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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Pour le cas Vergennes et de la guerre d'indépendance américaine, je te recommande un TRES grand moment de lecture: le Secret du Roi, de Gilles Perrault (tome 3, La revanche américaine, pour cet épisode). Malgré le titre de roman fleuve, c'est un ouvrage historique sur le "Secret du Roi", le cabinet secret de Louis XV, qui était en fait son réseau de diplomatie parallèle et le premier service secret moderne de l'Histoire. Dissout par Louis XVI lors de sa prise de pouvoir, ses réseaux n'en sont pas moins restés actifs et ont constitué un lobby, la tête de file des revanchards de la Guerre de 7 Ans, assez puissant pour oeuvrer en faveur de la guerre contre l'Angleterre. Vergennes était l'un des initiés au secret en son temps, et c'est par lui, plutôt que par sa volonté personnelle (lui était assez tiède: partisan de principe de la guerre, il n'était pas prêt à prendre des risques pour sa carrière), que la décision a été prise. Le commerce extérieur est en plein boom au XVIIIème, effectivement, et après 1763, la disparition des coûts fixes d'entretien de garnisons (Canada et Inde), multiplie les bénéfices. S'il y a baisse des volumes dans les années 1780, elle est marginale (à vérifier); mais les bénéfices eux ne baissent pas, et l'expansion économique interne, avec un début de révolution industrielle que la Révolution tuera, est une réalité importante qui n'est ni financée par la traite des esclaves -contrairement à ce qu'aime brandir le lobby des repentants; la traite rapporte des marges faibles- ni réellement par le commerce extérieur, étant donnée la faiblesse des infrastructures de centralisation des échanges de capitaux (depuis le système Laws, peu de choses ont changé). les bénéfices du grand commerce restent géographiquement dans les grands ports, tandis que le développement pré-industriel se fait à l'est, autour de Lyon et dans le nord-est du pays, lieux d'extraction houillère et de tissage à grande échelle, et sur financement avant tout local (issu des bénéfices des commerces de textiles et soieries, qui sont le plus gros cash maker depuis le Moyen Age). Car un truc qu'il faut garder à l'esprit pour l'économie de la France, à la fois une force et une faiblesse, c'est qu'elle n'a jamais dépendu du commerce extérieur: ça se constate à chaque guerre contre la Grande Bretagne depuis Louis XIV, le "PIB" du pays baisse évidemment du fait de la guerre, mais l'interruption du commerce extérieur y joue un rôle assez marginal, le principal de cette baisse étant du aux taxations de guerre, à la mobilisation de certaines ressources (y compris humaine, même si c'est pas la conscription universelle), au ralentissement du commerce intérieur et du commerce extérieur terrestre (encore une fois, l'impact de celui-ci est modéré, sauf localement pour les zones frontières). mais fondamentalement, l'économie française tient bien mieux que d'autres le choc de la guerre parce qu'elle avant tout agraire et artisanale (avec des artisanats parfois de grande échelle), et que la france est son propre premier marché. Le pays souffre évidemment, souvent d'ailleurs parce que les besoins de la guerre sont supérieurs à ce que l'Etat peut obtenir et parce que les ressources disponibles sont mal dépensées (corruption, absence de réforme fiscale, dépenses mal ordonnées, surdépenses, mais aussi évidemment le choix des chefs, qui "gaspillent" des armées), mais fondamentalement, même en temps de guerre, le pays ne crève pas de faim et reste inviolé par les ravages de la guerre au XVIIIème siècle. L'Angleterre dépend avant tout du commerce extérieur, et elle parvient à le défendre en temps de guerre, mais sa plus grande force, outre le fait d'être une île, est son système financier (tel que modifié par Newton) qui permet à la couronne de lever d'énormes fonds et de dépenser en fait plus que la France pour la guerre, mais surtout de s'en remettre assez vite après. le problème des finances publiques était déjà énorme avant la guerre d'indépendance US, et a été récurrent tout au long du XVIIIème siècle: c'est la grande faute de Louis XV qui n'a jamais réformé la fiscalité et la dépense publique, laissant ce fardeau à un héritier qu'il avait en plus refusé de former et qui a du passer une dizaine d'années de règne avant de pouvoir comprendre et maîtriser un peu le pouvoir. Mais les vaisseaux en soi ne sont pas un grand problème; à l'unité, en plus, c'est même peanuts à l'échelle d'un budget d'Etat. Dire que le déficit est du à des rythmes de pertes de vaisseaux plus ou moins élevés, c'est comme dire que le PA2 n'est pas finançable en arguant de son coût fondamental (3 à 4 milliards) alors que ce coût est en fait lissé sur 5 à 10 ans d'exercice budgétaire. Le problème des finances publiques françaises au XVIIIème siècle vient de 3 causes à côté desquelles même la perte d'une flotte entière et son remplacement immédiat au prix fort pèse peu: - absence de réforme fiscale: l'impôt repose sur les mauvaises parties de la population, exempte celle qui devrait contribuer plus, et passe par des intermédiaires (les fermiers généraux) qui maximisent l'inefficacité et le trop grand coût de la collecte (corruption, négociations de leur pourcentage....) et les effets négatifs sur la population (abus, prélèvent souvent bien trop, voire plusieurs fois) et l'économie. - mauvaise gestion, dépense mal gérée, budget non réformé, gaspillage des ressources en temps de guerre (choix des chefs notamment). - absence d'un système financier moderne qui permettrait d'emprunter dans des conditions correctes et soutenables: l'emprunt en temps de guerre est alors à un coût prohibitif Outre ce fait, il faut signaler un truc important: quand la France fait la guerre à l'Angleterre, c'est jamais contre l'Angleterre toute seule; les rosbifs ont toujours une alliance de revers sur le continent qui contraint la France à mobiliser aussi sur ses frontières terrestres. Ca implique de lever des armées (et tous les coûts subséquents: solde, périodes d'entraînement, recrutement, fournitures de guerre, magasins et dépôts à reconstituer....), mais aussi remobiliser les effectifs de garnisons de place qui sont limités en temps de paix. Dans le cas de l'indépendance US, cela n'eut pas lieu, du moins pas à grande échelle: l'Angleterre était seule pour une fois. Mais le budget français avait de toute façon le passif de tout le siècle encore en cours. Qui plus est, cette guerre, outre ses multiples théâtres dans le monde entier, avait aussi un projet qui a coûté cher: la "descente en Angleterre", le projet de débarquement (finalement annulé), dont les préparatifs ont été gigantesques. Une armée de plus de 100 000h mobilisée et entraînée sur le côte nord ouest pendant 3 ans, et au moins une flotte permanente dans la Manche et en Atlantique Nord (celle de D'orvilliers, qui ouvrira le bal en emportant une victoire tactique sur l'Angleterre en 1779 qui décomplexera les marins français et redonnera la rage à toute la Royale).
  2. C'est quand même la France qui a financé la plus grande part de l'effort de guerre, non seulement dans le soutien aux Ricains, mais aussi dans la guerre sur tous les fronts sur lesquels elle a eu lieu (pour le plus grand dommage de ses finances publiques) C'est tout le problème du XVIIIème siècle: la situation économique de la France est globalement excellente et en forte croissance, surtout dans la 2ème moitié, mais celle de l'Etat est aux antipodes.
