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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Non, le problème, c'est que ce sont ceux qui se foutaient de captain america qui ont eu des emmerdes.
  2. Si on veut parler de grandes périodes de ce type, la plus longue période de guerre ouverte ou larvée qu'on a eu en continu fut plutôt l'opposition aux Habsbourgs, qui est une constante de 1490 jusqu'à la Guerre de Succession d'Autriche, soit dans les années 1740. Les traités de Westphalie n'y changent pas fondamentalement grand chose, et la succession d'Espagne ne met fin qu'à un front. Les grandes étapes: - années 1490: début des guerres d'Italie - années 1500-1510: union des domaines bourguignons, habsbourgs et espagnols. La France est encerclée par le "chemin de ronde" des Habsbourgs qui cherchent "l'empire universel" sur la chrétienté. - années 1520-1540: fin graduelle des Guerres d'Italie pour la France, dégagée de la péninsule. Mise en échec cependant des Habsbourgs par les coalitions nouées par la France et l'alliance de revers turque (ZE grand adversaire de Charles Quint). - années 1540: testament de Charles Quint et séparation de son empire en 2 entités, qui toutefois resteront coordonnées. - années 1550: renouveau de la politique française, recentrée sur les frontières est et nord. Période de succès français qui menacent le chemin de ronde reliant les domaines bourguignons à l'Italie. - Guerres de Religion: retrait français partiel. Echec néanmoins des Habsbourgs à installer en France un pouvoir docile et à prendre des territoires. - Henri IV: renaissance de l'outil géopolitique français, guerres limitées et victorieuses. Changement stratégique majeur avec la mort d'Henri IV qui aviat concentré une armée sans précédent pour mener la guerre dans le nord (l'opération dite des Evéchés de Clèves et Juliers). - Louis XIII et Richelieu: définition précise des axes de la politique française. Entrée dans la Guerre de Trente Ans. Par un effort permanent et titanesque (la "dictature de guerre" de Richelieu puis Mazarin), la France bâtit un outil militaire très efficace et surtout de grande taille. - Traités de Westphalie: le chemin de ronde est rendu aléatoire - Traité des Pyrénées: confirmation des avancées françaises - années 1660: courte guerre franco espagnole, conquête de la Franche Comté. L'encerclement de la France est définitivement rompu. Prééminence militaire française - succession d'Espagne: les Habsbourgs perdent le gros de leur puissance dans l'absolu. Fin de la menace géopolitique sur la France. Entrée dans une conflictualité moins essentielle. Là, sur les mêmes critères, on a une guerre de 250 ans, record battu. La remise du couvert de 1791 à 1860, puis de 1870 à 1918, est un bonus ;).
  3. Ben.... Tu en as déjà goûté? Je le referais pas. Les Ricains veulent le retour des Hershey Bars (standards dans les rations jusqu'aux lendemains de la Guerre du VietNam il me semble) dans les MRE :lol:, au lieu d'avoir à les acheter à côté. Sinon, je crois que les soldats ont eu de sérieux problèmes après la publication du bouquin.
  4. Et il y a encore 5 ou 6 ans, ils pesaient à eux seuls plus de 50% de ce total. Mais l'emmerde est que notre place dans le classement est trompeuse en ce qu'elle intègre le budget de la gendarmerie, soient environs 7 milliards d'euros. Je ne connais pas leur échelle de conversion pour ces totaux, mais on va dire que ça fait grosso modo 10 à 11 milliards de dollars. ca nous mettrait donc plutôt dans les 55 milliards, soit au niveau de la Russie, grosso merdo.
  5. Comme pour toutes les unités, il ne faut pas voir le tercio comme une formation bloquée pendant un siècle, et il faut aussi le voir dans le cadre de l'armée espagnole entière, surtout à partir du XVIIème siècle et pendant la guerre de Trente Ans, où la guerre devient une guerre de manoeuvre. De même, il ne faut pas réfélchir en termes de "meilleur" système pour telle ou telle armée. Le fait est que l'on peut avoir inventé la meilleure formation par rapport à son temps, et la voir se faire démolir en bataille pour mille raisons: commandement merdique, ou plus simplement un commandement qui est battu un jour précis (sans être mauvais dans l'absolu), meilleur emploi des armes combinées par un des protagonistes, mauvaise qualité des hommes, mauvaises circonstances.... Le fait est que les manoeuvres complexes envisagées par le tercio ne sont logiquement accessibles qu'aux tercios viejos, tout comme dans l'infanterie française, seules les vieilles enseignes gardaient les hommes capables et le savoir-faire nécessaire pour opérer des manoeuvres poussées sous le feu. On est encore dans le cadre d'Etat ayant des moyens limités, et une conception très partielle de ce que nous considérons aujourd'hui comme acquis dans la discipline et l'organisation militaire. Les troupes permanentes (ou presque) et professionnelles sont rares en temps de paix. L'Espagne offre un cas en partie particulier tant elle a du maintenir des troupes combattantes sur le pied de guerre dans les Flandres, offrant un volant de soldats expérimentés plus important, ce qui a aussi concouru à l'épuiser. Mais les formations multiples auxquelles tu fais référence dans les batailles décrites correspondent aux guerres d'Italie pour l'essentiel. Pavie notamment, se déroule 10 ans avant la création des tercios, qui ne sont en tant que tels dans un premier temps qu'une organisation administrative des effectifs espagnols en Italie. Avant 1534, l'organisation de l'infanterie espagnole repose sur les capitanias, correspondant grosso merdo à nos compagnies, ou plutôt dans l'organisation opérationnelle à nos bandes. Leur format est graduellement harmonisé par Gonzalve de Cordoue, autour de 300h, soit à la louche l'équivalent des vieilles bandes françaises. Elles se répartissent à la suisse, en groupant les armements: on a dans les capitanias des piquiers, des arquebusiers (qui remplacent graduellement les arbalétriers, donc pendant une vingtaine d'années, les 2 coexistent) et des rodeleros (jusqu'aux années 1520). Mais là, c'est un peu comme tout le monde, et il faudrait entrer dans le détail, et surtout les proportions des diverses armes, pour voir s'il y a des différences vraiment significatives de modèles entre les nations. La vraie nouveauté, et c'est là que se bâtit l'apport espagnol, est l'organisation de ces capitanias en groupes plus larges, les coronelias (des colonnes, d'où vient le nom de colonel, à l'étymologie disputée entre Italiens et Espagnols), qui comportent chacune 4, 5 ou 6 capitanias. Contrairement aux vieilles enseignes qui sont des regoupements fixes liés à la formation et au recrutement, les coronelias sont des groupements opérationnels, avec un EM permanent et les moyens d'articuler le combat entre les capitanias subordonnées, soit un échelon intermédiaire entre le commandement de l'armée et l'unité de combat. Le combat peut mieux s'articuler, les unités s'appuyant entre elles. C'est, en fait une copie améliorée du modèle suisse cantonal (pas le modèle mercenaire, voir la nuance plus haut), et un échelon de commandement que la France ne créera réellement que sous Henri II, avec la transformation progressive des vieilles enseignes en régiments opérationnels. La création du tercio, comme celle des régiments, ne correspond pas en fait avant tout à un changement tactique ou opérationnel, mais à une mesure administrative et politique: on répartit en 3 paquets de 10-11 les capitanias d'infanterie espagnole en Italie. Les commandants chargés de ces groupements s'organisent donc en conséquence. Ces 3 "tercios" initiaux, comptant chacun dans les 2300 à 2500h, sont donc organisés en une coronelia permanente, avec ses capitanias et son EM organique disposant des moyens de contrôler en bataille ses sous-unités. A partir de là, le modèle évolue au fil des affrontements, des idées des chefs, des expériences, des changements techniques et technologiques, des restrictions de moyens.... Bref, une évolution militaire normale. L'autre particularité est que ces formations sont maintenues en permanence avec un effectif prêt à la guerre: on recrute plus quand la guerre est déclarée, mais ces formations sont l'armée outre mer de l'Espagne, dans une Italie qui reste longtemps une zone chaude. Et le front des Flandres pour la Guerre des 80 ans s'ouvre ensuite assez vite, obligeant à garder un noyau de troupes permanentes. C'est là que le nom de tercio, initialement administratif, finit par prendre le pas sur celui de coronelia, sans doute pour la même raison que nos vieilles bandes ont tenu à obtenir ce qualificatif les distinguant des troupes non permanentes en 1535. Et ces 3 coronelias, vite rejointes par 3 autres, puis une septième, désormais appelées tercios en permanence (faudrait en fait voir comment le nom a pris au-delà de l'appellation administrative initiale; comment les hommes en viennent à adopter un nom est toujours un processus qui me fascine), deviennent en fait l'essentiel de l'armée permanente espagnole. En temps de paix, l'entretien de ces quelques tercios coûte plus d'un tiers du budget espagnol. Ca rappelle à quel point les Etats européens au XVIème siècle ont encore des possibilités limitées. On peut regarder la composition d'un tercio comme de n'importe quelle unité, mais on n'aura en fait qu'une photo momentanée, un cliché qui ne vaut pas pour une période beaucoup plus longue qu'une vingtaine d'années. prenons exemple sur le tercio, à partir de sa création au moins administrative: - dans un premier temps, à partir de 1534, le modèle se construit. Il comporte 10 capitanias, ou banderas, de 200 à 300h (les effectifs complets restant un mythe dans toutes les armées :lol:), dont 2 faites uniquement d'arquebusiers et employées surtout comme infanterie légère organique (les voltigeurs auxquels Gran Capitan fait référence), et 8 mixant piquiers et arquebusiers. Chaque banderas a son EM (comme partout) d'une dizaine d'homme, et le tercio en a un plus étoffé d'une quarantaine d'hommes. Les subdivisions, en-dessous, restent classiques: banderas de 200-300h (compagnie)/escadres de 20 à 25h (comme en France, avec un Cap d'escadre, ou caporal; en Espagne, c'est le cabo)/camaradas (chambre chez nous) d'une douzaine d'hommes, cette dernière étant dirigée par un vétéran (anspessade chez nous). Le proportion piquier-arquebusiers est quasi équivalente, avec un poil plus de piquiers (à peine). Mais les piquiers sont de 2 types: les lourds qui sont sur l'extérieur (avec une demi-armure) et les légers, qui ont peu de protections. - le modèle change dans les années 1560 sur le front des