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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Encore un sujet large, mais qui est intimement lié à la réflexion que je conduis en ce moment et à un document que je rédige (work related, le nom du client ne sera pas cité ;)), et qui en fait fonctionne de concert avec les sujets sur lesquels je suis très présent en ce moment ("nanas au combat" et le sujet historique sur l'organisation hiérarchique et tactique). Evidemment, le présent est aussi concerné, même si j'insisterais sur l'importance de trouver des exemples avant tout historiques; cependant, l'Histoire, bien avant d'être un objet intellectuel, est avant tout un RETEX géant pour éclairer et relativiser le présent (qui n'offre pas souvent de vraie nouveauté), et s'orienter vers l'avenir. Ainsi, il est bien question de modèles militaires et de formes d'organisation sociales et militaires qui, tant pour des raisons stratégiques et tactiques (avoir l'outil militaire le mieux adapté) que pour des raisons économiques, politiques et sociales, sont intimement liées, et même profondément liées, étant donné que la notion même d'Etat et la résistance dans le temps de structures étant sont avant tout le résultat de la façon dont un Etat organise sa défense extérieure (l'autre point fondamentale étant la "paix intérieure": justice, prospérité, relations sociales, sentiment d'appartenance). En attendant la révolution robotique (qui sera en fait un nouvel avatar de la question) qui chassera l'homme du champ de bataille :P :lol:, l'histoire des armées repose et a reposé avant tout sur le recrutement: comment trouver les effectifs suffisants, comment garantir un niveau de formation adapté, une disponibilité adéquate (immédiatement, puis une capacité de montée en puissance, puis une capacité de tenir dans le temps) et comment avoir un niveau qualitatif élevé pour les troupes. Le présent voit la décrue rapide de l'avantage comparatif des armées occidentales, et ce malgré les progrès technologiques et les budgets de recherche militaire; il faut se demander si l'outil humain n'est pas négligé (certains s'offusqueront en exhibant le coût global qu'il représente) alors que précisément, la recherche d'une armée expéditionnaire "qualitative" devrait l'inclure comme un acteur majeur, sinon même le mettre au centre de tout développement militaire, dans sa formation, son organisation, l'optimisation de l'outil à tous les niveaux, ce qui commence avant tout par le recrutement. Mais recrutement, formation et cadre d'emploi dans les armées de terre se conçoivent encore, hors certaines spécialités très techniques, comme au XIXème siècle, et l'organisation tactique en témoigne. Il n'est que de constater l'efficacité militaire obtenue par les armées modernes depuis la fin de la Guerre Froide: "rentabilité tactique" assez faible. Hors, le soldat terrestre n'a jamais eu à affronter un panel de missions, de savoirs-faires et d'impératifs de tous ordres (légals...) aussi vaste. Sans s'étendre sur le modèle souhaité du soldat de l'avenir (pas viser "l'armée des Bac + 5" non plus), il n'est que de constater qu'aujourd'hui, comme à toutes les époques, il y a une tendance; affaiblissement du sentiment national, baisse des vocations et des candidatures en quantité comme en qualité, baisse des exigences (souvent liée à la raison précédente).... Ce schéma a existé à Rome, il a existé dans la France d'Ancien Régime et, en fait, partout et en tous temps hors des périodes de conscription universelle. Si la formation, la fidélisation, l'expérience et le maintien en condition peuvent élever le niveau, ils ne sont pas non plus la panacée pour toutes les recrues, et ont un potentiel plafond, surtout si une partie plus ou moins significative des effectifs n'est pas faite du "matériel humain" de la plus haute qualité. Colbert a ainsi essayé d'établir un système de conscription (le système des classes) en son temps, de même que beaucoup de ministres/chefs d'Etat ont essayé, par de multiples moyens, d'attirer les "bons candidats" aux armées, que ce soit en tant que professionnels permanents ou comme réserves (pas du tout, partiellement ou totalement entraînées) mobilisables plus ou moins rapidement. Mais peu de systèmes ont eu une efficacité significative, et encore moins une durable. Et les armées du XVIIIème siècle, surtout après la Guerre de Sept Ans, ne se distinguent pas vraiment par un recrutement de qualité, malgré, par exemple dans le cas français, la garantie de paiement de soldes correctes, de vraies casernes saines, une permancence totale des effectifs (réforme Choiseul) et un équipement top niveau. Les soldats viennent plutôt de la lie de la société. Paradoxalement, sous Louis XIV, même si c'est pas la panacée, la qualité est nettement plus élevée alors que la solde, pas élevée, est encore loin d'être systématiquement payée, que le casernement est encore balbutiant, que les charges encore vénales impactent beaucoup les unités (officiers qui trichent sur la solde, les fournitures, l'entretien, l'armement et les effectifs), que la corruption élevée pourrit la vie militaire encore plus (notamment la fourniture aux armées) et l'équipement connaît encore beaucoup de problèmes. L'armée romaine tardive avait aussi des problèmes à attirer les bonnes recrues, contrairement aux époques précédentes où, même après la réforme de Marius (professionalisation de l'armée), Rome a eu accès à un vivier de volontaires de qualité très abondant pendant plusieurs siècles. Sentiment national élevé, manque de possibilités dans la vie civile (surtout avant César, avec la massification graduelle du travail servile qui chasse la plèbe des métiers agricoles et d'une bonne partie des métiers artisanaux), rémunération stable, possibilités de butin, fierté d'appartenance (qui compense ce que la vie civile n'apporte plus), statut social, "don" de terres en fin de contrat, attachement à une grande maison sénatoriale (les vétérans retirés deviennent "clients" de leur ex-patron, et une réserve mobilisable) ou à la maison impériale (après Auguste).... Peu d'armées, sinon aucune, ont jamais pu conserver dans le temps un tel niveau de qualité. Les féodalités européennes et japonaises offrent un autre exemple: la faiblesse de l'Etat central et le coût de l'entraînement et de l'équipement du soldat professionnel ont conduit à une monopolisation de fait de la fonction et de la capacité militaire chez ceux qui en avaient les moyens, "privatisant" en fait la capacité armée d'un pays; de Charlemagne à la Guerre de Cent Ans, il y a même un resserrement graduel de cette capacité sur l'élite nobiliaire qui devient de fait une caste militaire de plus en plus fermée avant que ne réapparaissent des formes de conscription locale efficaces, mais surtout liées à l'autodéfense (Cités-Etats italiennes, milices des Flandres et Cantons suisses notamment), et une classe de soldats professionnels non nobles, plus souvent mercenaires qu'autre chose. L'Espagne offre, comme beaucoup de zones frontières (Hongrie notamment), l'exemple d'une féodalité moins exclusive par la présence d'une guerre permanente sur son sol, qui a entretenu une tradition de paysans-soldats régulièrement mobilisés, et de hobereaux (nobles mais n'ayant pas les moyens d'un équipement "chevaleresque") combattant en permanence au point de former la classe particulière de l'hidalguia qui est à l'origine de l'esprit de corps des premiers tercios. Ceux-ci, du moins pour les 7 "Tercios Viejos", garderont une grande efficacité et qualité de recrutement pendant un siècle malgré un équipement, des fournitures, des conditions de vie et de "travail" à tous égards très mauvais. Les exemples peuvent être multipliés à l'infini, mais le fait est que peu de systèmes réellement satisfaisants (encore plus s'il faut retrancher les pays en situation de guerre permaenente sur leur sol.... Et encore: voir Israël aujourd'hui) ont jamais été trouvés, et que ceux qui l'ont été ont TOUJOURS été liés à d'autres leviers que de simples variations sur la rémunération et la qualité/quantité de l'équipement. Au mode de vie particulier du soldat, il faut offrir une perspective de vie particulière (ou au moins de reconversion correcte), difficilement compatible avec la vision très comptable du troufion éjectable pour éviter d'avoir à payer une pension. L'avenir proche verra des pays comme la Chine disposer de masses humaines importantes et disponibles pour le métier des armes par défaut d'autres possibilités (quoiqu'il puisse être dit, les possibilités de développement de nombre de puissances émergentes ne concerneront jamais l'intégralité de leur population, loin s'en faut), leur offrant par là-même un niveau de choix des candidats auquel les puissances plus anciennement développées ne retrouveront pas avant longtemps. Qu'en penser?
  2. Ben continuez dans l'autre, sinon ça va rajouter des pages de blabla sur des points qui ont tous pour la plupart été déjà exposés dans le dit sujet.