  3. C'est le genre de sujet que j'ai appris à envisager depuis un bout de temps sous un autre angle: l'importance des effectifs, leur déploiement en bataille comme leur déploiement pendant une campagne, ainsi que les vastes et multiples dimensions à considérer pour l'emploi d'une armée (notamment le fait de penser l'espace et le temps à l'échelle du chemin de fer) dans ce qui est déjà une guerre industrielle (et encore plus pour les armées du Nord que celles du sud), tout cela fait qu'il est encore plus dur de comparer ces généraux. Stonewall Jackson et Sherman sont de purs chefs de task forces, des généraux de terrain employés en semi-indépendants, mais ne dirigeant pas un front, plutôt des opérations précises et raids à grande échelle avec des forces relativement limitées et surtout très groupées. Grant et Lee sont en position de chefs de théâtre, voire de chefs de plusieurs armées, dirigeant un front, sinon une guerre. Même dans les batailles majeures qu'ils dirigent, ils sont nettement moins des chefs opérationnels que les 2 autres, et plus en fait des coordinateurs d'équipe et de délégateurs. Lee maintiendra un peu plus l'ambiguité, à cheval qu'il est sur deux époques et étant un pur produit du classicisme des académies militaires américaines, encore très napoléoniennes dans l'esprit et l'âme; il essaie encore de jouer aussi les chefs maniant leur réserve dans une bataille, essayant de visualiser le "momentum" où asséner un coup supposé décisif, ce qui ne lui réussira pas forcément, vu que ces batailles, même sur le strict plan de l'affrontement proprement dit, se jouent désormais sur plusieurs points et sont trop vastes pour être pensées comme à l'ère napoléonienne. Grant est quand même passé, sans doute en raison du degré d'organisation plus poussé du Nord (du aux plus vastes effectifs et moyens, à la planification plus élaborée), un chef d'une autre ère; un bon, c'est une autre histoire. L'entêtement ne fait quand même pas le talent.
  4. Lee et Stonewall étaient des hommes assez pondérés, équilibrés, avec une vie et une moralité assez rigoureuses (voire très pour Stonewall Jackson).... Grant était TRES alcoolo :lol:. Sérieusement, des 4 mentionnés, faut quand même noter un truc avant toute chose: Grant fait tache dans le tableau, parce qu'il n'avait pas de grandes qualités militaires particulières, rien qui ressorte du lot.
  5. - c'est un micro pays; faut arrêter avec les abstractions faciles qui voudraient que ce qui vaut pour 10 vaut pour 1 million - une géographie particulière qui a amené ce mode d'interaction, des conditions similaires pour les populations - une histoire commune longue; des événements et circonstances fondateurs - aucun intérêt économique ou politique majeur qui ait influé de l'extérieur sur la chose (la langue comme le système politique) dans le processus long (quand l'actuelle constitution est promue au XIXème, il y a longtemps qu'une entité et une identité suisses existaient) - toutes choses qui ont développé une IDENTITE et une culture qui comptent nettement plus que les langues, et plus encore un management des différences né autrement et pour d'autres raisons, face à une adversité particulière. Pas un "machin" créé et dicté d'en haut et appliqué à une masse de centaines de millions de gens C'est un mythe pour bobo avec de belles grandes idées abstraites et faciles, là est le sens de ma remarque. une centaine et quelques de milliers d'étudiants par an à l'échelle européenne, c'est pas un échantillon représentatif (surtout quand tu sélectionnes). Et un système échantillonnaire ne représente rien d'autre que ça: faut pas confondre publicité et réalité. Qu'est-ce que les 100 000 Français de Londres viennent foutre là-dedans? Quand aux travailleurs frontaliers, ça existe depuis les frontières, c'est pas une création de l'UE: les frontaliers parlent généralement en majorité la langue du voisin, où que ce soit dans le monde :P. Oh! C'est mignon, on y croirait presque!!!! Pourtant, les natifs anglophones ont une présence écrasante dès lors qu'il s'agit de ça, et quelle que soit l'efficacité du système d'enseignement, ils ont un avantage qui ne se compense jamais, sauf pour une extrême minorité (on est dans le 1 à 2% à tout péter). Faut pas confondre, encore une fois, parler et maîtriser, surtout dès lors qu'il s'agit de métiers précis et techniques à partir d'un certain niveau. Plus tu monteras, plus ce sera caricatural. Il suffit de voir comment ça se passe dans l'administration européenne où seuls des quotas sauvent d'une omniprésence britannique (il est de notoriété publique que les effectifs de fonctionnaires natifs anglophones, mais surtout britanniques, ont dépassé de loin leurs quotas autorisés, et que tout le monde s'est asiss dessus). Apparemment, le fait de savoir parler du temps qu'il fait et de pouvoir déblatérer vaguement ou jouer les chefs de produit bas de gamme n'a pas empêché la réalité de s'imposer. Et c'est aussi continuer à ignorer qu'une langue n'est pas qu'un véhicule (souvent une preuve que la personne la parle mal, ou en tout cas ne la maîtrise pas) Une langue officielle, dans les faits ou en droit, tue les autres, et pas seulement dans le centre de décision: il n'y a rapidement que 2 options, la parler de naissance ou être au second rang. Une langue, c'est un référentiel, c'est une façon de penser. Déclare l'anglais langue officielle, et tu passes de l'artisanat à l'industrie côté stratification. Un autre exemple bien connu: l'anglais n'est pas la langue officielle des USA (c'est une vieille blague politique qui revient à l'occasion dans les débats). Et l'allemand, initialement, était au moins aussi courant que l'anglais jusqu'au milieu du XIXème siècle..... Où en est l'allemand aujourd'hui aux USA? Encore pire qu'en France, et non, sa disparition n'est pas liée aux guerres mondiales (sauf dans le cas particulier de la Pennsylvanie où cela a joué un rôle). Le cas belge, encore une fois, est exemplaire: - une langue impériale vs une régionale, dans un pseudo bilinguisme censé préserver les "spécificités" - dans les faits, 2 citoyennetés, une seule lange pour diriger, une acculturation complète de l'élite flamande, un statut de seconde zone pour l'immense majorité de ceux qui ne peuvent pratiquer le français que pour la conversation usuelle et guère plus, une menace d'extinction de la culture - inévitablement, une réaction inverse et opposée se fait jour, dès le XIXème siècle et n'a fait depuis que se renforcer jusqu'à la situation actuelle pour arriver au point d'imbécilité brutale parce que des les CSP++ de l'époque ont jugé qu'il était "plus pratique" et "évident" d'imposer le français Exercice de dissertation: la Belgique, l'Union Européenne et la Tour de babel.... Une continuité?
  6. Encore une fois, tu raisonnes en principe et non en proportion; ça fait regarder l'arbre et oublier la forêt. A chaque niveau social/économique/de qualification, tu auras des cursus correspondants, et au sein de chaque cursus, le "petit truc" réservé aux happy few qui le connaissent et qui se choisissent entre eux. Ca ne veut pas dire que ceux qui n'en sont pas (la grosse majorité du dit cursus) foireront leur vie, juste qu'ils auront moins de chance d'accéder au top du top de ce vers quoi le cursus oriente. Les élites politiques et économiques des années 60-70 étaient loin d'être tous des latinistes distingués, et à chaque strate en-dessous (cadres dirigeants, cadres sups, cadres moyens....), l'accès n'était pas non plus barré à qui ne correspondait pas aux critères exacts. Et dans ces élites là (hors le top du top), tu trouvais un bon petit 40% de fils de pégus et d'ouvriers. Mais surtout, tu fais abstraction de certaines réalités, toujours parce que tu ne raisonnes qu'en absolus: instituer une langue officielle européenne, c'est à mille années lumières d'en avoir une dominante de facto. Comme entre un lobbying légalisé et institutionnel face aux éternelles ententes d'alcôves, c'est confondre l'artisanat et l'industrie.
