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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Peut-être que le délai jusqu'à septembre incommode la planète finance qui pèse si lourd en général, et si décisivement à Londres en particulier: l'incertitude fait paniquer, et l'article que je référençais dans mon dernier post souligne la surréaction des acteurs de marché qui déjà attribuent au vote tous les maux sans vouloir voir que le dit marché était déjà structurellement problématique bien avant le vote, dans une situation que certains analystes comparent à la période précédant le krach de 2008. Mais si la psychologie des opérateurs s'est déjà aussi unanimement tournée contre le Brexit comme responsable principal de ce qui a pu commencer à se passer vendredi, alors c'est vers une résolution rapide de la situation que les gouvernants, surtout britanniques, seront incités à se tourner.
  2. C'était mon point justement: il y a d'une part un échelon européen dont une grande part de l'action échappe à tout contrôle démocratique, parce qu'il a pris sa vie propre (tant dans son mécanisme de fonctionnement et ses attributions que via son vivier de recrutement, une élite de moins en moins différenciée et sortie d'un moule idéologique unique), et d'autre part des hommes politiques nationaux qui ne sont que partiellement nationaux. Ils appartiennent pour beaucoup à cette élite à mentalité unique, mais surtout, ils ont, par le fonctionnement des institutions européennes, une marge d'action échappant au contrôle démocratique (en bonne partie parce qu'on ne peut savoir ce qu'ils y font: on ne voir que le résultat final, qui est collégial et multinational) et dont ils peuvent défalquer la responsabilité sur le dit échelon européen, qu'ils aient oeuvré dans un sens ou un autre. Cette part de leur activité est entièrement hors de contrôle, et ce d'autant plus que le duopole de fait des "partis de gouvernement" (dans à peu près tous les pays) garantit le plus souvent une unicité de pensée avancée quand on en vient aux questions européennes (donc un verdict des urnes qui ne peut punir que chou vert ou vert chou, l'autre prenant la place.... En référence à la phrase de Séguin sur la droite et la gauche, détaillantes du même grossiste). Il y a de ce côté une forte absence de fait d'une offre politique alternative à tous les échelons de gouvernement, et un affaiblissement continu -et croissant à mesure qu'on grimpe- de la capacité de contrôle démocratique sur chacun d'entre eux, jusqu'au niveau de la Commission où la capacité de contrôle est très faible, indirecte et délayée dans le temps. Sinon, je ne résiste pas. Pour ceux qui connaissent Nassim Nicholas Taleb, il n'est pas à présente; pour les autres, c'est un essayiste et statisticien controversé, très impliqué dans le débat politique en terre anglo-saxonne, et spécialiste des questions de probabilités, de risk-management et de l'impact d'événements improbables sur les systèmes humains complexes. Son best-seller sur le sujet, The Black Swan (le terme, devenu depuis une théorie, définit les événements imprévisibles de très grande portée), paru en 2007, est considéré comme très important, même si très critiqué, et a donné suite au reste de son oeuvre insistant sur l'importance non de pouvoir prévoir de tels événements, mais de bâtir des systèmes pour pouvoir s'y adapter. Et évidemment, le Brexit est un moment de choix pour lui, dont il a critiqué l'interprétation générale par les médias.... Notamment dans un tweet ce dimanche: J'aime beaucoup l'expression IYI: Intellectual Yet Idiots. Souvent utilisée pour qualifier les puissants (et leurs laquais, porte paroles et moutons qui suivent leurs avis) défendant leurs intérêts dans les analyses qu'ils présentent, qu'ils s'en rendent compte (auquel cas c'est de l'hypocrisie) ou non (auquel cas ils se sont persuadés que ce qui est bon pour eux est bon pour tous, ou que seul ce qui est bon pour eux compte vraiment). Dans le cas présent, il critique l'universalité de la menace d'apocalypse économique qui domine actuellement les nouvelles, et qui a essentiellement constitué le seul argument de la campagne du Remain, comme une sorte de gouvernement par la peur de la part de l'élite dirigeante qui, de nos jours, semble recourir à cette méthode plus qu'à toute autre, ne sachant ainsi que dire "moi ou le chaos/l'abomination" quel que soit le sujet. On constatera cependant que le "Leave" est encore loin d'avoir gagné la partie. D'abord parce que le Leave n'est pas un parti, même pas un camp: c'est un ensemble en ordre dispersé, même si sa base électorale est vaste et présente des doléances et une colère en grande partie communes. Johnson et Farage ne sont pas potes ou alliés, aucun des deux n'est réellement maître de sa propre faction et s'y