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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. J'adore :lol:! Mais si c'était vraiment ça, la question deviendrait: qui sera Palpatine? Je vois pas vraiment les conditions réunies pour qu'émerge une telle personne. Ceci dit j'entends des trucs en interne sur la présidence tchèque :lol:: heureusement qu'ils sont là! A côté d'eux, la France de NS paraît conciliante, constructive, aimable et modeste.
  2. J'ai pas cherché à être exhaustif sur l'entraînement, mais effectivement, Ammien Marcellin et Végèce insistent sur l'importance du corps à corps, qui fait partie de l'entraînement individuel au même titre que l'escrime. Cependant, le pancrace n'est pas une méthode de close combat: le pancrace classique s'apparente à une boxe poings-pieds très libre avec plein de coups de putes, incluant des clés de bras, des étranglements et des projections. Mais il n'a pas vraiment de techniques au sol complètes (bien qu'une partie du combat se fasse au sol, généralement plus ou moins à genoux). Son but n'est pas vraiment le KO ou la mort (et certainement pas une victoire au points :lol:), mais la soumission de l'adversaire. Il se pratique avec des cestes, c'est-à-dire des gants matelassés garnis de morceaux saillants de plomb (je laisse imaginer la gueule des pratiquants après un combat), mais il se faisait aussi, pour les Jeux Olympiques, à poings nus. Je précise que bien que pratiqué dans le contexte d'un sport, le pancrace se faisait en pur full contact: c'était assez sanglant. Le Pancrace moderne, qu'on voit dans des compétitions spécifiques ou bien dans les événements de MMA comme le K-1 ou l'UFC, est une pure invention des 20 dernières années (ressortie par un Japonais en 1993!), qui a réutilisé le nom et n'a pas grand chose à voir avec la boxe grecque qu'était le pancrace à l'époque qui nous intéresse. Le corps à corps avait ses propres disciplines dont les noms nous sont mal connus, si tant est qu'il y ait eu une classification telle que nous en avons aujourd'hui: le pancrace devait en faire partie au même titre que des formes de la lutte que nous appelons aujourd'hui gréco-romaine, issues de la lutte grecque, le Pale. Ces différentes formes de combat au corps à corps faisaient partie de l'éducation à la romaine, pratiquées aussi bien dans les écoles que dans les gymnases. Il va sans dire que les entraînements militaires devaient leur faire une part. Mais il est douteux que le pancrace ait été enseigné en tant que tel dans l'armée romaine (quoiqu'il ait du inspirer des méthodes de combat spécifiques). Il faisait partie de l'entraînement régulier des armées grecques classiques, particulièrement les armées professionnelles (spartiate et macédonienne). La lutte était aussi nettement prisée (offrant les techniques de sol), de même que certains types de combat de l'art gladiatoral (particulièrement les techniques des mirmillons, proches de l'armement des légionnaires). Ces méthodes de combat à main nues ont largement fait tache d'huile chez les Romains, au même titre que les Humanités; il s'agissait donc de sports très répandus même dans la société civile. L'armée ne ouvait évidemment que développer cet engouement, puisque son entraînement de base était initialement une extension appliquée de "l'éducation idéale" des jeunes patriciens romains, extension promue par Marius quand il ouvrit le recrutement aux basses classes et créa la première armée professionnelle. Mais il y eut aussi un rejet de ce côté: c'est d'autant plus vrai avec l'ère chrétienne qui vit l'Eglise finalement réussir à obtenir de Théodose, en 393, l'interdiction formelle des JO, des combats de gladiateurs et celle du pancrace. Dans l'armée, l'entraînement ne fut pas concerné, apparemment (heureusement). On notera la persistance de cette interdiction quand Coubertin rétablit les JO: le clergé approuva l'idée, mais interdit le rétablissement du pancrace dans ces nouveaux JO.
  3. Je comprends mieux le sens de la question. Le propre du Comitatus est d'être plus un ensemble de spécialistes sélectionnés. Mais vu le temps, l'organisation relativement territoriale des 4 grandes préfectures et les distances, ainsi que souvent les différences de nombre de volontaires par régions, les unités régulières du comitatus sont fréquemment "régionales" (à prendre au sens large). En revanche, les Palatins (entre 1/3 et la moitié de l'effectif du comitatus) le sont moins, puisqu'ils sont souvent issus d'une sélection en provenance des unités du comitatus ils concentrent le gros des vétérans). C'est la même chose pour les Scholae. Les Palatins en général sont donc vraiment des unités "impériales", avec une faible connexion géographique. L'aspect "régional" des unités régulières du comitatus est à prendre au sens des 4 grandes préfectures. Chez les Limitanei, la dimension régionale est quasi totale, sauf pour les effectifs de la défense côtière qui sont en partie des spécialistes pouvant venir d'autres régions.
  4. J'embraye sur le devenir de l'armée de l'Empire d'Orient, qui commence à se différencier à partir du règne de Théodose, soit vers la fin du IVème siècle et le tout début du Vème siècle, c'est-à-dire, en fait, quand l'armée d'occident commence à se barbariser sous la pression des événements. Elle ne prend pas un nouveau visage: au contraire, elle se dégage des contingents de mercenaires barbares et retourne à un modèle romain. Mais elle opère des changements dans les proportions d'unités, la cavalerie, en particulier, montant un peu en puissance, passant d'environs 10% des effectifs à 20% en moyenne. Effectif On notera que jusqu'à l'apogée Justinienne, l'effectif ne cessera de regrimper. L'oeuvre de l'Orient ne doit pas être mésestimée: la débarbarisation a été accompagnée d'une remontée en puissance qui a permis une grande période d'expansion. Quand on pense que l'armée duale de tout l'empire romain permettait de parer aux menaces potentielles et avérées, et éventuellement de réunir une grande armée pour une campagne (en plus de la défense), ou deux plus petites, on doit se rendre compte de la puissance acquise aux Vème-VIème siècle. En plus de la défense bien remise sur pied, l'armée byzantine pourra mobiliser des effectifs de manoeuvre suffisants pour reconquérir la quasi totalité du bassin méditerranéen ET mener son éternelle guerre de frontière contre la seule autre grande puissance de l'époque, les Perses sassanides. Les estimations réalistes placent l'effectif du milieu du Vème siècle comme remonté à son niveau d'avant Andrinople, à savoir dans la gamme des 200-250 000h dans la seule armée de terre (40 à 50 000 dans la marine), dont entre un tiers et la moitié pour le Comitatus, et ce sans effectifs barbares. Le Comitatus devait donc tourner aux alentours des 100 à 120 000h, dont 20 à 30 000 cavaliers. Organisation Le Comitatus était alors réparti en 5 "groupes d'armées" autonomes. On suppose que ces groupes correspondent, dans notre système moderne, à 5 corps d'armée avec un Etat Major opérationnel et la logistique calibrée pour les faire opérer seuls (ou pour former une plus grande armée). Bref, il y a 5 Etats-Majors de Force :lol:. Ces Groupes d'armées sont de 2 types: les Comitatus Praesentales, qui sont les "Escortes Impériales", soient les pures forces stratégiques de réserve et de déploiement, et les Comitatus stricto censu, qui sont les armées régionales des zones stratégiques. Ces dernières sont 3: Moyen Orient (centre opérationnel à Antioche), Adriatique (en Illyrie, à Sirmium, aujourd'hui Mitrovica) et Balkans (centre opérationnel en Thrace, à Marcianopolis, sur la Mer Noire). Il existe aussi deux EM permanents plus petits pour le comitatus: l'Egypte (coeur de la production agricole) et l'Isaure (sud de l'Anatolie), ce qui prouve en fait l'estimation des niveaux de menace de l'Empire. Ces 3 grands EM sont confiés à des Magister Militum. Les 2 petits EM (confiés à 2 Comtes) sont chargés aussi bien de contrer une menace régionale (confins anatoliens et Caucase pour celui de l'Isaure, désert égypto-lybien et Arabie pour celui d'Alexandrie) que de porter éventuellement assistance à celui du Moyen Orient en cas de conflit majeur avec les Perses. Mais on voit aussi l'importance cruciale des Balkans qui ont 2 EM très rapprochés, sans même compter les 2 EM Praesantales qui sont très proches. Les Comitatus Praesantales sont 2: une à Nicomédie et une à Nicée, toutes deux proches de Constantinople. Eux aussi sont confiés à des Magister Militum. Ces centres opérationnels sont très importants, puisqu'il s'agit réellement d'EM projetables, mais aussi de centres adminsitratifs de commandement et d'organisation de l'armée (entraînement, logistique....). C'est autour de ces centres que se répartissent les bases et l'entraînement, et c'est là que se prennent les quartiers d'hiver. Les Limitanei ont leurs propres commandements: ils sont organisés en "groupes d'armées des frontières" (exercitus limitanei), par région. Il y a en tut 13 régions de commandement des Limitanei, toutes confiées à un Dux (chef, plus tard un Duc). Mais ils sont sous le commandement opérationnel des Magister Militum des 5 grands commandements On a pu dresser une "photo" du comitatus à la fin du IVème siècle (effectifs en estimation moyenne): - l'empereur garde environs 3500h: ce sont les 7 scholae palatina directement sous son contrôle. 40h de ces unités sont sélectionnés pour former les gardes du corps de l'Empereur: ce sont les Candidati, et leur signe distinctif est la cape blanche. - le Comes Isauria n'a qu'environs 1000h en propre (ils travaillent beaucoup avec les limitanei) - le Comes Rei Militari Aegypti dispose de 15 000h environs - Magister Militum per Illyricum: 16 000h - Magister Militum per Thracias: 27 000h - Magister Militum per Orientem: 20 000h - Magister Militum Praesentalis n°1: 22 000 Palatins - Magister Militum Praesantalis n°2: 23 000 Palatins Les 2 comitatus praesentales concentrent 75 à 80% des unités palatines. Les 20% restants constituent l'élite des 3 grands Comitatus régionaux. A cette époque là, les barbares (non comptés ici) sont encore très présents comme mercenaires: on peut donc imaginer un totale de l'armée mobile dépassant largement les 130 000h. Mais, loin des critiques qu'il a reçu, on peut aussi mesurer l'oeuvre de Théodose. Le latin continue à être la langue de cette armée, et ce jusqu'au VIIème siècle, tant par tradition que parce qu'une bonne moitié des recrues du Comitatus vient des régions de Panonnie et d'Illyrie (provinces danubiennes en général). Les autres grands contingents de recrues sont avant tout les Arméniens et les Isauriens, mais aussi les Goths et pas mal de Francs, toujours appréciés comme recrues individuelles. Cependant, la réaction antigermanique a plus limité ces apports qu'auparavant. L'Empire à ce moment (avant la conquête justinienne), doit compter autour de 20 millions d'habitants (avec l'Empire d'Occident, le total impérial devait être de 32 à 35 millions d'habitants). Changements: l'Orient affine son modèle La cavalerie La cavalerie a évolué par rapport à l'ère précédente. Mais on notera dajà que l'Orient comptait des spécificités: 14 des 17 unités de cataphractaires s'y trouvaient, et les cavaliers archers y étaient aussi plus nombreux, de même que les 3 vexillations de dromadaires :lol:. Après Andrinople, la cavalerie monte en puissance, même si le modèle tactique n'est pas bouleversé: en passant de 10 à 20% du Comitatus, l'Orient corrige en fait plus une relative faiblesse qu'il ne change de modèle. De même, la cavalerie lourde accroît son poids relatif: les scutaires comptent pour environs 60% de la cavalerie (15-16 000h), et les cataphractaires pour 15% (3800-4000h). La cavalerie légère (archers montés, cavalerie indigène) représente un quart de l'effectif (6-7000h), mais ce chiffre est à nuancer car il faut aussi inclure, dans ce rôle, les nombreux Alae et Cuneus de cavalerie des Limitanei, qui servent comme cavalerie légère (pas de cavalerie lourde chez eux), notamment en temps que pseudocomitatenses pendant une campagne: 40% des unités peuvent être utilisées dans ce rôle (10-12 000h), ce qui, en fait, multiplie l'effectif de cavalerie légère par 3. Matériel Sur le plan du matériel, bien que les fabricae continuent de produire à plein régime les mêmes équipements, on constate, hors des temps de "grande" guerre contre les Perses, les Goths et Vandales (campagnes d'Italie et d'Afrique) et, plus tard, les Bulgares, un allègement généralisé des unités d'infanterie dans les conflits localisés et les petits corps expéditionnaires: les fantassins lourds utilisent alors plus la spatha que leur lance, et comme les fantassins des auxiliats, ils ont tendance à porter l'armure de peau plutôt que la cotte de maille (lorica hamata), l'armure lamellaire (lorica segmentata) ou l'armure scalaire (lorica squamata). Seuls les grands conflits contre les adversaires organisés les voient reprendre la lance en priorité, et remettre les armures métalliques (face aux déferlantes de flèches et aux mêlées). Le reste du temps, on constate la préférence pour les modes opérationnels de l'infanterie légère et mobile couplée avec la cavalerie, et le combat à l'épée, plus révélateurs en fait de la conflictualité moyenne des orientaux: - combat des confins orientaux montagneux à l'est et au nord-est de l'Anatolie - guerre d'escarmouche permanente dans le désert avec les Perses, entre 2 grands conflits - lutte contre les raids dans le désert égyptien et sur la frontière arabe: filtrage et raids punitifs - guérilla de harcèlement et raids punitifs sur la frontière danubienne Les unités de spécialistes Selon ces modes de conflictualité, il semble que les unités spécialisées d'infanterie légère aient été un peu plus nombreuses, tant dans les unités constituées que dans leurs effectifs dispatchés dans les légions et auxiliats d'infanterie. L'artillerie est demeurée un corps séparé (les Ballistarii), avec 4 corps d'artillerie constitués (avant la grande montée en puissance sous Justinien), plus les effectifs ventilés dans toutes les formations d'infanterie (chaque unité gardant une artillerie et une archerie organique). On notera que les Limitanei ont aussi 1 ou 2 corps d'artillerie constitués, en plus d'effectifs ventilés dans les formations d'infanterie. L'archerie (sagittarii) continue à fonctionner sur ce même modèle: des unités spécialisées (montées et à pied) et des effectifs ventilés dans les unités d'infanterie. Mais globalement, c'est la même armée: même matos, mêmes unités, même entraînement, même discipline, proportions plus ajustées que réellement changées.
  5. L'équipement, je l'ai dit plus haut (je sais que j'ai beaucoup balancé sur ce sujet, mais c'est vexant ;)): tout est homogène dans l'armée, et oui, tous les citoyens parlent le latin qui est la langue véhiculaire de l'Empire. Tant qu'il a été impératif comme langue dans un Empire unifié avec une administration, une armée, des brassages de populations et des échanges permanents, la question ne s'est même pas posée. L'évolution indépendante des langues est arrivée plus tard, soit dans des dérivés du latin (France, Espagne, Italie, Roumanie....), soit par la survivance d'autres langues comme langues officielles dans l'Empire (essentiellement le Grec dans l'Empire d'Orient), soit par l'imposition de la langue des nouveaux arrivants (Angleterre, bien que les langues celtiques et germaniques ne se soient pas confondues, et aient correspondus aux affrontements entre Celtes et Saxons). C'est une armée unifiée et moderne, d'un Etat fort et stable: pourquoi voudrais-tu que les entraînements et équipements soient différents (au-delà de l'adaptation au climat ou au relief qui fait qu'on met plus fréquemment les vêtements d'hiver ou d'été, les protections lourdes ou légères....)? C'est une armée moderne et standardisée, et chaque soldat a accès, comme aujourd'hui, à un catalogue donné de matériels adaptés à sa mission, mais dans le cadre d'une production unifiée et standardisée. Quand je parle de volontaires, c'est juste le recrutement normal, valable dans toutes les parties de l'empire (avec la conscription obligatoire des fils de militaires). La seule autre possibilité, ce sont les mercenaires. L'entraînement est le même partout, dans tous les camps militaires où se trouve la formation de base de chaque spécialité, et dans toutes les unités d'affectation. Si quelqu'un veut des détails de l'entraînement, j'ai pas les détails des calendriers de formations, mais dans les grandes lignes, la formation de base, comme depuis Marius dans l'armée professionnelle: - se fait dans les grands camps légionnaires et en "stages" sur le terrain, auprès de vétérans (après un certain temps) - implique avant tout un entraînement physique très poussé: gymnastique, course, franchissement, endurance, endurcissement, résistance au milieu (on imagine des "stages grand froid"....), natation, défrichement (abattage d'arbres, débroussaillage, creusement de tranchées....) - la marche pourrait être un domaine à part entière, tant elle est importante dans la vie du soldat romain: la marche en unités constituées, pour acquérir les cadences (de combat et de marche longue distance), la cohésion et l'endurance, c'est du lourd dans le programme de formation - implique un entraînement poussé dans les techniques de combat individuelles: l'escrime (avec et sans bouclier), le maniement de la lance, le lancer de plumbatae et l'équitation (pour les unités concernées) sont les grands domaines d'application. On a beaucoup de précision sur l'entraînement à l'épée, qui se fait souvent avec des gladiateurs et des maîtres d'armes: on l'enseigne longtemps, comme une science complexe (la spatha, avec sa capacité d'estoc et de taille, mais aussi utilisée en combinaison avec un bouclier, voire avec d'autres armes comme la hache, offre un nombre de combinaisons infini). - implique un entraînement extrêmement poussé du combat en petites unités homogènes et en petits groupements interarmes (assauts et défense de places, manoeuvres de combat, combat en ligne et en groupes....) Les Prussiens n'ont pas inventé le drill: il est présent à tout instant pour le soldat romain qui répète tout jusqu'à plus soif pour accomplir d'instinct les gestes individuels, mais aussi les manoeuvres collectives (chose que n'ont pas les barbares). "La sueur épargne le sang" reste la devise affichée à tous les frontons des zones de formation des légions, depuis des siècles. Après cette formation initiale, vient la formation dans les unités d'affectation: là, outre l'entraînement quotidien normal, vient la formation au combat en grandes unités constituées, fin du fin de l'art militaire romain. Le nombre de manoeuvres et de formations à connaître et à maîtriser est énorme. Le but est précisément d'avoir une armée faite d'unités plug and play pouvant constituer des corps expéditionnaires à la carte, tout en gardant un esprit de corps très élevé. Même pour les gens de trait, l'entraînement de base est le même: tous les soldats passent par la même formation initiale, y compris dans l'entraînement à l'épée, que toutes les unités portent. C'est la culture légionnaire qui est restée: soldat universel, le légionnaire, dans l'armée de la République tardive et dans celle du haut Empire, ne se spécialisait qu'après, et souvent seulement si la mission l'exigeait, en aucun cas il n'était assigné à demeure à une fonction. La cavalerie des légions était ainsi plus faite de fantassins à cheval que de purs cavaliers. Les fantassins légers et archers de la légion n'étaient que des légionnaires assignés au rôle de vélite. Les unités spécialisées, c'étaient les auxiliaires alliés qu'on payait. Dans l'armée du Bas Empire, la spécialisation est accrue et entrée dans les moeurs; mais elle n'est pas totale, et la formation de base "à la légionnaire" en est l'illustration, tant parce qu'il s'agit d'entraînements nécessaires et incontournables que parce que cela laisse une marge de polyvalence (relative selon les cas), mais surtout parce que c'est la base même de l'esprit de corps militaire de l'armée dans son ensemble. Et celui-ci est très fort dans l'armée duale du Bas Empire, qui a une vraie conscience de classe à part.
