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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Au final, on se focalise sur le terrorisme, et en fait, sur le terrorisme islamique, mais encore aujourd'hui, toutes les agences américaines placent le risque de "homogrown terrorism" (avec ou sans des musulmans américains radicalisés) à un degré de risque bien plus élevé que le reste. Mais surtout, cette focalisation sur le terrorisme est une sorte d'arbre qui cache la forêt quand on en vient au décompte des morts, comme si depuis le 11 septembre, les gens tués par le terrorisme islamiste avaient un truc en plus qui les faisaient compter quintuple. La violence des gangs armés, personnellement, pourrait plus me terrifier si elle faisait partie de mon paysage quotidien: les mouvements idéologiques vont par "vagues": ils ont un ou plusieurs "hauts", et ils s'effacent. La violence armée criminelle, quand elle atteint une certaine échelle, tend à rester. Et ce qu'on voit des niveaux de violence des gangs centre-américains, dans et hors des USA, tant pour le type d'horreurs perpétrées que pour le bodycount ou, souvent, l'absence de discrimination ou même de dessein dans les tueries, me feraient penser qu'ils n'ont rien de moins terrifiant qu'ISIS. Rappelons que l'actuelle guerre au Mexique a fait plus de 100 000 morts et 1,5 million de déplacés (sans même compter ce qui arrive en même temps dans le reste de l'Amérique centrale, et qui y est éminemment connecté) en 9 ans, alors qu'il s'agit d'un Etat encore en place, qui fonctionne (et même fonctionne très fort, même si inégalement) économiquement, avec des forces armées importantes et qui tiennent. Rappelons aussi que les années Escobar en Colombie, c'étaient plus de 25 000 morts par an dans un pays d'alors 35 millions d'habitants qui avait le taux le plus élevé de morts violentes, devant les zones de conflits armés "traditionnels" ou de guerres civiles (devant l'Afghanistan, entre autres). Un autre facteur de différence entre les USA et nous, que je voulais mentionner avant (ça fait deux posts que j'oublie de le faire): l'ancienneté de l'immigration musulmane. Aux US, ils en sont encore essentiellement aux premières et deuxième générations. Et nous savons d'expérience que c'est plus dans les 3ème et 4ème que les phénomènes de "mal intégration" décrits plus haut (et qui peuvent mener à la radicalisation violente) tendent à survenir plus fréquemment. Donc le problème ne fait peut-être encore que couver aux USA. Enfin, autre particularité à souligner pour les musulmans américains: la forte proportion de chiites par rapport aux sunnites. Rappelons que les USA furent la principale zone de refuge des iraniens fuyant le régime des Ayatollahs à partir de 79; de ce fait, la population perso-américaine est importante, quelque part autour d'1 million (les estimations vont de 500 000 environs à 2 millions suivant les critères d'origines), ramenant les sunnites, particulièrement arabes, à la portion congrue. Voilà, ces deux facteurs que j'ai oublié de façon répétée dans mes derniers posts.... Sont en fait les plus significatifs pour le cas des musulmans américains. Comme quoi....
  2. J'aurais du préciser un point de plus: je spécifie que les musulmans aux USA sont beaucoup plus triés, et en général, de CSP plus élevée (en moyenne).... Et qui plus est plus "dilués" dans un environnement où ils sont beaucoup plus minoritaires, soit en tant qu'individus, soit en tant que communautés. Ce qui en fait plus une petite minorité immigrée parmi d'autres. En France, une forte proportion de nos exclus sont aussi des musulmans, "culturels" ou pratiquants. Aux USA, musulmans et exclus sont deux choses en grande partie différentes, ce qui fait que l'exutoire de la violence (de gang ou idéologique/religieuse) n'aura proportionnellement plus de prise chez eux que pour les profils de gens "normaux" bien intégrés (quelle que soit la CSP) qui, pour une raison ou une autre, seront radicalisés (comme jadis certains enfants de nos classes moyennes se voulaient révolutionnaires), soit plus des histoires purement individuelles que des tendances statistiquement significatives. Comme chez nous, mais avec l'addendum chez nous qu'il y a plus de musulmans, que nous sommes plus près et plus "connectés" aux zones de conflits musulmanes -comme les ricains sont plus "connectés" et proches des zones de narco-conflits-, et que chez nous, le vivier des exclus/peu ou mal intégrés est plus vaste du fait d'une plus grande prolétarisation de ce réservoir d'immigration. L'immigration musulmane aux USA n'est pas une immigration de masse (contrairement aux Italiens, Irlandais, juifs ou hispaniques: fort volet de prolétarisation au moins au début, haut niveau de violence et de crime organisé.... Le tout à une époque plus propice à la croissance économique), mais plus une migration d'élites et de réfugiés en moyenne. En revanche, on trouve au final un niveau de violence plus élevé, avec des exutoires différents (grande criminalité, milices : comme je l'ai dit, c'est pas vraiment ce que les ricains font, c'est qui ils ont. Les problèmes qu'ils n'ont pas, ou moins, avec leurs musulmans, ils les ont en bien plus grand et plus poussés avec leurs noirs, blancs (en grande partie très pauvres et/ou exclus) "idéologisés" (néonazis, miliciens de tous types; religieux, anti-gouvernement, séparatistes....) et hispaniques, par exemple. Et aux racines, tu trouveras beaucoup des mêmes facteurs fondamentaux (intérieurs et extérieurs à ces groupes) en commun qui tendent à créer les terraux nécessaires à de tels phénomènes: communautarisation, exclusion sociale et/ou économique, discriminations, abandon par l'Etat (moindre accès aux services et infrastructures, insécurité)..... Sur ces terreaux, une idéologie peut semer ses graines, ou, plus largement, une "proposition" de vie, d'accomplissement, d'image et d'appartenance, qui inclue généralement la violence et/ou une forme de radicalité et de comportement extrême (tous n'ont pas des profils meurtriers: l'exutoire peut aussi être se retrancher dans une communauté paumée et n'en venir au meurtre que si on vient les chercher): gangs, terrorisme, milices autonomistes/séparatistes, militantisme politique radical, version extrême d'une religion (islam, christianisme, mais aussi toute une variété de sectes)....
  3. Problème de Cruz parmi d'autres; il n'est pas si establishment-compatible côté économie. il est l'homme du "government shutdown", celui qui était prêt à tout foutre en l'air pour être écouté et éviter tout compromis (il est à fond dans cette veine du GOP qui anathémise le compromis politique), ce qui l'a rendu radioactif côté classes moyennes conservatrices orientées establishment, et complètement tricard pour Wall Street, avec ce personnage de radical-populiste tendance ultra-religieux qu'il s'est créé, aidé par son père qui est un prêcheur qu'on pourrait qualifier de fondamentaliste. pas plus tard qu'il y a 2 semaines, il était filmé en train de recevoir le soutien d'un autre prêcheur extrêmement populaire dans certaines parties de l'opinion américaine, qui, avec Cruz dans l'audience, décrétait que le meurtre de tous les homosexuels qui ne se repentaient pas de leur "mode de vie" était une chose légitime et qu'un "bon" gouvernement devait faire..... Le bloc "middle class conservatives", dans toute sa variété (dont une partie est pro avortement, une autre pro-mariage gay), réagira brutalement à ce genre de positions, au point d'en faire une question bloquant leur vote, à la primaire et, plus sûrement, à la générale. Par ailleurs, et c'est un des problèmes pour la plupart des républicains sauf Trump, personne chez eux n'est venu avec une autre proposition sur le système d'assurance santé: ils savent juste qu'ils sont anti-Obamacare, qu'ils veulent l'anéantir, et les seules réelles propositions d'alternative qui ont été évoquées n'ont pas eu beaucoup de pub parce qu'elles impliquent de privatiser Medicare..... Celui qui le dira ouvertement devant un micro perdra la plupart des retraités blancs (bye bye Floride et vieux sud en général) et une bonne partie des classes populaires, surtout du Vieux Sud et du Midwest, où Medicare est sacré (avec cet étrange tour de passe passe psychologique qui fait que cet électorat refusera de penser que Medicare est un système social public -brrrr, anathème!). C'est l'un des plus lourd handicaps des Républicains.... Et Cruz est celui qui a le plus gueulé contre Obamacare, en termes religieux/apocalyptiques, tout en parlant peu de contre-propositions (surtout crédibles). Et s'il est un domaine où l'électorat républicain populaire et/ou âgé ne veut pas entendre parler de solutions issues du privé, c'est celui-là. Trump n'a pas ce problème, parce qu'il a réussi à créer sa bulle d'irréalité et de culte de la personnalité où personne ne va fact-checker ce qu'il dit, et où il peut se contenter de décréter que Obamacare est nul et qu'il le démolira, pour le remplacer par "quelque chose de si génial que Dieu descendra sur terre pour le féliciter" (j'exagère? Allez écouter les discours du Donald). Quand au vote minoritaire pour Cruz.... Certes, Trump est désormais à coup sûr particulièrement odieux pour les hispaniques et musulmans, ainsi que pour les noirs, mais Cruz n'est pas plus compatible avec eux, et serait même handicapé chez eux par rapport à la "moyenne" républicaine déjà pas fabuleuse. Seuls Rubio et Bush émergeaient un petit peu (par rapport aux autres républicains, rien de plus) dans ces électorats, même si très loin derrière tout démocrate. Et Cruz, comme tout candidat orienté religieux, est encore plus handicapé avec les femmes que la moyenne républicaine, déjà bien structurellement à la ramasse avec "the womenfolk".