Flandres: la proportion de piquiers augmente nettement (apparemment pour des raisons budgétaires, l'augmentation des effectifs permanents étant massive) et le tercio comporte plus de subdivisions. On passe à 12 banderas d'un format plus réduit (250h dans la théorie, mais je doute que l'aspect d'une bandera ait nettement changé). On a plus de deux tiers de piquiers pour moins d'un tiers d'armes à feu. - le tercio au début de la Guerre de Trente Ans est une autre évolution: les banderas sont désormais faites d'environs 1/3 de piquiers et 2/3 d'arquebusiers, et les tercios viejos (les tercios étrangers et temporaires ont un autre modèle) passent à 12 banderas de 250h. - aux Pays-Bas, dans les années 1630, on passe à un tercio standardisé (viejos ou pas) de 13 banderas de piques (en fait 1/3 de piques, 2/3 d'arquebuses) et 2 d'arquebusiers qui, là encore, jouent les voltigeurs. Il change encore après en s'alignant graduellement sur le régiment français subdivisé en bataillons et compagnies. Mais tactiquement, je maintiens: pendant la Guerre de Trente Ans, c'est une formation lourde et lente, très forte en défensive mais moins adaptée au conflit mobile et au combat combiné. Pendant les guerres d'Italie, en revanche, l'apparition des coronelas en faisait une unité d'infanterie tactiquement mobile, articulée et offensive, par rapport aux phalanges mercenaires massives des Suisses (4 à 5000h) et lansquenets (on a vu un pack massif de lansquenets de 12 000h). Au niveau opérationnel (la manoeuvre sur un théâtre d'opérations), on fait là appel à d'autres notions qui concerne l'unité, mais plus encore l'armée dans son entier, ses chefs, son organisation.... Sur ce plan, ce n'est pas la tactique de l'unité qui change quoi que ce soit. Quoiqu'évidemment, en ordre de marche, plus une unité est réduite, plus elle est maniable et souple d'emploi. Et donc plus une armée est sudivisée en grandes unités autonomes, plus elle est rapide, prête à la bataille et réactive. C'est ainsi que le bataillon et l'escadron sont nés en France, comme détachements de plus en plus permanents, notamment dans l'armée de Turenne, pour opérer des manoeuvres rapides quand 2 armées manoeuvraient. Turenne adorant les expéditions rapides et l'emploi de véritables commandos au niveau tactique (notamment dans les compagnies franches de chasseurs et coureurs), il n'a fait qu'employer la même méthode à plus grande échelle. Les formations diverses que l'on peut voir une unité adopter ne font pas d'elle une unité mobile, au sens opérationnel. Au niveau tactique, évidemment, sur le champ de bataille, l'essentiel sur une infanterie est de savoir si elle a des soldats aguerris et entraînés, des commandants pas trop débiles et une organisation générale articulée au mieux des possibilités. Brigade suédoise, régiments hollandais ou français, tercios espagnols.... Confronter tout ça dans le principe et l'absolu est évidemment stupide: les tercios n'étaient jamais à effectifs complets, tout comme les régiments adverses, et il est probable que les formations de la Guerre de Trente Ans, de part et d'autre, ne devaient avoir ni une taille impressionnante ni une bien belle figure. La différence est alors surtout faite par le matériel humain (entraînement, motivation, entretien), par l'utilisation conjointe des armes et par les chefs et capitaines. Les formations en soi, quand on est entre des armées grosso merdo comparables, ne sont pas des martingales (elles peuvent l'être seulement dans des circonstances particulières, et si le modèle en face est réellement différent et moins pertinent): l'avantage en général des Suédois n'a pas résidé dans la brigade, mais dans le fait d'avoir un grand commandant (Gustave Adolphe) et surtout, d'avoir inventé un système de conscription efficace qui donnait à l'armée suédoise ce caractère unique en Europe de n'être pas fait de la lie de la société, mais bien des couches "normales" de gens issus de communautés paysannes, en moyenne des sujets plus robustes, mieux portants, moins mercenaires (et moins déserteurs), porteurs d'un certain degré de patriotisme, liés dans leurs unités par l'esprit de corps des communautés villageoises.... Bref, le meilleur matériau de recrutement possible, celui que tous les ministres ont toujours essayé d'attirer. Lié à un entraînement permanent, ce système devint un bon avantage. Les Hollandais ont pu faire de même, avec une guerre qui était une guerre patriotique, mobilisant plus que l'habituel vivier de recrues des armées. Avec là aussi un chef et penseur militaire d'envergure qui put mettre en place un système correct. Mais là, ce fut pour une guerre de place statique. Initialement, en Espagne, c'est ce qu'est l'hidalguia pendant la Reconquista et encore au début du XVIème siècle, avant que l'infanterie espagnole devienne uniquement professionnelle. En France, ce genre de système n'existe qu'en Gascogne et sur les provinces frontières sensibles (Bourgogne, Champagne, Picardie, Artois). Ensuite, il faut attendre Louvois pour que ce vivier de recrutement puisse de nouveau être touché, avec les premières formes de conscription modernes. La lenteur et la prudence opérationnelle de l'armée espagnole, c'est comme pour l'armée hollandaise, le stigmate de la guerre qui a été menée quasiment en continu dans les Pays-Bas: une guerre de places et de positions, où l'on utilise le sous-groupement mobile en abondance pour les escarmouches de tranchées (comme au début d'Alatriste) et les assauts, mais bien peu les unités en grand, au niveau du tercio ou du régiment, et encore moins l'armée entière. Il y a peu de manoeuvres, peu de batailles, et on opère tous à proximité de ses bases. L'organisation s'adapte donc à ce type de guerre. Que les hommes soient aguerris, c'est certain. Pour les chefs, j'ai plus de doutes: faudrait se rendre compte que des mecs comme Turenne, un peu plus tard, ou Gustave Adolphe, Condé, Montecuccoli.... Sont des ovnis à l'époque; ils sont presque une sorte de première génération qui a connu beaucoup de batailles en plus des sièges. Avant la Guerre de Trente Ans, les généraux les plus actifs ont connu des dizaines de sièges, et quasiment aucune bataille. Une campagne, c'est pour l'essentiel une succession de sièges. Henri IV était une sorte de précurseur, lui qui recherchait plus la bataille que les sièges. Du coup, ce que les officiers transmettent comme expérience (y'a pas vraiment d'écoles militaires, malgré de nombreuses tentatives), c'est celle qu'ils ont eu. Et personne ne sait transmettre l'art de manier une armée.
  6. Détrompes-toi, la qualité de l'eau était justement un centre d'attention, étant donné que ne pas y veiller, c'était condamner une armée à la chiasse massive, au mieux, à l'épidémie et à la mort, au pire. Autant que l'absence d'eau avec laquelle l'armée de Jérusalem a fait une intime connaissance lors de l'expédition si brillamment menée par Guy de Lusignan et Gérard de Ridefort, qui finit aux cornes de Hattin. Les speculatores romains (légionnaires employés comme cavalerie légère de reconnaissance opérationnelle, espions, géographes....) recevaient, comme tous les légionnaires, des savoirs-faires spécifiques à leur boulot en plus du métier de soldat (la légion assurant ainsi le gros de ses services et de son intendance), notamment le repérage de points d'eau saine, si possible divers. Les armées européennes du Moyen Age jusqu'à Napoléon avaient des dizaines d'étapiers (des cavaliers légers détachés et des cavaliers spécialisés) qui prévoyaient les déploiements à l'avance en allant préparer les itinéraires avec ce facteur en tête. Avec eux allaient les fourrageurs qui repéraient les greniers et zones de culture avec des céréales prêtes à la cueillette (et on envoyait des unités récolter). De même, à partir des XVIème-XVIIème siècle, en France par exemple, la politique d'organisation militaire du territoire passe par l'organisation des itinéraires de circulation interne au royaume, pour pouvoir atteindre les théâtres d'opération et organiser leur soutien logistique, mais aussi pour assurer la rapidité des flux entre les fronts et les quartiers d'hiver. Ce sont les 4 routes militaires de France (en fait des itinéraires). Et cette organisation, si elle implique peu de travaux de voirie, implique en revanche l'extrême organisation des dépôts d'armes et magasins de ravitaillement. Cette implantation se fait précisément autour des distances parcourables et des cours et points d'eau, depuis lesquels sont orientés des circulations de l'eau vers des citernes maousses (à côté des entrepôts bourrés de tonneaux de mauvais vin et d'eau de vie). A noter aussi que l'usage de couper le vin d'eau est un mythe pour les armées: la nuance fait péteux, mais en fait, c'est l'eau qu'on coupe de vin pour l'assainir, comme tu le rappelles. Notre génération d'enfants gâtés de la consommation ne peut s'en rendre compte, mais c'est un fait qui a duré jusqu'aux années 70: la production d'eau courante jusqu'à cette décennie n'a jamais été d'une très grande qualité sanitaire et la grande raison de l'énorme baisse de la consommation de vin depuis bientôt 40 piges n'est que très peu du à une perte d'habitude de consommation, mais à la disparition de 95% de la production de mauvais picrate qu'on buvait et consommait dans les cafés et surtout à domicile en le versant dans l'eau (si vos parents étaient dans des grandes villes, ils y ont aussi échappé dès les années 50-60). Mais boire de l'eau du robinet en France, en général c'est resté un sport extrême jusque dans les années 60-70 (l'avantage, c'est que ça nous a permis d'éviter d'avoir une eau du robinet chlorée et fluorée comme aux USA). C'est d'ailleurs aussi la raison pour laquelle le commerce en grand de l'eau minérale est né en France (avant, partout, ça se vendait en pharmacie et en petites quantités). Quand l'eau courante est devenue saine, fini la clairette/claret. Et seule la pub mensongère des grands du secteur vous fait encore croire qu'il faut acheter de l'eau minérale et qu'elle diffère de l'eau du robinet. Je m'égare, moi. Ca c'est la grande gageure du Moyen Age, où dans la moitié des cas voire plus, les assiégeants se retrouvaient nettement plus dans la merde (parfois au sens propre :lol:) que les assiégés. La conquête de la Guyenne anglaise sous les Valois (sous Charles V, puis sous Charles VII) fut longtemps retardée ainsi en raison des difficultés logistiques. La riante Acquitaine, dans la maigre bande de territoire anglais (100 à 120 bornes depuis le rivage) apparemment facile à conquérir, est en fait un désert logistique sans points de ravitaillement où la seule chose