  3. Arpa voyons, retourne au catéchisme: il a toujours été admis que les femmes avaient une âme.... Corrompue et perverse certes ;), mais une âme quand même susceptible de salut :lol:. Et que ce soit lors de la controverse de Valladolid ou dans les débats de la Constituante entre 1789 et 1791, la question n'était pas de savoir si les noirs avaient une âme ou non: ce débat n'existait que pour l'apparence pour autoriser, ou continuer à autoriser l'esclavage, sur pression des lobbies adéquats. Le film Mission rappelle ce débat pour les indiens d'Amazonie. Personne, ou alors une vraie micro-minorité d'abrutis, n'a jamais réellement douté à ce sujet; ce sont juste les hypocrisies politiques et économiques des époques concernées qui étaient en jeu et contraignaient à adopter certaines formes pour que le débat ait lieu. Rappelons que jusqu'à la controverse de Valladolid, l'Eglise fut la plus grande force organisée anti-esclavage de l'Histoire. Seulement, à partir du moment où d'immenses terres restent à évangéliser et où la "tutelle morale" de l'Eglise doit continuer à encadrer les Etats chrétiens qui les conquièrent, l'Eglise a réagi même sur cette question comme une organisation politique qui devait concilier sa morale, ses intérêts et ses possibilités, soit en donnant la caution morale au Portugal et à l'Espagne sur l'esclavage. De même en 1789; le seul point réel du débat sur l'humanité ou non des noirs, simple "prétexte" politique, est de savoir si les constituants font des concessions pour garder les îles à sucre ou non.
  4. Tancrède

    Nanas au combat

    Ces sujets ont été abordés dans le topic, mais avant de les reprendre un peu, il faut signaler que le premier des problèmes est de formuler ainsi: "les femmes" ou "une femme" sont/est -elle(s) capable de faire ci ou ça? les femmes sont ci, les hommes sont ça.... C'est la première erreur qui fout une approche rationnelle en l'air avant même que le débat sur le sujet puisse commencer. Le fait est que tous les hommes n'ont pas le niveau, ou même pas le potentiel, pour faire du fantassin/soldat en unité de combat terrestre. Si 60 à 70% de la gent masculine avait le potentiel (même moins en occident vu le niveau de forme physique), ce serait déjà bien étonnant. Côté femmes, voir plus haut les faits et arguments, mais au jugé, on pourrait dire qu'à la louche, y'a bien 30% de la population féminine qui pourrait avoir cette capacité, ou au moins ce potentiel. La question n'est pas au niveau de l'intellect: le niveau exigé en général pour les unités combattantes n'est pas celui du MIT, et il n'y a sur ce point aucune différence significative entre les populations masculines et féminines (autre cliché habituel à évacuer: non, les hommes ne sont pas plus cons). La question de ce potentiel est au niveau des 2 ensembles, physiques ET intellectuel, comme condition à réunir (pas avec l'un qui compense les manques de l'autre: c'est pas une moyenne). Capacité aérobique, endurance, résistance à la douleur, capacité à bâtir du muscle, force dans le haut du corps, gabarit et capacité à encaisser les chocs sans dommage (résistance osseuse notamment).... Les hommes sont mieux armés dans ces domaines en moyenne. Mais ça ne veut pas dire que les femmes en sont incapables: juste qu'il y a une proportion nettement plus importante de la population masculine qui a ce potentiel. Ca ne veut pas dire que la population féminine dans son ensemble en est incapable, juste qu'une proportion inférieure a le potentiel de faire du bon troufion d'unité combattante (sans que cette proportion soit réduite aux "camionneuses" et nageuses est-allemandes). Donc oui, mais seulement si on regarde ces 2 proportions de populations, une femme peut combattre en unité comme un homme, sur le plan du potentiel physique, et vu la qualité actuelle du recrutement, c'est un vivier dont il ne faudrait aps se priver. C'est juste que ça pose une gamme d'autres problèmes, pas insurmontables, mais bien réels: la scène des douches de Starship Troopers n'a pas vraiment de chances de pouvoir se concrétiser dans le monde réel. La mixité en unités combattantes n'est pas une évidence à décréter d'en haut. Parce qu'après, il y a aussi beaucoup de façons de biaiser ce débat dans les 2 sens: - les unités régulières "historiques" ayant comporté des femmes (pas telle unité de francs-tireurs, exemples individuels de snipers, cas particuliers ou autres): en URSS et en Israël notamment. Personne ne sait si les résultats en furent bons ou pas (taux de pertes, efficacité, situations dans lesquelles elles étaient mises). Le fait est qu'elles ont souvent correspondu à du jetage en première ligne de tout ce qu'il était possible de racler qui avait 2 jambes, 2 bras et 2 yeux, avec peu de sélection et d'entraînement. A côté de ces unités, beaucoup d'unités masculines étaient aussi peu entraînées. - beaucoup utilisent la bravoure et le simple fait que ces unités aient existé pour justifier le point de vue dans l'absolu que "les femmes" peuvent aussi bien que les hommes aller au feu en unités régulières, ce qui, avant toute polémique, écarte les vrais sujets tournant autour de cette question: sélection, capacité fondamentale des sujets, capacité potentielle et entraînement, problèmes spécifiques sur l'intégration en unités combattantes, gestion de l'environnement particulier d'unités combattantes, esprit de corps.... Le problème est dans la définition de "participer"; d'après d'autres articles mentionnés ailleurs, le bataillon israélien Caracal, seul bataillon de combat à être mixte, serait une unité d'élite :P.... Une unité d'élite qui est affectée à la frontière égyptienne (la seule pacifiée d'Israël) et dont les membres ont juste eu leurs 4 mois de classes. Que des femmes aient été dans des unités de soutien dans l'armée russe, et aient donc pu être impliquées dans des embuscades contre des axes de ravito en Tchétchénie ou ailleurs, c'est sûrement le cas. Mais sur 60 000 mentionnées, combien ont réellement vu un combat d'un peu près? Je doute qu'autant de militaires (dans l'absolu) dans toute l'armée russe aient vu (et participé) de l'action de très près dans les 10 dernières années. Encore une fois IL NE FAUT PAS BIAISER LE DEBAT: les seules questions valables, puisqu'on parle d'unités de combat (mais aussi d'unités de soutien de l'avant qui, de plus en plus, vont voir leurs exigences grimper vu la disparition de la notion de front et le besoin d'en faire d'authentiques combattants), c'est de savoir quel niveau il faut pour le combat, quelles proportions des populations masculines et féminines peut les avvoir dans un délai supportable, s'il est possible d'organiser la mixité à un niveau ou à un autre (si c'est souhaitable, ou même seulement possible), et le tout sans nuire à l'efficacité.
  5. C'est plus que douteux en unités organiques. Pourquoi ne pas continuer sur le sujet dédié?
  6. Avantage et défaut des grands principes abstraits, oui, elle concerne les noirs et métis (de divers degrés: quarterons, mulâtres....), libres ou esclaves, en ce qu'elle est censée s'appliquer à tous les hommes. Mais il s'agit là plus d'une omission dans l'intention qu'autre chose, vu qu'il s'agit d'une déclaration d'intention, pas d'un texte de loi proprement dit (elle n'a aucun aspect pratique d'application). La Déclaration de 1795, même si elle ne mentionne plus que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits", spécifie cependant que l'abolition de l'esclavage est maintenue (confirmant l'abolition qui fait suite à la Déclaration de 1793). Dans les faits, quand il a été question de rédiger une constitution et surtout des textes de lois et des applications concrètes, il y a eu des débats à la Constituante sur le fait de déterminer si les noirs étaient des hommes :P; personne ne pensait sérieusement que ce n'était pas le cas, évidemment, mais c'était la seule manière de débattre du sujet de leur liberté et de l'abolition de l'esclavage dès lors que le principe de liberté avait été défini spécifiquement par la Déclaration (si tous les hommes sont libres, juridiquement, le seul moyen de maintenir l'esclavage est de classer les esclaves comme "non hommes"). Le lobby des îles à sucre, évidemment partisan du maintien de l'esclavage, et une partie de l'assemblée qui se voulait "réaliste" (crainte de voire les îles passer côté anglais ou rejeter la Révolution), ont ainsi entretenu le débat. Autre façon de shunter le débat tout en collant à la lettre de la Déclaration: définir son champ d'application. De ce fait, il a été question de se demander si la Déclaration avait une portée allant au-delà des frontières du royaume, avec la question subsidiaire: les colonies sont-elles terres du royaume ou dépendances semi-autonomes? De fait, l'esclavage était interdit depuis longtemps sur le territoire métropolitain, et la Révolution n'a rien changé à ça pour la petite population de couleur qui y vivait. Mais d'un autre côté, un autre problème du champ d'application de cette Déclaration très abstraite (et qui pouvait être interprétée bien au-delà des intentions de ses rédacteurs) concernait la domesticité: les domestiques en général (et la quasi totalité des gens de couleur en métropole en étaient) ont été un sujet de débats intenses, surtout quand il a été question de droit de vote. Du coup, pas seulement les noirs en métropole, mais aussi toute domesticité ou personne "employée", n'était pas forcément vue comme un être humain à part entière, au sens constitutionnel du terme.