  6. Selon moi, la tendance de fond, c'est que l'Occident, du fait d'un relatif affaiblissement démographique, donc économique, arrive tout juste à tenir ses effectifs face aux menaces qu'il a à gérer, à savoir dans son cas, et avant tour, le front du Rhin et, dans une certaine mesure, les côtes de la Manche et de l'Atlantique (Angleterre et moitié nord de la France) face aux raids maritimes saxons. Plus une part du Danube. Ce relatif affaiblissement n'a rien d'irréversible et l'Empire d'Occident est encore solide sur ses fondamentaux et assez riche pour durer le temps de remonter la pente démographique. Même la faiblesse du recrutement en Italie est largement compensée par le volontariat en Gaule, en Espagne, en Afrique, en Panonnie, en Norique et en Bretagne. Bref, il peut tenir, même face au déferlement des Vandales en 406: l'empereur a prouvé qu'avec le seul comitatus présent dans le nord de la Gaule (13 000h réunis à la hâte, incluant des forces des pseudocomitatus), il avait pu repousser une armée alamane évaluée entre 35 et 60 000h (ce dernier chiffre étant sans doute une exagération, mais un maximum allant jusqu'à 45-50 000h n'a rien de choquant). Ca c'est pour la tendance de fond. Mais Andrinople change la donne pour l'Orient, pendant un temps: Théodose est obligé d'intégrer en masse des barbares parce que, même une fois la menace goth parée, les besoins restent les mêmes à toutes les frontières, y compris une situation très tendue face aux Perses, celle dont Valens a du se détourner. Théodose est obligé d'accélérer le recrutement pour l'armée régulière afin de reconstituer son comitatus le plus vite possible, chose qui ne peut se faire en moins d'une dizaine d'années vu le niveau de sollicitation permanente, les difficultés épisodiques du recrutement de qualité, la perte de richesse et de capacités de production momentanée avec le bordel que les années 376-382 ont foutu dans les Balkans.... Raisonnablement, le comitatus n'a pu se refaire qu'en une bonne vingtaine d'années, sans doute même plus étant donné que dans l'interstice, il a fallu payer (très cher) de vastes bandes de mercenaires, de véritables armées (les Goths en tête) pour pouvoir garder une marge de manoeuvre, investissement qui ralentit d'autant la reconstruction de la force d'action mobile propre de l'Empire. Et en attendant, pour pouvoir opérer cette reconstruction, on accroît le recrutement de barbares dans le comitatus, chose à laquelle les Romains ne sont pas opposés: là, ce sont des hommes qui s'engagent individuellement et passent par la discipline et l'intégration normales (les barbares grimpent en proportion dans le comitatus, mais as au-delà d'un seuil alarmant). Il y a des réactions hostiles pour ce qui concerne le haut commandement, mais ça n'aura d'importance queplus tard. Là où c'est problématique, c'est la proportion d'unités barbares constituées dans le comitatus, engagées comme mercenaires sous le commandement de chefs particuliers, souvent appelés rois bien qu'en fait ils soient plus des chefs, sanctifiés selon des rites culturels propres (mais avec une double identité tant ils sont aussi romanisés): ce sont vraiment des condottieres comme dans l'Europe des XVème-XVIIème siècles. Seulement, les dirigeants d'orients, malgré ce dont les accusent les critiques antibarbares, ne sont pas totalement tarés: ils n'ont pas le choix et doivent recruter ces hommes (tant par crainte qu'ils foutent le bordel dans l'empire, puisqu'ils y sont, que par besoin de disposer d'un corps d'intervention suffisant). Et comme ces groupes ne veulent plus se séparer et être dispatchés dans l'empire (leurs chefs aiment la puissance de négociation qu'ils ont, qui leur permet de s'insérer dans les jeux politiques et d'ambition de l'élite romaine, pour obtenir richesses, terres, titres et pouvoirs), les empereurs leur donnent aussi des territoires d'installation. A ce stade, il ne s'agit pas de domaines autonomes, mais de zones de garnisons assorties d'un statut et d'un paiement permanent (bien supérieur à celui des soldats réguliers). Mais les empereurs d'orient cherchent graduellement à s'en débarrasser: on sépare les groupes dans la mesure du possible (mais ils restent en gros packs), mais surtout, on les éloigne graduellement, après chaque mission. Le deal que passe Théodose avec les Goths dans les années 380 les parque en Thrace. Puis après la répression des Goths par d'autres Goths (ceux qui ont passé un deal), on les case en Illyrie, puis encore après ça en Panonnie. Bref, on les envoie de plus en plus à l'ouest, au début du Vème siècle. Et là est toute la merde pour l'occident: au début du Vème siècle, alors que le sommet de l'Etat de l'Empire d'Occident connaît un moment de querelles politiques internes comme l'Empire en a connu bien d'autres et dont il s'est toujours remis, on a en plus la conjonction totalement simultanée d'une menace de bandes de mercenaires goths ambitieux, pas aimés et turbulents aux portes de l'Italie (et à l'intérieur de l'Empire: il n'y a pas de fortifications, là), et de l'invasion vandale massive (de l'autre côté de l'empire d'occident). Le tout dans un contexte d'affaiblissement relatif des moyens disponibles (pas insurmontable, mais c'est du flux très tendu). Le reste n'est que conséquences: la réaction antibarbare marche en orient et l'Etat reprend le contrôle et se débarrasse des mercenaires.... En les envoyant en occident (après les Goths, il y en a d'autres, qui les renforcent). La réaction antibarbare en occident, qui aurait pu marcher, se fait dans un tout autre contexte: un pouvoir momentanément divisé, 2 menaces immédiates (plus une plus relative en Afrique) en deux points éloignés du territoire (dont une à l'intérieur directement, et l'autre qui passe le Rhin facilement en raison de circonstances exceptionnelles). Pour détail de fond: une province pillée, c'est une province qui ne paie pas d'impôts pendant un temps, ne recrute pas d'hommes pendant un temps et ne fabrique pas d'armes pendant un temps, alors même que les ressources sont tendues. Cela veut dire un accroissement, ou un comblement des trous moins rapide du comitatus. Quand une province est perdue, ou même qu'on est coupé d'elle parce qu'une autre, entre le centre et la province, est agressée, mathématiquement, le comitatus se réduira à terme. Et surtout, surtout, outre le problème des ressources dans l'absolu, il y a la temporalité: décider de former une unité, c'est un délai de plusieurs années (il faut la vouloir fort et longtemps, ce qui est le propre d'un Etat). Recruter un mercenaire, c'est clé en main, mais c'est renoncer à 2 soldats à terme. Résultat: la dispute politique autour de Stilicon et du problème barbare affaiblit le pouvoir au moment où il ne faut pas. La présence goth en Italie entraîne le refus d'une part de l'opinion de laisser le comitatus partir pour aller assister la Gaule. Ce refus entraîne la sécession momentanée des Gaules avec Constantin III (rupture de l'impôt pendant un temps, querelles, mobilisations diverses). Cela contraint l'empereur à négocier avec les Goths pour les envoyer chasser le Vandale en Espagne (le comitatus gaulois ne les poursuit pas non plus, pour protéger son territoire). Ce mouvement, la peur des mercenaires et la faible réaction initiale du pouvoir face aux Vandales entraîne la sécession momentanée de l'Afrique. Du coup, les mercenaires goths, non nourris, se ivrent au pillage et deviennent plus ambitieus et colériques: ils prennent des territoires. Les Vandales, battus penadnt ce temps, passent en Afrique et s'y installent. Et ainsi de suite.... Voilà pour moi la temporalité et la suite d'événements fortuits qui a entraîné la chute de l'empire d'occident; aucun de ces événements, séparément, n'aurait pu abattre l'empire. Même la conjonction de quelques-uns ne l'aurait pu. En poussant un peu, je dirais que même dans les années 410-420, un Empereur fort aurait pu redresser la barre comme cela avait été fait en Orient et comme l'empire romain l'avait déjà fait auparavant (je trouve la crise du IIIème siècle infiniment plus profonde et grave dans ses fondamentaux). Mais il n'y a pas eu d'empereur fort et, sans doute, l'empire d'orient a un peu participé à la chute de son jumeau d'occident. Mais il s'agit vraiment avant tout d'une conjonction très rapprochée dans le temps d'événéments fortuits entre 400 et 410. pas de bol. Une réaction qui illustre bien la chose: la Bretagne (l'Angleterre, donc) est, militairement totalement abandonnée en 410 (le retrait militaire commence en 401). C'est très rapide après le début de la crise: c'est un repli purement militaire (il n'y a, à ce moment précis, pas de menace massive directe sur l'île). On ramène les effectifs sur le continent, point barre. On concentre le dispositif. Nominalement, la Bretagne est encore romaine et participe encore à l'impôt pendant un temps. Mais la guerre impose de concentrer les moyens. Oui, mais cela revient à dire "si l'Homme n'était pas l'Homme", ou "si l'Homme était gentil": quand il est question d'ambition et de pouvoir.... Le fait est qu'ils n'auraient jamais du être dans l'empire en unités constituées si vastes. Faut pas chercher plus loin. Elle a réussi, mais la conquête n'a pas duré: l'effort n'a pas été maintenu par les empereurs qui ont suivi Justinien. Et l'Empire d'Orient a commencé aussi à avoir des problèmes après le VIème siècle, problèmes dont il a mis un siècle et demie à se remettre avant de connaître une nouvelle période faste (plus ou moins) de près de 3 siècles.
  7. Le mur de flèche (je sais pas si c'est la bonne expression) tel que l'inventent les Gallois n'apparaît que vers la toute fin du XIIIème siècle, et il dépend exclusivement de mecs qui s'entraînent toute leur vie, et avec le longbow qui plus est, arme qui n'apparaîtra pas non plus avant le XIIIème siècle. Ca laisse de la marge aux romains. Ajoutons que, contrairement à toutes les infanteries du Moyen Age (milices de piquiers suisses ou nord-italiennes comprises), l'infanterie romaine est professionnelle, disciplinée, très encadrée et aguerrie, avec un grand nombre de dispositifs à sa disposition: la tortue et le coin (ou "tête de porc") sont 2 dispositions parmi des dizaines d'autres qu'ils savent exécuter pour se déplacer complètement couverts sur le champ de bataille. On ne parle pas des milices de piquiers suisses, assez disciplinées pour rester groupés sous le feu et progresser, mais bien d'une vraie infanterie professionnelle capable d'exécuter un grand nombre de manoeuvres différentes sous le feu, à l'appel d'un ordre en un ou deux mots seulement. Une telle chose ne réexistera pas en Europe avant la fin du XVIIIème siècle. Donc les vagues d'archers, ils peuvent les affronter, comme ils l'ont prouvé face aux Perses qui précisément se reposent sur une masse d'archers à cheval (sans doute la moitié de leur cavalerie) et à pied. Et c'est l'infanterie qui a apporté la solution face aux Perses. En revanche, la cavalerie fut toujours le grand point faible des Romains. Ils ont fait de la cavalerie lourde avec les cataphractaires: il y a 17 vexillations (j'utilise le terme unique: les scholes palatines sont comprises dedans) de cataphractaires/clibanaires recensés pour tout l'Empire, avec un effectif moyen de 500 à 600h, soit un total qui doit difficilement dépasser les 8500-9000h. Ce sont des unités hors de prix. C'est impressionnant, mais au regard de l'espace où il faut les répartir, du nombre d'adversaires potentiels et de la disponibilité moyenne, ça fait tout de suite moins, ce qui fait qu'à tout moment, je doute qu'un des deux empereurs ait pu disposer de beaucoup plus que 1000-1500 cataphractaires rapidement mobilisables en un endroit (basés près de la capitale, ou pouvant s'y rendre rapidement). Mais les cataphractaires sont un débat: fut-ce une arme réellement efficace? Végèce soutient que non. Cependant, il ne faut pas oublier que l'Empire dispose aussi d'une cavalerie lourde importante, bien plus nombreuse que les cataphractaires: les scutaires. Ils doivent compter entre 15 000 et 19 000h. Et eux sont une excellente cavalerie lourde, forte et protégée, mais capable de manoeuvre, et surtout disposant d'une bonne puissance de choc et d'une bonne capacité de combat, avec un niveau de professionnalisme et de discipline très élevé. Mais cela est en partie un faux débat: l'Empire n'a raté aucune mutation ni aucune innovation. Il est à l'origine de la plupart d'entre elles. Cette lecture disant que la cavalerie serait tout d'un coup devenue l'arme dans le vent, rendant l'infanterie inefficace, est totalement idéologique: je l'ai souligné plus haut à propos d'Andrinople. Cavalerie ou infanterie, ce qui gagne c'est la combinaison bien disciplinée et aguerrie, avec une bonne versatilité et surtout un bon commandement. Et l'infanterie (pour peu qu'elle soit variée), quand elle est bien encadrée, est insurpassable parce qu'elle offre une plus grande versatilité et plus de résistance. L'infanterie romaine tardive n'est plus une masse unique où les fantassins lourds représentent plus de 75% du total: il s'agit d'une force plus variée, où notamment une archerie vraiment professionnelle (archers lourds, archers légers et arbalétriers) doit compter pour un quart des effectifs, quart auquel s'ajoutent les diverses troupes légères qui tous ont aussi une puissance de feu à distance (frondeurs, lanceurs de javelots), et bien sûr l'infanterie elle-même avec ses plumbatae. Question puissance de feu, y'a de quoi faire. On doit y ajouter la cavalerie légère (archers et javeliniers à cheval, cavalerie indigène). Si critique il y a à faire côté composition, je penche plus du côté du quantitatif que du qualitatif: la cavalerie pèse trop peu dans le total (environs 10 à 15% de l'effectif total de l'armée de terre). Je ne pense pas que cela ait empêché l'Empire de gagner des batailles: face aux Perses dont près des deux tiers de l'armée est à cheval (et une moitié sont des archers, donc une arme de harcèlement très disciplinée et efficace contre une infanterie moins mobile avec une cavalerie trop peu nombreuse pour aller déranger l'adversaire), la victoire romaine, notamment de Julien l'Apostat, fut sans appel, et les pertes romaines furent très modérées. Le barrage de flèches marche peu contre une infanterie bien protégée et surtout disciplinée, avec une bonne culture tactique. A Andrinople, ce qui a manqué, et qui permet à trop de monde de décréter que c'est le "passage de flambeau" à la cavalerie, c'est que la cavalerie romaine s'est taillée et que c'est la cavalerie gothique qui a emporté la décision: - mais, je l'ai dit, la cavalerie romaine, c'étaient des archers à cheval (réguliers et sarrasins), pas de la cavalerie faite pour la charge ou la mêlée; la cavalerie gothique était faite de cavalerie lourde, de cataphractaires alains, et d'archers huns. Le corps expéditionnaire avait été mal composé. - la cavalerie gothique est arrivée après le début de la bataille, alors que l'infanterie romaine était déjà en train de combattre de face les fantassins goths retranchés dans leurs fortifications. Evidemment que les cavaliers goths les ont pris de flanc: c'est le fait de les flanquer qui emporte la décision, pas le fait que ce soient des cavaliers Il est arrivé la même chose à Darius à Gaugamèles et aux Romains à Cannes: on n'en a pas déduit que la cavalerie était devenue l'arme absolue pour autant. Ce qui compte, c'est l'usage qu'on fait d'un dispositif tactique qui doit être aussi complet et solide que possible: Alexandre disposait d'une armée très variée où la phalange ne pesait que la moitié des effectifs, et il savait s'en servir. Ses successeurs macédoniens avaient de bonnes armées, mais de moins en moins variées, où la phalange s'est mise à peser plus des 2/3 de l'effectif: face à l'armée romaine plus versatile, ils ont perdu la souplesse qu'Alexandre savait garder. Maintenant, la faiblesse romaine tardive en cavalerie (en quantité, pas en qualité) a pu limiter l'efficacité de leur dispositif tactique, ce que l'armée d'orient/byzantine a lentement corrigé à partir du Vème siècle. mais fondamentalement à cette époque, s'il est vrai que le matériel romain se répand, dans une certaine mesure, ce n'est pas la "technologie" qui définit la force: la technique, la discipline, l'organisation et le commandement font plus la différence à ce moment. La technologie, c'est juste du matos inerte, pas des têtes chercheuses ou des supercalculateurs, ni même le feu grégeois qui arrivera plus tard chez les byzantins: à cette époque, aucune "technologie" ne donne un avantage net en soi. C'est l'organisation militaire, permise par un Etat stable et riche (ce qui donne le temps et l'espace pour former une armée professionnelle vaste et complète), qui fait toute la différence. Et c'est précisément ce qui est en danger avec Andrinople, et ce dont se remet l'Orient, mais pas l'Empire d'Occident.