trouve contesté, et aucun des deux n'a de plan, voire même de réelle volonté au-delà de la rhétorique, n'ayant sans doute jamais pensé que le truc allait passer et espérant sans doute juste une meilleure position politique, ou s'étant persuadé que quoiqu'il arrive, rien ne changerait vraiment. Ensuite, et là est le noeud du problème, il y a réellement beaucoup d'étapes avant une vraie sortie de l'UE, et il est probable que cela n'ira pas jusque là, hors des apparences et de quelques changements mineurs. Rien n'est jamais très net en politique, surtout quand tant d'intérêts croisés sont en jeu. Comme indiqué plus haut, ce vote était consultatif, et dans les faits pas contraignant sur le plan strictement légal, laissant une grande marge à la gouvernance britannique, surtout avec une UE divisée, dont les intérêts sont contradictoires, les contraintes énormes, et où les groupements d'intérêts économiques ont une voix forte et un agenda clairement défini. De fait, sur le sujet de l'immigration qui a sans doute procuré aux "Leavers" la marge de la victoire, il y a de fortes chances qu'ils soient effectivement complètement baisés. Une vue intéressante sur la crise boursière (à prendre avec des pincettes), par un "insider", hedge funder et ancien prof à l'université du Michigan: http://www.hussmanfunds.com/wmc/wmc160627.htm
  3. Ils sont univoques de cette façon? Rappelons que jusqu'aux années 80-90 (moment où la NRA est devenue tarée et s'est orientée vers un modèle de lobbying agressif et surfinancé), l'interprétation du deuxième amendement avait été assez continue dans l'histoire américaine: le droit au port d'armes n'était pas considéré comme un droit d'avoir une arme en tant que tel, et surtout pas n'importe quelle arme et en libre disposition, mais était lié au principe de résistance à l'oppression, pas comme un recours pour la défense personnelle. Il s'agissait, comme c'est libellé dans la formulation ambigue (ambiguité plus liée à l'obsolescence de la langue employée qu'à autre chose) de l'amendement, d'un droit intrinsèquement lié au principe de milice populaire, seul instrument crédible contre un Etat devenant tyrannique, donc un droit de port d'armes dans le cas de milices régulées.... Ce qui existe via les 50 gardes nationales (qui sont la milice) et les 34 State Defence Forces (tous les Etats n'en ayant pas une). Et ces organisations ont le droit de posséder n'importe quel type d'arme (théoriquement, elles auraient le droit d'acquérir du nucléaire), précisément parce que l'un de leurs buts premiers est de pouvoir s'opposer si besoin est à une armée fédérale devenue outil d'un Etat tyrannique. Tout renvoie essentiellement à cette interprétation du 2ème amendement, celle issue de la nouvelle génération d'archi conservateurs new style sous et après Reagan se focalisant uniquement sur la dernière partie de la phrase, et non plus sur sa totalité, ce que Warren E Burger, 15ème président de la Cour Suprême (il a pris sa retraite en 86) et républicain conservateur lui-même, avait férocement critiqué en 1991 en disant que le 2ème amendement "has been the subject of one of the greatest pieces of fraud, I repeat the word 'fraud,' on the American public by special interest groups that I have ever seen in my lifetime."
  4. C'est le point de bascule au cours du XXème siècle qui me fascine.... En fait les DEUX points de bascule. Je ne crois pas vraiment à l'idée d'un "modèle industriel" correspondant à un moment unique dans l'Histoire, offrant des circonstances non reproductibles dans les structures de l'économie actuelle... Ou dans celle d'avant ce "moment" industriel et son compromis Fordo-Keynésien. On a d'ailleurs vu, sous d'autres formes et dans d'autres circonstances, de tels arrangements sociaux exister à d'autres époques; rien que certaines cités Etats italiennes du Moyen Age, Venise en particulier, et surtout les Pays Bas dans la première moitié du XVIIème siècle (même pas leur apogée en termes de richesse) l'illustrent, avec évidemment certaines limites liées à leurs époques. Fondamentalement, dans les années 1910-1930, il n'existait que bien peu de raisons et d'ingrédients, si l'on suit les soi-disant "lois du marché" (à qui on fait souvent dire tout et leur contraire selon les besoins) ou les structures de l'économie, pour voir émerger une société de classes moyennes fondée sur la consommation du plus grand nombre. Comme au cours de la majorité de l'Histoire, l'entropie "naturelle" des acteurs de marché poussait à viser une lutte permanente pour la consommation des 10% les plus riches, avec entre 10 et 20% de plus (grand max) pouvant partiellement avoir accès à certains items et formes de consommation de ce "top 10%" (pas seulement quelques goodies, mais aussi une sorte de "bourgeoisie en beaucoup plus petit": logement, mode