  4. Quel est ton critère? Au final, c'est assez problématique de catégoriser la chose. Même les pages wiki sont à cet égard d'une grande variété, si on parle de ces "rampage killers" en général: - on a les "rampage killings" sans spécificité, soit le cas d'une personne déboulant dans un espace public et usant d'une arme mortelle en un seul événement (sur ce critère, si le gars peut s'en aller et recommencer ailleurs, cet autre événement sera comptabilisé séparément). Cette catégorie exclue les "school shootings", les tueries sur le lieu de travail (sous entendu "de la personne commettant l'acte"), les crimes de haine (cad raciaux, religieux.... A motivation idéologique, quoi), les tueries dans l'environnement domestique, et les tueries à motif criminel où le meurtre n'est pas le premier motif (donc dans cette catégorie "rampage", on compte les exécutions criminelles, où le meurtre est l'objectif premier) . Rien qu'en gardant "seulement" ceux qui ont fait (au choix) au moins 6 morts, 4 morts plus un nombre de blessés à deux chiffres, ou 12 victimes (morts et blessés confondus), on en compte 7 depuis 2010. Si on élargit pour prendre toutes celles qui font au moins un mort (sans compter les "foirées", où il n'y a que des blessés, ou bien ou le tueur rate complètement son coup), le décompte est proprement astronomique. Et il y a un point à souligner que même si le nombre de victimes n'est pas une chose indifférente, évidemment, la seule occurrence fréquente de ce genre d'événement a, comme le terrorisme, son principal effet dans le registre psychologique et du sentiment d'insécurité (qui rend parano, pourrit le débat public....). - les "school massacres" (maternelles, écoles et universités); cette catégorie exclue les cas où c'est un professeur ou employé de l'établissement qui est le tueur (ils sont comptabilisés dans les "tueries sur le lieu de travail"). Avec les mêmes critères de bodycount que précédemment, on en a 4 depuis 2010, et un nombre bien plus important si on compte toutes les occurrences avec un nombre indifférent de victimes - tueries sur le lieu de travail: une seule depuis 2010 avec les critères utilisés précédemment (plus deux arrivant sur des bases militaires, catégorie comptée à part), un très grand nombre si on compte à la première victime. - crimes de haine: 2 depuis 2010 en gardant les critères évoqués. Un très grand nombre, si on les écarte, mais la catégorie est souvent plus dur à définir: de tels crimes n'ont pas si souvent les apparences de motifs raciaux/religieux (sauf dans certains cas très "théâtraux"), et sont parfois difficiles à séparer de la catégorie "terrorisme" Les "mass shootings" en général font référence aux cas faisant au moins 4 morts en une fois, et procédant spécifiquement par arme à feu: c'est le chiffre le plus souvent utilisé dans les médias US. A ce titre, les USA représentent 31% des cas de "mass shootings" dans le monde. Le chiffre de 355 que j'ai évoqué relève d'une comptabilité plus large et, à mon avis, plus pertinente, qui comptabilise tous les événements de ce type faisant au moins 4 victimes, morts ou blessés, en une fois. Placer une barre fondée uniquement sur le nombre de victimes ne révèle qu'une chose: ce que le tueur a réussi à faire dans le temps imparti, ce qui dépend essentiellement des circonstances (préparation, situation sur place, hasard....). Prendre en compte tous les événements permet de faire abstraction des contingences et de plus souligner la gravité du problème, à savoir que ce type de manifestation est fréquent, fait courir un niveau de risque plus élevé que ce qu'on croit si on ne regarde que les événements faisant un nombre donné de morts ou plus (d'autant plus vrai dans un pays développé avec des services de sécurité et de santé développés: beaucoup plus de blessés sont sauvés, beaucoup de tels événements trouve plus vite une opposition armée et qualifiée), mais aussi que, comme le terrorisme, ce genre de choses est devenu un exutoire possible connu pour un tas de déséquilibrés/mécontents, précisément parce qu'elles sont désormais une partie du paysage "normal" de la société US (phénomène d'émulation, voire d'attraction). le point est que c'est bien une catégorie à part aux USA, par ses motifs et raisons comme par ses effets (sur la société, sur les survivants et leurs proches), avec ses spécificités à prendre en compte. Evidemment, ce n'est pas l'alpha et l'omega de la question des armes à feu ou de la violence par arme à feu aux USA, qui est autour de 12 000 morts (dont plus de 11 000 homicides certifiés) par armes à feu hors suicides -autour de 21 000-, plus 84 000 blessés, sans compter les traumas non physiques que Dieu seul doit pouvoir compter. Le tout sans compter les morts par les armes à feu de la police (beaucoup plus d'un millier par an, mais le compte est difficile à tenir: beaucoup de politique locale et nationale sur ces registres, et ce qui est comptabilisé), qui semblent aussi être un problème aux USA (à titre d'exemple, la ville de Chicago a du lâcher autour de 500 millions de dollars cette année en dédommagements aux familles de victimes pas ou peu justifiées de la police). Ensuite, pour les "gens d'origine musulmane" (une expression étrange, mais j'imagine utilisée par défaut) en France sont plutôt comptabilisés autour de 8%, il me semble, et encore cela ne reflète t-il pas grand chose: toute personne venant d'un pays où la majorité est musulmane y entre, ce qui fait par exemple que tous les Libanais de France (et tous les chrétiens d'orient en général) y sont intégrés. De même, cela ne reflète pas le niveau de pratique qui est, de ce qu'on sait, comparable à celui des catholiques (variable suivant les générations d'immigration), et tendant à s'aligner dessus. Qu'est-ce que les Américains feraient mieux que nous? Intégrer les musulmans/personnes venant de pays à majorité musulmane? Ils tendent plus à trier fortement, comme pour toute leur immigration, même si les critères sont avant tout les qualifications ou le statut de réfugié. Leur processus de triage et d'examen (en rediscussion chaude au Congrès face à la crise migratoire syrienne) est un truc hallucinant qui prend plus de 2 ans. Mais en quoi feraient-ils mieux en général? A l'arrivée, ils ont une violence armée (et surtout de violence faisant des morts) et un niveau d'insécurité à cet égard qui est complètement hors de proportion avec le nôtre. Même sur le seul plan des "hate crimes". Le nombre de musulmans français (convertis ou "d'origine") qui va jouer au jihad reste quelque chose de complètement anecdotique au regard des populations concernées, statistiquement négligeable (il y en a infiniment plus qui sont allés donner leur sang et/ou se recueillir le 14 novembre, que d'abrutis partis en Syrie en 4 ans de conflit) au point d'être difficile à catégoriser. Au final, ce que les ricains n'ont pas en jihadistes "homegrown", ils le retrouvent en membres de gangs gigantesques (phénomène inconnu en France où c'est plutôt de niveau artisanal) et ultra-violents, en vastes et nombreux groupes de "milices" diverses: les peu ou pas intégrés de la société (en rupture programmée ou soudaine, pour des raisons économiques, sociales, psychologiques, personnelles, relationnelles, idéologiques....) ont d'autres exutoires que le jihad, et tout aussi violents. What goes around comes around.
  5. Faits inhabituel: - il y avait plus d'un tireur: dans toute l'histoire de ce type de "mass shooting", il n'y en aurait eu que deux (hors d'événements de nature criminelle) - une femme était l'un des tireurs (ils étaient mariés; la femme est saoudienne et fraîchement arrivée aux USA) Par ailleurs, ce "mass shooting" serait le 355ème événement de ce type ("mass shooting" étant défini par le fait qu'au moins 4 personnes sont tuées/blessées) CETTE ANNEE seulement.
  6. Et dans la polémique actuelle avec Poutine, ça ferait Gollum versus Dobby? Attention pour les geeks: les paris sont ouverts!
