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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Magazine ASSAUT
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Shuggart dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
T'es ni breton ni lorrain? -
Quiberon? T'as vu la distance entre l'Australie et Mururoa? C'est pas vraiment la même qu'entre Quiberon et Ouessant; pour garder ton comparatif, c'est comme si les Australiens en avaient fait un à Terre Neuve. Les Bretons auraient pu dormir tranquilles.
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Magazine ASSAUT
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Shuggart dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Je viens de le commencer, et je m'indigne devant le courrier des lecteurs, avec un monsieur de Lunéville qui n'a visiblement rien lu de mon topic sur l'armée romaine du Bas Empire, quelle honte :lol:! Je sais qu'un Lorrain, c'est comme un Breton, à savoir têtu (comme Pierre Desproges l'a scientifiquement démontré grâce à une expérience de dissolution d'un Breton dans de l'acide sulfurique), mais si par hasard la direction d'Assaut lisait ce forum, je l'invite à publier mes élucubrations en guise de rectificatif (meunon je fais pas ma pub). Marre de la perpétration de ces lieux communs sur la supposée décadence de l'Empire romain et de son armée. Ceci dit, je suis pas constipé en ce moment, donc la lecture se fera par intervalles et prendra de ce fait plus de temps ;). -
La recette d'une bonne dictature
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Mauvais dignostic: aucun système n'est parfait, ça c'est une lapalissade, mais surtout, il faut bien se mettre dans la caboche qu'aucun système ne fonctionne correctement dans le temps. L'entropie s'exerce sur tout système C'est aussi ce que sont les élus, mais arrêtons avec ces "il faut" et ces recommandations d'un soi-disant meilleur système: tout système est bancal et il se dégrade dans le temps, et ce d'autant plus que les intervenants à tous les niveaux, individus, corporations, syndicats et groupes divers voient comment en tirer parti pour leurs intérêts particuliers. Le seul bon système suppose une autre espèce humaine, et c'est pas près d'arriver; et les régimes qui essaient de changer l'être humain furent, sont et seront des monstruosités totalitaires. Tu peux arrêter d'émettre sur radio idéologie? C'est pas qu'incompatible avec la société de consommation: c'est incompatible avec la vie en général, avec un travail qui nourrit un individu et une famille, avec la vie de famille, avec des loisirs personnels, avec l'immense tâche qui consisterait à faire débattre 64 millions de personnes (moins les mineurs, ça fait encore 40 millions: peux-tu essayer de te représenter ce que c'est qu'un tel effectif?) répartis sur une grande superficie dans des contextes géographiques très différents.... Et il faudrait aussi prendre en compte une réalité que les démagogues nient hypocritement: y'a une bonne proportion de gens qui s'en tapent (et une plus large qui n'a pas d'illusions), et une autre bonne proportion qui n'est pas équipée pour débattre et réfléchir sur la plupart des sujets d'importance nationale. Faut quand même s'avouer en face, au rebours de l'égalitarisme facile, que le QI n'est pas forcément la ressource la mieux partagée du monde. Tout le monde n'est pas écarté du concours de Polytechnique par la seule limite des places disponibles ou les insuffisances de l'éducation nationale, pour schématiser. Navré de chier sur les mythes, mais "le bon peuple" ne prend que rarement de bonnes décisions collectives, et "un peuple éduqué et politisé", c'est une formule qui renvoie à de la mythologie, et évoque surtout des bonnes odeurs léninistes. L'éducation est un média, et ce média, comme la presse et la télé, a ses proprios et ses directeurs de conscience. Rappelons aussi que le peuple allemand en 1933 était sans doute le mieux éduqué de la planète, ou l'un des tout mieux éduqués, et qu'il était très politisé. Ca n'empêche pas les sentiments. Par ailleurs, en parlant de sentiments, rappelons qu'ils sont l'ennemi de la démocratie, comme les intérêts particuliers. On a la conception anglo-saxonne, qui part toujours du particulier pour aller au général et considère donc que l'intérêt général est la somme des particuliers; mais vu que cette somme ne peut être faite dans le monde réel, le gouvernement élu fait ce qu'il veut et baise son monde. On a ensuite la conception française/républicaine, qui part du général pour aller au particulier: le gouvernement élu eput donc adresser ses recettes toutes faites à un réel inquantifiable. Chou vert et vert chou. Et dans cette vaste salade viennent en plus se foutres les ingrédients non voulus et non maîtrisés des sentiments et des groupes, avec leurs cortèges d'intérêts divergeant entre eux, et divergeant surtout de l'intérêt général: et tu supposes qu'un "peuple éduqué et politisé" s'affranchira, par sa vertu intrinsèque et la vertu du savoir et de la raison, de ces intérêts et passions???? Désolé, mais tu es là dans le registre d'une croyance encore plus niaise que celle du droit divin ou celle des communistes pratiquants. Dans le monde réel, les foules sont des masses bêtes où le raisonnement est impossible (on ne parle rationnellement qu'en tête à tête; même à 4 ou 5, il y a déjà des dynamiques qui limitent la possibilité de convaincre), les gens pensent à leur cul, les limites physiques et spatio-temporelles de notre réalité ne feront jamais une agora unique ou une série d'assemblées où tout le monde peut s'exprimer, une bonne partie de l'opinion n'en a pas réellement envie sauf pour râler et critiquer autrui en ne voyant que son problème sous son angle personnel, et une autre bonne partie ne devrait même pas avoir le droit de vote tant c'est une arme de destruction massive dans des mains imbéciles (et je ne parle pas d'une tendance politique en particulier). Faut quand même se rendre compte que, société de consommation ou pas, beaucoup de gens sont cons et/ou pas cultivés, et surtout, ne veulent pas se cultiver ou voir au-delà de leur sphère? Il est de bon ton de critiquer facilement les décisionnaires, mais rarement de se projeter dans leurs pompes pour voir la complexité d'une décision et des arbitrages qu'elle suppose. On préfère dire qu'il faut plus d'argent dans chaque fonction de l'Etat, moins de déficits, qu'il faut employer des gens intelligents et qualifiés (et il est paraît-il honteux de rappeler qu'ils ne sont pas si fréquents que ça), qu'il faut que tout le monde soit de bonne volonté..... Tout gouvernement doit être un compromis entre une légitimité (que la plupart souhaite démocratique, donc impliquant un minimum l'ensemble des citoyens) et une EFFICACITE, qui elle n'est aucunement démocratique: l'efficacité requiert le spécialiste, l'unicité de décision, la réduction de la chaîne de décision, l'optimisation des ressources sur critère purement utilitaires.... Toutes choses qui, appliquées à la gestion d'un Etat, ne sont aucunement démocratiques. Le compromis entre les 2 sera toujours bancal, ça c'est un fait. "Le meilleur gouvernement est-il le gouvernement des meilleurs?" est un des plus vieux sujets de dissertation en science politique. Tous les débats sur la technocratie en découlent, et on n'aime pas mentionner que le gouvernement technocratique de Darlan, sous Vichy, fut l'un des meilleurs gouvernements de l'Histoire de France, du point de vue de l'efficacité et du fonctionnement, de même que le gouvernement Clemenceau de 1917 ou celui du Consulat, ou encorele duopole Colbert-Louvois arbitré par Louis XIV. -
