militarisée. Il faut sans cesse rappeler le différentiel d'encadrement des unités et sous-unités élémentaires des armées allemandes par rapport aux occidentales: 3 à 4 fois plus de sous-offs dans les unités allemandes que dans les françaises (et anglaises d'ailleurs). Ca rend les lignes plus solides -discutable-, autonomes et manoeuvrables -moins discutable. Cela vient en fait de l'Etat prussien tel qu'il a été bâti par les Hohenzollern et décrit par Voltaire: une armée qui a un Etat. -
La mythification du "guerrier germanique"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
En même temps on a l'impression d'avoir tellement baigné dans cette "méta vision" du super-guerrier germanique, qui sous-tend le plus souvent implicitement (plutôt qu'elle est affirmée directement) beaucoup de récits, y compris dans pas mal de manuels scolaires, qu'il est normal de trouver la réaction inverse.... Et encore là n'est-elle pas gratuite et plutôt argumentée. On peut quand même voir l'importance du regard américain sur la chose: il faut quand même voir que la doctrine terrestre américaine après 45 a beaucoup "pris" aux Allemands (le nombre de généraux allemands de la 2ème GM qui ont servi de "consultants" est indicatif) et a énormément puisé dans l'expérience tactique allemande et aussi dans ses préjugés: l'histoire de "l'art opératif" soviétique, ignoré jusqu'aux années 60-70, le montre bien. Ce fait rejoint le préjugé aussi bien allemand qu'Américain à l'encontre des "rouges" qui ne l'emporteraient que par le nombre, le fond culturel commun entre la mentalité américaine (très profondément impacté par l'allemande vu les origines de la population) et la germanique et la propagande de guerre américaine qui a quand même monté en épingle l'adversaire allemand pour mieux faire mousser "l'american warrior". -
les Pictes ,"vainqueurs" face à une armée régulière ,celle des Romains ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Un dernier point sur le thème des Pictes et du Mur d'Hadrien, juste histoire de.... Le fait de voir le Mur d'Hadrien comme un investissement exceptionnel est, je l'ai déjà précisé, un mythe. Pour être franc, le mur n'a pas du coûter grand-chose à l'empire, sinon même, osons le dire, presque rien du tout par rapport aux dépenses ordinaires. C'est un sujet que j'aborderais sans doute un jour sur l'armée romaine, mais elle ne coûte en fait réellement, sous le Haut Empire, que la paie des soldats, ou tout du moins ce poste de dépense représente 85 à 90% des dépenses militaires. Le reste vient du travail des légionnaires eux-mêmes. Et ainsi pour le mur qui ne représente rien de plus qu'une décision initiale et ensuite 6 ans de labeur de 3 légions (en fait seule la partie d'entre elles qui n'est pas dispensée des travaux lourds, soit environs 3000h par légion, plus des experts encadrant l'activité) et éventuellement des esclaves et/ou de la main d'oeuvre locale mobilisée pour l'occasion mais pas contre paiement en argent: - l'argile, coeur du remblais au centre du mur, vient directement de la terre qu'on mouille, clarifie, densifie et fait sécher avant de construire par dessus. On l'utilise aussi pour faire les tuiles recouvrant tours de guets et fortins - le bois est abondant partout dans le coin: y'a juste à le couper et le tailler selon les besoins: charpente essentiellement, mais aussi pieux défensifs et autres composantes de pièges, ainsi que pièces d'artillerie - la pierre est un grès local qu'on trouve sur presque toute la longueur du mur: seule la partie extrême occidentale a du imposer des déplacements de pierres taillées sur des distances inférieures à 50 bornes - la courtine est recouverte de mottes de tourbe séchée découpées à la bêche.... Qui va dire que la tourbe coûte quelque chose ou qu'elle est dure à trouver en Ecosse ou dans le nord de l'Angleterre :lol:? - le déboisement devant et derrière le mur ne coûte aussi que des jours de travail des légionnaires, et a de toute façon aussi servi à construire le mur - le fossé, 9m de largeur pour 2-3m de profondeur, a servi à fournir la masse de terre du remblai, et ne coûte aussi que de la sueur Voilà la totalité de ce qu'a coûté le mur d'Hadrien: je doute que le budget romain ait été affecté en quoi que ce soit. On peut dire qu'il a coûté ZERO as, sesterces, denari et aurei. Même un éventuel surcoût représentant les outils abîmés plus vite qu'à l'ordinaire n'en est pas un, vu que la légion répare elle-même toutes ses fournitures, la ferronerie n'étant pas du tout un problème (ou le treillage des paniers qui servent de pelle, ou le retissage/reprisage des tuniques abîmées....). Les Américains avec leur mur-frontière sur le Rio Grande devraient en prendre de la graine :lol:. Coût d'une structure qui fait encore dire beaucoup de bêtises: ZERO! Le Mur lui-même avait une "garnison" de moins de 12 000h: - 16 forts pouvant abriter une unité auxilliaire (une cohorte, soit 480h) - un fortin tous les miles romains, pour des turmes (une trentaine de cavaliers) ou des demi-centuries (une quarantaine d'hommes). Chaque fortin arme les 2 tours de guet qui le séparent du fortin suivant Pour presque 120km, on arrive grosso merdo à un grand maximum de 100h par kilomètre, sachant qu'ils se relaient évidemment. Ce qui confirme le fait qu'il ne s'agit que d'une structure de filtrage et de surveillance, rien d'autre. Certainement pas d'un repli peureux derrière un mur par crainte des méchants guerriers pictes. Les 3 légions de Bretagne