  7. Clair que les frontières sont pas encore assez étanches, mais ça progresse. Mais le point n'est pas d'empêcher qu'un camion de crème glacée ou ordis ne passe.... C'est d'empêcher qu'il y en ait 100 ou 200 par mois, parce que les besoins d'un territoire de cette taille sont grands, et qu'il est déjà très inégalement équipé à la base, et cet équipement, après plusieurs années de guerre (je ne présume même pas du niveau d'entretien ou d'obsolescence pré-2011, dans la partie syrienne, mais plus encore dans la partie irakienne déjà bien endommagée et ponctionnée à cette époque), est plutôt à la ramasse, avec, fait encore plus grave, bien trop peu de personnels qualfiiés pour le faire tourner, l'entretenir, le réparer (de là à le remplacer). La masse des besoins est proprement gigantesque, et il faut bien que ces choses transitent quelque part, ce qui représente BEAUCOUP de camions, et avec une grande fréquence (il y a du flux, mais pas à ce point là), et même s'il est de nature révolutionnaire, l'EI doit en plus payer ces trucs, donc faire sortir de l'argent, ce qu'il ne produit pas des masses, sauf via le pétrole (vendu "en solde" et dont les cours baissent, et qui est maintenant sérieusement ciblé), la vente d'antiquités (qui est par définition une ressource peu remplaçable.... Et pour l'instant encore le marché mondial n'a pas été innondé), et la ponction sur les territoires contrôlés et la "zone de raids" autour de ces territoires (une zone dépeuplée et qui n'a plus forcément grand chose à fournir après des années de guerre et de pillage). On parle pas d'une économie qui peut avoir un niveau normal d'échanges avec l'extérieur, mais qui a des besoins malgré tout. On peut faire venir un camion de glace pour les enfants des chouchoux du régime dans une localité, ça ne veut pas dire que la majorité des gamins du territoire de l'EI en verront même une un jour.
  8. Depuis le 17, peut-être, mais depuis le mois d'octobre, la montée de Cruz est nettement plus importante, et c'est pas dans le vivier des middle class conservatives qu'il tape. L'électorat actuel de Cruz, c'est une part sans cesse grandissante des communautés évangélistes organisées, et c'est dans l'Iowa que l'inversion de tendance entre Cruz et Carson a été la plus vible. C'est pas encore la grande dégringolade pour Carson (il n'est pas retombé dans le groupe des candidats à un chiffre), mais depuis ses gaffes sur la politique étrangère (visibles même pour les électeurs les plus mal informés) et les attentats du 13/11, il a pris un coup dans l'aile dans son électorat de référence, qui préfère maintenant le plus énergétique Cruz qui fait mieux semblant d'y connaître quelque chose et a montré qu'il prenait des positions à Washington où, autre avantage, il est un élu, donc avec un modicum d'expérience dans leur esprit. Le caractère WASP n'a plus l'importance qu'il a eu par le passé, sauf peut-être pour une partie des vieilles générations de l'establishment, surtout sur la côte est. Un catholique blanc, voire même hispanique (s'il dit les bons trucs et a le bon profil de carrière et les bons soutiens) passe sans problème et reçoit les financements, comme Rubio, le nouveau chouchou de l'establishment, le montre. Bush est, pour la note, sociologiquement un faux catholique: il est avant tout, aux yeux de ceux pour qui ça pourrait encore compter, "un des nôtres", héritage familial oblige (les Bush sont une vieille famille d'insiders). Catholique, aujourd'hui, ça roule pour 95% des élites "old money". Comme je l'ai expliqué plus haut, le facteur religieux est fondamental dans la primaire républicaine (et encore important pour l'élection générale), parce qu'il faut examiner la façon dont se décompose l'électorat républicain, et voir qui soutient qui: Trump, comme je l'ai dit, a le support du bloc de ce qu'on pourrait appeler les "nationalistes populo", la droite lepéniste version ricaine, quoi. Classe "ouvrière" et "lower class", qui peuvent être religieux mais sans que ça domine leur vote, qui écoutent les talk show ultraconservateurs, qui haïssent viscéralement Washington, le gouvernement fédéral et tout ce qu'ils apparentent à "l'élite". Pour schématiser, c'est l'Amérique des truckers et des trailer parks, une partie des temps partiel et des chômeurs (l'autre partie étant démocrate jusqu'à l'os). On va faire simple et dire qu'il y a là un tiers des électeurs républicains. Un autre tiers, c'est précisément l'électorat religieux et organisé sur cette base religieuse, particulièrement dans le sud et le midwest: c'est là que Cruz et Carson s'abreuvent, où Huckabee et Santorum avaient fait leur trou en 2011-2012 (ils essaient encore, mais ça ne marche plus). C'est l'Amérique des congrégations rurales et des megachurches, celle qui participe plus à la vie sociale de la ville, du comté, voire de l'Etat, celle qui a beaucoup d'organisations religieuses, civiques et politiques (y compris pour de l'activisme organisé permanent, pour les "States Right", contre l'avortement....) et aux school boards, qui a beaucoup de retraités et de familles nombreuses.... Le dernier tiers, ce sont les "middle class conservatives", qui ont plus en commun avec les religieux (participation aux school boards, famille....) mais s'en distinguent quand même nettement: plus d'urbains/péri-urbains, niveau d'éducation élevé, CSP+ (ou s'y identifiant), plus individualistes (avec notamment une plus grande présence du courant libertaire dans la jeunesse de cet électorat), plus penchés sur certains thèmes de droite que sur les valeurs religieuses (même si elles ne sont pas forcément absentes), comme la fiscalité, la direction économique (c'est là qu'on trouvera les gars de Wall Street et la partie très à droite de la Silicon Valley et de l'Orange County).... C'est aussi là qu'on trouvera une plus forte proportion de "modérés" (quoique ça veuille dire dans le GOP d'aujourd'hui), en tout cas de gens qui pourraient envisager d'accepter que les parlementaires des deux bords puissent faire des deals pour pouvoir passer des lois (ce qui est aujourd'hui un sacrilège dans les deux autres blocs électoraux du GOP). Bref, c'est pas de ce tiers là que le Tea Party a émergé. Ca, c'est le bloc qui soutient l'establishment du parti républicain, les pro-Bush/Kasich/Rubio Et le problème du moment, c'est que ces 3 électorats se sont graduellement éloignés (pour de nombreuses raisons) au point d'avoir du mal aujourd'hui à pouvoir espérer se mettre d'accord sur un candidat, faisant courir le risque d'avoir un candidat républicain très faible, parce qu'il sera élu par défaut, avec peut-être 30-35% des votes, qui représenteraient un bloc homogène et peu compatible avec les autres qui, du coup, ne se mobiliseraient pas forcément des masses lors de l'élection générale, et un candidat forcément assez radical (on voit que même Romney le flip-flopper a du clarifier ou radicaliser beaucoup de ses positions pour arriver à être le candidat républicain), ce qui est aujourd'hui en décalage important et croissant dans l'opinion générale américaine.
  9. C'est pas vraiment "a contrario": l'article de Politico ne dit pas que l'EI n'est pas riche ou que sa bureaucratie ne fonctionne pas; il montre que ce niveau de prédation est néfaste pour l'activité économique du pays à moyen, voire assez court terme, qu'il dissuade cette activité, voire trucide toute volonté d'investissement/de développement par les acteurs économiques, et encourage les départs de façon continue. Qui plus est, il souligne que la nature de cette prédation a un effet sociétal important en favorisant ses "combattants" (au sens large, cad les soldats, mais aussi les profils qualifiés comme les informaticiens et experts médias menant la guerre informatique et la propagande) de façon outrancière, un phénomène bien connu dans toutes les dictatures, juntes et régimes autoritaires, et qui ne fait généralement qu'empirer rapidement dans le temps. Et un phénomène renforcé par le fait qu'une part importante (et semble t-il croissante) des dits combattants sont des étrangers. Enfin l'article souligne à quel point ce régime, sur le plan économique ou même de fonctionnement matériel basique, manque de personnes qualifiées dans tous les domaines vitaux (ingénieurs de toutes spécialités, professions médicales, techniciens....) et a zéro attractivité pour de telles personnes (sauf le petit pourcentage d'idéologisés qui peuvent venir, mais qui reste statistiquement négligeable), ce qui, combiné aux problèmes d'approvisionnements en produits finis et semi-finis vitaux pour les infrastructures et tout semblant de productions industrielles, pose un problème grave à court terme. Qu'il s'agisse d'extraction de pétrole, de réparation du parc roulant, d'entretien de l'infrastructure électrique (déjà très limitée) ou des réseaux de communication, d'acquisition et de réparation d'ordinateurs.... Un tel territoire a d'énormes besoins en permanence et ne peut réellement espérer fonctionner à la bricole à moins d'accepter de retourner littéralement au Moyen Age (pas qu'idéologiquement) pour l'essentiel de son fonctionnement (communications et transports lents, peu de commerce même entre zones d'habitations proches, pas d'électricité ou presque, adduction d'eau limitée, faible capacité à acheminer la bouffe sur le territoire....). Qu'ils gèrent correctement ce qu'ils ont dans l'état où c'est aujourd'hui n'est, dans ce cadre, qu'un pis aller: juste une bonne utilisation des ressources existantes dans le temps très court. Et même ça a tendance à peu durer dans des régimes de ce type, qui consacrent une "élite dirigeante" de fait qui devient rapidement une caste, souvent très gourmande/exigeante (ils ont les armes et sont nécessaires dans l'urgence de la guerre). Aussi rigoureux qu'ils puissent être sur la gestion, ça ne veut pas dire que cette gestion repose sur des postulats, choix, et réalités économiques viables dans le temps. Donc non, je ne vois pas de contradiction entre les deux articles.