  7. Ben, historiquement si, c'est une ville historiquement néerlandophone qui a été francisée graduellement depuis le XVIIIème siècle.
  8. Bien envoyé. Les intérêts vont vers le centre, le centre impose sa loi sans compromis; pour comparer avec le sujet.... Pourquoi Bruxelles, ville flamande, parle aujourd'hui en immense majorité le français ?
  9. Je me suis pas bien fait comprendre: la question n'est pas qu'il y ait des élites ou non, ou qu'elles se reproduisent généralement entre elles. Ca c'est un fait. La question n'est pas ce principe là, mais la proportion, le degré d'ouverture de ces élites; il y a encore 40 piges en France, par exemple, avec les mêmes écoles et globalement les mêmes cursus, la dite élite était plus que nettement ouverte. Il suffit de comparer décennie par décennie les origines sociales des étudiants de grandes écoles ou des cursus honorum divers et variés.... Et de constater un effondrement total de cette ouverture. Ca n'empêchait pas, dans les années 60 ou 70, qu'une forte part de l'élite vienne de l'endogamie pure et simple, mais ça laissait de la place. Aujourd'hui, cette place n'existe pour ainsi dire plus. Mettre quelque chose d'aussi puissant qu'une barrière linguistique de facto (seules conditions pour la franchir: être vraiment salement doué, chanceux et travailleur et/ou être né dedans), c'est AJOUTER une barrière supplémentaire pour parvenir à la dite élite, et pas une petite barrière. Dans des sociétés qui ont déjà globalement réédifié des barrières sociales importantes, voire infranchissable pour 99% d'une société, c'est pas généralement annonciateur de quelque chose de grandiose. Donc pitié, pas de commentaire facile: dégager un argument en s'en tenant au grand principe abstrait ("les élites s'auto-reproduisent depuis Cro-Magnon") ne pèse pas lourd. La question est de la proportion et du degré d'ouverture de l'ascenseur social. C'est le plus caricatural et emblématique pour les élites, mais ces mêmes phénomènes existent à tous les échelons et indiquent si une société est fluide ou figée, et quels sont les barrages causent cela. Donc un trilinguisme de facto, à moins que dans ta grande considération venue apparemment d'un genre de Gosplan à grande échelle, les langues nationales doivent toutes disparaître aussi. Si le latin était obligatoire dès la 6ème avant (en France peut-être, pas partout ailleurs, loin de là), ça veut pas dire pour autant que les élèves de Terminale étaient capables de le parler couramment. Apprendre à faire un peu de version latine, c'est pas apprendre une langue destinée à un usage courant, ayant des applications, donc des vocabulaires et conceptions spécifiques, pour chaque métier/activité. Et ça révèle quoi? Que ceux qui parlent "estiment" pouvoir participer à une conversation ne veut pas dire qu'ils le puissent réellement, et d'une. Et surtout, entre une petite conversation anodine et basique et maîtriser suffisamment une langue pour penser et travailler dedans, surtout à des niveaux élevés, ou dans des domaines spécifiques, il y a des mondes de différence qui réduisent de fait la possibilité concrète d'accéder à ces degrés de maîtrise à une minorité à un chiffre. Les pourcentages de population qui maîtrisent une langue étrangère, dans le monde entier sont toujours infinitésimaux, c'est un fait plus que connu et dûment anallysé, loin des bons petits clichés démagos qui veulent qu'avec 300 mots et une connaissance grammaticale correcte, chacun puisse faire un beau chemin de réussite à l'étranger. Anonner, se démerder, parler couramment et maîtriser sont des choses infiniment différentes. Si les seules possibilités de succès impliquent de maîtriser une langue étrangère, tu ajoutes de facto une barrière supplémentaire pour tous: c'est pas une barrière qui en remplace une autre, c'est une barrière qui s'ajoute aux autres. Et bienvenue dans la bonne petite légende bobo des CSP ++ qui s'estime représentants des populations tout en ne représentant réellement qu'un echantillon statistiquement très réduit. C'est pratique de considérer la chose sous un angle aussi partial: ça met plein d'idées préconçues dans la tête. La situation est-elle née du refus du bilinguisme ou de l'imposition d'un standard et de modes de pensée par les tenants d'une langue sur une autre, au mépris de l'autre, de la culture qui va avec, du mode de pensée qu'elle implique.... La langue de l'élite a imposé une menace culturelle et une condition absolue de réussite, pas seulement pour l'élite, mais à tous les niveaux (tu parles français ou tu restes à cultiver tes patates), de façon totalement déséquilibrée. Résultat; un retour de balancier brutal. Qui plus est, autre niveau de comparaison avec le cas d'une langue européenne: le cas belge du bilinguisme, et cela, toutes les parties sont plutôt d'accord, aurait été moins sensible et sans doute plus négociable si la langue perçue comme menaçante n'avait pas été une langue impériale, situation déséquilibrée face à la langue locale qu'est le flamand. Selon toute probabilité, le bilinguisme eut été une évidence, au moins pour la plus grande part de la population, et durablement. Amène l'anglais dans le mix européen, et le résultat est garanti, à moyen ou long terme. C'est pas pour rien que le mythe de Babel existe et constitue un rappel constant aux pires sourds qui soient, ceux qui ne veulent pas entendre.
  10. Le problème particulier de la "sauce actuelle" est qu'elle est radicalement opposé aux deux piliers qui constituent l'enseignement de l'histoire de France: - le pilier "vérité/histoire science": donner une rigueur au récit national qui doit être une vision unifiée de l'histoire du pays, certes, mais pas venir d'une autre planète. Cette partie du programme doit faire en sorte que la vision soit juste: partiale, certes (le point de vue est avant tout celui de la communauté, de ses intérêts....), mais pas plus fausse qu'une autre, et même plus vraie. C'est l'angle de perception du pays - le pilier "donner le sens d'une communauté et d'une continuité": c'est le roman national En plus, ils réduisent quantitativement l'enseignement, et faut voir le patchwork de micro sujets sans vision globale: c'est chiant, ça rime à rien, ce sont des samples ici et là d'éléments épars non mis en perspective et enseignés de façon très orientée.... Tout pour ne pas être retenu (pas plus mal vu ce qu'il y a dedans). Prochaine étape: suppression pure et simple de la matière? Après tout, ils viennent de finir d'innoculer la rage à ce chien là..... Restera plus qu'à l'en accuser (déjà souvent fait) et à le faire piquer.
  11. Petite erreur quand même dans le chef d'accusation: les bourgeois mondains, souvent capitalistes mais qui ne le disent pas, approuvent en partie significative ces programmes.... Certains font même partie des dits comités . Mais c'est vrai que sans changer quoi que ce soit à leur vie, ils doivent perdre de ce fait l'appellation de "bourgeois mondains" :P. Ce sont des "amis du peuple" (le représentatif, ça va sans dire). Heureusement que l'élite éclairée du prolétariat est là: ils s'attaquent quand au programme de sciences nat, au fait: Lyssenko manque vraiment dans les programmes français .
  12. :lol: :lol: :lol: Géniale celle là :lol:!!!!!! Encore..... Pourquoi 319 au fait ;)?
  13. Ils ne diront même pas que l'empire Songhaï est une construction qui s'est faite dans la brutalité la plus sanglante: c'est un empire comme les autres, qui a colonisé un max d'ethnies voisines, pratiqué l'esclavage en grand.... Mais ça c'est pas politiquement correct, et c'est pas "s'ouvir aux autres" :lol:: y'a que les méchants blancs chrétiens qui sont des colonisateurs et esclavagistes, c'est bien connu :P, et c'est ça que veulent marteler les gentils comités de rédaction des programmes. Sieg heil Merci aux comités, nouveau ministère de la Vérité :P!