qui poussait était la vigne, et où, l'été, la chaleur était rude. Alors si on manque de bouffe, qu'on crève de chaud et que tout ce qu'il y a à se mettre sous la dent, c'est du raisin trop vert (les campagnes commencent fin mars, le mois de la guerre, et s'achèvent aux vendanges), tout ce qu'il reste, c'est la faim et la dysenterie (dont le seul effet marrant est la chiasse... Pour le reste, c'est moins drôle). Et on mesure l'impact dans une Europe du XVIIème siècle où les armées deviennent vraiment grandes: les territoires sont peu peuplés, souvent pillés, les routes carrossables rares (lenteur du train et du ravitaillement, lenteur des armées), et seuls des réseaux de magasins qu'on entretient à grands frais et plutôt en dépit de ceux qui en sont chargés (des privés qui se sucraient plus en prenant des produits merdiques peu renouvelés, gonflaient leurs marges, sous-louaient cette charge en gonflant encore le prix pour ne rien foutre et encaisser....), peuvent permettre une guerre mobile ne serait-ce que sur le territoire même. Ceux qui pensent qu'on ne pense pas la guerre d'anéantissement avant les les guerres de la Révolution ou Clausewitz à cause d'un problème de mentalités focalisant sur la guerre de sièges doivent revoir leur copie: les armées n'ont pas une grande allonge, tout connement, alors on fait ce qu'on peut. Il faut toute la croissance économique, routière et démographique du XVIIIème siècle pour permettre les campagnes napoléoniennes. L'Europe sous Turenne, pourtant un général très mobile, est nettement plus sauvage. On ne mesure pas les immenses superficies de territoires qui furent drainées et assainies (zones de marais malsaines qui disparaissent, points et cours d'eau sain qui croissent), mises en culture, colonisées, défrichées.... Ni combien de milliers de kilomètres de routes saines furent tracées et parsemées d'étapes, de relais, de villes nouvelles.... C'est la croissance extraordinaire du XVIIIème qui a rendu possible la conception de la guerre qui s'amorce sous Frédéric II et éclate à la Révolution. L'invention des premières conserves (en verre sous Napoléon) et des citernes mobiles en métal fut à cet effet une révolution en soi. Tiens d'ailleurs, une des plaies éternelles qui n'a JAMAIS rien apporté de bon: les sous-traitants, entrepreneurs de guerres, prestataires privés.... Bref, l'outsourcing. Une des grandes plaies méconnues de l'histoire des armées, chaque fois qu'il a fallu (où que le bon lobbying a été fait pour qu'on fasse appel à eux) en prendre, il n'y a eu qu'inflation disproportionnée des coûts et mauvais service. La fortune des Pâris Duverney, grands banquiers du XVIIIème siècle, vient de ce genre d'activité de fourniture aux armées (où Colbert comme Louvois ont aussi fait des fortunes) pour un prix prohibitif. Et il faut attendre Napoléon pour que quelqu'un dise que ça ne fonctionne pas! Les convoyeurs des armées, c'était pareil: des petits entrepreneurs ou des convoyeurs individuels embauchés par milliers. Parce qu'Akhilleus oublie un truc: c'est bien beau d'emporter avec l'armée l'immense masse de bouffe pour qu'une armée, hommes et chevaux, puisse boire et bouffer pendant une période donnée le temps que le front se stabilise et qu'un flux puisse être organisé. Mais pour ça, il faut aussi une grande masse d'hommes et de bêtes de trait qui doit elle-même aussi bouffer sur les longues distances, donc être accompagnée d'un autre convoi logistique rien que pour ça. Et ce convoi secondaire" doit aussi bouffer et boire.... C'est sans fin. La première mention écrite de cette complexité dans notre histoire date de Philippe Auguste pour l'host de Bouvines en 1214, utilisant l'unité de compte valable encore sous Napoléon: le chariot à 4 chevaux/boeufs, qui emporte environs 1 tonne. On imagine ce qu'on pu soutirer aux finances la masse des privés qui savaient bien que nombre d'aristos répugnaient à faire les calculs nécessaires de ces besognes de robins. Et au besoin, on graissait la patte de ceux qui le faisaient pour eux. Et je ne ferais pas ma diatribe sur les "entrepreneurs de guerre", l'apogée du mercenariat aux XVème-XVIIème siècle: le mercenaire louant sa compagnie ou le condottiere vendant sa compétence, c'est fini. A partir du XVIème siècle, on loue des armées clé en main avec des stratèges qui sont de vraies stars de football et qui, quand ils ne sont pas eux-mêmes les entrepreneurs, sont débauchés et mis avec une armée. Wallenstein, Piccolomini, Montecuccoli, mais aussi le Prince Eugène de Savoie (lui à la fin, d'est du ralliement, mais il commence comme condottiere princier), Bernard de Saxe Weimar, Bartolomeo Colleoni.... Faisaient ce que commencent à faire aujourd'hui des boîtes comme Dyncorp ou Blackwater. Ouais, ben les aristos jadis alourdissaient la log des armées avec ce genre de coquetteries, à des points tels qu'il a fallu parfois sévir durement: Turenne et Louvois ont cassé des dizaines d'officiers qui ne renonçaient pas à un train de vie luxueux et encombraient les bagages des armées et les épaules des soldats avec des meubles des tentures et un ravitaillement princiers. Louis XIV l'a fait dans la guerre de Dévolution, à un point tel que la moitié des flux log servaient à assurer la subsistance et le logement de la Cour et de ses domestiques, emmenés en campagne. Mais c'est vrai que l'armée US est spécialement lourde en logistique: l'eau minérale en Irak représentait plus de flux que le fuel!
  7. La météo, j'aurais du commencer par ça: le plus évident :lol:! Un truc est sûr, c'est jamais la bonne, et j'imagine que des générations d'armées antiques, médiévales et modernes, tout comme les nôtres, ont du râler contre la pluie, contre la sécheresse qui amène la poussière (ça fait autant râler les soldats, avec chèches et ray bans, que les mécanos pour leurs délicates machines -exactement comme devaient râler les cavaliers pour leurs bébêtes). Ah, ça en bouffe de la poussière, le troufion, depuis toujours; tant mieux, c'est bon pour lui, c'est riche en fibres ;). Un problème éternel depuis que la guerre est civilisée (c'est à dire depuis qu'on a inventé la massue et la pierre taillée, des outils manufacturés pour éviter de se taper dessus comme des animaux, ce qui serait pitoyable): monter les cavaliers (non, pas d'allusion sexuelle). A l'heure où l'on déplore autant la MCO de l'arme blindée, le coût de la maintenance, ceux des programmes d'équipement en chars de combat (et autres programmes d'engins de reco) et les coupes des parcs de chars, il faudrait se souvenir que en son temps, la cavalerie avec des vrais vavaux a toujours posé des problèmes similaires. Quelques exemples: - le destrier, cheval de guerre moyenâgeux et noble compagnon du chevalier, seul capable de porter ce poids sur son dos plus de quelques minutes et de charger de face dans des murs de piques (c'est que le cheval est par nature trouillard, et la solde, comme l'idéologie politique, culturelle ou de caste, lui importent rarement beaucoup), coûte un poil plus qu'un âne mort et pas vraiment beaucoup moins qu'une Bugatti (par rapport au panier moyen de la ménagère du XIIIème siècle bien sûr, en données corrigées des variations saisonnières). Cette bestiole qui doit se trouver, pour illustrer, entre le gabarit d'un percheron, d'un frison et d'un boulonnais (bref, y'a de la viande), ben c'est comme le Leclerc: hors de prix à l'achat, tuant à l'entretien (ça bouffe) et ça peut crever au moindre obus HEAT (enfin au moindre coup de lance ou de flèche). - Napoléon a galéré pendant 17 ans à essayer de monter correctement sa cavalerie, pillant tous les haras des pays conquis ( la moitié des unités de cavalerie des pays conquis était systématiquement démontée et soulagée de sas vavaux) ou rachetant tous les vavaux disponibles sur le marché, y compris en achat à termes (et on sait comment finissent les marchés à terme :lol:). Le pourcentage des cavaleries européennes qui n'étaient pas montées sur des chevaux au mieux très moyen était très réduit, déjà vers 1806. On imagine en 1815, sachant d'ailleurs que en bataille, le cavalier avait certes une espérance de vie réduite (surtout le cuirassier et les cavaliers légers), mais son cheval en avait une bien moindre. C'est beau de lire "a eu 5 chevaux tués sous lui"; mais c'est comme le fait remarquer Austin Powers, "personne ne se soucie jamais du sort des hommes de main".... Ni de celui des chevaux! Seule la cavalerie anglaise était en moyenne bien montée, l'engagement terrestre du pays n'ayant jamais été important et les importations de chevaux, notamment arabes, pouvaient continuer par mer normalement. Sur le continent, la consommation de chevaux dépassait de loin les capacités de renouvèlement. Disons que pour 1 cavalier qui crevait dans une bataille, y'avait facile 6 ou 7 chevaux, les unités de cavalerie rentrant souvent en cercueil, mais encore plus souvent à pied, et nettement moins souvent à cheval. - sous Louis XIV, ce fut la même chose vu la dimension sue prenaient les armées françaises, et il a fallu attendre que Louvois, devenu maître des haras du Roi, orchestre une politique de près de 20 ans, pour que le cheptel suffise à assurer la quantité et une qualité moyenne correcte. - les armées de la Chine ancienne, sous les Hans par exemple (sans doute le plus grand apogée militaire de la Chine), équiper une cavalerie quidevenait professionnelle et nombreuse (face aux peuples nomades) fut toujours impossible, et qui plus est les apports d'autres races de chevaux étaient peu nombreux (la Méditerranée a toujours été infiniment plus efficace de ce côté), la qualité des montures chinoises a longtemps été médiocre. - l'empire romain et la cavalerie: une longue histoire d'amours mal satisfaites - les Anglais et la cavalerie: on sait pas pourquoi, mais au Moyen Age, ils adoraient tirer plein de flèches sur les chevaux. Vraiment spéciaux les Rosbifs. - les Hollandais et la cavalerie: on ne sait pas pourquoi, ils ne se connaissaient pas. - les Américains et la cavalerie: à cause de problèmes de retards récurrents devenus ironiquement proverbiaux, rien de valable n'est à signaler avant l'adoption d'un bébé tank, nommé FT-17 par un officier californien nommé George Patton - les Russes et la cavalerie: aussi des problèmes de retard aux conséquences fâcheuses (genre occupation de 2 siècles), notamment face à des guerriers bridés (plus que leurs chevaux :lol:) montés sur des trucs pas plus grands que des poneys. Rattrapage par la suite. Tiens, je crois que j'ai involontairement inventé un nouveau genre de blagues.... Voi si ça fait marrer quelqu'un maintenant. Attention, je prends des notes.