sont loin derrières (la plus proche est à Yorck, les autres à Chester, au NE du Pays de Galles, et à Caerleon, au sud du Pays de Galles), capables de venir appuyer le mur en cas de mouvement massif de l'adversaire, ou plutôt d'aller le chercher pour lui rentrer dedans, mais ayant surtout à faire DANS l'espace romain de l'île. Enfin pour un empire sur la "défensive" craintive, l'empire romain se comporte bizarrement en lançant la construction du mur d'Antonin, plus au nord.... En fait, ce mur là correspond vraisemblablement à une volonté de "rationaliser" le dispositif militaire romain en Bretagne.... En résumé, à compresser les coûts (ce qui correspond mal à la perception d'un ennemi réellement craint). Le Mur d'Antonin se situe sur une ligne mieux choisie encore: il réduit la distance à couvrir à 58km (contre 117 exactement au Mur d'Hadrien) tout en densifiant le dispositif défensif de fortins et forts attachés au mur.... Ce mur là est plus haut, plus large, avec un fossé plus grand et plus de forts au kilomètre (20 au total, de tailles diverses), mais beaucoup moins d'hommes en compte total. Cependant, il arrive à un mauvais moment: le règne qui suit, celui de Marc Aurèle, est extrêmement guerrier et voit à un moment l'empire dans un grand caca qui nécessite de décréter le tumultum, le recrutement massif et peu discriminé de tous les hommes qu'on peut racler rapidement, face aux invasions quades et marcomanes qui menacent à un moment donner l'Italie même. Résultat, le Mur d'Antonin, dont la construction avait sévèrement énervé les tribus locales (Selgovae, Novantae et les éternels Brigantes qui se sont beaucoup fritées avec Rome) qui s'étaient faites piquer de vastes territoires, est sans cesse attaqué alors même que Rome a du prélever pas mal de troupes en Bretagne.... Avec à l'arrivée un retrait probable sur le Mur d'Hadrien et un retour à leurs proprios des terres prises entre les 2 murs. A noter que le mur d'Hadrien avait déjà marché sur les pieds de quelques tribus dont le territoire avait été sévèrement amputé, notamment celui des toujours emmerdants Brigantes qui avait été proprement coupé en 2 (laissant leur partie nord affaiblie et isolée entre d'autres tribus) par la structure. A noter que les tribus mentionnées font toutes parties de ce qu'on appelle les "Pictes", confédération née ultérieurement et seulement mentionnée pour la première fois à la toute fin du IIIème siècle, et centrée autour des Calédoniens (déjà avant cela la tribu phare de l'opposition à Rome en Ecosse, la plus vaste et sans doute elle-même une condédération de clans et tribus) et des Maetae. A noter aussi que les Pictes s'opposent aussi bien aux Romains qu'aux Scots (quand ils ne se tapent pas dessus entre eux), une tribu irlandaise faisant des raids en Ecosse depuis un bail et qui s'installent aux IIIème-IVème siècle, et aux Saxons dont les raids maritimes commencent au IVème siècle (et contre lesquels Rome bâtit une fortification côtière dans l'est et un réseau de tours de guet et d'alarme). -
La mythification du "guerrier germanique"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Je sais, c'est pourquoi je crée MON sujet et ne me contente pas de ce que G&H semble vouloir évoquer ;).... Quoique je pense que, vu la taille du dossier (32 pages), cet aspect des choses ne sera pas absent, vu qu'ils ont déjà aussi traité le sujet (dans le n°2) de la supposée "nullité" militaire italienne, autre mythe historique sans fondement, et qu'ils ont déjà évoqué dans d'autres articles, annonçant un traitement ultérieur du sujet, ces visions débiles de "races de guerriers". La question ici est plus de déboguer ce genre de mythes, de recadrer nos champs de vision inconsciemment subjectifs notamment à l'aune d'exemples et analyses historiques, de voir comment ils ont pu naître.... Ce dernier aspect d'ailleurs, peut permettre d'étendre le sujet pour envisager l'ensemble des aspects qui font parfois d'un peuple, d'une nation ou d'un groupe, à un moment donné et pour une période donnée, un "ensemble" militaire supérieur à ceux de son temps, durablement ou non (parfois, c'est aussi juste du marketing). -
Voici un extrait du Facebook de Guerre & Histoire qui annonce le prochain dossier dans le numéro de juin (en kiosque le 15): J'avoue que ça, c'est un sujet qui m'excite, sans doute en raison des quelques temps passés, il y a de nombreuses années, sur des forums militaires anglophones avec tous ces a prioris de "supériorité raciale" qui ne disent JAMAIS leur nom, ne sont jamais explicites (ou rarement, sauf dans les posts de prépubères débiles), mais teintent absolument toutes les opinions anglo-saxonnes et germaniques, et souvent aussi, d'autres nations qui, surtout dans les parties "histoire", insistent beaucoup sur le fait de rattacher leur peuple à des origines partiellement germaniques pour se dire "guerriers" (ainsi des Espagnols, Italiens et.... Français). Il est effarant de constater la prégnance de tels préjugés en grande partie inconscients, et ce d'autant plus que ce mythe est infiniment récent, datant pour l'essentiel du XIXème siècle, et même plutôt de sa toute dernière partie, et de l'historiographie nationaliste allemande par laquelle beaucoup de pays ont été influencés, notamment à l'aune de la victoire allemande de 1870. Avant cela, il a existé un certain "préjugé" de longue haleine, hérité de la fin de l'empire romain et de la mythologie surtout franque du temps des mérovingiens et carolingiens (par rapport à une Rome tombée), prolongée par le développement d'une vision "franque" et nordique au temps des croisades, imposant un relatif mépris des civilisations méditerranéennes. Mais ce préjugé, au final, n'en était qu'un parmi d'autres et n'avait aucunement la puissance inconsciente de celui qui sévit encore aujourd'hui, la mentalité médiévale étant différente et radicalement incompatible avec les visions globalisantes des nationalismes modernes, et surtout avec leur absolutisme et leur recherche d'une "explication" fondamentale unique (la "race", la "nation", la "culture", fondues dans un gloubi-boulga méprisable et stupide qui caractérise pourtant encore profondément nos cultures et une bonne partie de nos façons de voir.... QUE VOUS LE VOULIEZ OU NON, C'EST COMME CA: on est tous contaminés à un degré ou à un autre). J'avais évoqué récemment la question dans le sujet sur Rome et les Pictes, essayant de pointer du doigt à quel point l'historiographie récente avait complètement faussé nos visions du monde, de l'histoire en général et de l'histoire militaire en particulier, renvoyant Pictes et Germains à leur rang de menaces "minables" pendant l'essentiel de l'histoire romaine, évoquant des événements passés sous relatif silence qui avaient eux eu une importance toute autre pour Rome même à son apogée (soulèvements Illyriens et Bataves, notamment). Mais de la même façon, on peut essayer de déboguer cet "objet" mythologique de l'histoire militaire qui tend à vouloir toujours réinterpréter tout événement à l'aune de ces oeillères plantées par des historiens allemands ou germanistes-germanophiles des XIXème-XXème siècles plus complexés par l'histoire des autres pays que franchement exaltés par celle d'une "nation germanique" inventée récemment. A vous de dire ce qui vous énerve dans ce registre....
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Il est effectivement pas pensé pour ça, mais avant tout parce qu'un de ses postulats de départ est que la "ligne de front" n'existe plus et ne fait pas partie de 99% des scénaris de guerre probable envisagés pour l'avenir. Certes, les missions de cavalerie légère, de la reco au raid blindé en passant par l'escorte, la reco offensive et le flanc-garde, font partie de son cahier des charges, mais le contrôle de zone tout aussi bien, et c'est entre autre là que le poids du nombre, la mobilité et la capacité d'attrition (qui suppose une autre mentalité) jouent dans le concept de base sans lequel le CRAB n'est qu'une plate forme de plus et du coup, pour une conception plus limitée, une plate-forme pas si bon marché. Il est fait pour être employable, et donc éventuellement "consommable" parce qu'il part du principe simple que quand on fait la guerre, quand on la fait vraiment (cad qu'on essaie d'obtenir un résultat, de peser, et de faire plus que "ne pas perdre"), on a des pertes et pas forcément négligeables. Et la plupart des guerres probables: - ne seront pas des guerres à "ligne de front" face à des armées étatiques, organisées, nombreuses et technologiquement très avancées. Dans ces conflits, il faut maximiser les effets des "lourds" en les déchargeant le plus possible de multiples tâches pour les réserver à la seule frappe espérée décisive tactiquement. Beaucoup de CRAB (entre autre, vu qu'il n'est qu'une famille de véhicules qui en appelle d'autres équivalentes en complément) permettent de remplir le maximum de ces tâches à moindre coût, permettant d'avoir un 2ème échelon de lourds, rares et chers, à n'employer qu'à bon escient - guerres dites "asymétriques"/au milieu des populations ou guerres "symétriques" supposent de toute façon une phase de transformation de la victoire militaire face aux forces "classiques" en résultat politique. Cette transformation recouvre ce qu'on classe sous des noms divers et qui constitue le vrai résultat: créer la paix (fondamentalement, une paix, un état de paix sur le théâtre d'opération, qui est aussi conforme à nos intérêts et volontés que possible, et durable). Ca peut s'appeler peacemaking, stabilisation, sécurisation, nation building.... Et ça prend mille formes selon la situation, mais ça se traduit toujours par du contrôle effectif de zone avec des opérations de sécurisation/coercition plus ou moins importantes au sein des zones densément peuplées et dans les zones plus vides qui les entourent. Pour cela, il faut du nombre, et le concept du CRAB est précisément de donner cette latitude d'action. Quoiqu'il arrive, il faut du nombre pour peser là où le résultat politique s'obtient, pour imposer un but de guerre et répondre aux intérêts qui ont motivé la guerre. Le concept du CRAB, précisément vu sous l'angle du nombre, de la coordination (donc du réseau informationnel qui le sous-tend) et de la mobilité, est là pour offrir ce nombre assorti d'un spectre de capacité bien plus large que le rôle conçu étroitement de "cavalerie légère". Bien évidemment, pour un tel rôle, le concept ne s'auto-suffit pas, et il repose entre autre sur une capacité "lourde" (XL, 10RC/EBRC) qui demeure mais dont on sait qu'elle sera terriblement limitée en effectifs à l'avenir. Cette capacité, à l'aune de la façon dont Desportes décrit le CRAB, est un 2ème échelon de recours pour la frappe brutale et ciblée dans un conflit "classique", et pour l'appui ponctuel dans la phase de stabilisation/conflit "asymétrique". Tout comme l'infanterie a son rôle à jouer dans cet équilibre nouveau qu'il essaie de définir.