La recette d'une bonne dictature
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
On pourrait ajouter Galbraith qui, dans une critique plus adressée au fonctionnement de l'économie, se fonde tout autant sur la réalité des comportements et limites matérielles (en temps, en espace, en ressources) pour montrer à quel point les modèles théoriques sont foireux. La théorie des climats de Montesquieu n'entend cependant pas montrer les limites de la démocratie, mais lier le tempérament politique supposé des peuples au climat, ce qui est un tantinet capillotracté, surtout venant d'un mec qui qualifiait la féodalité de "chef d'oeuvre de l'esprit humain": ça peut se concevoir si l'on s'en tient à l'idée théorique de la féodalité, mais ça s'effondre dès lors qu'on regarde sa pratique. Il n'en reste pas moins que l'ensemble des données de temps, d'espace, de ressources et de comportements et nécessités humaines portent des limites absolues aux joli modèles théoriques holistes que les zélateurs de tous poils nous refilent comme des dépliants touristiques; "démocratie", ce n'est qu'un mot, de même que "liberté". La démocratie directe était déjà limitée, éphémère et quasiment impossible à gérer dans une Cité grecque qui n'avait pas plus de 15 ou 20 000 citoyens actifs et votants (donc des hommes libres, autochtones et majeurs) ayant tous la même ethnie, la même religion, les mêmes traditions et le même sentiment d'appartenance, dans une superficie inférieure à celle d'un arrondissement de Paris. Qui peut croire que ça marcherait dans un pays de 61 millions d'habitants sur 550 000km carrés, avec en plus 3 autres millions répartis sur 3 autres continents? Déjà que le micro parti des Verts n'arrive pas à se mettre d'accord sur la couleur de la bouse alors qu'ils partagent une vision très identifiée du monde.... Il leur a fallu un césaro papisme à l'échelle de leur petite structure (via Dany l'ex-rouge) pour obtenir un résultat un peu significatif dans une élection à faible participation, qu'ils essaient de nous vendre comme un raz de marée historique.... Ca marche fort la démocratie directe. On peut d'autant plus les traite de tout qu'ils n'ont pas de visage et qu'on ne les appelle que par catégories générales: quand on est petit, on a des amis imaginaires, mais quand on devient citoyen, on a des ennemis imaginaires. Ils ont plus commodes que les vrais. Depuis le bouc émissaire de la Bible, on ne s'est pas renouvelé. Toutes les dictatures ne sont pas meutrières, toutes les démocraties ne sont pas tendres et laxistes, il n'y a que des cas particuliers. Mais précisons aussi qu'une dictature n'est pas un régime totalitaire. Cependant, si tu gueules contre le cuisinier en démocratie, outre que tu peux quand même te faire tabasser (discrètement), même si c'est moins fréquent, tu te prends un procès au cul que tu n'as aucune chance de gagner, et rarement les moyens de payer très longtemps à moins de pouvoir t'offrir un avocat à plein temps pendant des années. Je parle bien sûr d'une démocratie dans le monde réel et non d'un régime théorique; toujours parfait. L'autre alternative, en démocratie, c'est de ne pas avoir accès aux cuisines et de ne pouvoir gueuler contre le chef que dans ta piaule, chez des amis ou au café: le résultat est nul et le chef continue à oeuvrer en toute tranquillité. Mais dans tous les cas, ta voix ne pèse rien, sauf si tu as du talent, de la voix, de la chance, des accès et/ou des moyens. Mais ça, ce sont des facteurs qui marchent aussi hors de la démocratie. En démocratie, le totalitarisme de l'opinion publique est absolu, et l'opinion publique est une chose très différente de la population (l'opinion publique, ce sont au final quelques milliers de personnes: journalistes, faiseurs d'opinions, instituts de sondages, intervenants publics, intellos....): c'est "la bulle", cette frange dirigeante de l'agora qui décide de la pensée dominante, ou plutôt des clans de pensée dominants qui se font les arbitres des élégances. On dit "la pensée unique", mais c'est faux; on a une pensée bêtement binaire, et un affrontement stérile entre une pensée aseptisée droitisante et une gauchisante, toutes deux artificielles et surtout jouant l'écran de fumée pour le jeu des intérêts divers et variés. Et les deux qualifient l'autre de "pensée unique". Cette opposition est inévitable en raison des limites imposées par le réel (temps, espace, taille de la population, ressources....): on doit coaliser pour pouvoir intégrer le plus grand nombre, donc ne représenter qu'imparfaitement les opinions et aspirations. Le point de démagogie est atteint quand cet antagonisme est devenu caricatural au point de ne plus pouvoir coaliser au moins une grosse moitié de la population. Le Pen au 2ème tour et le referendum de 2005 tendraient à indiquer que ce point est franchi. Donc pour revenir à l'analogie, si tu gueules contre le chef en démocratie, t'es balancé par la porte de derrière dans les poubelles par des videurs, ou bien tu n'as pas le droit de voir le chef et tu te retrouves à râler dans ton coin, ou encore, si ta voix porte, tu te retrouves avec le groupe de ceux qui gueulent fort au cul, critiques experts et enrégimentés de tel ou tel guide qui imposent leur diktat sur ce qui est bon ou pas dans tous les inconscients. Ce message est une analogie politique, mais s'adresse aussi à tous ceux qui ont subi ou auraient voulu aller dans les restaus de "cuisine molléculaire" et autres débilités du genre (mouvement qui a aussi existé au XVIIIIème siècle): perte de temps garantie, perte d'argent massive et c'est pas les 18 plats d'un repas chez Marc Veyrat (fermé depuis) qui vous caleront (loupant la première mission du restaurant qui est de.... Restaurer). On mentionnera aussi que ces palats avec azote liquide et autres modes de préparation super tendance sont cause de nombreuses intoxications et troubles digestifs: ce qu'on ne dit pas du restau de Ferran Adria, le soi-disant "meilleur cuisinier du monde", c'est que les hôpitaux des environs ont un nombre anormal de ses clients dans leurs chambres (les offices de tourisme et guides culinaires ont chaché ce fait). Mais ça fait encore une bonne analogie avec l'état actuel de la démocratie: des produits de plus en plus avariés ou hors saison, un traitement douteux avec des ustensiles et méthodes très artificiels, des plats surréalistes, et au final, une satisfaction médiocre et un effet roboratif nul. Et aucun moyen de se plaindre ou d'empêcher le cuisinier de nuire. Bref, la démocratie continue à être le lieu du "cause toujours". -