  7. Tancrède

    Ligne Maginot

    Et si tu te documentais sur le sujet au lieu de sortir des slogans tout faits, ça serait pas mal aussi. Le contenu du programme de réarmement lancé en 1936 est la première vraie politique d'armement en plus de 10 ans, et n'est pas une "application du programme" gauchiste; Blum n'avait rien d'une oie blanche pacifiste naïve, pas plus que Daladier. Et si l'affaire de la remilitarisation de la Rhénanie a prouvé 2 choses, c'est bien que: - l'armée n'avait aucun moyen d'intervenir, aucune réelle doctrine d'emploi et peu de possibilités de mouvement, résultat des politiques désastreuses des années précédentes et d'un EM gangrené par la stupidité et l'attentisme, qui se gargarisait de son "attention à la nouveauté" via quelques expériences de manoeuvres qui ne dépassaient jamais le stade de l'expérimentation. La critique militaire adressée à De Gaulle en témoigne bien: "il énonce des choses qu'on sait depuis 10 ans et c'est simpliste au possible"..... Sans vouloir se rendre compte qu'il était question de passer à l'acte, non d'aligner les expérimentations, et que son bouquin était avant tout de portée politique, et pas de technicité militaire - sans le soutien anglais,, la France ne pouvait rien et était isolée, surtout depuis que le gouvernement Laval avait définitivement grillé les possibilités d'alliance avec l'URSS en temporisant sans fin et en ne faisant jamais de choix; ces mêmes gouvernements d'avant 36, par obsession d'avoir de la paperasse "garantissant" les frontières occidentales de la France, avaient trucidé tout contenu réel pour les alliances avec les pays d'Europe centrale et orientale. Ce qui rendait l'allaince anglaise d'autant plus incontournable Fae au manque de possibilités de l'outil français et à l'attentisme complet côté britannique, le gouvernement Blum a pris la seule décision possible: réarmer sérieusement. Et hors la rationalisation industrielle qui est de l'action politique, un réarmement se fait sur le conseil de qui, pour sa composition? Des autorités militaires dont c'est le rôle de définir le modèle d'armée et ses composantes.
  8. Tancrède

    Ligne Maginot

    Ce ne sont pas des opinions, ce sont des faits confirmés et reconfirmés depuis longtemps: le réarmement date de 1936, de même que la rationalisation des industries d'armement. Et le "pacifisme" des gouvernements à partir de ce moment n'est pas le fait de convictions personnelles ou de politiques asservies à l'opinion, mais tout connement au fait que la France est asservie à la politique extérieure anglaise, tout connement parce qu'elle ne peut pas se passer de cet allié qui, grâce à la Manche, peut lui se permettre de faire des conneries et de temporiser, et dont une partie de l'élite gouvernante est gangrenée de sympathisants plus ou moins grands du nazisme (ou de purs anticommunistes prêts à toutes les alliances contre l'URSS), et qui jouent les pacifistes. Quand Chamberlain revient de Munich, il est authentiquement fier des accords obtenus et des vivats de la foule; quand Daladier revient de Munich, face aux mêmes vivats, il murmure "les cons". Ceci dit, qualifier la droite républicaine et les extrêmes droites de "pacifiste" est un peu réducteur, de même d'ailleurs que le pacifisme à gauche: la plupart des élus qualifiés ainsi sont des anciens combattants qui, s'ils ne souhaitent pas une autre hécatombe, n'en sont pas pour autant des oies blanches traumatisées et à-plat-ventriste. Ce n'est plus la chambre "bleu horizon" des années 20, mais y'en a encore beaucoup, et ils n'ont rien contre le fait de financer l'armée. Il n'y a que côté PC que le pacifisme est avoué comme tel, même s'il est bien plus souvent le fait d'une politique voulue par intérêt que par une quelconque idéoloie pré-Gandhi: il s'agit surtout d'empêcher toute possibilité d'union contre l'URSS. Le "pacifisme" à droite est bien plus souvent le fait de l'anticommunisme; surtout côté droites nationalistes et "dures" (sans parler des vrais extrêmes), où il est vu comme contre-nature d'engager un conflit avec quiconque d'autre que l'URSS. Evidemment, les industriels et milieux d'affaires soutiennent le business en cours et la lutte anticommuniste, et voient d'un mauvais oeil toute entrave à la "liberté d'entreprendre", même si le secteur de l'armement avant 1936 est une gabegie honteuse. Ils se remettent mal des plans de rationalisation mis en place pendant la 1ère Guerre Mondiale (notamment à l'instigation de Jean Monnet qui n'avait rien d'un gauchiste collectiviste enragé) pour optimiser la production et le transport, et voient toute ingérence de l'Etat comme contre-nature.
  9. :lol:Ca fait des mois que j'ai ça aussi! Passé le premier paragraphe (la hauteur de l'encart de message tapé), ça revient vers le haut, et sélectionner une zone de texte est dur, pire encore, voire impossible, s'il s'agit de plusieurs paragraphes.
  10. - on raisonne toujours à force disponible et projetable - les régiments hors brigade, outre-mer/projection permanente surtout, sont pour l'essentiel faits d'effectifs tournants issus des brigades et n'ont que des éléments d'EM, de formation et de soutien en fixe, avec quelques très petits effectifs d'infanterie permanents ici et là. Service militaire adapté et réservistes font parfois un peu d'appoint. - si tu comptes les effectifs en formation/écoles, autant compter aussi les départs dans l'année, pour équilibrer: dans les 2 cas, ce sont des virtualités, pas des effectifs disponibles - et s'il faut rentrer sérieusement dans "les chiffres" alors autant ne pas compter dans l'abstrait les 20 régiments (qui inclue les effectifs fixes et les civils), mais seulement leur effectif projetable, soit en moyenne 900h par unité, pour un total de 18 000
  11. Même pas :P: les pertes allemandes sont moins élevées que les pertes alliées sur le seul front ouest.
  12. Mais dans les médias, ce qui passe, ce qui parle, c'est cette stupidité pour geek qu'est le bodycount, réel ou affiché, et qui plus est le bodycount accrochage par accrochage, comme si ça "voulait dire" quelque chose.
  13. Ben là c'est purement d'ordre pratique: toutes les missions ne requièrent pas nécessairement le peloton de 4 Abrams, une section de HIMARS.... De même, la rapidité peut être plus ou moins cruciale, justifiant plus ou moins de moyens maritimes et aériens pour assurer des flux rapides entre les navires et la plage (ou s'il y a pas assez d'hélicos dispos à un endroit et à un moment précis), voire uniquement des moyens aériens si ça ne passe pas par un débarquement maritime. Ou il peut falloir plus de log.... De facto, ces 3 MEU par MEF sont exactement ça: ce sont toujours les mêmes compagnies/escadrons/batteries et EM qui y sont affectés et qui s'entraînent ensemble: il n'y a pas de rotation des effectifs, mais une mise en dispo permanente. Sans dire le nom, ces sous-unités sont devenues les composantes organiques de ces GTIA quasi fixes. Certains historiens le déplorent, d'autres trouvent ça pertinent, mais l'armée romaine a connu une évolution au final similaire: les légions du Haut Empire étaient cantonnées aux frontières et en garnisons fixes. Du coup,, dès qu'une opération militaire devait être montée, il fallait mobiliser les légions d'une zone pour porter l'offensive, en lever d'autres et, très souvent, prélever des sous-unités (cohortes, ailes, turmes) dans des garnisons d'autres régions qu'il ne fallait pas laisser sans défense. Les effectifs des régions ainsi taxées n'étaient pas toujours recomplétés, soit qu'il y ait peu d'activité et de besoin, soit que les moyens manquent, soit qu'on compense avec d'autres prélèvements venus d'ailleurs, ce qui empilait les sous-unités sans reformer l'unité initiale proprement dite. Les légions assignées à postes fixes, avec leurs unités auxiliaires aussi nombreuses (cohortes d'infanterie légère, de cavalerie, d'archerie), engarnisonnées et ayant développé des relations avec leur environnement (villes qui se développent autout des casernes, légionnaires qui se marient localement ou amènent leurs familles, provinces pacifiées qui se développent, surtout le long des voies romaines et carrefours dont les légions sont proches....), sont de fait devenues des réservoirs de forces permanents plus que des unités opérationnelles. Elles l'étaient encore, mais les prélèvements permanents ont du totalement dézinguer leur disponibilité en tant qu'unités constituées, les convertissant plus en bases d'entraînement et réservoirs de cohortes. Et les empereurs, en mode défensif et ayant besoin, en cas d'offensive, de forces adaptées à chaque théâtre, préféraient ainsi des armées généralement plus fournies en cavalerie (pour la mobilité) et ajustant au mieux leurs orbats au niveau de la cohorte plutôt qu'à celui de la légion (s'organisant en cours de route en grandes unités ad hoc, généralement une régiment d'infanterie lourde et un bataillon d'infanterie auxilliaire/d'assaut étant souvent associés, des groupements de cavalerie légère....). Et le bordel administratif après 2 siècles de cet usage a conduit, en plus de la grande crise de l'empire au IIIème siècle, à la réforme lente et en profondeur vers l'armée du Bas Empire, faites d'unités plus petites étagées en forces aux frontières (limitanei, dont une partie convertible en pseudocomitatus), réserves régionales (comitatus), réserves centrales (palatins) et garde impériale (scholes palatinae). Et dans cette armée là, composable à la carte, c'est le principe de modularité qui l'emporte de loin sur les grandes unités organiques qu'étaient les légions. Les grandes unités d'infanterie lourde, les plus nombreuses, ne dépassent pas le millier d'hommes, équivalent à un bataillon. Ce qui veut dire que la hiérarchie militaire, tant par des facteurs humains (attractivité du métier.... Mais aussi exigences de certaines qualité différentes) que par des facteurs d'organisation géographiques, tactiques, politiques et opérationnels, a du changer, parfois dans les titres et grades eux-mêmes (nouveaux noms, nouvelles charges, nouvelles subdivisions....), parfois en changeant le sens d'anciens titres et grades. Bref, Rome s'est adaptée à la réalité des déploiements et des besoins.
