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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. C'est justement ce que j'aimerais que ce sujet éclaire, car il faudrait en fait distinguer les unités et les missions. Un groupe de combat, ou son équivalent de n'importe quelle époque (chambre, contubernium, file, escadre/escouade, fireteam....) eput aussi bien être employé tout connement en ligne dans son rôle premier, ou bien être déployé en avant garde, pour jouer le rôle d'éclaireur et éventuellement dégager les pièges qui ont pu être posés, ou encore être envoyé plus au loin en reconnaissance, rôle qui impliquera aussi de se friter avec ses homologues du camp adverse, ou encore envoyé plus loin en reconnaissance profonde, à mi-chemin entre un travail de reco et de renseignement à fin d'action, ou peut encore être envoyé pour nomadiser un peu sur les flancs, voire les arrières de l'ennemi, pour observer la force adverse et, si l'occasion se présente, casser un pont, buter de l'officier qui s'aventure seul un peu trop loin du pack, empoisonner un point d'eau, cramer un dépôt de bouffe.... Ou encore faire un raid pour libérer des copains fraîchement faits prisonniers, capturer quelques soldats ennemis pour faire du renseignement.... Ou encore être envoyé en avant-garde lors d'un déploiement particulier (débarquement, passage de rivière....), ce qui peut impliquer la saisie/neutralisation/sécurisation d'un point précis (casemate, batterie, pont....). Bref, dans ce large éventail de missions qui ont toujours du être remplies, une même unité de base, de cavalerie ou d'infanterie (ou une unité mixte comme les dragons ou les mousquetaires, ou bien les compagnons cavaliers d'Alexandre aussi bien que les speculatores des légions romaines), ou des mini task forces composites (comme ces coins ou ailes de cavalerie romaine réunissant en fait fantassins et cavaliers, ou encore les légions et compagnies franches ou de volontaires de la France des XVIIème-XVIIIème siècles), peuvent aussi bien remplir un rôle classique qu'un rôle d'avant-garde, un rôle de commando/action ponctuelle, ou un rôle de "force spéciale". généralement, évidemment, on prend pas les plus manchots ou les moins motivés (ou alors on prend des condamnés, ça s'est vu aussi). Je pourrais ajouter aussi, dans l'histoire de la guerre de siège, les troupes assignées par roulement à la guerre souterraine, celle des galeries de mines et contre-mines, bien décrites par Perez-Reverte dans , et qu'on retrouve pendant la grande guerre avec ces affrontements souterrains dans le creusement de gigantesque galeries de sapes et de mines, mais aussi dans la Guerre du Viet Nam dans les souterrains Viet Congs pour lesquels les Ricains constitueront des unités spéciales de soldats de très petite taille et de nains (sans doute l'une des seules fois où une armée cherchera activement des nains à recruter). Ce dernier point résume ainsi, à mon avis, une façon de caractériser les opérations spéciales, les opérations commandos.... Et de les distinguer. C'est la nature de la mission qui fait la définition, pas l'unité. Envoyer un groupe de soldats prendre et garder un pont en avant de l'armée, c'est du boulot normal d'avant-garde. Envoyez le même groupe très en avant pour prendre et garder un pont, sachant qu'il y a des grandes unités constituées adverses d'ici là, c'est une opération spéciale: ça veut dire qu'il faut coordonner cette prise de pont avec une offensive contre ces forces pour que le coup de main acquière une importance stratégique. Ajoutons que si la prise d'un pont dans le cadre d'une telle opération permet de faire passer le gros de l'armée, c'est une opération spéciale/stratégique; si elle permet de faire passer quelques forces pour soulager un autre pont où passera le gros de l'armée, ça n'est plus qu'une opération complémentaire, bien qu'il faille aussi une bonne préparation. L'opération commando, c'est plus un mode d'action qui repose sur la surprise et l'emploi de petites forces contre un objectif donné qui nécessite soit une grosse unité soit une toute petite (mais qui a la surprise). La nature des opérations spéciales fait que l'action commando est ce à quoi les soldats dédiés sont le plus préparé. C'est une des 2 composantes de leur métier; l'autre est la discrétion pour le renseignement (là c'est être invisible qu'il faut, et/ou éliminer les témoins) et l'infiltration (qui est le préalable à une action commando efficace). Mais l'action commando est aussi le fait d'unités classiques ou d'unités d'élite ou spécialisées opérant en simple avant-garde: être la tête de l'assaut, agir quelques minutes, quelques heures, quelques kilomètres avant le gros de la force pour dégager des obstacles, casser des points d'appui adverses, préparer le terrain, saisir un objectif d'importance tactique (encore une fois, un pont est un bon exemple; s'il peut être détruit par l'ennemi dans les 15-20 minutes, ou dans l'heure, et qu'il est à portée d'une avancée rapide, il faut s'en saisir avant d'avancer). Bref, l'unité commando est là pour faire de l'action non-conventionnelle, mais pour les objectifs immédiats d'une armée ou d'une force en mouvement. Il faut donc distinguer 3 choses et une 4ème un peu subsidiaire (elle est souvent contenue dans la 3ème mais peut aussi être un déterminant en soi): - l'unité - le mode d'action - la nature et le niveau d'importance de l'objectif et/ou de la mission - les facteurs temps et distance: généralement, plus c'est lointain, plus ça ressort d'une opération spéciale et pas d'une simple action commando Dézinguer une centrale électrique qui alimente des batteries côtières, c'est une action tactique qui nécessite un savoir-faire commando, ou en tout cas des hommes compétents. Dézinguer une centrale identique mais qui alimente plusieurs sites de production d'armement (donc plus loin en arrière, mais c'est corrollaire), c'est une opération d'importance stratégique, donc spéciale. Aller buter le géénral qui commande une armée en campagne est une opération commando; aller buter le chef d'Etat-Major, voire le chef d'Etat, c'est une opération spéciale. Plus vicieusement, aller enlever ou menacer la famille du général commandant l'armée en campagne, ou même celle d'un de ses subordonnés commandant une aile, ou encore celle d'un de ses officiers d'Etat Major (pour avoir du rens), c'est une opération spéciale. Quand nos gars du 1er RPIMA vont faire le commando de chasse anti-taliban dans les montagnes, ils sont de l'infanterie légère normale opérant sur un mode commando, comme toute unité régulière assignée à la même mission. Si on les envoie en recherche profonde pour aller tirer la barbe de Ben Laden ou d'un commandant insurgé, ça redevient une opération spéciale, parce qu là l'impact est stratégique (potentiellement) et peut avoir un effet démultiplié par rapport à l'importance purement concrète de l'opération en elle-même (dans la pratique, ce sera un effectif adverse relativement faible, une grotte.... peut-être un peu mieux défendu, mais pas fondamentalement différent; en tout cas pas la base d'un méchant dans un James Bond). Bref, c'est la mission qui détermine le caractère spéciale, commando ou régulier; une même opération, en termes pratiques, peut être les 3.