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Recrudescence du néo-nazisme en Europe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
Soit tu fais référence à une forme particulière d'argumentation/débat qui ne serait apparue qu'au Moyen Age, soit tu zappes les controverses et argumentations (souvent publiques) entre juifs et "nazaréens"/chrétiens qui se déroulent dès le Ier siècle, que les commentateurs latinisants appellent fréquemment "disputatio" qui n'est qu'un nom générique, sachant en plus que les Romains, du moins pour ce qui ne concerne pas leur loi, sont peu attachés à des noms fixes pour une même chose. Euh, j'ai un maximum de 10% pour la population de l'Egypte romaine vers le Ier-IIème siècle, et ça semble le chiffre le plus élevé, hors bien sûr de la Palestine proprement dite (avec ses variations importantes) jusqu'au soulèvement de Bar Kokhba. L'empire romain du début du IIème siècle (apogée démographique estimé) doit chiffrer quelque part dans une fourchette de 70 à 120 millions d'habitants, avec une "moyenne" entre 80 et 90 selon les estimations récentes (qui remplace l'ancienne moyenne admise de 50-60, aujourd'hui plus ou moins discréditée). Si tu prends en compte les populations plus ou moins connues de l'empire, par groupes et régions, même à la louche, tu auras du mal à y trouver 8 (même 5) à 9 millions de Juifs. Pour un empire encore alors démographiquement nettement plus lourd à l'ouest (l'inversion du rapport de population se produit pendant le IIIème siècle, et n'est réellement attestée qu'à partir de Constantin qui a lui-même en plus impulsé des transferts de population significatifs, surtout d'élites, ce qui entraîne à court ou moyen terme des populations moins aisées), ça ferait un Orient majoritairement peuplé par les juifs, ou pas loin: sous Auguste, l'Orient représente à tout péter 16-17 millions d'habitants selon les estimations hautes, avec une Egypte qui doit y peser dans les 7 millions (avec des communautés juives réduites qui ne prendront leur vrai essor qu'après la première grande révolte juive).... C'est pas pour autant que tout est uniforme, surtout dans le monde antique, et le prosélytisme, juif comme chrétien ou mithraïste, est plus qu'attesté jusqu'au IVème siècle. Evidemment aussi, l'un des moyens les plus rapides de le faire en nombres importants passe par la conversion forcée des esclaves et l'éducation de leurs enfants directement dans une foi donnée. C'est moins traité parce que ces gens là existent peu pour les chroniqueurs (qui en revanche donnent l'impression que les monothéistes se répandent comme une lèpre dans le monde entier dès qu'un ou deux sénateurs sont convertis), mais c'est attesté, ça fait plus vite des bataillons considérables, surtout dans une civilisation profondément et culturellement urbaine comme l'empire romain du Ier au IIIème siècle. Pourquoi? Le christianisme jusqu'au IIIème siècle, démographiquement c'est peanuts. -
Recrudescence du néo-nazisme en Europe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
Si justement, il aurait pu: aux IIème-IIIème siècles, c'est la fureur des religions orientales, monothéistes ou non (comme dit plus haut, christianisme, mithraïsme et judaïsme, mais aussi le culte d'Isis par exemple), et le judaïsme tourne même à certains moments mieux que le christianisme côté parts de marché, les élites étant les plus ciblées. Il ne faut cependant pas voir la conversion finale de Constantin comme le signe que la majorité de la population de l'empire romain était passée au christianisme, plutôt comme celui qu'il existait alors un fort lobby chrétien au sein des élites des centres de pouvoir, tout comme il y avait un fort lobby juif et un mithraïste, entre autres. C'étaient les 3 plus puissants. Mais le prosélytisme a battu son plein à cette période et jusqu'au début du Haut Moyen Age. Mais quand Constantin s'est converti à la veille de la bataille du Pont Milvius, les jeux furent soudain faits pour les autres religions.... Si ça se trouve, elles ne proposaient pas un meilleur deal à l'empereur, mais peut-être que la perspective d'une circoncision la veille de la bataille la plus cruciale de sa vie n'a pas emballé le gars Constantin :-[. Quoiqu'il en soit, quand lui s'est converti, le reste de l'empire était prié de suivre.... Bon dans les faits, il y eut coexistence entre la dite bataille (312) et l'adoption définitive du christianisme comme religion d'Etat en 380, avec entre les 2 un "pagan revival" (très new age) particulièrement incarné par Julien dit l'Apostat; à cette période, le prosélytisme battait encore son plein en raison des Edits de Milan qui officialisaient pleinement la tolérance religieuse dans l'empire, tout en voyant une promotion du christianisme au moins sous Constantin, qui se renforça sur la fin de son règne (après qu'il ait éliminé son dernier concurrent, Licinius, en 323) et commença à poser des entraves au prosélytisme juif (et, mithraïste et païen d'ailleurs) et à interdire les punitions contre les apostats du judaïsme (notamment la lapidation). Avant cela, il faut vraiment voir la chose sous l'angle d'entreprises qui se disputent des parts de marché et font du lobbying pour obtenir que le pouvoir nique la concurrence: les juifs l'ont obtenu contre les chrétiens aux Ier-IIème siècles de façon continue (malgré la révolte de Bar Kobba qui n'a en fait concerné que des communautés ciblées des juifs de Palestine mais n'ont pas remis en cause la légalité de la religion juive dans l'empire). Dans les 3 premiers siècles, on