La recette d'une bonne dictature
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Pour revenir au sujet stricto sensu: la recette de la dictature est très différente de celle de la démocratie. Il faut une bonne dose de "ferme ta gueule" recouvert d'une fine couche de "c'est pour le bien de tous", là où la démocratie repose avant tout sur un "cause toujours" bien mitonné, avec une pincée de "mais oui je t'écoute". Bref, la dictature, c'est un mariage à l'ancienne, et la démocratie, c'est un divorce programmé. Dans les deux cas, le repas est douteux et on se fait baiser; la seule chose qui ait de l'intérêt dans la recette est que le cuisinier soit bon, puisqu'après tout, le point est que la sauce prenne. Et rappelons nous aussi que la politique, comme la cuisine, est un art de l'éphémère qu'on rêve éternel. Aucune de 2 recettes ne dure jamais très longtemps. -
La recette d'une bonne dictature
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Mais oui, bon sang mais c'est bien sûr, la démocratie directe! C'est fou comme on a toujours une pensée magique, avec une pilule miracle qui pourrait nous sortir de la merde si seulement elle était administrée. La démocratie directe, c'est quoi? C'est "le bon peuple" (soit le souverain) qui se passerait ainsi des "mauvais conseillers" que sont ces êtres sans visages qui forment les méchantes "élites gouvernantes" et la masse informe de "l'administration": des coupables tout désignés pour jeter en vrac sur leur dos tout ce qui ne va pas. C'est un mythe vieux comme la monarchie, où toute la mauvaise conscience et les problèmes étaient foutus sur le dos, là aussi, des "mauvais conseillers", vilains accapareurs s'interposant entre le "bon peuple" (toujours bon celui-là) et le bon père qu'était le souverain (le roi dans ce système là). Même Rousseau en est sacrément revenu de ce mythe de la démocratie directe, inapplicable pour des raisons pratiques et voué à la catastrophes dès lors qu'on envisage la chose sérieusement. Le même jean Jacques résumait bien la chose quand il disait que la condition d'une vraie démocratie (directe donc) fut que le peuple soit constitué d'êtres quasi divins, capables de mettre tout le temps l'intérêt général (et par là j'entends l'intérêt de la nation, pas de leur sous-communauté, de leur chapelle, de leur syndicat, de leur corporation....) avant le leur, mais surtout capables de connaître la vérité, de savoir quel est cet intérêt général. Cela suppose que tous soient guidés par la Raison, à supposer que celle-ci soit unique et que la vérité, donc le savoir permettant de distinguer l'intérêt général et le moyen absolu de le servir, soit découverte par tous dans leur quête individuelle du savoir. $* Pratiquement, cela suppose que tout le monde soit suréduqué, absolument sans idéologie, ait le temps de lire des masses d'informations chaque jour et de réfléchir dessus, de remettre en cause chaque certitude en permanence, mais aussi garde le temps de travailler, de s'occuper de sa famille, de vivre sainement..... Bref, un emploi du temps banal pour 24h. A supposer même que tout le monde puisse se libérer de l'ensemble des passions (charnelles, intellectuelles, religieuses....) qui empêchent par nature la réflexion et l'opinion fondée en raison et sont l'adversaire de la démocratie. A supposer aussi que tout le monde ait le niveau d'intelligence requis et puisse remiser au placard tous les orgueils, mépris, peurs.... Qui gouvernent une bonne part de la vie de chacun. Bref, la vraie démocratie et par là la vraie liberté et l'accomplissement de soi dans l'idéal humaniste.... Supposent que l'être humain ne soit pas l'être humain. Par ailleurs, la démocratie directe, ce serait quoi, pratiquement? Des dizaines de suffrages chaque jour sur 1000 questions sur lesquelles personne n'est documenté (les professionnels ont déjà du mal à le faire)? Combien d'heures chaque jour pour se documenter sur une seule de ces questions? Mais j'y suis, le peuple est bon par nature, par essence et de toute éternité, il ne pourra que bien voter, c'est forcé. Faites-moi marrer avec ces conneries de démocratie directe: ce serait par essence le lieu de la démagogie absolue, du bordel, de la non décision, des déchirements, le terrau idéal pour les beaux parleurs et sophistes modernes (encore pire qu'actuellement). Et tout ça en supposant que ce soit possible de l'organiser en pratique pour une population de plus de 64 millions d'individus! Comment on fait un débat? Comment on fait un vote? On se retrouveraitvite dans un régime tout aussi ploutocratique et indirect de fait, tant il faut d'intermédiaires pour organiser la décision. Sans compter la réalité de l'être humain: "pour se dégoûter de la démocratie, il suffit de passer 5 minutes avec un électeur" comme disait l'autre. -
Les cercles : origine - histoire - impacts politiques
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Mani dans Histoire militaire
Faut pas délirer non plus sur les sociétés secrètes de roman, genre conciliabule de gens surpuissants qui décideraient de tout autour d'un brandy entre deux réunions en toge et capuche grand guignolesques. Les Illuminati, c'est une farce de romanciers bien commode. Des sociétés secrètes ont utilisé ce nom, surtout au XIXème siècle, mais faut pas chercher plus loin. S'il existait une organisation si puissante, le monde serait moins bordélique. Et il ne faut surtout pas croire que ce genre de trucs pourrait exister: les hommes, surtout les hommes de pouvoir, sont trop individualistes et rarement motivés dans le temps, surtout s'il faut en plus transmettre de générations en générations. Pourquoi ces organisations de mauvais romans passeraient-elles les siècles toujours organisées, structurées et motivées, alors que les gouvernements, partis, entreprises, clergés, clubs, associations, ordres et régimes changent constamment, précisément parce que les êtres humains sont incapables de se maîtriser et de conserver une volonté à l'identique? Les Illuminati de Bavière et la Sainte Vehme étaient surtout des cercles d'étudiants nationalistes allemands visant à l'unification des pays de langue germanique. Les carbonari italiens, quoique plus politiquement orientés (républicains et socialistes) et pas limités aux milieux étudiants, n'étaient pas autre chose. Donc il faudrait quand même pouvoir opérer des nuances et établir une classification, parce que là on évoque aussi bien les choux que les carottes et les serviettes. On peut par exemple distinguer, à la louche: - les associations et cercles idéologiques/politiques/religieuses - les groupes d'intérêts, lobbies et oligarchies actifs (les majors du pétrole et les grosses organisations religieuses sont peut-être l'exemple le plus connu) - les organisations "temporaires", liées