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USA : politique intérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
- Article 6 de la Constitution - 1er amendement - interprétation officielle de la Cour Suprême depuis 1947, qui formalise la volonté de Jefferson comme impérative, voire "authoritative" -
"Les Français n'ont jamais gagné une guerre"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Suchet dans Histoire militaire
Quel est le sujet? La perception de l'histoire militaire ou l'histoire militaire française ;)? Faudrait, s'il fallait répondre à ce genre de glandus point par point (très vain car par définition les sourds de ce type ne veulent pas entendre), définir les guerres, et définir leur résultat. Par exemple, s'il faut prendre la France il est possible de remonter jusqu'à Clovis et de compter les points à partir de là, mais même ça, c'est pas si facile: d'abord, comment comprendre et définir ce que sont les guerres livrées? Dur à dire!!!!!!!!!! Par exemple, faut-il prendre les guerres napoléoniennes comme un ensemble unique (là, c'est incontestable: défaite en définitive) ou les regarder en séparé et/ou inclure leurs effets et résultats à long terme? Faut-il regarder les guerres de Louis XIV comme un ensemble ou les séparer? La vision rétrospective crée souvent des ensembles là où il n'y en pas forcément. La Guerre de Cent Ans est-elle une ou plusieurs guerres? La "première guerre de cent ans" (XIIème-XIIIème siècle) en est-elle une aussi ou plusieurs (elle aurait en fait droit à ce titre plus que la plus connue)? La 3ème (de Louis XIV à 1815) peut-elle être résumée aussi en un long affrontement franco anglais? Les Guerres d'Italie sont-elles un grand conflit étalé dans le temps avec un résultat final, ou bien une série de guerres liées à d'autres qui ont lieu sur d'autres théâtres dans le même temps? Bref, les guerres choisies dans ce genre de nomencature sont déjà un choix arbitraire qui fausse et partialise la vision objective. Ensuite, il y a le résultat: hors des guerres totales, les conflits ont rarement un résultat où il soit possible de dire qu'un des camps a réellement "gagné" ou "perdu". Mais s'il fallait s'opposer à ce genre de "vision" réductrices et gratuites, il serait possible de dire: - qu'après 1500 ans d'existence, la France existe toujours et n'a pas cessé de le faire, dans un environnement qui ne pardonne pas et n'a jamais fait grâce à quiconque ne gagne pas et ne peut tenir sa position (combien d'Etats ont disparu dans le même temps?): la France a donc su garder des arguments. La 2ème GM pourrait être l'exception à la règle en ce que le maintien du pays doit au final assez peu à lui-même, ce pourquoi la crise que cette guerre a induite est encore sensible. - que la France, contrairement à certains :P, n'a pas un bras de mer ou un océan pour l'exonérer de toutes ses conneries et de ses foirades.... Et qu'elle a toujours du combattre sur plusieurs fronts (y compris intérieurs) à la fois. Et, encore une fois, elle continue à exister - que sa taille a plutôt augmenté sur le temps long et quasiment à l'issue de toutes les guerres menées: difficile de voir ça comme la marque d'un vaincu perpétuel. Quelques points: - 1ère guerre de Cent ans; victoire totale. Les normands angevins sont giclés du continent et réduits à leur colonie anglaise qui devient alors un pays, perdant au passage leurs terres les plus riches et peuplées. Le domaine royal explose sa surface territoriale et cesse d'être le petit domaine capétien entre Paris et Orléans - 2ème Guerre de Cent Ans: victoire totale. Règle définitivement la question de l'Angleterre sur le continent (le point final sera porté au XVIème siècle avec la prise de Calais) - Guerres bourguignonnes: victoire totale. Fin de l'Etat bourguignon et de la tentative de refaire une Lotharingie. - Guerres de religion (aspect extérieur): tentatives de mainmise espagnole sur la France divisée complètement anéanties - Guerre de Trente Ans: la France est le plus grand vainqueur (même si dans un état difficile, comme tout le monde alors), ce que consacrent les Traités de Westphalie - Guerre franco-espagnole: France vainqueur. Le Traité des Pyrénées consacre la fin de l'encerclement de la France par l'Espagne (le "chemin de ronde). La prise de la Franche Comté, qui complète celle de l'Alsace (celle là pas sur l'Espagne), l'affaiblissement espagnol..... Dégagent la France de toute menace directe importante. - Guerre de Dévolution: victoire claire - Guerre de Hollande: la France passe à côté d'une victoire éclaire massive, mais s'en tire plutôt bien et gagne encore des territoires - Guerre de la Ligue d'Augsbourg: dur de dire si elle a vraiment un vainqueur, mais la France ne s'en tire pas si mal comparé aux autres, et arrondit encore ses frontières - Guerre de la Succession d'Espagne: bilan plutôt similaire. malgré les quelques pertes territoriales, le principal est fait (détail: la frontière espagnole n'aura plus à être défendue) et personne n'emporte réellement d'avantage sur les autres. Pure paix de compromis du moins pire pour tout le monde. - Guerre de Succession de Pologne, Guerre de Succession d'Autriche: difficile de faire un compte final des pertes et gains dans ces affrontements sans résultat direct. - guerre de 7 ans: clairement pas une victoire, mais pas vraiment de défaite non plus. Les seules pertes sensibles sont le Canada, qui n'est alors pas grand chose, et l'Inde, qui aurait pu devenir quelque chose (mais le manque d'émigration empêchait beaucoup ce fait; c'est en fait à partir de ce moment que l'Inde devient quelque chose de rentable pour la France via les comptoirs qui, dégagés des soucis de maintenir un territoire, peuvent n'être qu'une source de revenus). Les îles à sucre sont préservées, et c'étaient elles le bsuiness principal. Il s'agit d'une défaite sur le plan moral symbolique, et c'est vécu ainsi dans les forces armées qui entament alors leur grande mue - Guerre d'Indépendance US: grande victoire (à quel prix) qui permet de récupérer de tous les désagréments imposés par le traité de 1763. Les accords commerciaux et douaniers imposés par l'Angleterre sont anéantis, la fierté nationale redressée, la puissance anglaise durement impactée et la réforme militaire et navale sont consacrées. A noter que l'indépendance US aurait été impossible sans la France, contrairement à ce que nombre d'Américains croient, ce qui fait de cette aide française l'équivalent de ce qu'a été l'aide US pendant la Seconde Guerre Mondiale, pas pendant la Première. - guerre de Crimée: victoire. Contribution française plus vaste et décisive que l'anglaise - Guerre de l'indépendance italienne: victoire - Première Guerre Mondiale: victoire quand même. Parmi les vainqueurs, la France est le "primus inter pares", celle dont la contribution fut la plus conséquente. -
USA : politique intérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est pas pour rien que la constitution américaine (dont Jefferson est un co-rédacteur, le seul à avoir trempé dans la constitution ET la déclaration d'indépendance) établit la république des USA comme république laïque, au moins dans le principe, insistant dès le début sur la séparation nette de la religion et de l'Etat, même si à l'origine, cette distinction est surtout une séparation d'avec l'anglicanisme encore dominant qui a pour patron le souverain anglais (c'est aussi à ce moment que l'épiscopalisme devient la première religion aux USA, étant une transition non royaliste de l'anglicanisme). Washington s'est quand même assez prononcé sur sa méfiance, sinon sa haine avouée, des religions, sectes et cultes organisés (là, c'est moins une question de conviction et de foi que d'anticléricalisme, soit quelque chose de plus philosophique et politique); sur la question de la foi, en effet, il a varié, au moins dans ses écrits et positions, ce qui le renvoie aux côtés de Jefferson pour ce qui est de la place de la religion dans la vie de chacun (une affaire privée et individuelle qui n'a pas à être organisée en culte). Ce sur quoi les historiens ne peuvent se prononcer, c'est sa foi personnelle et son rapport au domaine du divin, ce qui a en fait peu à voir avec ce point qui est des religions organisées et de la place qu'elles doivent occuper dans l'espace public et dans le domaine des lois, toutes choses contre lesquelles il s'est ouvertement prononcé et dont il se méfiait. C'est ça que la "moral majority" aurait du mal à encaisser si ça lui était lâché dans la tronche, parce que les pères fondateurs, mais surtout Washington, ont un statut encore intouchable, y compris dans la mentalité des plus fervents évangélistes (à comparer avec la révérence pour Aristote du personnage du père supérieur dans Le Nom de la Rose: pas chrétien, mais quand même une icône sacrée). C'est comme si tu montrais publiquement aux faucons de la droite US que Théodore Roosevelt (icône du président "vrai mec", courageux, chasseur, guerrier, "self-reliant"....) était aussi un fana d'érudition que la haine de la culture de l'actuelle droite populo ferait hurler, un fanatique de la lutte antitrust qui détestait l'idée même de grandes concentrations financières, commerciales et industrielles (grandes lois antitrust), un fédéraliste convaincu (notamment en matière judiciaire: créateur du FBI via un de ses fidèles seconds, Charles Bonaparte, petit neveu de l'empereur ;)).... C'est marrant d'ailleurs sur la question de la religion: l'athéisme monte aux USA; en terme d'opinions personnelles, c'est dur à réellement savoir (s'il y a plus ou moins d'atéhisme qu'avant, peu de gens osant le dire dans beaucoup d'endroits, même pour un sondage), mais l'athéisme en tant que mouvement plus ou moins organisé, ou plutôt en nombreux mouvements, et plus encore en tant qu'opinion clairement affirmée, surtout dans les médias, est réellement en train de prendre une place sur la scène américaine. Le truc particulier à ce développement est qu'il se fait en réaction à la montée de l'évangélisme et du radicalisme chrétien aux USA: c'est donc un athéisme militant et franchement très dur et critique qui commence à se faire entendre; dur au point de devenir, dans son propre style, un genre de religion athée et assez radicale et intransigeante. Signe des temps? Même des penseurs libéraux (voir le très remarqué reporter de guerre Chris Hedges, auteur de bouquins qui défraient généralement la chronique) trouvent que cette évolution n'est pas forcément salutaire: si d'un côté ils peuvent se réjouir que la droite religieuse commence à voir apparaître des mouvances de divers courants capables de s'opposer à elle sur le plan médiatique, ils déplorent que l'état de la scène médiatique et démocratique, l'état d'inculture populaire (caricatural dans les médias) et la radicalisation des antagonismes politiques (encore une fois aiguillée par le côté caricatural des médias), fassent que cette opposition ne puisse être que la plus radicale, la plus frontale, la plus antagoniste et la plus agressive. Toute force agissant dans un sens rencontre à un point une force égale et exactement opposée: après des années d'agressivité sans contrepartie, la droite ultra chrétienne commence à voir des trains express lui revenir dans la gueule, venant des divers horizons auxquels elle s'était opposée. Les "liberals" en ont marre d'être pris pour des "pussies" et attaquent brutalement, les athées s'organisent, ceux qui ont une opinion plus "social" commencent à le dire ouvertement (mini révolution en douceur à l'intérieur du parti démocrate dont l'élite est encore assez indifférenciable des républicains sur le plan économique -voir les conseillers d'Obama).... Les tea baggers sont une version plus ou moins artificielle de la droite populo telle qu'elle évoluait depuis un moment, mais le point est qu'en face, des mouvances analogue commencent à émerger: elles n'ont pas encore fait leur fusion, ne se sont pas encore organisé à des échelles comparables, mais elles ont désormais un ton aussi virulent, ne sont plus timides, osent gueuler fort, et ont en fait le même genre de méthodes, d'arguments, d'agressivité, de populisme et.... D'inculture. Et au global, ces forces antagonistes sont peut-être le vrai signe de l'état de la scène publique US: certes, ça parle de tout, beaucoup de choses peuvent se dire et être exprimées et défendues ou attaquées, mais c'est sans compromis, c'est radical, c'est virulent au point d'etre violent, ça rejette l'argumentation au profit du slogan et de l'invective, des échanges de cassages du tac au tac, des coups bas gratuits.... Cette scène peut-elle encore produire du compromis et une assise stable pour concilier ses différentes parties? -
Alors pourquoi dépenser plus? L'OTAN est un protectorat; dans un protectorat, c'est le patron qui paie la défense, donc les USA.
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USA : politique intérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Ajoute le qualificatif "liberal" à ces personnages (pour le courant de pensée principal auquel il se rattach, avec toutes ses branches).... Et 40% des ricains s'enfuiront en courant (ou sortiront un flingue) tandis que 20% feront semblant d'écouter et que 20% de plus essaieront de t'écouter un peu tout en se cachant :lol:. -
USA : politique intérieure
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Ne vas surtout pas leur dire que leurs plus célèbres pères fondateurs étaient des athées ou agnostiques aux mieux, G. Washington (agnostique du bout des doigts, et encore) et Jefferson (pas vraiment dans le trip) en tête. Ceci dit, franc-mac aux USA, ça veut pas dire athée ou anti-religieux, au contraire même: le rite écossais est à la base essentiellement croyant (c'est pas le Grand Orient, spécificité française). -
Ca va peut-être commencer à faire turbiner sur le fait de savoir si les modèles d'unités formatées ainsi sont encore pertinents, pas seulement en taille, mais aussi et surtout en organisation, et donc sur le plan des matériels qui en résultent et qui sont censés obtenir une gamme d'effets moins par eux-mêmes qu'en combinaison à chaque niveau (section, compagnie, bataillon, battlegroup/GTIA). Mais dans ta nomenclature, la "partie opexable" aura plutôt tendance à être la partie top niveau: c'est elle qui sera entraînée, mais surtout elle qui sera exposée, donc elle qui aura le "poids médiatique" sur elle. 1 mort et 2 blessés entraînent un article dans le Sun, une embuscade qui met un groupe de combat au tapis met le gouvernement en question :P..... Donc automatiquement, ce sont ces forces là qui reçoivent des gilets pare-balles doublés en zibeline, des ray bans neuves, des 4x4/MRAP/"pimp my ride" en pagaille, des lance-grenades avec liaison 16 :lol: et des bisous de la reine. Accessoirement, ce genre d'armée "à deux vitesse" a généralement un double impact négatif sur les effectifs: ceux qui sont dans les unités lourdes sous-déployées s'emmerdent et quittent, ceux qui sont dans les unités surdéployées et maintenues trop longtemps ne renouvellent pas leurs contrats, et/ou se vendent à des contractors qui payent mieux. Et le turnover des armées s'accélère, accroissant les coûts de formation pour une disponibilité par tête de soldat qui s'effondre. Et ça c'est sans même examiner la qualité moyenne du "matériel humain" que ce genre de système attire (et les corniauds peu motivés qui voient que l'avenir dans l'institution est plutôt bouché, c'est plus long à former pour un résultat qui va de "pas super" à "passable").
