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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Elle est toujours dominée par les corporatistes: je crois que 2 ou 3 seulement des actuels jugent n'ont pas de casseroles côté proximité avec le big business.
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En effet, et pour l'instant, Clinton mobilise nettement plus de démocrates que Trump ne mobilise de républicains (91 contre 82% aux dernières nouvelles); les "indépendants" (terme ombrelle pour qualifier ceux qui ne s'inscrivent pas sur les listes comme affiliés à un parti: c'est évidemment une réalité très large) sont évidemment plus difficiles à "lire", surtout dans cette élection, mais aux dernières nouvelles, et en Floride (un Etat important au marché médiatique très développé, donc nettement plus et mieux analysé), ils penchaient plus nettement vers Clinton. Rappelons cependant que le vote anticipé, quelle qu'en soit la forme (par courrier, en vote physique....), n'est pas forcément représentatif du vote général (et la Floride, plus que d'autres, n'est encore acquise pour personne): même s'il a pris une part très importante dans le scrutin en général, partout où c'est possible, la population qui y recourt n'est pas, en moyenne, de composition identique à celle qui vote le jour J. Les gens qui votent par anticipation le font souvent pour des raisons bien concrètes et non circonstancielles, liées à leurs activités ou à leur état (emplois temporaires ou précaires, où s'absenter même brièvement veut dire renvoi, difficultés de déplacement pour raison d'âge, d'infirmité ou de moyens....): on aura donc une lourde sur-représentation de certains profils par rapport à d'autres, comme les personnes âgées habitant loin des bureaux de vote (zones rurales ou péri-urbaines lointaines/de faible densité de population), les minorités ethniques (sur-représentées dans les emplois précaires), les étudiants (aux horaires difficiles, car souvent coincés avec des emplois à temps partiel) et beaucoup de gens contraints par des emplois temps partiel/précaires en général (particulièrement nombreux en Floride où les services liés au tourisme et aux retraités sont très important). Pour revenir à la réalité de ce que fait Trump; je signalais plus haut que sa renonciation aux événements de levées de fonds (qui se font pour la campagne du candidat aussi bien que pour les autres campagnes du parti dont le candidat est automatiquement le "chef" symbolique et/ou actif) et sa concentration sur de grands meetings auprès de foules déjà acquises (dont il ne fait rien pour les convertir en militants actifs et coordonnés sur le terrain) ressemblait plus désormais à la préparation commerciale d'une future audience pour le/les médias qu'il semblerait vouloir créer. J'ajoute que, depuis quelques temps, ces mêmes meetings ont vu une pratique beaucoup plus organisée et extrême de mise à l'index des médias, suivant ainsi dans la pratique la rhétorique de plus en plus agressive et caricaturale du candidat sur ce sujet (de toutes les critiques méritées par la presse, Trump a poussé le bouchon si loin en en faisant du pur complotisme délirant qu'il en a perdu toute pertinence: encore une fois, c'est vraiment dommage). Des termes comme "lügenpresse" (presse menteuse/bien-pensance: un terme mis en pratique par les nazis pour parler des journalistes) sont désormais répandus et utilisés activement (et je doute que ce terme ait été introduit innocemment par quelque amateur d'histoire: c'est voulu et orchestré), de même que des séances de huées et des comportements systématiques d'intimidation physique et de menace (voire plus). Le point est que ça ressemble plus à une campagne marketing pour préparer le terrain: on se taille une audience, on la fidélise, voire la fanatise, on lui donne des caractéristiques et réflexes particuliers, des gimmicks communs, puis on l'éloigne systématiquement de la concurrence, diabolisée et pointée du doigt à toutes les occasions. En essence, on se fabrique une place, un espace vide qu'il suffira ensuite de remplir avec ce qu'on a à proposer. Trump adore la télé depuis toujours, il adore être le centre d'attention et ne supporte pas la contradiction (ce qu'un job de président apporte chaque minute sous mille formes), surtout celle qu'il ne peut écraser facilement et sans effort (et il est pas équipé pour écraser beaucoup de choses sinon les plus petits que lui, comme les débats l'ont montré); quoi de mieux pour lui qu'un média avec une audience acquise où il peut déblatérer et se mettre en valeur sans personne pour lui répondre? Il n'a besoin que de 5-10% de part d'audience pour devenir réellement un milliardaire très rapidement. Si évidemment il est foutu de faire un produit suffisamment attractif dans la durée.
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Un exemple du fonctionnement actuel de la campagne Trump: depuis le 19 octrobre, le bozo en moumoute rouge a apparemment décidé d'arrêter d'aller à des levées de fonds (ces trucs où on doit s'humilier, dire des lignes obligatoires et lécher des fions pour grapiller du fric) et de ne faire que des rallyes, c'est-à-dire aller se faire acclamer par des gens déjà acquis à votre cause, événements qu'on maintient, sur le plan pratique, pour continuer à mobiliser sa base afin de la motiver à aller chercher l'électeur (en faire des volontaires de campagne)*..... Mais en Arizona, par exemple, un Etat censément extrêmement républicain où Trump arrive à être en ballotage, voire derrière, Clinton a 32 bureaux de campagne chapeautés par 161 staffers permanents et un vaste nombre de volontaires qui les animent et vont battre la campagne et le pavé pour leur candidate. Trump n'en a aucun, et, chose encore plus étrange, les formulaires d'inscription comme staffer ou volontaire qui sont distribués à la foule dans ses rallyes.... Ne sont même pas collectés après avoir circulé et avoir été remplis par nombre de bonnes volontés. A côté (façon de parler vu les distances), dans le Nevada, le "chairman" du parti républicain dans le comté de Washoe (le 2ème le plus peuplé de l'Etat, où se trouve Reno: un comté encore non décidé dans un Etat encore non décidé) ne parvient même pas à joindre la campagne Trump pour des besoins basiques (pancartes, affiches, autocollants). Vu qu'il n'y a quasiment pas d'infrastructure de campagne Trump et que le candidat repose sur celle du parti, autant dire qu'il n'y a pas de campagne Trump au sol et que, pire encore pour eux, il n'y a pas de coordination des efforts entre les "Trump people" (pour ce qu'il y en a où il y en a) et les républicains, voire un actif mépris entre les deux. Et le GOP panique, vu que Trump n'a strictement rien fait pour aider les autres élections, notamment les sénatoriales. (* pour comparaison, Tim Kaine a présidé 5 levées de fonds dans la seule journée d'hier, et Clinton ira à 41 événements importants de ce type d'ici au 3 novembre) A un moment ou un autre, ces choses se paient. Trump donne plutôt l'impression qu'il travaille une part de marché précise dont il espère faire un capital, ce qui renvoie aux prévisions selon lesquelles il veut créer un empire médiatique, une "Trump TV", quelle qu'en soit la forme concrète, et qu'il a dans les faits abandonné tout effort concret pour l'élection. C'est ça ou il veut juste savourer l'idôlatrie des foules tant que ça dure, pour satisfaire ses évidents problèmes d'ego. Autre indicateur de l'état de la campagne Trump: comme déjà plusieurs fois dans l'année écoulée, Trump est allé s'occuper de son business plutôt que de sa campagne, en organisant un événement électoral dans son nouvel hôtel de luxe à Washington. Pour être clair: le District of Columbia (qui a 3 votes électoraux, même s'il n'a pas d'élus au Congrès) ne votera pas Trump, et ce par une marge gigantesque (malgré son PIB par tête, essentiellement concentré sur le personnel politique et les lobbyistes -essentiellement anti-Trump-, la ville a un très important taux de pauvreté et une énorme population noire): y tenir un meeting électoral , surtout à ce stade de la campagne, est du temps perdu. Mais le nouvel hôtel bat de l'aile avant même d'avoir commencé à opérer: très peu de résa, et une faible attractivité due à l'image qu'a acquis Trump depuis l'an dernier (un "effet" qu'on retrouve dans ses autres hôtels): on voit où vont les priorités du Donald, dont le nom de marque a pris du plomb dans l'aile (et vu qu'il colle son nom sur TOUS ses business, et le vend à d'autres...). Même la ligne de produits de sa fille subit un boycott. Autre résultat, le GOP a passé des coups de fil de niveau "alerte rouge" aux gros donneurs du parti, qui s'étaient abstenus de financer Trump, pour enrayer la descente de leurs autres candidats: 25 millions ont ainsi été levés en quelques heures par le SuperPAC des Sénateurs républicains pour 6 élections cruciales. 