autour d'une cause précise et moins à une conception globale de la société (groupes nationalistes, cercles révolutionnaires....) - les sociétés initiatiques et/ou secrètes - les cercles, castes et réseaux sociaux, rassemblant des gens d'intérêt et de statut non pour un objectif précis, mais pour l'utilité, pour une vanité quelconque, un sentiment d'appartenance ou une orientation générale (pas toujours égoïste d'ailleurs: nombre d'organisations de ce type, créées par des gens fortunés, avaient des buts authentiquement nobles, surtout au XIXème siècle, où ce social networking visait souvent à rassembler des gens influents, puissants, riches ou de talent, quand l'idée de Progrès était encore un idéal puissant) Et il ne faut pas non plus évoquer tout et rien, sinon, dès lors que 2 oligarques russes prennent le thé, c'est un "réseau", un cercle, voire une société secrète. Si un pote français les rejoint pour le coup de l'étrier, c'est quoi? Une conspiration internationale? Et si l'un des 2 oligarques et le Français sont juifs, on nage dans le protocole des Sages de Sion et le lobby de la "finance juive"? Soyons un peu rigoureux, messieurs. C'est là que tu te goures, Islamistes et Evangélistes ont certes développé et adopté des méthodes marketing et technologique top niveau, et les Evangélistes sont même imbattables dessus, avec une manne financière sans comparaison. Leurs "universités" ne valent rien comme diplôme général (je ne sais plus si c'est Cheney ou un autre qui crachait dans les médias sur les avocats, arguant que toutes on équipe sortait de ces facs là, mais quand il était en procès et pour la réalité de ces affaires, aucun de ces branquignolles n'était appelé, et Cheney avait recours, comme tout le monde, aux piliers de l'Ivy League; l'image de "bon chrétien" born again a ses limites.... Vite atteintes), mais ce sont des usines à force de vente prosélyte. Mais les plates-formes employées et tout le tralala ne sont que des médias et rien d'autre. Ce qui fait la vraie force de vente, c'est un contenu simpliste donnant des réponses, fausses, mais claires et absolues, et bien plus encore, ce sont les communautés. Ce que ces mouvements offrent, c'est une communauté vivante, des célébrations implicantes, un engagement qui remplit une part de votre vie.... bref, ce que les Eglises traditionnelles ne font plus ou font très mal, mais aussi les grands partis (les cocos faisaient ça avant, de même que d'autres). Face à la solitude, au doute permanent, à l'absence d'espoiret de sens, au relativisme omniprésent et à l'individualisme forcené et aliénant de la société moderne, surtout urbaine, c'est un appel auquel il est difficile de résister, surtout chez les plus modestes et les plus désabusés. Bref, ce qui fait leur efficacité, c'est pas les DVD et internet: c'est la bonne vieille communauté humaine. Qu'est-ce qu'on ferait pas pour un peu de chaleur humaine, un groupe où on est reconnu en tant qu'individu, un endroit où l'on n'est pas seul, un corpus d'indées d'où le doute est banni, une communauté où on vous encadre dans tous les aspects de la vie et la certitude (martelée jusqu'à plus soif) qu'on est un "juste"? Ca vaut pour les Evangélistes comme pour les Islamistes et pas mal d'autres (scientologues, témoins de Jéovah....), et plus la société ira vers l'individualisme, plus ces mouvements prospèreront. Mais pour de tels mouvements, peut-on encore parler de "cercles" ou de sociétés secrètes? A leur sommet, peut-être, mais on est dans une autre dimension. Quand aux délires ufologiques autour de majestic 12.... Ben, c'est du même ressort que les conneries sur l'Ahnenerbe et la société Thulé. Qu'il y ait eu ou qu'il y ait encore un tel organisme, aux attributions indéterminées, c'est une chose, mais il y a surtout beaucoup de délires. Et rappelons que même si ça a existé, il ne s'agirait aucunement d'un cercle ou d'une société secrète, mais d'une task force gouvernementale: des fonctionnaires, quoi. Comme pour le Comité Magic (qui serait ou ne serait pas la même chose que Majestic 12/Majic 12). -
Les premiers paras portugais et ses insignes
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Miguel Machado dans Histoire militaire
J'adore les histoires de commencements, comment on met en place quelque chose qui n'existe pas. pour le symbole, on sait qui fut le premier para portugais, le premier matricule? -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Furtif était de la merde, mais je regrette, GI Joe (et je ne l'ai pas vu) est une grande oeuvre cinématographique. Les jeunes, faut quand même savoir jauger d'un scénario, et à propos de ce film, navré, mais le scénario est irréprochable et absolument imparable, un vrai chef d'oeuvre: Rachel Nicols et Sienna Miller en combi cuir moulante. Faut pas chercher plus loin. Qui a un meilleur scénario de film d'action/guerre a l'esprit? Les Tsahal girls de CVS font un peu légères (à tous les sens du terme ;)) à côté. Z'y connaissez rien en films de guerres, messieurs :lol:. -
Ca c'est très révélateur du fait que les EM brigade ne sont plus que des organismes de gestion et d'entraînement des réservoirs que sont les brigades. Leur seul intérêt, désormais, est de constituer aussi un vivier et un terrain d'entraînement pour des effectifs d'EM qui peuvent faire de la planification, tourner dans les GTIA et fournir des effectifs d'appoint pour les EMF et le CRR-FR qui sont nos seuls EM opérationnels désormais (mais dont l'avantage est d'être modulaires et donc de pouvoir alimenter plus que 3 structures de commandement à la fois). De même, la concentration des moyens log en brigades spécialisées (une désormais) relève de cette tendance: à l'heure où beaucoup de pays, USA en tête, retournent vers des grandes unités redimensionnées mais organiques (les BCT), je trouve dommage cette obsession très comptable pour l'absence de grandes unités en France au profit d'un pur modèle modulaire et plug and play.
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Merci d'avoir relevé mon post, Ramses, je commençais à désespérer! Notons quand même que le GC français a aussi son FRF2, 2 AT4 et un LGI ;). Je déplore qu'il n'y ait qu'une seule minimi, mais notre GC n'est pas non plus à poil: en plus du treillis F2, ce serait réellement indécent. Ceci dit, je signale aussi que les rounds de changements de spécialités sont en cours d'abandon, le système ayant été jugé au global d'une efficacité déplorable. Et le sureffectif des bataillons mécanisés correspond moins aux effectifs des CC (qui ne sont pas plus grosses, l'emport du Warrior étant limité) qu'aux effectifs de mechanical engineers plus conséquents (les chenillés et leur MCO :lol:), mais aussi à des éléments organiques de reco et d'appui un poil plus conséquents (matos plus lourd). Mais au global, j'aimerais bien prendre la température du forum sur cette question que je pose à la fin de ce post: Est-il possible de faire un bilan avantages-inconvénients des 2 modèles? Essayez de prendre parti.