  2. Je constate que c'est un sujet, sexy et à la mode, qui revient souvent sur la table avec moult confusions sur la notion, les principes et les modes opératoires, aussi ai-je voulu le placer dans une perspective de temps long pour mieux l'appréhender. Commandos, forces spéciales, opérations stratégiques, coups de main, petite guerre, harcèlement, guérilla, "enfants perdus", assassins, guerre non conventionnelle (vraie guerre dans le vocable de Clausewitz), estradiots, carabins, coups de force, "escaladeurs".... Sont des noms qui tournent autour de ce sujet dont j'aimerais ici qu'il fasse une part moins grande à tout ce qui se place après la 1ère Guerre Mondiale, domaine le plus étudié, le mieux connu, et dont les définitions correspondent au cadre que nous connaissons aujourd'hui et qui a été moultement débattu dans les pages de ce forum. Quelques exemples pour commencer: - quand les Grecs (historiquement les Mycéniens) font des coups de main rapides avec de petites forces sur des cités littorales, opérations s'inscrivant parfois dans de plus longues opérations, ou des campagnes longues, cela ressort du domaine d'une opération spéciale. La prise de Troie, au moyen d'un subterfuge (la vraie, pas le mythe, celle de le Troie n°7 dans l'ordre des couches archéologiques) en est l'exemple le plus immortel. -le mode opératoire de la Guerre du péloponèse a plus ressemblé à des suites d'opérations spéciales, à buts stratégiques, politiques, économiques et psychologiques, qu'à une guerre classique, avec un refus net de la tradition de la bataille rangée. - le mode opératoire des vikings en occident, pour l'essentiel de leur grande période de raids, est celui d'opérations coups de poing sur des endroits peu protégés, avec des artifices psychologiques destinés à assurer un impact au-delà du simple pillage. Ils refusaient la bataille rangée, autant en raison d'effectifs en général réduits que par absence de compétence pour le combat organisé - de même, les peuples cavaliers (des Huns jusqu'au Hongrois) utilisent ces mêmes méthodes de raids éclairs en occident, méthodes qu'on retrouve très tardivement aussi bien chez les cosaques que chez les bédouins et les tribus arabes coordonnées par T.E Lawrence - on rappellera aussi le rôle des assassins dans l'Histoire militaire, de la secte éponyme aux ninjas higa et Koga en passant par les "visiteurs de la nuit" chinois, certaines cultures ont même créé des groupes spécifiques pour ce seul usage. - Du Guesclin reconquit l'essentiel de la France au cours de la 2ème phase de la Guerre de Cent Ans (années 1370-1380) au moyen d'une stratégie générale d'opérations spéciales orchestrant, avec des effectifs permanents et extrêmement aguerris terriblement réduits, des séries d'actions de guérillas, d'opérations coups de poing et de coups de mains sur des places fortes. Couper les lignes d'approvisionnement et de communications des Anglais, leur prendre des places stratégiques sans longues opérations de sièges, provoquer une forte attrition dans leurs effectifs pour user leurs ressoruces et amoindrir le moral et la qualité de leurs forces, les forcer à être partout avec moins d'hommes.... Tels étaient ces objectifs. Et la méthode fut celle d'opérations ponctuelles constantes (y compris hors saison de la guerre), répétées et coordonnées, exécutées avec un effectif dérisoire qui s'est avéré plus efficace que n'importe quelle armée. - la guerre de sièges au Moyen Age voit souvent de petits partis prendre des fortifications par surprise et ruse, notamment par l'escalade des murailles, de nuit. Les bons escaladeurs sont des personnes très recherchées et très bien payées: beaucoup de ces mercenaires atteindront, pendant la Guerre de Cent Ans, des positions et titres inouis, souvent en ayant rapidement gagné assez pour s'offrir leur propre compagnie de mercenaires puis entrer dans la clientèle d'un Grand, et/ou en prenant/occuppant/se faisant donner une place ou une région. - la prise du rocher de Monaco par le premier grimaldi, dont les actuels princes se font gloire, est un coup de main de ce type, à la limite de l'action de brigandage pure et simple. - Louis XIV, plus encore que son grand-père (Henri IV, très amateur de coups de mains audacieux et peu coûteux) usa beaucoup de tels coups de main pour forcer la décision de tel ou tel prince du St Empire, prendre des gages territoriaux (une place clé, un carrefour, un pont) ou, d'une manière générale, servir sa diplomatie, même en temps de paix (notamment lors de la politique des réunions territoriales). A une époque où les frontières sont des gruyères patrimoniaux mal découpés, correspondant à l'imbroglio sans fin du droit féodal et des souverainetés discutables, ce genre d'actions est fréquent, et les Ducs de Savoie et de lorraine en particulier, le savent trop bien. Mousquetaires, chevaux-légers et dragons sont des adeptes de la chose, de même que les compagnies franches d'infanterie légère (chasseurs, carabins....). D'Artagnan, le vrai, agent de Mazarin et lieutenant, puis capitaine des mousquetaires noirs, ne fut rien d'autre qu'un officier de forces spéciales (en temps de guerre, il préférait redevenir soldat combattant, rôle où il trouvera sa mort au siège de Maastricht, comme dans le roman). - quand un groupe de hussards français va enlever le Duc d'Enghien en Pays de Bade (neutre à l'époque) en 1804, c'est une opération spéciale, avec un objectif politique (qu'il soit réellement stratégique ou non, c'est autre chose et ressort du jugement de Napoléon) - au XIXème et jusqu'en 1918, on parle plutôt de Francs-Tireurs, ou de compagnies franches, ou encore de petites unités organiques aux grandes divisions, qui mènenet ce type d'opérations, tels les célèbres nettoyeurs de tranchées de la grande guerre, ou encore les unités de tireurs d'élite rassemblées dans les divisions. Les Allemands incluent aussi des détachements du génie dans ce type d'unités, ce qui formera la base du concept dont viendront leurs fantassins d'assaut, à grande échelle, les StossTruppen. Les opérations commandos, ou coups de poing, la petite guerre (c'est-à-dire les combats d'avant-gardes, avant les grandes batailles, les coups de main sur des noeuds de communication, les sabotages, la destruction de ressources ou de stocks, le harcèlement, la déception, ou art de tromper les éclaireurs pour fausser le renseignement adverse et faire prendre de mauvaises décisions à l'ennemi....) sont des opérations qui ont toujours existé. Et les unités qui les mènent, sans arriver à la formalisation que nous avons actuellement, sont toujours très typées: cavalerie légère (hussards, chevau-légers, mousquetaires, chasseurs, dragons), fantassins légers ou en marge du dispositif militaire strict (compagnies franches, compagnies de volontaires, clientèle d'un aristocrate....). Les modes opératoires sont toujours les mêmes, et comptent en fait avant tout sur les mille et une manière d'exploiter la surprise pour obtenir un effet donné et planifié, dont l'importance est totalement disproportionnée par rapport aux forces dérisoires mises en oeuvre pour l'obtenir. Cela requiert de la préparation, du renseignement, une déiison politique de haut niveau (ou au moins d'un Etat-Major de théâtre), un court-circuit d'une partie plus ou moins importante de la chaîne de commandement habituelle.... Mais aussi évidemment des hommes sélectionnés pour l'occasion, avec des profils particuliers et des qualités essentielles qui restent les mêmes: courage important, avoir de la ressource, de l'imagnination, de l'autonomie, de l'endurance, une motivation très puissante, pouvoir opérer longtemps de façon isolée. Un exemple d'officier qui pourrait passer pour un "patron historique" du COS (Du Guesclin étant le père fondateur :lol:): http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Jean_Marie_Ren%C3%A9_Savary Le sicaire de napoléon, à mi-chemin entre le patron du renseignement et celui du service action. J'ai indiqué le cadre du sujet: sans en être exclue, la période postérieure à 1918 n'est pas vraiment à souligner, on l'a trop fait ailleurs. Le but du sujet est d'arriver à bien encercler et cadrer les notions d'opérations spéciales ou stratégiques, d'opérations commandos et des forces qui leur sont attribuées.