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S'ils suppriment une brigade blindée en Allemagne, faut voir si Merkel va râler façon putois comme elle l'a fait quand il a été question de zapper de fait la BFA en supprimant le 3ème RH et éventuellement le 110ème RI: va t-elle oser ou pas :lol:?
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C'est assez terrifiant si ça se réalise; ils parlaient à un moment de 2 brigades complètes à zapper, plus de l'intégration des RM à l'armée, ce qui, au-delà du symbole, aura un impact conséquent en matière d'organisation, de rationalisation des structures et, en définitive, de la qualité. Question forces blindées, une brigade blindée chez les brits, ça veut dire 1 à 2 bataillons de char et 1 de reco blindée. Ils étaient déjà orientés vers 5 de chars et 5 de reco (le reste des Challenger étant au garage); avec cette coupe, si elle se fait, ça leur laissera maxi autour de 200 chars en ligne (voire moins de 150 si 2 bataillons de chars y passent) dans les régiments pros. Faut attendre les nouvelles sur la réserve, mais elle n'est pas vraiment au niveau, et surtout n'a plus de bataillons de chars. Donc de facto, ils vont commencer à se poser la question du seuil plancher d'efficacité de matériels majeurs avant la France: si l'option est à 150 chars, est-ce encore une force? Et ça va quand même mettre en évidence l'absurdité du modèle hyper technologique copié des ricains: 6-7 brigades de combat pour un tel prix, est-ce une réelle capacité? L'aboutissement des années de discours sur des armées "plus compactes, plus réactives, plus pros, avec plus de matos" est en vue.... Façon absurdité hors de prix.
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Bienvenue..... Mais je déteste ton pseudo ;) :lol:.
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Recrutement, GRH, société et organisation militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Voir le sujet sur l'armée romaine tardive, mais globalement, l'Etat romain d'orient s'est vite remis de la crise d'Andrinople et le modèle d'armée demeure et garde toute son efficacité. L'armée de l'empire d'Orient est en effet plus dotée en cavalerie (mais globalement, l'armée romaine a augmenté la proportion de cavalerie, autant pour accroître la mobilité stratégique que pour faire face à certains adversaires, et avant tout les Perses), surtout en cavalerie "ultra lourde" (cataphractaires/clibanaires, ou unités dites "à la sarmate"), l'Orient concentrant 90% des unités romaines de ce type. Le changement de modèle se fera dans la 2ème moitié du VIIème siècle, suite à l'épuisement fincancier de l'empire dans sa lutte continue contre les Perses (les Perses sont tout aussi épuisés) et l'apparition du nouvel adversaire musulman. Ce sera alors l'armée dite "thématique". Le matériel ne baisse pas en qualité ou en formation sinon. Encore une fois, la chute est brutale pour l'occident: Même après Andrinople (où ses effectifs ont peu participé et peu souffert), l'armée d'occident se porte encore comme dhabitude, mais elle doit désormais mobiliser un contingent important au nord-est de l'Italie, pour se garder des Goths installés de force dans l'empire (autour du nord et du nord ouest de la Croatie) par l'Orient. A cet endroit, il n'y a pas de dispositif de défense (jonction des 2 empires) qui serait le multiplicateur de force habituel des troupes romaines contre des invasions supérieures en nombre. Donc une part importante de la réserve mobile (comitatus d'Italie et palatins d'occident) est en quelques sorte fixée à demeure pour surveiller ces alliés peu fiables. D'autre part, des contingents barbares doivent être cantonnés en Italie justement pour faire face aux manques de troupes de réserve (ironie): il n'y a pas le temps d'en former de nouvelles en nombre suffisant, c'est un besoin immédiat. Et pour se prémunir contre ces contingents dont tous se méfient, le reste du comitatus d'Italie est affecté à cet emploi dans la décennie 390. Ces contingents seront massacrés dans la grande vague antibarbare, mais la menace du nord est demeurera. Et quand la grand franchissement du Rhin surviendra, le comitatus d'Italie, et surtout les Palatins et les scholes Palatinae (élite de l'élite) resteront en Italie au lieu d'opérer leur rôle de réserve mobile et d'aller renforcer le comitatus des Gaules. Face à cela, les gaules débordées réagiront mal et le prefet local s'intitulera empereur. Rien de nouveau à Rome, mais c'est au mauvais moment. Surtout que c'est dans le même temps que Stilichon est assassiné à Ravenne pendant la réaction antibarbare (il était à moitié germain), créant une vacance du pouvoir central juste quand il faut pas. L'impôt, pendant ces années cruciales, ne rentre pas, la direction politique est en crise (pas d'homme fort), et l'empire d'occident est bloqué face à 2 menaces simultanées dont il n'est pas séparé par une frontière. Et voilà comment tout s'est joué en l'espace de moins d'une dizaine d'années. Face au manque momentané de moyens, les forces existantes sont au mieux conservées (mais personne ne veut les risquer), et il faut consacrer les réserves d'argent pour acheter les barbares, notamment les wisigoths, envoyés trucider les Vandales qui sont passés en Espagne: Ceux-ci passeront en Afrique du Nord (le grenier à blé et une province extrêmement riche), les Wisigoths se feront leur royaume espagnol-acquitain, et les Gaules s'organiseront elles-mêmes par méfiance face au pouvoir central à Ravenne. Quand un semblant de stabilité est ramené en Italie, les divisions sont déjà trop profondes, l'économie trop affaiblie. Il y a de ça, mais c'est aussi le constat d'une baisse de qualités et de possibilités des forces conventionnelles qui pousse souvent à surinvestir sur un certain nombre d'unités spéciales, "à capacités spéciales" ou "spécialisées" auxquelles les politiques ont trop facilement recours parce que ça pète médiatiquement, mais surtout parce que ce sont les seules capables d'une disponibilité rapide et qui offrent des chances de réussite plus "garanties" (le politique ne tolère pas l'incertitude), que ces chances soient réelles ou supposées. Surtout que les FS deviennent aussi un lobby interne, une chapelle qui essaie de grapiller toutes les missions. Pour le recrutement, l'image des FS est aussi un produit d'appel, mais comme d'habitude, c'est pas le bon: contrairement aux idées reçues, les super sportifs ultra payés n'attirent pas tant de vocations que ça, mais surtout des fanboys prêts à acheter leurs goodies. Faire une élite inatteignable tue le principe d'émulation. -
Recrutement, GRH, société et organisation militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Ben d'une manière générale, la collecte de l'impôt était du ressort de l'armée. -
Recrutement, GRH, société et organisation militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Sous le Bas Empire, c'était plutôt un réseau défensif allant de quelques dizaines à quelques centaines de kilomètres de profondeur: pas de barrière réelle la plupart du temps (sauf à quelques endroits), mais des espaces dégagés et défrichés parsemés de tours de guets, de routes rapides et de fortins pour canaliser et filtrer des invasions importantes, et des villes fortifiées de garnisons de plus en plus importantes et espacées sur l'arrière. De plus, sur le Rhin et le Danube, les flotilles fluviales sont très importantes. Les unités de gardes-frontières (les Limitanei) suffisamment équipées pour s'attaquer aux raids de petite ampleur, monter des raids de représailles et "opérations spéciales", étaient chargées de faire circuler l'info et de flanquer ceux de grande taille en attendant que les unités de pseudocomitatus (la réserve des Limitanei) s'assemble dans le premier rideau de villes de garnisons ou, si l'invasion était plus vaste que ça, que le comitatus lui-même (la réserve mobile d'une préfecture) constitue une task force. Il y a un débat pour savoir s'il est possible de parler de "défense en profondeur" ou "défense élastique" dans l'organisation de ce dispositif; la notion n'est pas totalement absurde, surtout sur les fronts du Rhin et du Danube; il suffit de regarder l'organisation des implantations de diverses importances et le dégagement des axes naturels d'invasion qui sont conçus comme des pièges de grande ampleur. Face au léger affaiblissement démographique de l'empire d'occident au IVème siècle, certains de ces espaces frontières sont repeuplés en favorisant l'installation de peuples barbares qui reçoivent le statut de fédérés, et c'est là une politique de recrutement et immigration intéressante en ce que, avant Andrinople et ses conséquences, ce processus est maîtrisé; l'exemple type est l'accueil des Francs saliens en 358-359 par Julien l'Apostat qui leur confie la province de Toxandrie (ou Belgique Seconde). Leurs forces sont alignées sur le modèle militaire romain, avec des paysans soldats et des cadres pros pour former les limitanei de la province, et un contingent de pros pour signer dans le comitatus local. L'armée romaine tardive ne s'est pas effondrée face à la vague barbare (elle avait cependant un problème de nombre face à l'accroissement qualitatif et quantitatif des adversaires, l'Etat romain ayant atteint un maximum des capacités de financement); c'est l'Etat romain lui-même qui s'est effondré face à cette menace, parce qu'il a connu une de ses crises conjoncturelles (il en avait eu d'autre), et son effondrement a rendu impossible de conserver l'armée. Bien sûr, je disais pas le contraire; mais toutes les armées déployaient une partie de leur ligne en tirailleurs quand c'était possible. Leur capacité en ce domaine n'a jamais été au niveau de celui des Français, mais tout le monde le faisait. De même, la compagnie de voltigeurs de chaque bataillon de ligne était nettement plus entraînée comme léger que ses homologues dans les RI de ligne adverses. La vraie spécificité française est d'avoir eu un pareil effectif (en moyenne une trentaine de régiments) de légers spécifiquement destinés à cet effet. Mais en général, la conscription, l'instrumentalisation de la mentalité révolutionnaire, de ce qu'elle valorisait (indépendance d'esprit, relative "insolence" par rapport aux codes sociaux rigides des autres armées, qui s'ajoutaient aux codes militaires) et des modes de promotion qu'elle autorisait, et la spécialisation en "légers" qui s'adaptait à des profils et physiques jusqu'ici pas acceptés par les armées, ont donné une force et une efficacité sans précédent à ces formations. Les Anglais à Waterloo ne comprirent d'ailleurs pas ce qui leur arrivait quand ils ont vu, contrairement à ce qui se passait en Espagne, des nuées de légers aligner officiers et sous-offs et casser le moral de leurs unités. Napoléon gardait la surproportion de bataillons légers pour la Grande Armée, pas pour l'armée d'Italie ou l'armée d'Espagne. Eternel débat: effectivement, c'est quasiment une lapalissade de dire que les éléments les plus nombreux sont la vraie force (mais il y a aussi cet adage plus révélateur qui veut que la vraie force d'une armée se définisse par son élément le plus faible, qui contraint les autres). La question est celle de la proportion que doivent avoir les unités d'élite. La réponse dépend sans doute d'un "nombre d'or" impossible à réellement déterminer de façon arrêtée, mais aussi de la qualité du recutement. Si l'armée attire beaucoup de bons, elle peut se permettre de faire plus d'unités d'élite/de pointe. Si c'est la pénurie des bons, la "forcespécialisation" rumsfeldienne est un autre moyen de démolir la valeur moyenne des autres unités (voir l'armée US et toutes ses unités plus ou moins spéciales; les Marines sont nettement plus sobres sur ce sujet). Les idées foireuses aussi, assez souvent. Y'a pas que l'argent qui biaise le débat: le choix des officiers généraux sous la IIIème République (et la Vème) est assez révélateur. Plus j'observe ces phénomènes, plus la réforme de Louvois/Louis XIV me semble un monument de politique visionnaire et responsable hors norme, et d'autant plus qu'elle ne s'est pas faite le couteau sous la gorge, mais bien en pleine paix et alors même que la France était en position favorable, soit historiquement le moment où les Etats ont le moins tendance à se réformer. Elle serait d'ailleurs à comparer avec la réforme de Marius de l'armée romaine: l'une des forces, volontaires ou non, de la réforme de Marius, a été le moment où elle s'est opérée, soit à un stade de l'histoire de la république romaine où la plèbe était massivement chassée de l'emploi par le travail servile, que ce soit aux champs (premier secteur de main d'oeuvre) ou à la ville (artisanats....). Résultat, la grande masse des citoyens romains se retrouvait sans emploi, accroissant lourdement la population recensée dans les basses centuries de la société (le cens à Rome, opéré tous les 5 ans, déterminait les classes de citoyens selon la fortune). La réforme marienne a aboli, pour des raisons tactiques/pratiques autant que pour des raisons sociales et politiques (Marius, de la parenté du jeune César, est une des têtes de files des populares, contre les optimates), les distinctions de soldats qui existaient encore au sein de l'armée (princeps, hastati, triarii et velites), qui n'étaient pas que des distinctions de fonction/équipement/rôle opérationnels, mais aussi des distinctions sociales selon la fortune (et l'équipement que le citoyen pouvait se payer). D'un coup, le vivier de recrutement s'est accru, et les volontaires de qualité, souvent déclassés ou sans perspectives (mais sans qu'il s'agisse des 10% du bas de la société) ont afflué parce qu'ils avaient l'option de retrouver un statut de citoyen autre que théorique, et des possibilités d'enrichissement, mais aussi et surtout de prestige, d'honorabilité.... Et une vraie perpective de vie, qui plus est de vie honorable au service de la cité (conscience d'appartenance élevée). Devenir légionnaire, c'était désormais être un égal, mais aussi une vraie perspective de vie, autant au sens de la réalisation personnelle que de celui de métier, mais de métier pas seulement pour quelques années; la carrière proposée était longue, offrait des chances de promotion réelles à tous les niveaux, et offrait une possibilité de retraite honorable via la donatio et le rattachement de tout réserviste/retraité de légion à la clientèle de son patrone, le sénateur qui a levé/commandé la légion. -