de vie, accès à certains services.... ), et le reste de la population trouvant un accès occasionnel à certains biens issus du progrès, longtemps après leur banalisation.... Soit ce qu'on est en train de retrouver actuellement (avec le facteur mitigeant de l'endettement public et privé toujours croissant qui amortit et masque beaucoup de choses), à marche forcée depuis les années 70. La parenthèse des années 30 à 70 est un moment rarement vu dans l'Histoire, et unique par son champ d'application, mais si on regarde ses causes, on retrouvera essentiellement des raisons volontaristes, bien plus que de supposées circonstances exceptionnelles dans la structure de l'économie: l'âge industriel aurait pu aussi bien -comme il le faisait depuis longtemps d'ailleurs- écraser l'immense majorité des ouvriers et poursuivre son bonhomme de chemin. La seule caractéristique qui me semble réellement particulière à cette période de 40 ans (outre les guerres mondiales qui sur ce plan ont pu servir comme levier politique pour obtenir des changements, mais pas comme des facteurs économiques) est le degré de concentration de la capacité industrielle et de la richesse économique dans les pays occidentaux, procurant un niveau de richesse autorisant fondamentalement un meilleur partage sans trouver une résistance jusqu'au boutiste, et un niveau de concurrence plus limité qu'aujourd'hui, tant par le niveau de protection plus élevé des marchés de chacun (et encore, faut pas exagérer et voire ça comme des économies fermées non plus) que par le nombre plus réduit de concurrents (et leur proximité culturelle et géographique) par rapport aux marchés accessibles. Aujourd'hui, l'obstacle principal me semble avant tout l'extrême "démocratisation" de la capacité industrielle, et la saturation complète des marchés existants qui semblent plus en réduction structurelle de par la mouvement généralisé de concentration des richesses; tout le monde peut être un concurrent, ce qui rend la coordination internationale impossible. Pourtant, ce fonctionnement réduit l'espace de marché au niveau mondial en permanence, parce qu'on retrouve ce penchant naturel à se concentrer sur la consommation des 10% les plus riches, et la consommation partielle et "aspirationnelle" des 10-20% qui les suivent, au lieu d'essayer de retrouver le paradigme de viser plus large, cette "fenêtre" des années 30 à 70 qui a pu créer un niveau de stabilité sociale et politique comme jamais auparavant. Là, on est en train de s'aiguiller vers des sociétés profondément et structurellement instables, ce qui compromet d'ailleurs l'idée même de démocratie, qui ne peut fonctionner sérieusement et durablement avec de tels écarts de richesses. Je m'égare, mais concrètement, sans adhérer tant que ça au propos de Piketty, je le rejoins sur le point particulier de ce "moment" des années 20 ou 30 aux années 70: ce ne sont pas des circonstances économiques uniques qui ont créé cette parenthèse, mais une volonté politique. La question, et là où je peux te rejoindre, c'est de définir un espace de marché où cette volonté puisse exister. Est-ce tant un problème de taille? Cela joue, oui, mais il s'agit peut-être plus d'avoir un espace où cette volonté, issue d'un compromis, puisse être créée. En Europe, une telle forme de compromis social est pour l'instant complètement hors de propos pour les élites dominantes dont l'idéologie partagée est absolument univoque et radicalement hostile à de telles politiques qui sont plutôt ciblées à la moindre occasion, et les Etats qui essaient de les poursuivre sont plus pointés du doigt qu'encouragés. Je vois le cas des pays nordiques membres de l'UE où ils essaient de maintenir ce qu'ils peuvent, mais c'est à grand coût, cela implique une certaine mentalité partagée qui n'est plus, depuis peu, si universellement partagée, et ce n'est aucunement aidé par "l'échelon" européen qui force nombre de politiques mettant en danger ce modèle (ce qu'on peut voir sur le chapitre de l'immigration dans ces sociétés historiquement très homogènes et communautaires: il est à la fois cause et conséquence de certains problèmes rencontrés). Mais je note toutefois que ces pays somme toute petits ont quand même pu maintenir beaucoup de choses tout en restant économiquement viables et modernes.
  5. J'entendais bien que ce n'était pas ce que tu souhaitais; désolé si ma formulation t'a fait croire le contraire. Je demandais juste si cette description (celle que j'avais faite et à laquelle tu répondais, celle que tu faisais toi-même) était ce que tu voyais comme la nouvelle normalité, et une sorte de piège sans issue.
  6. Il a été membre du Bullingdon Club? Je croyais qu'ils recrutaient que dans l'élite "pure race" nationale. M'enfin, ça reste le club des trous du culs par excellence.