  3. Là tu parles comme quelqu'un qui sait ce qui se passait, parce qu'on est 50 piges après. mais 61 en France, c'était le bochson, et l'info ne filtre pas à la vitesse d'internet. Sans compter que la rue est autrement plus agitée, organisée et volontaire que de nos jours (mouvements étudiants, syndicaux et politiques de droite et de gauche pour les 3 catégories), et avec une "spontanéité planifiée" :lol: pour aller au carton. Tu peux aussi avoir les commentaires de contemporains se baladant dans la rue à cette époque, qui te diront que les armes, y compris automatiques, n'étaient pas rares (comme d'ailleurs le coup d'Etat de 1958 l'avait montré: à Paris, y'avait des distributions de PM aux mouvements gaullistes rue de l'Université). Question visibilité sur ce qui se passait, c'était moyen, et surtout, personne ne pouvait savoir quelle serait la réaction du gros, ou même d'une partie du contingent, des forces de police et de gendarmerie.... Ou si les Cocos n'allaient pas tenter quelque chose, voire même si les pro-FLN n'allaient pas tenter d'intensifier leur action à Paris. Le tout sur fond d'émeutes plus ou moins bordéliques. C'est l'incertitude qui gouverne alors. Et 6 mois, c'est pas grand chose. Que De gaulle ait même prolongé un peu pour faire passer 2-3 trucs hors cadre, c'est le jeu et y'a pas mort du petit cheval, vu qu'il a quand même remis lui-même les pleins pouvoirs avant toute échéance. Rapport à une question de stature morale et d'engagement public.
  4. Ca c'est de la légende du clan anti (essentiellement la SFIO et le parti radical); sans verser dans le gaullisme béat, De Gaulle n'avait pas l'intention de se perpétuer des années via l'article 16, et il n'en avait pas besoin. Malgré ce que raconteront tous ceux qui maintiennent que De Gaulle a voulu s'arroger ad vitam les pleins pouvoirs, aucun élément, même en interne, ne soutient même une seconde cette thèse qui n'est défendue que par les socialistes et radicaux frustrés du régime précédent (ces "sépulcres blanchis" qui cuisaient "leur petite soupe au coin de leur petit feu") qui ont essayé d'apparaître comme les "sauveurs de la république". On était très loin du compte, et ce malgré la présence de hautes figures morales comme Pierre Mendès France et Gaston Monnerville qui n'étaient pas non plus dénués d'ambitions. Des hommes comme Edgard Faure auraient-ils soutenus le général s'il en avait été autrement? Sûrement pas. Lui-même avoue ne s'être opposé à la réforme constitutionnelle sur l'élection du Président au suffrage universel que par "scrupule de juriste", et c'est bien la seule opposition qu'il ait manifesté à l'encontre de De Gaulle. Rappelons aussi que l'article 16 n'était pas limité en soi dans le temps en son exercice (il ne l'est que depuis 2008: la réforme donne, au-delà de 30 jours, le droit aux présidents d'assemblée ou à une minorité de parlementaires d'examiner si oui ou non les "circonstances exceptionnelles" sont toujours là) et son application était de fait encadrée par les échéances électorales normales ainsi que par le droit de résistance à l'oppression. Et De gaulle ne les a pas gardé longtemps alors qu'absolument aucune disposition ne l'empêchait de le faire, et qu'aucun sondage (il n'y en avait pas) ne lui indiquait de grogne particulière.
  5. L'article 16 est bien précisément là pour encadrer et prévoir une pratique d'exercice du pouvoir s'assimilant à la dictature au sens romain, à savoir une prise en charge unique du pouvoir en temps de crise, avec juste quelques gardes-fous, et une durée limitée. Le régime d'exception qui confirme la règle.
  6. Tancrède

    BETAR

    Je remonte ce topic qui, en 2 pages, est parvenu à ne pas devenir un lieu de trollage (performance méritoire sur un tel sujet), à propos d'une remarque simple sur le BETAR et la LDJ; en tant que mouvements sionistes radicaux, ils posent ce problème à tout pays hors d'Israël, et à la France en particulier en ce qu'elle est un pays par principe unitaire et intégrateur/assimilateur, qui est de vouloir voir en tout juif un israélien potentiel et/ou effectif, ou, au pire selon leur définition, un Israélien momentanément émigré, dont le loyauté va avant tout à la communauté et non à la nation. C'est un des éléments de leur discours sur lequel ils sont le plus obtus et fermés.
  7. Ce qui me renvoie à mon postulat initial: la dictature n'est pas un régime, mais une situation de crise (authentique ou provoquée), et tout régime porte sa radicalisation autoritaire en lui. Voilà bien l'effet de Bertrand Badie. Personnellement, il me montrerait le ciel bleu en disant qu'il est bleu, je ne le croirais pas, mais au fond, il est comme BHL: beaucoup de suffisance et une propension inégalée à redécouvrir l'eau tiède. Je déconseille ses oeuvres (sauf pour les bonnes poires, le Badie-Smouts qui sert encore de manuel à Sciences Po.... Sans doute parce qu'il y est prof :lol:).
  8. Tiens, je remonte ça avec les meilleurs éléments de réflexions qui soient, écrits par un jeune garçon de 18 ans: - Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. (...) s'ils arrivent au trône par des moyens divers, leur manière de régner est toujours à peu près la même. Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter, les conquérants comme leur proie, les successeurs comme un troupeau d'esclaves qui leur appartient par nature. » (Discours de la servitude volontaire) - Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux - La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude Qui l'a mieux dit qu'Etienne de la Boëtie?