  10. Bien sûr que si, on peut, dans les médias.... Parce que le faire n'engage à rien, et ne vous revient même pas dans la gueule si vous savez présenter la chose.
  11. L'article que je signalais plus haut (entre autres) allait justement dans le sens d'une augmentation constante de la ponction "étatique", à la fois sous la contrainte de la faible efficacité économique du régime, et sous celle des actions "extérieures" (coalition, Kurdes et autres adversaires). Le renseignement dont on disposerait semble aujourd'hui plus que suffisant pour se faire un portrait relativement fiable des "tendances économiques" dans l'EI, ce dont le dit article se fait l'écho. Qui plus est, sur "l'impôt" prélevé par l'EI, l'un des points est que cette ponction ne serait pas une forme bien définie de prélèvement, mais un fait plutôt arbitraire, souvent violent, variable dans l'espace (selon le lieux, donc en partie selon la force -et le chef- qui prélève localement: rappelons que l'EI n'est pas une structure unitaire, mais un rassemblement de multiples forces avec un élément central dominant) comme dans le temps: la tendance est à la hausse, mais, à échelle plus rapprochée, cette ponction a un fort côté de "on prend tout ce qu'on peut quand on le peut". En partie vrai, et c'est l'un des aspects le plus à travailler pour la coalition; avoir quelque chose à proposer entre l'EI et l'anarchie, qui soit acceptable pour les sunnites locaux. Cependant, faut pas exagérer ce tableau non plus, parce que "la loi et l'ordre" qu'ils imposent seraient aussi assez mal vécus par les sunnites mêmes (dans quelles proportions, c'est évidemment plus dur à établir) de ce qu'on peut entendre et de ce qui peut passer vers l'extérieur (notamment le "citizen reporting" des zones contrôlées). Ce fait s'ajoute au problème de ressources, il n'existe pas en parallèle, vu qu'il débouche sur, dira t-on pour simplifier, une certaine quantité de mécontentement, une jauge de loyauté/soutien pas forcément si haute. Surtout dans la société à plusieurs vitesses qui semble être la donne majeure de ce proto-Etat (statuts socio-religieux et professionnels déterminant la part du petit gâteau qu'on reçoit, avec un arbitre unique pour en décider, sans recours). Le meilleur indicateur reste cependant l'émigration et la faible attractivité, surtout dès qu'on regarde les profils un peu plus qualifiés: les gens avec compétences partent et viennent peu, les seuls afflux étant essentiellement des abrutis plus ou moins idéologisés (détestés par les locaux qui plus est, parce que ce sont eux les privilégiés et fouteurs de merde), et dans l'ensemble, la zone perd continuellement des habitants. On évoquait il y a pas longtemps que le territoire daéchien représentait héoriquement autour de 8 millions d'habitants (chiffres pré-guerre civile en Syrie, pour la partie syrienne), les renseignements dont on dispose indiqueraient plutôt quelque part autour de la moitié aujourd'hui, 5 millions au maximum, avec une tendance à la diminution continue pour cause de départs, ce qui serait corroboré par la recrudescence de politiques très dures de l'EI contre cette "émigration", allant jusqu'à des exécutions nombreuses (et j'imagine, mises en exergue "pour l'exemple"). Comme l'aurait dit Kennedy: "nous ne sommes pas parfaits, mais nous n'avons pas besoin de bâtir un mur à nos frontières pour empêcher les gens de partir". Le seul vote qu'il y a dans l'EI, c'est celui des pieds. Et comme tout scrutin, il est révélateur. Dans l'absolu, je serais d'accord, mais ce genre d'analyse dépend aussi d'une multitude de facteurs dont les interactions sont complexes, si bien que présenter la chose comme une science exacte à base de postulats trop génériques me semble quand même plus hasardeux; même une gouvernance à base de répression modulée a effectivement son intelligence de situation, mais peut parfaitement aller trop loin sans qu'on puisse nécessairement qualifier ses patrons d'imbéciles. C'est pas comme si c'était si facile de savoir jusqu'où on peut ne pas aller trop loin. Tout comme la chose, et la façon dont on la vit, varie de région en région, de ville en ville, de tribu en tribu, rendant la réalité nettement plus bordélique et moins encline à fonctionner aux postulats trop imprécis (même s'ils sont vrais dans l'absolu). En zone irakienne, par exemple, on constate, souvent quand les communautés sont plus imbriquées ou proches évidemment, des échanges qui peuvent continuer malgré une ligne de partage territoriale qui les divisent. De fait, ces groupes sont plus enclins à voir les différences et à être moins sensibles à la propagande de l'un ou l'autre, à voir plus d'opportunités, sont plus susceptibles de négocier avec une coalition qui pourrait essayer de leur proposer quelque chose de viable (ne serait-ce que des solutions d'approvisonnement et un modicum de protection). Séparer une force combattante de la population a déjà été fait, plus précisément séparer une force combattante d'une partie de sa population (ou de plusieurs parties, graduellement), entre autres par des moyens économiques, a déjà été fait. Evidemment, et j'imagine que de toute façon on tombera d'accord dessus, cela suppose une stratégie (qui suppose d'offrir une alternative acceptable et crédible) et les moyens qui vont avec: le faire a minima et/ou mal est de toute façon voué à l'échec. De même que malgré toute l'intelligence que peut déployer un gouvernant comme l'EI, il peut n'avoir pas toujours l'option d'être suffisamment intelligent, simplement par contraction des ressources (matérielles et autres) disponibles, et par les contraintes imposées par sa logique propre: son idéologie, la nature de ses membres -à forte composante d'idéologues brutaux, dont beaucoup d'étrangers-, les inégalités et ponctions dont il a besoin pour garder sa machine de guerre en ordre de marche, ses besoins minimaux en tant que structure de pouvoir (la "structure centrale" de l'EI doit garder sa prééminence sur ses autres composantes) et structure de gouvernement (il y a des effets de seuil dans la capacité à assurer le minimum requis pour une zone et une population données).
  12. Peut-être, effectivement/ plus largement, je trouve que ça concorderait avec ce qui semble transparaître de l'état de "l'opinion" en général dans l'EI, où les combattants (ainsi que d'autres professions à haute valeur ajoutée), et plus encore, les combattants étrangers, reçoivent un traitement préférentiel, ce qui, dans un contexte de ressources peu abondantes, veut dire qu'ils reçoivent quelque chose, là où le reste ne reçoit rien ou presque (sauf le système d'alimentation, entièrement contrôlé par l'EI qui centralise les récoltes et distribue), et se fait lourdement ponctionner. Si cette évolution de la propagande est révélatrice d'une tendance lourde, elle peut assi aller de pair avec la mobilisation plus ou moins générale qui semble demandée à Raqqa et dans d'autres lieux: on exige et glorifie le sacrifice, ce qui serait le langage politique local, la version extrême de quand nos politiques essaient de nous expliquer que "moins, c'est en fait plus". Avec leurs idéologues fanatisés, ça marche, avec la majorité des populations sunnites sous leur contrôle, ralliées par peur des Bachariens et Chiites, par la force ainsi que par absence d'alternative crédible, ça doit passer un peu moins bien. Un régime qui repose autant sur la confiscation permanente et croissante, sur son sol et dans une surface de raids autour de ses frontières, n'a déjà pas, malgré ses ressources intrinsèques, un avenir très long: si on lui limite l'accès à sa zone de pillage, et qu'on ampute sa capacité à produire et échanger du pétrole, la partie extortion, limitée essentiellement à son propre sol, risque de devenir insupportable à très court terme, ne serait-ce que par épuisement de ce qu'il y a à prendre sur l'habitant.