  14. Ces lieutenants issus du rang, il faudrait avant tout savoir: - s'ils sont nombreux dans le corps ou s'il s'agit plus d'une porte de reconversion vers le civil (qui ne dit pas son nom) - s'ils sont nombreux dans le corps, est-ce avant tout en tant qu'opérationnels/platoon leaders au combat? Ou est-ce une voie d'accès à leur 2ème carrière comme non-combattants, dans le soutien projetable ou carrément dans le soutien fixe (entraînement/formation, logistique/Mat), ou purement l'administration (chef de bureau)? - La "compensation" est-elle uniquement de ce ressort du prestige/passeport pour une bonne reconversion des plus méritants? Ou est-ce parce que, pour garder ces personnels ou les récompenser, le passage au statut de lieutenant est-il aussi un passage vers une grille de rémunération d'une autre ampleur? Tiens, une autre métaphore pour expliciter la différence désormais moins pertinente entre officiers et sous-offs aujourd'hui, qui devrait s'adapter à la réalité et non plus reposer sur cette vision culturelle issue du passé et d'armées radicalement différentes: l'opposition cols bleux (sous-offs)/cols blancs (officiers). Si l'on se fie au secteur privé, il est possible de voir qu'aujourd'hui, même si ce n'est pas vrai partout, certains types de cols bleus (techniciens, métiers plus ou moins pointus du bâtiment....) se paient bien plus cher à l'heure que beaucoup de cadres sup, et souvent avec raison. Comme le disait Woody Allen à quelqu'un qui s'offusquait qu'un plombier lui coûte aussi cher que son psy, "c'est aberrant! Un plombier devrait être bien mieux payés qu'un psy! Ils sont si durs à trouver et à faire venir" ;). C'est quand même limité chez eux: - en théorie, oui ils sont dans le modèle plug and play, les unités élémentaires étant des réservoirs pour composer des task forces à la carte. Un tel modèle exige des personnels de haute qualité, et une disponibilité optimale, ainsi qu'une organisation souple et un esprit de corps puissant et des forces standardisées à l'extrême - dans la pratique, ils se sont vite aperçus que ce modèle a en soi des limites fortes, et plus encore que la qualité des personnels n'était pas et ne pouvait être au rendez-vous (le recrutement n'est pas réellement optimal même chez les Marines, et l'humain a des limites): il faut de l'organique à un moment ou à un autre, et pas seulement au niveau des sous-unités Résultat, la capacité globale à faire des task forces à la carte est limitée à un certain nombre de MEU par MEF (les 3 réservoirs de 40 000h): en fait 3 MEU de 2200h par MEF, qui résultent de la contrainte non seulement en matériels dimensionnants (moins les navires de transport que les hélicos), mais surtout de la capacité d'unités prélevées n'importe où d'opérer efficacement avec d'autres unités dans un dispositif interarme. Ces 3 MEU dans chaque réservoir sont constituées par des unités permanentes qui, même si elles vivent dans leurs régiments de base, s'entraînent souvent ensemble (quasiment uniquement en fait). De fait, ce sont des GTIA permanents et organiques, sauf pour l'administratif et la vie en caserne une partie de l'année. Donc en fait, sur une division de 20 000h chez les Marines (sur 40 000, le reste étant l'aviation et la log), il n'y a que 3 GTIA, totalisant 6600h, et 9 pour l'ensemble du corps quand la réforme actuelle sera finalisée. Ca fait pas si lourd en comparant avec le nombre de régiments, bataillons, compagnies.... Le reste opérant plus dans des formations plus classiques, en grand ou en petit déploiement.
  15. Ben, si on ventile pas quelles parties des dits budgets vont être impactées, quelles réformes peuvent et doivent en resortir (les crises sont aussi des remises en question pour optimier, voire redévelopper des marges de manoeuvre que certains intérêts ne voulaient pas voir avant), autant le fermer ce topic, vu que la crise impacte les budgets partout en Europe, c'est un fait, et que comme d'héb, plutôt que de réformer, tout le monde réduit un peu (ou un peu plus) de voilure dans chaque domaine, façon bouts de chandelles, par importance politique (industrielle + technologique + chapelle/lobbies) décroissante. Exception: l'Autriche. Déjà pas vraiment une armée avant la crise, là ils achèvent de fait une démilitarisation quasi complète. Tout le monde a une grille; personne n'en a une aussi subdivisée que celle des Ricains, et de loin. Sans doute une vision rassurante de se dire que si on augmente X de tant et Y de tant, ça fera Z et tout sera pour le mieux, mais faut sortir des images d'Epinal et des visions purement comptables. Surtout qu'en l'occurrence, je parle plus de changer en partie de vivier (plutôt d'en atteindre de nouveaux, d'élargir la base de recrutement). Pour prendre un parallèle imparfait (très imparfait et simpliste en fait) mais parlant, on ne fait pas une montée en gamme (surtout une grande) côté bagnoles en ajoutant des options et gadgets, même beaucoup, sur une vieille twingo d'occasion. Et les seules améliorations du moteur ne sont pas fondamentales. Faut changer de châssis avant toute chose. Un peu plus de paie ici, un peu plus d'entraînement là, une touche d'équipement en plus, très bien: mais chacune de ces améliorations se paiera au prix fort pour un progrès global marginal, et ça ne changera pas la nature profonde de l'inattractivité actuelle totale du métier dont la conception et l'organisation sont aujourd'hui complètement inadaptés à la société telle qu'elle est, aux mentalités et au marché du travail. Plus encore l'organisation tactique qui en découle en partie est à la masse. La différence avec l'armée anglaise pour le facteur humain et l'organisation tactique est au final assez marginale, pour une dépense de leur côté très supérieure (entretien, entraînement) et mieux optimisée. Quand on plafonne comme ça, c'est qu'il faut changer de paradigme et non continuer en essayant de s'ajuster. Et pour cet aspect des choses, la clé est dans le facteur humain et donc la qualité du recrutement et de l'organisation, domaines qui sont paradoxalement considérés l'un comme le plus négligeable, l'autre comme le plus inamovible (quand ce n'est pas vu comme de la branlette intello fumeuse). Ca sonnerait presque comme le syndrôme de 40. Une toute petite minorité certainement, , mais la bonne volonté ne fait pas tout, et surtout, ça ne reste qu'une toute petite minorité. Il faut s'adapter à la population telle qu'elle est au lieu de continuer à forcer à grand frais le recrutement de nos nouvelles "armées d'Ancien Régime". Désolé, mais à Sciences Po, on apprend aussi à regarder la société et la population telles qu'elles sont, à voir comment elles fontionnent (et c'est toujours pas factorisable en ensembles "causes-conséquences" automatiques, ni en équations, sauf chez Asimov), et à différencier ces grands ensembles en sous-ensembles, tout en gardant à l'esprit que la quantification a beaucoup de limites et la factorisation de telles problématiques produit des résultats trop partiels ;). Si tu crois que l'efficacité d'une armée compte parmi ses principaux facteurs d'attraction, tu as vu un peu trop de films et clips de recrutement (genre le joyeux kolkhozien soviétique si fier du ronronnement des fusées communistes et chantant sa joie patriotique et les mérites du plan quinquénal sur son tracteur); il suffit d'ailleurs de voir la qualité moyenne du recrutement dans d'autres armées réputées "efficaces", même quand le sentiment national a l'air d'y être élevé. Désolé si je force le trait avec l'exemple du kolkhozien, mais tu me répondrais que lui avait obtenu un tracteur quand moi je te dirais de regarder les résultats des kolkhozes, et la qualité moyenne de la main d'oeuvre et sa motivation (et son inadaptation ultime aux conditions d'un marché soudain ouvert et à la connaissance de la terre).