  14. Ah? Y'a pas de vécu avec l'anglais? Tout le monde n'a pas le vécu franco-anglais, mais beaucoup de monde en Europe a une certaine vision de l'impérialisme culturel anglophone. Surtout quand il commencera à balayer tout ce qui n'est pas lui pour ce qui est des chances de promotion sociale. Tout ce que tu obtiendras, c'est une nouvelle élite européenne issue essentiellement des 5% des élites nationales d'une part, et un très gros tronçons de "native speakers" anglophone qui sera le seul où des individus venus du reste de la société (au moins du tiers supérieur) aura sa chance, d'autre part. Et tout se jouera assez vite, parce qu'une élite, ça se constitue assez vite, et après ça reste en place longtemps pour la plus grosse part. D'accord, donc il est loisible d'employer les mêmes méthodes que des monarchies peu régulées et fondées sur une stratification sociale rigide qui, il est vrai, facilite tant les choses: y'a que l'aristocratie qui décide, c'est tellement plus commode! Entre "gens biens" et de mêmes intérêts, ça se comprend vite et dans le feutré. Surtout que là, comme en fait dans le cas des élites européennes, ça parle déjà dans la même langue; les élites françaises au moment de Villers Coterêt parlaient toutes la même langue, et les langues locales, c'était pour des peuples qui ne bougeraient jamais pour l'essentiel, ni géographiquement ni socialement. Que ces sales pégus restent dans leur pétaudière!
  15. Ca c'est de l'argumentation politique, pas réelle: les langues ne se décrètent jamais, sauf en cas de conquête. Mais une langue s'impose, généralement c'est l'acte de l'élite, et impose son mode de vie, son mode de pensée, la culture qui va avec.... Traçant une nouvelle stratification sociale entre ceux qui la maîtrisent (pas juste la parler) et ceux qui ne le font/peuvent pas. Faudrait vraiment arrêter de faire semblant de croire qu'une langue est une chose neutre et juste un simple média sans impact: c'est une façon de voir et de penser. Parce qu'une langue enseignée comme 2ème langue donne le même degré de maîtrise selon toi que quand elle est entendue et pratiquée dès la naissance et se parle en permanence dans la vie courante et familiale? Arrête 2 minutes!!!! Le français "imposé" aux immigrés se fait à l'école et comme langue de la république, et pour ceux qui arrivent à l'âge adulte, c'est une question d'adaptation à une communauté nationale existante, ce que n'est pas l'Europe. Et qui décrète ça? Les bonnes petites constructions façon tour d'ivoire se prennent généralement la claque qu'elles méritent en définitive, de la part de tous ceux qui n'ont pas ces accès. A moins évidemment que ces décrets venus d'en haut s'accompagnent de la force des baïonnettes, ce qui est la seule façon qui a réussi dans l'histoire. Qu'il est chiant ce sale peuple à ne pas vouloir ou pouvoir s'aligner sur les 5% de CSP++. Une langue internationale qui devient une nécessité absolue pour envisager la réussite même seulement dans ton propre pays, c'est créer une barrière de stratification sociale supplémentaire.... Comme si y'en avait pas déjà assez à la base et plus encore depuis quelques décennies. Une langue qui s'impose comme langue de l'élite impose sa façon de voir et de faire, ce qui veut dire concrètement que tout ce qui veut avoir une chance doit la pratiquer, mais plus encore, la maîtriser (ce qui n'est pas la même chose, en terme d'immersion, d'études, de diplômes, de permanence et souvent, de langue dans laquelle tu penses), et ça se traduit au final par l'imposition comme langue unique. Ca n'est pas donné à tout le monde (même une petite minorité), est ceux qui la parlent de naissance, en l'occurrence les britanniques et Irlandais (tiens, demande leur où en est leur langue et où en est leur culture propre aux Irlandais, à qui l'anglais s'est imposé de lui-même), auront un avantage démesuré pendant plusieurs générations. Tu veux les créateurs de ta future élite auto-reproduite? Ils sont là. Ceux qui se seront hissés en en apprenant la maîtrise l'enseignent directement comme langue principale à leurs gamins comme garantie poureux. Et la langue originelle en crève. C'est marrant que ce petit HS arrive sur le topic concernant la Belgique: regarde où en est la réaction à une langue de l'élite qui était à l'époque plus pratique pour le business et l'accès aux hautes fonctions. Quel impact sur l'union des 2 cultures :lol:!!!!!
  16. Tu parles de réalité très différentes: l'hébreu renouvelé comme langue s'est faite à un moment de sionisme comparable à un nationalisme très important, et il est né dans une communauté soudée, réduite, très éduquée et très menacée (donc hyper consciente d'elle-même); toutes les vagues d'immigration en Israël venues après ont du s'adapter au modèle dominant qui en plus ne faisait pas l'objet de critiques vu que c'était une réalité acceptée et souhaitée par elles (et partie de leur culture et de leur identité), et dans un pays neuf. C'est pas sorti du trou du cul d'un fonctionnaire. L'arabe en Algérie ne s'est pas imposé dans la douceur et l'amour des autres. Le monde hellénistique était uni culturellement et, pour la plus grande part, ethniquement. Le roumain est une évolution, comme toutes les langues issues des ex-provinces romaines; les envahisseurs se sont plus ou moins adaptés au terrain local comme ailleurs. Mais ça s'est fait sur des siècles, et pas toujours de manière douce. Qui plus est, ça se faisait au niveau des élites dans un système aristocratique et plutôt agressif (qui va donc dans le sens du propos évoqué). T'as des exemples valides? Parce que là ça pêche. Ceux qui y tiennent pourraient n'être pas d'accord et envisager d'employer des opinions similaires en allant taper sur la gueule de ceux qui partagent ta façon de voir.
  17. Ca ne serait même pas un sujet de discussion de se demander quel traitement à réserver à ces sujets, si et seulement si ce qui est "déterminant" justement, n'était pas complètement zappé au profit de ces sujets, certes importants en eux-mêmes mais peu relativement à l'histoire de France en général. L'accessoire prend le pas sur le particulier, et chaque communauté, réelle ou supposée, historique, ethnique, religieuse, géographique..... Va se réveiller pour avoir sa part d'accessoire, faisant des programmes une espèce de patchwork des revendications particularistes qui ne reflètera que l'importance et l'efficacité des différents lobbies. Un cours d'histoire nationale a sûrement toujours tous les défauts du monde, mais il est comme la démocratie: le pire des trucs à l'exception de tous les autres. L'identité nationale est la seule identité qui rassemble, toutes les autres identités s'excluant mutuellement; et les histoires particulières font de même. Le roman national, c'est juste le schéma directeur global: c'est une réalité partiale, mais c'est la moins partiale de toute. C'est une réalité partielle qui réduira certains autres récits, voire en zappera certains (parce que tout ne peut pas être mis et qu'il faut trancher), mais c'est la moins pire des solutions. Et de loin. Maintenant, toute le monde peut continuer à dire que tel aspect est imparfait, qu'il manque ci ou ça, qu'il serait souhaitable que les gamins soient ouverts à ci ou connaissent aussi ça, mais à la fin, il ne faut pas oublier le principal (ce qui est fait avec cette réforme) et surtout garder à l'esprit que le nombre d'heures, même si elles étaient gérées au mieux et l'attention des élèves optimisée, est terriblement limité et qu'il serait déjà bien heureux que le principal soit implanté dans les logiciels. Dans tous les sujets concernant l'éducation, l'hypocrisie abstraite et irréaliste l'emporte toujours; qu'il faille un enseignement sur l'éducation sexuelle et la sensibilisation à des questions sur l'homosexualité, le suicide, la dépression, l'isolement, les drogues, l'édolescence, l'ouverture sur le fait religieux, la "tolérance".... Le débat se conclue invariablement sur le fait "qu'il faut un enseignement de ci ou ça. Mais les journées continuent à n'avoir que 24h, les gamins ont toujours les mêmes fondamentaux à apprendre en plus de ces "parfums du moment" qui ont eu l'heur et les honneurs médiatiques ou l'attention des groupes qui décident des programmes, et au final, tous ces machins s'additionneront, boufferont les programmes, et ne seront même pas bien enseignés parce qu'il n'y aura que peu d'heures pour eux (et qu'ils se font aussi concurrence entre eux). Tout ça parce que ces lobbies continuent à débattre dans l'absolu et l'abstraction et ignorent, ou se foutent, que la réalité se fasse avec des ressources limitées en profs qualifiés, en ressources, en heures disponibles et attention.