  7. J'avoue avoir du mal à mesurer l'impact sur les populations européennes et sur la démocratie en général si ce 2ème référendum était lancé, qui déboucherait sans doute sur un retournement de la décision, en l'état des choses (notamment la volatilité des quelques pour-cents déterminants, et le caractère assez univoque des médias, qui s'apparenterait dans ce contexte à une période de campagne massive pour le "remain"). D'une part, les "remainers" auraient "l'argument" que la démocratie a été respectée et que les Britanniques ont juste eu un moment de colère passager duquel ils se sont repris, mais de l'autre, que de dégâts! Un bloc massif de l'électorat qui, déjà se sentant en grande partie ostracisé dans son propre pays, se verrait directement invalidé dans sa citoyenneté, une élite -aussi bien britannique qu'européenne, ainsi qu'une "apatride", internationalisée et liée à ce capitalisme financier qui est l'un des monstres de notre époque- qui démontrerait au grand jour son mépris total des populations et de leurs droits et processus de décision, une démocratie déjà bien critiquée pour son affaiblissement qui apparaîtrait comme une pure blague juste là pour les apparences face à la technocratie triomphante.... Beaucoup de conséquences peu quantifiables, peu menaçantes à très court terme, peu aisément définissables, si bien que je me demande dans quelles mesures les dirigeants les prennent réellement en compte, à la mesure de ce qu'elles sont réellement. Il y a eu plusieurs années de débat sur le sujet, quoiqu'on puisse penser de la façon dont il s'est déroulé: si quelqu'un essaie d'avancer l'argument de la "surprise" ou du "coup de folie passager" pour imposer un nouveau référendum, le caractère non démocratique d'un tel processus, derrière les apparences et la forme, risque de poser des problèmes. Les mêmes d'ailleurs qui sont si critiqués par les "leavers". Sans pour autant qu'il y ait les leviers politiques pratiques pour l'empêcher, la grande majorité du personnel politique en place étant pour le maintien dans l'UE. Sans aller jusqu'à dire "guerre civile", on peut penser qu'il y a des risques de court et moyen termes sur une telle question, même si, dans le temps le plus court, celui qui intéresse les décideurs de toutes eaux, la chose pourrait passer sans grands obstacles.
  8. Surtout que l'un des acteurs est l'UE proprement dite, ses instances dirigeantes: l'un des points de négo sera l'écot que devra payer le RU pour accéder au marché selon les modalités définies. Et on a là une bureaucratie chroniquement en manque de prébendes à distribuer, de ressources propres, qui pourrait être très intéressée à un deal commercial avantageux pour les Brits si tant est qu'il y a suffisamment de milliards d'argent frais, et non dépendant des Etats membres, à la clé. C'est directement du capital politique dans les mains de la Commission.
  9. Et aussi en raison de forts déséquilibres en termes de niveaux de vie et, fondamentalement, de types d'économies, soit précisément ce sur quoi certains ont beaucoup joué, favorisant ainsi les migrations internes des pays à bas revenus vers ceux à hauts revenus (l'inverse étant naturellement moins probable) pour un nivellement généralisé vers le bas et une mise à l'écart de pans significatifs de population qui n'ont plus beaucoup de recours sinon ce qu'on a vu jeudi, la baisse des prix de certains biens et services procurés par l'ouverture extrême des économies ne compensant pas, loin de là, la différence, surtout avec un haut niveau de captation de la croissance par les décideurs économiques.
  10. Sur ce deuxième point, je m'inscris totalement en faux, comme je l'ai déjà évoqué plus haut, sur ce topic et celui du brexit: l'UE, déjà, est institutionnellement un recours des dirigeants nationaux CONTRE leurs propres électeurs, un biais par lequel ils peuvent favoriser certaines politiques tout en se dédouanant de la responsabilité qui va avec, voire au besoin, en pouvant blâmer le monstre informe et sans visage. Ensuite, autre biais qui fait que l'UE est bien plus que la somme de ses parties sur le plan du processus de décision politique, il y a une élite eurocratique, tant dans le domaine politique que dans l'économique ou celui des "expertises" en tous genres, qui est devenue depuis longtemps très homogène idéologiquement, et souvent socialement: c'est le bouillon, l'écosystème permanent dans lequel ils baignent et dont ils partagent les vues (et particulièrement la doxa économique) qui préside aux processus de négociation et de décision, avec depuis longtemps une forte marge d'indépendance de fait vis-à-vis des systèmes politiques nationaux. Donc pour toi, un taux de "précariat" (englobant tous les divers degrés de la mouise et de l'absence d'opportunités, du plus abject jusqu'au niveau de ceux qui ont le droit d'espérer pendant quelques années pouvoir appartenir à l'imaginaire "classe moyenne") tournant autour de 50-60% (si on mesure, c'est à peu près ce qu'on retrouve partout, des USA à l'Europe, avec des variations là où existent encore de forts systèmes de redistribution) d'une population donnée dans les pays dits développés, est la nouvelle "normalité" à laquelle il est impossible d'échapper parce que "la mondialisation" le veut mécaniquement ainsi, quoiqu'on en aie? Le tout avec un retour généralisé à une forte sédimentation sociale (mobilité faible) qu'on constate aussi un peu partout?