  9. Ne mélangeons pas les torchons et les soviets: Napoléon a cherché un terrain d'entente avec les Autrichiens. Il en a même épousé un, autant pour se faire admettre dans le club des grandes familles que pour apaiser les tensions et sceller une alliance qui ne pouvait cependant exister, tant les oppositions étaient irréconciliables (et avant tout le principe même qui l'avait conduit au pouvoir). Et c'est pas l'action de Napoléon qui a permis ultérieurement à la Prusse de constituer la petite Allemagne face aux Habsbourgs, ça n'a même rien à voir avec lui sauf par le principe des nationalités qu'il a accéléré (mais qui était lancé en Allemagne dès avant la Révolution). C'est l'inadaptation graduelle de l'Autriche qui, combinée au nationalisme pan-allemand naissant et à l'action politique et militaire efficace de la Prusse après 1815, a permis le rapprochement puis l'union progressive des Etats d'Allemagne du Nord, essentiellement protestants. C'est ensuite seulement que la Prusse aggrandie a continué cette option politique comme axe de politique extérieure pour absorber les pays de langue allemande dont la plupart n'étaient pas vraiment pour: la Bavière et la Saxe, vieille monarchies, et le Schleswig-Holstein danois, attaché à son allégeance, par exemple, n'étaient vraiment pas pour un ralliement à cette Allemagne là. Et d'une manière générale, les catholiques allemands n'ont pas été des masses pour (opposition qu'on trouve encore, revigorée par la destruction du principe monarchique, après 1918). L'option de la Grande Allemagne sous l'égide autrichienne séduisait bien plus les catholiques allemands et les Protestants rhénans (bref le sud: Bavière surtout, mais aussi Bade-Wurtemberg, Palatinat, Rhénanie....) pour qui les Prussiens n'étaient pas vraiment l'option idéale. Mais à ce moment, la Prusse augmentée des Etats protestants du nord était devenue une entité trop forte. Il faut bien avoir conscience que la Prusse n'était vraiment pas populaire en Allemagne au XIXème siècle, sauf dans certaines parties de l'élite, généralement surtout liées à des intérêts économiques industriels (comme le prouve l'action politique du lobby qui a mis Louis II de bavière au rencart et forcé l'union bavaro-allemande contre l'opinion de la population). Et à l'époque, tout le monde parie sur les Habsbourgs pour unir tout ou partie de l'Allemagne; mais ils ont foiré leur coup. C'est dans l'Allemagne de 1918 qu'on retrouve les derniers feux de ces lignes de partage entre catholiques et protestants, rhénans et méridionaux contre protestants du nord, monarchistes, traditionalistes et libéraux contre étatistes, technocrates et industrialistes prussianophiles, agraires contre industriels, conservateurs autocentrés contre modernistes idéologues et expansionnistes, partisans de l'équilibre contre hégémonistes.... Aujourd'hui, ces lignes de partage ont disparu, sauf en bavière et, sur des modes dégradés, en Rhénanie.
  10. Sauf si l'alliance à l'ouest restait bien goupillée. Justement, c'est le côté hongrois qui appuyait pour la paix depuis 1916, notamment en ralentissant volontairement les livraisons agricoles (pilier de l'économie hongroise qui était le grenier à blé, viandes et produits maraîchers de l'empire), et dont les dirigeants étaient les appuis principaux en interne du nouvel empereur qui, en fait, venait politiquement de leur "faction". Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que nationalisme et loyauté monarchique sont deux choses différentes dans les dynamiques internes (et les hongrois sont aussi nationalistes que monarchistes), et on peut même ajouter le sentiment impérial: une chose dont les dirigeants tchèques, allemands et hongrois sont tout à fait conscients, c'est la nécessité et la force intrinsèque de la structure impériale, ainsi que l'interdépendance totale qui la caractérise. C'est pourquoi l'Autriche-Hongrie eut pu même continuer sans monarque, en tant qu'entité fédérale (qu'est-ce qu'un empire sinon une forme de fédéralisme?), ce dont il a fortement été question. Et là on ne soulignera jamais assez l'action décisive de Clemenceau, et surtout des Américains, qui ont plus que favorisé les parties les plus agitées des personnels politiques de chaque entité de l'empire dès le milieu de l'année 1918. Et après avoir soutenu les solutions d'autonomie, ils ont définitivement tranché entre septembre et octobre pour décider et appuyer les indépendances, parce que l'évolution du cours de la guerre le permettait en pratique, et parce que l'idéologie jusqu'au boutiste des républicains français et du wilsonisme, si contraire à la tradition européenne, se trouvait du coup débarrassée de tout obstacle contraignant au compromis. De fait, c'est le changement dans l'attitude américaine qui a fait décider de la fin de l'empire, Clemenceau étant de toute façon totalement acquis à la destruction des Habsbourgs. L'Angleterre ne pouvait plus que céder. C'est dans le courant de l'année 1919 et des négociations que l'on fait tout pour faire pourrir la situation en forçant ces nouvelles entités à une adaptation économique, sociale et politique dramatique (comme si les ravages et le coût de la guerre ne suffisaient pas) dont la responsabilité est naturellement reportée sur le régime précédent. Mais on rappellera que Thomas Masaryk lui-même n'était pas nécessairement pour l'indépendance tchèque, et pas tellement pour la création de l'artificielle tchécoslovaquie à laquelle les négociants ont rajouté les Ruthènes pour faire bonne mesure, sans doute parce qu'on savait pas où les foutre. Masaryk voulait juste un statut d'autonomie politique et culturelle. Enfin outre ces logiques, un dernier point me permet de croire plus que fortement en les possibilités de maintenir l'empire ensemble, sous une forme ou une autre: la force. Les ressources militaires n'étaient plus valables pour la poursuite d'un conflit, mais elles étaient mille fois plus que suffisante pour maintenir l'ordre du plus gros du territoire sans même avoir à entrer dans une logique du bain de sang. Et ce d'autant plus que la course contre la montre économique et sociale de l'après-guerre pouvait être nettement plus rapidement gagnée avec un empire qu'avec les micro-entités qui lui ont succédé et qui ne sont jamais réellement sorties de leur crise de reconversion. Maintenir une poigne ferme pendant 2 ou 3 ans aurait plus que suffi. Mais la décision avait été prise ailleurs.