Recrutement, GRH, société et organisation militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Au moment où les troupes présentes en Bretagne (Angleterre) sont rappelées, les carottes sont déjà cuites; ces troupes n'ont rien de capital en effectifs, et leur rappel est juste le dernier acte d'un court cycle d'événement qui a engagé la chute de l'empire d'occident. Rappelons qu'au même moment, l'empire d'orient s'est déjà redressé des mêmes problèmes en très peu de temps, donc faut arrêter d'essayer de trouver des soi-disants causes structurelles et de long terme à ce qui n'a été qu'un court moment déterminant. Si tu parles du Mur d'Hadrien, les historiens n'ont jamais rien cru de tel. Et pour le reste du Limès, il n'avait rien d'un mur. Le rappel des troupes de réserve de Bretagne correspond à un rappel des troupes pour le front des Gaules (préfecture dont l'île de Bretagne fait partie) au titre du rassemblement ponctuel du comitatus des Gaules pour faire face à une menace massive et à un mouvement ponctuel de révoltes paysannes. Contrairement aux idées reçues, la Bretagne à ce moment reste romaine et continue à payer l'impôt, le Mur étant encore gardé par les Limitanei et le pseudocomitatus. C'est quand le comitatus n'est jamais renvoyé en Bretagne, tout connement parce qu'à ce stade, l'Etat romain d'occident ne peut plus solder assez d'effectifs, que la Bretagne romaine commence à partir en couille pour de bon. C'est Odoacre, chef des Hérules (un peuple rattaché vaguement à la confédération connue sous le nom d'ostrogoths) qui dépose le dernier empereur d'occident. Et faut arrêter de dire que c'est la fin de l'empire romain: cette déposition de 476 est un non événement absolu alors, étant donné que l'empereur romain se porte bien dans un empire en bonne santé en Orient. A partir de 400-410, l'armée romaine d'occident n'existe que comme une réalité déclinante, comme cette partie de l'empire. Faut arrêter les grandes phrases du genre "l'armée romaine disparaît".... Celle d'Orient se porte très bien et n'a même jamais été aussi forte, organisée et bien financée, se préparant à la montée en puissance pour l'apogée justinien et les grandes campagnes de reconquête de l'occident avec entre autres Bélisaire. Pas la peine de prendre l'armée d'occident entre 400 et 476 comme un exemple de quoi que ce soit; il s'agit d'une zone en guerre civile totale ou partielle permanente, ou l'impôt ne rentre plus que très partiellement et irrégulièrement, où l'économie, pensée à l'échelle impériale, ne peut plus fonctionner qu'au niveau local et donc vivrier. Personne ne peut financer le maintien d'une armée pro dans ces conditions. Comme tout foederati, il conservait le titre octroyé aux Francs accueuillis par julien l'Apostat en 359 et établis pacifiquement et efficacement dans la province de Belgique Seconde, alors dépeuplée. Par la suite, le titre est important en ce qu'il est le garant de légitimité reconnu par l'empereur romain (d'Orient), le seul superpuissant du moment et la source de la romanité, et un facteur de légitimité reconnu aussi par la seule force organisée demeurant en occident, l'Eglise, sur laquelle Clovis s'appuie en concluant l'alliance dite "du trône et de l'autel". Le titre de roi (rex) n'était alors qu'une appellation de courtoisie purement traditionnelle et tribale que d'autres chez les Francs portaient aussi. A cette époque, les grades ne sont pas que des grades militaires: comme dans toute l'histoire romaine, ils sont aussi des titres politiques correspondant à une responsabilité territoriale. Dux (Duc), Comes (Comte).... Sont des appellations militaires, administratives ET politiques. Mélange des époques: la Garde Prétorienne a été foutue à l'écart par Dioclétien en 284, et définitivement supprimée par Constantin en 312, soit au moment du 2ème apogée romain, époque où l'armée a fini sa grande réforme et fonctionne magnifiquement pour encore un bon moment en occident (1 petit siècle) et très longtemps en Orient (encore 3 siècles et demie d'efficacité). Les murailles de Rome sont une construction du IIIème siècle, soit pendant la "grande crise du IIIème siècle", période difficile dont l'empire s'est bien remis. Evite de confondre les époques en général. La barbarisation de l'armée, qui est l'intégration de contingents barbares entiers (et non sur base individuelle dans le modèle militaire romain) comme part déterminante de l'armée romaine, cette barbarisation donc est un fait qui n'arrive que momentanément dans un premier temps, au lendemain d'Andrinople, et que Théodose enraye (avec la grande vague anti-barbare en occident comme en Orient au tournant des IVème-Vème siècles). Puis, la crise des années 406-410 réduit l'empire d'occident à ne plus pouvoir faire que ça, la capacité de financement long qu'exige une armée pro s'effondrant rapidement pour réduire de plus en plus les troupes proprement romaines en occident. Mais l'armée d'orient se porte alors le mieux du monde, merci pour elle. Encore une fois, pour ce qui concerne l'occident après 406-410, ça n'a plus valeur d'exemple de quoi que ce soit pour illustrer une supposée décadence militaire: il y a juste un effondrement de l'Etat d'occident qui a pour conséquence la fin progressive de l'armée qui ne peut plus être maintenue. La même armée romaine avec un Etat qui reste slide, en orient, reste au même moment la plus efficace du monde. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Pas "la plupart": un nombre significatif peut-être, mais une bonne partie de ceux qui y servaient utilisaient aussi ce biais pour immigrer dans l'empire et ne retournait pas "au pays". Il y en avait cependant suffisamment pour encadrer un peu. Mais c'est surtout en terme de structuration que la chose est importante: aux IIIème-IVème siècle, les peuples celto-germaniques dits "barbares" ont opéré des concentrations et intégré de nouveaux acteurs (ceux venus d'Europe du nord): ce sont des ligues de peuples divers, pas tous germaniques ou celtes, plus ou moins permanentes et non plus des regroupements ponctuels pour un raid. Sous le Haut Empire, il n'y eut guère que les Daces et les Marcomans à constituer une telle menace pour Rome, notamment sous Auguste, une première fois, puis sous Marc Aurèle, dernier empereur à devoir déclarer le "Tumultum" ou conscription/mobilisation forcée et massive de tous les citoyens capables de porter les armes, et des esclaves volontaires. Aux IIIème-Vème siècles, les ligues de peuples sont tout connement plus nombreuses et vastes et sont devenues la règle et non pas l'exception, alors même que les menaces permanentes (principalement les Parthes/Perses) n'ont pas disparu. L'Empire plafonne en terme de capacité à traiter simultanément des menaces importantes sur plusieurs frontières éloignées. Et c'est dans ce contexte qu'arrive la défaite ponctuelle de la campagne d'Andrinople (376-378), une pure défaite de commandement imputable à l'empereur Valens seul, et qui saigne le comitatus des Balkans au mauvais endroit et au mauvais moment, résultant en une installation permanente d'un peuple wisigoth à l'intérieur des frontières, à la jonction des 2 empires. L'Orient s'en remettra vite sous Théodose, mais l'occident subit au mauvais moment une guéguerre intestine à sa tête avec l'assassinat de Stilichon (s'il y a un homme qui aurait pu à lui seul changer le cours de l'Histoire, c'est lui) dans le même temps où une vaste coalition autour des Vandales passe le Rhin gelé. Avec des troupes goths en Italie (comme "alliés" à côté desquels il faut maintenir des troupes romaines), un domaine goth théoriquement inféodé sur la frontière nord est et une menace sur le Rhin, l'occident ne peut faire face à la mobilisation nécessaire, et le cycle de la chute est lancé. En aucun cas ce n'est du à une supposée décadence de l'armée romaine. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Les historiens ne s'accordent sur rien du tout sur cette période de l'antiquité tardive; et quels derniers temps? L'Empire romain se porte très bien et son armée encore mieux au Vème siècle, même s'il ne s'agit "que" de l'empire d'Orient. Le modèle de l'armée tardive est excellent et se porte encore bien, y compris en occident, jusqu'à l'effondrement brutal des décennies 410-420, date à partir de laquelle il n'y a rapidement plus d'armée à l'ouest parce qu'il n'y a plus d'Etat et de collecte de l'impôt stable. C'est juste qu'à l'époque, les barbares n'étaient plus si barbares, et le différentiel entre leurs forces et celles des romains n'était plus le même. Pour la note, va voir le sujet sur l'antiquité tardive, parce que tu as dit en 2 lignes quelques énormités sur cette armée romaine tardive il est vrai mal connue. Cette armée n'a jamais promu le combat individuel. C'est ce à quoi je faisais référence aussi; avec cependant la nuance que l'armée n'est pas si complètement comparable en ce qu'elle est aussi, pour une part du vivier concerné, une vocation, un choix qui ne dépend uniquement de facteurs tels qu'un travail civil en procure, avant tout eu égard à 2 notions, le service (qu'il s'agisse du patriotisme, de la dévotion à quelque chose de plus grand, d'un idéal de vie....) et la dangerosité, voire l'idée même du combat. Mais évidemment, pour une bonne part du vivier, il s'agit aussi d'une carrière, surtout dans l'état de lé société actuelle, plus comparable à cet égard à l'Ancien Régime plutôt qu'au "moment d'exception" que fut cette période allant de la Révolution à la 2ème Guerre Mondiale, avec un niveau de sentiment national exacerbé en occident, combiné aux grandes abstractions/idéaux politiques. Pour faire plus large sur le salaire/solde, il faut aussi voir un truc: - le salaire comme motivation est effectivement un facteur très relatif de toute façon, surtout dans un job où il est question de vie et de mort - mais c'est aussi un facteur qui travaille différemment selon l'âge: des gamins de 17-20 ans, peu éduqués, avec la tête près du bonnet seront peut-être plus convaincus par un salaire décent, en même temps qu'un uniforme cool, des armes qui "crachent" (et les Rayban évidemment), de l'action.... C'est pas une généralisation, mais sur cette tranche d'âge, ces facteurs auront tendance à un peu plus marcher - à l'inverse, passé 20-25 ans, les perspectives seront un facteur absolument déterminant, quand les gens plus stables cherchent à fonder une famille, à avoir une visibilité, à savoir où ils pourraient être dans 10 ans.... Plus le niveau d'instruction augmente, plus c'est catégorique - et de toute façon, quel que soit l'âge, entre 17 et 30 ans, les bons candidats auront tendance à privilégier ces facteurs de la visibilité et des perspectives: ce sont ceux qui réfléchissent au-delà de l'instant présent, qui savent quelles sont les illusions à éviter, et qui cherchent à détecter les arnaques. C'est le problème avec les bons profils: ils sont plus malins.... C'est pour ça qu'ils sont bons :lol:. Et ils seront les premiers à se barrer où même à ne pas intégrer l'armée si les perspectives ne sont pas réelles. Les questions deviennent donc? - quel est le "soldat souhaitable" pour l'armée du futur? - dans quelle organisation tactique/humaine/hiérarchique face aux évolutions militaires, aux constantes éternelles, aux changements technologiques? - comment élargir le vivier de recrutement pour refaire de l'armée un creuset de toute la société (pas nécessairement représentatif en proportions, mais couvrant un plus large spectre) et taper dans le "qualitatif"? - quelle formation, quel entraînement, quel parcours? J'ai déjà en partie répondu à ces questions sur le sujet des structures de rang (notamment via l'exemple romain), mais aussi celui des "nanas au combat" Ca dépend en fait effectivement des USA, mais pas si facilement que ça: tout dépend de combien de temps les USA pourront maintenir ce modèle économique/technologique/tactique/politique. Les Etats européens, dans l'état actuel de leur défense et de leurs possibilités (surtout en terme de volonté), pourront-ils suivre longtemps? Ou bien seront-ils obligés de lâcher cette course illusoire et de réfléchir bien avant que le lobby militaro-industriel US ne soit battu en brêche dans son fonctionnement, tout connement parce que ces mêmes Etats européens continueront à avoir la contrainte de maintenir des effectifs en OPEX à l'année? Mais c'est clair que le premier à réfléchir sera celui qui se prendra une énorme claque (façon 40), peu probable en l'état, ou plus vraisemblablement celui qui connaîtra le premier la pénurie. Evidemment, faut pas non plus rêver du grand soir de la réflexion, mais plutôt d'une période de 10-20 ans où l'essentiel des conclusions seraient tirées. La pénurie rendra intelligent. Vu les coupes annoncées en Angleterre, faudrait peut-être attendre un premier pas de ce côté là. Attention, une partie significative de l'infanterie napoléonienne était faite de bataillons d'infanterie légère spécialisée (entre 1/4 et 1/3), pas de bataillons de ligne. De même, chaque bataillon de ligne avait une compagnie de grenadiers et une de chasseurs (légers), cette dernière servant à encadrer le déploiement en tirailleur de compagnies régulières pendant une bataille. Mais c'est, il est vrai, une spécialité française que seuls les Autrichiens pouvaient faire aussi (même si en des proportions inférieures). A noter qu'il s'agit aussi d'une spécialité française qui a son intérêt sur le sujet: les bataillons de chasseurs prenaient des candidats qui souvent n'avaient pas la taille requise pour intégrer le ligne, et se seraient donc trouvés refusés à l'armée bien souvent. C'est un cas particulier d'élargissement du vivier de recrutement sur un seul critère; les tirailleurs (appellation du soldat dans les compagnies standard des bataillons de chasseurs), et plus encore les voltigeurs (1 compagnie par bataillon) étaient de tout petits gabarits. De même, ces bataillons avaient tendance à taper dans un autre vivier que la Ligne n'appréciait pas: ceux qui avaient du mal avec la discipline militaire extrêmement rude des régiments de ligne, pouvaient agir plus indépendamment et moins conventionnellement. C'est une anecdote charmante, pittoresque et propre à faire des séries télé quand ça concerne 2 ou 3 régiments comme dans l'armée anglaise, mais ça devient une vraie option tactique et militaire (et donc de recrutement et d'entraînement) quand, comme dans l'armée française, ça concerne entre 1/4 et 1/3 de l'infanterie. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Et il ne faut pas sombrer face à la mythologie autobiographique des "redcoats"; l'infanterie britannique du XVIIIème siècle n'a rien de terrible et n'a d'aptitude signalée que pour le tir en ligne, drillé et redrillé. Pour le reste, elle est incapable de manoeuvrer, elle est lente et ne peut se déplacer sans un important bagage. La défaite des Plaines d'Abraham est censée prouver quelque chose? Juste qu'une force pratiquant un tir de ligne actif a de l'effet contre une autre faite en grande partie de milice et francs-tireurs qui vient de perdre brutalement son chef. La même infanterie britannique a aussi souvent rompu que les autres, mais apparemment, l'historiographie anglaise préfère garder ce mythe là. Que l'infanterie britannique ait posé des problèmes aux indépendantistes US en bataille rangée; ouah! Quelle nouvelle! Des volontaires peu ou pas entraînés, mal équipés d'armes hétéroclites, pas appuyés par une artillerie inexistante et formés dans des unités improvisées avec des officiers de réserve nouvellement arrivés; et cette force là n'arrive pas à tenir la ligne? Re-ouah, quelle surprise! Il a fallu quelques années avant que Washington, de ses levées d'insurgents, puisse faire un embryon de quelques régiments capables de tenir une bataille rangée. Le feu de mousquet tue peu; faudrait arrêter avec ces clichés qui polluent la réflexion; c'est pas le feu des mitrailleuses de 1914. Et au contraire, les professionnels savent qu'il faut retenir son feu le plus longtemps et ne jamais tirer les premiers. A toutes les époques et dans toutes les armées, les vétérans donnent plus de résultat; y compris au XVIIIème siècle. Après, évidemment qu'à toutes les époques aussi, les meilleurs soldats crèvent aussi bien d'une flèche de salve, d'un coup de couteau par derrière dans une mêlée ou d'une balle tirée par un taliban qui a touché sa première kalash une semaine avant d'entrer en action. Ou encore, et toujours, d'un officier incompétent qui prend la mauvaise décision. La guerre n'est pas le domaine des certitudes et du monde meurt toujours; il y a toujours des "pertes hasardeuses", qui pourraient s'appeler "the cost of doing business". Mais dans les guerres du XVIIIème comme avant ou après, les vétérans ont les statistiques pour eux: ils ont plus de chances de survivre parce qu'ils sont plus et mieux rôdés, connaissent la musique et savent la jouer. Même dans les boucheries indifférenciées de 14-18, cette statistique est encore vérifiée. Et tu trouveras des chiffres de pertes étonnamment limités dans une bonne partie des guerres des XVIème-XVIIIème siècle, parce que là encore, les mêmes vérités restent: les batailles elles-mêmes font peu de morts au regard des effectifs engagés. Les hécatombes ne surviennent que quand les adversaires s'accorchent longtemps, mais surtout quand l'un des deux cède et ne parvient pas à ordonnancer sa retraite, autorisant l'adversaire à exploiter son avantage et à faire là le vrai boulot d'infliger des pertes lourdes lors d'une poursuite. Depuis l'aube des temps, la poursuite est le moment du vrai boddycount, pas la bataille. Après, il faut encore plus relativiser cette comparaison des XVIème-XVIIIème siècles avec les romains: les romains n'ont pas d'artillerie de campagne significative (et surtout pas d'artillerie à forte cadence et puissance) au-delà de balistes et scorpions en dotations limitées et possibilités réduites (hors sièges). Mais surtout, tu compares des batailles de l'histoire romaine où il y a d'un côté une armée professionnelle ordonnancée face à des hordes qui, si elles ne sont pas aussi bordéliques et massives que les images d'Epinal les présentent, sont quand même à des années lumières du niveau d'organisation et de professionnalisme des romains. Les armées européennes des XVIème-XVIIIème siècles n'affichent pas entre elles un pareil différentiel de qualité et d'organisation: les différences sont nettement plus marginales, donc les pertes de part et d'autres plu élevées. Quand les romains se fritaient avec des armées plus organisées et d'un niveau civilisationnel comparable au leur, ou pas trop loin, elles dérouillaient nettement plus. Voir contre les Parthes (jamais de victoire clean, pas mal de défaites lourdes), mais aussi, avant Marius, contres les Grecs ou dans la conquête de l'Asie Mineure, ou évidemment contre Carthage. Et plus tardivement, voir contre les peuples germano-celtes des grandes migrations, aux IIIème-IVème siècle: à ce stade, ces peuples ont évolué, appris, se sont regroupés, organisés.... Et le différentiel va décroissant (et ce n'est pas du à un "déclin" de l'armée romaine, qui n'a pas eu lieu; voir sujet sur l'armée romaine tardive). Dernière note sur les Romains: ils ne citent que les effectifs des légions, mais les légions ne sont jamais aptes à batailler seules, manquant d'infanterie légère, d'archerie et de cavalerie qui sont en unités dites auxiliaires. Un truc d'historiographie militaire romaine est qu'il faut toujours compter autant d'auxiliaire (non mentionnés) que de légionnaires jusqu'au IIIème siècle et à la révolution militaire de la grande crise. Pas dit ça: mais le hoplite à la base, ce sont des phalanges de cités rivales qui conviennent de se rencontrer en rase campagne, sans aucune force d'un autre type, qui se mettent en face à face et se foncent dessus. C'est un mode de résolution des conflits ritualisé et en fait sans grand-chose à voir avec la guerre, sinon les morts. Quand surviennent les guerres médiques, même si l'histoire écrite grecque ne retransmet évidemment que les exploits des phalanges réunies en grand et formant une ligne de bataille à forte capacité offensive, ces mêmes phalanges étaient accompagnées de vastes effectifs de cavalerie, d'infanterie légère et médiane, d'archers et frondeurs.... Toutes unités où les citoyens étaient moins présents (donc des gens dont l'histoire n'était pas à raconter) parce que la seule chose qui comptait dans la mentalité d'alors était de faire partie de la phalange (=statut social et être citoyen au sens plein du terme, soit le pinacle de l'existence pour un Grec) et de combattre en ligne en méprisant l'exploit individuel. Quand surviennent les guerres du Péloponèse, la guerre se fait réellement, et l'emploi de hoplites est rarement opportun et efficace. Insistance est aussi souvent faite sur la phalange macédonienne dans les victoires d'Alexandre le Grand; c'est oublier que l'apport militaire macédonien n'est pas cette vaste phalange professionnelle avec ses sarissas de 6m, mais bien la conception d'un combat interarme souple avec d'autres unités de tous types tout aussi importantes et bien employées par un chef d'exception secondé par des officiers brillants. La phalange dans l'armée macédonienne ne fait pas un quart des effectifs (même plutôt 20%); elle tient la ligne de bataille et peut faire une poussée, mais pas plus. Le royaume macédonien périra d'ailleurs face à Rome d'avoir perdu le sens de la révolution militaire macédonienne: à l'époque de l'affrontement avec Rome, la Phalange pèse entre 40 et 50% des effectifs, soit une armée lourde et immobile qui a perdu les bonnes quantités des autres types d'unités hautement spécialisées qui ont fait la force du modèle. Et ce au profit d'une phalange massive qui, seule, ne peut offrir un panel de capacités satisfaisantes face aux légions romaines d'infanterie médiane fonctionnant sur un modèle manipulaire plus souple et polyvalent. Si la proportion de 20% avait été gardée, avec les mêmes infanteries médianes et légères (et encore plus la cavalerie lourde macédonienne et la cavalerie médiane thessalienne), Rome aurait dégusté. Mais là encore, la conclusion souent tirée en dépit du bon sens est que "la légion a vaincu la phalange", comme il sera dit plus tard que, mystérieusement, à partir du Vème siècle, la cavalerie lourde serait tout d'un coup plus forte que l'infanterie et règnerait sur le champ de bataille. Résumés stupides d'analyses même pas superficielles. Je parle des armées en campagne, celles qui se manient effectivement sur le champ de bataille, pas des totaux théoriques pour les armées d'un pays. L'armée de Louis XIV atteint un maximum de près de 400 000h pendant la Guerre de la Ligue d'Augsbourg s'il faut compter de cette façon. L'armée romaine plafonne à un total plus ou moins permanent de 300 000h (une moitié en légions, une moitié d'auxiliaires) d'Auguste à la crise du IIIème siècle, puis passe au dessus du demi million d'hommes entre le IIIème et le Vème siècle. Mais ce sont des troupes réparties sur toute la surface de l'empire, pas des armées de campagne. les plus vastes expéditions contre les Perses n'ont jamais dépassé les 60 000 combattants (et il y a peu de mobilisations de ce type). -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
C'est justement une vision fausse et rétrospective: le soldat chair à canon pure est une vision qui ne vient que de généraux qui les voient comme tels, à toutes les époques (ça marcherait aussi bien aujourd'hui), ou à partir des guerres napoléoniennes, et plus exactement à partir du XIXème siècle, c'est-à-dire quand la guerre est devenue massive et que les armées en campagne ont commencé à se compter en centaines de milliers d'hommes et non en dizaines de milliers. Soit à partir de la généralisation de la conscription, quand le commandement de telles masses par un général pouvant embrasser du regard toute l'armée sous son commandement est devenu impossible, et que le commandement en chef d'une campagne est devenu une chose abstraite, avant tout sur carte dans un EM de campagne. De telles masses étaient devenues des abstractions à envoyer à l'abattoir et dont le général ne connaissait que les statistiques (morts, blessés, estimations des pertes pour tel mouvement....). C'est l'époque aussi où l'artillerie et les fusils massacrent à grande échelle. Avant le XIXème siècle, et encore sous Napoléon, la bataille se livre avec des dizaines de milliers d'hommes concentrés sur un faible espace (encore plus parce qu'entre 1/3 et la moitié sont en réserve), qui peuvent en grande partie être en vue du général. Mais surtout, le feu tue peu! Les mousquets à un coup et les boulets ne tuent pas par brassées de milliers d'hommes, mais par dizaines. C'est pas le paradis pour autant, mais ça laisse beaucoup de place à la manoeuvre, à l'audace, à l'initiative, à l'humain. Seuls les généraux abrutis au XVIIIème siècle, où les aristos sans conscience qui sont juste là pour se faire valoir et faire carrière se vantent du nombre d'hommes tués sous leur commandement ou les font avancer en lignes de batailles quand ce n'est pas nécessaire. Maurice de Saxe l'a assez critiqué, de même que Frédéric II, Guibert, De Broglie.... De la même façon que la technologie empêche la réflexion aujourd'hui, le XVIIIème siècle souffre de l'insistance sur la technicité absolue des formations comme solution à tous les remèdes et "solution miracle" des généraux incompétents qui a l'avantage d'être facilement comprenable par les civils et politiques (c'est rassurant, c'est maîtrisable, ça passe facilement à l'oral). 