  8. Bon, allez, je me débarrasse de ça: allons-y pour le matos, l'industrie d'armement et l'équipement du troufion. L'industrie d'armement C'est LE secteur stratégique par excellence pour l'Empire, avec le transport de blé pour les distributions gratuites (aux 2 capitales, aux peuples barbares alliés limitrophes de l'Empire, et selon les nécessités économiques et politiques du moment). Aussi ce service est-il géré par l'administration la plus efficace de l'Empire Romain: L'Annone. Ce service d'intendance titanesque gère l'intendance impériale, civile et militaire, d'abord et avant tout pour les subsistances. Sur le volet militaire, c'est l'annone qui plannifie la production et la répartition des vivres dans les centres logistiques. Mais c'est aussi l'annone qui gère la production d'armement, le réseau de communications, les troupeaux de chevaux et le réseau de relais de postes. Cette production est organisée dans le réseau des fabricae, les fabriques impériales, terme qui recouvre des multitudes d'ateliers généralistes ou spécialisés aussi bien que de gigantesques manufactures et dépôts d'armes dans les arsenaux des grandes villes ou de grands camps militaires. Le niveau quantitatif de la production et des stocks est très élevé et s'adapte vite à la demande. L'Empereur pourvoit à tous les besoins: vêtements, casques, cuirasses, protections et armes sont fournis par l'Etat aux soldats. Beaucoup d'artisans indépendants furent ainsi incorporés dans ce marché qui n'admet que le monopole: ils intègrent un réseau d'arsenaux standardisés avec une main-d'oeuvre semi-qualifiée et des centres d'excellence, produisant de très grandes séries d'effets militaires homogènes. Ces artisans militaires sont encadrés par des officiers et soldats du rang chargés du contrôle qualité, tant il y eut de fraudes sur la qualité du temps des ateliers privés. Au niveau qualitatif, tous les commentaires contemporains s'accordent pour dire qu'elle est honorable, voire excellente. La facture est bonne, et surtout homogène, et l'aspect général est totalement standardisé. Au regard des armées du temps, Perses compris, les soldats romains sont suréquipés et, surtout, ne manquent de rien côté intendance. Le matériel On notera que, comme tout au long de son histoire, l'équipement romain a beaucoup évolué par emprunts aux différents adversaires renforcés: il s'approprie le matériel étranger et le produit selon ses propres critères de qualité, et l'adapte. Les protections L'un des changements les plus visibles par rapport au haut Empire est le changement du bouclier: le Légionnaire du Bas Empire a un bouclier rond et plat très résistant, fait de 2 couches de bois collées et pressées perpendiculairement. Le centre est recouvert d'un umbo, demi-sphère de fer servant à renforcer la rigidité de l'ensemble aussi bien qu'à servir d'arme de contact. La circonférence est recouverte d'un anneau de fer que les légionnaires aiguisent, afin que le bouclier soit là aussi une arme de combat individuel. Les fantassins lourds (piquiers et auxiliats) et légers (vélites), ainsi que les cavaliers lourds (scutaires) portent le bouclier. Ces boucliers sont peints, généralement aux couleurs de l'unité, et incluent des symboles chrétiens après Constantin. Chaque légionnaire a une housse de cuir pour emballer le bouclier pendant l'ordre de marche (afin de le garder sec et rigide), ce qui révèle une logistique impressionnante. Les gens de trait et les cataphractaires (qui n'en ont pas besoin) n'en portent pas. Les casques existent en modèles variés selon l'unité, mais les deux modèles principaux sont des emprunts aux peuples orientaux (Sarmates et Alains). Le premier est fait de 2 demi-calottes de métal rivetées par une bande de métal, avec des protèges-joues et un couvre-nuque métalliques reliés au casque par une charnière. Le second, plus lourd, est fait de plusieurs sections rivetées entre elles, de gros protèges-joues et d'un protège nuque très couvrant, et d'un nasal. Il y a d'autres modèles, mais qui sont plus des adaptations spécialisées de ces 2 modèles: les cataphractaires, par exemple, portent une version améliorée du premier modèle, auquel on a ajouté une grande crête et des bords saillants. Ils y ajoutent un masque en métal couvrant tout le visage. Ils sont tous argentés ou bronzés et sont fréquemment astiqués (de même que les cuirasses) pour impressionner l'ennemi. On voit aussi des cagoules de maille. Les protections corporelles sont multiples et varient selon l'unité pour les membres: les cataphractaires et cavaliers lourds portent des jambières lamellées et des protections aussi lamellées aux bras. Les articulations ont des particularités pour les unités très protégées: des liaisons de cotte de maille très fine ou bien de tissus tressés de façon très dense, existent pour assurer que l'aine, le cou ou les aisselles sont protégées. Mais on doit salement y suer. Pour le tronc, on a: - des cottes, ou hauberts, de maille (préférée par l'infanterie de piquiers et les cataphractaires) - des cuirasses d'écaille (préférée par la cavalerie pour son bon rapport légèreté-efficacité): il s'agit d'écailles de métal recouvrant intégralement un gambison résistant, mais souple. Elle préfigure la broigne carolingienne - des cuirasses lamellaires, évolution de la lorita segmentata: de longues et étroites bandes de métal superposées. Elle a la préférence des unités de cavalerie et d'infanterie lourde sur les marges orientales - des gambisons de cuir, ou cuirasses de peaux (préférés par les fantassins des auxiliats, du moins dans les régions chaudes, donc plus en orient) Généralement, le bassin est protégé par une évolution du ptérux (la jupette :lol:): de larges lamelles de cuir avec une jupette de toile rigide, tout en laissant les mouvements libres, protègent les.... Choses importantes. Le vêtement est désormais entièrement couvrant, fait de lin, de toile ou de laine (on fait attention aux saisons): tunique pour le haut, braies pour le bas, plus des bandes molassières pour les pieds et les chevilles, bien enserrées dans de hautes caligae. Celles-ci restent l'arme ultime du soldat romain, surtout celui du comitatus: il aligne les kilomètres, et cordonnier militaire reste un métier très actif sous le Bas Empire. Les armes Lance de cataphractaire: elle varie peu de la lance de cavalerie, sinon par le poids plus élevé de son fer et de la pointe arrière qui fait contreproids Lance de cavalerie légère et lourde: elle doit faire dans les 3 mètres, avec une longue pointe épaisse et une petite pointe plombée en contrepoids à l'arrière Lance d'infanterie: la hasta, ou contus, jusqu'ici arme secondaire des légionnaires, distribuable en cours de combat (et donc rarement utilisée), devient l'arme principale de l'infanterie, tout au moins de l'infanterie légionnaire dont le schéma de combat s'oriente plus vers un renouveau de la phalange grecque, plus articulée, manoeuvrable et encadrée, mais choisissant d'être plus fixe, constituant l'enclume de la ligne de bataille. C'est une grande et forte lance d'arrêt, faite pour le combat en formation et meurtrière contre la cavalerie (les Perses s'en souviennent), mesurant environs 2,8 à 3 mètres, avec un fer barbelé à la mode germanique. Javelots de cavalerie et d'infanterie: il existe de nombreux modèles, comme le spiculum (1,88m), la lancea (javelot lourd de 1,88m avec un fer plus large) ou le verutum (1,12m), tous descendants du pilum s'inspirant d'emprunts barbares (taille et forme de la pointe, longueur et largeur du fer). Les vélites et fantassins légers, de même que beaucoup d'unités de cavalerie légère, les touchent au kilomètre, chaque soldat en ayant au minimum 5 ou 6 à tout moment. Epée: le gladius de 50cm, arme d'estoc (avec 2 courts tranchants), a disparu au profit de la spatha, épée longue de 70 à 90cm à 2 tranchants longs, qui offre plus de puissance dans la taille (surtout à la cavalerie) et requiert une escrime plus complexe. L'épée médiévale est sa directe descendante. Les fantassins lourds (légions et auxiliats) et légers (vélites et autres), mais aussi les cavaliers lourds (cataphractaires et scutaires) et légers (archers et indigènes) l'utilisent tous (seuls certaines unités de sarrasins et maures portent des cimeterres) Plumbatae: la grande innovation tactique de l'armée du Bas Empire. Ces "barbes de Mars" (mattiobarbulus ou martiobarbulus) sont un raffinement imaginé pour conserver aux fantassins légionnaires et auxiliats la puissance de feu que leur donnait le pilum, et qu'ils perdent avec l'arrivée de la lance. Même Végèce, détracteur de la nouvelle armée, vénère cette arme simple et redoutable. Il s'agit de dards plombés affectant la forme de petits javelots de 60cm, avec un lest central de plomb au milieu de la hampe, qui accroît la portée de l'arme (qui porte facilement à 30m, parfois jusqu'à 60). L'encombrement du légionnaire en est grandement réduit: chacun en porte 5 accrochés à son bouclier Haches: C'est l'arme nouvelle du IVème siècle, qui devient très populaire chez les auxiliats et fantassins légers qui l'utilisent en couple avec l'épée. La forme dominante est celle de la hache marteau, qui sert aussi comme outil. On trouve aussi des haches plus arquées, faites pour crocheter les boucliers Armes à distance: arcs à double courbure pour les archers lourds et cavaliers montés, arcs simples pour les archers légers, arbalètes, frondes L'artillerie Elle reste impressionnante, mais comme les autres armes, elle s'est spécialisée: elle est devenue une arme à part entière, comme l'infanterie lourde, légère et l'infanterie auxiliaire se sont plus ou moins nettement séparées et spécialisées là où, jadis, il s'agissait de légionnaires occuppant indifféremment ces rôles, de même qu'ils pouvaient être assignés à l'artillerie. Cette arme est cependant assez confondue avec le génie, tant leurs rôles sont confondus dans la guerre de siège Balistes Ces "tormenta" sont des balistes lances traits sur affût stabilisé (sur 2 axes, comme un canon de char :lol:). Bref, une grosse arbalète méchante. C'est cet engin, en fait, qu'on appelle catapulte (mot grec). La taille peut varier (plus c'est grand, plus c'est puissant), et le tir est très précis (il y a une rampe métallique rénurée pour guider le trait); cette arme est servie par 3 hommes. Manubaliste C'est une baliste légère servie par un homme Carrobalistes Ce sont de grandes balistes sur affût mobile, tractées par des mulets et servies par 11h. Armes collectives des forces mobiles par excellence, elles sont utilisées pour la défense des camps et en arrière de l'infanterie lourde sur le champ de bataille. L'artillerie de siège L'onagre est la seule arme lourde emportée par une armée en mouvement: il s'agit d'une arme à torsion (la catapulte telle qu'on l'imagine en fait) mobile ou déposable, tractée par des mulets et servie par 8 à 10h. elle projette des boulets de pierre de 45 à 80kg, ou des paniers de poix et de bitume inflammables. En bataille, c'est le briseur de rangs par excellence, mais elle lourde à déployer. D'autres machines peuvent être fabriquées pour un siège: machines à contrepoids, mantelets d'assaut, toits portables, tours mobiles (dont une version formidable, appelée Helépolis, avec 9 étages, des béliers, des machines de jet, d'énormes vérins de métal.... Un vrai tank géant), béliers couverts, tours d'assaut flottantes.... Voilà le gros du matos
  9. Oui, my bad sur la peste: j'ai mal calculé sur un commentaire de bouquin: entre 250 et le milieu du VIIème siècle (crise de l'Empire d'Orient, des années 630 aux années 720), les Romains n'ont pas connu de grandes épidémies. j'étais parti hâtivement sans regarder quelle était la dernière épidémie. La question du matos n'expliquera pas la crise: le matos se porte très bien sur la période (tellement bien que les barbares aussi le veulent et son sur le cul quand ils voient des untiés romaines). La crise d'Andrinople a cependant posé un problème ponctuel: la prise de quelques grandes villes a vu, outre la rupture économique de lé région pendant quelques années, la rupture de la production d'armes des grands arsenaux des Balkans, accroissant le problème de la reformation des unités dans cette région et nécessitant le recours aux grandes unités constituées de barbares et prêtes à l'emploi (mais refusant de se soumettre à la discipline, de se fondre dans l'armée romaine et d'obéir à d'autres que leurs chefs). Théodose mettra une vingtaine d'années à s'en débarrasser dans l'empire d'orient, et ses successeurs enverront vers l'occident, qui ne pourra faire face (quand le loup est dans les frontières de l'empire, il y a peu de défenses), ceux qu'ils ne massacrera pas. La grande crise de 406-410 est en fait le cauchemard stratégique romain (en l'occurrence pour le seul occident): trop d'ennemis en trop de points différents du front. Les Goths à l'est, avec de nombreux contingents de fédérés mercenaires, et les Vandales sur le Rhin (avec d'autres peuples agglomérés), plus des incursions de francs ripuaires et d'Alamans vers le sud du Rhin. L'armée doit se fragmenter et ne peut faire face à la quantité d'adversaires (le contingent combattant des Vandales doit avoisiner les 80 000h, celui des Goths de Radagaise les 40 000h). Andrinople en est une des causes indirectes car après leur victoire, les Goths ont conclu un deal avec l'empire: ils ne voulaient plus se séparer et ont été installés comme fédérés en Illyrie et Panonnie. Quand l'Empire d'Orient a commencé sa purge anti-barbare de l'armée, l'occident s'est trouvé avec une menace directe sur l'Italie, non protégée puisqu'ils étaient à l'intérieur des frontières. Dans le même temps (de 378 aux années 390), ces unités constituées de barbares, désormais très vastes, étaient engagées pour redonner de la marge de manoeuvre aux Empereurs le temps que les effectifs réguliers se refassent, et ils s'installaient dans l'empire. mais plus encore, par leur puissance, ils devenaient des entités politiques concourant des divisions internes de l'empire et cherchant à se tailler des fiefs. Ils n'ontaucun moyen de détruire l'Etat romain, mais celui-ci n'arrive pas à s'en débarrasser, depuis qu'ils ne veulent plus être ventilés dans les provinces à coloniser. Des jeux de pouvoirs se font constamment, certains contingents barbares font des "batailles sans morts" avec des groupes d'envahisseurs qu'ils rallient pour peser plus.... Réactions et réussites diverses en occident et orient Theodose a fini par réussir à s'en débarrasser en orient (par une série de victoires, mais aussi en les divisant, en concluant des deals séparés, et en les ventilant de l'Egypte à l'Illyrie), mais sans doute en réduisant la marge de manoeuvre de l'occident qui est alors dans une querelle politique ponctuelle, autour de la personne du général Stilicon. Celui-ci vainc les Goths de Radagaise (avec une armée elle-même faite pour moitié de contingents barbares) en 406. Mais 406 est la grande année du gel du Rhin, qui voit les Vandales (avec des Alains et des Suèves principalement) envahir l'empire. Rien n'est fait pour les contrer: la priorité politique va à l'Italie. Résultat, les troupes de Gaule proclament un Empereur pour les Gaules, Constantin III: c'est la division. Les troupes d'Italie (30 000h) refusent de partir en Gaule combattre des Romains parce qu'il y a entre 20 et 30 000 mercenaires fédérés barbares en Italie du Nord, en qui ils n'ont aucune confiance. L'empereur ne sauve son cul qu'en balançant Stilicon sous de fausses accusations (alors que le mec était plutôt le seul à tenir debout à ce moment): ce dernier est assassiné en 408, alors que l'armée entame le massacre des barbares fédérés d'Italie et de leur famille. Et là arrivent les Goths implantés en illyrie, menés par le célèbre Alaric: il profite du bordel pour envahir l'Italie sous un prétexte foireux, et les fédérés barbares d'Italie survivants le rallient. Là, on parle de plus de 60 000h face à un comitatus romain de moins de 30 000h encore éparpillés suite au massacre des fédérés. La grande crise de l'occident En 410, on a donc une invasion majeure en Gaule, une guerre civile avec l'usurpation de Constantin III en Gaule et la rébellion des Goths d'Alaric en Italie. Inutile de dire que les ressources circulent moins. Et en 410, Alaric prend et pille Rome (de ce pillage là, elle se remet vite), inviolée depuis 7 siècles (la dernière fois, c'étaient les gaulois sénons, menés par Ambigat, aussi appelé Brennus -ce qui veut dire "chef"- qui lâcha le célèbre "Vae Victis", ou "malheur aux vaincus"). L'empereur d'occident ne peut régler la question qu'en luttant contre le mal par le mal: le recours aux barbares. La mort d'Alaric en 411 lui permet de "racheter" les Goths pour aller éliminer Constantin III en gaule et chasser les Vandales d'Espagne où ils viennent de s'installer. Les Goths y vont (au passage, ils essaient de promouvoir un empereur fantoche), mais une rebellion du gouverneur d'Afrique les prive de leur soutien en blé: ils ravagent et occuppent le sud de la Gaule, puis l'Espagne, où ils se taillent un royaume qui n'est plus romain que pour la forme. Les Vandales passent en afrique et s'y taillent un royaume, qui conquerra aussi la Corse et la Sardaigne et lancera des raids sur l'Italie, depuis la Tunisie. A partir de là commence le cycle destructeur de l'Empire d'occident, où les querelles internes entre empereurs et usurpateurs se nouent et se dénouent avec l'aide versatile de forts contingents barbares auxquels se joignent les Huns, qui s'unifient lentement à partir des années 420. Pendant ce temps, les provinces communiquent moins entre elles: l'économie locale reste riche, mais le grand commerce est plus limité. Si les ravages des troupes qui passent sont durs, ils ne sont pas catastrophiques (l'économie agricole se remet vite, d'une année sur l'autre). Mais la confiance et la stabilité s'affaiblissent, les impôts produisent moins. Les jeux politiques conduisent à installer plus de fédérés, surtout en gaule: Alains et Burgondes sont les plus gros arrivants de cette période (années 440). La seule stratégie de l'empire d'occident n'est alors plus que de combattre les fédérés par les fédérés: les Limitanei ne sont plus que des milices locales, souvent barbares, après 410, et le comitatus se réduit à mesure de la réduction des moyens de l'Etat. La machine de la fragmentation de l'empire d'occident est de facto irréversible dès lors que les Wisigoths s'installent en Espagne et en Acquitaine. La décomposition Et la fin est entérinée par la grande menace des Huns, qui apparaît dans les années 440 quand Attila les unifie (jusqu'ici, c'étaient des mercenaires plutôt favorables aux romains). Cette menace massive accélère le repli sur elles des provinces qui se tournent vers les fédérés, trop contents de se tailler des royaumes et de se mêlanger aux élites locales (déjà foncièrement anti-pouvoir central et antimilitaristes, je l'ai dit plus haut). Quand la menace hunnique est repoussée en 451, et définitivement anéantie en 453, la division est entérinée, et le pouvoir central de l'empire d'occident est affaibli, contrôlant encore de vastes territoires mais de façon molle face aux ambitions barbares, et sans armée propre autre que les fédérés eux-mêmes. Dans les royaumes barbares, les citoyens romains sont interdits de porter les armes, le monopole allant aux barbares eux-mêmes; ils ont toutefois une notion accessible de la "citoyenneté", ce qui fait que nombre de soldats et citoyens romains intègrent leurs rangs en "devenant" barbares. Les Francs sont les plus intégrateurs de tous: tous les gallo-romains sont rapidement devenus citoyens francs (sauf les serfs). Une exception cependant: la Marine. Dans les années 550 encore, dans les royaumes barbares, franc surtout: il y a une marine côtière opérant en uniforme romain. Les unités, face à la désintégration, en pouvaient plus être rapatriées, et ont continué à exister avec l'accord des barbares qui n'y voyaient pas une menace pour leur supprématie militaire. Et ils ont continué à former leurs successeurs. Il y a des unités constituées d'infanterie de marine, et même quelques unités d'auxiliats, qui se sont données aux Francs et continuent, 1 siècle après la chute, à opérer en unités constituées, sous étendard d'unité, équipement et uniforme romain du comitatus. A l'opposé, l'Empire d'Orient est plus fort que jamais après 410, et lui passe un excellent Vème siècle, hors une petite inquiétude quand passe Attila, qui est facilement réorienté vers l'occident. Et l'armée d'orient commence à évoluer de son côté: la terminologie militaire devient uniquement grecque et la cavalerie se renforce nettement (on retient les leçons). Mais le modèle reste celui de l'armée duale: le comitatus et les Limitanei se portent bien, merci pour eux. Conclusion Même hors des périodes agressives, les barbares en unités constituées: - ponctionnent gravement les finances disponibles pour l'armée: ils ne coûtent rien à former, mais coûtent beaucoup plus cher à l'entretien (ils sont bien mieux payés que les légionnaires). En même temps, ils sont quand même logés par l'habitant (ce qui pose problème) et sont nourris sur l'Annone, soient sur les réserves frumentaires impériales. Un mercenaire barbare immédiatement dispo, c'est 2 soldats romains qu'on ne formera pas - causent des ravages locaux: indiscipline et intempérance font de leurs zones de garnisons des zones dangereuses. les frictions avec les soldats réguliers sont nombreuses (et les garnisons barbares sont souvent massacrées) - sont détestées par les civils (qui n'aiment pas non plus beaucoup les militaires dont les casernements et le logement chez l'habitant ont souvent posé problème) et les militaires réguliers Tant parce qu'ils sont devenus impossibles à virer en occident que parce qu'ils offrent une solution de facilité aux politiciens romains, ils deviennent vite incontournable, et la réaction qui a eu lieu en orient a été rendue impossible en occident par une conjonction très brutale de menaces très rapprochées dans le temps (dont quelques-unes envoyées par l'orient, comme coup de pute involontaire), de l'instabilité au sommet de l'Etat, et généralement l'assassinat de ceux qui ont essayé d'enrayer le mouvement, comme Stilicon ou, alors qu'il était bien trop tard, Aétius. On notera quand même que dès 408, ce sont les provinces gauloises, espagnoles et panoniennes qui sont en partie occupées, c'est-à-dire les premières terres de recrutement de l'empire d'occident. la réaction ne pouvait plus facilement venir que des provinces intérieures (Italie, sud de la Gaule), c'est-à-dire des régions désormais très antimilitariste qui ont approuvé le recrutement de mercenaires, même si elles se plaignaient aussi de leur casernement et de leurs méfaits. En fait, avec la désorganisation partielle des Gaules et des Espagne, l'abandon de la Bretagne (410-420), la sécession ponctuelle, mais malvenue de l'Afrique, et l'occupation de la Panonnie et de l'Illyrie par les Goths (fin du IVème siècle), c'est la capacité de recrutement de l'empire d'occident qui a disparu. Les Italiens, de qui aurait pu venir un redressement (les Grecs ont sur le faire avec Théodose, alors que l'antimilitarisme y était fort aussi), n'ont pas assez réagi à une crise qui, au fond, fut une conjonction d'événements très courte et non une longue décadence. La décadence, c'est plutôt la déliquescence de l'empire après ces années 406-410, qui n'est en fait qu'un mouvement de dépeçage rendu inéluctable, mais qui se fait graduellement tant l'Empire est une réalité encore vivante et profonde. Une armée organisée d'occident existe encore jusqu'aux années 420-430 en effectifs encore significatifs, aux côtés des limitanei (de fait devenus des paysans soldats ancrés à leur terroir) et d'une marine, mais dès les années 410, les barbares pèsent pour moitié dans le comitatus. Si je caricature, on peut dire qu'on voit là la version extrême d'un communautarisme agressif: les unités constituées, accompagnées en fait de leur peuple (un regroupement familial un tantinet absolu :lol:), ont refusé de se fondre dans l'empire tout en en désirant y vivre et en recevoir les bénéfices, sans même avoir l'intention de l'abattre (les barbares voulaient en faire partie, et même leurs princes y voulaient des fiefs, et plus encore s'insérer dans les hautes sphères de l'élite impériale). Mais ils ne voulaient plus jouer le jeu: ambitions, conservatisme, avidité, peur du changement, dégoût de certains abus, peur du rejet.... Les élites barbares, surtout franques, alaines, sarmates et gothiques, sont très romanisées, et il ne faut pas voir les groupes de soldats alains, goths, voire même hunniques, comme des hordes de pillards semant la désolation partout. Ils l'ont fait à l'occasion, localement, et d'autres (Vandales, pillards alamans et francs ripuaires, Huns sous Attila) sont de purs raiders extérieurs. Mais les fédérés sont souvent des groupes essayant de tirer tout ce qu'ils peuvent de l'empire sans vouloir voir qu'ils le foutent par terre. Ce sont des contractors militaires suivant des chefs reconnus pour leur capacité à négocier de bons contrats. Là encore, si je caricature, on voit les méfaits de l'outsourcing militaire combiné à l'ambition humaine: si on laisse la bride trop lâche, l'animal s'emballe et échappe à tout contrôle. Et en face, la réaction ne fut pas vraiment meilleure en général: corruption et incompétence à la base du problème initial, peur et rejet agressif en réaction, mais aussi solutions de facilité et courtesse de vue lamentables, rivalités politiciennes absurdes et ambitions égoïstes.... Et tout a commencé à Andrinople, à cause de 2 fonctionnaires corrompus et incompétents.
  10. Les cavaliers non nobles en Aragon, ce sont pas les Jinetes? Mais ça m'étonnerait pas que les Almogarves soient spécifiquement des montagnards; bref, dans le contexte de la Reconquista, c'est un peu les talibans et mudjahidins de l'Espagne du nord :lol:. Et au fait, tu sors d'où matelot? Ca fait un bail? passé du temps en mer?