  11. C'est marrant, je suis aussi sur un forum historique où cet exact sujet a été posé y'a pas longtemps; on n'est que 2 sur la question, mais c'est pas si évident que ça. La nature des nationalismes dans l'empire varie beaucoup, et contrairement à ce qu'on pense, par exemple, la Bohême, la Moravie et la Slovaquie (plus la Ruthénie subcarpathique) n'étaient pas si nécessairement opposées au maintien de l'empire comme entité, pour peu que leur statut à l'interne change, comme d'ailleurs l'empereur Charles était en train de le préparer, avec l'appui plein et entier de la partie hongroise de l'empire qui oeuvrait pour une sortie du conflit depuis 1916. La nature très organisée de leur opposition et de leur scène politique, structurées par le développement et près d'un siècle de lutte et de réorganisations permanentes, rendaient la chose tout-à-fait possible, et même probable. Cette solution avait en outre l'avantage de conserver les Allemands des Sudètes dans l'orbite austro-hongroise (qu'ils préféraient et où ils étaient favorisés par le poids qu'ils auraient eu dans le concert des nationalités interne à l'empire) et de ne pas en faire une minorité isolée servant d'objectifs à l'Allemagne. La question des Balkans est plus épineuse, mais il semble acquis que la Croatie et la Slovénie pouvaient être maintenues, de même que l'Istrie et une bonne partie de la Bosnie. Quitte à ce que les traités marchent sur les pieds de la Serbie et de l'Italie (ce qu'ils ont quand même pas mal fait), ça pouvait assez facilement tenir, d'autant plus qu'il faut se rappeler que l'empire pouvait se maintenir par la force seule avec environs 1/3 de son armée d'active (en plus des forces de sécurité interne), et que le retour à la paix autorisait largement cette solution (c'aurait pas été dans la dentelle, ça c'est sûr, vu l'agitation que les privations de la guerre occasionnait). La question des Slaves était en partie résolue par la disparition momentanée du panslavisme russe et l'entité repoussoir que constituait alors l'URSS, c'est un autre fait. Ne restait en fait que la question de la Galicie, qui renvoyait à cette question du temps long européen ;): "et la Pologne bordel?". L'ordre européen pouvait survivre à la recréation d'une Pologne de 30 à 40 millions d'habitants qui pouvait constituer un élément somme toute solide d'un nouvel équilibre géopolitique (ce qui aurait pu être le cas dans les années 30 si la france, sous la dépendance de l'alliance anglaise, avait conservé un appareil militaire offensif capable d'assumer son système d'alliance). Donc dans ce cas de figure, l'empire aurait perdu la Galicie au profit de la pologne, soit moins de 5 millions d'habitants sur 52 (selon le grand recensement de 1910). De cette répartition nouvelle seraient ressorties 2 grosses entités de 35 et 52 millions d'habitants à la fin des années 30 (27 en 1918 pour la Pologne, puis 35 en 1938, 46 ou 47 pour l'Autriche-Hongrie en 1918, sans doute autour de 50 à 55 en 1939) ayant toutes deux une vraie légitimité (nationalisme polonais et légitimité monarchique austro-hongroise restant bien réelle contrairement à ce qu'on a pu en dire), mais aussi 2 espaces géopolitiques autonomes. On oublie souvent de mentionner que l'économie austro-hongroise était pensée à l'échelle impériale; l'éclatement a créé des entités faibles en effectifs, mais aussi trop spécialisées économiquement, avec des structures de production partielles, spécialisées et illogiques à leur échelle (illustrées caricaturalement par Vienne, la capitale-métropole surdimensionnée d'un pays minuscule). Côté polonais, la Galicie, moins développée (agriculture et un pôle tertiaire et d'enseignement fort), ne constituait qu'un ajout à une entité principale "complète" (la Pologne sous direction russe était organisée de façon assez satisfaisante), de même que les territoires pris à l'Allemagne. 2 entités de ce type auraient été extrêmement crédibles et solides face à une Allemagne continuant du coup à tourner dans la gamme des 60-65 millions d'habitants (et non les 76-80 de l'Allemagne de 1940) et sans perspective ni justification d'annexion suffisante. Ajoutons la france de 40 millions d'habitants et l'Angleterre de 50 millions et les conditions eussent été plus réunies pour un "concert des puissances". J'ai en partie répondu plus haut, mais globalement, il faut revoir une bonne partie des préconceptions qu'on a de cet empire. Je l'ai fait récemment grâce à quelques ouvrages hongrois (merci à ma belle-mère) et autrichiens, ainsi qu' quelques études françaises. La vision de l'empire malade est assez fausse est correspond en fait plus à des visions républicaines issues de nos manuels. L'empire avait de quoi tenir, et sa destruction fut avant tout une décision des négociateurs de Versailles, et avant tout celle de Clemenceau (contre l'avis britannique d'ailleurs), soutenu par Wilson (le principe des nationalités est dans les 14 points, même si il n'y a pas de réelle majorité au Congrès même sur ce point), et plus farouchement par Orlando (mais il compte moins). La réforme de cet empire était encore possible, de même que l'autorité centrale disposait encore largement des moyens de maintien de l'ordre (pas assez pour continuer la guerre, mais plus qu'assez pour garder le contrôle interne). Et à ce moment, on ne peut vraiment parler de "communauté germanique": les Allemands d'Autriche-hongrie ne veulent certainement pas être allemands, et pas simplement parce qu'ils sont catholiques. ils sont autrichiens, sujets de l'empereur depuis des temps immémoriaux, et on aurait tort de penser qu'il ne s'agit pas d'une identité très forte à cette époque. De même, le sécessionisme bavarois ou rhénan est une réalité bien concrète en Allemagne où la domination prussienne n'est pas intrinsèquement populaire partout. Rappelons même qu'au moment de l'Anschluss, une bonne partie du ralliement à l'union est due à un rejet du régime en place et à une identité autrichienne blessée par le démembrement de leur empire et de leur fierté nationale, bien plus qu'à un ralliement en soi au "nationalisme allemand". La question polonaise reste ouverte comme je l'ai mentionné plus haut: soit la pologne était créée, et, à côté de l'Autriche-Hongrie maintenue, on avait un pôle de puissance cohérent pour peu que la France reste un allié pouvant agir, surtout face à une Allemagne du coup empêchée de grossir par le maintien d'une autre entité partiellement germanique (pour partie: c'est la "grande Allemagne" multinationale sous orbite autrichienne, par opposition à la petite Allemagne prussienne). Faut pas prendre la question des nationalités comme grille de lecture unique; c'est loin d'être la seule force en jeu. Soit la Pologne reste virtuelle, mais, en 1918, à qui va t-elle? La Russie n'est pas une partie prenante aux traités et y a renoncé, et l'Autriche-Hongrie maintenue ne pourrait absorber une Pologne entière sans bouleverser ses équilibres internes fragilisés. Parce que c'est aussi une préconception qu'on a sur la Pologne: ce n'est pas une entité géopolitique faible dans l'entre-deux-guerres. C'est même le seul Etat issu des Traités de Versailles qui soit sérieux: réel développement, industrie et agriculture de bon niveau, éducation de très bon niveau.... Les Polonais représentaient 70% de la population, et après quelques problèmes, l'essentiel des minorités ukrainiennes, biélorusses et lithuaniennes, bon an mal an, se sont accomodées de la situation: les troubles nationalistes n'ont en fait jamais été dangereux pour le pays en soi, et le pouvoir, après l'expérience démocratique, pouvait les maintenir dans l'orbite du pays. La question des nationalités à l'est était un problème épisodique qui eut pu être mieux négocié (comme le rappelle l'épisode galicien de 1930), mais au moins le pouvoir était fort et bien assis, et suffisamment décidé pour maintenir l'Etat. Sans compter que les nationalités n'avaient pas vraiment de modèle très attirant à l'est, surtout après la famine organisée d'Ukraine. Les progrès économiques, et la fin de la dépendance aux capitaux germaniques via les nationalisations, ont permis d'adoucir pas mal de problèmes. C'est pas un Etat en parfaite harmonie, loin de là, mais il est suffisamment solide, avant tout via le volontarisme du pouvoir et la cohérence de plus des 2/3 de sa population.