2 illustrations: - le débat absurde en France sur l'ordre long ou l'ordre profond, soit de savoir ce qui l'emporte entre la ligne de bataille à 3 ou 4 rangs, entre la colonne et la ligne. Tout militaire un peu compétent sait que c'est con d'opposer les 2, et que l'important est de pouvoir tout faire (ce pourquoi il faut des bons soldats) et se servir de la bonne formation au bon moment au service de la bonne tactique. Mais la politisation du débat à la cour a fait que ça s'est posé en ces termes, et que des manoeuvres ont été orgganisées une fois. Elles n'ont rien prouvé, sinon que l'ordre long, le jour des manoeuvres et dans les conditions de l'exercice, avait un avantage, ce dont tout le monde a tiré la conclusion erronnée que l'armée devait être organisée en entier pour l'ordre long. Ca rappelle pas les débats actuels, dans le principe? - l'armée prussienne de Frédéric II APRES sa période de victoire: organisée et surdillée jusqu'à l'absurde aux savantes manoeuvres dites "géométriques", elle perd toute utilité en tant qu'outil de combat, alors que de tout le règne de Frédéric II, elle n'a jamais été aussi bien financée ni aussi entraînée et équipée. C'est cette armée qui ne parvient pas à se distinguer face aux troupes révolutionnaires si mal organisées, et qui crève sans panache à Iéna et Auerstedt Bref, contrairement à l'idée que tu peux en avoir via certains films et autres, les armées européennes, des XVIIème-XVIIIème siècle sont des outils extrêmement techniques, nécessitant de haut degrés de formation et "d'investissement par tête de soldat". Manier et coordonner une armée de ligne, c'est extrêmement compliqué et pointu, pour lui faire avoir un ordre de marche ayant un bon rythme et assurant sa propre protection, pour pouvoir passer rapidement de l'ordre de marche (très étiré sur les routes d'alors) à l'ordre de bataille.... L'ordre de bataille, les manoeuvres coordonnées de plusieurs bataillons, voire d'une division entière.... C'est terriblement dur et long à faire opérer: imagine faire pivoter une dizaine de bataillons rangés en lignes pour "fermer" un coin du champ de bataille et prendre un adversaire à la fois de face et de flanc. Pire encore, la manoeuvre frédéricienne qui est de foncer en 3 grandes colones décalées qui pivotent à une certaine distance de l'adversaire pour soudain offrir leur flanc et donc toute leur puissance de feu après n'avoir présenté que leur tête de colonne. Et le tout sous le feu, en restant cohérent et en opérant le plus vite possible pour le faire un cran avant l'adversaire qui cherche à faire la même chose. Et la manoeuvre de cavalerie exige une technicité encore plus grande. Non, tu ne fais pas ça, et tu ne l'as jamais bien fait avec des recrues de second choix et peu entraînées, mais avec des troupes réglées qui s'entraînent constamment à tous les échelons (individuel, en compagnies, en bataillons et en grandes unités). A partir de Louvois, c'est justement la réflexion qui est menée pour disposer, en temps de paix, de l'armée permanente professionnelle la plus vaste possible, et non plus de régiments cadres qui sont éclatés la guerre venue pour encadrer des dizaines de régiments hâtivement formés. Ils restent de mise, mais seulement en partie. Et après la guerre de 7 ans, la réforme Choiseul va même jusqu'à n'avoir que des effectifs permanents et plus du tout de régiment destinés à être remplis apr des recrues hâtives de temps de guerre. Pour élever la qualité des recrues, il fallait donc attirer de nouvelles populations aux armées, donc changer d'optique que se dire que la simple solde et un meilleur équipement suffiraient à avoir assez de candidats; il fallait donner des perspectives, et pas que dans les discours, changer le statut de militaire (lui en donner un en fait) et son image, changer l'aura de l'armée et sa réputation. L'armée du Camp de Boulogne en 1805 est à cet égard la meilleure armée de l'époque classique, et elle ne s'est pas faite en considérant le troufion comme de la chair à canon. Et l'armée de Louis XIV non plus. le sujet est sur le recrutement, et je n'ai pas écarté Rome (même le copntraire, voir plus haut). mais la réforme de Louvois est justement la première qui a voulu élargir le vivier de recrutement pour avoir des recrues de qualité et de bonne motivation, parce que ces recrues offraient des possibilités tactiques bien supérieures, à entraînement égal (et mieux encore avec un entraînement radicalement amélioré). Mais pour attirer ces recrues et ne pas recruter que dans les 10% du bas de la société, Louvois avait compris qu'il fallait radicalement changer la réalité et la perception du métier des armes, son rôle et sa place dans la société, et les perspectives qu'il offrait. L'armée de Louis XIV a été le plus important facteur de promotion sociale de l'Ancien Régime: le haut du spectre de cette promotion était l'anoblissement, et il y en eut beaucoup, mais à tous les niveaux, il y avait des possibilités parce que l'armée était devenue un statut et une perspective, plus seulement une plaie ressuscitée chaque fois qu'il y avait une guerre. Pour la note, la différence entre infanterie lourde et infanterie légère dépend moins du matériel emporté que de l'emploi sur le champ de bataille (et donc souvent l'entraînement qui va avec si elles sont spécialisées): à de nombreuses époques, les 2 sont sont très peu différenciées en terme d'équipement. Aujourd'hui, il est mal venu de parler d'infanterie lourde, sinon juste pour le poids de l'équipement emporté, parce que de fait, toute infanterie actuelle (et c'est ainsi en fait depuis la mort de l'infanterie de ligne pendant la 1ère GM) opère, bouge, manoeuvre et pense comme une infanterie légère (petits groupes, manoeuvre, flanquement, déploiement très déstructuré....). C'est pas parce que l'infanterie s'alourdit au sens le plus strict du terme qu'elle redevient une infanterie lourde et protégée, concept qui n'a de réalité que dans des batailles rangées et denses où une infanterie lourde bouge peu et maintient un ordre dense et moins mobile pour constituer une ligne de bataille. Non, y'en a eu d'autres. Beaucoup. Aussi longtemps et de façon aussi continue à une telle échelle, y'en a eu certes déjà moins, mais faut pas non plus exagérer. Comme dans toute armée à toutes les époques. Ca se fera pas par de la communication; c'est même le plus inutilement coûteux des efforts à faire parce qu'il ne change pas les idées reçues, passe vite pour de la pub, au mieux, de la propagande, au pire, ne marche pas réellement, n'attire pas beaucoup plus de recrues.... Autre temps, autres moeurs: difficile de comparer à une Cité Etat de quelques dizaines de milliers d'habitants très concentrés et homogènes à tous les niveaux (ethnie, géographie, culture....) qui a en permanence le couteau sous la gorge. Rappelons aussi que le premier critère de choix d'un hoplite est l'argent, puisqu'il doit pouvoir se payer son équipement, et que le hoplite grec n'est pas un modèle d'efficacité absolue en soi, mais une invention pour les conflits ritualisés et quasi chorégraphiés entre Cités grecques: les guerres du Péloponèse brisent ce modèle, et il y a bien peu d'affrontements de hoplites, au profit d'un retour vers la guerre "réelle". Mais il ne faut pas non plus oublier que ce système (le système spartiate est unique dans la Grèce d'alors) avait aussi ses défauts, n'était pas invulnérable (les grands professionnels de Sparte ont été battus assez souvent, même en bataille rangée et en supériorité numérique, l'exemple le plus éclatant étant Leuctres, où ils furent défaits par une phalange de conscrits mais menée par un général intelligence, Epaminondas) et, comme tous les systèmes, a fini par devenir le problème après avoir été la solution. A l'époque de son invention par Lycurgue, il a été une solution face à un système qu'il est possible d'imaginer comme apparaissant immuable, comme le système armé actuel en occident. Le système spartiate est fondé sur une aristocratie de guerriers professionnels ou semi-professionnels, et ce qui permet aux soldats citoyens spartiates de s'entraîner en quasi permanence même à l'âge adulte (étant donné qu'à leur grande époque, ils représentent encore une part significative de la population), c'est la propriété d'esclaves n'appartenant pas à des individus, mais à la Cité en tant que collectif (les hilotes). Ce sont eux qui travaillent pendant que les citoyens en âge de servir (service permanent long à Sparte) s'entraînent. De même, une grande part de la population est de fait composée de citoyens de seconde zone: ceux qui ont pu aller à l'entraînement (comme tout homme libre à Sparte), mais qui ne peuvent pas s'offrir l'équipement de hoplite. Ceux-là doivent travailler pour vivre, et constituent une majorité. De fait, ils ne diffèrent pas des autres hoplites grecs qui sont aussi des soldats citoyens mobilisés seulement en temps de guerre, et ne sont en aucun cas des guerriers professionnels. Et avec le temps, les citoyens de "première zone", comme toute aristocratie décidante, ont concentré les richesses, ne faisant travailler les hilotes que pour leur profit (et à des prix non concurrentiels pour les hommes libres), se sont refermés sur eux-mêmes, devenant une réelle aristocratie au fur et à mesure de la concentration des richesses, si bien que l'armée permanente de Sparte n'a fait que se réduire, et devenir aussi inégale en qualité: les casernes d'entraînement, les unités, sont devenues inégales, les meilleures se refermant pour ceux qui avaient les moyens, attirant tous les meilleurs professeurs et cadres, devenant des clubs exclusifs aux droits d'entrée prohibitifs. Au moment de la fin des guerres du Péloponèse, l'armée permanente spartiate, malgré une population plus importante que jamais dans son histoire, n'a jamais pu dépasser les 8-10 000h (et pas que des hoplites) là où un siècle auparavant encore, elle pouvait en mobiliser le double sans taper dans le vivier des hilotes ou des populations rurales dépendantes de Sparte. D'où ce sujet, pour relativiser ce fatalisme; d'autres ont su changer, à d'autres époques, en faisant le même constat d'immobilisme, de limitations des capacités tactiques, de mise à l'écart de l'armée et en refusant ce fatalisme. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
S'il vous plaît, c'est un sujet historique: même s'il a une vocation première d'envisager le présent, c'est à la lumière du passé (et des autres pays) qu'il faut l'éclairer. C'est pas un lieu de complainte uniquement sur les conditions détaillées et la composition de l'armée de terre française actuelle et les revendications qui vont avec. Si les connaissances précises historiques manquent sur le sujet, le présent fait évidemment partie du sujet, mais faut essayer de l'envisager avec un spectre large qui puisse ainsi être comparé à d'autres périodes. C'est un fait qu'actuellement, les armées occidentales sont en grande partie faite du bas de la société: ça ne veut pas dire que les recrues qui en sont issues sont forcément mauvaises, mais qu'une part énorme d'entre eux sera sous-éduquée, n'aura jamais vraiment été incitée à exceller en quoi que ce soit ni n'aura été stimulée "vers le haut", aura un esprit "patriotique" souvent sous-développé.... Mais elles y mettront souvent peu du leur vu l'absence totale de perspectives que propose l'armée: là pour 5 ou 8 ans + tricard sur le marché du travail après ça = faut pas compter sur la motivation. Effectivement aussi, le recrutement incluera trop souvent le bas du panier question intellect, soit que les critères soient pourris, soit que le manque de candidats contraigne à prendre une proportion importante de bras cassés. A l'arrivée, c'est quelque chose qui se retrouve souvent dans les armées avant la réforme de Louvois, mais qui revient aussi dans la 2ème moitié du XVIIIème siècle, et qui se voit tout du long de la même période dans la plupart des pays européens, et encore plus longtemps dans l'armée anglaise, détachée de certaines réalités impératives de défense et d'efficacité terrestre. Ce même manque de qualité dans le recrutement, pour les soldats comme pour les officiers, a un impact tout aussi grave sur les possibilités d'une armée, l'efficacité de sa formation (bien entraîner et driller un corniaud peu volontaire ne produit pas vraiment les mêmes résultats que bien entraîner et driller un volontaire intelligent; mais bien entraîner et driller 2 bataillons de chaque catégorie produit des résultats qui ne sont pas dans la même dimension), sa rentabilité tactique.... Résultat, tous les dirigeants qui se sont penchés sur le dossier se sont demandés comment attirer les bons candidats en nombre; il ne suffit pas d'attirer 4, 5 ou même 6 candidats par poste si tous viennent du même vivier de base et que, pour une bonne part, ce vivier n'a pas beaucoup de bons poissons. Ca ne produit des résultats en terme de sélection que dans l'absolue perfection de la théorie statistique. Qui plus est, les conditions proposées, non seulement celles de vie, de rémunération et de travail (simple réalité du présent) impactent non seulement les candidatures, en nombre et en qualité, mais aussi le volontarisme et le bon esprit de ceux qui sont dans l'institution. C'est un fait. Mais ce fait est largement inférieurs à la perspective qu'offre le métier (réalité dans le temps et dans l'esprit des militaires ou candidats), domaine nettement moins quantifiable et intangible: il faut des perspectives d'avenir (métier, ascension sociale, possibilités d'amélioration de vie) aussi bien que des perspectives de statut, d'image de soi, d'attachement au collectif (satisfactions personnelles, chances "d'épanouissement", de réalisation de soi, sens donné à la vie et à la dévotion qui vont bien au-delà de la fiche de paie....). L'armée, de toute façon, ne pourra jamais être en compétition avec les salaires du privé pour les profils intéressants, même ceux espérés/nécessaires pour le fantassin de base. Ca ne veut pas dire qu'aucun effort ne doive être fait, mais simplement que ce qu'elle doit et peut offrir ne réside pas là. Et avoir un bon équipement, un joli uniforme, une réserve de balles infinie pour l'entraînement et des casernes rutilantes n'est pas l'élément décisif qui fera venir les bons candidats en masse, même si évidemment, ça compte aussi et c'est nécessaire, surtout aujourd'hui. Il faut offrir des perspectives réelles, point barre, et pas juste en quantités anecdotiques. Et ceux qui ont fait des réformes en ce sens ont toujours obtenu des résultats, même aux époques où le patriotisme (ou l'équivalent de l'époque) était bas, voire n'avait pas de raison d'être. Offir un cadre/idéal de vie, un avenir, pas juste une rémunération, qui n'est que le présent et certainement jamais une valorisation. Les seuls bons candidats attirés par une rémunération sont les mercenaires, mais ils posent aussi d'autres problèmes, et leur intérêt ne sera jamais celui de l'armée, l'histoire le montre oplus qu'assez. La Légion l'a compris et offre bien plus qu'une fiche de paye (pas terrible de ce côté). L'Ancien Régime l'avait compris avec ses unités étrangères qui offraient bien autre chose qu'une rémunération. Après, qu'est-ce que le "bon candidat"? A toutes les époques, ça revient toujours à faire venir ceux qui sont mieux éduqués et socialisés, "de bonnes moeurs et bon esprit" comme y disaient jadis, mieux nourris et plus en forme.... Mais surtout, ça revient à faire participer TOUTE la société au vivier, et non seulement ceux qui n'ont pas d'autre choix. Après cela, ça revient aussi à tout faire pour tirer le maximum des recrues, qu'elles soient ces "bons candidats" à la base ou qu'elles aient le potentiel mais pas le bagage (ou pas la forme physique initiale): là, ça implique plus que l'entraînement/formation tels qu'ils sont aujourd'hui. Faut plus compter sur des vagues de patriotisme débridé pour susciter des vocations en grand nombre, et sur de gros effectifs pour pouvoir écluser et classer l'armée en unités pourries/disciplinaires et unités combattantes: avec l'effectif actuel, c'est un luxe coûteux, en terme d'argent et d'efficacité tactique que de considérer les troupes ainsi (en plus d'être dégueulasse et stupide). Donc s'inspirer de Louvois/Louis XIV et de quelques autres est plus indicatif que compter surla mentalité de la levée en masse/union sacrée, mâtinée du cynisme/panurgisme fataliste du recrutement "ancien régime", qui préside encore au recrutement actuel d'une armée professionnelle, en dépit du bon sens. -