  13. Petites nouvelles de la campagne, pas sans rapport avec ce qui précède: NBC a réussi à cumuler assez de données pour sortir des chiffres assez réalistes sur l'état des dépenses de publicité des candidats aux primaires présidentielles au jour d'aujourd'hui (ce sont vraiment des chiffres durs à établir, surtout à ce stade). Et le résultat est spectaculaire..... Pour une des personnes concernées. Ces chiffres, donc, ne concernent QUE les dépenses en achat d'espace publicitaire à la télé (pas clair si ça concerne aussi les médias vidéos en ligne, qu'ils soient ou non liés à un network): - Rubio: 10,6 millions (dont plus de 90% venant de son SuperPac) - Clinton: 9,7 millions (95% viennent de sa campagne) - Kasich: 8 millions (quasi totalité vient de son SuperPac) - Christie: 6,4 millions (totalité vient du SuperPac) - Sanders: 4,9 millions (totalité vient de sa campagne) - Carson: 2 millions (viennent essentiellement de sa campagne) - Paul: 0,87 millions (SuperPac) - Cruz: 0,67 millions (campagne) - Trump: 0,22 millions (campagne) En manquerait-il un? Oui, le BigMac lui-même.... Jeb Bush. Avec son "petit" score de....................... 28,9 millions de dollars dépensés en pub télé! Plus que les 3 autres plus dépensiers pris ensembles. Serait-ce aussi choquant si cela n'avait pas aussi peu produit? Aujourd'hui, Bush est encore sur la pente descendante, avec un score tournant autour des 5% d'intentions de vote les bons jours, et, comme je l'avais indiqué dans mon dernier post sur les campagnes et leurs financements, il a désormais du mal à lever des fonds, à trouver de nouveaux soutiens (surtout financiers) et à même continuer à taper dans le portefeuille de ceux qui l'ont soutenu et font partie du "réseau Bush". La stratégie de Jeb Bush avait initialement été de compter sur son nom de famille (et les réseaux qui vont avec, tout comme un "capital confiance", une crédibilité dans la planète conservatrice et l'opinion en général), son bilan comme gouverneur, et un assaut massif de cash pour donner une impression quasi subliminale d'inévitabilité (quelque part déjà jouer une campagne de second tour) au point de passer la primaire sans y penser. Oups! Pas marché. D'un côté, c'est assez rassurant parce que ça relativise un peu le poids de l'argent et des pubs télés (ce dernier point, on le savait) dans le fonctionnement des élections: l'association argent massif et pub n'a pas un rapport automatique et directement proportionnel à la victoire. De l'autre, faut pas non plus trop exagérer cette conclusion: l'argent pèse lourd, et la présence médiatique est tout aussi fondamentale, et avec elle le concept plus large d'image, de "public standing", voire de "marque établie". Trump le prouve, lui qui est arrivé avec un capital énorme en la matière et continue à le faire fructifier sans avoir à dépenser un liard pour la chose. Par ailleurs, il faut souligner un truc sur Jeb Bush: c'est un exécrable candidat, avec un charisme d'huïtre périmée, un tempérament impatient, un personnage public qui passe mal, une grande maladresse face aux médias et aux événements non scriptés, et, somme toute, des caractéristiques générales de candidat qui font que son nom de famille devient largement plus un handicap qu'un avantage. Par ailleurs, il y a l'état du GOP à prendre en compte: polarisé, divisé, extrême, en colère.... Tout ce qu'on veut. Avec, pour résumer, une base qui, au moins en partie, refuse l'establishment et tout ce qui en émane, au point de l'hostilité la plus complète (et aucun candidat n'est plus establishment que Bush). Schématiquement, cette base peut se résumer en trois blocs: la base "populo nationaliste", la base religieuse dure/évangéliste, et la "middle class" conservatrice. La première est disproportionnellement acquise à Trump, la deuxième roulait plus pour Carson et s'est maintenant réaiguillée vers Cruz (avec des restes pour Huckabee et quelques autres), et la 3ème (la plus encline à pencher vers une mesure de "vote utile") est complètement divisée (entre Bush, Kasich et Rubio surtout). De fait, ce qu'on voit est que ces 3 bases ne sont plus unifiées par la structure de parti traditionnelle, où la convention nationale pouvait au final rassembler son monde via une mainmise sur les cordons de la bourse et un impact plus grand sur la capacité de levée de fonds. Le rapport de force interne s'est inversé, tant via Citizens United et d'autres évolutions du même type, que via les changements politiques et sociétaux dans les Etats (surtout conservateurs). De fait, les SuperPacs (surtout certains d'entre eux) sont des quasi partis, reposant parfois sur des candidats particuliers, parfois plus sur des blocs électoraux. Voit-on revenir, sous une autre forme, le temps des "political machines" et des "bosses" (particulièrement développé pendant le "Guilded Age"), combattu jusqu'aux années 60? Quoiqu'il en soit, cette évolution profite pour l'instant aux extrêmes du parti républicain, menaçant gravement son succès au prochain cycle électoral, surtout pour la présidence et le Sénat (élections "nationales", pour les USA et pour chaque Etat), sinon pour la Chambre (élections locales, tenues par le système de scrutin et la définition des circonscriptions). Autre remarque: l'argent compte beaucoup, mais il ne change pas le plomb en or non plus. La candidature Bush permet de développer un adage américain: on peut mettre du sucre sur une merde, on peut même appeler le tout un bonbon, mais ça ne veut pas dire que quelqu'un va accepter de l'avaler.
  14. Un article intéressant dans Politico, qui rejoint des impressions déjà évoquées sur l'avenir de Daesh suivant la façon dont on le regarde: une mouvance terroriste extrêmement riche qui tient un territoire servant de base arrière, ou un proto-Etat fragile qui sponsorise des mouvances terroristes? Dans le premier cas, la stratégie de containment semble d'intérêt limité, vu qu'elle ne risque pas d'enrayer la capacité (qui reste à déterminer) de la mouvance à sponsoriser/encourager des attaques terroristes, limitant drastiquement, au mieux, sa capacité à accueillir, former et dispatcher du monde. Si c'est la seconde option, alors il faut moins se prendre au jeu de la propagande daéchienne, et regarder les fondamentaux: Daesh est un proto-Etat dramatiquement pauvre essayant de mener une guerre sur 3 fronts, incapable de remplir ses obligations d'Etat, incapable de financer ce qu'un Etat doit financer (même a minima), et qui voit/verra ses sources de revenus s'effondrer (le pétrole -ciblé-, les antiquités -une source limitée dans le temps et les débouchés- et les impôts -il semble que l'Etat daéchien surtaxe sa population de façon croissante et non soutenable, faisant fuir du monde), parce que son système socio-économique n'est pas tenable dans le temps (et même un temps assez court), aussi relativement autosuffisante (sur les basiques) que soit sa zone de contrôle (8-10 millions d'habitants initialement -en fait moins-, des zones agricoles, de la production électrique, du pétrole....). Essentiellement, Daesh aurait selon eux tous les ingrédients d'un Etat failli à brève échéance. Ca ne remet pas en question la menace terroriste elle-même sur nos sociétés, tant la menace qui se revendique/revendiquera de Daesh (système de la franchise de fait, devenu une habitude), ni ne résoudra rien à la situation de la zone concernée étant donné la spécificité de ces zones sunnites hostiles au pouvoir de Damas comme à celui de Bagdad, mais l'auto-effondrement évoqué de l'entité proto-étatique Daesh (aidé par l'extérieur) est analysée comme une inévitabilité. L'article est écrit par un expert de l'économie du terrorisme et un spécialiste de la géopolitique des conflits: http://www.politico.eu/article/why-isil-will-fail-terroism-us-propaganda/ L'analyse pourra être contesté -et je n'imagine même pas la différence de vue qu'il peut y avoir dans la guéguerre permanente entre Strategic Studies et Security Studies, la version universitaire de Kalash vs M16- mais je trouve salutaire d'avoir un tel résumé faisant la part de ce qu'on sait et de ce qu'on ne sait pas sur Daesh en tant qu'Etat, que structure de gestion d'un territoire.... Et que bureaucratie (parce qu'il y en a une). On en sait maintenant pas mal, mais outre l'effet de la propagande daéchienne dans laquelle pas mal de médias et politiques donnent quand ça les arrange et/ou quand ça les fait chier de s'informer suffisamment, on nage dans trop d'approximations et de vues partielles, mais le fait est que la masse de renseignements (qui plus est assez actualisés) sur les fondamentaux de l'entité territoriale; sociale et économique qu'est Daesh, est désormais considérable, et permet de faire quelques projections plausibles. J'apprécie particulièrement le passage sur la réalité démographique de la zone et l'impact de la "gouvernance" daéchienne sur le "capital humain" et le "comportement économique" des populations: brain drain qui s'ajoute au manque de gens qualifiés, inégalités de statut entre combattants étrangers et populations locales (combattants compris), émigration, dissuasion de tout investissement (qu'il s'agisse de petit commerce ou de plantation de nouveaux semis), mauvaises réactions à l'absence de droits et à des lois et taxes qui changent sans arrêt (orientés vers l'extortion au profit des idéologues et "insiders"), pas d'éducation, aucune forme d'assurance (même, à minima, celle de la sécurité -y compris face à la structure de gouvernance- et d'un environnement stable).... La conclusion me semble un peu optimiste cependant, même si pas dénuée de sens: laisser "l'Etat-Daesh" s'effondrer de lui-même serait la meilleure arme du moment contre l'idéologie jihadiste puisque, comme pour le communisme, ce serait une grande démonstration de la nullité de l'islam radical en tant que proposition d'un "contre modèle". Etant donné qu'on parle là d'une idéologie d'opposition qui se fonde en grande partie sur des critères religieux (on pourrait dire "non rationnels") répondant à d'autres questionnements que la gouvernance, je dirais que la portée d'un tel phénomène serait quand même limitée: la gouvernance comme projet n'est qu'une partie du tout très nébuleux, mouvant et divers dans ses causes qu'est le phénomène jhadiste. Serait-ce un coup dur pour l'image? Peut-être. Cela enrayerait-il l'attractivité ou la nécessité de la lutte sous cette bannière pour beaucoup? Plus contestable. Surtout quand on pense qu'en grande partie, les mouvances jihadistes visent plus à créer le chaos le plus vaste possible (propre d'une idéologie apocalyptique, par opposition aux visées plus rationnelles et politiques du communisme), dont elles sont sûres qu'elles émergeront renforcées et/ou gagnantes.