  12. Entièrement d'accord, l'Histoire est nécessairement multi-disciplinaire: seul un cadre global permet d'analyser correctement. Je soulignais juste l'importance des traités dans la conduite de la diplomatie et des choix gouvernementaux de politique extérieure des années 20-30. Au final, je reviens à l'analyse de Jacques Bainville au lendemain des traités; on n'a pas fait mieux pour déduire l'inéluctabilité de la guerre suivante, sauf évidemment ce que les négociateurs pressentaient eux-mêmes, notamment lors de la destruction sur carte de l'Autriche-Hongrie.
  13. Il est vrai que j'utilise 14-18 en général (la guerre, son impact et les traités) comme une globalité, pas en éléments séparés (comme la modif de mon post précédent le souligne). Mais le cadre issu des traités ne peut être vu à mon sens comme ayant un rôle "limité"; c'est en réaction à ce cadre que la plupart des événements s'enchaînent, c'est parce qu'on choisit de ne pas maintenir ses conditions (aussi injustes et néfastes fussent elles, elles définissaient au moins un cadre de sécurité, pour peu que les puissances victorieuses se soucient de le faire respecter) que la marche à la guerre se réenclenche. Toute l'Histoire diplomatique de l'entre-deux-guerres est un débat de plus en plus envenimé sur le cadre et les conséquences des traités de Versailles.
  14. Pour le côté asiatique, je veux bien (quoiqu'il faudrait pouvoir mesurer dans quelle mesure l'impérialisme japonais a pu si rapidement passer à l'action sans craindre d'interférence occidentale, laquelle était subordonnée à l'ordre issu de 1918), mais les dynamiques naissent d'un cadre et de déclencheurs, pas du néant, et le cadre est créé par 1918 pour une grande partie (pour l'autre partie, elles ont comencé avant 1914), de même que les déclencheurs (et les traités en sont eux-mêmes). Nettement plus discutable, difficile à pondérer. Surtout qu'il faut séparer nettement les délires théoriques du moustachu à mèche et la réalité des ambitions et programmes politiques pratiques, c'est-à-dire ceux "implémentés" dans une stratégie pour laquelle les moyens de l'Allemagne sont mis en oeuvre. Mais le débat pour définir l'Allemagne hitlérienne comme une continuation/caricature de la logique pangermaniste et nationaliste allemande ou bien comme un élément nouveau surgi des tranchées de 14-18 (et de la réaction aux échecs du régime d'avant et au communisme) ne pourra jamais être tranché: c'est comme "Vichy, rupture ou continuité dans l'Histoire de France", un sujet tarte à la crème qui ne peut avoir de réponse arrêtée et tranchée qui résume les limites de l'analyse historique soumise aux valeurs et visions du temps présent. L'idée du conflit mondial de 30 ans est une coquetterie d'analyse rétrospective: c'est pratique, mais ça ne tient pas debout, ou alors il faudrait faire démarrer le truc à 1870, voire à l'unification de l'Allemagne engagée avec le Zollverein, voire même à Iéna ou Leipzig et englober tout le bouleversement géopolitique européen introduit par le mouvement des nationalités qui crée la logique de guerre entre puissances dans l'ordre issu de 1815. Et ces analyses du "temps long" ont quand même leurs limites, sans compter le caractère artificiel de ces définitions de "périodes". Tout cela revient à essayer de tracer des lignes dans les causes structurelles du "temps long"; c'est déjà oublier avant tout que les tensions qui mènent à la guerre viennent surtout de la remise en cause et de la contestation des traités de Versailles, qui marche aussi bien comme agent de fragilisation et d'aiguillon des peurs dans l'ordre européen que comme outil de mobilisation de la population allemande. Ces causes conjoncturelles sont prédominantes dans l'enclenchement des événements, et plus encore quand on considère qu'on parle de gouvernements qui agissent et réagissent à court terme et à l'horizon visible, pas en fonction de supposées "logiques profondes" gouvernant les siècles. D'ailleurs, pour retomber sur le sujet, et c'est l'objet de mes lectures actuelles, il ne faut pas oublier l'abîme dans lequel se trouve l'Allemagne entre 1918 et le milieu des années 20 (social, économique, politique, moral): cet abîme est la pure conséquence de 14-18, et constitue un choc sans précédent de mémoire humaine en Allemagne dont la population n'a rien connu de comparable depuis la période napoléonienne (c'est donc dire si personne ne s'en souvient vraiment). Et la crise de 29 ne fait que remettre une couche dessus après un bref mieux. C'est aussi conjoncturel que structurel, mais le fait est que la crise allemande d'après 1918 (et en fait commencée pendant les grandes offensives de mars) a fragilisé comme jamais tout ce qui faisait la solidité de la société allemande (cadres traditionnels, autorité, solidarités, patriotisme, vision de soi comme communauté nationale, espérance, "lien social", confiance dans la nation et l'Etat....). 1918-1919 est en cela une "année zéro" à bien des égards plus porteuse de conséquences que l'année 1945. Toutes les conditions d'émergence, d'affirmation, de leuttes, de caricature et d'outrances de ce qui va suivre sont nées de ça. Sans doute (et même certainement) les germes en existaient -ils en partie avant, mais toute société porte toujours les germes d'à peu près tout en elle, et il est illusoire de dire lesquels vont germer, ou même si il y en a qui germeront. C'est pas parce que les extrêmismes communautaristes (noirs, musulmans, juifs, évangéliques, identitaires....) existent actuellement en France que l'un d'entre eux, quelques-uns ou tous prendront le pouvoir à l'occasion d'une crise. Mais je suis bien sûr que si ça se faisait, un historien dirait que c'est une continuité, que c'était là depuis longtemps et que ça ne pouvait qu'éclore.
  15. D'où tu sors ça?????!!!! Dans quasiment toutes ses dimensions, la 2ème est une conséquence de 14-18 et des traités de Versailles qui ont d'abord et avant tout créé les conditions nécessaires. Et je connais pas des masses d'historiens qui nient ce fait; sans compter les contemporains des traités qi n'ont pas eu besoin de Mme Irma pour percevoir ses conséquences probables.