  8. Pour les échelons de commandement, je fais référence en fait à l'effectif que peut effectivement commander un homme sur le champ de bataille: apparemment, l'histoire prouverait que, en utilisant uniquement le vicable actuel, le groupe de combat de 8-12h, la section de 20 à 60h, la compagnie de combat de 100 à 200h et le bataillon de 300 à 800h ressemblent à des unités éternelles. La ventilation est large, mais elle correspond à des ordres de grandeur d'unités avec un certain nombre de niveaux de subdivisions ( respectivement de 0 ou 1 pour le GC, jusqu'à 3-4 pour les unités de l'ordre du bataillon). Aux grands échelons, on peut constater par exemple que même Napoléon a eu du mal à manier des armées de 60-70 000h et plus (à moins d'être extraordinairement secondé, comme à Austerlitz), du moins sur le champ de bataille (l'organisation en divisions permettant de faciliter la gestion en ordre de marche, sur le niveau opérationnel/grande tactique. Cette taille des armées est un problème de plus accru par des problèmes tels que le bruit ambiant, la fumée, les intervalles entre corps, le danger du champ de bataille (pour le messager à pied comme pour les radios).... Et à toute époque comme aujourd'hui, aussi par les distances croissantes du champ de bataille, correspondant à un mouvement éternel et jamais démenti de la ventilation toujours croissante des troupes sur le champ de bataille. Aujourd'hui, les distances sont proprement gigantesques: en moyenne 1h pour 1km carré pendant la Guerre du Golfe.
  9. Tancrède

    Marine Britannique

    C'est vraiment à ce point là? C'est plus en raison des problèmes de budget ou parce que dans l'état où il est, le remettre en état coûterait vraiment trop cher dans l'absolu? C'est vrai qu'il sert de tas de pièces détachées pour les 2 autres?
  10. Il faut (avoir le courage de) me lire, avant de poser ces questions: les réponses sont plus haut :lol:. La hallebarde n'est pas abandonnée avant Louvois, mais elle est ramenée à une place précise dans l'ordre des piquiers: les hallebardiers sont placés sur les coins des carrés de piquiers, car ils ont une bonne efficacité offensive contre la cavalerie. Ils tronçonnent le flanc des cavaliers qui passent, et les jambes des chevaux comme des cavaliers. La pique est uniquement une arme d'arrêt et de percée frontale. En moyenne, tu peux compter au XVIème siècle 15 à 20% de hallebardiers dans le total de l'infanterie de pique, qui elle-même varie de 3h pour 5 fantassins (jusqu'à 4,5 pour 5 chez les Suisses) au XVIème siècle, à 1h pour 3 fantassins au XVIIème (presque 1 pour 2 chez les Espagnols), en moyenne. L'abandon de la pique (encore une fois c'est plus haut) est total en 1708 dans l'armée française. 1693 est la date de la première charge à la baïonnette de l'Histoire; introduite par Vauban peu avant, cela indique le temps de transition (phase d'équipement total, d'entraînement, de prise d'habitude, de lutte contre les conservatismes, d'expérimentation car il faut vraiment être sûr qu'en bataille, en moyenne, c'est si pertinent....), alors pourtant qu'on est, entre 1689 et 1713, dans une période de guerre totale avec seulement 2 ans de paix entre 1689 et 1701. Guibert, dans les années 1720-1740, regrette encore la pique et préconise son retour pour une doctrine de choc, tant les résultats des tirs de salve en ligne l'impressionnent peu. Les unités espagnoles à l'épée sont les rondeleros, sorte d'infanterie d'assaut avec épée et bouclier (d'où ils tirent leur nom), mais leur efficacité est toute relative et ne marche que contre une pahlange très affaiblie ou à la base pas très cohérente. Il y eut en fait très peu d'occasions où ils s'avérèrent pertinents dans l'ordre de bataille des tercios. Ils furent rapidement supprimés dans les années 1510. Ceci dit, ce sont essentiellement des rondeleros qui firent la conquête des Amériques, où les piquiers suisses, allemands, italiens et français manquaient à l'ordre de bataille adverse :lol:. Les conquistadors sont assez peu des piquiers. C'est un autre sujet, et je crois que je l'ai évoqué ailleurs, mais il faut aussi sérieusement relativiser la vision qu'on a de la "supériorité" du modèle romain sur le modèle grec.
  11. A quel problème éternel rattacher cet événement particulier :lol:? Y'a pas que l'histoire de l'intendance là-dedans, y'a aussi les querelles de clochers internes, l'indécision, la bureaucratie (sous les Habsbourgs, l'administration espagnole et sa lenteur légendaire), le refus de rationaliser, généralment du à l'irrésolution de querelles et d'intérêts divers.... On pourrait retrouver de ce côté le problème des calibres d'artillerie depuis l'apparition de l'arme; faut pas imaginer que Gribeauval fut le premier, même en France, à instaurer la rationalisation et la standardisation. Les frères Bureaux, sous Louis XI, l'ont fait (apparition des affûts mobiles permanents), ça s'est fait sous François Ier en 1537 (7 calibres autorisés), çe fut refait par le "système de Charles IX" de 1572 (6 calibres standardisés, ainsi que les affûts).... En fait, chaque Grand Maître, puis ministre ou colonel général de l'artillerie essaya d'instaurer un système qui marcha partiellement (quand on a une masse de canons existants, on l'utilise, surtout que le remplacement par ceux au nouveau standard s'étale généralement dans le temps et traîne, et que les fonderies arsenaux sont nombreux, avec des maîtres fondeurs très indépendants). En moyenne, on en trouve 2 ou 3 par siècle, de ces standards, jusqu'à Gribeauval qui accomplit le dernier; après, au XIXème, c'est la révolution inudstrielle.... Mais la rationalité et les armées :lol:.... C'est une autre histoire.
  12. J'ai parlé de problèmes opérationnels, Davout ;), pas de politique, petit canaillou. Je ne répondrais qu'une chose: "la croyance en une guerre courte et décisive semble être l'une des plus anciennes et dangereuses illusions de l'Homme".
  13. Si les chevaux tombent, tu y es ;). Faut pas flipper sur les limites; je veux juste éviter les habituelles querelles tarte à la crème, qui durent et finissent toujours par la politique. Mais faut développer un peu les exemples qu'on balance, pas nécessairement avec un exposé complet, mais avec quelques exemples ou quelques réflexions persos. Comme le disait l'autre, faut que l'intendance suive (un peu) :lol:.
  14. En fait, les historiens militaires l'appellent phalange, mais je ne sais pas si c'est par commodité; je pense que si. Mais il faut nuancer, car le "carré", dans ces unités, est en revanche un sous-groupement authentique de l'ordre de la compagnie. J'utilise le terme de phalange pour sa puissance d'évocation (ça simplifie les posts ;)). La phalange macédonienne est en effet une formation très spécifique née de l'adoption du modèle grec (avec l'innovation de la sarisse), mais à une échelle nettement plus grande, nécessitant une organisation à grande échelle et donc une division en unités homogènes d'autant plus importantes que Philippe de Macédoine, et avec lui son glorieux rejeton, mettent au point un combat très articulé et totalement interarme (contrairement aux évolutions ultérieures du modèle macédonien) issu autant des innovations personnelles du souverain que des leçons de la guerre de Péloponèse et des conflits inter-cités qui ont suivi. L'ordre de bataille qui en résulte implique ainsi des phalanges de 1500h environs, répartis généralement sur 16 rangs, surtout par Alexandre qui fait face à des armées plus nombreuses et doit donc étendre sa ligne de bataille. Ca donne une unité qui doit bien faire ses 100 à 120m de front. A Gaugamèles comme au Granique, il en aligne ainsi 6 qui constituent la ligne principale, avec les hoplites alliés en réserve et formés, eux, inégalement en groupements de Cités. Avec les intervalles remplis par les frondeurs, archers, lanceurs de javelots et quelques fantassins légers, le tout doit bien représenter dans les 650 à 770m de front, plus le dispositif complexe de l'aile droite, vu surtout à Gaugamèles. Les Suisses sont ultra serrés, en ordre compact, rangés pour des batailles qui, au XVIème siècle, durent en fait très peu de temps: ils avancent ainsi ou se mettent en défense, et avant l'arrivée d'armes à feu en grand nombre (et ayant une efficacité correcte) dans l'ordre de bataille, ils sont virtuellement instoppables. Mais c'est du coup un front très réduit, qui correspond en fait à un ordre de bataille encore très médiéval et peut articulé: s'il y a bien un centre et deux ailes, en général, cela correpond toujours surtout à l'ordre de marche (avant-garde, centre, arrière-garde). Sur le plan opérationnel, ces 3 corps sont virtuellement indépendants pendant la