Recrutement, GRH, société et organisation militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
C'est bien la question et le but de mon sujet et de l'opinion que j'exprime dessus: la GRH doit être intégralement revue, et vraiment pas qu'un peu, et surtout pas dans le sens d'une amélioration de l'existant, mais bien comme un changement radical de système et de conception, comme (peu) d'autres armées et Etats ont su le faire en leur temps. La question est effectivement que la formation doit être longue et continue, et plus encore valorisée en général, valorisante pour l'individu et valorisable dans le civil (avec des formations de transition réelles à la sortie). Evidemment, le risque est de fixer trop d'individus pas forcément au point dans l'institution, mais ce risque peut être compensé: - en amont par une sélection affinée et intelligente (on n'est plus au Moyen Age et profiler quelqu'un, si ce n'est pas encore une science exacte, n'est plus non plus du domaine de l'empirisme total) - par des vraies portes de sorties à tous les niveaux, y compris après seulement quelques années: réinscrire des recrues ne donnant pas satisfaction dans le marché du travail par de vrais formations et stages n'est pas quelque chose d'extrêmement cher (les structures existent en dehors de l'armée), surtout à l'échelle des effectifs de turnover envisagés pour l'armée (une AdT -revue et corrigée- de 80-90 000h, c'est combien de turnover par an, et dans ce turnover, combien sont/seraient des sujets pas au niveau/dégoûtés?). Et pour obtenir l'effet recherché de ne pas faire de l'armée un point noir sur le CV, ça vaut le coup - par la jeunesse et un parcours spécifique des candidats sans bagage (mais avec du potentiel) dont l'armée fait la formation (écoles militaires/militarisées en coopération avec l'Education Nationale): dégagés plus tôt pour ceux qui ne donnent pas satisfaction, c'est une expérience moins impactante sur leur CV, donc quelque chose de moins dissuasif à tenter et de plus aisé pour bien juger de quelqu'un et le dégager vite si besoin est. Le tout avec un coût léger et partagé avec d'autres budgets - une attractivité développée du métier militaire élève le niveau des candidats et facilite d'autant la sélection à l'entrée et accroît la facilité à voir les plus mauvais. L'éclusage restant est statistiquement plus réduit (plus fin aussi) Si on attend que la société change, rien ne changera jamais: Louvois avait compris ça et n'a pas attendu une évolution des moeurs pour convaincre Louis XIV de changer l'armée. Et le changement de nature et de perception de l'armée a suivi. C'est pas l'inverse qui s'est produit. Il a pris l'initiative et a imposé son changement. Et de fait, l'armée a attiré toutes les strates de la société, ce qui n'était jamais arrivé depuis des siècles, au lieu de ne prendre que les désoeuvrés, les petits gabarits, ceux en mauvaise santé, les délinquants.... La qualité des troupes et les possibilités tactiques accrues se sont fait voir rapidement. L'entraînement, même le mieux pensé, ne compense pas tout, loiun de là. Les plafonnements de l'armée britannique pendant les guerres napoléoniennes, l'une des plus drillées et pourtant parmis les moins capables, le prouve sans arrêt. Pour ce faire, ça passe par le changement du métier et de l'approche, pas par de la comm sur l'armée. Les solutions technologiques ne disparaîtront pas, mais le besoin et le recours systématique à l'hypothétique balle magique QUI NE MARCHE JAMAIS (voir l'absence de solution sur les théâtres en cours depuis la fin de la guerre froide) doivent être radicalement combattus; l'ingénieur ne trouve pas de solution à une guerre, faut arrêter cette dialectique stérile. Et effectivement, Desportes et quelques autres le rappellent (c'était dans le DSI HS, mais ça fait un moment que ce sujet est en cours, et le général Rupert Smith a fait un article assez cru sur le sujet il y a quelques mois): c'est la pensée tactique qui doit primer, et non celle de l'armurier, pour avoir des matériels plus nombreux, moins chers, aux capacités moins pointues, mais plus adaptées (et dans un cadre mieux pensé) aux mains de soldats plus capables et mieux employés. Cette vision tactique ne se fait pas avec du troufion "bas de gamme" (et "haut de gamme" ne veut pas dire "avec un équipement FELIN complet"), pas là pour longtemps, peu motivé et considéré comme de la main-d'oeuvre semi-qualifiée. Et pour attirer de meilleurs candidats, ou transformer des candidats moyens en bons, il faut que le métier soit attractif, q'uil soit une carrière, ou au moins une perspective, un statut, ou un marchepied pour l'ascension/intégration sociale (un grand pour ceux qui y restent, un petit pour ceux qui partent vite), pas une impasse, un handicap ou une voie de garage. Il faut s'adapter à la population telle qu'elle est. Ce sera coûteux? Peut-être bien, mais pas tant que ça au regard des gaspillages actuels et de la gestion à la petite semaine; et ça se partage avec d'autres budgets (Education, formation professionnelle, enseignement supérieur) si c'est bien fait. Et de toute façon, c'est un investissement au même titre que le matos. Un recrutement et une GRH du XIXème siècle ne feront pas un fantassin du XXIème, et une organisation/formation pour l'armée de conscription des guerres mondiales ne feront pas l'efficacité tactique des GTIA professionnels. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Exactement; et c'est en plus culturellement très symptomatique (l'obsession technologique) pour la mentalité américaine (et donc par ricochet celles que le USA influencent), que de s'en remettre sans arrêt à cette pensée magique de la technologie.... Toujours penser qu'il va y avoir une martingale, une balle d'argent miraculeuse (à quelques milliards de dollars) pour résoudre les petites situations comme les grandes. Résultat, automatisme de la réponse: à chaque situation un peu nouvelle, des programmes d'armement sont lancés. Même face aux guérillas afghanes, plutôt primitives et en grande majorité très peu compétentes, il faut acheter des drones, surmultiplier les équipements, lancer des programmes chers, laisser les armées de l'air dans leur délire que leurs super machines peuvent avoir un résultat depuis 2000m et à mach 1..... Toute "réflexion" devient un symposium de consultants et think tanks hors de prix. Et tout cela est un prétexte de plus pour laisser filer le temps et, pour le politique, de ne pas prendre de décision (combien d'années en Afghanistan sans que le commandement des forces soit même un peu coordonné, sans même parler de l'unifier?). Moralité: l'abondance technologique et financière rend con et frileux. Cependant, tactique et entraînement demandent des budgets, et en demanderaient même nettement plus à l'avenir, car c'est le soldat qu'il faut avant tout valoriser et "optimiser": et ça commence au recrutement, ce qui veut en fait dire toute la chaîne de la GRH des armées de terre. En somme, il faut faire, dans le cas français d'une armée pro de 80 000h ce qui pouvait être fait sans réelle finesse avec une armée de conscription de 700 000h; dans ce dernier cas, il était possible d'écluser les mauvais sur des formations de soutien ou disciplinaires et de réunir un effectif combattant de pointe des meilleurs sujets, y compris ceux issus de l'élite. Evidemment, ça ne permettait pas, dans le cas de la conscription, de les garder longtemps, mais déjà, ça permettait de les repérer et de former des unités fortes avec les cadres adéquats. Avec un corps expéditionnaire réduit à environs 30 000h en maximum théorique de déployabilité en une fois, c'est quand même aberrant de toujours recruter et former des troufions comme s'il s'agissait d'une armée de masse où il serait toujours possible de sélectionner le tiers supérieur pour avoir 2 à 300 000h "de pointe". L'armée US ne fait en fait pas mieux, et même pire: elle le fait juste en plus grand. La course à la surenchère pour le recrutement dans les années 2000 a atteint des sommets de ridicule coûteux et sans efficacité: multiplier les petits avantages (tickets et abonnements de concerts/spectacles sportifs, abonnements cinoche, petites facilités de logement et assurance....) n'a pas élevé le niveau (et pas tellement le nombre) des candidatures, mais ça a coûté des fortunes et n'a pas plus fidélisé les candidats. Ca revient à refiler des goodies en masse à des ouvriers semi-qualifiés dont on ne remet pas en cause/question l'organisation (ou même la finalité) du travail (ou même se demander si c'est toujours une seule grosse usine qui est le truc le plus pertinent), la formation, l'encadrement.... Et ils n'ont toujours aucune perspective. Résultat: pas de changement dans les profils types de soldat, pas d'augmentation significative du ratio de candidats par poste, motivation éphémère au mieux (le patriotisme hurlant n'a qu'un petit temps face à la réalité), efficacité tactique limitée et non rentable, fidélisation en berne, reconversion faible ou inexistante, drainage des bons sujets par les contractors, budgets en explosion, outil militaire terrestre à faible efficacité au regard des moyens en place (masqué en partie par le nombre, ce qui n'est pas le cas pour les Européens, qui n'ont que des US Army en petit) et dont chaque "progrès" marginal (plutôt une adaptation à la réalité) s'acquiert à un coût démesuré.... Pendant la guerre de succession d'Espagne, l'armée française n'avait pas d'autre réel problème que l'attribution des grands commandement et la tendance tâtillonne de Louis XIV à vouloir mener la guerre (ce qui est normal), mais aussi les campagnes dans le détail (ce qui est terrible, surtout vu la temporalité des transmissions) depuis son cabinet à Versailles. Problème de recrutement? oui, mais alors uniquement celui des maréchaux :lol:. Dès lors que Vendôme, Villars et Catinat (et même le jeune Duc d'Orléans, neveu du roi) avaient une armée et la bride un peu sur le cou, le reste suivait. Pour la comparaison avec l'armée anglaise sous Napoléon, c'est vraiment ça: des impératifs limités, la possibilité de se retirer n'importe quand.... Servent de paravent à une incapacité stratégique. L'armée anglaise d'alors n'était pas une armée très utile stratégiquement. En Espagne, elle n'avait aucune contrainte, et n'a eu pour seule utilité que d'être là. Et les Anglais se leurrent souvent dans leur historiographie en se gargarisant de la seule chose qu'elle savait faire, à savoir fournir un feu de ligne dense avec des cadences correctes (rien d'exceptionnel non plus, contrairement à ce que véhiculent beaucoup de mauvais romans, films et séries anglaises): peu de tenue au feu (le syndrôme Thin Red Line a été en fait bien battu en brêche dans les faits), pas de capacité à manoeuvrer sous le feu, faible coordination des grandes unités, pas de mobilité opérationnelle ou stratégique (lenteur absolue), impératif d'une intendance surabondante sous peine de blocage total et de désertion massive.... Le recrutement des hommes ("the scum of the earth" selon Wellington) et des officiers était catastrophique, et l'abondance de drill ne compensait pas l'absence totale d'entraînement au sens réel (manoeuvres, mouvement en unités constituées....). Une armée qui offre un vaste panel de possibilités ne s'obtient pas avec de mauvais candidats, moyennement ou pas motivés, sans perspectives et qui ne sont là qu'un moment: c'est une lapalissade qui a pourtant l'air de ne jamais être comprise. Ca souligne d'autant mieux le caractère exceptionnel de la réforme de Louvois, faite en temps de paix et comme vision approfondie du sujet. Aujourd'hui, le niveau de la recrue, même de base, devrait être élevé, tant intellectuellement/psychologiquement que physiquement, ce qui veut dire taper dans le vivier le plus large possible d'une part (et développer du coup des approches, perspectives et moyens qui permettent de le faire), et former ceux qui ont le potentiel mais pas le bagage (et ça, ça veut dire les garder plus longtemps -y compris par obligation statutaire- pour "rentabiliser" l'investissement). Il y a quand même nombre de techniques, sciences et moyens pour affiner la recherche de candidats, et plus globalement, changer l'approche de la GRH des armées pour considérer le recrutement comme un marché où la recrue de choix est un enjeu, et non une disponibilité corvéable qui peut aussi bien servir à faire le coup de feu que satisfaire l'ego d'un général surnuméraire en lui fournissant un larbin. Surtout quand on voit en plus les dits généraux, authentiques descendants de ceux de 40 (excellents et décidés en théorie, dans les bouquins/articles et dans des manoeuvres pré-scénarisées, plus muets dans le monde réel), essayer de compenser leur mauvaise gestion, leurs guéguerres de chapelles et leur à-plat-ventrisme par un comportement tâtillon et conservateur sur les tenues, le gardiennage du temple et des points de détail, ainsi que par un paternalisme faux-cul en unité pour savoir si la popote est bonne. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Ah, de ce côté (vie quotidienne, image, prestige, cadre de vie....), c'est clair que ça a son importance et que ça fait partie du tout (Lyautey, sur les casernes, le faisait remarquer avec insistance en son temps), et que l'armée, comme toujours mal gérée en interne, fait des économies de bout de chandelle là où il ne faut pas. D'où l'exemple de Louvois, Vauban et Louis XIV qui ont justement travaillé cet aspect et inventé l'armée moderne par opposition à ce qu'étaient les armées de leur temps, et attiré des populations qui n'avaient jamais été ou même envisagé la carrière, élevant brutalement le niveau qualitatif des troupes avant même l'entraînement. Aujourd'hui, quelle serait l'armée adaptée? Celle qui attirerait les vocations pouvant taper, à solde pas gigantesquement différente (quoiqu'il faille aussi avoir une autre conception à cet égard), dans l'intégralité de la société et attirer des quantités importantes de "bons profils"? L'organisation tactique est une chose, mais, et justement le surblindage des unités en témoigne, la tactique disparaît de plus en plus, alors qu'elle n'a jamais été aussi nécessaire pour réinventer le métier; une bonne tactique se fait en prenant des risques (tolérer plus de morts), mais aussi et surtout, outre un entraînement réellement revu et corrigé, avec des bonnes recrues qui constituent des 2/3 aux 3/4 des effectifs, pas des demi-volontaires (présents en masse) qui sont souvent là parce qu'ils n'ont rien d'autre chose, et sont d'autant peu motivés qu'ils n'ont guère de perspectives dans l'institution. Et surtout pas non plus la proportion importante de bras cassés (et un peu moins cassés) qui contraignent sans arrêt (histoires de "droits individuels", politiquement correct....), avec d'autres facteurs, à baisser le niveau qui se retrouvera toujours aligné sur le moins disant. Plus ça recrutera bas, plus les perspectives seront réduites, moins il faudra espérer attendre grand-chose des recrues (là pour 5 ou 6 ans dans la plupart des cas = entraînement minime car trop d'investissement pour trop peu de temps). Et ce alors même que l'exigence vis-àvis du soldat, en termes de variété et d'expertise dans les savoirs-faires et les situations à affronter n'a jamais été aussi vaste de toute l'Histoire. Encore une fois, c'est pas l'armée des Bac + 5 qu'il faut viser, mais c'est quand même un peu la direction globale plutôt que de continuer comme aujourd'hui un recrutement façon XIXème siècle. Et il faut s'adapter à la société: peu de vocations au premuier abord, peu de patriotisme, mauvais niveau moyen de forme physique et de "dureté" des candidats, esprit individualiste bien plus poussé, réticence à l'autorité bête et brutale (facteur de dégoût plus qu'autre chose).... = faut aussi faire quelque pas vers les candidats tels qu'ils sont et aps agir comme s'il y avait 10 candidats de bonne facture par poste. Surtout quand il y a besoin de profils de plus haut niveau. Les bons profils, faut les attirer, les bons potentiels (pas d'éducation mais bonne forme et pas con), faut investir pour les former. Et le tout ne se fait pas dans le cadre d'un troufion conçu comme à écluser en 1 à 6 ans. Il faut une perspective de vie, une respectabilité, un cadre tolérable, une approche adaptée à plusieurs grandes catégories de profils, une période d'adaptation à la vie militaire, désormais si radicalement différente et étrangère à la vie civile actuelle.... Qu'il faille pouvoir écluser du monde pour garder des bons profils, c'est une évidence, un taux de turnover est nécessaire, mais cette "période d'essai" ne doit pas non plus marquer à vie le CV des personnes concernées sous peine de dégoûter d'avance une part importante du vivier. Et de l'autre côté, l'armée doit être une perspective attractive, pas juste un truc de 5 à 10 ans où faire joujou avec des armes "comme dans les films". -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Un poil hors sujet quand même (la première partie) ;). Cependant la spécialisation du fantassin même au sein du groupe de combat élémentaire date de la 1ère GM, et a précisément été, côté allié, apportée par la France (juste une note en passant), qui a la première consacré la mort de l'infanterie de ligne à partir de 1916. Euh, t'as pas regardé la qualité de l'infanterie américaine, anglaise ou d'ailleurs de n'importe quel autre pays développé: le recrutement se fait en majorité parmi les populations les moins favorisées, et le soldat est encore considéré comme de la main d'oeuvre semi-qualifiée jetable à merci, qui est qualifié occasionnellement de mots pompeux comme "spécialiste", ou "professionnel" (pourquoi pas "technicien de la violence" non plus? Dans le genre aphorisme politiquement correct comme "professeur des écoles, c'est aussi ridicule). C'est justement cette conception de l'infanterie qui n'a pas changé réellement depuis le XIXème (malgré les évolutions purement techniques du métier) et qui reste ancrée partout, malgré les beaux discours sur le "fantassin-système d'armes et objet d'investissements lourds", le "caporal stratégique" et autres effets d'annonce bien plus fantasmagorique que ne peut l'être la réalité. Après, pour les critères de qualité/qualifications, quelle "technique" d'en prendre beaucoup et de ne garder que les bons? Les bons ne viennent pas à l'armée, ou en trop petit nombre, c'est ce que j'essayais de souligner: le vivier est trop réduit dans les pays développé, et ça ne peut qu'empirer vu la façon dont est considérée (et traitée) l'armée, même aux USA (au-delà du patriotisme de façade qui va rarement plus loin que des commentaires élogieux et l'affichage d'un petit drapeau sur le pas de la porte): voir leurs problèmes de recrutement même en temps de crise, et surtout dans la qualité des personnels. La seule solution, comme à d'autres époques, est de changer la conception même du métier et de la carrière militaire pour élargir le vivier de recrutement, et pas de façon anecdotique; à défaut de pouvoir compter sur un haut niveau de patriotisme, il est d'autres moyens, comme l'exemple de Louvois l'a montré en son temps, non par la nature de ses méthodes, mais par la révolution qu'elles ont représenté et le changement par rapport à ce qu'était le métier des armes avant lui. L'effet a été de changer radicalement la nature et la qualité moyenne des recrues à une échelle immense. Les armées occidentales actuelles sont comparables aux armées d'Ancien Régime juste avant la Révolution: techniques (parfois au point du ridicule), ayant un sous-recrutement et ne parvenant plus à attirer les bons candidats en nombre significatifs et compensant (mal) par un cocooning accru des soldats. Autre exemple historique, qui eut son heure de gloire et d'efficacité avant de se refermer dans sa logique et de se réduire jusqu'à l'inefficience: la chevalerie. A la base, la féodalité, l'host (armée) féodale, vient du système de la levée carolingienne (elle-même une évolution du système militaire franc mis au goût du jour avec la conception romaine d'une défense organisée). Tout homme libre (par opposition aux serfs) est supposé s'entraîner et tenir en état un armement donné, et tout propriétaire d'un bien un peu significatif est censé entretenir un cheval et un équipement de cavalier, et chaque comte est censé opérer des manoeuvres d'entraînement régulières sur une échelle de mobilisation donnée; le comte est aussi celui qui entretient une garde personnelle importante de vrais guerriers professionnels qui sont les cadres de la mobilisation et une unité d'élite, et à qui il distribue des domaines (moins en tant que propriétaires et seigneurs qu'administrateurs, contre rémunération: comparable au système japonais). Celui qui combat est celui qui est un homme libre, statut valorisé en tant que tel, et celui qui combat bien est susceptible d'anoblissement, d'élévation sociale. De fait, plus le système se concentre, et plus les richesses se polarisent chez les grands propriétaires, plus la cavalerie devient l'arme décisive (moins de monde et de temps consacré à l'entraînement de l'infanterie, moins d'hommes libres pour former de grandes unités) et plus les "affaires", aiguillées par les divisions internes, se concentrent sur ceux qui sont mobilisables le plus souvent, voire en permanence (gardes surtout), qui deviennent la nouvelle aristocratie se distribuant les terres comme récompense et gage de loyauté. De fait, le guerrier féodal est un professionnel, mais jusqu'au XII-XIIIème siècle, ce système est encore ouvert à qui se distingue au combat (surtout ceux qui peuvent se payer un cheval et ainsi se distinguer dans l'arme qui compte). L'anoblissement est un système de valorisation qui fait du guerrier un statut important, et attire de ce fait les bons candidats. A partir de cette époque, le système finit de se fermer pour ne plus tourner qu'autour des cercles aristocratiques qui ont monopolisé la fonction guerrière et le statut d'homme libre au plein sens du terme (ceux qui ont leur mot à dire dans la société). Mais ce ne fut pas toujours le cas. L'évolution technique, tactique et celle de l'équipement ne sont pas neutres dans le sujet, mais elles ne sont pas ce qui valorise le soldat et rend la carrière des armes attractive pour les "bons candidats" en nombre important. Un exemple qui est aussi un contre exemple: les mercenaires suisses et allemands (lansquenets) des XVIème-XVIIème siècle. Ce sont quasiment les seuls exemples européens de mercenaires recrutant à l'échelle d'une population entière et de façon durable et même institutionalisée. Les candidats étaient bons car pour eux, le service armé était la seule façon de trouver une vie décente, voire de connaître l'élévation sociale, tout au moins d'en avoir une dans le champ des possibles. Encore une fois, c'est une perspective de vie qui attire les bons candidats. Mais l'évolution de l'exemple suisse est significative: les mercenaires du XVIème siècle ne sont plus les milces du XVème. Les mercenaires suisses des Guerres d'Italie sont encore des hommes venant plutôt du haut du panier (il y a suffisamment de candidats pour ça vu que la campagne suisse d'alors ne nourrit pas la population), mais le panel de capacités et d'esprit de corps de ces contingents est bien plus limité que celui des milices des guerres bourguignonnes: ils ne connaissent pour ainsi dire que la charge en avant, en masse compacte, et non plus le vaste panel de manoeuvres en carrés groupés ou éclatés dans un combat intelligent et maîtrisé tel que le pratiquaient les milices cantonales, infiniment plus soudées, cohérentes, savantes et efficaces parce que sélectionnant leurs candidats, les entraînant correctement et surtout, pour la dite sélection, disposant d'un vivier plus vaste que juste les ambitieux et paysans crevant de faim. -
Recrutement, GRH, société et organisation militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
L'exemple romain avec le don de terres n'est que cela: un exemple. A l'époque, la terre était l'un des grands signes de statut social et de revenus confortables. Recevoir ces lots, même si c'était loin d'être la fortune (loin de là), voulait dire recevoir une situation stable, une visibilité pour l'avenir, en même temps qu'un statut d'homme libre et en mesure d'être son propre patron: l'équivalent en argent de cette donation n'aurait rien donné de tel (l'argent seul file plus vite qu'une situation, et peu de gens savent bien l'investir). Donner de la terre, c'est établir un homme comme citoyen actif et respectable, avec une activité durable. Aujourd'hui, des équivalents à cette donatio peuvent être trouvés pour ceux qui ont fait carrière, et c'est d'autant plus important que, contrairement à cette époque, le monde actuel est nettement plus varié dans les métiers et carrières disponibles, et plus exigeant. A l'époque d'un monde agraire, beaucoup avaient au moins un savoir minimum du travail de la terre, tandis qu'aujourd'hui, chaque branche d'activité est spécialisée, et peu de gens naissent dedans comme ce pouvait être le cas dans un monde à dominante agricole/artisanale. Développer un secteur de contractors (non combattants) plus ou moins sous contrôle de l'Etat est une possibilité à mettre à côté d'autres: assurer la maintenace, l'entretien et la formation sur matériels vendus par la France, l'entraînement à des savois-faires spécifiques.... Est une voie de reconversion à mettre en valeur dans le marché grandissant du "suivi/SAP" sous toutes ses formes des ventes de matériel militaire, même si l'effectif concerné n'est pas en soi suffisant. Mais pour développer le côté "2ème carrière" (en partie bouché parce que les jobs administratifs/soutien sont pris par des jeunes qui en font leur première carrière), ça va avec le paysage, de même que les pensions. Autre transposition possible de cette donation, via un autre angle de vue, celui de l'Etat: les donations sont le plus souvent faites dans des terres conquises plus ou moins récemment, pas toujours même encore établies comme provinces (statut juridique, impliquant un corpus de lois donné, une force militaire et policière....), ce qui concourt de la politique de colonisation au financement aidé par l'Etat (avec les camps de légions), un acte rentable dans le temps de volontarisme économique et de mise en valeur des terres avec intégration dans de nouveaux centres économiques. Le parallèle peut être fait avec l'époque moderne en ce qu'une telle politique peut être envisagée sous un angle "dématérialisé"; en lieu et place d'une colonisation territoriale, la reconversion de militaires méritants peut s'accompagner de formations réellement au point et de financements de création d'entreprises ou de maintien d'activité "rentables mais pas trop mais surtout nécessaires" dans des zones données du pays ou des secteurs particuliers de l'économie. Autre exemple d'époque où cette question a été abordée sérieusement: sous Louvois, la qualité du recrutement observée pendant la Guerre de Trente Ans, la Guerre franco-espagnole et la Fronde a fait l'objet de