  16. Fin du HS, s'il vous plaît, et pas de procès Pétain, c'est déjà fait, et en plus y'a un topic spécifique. Non, là je suis en 1918; 1940, c'est dans 22 ans ;).
  17. Tancrède

    Sabra et chatila

    T'oublies les Romains/Byzantins et les Perses; z'ont aussi pas mal foutu la merde dans ce coin pendant un bon bout de temps. Et puis aussi les Arabes et Abbassides des débuts, les Turcs Seldjoukides et bien sûr les Ottomans. Là, le tableau est complet.
  18. Tancrède

    Sabra et chatila

    "Non assistance à personne en danger" ou abus du droit d'ingérence? Le monde n'est pas un Etat de droit, et la non assistance à personne en danger est un délit assez spécifiquement français (rien de comparable n'existe aux USA par exemple). Maintenant, y'a t-il eu accord non respecté? Quel niveau d'accord peut-on avoir avec l'OLP de 1982 (on est encore loin du Arafat prix nobel de la paix, et le personnage est resté très discutable et à géométrie très variable jusqu'à la fin)? Quels furent les réels motifs d'évacuation des occidentaux (on sait pas ce qui s'est passé en coulisses, mais l'OLP, la Syrie et les diverses parties en présence côté libanais ont pu aussi faire douter que leur part des accords serait respectée)? Rappelons aussi que les coups du Drakkar et de la caserne des Marines, c'est un mois plus tard, dans le même coin, et qu'entremps, les personnels occidentaux sont à peu près les mêmes et qu'ils ont subi près d'un mois de harcèlement continu. Dans les 2 cas, le rôle de la Syrie est à signaler, même s'il est plus clair dans le 2ème.
  19. Tancrède

    Sabra et chatila

    C'est un borborygme, ou une onomatopée; Pascal est un cochon, il a onomatopété sur le sujet.... Désolé, l'euphorie du vendredi soir, un peu d'alcool, et puis j'ai bien réussi ma béchamel :lol:. Ceci dit, faut se méfier de l'article wiki. Rien que sur le site, la version anglaise diffère pas mal.
  20. Tancrède

    Sabra et chatila

    Quel degré de culpabilité occidentale? Bordel, on veut tout nous foutre sur le dos! Désolé, mais pour ça faut regarder du côté des Israéliens, des Libanais eux-mêmes, de l'OLP et de la Syrie.
  21. Qu'est-ce qu'il y a de projets franco-russes (pas l'ex-marque de pâtisserie à domicile :lol:.... Désolé): - le spatial avec la base russe sur le site de kourou - le BPC si ça se fait - l'éventualité du mimile 26, pour les rêveurs et Berkut - les accords d'exploitation et de distribution de gaz et pétrole (et ça j'ai un insight dedans au Quai: une task force bosse dessus à plein temps depuis plus de 9 mois)
  22. Sauf si la première vague est formatée à l'avance, ce qui n'a rien de choquant en l'absence d'une pure doctrine d'assaut; on positionne 2 Leclercs en avant dans les L-CAT (depuis quand les leclercs tiennent sur des CTM??? les Brennus, je veux bien, mais pas les leclercs, ou alors j'ai tout faux depuis que je réfléchis à cette question des flux), avec d'autres véhicules, un eploton et demie devant le radier, et le reste dans le hangar, qui viendra après la noria du premier batch de véhicules nécessaires à la tête de pont.
  23. Tancrède

    Chine vs Inde

    Mais ça, ceux qui font l'opinion publique (médias, personnalités médiatiques, morales et intellectuelles de tous ordres, leaders d'opinions, représentants de groupes d'intérêts, lobbies et associations....) n'en veulent pas; il en a toujours été ainsi. Les médias chinois d'ailleurs ne parlent de rien d'autre au sujet de l'Afrique que de la merveilleuse amitié et entraide parfaitement égalitaire entre pays nobles et dignes, par rapport aux vilains impérialistes de jadis. L'humain se ment, le politique se doit d'être noble et digne en apparence; personne n'y croit, mais c'est le jeu. Si un politique s'affichait en disant ce qu'il en est réellement de la politique internationale (tout le monde cherche à se baiser, tout le monde cherche à se faire des coups de pute pour mieux négocier....), les mêmes opinions publiques se demanderaient si la réalité n'est pas bien pire. Autant jouer les anges pour n'être pris que pour des gens intéressés: si on joue les gens intéressés, on se fait accuser d'être un démon, parce que personne ne comprend l'amoralité (réalité des relations internationales), et tout le monde s'empresse de faire des procès en immoralité (fiction mélodramatique qui est le seul angle que tout le monde comprenne, parce tout le monde a besoin de juger). La politique internationale est aussi bien soumise aux intérêts nationaux qu'aux nécessités de politique intérieure (et c'est même souvent la politique intérieure qui l'emporte); seul un autocrate solidement installé et réellement dévoué à son pays (2 conditions rarement réunies depuis la fin des grandes monarchies) peut se foutre allègrement des questions d'images, de morale et d'apparence. Que tu le veuilles ou non, ne pas apparaître comme moral et/ou dévoué à un hypothétique greater good international (qu'il s'agisse de l'humanisme au niveau mondial, du non alignement, du "camp de la liberté", de l'Internationale communiste, du panafricanisme anti-occidental, de l'oumma musulmane.... Importe peu) est un suicide politique pour les chefs de démocraties comme pour la plupart des dictateurs. Mais plus encore, ces questions de morale sont tellement importantes qu'elles en deviennent de véritables bargaining chips de négociations internationales, comme par exemple les questions mémorielles entre france et Algérie: on peut créer une crise diplomatique, retarder des négos importantes, gagner du temps (et dans une négo, le temps joue toujours un peu plus pour une des parties en présence), obtenir des concessions.... Sur ces simples questions. Par extension, menacer de les utiliser comme outil (campagnes médiatiques....) devient une arme pour les dites négociations. Ton interrogations, Zamo, revient à demander pourquoi la politique existe; pourquoi y'a t-il des jeux de pouvoirs, des manoeuvres sans fin, des prises de becs continuelles.... En politique intérieure comme en politique internationale, il faut 1 ans pour se mettre d'accord, et 1 jour pour réaliser quelque chose de concret. Dans une environnement où la méfiance permanente et l'intérêt national prédominent de façon absolue, tu n'auras jamais rien d'autre. Et enjcore, l'intérêt national, est quelque chose qui change en permanence et qui est redéfini à chaque seconde, à la moindre fluctuation des événements et selon la perception particulière des décideurs en place. Par dessus le marché, il faut surtout bien piger que la publication du plus gros des informations liées à la réalité d'accords internationaux est impossible, car ces infos n'ont de valeur que si elles restent connues d'un petit nombre. C'est aussi pourquoi, outre les nécessités des apparences morales, il y a aussi le besoin de combler un vide informationnel qu'on ne peut remplir avec la vérité; faut bien raconter une histoire, ou alors ne rien dire du tout. mais ça non plus, les populations des pays développés