bataille, sauf vers la fin. Une bataille, et c'est cela qui change lentement vers la fin des Guerres d'Italie et surtout après, c'est en fait 3 sous-batailles: les ailes les unes contre les autres, les centres l'un contre l'autre, et tout le monde attaque. On ne choisit pas de faire bloquer un des 3 en le mettant en défense pour fixer et en le dégarnissant pour aller renforcer une aile, ce qui est une des tactiques les plus simples et courante dans l'Antiquité. Le premier corps qui craque cède la place, et celui qui l'a craqué se porte rarement à l'aide des autres et va plutôt poursuivre son antagoniste, ne revenant aider que si la poursuite foire ou s'il l'annihile, ce qui explique des batailles souvent très décousues. Conjugué aux cadences lentes de l'artillerie au XVIème siècle, cela encourage en fait le choc (ou plutôt les 3 chocs séparés) direct. D'ailleurs, on garde le vocable médiéval: ces 3 éléments d'armée sont encore appelé des "batailles", quoiqu'on commence à employer le terme de "bataillon" (la bataille étant la totalité de l'armée), mais qui définit en fait ce corps composite, aile ou centre. Et chacun est composé de manière individuelle, avec de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie. Mais le choc, aux XVème-XVIème siècle, devient très rapide et intense, et très meurtrier, et ce d'autant plus que la taille des armées augmente. Si on ajoute en plus des haines particulières, comme entre les Suisses et les Allemands, on obtient des taux de mortalité qui paraissent hallucinants aux homes de l'époque. L'ordre suisse est rarement un carré, et la forme générale importe en fait peu: c'est un agglomérat de carrés ordonnancés selon l'ordre de bataille. Mais vu les effectifs concernés (on est rarement en-dessous des 4 à 5000h), cela compte peu, car de toute façon, il s'agit d'une formation très nombreuse et effectivement très profonde, dont la puissance de choc dépend en grande partie de cette agglomération sur un grand nombre de rangs. Le push of pike, ravageur et absurde, est la conséquence directe la plus extrême de cette doctrine entre deux formations analogues ayant la même tactique et le même niveau de confiance en soi, voire dans le cas suisse, d'orgueil démesuré des officiers. Blaise de Monluc confirme la brièveté de ces engagements quand ces phalanges sont lancées: il suffit de quelques minutes pour qu'une des 2 formations craque. Il faut noter les nuances du modèle suisse, d'abord parce qu'il y eut 2 époques: d'abord, celle du XVème siècle qui fut celle des cantons suisses, puis celle des mercenaires, pendant les Guerres d'Italie. C'est dans la première période que leur réputation se fait, notamment dans les Guerres de Bourgogne, et la doctrine n'est absolument pas celle qu'on connaît plus tard: les carrés sont avant tout des milices de cantons, soudées par l'esprit de corps et de lutte commune, et pratiquant un combat très mobile rendu possible par un très haut degré de cohésion. Ce sont donc plusieurs phalanges (3, voire 4) qu'on voit se déployer sur le champ de bataille et rechercher le contact. Mais ces 3 masses manoeuvrent sur le champ de bataille, dans de vraies tactiques de déploiements coordonnés (par signaux et par coureurs). En Italie, ce sont des mercenaires qui ne répètent que partiellement le modèle et connaissent plusieurs évolutions, l'esprit de corps étant différent et se teintant d'un orgueil poussé jusqu'à l'absurde. Mais ce modèle "professionnel" devient aussi infiniment plus lourd et statique: les Suisses avancent en colonnes massives et groupées pour l'ordre de marche, parfois 2 mais plus généralement une seule, et en ordre de bataille, ils restent agglomérés. Ils ne recherchent plus que le choc direct et frontal, comme une spécialisation par rapport au modèle précédent. C'est en partie une évolution naturelle et une évolution contrainte par le fait qu'il s'agit d'unités de mercenaires entrant désormais dans des armées composites là où les armées des cantons suisses étaient sans artillerie et sans cavalerie (ou presque). Ils constituaient alors la totalité de l'ordre de bataille suisse. En Italie, c'est une vraie spécialisation à laquelle on assiste, pour correspondre à un créneau de marché recherché par les souverains européens ;). L'artillerie, il y en a, de l'infanterie d'assaut, il y en a, de la cavalerie, il y en a, mais de l'infanterie "de ligne" on en manque et on n'en a jamais assez. C'est d'ailleurs un phénomène auto-alimenté: plus on a d'infanterie de piquiers, plus l'attrition est énorme, et donc plus il faut en recruter pour maximiser ces chances de décision :lol:. Les mercenaires suisses en Italie sont d'ailleurs aussi plus lourds et cuirassés, là où les piquiers des cantons ne l'étaient pas. Encore une fois, ils étaient plus mobiles et plus aptes au mouvement, devant tout faire dans la bataille. Mais on constate aussi leur spécificité: les 2 modèles ont toujours intégré des tireurs, arbalétriers (naturellement en Suisse :lol:; mais pas de pommes), puis, lentement et bien plus tard, arquebusiers, mais ils étaient peu nombreux. Leur rôle était en fait celui d'infanterie de harcèlement initial limité, et l'est resté. En conséquence, et c'est aussi sans doute lié à l'extrême confiance-orgueil des Suisses, constitutif de leur esprit de corps, leur proportion est toujours restée très basse, à la limite de l'anecdotique, ce qui a rapidement amené le déclin suisse face à des armées européennes évoluant plus rapidement. Leurs grands rivaux, les lansquenets allemands, dont l'efficacité en tant que piquiers n'a jamais atteint celle des Suisses, se sont en revanche bien adaptés au combat Pike and Shot, si bien qu'ils ont fini par surpasser les Suisses. Initialement, les lansquenets sont surtout des mercenaires souabes qui ont copié le modèle suisse, mais en ont copié d'autres ensuite en Italie. C'est une véritable concurrence commerciale à laquelle on assiste entre ces 2 grandes "entreprises", le modèle industriel allemand s'adaptant plus vite et mieux en s'inspirant des exemples rencontrés sur le marché italien.
  15. Allez hop! Nouveau sujet méta historique, pertinent pour comprendre les problèmes d'aujourd'hui. Et celui-là est précis: quels sont les problèmes qui, à toutes les époques de la guerre, se sont toujours posées aux soldats et aux chefs? ATTENTION: les limites du sujet existent néanmoins, afin d'éviter de verser dans des problèmes trop larges, voire politiques, et donc dans les grandes discussions type "le Front popu et mai 40" et autres réjouissances du genre. Donc, les histoires de financement des armées (elles ont toujours été équipées par le moins disant et les soldats ont toujours été payés comme de la merde, on le sait) ne peuvent qu'être évoquées rapidement, comme éléments circonstanciels des problèmes qui intéressent le sujet. De même pour la désertion. Le sujet concerne avant tout les problèmes concrets/pratiques, opérationnels et organisationnels des armées, des combats, des batailles et de la conduite de la guerre. Ca peut aller du combat de reconnaissance, les petites escarmouches et leur impact sur le renseignement et sur les batailles déclanchées ainsi prématurément, aux rivalités, voire guéguerres entre officiers et sous-offs (épisodes marrants compris), en passant par les querelles de chapelles, l'opposition haut commandement-hommes de terrain, la frontière, parfois subtile parfois abyssale, entre l'indiscipline et l'initiative, la Loi de Murphy (ZE must des musts :lol:).... Je commence avec mon premier exemple, à savoir l'éternel problème du commandement opérationnel au bas niveaux de commandement, à savoir cette donnée simple qui a toujours structuré les sous-unités ou petites unités et posé, sans jamais recevoir de réponse tout-à-fait idéal, la question qui se répète en fait à tous les échelons: combien d'hommes peut-on "avoir" et manier efficacement sous son commandement (direct pour les petites unités, indirect pour les grandes)? Aujourd'hui encore, l'introduction de l'internet de bataille et des systèmes de commandement et d'information repose cette question permanente sans qu'il soit possible de savoir si l'évolution structurelle qu'elle commande sera pertinente face à des adversaires dits "asymétriques" comme face à une guerre classique de haute intensité. Note pour le sujet: ces problèmes ont toujours imposé une réflexion intense, des soucis sans nombre, des querelles permanentes, et donc des chutes de cheveux importantes dues aux arrachages de cheveux (par la rage ou par des rivaux d'avis opposé) comme à la sur-réflexion et aux nuits trop courtes qu'elle entraîne, donc au vieillissement précoce de ceux qui se posent des questions ;).