  11. Je développerai le matos et l'industrie après ce point précis, de même qu'une brève analyse globale force-faiblesse, plus personnelle. Je voudrais parler de la défaite d'Andrinople, qui est le principal reproche fait à cette armée du Bas Empire: il s'agit du point épineux par excellence, alors autant commencer par le pire pour évacuer les critiques trop faciles. Contexte d'Andrinople La crise qui s'achève à Andrinople commence en 376 avec l'émigration forcée des Goths qu'il faut voir non comme un peuple germanique, mais comme un agglomérat de peuples germaniques, celtes (sans doute aussi slaves), iraniens et huns. Pour les Romains, un germain, c'est un barbare (qui peut d'ailleurs être aussi celte que Germain) qui habite en Germanie, c'est-à-dire "le pays d'à côté", soit l'Europe centrale entre Rhin et Danube. Les Goths sont en fait perçus comme un peuple migrant plus asiatique, vu qu'ils ont alors surtout vécu entre l'Ukraine et le nord des Balkans. Ils fuient leur dernier lieu de résidence, en Dacie et Scythie, c'est-à-dire la rive gauche du Danube au niveau de la Roumanie et de la Hongrie, sous la pression des migrations hunniques (eux aussi un composite de peuples agglomérés autour des Huns "historiques", des asiatiques turco-mongols: les huns ont beaucoup de germains, slaves et celtes, et d'ailleurs, "Attila" est un nom germain). Ostrogoths et Wisigoths sont des appellations romaines: les migrants de 376 sont une partie des peuples dits Goths, accompagnés d'autres peuples: ces deux groupes se qualifient eux-mêmes de Greuthunges (ostrogoths) et Thervingues (wisigoths). Les Goths sont alors un peuple client de l'Empire Romain, trop nombreux pour vivre de leur agriculture limitée: ils dépendent des distributions de vivres romaines et du service armé rémunéré qu'ils louent à l'empire (c'est de là que vient leur aristocratie, des chefs organisant des unités louées clé en main à l'Empire, à une échelle de plus en plus grande), et leurs élites sont extrêmement romanisées, de même que les vétérans ayant servi dans l'armée romaine. L'arrivée des Huns bouleverse cet équilibre précaire: l'affrontement est perçu comme sans intérêt car trop risqué (les Huns sont au moins aussi nombreux que les Goths), et surtout sans espoir de sortie rapide (leur économie fragile n'y survivra pas, et la famine, déjà proche en permanence, sera alors certaine). L'Empereur Valens accueuille les wisigoths à bras ouverts (si l'on peut dire) et leur accorde l'asile politique, y voyant une aubaine pour repeupler les campagnes du nord des Balkans et de Panonnie, accroître les rentrées fiscales et étoffer l'armée. Les ostrogoths sont refusés par crainte du manque de capacités d'accueuil. Mais le mécanisme se grippe par la corruption et l'incompétence de 2h: Lupicin, comte des Thraces, et Maxime, duc de Mésie, affament et dépouillent ces populations et font traîner en longueur la répartition des populations dans les campagnes pour ne pas froisser leurs amitiés locales (surtout les élites citadines), méfiantes à l'égard de ces masses de migrants (mais aussi essayant de se les répartir comme serfs pour leurs grands domaines plutôt que les laisser coloniser des zones vides). Pire encore, ces 2 fonctionnaires détournent l'aide de l'empereur et la revendent, ne laissant passer que des soutiens insuffisants et souvent avariés; par ailleurs, en accord avec les élites locales, ils ne procèdent pas aux réquisitions de réserves alimentaires des villes et grands domaines (pourtant partie de l'impôt impérial) que Valens avait demandé. Là-dessus, ils contiennent les colères ponctuelles par une répression brutale et rameutent les troupes de la frontière danubienne pour cette répression: les ostrogoths en profitent pour passer le fleuve en douce. Bref, tout est fait pour que ça pète grave. On en rajoute en refusant l'entrée des princes goths dans la ville de Marcianopolis pour acheter des vivres sur leurs deniers, et en refusant, à Andrinople, la fourniture de vivres pour une partie des Goths qui avaient accepté de traverser le Bosphore pour aller s'installer en Anatolie (sur ordre de Valens). La révolte Elle commence à Andrinople (massacre des citoyens constitués en milice, qui narguaient les Goths et leur refusaient l'achat de vivres): les Goths s'équipent sur leurs victimes, et surtout sur l'immense arsenal d'Andrinople. Face à cela, la réaction de Lupicin et Maxime est à leur image: insuffisante, incapable et mesquine. Les renforts envoyés sont trop faibles et en ordre dispersé: ils sont massacrés. Les renforts envoyés d'occident (3000h) ne sont pas suffisants car, au même moment, l'occident affronte des mouvements massifs d'Alamans sur le Rhin. Une première bataille rangée a lieu à Salices (les Saules): c'est un match nul à lourdes pertes des 2 côtés, surtout dû à la faiblesse des effectifs romains et à l'incompétence des officiers, divisés, notamment entre occidentaux et orientaux. Une autre bataille a lieu quand le tribun Barzimaire se fait surprendre alors qu'il établit un campement sous les murs de Dibaltum (qui lui a refusé l'entrée et un soutien de vivres): il a sans doute moins de 4000h, épuisés en fin de journée de marche et encore aux travaux de terrassement, face à une armée gothique très supérieure (peut-être 10 000h). La faiblesse de la cavalerie romaine est sans doute ce qui a permis aux Goths de flanquer le corps de bataille qui tenait bon. Une troisième bataille a lieu en Thrace: Frigerid, un général occidental, vainc un corps gothique important. De même, l'hiver 376-377 voit les Goths bloqués dans les montagnes balkaniques et subir des pertes sévères dans des séries de combats de harcèlement menés par Sébastien, un officier occidental expérimenté. Il est à noter qu'à ce stade, beaucoup de groupes de mercenaires germains, huns et alains, alors dispatchés dans les Balkans et en route vers le Moyen Orient (ils avaient été engagés en 376 pour l'opération de Valens contre les Perses), ont rejoint la révolte: face à la violence des insurgés, les villes se sont fermées à ces mercenaires, et leur soutien a été coupé. Ils n'ont, en fait, pas le choix. Le conflit traîne en 377, ravageant tout le nord de la péninsule balkanique, zone agricole, commerciale et industrielle (arsenaux notamment) très riche. Le relief rend les Goths insaisissable: les batailles sont souvent des batailles de rencontres, et les mouvements des Goths sont imprévisibles tant ils manquent d'objectifs précis. Les Goths agissent en 3 ou 4 hordes, et sont dos au mur, ce qui leur donne du mordant. En 378 arrive Valens lui-même, qui a du laisser le gros de ses effectifs en Syrie, face aux Perses, et revenir à marches forcées (36 jours de marche). Sans doute aussi vexé par les échecs que par la mise en doute de ses capacités par son neveu Gratien (empereur d'occident), mais aussi mal renseigné sur les Goths, il compose rapidement son armée et la fait marcher à la hâte. Il localise un groupement de Goths, en fait la horde centrale à 7 jours de Constantinople (200 bornes). Il refuse d'attendre les renforts d'Anatolie, et surtout le corps expéditionnaire qui se rassemble en occident, lentement parce que la menace sur le Rhin retarde l'effort. Jaloux des succès de son neveu sur les Alamans et de ceux de Sébastien (maître de son infanterie), Valens décide de marcher sans même attendre les unités de son corps non encore parvenues à la station de Nikê, à l'est d'Andrinople. Il ne fait qu'une reconnaissance rapide et fonce vers les Goths, sans beaucoup protéger ses lignes de ravitaillement (juste des cavaliers légers et des archers). La bataille Fondamentaux et prémices La veille de la bataille, l'EM est divisé: Sébastien, maître de l'infanterie, veut attaquer, Victor (un sarmate), maître de la cavalerie, temporise (il a peu de cavalerie et veut attendre les renforts), et Valens tranche pour l'attaque précipitée, sans bien connaître l'adversaire. La seule reco qui a eu lieu a établi la force des Goths à 10 000h, soit un peu moins que l'armée romaine (environs 12 000h, peut-être un peu plus). La réalité est que les 10 000 Goths étaient en fait en partie des civils, retranchés dans un carrago, un cercle de chariots de plusieurs rangs d'épaisseur, à flanc de colline (vers le sommet), soit une position forte. Il ne devait alors pas y avoir plus de 4000 combattants goths, face à, vraissemblablement, environs 6000 fantassins romains, peut-être 3000 cavaliers et 2000 à 3000 archers et lanceurs de traits. Mais il y a aussi un corps de cavalerie gothique de plus de 5000h qui rôde pas loin, ce que Valens ne sait pas. A priori, les Goths n'ont aucune chance. Mais là, ce sont les détails et les circonstances qui comptent: - l'armée n'est pas si unie, avec notamment des frictions entre unités d'occident et d'orient, qui se querellent sur les problèmes de commandement - il n'y a pas réellement de cavalerie: les 3000 cavaliers ne sont en fait que des scutaires-archers (archers montés de la Garde Impériale) et des turmae indigènes de sarrasins (archers montés): bref, aucune capacité de choc dans la cavalerie. - les flancs gardes ne sont faits que d'archers: pas de capacités de choc non plus - la cavalerie gothique, à ce stade, est faite d'archers montés (Huns), mais aussi de cataphractaires (Alains) et surtout d'une masse de scutaires (cavalerie lourde), soit une puissance de choc mobile considérable - l'empereur n'a pas fait de vraie reconnaissance: il ne connaît pas le terrain ni le dispositif ennemi, et surtout il ne sait rien de la cavalerie adverse, pourtant facilement repérable si l'on envoie des éclaireurs sur les hauteurs (un éternel fondamental) - il n'a pas mis de vraie protection sur les flancs, hors quelques archers - il n'a pas fait reposer son armée qui a aligné les marches forcées depuis Constantinople - il ne l'a pas fait ravitailler depuis la station de Nikê: alors même qu'on est dans un été aride dans une région montagneuse infestée de nuages de poussière, les hommes sont crevés et n'ont pas bu. Là-dessus, les Goths ont allumé des feux dans les champs avoisinants, pour accroître cette soif - l'armée est sans ordres, de facto: Valens n'a pas donné d'ordre de bataille. Les soldats se sont donc alignés, par défaut, dans l'ordre de marche, c'est-à-dire une masse d'infanterie sans disposition particulière ni plan (une des grandes forces des Romains), encadrée par les deux ailes de cavalerie (qui ne sont en fait que des cavaliers légers) - Valens n'a pas harangué ses hommes, ni ne les a informé de ce qui se passe: il en rajoute en laissant traîner l'affaire quand la ligne de bataille est prise. On procède à des échanges d'émissaires longs alors que les hommes sont crevés, assoiffés et énervés et qu'ils voient qu'ils peuvent l'emporter Déroulement Bref, tout a été fait pour annuler les avantages naturels des romains: on a sapé leur moral (ravito absent, pas de repos, pas de harangue, pas d'info, négociations longues et viles face à une situation qui semble facile) et on nie la culture stratégique et tactique, soit un des plus grands avantages romains (mauvaise composition de l'armée, pas de dispositif tactique, pas de plan). Là-dessus, la bataille s'engage spontanément, par la rage accumulée d'une partie des soldats qui chargent des Goths fortifiés sur une hauteur dont il ne connaissent pas le dispositif. Et les Goths se battent dos au mur, avec leurs familles: la motivation du désespoir est forte. Ce sont les archers montés qui engagent un harcèlement, en fait: ils semblent repoussés (en fait, ils retraitent selon leur tactique du hit and run), ce qui pousse les fantassins à charger le carrago. Les civils goths participent souvent comme archers à la défense. Et tout se noue à ce moment: la cavalerie gothique surgit de derrière la crète. 5000 cavaliers, principalement faits pour le choc et la rupture, débaroulent à l'improviste et enveloppent les romains sur leur gauche, alors qu'ils sont en contrebas, au pied de la colline où se trouve le carragio. La cavalerie de l'aile gauche romaine fuit, évidemment (environs 1000 archers montés chargés de plus haut, par surprise, par 5000 cavaliers lourds), ce qui noue le drame: les fantassins sont pris de flanc et de face et bombardés d'en haut (du camp) et de flanc (Huns). Pourtant, les témoignages concordent: malgré la situation, ils reculent mais ne fuient pas, combattent pied à pied face à des pertes terrifiantes. Le problème est que la situation les presse les uns contre les autres: ils perdent graduellement leurs espacements (une des autres forces de la discipline et de l'ordre romain), nécessaires pour le combat individuel, ou même pour fuir. A ce stade, la presse est telle qu'elle les bloque: le bombardement de flèches les fauche par wagons dans cette masse. En fin d'après-midi (l'affaire a commencé vers 15-16h), la déroute commence, sur la droite mal couverte par les Goths: la poursuite, comme toujours, est un massacre. L'Empereur Valens est tué pendant cette déroute. Conclusion Au final, c'est largement à cause du commandement que la bataille fut une défaite: une armée mal composée, une méconnaissance de l'ennemi et de la situation, la méconnaissance du terrain (qu'on a par ailleurs pas choisi), l'absence de reconnaissance et d'éclaireurs positionnés sur les hauteurs (surveillance du champ de bataille), l'absence de ravitaillement et de repos, la méconnaissance de la psychologie des combattants, l'absence d'ordres et d'organisation, l'absence de plan.... Tout a été fait pour enlever à l'armée romaine ses avantages, et la contraindre au combat dans les pires conditions. Bref, on a enlevé ses chances au comitatus. On n'a même pas établi de camp fortifié en arrière, pourtant une habitude romaine, pour constituer une position de repli. On notera que même les contemporains critiques de l'armée duale, comme Ammien Marcellin, ne mettent nullement en question la qualité extrême des troupes (même les cavaliers légers, qui furent placés dans une situation impossible). Le fait est qu'il s'agit d'une défaite majeure de commandement: toute autre armée dans la même situation aurait subi un sort encore pire et craqué bien plus tôt. Il ne s'agit ni d'une conséquence d'un affaiblissement militaire romain, ni de l'affirmation de la prééminence de la cavalerie, qui inaugurerait le Moyen Age (avis très idéologique). L'infanterie romaine a été flanquée, comme elle le fut à Cannes, en 216 avant JC, face à Hannibal.
  12. Plus largement, les Almogarves sont l'exemple par excellence des paysans soldats du nord de l'Espagne, que les royaumes chrétiens ont développé en raison de la faible population qui leur donnait trop peu d'effectifs combattants nobles (généralement, les régimes monarchiques n'aiment pas armer spontanément les paysans: ça les rend moins enclins à payer leurs impôts et à accepter de se faire marcher dessus :lol:). C'est cette culture qui est à la base de la mentalité de l'hidalguia, il me semble, et du savoir-faire d'infanterie qui permettra, plus tard, de former les unités de base qu'on rassemblera dans les premiers tercios.
  13. Bon, le sujet a pas l'air de faire florès :'(. Avant le matos et l'industrie d'armement, je vais évoquer brièvement les adversaires. L'adversaire étatique Le seul adversaire étatique significatif de l'époque est l'Empire perse sassanide; et encore n'a t-il pas vraiment de forces "de projection" lointaines. Avec lui, il s'agit d'une pure guerre aux frontières entre grandes armées classiques, avec des épisodes de guérilla et escarmouches par temps calmes. L'exemple type de la capacité de l'Empire perse à cette période réside dans l'invasion lancée contre Rome en 359 et contrée par l'Empereur Julien dit l'Apostat: les Perses lancent à cette occasion une armée parfaitement organisée de 100 000h. Fondée avant tout sur la cavalerie, cette armée est mobile et disciplinée, avec une forte capacité de feu, de choc et de manoeuvre: les cavaliers archers sont une composante cruciale, de même que la cavalerie clibanaire (cataphractaire), qui fonctionne en tandem étroit avec la première. Une cavalerie lourde et une légère plus classiques complètent le dispositif. L'infanterie est une composante faible chez les Perses, une arme qu'ils ne tiennent pas en haute estime, même si c'est avant tout l'infanterie romaine qui leur infligera de lourdes pertes et la défaite. La cavalerie romaine, sans doute plus en raison de sa faiblesse en effectifs, donc de sa capacité globale, qu'en raison de sa qualité, ne fera pas vraiment d'étincelles. On notera les critiques à l'égard des cataphractaires en particulier. Il n'y a que contre la Perse qu'il ait fallu monter un corps expéditionnaire massif, à 3 reprises (dont une avortée à cause d'Andrinople): le plus exemplaire est le corps de 83 000h monté par Julien en 360. Les peuples en mouvements Les peuples germaniques, celtes et iraniens d'Europe forment, à partir du IIIème siècle, des vastes coalitions de peuples: quand on lit que "les Goths" ont fait çi ou ça à telle date, il faut en fait comprendre la chose sous l'angle de coalitions de peuples hétérogènes, rassemblés autour d'un peuple plus nombreux ou prééminent. Les Francs et Alamans sont plus des exceptions en ce qu'ils sont des coalitions de petits peuples sans réel groupe dominant. Dans ces peuples, l'infanterie légère et la cavalerie sont les armes prédominantes: il n'y a rien de comparables chez eux à l'infanterie romaine, outil long à créer et lourd à entretenir, impliquant un niveau de dépense, de préparation et de discipline hors de portées d'entités étatiques non sédentaires, prospères et stables. L'infanterie gothique à la défaite d'Andrinople s'est équipée à la romaine (sur les cadavres et dans les villes pillées, avec leurs arsenaux) et fut encadrée par des vétérans germaniques de l'armée romaine, mais elle n'a pas eu le dessus et aurait perdu rapidement sans les fautes de commadement de Valens, la disposition du terrain (avec un camp de chariots), et surtout sans le concours de la cavalerie gothique arrivée en cours de bataille. Infanterie On verra souvent mentionner une infanterie germanique disciplinée se rangeant en "mur de boucliers": on ne parle pas de la même catégorie de discipline. Y'a les petits joueurs avec leurs 2 tactiques (mur de bouclier et combat à peu près en rang), et y'a l'armée romaine: on n'est pas dans le même monde. Dans l'absolu, leurs fantassins sont avant tout des fantassins légers évitant le combat rangé. L'infanterie lourde qui peut se développer ponctuellement n'a rien du corps professionnel romain, signe d'un Etat organisé. Mais à quelques moments, certains peuples, notamment gâce aux emprunts aux romains et à la présence de vétérans romains en leurs rangs, ont pu développer une infanterie capable de jouer l'enclume sur le champ de bataille, c'es-à-dire de tenir la ligne un moment, en phalange, afin de donner à la cavalerie le temps de flanquer pour emporter la décision. Il faut rappeler que le seul vrai cas où ce soit arrivé est Andrinople, et qu'il a des circopnstance particulières: - présence de nombreux vétérans romains chez les Goths - ralliements de soldats romains germaniques - pillage de villes et d'arsenaux permettant l'équipement à une certaine échelle - 2 ans de campagne continue avant la bataille d'Andrinople, avec suffisamment de vivres pour tenir: l'entraînement a pu être organisé en continu sur cette période - motivation extrême: les Goths sont dos au Danube, avec les Huns derrière, qui les avaient initialement chassés Cavalerie La cavalerie babrare est très variée, même si sa qualité profite des innovations du temps et de l'étude de l'armée romaine: hors des Huns qui amènent leur savoir faire de cavaliers archers (avec une composante de choc en complément, dans la tradition turco-mongole), les Iraniens (Roxolans, Sarmates, Alains) ont étendu leur outil (jusqu'ici très orienté cavalerie lourde) à un trinôme cavalerie cataphractaire/cavalerie lourde/cavalerie légère de harcèlement (archers montés). Les Germains ont développé une cavalerie avant tout duale, mais très efficace: cavalerie lourde traditionnelle (choc à la lance, cavalier bien protégé) et cavalerie légère (lanciers et combattants à l'épée), mais pas d'archers montés ni de cataphractaires. Le modèle aristocratique de leurs sociétés s'accentue avec le développement de leur cavalerie, jusqu'ici embryonnaire, particulièrement de leur cavalerie lourde. L'importance de la cavalerie est variables selon les peuples: Francs et Wisigoths sont avant tout des fantassins et la cavalerie est chez eux quasi exclusive à l'aristocratie. Les Ostrogoths, en revanche, sont avant tout un peuple de cavaliers lourds et légers (conséquence de leur longue résidence dans les plaines ukrainiennes): à Andrinople, il faut noter que les "Goths" sont en fait la jonction, après des siècles, des deux groupes gothiques, donnant à ce moment à ce peuple une bonne infanterie ET une forte cavalerie. Les Huns sont exclusivement des cavaliers, comme les peuples iraniens: ces peuples là vivent à cheval. Des effectifs barbares massifs A partir de la fin du IIIème siècle, les coalitions de peuples germaniques, celtes et iraniens rassemblent de vraies armées, une tendance qui s'accroît au Vème siècle, notamment autour des Vandales et des Huns: les oths de Radagaise, en 406, sont une masse de peuples en mouvement estimés autour de 350 à 400 000 personnes, dont près de 80 000 combattants. Les Alamans sont 35 000 combattants face à Julien l'Apostat en 357. Les Maures de Iaudès, dans les Aurès en 533, sont dans les 30 000 combattants. Au plus fort de leur coalition, les Huns doivent représenter une force de 80 000h (dont 40 à 50 000 Huns proprement dits, le reste étant d'autres peuples barbares). Et pourtant, les forces romaines arrivent généralement à vaincre ces coalitions avec le niveau moyen de mobilisation, soit en rassemblant un corps expéditionnaire situé entre 15 et 20 000h, avec souvent un corps de renforts rassemblé en deuxième échelon (8000 à 15 000h), prêt à aller soutenir l'effort. Conclusion Mais le point des peuples barbares est qu'ils ont toujours eu l'initiative face à un empire sédentaire en défense: la possibilité de se concentrer en un point choisi, c'est eux qui l'ont! Les Romains ne peuvent que réagir et perfectionner au maximum leur dispositif de réaction rapide afin de rendre leur concentration la plus instantanée possible en réaction, et de reprendre l'initiative au niveau opérationnel, grâce à une capacité de manoeuvre, une efficacité et un art militaire infiniment plus développés que ceux de l'adversaire. Face aux nouvelles menaces, les Romains ont inventé la défense élastique, tout simplement parce que la défense linéaire regrettée par nombre de contemporains et d'historiens aurait été d'une criminelle stupidité. On mentionnera enfin les menaces nautiques des peuples de la Mer du Nord (Saxons, Bataves....): ces peuples vivant dans des zones côtières de landes et de marais ont peu de chevaux et des armées moins développées, et sont donc plus égalitaires, pas encore trop aristocratiques, et ne peuvent encore opérer de grandes concentrations.