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Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Il ne faut pas exagérer ce caractère à mon avis, ou alors bien le préciser: que Poutine ait su convaincre qui il faut, quand il faut, comme il faut (parce que dans ces milieux là, où seul l'intérêt individuel existe, on ne convainc jamais plus d'un instant, le tout étant que ce soit le bon instant ;)), c'est certain, et qu'il s'agisse autant d'un trait de caractère que sans doute d'une compétence développée dans son ex-profession, ça l'est encore plus. Mais c'est pas un sympatique ou un chaleureux; j'ai quelques échos de mes (petites) relations au Quai d'Orsay (notamment parce que l'une d'entre elles est très au fait des dossiers russes), qui m'ont décrit notamment comment se sont établies les relations entre Pout-Pout et Sarkoman. Apparemment, dans le particulier, le Vlady serait quand même un peu parapluie dans le cul. On imagine donc comment il a pu prendre le côté tape sur l'épaule de Sarko le beauf nouveau riche :lol:. Authentique: au premier meeting, il a failli y avoir des étincelles à cause de ces différences fondamentales. Sous des dehors de "modernité" (encore un mot métaphysique qui ne veut rien dire) et de gars bien dans son époque (surtout par rapport à l'éponge d'avant), le Vladimir serait en fait très classique et bien rangé, avec un très fort sens des convenances. Ajouté à une mentalité fondamentale d'homme de cabinet, on imagine l'effet de Sarko le mini bourrin se la jouant dans les dorures rococo-cocotte du Kremlin (perso, je serais président russe, je recevrais plutôt dans les coins qui évoquent la Moscovie médiévale, Ivan n°3 et 4, Boris Godunov et les bonnes périodes du genre, avec une ambiance bon enfant ;)). -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Ouais, c'est clair qu'il a fait beaucoup d'éclectisme à la fac et après (blague connue) ;). -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est sûr, mais personne ici ne peut prétendre savoir comment Medvedev est vraiment arrivé dans le champ de vision en mode bisounours de Poutine (un concept dur à saisir :lol:), ni quel est vraiment son caractère ou son "ampleur": peut-être est-il un brillantissime exécutant et/ou un homme qui est parvenu, d'une manière ou d'une autre, à convaincre Poutine qu'il était un homme de confiance (et/ou Poutine le "tient"-il d'une manière ou d'une autre, seul vrai gage de confiance à ce niveau et pour quelqu'un de la formation de Poutine).... Des hommes avec de la compétence et de la personnalité peuvent rester des seconds de fait toute leur vie: regarde Messmer, on ne peut absolument pas dire qu'il se soit agit d'une tapette, d'un sensible, d'un mec sans personnalité ou sans opinion, ou encore d'un con. Mais il avait choisi une certaine façon de faire avancer la cause à laquelle il s'était rallié, en évitant les guerres de chefs. Le fait est que Medvdev fait un peu trop fade et manque de charisme ou de personnalité visible (d'identité te dirait un communicant) pour s'affirmer comme un leader, sauf dans la continuation de Poutine, soit un "Pompidovski" ;). Quand aux histoires de réseaux qu'on maîtrise: on ne peut vraiment en hériter. On ne peut en récupérer qu'une partie, c'est inévitable: à l'intérieur de cette nébuleuse de loyautés, de personnes "tenues", d'amitiés, de contrôles.... un homme qui monte se fera 10 ennemis pour un client, 10 mécontents pour un demi-satisfait.... Les grands hommes d'Etat ne sont pas seulement des gens intelligents/forts qui ont eu une vision et un peu de réussite, ce sont surtout des mecs qui ont pu maîtriser le gros des rouages de pouvoirs, ou en tout cas une partie significative: Sarko est un de ceux qui en a le plus maîtrisé depuis 20 piges en France, et pourtant, sa marge de manoeuvre est limitée. Pompidou n'avait qu'une partie des leviers et relais dont bénéficiait De Gaulle, et pourtant il était relativement peu contesté (par rapport à ce qui s'est fait ensuite) dans la nébuleuse gaulliste et dans les réseaux encore plus étendus qui l'entourent. Dans une version plus ancienne et violente, Pierre le Grand, comme Louis XIV, a du se créer une clientèle et éliminer violemment (dans le sang et/ou institutionnellement) le gros des réseaux qui trustaient les rouages du pouvoir: le gros des boyards, l'Eglise orthodoxe et les strelitz pour Pierre le Grand, les Grands du Royaume (des entités géopolitiques aux réseaux et moyens immenses avant la Fronde), le Parlement de Paris, plusieurs assemblées d'Etat de Provinces et les soutiens étrangers de ces clans pour Louis XIV. Notre Roi Soleil, initialement via Mazarin puis Colbert, a en fait créé le pouvoir administratif de la monarchie en rachetant, prenant, volant ou supprimant tous les grands réseaux administratifs, financiers, économiques et politiques, nationaux et provinciaux. D'une masse de réseaux privés, il a progressivement fait un réseau de plus en plus homogène, mais surtout centralisé; il est devenu le seul patron d'importance pour la distribution des faveurs, titres, prébendes, privilèges, postes, charges, offices.... Là où auparavant ces patronages étaient répartis entre l'autorité royale, quelques grands commis, et surtout les Grands du Royaume et les Assemblées et Parlements provinciaux. Pierre le Grand a fait de même en Russie, en partant d'un point de déliquescence et de dilution assez similaire. Et ses premiers outils furent d'un côté les experts étrangers dans de multiples domaines, et surtout ceux que sa tante voyaient comme des gamins jouant à la guerre, à savoir ses centaines de petits clients, amis, camarades et suivants qu'il organisa dans les régiments Preobrajenski et Semionovski, et qui lui permirent, bien plus que les reliquats de pouvoir surtout théoriques laissés à sa fonction, de reprendre en main le pouvoir. Poutine n'a pas opéré autrement, avec l'avantage supplémentaire d'avoir eu le patronage de l'éponge de l'Oural comme effet boost, mais ce alors qu'il disposait déjà d'un solide réseau d'amitié, de relations et de dépendances dans l'appareil de sécurité et de renseignement. Il a pu garder ces connections, mais aussi devenir suffisamment incontournable pour pouvoir s'en affranchir et ne plus être "celui d'entre nous" qui est au gouvernement, mais "le boss". Medvedev, j'ai quelques doutes sur sa capacité à opérer un tel mouvement, sachant qu'il ne dispose pas d'une telle base initiale, et d'un autre côté qu'il n'a pas non plus, pour le côté grand public (qui gagne de la puissance aussi), d'un charisme puissant (Poutine non plus) ou d'une "identité" visuelle et mentale (ce que Poutine a su éminemment développer, malgré son caractère d'homme de cabinet et sa tronche de fouine). Medvedev fait un peu trop premier de la classe/gendre idéal fadasse pour détonner et espérer peser tout seul au milieu de ceux, au sein même de la nébuleuse poutinienne, qui se poseront inévitablement un jour comme concurrents. Je sais que c'est toujours de ceux qu'ont l'air de rien dont il faut se méfier, mais bon. Disons que si c'est un jour lui le boss, ce sera pas par une capacité à retourner les foules ou à présenter une image forte comme Poutine a su le faire, malgré un physique et un charisme pas franchement évidents (mais une gueule "différente" ;)). L'homme dur, l'homme ferme dans la tourmente, le calme dangereux, la barbouze, le judoka.... Avec une gueule pas trop canonique, ça a pu créer quelque chose. Medvedev devrait se faire une grosse balaffre sur la gueule, avec peut-être une barbe :lol:, ça aiderait. Et puis se faire voir dans des trucs puissants, genre sports extrêmes, périodes militaires de rappel, bagarres collectives sur la glace (apparemment, le torse poil ça fonctionne :lol:, enfin, s'il a pas trop de brioche), et un ou deux événements dramatiques (un attentat évité de peu, ça aiderait: un coup mieux réussi que l'Observatoire :lol:). S'il ne peut compter que sur la patronage de Poutine et sur des réseaux de pouvoir hérités et forgés par lui (qui seront trop peu), ça suffira pas. Bref, le Medvedev n'est pas encore autre chose qu'un second. Et il y en a plein. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est quoi ces histoires de donner des conseils ou que Medvedev soit quelqu'un de valable? Ca n'a rien à voir: je parle de POUVOIR. Que Medvedev puiise être intelligent et avoir de la personnalité, je n'en sais rien et aucun de nous ne peut le savoir, mais je suis prêt à le croire. Mais là je parle du pouvoir réel, cette chose qui ne s'exerce pas par la vertu de qui a le droit écrit par statut rédigé dans la constitution, mais uniquement par le poids politique, c'ezst à dire le contrôle effectif qu'on exerce concrètement sur les rouages du pouvoir par les clientèles et sous-clientèles politiques qui ne s'obtiennent que par un nombre limité de moyens: - les amitiés et loyautés - l'argent - la peur - l'inertie Que Medvedev puisse être désigné pour "hériter" de ces réseaux que Poutine a forgé quand ce dernier voudra se retirer, c'est extrêmement possible. Que Poutine soit suffisamment malin pour, en public, ne jamais avoir l'air de celui qui décide avant le président en titre, c'est tout-à-fait certain, et le but premier, bien plus que de ne pas passer pour un genre de tyran, c'est de fortifier le statut, dans les esprits, de la position de président. Mais c'est pas la position de président en soi qui donne le pouvoir: la réalité, ce sont les clientèles, les réseaux, les chaînes de loyauté, les gens qu'on "tient" d'une manière ou d'une autre.... Et ça, c'est Poutine qui les a forgées et qui les garde. Ce sont des questions avant tout de personnes, et qui veut le pouvoir les forge lui-même parce qu'elles n'ont pas de continuité en l'état. Ce sont des engrenages complexes que chaque homme de pouvoir se forge. Medvdev a peut-être commencé à s'en forger, mais l'essentiel, c'est Vlady qui les a. -
Les cercles : origine - histoire - impacts politiques
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Mani dans Histoire militaire
Dans le monde islamique hardcore, ils ont des difficultés, mais en Afrique subsaharienne, ils sont partout, de même qu'en Asie (y compris en Chine où, malgré les difficultés, ils progressent, ainsi qu'en Corée du Sud). L'hétérogénéité du mouvement est certaine (il y a des mouvements évangélistes issus de toutes les obédiences protestantes, mais aussi du catholicisme, bien que leur point commun majeur est d'être une vision extrêmement partielle, simplifiée, caricaturale et marketisée d'une lecture initialement traditionnelle), mais beaucoup de ressources sont mises en commun pour ces espèces de grands mouvements de jeunesse et ces "universités" qui sont surtout des centres de formation à la "vente" et au marketing religieux. En occident, bien sûr, ils vont chercher dans les franges défavorisées aussi bien que dans les classes moyennes désabusées, en quête de tous ceux cherchant une spiritualité apportant des réponses claires et nettes et un sens de la communauté face à l'individualisation extrême de la société. Mais il faut bien se rendre compte que leurs gros bataillons et leurs plus gros chiffres de recrutement viennent des pays en développement et des pays sous-développés. Le Brésil, le sud-est asiatique et le Nigéria n'en sont que des exemples. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Pourquoi persister à vouloir dire que Medvdedv existe: c'est le gadget de Poutine (son Pompidovski ;)), il n'a pas de clientèle propre, il ne représente pas de clans, "d'assets" économique ou politique que Poutine ne contrôle pas d'abord.... Bref, il n'a aucun poids par lui-même. Est-il même un dauphin? Ca m'étonne de toi Berkut: tu devrais pourtant savoir que, en Russie comme ailleurs, quand on parle du pouvoir suprême, "chef" est un mot sans pluriel. -
Les cercles : origine - histoire - impacts politiques
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Mani dans Histoire militaire
A court terme, ce sont les intérêts économiques qui ont toujours plus d'influence, quantité de moyens et intérêts croisés immédiats obligent. Mais dès lors qu'on pousse un peu dans le temps, on s'aperçoit que les gros acteurs économiques sont avant tout faits d'individus, sans volonté ni esprit de long terme. C'est là que les organisations idéologiques/politiques/spirituelles ont l'avantage immense de la continuité dans l'action et de la pérennité dans l'idée. T'as vu ça où???!!! Les groupes évangéliques se portent mieux que jamais et c'est LA grande force de prosélytisme (et donc de bordel ultérieur) de la planèt, juste devant l'Islam. C'est pas parce que la religion, et surtout la religiosité a dégringolé dans les pays occidentaux qu'il faut voir midi à sa porte. -
Problèmes éternels et calvitie des officiers
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Le fait que le gros de la troupe, même dans un 4 étoiles, doit dormir en dortoir, par exemple: les chambres individuelles sont une mauvaise chose pour l'esprit de corps. Que la bouffe soit bonne hors déploiement, personne n'a rien contre, et l'outsourcing est d'ailleurs en train de tuer ça (exit les mecs du CAT qui faisaient l'armée comme Ecole hôtelière -ce qui donnait d'ailleurs d'excellents résultats; enfin, il restera les surdoués de la cuisine de campagne). Mais au global, si la bouffe est ce qui fait renoncer à la vie militaire, c'est que la motivation n'a jamais été très forte. Faut pas uniquement se focaliser sur les détails d'intendance: même s'ils ont leur importance (comme Lyautey le soulignait en permanence), ils s'inscrivent dans un cadre plus vaste où ce qui attire et surtout maintient le soldat pro en activité est infiniment plus grand et puissant. De même que c'est pas le revenu qui attirera le monde, à part pour ceux qui n'ont pas d'autre choix de carrière. Il ne faut pas voir le service militaire universel comme la seule conscription possible. D'ailleurs, ton chiffre évoque déjà un service militaire mixte (tu donnes la totalité d'une classe d'âge), en soit déjà une formule nouvelle en France. Pourquoi pas, comme on l'évoque souvent, un service national global de 1, 2 ou 3 ans, mais avec seulement une partie militaire (pour un effectif De 15, 35, 50 ou 100 000h)? C'est une autre solution. Ou encore un devoir de milice/garde nationale formant des unités permanentes de défense et d'intervention sur le territoire, libérant totalement les unités pro des devoirs en métropole? Mais il faut surtout voir la chose en dynamique: les bonnes armée professionnelles, historiquement, furent soit des armées échantillonnaires (peu de monde = on a du choix et des moyens pour le recrutement, l'équipement et l'entraînement), soit des armées prolongeant un service de conscription et une période où l'esprit civique est fort? Mais ce sentiment se dégrade avec le temps, l'armée pro s'éloigne généralement de la nation avec les générations, à mesure que le souvenir de la mobilisation nationale et de l'esprit civique pouvant aller jusqu'au sacrifice se font lointains. L'armée pro devient une organisation à part. Pour l'instant, en France, l'armée est encore assez représentative, a une base de recrutement encore décente, et les liens avec la nation sont encore réels. Mais quid de dans 20, 30 ou 60 ans? L'évolution dépend de la stabilité de l'état, de l'esprit civique moyen, du niveau de patriotisme, de l'attachement non seulement au pays, mais aussi au corps social et à l'Etat comme organisation.... Si ces éléments s'affaiblissent, l'armée pro peut devenir une organisation mercenaire, même si elle est faite de nationaux, pensant à part et s'organisant à part. Une société en soi. La Révolution a d'ailleurs été possible parce que le gros de l'armée (y compris, et c'est une image d'Epinal, les Gardes Françaises et l'essentiel de la Maison du roi) n'avait plus beaucoup d'attachement à la monarchie en tant