  11. A noter tout de même que les principes généraux de politiques économiques nés dans les années 20-30 et développés après-guerre dans le monde occidental recréaient un espace de marché bien plus vaste par le nivellement des hauts revenus et des fortes concentrations de capitaux, d'individus et d'entreprises, par la taxation, un certain niveau de lutte anti-trust, une séparation plus nette entre banques d'investissement et banques d'épargne, plus de gardes-fous en général, l'acceptation générique d'un besoin de solidarité sociale et de besoins de base devant être collectivisés, un intérêt volontariste à la mobilité sociale.... Une orientation générique sur laquelle l'Europe actuelle ne veut pas vraiment s'entendre.
  12. On a là le résultat de plus de 30 ans de thatchéro-blairisme (pas seulement dicté par eux ceci dit; le contexte intellectualo-économique européen et mondial a sa part): une économie et une politique commerciale très idéologiquement orientées, sans compensateurs suffisants, des flux migratoires en bonne partie voulus pour créer une pression à la baisse constante sur les salaires, et à la hausse constante sur des coûts fondamentaux (le logement en tête, tant par les riches étrangers et nationaux qui boostent les prix dans les villes, que par le nombre de migrants de tous niveaux sociaux qui dépassent de loin l'offre disponible). Le tout avec un mépris plus ou moins déguisé dans le propos, mais constant dans le débat et le ton général de la conversation (et d'à peu près tout ce qui se voit à la télé, fiction comprise), pour tout ce qui ne correspond pas au "modèle" promu (cad être jeune, "international", "moderne", chanter les louanges du "libre échange" -toujours ainsi présenté parce que "libre", ça sonne bien-....). Vu de l'autre côté, on a ainsi vu un nombre sans cesse croissant de gens dépossédés et privés même de moyens de rebondir, qui se sont vus en plus très tôt plus ou moins directement qualifiés de ploucs, de cons obsolètes et de racistes, que ce soit le cas ou non. Plutôt que d'adresser leurs problèmes, il a été politiquement plus aisé de les ostraciser de fait. Jeudi, ils ont répondu. Et que voit-on comme réaction? Les requalifier en bloc de racistes, de fachos, d'arriérés.... Qu'il y ait toujours eu des racistes idéologiques et organisés dans ces pans de populations, c'est plus que certain. Qu'il y ait eu un certain pourcentage pas trop dur à orienter dans ce sens, ça l'est tout autant. Mais l'essentiel des gros bataillons du vote Leave n'abonde que très modérément dans ce registre et le fait plutôt par défaut: le tableau est infiniment plus divers et au moins autant lié à un vote protestataire, même si beaucoup, sans être dans le racisme idéologique proprement dit, abondent dans le sens anti-immigration en raison de leur expérience de la chose sur le marché du travail. Sans idéaliser l'électorat du Leave, je peux tout autant condamner celui du "remain" dont les porte paroles et adhérents généralement interviewés pratiquent le même genre de mépris (sur d'autres bases: socio-culturelles et économiques en général, en plus d'un extrême nombrilisme sur ce qui marchait pour EUX en se foutant de savoir si ça en écrase d'autres) à l'égard de ceux qui ne sont pas d'accord avec eux, sans égard pour leurs doléances et problèmes. Mais eux ont un accès privilégié aux médias et au ton général du récit. Le résultat est une profonde division et un dialogue de sourds. Et c'est parti. Alors, on RE-parie, ou pas?
  13. Un schéma habituel chez les conservateurs.... Dont beaucoup doivent maintenant se mordre les doigts. Mais outre ce que tu décris, soulignons encore le problème d'avoir choisi un jour de semaine, un jour ouvrable, pour le vote; pas si facile que ça d'aller voter, pour beaucoup de monde, dans une Angleterre où les centre-villes sont plus congestionnés qu'ailleurs, où les transports publics sont souvent limités et où les gens qui travaillent ou étudient doivent souvent couvrir des distances considérables en jonglant les changements (vu entre autres les prix particulièrement élevés de l'immobilier, beaucoup de monde vit très loin de son job). Ce n'est évidemment pas la donne pour tout le monde, mais ça l'est pour beaucoup, surtout dès qu'on sort de la région londonienne (et même dans l'agglomération, se déplacer est dur pour des pans importants de populations), si bien que le simple fait de placer le vote en semaine a du d'emblée exclure un fort pourcentage de gens du référendum.