  14. Les Limitanei ou Riparienses: l'armée des frontières Cadre d'emploi: le limès On les appelle Limitanei quand ils sont sur une frontière "normale", et Riparienses quand le frontière suit un fleuve: bref, les Riparienses sont les soldats sur le Limès rhénan et le Limès danubien. A partir du début du Vème siècle, on les appelle Castellani ou Burgari (littéralement "châtelains), ce qui traduit une moindre mobilité et un recentrage sur la garnison, du moins en occident (l'orient garde l'ancien concept en raison de sa topographie). Le Limès, qui est leur outil de travail, est très varié: j'engage à regarder sa version la plus fortifiée qui est le Mur d'Hadrien, mur hallucinant ponctué de nombreuses tours, mais aussi de petits forts et de grands camps, auxquels s'ajoutent des poste avancés. Sur le Rhin, la construction dans la profondeur est tellement forte qu'elle se voit encore aujourd'hui: la ligne de partage entre Wallons et Flamands suit quasiment au mètre près son tracé, et la toponymie comme la géographie des villes, villages et lieux-dits en découle directement. Le Limès, c'est généralement une série de fortins (les burgi) et de camps (castella) à portée de vue les uns des autres, des horizons dégagés pour le repérage, des obstacles disséminés, beaucoup de routes pour les mouvements rapides et les communications, avec des stations routières fortifiées pour les relais de postes et de chevaux. Et Constantin établit la défense en profondeur sur une épaisseur allant jusqu'à 200km quand le théâtre l'y autorise: 200km "d'épaisseur" de forts et villes fortifiées qui sont les points d'appui de diocèse et de provinces, voire de préfectures. Leur rôle est de contrer les petits raids et de repérer et "filtrer" les ennemis en plus grands nombres. On notera que cette stratégie implique le sacrifice pratique des 100 à 150 bornes derrière la frontière, en cas d'invasion importante: les paysans les désertent, et seules les agglomérations fortifiées subsistent. On peuple ces régions avec des colons barbares acceptés dans l'empire, avec charge pour eux de participer à la défense. Sur le Danube, on voit aussi des constructions spectaculaires comme les "Portes de Fer" en Serbie: la densité de forts est énorme, l'embouchure de plusieurs affluents du Danube est fortifiée de grands murs (2km!), ce qui bouche les axes naturels d'invasion par les vallées. Des forts avancés sont disposés sur la rive gauche du Danube, et on voit même des écluses fortifiées et de véritables murs mobiles flottants (blindés en métal!) sur le Danube. A l'inverse, en Afrique, c'est le filtrage qui prédomine: peu d'hommes peuvent contrôler de vastes espaces. Les itinéraires sont peu nombreux et connus, contraints par le manque d'eau. Il faut aussi mentionner que cette défense concerne aussi les côtes: les ports sont fortifiés, et un dispositif en profondeur plus réduit existe, avec des grandes villes fortifiées comme point d'appui (voir les muraille partiellement romaines du Mans ou de Nantes). Ces dispositifs sont là pour contrer les raids maritimes de peuples comme les Saxons, les Bataves ou les Francs. Leur densité est surtout élevée en Manche et sur la côte bretonne, mais aussi en Mer Noire et en Méditerranée orientale. Opérations Leur mode d'opérations est la "défense en avant", même si le concept global est à la défense en profondeur, et les fortifications sont faites pour inciter à garder l'esprit offensif des opérations coups de poing limitées (ou des grandes offensives des comitatenses à l'occasion): ponts fortifiés et navires armés sur les fleuves gardent cet esprit, de même que l'absence d'un mur continu. Les Limitanei ne sont nullement de simples gardes-frontières, mais bien des militaires constamment sollicités. La création des pseudocomitatenses révèle que leurs qualités militaires sont bien réelles, même si, à partir du Vème siècle, en occident, le recrutement ne leur envoie plus que des recrues de second choix, et que leur statut est rabaissé (avec leur paie): cela correspond à l'affaissement de l'empire d'occident, surtout après la crise de l'an 410. Ils sont alors composés de paysans réquisitionnés (souvent des lètes et fédérés installés localement et n'appartenant pas aux élites guerrières des peuples fédérés). Hors de ce point particulier à l'occident après 410, il s'agit de troupes très efficaces, qui héritent des noms de légions du Haut Empire. La discipline en est élevée, de même que l'entraînement. Unités Ils sont organisés en: - petites Légions d'infanterie d'environs 1200h - cohortes de 5 à 600h, héritières des cohortes d'auxiliaires du Haut Empire - ailes miliaires (1000h) de cavalerie. Il y a environs 13 ailes miliaires pour l'empire d'orient à la fin du IVème siècle, plus 4 ailes miliaires de dromadaires, mais elles sont réparties. - ailes quingénaires (500h) de cavalerie: ce sont les subdivisions opérationnelles des précédentes. leur unité de base est le cunei (coin). - flottilles fluviales sur le Rhin et le Danube, qui agissent de concert avec la Marine. 600 navires patrouilleurs (portant de 8 à 30h) parcourent le seul Rhin! Le Danube en aurait 700 Chaque légion, cohorte ou aile a des unités spécialisées très entraînées: exploratores (renseignement stratégique), speculatores (reconnaissance opérationnelle), cartographes, procursatores (reconnaissance de combat ou avant-garde, présente aussi chez les comitatenses) Avec eux, en arrière, opèrent des unités de lètes et de Sarmates (en fait, l'appellation est devenue générique pour dire cavalier) pour la sécurité et la police des arrières du dispositif. Il y a aussi des milices urbaines dans les villes fortifiées, pour l'autodéfense. Les Comitatenses Mobilité stratégique Juste histoire de causer en termes concrets et non dans le vide. - cavalerie: 80km par jour en unités constituées - infanterie: 40km par jour (50 à 60 à marche forcée ou "pas allongé") en unités constituées. C'est elle la référence, pas la cavalerie - convois de chariots: 60 km par jour - tour de l'empire en termes militaires (tour de la Méditerranée en partant de Gibraltar pour aller à Tanger): 347 jours - Gibraltar-Adriatique: 75 jours - Milan (grande base des Palatins d'occident)-Strasbourg: 40 jours - Constantinople-frontière danubienne immédiate: 22 jours Organisation L'empereur est le chef suprême: à partir de Dioclétien, les empereurs sont, beaucoup plus qu'avant, des militaires. L'empereur commande les Limitanei via les préfectures: ce sont des institutions liées aux 4 grandes régions et à leurs subdivisions, donc une chaîne de commandement géographique, ce qui permet l'adaptation au terrain. Le comitatus, lui, est purement hiérarchique, ce qui était le but de sa fondation: l'empereur commande directement au Magister Peditum (maître de l'infanterie) et au Magister Equitum (maître de la cavalerie) qui ne répondent qu'à lui et lui seul, et sont secondés par plusieurs Comes Rei Militaris (à différencier des Comes simples qui sont les commandants de théâtre). En-dessous d'eux se trouvent de nombreux grades militaires, dont les tribuns restent l'épine dorsale. Les "corps" du comitatus: - scholae palatina: la cavalerie de la garde impériale. Le top de l'élite. - les légions palatines: l'infanterie lourde de la Garde Impériale. - auxilia palatinae (auxiliaires palatins): l'infanterie d'accompagnement des légions palatines - les legio comitatenses: infanterie lourde de l'armée mobile - auxilia comitatenses: infanterie d'accomagnement de l'armée mobile - vexillatio comitatenses: cavalerie d'accompagnement de l'armée mobile - l'infanterie légère - les unités de traits On y ajoute les légions, auxilia et vexillations des pseudocomitatenses. Les unités la cavalerie est de 5 grands types dans le comitatus: - scutaires (cavaliers avec lance, épée et boucliers, cuirassement quasi intégral): cavalerie lourde - cavaliers archers (arc à double courbure, épée): cavalerie légère - clibanaires ou cataphractaires (lance lourde et épée, cuirassement intégral du cavalier et du cheval): cavalerie ultra lourde, de rupture - Eclaireurs (portant généralement lance et épée): cavalerie légère - quelques unités de cavalerie indigènes (de spécialités plus particulières, généralement légers): les Sarrasins (javelots et sabres) sont les plus célébrés, mais aussi les Huns (arc et épée) et les Maures (épée) et les Alains (lanciers) Infanterie: - légions: infanterie lourde avec lance d'arrêt, cotte de maille (ou armure d'écailles) bouclier et épée lourde. Ils ont souvent 2 javelots en plus, à lancer au début - auxilia: fantassins d'assaut (même armement que les légions, mais une armure moins lourde). Ils peuvent aussi avoir des javelots - vélites, exculcatores et procursatores: fantassins légers (javelots, javelots lourds, épée et coutelas) employés pour la reconnaissance et la poursuite, mais aussi pour le harcèlement pendant la bataille (notamment au début d'un engagement, ils sont au premier rang pour lancer plusieurs javelots chacun). Ils sont souvent chargés de la protection de l'empereur pendant la bataille, ce qui souligne qu'il ne s'agit pas d'auxiliaires de second rang - archers, arbalétriers et frondeurs Ces unités fonctionnent en binôme: une auxilia est toujours jumelée avec une légion. A noter que les légions et auxilia portent tous environs 5 dards plombés (plumbata: ce sont de mini javelots très efficaces) accrochés à leurs boucliers (arme de jet de plus de 30m de portée efficace), ainsi que, parfois, des clous (pour piéger le terrain contre la cavalerie). Les plumbata sont un perfectionnement du principe du fantassin romain qui lançait son pilum avant de combattre au glaive (la lance d'arrêt devait être distribuée si la situation l'exigeait, ce qui alourdissait la log et ralentissait la manoeuvre): chaque soldat a désormais 5 armes de jet, mais aussi une lance directement à sa disposition en plus de son épée. Les boucliers sont aussi des armes, avec un umbo (demi-sphère de métal dur au centre) et des bords tranchants. Les effectifs Cavalerie: - scholes: nom des grandes unités de cavalerie (500 à 1000h) de la garde impériale (les palatines) et des unités d'élite du comitatus - vexillation: unité de format variable (200 à 500h) mais dont le point principal est d'être un corps autonome - aile: la plupart sont des ailes quingénaires (500h), mais quelques miliaires subsistent localement. Elles sont subordonnées à une armée mobile - cohorte: détachement de 60 à 120h - coin: unité tactique de base, nommé en fonction de la capacité à former un triangle d'attaque (une petite quarantaine d'hommes) C'est assez confus et les termes sont souvent employés avec libéralité, mélangeant les anciennes appellations (cohortes montées, ailes et turmes) aux nouveaux (scholes, vexillations et coins). De même, il y a peu de normalisation dans ces unités pour lesquelles le prélèvement d'effectifs pour constituer des corps à la carte est la règle. Infanterie - les Légions palatines de fantassins lourds: elles sont un cas particulier en ce qu'elles gardent un format proche des anciennes légions, avec un effectif tournant autour de 4500h. Elles sont peu nombreuses et il s'agit d'unités spécialisées et non plus d'armées complètes comme les Légions d'avant. - les légions normales de fantassins lourds: gros bataillons de 800 à 1200h environs - les auxilia de fantassins d'assaut: grosses cohortes ou bataillons de 500 (quingénaires) à 1000h (miliaires) - les fantassins légers: grosses cohortes ou bataillons de 500 (quingénaires) à 1000h (miliaires) - archer, arbalétriers et frondeurs: légions miliaires ou quingénaires L'unité de base de l'infanterie est l'escouade de 11h (avec 2 contubernium de 5 et 6h) qui a récupéré le nom de manipules. Les cohortes ne comptent plus que 70 à 120h et représentent le premier échelon tactique: elles ont leurs propres enseignes, des dragons avec un cylindre de toile comme queue. Les Légions ont leurs propres aigles, et les auxilia des enseignes plus variées. De fait, les auxiliats et les Légions sont des unités assez similaires en équipement et formations: c'est l'usage qui voit plus fréquemment les auxiliats alléger leur armure et combattre plus fréquemment à l'épée, et les Légions garder leur lance d'arrêt et leur cotte de maille, mais l'entraînement est commun. Les grandes unités Elles sont rassemblées à la carte, selon les possibilités et les besoins du moment. Tout au plus peut-on noter le couplement en binômes permanents d'unités d'infanterie (1 Légion avec son auxiliat attitré, mais aussi des binômes d'auxiliats et des binômes de Légions), qui forment de petites brigades à partir desquelles on forme des corps expéditionnaires ou de plus larges unités. Pour contrer les critiques de certains contemporains et historiens regrettant les légions de 6000h, il faut noter que ces unités, surtout d'infanterie, et cette propension à faire des grandes unités modulaires, correspondent à un usage de fait issu de l'armée du Haut Empire: la Légion de 6000h, on l'a vu, était rarement emlployée en tant que corps constitué, et les auxiliaires avaient le gros du boulot. Mais de fait, des détachements de Légions étaient créés et couplés à des unités d'auxiliaires spécialisés (cavaliers, fantassins légers, fantassins d'assaut, archers....) pour former des unités de campagne complètes, réduites et mobiles employées sous le nom détourné de cohortes mobiles, puis sous le nom de Légions. Ces détachements de 2000h (dont 1000 à 1200 fantassins légionnaires et auxiliaires) environs tendaient à devenir permanents, et le détachement de fantassin qui les composait a eu tendance à devenir la nouvelle Légion. Le format de 800 à 1200h n'est donc pas un hasard. On pourrait rapprocher cette évolution de nos brigades interarmes jamais employées et du rôle de plus en plus permanent des GTIA qui tendent à devenir la norme opérationnelle. Les USA, avec leurs Brigade Combat Teams qui représentent, selon le type, entre 2 et 3 bataillons renforcés interarmes, en seraient du coup, dans ce schéma d'analyse, à un stade d'évolution opérationnelle et organisationnelle plus avancé. Prochain chapitre (et dernier avant les engueul discussions): l'équipement et l'industrie d'armement. Les tactiques et les qualités combattantes, ça se diluera dans la parlotte.
  15. Le concept stratégique C'est une révolution militaire qu'opère Dioclétien: les penseurs militaires romains inventent la défense stratégique en profondeur: la disposition linéaire des troupes le long du limès ne convient plus et n'offre, en l'état des effectifs potentiels, qu'un rideau trop mince et trop réparti pour être efficace face à l'importance des nouvelles menaces. Si l'Empire avait pu faire croître ses effectifs à l'infini, aucun changement de modèle n'eut été nécessaire, mais là on aurait parlé d'un triplement de l'armée (au moins) pour que le modèle ait une pertinence, ce qui était évidemment impossible, tant au regard de la base de recrutement (à moins d'une conscription massive qui aurait été mal vécue) qu'au vu des moyens disponibles (c'est la première puissance économique du monde d'alors, mais pas à ce point). C'est tout un concept défensif qui est mis en place: - armée des frontières: limitanei (appelés aussi riparienses) - armée mobile ou d'accompagnement: comitatenses (plus les scholae palatina) - premier niveau de défenses fixe: le limès (la fortification n'est pas la même sur toutes les frontières, mais elle est continue, avec de grands pans de hauts murs, parfois sur de grandes distances, même si le Mur D'Hadrien en Angleterre est sans doute le modèle le plus abouti) - deuxième niveau défensif intérieur: premier réseau de villes fortifiées jouant le rôle de verrou défensif et de point d'appui pour des contre-offensives rapides. Ces villes recouvrent 50 à 100km en arrière du front - 3ème niveau défensif interne: grandes villes fortifiées et grands camps servant aussi de base arrière, de grandes garnisons de comitatenses, de verrous défensifs ultimes, de points d'appuis de grosses concentrations et de bases logistiques de corps expéditionnaires. Ces villes et grandes bases se trouvent au-delà de la frange couverte par le premier réseau (dépend selon la profondeur du théâtre): il s'agit généralement de capitales de régions, de préfectures ou de diocèses. Ce modèle va avec la réforme administrative de Dioclétien, qui subdivise l'Empire en provinces plus petites et 4 grandes préfectures: Gaules/Espagne/Bretagnes, Italie/Pannonies/Afrique, Illyrie/Grèce/Mésie/Thrace, Orient/Asie/Pont. Le contrat opérationnel Les Limitanei: - opèrent la surveillance et les patrouilles aux frontières - tiennent le dispositif fortifié - sont chargés de donner l'alerte dans la profondeur du dispositif - doivent arrêter les raids et attaques de petite et moyene ampleur - dissuadent les raids de faible ampleur: mission d'intimidation, gesticulation - font la police dans la zone de défense (droit commun, lutte contre la contrebande....) - opèrent des raids punitifs limités au-delà du limès - assurent la sécurité des voies de communication et la transmission des dépêches gouvernementales (convoyage, escortes, surveillance, police) - assurent la veille stratégique pour les comitatenses locaux (renseignement, espionnage, reconnaissance) Bref, il s'agit d'une version militarisée et hardcore d'un ensemble mélangeant la Gendarmerie, les Gardes-Frontières, les douaniers, mais aussi les unités de renseignement dans la profondeur, les unités de reconnaissance et des "comandos" pour opérer de petites actions punitives offensives. Leur capacité à la concentration et à la guerre de manoeuvre est limitée, mais elle existe en ultime recours; elle disparaît pour l'essentiel avec l'établissement des pseudocomitatenses qui spécialise une part de leurs effectifs dans cette fonction, comme appui direct d'intervention au niveau régional. C'est à ce moment, avec le passage de cette part de leurs effectifs dans les comitatenses, que ces derniers deviennent très nettement la majorité de l'armée. Les Comitatenses: - sont chargés d'organiser des armées mobiles permanentes au niveau local (pseudocomitatenses, plus quelques unités comitatenses spécialisées) - doivent pouvoir organiser localement une armée de campagne face à un raid organisé moyen, accueillant des renforts venus d'autres provinces - doivent pouvoir monter de grands corps d'armées dans des concentrations exceptionnelles, sans mettre en danger la défense aux frontières et la capacité de réponse immédiate De facto, les comitatenses sont l'armée souple, modulaire et mobile par excellence, avec des unités "plug and play" et une capacité de mouvement rapide impliquant un haut niveau de disponibilité. Le "contrat opérationnel" implique divers niveaux de menace: - raids punitifs, menaces organisées moyennes ou limitées: une réaction locale, sous l'autorité d'un comites peut rapidement jeter 2000 à 5000h pour contrer un raid important ou opérer un coup de poing rapide de l'autre côté du Limès - révoltes ou tentatives d'invasion barbares localisées: des corps de 8 000 à 20 000h peuvent être réunis, principalement avec les ressources locales et, éventuellement, un appui externe. Typiquement, un corps se monte localement, et l'empereur, ou un haut officier, vient avec quelques schola palatinae, comme Julien L'Apostat qui dézingue 50 000 Alamans avec un corps rapidement monté en Gaule, de 20 000h maxi. - corps expéditionnaire: en réponse à une menace d'invasion, ou comme attaque préventive, voire opération de conquête, l'empereur, et lui seul, décide de monter une grande opération impliquant une armée de campagne. Là, on parle de 65 à 80 000h dans une armée complète, ne réunissant que des unités d'élite, soit les scholae palatina et les unités régulières des comitatenses. En théorie, deux corps de ce type peuvent être mobilisés: un en orient et un en occident (c'est tout le point d'avoir deux capitales et deux groupes de scholae palatina). Mais si c'est possible dans la pratique, les possibilités réelles doivent plutôt concerner 2 corps simultanés de 40 à 50 000h. On notera que les mobilisations exceptionnelles, soit le contrat opérationnel maximum de 2 corps expéditionnaires, implique un effort particulier de l'Empire pour ne pas dégarnir les défenses pendant ce temps. On suppose que des sommes doivent être débloquées pour accroître le niveau de disponibilité des troupes. Mais la réunion d'un grand corps expéditionnaire de 50, voire 80 000h (ce dernier effectif fut réuni 2 fois sur la période d'avant la chute de l'empire d'occident et aurait pu se faire une 3ème fois: Valens réunissait précisément un effectif de près de 70-80 000h quand l'affaire autour d'Andrinople a commencé), et encore plus de 2, implique une volonté exceptionnelle: une grande guerre contre un adversaire organisé (bref, les Perses), une opération de conquête importante (bref les Perses :lol:), ou une menace massive et immédiate (les Soviétiques?). Validité du modèle Les critiques adressées à ce modèle sur la logistiques sont erronées: certes, la log était amenée aux troupes aux frontières sous le Haut Empire, mais ce modèle implique précisément une défense élastique avec des effectifs réduits sur le Limès. Les Limitanei aux frontières ne sont pas chargés de contrer une invasion massive et sont donc moins nombreux et plus mobiles, et doivent retraiter si une opération massive est envoyée contre eux. la log est concetrée précisément en arrière du front, dans les 2 couches de réseaux défensifs, pour être concentrée dans des points d'appui et de grands centres logistiques. Ce n'est en rien un affaiblissement: c'est une rationalisation de l'effort. On a moins de monde en première ligne. C'est, à grande échelle, toute l'histoire de l'évolution de l'organisation des tranchées pendant la Grande Guerre. Les théâtres sont organisés dans chacune des 4 grandes préfectures: - le limès est tenu par les limitanei, qui patrouillent et véhiculent des messages aussi dans l'épaisseur du 1er réseau défensif. Il opère aussi (reco et rens) dans une certaine profondeur derrière la "ligne" adverse - les capitales de diocèses frontaliers et bases avancées du 1er réseau défensif ont les unités des pseudocomitatenses, qui vivent de fait aussi sur le limès, assez confondues avec les Limitanei dont ils sont issus - les capitales de provinces et bases du 2ème réseau défensif ont quelques unités, généralement de cavalerie, des comitatenses réguliers - les 4 capitales préfectorales et villes moyennes alentours concentrent le gros des unités régulières des comitatenses et quelques scholae palatina, initialement liées aux 4 Augustes et 4 Caesars de la tétrarchie, puis liées aux 4 grands préfets qui leur succèdent quand Constantin abolit la tétrarchie - les 2 capitales impériales et grands camps alentours concentrent l'élite des comitatenses et le gros des scholae palatina Prochaine étape: l'organisation des 2 branches de l'armée. Unités, spécialités, matos.