  18. Le vrai problème est que les antagonismes sont aiguillonés par la médiacratie et renforcés par la médiocratie ;): le niveau de radicalité est plus élevé qu'avant, avec de moins en moins de place pour les modérés qui, historiquement dans la démocratie "aristocratique" à l'américaine, ont toujours pu faire la jonction pour garder l'équilibre constitutionnel. Aujourd'hui, ce sont les radicalismes qui donnent le ton du débat et plus encore le ton de la discussion politique, et l'imposent au final à l'élite dirigeante et joue de moins en moins le rôle de modérateur qu'elle a su jouer pendant la majorité de l'histoire américaine. Les couloirs du Congrès ne sont plus un terrain d'écoute comme ils ont pu l'être à d'autres époques.
  19. Au final, il faudrait se rendre compte que ce serait déjà bien qu'au niveau du Bac, les élèves soient capables de correctement lire, écrire et parler leur propre langue et une autre, qu'ils soient capables d'argumenter et de raisonner un minimum dans leur langue, qu'ils sachent compter et aient le bagage minimum côté sciences et sachent ce qu'est leur pays (lois, continuité historique, géographie) et l'Europe. Avec en plus une ouverture sur les arts. S'ils avaient déjà ça, ce serait pas mal, et c'est pas le cas. Les "ouvrir" sur la fin.... Mais les ouvrir sur quoi? C'est un vaste sujet ;) :lol:: 2-3 sujets au hasard, c'est déjà de l'idéologie parce que les sujets mis dans des programmes sont rarement innocents, et surtout rarement abordés de façon innocente, et ils sont assénés à des élèves qui n'ont pas le bagage pour prendre du recul dessus et le prendront pour argent comptant.
  20. Et les seuls effets que tu auras avec un anglais consacré comme langue véhiculaire: - à court et moyen terme: renforcement d'une stratification sociale à 2 vitesses, entre les élites qui ont accès à plus et mieux d'anglais très tôt (avec insistance pour ce faire), et le reste qui ânnonera péniblement un vague patois façon anglais-international donnant l'impression pour les bien-pensants médiatiques d'une belle Europe unie. Accessoirement, les natifs des îles britanniques auront un accès disproportionné pour un long moment aux meilleurs jobs dans la fonction publique européenne et dans les hautes fonctions des entreprises oeuvrant à l'échelle du continent - à long terme: élimination d'une bonne partie des dialectes et langues européennes, accompagnant un renforcement de la dite stratification sociale via la réaction -inévitable- des cultures menacées -que la menace soit plus ou moins réelle. Le résultat sera l'accroissement des tensions. Les constructions multilingues avec une langue dite juste véhiculaire évoluent inévitablement toujours vers le monolinguisme impérial, ou vers la réaction violente à celui-ci.
  21. Et pourquoi les traites négrières en particulier? L'esclavage, et plus largement toute forme de dépendance institutionalisée, est un sujet global: l'homme noir (si tant est qu'une telle abstraction, déjà idéologique, existe; mais c'est précisément de ça qu'il s'agit bien que les lobbyistes du sujet le nient) n'a pas été plus esclave dans son histoire qu'un autre. L'eslcavage à Rome ou dans la Grèce antique, la mise en dépendance locale sous l'empire romain, le servage dans ses formes diverses, l'esclavage et le servage en Chine.... Sont aussi le sujet et ont disparu depuis longtemps des études. Ils ont pourtant concerné des masses humaines au moins aussi importantes, et ont été bien plus déterminants pour l'évolution de l'histoire nationale, et celle de la Belgique aussi d'ailleurs (esclavage, dépendance et servage romains et grecs surtout évidemment), et une des raisons (pas la principale) de l'invasion des Gaules par César fut bien le besoin de fonds pour sa carrière, fonds fournis par l'apport massif d'esclave (à cette époque, l'esclave au niveau individuel ne valait plus cher). Donc pitié sur les "sujets importants": déterminer quel sujet traiter est déjà un choix idéologique hautement sensible. Autant parler d'abord de ceux qui concernent la communauté nationale de façon significative. Il y a une hiérarchisation à faire de toute façon, vu que le nombre d'heures sur une scolarité est limité. Après, dans l'absolu des choses, oui, il faut des individus qui connaissent autre chose qu'une histoire officielle et cocardière; mais ça fait longtemps que les cours nationalistes façon IIIème République ont disparu. Et surtout, encore une fois, le nombre d'heures est limité: tu n'ouvriras pas les enfants sur de vastes réalités avec quelques chapitres comme ça en passant et quelques semaines de classe, et sabrer dans le peu qui restait d'histoire nationale n'aura qu'un seul effet: zapper aussi ça. Résultat des courses: des omni-incultes, sur leur pays comme sur les autres, avec quelques clichés idéologiques ici et là. Qui trop embrasse mal étreint, qui veut courir 2 lièvres à la fois crève de faim. Un 5ème des revenus royaux?????!!!!! Où t'as lu cette connerie? Les sources de recettes sous l'Ancien Régime sont pourtant facilement analysables. Ensuite, comme toute chose, il faut quantifier un minimum: - les Antilles font partie de la France, certes, mais quel pourcentage de la population? Surtout à ces époques? Y'a quand même une population métropolitaine qui n'est pas une masse indifférenciée qui aimerait connaître aussi ce qui la concerne. - quel impact réel sur l'Histoire nationale, constitutionnelle, sociale, économique, scientifique, intellectuelle, politique, diplomatique? Pas négligeable, mais certainement pas non plus déterminant. Le Roussillon, pourtant pivot dans l'histoire des relations franco-espagnoles et de plusieurs guerres depuis la Guerre de Cent Ans, n'a pas droit à de tels honneurs. L'Alsace, un tantinet centrale dans pas mal de trucs qui impliquent toute la France depuis les guerres bourguignonnes, n'a droit à rien non plus. La Bretagne sera peut-être un peu plus traitée parce qu'elle a des lobbies plus actifs, mais ça volera pas haut non plus. Là c'est l'Histoire définie par les lobbies politiquement actifs, soit les programmes d'histoires définis par les minorités idéologiques qui hurlent fort, pas par un intérêt national. Il y aura un retour de bâton inévitable, et vu la façon dont le débat public, surtout sur ces questions, se passe, sous le signe du politiquement correct façon Inquisition médiatique (voir le traitement de certains historiens qui ont osé remettre en question les sujets à la mode), ce retour de bâton sera agressif et fait par des acteurs et groupes qui n'appartiendront pas aux franges les plus pondérées.