  15. Je trouve la baston très réussie, justement parce qu'elle n'est pas réussie , au sens où elle n'est pas "léchée" comme dans Daredevil: elle est brute de décoffrage, entre des gens qui ne sont pas des experts, à commencer par J Jones elle-même: elle a pas de formation particulière à la baston, elle a "juste" un super-pouvoir résidant dans sa force surhumaine.... Ce qui a du soit dit en passant mettre le besoin de cours du soir de self defense au rencard, et donner ce faisant au scénariste l'opportunité de NE PAS faire une énième série où le personnage -surtout une nana- va te sortir des arabesques artmartialiesques invraisemblables. Ne soyons pas naïfs, vu les moyens énormes mis en oeuvre et le passif de la même équipe de prod (Daredevil, où le combat est au contraire hyper léché parce que le scénar le justifie.... Et du coup a fait un réel effort en la matière par rapport au reste du paysage série/films), ce fait est un choix conscient de la production de Jessica Jones, et je trouve un très bon choix. Même Luke Cage, qui a plus de raisons d'avoir une expertise combat, se repose aussi sur ses aptitudes surhumaines plus que sur du savoir-faire, parce que sa situation ne justifie pas qu'il soit autre chose qu'un dur de quartier pourri qui a appris le strict nécessaire pour être au mieux un videur de boîte de nuit ou un bagarreur de rue/membre d'un gang.... Mais il est aussi "boosté" avec sa peau blindée et sa force. Assez pour justifier les effets spectaculaires qu'on voit, pas assez pour voir des exploits de moine shaolin ou des gestes de maître d'aikido ou de prof de krav maga. Et comme tu le dis, les combats ont moins d'importance dans ce récit; la violence sert essentiellement de "facilitateur" lors d'une enquête, ou d'échapatoire quand Jessica est acculée. Il n'y a pas réellement de situations où elle doit passer au travers d'une organisation ou d'un super adversaire, juste gagner du temps, survivre et/ou dégager un obstacle sur sa route vers Killgrave. Sur ses erreurs, je trouve justement que c'est l'un des points forts de la série; malgré des talents d'investigatrice et d'occasionnels éclairs de "génie" en la matière (comment elle va chercher l'info, comment elle la met en contexte et l'intérprète: Dieu merci, à AUCUN moment il n'y a de recours à des méga bases de données miracles, des trucs trop alambiqués..... Et autres clichés trop présents ailleurs; c'est "à l'ancienne" et "vu du sol"), on va dire que la donzelle..... A des problèmes. Et que ces problèmes lui pourrissent effectivement la vie à l'écran, lui faisant commettre des gaffes: ils sont pas juste pour qu'on la prenne en pitié via une narration mélodramatique et égotiste. Elle est colérique, emportée, soupe au lait, renfermée sur elle-même (elle tend à n'écouter que ce qui se passe dans sa tête), têtue, impatiente, irritante, insultante et un tantinet chiante.... Donc adorable!!! Ils en font parfois trop dans ces registres, mais au moins ça fait du bien de voir un perso avec de VRAIS défauts qui contraignent son comportement, ses options et ses choix, donc lui font faire des gaffes. parfois dramatiques. Après, en face, Killgrave aussi fait des conneries: ben quoi? Tu veux le méchant parfait qui ne fait jamais de fautes? Il est nécessairement le pendant de J Jones, et c'est pas tant qu'il fait des conneries que le fait qu'il est forcé de les faire en raison de son objectif premier (récupérer Jessica): ça fait prendre des risques, qu'on peut voir de l'extérieur comme des conneries. Mais c'est ça qui le motive, c'est ça qu'il veut. Sans compter que, comme on le découvre, le mec a un background chargé, donc il est aussi opportun qu'il soit plein de défauts et de faiblesses.... Parce qu'il est fondamentalement à la ramasse dans sa tête. Comme toi en revanche, je trouve que la deuxième partie de la saison (difficile de dire où se trouve la césure en terme de moment précis, mais il y en a une) longuette: une fois la tension lentement (un peu trop lentement) créée et montée comme une bonne sauce, il y a un peu trop de longueurs et une intrigue qui finit par énerver en se vautrant dans sa propre virtuosité et ses innumérables détours.... Ce qui fait un peu retomber l'intérêt, là où Daredevil gérait mieux les hauts et les bas dans un crescendo global plus lent, mieux rythmé et culminant à peu près vers la fin de la saison (le dernier épisode étant fait de séries de moments d'action et de pause en alternance rapide, dans l'esprit d'une résolution de l'intrigue). Plus difficile de dire si la saison de J Jones a un point d'orgue et un moment exutoire de résolution de toute cette tension. Mais bon, en tant que consommateur, on peut dire que c'est un excellent produit, très largement dans le très haut du panier de tout ce que l'univers des séries télés peuvent produire.
  16. Tous les toits des villes, ou même la majorité d'entre eux, sont-ils aptes à être végétalisés? Je ne sais pas quelle végétation on fout sur un toit d'immeuble, sauf ceux prévus (et très peu nombreux) pour avoir des jardins, mais même s'il s'agit de trucs "lights" comme des mousses ou des pelouses, ces choses présentent des contraintes (poids de la terre et des végétaux, humidité, tuyauterie éventuellement....) pour lesquelles la grande majorité des immeubles n'ont pas nécessairement les tolérances adéquates (rien que le problème de l'humidité.... Avec le poids des dégâts des eaux en ville aujourd'hui). Que ça devienne un standard sur les nouvelles constructions, je veux bien, mais après.... En plus (mode mauvais esprit ON), comment foutre la végétation quand on veut déjà mettre des éoliennes et des panneaux solaires sur tous les toits ?
  17. Tu confonds moustache et bouc! En plus, c'est trop pas vrai: je me suis rasé pas plus tard qu'aujourd'hui..... Parce qu'il me faut une semaine pour avoir une barbe de 3 jours . Y'a des gens qui cachent une moustache en affichant un bouc (qui est donc un faux bouc), et ce sont des méchants furtifs, et d'autres qui portent le bouc ou quelque chose d'apparenté (notamment les mousquetaires, qui ne sont évidemment pas des méchants, puisqu'il sont les SuperSayens/SentaÏs du XVIIème siècle).... Et ceux qui font ce qu'ils peuvent, capillairement parlant. Le monde est nuance!
  18. Pour les puristes, il y a Ash vs Evil Dead: l'adaptation de la légendaire franchise de films "slasher" Evil Dead..... Ca pourrait être une adaptation naze de plus, mais ils ont employé l'acteur/personnage historique, le terrible Bruce Campbell (aussi connu comme Sam Axe dans Burn Notice) qui tient le rôle et lui donne son caractère. A noter que Lucy Lawless (Xena, quoi, mais aussi la terrible femme de Batiatus dans Spartacus, et la Cylon tarée de Galactica) tient aussi un rôle majeur dans la série. Faut pas s'attendre à de la finesse de scénar ou à d'énormes surprises: c'est très "académique" (selon les standards du genre): ça charcle, ça tronçonne de la chair, le sang et les organes sautent partout, l'humour est potache et douteux.... Bref, c'est bourré de défauts.... Mais Bruce fait tout passer! Sinon, Jessica Jones: sympa, très bien réalisé, bien écrit, bien joué, plein de moyens bien employés.... Bref, côté technique/mise en oeuvre, rien à dire, la branche télé de Marvel a décidément trouvé sa vitesse de croisière avec Daredevil (quelques personnages en commun entre les deux séries qui se passent dans le même quartier sans se rencontrer.... Encore: le projet Defenders -l'équivalent télé des Avengers- est prévu dans un moment, quand Luke Cage et Iron Fist auront été diffusées). Côté cohérence de l'univers, Marvel a là aussi marqué de sérieux point par rapport à l'univers DC comics télé ou ciné qui est totalement déconnecté entre médias (univers télé et ciné séparés) et entre franchises, avec de toute façon un niveau qualitatif nullissime. Même Man of Steel, malgré la qualité de l'image et le divertissement satisfaisant de l'action, je le trouve très plat, pas très bien écrit, lourdingue (surtout côté sentimentalisme en surdose -même sur standards comics et américain).... Bref, comme les audiences en général, je préfère que NY/Metropolis soit détruite par les Avengers que par l'immigré kryptonien. Mais bon, côté histoire, donc, Jessica Jones, faudra apprécier: c'est une série écrite par une femme et visant plus un public féminin. C'est TRES bien écrit, mais les angles d'attaque, les trucs sur lesquels ça s'attarde, les longueurs que ça prend par endroits.... Sont plus calibrés pour les goûts féminins, donc certains pourront y trouver à redire ici et là (parce que ça reste bon, gardons le sens des proportions). Moins visuellement noir que Daredevil qui donne l'impression d'une nuit permanente et d'une ville dont l'éclairage public a émigré, Jessica Jones est plus varié, avec une coloration générale plus réaliste, même si le genre noir est en revanche hautement présent dans le personnage et l'atmosphère (avec des abus de classiques comme les fonds de ziques au saxo et le ton parfois trop blasé comme si récité par Mike Hammer), avec une tendance au pessimisme et à la déprime qui confine régulièrement au misérabilisme un peu passif (par opposition à la rage combative de Daredevil). Le tempo, comme dit plus haut posera problème à certains par moments, ce qui me semble plus en rapport avec l'écriture "féminine": on s'attache à des sujets d'attention différents, on accorde de l'importance à d'autres trucs, on passe rapidement sur d'autres qu'une audience masculine pourrait préférer voir traités plus amplement. Mais c'est une série par une nana, sur une nana et (un peu plus) pour des nanas, donc..... La gallerie de personnages est assez bonne, avec le très bon point d'une héroïne/anti-héroïne atrabilaire, auto-destructrice, blasée, grande gueule, qui fait plein de conneries, qui a évidemment un bon fond et des qualités.... Et un méchant TREEEEES bon: David Tennant, ex Doctor Who, mais pas étranger aux rôles de méchants (il en a été un pour Harry Potter), qui compose un excellent enfoiré à qui on se prend à l'occasion de prêter quelques excuses ou bonnes intentions ou blessures.... Alors qu'on devrait vraiment pas (ce n'est pas un spoiler.... Parce qu'on peut pas s'en empêcher). Les "support characters" sont très bons (Luke Cage, rôle titre de la prochaine série Marvel, et la pseudo-soeurette de J Jones), de même que les personnages secondaires qui ont des rôles très développés concourant entre autres choses à l'impression d'un monde partant sans arrêt en couille autour de J Jones qui n'en peut plus. Donc (et c'est peut-être plus un jugement de mec) si j'y trouve réellement un défaut, c'est le rythme, l'intrigue me semblant trop traînée en longueur sans assez de compensation par l'action et/ou des moments d'accélération (on se prélasse parfois trop dans les sentiments et histoires de trop de persos sans grand intérêt pour l'histoire, on insiste trop sur des scènes....), ce qui, à force, lasse.