  14. Un genre de violence à laquelle les USA ne sont pas habitués: il n'y avait pas d'armes à feu impliquées. Lors d'une manifestation (autorisée) devant le Capitole de Sacramento (capitale de la Californie) par le "Worker's Party", un groupe se déclarant nationaliste et en pleine campagne pour unifier divers mouvements compatibles (on pointe du doigt la présence de nombreux néonazis -ou "au moins" des "white nationalists"- dans ces organisations), des affrontements se sont déclenchés suite à l'arrivée d'une contre-manifestation (non autorisée), allant jusqu'à l'usage de matraques et de couteaux. 6 personnes (des deux camps) au moins ont été poignardées, 5 ayant été transportées à l'hôpital. La manifestation a continué après l'intervention de la police pour disperser les "combattants".
  15. Quand on parle si dur si tôt, c'est généralement que de la gueule.
  16. On REPREND les paris: les Britiches vont-ils obtenir un deuxième référendum, ou bien un statut spécial qui arrange beaucoup de monde chez les gens bien placés en Europe? Dans le contexte actuel où le Parlement décide de retarder autant que possible le déclenchement de l'article 50, où la première Ecossaise (après la reine bien sûr) manoeuvre pour bloquer la décision, et où les décideurs européens sont les bureaucrates méprisants et déconnectés que l'on connaît désormais si bien, croyez-vous qu'un aménagement de facto ou de jure pour le statu quo soit si improbable? Les pétitionnaires pour un nouveau référendum sont bien plus aptes et volontaires pour se mobilier, se concentrer (nettement plus urbains et jeunes, et avec de meilleurs accès à du financement si besoin est) et servir d'idiots utiles aux groupements d'intérêts qui voudraient renverser la décision des urnes, et les médias font une part constante à la dite pétition, en en parlant tous les jours donc en l'implantant potentiellement dans le paysage, en même temps que les prédictions économiques catastrophistes se multiplient en dépit du bon sens (la fascination pour le court terme y joue sans doute une grande part) et qu'on ne trouve absolument aucune voix audible pour proposer une narration différente de l'espèce d'évangélisme de la pensée néolibéralo-internationaliste (ouaaah, je vais presque sonner comme un facho ou un altermondialiste, là.... Vite Robin, à la batcave pour trouver une autre formulation!) dont on trouve une resucée chez tous les commentateurs qui se donnent l'illusion de comprendre quelque chose.
  17. Si tu fais ça avec un mille feuille (le faire tourner sur un axe), tu vas foutre de la crème pâtissière et des miettes partout. Dans le cadre de la métaphore, interprète ça !
  18. 2 réponses possibles à cela: - si c'est ça qui est nécessaire.... On n'est pas dans la merde - avec l'insistance sur la parité des sexes dans le personnel politique ... Oups, il est tard, le macho intérieur voulait s'exprimer Disons quand même qu'une certaine conception du libre-échange (auquel on ajouterait vite un -isme s'il fallait être plus descriptif), bien plus représentée, puissante et unilatérale que l'intérêt des populations ou que toute autre approche là où les choses se décident, n'est pas exempte de tout reproche non plus: ta façon de formuler semble présenter non seulement les instances dirigeantes de l'UE, et plus gravement l'ensemble des élites élues et non élues (mais décisionnaires) comme une force neutre dans les grands choix économiques opérés depuis 30 ans, et ne fait pas assez de part à cet espace flou entre les directions nationales et l'UE, qui a offert un échappatoire aux dites directions nationales pour favoriser une certaine orientation économique et sociale sans avoir à en référer à leurs populations (rôle du conseil européen notamment) ou à en payer le prix politique ("c'est Bruxelles qui fait ça"). C'est infiniment plus que le seul processus de décision européen: il s'agit ici du moule dans lequel sont forgés les décisionnaires européens (par formation initiale ou adhésion ultérieure) et de l'écosystème dans lequel ils baignent. Qu'on le veuille ou non, il y a une élite européenne à mentalité sans cesse plus commune (et trop souvent intérêts communs) qui a, par l'édifice bureaucratique et décisionnel multi-échelons qui a été construit (dont le fonctionnement a peu voire pas de contrôle démocratique sérieux ou de responsabilisation politique), trouvé un moyen de parasiter la démocratie. La marge de manoeuvre des Etats (et donc la responsabilité qu'ils portent dans leurs problèmes) en a été sérieusement réduite depuis un bon moment maintenant, au point de les voir forcés de jouer sur un chemin très étroit où ils peuvent se débattre un peu, mais dont ils ne peuvent pas s'écarter à moins d'envisager un choix "à la britannique".