  16. Tu es hors sujet Davout, je l'ai précisé dans le premier post (faut lire =(): l'armée thématique d'orient n'arrive qu'après ce modèle, quand il devient obsolète, soit à partir du milieu du VIIème siècle et du début du VIIIème (il disparaît aux Xème-XIème siècles). Ici, le sujet ne concerne QUE l'armée romaine tardive et sa continuation sous l'empire byzantin, précisément jusqu'à l'établissement de l'armée thématique. Pourquoi la réforme? Le changement de modèle militaire a commencé en réponse à la grande crise de l'Empire au IIIème siècle, crise qui a failli l'emporter comme aucune autre auparavant. La conjonction de crises structurelles (démographie, économie, société....) à des événements intérieurs et extérieurs conjoncturels fut le plus grand danger qu'ait eu à affronter l'Empire: cette crise commence avec la fin de la dynastie des Sévères vers 235, et atteint son point culminant dans les années 260: - en orient, une partie des territoires romains s'érige en principauté indépendante autour du prince Odenath de Palmyre - en occident, le général Postumus fait sécession en constituant l'empire des Gaules (Gaules, Espagne et île de Bretagne) Ces 2 sécessions sont faites au nom même de la romanité, du fait de généraux locaux cherchant à contrer la menace étrangère à leur frontière (Francs en occident, Perses sassanides en orient), que l'empereur (en l'occurrence Gallien) ne prendrait pas assez au sérieux selon eux. On peut ajouter: - les invasions Quades, Yazigues et Roxolans (peuples cavaliers iraniens; les roxolans sont sans doute les mêmes qu'on a appelé Sarmates plus tard) dans les provinces balkaniques - les invasions germaniques sur le haut Danube (Hérules et Wisigoths) et sur le bas Danube (Ostrogoths, ou Goths du Pont), qui atteignent la Grèce. Athènes, Ephèse, Corinthe, Milet et Sparte sont ravagées dans les années 260 Toutes ces menaces sont apparues en même temps, et l'Empire, pendant cette fatale décennie, a littéralement explosé et bien failli ne pas s'en relever. Face à autant d'adversaires, sans doute coordonnés pour certains d'entre eux, l'armée était désormais trop peu efficace. Elle comptait autour de 300 à 350 000h, comme depuis Auguste (sans la Marine), pour une frontière terrestre continue de plus de 10 000km (sans l'Afrique). Ces effectifs étaient répartis dans 33 légions (environs 180 000h) et le quadruple de corps auxilliaires (150 à 170 000h). Mais il s'agissait de forces d'infanterie, principalement. Son grave défaut, face à l'évolution de la menace, était donc sa faible capacité de mobilité stratégique pour opérer plusieurs concentrations simultanées: l'adversaire a cru en effectifs et en nombre d'entités, et Rome doit désormais pouvoir faire opérer plusieurs grosses armées simultanément en divers points de l'empire. La domination absolue de l'infanterie dans cette armée ne fait que souligner le manque de mobilité des effectifs. Face à elle, les peuples germaniques et iraniens (sans compter les solutions stratégiques et tactiques à trouver face à l'adversaire organisé qu'est la Perse) sont des peuples en mouvements, très mobiles et fuyants qu'ils soient à cheval ou à pieds, ne consentant que rarement à la bataille rangée et opérant sur le mode du raid de pillage ou de la guérilla face aux expéditions punitives. La force de la Légion devenait son handicap (lourde et lente à l'échelon de la "grande tactique", nécessitant de l'espace à l'échelon tactique: elle n'est mobile qu'à l'échelon stratégique, entre théâtres, grâce aux voies romaines et à son autonomie), surtout face à des peuples en grande partie nomades (leur base agricole, quand ils en ont, est souvent loin du limès). Les auxiliaires ont une efficacité limitée sans une légion avec eux, car ils sont répartis sur l'ensemble des frontières, et ils sont impossibles à concentrer en un point sans dégarnir gravement une partie du limès. Face aux objectifs de pillage limités, mais en d'innombrables points de la frontière, il y a une impasse stratégique pour un empire sédentaire. Et quand, dans les années 260, les peuples barbares opèrent une concentration massive et pénètrent dans les Balkans, l'intérieur de l'empire est vide de troupes et ouvert au pillards (les voies romaines et les grandes villes sans fortifications sont du pain béni). Ils n'ont même pas d'objectif stratégique, ne cherchant qu'à piller: ils peuvent changer de direction selon leur fantaisie, ce qui les rend imprévisibles. Toutes les troupes sont ventilées aux frontières. Et la conjonction avec des guerres civiles, la crise économique et les comunications coupées ou ralenties par les troubles, ne fait que renforcer les difficultés de l'Empire face à ces menaces. Ajoutons enfin que le différentiel qualitatif s'est un peu estompé: à force de se faire poutrer par les Romains et d'avoir des hommes qui ont combattu dans les légions, nombre de peuples barbares ont appris à observer. On est loin du niveau moyen d'entraînement, de l'homogénéité, de la qualité moyenne de l'armement, de l'organisation, de la discipline et de l'encadrement (taux d'encadrement, culture tactique et stratégique, permanence des unités) des Romains, mais le progrès est net. Voilà l'impasse où se trouve l'armée romaine dans les années 260; de facto, nombre d'unités se créent à cette période, mais venant d'initiatives locales ou purement sectorielles, sans réel plan d'ensemble: Aurélien développe l'importance de la cavalerie dans les années 270, et commence à sélectionner certaines unités employées comme réserve stratégique. Probus, dans la même décennie, intègre un nombre croissant de barbares pour pallier la crise des effectifs, et établit le système de ventilation des barabares dans les unités, pour éviter tout problème de loyauté et créer une machine à intégration. C'est Dioclétien qui, à partir de 284, va organiser un changement d'une ampleur sans précédent depuis César et Auguste, dans l'armée comme dans l'Empire en général. Prochain chapitre, le coeur du sujet: l'armée duale ou bipartite.
  17. La Gaule ne fait pas exception à la baisse démographique, et il faut faire attention avec les épidémies: l'Empire n'en connaît pas de grande entre le IIème siècle après JC et le VIIème siècle. De facto, quand la peste resurgit dans l'empire d'orient, elle y était inconnue depuis 4 siècles! Petite précision sur mes derniers posts (composés moi-même, lisez-les, ça fait plaisir ;)): les unités auxiliaires du Haut Empire sont du gabarit de la cohorte, ou d'une cohorte renforcée, et sont appelées cohortes pour l'infanterie (cohortales), et ailes pour la cavalerie (alares). Pour les comptes globaux de l'armée post-Dioclétien, j'ai omis de préciser qu'ils incluent l'effectif de la marine qui est, sur toute la période, assez stable, oscillant entre 50 et 60 000h à tout moment. De même, on constate un lent glissement de l'importance des effectifs (pour souligner les difficultés de l'empire d'occident): du IIIème siècle au début du Vème siècle (pendant lequel l'armée d'occident cesse graduellement d'exister), l'empire d'orient pèse de plus en plus lourd dans la répartition de l'armée. C'est là (surtout face aux Perses et sur l'est du Danube) que sont les menaces les plus lourdes, et c'est surtout l'empire d'orient qui est désormais le plus peuplé et surtout le plus riche. Au IVème siècle, il représente environs 60%, voire les 2/3, du total de l'armée romaine. Le processus du changement La réforme qui mène à l'armée duale commence sous Dioclétien, dans la 2ème moitié du IIIème siècle, et ne s'achève vraiment complètement que sous Constantin, dans le premier quart du IVème siècle. L'effectif de cette armée culmine sous Constantin qui commanderait ainsi près du double de l'armée de Dioclétien. Les chiffres sont à prendre avec des pincettes et varient fortement suivant la période, mais sous Constantin, on pense qu'un maximum de 550-570 000h a été atteint, marine incluse (certains contemporains parlent de près de 650 000h, voire 730 000h, mais il y a de l'exagération, et surtout un raisonnement à effectifs théoriques). On aurait alors, au plus haut, une armée de terre de près d'un demi-million d'hommes, répartie à raison de 60% pour les limitanei et 40% pour les comitatenses. Il faut noter que, à tout moment, entre les 2/3 et les 3/4 des effectifs doivent rester aux frontières quoiqu'il arrive: ce n'est pas parce que les Goths foutent le bochson dans les Balkans qu'il faut laisser entrer les autres ailleurs. Et là aussi, quoiqu'il arrive, une partie des comitatenses doit rester à disposition des limitanei en cas de menace sérieuse. De fait, il s'agirait en fait presque plus d'une armée tripartite que d'une armée duale: - les limitanei sont aux frontières quoiqu'il arrive, et peuvent opérer des concentrations ponctuelles, localement, pour participer à une campagne (expédition punitive, raid, ou guerre de manoeuvre) - une partie des comitatenses se trouve en arrière, autour des grands centres des provinces de frontières, prêts à intervenir pour mener une campagne en cas d'invasion. Généralement, une convention prévoit qu'ils ne soient pas appelés à un déploiement hors de leur province. - l'élite des comitatenses et les scholae palatina (garde impériale et élite de l'élite, appartenant théoriquement aux comitatenses) est concentrée près de l'empereur, dans les deux capitales. C'est le seul élément totalement mobile de l'armée, la pure réserve stratégique. De la réalité pratique, les comitatenses en garnison dans les grands centres provinciaux sont moins mobiles: ils font souche localement et sont plus dédiés à la défense de leur province. Il existe un épisode célèbre d'unités comitatenses localisées en Gaule à qui on ordonne un déploiement en Syrie, ce qui, en théorie, ne peut pas arriver (ils ne sont pas indisciplinés: c'est prévu dans le contrat). L'empereur doit accéder à leur demande d'amener leurs familles pour l'opération au Moyen Orient (un tel déploiement, à l'échelle d'une vie humaine, implique suvent l'implantation à demeure des soldats dans les garnisons locales ou les territoires éventuellement conquis). Globalement, la cavalerie est chroniquement trop peu nombreuse dans l'armée romaine, même si on assiste à un net renforcement à partir de Constantin, surtout dans l'empire d'orient (face aux Perses, et en raison de la topographie de vastes régions désertiques à faible densité humaine, notamment en Anatolie orientale). Elle représente environs 10% de l'armée au début du IIIème siècle, puis grimpe un peu pour atteindre, au maximum, les 15-20%. Chez les Limitanei, elle est très faible, ce qui veut dire que sa proportion dans les comitatenses est nettement plsu élevée (sans doute dans les 40%). Et dans la réserve stratégique impériale (élite des comitatenses et scholae palatina), elle doit être majoritaire). C'est Constantin qui inscrit dans le marbre et achève la réforme engagée par Dioclétien (qui opère, lui, la séparation entre troupes aux frontières et réserve stratégique): les deux entités reçoivent officiellement leur nom en 325. Ce changement est majeur: sous le haut Empire, la classification des unités est faite selon la taille (légions, cohortes et ailes, et on voit lentement apparaître la différenciation entre les légions d'infanterie classique et les légions frontalières). Avec cette réforme, l'armée est classifiée selon la valeur opérationnelle des unités: ça veut moins dire la qualité que la capacité globale en termes stratégiques, et la nature des missions. Après Constantin, le système se raffine. Les comitatenses se répartissent entre: - les palatins: garde impériale et troupes d'élite. les unités de la Garde impériale sont appelées Scholes ou Scholae Palatina - les comitatenses dits "réguliers", en garnison près des 2 capitales et dans quelques grands centres provinciaux, selon la nécessité stratégique - les pseudocomitatenses: ce sont les unités comitatenses rattachées à une province en particulier, dont le gros des effectifs vient des limitanei ayant prouvé leur mérite et leurs qualités sur une durée donnée (généralement au moins 6 ans) Ce raffinement est notamment apparu suite à la suppression de la Garde Prétorienne, vaincue par Constantin en 312 (elle avait rallié son dernier adversaire, Maxence, quand il a mis fin à la Tétrarchie ou système à 4 empereurs) et jamais recréée. La composante issue du rang (des Légions) des Prétoriens, les Lanciarii, est préservée et sert de base pour la formation des Palatins. A leurs côtés, les Comites (compagnons) servent de base à la création de la cavalerie palatine et de la cavalerie des comitatenses en général. Le titre de Comes est vite celui du commandement, révélateur de l'importance accrue de la cavalerie sous le Bas Empire: le commandant de théâtre est à la base le commandant des pseudocomitatenses ou comitatenses locaux, et il est issu des unités de cavalerie. Il a donc le titre de maître des Comites, qui devient rapidement un titre en soi: c'est la naissance du Comte. Parfois, pour des effectifs plus grands et des théâtres plus dangereux, c'est le titre supérieur de Dux (chef, maître) qui est attribué à un personnage de rang plus élevé, avec un statut plus autonome. Les chefs barbares recevront ce titre (Dux Bellum, ou chef/maître de guerre) On notera que les Comites sont la base fondamentale du titre nobiliaire de Comte: il s'agit à la base d'une fonction militaire, qui deviendra un grade, puis enfin une dignité associée à une fonction (sous Charlemagne) et un titre de noblesse (c'est à ce stade qu'apparaît le titre de marquis, qui différencie les comtes en général des comtes en charge de régions frontalières: ceux-ci reçoivent le titre germanisés de markgraf, ou comtes des marches, dont le plus célèbre fut Roland).
  18. L'armée de la République tardive créée par Marius (Ier siècle avant JC) C'est une armée professionnelle, payée en partie sur les fonds de l'Etat et sur ceux des consuls et proconsuls (sur leurs fonds et sur les levées fiscales des provinces qui leurs sont allouées). La nouveauté vient de la fusion des différents types de soldats (jusqu'ici reflet des catégories de citoyens selon l'âge et la richesse: hastati, principes....) en un légionnaire standard formé à tous les métiers. Les classes les plus pauvres sont admises, accroissant énormément la base de recrutement (c'est une révolution: dans le système de pensée de la Ville antique, on pense que celui qui n'a pas de bien à défendre ne peut pas bien se battre), et c'est l'Etat/le consul ou proconsul qui paie l'équipement (avant, il était à la charge des citoyens, selon sa richesse). La légion marienne est une armée autonome avec toutes les spécialités d'armes et d'appui (infanterie lourde/légère, cavalerie, archerie, mais aussi Génie, architecture, artillerie, pontonniers, fortifications, terrassement....), mais aussi de soutien (administration -avec le soutien éventuel des bureaucraties locales-, récoltes....). Le légionnaire est formé à tout, et pour les spécialités très pointues, quelques-uns le sont et encadrent l'activité des autres. Même le matériel (armures, armes....) est produit et entretenu au sein de la Légion. Quand une Légion établit un camp, c'est une ville où chacun a un ou plusieurs métiers et une minorité sert exclusivement ou par alternance à la protection du camp. Le service est au minimum de 6 ans en continu pour les conscrits, et de 10 à 20 ans pour les volontaires, véritables engagés professionnels. Les officiers de bas rang, les centurions, sont généralement issus du rang et choisis par le général (juqu'ici, ils étaient élus). Par la suite, la durée de conscription sera aussi étendue à 16 puis 20 ans (pas en continu), dont une période avec le statut de vétéran. Les 6 tribuns (à peu près équivalents à nos colonels ou à nos chefs de bataillons) qui dirigent la Légion sont nommés par le général et issus de la classe des chevaliers (sauf pour les 4 premières légions, où les tribuns viennent de la classe sénatoriale). Il y a un tribun laticlave qui est le second de la Légion, et 5 tribuns angusticlaves chargés chacun de 2 cohortes et participant à l'EM. Le grand patron de la légion est le Légat. L'ouverture au volontariat concerne les citoyens pauvres, mais aussi les non citoyens: affranchis et étrangers. La conséquence est de créer une carrière militaire pour toute une frange de population. La légion a 10 cohortes d'infanterie lourde (avec capacité de combat d'infanterie légère) qui sont l'unité tactique de base: 9 de 480h et une (la première, celle des vétérans, les Evocati) de 800h. Soient 5120h. On y ajoute la cavalerie légionnaire (120h), les exploratores (exploration, espionnage, renseignement dans la profondeur: 120h servant aussi comme cavalerie légère), l'artillerie (50 pièces de toutes tailles, environs 300 à 400h qui servent aussi comme infanterie légère) et les unités rattachées au commandement et à l'intendance (mettons 300h). On arrive au total théorique de la Légion de 6000h. Sur le plan tactique, 1 cohorte a 6 manipules homogènes de 80h. Chaque manipule est faite de 2 centuries de 80h. Une centurie est dirigée par un centurion, assisté par un optio et un tesserarius (sergent garde, ou sergent serre-file) plus un signifer (porte étendard) et un cornicen (trompettiste) qui sont les points de ralliement et les moyens de communication. Une manipule est dirigée par le centurion le plus âgé des 2 centuries: les 6 chefs de manipules sont l'EM de la cohorte et sont subordonnés selon un ordre de préséance précis. La 1ère cohorte, celle de 800h, est la seule à avoir 5 centurions uniquement dédiés au commandement de l'unité et non rattachés à une manipule: ils le sont en nom, mais un autre centurion prend leur place pour le commandement opérationnel. Pour ceux qui ont vu la série Rome, Vorenus est nommé préfet dans les Evocati, ce qui est une dignité: il est le représentant des vétérans dans leur ensemble. Il est aussi, par ce biais, centurion Primus Pilus, c'est-à-dire le centurion de la première manipule de la première cohorte dans la XIIIème Légion, donc le chef d'EM de la première cohorte, immédiatement sous un tribun, et de facto, vu la spécificité de la première cohorte, plus souvent directement sous le commandement du Légat commandant la Légion. De facto, la Légion est faible en cavalerie et en archerie, de même qu'en infanterie légère (de facto, les légionnaires peuvent être l'infanterie légère, mais ils sont très sollicités): on recourt aux auxiliaires alliés, soient des unités de mercenaires spécialisés (archers crétois, frondeurs et lanceurs de javelots espagnols et des Baléares, cavaliers numides, gaulois et germains, infanterie légère gauloise et panonienne....). L'armée "classique" du haut Empire (Ier siècle après JC - milieu du IIIème siècle après JC) Il s'agit en fait de la même légion, exactement la même, mais elle ne représente désormais que la moitié de l'armée. Ses seuls changements sont sur le matériel: la cotte de maille ou le buffle en cuir s'effacent devant la lorica segmentata (armure en lamelles plates), le casque ionien est remplacé par le casque dit "Gaulois impérial" (plus couvrant et en fer). L'armement reste le même (gladius et pilum, plus le bouclier en demi-cylindre). Les processus de nomination changent un peu, dépendant uniquement de l'empereur. De fait, l'armée du Haut Empire est une armée privée appartenant à l'empereur: comme précédemment, elle est payée par l'Etat et les consuls, mais de fait, il n'y a plus que l'empereur qui a le droit d'en payer. Les proconsuls de provinces sont envoyés avec des unités allouées par l'empereur: ce ne sont plus que des fonctionnaires, et les consuls sont là pour la figuration. La vraie nouveauté de l'armée à partir d'Auguste est sa composition: Auguste hérite de 60 légions au lendemain d'Actium (on est en 31 avant JC). Il ramène vite ce nombre à 28 (160-170 000h), à effectifs pleins, et les répartit aux frontières, avec quelques concentrations: 8 sur le Rhin, 7 sur le Danube et 4 en Syrie. Mais parallèlement, les auxiliaires changent massivement: sous César, on ne mentionne que les effectifs de légionnaires dans les batailles (les étrangers, on s'en fout), mais ils représentent en moyenne 1/3 des effectifs légionnaires. A partir d'Auguste, ces auxiliaires dits "alliés", recrutés par les proconsuls le temps d'une campagne, deviennent des unités parfaitement régulières, composées de professionnels issus de l'empire (citoyens pauvres et non citoyens, puis citoyens et étrangers après l'Edit de Caracalla). Ce ne sont donc plus des alliés mercenaires, mais des soldats réguliers, professionnels (pas de conscrits) et permanents. Leur effectif est désormais équivalent aux effectifs légionnaires: entre 150 et 170 000h. Longtemps, les historiens ne les ont pas comptés en se focalisant sur les légions, ce qui a conduit à dire que l'armée du Haut Empire était étonnamment faible: erreur! L'armée du haut Empire tourne autour de 300 à 350 000h. Et ce sont des bons effectifs: le standard de la Légion reste haut, et les nouvelles unités auxilliaires permanentes sont des professionnels désormais très organisés, versatiles et aguerris. Ces unités sont chargées de tous les combats dont l'infanterie lourde ne veut pas ou ne peut pas se charger (la Légion n'est plus employée, à cette période, qu'en entier, pour le combat en ligne): combat en montagne, combat d'escarmouches et d'infanterie légère en général, reconnaissance en profondeur, raids.... Cavaliers, fantassins et archers en unités spécialisées ou polyvalentes, telle est leur vocation. On a ainsi des unités du gabarit d'une grosse cohorte (entre 500 et 1000h) qui sont chargés de l'essentiel de l'activité militaire permanente de l'Empire romain du Ier au IIIème siècle, la Légion ne servant qu'aux grands conflits (rares à ce moment: on ne voit guère que quelques grandes opérations en Germanie sous Auguste et Marc Aurèle, en Dacie sous Trajan, et en Syrie sous Hadrien). Ces unités auxiliaires sont par ailleurs tout-à-fait capables de remporter des victoires contre des armées organisées: ce sont des troupes de première ligne qui n'ont pas eu la chance d'avoir autant de pub que les légions. Mais dès Auguste, elles sont indispensables et les Romains en font des unités permanentes soumises à une discipline analogue à celle des Légions. Ils ont, en fait, réintégré les savoirs-faires des auxiliaires (en partie écartés des légions qui ne peuvent y consacrer assez d'effectifs) et ont forgé de nouvelles unités autour de ces savoirs-faires, mais dans une discipline, un entrainement, un encadrement, un concept d'emploi et une tactique romains. Pour comparer, je dirais que cela correspond, dans nos armées actuelles, au fait de conserver une Division Blindée classique (la légion) pour le combat de haute intensité, improbable à court terme mais toujours possible, et de développer des brigades médianes et d'infanterie légère très employables. Je ferais l'armée duale plus tard: je tenais à parler des modèles précédents pour montrer les dynamiques d'évolution. Sous Auguste oui, mais là je parle de 410 après JC, pas du Ier siècle: la frontière est au Rhin depuis la 2ème moitié du Ier siècle après JC.
