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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. A ce dernier égard, je me demande ce que la récente baisse d'influence de l'UOIF dans le CFNM veut dire (pas seulement sa perte en sièges, essentiellement due à son mouvement de quasi boycott): baisse en popularité dans la communauté musulmane, ou radicalisation? Pour la déchéance de nationalité, il me semble que l'Etat d'urgence en fait une procédure administrative. Quand ces procédures que tu évoques ont-elles été entamées? Avant ou après vendredi? De ce que je me souviens, on ne peut faire déchoir un citoyen de sa nationalité que s'il a une double nationalité (ou plus), pas si il est uniquement citoyen français. Et la procédure est si exceptionnelle qu'elle doit, en fin de parcours, faire l'objet d'une validation par le Conseil Constitutionnel. Mais dans l'ensemble, il y a plusieurs façon de faire perdre leur nationalité française à des sujets ciblés. La procédure la plus commode, et semble t-il dominante, vient d'un décret du Conseil d'Etat, et peut survenir, entre autres raisons, pour "défaut de loyalisme". Les articles 23 et 25 du Code Civil régissent le domaine. Pour commodité, l'article 25 est celui qui concerne la déchéance proprement dite: Article 25Modifié par Loi n°98-170 du 16 mars 1998 - art. 23 JORF 17 mars 1998 en vigueur le 1er septembre 1998L'individu qui a acquis la qualité de Français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d'Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride : 1° S'il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ; 2° S'il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit prévu et réprimé par le chapitre II du titre III du livre IV du code pénal ; 3° S'il est condamné pour s'être soustrait aux obligations résultant pour lui du code du service national ; 4° S'il s'est livré au profit d'un Etat étranger à des actes incompatibles avec la qualité de Français et préjudiciables aux intérêts de la France.
  2. Quel exemple des Huguenots? Qu'est-ce qu'ils viennent foutre là, eux? Y'a eu un radicalisme huguenot, récemment? Des attentats de parpaillots ultras? Ceci dit, le "tri" et les critères qui seront employés pour virer les prêcheurs qui ont la bave aux lèvres (si tant est qu'il ne s'agisse pas d'une mesure symbolique qui va taper les 10-15 vraiment outranciers et voyants, et personne de plus) ne peuvent suffire à eux seuls: il y a du renseignement (que les "néo RG" de la police soient développés, par pitié) et de l'analyse à faire, parce que taper la tête d'une paroisse ne suffit pas: depuis le temps que ça dure, les paroisses concernées sont autant de lieux de rencontre, les nexus de réseaux existants (qui ont depuis développé d'autres points de rencontre, physiques et online). Frapper juste l'imam d'une telle mosquée est très insuffisant à ce stade: il faut taper les autres relais, les leaders d'opinion dans la dite paroisse, et influer sur le discours ambiant au sein de cette paroisse (un imam calme, habile et décidé n'est que la première arme dans cette reconquête d'espace physique et mental).
  3. Il y a beaucoup de choses, surtout évidemment dans les quartiers difficiles à forte proportion musulmanes, qui ont été passées par pertes et profits au nom d'une apparence de paix civile (relative), voire dans beaucoup de cas, au nom de la réélection de l'équipe municipale en place. Voire le cas du tristement polémique "salon de la femme musulmane" de Pontoise et de la très courageuse conseillère régionale (PS) Céline Pina, qui a du lutter contre son propre parti.
  4. J'entends bien: je m'interroge surtout sur les critères sur lesquels on va jauger du radicalisme d'un imam/d'une mosquée, et du "chiffre" qui va être réalisé en conséquence. Très joli texte. Vraiment bien écrit. Ceci dit sans mosquée pour y prêcher; et c'est à la mosquée qu'est la majorité de la clientèle ciblée. il peut certes y avoir ceux qui suivront l'imam hors de la mosquée, mais mathématiquement, ils ne seront qu'une fraction, ne serait-ce que pour la commodité du lieu de rencontre (lieu connu, communauté existante, y'a la lumière et le chauffage, l'organisation et la logistique, le "réseau" multi-domaines d'une paroisse....). Après, il y a aussi la question de ce qu'on va faire de ces imams sortis de leur mosquée: on les laisse dans la nature avec une fiche au cul? On les expulse vers l'Arabie Saoudite?
  5. C'est un peu difficile à dire pleinement, mais au final, c'est en grande partie pour la même raison que nous (j'entends "nous, êtres humains") nous intéressons plus aux drames, petits et grands, des célébrités que de ceux des inconnus, sauf s'ils sont nos proches ou des relations de nos proches, ou encore (dans certaines conditions), s'ils habitent pas loin. Paris est plus emblématique que la plupart des villes de la planète, une "people" parmis les grandes métropoles. Y'a t-il aussi un élément de "les occidentaux s'émeuvent plus de ce qui se passe dans une ville occidentale"? Peut-être, sans doute même certainement, à un certain degré. La proximité culturelle joue, c'est indéniable (c'est la même chose au niveau collectif que "l'effet famille" évoqué plus haut pour un individu), de même que le fait qu'il y a beaucoup plus de gens qui ont visité et comptent visiter Paris, que de gens qui ont visité et comptent visiter le Xinjiang, ou Beyrouth, ou Nairobi. Paris est plus présente dans la conscience, la connaissance et l'univers mental d'un nombre de gens beaucoup plus grand. C'est pas un jugement de valeur, c'est juste un fait: on s'émeut plus pour ce qu'on connaît mieux ou plus. Et, même si c'est devenu un facteur moindre à l'ère de l'omniprésence des téléphones avec caméra, les grandes villes développées produisent plus d'instantanéité et d'images que les autres, et les diffusent plus vite et en plus grande quantité, de même que les gens qui y vivent ou y passent sont plus connectés avec un plus grand nombre de personnes sur la planète, ce qui renvoie au phénomène de "célébrité": la publicité (surtout "virale", d'individu à individu), la capacité de diffusion est juste plus importante et plus puissante, plus pénétrante. La couverture médiatique, en conséquence, n'est pas la même, et influe aussi comme facteur multiplicateur de ces perceptions différenciées. Au sens des métaphores que j'emploie plus haut, la célébrité et les relations personnelles (voire la proximité géographique), une grande métropole ultra touristique, à forte charge symbolique et émotionnelle (c'est LA ville n°1 qu'on a envie de visiter, où on se rêve....) et très impliquée dans le commerce et le flux d'information mondial a simplement un impact émotionnel plus fort dans ses hauts et ses bas. Je renverrais la question aux Chinois qui se sont interrogés sur la réciprocité de la sollicitude: se sont-ils émus des attentats de Mumbaï ou des horreurs répétées qui arrivent à Beyrouth? Des attentats de Boston ou de ceux d'Ankara? Seraient-ils eux-mêmes aussi touchés par ce qui arrive au Xinjiang que si la même chose arrivait en plein coeur de Shangaï? Bien sûr que non: on est tous humains.