  22. Le premier rôle d'un cours d'Histoire, au moins avant le lycée, est de donner un sens de la continuité et de l'appartenance à une communauté nationale, et d'apprendre à réfléchir et à approcher l'histoire. Les gamins ne sont pas des sujets adultes, par définition: ils doivent avoir des bases et pas être projetés dans des questions complexes sans bagage, et surtout pas sans savoir d'où ils viennent. S'il faut faire la liste des horreurs qui doivent provoquer l'indignation, l'intégralité du temps consacré à l'histoire ne suffit pas: en choisir un type est déjà un acte idéologique qui en excluera dix autres. C'est encore pire dans cette question de la traite qui a été envisagée, et même consacrée en loi, de la pire façon possible et de la plus idéologique possible, réduisant l'esclavage à la traite négrière occidentale entre les XVIème et XIXème siècles, et en plus sous une perspective d'analyse très marxiste qui a été plus que largement battue en brêche par les historiens sérieux depuis lors. L'histoire comme sujet d'étude sérieux, complet et exhaustif, c'est une matière scientifique qui s'enseigne avec l'historiographie (l'examen critique des sources) et d'autres domaines (économie, philosophie, langues, droit....) pour précisément ne pas aborder partialement un sujet donné. C'est pour ça que c'est un domaine d'étude complet dans le secondaire, pas quelques heures par semaine qui sont censées être un produit final et relativement consensuel donnant un spectre complet sur l'essentiel. Et l'essentiel est l'histoire nationale, l'histoire de la communauté à laquelle l'écolier (non l'étudiant, qui est un adulte) appartient et dans laquelle il s'inscrit. Hors c'est bien ce spectre complet centré sur l'essentiel qui disparaît, auquel sont mêlés quelques sujets à la mode qui seront vus de manière superficielle et idéologique au dépends d'autres aussi importants (pourquoi l'Afrique occidentale et pas la Chine ou l'Inde tant qu'à faire?). Rien que pour cet aspect de la traite, qu'est-ce qui justifie d'étudier les civilisations concernées? Les Européens de l'époque n'avaient que des relations distantes avec l'Afrique, le seul point de contact étant des comptoirs côtiers avec très peu de monde qui négociaient des esclaves raflés par les royaumes africains négriers qui vendaient aussi aux musulmans (sujet tabou et interdit), d'autres peuples africains (que c'est mal de dire ça) et pratiquaient eux-mêmes l'esclavage à grande échelle (faut pas dire ces choses :P). A côté de ça, personne n'envisagera la question de l'esclavage dans l'histoire en général, ni sa présence et son évolution actuelles, parce que le seul point des lobbies impliquer est de jeter l'anathème sur les méchants occidentaux. Et désolé, mais la traite négrière a bien peu influé sur l'Histoire de la communauté nationale. Si elle a des répercussions sur les ANtilles actuelles, et veut donc quand même un chapitre particulier à cet égard, ce qui se passe en France même et en Europe a mille fois plus d'importance (tant sur le nombre de personnes concernées que sur l'impact sur l'évolution de la communauté nationale) pendant la période concernée: du XVIème au XIXème siècle, y'a quand même quelques trucs majeurs qui devraient avoir une domination écrasante sur les programmes pour arriver à faire comprendre les grandes lignes de ce qui fait la France d'aujourd'hui.
  23. Faut pas se perdre dans les métaphores et expressions: les 75% mentionnés par Napoléon ne sont pas une chose exactement quantifiable, mais bien l'explication des causes d'une victoire. Dire qu'ils sont "minoritaires" ne veut rien dire en soi: minoritaires en quoi? En temps passé (sans doute vrai si l'on compare la somme d'heures de travail nécessaire pour l'ensemble des équipements d'une armée vs la somme d'heures d'entraînement, mais à quoi ça rime)? En argent investi? Le fait est que ces "75%", c'est comme la phrase d'Einstein sur le génie: 5% d'inspiration, 95% de transpiration.... Seulement, comme la théorie du monsieur, c'est relatif: 5% d'inspiration, sans doute, mais dans l'absolu mesuré sur l'ensemble du temps de travail. En revanche, si tu mesures au résultat obtenu, ces 5% deviennent l'essentiel, le facteur crucial qui différencie Einstein des milliers de chercheurs de haut niveau qui n'ont jamais obtenu le millième de sa notoriété, de ses résultats et de son impact malgré un temps de travail comparable. le propre du militaire est d'être sacrifiable (dans une mesure donnée). Mais non, la guerre n'évolue pas plus vite qu'à l'époque de Napoléon, c'est une vision faussée par l'obsession pour l'évolution technologique, qui est le propre d'une guerre mal pensée, ou même plutôt non pensée: que l'adversaire, au niveau tactique et pratique, s'adapte, c'est de toutes les guerres depuis toujours. Et si tu veux parler de l'Afghanistan, l'adversaire ne s'adapte pas par la technologie, ou marginalement: il utilise des armes légères dont la technologie ne dépasse pas les années 50-60 pour l'essentiel et dont le coût est ridicule, ses bombes sont artisanales et leurs modes de déclenchements se font par des biais purement mécaniques ou alors via des technologies disponibles en grande consommation pour quelques dollars. Son adaptation est humaine. Et la seule répone -en caricaturant à peine- de l'occident chaque fois qu'un groupe de guérilleros augmente la taille des IED, apprend à sniper un peu mieux ou à coordonner des embuscades au niveau local, c'est de déclencher un programme d'armement d'urgence (et hors de prix) et d'augmenter les moyens alloués au dit secteur pendant un temps. Rentabilité et intelligence tactique de niveau ZERO!!!! L'adaptation tactique est de toutes les époques, et les plus grandes évolutions constatées au cours des guerres majeures ont été celles des organisations, de la sélection humaine, de l'entraînement à tous les échelons, de la pensée de la guerre, de la campagne, des opérations et du contact..... Bref, de la façon de se penser en tant que force, de penser celle de l'adversaire et de penser les moyens de résoudre l'équation. Mais évidemment, les changements les plus immédiatement visibles sont ceux des matos (et des uniformes :lol:). Autre exemple: la 1ère Guerre Mondiale. Au final, les armées qui se lancent les unes sur les autres en 1914 sont des armées dont les schémas humains, intellectuels, stratégiques, tactiques et organisationnels sont ceux des Guerres Napoléoniennes (et pas la meilleure partie) panurgiquement appliqués à une plus grande échelle, mais avec des matériels radicalement différents. Résultat, la boucherie de l'été-automne 1914 est sans doute le gaspillage le plus intense de toute cette guerre qui en a connu beaucoup, et un sommet d'inefficacité. Qu'est-ce qui se passera dans toute cette guerre? Par bricolages successifs, mais ausi par réflexion (forcée par la nécessité) et retex, les EM s'adapteront et changeront radicalement les outils. Au final, peu importe qui a un canon qui porte à 1 ou 2km de plus que celui du voisin, peu importe qui a le fusil qui peut faire mouche à 100m de plus ou la grenade qui étale 23% en plus d'éclats. C'est l'organisation humaine qui change, et totalement!!!!! Selon des schémas proposés depuis une trentaine d'année.... Ou dans certains cas depuis la Guerre de Crimée, ou au moins la Guerre de Sécession!!!! Le fait de disposer de masses humaines en apparence inépuisable (selon l'oeil d'avant 