voit les 2 religions se distinguer de plus en plus, et surtout se détester de plus en plus: les disputatios et querelles théologiques se déclinent en propagandes antagonistes qu'on peut réellement comparer à l'évolution de la scène politique américaine aujourd'hui ou à la concurrence Coca-Pepsi, McDo-Burger King :lol:.... Ca se fait des coups de pute, ça se traite de tous les noms, s'anathémise à donf et pendant 2 siècles et quelques, ce sont les juifs uniquement qui ont l'oreille du pouvoir, créant un antijudaïsme chrétien dans le genre "attends de voir mon gars". La crise du IIIème siècle dans l'empire n'est bonne pour personne, mais c'est le moment où le prosélytisme marche le mieux (temps difficiles = conversions :P), et la stabilisation sous le règne de Dioclétien signe un bref retour des persécutions contre les chrétiens tout en voyant les 2 communautés avoir de plus en plus de lobbyistes dans les hautes sphères. Mais à ce stade, la haine entre les 2 est consommée et établie. A noter qu'un des moyens de prosélytisme les plus communs à cette époque était de convertir (sans leur demander leur avis) les esclaves et d'élever leurs enfants dans la foi choisie: les juifs, mieux implantés dans l'empire (économiquement et légalement) et plus nombreux que les chrétiens pendant les 3 premiers siècles ap JC, ont ainsi pu disposer d'un bon fond de roulement pour faire marcher le business. Mais les chrétiens se sont joint à la fête dès qu'ils ont pu: ça relativise pas mal la "pureté" exaltée avec laquelle on peint la foi des premiers siècles de notre ère :lol:. Imaginez que les Juifs ont du aussi se sentir moralement condamnés quand Constantin leur a interdit de circoncire leurs esclaves :lol:. Ahlalala, ces gens de l'Antiquité.... -
Recrudescence du néo-nazisme en Europe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
Faut aussi quand même noter que ces mouvements ont en général été plus vastes en Russie, et en revanche nettement plus d'initiative "centrale", le pouvoir étant par nature plus jaloux et absolu. S'il y a une grille d'analyse à avoir sur l'antisémitisme "d'Etat", cad des vagues (toujours courtes, mais parfois très brutales) initiée par le pouvoir, c'est à mon avis à chaque fois que le pouvoir est faible/affaibli/en question, plus que pour toute autre raison, structurelle (à mon avis inexistante et vaine à essayer de démontrer) ou conjoncturelle (le coup des pestes et autres, avec besoin d'exutoire: il y a eu bien plus de coups durs que de vagues d'antisémitisme ou autre stigmatisation d'un bouc émissaire). En France, on peut noter par exemple que cela commence sous les Mérovingiens, dès lors que le pouvoir n'a plus de marges de manoeuvres, et les vagues correspondent immanquablement aux règnes faibles. Avant cela, entre l'affaiblissement du pouvoir romain en occident, mais aussi même avant, c'est quand le pouvoir de l'Eglise (en tant que pouvoir spirituel et indirectement temporel) est encore faible: faut pas oublier que dans l'empire romain post crise du IIIème siècle (et pendant), les religions "orientales" se livrent une guerre des "parts de marché" de population très féroce, sur fond d'affaiblissement des religions traditionnelles polythéistes (nettement plus tolérantes par nature) et des religions à mystères. Le Mithraïsme, le Christianisme et le Judaïsme sont les 3 leaders du secteurs, et chacune aurait pu l'emporter: il est d'ailleurs probable que si le vainqueur avait été autre, la nature du monothéisme et de l'inévitable fusion (la victoire étant de convertir l'empereur) avec le pouvoir temporel rendant la chose certaine, l'intolérance officielle aurait été la même. La chose se calme sous les Carolingiens (dès Charles Martel en fait), avec des monarques très forts. Après cela, les vagues se confondent avec le degré de centralisation/décentralisation sous la féodalité, l'antisémitisme faisant partie des outils occasionnels auxquels recourt un monarque (même fort) quand il a besoin de marges de manoeuvre, mais là, rien ne différencie les juifs d'autres groupes (Lombards, étrangers, travailleurs migrants, Templiers, Cathares....) qui en prennent autant sinon plus dans la gueule (les cagots sont la minorité qui a le plus historiquement souffert en France). En Russie, il faut noter que le pouvoir a toujours été historiquement faible, ce qui, combiné à sa conception fondamentale, l'a toujours rendu très agressif et extrême dans ses méthodes (un pouvoir brutal est le signe d'un pouvoir fondamentalement faible): taille du pays et faiblesse du chef à se faire obéir pour des raisons pysiques (lenteur des communications, dispersion des moyens....), nature longtemps "féodale" avec des entités politiques internes puissantes, moyens limités, menaces extérieure, instabilité chronique.... Avec le temps, cela a développé une culture de la brutalité dans l'action de l'Etat, et d'une grande jalousie de l'autorité qui est conçue en plus culturellement comme temporel et spirituelle. Toute forme d'allégeance autre est mal vue. -
Recrudescence du néo-nazisme en Europe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