  19. Il y a d'abord un élément psychologique, donc "irrationnel", dira t-on: le retraité allemand ne fera que rarement la différence entre "inflation" et "hyperinflation". "Inflation = mal" sera pour lui une base de raisonnement, un fait particulièrement prononcé en Allemagne pour de multiples raisons historiques et culturelles (notamment la "culture économique" de base qu'on peut trouver dans ces générations), et surtout chez les retraités (et petits épargnants). Mais il faut y ajouter l'extrême dépendance de la croissance allemande aux quelques secteurs d'exportations à haute valeur ajoutée (automobile, chimie et machines-outils essentiellement) auxquels l'économie (et notamment les retraites, qui sont placées en grande partie dans ces secteurs et/ou indexées dessus) et la politique allemandes sont littéralement enchaînées, et qui, dans le contexte de l'euro, peuvent continuer à faire leurs marges avec les avantages d'une monnaie forte sans en avoir les inconvénients (surtout, en dynamique, le fait qu'elle n'a pas à s'apprécier à mesure que les excédents s'accumulent). Une équation qui est tout bénef pour ces exportateurs et pour les retraités dont les revenus dépendent en grande partie (directement ou indirectement) de ces secteurs moteurs et de leur impact (qui a créé entre autres choses une Allemagne à deux vitesses). Le retraité veut une monnaie forte qui, pour lui, dépend de l'équilibre budgétaire et d'une impression de "croissance perpétuelle" donnée (en apparence) par les secteurs moteurs qui constituent l'alpha et l'omega de la visibilité économique outre-Rhin: c'est là où l'épargne se place, et tant qu'il y a excédent commercial, la machine s'auto-entretient. Ajoutons un facteur toujours omniprésent: le refus du changement. Et il est encore plus fort quand les choses ont l'air de tenir: tant que l'Allemagne affichera des excédents commerciaux sans répercussion sur le cours de la monnaie (à son tour impactant le commerce), pourquoi voudraient-ils changer de modèle, si c'est ce qu'ils voient d'une année sur l'autre (et non pas en regardant plus loin)? Mieux! Bon, la seule photo de moi que je publierais:
  20. C'est LA question: il semble qu'Erdogan ait effectivement une aspiration "historique" en tant qu'individu: un ego surdimensionné, une stratégie familiale (voir le niveau d'enrichissement et de corruption qui ont fait de ce petit personnage le patriarche d'une nouvelle "grande famille" de Turquie).... Mais il y a aussi une vraie visée de "national-islamisme" chez lui et dans l'AKP: l'islamisation de la société est un but et un moyen, il me semble, donc au service d'un projet de "Turquie puissance" au niveau régional. Le peuple le veut-il? Trop général à mon sens: ce genre d'aspiration, vues du sol, est toujours générique, et a du soutien massif quand les choses vont bien: on peut toujours vendre du "grand projet" dans ces cas là, sans que ce soit réellement la chose qui motive en soi le vote individuel dont les ressorts sont plus prosaïques que les grandes versifications métaphysiques à base de "soyons une grande puissance économique" (si ça veut rien dire pour ton assiette, au bout d'un moment, tu te lasses), de "personne ne nous dira quoi faire".... Il y a un projet de puissance "à l'ancienne", comme dans d'autres endroits du monde depuis quelques temps, ce que l'UE a toujours du mal à comprendre, mais comme tout projet de ce type, surtout dans un régime représentatif, il dépend de beaucoup plus de facteurs et varie avec eux sur le court terme. De même que les aléas de sa mise en oeuvre sur le temps court ne sont pas nécessairement de bons choix à tous les coups (voir la politique syrienne d'Erdogan qui, malgré les visées claires sur ce qu'il ne veut pas, manque de cohérence et surtout d'actions visant à obtenir réellement des résultats souhaitables pour lui: c'est du pur réactif qui ne mène à rien).
  21. Ouais, enfin lui il se fait descendre par des nabots grands comme une de ses griffes; tu trouves que ça fait de lui un investisseur solide? Ou un banquier fiable? Ou un Etat aux reins robustes? Sans compter que ses réserves liquides n'ont pas augmenté d'un seul liard entre sa prise d'Erebor et sa mort: du 0% en 150 ans, dans un monde où certes la croissance de la masse monétaire est limitée et non dépendante d'institutions de crédit ou d'Etat capable de faire de la création monétaire.... Mais un monde où il y a des nains, qui minent les montagnes comme des Chinois sous amphètes! Je doute donc, en fait, que le trésor de Smaug ait gardé la même valeur sur la période susmentionnée de 150 ans. Smaug n'est qu'un épargnant petit-bourgeois qui fout son fric sous le matelas.... Et même pas en fait, vu que son fric EST son matelas. Et il se le fait souffler par les premiers petits (vraiment petits dans l'absolu, et surtout par rapport à lui) voleurs venus, aidés par le "arrière-petit-fils de" du bled voisin. Smaug est un looser, comme dirait Donald Trump. Quel lien avec le topic "Allemagne", me direz-vous? Et bien c'est une bonne question et je vous remercie de (ne) me l'avoir (pas) posée.... Mais.... Eeeuuuh..... C'est un mythe germanique à l'origine: on sait fort bien que Smaug est une adaptation de Fafnir (le dragon qui se fait buter par Siegfried et qui est recyclé en pourvoyeur de blindage naturel) et/ou du dragon anonyme de Beowulf. Donc, hein, heuh, hein, d'abord! C'est en plein dans l'Allemagne! Les terres du Milieu / La Mitteleuropa, toussa, quoi... et la capillotraction aussi (un sport important). Quid de la bulle immobilière à Osgiliath et de son éclatement (aidé par la vague de clandestins importés brutalement du Mordor), qui mène à l'effondrement de la ville au profit de la petite banlieue (fortifiée) de Minas Tirith? Vu les chiffres (difficiles à établir cependant) souvent évoqués pour la proportion de ces immeubles vides dans les grandes villes (on va jusqu'à dire que 25% des logements et bureaux de Paris sont vides à l'année: à Manhattan, ce serait pire, et à Shangaï, ce serait astronomique: il y a sans doute de l'exagération, mais....), ça fait effectivement peur quand on se dit qu'ils ne sont des réserves de valeur que dans des estimations sur lesquelles on se fonde juste "parce que".... Mais leur impact sur l'activité au sein des villes (moins de trafic pédestre, donc impact direct sur l'activité commerçante -surtout les "petits"-, influence énorme sur les prix de l'immobilier, difficulté à faire venir de la main d'oeuvre pas/peu qualifiée pour travailler en centre ville, coût de la vie....) et sur les rentrées fiscales (donc les investissements) de leurs municipalités, est réellement énorme, au point peut-être même d'empêcher une bonne capacité de rebond en cas d'écroulement brutal de la dite bulle. D'autant plus navrant que les nébuleuses de banlieues plus ou moins proches sont souvent en mauvaise position pour réellement se substituer à la "ville centre" dans une telle situation (équipements, position centrale/nodale, attractivité....). Deux choses: - "ça merde, on ne sait pas pourquoi": beaucoup de décideurs allemands savent très bien pourquoi.... Mais dans ce pays, le vote des retraités est la pierre angulaire de tout, l'alpha et l'omega du politique.... En fait surtout du politique CDU-CSU. Et le retraité, il veut pas d'inflation, il veut une politique qui favorise son épargne et sa retraite.... Parce que bien souvent, c'est ce qui fait vivre sa famille, surtout la jeune génération. Dans le genre Smaug qui se mord la queue (en tout bien tout honneur). Pour être moins facilement pointeur de doigt à l'égard de nos chers Allemands, il faudrait plutôt dire qu'ils (au moins les plus lucides) sont pris dans un piège assez délicat. Accru par la structure démographique du pays. - reconnaissons quand même qu'il existe un postulat en partie bien fondé selon lequel "on ne sait pas avoir un peu d'inflation"; c'est certes contestable et argumentable, mais c'est aussi une réalité. Et dans certains pays, c'est l'un des moteurs de cette crainte pathologique de l'inflation dont l'importance ne se limite pas au souvenir des années 30. Evidemment, ceci dit, dans l'ère actuelle de cash surabondant qui ne va nulle part mais ne se trouve réellement nulle part, de concentration des richesses et d'explosion des inégalités (qui compromettent évidemment toute perspective économique par contraction structurelle de la demande), qui plus est dans un pays en déclin démographique accéléré, ce dernier point pourrait être relativisé.... Mais le premier subsiste.