25 millions à claquer pour 6 élections sénatoriales en 13 jours! Le temps où une élection sénatoriale coûtait autour d'un million pour quelques-unes d'entre elles dans des grands Etats très chers et très compétitifs (et pour toute la durée de la campagne) semble bien loin, alors que ce n'était en fait qu'il y a une dizaine d'années. Et c'est essentiellement du "dark money", passant par un SuperPAC, pas par les campagnes des candidats évoqués. Claquement de doigts, et pop! 25 millions. Beaucoup, y compris ici, veulent comparer la campagne Trump au Brexit, et ce n'est pas sans fondements pour ce qui est de la démographie et des principes affichés, mais côté électoral, on notera cependant que la campagne Brexit était beaucoup plus serrée, et ce de façon soutenue, là où Trump a fait du yoyo essentiellement du à des sorties médiatiques, mais surtout..... Que les gens de la campagne Brexit ont FAIT CAMPAGNE: ils avaient des moyens et du monde au sol, qui allaient effectivement capitaliser sur le mécontentement et les espérances, ils ont développé une infrastructure, travaillé l'opinion en profondeur, beaucoup d'acteurs ont coordonné leurs efforts et un peu pensé leur bouzin (en tout cas le vote..... L'après Brexit, ça ils ont moins réfléchi)....
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Yep: le système à un tour contraint de toute façon au bipartisme: en cas d'éclatement extrême de l'électorat en groupes trop incompatibles, il pourrait se créer 1 ou 2 partis importants de plus, essentiellement des scissions des deux grands, mais seulement pour quelques cycles électoraux au grand maximum. C'est déjà arrivé: le parti républicain actuel, par exemple, est issu de la scission du parti Whig, scission dont le représentant principal fut Abraham Lincoln.... Et le parti Whig se délita rapidement après, l'essentiel de son électorat et de ses candidats étant récupéré par ce nouveau GOP, très vite "grand", pas encore "old". Dans l'ensemble, il a fallu plus d'un siècle de tritouillage et de reformatage permanent pour arriver aux partis actuels, avec pas mal d'élections à 3 partis, sans que jamais cependant autre chose qu'un duopole ne puisse durer comme formule générale. C'est comme une partie à trois: l'important, c'est d'être l'un des deux. Par ailleurs, même si les partis sont restés les mêmes, leur réalité interne (électorats, profils d'élus....) ont grandement changé au cours du XXème siècle; le tournant progressiste, d'abord initié dans le GOP, a été essentiellement récupéré par les démocrates pour qui le tournant du New Deal a déterminé leur évolution future, à laquelle s'est ajoutée, via le forcing de JFK, mais surtout de LBJ (avec l'effort initial de Truman pour les débuts de la déségrégation), l'intégration réelle des minorités ethniques. Ce mouvement a ouvert la voie à une refonte complète du GOP qui, via la "southern strategy", a récupéré les électorats traditionnellement démocrates (viscéralement, de façon générationnelle: on ne mesure pas à quel point ce fut difficile pour eux) du Vieux Sud, essentiellement les religieux, les dixiecrats et la population blanche nationaliste/traditionnaliste et anti-gouvernement fédéral de ces Etats. Il a fallu plus de 30 ans (du New Deal qu'ils détestaient -car fédéral- aux droits civiques) pour les retourner. Mais le GOP est entré alors dans son cycle actuel bizarrement religieux, nationaliste et anti-gouvernement en se fondant sur le nouveau conservatisme de Buckley, puis sur le reaganisme, avec l'aide du moment focal de la légalisation de l'avortement qui fut un moment d'intense lutte par lequel les religieux se réveillèrent en tant que force politique, s'unifiant et s'organisant beaucoup plus et favorisant un nouveau prosélytisme hautement militant. On signale aussi le réveil de la posture ultra pro-business des élites du parti dans ces mêmes années, incarnée par le memorandum de Lewis Powell, avocat d'affaire entré ensuite à la cour suprême, qui accompagna et chapeauta l'évolution des lois électorales et commerciales ayant mené au régime économique et politique actuel (et à Citizens United). C'est lui qui popularisa le terme de "corporate America".... Mais lui en parlait en bien, comme d'une force injustement muselée qui devait reprendre le contrôle du pays (et énonçant le principe selon lequel les entreprises doivent pouvoir s'exprimer en fonction de leurs moyens.... Ce qui deviendra plus tard "corporations are people", "money is speech" et favorisera la mainmise actuelle de l'argent sur la parole publique). Mais l'ère de l'ultra médiatisation et de l'info permanente a aussi bypassé un peu le bouchon de l'élection à un tour: aussi bien les grands médias que le plus grand accès à de meilleures communications à tous les niveaux (déplacements physiques, information plus vite actualisée et communications personnelles) ont forcé un certain niveau de démocratisation des partis et de leur fonctionnement interne, ce qui a "ouvert" le processus des primaires, comme cela s'est manifesté pour la première fois très bruyamment lors des primaires démocrates catastrophiques de 1968. Depuis, au forceps et petit bout par petit bout (on est encore loin du compte cependant), les primaires sont graduellement devenues un premier tour de substitution. Outre la résistance des establishments de partis et l'évolution très lente du processus, on note aussi l'invasion de celui-ci par les médias qui, trop gourmands de ce sensationalisme qui fait de l'audience, ont largement apporté leur contribution pour en faire un cirque invraisemblable encourageant ce qu'on peut voir surtout du côté républicain depuis quelque cycles (et qui est désormais baptisé "the clown car"). Evènement médiatique pour des médias d'informations ayant abandonné depuis un bail toute éthique journalistique au profit du sensationnalisme et d'une approche de type show business (qui tend à épouser le fonctionnement de mauvaises séries, de la télé réalité et de la WWE: du mauvais storytelling juste suffisant pour donner une trame aux pires débordements), les primaires sont un bon moyen de prolonger la période des élections de plusieurs mois.... Cette année, on aura ainsi eu 3-4 mois de prémisses, 13 mois de primaires, et 4 mois de campagne, pendant lesquels le commentaire sur la course de chevaux a écrasé tout autre sujet dans les émissions d'infos: terrorisme, guerre, économie, sujets de société, gouvernance du pays..... Que dalle par rapport aux présidentielles et à des discussions et pronostics stériles actualisés tous les matins et se contredisant tous les jours. Alors oui, le GOP est entré en crise interne: même si l'establishment reprend la main avec l'élection, ce qui sera le cas, il sera bien en peine de pouvoir rameuter son troupeau: toute une portion de l'électorat s'est signalée fortement après avoir été muselée et niée pendant 3-4 décennies (et elle a grossi pendant ces décennies), à laquelle se sont ajoutés diverses franges de protestataires, républicains sincères ou "indépendants de droite" mécontents de l'affairisme et de la langue de bois. En face, sur d'autres lignes, une révolte similaire s'est faite jour face au glissement permanent à droite de la conduite du parti démocrate depuis.... Bill Clinton. Sa femme ne propose en essence rien d'autre que la continuation (en plus agressif en politique étrangère, le contexte ayant changé) du clintonisme, ce "blairisme" américain dont seulement une minorité du parti veut. De fait, la majorité du soutien à Clinton dans le parti passe par une frange des "liberals" et progressistes qui s'achète plus aisément avec les sujets de société, passant plus facilement sur les sujets économiques et de gouvernance, tout comme le GOP a "acheté" pendant 4 décennies son électorat avec les sujets sociétaux (flingues, droits des gays, place de la religion et de la famille, et avortement), la rhétorique anti-gouvernement (sans rien changer aux déficits, parce que les 2 grands postes budgétaires sont intouchables) en déguisant son affairisme sous un langage de com sonnant bien "pro business". Et cela suffisait.... Jusqu'à maintenant. Les déséquilibres économiques sont désormais trop grands. En somme, on voit les démocrates qui ont pris le même chemin que notre PS: de plus en plus bobos/profs/urbains, de moins en moins ouvriers-employés (et chômeurs) et banlieues, reposant plus lourdement sur les minorités ethniques, il se lance maintenant dans une démonisation absolue de tout ou partie de la droite pour la rendre politiquement infréquentable et limiter les possibilités du GOP chez les indépendants: bref, la droite américaine se fait lepéniser par une Clinton-Mitterrand en position de force.