Tu peux peut-être y trouver l'héritage byzantin qui a fortement marqué l'histoire de l'Etat en Russie: l'orthodoxie d'une part (et de là la partie chrétiens vs juifs) mais surtout l'interpénétration plus grande du trône et de l'autel en Russie, plutôt copiée de l'empire romain d'orient. Le basileus est, depuis Constantin et dans la tradition romaine, le chef de la religion d'Etat, "divinisé" -entre autre la raison pour laquelle les orthodoxes n'ont pas de pape et ne le reconnaissaient que du bout des lèvres-, aussi bien que le monarque absolu/autocrate. Les premiers Etats russes, via les Rurikides, ont beaucoup copié les Byzantins et la conception russe de l'Etat qui s'est bâtie au fil des siècles est fortement empreinte de cet héritage initial qui fusionne complètement la figure du tsar (et donc "culturellement", l'Etat) et la religion. Du coup, toute religion concurrente (les Juifs en particulier, c'est une autre question) a tendance à encourir des foudres aussi bien temporelles que spirituelles dans l'esprit de chacun. Cela est concurrent avec la tradition "impériale" qui fait qu'un empire est une structure généralement plus apte à un certain degré de "multiculturalisme", mais les 2 tendances sont naturellement antagonistes sur bien des points et l'équilibre n'est jamais permanent. Au final, la Russie a t-elle été plus antisémite/plus dure avec ses minorités que d'autres? Le point est discutable: regarder l'antisémitisme en particulier tend à minimiser les horreurs infligées à d'autres groupes, et plus encore à faire oublier ce que les Russes (et autres) orthodoxes (ne serait-ce que le cas des "vieux croyants") et autres chrétiens ont eux-mêmes pris dans la gueule à de multiples égards (pas que religieux) tant l'histoire de ce pays a connu des extrêmes meurtriers avant même la période communiste. -
Histoire(s) de l'Infanterie de Marine et des Fusiliers Marins
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Fusilier dans Histoire militaire
Il me semble que c'était l'unité de formation des officiers de marine, à partir de Louis XIV. -
L'armée irakienne d'alors n'a vraisemblablement pas la capacité de "projeter" ainsi une énorme masse mécanisée sur cette frontière (c'est autre chose que le tout petit Koweit qui prolonge les zones irriguées de l'Irak, pour ainsi dire, et qui n'est pas loin d'axes routiers irakiens), encore moins de coordonner une telle masse à travers des distances considérables en plein désert (sans repères, pas de GPS chez les Irakiens) et avec un tempo suffisant. Ils n'ont pas de vraie capacité de manoeuvre blindée. Mais il me semble que la marge de supériorité américaine est alors telle que: - des éléments de groupes amphibies des marines peuvent vite être envoyés - l'aéronavale et l'Air Force peuvent vite amener des moyens en Arabie Saoudite, qui feront mal à des éléments mécanisés irakiens lents et maladroits, en plein désert, et qui ne sont pour la majorité d'entre eux pas capable de se coordonner et de réagir rapidement pour minimiser l'impact de l'arme aérienne américaine. La Garde Républicaine Irakienne pourrait sans doute réagir correctement, mais ce n'est qu'une toute petite partie de l'armée, pas une masse de manoeuvre suffisante pour faire grand-chose à l'Arabie Saoudite. - il y a quand même des éléments saoudiens qui ont quelques capacités: la Garde Nationale et surtout la Garde Tribale peuvent faire une défense antichar statique relativement fonctionnelle, ce qui, avec l'appui d'urgence américain (pour le rens, la coordination, la direction des feux, la DA et la frappe au sol, plus éventuellement des éléments d'appui des Marines au sol), peut plus que suffire à taper sur les éléments mécas irakiens qui ne pourraient coordonner de grande offensive massive d'un bloc
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Le sujet revient fréquemment, et entre autre, ici, il est question de la force dans le haut du corps en général, plus que du franchissement d'obstacles en particulier. Ce dernier point n'est pas absent des nécessités du métier vu qu'il faut pouvoir passer dans des environnements parfois assez acrobatiques en équipement complet (et avec occasionnellement un tuyau bien lourd sur le dos). Mais le plus général est la force dans le haut du corps qui, si elle ne détermine pas énormément la capacité ou non à savoir agir et réagir en condition de stress et de visibilité réduite, conditionne pourtant quasiment toutes les actions, tous les gestes. Ne serait-ce qu'embarquer une victime sur son épaule et descendre ou monter des escaliers, ou une échelle, avec. J'avais vu un débat télé américain sur ce sujet avec une haute "hiérarque" du plus puissant lobby féministe aux USA, qui soutenait que les pompiers devaient avoir 50% de femmes (sans dire d'où devaient venir les recrues volontaires vu qu'il n'y en avait pas assez pour atteindre ce taux :lol:); sur ces points des résultats aux tests, et avant tout ces tests sur la force dans le haut du corps, elle avait poussé la mauvaise foi (juste de la panique pour ne pas avoir l'air de "perdre du terrain" dans un débat télé) jusqu'à dire que les techniques de pompier devaient changer, du coup, et les victimes être plutôt traînées dans les escaliers :O.... On peut arguer sur la fréquence de ce besoin (mais des pompiers descendant une petite vieille ou un gamin sur leur épaule -et pas qu'en cas d'incendie- c'est pas un truc rarissime), mais si on commence à faire les statistiques de ce dont on n'a pas besoin 75% du temps dans un métier donné, on peut commencer à recruter n'importe qui.... Après tout, CRS et GM ne voient pas de grandes émeutes violentes très souvent (c'est quoi? 2 à 5% de leurs interventions annuelles ;)?), même en France :-[, donc pourquoi se faire chier à leur demander d'être capables d'y faire face? Etre capable de faire du cordon de sécurité calme devrait-il être la limite extrême de leur savoir-faire, donc ce en fonction de quoi on fixe leurs critères de sélection?