  16. Déconne pas pour les armures, les Ricains font des armures en carton pâte quand ils n'ont pas de budget, c'est-à-dire quand le film a moins de 50 millions :lol:. Cela dit, le syndrôme des mauvaises armures à l'écran, c'est pas tant le carton pâte que le syndrôme armure chromée façon calandre de bagnole tunée. Boorman est le seul à l'avoir fait dans Excalibur (à côté d'armures cradasses), mais c'est voulu pour la symbolique qui est l'axe du film. LE horreurs comme Lancelot avec Richard Gere n'ont pas cette excuse. Kingdom of Heaven a heureusement des armures correctes, comme Chevalier (con, mais marrant), de même que, sur les guerres d'Itlaie, le récent Le métier des armes, sur la mort de Jean de Médicis (un peu longuet, mais très bon), ou Sans Peur et sans Reproches (mon préféré :lol:). Heureusement pour moi avec Alatriste, apparemment, j'ai que la version espagnole avec ses Hijo de Puta à répétition :lol:. On eut néanmoins pu souhaiter plus de variété dans les jurons. Le problème côté français, c'est précisément qu'il n'y avait pas d'uniforme; et les casques sont des salades à l'espagnole que les piquiers français ne portaient pas. Sans compter les cavaliers avec leurs ridicules casques à cimier (qui ressemblent beaucoupà celui de Charles Quint sur un de ses portraits). Mais côté tactique, le tercio espagnol, ou plutôt les 300h qui ont l'air de rester, suit l'organisation historique: les arquebusiers se déploient en tirailleurs devant les piquiers qui ouvrent les rangs pour les laisser passer, et retournent dans le carré quand l'infanterie adverse attaque, après avoir lâché une volée (la recharge est lente sur une arquebuse). Mais la formation d'infanterie et la charge de cavalerie française, là, c'est du n'importe quoi: la cavalerie sait depuis les Guerres de Bourgogne que la charge frontale ne se fait plus contre une formation de piquiers, du moins pas à froid. Il faut travailler au canon et/ou à l'arquebuse et attendre de voir si un point de la ligne faiblit. Sinon, la charge, et particulièrement à Rocroi, se fait sur les flancs ou sur les arrières. La cavalerie de choc, à cette époque, n'a plus de lance pour la rupture (et ce jusqu'à Napoléon) en Europe de l'ouest. Les cavaliers eux-mêmes n'ont plus que le corselet comme armure (le plastron) et encore est-il déjà largement tombé en désuétude. L'armement consiste en 2 pistolets, déchargés au pas avant la charge, et le braquemart (pas de mauvais esprit): une épée lourde à mi-cemin entre l'épée longue médiévale et la rapière du XVIème siècle. C'est, comme le sabre de cavalerie (que Turenne commencera à répandre après l'avoir vu en action dans les units de cavalerie légère croates, grecques, hongroises et albanaises), une arme longue et mal équilibrée pour le combat à pied (avec beaucoup de poids dans la pointe pour l'impact donné de haut), mais bonne pour la mêlée et la charge. Mais elle manque d'allonge, ce qui témoigne du renoncement à la charge de front. L'infanterie française à l'époque, est rangée en ligne, sauf pour l'attaque, où les piquiers forment des groupes de phalanges (plusieurs par régiment: généralement 2, qui sont en fait le signe de l'évolution vers les bataillons). Les mousquetaires donnent le ton pour les autres formations, à savoir l'évolution vers l'ordre mince et allongé de la ligne de bataille, moins pour maximiser la puissance de feu que pour limiter les dégâts face aux tirs de l'artillerie. C'est précisément le signe de l'inadaptation des tercios avec leur formation en carré, qui commence à tomber en désuétude face à l'artillerie dont les cadences de tir et la quantité sur les champs de bataille ont fortement augmenté. Un tir dans l'axe ravage toute une colonne. Ce carré est la force du Tercios, mais il est donc aussi sa faiblesse face aux évolutions de la guerre à cette époque: - face aux développements qualitatifs et quantitatifs de l'artillerie, il est la cause de rythmes d'attrition problématiques - c'est une formation défensive et peu souple d'emploi sur un champ de bataille qui devient de plus en plus, en raison de l'artillerie et de ses conséquences, mais aussi des évolutions de la cavalerie, un champ de manoeuvres plus vaste et plus complexes. Le dispositif de bataille s'étend en longueur, et chaque élément doit pouvoir aller en soutenir rapidement un autre, ou bouger vite pour se porter rapidement au contact d'un point du front adverse qui faiblit. Le Tercio, du moins les Tercios Viejos (on parle des professionnels: quel que soit la formation ou le dispositif tactique d'une armée, les recrues fraïches ne foutent rien de bon :lol:) est avant tout une formation de défense inébranlable ou d'attaque frontale. Une formation lourde, compacte et nombreuse est toujours moins mobile car sa cohésion est plus dure à garder. - à l'échelon opérationnel, les armées espagnoles de ce temps, comme les armées hollandaises, sont beaucoup plus lentes et plus dures à manoeuvrer en ordre de marche, en partie en raison de formations plus lourdes, mais aussi en raison d'un bagage plus important (il faut plus d'étapes, plus de planification, plus de protection, donc plus de prudence et plus de temps). Les armées françaises et suédoises sont alors le contre-modèle: formations plus légères et manoeuvrières, bagages moins conséquents, armées plus réduites et articulées. Cette évolution en France a commencé à partir d'Henri II et de la formation des régiments par oppositions aux vieilles enseignes, si bien qu'un siècle après la formation de l'infanterie permanente par les Suisses, les Suisses n'ont plus fait que fournir des recrues à des unités françaises. Les Suisses ont foiré l'évolution de l'infanterie pendant et après les guerres d'Italie: adoption de l'arme à feu en proportion importante plus tard, peu de conception organique de l'emploi des 2 armes.... Et ce malgré leurs déboires face aux infanteries espagnoles et allemandes, en position retranchée (comme à Bicocca) ou en combat combiné. L'orgueil, l'esprit de corps.... De même, le combat articulé, ils ne s'y sont pas fait, préférant la grosse phalange massive. De même, les tercios ont connu une évolution particulière liée à leur principal théâtre d'opérations: les Pays-Bas. Le modèle s'est avant tout adapté à la guerre statique, à la guerre de places et de sièges bien illustrée par Perez Reverte dans Le soleil de Breda: peu de batailles, théâtre d'opérations réduit, lignes de ravitaillement courtes.... Les Hollandais ont eu nécessairement la même adaptation, les leçons de Maurice de Nassau concernant surtout la formation de l'infanterie et de l'artillerie et leur emploi. La formation du tercio, c'est avant tout un carré défensif massif, peu pénétrable aux attaques d'infanterie et de cavalerie (s'il s'agit de bonnes troupes, comme dans les Tercios Viejos), avec une ligne de tirailleurs devant qui se retranche dans le carré, ou encore quatre paquets de tirailleurs aux 4 coins en cas d'encerclement. Un ordre difficile à maintenir en mouvement, surtout rapide. L'école française, surtout via Turenne, a connu la même évolution que les armées suédoises de Gustave Adolphe: une cavalerie de manoeuvre, allégée (ça, c'était depuis Henri IV qui affectionnait la charge dite "en chevau-légers"), un bagage réduit (Turenne insistait dessus), des formations d'infanterie plus légères et articulées (en compagnies, puis en bataillons), une artillerie mobile et une grande place à la guerre de mouvement, aux niveau opérationnel et tactique. Turenne, Gustave Adolphe, Condé, Bernard de Saxe-Weimar et Montecuccoli sont les hommes de ce modèle de guerre qui est avant tout celle du théâtre d'Allemagne, plus vaste et plus dévasté. La guerre des Pays Bas est différente et suit autant la nature du théâtre que les objectifs stratégiques assignés par le haut: la conquête des villes, permanente, les garnisons importantes.... C'est encore la guerre du XVIème siècle par bien des aspects: les quelques grandes batailles ont lieu à proximité des villes et correspondent surtout à des attaques d'armée allant commencer un siège ou étant en train de le faire.
  17. Tancrède

    Ici on cause MBT ....

    Y z'ont juste fait un essai d'accélération
  18. Tancrède

    Ici on cause MBT ....

    Un encouragement pour tous les équipages de VBL dans l'ABC :lol:. J'adore les commentaires du gars, qui enlèvent le gros de la honte infligée par les commentaires de nos journaleux le 14 juillet: le canon du challenger est plus précis, c'est le tank le plus rapide en offroad.... Ouaip, mais j'ai plutôt l'impression que les p'tits gars ici veulent causer matos :lol:. On peut donc raffiner en se demandant si cette marge du Leclerc existe techniquement dans une mesure suffisante pour offrir des possibilités tactiques plus vastes au-delà du niveau de l'opposition char contre char ou peloton contre peloton: si ça offre une marge de manoeuvre supérieure pour un chef d'escadron, on peut commencer à parler.
  19. Tancrède

    Ici on cause MBT ....

    Bon, pour les matheux, je crois me faire l'écho de beaucoup de monde en exprimant mon appréciation critique de vos admirables posts: gné ????!!!! à Ca c'est la question générale. Mais en affinant pour centrer vers l'élément de vérité sur llequel on pourrait tomber, la question devient et se décompose en: dans quelle mesure en sont-ils capables? Le différentiel en la matière du Leclerc est-il significatif? Et, fin du fin: ce différentiel, s'il est significatif, a t-il une pertinence tactique réelle donnant un avantage net dans l'optique pour laquelle notre MBT national a été conçu, à savoir l'affrontement de divisions blindées?
  20. Y'en a pas mal, mais c'est souvent de la production américaine pour les Américains, dans les années 40-50-60: ça pue le patriotisme bon marché, les hommes sont des super héros et les Japonais des méchants très méchants, la guerre est belle et juste.... Faut quand même pas dire qu'il n'y a pas assez de films sur la 2ème GM: j'en aimerais plus sur d'autres conflits tout aussi importants et sur lesquels on n'a rien ou presque. Quelqu'un connaît beaucoup de films sur les guerres de la Révolution et de l'Empire (je parle sur les guerres elles-mêmes, pas des à-côtés politiques, humains ou sentimentaux; oui, j'adore les Duellistes, mais c'est pas sur la guerre)? Y'en a pas des masses, et pas de bons, seul le Waterloo de Bondartchuk ayant un semblant de quelque chose. La Guerre de 7 ans qu'on appelle aussi le vrai premier conflit mondial? Barry Lyndon l'évoque 1/4 de seconde, et sinon c'est le dernier des mohicans et un vieux clip de Mylène Farmer :lol:. Les Guerres de Louis XIV? Queud'chi! La Guerre de Hollande? Nada! La Guerre de Trente Ans, au moins aussi importante dans l'Histoire que chacune des 2 GM? Rien de tangible! Les Guerres de Religion? Peau d'zob, sauf la Reine Margot, plus versé dans les turpitudes sexuelles et les cris constants d'Adjani. Les Guerres d'Italie? A part Sans Peur et Sans Reproches que j'adore :lol: mais qu'est pas vraiment un film sérieux.... La Guerre de Cent Ans? Apparemment, on ne s'intéresse quà Sainte Jeanne. Les guerres de Bourgogne, qui ont failli bouleverser l'avenir de l'Europe? Peau d'zob! Les croisades (à part Kingdom of Heaven qui ne parle pas vraiment des croisades mais qui est salement beau)? La 1ère Guerre de Cent Ans (avec Bouvines dedans)? Les guerres entre Guelfes et Gibelins (j'adorerais un film sur Frédéric II Hohenstaufen)? La Reconquista? La Guerre entre les descendant de Charlemagne (qui a un tantinet décidé de l'histoire européenne du millénaire suivant)? Charlemagne lui-même? Les Grandes Invasions? La Guerre du Péloponèse? Les Guerres Byzanto-Perses? La fin de l'Empire d'Occident? La guerre des Gaules (pitié, ne me balancez pas l'horreur de Christophe Lambert: c'est pas un film)? Les Guerres Médiques? Les Guerres Puniques? Bref, j'en oublie beaucoup, mais le point est qu'il n'y a quasiment rien de fait dans cette liste: presque rien. Et s'il faut enlever les films muets d'avant 1914 pleines de grandes fresques ultra nationalistes, il ne reste qu'un gros vide.