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Les chiffres des 6,5 millions de votes déjà passés aus USA indiquent au contraire un rapport deux tiers/un tiers en faveur des démocrates, ce qui n'est pas totalement inhabituel, les électorats démocrates tendant plus à recourir au vote anticipé pour un tas de raisons (tout comme, autre caractéristique, le jour de l'élection, les électeurs républicains votent tôt dans la journée, les démocrates se concentrant plus en soirée). Mais la progression des proportions par rapport aux élections précédentes est assez remarquable pour les démocrates, alors qu'elle est plutôt flatline pour le GOP, qui commence à paniquer pour certaines élections "down ballot", notamment au Sénat. Ce que l'on remarque aussi est une forte progression des inscriptions sur les listes, surtout des démocrates: la population d'inscrits latinos en Floride a ainsi doublé par rapport à 2012, par exemple (et les latinos, même en Floride, et si on fait exception de la minorité cubaine démographiquement limitée et stable, ne penchent pas DU TOUT vers le GOP.... Surtout celui de cette année). Par ailleurs, les "indicateurs" (terme très relatif vu la difficulté à réellement quantifier la chose) d'enthousiasme penchent maintenant plus vers Clinton: pour la première fois de la campagne, Clinton est passée devant Trump dans ce registre, notamment celui du niveau de mobilisation de son propre électorat (Trump a ainsi 82% des républicains pour lui, Clinton a 91% des démocrates), mais aussi la proportion des électeurs (toutes tendances confondues) d'un candidat qui votent plus POUR ce candidat que contre l'autre. Soyons honnête, c'est pas glorieux dans les deux cas, mais Trump est nettement passé dessous: il semble avoir justement perdu ce qui faisait encore son avantage récemment, laissant craindre un certain niveau de déception, de découragement ou de dégoût dans ce qui pouvait encore être considéré jusqu'à il y a quelques semaines comme son électorat. Reste à voir si une des polémique wikileaks qui sortent maintenant à cadence industrielle va percer et tenir le front de l'affiche quelques temps. Ca semble douteux, malgré les quelques énormités qu'on voit passer.
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Ubuesque, kafkaïen, à peine croyable, et propre à vous laisser un goût désagréable dans la bouche: http://www.nbcnews.com/storyline/iraq-turmoil/pentagon-demanding-soldiers-return-reenlistment-bonuses-n671941 Engagez-vous, rengagez-vous, qu'y disaient.... On se rappelle le niveau de désespoir du Pentagone et de l'administration américaine au milieu de la guerre d'Irak face à un problème majeur de recrutement, non seulement pour faire face à la montée en puissance des forces US, mais même simplement pour garder les effectifs initiaux à niveau, et surtout pour conserver les personnels déjà formés et les faire re-signer, les statistiques, surtout dans le corps des officiers, étant vraiment mauvaises à cet égard depuis longtemps. On voyait ainsi une baisse des critères de recrutement, y compris sur le plan du casier judiciaire (ce qui faisait parfois rentrer des groupes de recrues issus de bandes organisées), mais plus encore, une floraison d'avantages, primes et tout autre moyen de faire venir le péquin au contrat d'engagement. Et ce aussi bien dans les forces régulières que dans la Garde Nationale. Et là, c'est bien un retour de bâton dont il s'agit, avec des milliers de telles recrues de la Garde Nationale de Californie qui, des années après les faits, doivent soudain rembourser ces primes (15 000 dollars dans ce cas) parce qu'elles auraient été indûment perçues (en quoi est-ce la faute des recrues? Mystère) suite à un dysfonctionnement, une maladresse, une faute, voire une manipulation intentionnelle. Ce remboursement met nombre d'entre eux sous l'eau, qui doivent parfois ponctionner leurs revenus de façon drastique, ou pire, comme si souvent dans une Amérique où les mécanismes gérant le traitement des dettes individuelles semblent conçus pour foutre les gens (pas les gens riches ou les grosses boîtes, soyons rassurés) dans la merde la plus noire, les y maintenir ou les enfoncer encore plus profondément dans un cycle aussi vicieux que perpétuel (qui s'appuie en essence sur un équivalent des prisons pour dettes d'avant le XIXème siècle). Servez la patrie et voyez du pays....
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Un régiment, il me semble que c'est environs 60 (sans doute un peu plus vu que l'effectif est désormais augmenté à 1300h plus leurs familles) millions d'euros injectés annuellement dans une économie locale: un bon petit marché pour une région si vide.