1914) a empêché la réflexion, de même que l'indifférence aux pertes, vues comme négligeables dans le grand absolu des choses. Le point est que l'infanterie a été relativisée en importance, mais surtout redéployée dans des bataillons plus petits, avec une puissance de feu décuplée et variée, mieux et plus articulés, et impliquant une responsabilisation et une autonomisation considérable des plus petits échelons. A opposer aux vastes masses indifférenciées des régiments de ligne de 1914, entraînés et surdrillés à la manoeuvre en grand et à la charge ordonnée et compacte à laquelle rien n'était censé résister. Face à la soudaine pénurie d'hommes suite aux pertes importantes, il a bien du être mis en évidence que non seulement le matériel posait problème en quantités bien plus qu'en qualité (mais plus encore en appros au niveau stratégique -commerce et industrie- et au niveau tactique -acheminement au front et organisation en fonction de ça), mais surtout que toute la conception tactique et opérationnelle était à foutre aux chiottes. Et le changement qui a eu lieu fur conséquent: les forces de combat perdent en importance relative dans l'orbat, et massivement, au profit des formations de soutien, ces forces de combat augmentent en variété (le génie prend une grande place, l'artillerie aussi en quantité et en variété, les chars apparaissent, la cavalerie disparaît comme spécificité), leur dispositif s'articule et s'espace de façon surmultipliée, devenant une infanterie légère à grande échelle..... Cela implqiue d'autres logiques, d'autres modes de pensée, mais aussi d'autres hommes: l'entraînement change et se diversifie, et la réduction des troupes combattantes implique aussi une sélection radicalement plus grande. C'est un fait moins connu et évoqué, mais de facto, par exemple dans l'armée française, le grand réentraînement aux nouvelles doctrines à partir de 1917 est aussi une opération de sélection à grande échelle, renforçant ce qui s'était déjà fait dans les unités depuis 1915. L'infanterie en chute libre en effectifs absolus et relatifs implique aussi que les moins aptes vont au soutien et les plus aptes au combat. DANS UNE ARMEEE DE CONSCRIPTION MASSIVE, prise comme un ensemble, CE FAIT PASSE PLUS INAPERCU. D'autant plus que dans les armées alliées, ce degré de sélection est un cran moindre. Il est plus perceptible côté allemand où même au sein des unités de combat, un 2ème degré de sélection a lieu pour former des unités et grandes unités de Stosstruppen, unités fer de lance de l'infanterie dont l'effet corollaire est de diminuer la force des divisions lambda et de vampiriser complètement les divisions d'ersatz de ce qui leur restait de qualité. Pour tous ces niveaux de sélection dans un dispositif mieux pensé, un niveau d'entraînement est créé, et en plus réparti en plus de spécialité, mais il ne peut donner son meilleur résultat qu'au sein d'un dispositif tactique entièrement repensé depuis le haut (le nombre de généraux limogés en 1914 n'a pas eu d'équivalent depuis 1792-1794) en tenant compte des évolutions techniques et des retex, mais aussi des travaux antérieurs, mais surtout en n'ayant que les meilleurs hommes disponibles pour l'emploi. Les forces de combat ne sont plus alignées sur le moins disant de la mobilisation massive et indifférenciée (où il n'y a vraiment que les plus corniauds et ineptes qui sont foutus au soutien ou ailleurs), mais bien sur une sélection effective des plus pates. Le degré le plus élevé en est celui des Stosstruppen. Ce qui se passe pendant la grande Guerre est la version accélérée d'une révolution militaire; l'aspect technique et matériel n'en est pas absent, loin de là, mais il a réclamé que la réflexion s'élève au-dessus de ce seul niveau pour le ramener à ce qu'il est, à savoir une composante parmi d'autres. L'absolue supériorité de l'artillerie lourde allemande n'a pas empêché la bataille de la Marne qui a permis à la France de se lancer dans le processus d'adaptation d'une guerre longue. L'efficacité en bodycount des artilleries lourdes a radicalement chuté pendant la guerre (même si elle restait évidemment terrifiante), et leur impact, quoiqu'un facteur capital, n'était plus aussi radical et meurtrier qu'en 1914, parce que le dispositif humain s'est adapté. Et dans l'absolu, la course à la performance individuelle de chaque matériel pour expliquer les facteurs de succès est un des domaines de recherche historique des plus vains et qui n'a d'afficionados que chez les très geeks qui regardent les faits par le petit bout de la lorgnette. Aujourd'hui, la sélection ne peut plus s'opérer au sein de la masse d'une conscription nationale; mais elle doit être opérée, et ce à l'échelle du vivier le plus large possible, condition première pour disposer d'un outil tactiquement efficace qui doit lui aussi être repensé (mais l'organisation théorique la plus au point ne vaut rien sans les hommes qui vont avec; et là encore, driller des corniauds pendant des années ne fera pas une grande efficacité). Cela implique des réalités de GRH qui vont au-delà d'un petit "+10%" de salaire, d'un joli treillis et d'armes super classes, et surtout au-delà de la réflexion comptable que tout doit être fait pour dézinguer le budget pensions.
  24. Clovis et Jeanne d'Arc ont été carrément virés manu militari des dits programmes, pour la note. Nul doute que la 1ère Guerre Mondiale se résumera bientôt à l'accession des femmes au travail et au rôle des unités venues des colonies :P.... Le gouvernement a un rôle dans ces évolutions ridicules et dangereuses à terme pour la cohésion nationale, mais il faut avant tout noter, et mettre au banc des accusés, les comités de rédaction qui sont, et de loin, les premiers responsables: ce sont des groupes complètement abrutis, bornés et extrêmistes, et totalement idéologiques. Un retour de bâton aura immanquablement lieu: peut-être sera t-il générationnel (attendre que ces tarés là cassent leur pipe ou se fassent graduellement dégager), mais il a plus de chances de survenir autrement que par l'Education Nationale. Qu'ils le veuillent ou non, l'histoire des origines intéresse et continuera à intéresser, et face au communautarisme issu de l'immigration ou de la religion, les Français dits "de souche" (en fait de souche plus ou moins récente) réagiront à différents niveaux tout connement parce que la nature a horreur du vide, et que ce vide là sera comblé, et sans doute de la pire des façons, par l'histoire locale/régionale (façon autonomistes/nationalistes généralement) et par l'histoire nationale vue et corrigée par les mouvances les plus extrêmes qui sont toujours les plus actives. Bref, l'Histoire de France dans l'Education Nationale a un rôle, et vraiment pas que comme science du passé, mais comme apprentissage et transmission de la continuité de la communauté nationale qui est une fiction qu'un peuple accepte de se raconter et qui lui donne un sens de lui-même. Anti-nationaux primaires, ces comités de rédaction veulent faire péter le récit national et pensent que ça se remplace par des grandes idéologies abstraites; ils verront le résultat. Radicalisation, haine de l'étranger, repli sur soi local, sentiment d'injustice, et désagrégation des solidarités nationales au profit des locales. Vous vouliez des idiots utiles pour le capitalisme anti-nations? Les communistes, gauchistes et bien-pensants de ces comités sont les meilleurs!!!!!!!!!