  16. Beaucoup d'historiens veulent se "faire" un nom en cassant des mythes: le fait est que César n'a pas inventé le soulèvement générale de la Gaule chevelue de 52 av JC, le seul envoi de renforts massifs le confirme, les sénateurs, en majorité contre lui à ce stade, étant plutôt radins sur les légions et surtout réticents à en donner autant à un seul homme, qui plus est aussi ambitieux que César. Après, ce soulèvement général a obéi à une vraie stratégie, qui suggère donc une centralisation forte de la décision. Y'avait-il un seul homme à sa tête? C'est plus que probable étant donné l'importance de la figure d'un chef, surtout lors d'une coalition hétérogène. Maintenant, ça ne fait pas de cet homme un "pré-monarque" absolu, et les divisions gauloises demeurent comme en témoigne la campagne. Ensuite, "Vercingétorix" est un titre, pas un nom (comme le fameux conquérant de Rome, "Brennus", qui veut dire "chef", le personnage réel étant un chef Sénon du nom d'Ambigat), et l'histoire de Celtill n'a rien de très choquant en soi, comme celle des rivalités entre Héduens et Arvernes. C'est la mythologie bâtie autour de lui au XIXème qui est foireuse, afin de faire des Gaules une sorte de "pré-France" et de Vercingétorix un premier "chef d'Etat".
  17. Excuse Philippe, mais c'est le monde des gentilles illusions technologiques, mais surtout dans l'irréalisme quand à l'emploi de la force nucléaire aujourd'hui (et à ses conséquences). Là, il te faudrait lire un petit peu sur le sujet du nucléaire, parce que c'est pas comme ça que ça marche; la décision d'employer le bouzin nucléaire est beaucoup plus politique et humaine et pose avant tout une gamme de problèmes qu'aucune doctrine officielle n'évoquera jamais et dont elle est généralement le voile pudique. Quand aux "frappes massives conventionnelles", sujet déjà évoqué, ça n'a jamais fait plier quiconque et ne le fera pas, surtout un adversaire étatique organisé; ça peut plaire aux émules de Curtis Lemay, mais rien d'autre. Même sur la destruction du potentiel de guerre (aucunement de la volonté), les résultats sont plus que mitigés. Pour la Chine, il ne t'a pas échappé j'espère qu'on n'est plus au XIXème d'une part? Mais surtout que de l'autre il faut examiner POURQUOI elle a été facile à battre: si tu cherches une explication militaire avec les fusils modernes et autres, je peux te montrer en long en large et en travers que c'est archi faux. Elle s'est faite torcher avant tout pour des raisons politiques et de division interne, en fait la même raison qui nous a permis de conquérir l'Indochine. Le gap technique et technologique n'explique pas grand chose, parce que face à un adversaire sorti de sa crise politique, avec le même gap technologique, toutes ces expéditions eussent été des foirades totales (ou n'auraient pas été entreprises plus certainement). Le swarming (tel qu'il est compris aujourd'hui dans l'OTAN) est un terme élégant pour habiller une absence de pensée stratégique et tactique pertinente, et qui n'implique qu'une chose, le gaspillage, ou l'absence totale de rentabilité stratégique. Au lieu de se demander ce qu'est la guerre et quel est le spectre des guerres qu'une force doit pouvoir couvrir, on a foutu ce voile powerpoint du swarming sur les moyens post guerre froide, et qui n'est là que pour dire que l'appareil militaire otanien n'st adapté et otimisé que pour un type de guerre qui appartient au passé. Ca ne veut pas dire que le seul avenir de la guerre est la guérilla, à petite ou grande échelle, mais que le spectre des menaces n'est pas couvert, et qu'en plus l'outil coûte disproportionnellement cher pour les résultats (mauvais) obtenus. Encore une fois les gentilles illusions surtechnologiques, croyant que multiplier la performance marginale dans chaque domaine d'un matériel donné va donner les plus grandes chances de victoire. Des capacités marginales qui ne sont et ne seront jamais utilisées parce que la réalité des combats ne les demande jamais? Faire la guerre sur un cahier des charges d'ingénieur, c'est se garantir de surpayer des matériel pris comme élément de réflexion tactique en eux-même, ce qui est le monde à l'envers: la vision organisationnelle et tactique prime. Le général Van Ripper l'a suffisamment démontré face aux visionnaires du tout technologie, avec des communications par messager et signaux lumineux, pas d'accès satellite, des recos à l'ancienne.... Il a démontré ce que pouvait faire une organisation TACTIQUE face à un arsenal ultra technologique, quand elle est mise en place par des professionnels (on a de la chance que les terroristes et guérillas en tout genre soient en général des branquignolles, sinon les pertes ne seraient pas les mêmes). Ces modèles de force impliquent en outre une logistique telle qu'elle est de facto un impact radical sur la mobilité tant vantée par certains, et un impact encore plus radical sur la capacité et les contraintes de projection. Tes avions "1 pour 10", pourquoi veux-tu absolument croire qu'ils feront, contre un adversaire donné, du 1 pour 10 dans toutes les circonstances? Pourquoi croire que l'adversaire sera con et rentrera dans ce jeu là s'il connaît les performances des engins modernes? Ces statistiques ne veulent rien dire et sont de la pub d'avionneur: 1 pour 10 en BVR uniquement par temps clair et en partant du principe que toutes assurances ont été prises que la chasse adverse viendra tout droit, visible à grande distance et en meute massive pour se faire démonter dans les conditions précises où elle est la plus désavantagée? T'appelles ça la guerre? C'est le syndrôme Azincourt et rien d'autre. La course à la technologie, c'est la course à l'inefficacité tactique croissante et regarder le problème par le petit bout de la lorgnette, et c'est surtout épuiser des ressources comptées. Ca fait 20 ans que l'OTAN montre l'ineptitude du modèle, à faire des pseudo-guerres sans résultat politique réel pour un prix disproportionné. Pour la note, les exemples historiques ne manquent pas. En voilà un par exemple: les soviétiques et leurs grandes offensives ne l'ont pas emporté, comme le veut la petite légende historiographique, parce qu'ils avaient ces mythiques "masses" anonymes de troupes, mais bien parce qu'ils avaient mieux pensé la guerre que les Allemands. Leurs chars étaient au mieux au même niveau, tout le reste de leur équipement était en moyenne inférieur et moins homogène, leurs troupes étaient moins bien formées (surtout l'infanterie et les équipages de chars), leur artillerie moins efficace (sauf à la toute fin où la masse finit par faire là une différence énorme), leur tactique moins poussée et optimisée, leur organisation aux bas échelons moins au point, leurs armes un peu moins bonnes.... Mais ils avaient su optimiser au niveau supérieur et être malins. Et l'armée des UAE est une référence en terme d'efficacité opérationnelle bien sûr; et le fait qu'ils veuillent plus de gadgets, comme les Saoudiens aussi dont l'armée est nulle à 100% malgré tous ses matos pointus et chers, n'a rien à voir avec des desideratas politiques et des ambitions d'accès à des technologies de pointe en général? On a plutôt 20 000 fantassins à tout péter, pour la note. Ca me fais vraiment penser à l'approche américaine de la guerre du Vietnam; l'école de statisticiens de McNamara qui avaient tout prévu, tout quantifié (le poids de bombes au kilomètre carré, le nombre de sorties aériennes, les ratios de "réussite" de missions....), sauf la guerre et la réalité. Dans le cadre de pensée actuel, surtout un ou la vision de l'ingénieur l'emporte de beaucoup sur la pensée en terme de dispositif tactique et organisationnel, d'efficacité et de pertinence opérationnelles, de "rentabilité" tactique.... Y'a des chances qu'effectivement ça continue jusqu'à épuisement des capacités et que l'absence de possibilités d'achat force les occidentaux à redevenir intelligents. Qu'il faille l'être, en amont, sur la gestion et l'optimisation de la dépense en tant que dispositif comptable est aussi évidemment une chose certaine, mais il faut l'être aussi sur le dispositif opérationnel où là encore, il y a aussi une question de rentabilité tactique et stratégique que le modèle militaro-industriel actuel ne favorise pas. Là c'est l'une des pires erreurs de ce type de raisonnement, à supposer que la qualité humaine puisse être quantifiée d'une façon suffisante pour avoir un jugement global fiable sur un personnel. Recrute moins, en