et démocraties ne le supporteraient pas. On fait donc au mieux. Mais encore une fois, c'est pas non plus parce que c'est enjolivé et emballé dans une sauce morale que les affirmations humanitaires sont fausses et dénuées de réalité. Pour ce qui est de la perception de l'intérêt national et pour revenir au sujet, on notera que la Chine dispose d'un avantage sur beaucoup de pays, y compris l'Inde: son pouvoir corrompu, fermé, endogamique et ploutocratique est néanmoins stable et bien assis dans la durée, ce qui lui permet de lmener une politique internationale de moyen, voire même de long terme, sans trop se préoccuper ni de son opinion publique (asservie et qui se fout complètement de l'international) ni de l'opinion internationale (qu'elle a des moyens de contrer quand viennent les critiques, en Afrique comme auprès de l'opinion asiatiques, pour lesquelles l'anti-occidentalisme reste un ressort médiatique facile justifiant tous les comportements). De ce côté, l'Inde a un pouvoir mpoins assis, moins permanent et plus contraint, surtout par son opinion publique nationale. Euh, je sais pas d'où tu inventes ces trucs là, mais c'est faux. L'un des problèmes de l'aide au développement et de son détournement est précisément qu'on la donne aux Etats Africains et que les chefs d'Etats la copntrôlent très bien et s'en mettent une bonne partie dans la fouille. Et les Chinois ne donnent pas plus, mais ce qu'ils amènent coûte simplement moins cher, avant tout parce qu'il s'agit de produits manufacturés de qualité merdique et d'infrastructures faites avec des ouvriers chinois, toutes choses que nombre d'Africains dénoncent eux-mêmes parce qu'elles détruisent les circuits économiques locaux et condamnent à terme le développement de ces pays, ce pour la simple vanité d'un chef d'Etat qui veut ainsi apparaître, à court terme, comme un bâtisseur. Pas de formation, pas d'échanges réels, certainement pas de réciprocité. Et le problème ensuite est l'ampleur du phénomène, comme son absence totale de gardes-fous, ce que nos lobbies bien-pensants avaient malgré tout réussi à obtenir dans la conduite des relations avec les Etats africains (pas dans une mesure suffisante, mais de façon bien réelle quand même): politiques de replantages de forêts, coopération agricole, préservation d'espaces de polyculture, quotas d'emploi et de formation de main-d'oeuvre locale dans les grands projets d'infrastructures et du BTP, normes d'exploitations des ressources du sous-sol.... Non justement, peu n'importe pas, parce que "ressources naturelles", ce n'est pas que du pétrole et des diamants; le principal danger que la Chine représente pour ces pays est l'intensification de la monoculture industrielle et le pillage des ressources forestière qui lui est concomittant (pillage de la ressource bois et abattage massif des forêts pour de la surface agricole), pour satisfaire ses besoins en bois et en bouffe (sachant en plus que cette exploitation est inefficace au possible et gaspille 50 à 75% du bois abattu, ce qui pourrait pourtant constituer une marge de ralentissment de la déforestation à quantité de bois obtenu égale). Résultat, les tissus d'agriculture vivrière disparaissent à un rythme sans précédent (les méfiats des majors agricoles occidentales sont de l'artisanat à côté), ce qui précipite des populations entières dans la famine, la dépendance (ceux qui peuvent rester agriculteurs sont condamnés à n'être que des ouvriers agricoles exploités, quasiment des serfs) ou dans l'exode rural massif (donc explosion des bidonvilles), toutes choses créatrices d'instabilité politique et de misère. Plus encore, cette exploitation appauvrit les sols à vitesse grand V et les rend vulnérable à une érosion massive qui accélère par un facteur 10 la désertification d'une bonne partie de l'Afrique subsaharienne. Qui plus est, les monocultures industrielles absorbent infiniment plus d'eau, une eau qui pose déjà problème dans ces pays, avec l'effet corollaire que la déforestation et la désertification réduisent drastiquement la possibilité pour les sols de fixer les eaux de pluie et de ruissellement. Et à côté de ça, aucun développement industriel n'est possible, aucune formation ne vient des Chinois, et les circuits de manufactures et artisanats locaux (y compris ceux qui ont un rôle culturel et traditionnel) sont détruits par les importations de produits chinois bon marché qui sont la version moderne des bijoux de pacotille et collifichets devenus les caricatures de ce qu'amenaient les négriers de jadis. Ce qu'on contemple dans cette action de la Chine, ce n'est rien moins que la destruction de nombre de pays africains à moyen terme, l'affaiblissement des structures de pouvoir déjà pas en bonne forme (et donc les violences et affrontements qui en résulteront), l'accélération de la désertification d'une partie du continent, la fertilisation d'un terrau propice à toutes les radicalités politiques et religieuses et la création des conditions pour des mouvements de populations massifs, d'une échelle jamais vue dans l'Histoire ( on estime que d'ici quelques dizaines d'années, on pourrait assister à des mouvements de groupes d'individus se comptant en millions, pour un total minimum de 200 millions de migrants en recherche d'asiles: depuis les Grandes invasions/migrations, on n'a jamais rien vu de tel).
  24. Tancrède

    Chine vs Inde

    C'est pas ce que j'ai mis en avant. Et quelle est ta définition de rationnel? Le rationnel d'un dictateur ou d'un clan au pouvoir peut être très différent de celui du pays, ou de l'ethnie dominante, ou bien le rationnel du court terme peut être radicalement opposé à celui du moyen. C'est pourquoi je n'emploie pas ce genre de terme avant de le définir, et c'est pourquoi je n'ai pas mis en avant de supposée rationalité globale d'un tel choix. Maintenant, je serais curieux de savoir en quoi la Chine est un choix rationnel pour l'avenir à moyen terme des pays d'Afrique concernés: quand leurs ressources naturelles auront été bouffées en moins de 15 ans par cette sauterelle géante, que leurs circuits économiques (artisanaux et manufacturiers surtout) auront été désagrégés, que la formation n'aura pas fait de progrès (le développement d'infrastructures étant fait par des Chinois) et que leur dépendance sera accrue (financement du développement....), qu'en sera t-il?
  25. J'en doute fortement; les équipes de travail de ce site sont extrêmement fournies et compétentes (ce sont quand même pour une bonne partie des pros: historiens, économistes, militaires), et leur documentation comme leur recherche des détails garantit un niveau de factorisation autrement plus conséquents que ceux des jeux vidéos qui, même pour les plus développés, n'ont eu que peu de vraie recherche au-delà des aspects esthétiques et techniques, et s'imposent en outre des harmonisations nécessaires à la conduite d'un jeu à objectifs spécifiques.
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