que telle (en 1789, en revanche, l'attachement au Roi comme figure et comme principe étaient encore, eux, très puissants). Sans ce ralliement de l'armée au mouvement de contestation, il n'y aurait pas eu de 1789. De même en 1918, l'armée allemande à coeur prussien, pourtant pilier historique et institutionnel absolu de la monarchie des Hohenzollern (au XVIIIème siècle, "pas un Eta qui a une armée, mais une armée qui possède un Etat" selon le mot de Voltaire), lâcha Guillaume II. L'armée, comme toute organisation, évolue dans le temps, crée sa propre mentalité, ses hiérarchies, ses logiques, mais aussi son imaginaire et ses loyautés. Dans le temps, ce phénomène peut se renforcer, surtout dans le cas d'une armée professionnelle. L'exemple historique le plus évident est celui de l'armée romaine de la République finissante, ou plutôt des armées romaines (les légions sénatoriales, donc de l'Etat romain, n'étant que 4, et l'immense majorité étant en fait des légions levées et entretenues par les grands sénateurs, avec autorisation et une partie des fonds accordés par l'Etat). Elles devinrent, depuis la professionalisation sous Marius (début du Ier siècle avant JC), de plus en plus des clientèles des généraux populaires, assez vite détachées de la loyauté à l'égard du Sénat et de l'Etat romain. La Guerre Civile commença, au final, à peine 50 piges après la professionalisation. -
Les cercles : origine - histoire - impacts politiques
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Mani dans Histoire militaire
Hé, les quakers ne sont pas des mormons; la polygamie n'y est pas une pratique, d'autant plus qu'il ne s'agit même pas d'une religion, mais d'une communauté, et qu'aucun corps de doctrines ou de pratiques fixes n'y existe. Les frangins ne sont vraiment plus ce qu'on en dit; bien sûr, ça fait encore office de lieu de rencontre et de cercles d'amitiés, mais il y a bien d'autres lieux pour ça (tout organisation sociale en fait; au moins les maçons brassent-ils plus de variété que les clubs privés élitistes). Les royalistes ne sont plus grand chose. Pour l'Opus Dei, en Espagne et en Italie certes, mais aussi et surtout au Chili; comment peut-on mesurer l'influence? Bien sûr, ces cercles de relations rassemblent des personnes puissantes, avec un vrai appareil de guerre et de formation, mais encore une fois, il est d'autres cercles, tous concurrents. Sans compter que nombre de gens puissants s'y retrouvent avec chacun leur nuance dans l'engagement et la logique de groupe (plus t'es puissant, plus tu penses qu'à ton cul, ou, si t'en as, à tes idées, et plus on te fait de concessions.... Parce que t'es puissant). Tiens, d'ailleurs, en lien à l'Opus Dei, on a aussi un vieux copain en matière d'organisation étendue et de lobby d'influence (quoique moins idéologique que l'Opus Dei): l'ordre souverain des chevaliers de St Jean, ou Ordre de Malte, ou encore l'ordre des Hospitaliers. C'est quand même la plus vieille ONG du monde (estampillée en 1108), gardant le statut d'organisation souveraine (même si sans territoire depuis Napoléon), avec des dizaines de milliers de militants, surtout dans les oeuvres sociales, mais aussi une hiérarchie de gens très influents et un rôle de cercle mondain, think tank et lobby très loin d'être négligeable. Notre cher ex président Valéry Giscard dit d'Estaing en est un membre actif. Bof, Odessa a surtout existé dans l'imagination des mauvais scénaristes. Pour Lellouche, mollo sur ce plan précis, il est quand même un tantinet circoncis :lol:, la vérité, hé! Pour les orientations du personnage, ben c'est un atlantiste à plat-ventriste, pas de mystère là-dessus: né dans un protectorat, il ressent apparemment le besoin de faire de son pays un autre protectorat. L'atavisme est une chose puissante. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Tu oublies l'orthodoxie, dont le rôle n'a été que très momentanément tenu par le produit de substitution que fut l'idéologie socialiste, qui ne dura même pas autant que le régime et ne put jamais atteindre la même importance que la religion orthodoxe russe, avec ses qualités, ses traditions, et surtout ses défauts. Le culte des icônes, les prêtres ignares et autoritaires, la ferveur collective, le mythe de la 3ème et dernière Rome, le fatalisme religieux, le monacchisme extrême et ses démonstrations publiques, l'amour des starets locaux.... Furent des ciments puissants autant que des instruments de mesure et de contrôle n'ayant toujours pas de remplaçant. Il est dur de mesurer le constituant que fut l'orthodoxie, autre pilier de l'Etat comme de la nation qu'un pouvoir autocratique ne peut seul assumer sans se l'aliéner. Mais pour l'instant, on peut résumer la possibilité de relancer la Russie aux seuls éléments mesurables et concrets que tu mentionnes: le pouvoir fort, certes, mais la paranoia contre "l'encerclement" et les instruments matériels (armée, grands projets, manifestations, mouvements de jeunesse) et immatériels (imagerie, films....) voulant créer de l'élan collectif ne sont que des mesures temporaires. Ce genre de truc ne dure pas, et il faut quelque chose de plus durable dans le temps long, mais aussi de plus présent et concret au quotidien. La propagande nationaliste et les grandes causes nationales ne font pas du ciment permanent; c'est de l'événementiel assorti de quelques causes de moyens termes, des éléments trop localisés et pas assez diffus. C'est vague et je ne trouve pas les mots exacts, mais il faut cet air qu'on respire, cette ambiance et cet esprit dans lesquels on baigne au quotidien. Je ne sais pas si l'Eglise orthodoxe parviendra à recréer cela, surtout sans cet autre élément de permanence du pouvoir qu'était la monarchie: l'alliance du trône (le pouvoir fort et divin) et de l'autel, cimentés par l'adhésion de la société, sont des éléments autrement puissants que la simple application momentanée de recettes toutes faites et l'instrumentalisation bête et méchante d'outils de contrôle et d'imagerie. Le ciment national, l'esprit d'une nation, c'est plus que ça. Et il n'est pas dit que Poutine puisse le faire, ou même le comprenne vraiment (éducation très matérialiste): il aurait du mettre Soljenytsine dans un mnistère adapté avant sa mort :lol:. Quoiqu'on en dise, la monarchie offrait plus de permanence à l'autorité du pouvoir (au sens de l'auctoritas), que le souverain en cours soit un personnage remarquable ou non. Poutine n'est qu'un individu. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Pour revenir au sujet plus précisément en essayant de se projeter dans un temps un peu plus long, on voit surtout Poutine essayer de rebâtir tous les piliers qui ont fait la Russie en tant qu'Etat, mais sans doute de manière dépassionnée et sans doute sans la moindre adhésion de sa part à titre personnel: l'autorité (pour ne pas même dire l'autocratie) et l'orthodoxie. L'Etat fort et la religion, au service d'une mystique de la Russie-puissance prédestinée (manifest destiny vous dirait un ricain :lol:). Ce socle peut-il reprendre: je crois qu'au bout de 20 ans, on pourrait commencer à voir poindre des études un peu sérieuses sur la réalité et les limites du renouveau de l'orthodoxie en tant que ciment national et pilier de l'autorité: j'attends de voir des analyses statistiques en la matière pour me faire un avis. De son côté, l'Etat se donne les moyens: des mouvements de jeunesse surfinancés aux films patriotiques sponsorisés, de la lutte sanglante contre les oligarques à l'affirmation de la puissance, on a le choix des exemples. Mais Poutine est aussi un "homme de Leningrad" et un produit de l'ancien système: lui-même n'a rien d'un bigot ni d'un monarchiste et afficherait même pas mal de nostalgie pour l'URSS, de bien des façons. Quoiqu'il en soit, il utilise toutes ces mystiques comme des outils, mais dispose t-on d'instruments de mesure pour en voir l'effet réel? On n'arrêt pas ici de dire "les Russes ci", "les Russes ça", sans au finla disposer de masses de données autre que les résultats d'élections et les taux d'approbation du gouvernement qui sont des mesures trouvant très vite leur limites, tant en matière de pertinence qu'en matière de réalité recouverte et d'orientation volontaire, sinon de truquage (à croire que Laurence Parisot fait du consulting là-bas). L'ère Poutine, mine de rien, elle commence à avoir quelques kilomètres au compteur, et avec des données sociologiques fiables, on pourrait commencer à tracer des tendances d'évolution possibles, mais les données manquent: les grandes dynamiques d'union nationale vont-elle prendre, face à une réalité sociale et économique de plus en plus dure? les autres courants idéologiques agissants (des nostalgiques de l'URSS aux ultra nationalistes racistes) s'imposeront-ils dans une part de l'opinion? Au-delà de la simple question des minorités et mouvements autonomistes, ce qui est en question, c'est quand même plus profondément la nation russe elle-même, qui pour l'instant tient avant tout par un pouvoir fort et décidé. -