l'état du vivier de recrutement, et t'auras de petits effectifs inadaptés, et surtout pas d'une qualité nettement plus grande (seulement par "éclusage" statistique; comme pour les 35h qui font juste grimper en apparence la productivité individuel presque arithmétiquement, mais ne changent pas le fond des choses = obsession artificielle du ratio). C'est tout connement une autre gamme de candidats qu'il faut attirer et garder. Le soldat français gagne un peu plus, ça ne veut pas dire "bien payé". Et ce que tu prends pour comparaison avec les USA, d'ailleurs, c'est la solde de base; eux, à la moindre petite qualification ou affectation supplémentaire, il évoluent sur la grille: c'est un autre mode de comptage. La paye dans l'absolu ne veut rien dire s'il n'y a pas de perspectives (déjà seulement la perspective de la gagner un peu plus que 5 ans); tu n'attireras ainsi qu'une minorité de motivés, compétents ou non, et un grand nombre de gens qui n'ont pas le choix, dont une authentique proportion importante de bras cassés (20 à 30% dans les effectifs projetables, proportion que tu retrouves dans toutes les armées pros occidentales). L'un des grands regrets de la conscription est qu'elle forçait à avoir aussi toute la société, y compris sesn élites; mais plus largement, elle faisait venir les bras cassés, mais surtout les meilleurs en général. Je te garantis que la qualité moyenne globale des appelés, bras cassés inclus, était plus élevée que la qualité moyenne des candidats actuels, et de beaucoup. Si tu réfléchis en terme de "si j'augmente la rémunération de 150 euros et si je fous de l'équipement top moumoute avec 2,7 fois plus de balles tirées par mois".... Tu t'enfermes dans une logique qui te fera peut-être améliorer un peu la bougie pour un prix démesuré (par rapport à l'effet obtenu), mais qui jamais ne te feras inventer l'ampoule. La question est que le recrutement actuel condamne à n'avoir qu'une petite minorité de gens motivés ET "de qualité", une minorité forte d'authentiques bras cassés et un vaste marais de gens peut motivés et dans l'ensemble pas au niveau, qu'on hissera à grand peine et frais à un niveau vaguement acceptable mais qui ne resteront pas longtemps. Et le tout dans une conception tactique et stratégique mal pensée et une vision uniquement matérielle (et encore, prise du point de vue de l'ingénieur). Bref, faire de la sélection, même plus rude, dans ce vivier là, et faire une fidélisation un peu améliorée, c'est de l'amélioration à la marge dont chaque micro-progrès se paiera très cher: et tout ce que tu auras dans ta façon de sélectionner, c'est le choix entre "bras cassés" et "un peu moins manche", avec une proportion fluctuante de "vaguement corrects si on regarde pas de trop près", tout en essayant de préserver tes 15 à 30% de vrais bons gars (mais les meilleurs partent toujours les premiers). Pour réellement changer la donne, il faut faire de l'armée un métier attractif qui ne vous contamine pas un CV à vie; et qu'on le veuille ou non, ça inclue aussi d'avoir une vraie politique de reconversion pour ceux qui ne resteront que 5 ans c'est le prix pour attirer et garder les autres). Mais ça implique aussi de changer radicalement de vue sur les perspectives de carrière et l'organisation hiérarchique (qui est à la fois un reflet de l'organisation tactique et de l'intérêt individuel des candidats).
  18. Tancrède

    [Femmes soldats]

    J'adore l'appellation "d'unité d'élite" pour le bataillon Karakal :lol:.... Surtout quand un de ses soldats racontait, après plomb durci, qu'ils avaient juste fait les 4 mois d'instruction de base et que le reste, c'était patrouiller la frontière égyptienne :lol:.
  19. Je ne connais pas cet événement particulier, ni la règlementation des rapports, mais on peut formuler plusieurs hypothèses et remarques: - l'état des liaisons entre les divers fronts en France, à ce stade (surtout ceux du sud, coupés ou déjà aux liaisons bien impactées par l'évolution des combats) oblige à contingenter les messages et rapports à l'essentiel - parmi les pertes en général, la proportion de déserteurs est souvent passée par pertes et profits et résumée en une ligne dans la ventilation des pertes, et nécessite rarement un traitement particulier à moins que l'effectif concerné soit réellement énorme, qu'il soit signe d'un état général de moral en chute libre, ou encore qu'il s'agisse d'unités constituées entières qui se rendent (compagnies, bataillons, escadrons, voire kampfgruppe ou brigade), et non de cas individuels ou de petits groupes. Dans ce cas, s'agit-il d'une proportion significative de l'effectif des zones de commandement? Si ça se résume à quelques centaines, dans une guerre pareille où le millier est déjà une unité de compte assez basse, c'est du ressort du négligeable pour un général (à moins qu d'autres rapports signalent que c'est une humeur représentative de l'ensemble de la troupe, ce qui est douteux). - vu les proportions impliquées, il n'est pas de grand besoin que ça remonte au-delà de l'attention du commandant de la zone. - des officiers peuvent toujours minimiser ce qui est une perte ou un échec, ou être vu comme une faute de commandement - les supplétifs et auxiliaires étrangers (sait-on qui sont ces déserteurs? Des Malgré-Nous par exemple?) bénéficient de moins d'attention et de considération; voir le cas des unités slaves dans les garnisons allemandes en France
  20. Ca.... La Défense est considérée comme la variable d'ajustement budgétaire des gouvernements. L'AdT est considérée comme la variable d'ajustement budgétaire de la Défense. Le soldat est considéré comme la variable d'ajustement budgétaire de l'AdT. Encore une fois, l'armée allemande de Weimar, limitée à 100 000h (en fait 200 000 via les forces paramilitaires), s'est reconstituée en sélectionnant les meilleurs officiers et sous-offs de la Grande Guerre, mais pendant 20 ans, il a fallu entraîner et renouveler ce vivier pour garder une "armée de cadres" potentielle. Ils étaient bien payés, valorisés, très entraînés et avaient des perspectives. Dans cette armée d'élite, la Panzerwaffe de Gudérian s'est faite pendant une quinzaine d'année sur des bagnoles déguisées en tanks avec du bois et du carton, mais drillant et manoeuvrant tout le temps avec insistance permanente sur l'échelon tactique. Et les pertes de tels équipages pendant la campagne de France de 40 n'ont jamais pu être compensées en proportions, faisant baisser l'efficacité de l'arme malgré la qualité sans cesse croissante du matériel. Mais apparemment, ça compte pas pour grand-chose selon les grands arbitrage budgétaires. Changer radicalement l'organisation tactique, non en fonction des matériels qui arrivent mais d'une vision globale, c'est pas forcément cher, mais c'est difficile et ça remet beaucoup de choses en question. Former, instruire et entraîner, c'est une chose qui coûte cher. Faire progresser, promouvoir (donc changer de catégorie d'investissement pour des personnels qui se distinguent) à tous les échelons, c'est aussi cher. Mais recruter et attirer une moyenne plus élevée de bons profils, et plus encore les garder et leur donner de vraies possibilités de carrière, c'est bien plus cher (aussi à tous les échelons). Et aucun entraînement ne compensera la trop faible part de ce type de profils dans les armées. Et pour avoir des personnels de qualité en nombre suffisant, il faut accroîtres le vivier de recrutement et le segmenter pour des approches et des cursus de formation initiale différenciés, rendre le métier attractif et les perspectives de carrières potentielles variées et valorisantes, mieux payer, offrir de réelles possibilités de reconversion pour ne pas faire de l'armée un point noir sur le CV (et permettre de garder du turnover pour ne pas "institutionaliser" des bras cassés), donner des retraites réelles.... Bref, c'est un investissement, et (voir le sujet dans la partie histoire), c'est éminemment lié à l'organisation administrative et tactique ainsi u'à la hiérarchie qui en découle et aux types de carrière possibles. Ne pas croire que multiplier les matos super classe, même en rationalisant la dépense, permettra d'en tirer parti comme il faudrait avec une organisation tactique inadaptée et des personnels (officiers, sous-offs et troufions) pas au niveau. Mais comme pour les matos, cette chose a un coût, et il n'est pas dit qu'il ne soit pas plus élevé que le coût actuel de la masse salariale et de la GRH en général.