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Un petit article résumant beaucoup du sujet, avec des liens plus extensifs. https://fabiusmaximus.com/defence-appartatus/army-breaking/ Quelques points marquants: - de John Boyd, simple, efficace: "People, Ideas, and Hardware. In that order!" - des conclusions d'un groupe d'officiers en 2007: Un article de 2007 sur les généraux: http://www.nytimes.com/2007/08/26/magazine/26military-t.html?_r=0 Quelques passages: L'article est à propos d'un article de protestation d'un officier hautement critique du haut commandement. Il signalait par exemple: It is unreasonable to expect that an officer who spends 25 years conforming to institutional expectations will emerge as an innovator in his late 40s.” Et pointait avant tout la rupture de confiance entre officiers (bas et médians) et généraux, qui impliquait notamment un exode des meilleurs bien avant le grade de major, dans des proportions assez dramatiques, pointant entre autres choses l'à-plat-ventrisme politique et/ou carriériste des généraux (qui entraîne notamment leur silence face au pouvoir), non seulement avant la prise de décision d'entrer dans un conflit, mais aussi pendant la conduite du dit conflit, de même que leur corporatisme absolu (personne n'est responsable, personne n'est critiqué, personne n'est sanctionné). Le conformisme, la déresponsabilisation et l'hostilité au changement qui en résultent sont massifs, même chez les compétents et/ou clairvoyants. Et la culture d'exécutant qui a ses mérites et raisons d'exister pour les rangs plus bas n'est non seulement pas suffisante (loin de là) pour excuser cela, mais, dans les proportions dans lesquelles elle est pratiquée aux USA (et ailleurs), en devient nuisible, tout en étant vendue sous le terme plus glorieux de "can do attitude" (censément une vertu dans l'armée.... Si on n'abuse pas du principe). A propos d'un officier saqué pour sa critique (en 1997) de la conduite du commandement au Vietnam: Du traitement de l'appel au changement:
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Pas vraiment d'accord: Clinton ne trompe pas ses clients, à savoir ses sponsors: ils connaissent les règles du jeu, tout comme elle, et c'est d'un commun accord que l'argent est échangé, et pour des buts bien compris. Elle fera ce qu'elle pourra pour avancer leur agenda, dans la mesure du politiquement possible (entre autre en conciliant la chose aussi peu bancalement que possible avec les voeux des électeurs..... Pour peu qu'ils aient une représentation politique suffisante pour faire contrepoids, ce qui n'a pas souvent été le cas), et eux continueront en échange à aligner le cash à la demande.... Parce que de toute façon, malgré l'énormité apparente des sommes, c'est des clopinettes pour eux. Quand aux électeurs eux-mêmes, je doute qu'il y ait une majorité de l'électorat de Clinton qui ait de hautes espérances en elle, ni qu'elle dispose d'une forte proportion de vote de conviction. La tromperie n'est que modérée, et les seuls réels abusés sont ceux qui veulent l'être, et une proportion indéterminable de cons. On peut arguer, évidemment, que ces proportions d'abusés authentiques dont les espérances seront, à terme plus ou moins rapide, déçues, représentent tout de même un effectif conséquent; je ne le nierais pas. Pas plus qu'une proportion non négligeable restera fan sans pour autant rien recevoir, ou voir ses aspirations satisfaites au-delà du symbolique. Les travailleuses du Nevada, elles, fonctionnent selon la très ancienne règle de leur métier: assez honnête dans le fond et la forme, elle repose néanmoins (en tout cas dès lors qu'on est plus que dans le plus bas de gamme des prestations), sur un degré ou un autre de tromperie volontaire, somme toute assez similaire à ce que fait Clinton: tout l'art, dans cette activité, n'est-il pas de vendre à un client, même s'il sait très bien où il est et ce qui se passe, un moment d'illusion sur l'authenticité de l'acte? Evidemment, plus cette illusion est réelle, plus ça veut dire que la facture est salée: le talent se paie. Et ce fonctionnement, brève illusion dont on est malgré tout conscient que c'est un mensonge, mais qui élève cependant les sensations et donne un vague goût d'espoir fugace, n'est-ce pas au final de la politique, en tout cas celle que les bons manipulateurs (on va pas parler d'hommes et de femmes d'Etat, hein?) produisent?
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Thaïlande
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
C'était à craindre, comme le dit l'article, vu le personnage qu'est le prince héritier: si son père commandait un certain respect et constituait un indéboulonnable pilier de la société thaïlandaise, de par son rôle constitutionnel, sa longévité sur le trône, sa maîtrise de son rôle, son autorité personnelle (lui permettant de dépasser le seul cadre de ses pouvoirs formels) et son immense réseau relationnel (multiplicateur de pouvoir), le rejeton est essentiellement un déchêt humain assez ridicule. De ce fait, les gens déjà enragés quand à l'image de la monarchie et à l'application de la loi de lèse-majesté sont encore plus radicaux que d'habitude, en faisant une composante pleine et entière de la mouvance fascisante qui tient le haut du pavé dans le pays, largement encouragée par la junte en place. Voir vers 2;25: Et voir les conséquences de ce petit encart de John Oliver sur le prince, l'exercice pour de vrai de la loi de lèse-majesté, et la réplique du présentateur.... Quelques semaines plus tard: -
Elles reconnaissent et s'inclinent devant la plus grande professionnelle qui soit: celle qui fait 250 000 dollars la séance pour jouer de la langue avec de riches mâles blancs âgés (surtout des banquiers), sans même à avoir à aller au déduit (on ne peut qu'imaginer le prix de la passe: ah, non, pas imaginer: suffit d'aller voir qui contribue combien dans les SuperPACs). Oups, si ça heurte des sur-sensibilités féministes, j'en suis profondément pas désolé.
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Une petite actualisation intéressante sur les collectes de fonds respectives des deux camps pour ce cycle présidentiel. Au début octobre, les deux camps avaient ainsi récolté: - les démocrates ont levé 869 millions de dollars: 480 environs par la campagne Clinton, 150 environs par le DNC, et autour de 240 par ses deux principaux SuperPACs - les républicains ont levé 599 millions: 240 par la campagne Trump, environs 260 par le RNC, et autour de 50 millions par ses 4 principaux SuperPACs L'abandon par la plupart des méga-contributeurs est donc bien visible pour les républicains, et surtout celui des frères Koch qui avaient initialement prévu de dépenser près de 900 millions pour ce seul cycle électoral, et se sont retrouvés à concentrer cet argent sur les campagnes pour le Congrès et pour les élections d'Etat. Le différentiel ici observé est le plus vaste entre deux candidats présidentiels majeurs dans la mémoire électorale. Et Clinton ira probablement bien au-delà d'un milliard d'ici au 8 novembre. Un des trucs que ce genre de fric permet de se payer, c'est une infrastructure de campagne, pour peu qu'on se donne la peine de vouloir la bâtir (n'est-ce pas Donald?): dans les seuls 11 Etats jugés "fluctuants" ou potentiellement tels, la campagne Clinton a ainsi 3536 professionnels rétribués, plus évidemment une horde (organisée) de volontaires et bénévoles. Pour ces derniers, c'est une masse dont les républicains ne peuvent d'ordinaire approcher du tiers, sauf dans quelques Etats, le GOP devant payer 2 à 3 fois plus de monde en moyenne que les démocrates pour une masse égale au sol.... Et Trump cette année a plus de mal encore que le GOP d'ordinaire. En face, les républicains n'alignent que 1028 professionnels rétribués, et, donc, beaucoup, beaucoup moins de volontaires/bénévoles. Par ailleurs, la campagne Clinton a une infrastructure plus organisée: ses staffers sont ainsi coordonnés par des EM nationaux, régionaux et d'Etat qui permettent d'optimiser l'usage des ressources, notamment en sachant en temps réel où et quand les allouer (micro-targetting, effectifs battant le pavé en permanence et alimentant le flux d'info....). Le camp démocrate a donc bien plus de chances de pouvoir aller chercher ses électeurs et les motiver pour aller voter, les aider pour le faire (cars ratissant des zones, car-pooling.... ), répondre aux problèmes survenant brutalement.... Ca ne compense pas toutes les limitations de la candidate, notamment son faible capital sympathie, mais ça aide grandement, surtout avec le torrent médiatique vendant "la menace Trump" pour créer l'inquiétude et renforcer le sentiment (pour certains pans d'électorat) de l'urgence d'aller voter "pour le bien". Ce "ground game", les républicains ne l'ont pas, ou juste en modèle réduit, dans beaucoup d'Etats.