  25. Autre révolution militaire reposant avant tout sur la qualité humaine: la Révolution française. L'armée de la fin de l'Ancien Régime est la meilleure d'Europe, mais il ne s'en faut pas de beaucoup: elle a, et de loin, le meilleur matériel, elle est la plus professionnelle (fait peu connu) et la plus aguerrie, la mieux entraînée et la plus opérationnelle, avec la réflexion militaire la plus au point dans les hautes sphères (organisation prédivisionnaire suivant le système Broglie....). Mais sans la qualité humaine, tous ces avantages ne sont que très relatifs, et l'importance des effectifs (pas nettement plus élevés qu'ailleurs) enlève aussi tout avantage net de ce côté. Comme Napoléon le dit lui-même, le nombre et le matériel ne forment, au final, qu'environs un quart des raisons du succès: la vraie force vient des relations interpersonnelles à tous les niveaux et de la façon dont une armée, en fait, pense et se coordonne. En somme, il s'agit de l'esprit de corps, de l'esprit de groupes de combat, des relations entre chefs et entre armes/spécialités, du travail d'équipe en EM de tous niveaux et entre ces EM, des transmissions d'infos et coopérations verticales et horizontales.... Et au final, de l'organisation théorique et pratique en général et de la façon dont ses acteurs la font vivre. Ces choses dépendant au premier chef de la qualité humaine, intellectuelle, physique et relationnelle. Depuis l'ère industrielle, il est difficile de dire si, dans cette "proportionalisation" théorique de Napoléon, le matos a pris de l'importance dans l'absolu; mais il est défendable de dire que non. Si cette façon de voir nécessite d''abord de spécifier qu'un certain niveau plancher technique, technologique et matériel est certes requis, c'est la course en avant dans les capacités de niche qui est une impasse pour l'efficacité militaire globale, car elle prive de toute réflexion sur la conduite de la guerre, mais plus gravement encore, sur l'organisation fondamentale des forces, car la notion d'efficacité militaire est elle-même biaisée..... Sait-on encore ce qu'est l'efficacité militaire? Quels buts sont à rechercher? Comment mesurer un succès ou un échec? Comment évoquer la "rentabilité tactique" ou la "rentabilité stratégique" (à partir de quel coût un succès tactique peut en fait être plutôt vu comme une foirade, à partir de quel niveau de moyens déployés un raid, une opération, une campagne, voire une guerre, deviennent vains, quel que soit le résultat)? Et au final, loin de l'obsession matérielle (en partant du principe qu'il faut définir un socle minimum pour "être à niveau", soit être dans une moyenne de capacités minimum -mesurées globalement et non matos par matos- pour que cette approche soit valide), il est à noter que la guerre à l'émricaine rend aveugle et empêche de penser dans les termes corrects. La guerre commence avant tout comme exercice intellectuel pour être pensée et faite correctement et utilement: - pourquoi la faire: quelles sont les guerres à faire et à ne pas faire, quelles sont donc les capacités souhaitables pour ces objectifs - qu'est-ce que la victoire, comment la mesurer, comment l'obtenir..... Une question qui commence timidement à être posée en Afghanistan, après des années de perdues et des milliards dépensés - quel util avoir pour ces objectifs - qu'est-ce que l'efficacité, comment obtenir beaucoup avec peu, comment maximiser l'efficacité non de chaque armement mais de chaque échelon tactique ou stratégique défini SELON les objectifs et besoins énoncés plus haut. Comment mesurer cette efficacité? Bref, la guerre se pense avant de se faire, et c'est pas à partir d'une liste de capacités de chaque matos sortant des labos de recherche (qui ne doivent être qu'une somposante parmi d'autres). Et le constat s'impose: l'efficacité est avant tout humaine: les internets de bataille sont bels et bons, mais face çà des réalités bien senties comme la limitation de la bande passante, mais aussi tout connement les limites de capacités de traitement souhaitables dans un temps donné, il faut bien voir que le vrai point est une question de discrimination et d'arbitrage sur les infos pertinentes (et loin d'être toutes vérifiables), et en définitive, de prise de décision. Et c'est une réalité existant à chaque échelon, du groupe de combat à l'EM de force. Et ces échelons doivent coopérer entre eux pour penser et agir.... Et tout cela est avant tout UNE REALITE HUMAINE et organisationnelle. Elle ne passe pas par la technologie ou le matériel, mais avant tout par l'être humain. Sous réserve de ce seuil minimum côté matos, la phrase de Napoléon est encore entièrement valide: la victoire est encore à 75% le fait du facteur humain et interpersonnel, impliquant donc des qualités et routines physiques, intellectuelles, morales et relationnelles, donc des questions de pensée, d'organisation, d'entraînement, d'expérience et de pratique. Comment obtenir et maximiser cette réalité? L'organisation, la structuration et la nature des forces est évidemment un sujet dont il faut se resaisir avant de parler de dimensionnement, de même que la pensée stratégique et tactique. Mais cette réalité commence avec la qualité humaine qui en est le composant essentiel: qualité de base (meilleurs sujets, sélection sur un large vivier, attractivité....), qualité finale individuelle (entraînement, aguerrissement, progression, évolution, promotion) et qualité collective à tous échelons (entraînement des unités, coopération interarme, maximisation de l'efficacité des sous-unités, unités et grandes unités). La comparaison avec l'efficacité pré et post 1789 est à cet égard encore plus pertinente que la réforme de Louvois (qui est plus pertinente sur le fond du problème sur le métier militaire et l'aspect politique de la réforme): l'armée française pré 1789, malgré un avantage matériel très net sur toutes les autres armées, un niveau d'entraînement et de professionalisme bien plus élevé et un investissement par soldat nettement plus élevés.... Cette armée n'a réellement qu'un avantage marginal sur les autres. A l'inverse, passée la période d'adaptation révolutionnaire, le différentiel de la qualité humaine et de la mximisation de son potentiel (surtout à partir du Directoire, et évidemment du Consulat) montre un différentiel d'efficacité avec les autres armées qui est sans précédent, ce que soulignent les campagnes de 1805-1806: l'armée prussienne est de loin la plus drillée (jusqu'à l'absurde) et n'a pas à rougir de son équipement par rapport à la France.... Mais se prend une tôle comme peu d'armées en ont prise dans l'Histoire. Au niveau bataillonnaire/régimentaire, si la Grande Armée de 1805 a un avantage en termes d'entraînement/matos, celui-ci n'offre de fait qu'un petit avantage marginal en termes d'efficacité globale. Et côté cavalerie, la française est de loin la plus mal montée d'Europe et celle dont les cavaliers sont les moins connaisseurs en matière de chevaux et de combat à l'épée/sabre au niveau individuel (par rapport aux autres cavaleries plus aristocratiques et issues des populations campagnardes nées dans le cheval). L'artillerie de Gribeauval remaniée n'offre elle-même qu'un avantage relatif sur le plan technique. Mais question unités formées, organisation du combat, sélection des officiers, choix des hommes à tous niveaux, coopération inter et intra armes..... l'avantage est tel que l'armée française est à un tel niveau de différentiel que c'est à se demander si elle pratique réellement le même jeu que ses adversaires. C'est assez facile à constater même à Austerlitz: question rythmes de feu, les différentiels avec les Russes et Autrichiens ne sont pas spectaculaires (du moins pour leurs bonnes unités), et quand il s'agit de combats d'unités individuelles, tous les micro avantages français n'offrent que peu de conséquences pratiques vraiment mesurables, ou en tout cas en soi décisives: tel bataillon contre tel autre gagne ou perd, tel escadron contre tel autre gagne ou perd. Et pourtant le résultat global est là. Donc il s'agit de questions avant tout humaines, et la course actuelle à la technique en considérant l'humain comme une main-d'oeuvre semi-qualifiée et indifférenciée qui n'a qu'à recevoir un surcroît quantifiable d'entraînement (essentiellement mesurable en heures et en balles tirées) pour atteindre l'optimum, cette course là est une impasse qui condamne les armées à n'obtenir que des améliorations de plus en plus marginales (sauf révolution technologique majeure) chacune obtenue pour un coût de plus en plus élevé. Une arme ne vaut que par celui qui la brandit, et celui-là ne vaut que dans son environnement et comment il envisage son contexte et son antagoniste.
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