  21. C'est toujours un peu ça, mais en l'occurrence, il est juste là pour "goûter" le feu, pas pour commander ni même vraiment pour avoir un rôle. Il est plus là en "observateur" ce qui est trop passif; c'est le genre de trucs obtenus au piston pour pouvoir afficher "a été à la guerre" sur son CV. Mais y'a surtout le lieutenant foireux, aussi là pour marquer le coup dans son CV, qui est authentiquement en charge de la compagnie pendant un moment. C'est un cas extrême, qui plus est dans un autre genre de guerre, mais ça souligne que sorti du combat groupé et en ligne, vaut mieux du lieutenant/capitaine issu du rang et ayant bien roulé dès lors que le combat se joue plus au niveau de la section/compagnie en autonomie plus ou moins prononcée. C'est trop de responsabilité et de compétence à demander d'un jeune officier qui n'est plus seulement un exécutant dans une vaste formation dense où l'autorité de décision (colonel/général) est, pour ainsi dire, à portée de voix ou pas beaucoup plus loin, et sur le plan purement tactique/combat/meneur d'hommes, c'est hors de la portée du "lieutenant moyen" avec même 3-4 ans d'expérience ou du "capitaine moyen" avec un peu plus. Les armées de masse et dans une époque de fort patriotisme et de danger immédiat pouvaient toujours procurer une proportion raisonnable d'excellents jeunes officiers qui apprenaient vite ce qu'une école ne leur avait pas fourni, et ils allaient dans les unités de pointe en général. Mais si la réalité était examinée en spectre large à partir de la 2ème Guerre Mondiale, le résultat global ne serait pas forcément si flatteur pour ces échelons, toutes armées confondues. Et de toute façon, l'époque n'est plus à de tels vivier où des profils de jeunes officiers exceptionnels peuvent être considérés comme abondants, ni à des conflits permettant à la sélection naturelle de les repérer/de les faire monter vite. De même, l'investissement de formation par tête de soldat et d'officier est bien plus important et le droit à l'erreur bien moindre étant donné les effectifs réduits et les impératifs de disponibilité (et la tolérance aux pertes). Donc mort au modèle actuel de l'officier qui fait sa carrière de lieutenant à général! C'est dépassé, contre-productif et inadapté à l'optimisation générale des moyens, à la viabilité des parcours de carrière (donc à l'attractivité du métier) à tous les niveaux, aux nécessités tactiques pour les échelons de forces réellement opérationnels et autonomes.... Il s'agit en fait de mieux subdiviser la chaîne opérationnelle de commandement en fonction de l'importance des unités "fondamentales": - le Battlegroup de 2500 à 3000h ou un peu plus est déjà une entité opérationnelle de projection qui n'est plus au simple niveau tactique et nécessite un officier général et un EM pouvant gérer tous les aspects en plus de la tactique et du terrain: gestion des domaines interarmée et alliés, politique et civilo-militaire, combat et reconstruction éventuellement, logistique long terme, plannification, renseignement par tous les canaux, centre d'analyse et traitement.... - le GTIA est plus épineux: officier "école" ou officier issu du rang. De facto, le SGTIA est et sera un bataillon interarme, avec une réserve logistique déjà un peu complexe et une gestion de l'action dans le temps, ce qui impliquerait autre chose que le sens tactique, l'expérience et la connaissance intime de l'outil et de l'humain. Mais d'un autre côté, ce sera moins un EM fixe et fourni qu'un PC avancé mobile rapidement et focalisé sur le maniement des forces, avec une plate-forme logistique limitée - le SGTIA, ou plus connement la compagnie interarme, est clairement une unité terrain, à confier à un officier issu du rang et qui a bien bourlingué avant ça Le GTIA ne doit plus être qu'un échelon rapide de commandement, coordination et logistique de courte durée au profit des compagnies (elles-mêmes éclatées le plus souvent) qui quadrillent un terrain: doit-il être le fait d'un officier "école" ou d'un officier "rang"? Dur à définir vu la variété des situations potentielles et sans schéma exact des forces à venir. Mais la question demeure, si l'on part dans cette optique ternaire avec des bas officiers uniquement issus du rang et des officiers "école" destiné à assister/être dispo en EM et à ne commander qu'à partir d'un échelon donné: à quel stade vaut-il mieux passer d'un commandant issu du rang "conseillé" par des officiers "école" éventuellement à un officier "école" arrivé à un bon stade de maturation et d'expérience et conseillé par des officiers issus des 2 cursus? En bref, si la question semble ne pas se poser pour les capitaines et lieutenants, au vu de la tendance et des besoins actuels, quid du chef de bataillon?
  22. Dissuader d'invasionner ;) le territoire métropolitain, certes, mais pour l'outre-mer et la ZEE? Les forces sont insuffisantes, et de loin, et y'a de sérieux doutes sur la volonté d'atomiser un pays, puissant ou microbien, qui se la jouerait D-Day à Tahiti, ou Incheon en Guyane :lol:. Le nucléaire ne dissuade plus tellement hors du scénario le plus extrême qui ne laisse plus aucune marge de manoeuvre et accule au quasi-désespoir, tant dans le réalisme de son emploi que de la perception et des implications de celui-ci dans le contexte actuel. Entièrement d'accord: mais pourquoi soudain, sur ce topic, suis-je pris pour un apôtre du désarmement total :lol:? Et il faut un volume de forces plus conséquents pour que cette capacité ait une viabilité économique (ou alors une volonté politique plus franche comme au Japon) vu que l'export peut de moins en moins être considéré comme suffisant et fiable dans le temps (sauf un produit réellement innovant et exceptionnel de temps en temps). Ce qui veut dire que l'hyper-technologisation, les cahiers de charges ultra-chiadés, les super-capacités marginales qui ne serviront jamais, la course à la petite avance dans chaque domaine de performance d'un matos donné.... Soit la conception à l'américaine, conduit droit à l'effondrement de cette capacité vu que le volume à la portée des forces ne suffit pas, et de loin, à viabiliser la plupart des projets industriels que sont les matériels des armées. Les délais de mise au point, maturation, industrialisation et équipement sont trop longs. Et là, la question est, encore une fois: quel besoin faut-il être capable de couvrir? Quelle capacité atteindre? Mais plus encore: quel volume de force projetable, dans le monde d'aujourd'hui et face aux adversaires étatiques potentiels, rend de facto la France indépendante et crédible au moins jusqu'à un certain niveau de menace? Il n'est même pas sûr que l'équivalent d'une MEU des Marines (40 000h) projetable et soutenable en autonomie complète suffise à affranchir la France de la nécessité du blanc-seing américain; il faut qu'une capacité de seuil crédible puisse être dégagée. Etre caapble d'empêcher tel potentat ou groupe armé africain de taper tel intérêt économique français est une chose aisée, et y'a pas besoin des Ricains (quoique s'ils renforcent réellement leur nouvel AFRICOM, il faudra bientôt de facto leur demander la permission). Mais empêcher l'Iran de faire chier dans le Golfe, Israël de trop déconner au Liban, la Chine d'abuser dans les détroits de la Sonde et de Malacca, Chavez d'avoir des envies bolivariennes, la Chine (encore) de dévréter qu'elle "s'occupe" de la sécurité des mers dans le sud-est asiatique et le Sud Pacifique.... Ca réclame un volume de forces projetables en autonome bien au-delà des 2 GAN rêvés et d'un corps expéditionnaire, même renouvelable, de 40 000h. Sans compter évidemment que les ricains seraient de facto une gêne contre toute politique autonome: blocage diplomatique pour les implantations de bases temporaires en cas d'opération française autonome (capacité de pression supérieure), pressions économiques.... Vrai jusqu'à un certain point: - ajuster exactement la structure centrale (administratif, gestion, soutien fixe....) à l'effectif combattant existant avec une efficacité optimale est souvent une vue de l'esprit - cette structure centrale ajustée aux forces préserve t-elle une capacité éventuelle mais nécessaire de remontée en puissance? Cette capacité éventuelle participe aussi de la fonction dissuasive d'une armée; pouvoir accroître significativement les forces dans un temps relativement bref est une capacité en soi - l'éclatement géographique des forces sur le territoire est aussi une réalité impactante: concentre la ausi intégralité de l'AdT sur 3-4 grandes bases (à l'américaine) de 20-25 000h, et une bonne partie de tes problèmes de doublons est résolue. Mais est-ce réalisable, est-ce politiquement possible? Est-ce même souhaitable pour tous les cas de figures? En tout état de cause, on ne peut uniquement raisonner sur un document comptable et faire des ratios. Ceci dit, la masse salariale comme chiffre global ne doit pas être si facilement déconsidérée comme tu le fais: il y a certainement beaucoup d'inutiles à dégager, et de mauvaise organisation à réformer pour optimiser la gestion. Et il est hors de doute que les économies potentielles ne se comptent pas en dizaines ou centaines de millions mais en milliards. Cependant, il faudrait aussi arrêter de raisonner à critères inchangés parce que d'un autre côté, la qualité moyenne de la "main d'oeuvre" est loin d'être suffisante, la GRH est à chier, les dépenses courantes (entretien, entraînement) sont loin d'être suffisantes et l'ensemble du cycle recrutement-instruction-formation-entraînement-préparation-aguerrissement-carrières-reconversion-pensions est sous-calibré par rapport au besoin réel et souhaitable. Il est temps, dans une armée contractée et dans l'environnement de guerre moderne, de considérer l'être humain comme un investissement au même titre que les matos pointus (à défaut de le voir comme un être humain, ce qui est hors de portée des décideurs politiques :-[). Et pour obtenir un tel résultat, ce que tu économiserais côté gestion/soutien, tu serais peut-être forcé de le dépenser sur le système d'arme HUMAIN 1.0. Il serait temps. Plutôt que d'avoir à se payer 20 à 30% de bras cassés, une structure officier/sous-offs inadaptée aux besoins organisationnels modernes, une qualité de troufion moyenne, pas de réelle élite de décideurs, un entraînement très insuffisant mal compensé par une préparation opérationnelle ponctuelle de dernière minute, une attractivité du métier minable, une fidélisation faiblarde et aléatoire.... De ce côté, la première efficacité d'une force vient encore de son organisation tactique et opérationnelle, ce qui est avant tout une réaité humaine, bien avant d'être matérielle. Et c'est encore, bien plus que la course perdue d'avance au matériel surpointu, largement dans les moyens de la France qui pourrait là faire une authentique petite révolution militaire. Pour la amateurs d'histoire, voir ce qu'a pu donner l'armée allemande de Weimar, tant côté organisation et innovation que côté qualité moyenne des personnels.