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Trump perdra, comme souligné, une proportion conséquente de son électorat dans les mois qui suivront l'élection: un sondage de cette semaine indiquait ainsi les degrés du "trumpisme" dans ces 35% d'électeurs Trump "hardcore", ceux qui restent avec lui quelle que soit la polémique du moment. Mais le coefficient de dégradation lui laissera une audience plus que substantielle, qui, au final, pourrait être assimilée à cette expression-ombrelle qui a émergé pendant l'élection: "alt right" (droite alternative). Ce que Trump a fait, fait et fera avec un tel média (si c'est bien ce qui se prépare), c'est fédérer ces mouvances et individus plus ou moins disparates, représentant des courants et des colères différents, mais suffisamment proches pour trouver leur cohérence pour peu qu'une figure de proue s'affirme, pour se rassembler de façon plus durable pour peu qu'une plate-forme permanente soit créée..... Même si elle est avant tout faite pour le profit. Avec FoxNews qui risque de lentement se "mainstreamer" pour compenser le vieillissement rapide de son audience (et la mort de vieillesse d'une bonne partie de celle-ci), et une scène de médias alternatifs éclatés et de très petite taille (dont la plate-forme The Blaze, de Glenn Beck, qui est en train de se casser la gueule malgré un financement longtemps énorme), cette droite populiste non unie par une ultra-déterminance du facteur religieux (ceux-là ont leurs propres plates-formes, et leur actuelle fidélité à Trump ne survivra pas à l'élection, pour la majorité d'entre eux -le mot d'ordre actuel chez les évangélistes est "ce n'est pas un homme droit, mais il faut voter pour lui"... Texto), manque d'une organisation de taille nationale, qui a besoin entre autres choses d'un nom pouvant porter la chose à cette échelle..... Et ce nom semble désormais être Trump. Si Roger Aisles a quitté la campagne Trump cette semaine (c'est une ordure, mais pas un con), Roger Stone et surtout Stephen Bannon sont encore là, et Bannon voit bien l'opportunité d'étendre ce qu'est actuellement Breitbart à une toute autre échelle. Pour le GOP, c'est au final plus un révélateur qu'une nouveauté: un révélateur de ce qui bouillait depuis un bail, et avait déjà fait une apparition brutale sous une forme mal raffinée avec le Tea Party en 2010. C'est la "fédération" d'au moins une partie de cette masse électorale qu'ils essayaient de mobiliser à chaque fois (et ne ramenaient qu'en partie) en la flattant avec certains propos (surnommés "red meat") sans l'écouter, parce qu'elle était incompatible avec leurs propositions et leurs préférences socio-économiques. Bref, cet ensemble plus ou moins radical, voire extrêmiste, en grande partie plus protestataire que force de proposition, qui n'était assimilable ni au "bloc" religieux, ni aux conservateurs proprement dits. Au final, Trump est en train de faire ce que LePen a fait dans les années 70-80: rassembler un vaste agrégat de petits mouvements et de protestataires pour en faire une plate-forme attractive pour une certaine portion d'électorat. Reste à savoir s'il a réellement cette ambition, s'il veut vraiment faire ce travail de longue haleine (ce qui est douteux vu le personnage), ou s'il veut juste capitaliser financièrement sur la chose sans aller plus loin. Je penche pour la deuxième option: le personnage n'aime que le visible, le flamboyant et l'attention, travaille peu et ne pense qu'à lui-même, alors que convertir cette audience en un électorat organisé, au-delà de simplement lui donner une plate-forme média d'échelle nationale, c'est un travail de long terme, très exigeant et en grande partie assez ingrat. Mon opinion est que s'il arrive à créer cette chaîne et à lui donner une vaste audience stable, c'est quelqu'un d'autre qui transformera politiquement l'essai. A moins qu'il n'arrive à faire bosser ce quelqu'un pour lui et à le contrôler sans avoir à faire le travail de fourmi nécessaire pour se constituer et garder une importante "power base" qui aille plus loin que les apparences.
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A moins effectivement d'un événement exceptionnel ou d'une série de telles occurrences, le 3ème débat était un des derniers clous dans le cercueil de la candidature Trump, et Trump lui-même semble avoir déjà acté la chose en coulisses. Outre des négociations qui ont un peu transpiré et l'apparition d'un nom de marque bien spécifique sur quelques vidéos dans les médias sociaux, un aspect particulier de ses levées de fonds a été repéré le soir du dernier débat: la campagne Trump continue à avoir beaucoup de mal à récolter..... Sauf en ligne: mercredi soir, Trump a récolté 9 millions de dollars en quelques heures sur Facebook, augurant autant de l'audience qu'il peut atteindre que de la viabilité nouvelle de ce mode de collecte pour un personnage de ce type. C'est en fait l'essentiel de ce dont il est question pour lui maintenant, et qui était annoncé comme son "plan B" depuis un bon bout de temps: Trump TV serait désormais un projet bien concret et au moins dans les premiers stades d'élaboration. Trump a une audience captive très importante, et surtout extrêmement dévouée. Ce ne sont pas les quelques 35% considérés comme trumpistes "durs" en tant qu'électeurs, car il y aura beaucoup de déperdition au bout de quelques mois après l'élection (entre un tiers et la moitié), mais même 50% de ce chiffre représenteraient une audience potentielle colossale, surtout pour un média en ligne (les licenses du câble sont dures à obtenir aux USA, et mettre en place un média classique qui puisse viser une telle audience est très cher), et des marges hautement intéressantes.
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Philippines : un nouveau président original
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
Ouais, mais c'est pas vraiment un truc organisé par un seul opérateur: c'est multi-plates-formes, très bordélique. Même "Hollywood", censément la plus visiblement coloniale de ces grandes entreprises, n'est qu'un nom porte-manteau pour une multitude d'acteurs divers. C'est ni fait ni à faire, comme modèle économique et culturel: beaucoup de gaspillage d'énergie. Comme dirait le grand philosophe D. J. Trump: "c'est rien qu'un tas de losers.... Very unprofessionnal, believe me". -
Philippines : un nouveau président original
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
Les grandes religions, surtout celles du Livre, devraient à ce moment là le recevoir: des siècles, parfois près de 2000 ans après, elles sont toujours là, à tirer des revenus, de l'influence et de l'attention (dans pas mal de cas, vraiment beaucoup d'un ou plusieurs de ces trucs) de leurs conquêtes. Le Bene Gesserit n'a rien inventé. Une preuve pas HS? Les Philippines, évidemment. Quelle est la recette de la "colonisation durable"? Coloniser les esprits bien plus que les corps ou les terres. Et dans le cas du catholicisme, en plus, y'a du vin. C'est un business model qui roule bien et depuis longtemps, ce bouzin.... Faudrait juste qu'ils fassent quelque chose pour les fringues souvent un peu tartes. Et puis pour ces histoires de rapports au sexe. Le produit tend quand même à cumuler les obsolescences, même s'il reste viable et solide. C'est quand même pas tous les commerces qui peuvent retirer autant en vendant du vent (bon, ça et la "révolution" à chaque nouvel Iphone, c'est un peu le même principe). -
Philippines : un nouveau président original
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