  19. Bon! Voilà! Pour les amateurs, c'était le moment des belles histoires et des délires de tonton Tancrède. Assez pour le récit et le contexte: maintenant, je veux faire du technique, parler taille des épées, calibre des lances, pertinence des cols de cottes de mailles et polémique des formes de boucliers; allons dans la logistique des archers et la MCO des cataphractaires! Et aussi l'organisation des unités et les ordres de bataille..... Passke moi j'aime bien çôôô. Si quelqu'un pouvait me réexpliquer rapidos comment foutre des images, j'en foutrais bien quelques unes, avec des cartes et des organigrammes si j'en trouve en version informatique. Je crois que cette armée romaine IIIème-VIIIème siècles souffre énormément de n'avoir pas vraiment d'image dans nos esprits, par rapport à ses envahissantes versions précédentes, à savoir l'armée de Marius et celle du Haut Empire qui se ressemblent visuellement: ce qui diffère entre ces deux-là est l'importance et l'organisation des unités auxilliaires qui, sous l'armée du haut Empire, deviennent des cohortes permanentes et professionnelles, en effectifs supérieurs aux Légions, où sont aussi intégrés des effectifs de citoyens. l'armée d'après Dioclétien est radicalement différente. Je ferai un rapide résumé de ces 3 grandes phases de l'armée romaine (grosso modo, l'armée de marius couvre la période qui va de -100 au milieu du Ier siècle, celle du Haut Empire embraye de suite jusqu'au milieu du IIIème siècle, et l'armée duale s'établit des années 250 aux années 260 pour durer près de 4 siècles) pour bien les différencier.
  20. L'affaire d'Andrinople s'est déclenchée sur un malentendu stupide et cruel: chassés par des migrations énormes de peuples très nombreux et agressifs, des dizaines milliers de Goths réfugiés (pas loin de ce qu'on voit sur les enclaves espagnoles d'Afrique ou les bateaux de réfugiés en Méditerranée) se sont rabattus sur le limès en demandant l'entrée aux Romains, ce à quoi l'Empereur Valens a consenti. Rome a de larges zones désertées demandant un repeuplement agricole, surtout s'il s'agit de peuples constitués, entendez un nombre équivalent d'hommes et de femmes, soit un ensemble prêt à être intégré. Ces populations ont donc été recueillies par Rome et placés, le long de la frontière, dans des camps d'attente avant une ventilation dans 2 ou 3 provinces, vraissemblablement en Haute Thrace et dans les Balkans. Mais c'est là que tout a commencé à merder: le temps se fait long, et l'aide humanitaire est largement détournée par les élites et fonctionnaires locaux corrompus. Cette aide n'est remplacée, quand elle n'est pas purement et simplement embarquée, par des vivres avariés. La colère monte pendant des mois pour ces réfugiés concentrés dans des camps et encadrés par des troupes peu nombreuses et donc agressives à proportion de leurs faibles effectifs et de l'attente qui leur pèse aussi. Nombre des Goths présents sont d'anciens soldats romains, par ailleurs. L'empereur, tout à l'organisation de sa campagne en orient, a pourtant envoyé à plusieurs reprises des directives précises et impératives sur l'aide à apporter à ces populations et le mouvement de répartition à engager pour leur migration sur les nouvelles terres qui leur sont attribuées. Et un jour, évidemment, ça pète: ils se rebellent, plus dans un mouvement spontané de colère qu'autre chose, et trucident les soldats qui les gardent, puis commencent à piller les villes alentours, à s'équiper sur le butin de guerre et à vivre sur le pays. La réaction impériale est sans ambiguité: des troupes sont envoyées, sous le commandement des mêmes gouverneurs locaux corrompus qui sont largement responsables de la situation. Mais ces troupes sont très insuffisantes et sont battues, notamment parce qu'elles n'ont plus de vivres sur place (les villes et réserves ont été pillées par les Goths, et les villes encore intactes refusent de laisser entrer les soldats, généralement mal vus par les citadins). Pendant plusieurs mois, divers contingents réduits (il n'y a pas eu de grande concentration) sont battus séparément et l'empereur ne reçoit que des informations parcellaires. Enfin, un commandant compétent est envoyé (de l'empire d'occident) mais avec de trop faibles troupes; il parvient à bloquer les Goths, dont le contingent a grossi de vastes effectifs d'esclaves et de paysans-serfs libérés des grands domaines agricoles, pendant les mois d'automne, d'hiver et du printemps 377-378, via du combat de petite infanterie en montagne. La réaction impériale s'organise enfin pendant ce temps: Valens organise le cantonnement du gros de son armée au Moyen Orient et part vers les Balkans, dispatchant au passage une masse de messagers pour rappeler toutes les unités de comitatenses rapidement rassemblables dans cette zone. De fait, les unités d'Afrique et du Moyen Orient sont indisponibles, et le gros des untiés d'occident ont leurs propres menaces à parer, même si l'empereur d'occident commence à rassembler ce qu'il peut: des d'Espagne, d'Italie et du sud de la Gaule sont rappelées, mais une partie seulement pourra être envoyée à temps à Andrinople. De fait, quand Valens se lance à l'assaut des Goths, il n'a a sa disposition que ce qu'il a pu rassembler en Anatolie, en Grèce, et ce qui pouvait rester alors dans les Balkans, soit un total de 20 à 25 000h. Il est à noter qu'à ce stade de la campagne, les pertes romaines ont déjà été significatives dans la longue série d'escarmouches et de petites batailles qui se sont déroulées depuis la révolte des Goths: aucune évaluation fiable n'existe, mais généralement, évoquer des pertes de 6 à 8 000h peut sembler assez réaliste. parce qu'en face, on peut parler d'un effectif en mouvement d'au moins 200 000 personnes (il est très difficile d'évaluer la masse de ralliements d'esclaves et serfs des domaines et villes razziées, mais on évoque parfois un effectif double), dont un tiers de guerriers en armes, soit une armée adverse d'au moins 70 000h en tout (à Andrinople en particulier, on pense qu'il y en eut d'abord environs 20 à 30 000, plus le fameux renfort de 10 à 20 000 cavaliers qui arrive en cours de bataille). La perte totale de cette campagne, pour Rome, est d'environs 25 à 35 000h, essentiellement des comitatenses, mais surtout, c'est l'essentiel des troupes des Balkans, de Grèce et d'Anatolie qui y passe, alors même que rien d'autre ne peut venir. La seule autre concentration immédiatement disponible est le contingent occidental qui ne doit pas dépasser les 10 à 12 000h et qu'on choisit évidemment de ne pas envoyer. L'armée au Moyen Orient est inamovible: les Perses sont mobilisés. Et partout ailleurs, les comitatenses sont en flux tendus. A tout moment, on doit avoir entre 1/4 et 1/3 d'effectifs indisponibles (entraînement, maladies, désertions..... Certaines choses sont éternelles dans les armées); sur un effectif total des comitatenses estimé autour de 180-200 000h, on doit donc avoir en temps normal une armée mobile de 130 à 140 000h, répartis dans les grands centres de l'Empire. Là dessus, en 377-378, on a une concentration d'environs 20-25 000h au Moyen Orient, après que Valens soit parti vers les Balkans avec une dizaine de milliers d'hommes, plus 10-15 000 qui se concentrent lentement en Italie du nord. Ajoutez 7000h perdus (grosso modo) entre 377 et 378 et la concentration finale qui s'ajoute aux 10 000h venus avec Valens (soient 10 à 15 000h de plus pour faire les 20-25 000h d'Andrinople). Résultats, on a quand même de 57 à 67 000h concernés par les 2 grandes concentrations du moment, autour de l'affaire des Balkans et de celle du Moyen Orient, soit près de la moitié de l'effectif total des comitatenses. Restent environs 60 à 70 000h disponibles répartis dans tout l'Empire, et pour qui les menaces habituelles sont toujours aussi présentes: Francs ripuaires, Alamans, Saxons et Alains sur le Rhin, Berbères et touaregs en Afrique, Sarmates, Huns, Lombards, Gépides, Hérules, et Burgondes le long du Danube, tribus arabes et surtout les Perses au Moyen Orient.... Sans même compter les nécessités internes: missions de police, soulèvements antifiscaux, missions d'escorte, convoyages de fonds.... Bref, la ponction d'Andrinople sur les comitatenses est dure dans l'absolu, mais pas insurpassable: elle n'atteint pas les capacités fondamentales d'entraînement, d'encadrement et d'équipement. En revanche, elle est catastrophique localement et dans cette fenêtre de temps: il n'y a absolument plus aucun effectif disponible pouvant être envoyé pour pacifier les Balkans qui sont à la merci des Goths. Ce qui est encore plus dur est que toute la région ne participe plus à la production de richesses et donc à l'effort fiscal pendant plusieurs années, sans même compter la rupture des axes commerciaux de la région. Le coup est, de ce côté, plus rude pour l'empire d'occident en difficulté économique, et dont l'effort militaire fonctionne en flux tendus permanents. L'Orient est obligé de recourir à des contingents barbares organisés et fonctionnant sous leurs aristocrates, mais Théodose commence à s'en débarrasser immédiatement après son arrivée, graduellement, parce que l'Empire d'Orient a les moyens de s'en affranchir, amis aussi de faire une vraie crasse à l'occident en détournant les Goths vers l'ouest. Bref, l'Empire d'orient s'en remet vite comme Rome s'est toujours remis des catastrophes: on mobilise les efforts, on utilise la richesse et on rebâtit sa marge de manoeuvre militaire, en quantité et en qualité (on constate une croissance nette des vexillations de cavalerie à ce moment). mais l'empire a été moins solidaires dans ses deux parties: l'occident, alors avec une capacité de récupération moindre, n'a pas été aidé par l'orient, et le mouvement des Goths vers l'ouest s'est ajouté à ses problèmes structurels. Mais loin des images de décadence, il faut souligner que l'empire d'occident va encore assez bien et règle son problème avec les Goths par un foedus: leur passage est vite réparé et ils s'installent dans le sud-ouest de la France et en Espagne. C'est plus tard, avec le formidable gel du Rhin en 410 qui permet le passage des peuples agglomérés autour des Vandales (il y a des Huns, des Alains, des morceaux de peuples germaniques et celtiques, et les fameux "bagaudes" qui sont en fait des masses d'esclaves évadés, des paysans-serfs insolvables ayant fui l'empire....), que s'amorce réellement le déclin de l'empire d'occident. pour vous montrer un exemple, l'archéologie récente a prouvé que l'essentiel des destructions urbaines occasionnées par les Goths, de même que les destructions occasionnées par les tremblements de terre de la période 370-410, étaient généralement réparées dans l'année ou les deux ans suivants, y compris les bâtiments purement décoratifs ou les vieux temples païens sans pratique régulière. Bref, à cette période qu'on nous a longtemps vanté comme celle de la décadence, il y a encore le fric et le savoir-faire pour rebâtir à toute berzingue non seulement les bâtiments utiles et la voirie, mais aussi les monuments historiques :O!!!!! La prise de Rome en 410 voit les bâtiments reconstruits assez vite aussi: les bâtiments publics le sont moins, de même que les temples, mais là c'est un choix: on bâtit de nouvelles églises. Les grands bâtiments impériaux et temples païens commencent à être délaissés par idéologie. La déliquescence de l'empire ne commence vraiment qu'à ce moment, avec la place prise par les peuples en mouvements à l'intérieur, conjugués aux efforts accrus des élites pour ne pas payer l'impôt (souvent en accord avec les élites barbares avec qui les élites romaines locales nouent des liens, souvent familiaux): les peuples en mouvements désorganisent les circuits économiques, voire ravagent certaines régions, puis se taillent des fiefs quasi autonomes tout en prétendant aux offices impériales d'un Empire qu'eux-même admirent et croient immortel. Parallèlement, les élites confisquent de plus en plus le produit fiscal, surtout à mesure que celui-ci se réduit face à la baisse économique et démographique. Résultat, l'Etat central a de moins en moins de moyens et surtout de moins en moins de visibilité: il ne peut plus lever d'argent partout, ni recruter des troupes partout, et l'armée se réduit drastiquement. Cette armée qui se réduit doit pourtant opérer partout et tout le temps; résultat, le recours sans cesse accru aux contingents barbares immédiatement disponibles devient une règle. Et ces gens là s'enrichissent ainsi et restent totalement autonomes face à un pouvoir de moins en moins puissant au sein duquel les rivalités et critiques sont de plus en plus rudes, faisant des chefs barbares les arbitres de ces disputes. Simple, seule l'autre superpuissance de l'époque a des moyens de planification militaire, de mobilisation de moyens et donc de logistique comparable, et encore est-ce une puissance plus réduite, mais pouvant quand même résister à l'Empire parce qu'il s'agit d'une puissance locale: les Perses. Ils sont la seule autre vraie puissance organisée de taille significative.
  21. 6 ans pour former une légion, ce peut être plausible, mais cela dépend aussi du nombre de vétérans dont on peut disposer, et de l'entraînement moyen des recrues. Il faut faire attention au vocabulaire: ces 6 ans, c'est sans doute pour une légion AVANT le modèle de Dioclétien. La Légion n'est plus l'unité de référence après Dioclétien: elle n'existe plus que pour les limitanei, et encore seulement comme unité théorique en garnison (ils sont plutôt répartis en cohortes). Elles ne sont rassemblées que si, sur leur théâtre d'opérations, une menace majeure apparaît, requérant la formation d'une armée de campagne qui reçoit dès lors l'appui d'un effectifs donné de comitatenses, voire l'appui direct de l'élite du comitatenses, à savoir les unités proprement impériales (vexilatio et auxilia palatinae). Mais je ne crois pas à l'idée d'une attrition longue trop forte pour les effectifs longs à former. Il faut se rendre compte que l'adversaire aussi a changé: les barbares sont en bonne partie romanisés, surtout pour ce qui concerne les techniques militaires. Sans être aussi professionnels ni aussi équipés ou encadrés, ou encore aussi homogènes que les romains, ils ont fait des progrès. mais surtout, ils sont bien plus nombreux. Et c'est à mettre en corrélation avec l'affaissement démographique de l'empire d'occident après le IIIème siècle, et plus encore les difficultés des rentrées fiscales, tant en raison de cette moindre démographie que plus encore à cause de la reluctance des élites à payer, à particper à la défense. Donc l'adversaire a cru en qualité et surtout en quantité par rapport au Haut Empire, mais l'armée romaine aussi: on est au-dessus de 400 000h dans une armée professionnelle, sans compter les fédérés et lètes. Et la qualité est toujours là. Fondamentalement, l'entraînement marche bien et le recrutement, quoique parfois épineux, fonctionne bien sur toute la période: et l'équipement est excellent grâce au système des manufactures impériales. Les Romains sont les seuls à pouvoir aligner des régiments entiers de cataphractaires suréquipés là où même les Sarmates ou les Alains n'ont généralement qu'un premier rideau de cataphractaires avec des unités de cavalerie moins protégées derrière; et leurs cataphractaires ont souvent plus des armures en corne ou en os que des armures de métal (cottes de maille ou lamellées pour les romains). Quand on parle d'auxiliaires et de Légion recentrée sur un métier, on parle de l'armée romaine d'avant Dioclétien, comme je l'ai souligné plus haut, pas de l'armée duale d'après le IIIème siècle. Après cela, les unités barbares constituées n'existent plus dans l'armée romaine: les barbares y servent en tant qu'individus dans des unités régulières de toutes spécialités. Les seuls peuples à combattre pour Rome en tant qu'entité à part sont les fédérés, installés dans une province et chargés de sa mise en valeur et de sa défense: ce sont des paysans soldats faisant une sorte de conscription locale. Les unités constituées de barbares ne font leur retour qu'après Andrinople, quand la ponction sur les comitatenses a été trop forte. Bélisaire mène autour de 35 000h, mais le point est surtout que son effectif a fortement varié le temps de la reconquête: les liaisons navales fonctionnaient bien, et la logistique suivait. Cependant, l'armée d'Andrinople était une bonne armée, sans doute entre 20 et 25 000h, notamment parce que Valens n'a pas voulu attendre que plus n'arrivent. Je rappelle qu'au même moment, les comitatenses sont aussi concentrés en Syrie: quand l'affaire qui mène à Andrinople a éclaté, Valens était en train de préparer une grande campagne contre les Perses. Après presque 2 ans de désordres dans les Balkans (initialement, ces Goths sont des réfugiés accueillis par l'Empire, mais qui seront si mal traités par 2 hauts fonctionnaires corrompus qui détournent toute l'aide humanitaire impériale, qu'ils se révolteront), Valens se décide à intervenir lui-même, mais il doit laisser le gros de son armée au Moyen Orient, et opérer une nouvelle concentration en Thrace pour marcher contre les Goths. Au moment d'Anrinople, le gros des comitatenses de tout l'Empire est donc concentré en 3 points: le Moyen Orient, la Thrace (c'est cette concentration qui disparaîtra) et le nord de l'Italie (c'est la concentration qui devait se joindre au corps de Valens et qu'il n'a pas attendu), en plus des autres garnisons habituelles (où il y a toujours des trucs à faire), des unités au repos/entraînement.... La ponction d'Andrinople a surtout tapé le gros des effectifs à un endroit donné à un moment donné: l'empire en avait encore, mais brutalement, il n'en avait plus assez dans les Balkans à ce moment et ne pouvait pas en faire venir d'ailleurs parce que les besoins des autres théâtres n'avaient pas diminué. Ce qui fut intolérable, c'est la perte sèche de 20 à 25 000h à cet endroit et à ce moment, et le recrutement d'unités barbares constituées fut obligatoire pour rétablir la situation dans les Balkans en cette années 378. Mais dès les années 390-400, Theodose avait rétabli l'armée d'orient dans sa plénitude. Et l'armée d'Andrinople n'avait rien de mal équipé, même si on peut noter certains travers dans l'équipement individuel: les vétérans ont tendance à ne pas porter l'armure, ou à porter des protections plus légères, afin de n'être pas gênés et d'être plus endurants. Mais il a souvent été reprochés à l'armée de Valens de manquer de matériel: c'est faux, et c'est un fait facilement constatable par les inventaires des manufactures impériales dont la production fonctionne normalement. Donc, non! L'armée romaine des années 370 est mieux équipée que l'armée française aujourd'hui :lol:! Oui, mais pas sous forme informatique (et j'ai pô de scanner dispo en ce moment). Et j'ai un invetaire de la Notitia Dignitatum recensant l'armée romaine du bas empire unité par unité. Tu veux dire.... A part Rome?