Russie et dépendances.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tactac dans Politique etrangère / Relations internationales
Oh, c'est pas moi qu'il faut convaincre, mais là, je te signale que je ne parlais pas du régime russe, mais de ce que les nations se balancent les unes sur les autres, à coups de stéréotypes ou de communication, institutionnelle ou non. Sur le fond, ce que j'ai dénié, il y a longtemps, sur ce topic, c'était ce que certains, dont toi s'il me souvient, soutenaient, à savoir que la Russie actuelle était démocratique ou avait un fonctionnement relativement démocratique. Ce n'est pas le cas, et c'est sans doute ce qu'il y a de mieux pour la Russie, malgré quelques abus réellement choquants (côté éthique, le muselage, y compris musclé, de toute opposition, le sponsor étatique de mouvements de jeunesse partisans, l'assassinat sans conséquence de journalistes; côté pratique, l'absence de droit des affaires sérieux, et d'ailleurs de droit dans l'absolu, ce qui rend la possibilité de contrat, donc la volonté d'en conclure, très aléatoire). La Russie est trop grande, trop diverse, trop fragile et encore trop bordélique (qu'on constate le fait que le secteur agricole, 17 ans après la fin de l'URSS, est encore sinistré) pour ne pas avoir besoin d'une direction extrêmement forte et centralisée. Sans même compter les besoins plus "immatériels", comme l'affirmation de la fierté d'appartenir à la communauté. Bien sûr, c'est très relatif: passé les beaux centre-villes, il n'y que beaucoup de désillusion. Mais faut bien commencer quelque part. Effectivement, les "libertés" à l'occidentale (peut-on vraiment dire qu'elles ont existé dans les années 90 cependant? La seule chose sûre, c'est qu'on leur attribue dans l'absolu les maux de cette période, qui fut avant tout celle d'une jungle avec un pouvoir faible) sont aujourd'hui commodément pointées du doigt. Mais faut pas non plus exagérer les histoires de stabilité et de fierté: à la fin des années 80, le régime craquait de partout et ne tenait plus par lui-même, à peine par inertie, et le côté fierté avait morflé gravement, par beaucoup de désillusions bien plus que par l'histoire afghane. La meilleure illustration, comme toujours, est la démographie, qui avait amorcé son déclin bien avant Gorbatchev:la natalité comme les problèmes d'espérance de vie posaient énormément de problèmes déjà sous Brejnev. Et ça c'est toujours un signe que les dirigeants ne peuvent cacher. -
Problèmes éternels et calvitie des officiers
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Merci de soulever ce problème, Arpa, j'ai failli créer un sujet dessus. Ceci dit, je ne suis pas d'accord pour le nombre: des armées nombreuses, il y en a eu avant la consciption obligatoire, et je ne parle pas du service à la romaine ou à la grecque, qui ne sont que d'autres formes de conscription, tout comme le devoir de milice nouvelle mode, revu par Louvois et Colbert, qui est en fait le premier vrai service de conscription en France, hors l'host féodal qui est une conscription très spécifique, reposant sur d'autres bases. On notera d'ailleurs que pour l'armée romaine, les 20 ans de service sont un mythe pour ce qui concerne la République et le principat (c'est après, voir mon topic dédié ;), que l'armée romaine tardive adopta le service de 20, puis 24 ans, qui plus est héréditaire): on faisait rarement 20 ans, et surtout pas en continu. Mais il est vrai que l'esprit citoyen et l'expérience accumulée et entretenue fut un des grands avantages de l'armée romaine. M. de la Palisse ne l'uet pas mieux dit, mais c'est malheureusement toute la gageure, et historiquement, pays riche ou non, quand on estime au jugé le niveau "qualitatif" des personnels, seule la conscription a donné des effectifs de qualité à une bonne échelle, ou alors une période d'une certaine durée suivant un régime de conscription (ou apparenté). En France, cette préoccupation de la qualité des effectifs, en plus de leur quantité, a commencé sous François Ier, avec l'essai pas assez sutenu des Légions provinciales, puis a commencé à se réaliser sous Louvois et Colbert, qui ont institué, outre l'entraînement permanent à toutes les échelles et une discipline militaire naissante pour accroître la qualité des effectifs professionnels, le devoir de milice, assigné à ce qu'on appellerait les "couches moyennes" de la population. Il faut bien se rendre compte que les armées d'ancien régime, partout en Europe, sauf quelques exceptions temporaires (Suède au XVIIème siècle, Hollande de la Guerre d'Indépendance, milices cantonnales suisses du XVème siècle, milices des cités italiennes aux XIIème-XIIIème siècle), sont faites de la lie de la société, recrutée de force ou non. L'idée d'une carrière militaire n'existe même pas réellement en tant que telle avant les grandes réformes de Louvois et Colbert. Il s'agit des sans emploi, des marginaux, des paysans expropriés, des vagabonds, des réprouvés de toute sorte.... Hors des périodes de mobilisation patriotique, correspondant à une urgence particulière à laquelle tous répondaient, l'armée permanente instituée à partir du XVème siècle eut du mal, comme partout ailleurs en Europe, à attirer les gens dits "de bonnes vie et moeurs", techniquement, les classes "moyennes", paysans en bonne santé, artisans et ouvriers, petits bourgeois.... Ca ne fait pas des soldats de mauvais soldats, mais globalement, ces "classes moyennes" offrent des candidats de meilleure qualité, tant sur les plans physique que moral ou intellectuel. La proportion dans laquelle la solde et les conditions de vie peuvent permettre d'étendre le vivier de recrutement (et il y eut de gros progrès sous Louis XIV, avec la première politique massive de casernes saines et vivables, sur plans de Vauban, des soldes mieux payées....) est quand même assez limitée: la compétition des salaires civils joue effectivement, mais surtout pour les cadres, et celle des conditions de vie aussi, mais de toute façon, la vie militaire ne peut pas et ne doit pas offrir des conforts de vie similaires à ceux de la vie civile (passé la question des lits sans puce et des logements salubres....). Mais surtout, aucune propagande ne fera croire au gros du vivier de recrutement qu'il ne s'agit pas avant tout de risque de mort, de disponibilité permanente prenant le pas sur tout le reste, de discipline, d'une certaine dureté (même si on peut apprendre à l'emballer) et d'une vie différente. Ce dernier critère en attire certains, mais en repoussent beaucoup d'autres. Honnêtement, ce débat sur le recrutement, qualitatif surtout mais aussi quantitatif (l'un impactant l'autre), se ramènera toujours, absolument toujours, à un débat conscription-professionnels, sous une forme ou une autre. Et la conscription l'emportera toujours dès lors qu'on parle de grandes guerres.