On est effectivement dans le fil Philippines, et les changements rapides que Duterte impartit à son archipel, avant tout par leur brutalité et par l'apparent sentiment d'impunité qui s'en dégage, me font me demander si le type n'a pas des ambitions qui n'incluent pas Etat de droit et démocratie. Je ne sais pas si vous avez vu cette dernière vidéo, et elle manque un peu de contexte, mais elle est assez impressionnante: un fourgon de police qui se déchaîne dans une foule de manifestants de gauche (une fédération de groupes appelée Bayan) contre la présence militaire US et en appui de Duterte. 10 blessés, 29 arrestations, et une vague d'accusations contre la police (apparemment séparée du président dans la rhétorique) qualifiée de "toutou des ricains". Qu'on veuille y voir une situation qui a juste merdé purement pour des raisons circonstancielles, ou une manipulation plus vicieuse (créer les circonstances de l'événement), le fait est que l'ambiance n'est pas pro-américaine, même s'il est difficile, à ce stade, de connaître l'opinion de la population dans son ensemble; les forces "actives" dans la société semblent pour l'instant ne pas aimer l'oncle Sam, chef de l'Etat en tête. Et c'est là que le bât blesse, parce que le personnage est difficile à évaluer: est-ce plus un calculateur qui se met en scène via ce personnage tartarinesque, ou bien est-il plus un matamore plutôt sanguin, aux idées arrêtées, qui veut ruer dans les brancards? Son passé -et son passif vidéo- semblerait plus plaider pour la deuxième option. Auquel cas on a un égotiste dont les aspirations pourraient n'être pas limitées à remplir son ou ses mandats de président. -
Philippines : un nouveau président original
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Politique etrangère / Relations internationales
Dans le temps on appelait ça des "colons", je crois. Aujourd'hui, ça doit avoir un nouveau nom: tout le monde sait qu'un "colon", c'est un méchant. -
[Irak] La Bataille de Mossoul
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca faisait partie de mes interrogations de début de sujet aussi: tout cela donne l'impression d'avoir été décidé en urgence, trop précipité, peut-être plus pour des raisons de politique politicienne (pressions US, besoin de forcer superficiellement une coalition politique pour le court terme...): les forces mobiles irakiennes à peine recomposées sont à peine suffisantes pour l'opération, et déjà un peu usées par ce qui a mené à cette bataille. Après, elles seront en grand besoin d'une "pause" majeure pour se refaire une santé, sans que le gouvernement irakien n'ait plus grand chose comme masse de manoeuvre pendant un moment, laissant une énorme latitude aux milices et groupes à dominante religieuse, en plus d'un EI qui encaissera le coup, mais s'y sera déjà préparé vu que de toute façon, l'issue générique (la reprise de Mossoul, quelle qu'en soit la façon et les circonstances) ne fait pas vraiment de doute. Ca fait cher payé en terme d'effort et de risques majeurs à court terme pour une victoire avant tout symbolique qu'on essaie déjà de vendre comme "la fin de l'EI en Irak". Cette priorisation accordée à l'EI semble disproportionnée au regard de la situation irakienne, même du seul point de vue du gouvernement de Baghdad, aux dépends de la stabilité du pays dans le moyen terme, ou même dans le court terme, pour viser seulement le très court. Encore une fois, cela renvoie peut-être plus à des pressions extérieures et/ou à un vrai calcul politicien très court termiste. Oui, ils sont déjà sans doute en train de le faire vu qu'une belle porte de sortie leur a été laissée ouverte à l'ouest de la ville (même si la route est dangereuse pour eux aux abords du Sinjar). C'est pour cela que l'opération fait si peu de sens pour moi, sans doute aussi parce que je mesure mal l'importance symbolique de la reprise de la ville. L'EI ne sera pas mis hors jeu, et la perte peut être en fait déjà de facto acceptée (Mossoul était-elle encore un atout pour l'effort de guerre depuis quelques mois, vu l'état des axes de communication?): l'investissement en moyen et capital politique pour le gouvernement semble énorme, et la préparation de la bataille très insuffisante, notamment au niveau humanitaire.- 617 réponses
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[Irak] La Bataille de Mossoul
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
On sait qu'une telle chose peut menacer un gouvernement allemand et diviser l'Europe.- 617 réponses
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- irak
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Un intéressant sondage suite aux inquiétudes des républicains sur l'élection à venir: beaucoup craignent -ou souhaitent, c'est selon- une démotivation du vote Trump. Moins ses électeurs, ou ceux qui se résigneraient à l'être, croiront en une possibilité, même réduite, de victoire, moins ils se donneront la peine d'aller voter, ce qui nuira aussi du coup aux autres élections, puisque le scrutin américain n'a qu'un bulletin sur lequel on vote pour tout (élections fédérales, d'Etat, et locales, ainsi que des référendums d'Etat et quelques questions locales). C'est un facteur qu'il faut autant prendre en compte que celui des électeurs Trump ayant été dégoûtés par ses propos dans les dernières semaines, et un qu'on a pu par exemple observer à la fin des primaires démocrates: Sanders a lourdement perdu la dernière ligne droite parce que la victoire de Clinton était ou semblait à ce stade inéluctable, dissuadant nombre d'électeurs de se déplacer pour quelque chose considéré comme désormais inutile. C'est une des raisons pour lesquelles la communication électorale fait tout pour créer des trames de narration imposant l'image d'un candidat bien au-delà de ce que sa popularité réelle justifie, afin de donner l'impression de dominance. C'est aussi une des raisons pour lesquelles les candidats "institutionnels" ont un énorme avantage, car les opérateurs de la scène publique (avant tout les journalistes et éditeurs, surtout audiovisuels, mais aussi les leaders communautaires et leaders d'opinion en tous genres) forment souvent une "bulle" penchant disproportionnellement en leur faveur, pour beaucoup de mauvaises raisons (proximité relationnelle, voire amitié, intérêt personnel, habitude, entrisme des "insiders" dans la sphère du pouvoir, conformisme....). De ce fait, l'impression générale dans le discours médiatique est largement influencée par la sur-présence et le jugement biaisé à l'égard de ces candidats "institutionnels". Et Clinton, face à Sanders, en a bénéficié à un large degré, sans même évoquer le fait qu'elle était la candidate souhaitée par cette élite médiatique, sur un plan plus partisan. Le sondage que j'évoquais au début, pour revenir au GOP, concerne donc ce qui se passe à l'intérieur du parti, reflet des inquiétudes électorales actuelles pour les "autres" élections (appelées "down ballot elections", cad les noms à choisir en-dessous de la case présidentielle: sénateurs et représentants, élus d'Etat, élus locaux), mais aussi des lignes de tension en interne. Il s'agit d'une étude pour savoir qui les électeurs républicains voient comme la meilleure incarnation du parti après novembre. On a ainsi: - Mike Pence: 27% - Donald Trump: 24% - Ted Cruz: 19% - Paul Ryan: 15% - John Kasich: 10% Cette répartition recoupent en fait les électorats désormais très antagonistes qui constituent la ou les bases du parti républicain, avec quelques petits phénomènes disrupteurs à mon avis plus liés aux questions de personnes et aux spécificités de quelques zones. Mike Pence, avec 27%, représente plutôt clairement la préférence de l'électorat religieux, là où Donald Trump l'emporterait chez les "populo-nationalistes". Paul Ryan et John Kasich, avec 25%, portent avec eux les "conservateurs de banlieues", les classes moyennes supérieures (surtout blanches) éduquées dont le vote conservateur, s'il inclue une dimension religieuse, est plus fondé sur des questions fiscales, économiques et idéologiques (le credo conservateur néo-classique tel qu'il est depuis les années 70). Ted Cruz a lui un électorat particulier: religieusement orienté c'est certain (évangélistes surtout), et/ou conservateur (très très dur), mais