  21. Et dans les 2 cas: il y a des trucs de faits là où ça gratte pas et où ça dérange personne. Mais tout le monde fait ses propres programmes et garde ses technologies là où ça compte. Quand aux OPEX, merci les missions de bonnes consciences et d'assistantes sociales qui ne marchent que pour le symbole, coûtent cher et ne rapportent rien politiquement. C'est du folklore, pas de la puissance. L'UE s'est faite pour échapper à la tutelle US???? Elle sort d'où celle-là? Pour se doter d'une structure hors OTAN :lol: :lol: :lol:????!!!! On attends toujours. L'OTAN est dans le projet de constitution; de fait, c'est quasiment une acceptation de protectorat US. L'Europe n'est pas une puissance économique, puisqu'elle ne réfléchit ni n'agit comme un corpus, et ne profite surtout pas d'une mise en commun des moyens de la puissance, même seulement autour du domaine économique: tout le monde se tire dans les pattes. Faut vraiment arrêter ces délires là: la puissance, ça se constate, or là, il n'y a rien à constater. On ne pèse pas, ni isolément ni ensemble, sauf à l'occasion sur quelques points très particuliers. C'est pas du dénigrement ou du chouinage, juste un constat: l'UE n'existe pas en termes de puissance, et c'est pas une addition artificielle de chiffres qui fait une puissance. Une fusion, c'et autre chose. Et les places au CS, elles changent quoi? Elles amènent quelle influence? Elles permettent de promouvoir quels intérêts? Elles permettent de s'opposer aux USA ou à la Chine? Nib, nada, que dalle. C'est juste une habitude qui persiste; aucun statut n'apporte de la puissance; les moyens, les capacités, la possibilité d'intervenir, la possibilité d'appuyer, la capacité de négociation à tout instant, ça c'est de la puissance, et les arbitrages et évolutions des 20 dernières années (économiques, commerciaux, financiers, politiques, militaires, culturels) prouvent que c'est pas vraiment dans le sens de nos intérêts et de nos desideratas que le vent a soufflé. Je ne chiale pas dessus (j'en ai un peu rien à foutre pour tout dire), je ne peux que constater l'évidence. L'UE s'est faite uniquement dans la mesure où l'oncle sam l'a laissé faire: il veut de la cohésion en Europe, mais il ne veut pas un pôle de puissance: c'est exactement ce qu'il a. Et plus l'UE s'élargit (ce qui énerve les Russes et nous met aux premières loges -pas les USA), plus une direction politique devient hypothétique. Et avec dans l'UE un très fort pôle d'atlantistes forcenés qui ne veulent en aucun cas ni offrir un contrepoids aux USA ni faire l'effort nécessaire au fait de devenir une puissance, c'est pas parti pour changer. Sans même compter qu'aujourd'hui, le gros des pays de l'UE n'est jamais rentré pour l'idée d'un projet d'union politique. Ce projet n'a existé que dans l'esprit des fondateurs. Et rappelons que le problème de l'arme nucléaire, c'est aussi son avantage: ça ne marche que dans un système d'opposition à un pays qui l'a aussi, et qui n'en a pas qu'un peu. Le non usage découle de là, et il est contraint. L'autre non usage est évident: on ne peut s'en servir contre qui ne l'a pas, c'est un des principes même qui évite la prolifération. En aucun cas ce n'est le choix d'un pacifisme béat ou de qulconques idéaux qui feraient de l'usage ou du non usage un libre choix. C'est un système de garanties et de contraintes: ça ne peut pas marcher comme politique de la canonnière. Y' toute une littérature là-dessus, depuis les années 50.
  22. Croix de fer, effectivement; j'avais bien aimé. Y'avait aussi "l'autre" Stalingrad (vu il y a longtemps) qui avait quelque chose. La Bataille d'Angleterre: beurk. 1941: la seule comédie de Spielberg, excellent, vraiment à crever. Ca Et Papa Schultz :lol:.
  23. T'es vache: le treillis vert pomme, c'est à cause du technicolor et du vieillissement des bandes, voire pour certains des premières techniques de colorisation de bandes en noir et blanc :lol:. Aaaah, la bataille des Ardennes dans la Sierra Nevada (c'était pas plutôt en Italie, côté Abbruzzes et Pouilles, là où ils ont fait plein de westerns spaghettis?), que de souvenirs.... Un pont trop loin et la ligne rouge, pour la 2ème GM, ou ce film dont le nom m'échappe sur des soldats allemands sur le front de l'est (bien cradasse). Evidemment, visuellement, le soldat Ryan et la série de Spielberg, de même que le Stalingrad d'Annaud: quand on a les moyens et le savoir-faire, c'est imbattable pour la reconstitution.
  24. Remarque très épineuse: l'outil fait de nobles dans leurs délires et l'absence de discipline, c'est l'extrême point de décadence d'un système qui a eu sa pertinence et une meilleure discipline jusqu'au milieu du XIIIème siècle. Mais cet outil n'est pas réellement une armée en l'état; mais c'est une autre discussion, parce qu'en l'occurrence, elle revient à faire le débat de savoir si le chevalier est un soldat, un guerrier ou encore autre chose. Le fait est que la bataille de charge après une bonne reconnaissance était applicable, vu qu'elle le fut avant et qu'elle le fut après (Patay en est l'exemple le plus criant, mais il y en eut d'autres). Et pendant la campagne d'Azincourt, c'est ce que recherchaient le connétable d'Albret et le maréchal Boucicaut qui savaient bien qu'on ne combat pas sur un terrain qu'on n'a pas choisi, et surtout encore moins un terrain que l'adversaire a choisi et sur lequel il a eu le temps de déployer tout son dispositif défensif (qui est la seule situation où l'armée anglaise, faite aux 2/3 d'archers et quasiment sans cavalerie). Le fait est que le problème est celui dun commandement, qui est parasité par des personnages de trop grande importance qui sapent l'autorité du connétable (pourtant chef des armées; sur le plan opérationnel, le titre de connétable passe même, en théorie, au-dessus des ordres du roi) et du maréchal Boucicaut, ce qui a pour effet de laisser les masses de chevaliers s'adonner à leur tempérament. Ces hommes: Orléans, Alençon, de Bar, le frère du Duc de Bourgogne, tous grands féodaux plus ou moins autonomes, ou proches du roi. Eux ne sont pas enrôlés dans une armée ou convoqués au Ban: ils s'y invitent s'ils en ont envie. Et s'ils ne répondent pas au Ban, personne ne leur en tiendra rigueur. Ce sont eux qui posent problème, même pas la multitude de seigneurs d'un rang au-dessous; ceux là ne mouftent jamais contre le roi tant qu'il n'y a pas au moins un grand féodal qui se soulève (de préférence un qui est près de chez eux, voire celui dont ils sont vassal). La faute est au système de commandement, qui sape l'autorité. Le même outil, avec une chaîne de commandement claire et un chef pas trop con, aurait changé la donne du tout au tout (ce qu'Henry V savait très bien, vu qu'il a commencé son mouvement de retraite vers la mer dès qu'il a su que l'host était rassemblé), ce qui est arrivé à Patay, avec peu de moyens, et le même outil (encore pire même, vu que Patay ne concerne que l'avant garde française de cavalerie; pas de fantassins, pas d'arbalétriers), et même pas mal de personnages qui étaient à Azincourt, au premier rang desquels les boss de l'avant garde, la Hire, et son pote Xaintrailles. Que le système militaire fondé sur la féodalité soit pourri aux XIVème-XVème siècles, c'est un fait, mais il peut encore fonctionner en tant qu'arme opérationnelle.... Tant que ceux qui pèsent lourd ne viennent pas parasiter le commandement. Ce qui est encore plus lamentable dans les dafaites françaises de la Guerre de Cent Ans, c'est que l'armée qui a le moins d'options tactiques est l'armée anglaise: peu mobile et condamnée à la bataille défensive sur positions préparées. 2/3 d'archers qui ne peuvent pas faire autre chose que tirer (et éventuellement, ponctuellement, jouer les écorcheurs et achever les blessés), ça laisse peu de possibilités de changer son dispositif. La cavalerie, légère (hobelars) comme lourde (chevalerie) est trop réduite (pour limiter le train, mais surtout, pour éviter les féodaux turbulents et contestataires), et l'infanterie n'est pas énorme non plus et n'a rien d'exceptionnel. En bref, l'armée anglaise n'a que 2 forces: ses archers et son commandement. L'emmerde est que l'armée française n'a qu'une vraie grosse faiblesse alors: son commandement. Pas que les commandants en titres soient cons incompétents ou indécis; mais ils ne peuvent commander réellement (l'inverse de 40 en somme :lol:). Sinon, l'infanterie n'est pas plus mauvaise que l'anglaise, et elle est nettement plus nombreuse à Azincourt, les arbalétriers tirent moins vite que les longbowmen, mais ils portent aussi loin et peuvent compenser les différences de cadences par le fait que chaque tireur est accompagné d'un pavesier pour le protéger (avec un gros pavois d'1,8m sur 90cm), la cavalerie est infiniment supérieure en nombre et constituée des meilleurs combattants de ce temps, et la chevalerie démontée, ben.... C'est les mêmes, moins le cheval :lol:. Et les courroies de commandement existent (signaux, sonneurs, coureurs, estafettes montées), comme l'organisation: ce ne sont pas des unités standardisées, mais il y a bien des groupements et sous-groupements, avec une claire notion de hiérarchie. C'est d'ailleurs le problème: cette hiérarchie reflète la hiérarchie de la noblesse. Et la merde, c'est qu'au sommet de l'armée, y'a un mec, mais qu'il y a aussi 3 gars nettement au-dessus de lui socialement et psychologiquement. Et leur influence profite et parasite cette chaîne de commandement: oui, les nobles se sont rués à l'assaut comme des cons en piétinant leurs arbalétriers et en se pressant les uns contre les autres dans un couloir de gadoue qui est en fait un corridor de tir. Mais ils ont commencé cette charge en obéissant à des ordres donnés par des gens qui n'avaient pas à les donner: les cavaliers ont attendu d'avoir ces ordres pour s'élancer. Azincourt avait tout pour ne pas être perdue, d'abord et avant tout parce qu'elle n'avait pas à être livrée: combattre Henry V, c'aurait du être ailleurs et à un autre moment, et c'était ce que voulaient d'Albret et Boucicaut qu'étaient pas cons (l'expression "blanchis sous le harnois", ça date un peu de cas gars là; ils en avaient vu d'autres). C'est aussi le sens que je donnais, grosso merdo; mais ce sont bien sûr des divisions artificielles: le commandement, même haut, intègre aussi la chaîne informationnelle depuis le plus bas échelon, de même que l'outil intègre la chaîne de transmissions depuis tout en haut, mais il faut bien se faire sa grille de lecture, donc opérer des distinctions qui ne peuvent en aucun cas être considérées comme absolues. De même que le commandement concerne aussi, dans une certaine mesure, une partie des chefs opérationnels à tous les niveaux puisqu'ils viennent des mêmes cursus et formations intellectuelles, et concourent