  19. Ce n'est pas souvent que je citerai la National Review, mais on va dire que cette fois est une exception. Un article intéressant, qui se repose notamment sur des descriptions édifiantes de la mentalité des eurocrates vue de l'intérieur, par Brigitte Granville, une économiste présente au coeur du processus européen depuis longtemps: http://www.nationalreview.com/article/437131/uk-referendum-brexit-vote-eu-elites-ignored-economic-concerns?utm_source=NR&utm_medium=Facebook&utm_campaign=June24Fund
  20. Oui, j'avais déjà mentionné ce fait plus haut dans le topic: les banques, mais plus généralement, tous les gens très riches de la place de NY -surtout dans le secteur immobilier- connaissent bien son cas et évitent de faire des affaires avec lui, sans pour autant le clamer sur les toits (comme quoi, il y a une omerta pour toutes les couches sociales). La différence est qu'aujourd'hui, tous les journalistes un peu consciencieux vont chercher ces gens pour obtenir confirmation, et transformer ce qui n'a été pendant longtemps qu'un secret de polichinelle local gardé au niveau de conversations privées, en information de consommation courante. Le problème principal est qu'on n'aura vraisemblablement pas de confirmation directe par ce genre d'individu, mais plutôt des "on dit que", des "c'est bien connu à NY", "tout le monde le sait".... Ce qui enlèvera beaucoup de force à cet argument pour la plupart des électeurs potentiels de Trump, et pour tous ceux qui le supportent déjà. Tout comme il est à peu près certain que la grande majorité des ricains se foutra complètement des conneries hallucinantes et de la démonstration de sa complète ineptitude aux lendemains du Brexit; tout au plus peut-on pointer du doigt sa bêtise flagrante d'avoir foiré l'occasion de passer pour quelque chose d'un peu sérieux et gâché cette offre médiatique gratuite et unique, d'avoir toutes les caméras du monde pointées sur lui parce qu'il était le candidat républicain présent en Gibi au moment où c'est arrivé. Non seulement n'a t-il aligné que des âneries et affiché son ignorance et son absence de compréhension de l'événement, mais en plus il a fallu qu'il passe pour un minable gagne-petit en passant l'essentiel du temps d'interview à décrire les suites de son golf.... Écourtant d'autant le temps d'intérêt que lui ont consacré les journalistes (du coup vite repartis) et gâchant l'un des seuls atouts qu'il avait eu jusqu'ici: l'attention médiatique gratuite. Occasion ratée -et ici une occasion "mondiale" de "faire présidentiel"-, alors même qu'elles deviennent plus rares, que Clinton prend beaucoup d'avance (en intentions de vote, en collecte de fond, en présence sur le terrain), qu'il est en déficit d'image, et plus encore, de temps d'attention positive, et que les médias ne lui passent plus désormais les choses aussi facilement.
  21. Plus que ça: faut pas oublier que "l'infrastructure", c'est beaucoup plus que les seuls transports physiques. Quand on parle d'un investissement public bas en Allemagne, ça inclue les hôpitaux, l'infrastructure électrique, les canalisations, l'idée d'une architecture nationale informatique (et les quelques travaux épars faits en ce sens, très insuffisants: j'avais vu quelques trucs sur le besoin en la matière, c'était édifiant).... Et l'un des plus grands problèmes, et de ceux qui ne se "voient" pas dans la discussion nationale même ci ça touche vraiment beaucoup de monde, c'est l'explosion de l'inégalité géographique: le déséquilibre des investissements, surtout quand les budgets dispo en général sont réduits, s'accroît encore plus, diminuant sans cesse les opportunités de développement et/ou de mobilité de larges pans de population, accroissant le coût de leur vie.... Encore une fois, quand c'est cumulé dans la longue durée, ça pèse lourdement. Et ça finit toujours par se voir politiquement, de façon plus ou moins incivile.
  22. Tiens, j'ai vu une carte du vote en Irlande du Nord: c'est loin d'être aussi unanime qu'en Ecosse: il y a une nette césure entre catholiques et protestants, entre les zones côtières et "l'intérieur", bref, entre loyalistes et "natives", pour caricaturer. J'avais pas fait attention initialement, prenant l'idée globale que l'Irlande du Nord avait voté "massivement" pour le "remain", mais à 56-44, c'est pas si univoque, surtout avec un découpage si net entre les deux communautés, toujours aussi peu intégrées, et visiblement toujours d'accord sur pas grand chose: le vote a donc été fortement identitaire, plus que géographique.