avant tout géographiquement centré sur le vieux sud et le sud du Midwest: c'est un électorat qu'il s'est taillé ces dernières années, plus lié à sa personne et une certaine tonalité de discours qui ne marche réellement que dans ces zones. La vision globale est quand même que si ce sondage est fiable et se retrouve dans d'autres ultérieurs, les disrupteurs (ici, Trump et Cruz) sont encore très importants mais plus aussi dominants que pendant les primaires (où, tous cumulés, ils frisaient les 75% de l'électorat républicain)..... Ou ce serait le cas si la part de Pence était quelque chose de solide: il a pour l'instant une visibilité nationale en tant que second de Trump, et récolte donc peut-être une partie de cette popularité pour cette raison seulement, une quantité indéterminée de ces 27% pouvant partir sitôt qu'il parlera pour lui-même, rappelant qu'il est un ultra-conservateur très classique (et certainement pas anti-establishment) qui était en grave perte de vitesse pour cette raison avant que Trump ne le fasse venir. Le même sondage indique que les électeurs républicains voient plus les vues de Trump comme l'avenir du parti par rapport à celles de Ryan: 51% contre 33%. Cela tend à confirmer le fait que la première partie du sondage traduit une impression que Mike Pence est plus vu comme un "Trump acceptable" que comme un individu: il perdrait cette apparente prééminence s'il se dissociait de Trump, ce qui risque d'arriver après l'élection (sauf s'il la joue vraiment finaude et cynique) pour retrouver le monde du conservatisme civilisé (avortement, flingues en libre service, le marché est d'essence divine et parfaitement auto-régulateur, le gouvernement vient de satan et ne doit rien faire, les droits de succession tuent l'économie, le big business est fait de saints.... Tout ça, et la ploutocratie visible, mais très poliment). De facto, Trump ou tout ce qui s'apparente plus ou moins à un "trumpisme", est encore assez largement en tête des préférences de l'électorat inscrit comme républicain. Mais avec 25%, les conservateurs "standards" ne sont pas vraiment en progression, et c'est là à mon avis la leçon durable de ce sondage: le GOP post élection aura du mal à trouver un équilibre, et la ligne politique qu'il défendra, notamment en politique extérieure, pourrait voir la place accorder aux néo-cons (associés par défaut à ce conservatisme classique pour la gouvernance) prendre du plomb dans l'aile. Malgré des tonitruances occasionnelles liées à certaines personnalités visibles, il est fort possible que le GOP de demain devienne structurellement moins interventionniste, ce qui renverrait la balle de ce type de politique..... Chez les démocrates, qui seront désormais plus déchirés par ce débat sur l'interventionnisme avec une Clinton au pouvoir (surtout si elle a un Congrès hostile, ce qui pourrait la pousser à plus agir à l'extérieur pour affirmer son autorité).
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Japon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Et celui qui y vend les bouteilles d'eau devient le plus riche des profiteurs de guerre. -
[Irak] La Bataille de Mossoul
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Plusieurs choses: - il y a l'effectif de l'EI -ou pro-EI- estimé, et il y a sa composition: on évoque jusqu'à 9-10 000 combattants dans la ville, sans compter ce que l'EI peut envoyer en renfort (qui n'arrivera pas jusqu'à la ville elle-même mais s'en prendra aux arrières des assiégeants) s'ils estiment l'effort justifié. Mais parmi ces combattants, on a le "noyau dur" des "soldats" permanents de l'EI, et les miliciens et volontaires plus temporaires - il y a les multiplicateurs de force de l'EI: le terrain, la ville elle-même (étendue, géographie -notamment les cours d'eau- et le milieu urbain), mais aussi l'ensemble du dispositif de défense qu'ils ont bâti en préparation de ce jour. Ils ont développé un réseau de tunnels pour circuler, sans doute piégé une mégachiée d'axes et de lieux, repéré leurs positions et organisé leur dispositif, de défense.... - il y a la population résiduelle: sur les 600 000 habitants estimés avant le début des hostilités (un tiers de la population originelle), il en restera au moins 300 000, sinon plus. Autant de boucliers humains et le principal atout d'une organisation qui n'a rien à foutre d'un bain de sang, tandis que la coalition assaillante à tout à foutre de l'éviter ou de le limiter, sous peine de voir les mêmes causes (que dans la décennie écoulée) produire les mêmes effets. De fait, il y a une porte de sortie laissée ouverte à l'ouest, et on peut supposer qu'une partie des combattants de l'EI en profitera tandis qu'une autre sera sacrifiée pour produire l'effet sanglant désiré, parce que quoiqu'il arrive, les circonstances leur sont hautement défavorables et la ville tombera, la question étant de savoir à quelle échéance, à quel coût (matériel et humain) et avec quelle quantité d'horreurs (et surtout comment elles seront exploitées et qui gagnera cette "bataille médiatique" auprès des populations qui comptent). Beaucoup de choses peuvent se passer politiquement pendant une telle confrontation, notamment voir les éléments de la coalition se déchirer, voir leurs intérêts diverger, essayer de refiler le poids des fautes (réelles ou perçues) sur les voisins.... Et c'est bien là la carte que l'EI a à jouer, ou espère pouvoir jouer, de même que la destruction de la ville et un drame humanitaire massif (aussi bien dans la ville que pour la population de réfugiés), qui ont le potentiel de décrédibiliser le fragile gouvernement de l'Irak (et l'encore plus fragile équilibre entre factions qui assure son existence) si ces désastres en puissance (et en partie déjà bien engagés) ne sont pas bien gérés. C'est d'autant plus crucial pour eux que, quoiqu'il arrive, les forces irakiennes (j'entends les forces de manoeuvre) à l'issue du siège risquent d'être virtuellement épuisées, avec de bons délais pour en remettre une masse suffisante en état. De là, l'enjeu pour l'EI est clairement le temps: en gagner en usant les forces mobiles irakiennes (ni les milices chiites ou sunnites, peu aptes à la manoeuvre, surtout en grand, peu mobiles; ni les unités kurdes, peu désireuses de s'éloigner de chez elles et bien moins capables que ce qui a pu être dit), en gagner en prolongeant le siège et multiplier les possibilités de foirades du gouvernement irakien sur tous les fronts qu'il a à gérer (combats, crise humanitaire, compromis diplomatique avec tous les intervenants, compromis politique interne....). Le tout sur fond de moyens limités par l'état du pays et les prix du pétrole. Une grande partie de ce que je viens de rappeler est cependant fondée sur l'état de la volonté et des moyens de combattre des forces de l'EI dans Mossoul: comme initialement présenté, tous leurs effectifs ne sont pas faits de permanents, loin de là, et ils reposent pas mal sur des milices locales sunnites et des groupes armés que leurs défaites et reculs récents n'ont pas forcément maintenu dans leur allégeance plus ou moins sincère (forcée dans bien des cas). De même, la qualité des troupes, même des combattants permanents de l'EI, a plutôt pas mal baissé depuis 2 ans (et elle n'était déjà pas alors ce que les journalistes sensationnalistes en disaient), donc l'effort qu'ils peuvent effectivement produire pourra être plus limité que ce qu'on anticipe, et leur mordant de moindre conséquence (un nul et un pro qui s'accrochent, c'est pas la même chose).- 617 réponses
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[Irak] La Bataille de Mossoul