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De toute façon, un changement doctrinal majeur, vu les volumes et la capacité auxquels on arrive, on va pas y couper.... Ou alors on est, comme spécifié plus haut, la Hollande ou le Danemark en un poil plus grands. Parce que là on est au bout de l'illusion sur le fait que la technologie (ou la "qualité") permet de remplacer le nombre, la capacité d'attrition, la capacité de manoeuvre et la capacité à être en plusieurs endroits à la fois. Mais j'ai une idée: vu que ça devient à la mode d'avoir des "prêts" du constructeur pour essais en conditions réelles.... Panhard devrait faire comme pour le coup de l'Adroit ou des véhicules RTD prêtés aux FS.... Et prêter à l'AdT un escadron de CRAB tel que Desportes pense qu'ils doivent être :lol:.... Et hop en OPEX et l'AdT les rend tout cassés ou non....
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Avec QUOI? 1 char et 1 avion, pour résumer. Le problème, et encore une fois c'est l'analyse de Desportes, est qu'il n'y a plus la masse critique pour faire ça face aux quelques cas de figures possibles où il faudrait avoir à affronter un adversaire étatique (donc un ennemi tenant une "ligne de front"). On me dira que ça se fait en coalition.... Génial! On se pense dorénavant comme des supplétifs purs et durs sans capacité de peser, même au sein d'un dispositif allié où on n'aurait pas de quoi peser suffisamment pour être incontournables. On peut penser "OTAN" tant qu'on veut, c'est pas cette "équipe" qui servira les intérêts du pays.... Et franchement, si c'est pour servir l'OTAN, autant ne pas avoir de capacité militaire du tout, parce que là, ça ne sert qu'à faire bander les fanas de matériel mili et de petits hommes verts. Si la majorité des conflits à venir l'impose, oui; faut-il jouer les snobs de la guerre, les chevaliers d'Azincourt relookés qui veulent n'avoir que les modes d'affrontement "nobles"? C'est rarement bon ou pertinent tactiquement.
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Pas tant que ça; faut essayer de voir la vision amont de laquelle procède leur conception de matos. Ben c'est M'sieur Desportes Vincent qui dit qu'y doit y'en avoir une et que le petit crab en propose un début.... C'est pas moi c'est lui d'abord.... C'est de cette logique que Desportes dit qu'il faut sortir justement parce que comme tu le dis, elle mène à n'avoir qu'un char et qu'un avion. Et que même quand on a encore 200 chars et 200 avions, soit on peut s'en servir que d'un peu à la fois, soit de toute façon on obtient pas de résultat sur le terrain, soit les deux.
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Peut-être est-ce avant tout parce que les véhicules ne sont pas des concepts, justement: ce sont des véhicules et rien d'autres dans la plupart des cas, un remplacement d'un engin précédent en "mieux/plus lourd/plus complexe/plus cher", et ce dans tous les rôles, armes, spécialités.... Sans vraie réflexion amont sur la tactique, l'organisation, la manière d'aborder le combat terrestre, ce qu'on veut en obtenir, la capacité qu'on veut avoir face à telle situation et pour tel volume type de force.... Bref, aucune revue ni pensée à l'aune de besoins de l'armée un peu bien pensés. Juste de la segmentation, de la réflexion par type de sous-unités au mieux, du remplacement par plus complexe et plus cher dans chaque segment, sous le seul angle de générations de plates-formes. Un bon concept est pensé plus en amont, et sa pertinence en garantit une durée de vie plus longue avec des adaptations mineures et incrémentales. Je ne sais absolument pas si le CRAB en est un, mais il a au moins l'ambition de l'être et a été conçu en partie sous la direction d'un ex-général qui insiste beaucoup sur cette manière de voir. En est-on seulement encore là? Il vaut mieux une armée à 2 vitesses à tout prendre, avec un "noyau" qui essaie et pense (et entretient des savoirs-faires, mais surtout en propre une façon de se penser et de penser le combat terrestre) et le reste qui en bénéficiera plus tard, on l'espère, face à une situation accroissant les besoins de manière même politiquement incontestable. Au final, la situation actuelle est plutôt favorable de ce côté: on ne risque pas l'invasion ni de "défaite" majeure (j'entends dangereuse pour le pays et ses intérêts) dans l'immédiat, alors autant tout faire pour avoir un élément au top, non en l'équipant du nec plus ultra proposé par tous les constructeurs, mais en le faisant se penser et se repenser sans cesse pour assigner réellement des commandes globalement cohérentes. Surtout que vu l'ambition récemment démontrée en France comme en Angleterre, on voit que les forces déployées sont petites, et qu'elles sont les seuls à bénéficier des super commandes en urgence qui multiplient par X le "coût" du matos par tête d'opexé. De toute façon, les armées à 2 vitesses, on y est déjà, parce qu'il est douteux que les dits équipements deviennent pour la plupart des composantes fixes du paquetage individuel/de l'investissement par soldat. Qu'au moins on accepte pleinement cette logique et qu'on en tire parti au mieux: c'est le moment d'essayer des trucs, de se remettre en question vu qu'on n'a pas d'adversaire fixe contre qui se penser/s'équiper. Ca vaut mieux qu'un "modèle d'armée" global dans l'absolu qui ne sait pas contre qui il se prépare et constituera de toute façon une réponse imparfaite aux types de crise qui se présentent, tout en ayant pour le coup bouffé beaucoup de ressources pour être appliqué à toute l'armée.