vraies réflexions. Le système des classes de Colbert était une réponse, mais en soi insuffisante: essayer d'attirer une partie de la population masculine des "bonnes couches" de la population paysans ayant au moins une petite terre, artisans....), soit ceux qui mangent à leur faim, sont en meilleure forme, ont une meilleure éducation, sont plus socialisés, sont dits "gens de bonnes moeurs", sont plus susceptibles de patriotisme et d'un degré un peu moindre d"individualisme court-termiste.... Bref, attirer les "classes moyennes" de l'époque plus que le "dernier quart" de la population, était un casse tête. Le système de Colbert n'était en aucun cas une conscription universelle, et il y avait trop de moyens de le biaiser ou d'y déroger, même s'il n'a pas été sans produire quelques bons résultats. C'est pourquoi, pas seulement par simple humanité, Louvois, Vauban et Louis XIV ont cherché à développer ce que pouvait être la "carrière des armes": il y avait des travers à compenser (notamment le logement chez l'habitant, une plaie générale, et la retraite dans les monastères, que les moines évitaient par bien des façons), mais aussi une attractivité à développer. L'établissement de l'uniforme, le meilleur armement, le prestige développé autour de cela, l'ordonnancement des troupes, la lutte constante contre le système de la vénalité des charges, l'imposition de quota d'effectifs constants en dehors des périodes et saisons de guerre, l'amélioration du versement de la solde (à défaut d'être élevée, elle devenait régulière), l'encadrement des comportements des officiers (régulations sur les dotations, les quotas d'entraînement, la bouffe, la solde....), l'établissement d'une vraie fourniture aux armées (même si elle était encore loin d'être satisfaisante, elle a fait de l'armée française la première qui ne crevait pas de faim et qui n'avaient pas besoin de piller ses propres populations pour survivre) .... Furent des réponses pour la vie comme militaire d'active et de carrière (partiellement pour les recrues d'une guerre). Mais plus largement, il fallait faire des armes une carrière, au moins pour les bons éléments à tous les niveaux, et un projet de vie parce qu'il était notoire que, hors cadre de mobilisation pour une guerre importante où des paysans (surtout) pouvaient/devaient s'engager temporairement, le militaire qui n'avait réellement fait que ça avait bien peu d'espoir de reconversion dans le civil. Ce problème ne se posait pas pour la Marine, car les populations maritimes étaient limitées en France, et la reconversion dans le civil ne posait pas de problème, l'activité commerciale/de pêche reprenant à plein régime sitôt la paix revenue. Donc quelle réponse de Louvois? Outre les améliorations générale de vie et de travail dans l'exercice proprement dit de l'activité militaire, il a cherché à établir des permanences d'effectifs pour garder des cadres (soldats vétérans, sous-officiers, bas-officiers) à l'année en temps de paix, et leur offrir un vrai "projet de vie". Il a pour ce faire étendu le système des Mortes-Payes (les cadres de garnisons de places-fortes), établi des cadres de milices (gardes-frontières et gardes côtes, mais aussi gardes civiles pour compenser la faiblesse du "Guet Bourgeois", seule police dans les villes), imposé des permanences en camps de manoeuvre maintenu à l'année pour garder des structures d'entraînement adaptées (et pas tout réimproviser à chaque guerre), maximisé les effectifs permanents dans la mesure du possible (régiments pleins uniquement faits de futurs cadres avant une guerre, ou régiments à effectifs partiels, n'ayant que leurs bas-officiers, sous-officiers et quelques vétérans), réservé des postes de "fonction publique" (plutôt rattachement à de grandes maisons), imposé aux propriétaires de régiments de garder leurs soldats méritants après leur temps ou en cas de mutilation (ça se faisait, mais ce n'était pas systématique), mis à contribution plus sérieusement le clergé, surtout régulier, et, fin du fin (la mesure la plus célèbre), instauré l'institution des Invalides de Guerre, avec leur bâtiment le plus célèbre à Paris (mais ils se mirent à fleurir un peu partout dans le royaume). Beaucoup de ces mesures sont dirigistes, elles sont souvent chères, toutes sont imparfaites, beaucoup de choses restaient perfectibles, beaucopup de défauts restaient à corriger et aucune n'a fait de la vie de soldat de carrière un paradis; mais comparé à ce qui existait avant (pour ainsi dire rien), le changement dans les décennies 1660-1670-1680 fut l'une des plus grandes révolutions militaires de tous les temps, et pas la plus connue. Si l'armée de Louis XIV, considérée comme la première armée moderne, connut une telle explosion quantitative et qualitative, ce n'est pas que dû à l'amélioration de l'armement et de certaines conditions de vie: l'armée est devenue une carrière et une chance d'élévation sociale à tous les niveaux, mais aussi quelque chose de respectable au service du pays, attirant des vocations, des ambitions, des volontaires, des patriotes et non plus seulement les rejetés, els désespérés, les sujets en mauvaise santé, les recrutés de force.... Le "prestige de l'uniforme" date de ce temps là. Le système a été mal géré sous Louis XV avant d'être repris en main vers la fin du règne (Choiseul et St Germain), mais la qualité moyenne des troupes sous Louis XIV était un sujet d'admiration dans toute l'Europe; les connaisseurs de cette armée soulignent souvent que ses seuls échecs sont dus soit au haut commandement (du coup rarement des demi-échecs, quand la connerie est faite à ce niveau), peu réformable et lié au système de Cour et à ce qui restait de la féodalité, soit aux périodes de fin de conflit long, où évidemment le recrutement et l'entraînement ne suivaient plus la "consommation" des effectifs et les problèmes de financement. Avant cela, le soldat, pour une population (et pas le soldat étranger, généralement toujours mal vu), était un parasite, un tapeur, et une armée qui passait par votre région était une certitude de pillage, de ravages et d'exactions. Et personne ne voulait aller aux armées, sauf forcé ou si réellement le "pays" (et par là entendez plutôt la région) était menacé. Sous Louis XIV, petit exemple de l'efficacité de ce système et de ce qu'était devenue l'armée et par elle la conscience nationale, diffusée entre autres par l'arrivée massive de toutes les couches de la société dans ses effectifs: en 1709, suite aux déboires de l'abruti maréchal de Villeroy face au tandem Savoie-Marlborough, Louis XIV rappelle Villars et lance un appel général au royaume pour rassembler "l'armée de la dernière chance". Il ne restait à ce moment aucune armée constituée ni assez d'effectifs suffisants dans la moitié nord du royaume pour empêcher les alliés de foncer sur Paris. Les dons et les candidatures affluèrent de tout le pays, mais surtout de la moitié nord (le sud ayant ses propres fronts) en nombres tels qu'il fut impossible d'équiper le tiers des volontaires, et si leur entraînement fut hâté et la proportion de vétérans et professionnels aguerris était trop basse, tous les témoignages (y compris ennemis) montrent que cette armée avait un mordant et une qualité humaine moyenne comme l'Ancien Régime en a rarement vu. Pour la note, ce que l'historiographie républicaine ne vous dira jamais, c'est que le nombre de volontaires cette année là (plus de 400 000 volontaires) a battu de loin le record de candidatures de la soi-disant "Levée en masse" de 1793 (autour de 300 à 350 000 volontaires). Vive la nation d'accord, mais vive le roi aussi apparemment :lol:. Et cette armée là, c'est celle de Malplaquet et Denain. La levée en masse de 1793, question qualité (en fait l'essentiel des bataillons de volontaires de 1792 à 1795), c'était plutôt lamentable pour l'essentiel (gens "de mauvaise vie et moeurs dissolues" selon le terme de l'époque, braillards et émeutiers, fouteurs de merde notoires, criminels....), à tel point que la quasi totalité de ces volontaires mis en avant dans l'iconographie républicaine et les manuels d'histoire n'a pas vraiment vu l'ennemi de près, n'a réellement employée qu'en Vendée et ailleurs à l'intérieur (résultat? Situations empirées, pillages, exactions, inefficacité, conflits prolongés), n'a jamais foutu les pieds à Valmy (c'est la vieille armée de ligne qui a fait le taf) et ont fini par être durement éclusés pour être intégrés dans l'armée de ligne. Tous ces parallèles pour montrer que les armées "à succès", surtout durablement, ont souvent compris que pour avoir de la bonne main d'oeuvre, fallait éviter de considérer la recrue comme juste de la main-d'oeuvre semi-qualifiée, et lui offrir autre chose que de jolis joujoux et une solde plus ou moins correcte. L'armée anglaise pré-XIX7me siècle pourrait être le contre-exemple facile, historiquement, mais son efficacité historique, contrairement à beaucoup d'idées reçues, ne fut jamais énorme et correspond surtout aux engagements limités auxquels elle s'est livrée, dans des contextes toujours très encadrés: son recrutement a quasiment toujours été de très mauvaise qualité, les bons effectifs (cadres et soldats) allant à la Navy. -
Faits militaires cruciaux de l'histoire de France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Suchet dans Histoire militaire
Ca c'est du vieux racontar de l'historiographie made in Great Britain, faudrait vraiment arrêter de se mettre dans la tête les vieux clichés de la gloriole jingoiste des Brits; Trafalgar n'est en rien une bataille décisive pour la simple raison qu'elle ne change rien à ce que l'Empire pouvait avant et après. Il n'existait pas de possibilité pratique d'envahir l'Angleterre: flotte encore bien trop novice et avec bien trop peu de moyens, impossible de mobiliser durablement 100 à 200 000h loin du continent, front d'Allemagne jamais assez pacifié, centralisation extrême de la décision politique et militaire de l'Empire qui fait que Napoléon ne peut opérer lui-même et délègue mal sur un front potentiellement aussi autonome.... Contradiction dans les termes: si elle consacre l'émergence impériale de l'Angleterre, ça veut dire qu'elle n'en est pas la cause, au plus un symbole pour ceux qui veulent en voir un. Le fait est que la Guerre de Sept Ans n'a fait que révéler la déliquescence des moyens français sous la direction faiblarde de Louis XV, et au contraire, amené le renouveau terrestre et naval nécessaire, mais aussi et surtout lancé plus que jamais le grand commerce extérieur français qui ne s'est jamais aussi bien porté que dans les années 1780. Les seules concessions douloureuses (hors pour l'orgueil) de la France en 1763, en terme realpolitik, furent les droits de pêche et certaines licenses commerciales, ainsi que l'imposition d'inspection britanniques sur certains axes commerciaux français (très prégnant pendant le soutien aux insurgents US), éléments qui seront corrigés avec l'indépendance US. Les "arpents de neige" du Canada ne sont en aucun cas un gain significatif à l'époque, surtout vu la population qu'ils abritent; en revanche, le fait que l'Angleterre ait du laisser à la France ses "îles à sucre" rappelle que sa position de négociation était faiblarde. Les Antilles étaient le gros morceau à préserver (ce sont elles la cash machine) et elles l'ont été. Les soi-disants événements symboliques qui présageraient de l'avenir de tel ou tel pays sont ds visions rétrospectives qui changent avec les convenances. C'est par exemple une faciltié très convenue de dater l'hégémonie britannique sur mer de l'invasion ratée de la soi-disant Invincible Armada (appellation britannique, pas espagnole), alors que la flotte britannqiue n'a pas pesé lourd dans cette histoire là qui s'inscrit de plus dans un conflit que les Anglais ont plutôt perdu dans l'ensemble. 1763, à ces égards, ne voit pas l'affirmation d'une quelconque prééminence britannique, au contraire; le commerce français devient plus dynamique et lui fait plus concurrence, et ses positions acquises lui coûtent cher, encore plus après l'indépendance US. Le succès colonial britannique est une lente construction réussie grâce à 2 facteurs: l'insularité et le système de crédit. Et l'expulsion des Français d'Inde comme l'échec ultime de la colonisation française de l'Amérique du nord ont pour cause le faible intérêt et les faibles moyens mis en place dans les 2 cas. Mais ce n'est pas la perte de la Nouvelle France qui change quoi que ce soit au rapport de force. La vraie explosion commerciale-coloniale anglaise date de quand? Précisément des Guerres Napoléoniennes, quand l'économie britannique apprend à vivre sans la majorité de l'Europe, développe son commerce maritime à une toute autre échelle (surtout en Orient) et, par l'insularité du pays, peut poursuivre sa révolution industrielle, contrairement aux autres pays d'Europe qui l'avaient aussi amorcée avant 1789 (France en tête). Ce sont les guerres napoléoniennes qui contraignent les Britanniques à changer radicalement les équilibres de leur économie et à pousser dans l'impérialisme commercial avec une intensité jamais vue avant. Un des contre-effets du Blocus continental qui a été bien plus efficace et douloureux que l'historiographie le décrit trop souvent encore. Une note pour souligner à quel point ce fut le cas: la campagne de Russie a en quelque sorte sauvé l'Angleterre. A cette époque, l'économie anglaise était sur le point de s'effondrer totalement, malgré tout, et la guerre avec les USA eut pu être le coup de grâce si la reprise des hostilités franco-russes n'avait pas relancé un temps la position britannique. Même les très bellicistes milieux commerciaux de la city criaitent "pouce" et hurlaient à la paix, surtout quand la grave crise boursière et monétaire de cette année avait salement saigné. Si, à un degré ou un autre, un accord même momentané avec Alexandre Ier (encore très anglophobe) avait pu être trouvé, c'eut pu être la fin.