  22. C'est pourquoi Playboy (et d'autres) a été inventé: parce que les hommes ne peuvent pas bander sur de l'art abstrait. Erdogan aujourd'hui n'est plus l'Erdogan que les Européistes s'imaginaient il y a encore 10 ans, tout comme l'Europe n'est plus dans le même état économique ou le même état d'esprit (entre autres vis--à-vis de la Turquie de l'AKP bien installé).... Et l'argument de main d'oeuvre(côté UE) et de l'attraction économique (côté turc) a fortement perdu comme motivateur d'une partie des opinions vu que la Turquie a graduellement reçu l'essentiel des bénéfices économiques d'une intégration à l'UE (sans en avoir les inconvénients). Que restera t-il, à part de l'idéologie et quelques visées politiciennes, pour justifier un effort sérieux sur la candidature turque? Pas assez pour faire une cause politique avec du poids. Si on ajoute l'équation actuelle des replis nationaux à divers degrés partout en Europe, des quêtes identitaires et populismes en tous genres, on en fait un sujet anecdotique n'ayant même pas d'effet de distraction.... Et on fait des négociations pour une gallerie qui ne regarde même pas. Si on veut une analyse plus informelle, il suffit de regarder ce qu'on peut de ces négos et accords: si les chefs d'Etat s'appellent par leurs prénoms, ou en tout cas se parlent de manière pas trop formelle, s'ils font des blagues, sourient beaucoup, parlent de folklore et d'histoire commune, parlent de grands sentiments et aspirations des peuples.... C'est que rien n'a été fait ou obtenu dans ces négos: c'est un révélateur diplomatique qui ne ment jamais.
  23. Elles ne dorment que très partiellement sur des comptes courants. La planète est littéralement noyée de cash qui ne va essentiellement nulle part, c'est vrai: on croirait que ces merveilleux investisseurs privés, qui ne demandent qu'à créer de la richesse et des emplois pour justifier leur titre auto-attribué de "job creators", se rueraient sur l'occasion pour le faire travailler, ce cash, au lieu de placer dans de l'emprunt d'Etat qui ne rapporte rien (mais qui sont en essence le meilleur compte courant de la planète, les Etats solides étant de fait des banques).... Et de faire de la bulle immobilière qui trucide l'activité (et les rentrées fiscales) dans les grandes villes du monde en bâtissant/rénovant des immeubles -orientation grand standing- destinés à n'être jamais occupés (ce syndrôme des "ghost buildings" et "ghost appartments" qui prend désormais un pourcentage très significatif des parcs immobiliers et des capacités de chantiers). Quand on se demande où est ce fameux cash supposément surabondant, il suffit de regarder un paysage urbain: entre 10 et 25% (voire plus dans certains cas) des immeubles qu'on voit dans les grandes villes sont essentiellement des coffres forts géants représentant de l'argent qui dort et ne produit rien. On croirait que c'est anecdotique, mais en l'état actuel des choses, les sommes en jeu sont de fait macro-économiques. Ente ça et les dettes d'Etat (si on les enlève du décompte des investissements étrangers en France, il ne reste virtuellement rien d'autre), on a la part du lion de ce cash qui ne s'investit pas, tant les endroits où foutre son fric manquent (les comptes courants des banques elles-mêmes sont souvent évités, les frais risquant de dépasser tout taux d'intérêt proposé).... Somme toute des investissements très peu rentables, alors qu'on pourrait supposer que justement, l'investissement "productif" pourrait être considéré comme le dernier recours.... Ce qui n'arrivera pas avec une demande prospective atone et risquant de le rester (inégalités/concentration des richesses, ralentissements démographiques ici et là, austérité....); ah merde! le sale mot est lâché: "demande". Quand il dort, sa femme l'entend encore murmurer "franc fort" (no pun intended), disent les mauvaises langues.
  24. Un juge de la Cour Suprême est nommé à vie, et ne la quitte donc que les pieds devant, à moins de se faire piquer dans une sale affaire (crime ou délit), ou de choisir de partir (ou, en coulisse, y être contraint.... Ce qui voudrait dire que quelqu'un a de quoi le faire juger); aucune autre façon. C'est l'une des seules garanties de l'indépendance du pouvoir judiciaire.... Et ça a aussi des défauts. Pareil pour leurs arrêts, ce qui est en train de poser un problème politique et constitutionnel aux USA depuis quelques temps, avec des arrêts plus idéologiques, qui ont lancé le débat très technique de savoir si, à partir d'un certain point, ils ne se mettaient pas de fait à légiférer plus qu'arbitrer.... Sachant quand même que ce débat est aussi assez hypocritement mis sur la table par un Congrès bloqué qui ne se résoud pas à lui-même légiférer s'il n'est pas d'accord avec un arrêt de la CS qui ne fait "que" interpréter la loi pour la faire appliquer. Que l'interprétation dépasse ou non le cadre de ce rôle (et soit de fait sinon de droit un changement de la loi) devient parfois une affaire épineuse et quasi impossible à trancher (parce qu'il n'y a pas d'instance de recours à ce niveau: on est au top du top), d'où le renvoi mutuel de patate chaude entre une CS à la majorité conservatrice aiguillonnée par ses éléments idéologiques, et un Congrès incapable de se mettre d'accord sur la couleur du ciel. .
  25. Citizens United tient en fait en grande partie, sinon même essentiellement, au postulat que "money is speech": si l'argent est, en politique, de l'expression, alors il ne peut être restreint, du moins dans le cadre de SuperPACs qui sont théoriquement des organisations non liées à un candidat particulier et la manifestation politique de "simples citoyens" libres de mettre leur argent au service d'une cause (et non d'un candidat) qu'ils veulent voir mise en avant. Evidemment, cette présentation est si irréaliste (non coordination des SuperPACs avec des candidats, expression de messages tenant non à tel ou tel candidat -pour le favoriser ou le torpiller- mais plus à la dite "cause".....) que personne ne s'embarrasse de la respecter, et que les juges de la Cour Suprême qui l'ont avancée en faisant passer l'arrêt ont du forcer leur "poker face" ce jour là. Ajoutons que l'arrêt a aussi dépendu d'une interprétation pour le moins légère et partielle de ce qu'on peut appeler "corruption". On peut dire que la logique constitutionnelle est là dans la mesure où il s'agit d'une interprétation, mais, sans être assez versé dans le droit constit américain, je souligne qu'il est étrange qu'aucune interprétation de ce type ne soit jamais passée avant l'affirmation de CETTE cour suprême reconnue pour être une des plus militantes et à droite de l'histoire récente du pays. Entre autres parce que, pour respecter l'esprit des institutions, la Cour Suprême américaine a historiquement plutôt voté dans le sens de mesures favorisant l'équité des élections, ce qui impliquait entre autres choses d'agir pour limiter le pouvoir de l'argent et éviter la concentration de la puissance financière et médiatique dans le contexte électoral. Quand au fait "d'influences extérieures" sur quelques-uns des "Justices" (non, ce n'est pas un groupe de funk des années 70), je sais qu'il y a eu des faisceaux de faits un peu contestables autour de Scaglia et Alito, ainsi que, de façon plus floue, Clarence Thomas, mais on peut surtout pointer du doigt l'aspect extrêmement idéologique et partisan de certains (les deux premiers mentionnés surtout), ce qui est assez peu en phase avec la tradition juridique de la Cour Suprême.
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