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C'est plus que probable, mais ça n'enlève pas tout espoir. Il y a 2 voies par lesquelles cela pourrait finir par se faire, qui ne sont pas incompatibles: - l'étalement dans le temps: si le véhicule devient un "classique", par ses qualités intrinsèques et la validité d'un concept qui, exploité tactiquement et organisationnellement, permet de donner des marges de manoeuvre en théâtre et en terme de capacité globale fournie à coût supportable sans grand impact ailleurs, il devient possible de le voir devenir un outil développé dans des quantités souhaitables sur une longue période de temps, non dans une version unique mais avec une évolution régulière. Tout dépend de la "puissance", de la validité du concept (plus que du véhicule de base), de son implémentation donc de son acceptation dans une AdT qui, malgré toutes les querelles de chapelles et conservatismes craintifs, sait qu'elle doit remettre en question certains dogmes sous peine d'avoir très bientôt la capacité d'une armée danoise ou hollandaise. - l'échantillon test plutôt que le saupoudrage: convertir quelques régiments entièrement à la bestiole, pour qu'ils l'essaient et développent pleinement le concept, pour en tirer le maximum. On se pose des questions sur le 1er RHP (et par là aussi le 4ème RH)? Ben ces 2 là, et peut-être aussi le 3ème RH (avec une brigade franco allemande dont on ne sait pas quoi faire sans vouloir non plus la supprimer) peuvent représenter le "nouveau concept" en se mettant en période d'adaptation radicale avec bazardage des ERC. Cela ne représente pas des quantités terribles: entre 200 et 300 machines (et apparemment, ils veulent que le coût unitaire ne dépasse pas le million), peut-être un peu plus si justement on veut "peser" en adaptant un format spécifique destiné à repenser l'action "légère" blindée.... En rien une commande massive, surtout si étalée sur 5-6 ans. Presque "indolore". Mais concentrer les engins sur 2-3 formations permet là de réfléchir sérieusement. Etape suivante: faire la même chose avec les EEI. Encore un ensemble représentant des quantités limitées mais qui permet de faire des choses et de réfléchir. Dans l'intervalle, le sort numérique des "lourds" aura été fixé, XL comme 10RC et son remplaçant....
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Recrudescence du néo-nazisme en Europe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
:lol: Beuaaah, ceux-là?! J'ai ouï dire qu'ils étaient nombreux, et vraiment partout ces gens là . -
J'avais compris, mais je me fondais plus largement, en parlant de "concept", sur les conclusions du général Desportes (qui a quand même présidé au développement du bestiau); vu les volumes de "lourds" (ce qui inclue les 10RC et le futur/hypothétique EBRC.... No comment) dont on disposera à l'avenir, il évoque le fait que, bien que pouvant remplacer nominalement tout ce qui est VBL employé comme "cavalerie légère" (mais aussi les ERC), l'idée est d'avoir une masse conséquente de ces engins là pour que, à partir de ces rôles, ils puissent couvrir un panel de situations plus large, "bouffer" le plus possible d'espace afin de cantonner des lourds peu nombreux à l'intervention en concentrations brutales, ou en appui ponctuel de dernier recours (en petits nombres). Ce qui veut dire repenser la doctrine à l'aune de l'ensemble de ce que la machine peut faire, d'une part, et de l'ensemble de ce qu'un nombre réellement important (et donc des unités adaptées à cette vision) permet à l'échelle de l'AdT. Son idée de base justement n'est pas seulement le remplacement d'un certain volant de véhicules par une machine mieux adaptée aux missions qu'ils remplissent actuellement, mais de repenser l'action blindée qualitativement et quantitativement par ce concept qui n'a réellement de sens que via cette revue de la doctrine, elle-même intrinsèquement liée au fait que le dit CRAB, en tant que concept, n'a son plein intérêt que si le client en prend BEAUCOUP. Si c'est pour en prendre un nombre réduit ou juste remplaçant nombre pour nombre les VBL affectés aux missions de cavalerie légère (reco/éclairage, aide à l'engagement, raid blindé, saisie d'objectifs, couverture, patrouille, surveillance....) voire pire encore, en prendre un ou deux en les jumelant avec du VBL (former des équipes bâtardes où le CRAB est un "lourd" cheap), ça devient du luxe inutile parce qu'il ne changera pas réellement les capacités de l'ABC, et il sera traité comme une bestiole rare et précieuse, à ne pas risquer à la légère.... Alors que précisément, comparé aux "lourds", l'idée est qu'il soit un cavalier léger "consommable" et utilisable en nombres permettant de peser.