  23. Ce manque d'investissement date de la réunification et il est resté une constante depuis: l'infrastructure allemande (le domaine ferroviaire est un des exemples les plus criants, malgré quelques projets "flagships" qui donnent l'idée du contraire) est assez problématique à cet égard. Plus globalement, public et privé confondus, on voit une surconcentration des investissements disponibles sur les quelques secteurs et zones qui "marchent" (comme dans un schéma de type colonial), aux dépends de tout le reste. En cumulé sur plus de 20 ans, ça commence à se voir et à poser des problèmes, à accroître les écarts existants (d'opportunités de développement, d'opportunités pour certaines populations....) dans des proportions significatives.
  24. Et je serais très d'accord, mais j'avoue pour ma part, et par un petit peu d'expérience dans le secteur (vu du public et vu du privé) avant de me mettre à mon compte, que bien réformer est coûteux, et que quand on parle de "réformes" depuis quelque années, voire décennies, en France comme en Allemagne, on parle surtout de tronçonner, et ensuite de maximiser la pub sur les quelques secteurs, activités et tranches de population qui en réchappent et prospèrent (ou continuent à vivre et travailler sans grand plus, mais on les présente comme d'étonnantes sucess-stories) tout en foutant une chape de silence sur tout ce qui a été dévasté, tout ce qui posera un problème plus grand à plus ou moins brève échéance, et surtout sur la dimension réelle de ces problèmes dans le fonctionnement du "capitalisme" (à plus forte tendance ploutocratique qu'auparavant) tel qu'il existe actuellement. Et de ces fausses réalités, on érige des "modèles. Le problème d'ensemble du chômage, du sous-emploi et de la non participation au marché du travail (voire plus globalement du "précariat") dans le monde développé l'illustre parfaitement: le maquillage des chiffres dans TOUS les pays développés sur cette réalité est à cet égard édifiant: ils sont essentiellement tous dans la même merde dans des proportions plus ou moins comparables (modulées par certaines circonstances nationales particulières: démographie, présence de certaines matières premières exportables....), mais le nient de bien des façons différentes. Bien réformer coûte cher dans un premier temps, et si par exemple je voyais un gouvernant proposer un plan de surdépense avec un début et une fin (de 3 à 5 ans pour l'essentiel, mettons, avec un reliquat pour certains trucs prenant plus de temps: temps de formation d'une masse critique de fonctionnaires, restructuration d'administrations et services, certaines constructions de bâtiments...), dédié à une réforme structurelle du fonctionnement de l'Etat, de la sphère publique et des systèmes de transferts sociaux, et que cette surdépense, ainsi conditionnée (dans le temps et par objectif) était acceptée par ou enfoncée dans la gueule des pays fiscalement moralisateurs comme l'Allemagne comme condition sine qua non, et bien ce gouvernant est le gars pour qui j'aurais plus de chances de voter, voire de militer aussi férocement que je peux. Or, les plans de "réformes" qu'on voit ne sont que de mauvais déguisements pour du cost-cutting violent, "à la shlag", pour obtenir un résultat comptable, pas un changement de fonctionnement, avec des dépenses fondamentales (genre défense, justice, infrastructures, éducation....) et des pans entiers de population comme variable d'ajustement.... Les mêmes pans de population qui tendent ainsi à "mal voter" quand vient l'occasion.
  25. Le pire étant que les circonstances particulières de ce référendum font que cela pourrait rester politiquement jouable de survivre pour le PM qui renierait cette "consultation" de la bonne façon, vu l'ensemble des éléments pouvant contrebalancer la donne dans des proportions suffisantes: le "buyer's remorse" de certains, l'inquiétude créée par la bourse, le brouhaha médiatique idéologiquement uniforme (sans pour autant qu'il soit intelligent ou juste) condamnant le Brexit, la moindre capacité des électeurs brexiteurs (plus ruraux/péri-urbains, moins éduqués, moins interconnectés, moins mobiles, plus dispersés dans le pays) à se réunir et se coordonner.... Je doute que cela puisse concrètement aller jusque là, mais dans notre époque post industrielle en passe de devenir post-démocratique, qui sait? Ceci dit, sur un autre plan, j'ai vu une brève sortie de Villeroy de Galhau sur le devenir de la City, et en filigrane, il laissait planer l'hypothèse d'un libre accès au marché unique pour la place de Londres.... Ce qui me fait craindre un maintien de fait des choses en l'état sur la planète finance, au mieux contre un écot plus ou moins conséquent, là où c'est LE point qui devrait être enfoncé dans le nombril britannique, et où cette concentration néfaste de trop de fric et de pouvoir d'influence devrait être amoindrie.
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