  23. L'UE n'est pas une économie, et pas une puissance économique: additionner les PIB ne fait pas une puissance. Chacun des Etats-membres est une entité en soi dont les intérêts sont en bonne partie contradictoires avec ceux de ses voisins, soit par effet de concurrence simple (approvisonnements et marchés), soit de façon plus complexe parce qu'un pays est déjà une somme d'intérêts difficiles à concilier. La politique extérieure d'un pays repose sur la définition d'un fragile équilibre des intérêts qu'il met en priorité, et son économie en dépend en grande partie; applique ça à l'UE, et tu verras beaucoup trop d'intérêts sacrifiés si la politique étrangère devait être centralisée. La plupart des pays européens sont absolument non interventionnistes, et leur diplomatie comme leurs intérêts dépendent souvent de cette quasi neutralité de fait (même s'ils sont en théorie membres de l'OTAN pour beaucoup), et pas seulement parce que l'interventionisme (donc une armée expéditionnaire) coûte cher. Etre un petit pays "calme" est une posture diplomatique qui rapporte et facilite beaucoup d'accords commerciaux. De plus, ces pays, dans le cas d'une diplomatie européenne, se retrouveraient pris dans les contraintes plus larges des grands pays aux gros intérêts plus nombreux et donc dans des jeux diplomatiques plus complexes et épineux aux ramifications et conséquences plus nombreuses. A l'inverse, les grands pays (France et GB en tête) refuseraient de voir sacrifier leur diplomatie et nombre de leurs intérêts sous le prétexte que beaucoup de nations européennes ne veulent être qu'une grande Suisse sous protectorat US. Si le but est d'avoir de quoi aller protéger les ressortissants et les évacuer (sujet sans trop de polémique), ça y'a déjà de quoi. France et GB ont largement assez et le font. Et pour ça, y'a pas besoin de corps expéditionnaire (qui est un mot impliquant une certaine échelle), juste de quelques forces d'intervention rapide (un peu de FS, un peu de paras, un peu de marsouins) de l'échelon battlegroup, d'une petite flotte d'avions de transport pour aller avec et de quelques navires de transport genre Mistral pour évacuer le tout. Ca existe, et chaque grand pays européen peut déjà le faire seul. Et la pseudo-organisation militaire européenne, si besoin était, suffit à cette mission là au cas où il faudrait la jouer "européen" pour la caméra.
  24. Putain c'est pas croyable comme argumentation: c'est ou une armée équivalente à l'américaine ou pas d'armée du tout? J'ai précisément dit que c'était aps si simple que tu le décrètes d'avoir un outil capable de faire face à l'imprévu parce qu'il y a une part trop grande qu'il est impossible de prévoir, surtout dans la nature de la menace plus que dans son principe ou dans son fait (qui lui, encore une fois, se voit venir à l'avance). Ai-je dit une seconde que l'outil actuel était suffisant ou adapté? NON. Alors pitié, évite ce genre de réponse. Mais aussi bien que ne pas assumer le coût de son indépendance, il faut aussi éviter de gaspiller des moyens limités sur des idées toutes faites des forces nécessaires et des capacités qu'il faut avoir: si tu veux te faire surprendre le caleçon baissé, c'est une méthode aussi efficace, mais plus coûteuse. De plus en l'état actuel de l'Europe et plus encore de ses décideurs et de l'échelle de ses moyens, dépense pleinement et efficacement 2, voire même 3% du PIB dans la défense, et le seul effet que tu auras, c'est de renforcer la puissance US. C'est pas la quantité de moyens qui te donnent l'autonomie.
  25. Et de fait, dès 1934-1935, ils ont pu avoir tous les signes avant-coureurs les plus objectifs, et même les plus naïfs savaient en 36 qu'une guerre était plus ou moins inévitable: le timing n'était pas exactement prévisible, de même que le cours de l'affrontement, mais de fait, en France, le réarmement a commencé en 36 et prévoyait un horizon de pleine capacité pour la fin 40. Plus profondément, les réalistes savaient déjà que la crise de 29 allait accélérer le craquèlement de l'édifice de Versailles dont beaucoup n'avaient pas besoin de réfléchir pour savoir qu'il portait une guerre en lui. Surtout après la période de "pactomanie" de la fin des années 20 et des mécontentements qu'elle avait laissée. Le point est que ce genre d'événements est toujours une tendance, d'abord ténue, ensuite plus évidente, avant de dégénérer dans une marche à la guerre. Après, rien ne garantit jamais que la réaction et l'anticipation seront les bonnes, les meilleures, les plus adaptées ou même si elles suffiront. C'est juste que ça se VOIT. Y'a pas, à cette échelle, une opération surprise qui tout d'un coup, sans prévenir, envahit un territoire ou saisit tous tes actifs en un lieu. Ca n'arrive que dans les romans de Tom Clancy. Pour que ces anticipations soient les bonnes, ce sera la même chose avec ou sans les ricains, et une part incontrôlable (généralement, c'est le début d'une guerre, cette phase). Mais si tu veux un dispositif qui te garantisse le succès pour les cas de figure probables, là la question n'est pas si les ricains sont avec les européens ou pas, ou de savoir si tu as un corps expéditionnaire ou pas: c'est juste une illusion de le croire, un genre de syndrôme ligne Maginot/bouclier antimissile. Parce que si la Chine s'emparait, avec ou sans signe avant-coureur, des actifs de certains pays européens (pas tous, histoire de diviser la réaction), ou allait s'emparer de la Nouvelle Calédonie (on se demande pourquoi) ou de la Réunion, c'est pas un corps expéditionnaire de 20 ou 40 000h qui les en chasserait, ni 2 PA, d'abord et avant tout parce que si elle faisait un tel mouvement, ça veut dire qu'elle se serait précisément assuré qu'elle avait les moyens de le défendre. Mais se préparer en définissant à l'avance les moyens avant de savoir contre quoi, c'est aussi con que passer son temps à analyser les menaces et n'avoir que quelques opinels pour y parer. Y'a un juste milieu, et y'a que les ricains qui ont assez de fric pour faire et garder un outil énorme en permanence, et le laisser pointé dans toutes les directions. Et dans les menaces et événements que tu as mentionné, lesquels ont été réellement menaçants pour les intérêts vitaux du pays, de l'UE ou de l'OTAN? l'attentat de 2001, dans le fond des choses, n'a rien changé à l'état de sécurité des USA ou au succès du jihad dans le monde. La crise yougoslave n'a pas menaé l'Europe, et l'effondrement de l'URSS, signe et accélérateur d'un affaiblissement de sa capacité guerrière, ne portait pas les germes d'une menace à court ou moyen terme. La limitation des moyens (même si la défense était à 3 ou 4% du PIB et avec une dépense efficace) impose la hiérarchisation des priorités, donc l'évaluation des menaces et leur classification. Se préparer à l'improbable (mais les services de rens sont généralement moins surpris que le public), c'est facile à dire, , mais vu le nombre et la vériété de de trucs improbables qui peuvent arriver, et qu'un outil militaire n'est adapté qu'à un panel assez limité de menaces à la fois, à un nombre d'adversaires assez limité, il est impossible de se préparer à tout, et complètement stupide d'investir beaucoup dans la seule illusion capacitaire. Surtout en ces temps de rééquilibrage de puissance: là où 2 PA pouvaient faire l'affaire contre un adversaire étatique un peu fort jadis, il en faudrait aujourd'hui plus, par exemple.
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