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Les Iraniens sont présents avec les milices chiites il me semble (conseillers? Cadres? Spécialistes?) via l'organisation Al Quods (et il semble que seuls des officiers iraniens puissent coordonner tous ces groupes), et en tout cas les soutiennent matériellement (plus des éléments d'appui?). Je me suis pas penché dessus, j'ai toujours lu et entendu la chose évoquée sans trop de précision, et sans aller chercher ces précisions. Pour ce qui est de qui est en première ligne, tout dépend de l'unité du commandement côté assaillants: les milices chiites sont-elles sous contrôle du gouvernement, ou bien de certains éléments, présents ou non au sein du gouvernement, mais qui ont aussi leur propre partition, qui ne se confond pas toujours avec la ligne officielle. Et les Kurdes, dont il est douteux qu'ils se mouillent trop, ne risquent pas de se mettre sous le contrôle d'un chef venu de Baghdad, même si une implication limitée rendra la chose de peu de conséquence. Mais le fait est que là on parle d'une très grande ville, très étendue, et très peuplée (encore aujourd'hui malgré tout): de mémoire récente, on n'a pas vu de tel "siège" depuis bien longtemps: ce sera un champ de bataille peu contrôlable (Falloujah, à côté, c'est une opération modèle réduit), où je doute que le commandement irakien (surtout ce commandement irakien, divisé, politisé et encore en grande partie très moyennement et inégalement compétent) soit capable de maîtriser tous les pions sur le terrain. Rôôô, c'est quoi ces clichés sur "la guerre à l'occidentale": la convocation sur un champ de bataille n'a existé que de manière sporadique, essentiellement au Moyen Age, et n'a pas constitué de très loin un élément déterminant. Son autre "moment" d'existence, dans l'Antiquité grecque classique, n'existait que pour la résolution des conflits entre cités de l'Attique et du Péloponèse, pour des raisons bien pratiques et objectives (pas niquer les moissons, rendre un conflit aussi peu long, donc coûteux, que possible, et résoudre vite la querelle): le procédé n'existait pas face à un envahisseur extérieur (les Perses notamment), et a de toute façon disparu avec la guerre du Péloponèse. Non, ici, annoncer la bataille et faire monter la sauce est une intention politique, un calcul, mais pour moi, il sent beaucoup le coup de dé, l'envie de se faciliter le quotidien dans le court terme en se compliquant la vie dans quelques semaines/mois, et il sent un peu l'anxiété. En l'occurrence, je pensais plutôt à l'opinion qui compte le plus dans ce conflit, celle des populations sunnites d'Irak et de Syrie, surtout évidemment (mais pas que) dans les zones tenues par l'EI: ces populations sont LE "schwerpunkt" de ce conflit, et elles ne semblent pas avoir d'issues géniales à l'horizon, alors qu'elles sont tiraillées entre des occupants pas appréciés, voire détestés, des bandes armées de moindre ampleur, et des "libérateurs" en grande partie chiites et par qui elles se sont déjà faites blouser (raison pour laquelle l'EI a eu tant de succès initialement). L'opinion occidentale/mondiale compte effectivement très peu quand on évoque les horreurs déjà arrivées et celles qui vont arriver, mais celle des populations sunnites compte, et les exactions des milices chiites ont fait leur "petite" impression sur elle depuis maintenant 2 ans. Et ça, ça pose problème. Pour faire une analogie (bof, j'ai déjà comparé à Stalingrad et le phénomène "capitale de la guerre" qui lui a été associé), je comparerais les populations sunnites (hors Kurdes) syriennes et irakiennes aux pays d'Europe de l'est en 44-45: désarmés (en termes de larges forces organisées) et pris entre deux grandes puissances détestées dans lesquelles ils ne voient aucun avenir rassurant. A une différence près cependant: l'Etat irakien n'a pas le dixième des moyens de l'Allemagne nazie, et encore moins ceux de l'URSS d'alors, pour pacifier les territoires reconquis (occupation de zone, pacification, protection des populations, aides à la reconstruction....). Et ces populations sont organisées (au moins au niveau local/régional) et armées (suffisamment pour être irritables et dangereuses). C'est un très mauvais mélange.- 617 réponses
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[Irak] La Bataille de Mossoul
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Je m'interroge sur les prémisses -"stratégiques" dira t-on- de la bataille: pourquoi avoir fait tant de publicité sur son déclenchement, étant donné qu'il s'agit d'une entreprise plutôt hasardeuse en l'état des choses: - armée irakienne re-re-ref-forgée encore très inégale et souffrant de mille maux - présence (déjà observée et mise en image) des milices chiites si décriées (à juste titre du point de vue des sunnites) - présence importante de moyens occidentaux et iraniens qui, comme les milices susmentionnées, risquent d'antagoniser du monde et de décrédibiliser (encore plus?) le régime irakien Annoncer la bataille ainsi et en faire avant même son début une opération militaire et médiatique majeure, c'est en multiplier les enjeux, renforcer la détermination de l'adversaire (à combattre, à s'engager, à s'investir jusqu'au bout, à faire des horreurs) et s'exposer mille fois plus à la critique du moindre dérapage, du temps et de l'importance des moyens consacrés à cette action. Politiquement, c'est ajouter un bien grand risque, plutôt inutile puisque l'opération aurait aussi bien pu commencer sans tambour ni trompette, dans la foulée des combats qui ont mené aux abords de la ville, plutôt que de choisir d'annoncer à l'avance une redite de Stalingrad. J'entends bien que l'issue fondamentale fait peu de doute: la ville a beaucoup de chances d'être reprise au bout du compte, mais préparer la chose ainsi, politiquement, médiatiquement, en voulant se créer un futur succès majeur politiquement et symboliquement, c'est ajouter aux difficultés pratiques. Déjà en soi importante pour l'EI, la ville n'en devient que plus cruciale, et la bataille, plus encore, devient une occasion, dont l'issue importe moins que le déroulement. Entre un tiers et la moitié de ceux qui y résident encore sont devenus ou vont devenir des réfugiés, et de ce côté, on sait déjà que les moyens ne sont pas là pour gérer l'afflux, et que même s'ils arrivent dans les mois à venir (ce qui ne sera vraisemblablement pas le cas: pas dans les quantités nécessaires), on risque la catastrophe humanitaire et un sérieux échec bien visible de ce côté. Mais l'autre partie des habitants, celle qui reste, va servir de bouclier humain et de flot continu de victimes et de tragédies pour instrumentaliser la propagande des uns et des autres: la bataille médiatique sera massive et puante. De toute façon, la bataille de Mossoul allait être un gros truc, mais là, le choix a été fait d'avoir un énorme truc: le gouvernement irakien est-il si sûr de lui? A t-il besoin de focaliser l'attention sur cette lutte qui sera longue, dure et sordide, pour maintenir un niveau de tension facilitant sa vie politique de court terme? Parce que le résultat est plutôt certain: l'EI met des jetons dans la bataille et ça sera sanglant (moi, je me demande si à leur place, je me carapaterais pas avec tout ce que je peux en les laissant bien cons après toutes leurs annonces). Je comprends bien l'idée d'attirer toutes les attentions sur le lieu pour forcer l'adversaire à fixer beaucoup de ses ressources et moyens à un endroit où elles peuvent être sérieusement bousillées, mais l'actuel Irak a t-il les moyens de faire fructifier l'occasion? La capacité en terme de savoir-faire et qualité des troupes? Et surtout, peut-il le faire sans trop d'horreurs, ou peut-il se permettre de reprendre la ville quel que soit le délai, et quel que soit le bodycount et la quantité d'images déplorables à la télé et dans les médias sociaux? Mon impression est que cette mise en exergue de la bataille a augmenté la possibilité qu'ils se soient eux-mêmes préparés de plus gros problèmes (notamment en s'aliénant plus encore les populations concernées) et un possible échec, même si la ville elle-même est reprise.- 617 réponses
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