  22. Pas d'accord: le sujet mentionné demande beaucoup de recul :lol:. Mais un sujet même un peu pointu peut aussi plus simplement impliquer de poser des questions, de faire des comparatifs avec d'autres organisations militaires, contemporaines ou d'autres époques, à des polémiques sur le palmarès quand on ne connaît pas bien l'outil.... Bref, une approche dite à la Sciences Po: quand on sait pas, on fait comme si :lol:. Et au fond, on en sait toujours un peu.
  23. Bon, je fais un peu de buzz, ça a pas l'air de passionner les foules pour l'instant.... D'abord une bibliographie pour ceux que le sujet peut intéresser: - La fin de l'armée romaine, de Philippe Richardot - Histoire de Byzance de Jean Claude Cheynet - L'armée romaine tardive de Yann Le Bohec - les oeuvres de Yves Modéran, Michel Carrié, William Treadgold Les deux grands points de débat sur cette armée sont sa valeur réelle et la barbarisation. Le point particulier de la barbarisation est aujourd'hui pratiquement écarté comme cause d'inefficacité ou de faiblesse: on peut estimer assez précisément les effectifs dits barbares (cités plus haut), mais surtout, on sait maintenant que l'armée romaine créait encore son propre esprit de corps intégrateur des éléments étrangers. Un exemple parmi une multitude consiste en l'épitaphe d'un soldat: "j'étais citoyen franc, mais soldat romain". Et des barbares correctement intégrés en tant qu'individus, faisant le parcours de formation normal, ne posaient aucun problème à l'unité de l'armée ou à son esprit combatif, fut-ce contre les peuples de ces soldats. Ce qui posera problème, c'est l'intégration de corps constitués barbares avec leurs propres chefs, ne répondant qu'à l'empereur (au gré de leurs intérêts et de leurs ambitions), au lendemain d'Andrinople. Théodose, dernier maître unique de l'empire, règlera la question très rapidement en Orient en relançant activement le recrutement et la formation de citoyens dès les années 380, ce qui sauvera effectivement l'empire d'orient. En occident, ce ne fut pas possible aussi vite, et le Vème siècle verra une armée romaine réduite opérant aux côtés de vastes contingents barbares (Gépides, Ostrogoths, Wisigoths, Francs, Huns, Hérules) qui se tailleront des royaumes réduisant d'autant les capacités de l'empire d'occident à relever une armée et à reprendre le contrôle de son territoire. Le point de l'inefficacité est le lieu des controverses historiques les plus acrimonieuses. Les détracteurs de l'armée romaine tardive se fondent avant tout sur les commentaires de contemporains, et les thuriféraires démontent ces témoignages qui sont le fait d'aristocrates devenus par essence antimilitaristes et antifiscaux: à partir du IVème siècle, il faut dire que l'empereur préside de fait 2 administrations séparées, l'armée et l'appreil d'Etat. Ces 2 mondes sont désormais imperméables, et si l'élite de l'empire s'accapare les fonctions politiques et juridiques, elle n'a pas accès aux hautes charges militaires, réservées aux couches plus modestes, aux franges les plus basses de l'élite, et à des chefs barbares romanisés (notamment francs, goths et sarmates ou alains: des hommes comme Richomer, Arbogast, Bauto ou Stilicon sont de parfaits exemples d'intégration réussie d'hommes méritants). On notera que les romains essaient d'éviter le recrutement de grands aristocrates barbares. Du coup, l'armée devient une concurrence autant qu'un coût auquel l'égoïsme croissant des élites provinciales et impériales ne veut pas concourir, renvoyant la charge financière de la défense sur les "classes moyennes", le prolétariat urbain et surtout la petite paysannerie, accablée d'impôts. Par ailleurs, l'armée et le peuple sont les lieux de propagation du christianisme, au contraire de l'aristocratie majoritairement païenne et incitant à un "retour aux valeurs antiques". C'est autant une formule creuse qu'un réel thème de discussion qui se cristallisera autour de la personne de Julien L'Apostat: il y a de réelles craintes de ceux qui croient aux vertus de la religion traditionnelle, avant tout fonctionnarisée et ouverte, et qui craignent les dangers potentiellement totalitaires, absolus et obscurantistes du monothéisme. Mais le christianisme est aussi le lieu de condamnation de la polarisation extrême des richesses et du fonctionnement univoque de l'économie, de plus en plus corrompue et ne profitant qu'aux grands propriétaires terriens asservissant une part croissante de la paysannerie en se contentant de "campagnes de communication" vantant les vertus de la vie simple et noble du paysan (et la paysannerie qu'ils asservissent dans le latifundium ne vit vraiment rien de beau ou de noble). Le christianisme naissant lance la lutte contre cette oligarchie économique qui met en exergue de pures valeurs matérialistes de réussite auxquelles, de toute façon, elle fait tout pour que personne d'autre que ses membres n'aient accès. C'est dans ce contexte de propagandes diverses qu'il faut lire les commentaires de Végèce, Zosime ou Ammien Marcellin: ceux qui écrivent appartiennent généralement à l'élite provinciale ou impériale, et sont assez franchement opposés à l'Etat et à la nécessité de la défense du territoire, ne voulant pas souscrire à la charge fiscale qu'ils perçoivent comme rognant leurs privilèges, qui plus est pour un cursus honorum militaire qui leur est désormais fermé. Particulièrement lié à l'idéologie de ces aristocrates est l'attachement, réel ou prétendu, à l'idée d'une armée de conscription renvoyant aux traditions républicaines. Mais cette idée était illusoire, du moins pour ce qui concernait l'armée mobile, tant le niveau de technicité que la variété des savoirs-faires exigés par les nouvelles menaces impliquaient la nécessité de professionnels. La conscription n'est par ailleurs pas totalement absente de cette armée, via les lètes et fédérés, peuples installés dans des provinces frontalières et devant rendre le service armée de défense de leur province. Un autre angle de ce débat est "qualité versus quantité": l'empire aurait choisi le nombre sur la valeur, après les problèmes rencontrés au IIIème siècle, où les effectifs étaient trop étalés sur toutes les frontières, et incapables de pouvoir résister isolément par manque d'effectifs. L'armée que forme Dioclétien atteint les 380-400 000h à la fin du IIIème siècle, et peut-être les 500 000 à la fin du IVème siècle (même si à ce stade, elle implique de forts contingents barbares en occident). Jamais Rome n'a eu de tels moyens. Reste par exemple des thèmes pertinents sur certaines faiblesses de l'armée: à certains moments, son entretien pose problème, tant pour la régularité de la paie des soldats que pour la logistique des grands cantonnements permanents, qu'on doit parfois installer en arrière des frontières pour pouvoir les approvisionner. Sous le Haut Empire, la log suivait et était acheminée aux légions où qu'elles soient. mais il s'agit plus de défauts et problèmes conjoncturels, par ailleurs plus liés à l'empire d'occident qu'à l'orient. Un des choix les plus problématiques fu l'extrême poussée qualitative des Comitatenses: leur coût était faramineux, et leur perte, moins facilement et rapidement remplaçable. On devine l'impact de la défaite d'Andrinople sur un tel outil. Un gros tiers des Comitatenses a été perdu sur l'ensemble de cette campagne (dont plus de 20 000h dans la seule bataille d'Andrinople). Mais qui a étudié la bataille d'Andrinople sait que la défaite est bien plus dû à un mauvais commandement (de l'empereur Vlens lui-même, qui le paiera de sa vie) et à une heureuse conjonction d'événements pour les Goths, qu'à une mauvaise qualité des troupes. Encore une fois, Rome a subi bien des désastres auparavant, et de plus grande ampleur, avec les armées "citoyennes et vertueuses du temps jadis": Cannes ou Carrhae comptent parmi les plus fameux exemples.
  24. Un de mes sujets préférés. Avant de commencer à délayer à mon aise, je vais brièvement lancer le sujet, laisser les passionnés lancer leurs premiers jets, et entrer dans la danse plein pot. Pour préciser: ce sujet concerne l'armée romaine après sa grande mue du IIIème siècle, principalement sous Dioclétien. Cela implique non seulement l'armée d'occident, mais aussi celle de l'empire d'orient: elles sont similaires, mais il faut bien noter que cette armée continue à exister après la chute de l'empire d'occident, et ne disparaîtra qu'avec la réforme de l'armée byzantine aux VIIème-VIIIème siècles, qui deviendra l'armée dite thématique. Il s'agit donc de l'armée duale répartie en Limitanei/Comitatenses dont je veux parler ici, qui a été le modèle militaire romain/byzantin des années 260 jusqu'au milieu du VIIème siècle, soient pas loin de 4 siècles. Pour comparaison, l'armée "traditionnelle" ou "classique" romaine, celle qu'on a dans nos imaginations, n'a en fait duré comme modèle que pendant 2 siècles, de la réforme de Marius au début du Ier siècle avant JC à la fin du Ier siècle après JC. Pendant le IIème siècle et la première moitié du Ier, le modèle est hybride: si la Légion traditionnelle reste en théorie le modèle dominant, de fait elle se bat peu et cesse de représenter la majorité des effectifs, au profit des unités auxiliaires qui deviennent permanentes et font l'essentiel du boulot tant par leur nombre que par leur disponibilité, leur versatilité (essentiellement des troupes légères de guerriers entraînés à tout, mais encadrés par des officiers romains ou romanisés, disciplinés et employés dans le cadre de vraies tactiques et stratégies) , leurs spécialisations (archers, cavaliers, fantassins légers pouvant aussi opérer en batailles rangées) et leur efficacité. De fait, la Légion s'est alors refermée sur son savoir-faire unique d'infanterie lourde, perdant progressivement la versatilité qui a fait sa force. La réforme de Dioclétien tient autant compte de cette évolution structurale de l'armée romaine que de l'évolution des menaces (accroissement des attaques de peuples cavaliers et de la redoutable opposition des armées d'archers montés, pression accrue et simultanée aux frontières, inadaptations de certains matériels....). C'est donc cette armée duale qui est le sujet aujourd'hui: c'est sans doute l'un des modèles les plus pertinents jamais créés dans l'Histoire, à l'efficacité globale excellente malgré de grands revers plus dus à des erreurs de commandements, et qui pourtant reste mal connu et sans réelle place dans l'imaginaire. Tout ce qui concerne cette armée est concerné par ce sujet: implications économiques et sociales, matériels, efficacité, coût, recrutement, politique, stratégie, batailles.... Il existe des débats très tranchés chez les historiens, souvent du fait d'une documentations incomplète et d'approches idéologiques fondamentales reposant sur le sujet beaucoup plus vaste des causes et raisons de la chute de l'empire romain d'occident. On a ainsi un école décriant fortement cette armée, la désignant comme peu efficace et moins aguerrie, et une autre la montrant comme excellente mais trop peu nombreuse, et donc n'ayant pu se remettre du choc d'Andrinople, et impossible à recréer ou accroître rapidement quand la menace augmentait. Il existe un 3ème courant, moins important, qui la détache totalement de la chute de l'empire (je penche en fait pour celle-ci) et qui renvoie à d'autres causes fondamentales de chute: l'empire avait déjà vécu des défaites militaires catastrophiques, parfois même en italie ou à Rome même, et s'en était remis rapidement. Je crois plus à un mélange de raisons de long terme concernant la désunion de la société romaine (notamment l'égoïsme accru des élites, leur déconnexion totale vis-à-vis de la population, leur refus de payer l'impôt, leur antimilitarisme forcené) et un relatif affaiblissement démographique et économique à l'ouest (mais rien d'insurmontable), et de raisons purement conjoncturelles survenues dans un laps de temps très court: défaite d'Andrinople avec des menaces accrues juste après imposant l'engagement massif d'unités barbares constituées et loyales à leurs seuls chefs, gel du Rhin en 410 et passage massif des Vandales et des peuples qui se sont agglomérés à eux.... Bref, je suis un fan de cette armée fondée sur des unités territoriales, qui restent des légions, aux frontières, et des unités d'intervention réparties dans les grands centres de l'empire, avec un noyau d'élite de l'élite (notamment les vexillations et auxilia palatinae) cantonné dans les deux capitales. Les unités d'intervention, ou Comitatenses (unités dites "d'accompagnement"; comprenez "accompagnement de l'empereur", lorsqu'il doit aller renforcer un théâtre d'opérations qui fait face à une menace majeure), sont sans doute ce que l'empire romain a compté de plus efficace en matière militaire: il s'agit d'unités bataillonnaires (500 à 1000h en moyenne) dérivées de l'unité romaine de manoeuvre par excellence, la cohorte (historiquement autour de 580 à 600h). Elles recouvrent de nombreuses spécialités: archerie montée et cavalerie légère, cavalerie lourde cataphractaire, infanterie d'assaut et infanterie de piquiers, archers. Ce sont des professionnels très aguerris (20 ans de service dans le comitatenses! Contre en moyenne 6 à 12 ans dans les légions de César!) et leur entraînement est l'aboutissement de toute l'histoire romaine: plus long et extrêmement poussé. Le matériel est issu des grandes réformes économiques du IIIème siècle, issu de manufactures impériales spécialisées et de grands ateliers privés sous contrat permanent obéissant à des chartes de contrôle qualité draconiennes. Bien sûr, cette armée n'est pas exempte de défauts et de mauvais fonctionnements, mais au global, il s'agit de l'outil militaire le plus évolué et le plus technique de toute l'Antiquité, mais aussi, pour une bonne part, de tout le Moyen Age: il faudrait attendre les bouleversements militaires du XVIème siècle et de l'époque Louis-quatorzienne pour qu'un Etat européen dispose d'un outil aussi complet, technique, aguerri et versatile, offrant une telle lattitude stratégique. L'armée aux frontières, de son côté, bien que moins poussée, est très loin des clichés habituels l'assimilant à un tas de miliciens locaux incompétents: il s'agit de soldats entraînés régulièrement, bien encadrés, engagés pour 24 ans, et dont, à terme, un bon tiers ira rejoindre les rangs des comitatenses. Il s'agit de professionnels très sollicités en permanence par les raids continuels sur le limès: tribus celtiques et germaines sur le Rhin et le Danube, Sarmates, Goths et Avars sur le Danube, Pictes sur le Mur D'Hadrien, berbères et touaregs en Afrique du Nord, caucasiens en Anatolie, et bien sûr, l'éternel grand adversaire parthe/perse/farsi au Moyen Orient. Ces unités développent un grand savoir-faire de combat d'infanterie légère, tout en gardant leur aptitude à la guerre de manoeuvre en grandes unités, puisque leur devoir fondamental est de faire face à l'invasion, agissant avec les comitatenses en cas de bataille majeure (les comitatenses ne sont là que pour les renforcer ponctuellement). L'estimation moyenne de l'armée romaine (occident et orient, comitatenses, limitanei, lètes et fédérés) du IVème siècle est d'environs 450 000h (dont 350 000 pour les seuls comitatenses et limitanei), ce qui implique un volant annuel d'environs 25-30 000h (les lètes et fédérés ne sont pas comptés, leur recrutement opérant autrement), équitablement réparti entre les deux branches (les comitatenses servent un peu moins longtemps, mais sont un peu plus nombreux). Le recrutement s'appuie, outre le volontariat, sur un impôt des proprios fonciers (généralement pas contents d'envoyer des pégus ou des esclaves forts et vigoureux, donc ils envoient leurs déchets et corrompent l'examinateur :lol:) et l'hérédité de la charge militaire dans les familles de soldats, pour un ou deux fils maximum (rarement plus d'un dans les faits, les besoins sont couverts). Les comitatenses, particulièrement, n'ont aucun problème de recrutement: la mobilité interne de l'armée les irrigue des meilleurs éléments aguerris des limitanei qui font ainsi leur progression après quelques années d'expérience, les volontaires issus des élites ne manquent pas pour les unités prestigieuses, et les volontaires "barbares" abondent. Les limitanei ont plus de mal, mais pas tant que ça fondamentalement: là encore, les barbares (individuellement et non en groupes constitués) assurent le turn over, mais aussi l'ensemble des populations des provinces frontalières, très mobilisées pour leur défense. L'antimilitarisme est surtout le fait des régions centrales, et avant tout l'Italie. Selon les études récentes, l'armée restait romaine (3/4 des soldats et 2/3 des officiers sont issus de l'empire); mais elle était surtout gauloise, hispanique, panonienne, germaine, illyrienne, syrienne, anatolienne.... Et pas vraiment italienne (l'Italie est l'endroit où on recense nombre de cas de fils de vétérans se coupant le pouce pour éviter le recrutement: d'où le mot "poltron" qui est en fait une abbréviation de "pollex troncatus"), cisalpine, nord-africaine ou grecque. Critiquez, discutez, questionnez, et surtout, amenez vos connaissances....
  25. Les relations tendues, de même que la special relationship, sont des attitudes (plus que des réalités) qui datent plus de l'affaire de Suez, même s'il est sûr qu'elles ont une histoire et que, de toute façon, les relations entre des Etats ne sont au fond jamais bonnes: quand on cherche son intérêt et qu'on a en plus ses préoccupations et son agenda politique intérieur, ce qui est le propre de tout gouvernement, il n'y a jamais de bonne entente, et les histoires d'alliés sont toujours des fleuves de merde un peu plus fluides que ceux des relations entre rivaux. Maintenant, des B-26 auraient-ils changé la donne? Nous avions tout à reconstruire à ce moment, et beaucoup de la richesse nationale était consacré à cela, sans compter que les 2/3 de la classe politique, une bonne partie du lobby colonial comprise (le gros du lobby clonial était africaniste et lié à l'armée de terre), ne visait qu'une victoire symbolique pour pouvoir se barrer rapidement, si possible en ayant installé un gouvernement viet un peu solide pour le containment et rester client de la France (mais même ça, pas mal de gens s'en foutaient). On essayait par ailleurs de reconstruire une industrie aéronautique, et les Ricains digèrent mal que l'argent qu'ils donnent ne leur revienne pas sous forme d'achats. Mais surtout, des B-26, il en aurait fallu beaucoup pour pouvoir obtenir un effet satisfaisant et une permanence de couverture adaptée, chose qui était hors des moyens du début des années 50. Cela aurait coûté une part prohibitive de l'effort de guerre, diminuant d'autant le reste des capacités, compris le soutien à l'armée vietnamienne. Et on en gagne pas une guerre d'infanterie avec des bombardiers dans un pays étendu mais au milieu et au relief très difficile. Et c'est surtout oublier que le conflit était largement gagnable en l'état des moyens, même après Dien Bien Phu: c'était une question de volonté et de commandement. Même si Dien Bien Phu avait été une victoire (ce qui aurait impliqué qu'elle se déroule plus tôt et que la base, plus rapidement approvisionnée, soit réellement employée comme poste avancé d'attaque), cela n'aurait été qu'une victoire symbolique, sauf si un soutien d'une toute autre dimension avait été débloqué: une victoire aurait été le signal du départ en douceur pour Matignon. Elle aurait été limitée, même pas forcément spectaculaire; le pur boniment politique avec un surbattage médiatique. Et après le départ, si Bao Dai s'en prend plein la poire, c'est sa merde. Quand aux "avis pertinents" des ricains (non qu'ils aient tous été mauvais), je rappelle qu'ils incluaient aussi le déploiement de divisions blindées (dont on se demande bien ce qu'elles auraient foutu) et, au global, un effectif armée quintuplé en Indochine pour la seule armée française, soit l'effectif que les Ricains déploieront en 1968, et juste dans le Sud Viet Nam. Nous on a du tenir toute l'indo (Viet Nam, Cambodge, Laos) avec 100 000 gusses plus l'armée de Bao Dai. Donc les "bons conseils" manquaient souvent de réalisme et ne raisonnaient, en fait qu'au niveau des capacités de l'armée US. Ils impliquaient encore, à cette époque, les méthodes de la guerre mondiale et de la Corée, notamment le bombardement massif systématique des villes et des lieux potentiels de concentration, dans la grande tradition Curtis le May. L'efficacité de ces méthodes, pour peu qu'on en ait les moyens, avait déjà été plus que fortement remise en cause depuis 45, et leurs effets contre-productifs largement constatés.
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