d'un même esprit national, sans même compter l'esprit de caste, particulièrement puissant chez les officiers allemands de la "vieille" armée (contrairement aux SS ou aux officiers de la Wehramcht ayant connu un avancement rapide via le nouveau régime). Il y a une façon de voir les choses qui est celle des officiers de terrain par rapport aux officiers d'EM, mais ce n'est toujours qu'une partie de leur vision, l'autre partie intégrant aussi ces facteurs. Attention, je n'ai jamais dit non plus que les outils étaient équivalents, avec une armée française qui compenserait avec X ce qu'elle n'avait pas dans y. L'outil français était clairement, au global, désavantagé. Je dis juste que ce déséquilibre n'est pas suffisant pour que le résultat ait été écrit d'avance et qu'on puisse parler avec ce terme caricatural d'avoir "une guerre de retard". Je dis plus précisément que 3 facteurs, ou 3 familles de facteurs, font la décision, et que dans l'exemple particulier de 40, les avantages de l'outil allemand eussent pu être contrebalancés par un bon commandement français sachant jouer de ce qu'il avait de fort, mais aussi par un autre jeu des circonstances parfois très particulières voire purement fortuites, qui constituent ce que j'appelle la contingence. Et l'exemple particulier du passage de Sedan, surtout mis en opposition avec l'absurde maintien de 40 divisions et du gros de l'artillerie en haute Alsace, derrière la Ligne Maginot, est une manière de souligner mon point. C'est pourquoi je ne le place pas au rang des analystes militaires sur qui se baser ;); je rappelais juste cette image qu'il montrait et qui correspond à une réalité historique constatée (qui n'était d'ailleurs pas une première pour les Russes ou pour d'autres pays, nombres de soldats de l'an II ou même de volontaires de 1791 pourraient en témoigner). On ne peut pas le blâmer pour sortir une image particulièrement cinégénique (il a de bons documentaristes.... A défaut d'avoir un bon scénariste :lol:). Gngngnh! Patton a donné un autre tempo, même sil est vrai que sa grande percée n'aurait pu se faire sans la capacité de bombardement absolument massive des alliés. De même, la campagne d'Alsace de Leclerc a de la gueule. Ceci dit, même à Market Garden, la percée du général Aurocks n'a rien de honteux; c'est la planification d'en haut et la gestion du renseignement, notamment par un certain général très prétentieux, qui a trop demandé d'une situation. Si, si, tu fus limpide. mais je ne limitais pas l'outil à la partie purement mécanique; j'intègre aussi l'organisation humaine. Mais comme je l'ai dit plus haut, ces divisions sont toujours artificielles, donc imparfaites: faut pas trop les prendre de manière arrêtée, et surtout pas les voir de manière cloisonnées. Mais encore une fois, je ne nie pas un avantage certain de l'outil allemand; c'est juste que je ne vois pas une supériorité suffisante pour que le résultat ait été inévitable. Le commandement et la conjonction d'événements et de circonstances ont joué un rôle plus grand selon moi. Et le haut commandement français est le premier fautif. Ceci dit, faut pas non plus voir les bas échelons français comme robotisés et soumis absolument aux ordres d'en haut. Y'a un échelon auquel ça bloquait sévère et où le contrôle de l'EM général pouvait se faire sentir, c'est le niveau armée: c'est à ce niveau là que la transmission horizontale et les conflits d'intérêts et de vues pose un vrai problème, et que le point référent de l'EM général pâtit plus de ses décideurs, ou plutôt de son décideur en chef (qui arbitre en politique, en retard, temporise....) que de sa chaîne d'ordres. Et je ne parlerais même pas de ses choix stratégiques (où là le politique joue un rôle); il paraît qu'il y a des bouquins là-dessus :lol:.
  25. C'est pas exactement ça: ce qu'on voit dans le film est un affrontement de formations de piques plutôt normal: les piquiers essaient de se moucher individuellement et de maintenir la formation et l'alignement des piques en attendant que la ligne adverse flanche en un point. Les "enfants perdus", sous la ligne de piques, essaient d'aller trancher les jarrets ou planter le bas-ventre des hommes du 1er rang d'en face, mais passent évidemment le plus clair de leur temps à se friter à 4 pattes entre eux. Le "push of pike" est une monstruosité qui a disparu à l'époque de la bataille de Rocroi, et on ne l' en fait vue quasiment qu'à l'occasion des guerres d'Italie. C'est avant tout la marque de fabrique initiale des Suisses, et leur tactique déployée depuis la 2ème moitié du XVème siècle, redoutablement efficace et sans parade initialement parce qu'aucune formation équivalente n'existe en face: donc ils faisaient un push of pikes, mais contre des infanteries non regroupées en phalanges massives en mouvement et ne pratiquant pas un tel combat groupé de grandes piques. Le résultat était meurtrier mais uniquement sur les premiers rangs. Seulement, dans les guerres d'Italie, tout le monde s'est mis à pratiquer, avec diverses variantes, ce genre de combat, et au premier rang les lansquenets allemands, qui ont tout pompé des Suisses et commençaient à leur piquer aussi beaucoup de contrats (condotta) car ils n'avaient pas les mêmes restrictions légales qui commencèrent à tenir les cantons suisses (dont les mercenaires, vers la fin du 1er tiers du XVIème siècle, ne pouvaient plus avoir de contrat qu'avec le roi de France) et qu'ils étaient moins chers, et rapidement plus abondants. Les Espagnols et les Français s'y sont aussi mis, mais la particularité supplémentaire entre lansquenets et Suisses est que rapidement s'est installé entre eux une haine radicale, dont témoigne l'absence totale de pitié après une bataille, où les mercenaires vainqueurs étripaient les mercenaires prisonniers (concurrence non règlementée :lol:) sans même voir s'il y avait moyen de rançon, et engageaient la poursuite même si ce n'était pas utile. Le massacre était recherché entre Suisses et Allemands, officiers compris (alors que prisonniers, ils valaient cher). Le push of pike correspond à ce climat: ce sont les deux formations pike and shot qui oublient la phase shot et se ruent l'une sur l'autre, sans restriction. on est homme contre homme, les lances sont emmêlées, les formations imbriquées, les rangs compactés.... Et le taux de mortalité est proprement affolant: la bataille de Cérisoles en est un exemple, de même que la bataille de Ravennes en 1512. Rien que pour que les formations arrivent à ce degré d'imbrication, un quart des 2 effectifs a du déjà y passer, même si pas mal d'entre eux restent debout tant la masse est compacte. Ca sent la tripe et la sueur, et on marche (plutôt, on fait du sur place) dans le sang et les cadavres. Comme dans les affrontements de phalanges, les rangs se tiennent les uns les autres et les 2 formations poussent de toute la profondeur de leurs colonnes, ce qui aboutit au résultat que le tout opère une lente rotation en sens inverse des aiguilles d'une montre, la poussée n'étant pas exactement vers l'avant. On déporte en moyenne toujours un peu vers la droite et on pousse toujours un peu plus vers la gauche, étant donné que la pique est tenue à droit: c'est ce qu'on appelait avant "le sens du bouclier" (quand il y en avait un). Et dans toute cette presse, les mecs au milieu n'en mènent pas large et doivent essayer de dégainer un couteau pour étriper de tout près, au milieu des masses de piques qui pointent dans tous les sens, y compris vers le haut, au milieu du pack, là où la pression est maximale. A ce moment, c'est à qui craque le premier; il peut suffire qu'on homme flanche au mauvais endroit pour que la pression ne suffise plus: le mouvement s'accélère, un espace se recrée avec une formation qui a l'avantage, et là le massacre s'accélère. On essaie généralement d'éviter ça, côté commandement, car même la formation qui gagne en a pris plein la gueule. Dans Capitaine Alatriste, on a un affrontement de piquiers nettement plus civilisé: c'est en formations maîtrisées, et rien de décisif n'est lancé tant qu'on n'a pas une ouverture (ce qui n'arrive pas à l'écran). D'autant plus qu'à cette époque, la proportion de piquiers a nettement baissé, et les cadences de tir des arquebusiers et mousquetaires se sont accélérées (même si c'est pas encore fabuleux). Pour la rubrique du pinailleur, quelques regrets technique de cette partie du film: - les drapeaux de tercios et de régiments sont peints: ça fait cheap pour ces emblèmes normalement cousus (assemblés) ou brodés, ce qui ajoutait à leur importance et à la fierté qu'ils véhiculaient. - le combat se passe sous les murs d'une ville (Rocroi on suppose), alors qu'il était dans une plaine (ce qui a d'ailleurs précisément permis à Condé de se la jouer Hannibal avec son contournement) - on a l'impression qu'il ne reste que le tercio de Carthagène; et le carré doit pas avoir plus de 300h à tout péter: techniquement possible, mais à ce compte, il n'aurait suffit que de quelques salves de canons. Et contrairement à Turenne, Condé cherchait l'anéantissement d'emblée - les formations de piquiers, en tout cas côté français, devraient avoir des piques longues (arme d'arrêt et de combat d'infanterie) et des hallebardes sur les flancs (arme de combat d'infanterie et faite pour écharper la cavalerie qui passe sur le côté) - les tercios ont leurs drapeaux individuels, mais côté français, on n'a que la bannière de France et le drapeau de St Martin (la croix blanche sur fond bleu), emblème général de l'armée. Les régiments ont queud'chi :'(. - les Français sont quasiment en uniforme, chose qui n'arrivera, lentement, que 20 ans plus tard. A cette époque, seule l'armée suédoise a un semblant d'uniforme - les cavaliers français portent des casques à panaches particulièrement ridicules (un genre de salade ou de morion renforcé à l'espagnole, avec un panache par-dessus): à cette époque, le seul élément d'armure qui demeure, c'est le corselet, ce reste de cuirasse qui sert de plastron. Mais je pinaille, les déploiements, en tout cas côté espagnol, sont corrects: en carré massif, avec les mousquetaires au centre quand la cavalerie charge, et déploiement de ces derniers sur 3 lignes au premier rang (ils passent par l'ouverture des rangs de piquiers) quand elle retraite et quand l'infanterie adverse commence à avancer. Côté français, on voit pas grand chose pour l'infanterie; les cavaliers sont un peu plus mis en évidence, avec des pistolets brandis. A cette époque, l'usage commence à disparaître: les cavaliers déchargent leurs pistolets en approchant au pas, mais n'exécutent plus ensuite la caracole pour recharger alors qu'un autre rang de cavaliers les remplacent. Ils s'avancent, tirent, puis chargent, ou flanquent.
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