  6. Bernard Cazeneuve a annoncé la "dissolution" des mosquées "prêchant la haine"; je n'ai pas regardé le détail de sa proposition, si détail il a donné, mais sait-on quels critères peuvent être retenus dans ces cas là, et si l'Etat d'urgence donne une marge de manoeuvre plus substantielle non seulement dans l'exécution proprement dite, mais dans l'inévitable imbroglio juridique qui s'ensuit? Parce que là, aussi souhaitable que soit ce nécessaire coup de pied au cul chez les prêcheurs enragés (qui rappellent les prêtres catholiques de nombreuses Eglises pendant les Guerres de Religion, dont les prêches font paraître les pires salafistes pour des tapettes politiquement correctes), on doit naviguer entre deux pôles: - la nécessaire éradication d'autant de mosquées radicales/sympathisantes/"radicalisantes" ou un peu trop le cul entre deux chaises, avec la craine de ne taper qu'un nombre limité de boucs émissaires, les plus voyants essentiellement - le danger de trop taper et d'obtenir l'effet contraire à celui voulu, en antagonisant les "paroissiens" (et avec eux les communautés musulmanes locales, avec potentiellement un impact national) dont la majorité ne pensent pas forcément à mal et ne verra que la répression de leurs lieux de culte C'est pas comme si jauger de l'extrêmisme d'un prêche était une liste d'items toujours faciles à appréhender, avec intervention si un certain nombre de cases sont cochées; ça ne marche que pour les plus caricaturaux, qui sont généralement peu nombreux. La majorité des imams qui posent un problème sont plus subtils que ça, naviguant de façon fluide et manoeuvrière dans un espace au final assez large entre ce qu'on considèrerait comme une religiosité "traditionnelle", en cela pas différente de ce qu'on trouvera chez les juifs orthodoxes ou les cathos conservateurs/tradis, et le seuil (par définition difficile à déterminer tant qu'il n'y a pas d'appel ouvert au jihad violent ou au fait, plus terre à terre, de battre sa femme, stigmatiser ouvertement les adolescentes en jeans....), de ce qu'on appellerait franchement du "radicalisme" et de l'appel direct à la haine. En somme, on a autant un risque d'une grande déclaration façon effet d'annonce qui, au final, ne tapera qu'un nombre très réduit de mosquées (dans le registre de la dizaine, ou à peine plus) dont les imams sont particulièrement et stupidement violents, que celui de faire une "loi des suspects" exagérément indiscriminante et vexatoire, avec bien peu de critères fiables (et, pour beaucoup, juridiquement valables) pour naviguer là-dedans avec de bons repères.
  7. Ouais, et là j'en veux à nos politiques européens qui ont vidé le concept de sens en créant un espace de circulation.... Sans créer cette coque nécessaire autour, profitant pour beaucoup de ce renvoi de patate chaude aux pays qui sont aux frontières extérieures de l'Europe, exigeant beaucoup plus que ce qu'ils donnent tout en refusant ce que le concept de Shengen aurait du impliquer..... Dans un grand mouvement très politicien et court termiste. Maintenant, j'ai du mal à voir ce qui va empêcher la montée rapide de forces demandant des frontières "dures" dans le sens le plus restrictif possible, y compris entre pays européens (de ce côté, ça va pas passer.... Mais ça va sérieusement pousser pour, et créer du conflit intérieur).
  8. Yep; y'en a qui sont un peu trop rentré dans les évangiles selon l'Allemagne que la presse française chante à plein tube depuis quelques années. Sinon, franchement, sans que ça m'étonne trop, je vois vraiment beaucoup de commentaires allant dans le sens d'une mise aux chiottes des libertés fondamentales et de l'Etat de droit après chaque événement de ce genre, avec cette étrange certitude que les mesures prises en ce sens seraient par définition efficaces parce que "dures"; c'est une croyance illusoire que l'Histoire ne cesse de démonter (voir l'Amérique post 11 septembre) en long en large et en travers, mais apparemment, ça rentre pas. L'émotion post-attentat nourrit une rage tellement auto-justificatrice qu'elle en passe toute raison. On l'a tellement cité qu'elle ne doit plus faire effet, mais la phrase de B Franklin reste toujours d'actualité: "une société qui abandonne un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite aucune des deux, et n'aura aucune des deux". Difficile à vraiment accepter quand on a les tripes qui réclament vengeance, mais c'est pourtant vrai, et amplement démontré depuis longtemps. Qu'on le veuille ou non, la démocratie est une cible molle par définition: une société ouverte et plurielle, notre mode de vie et l'Etat de droit sont autant de vulnérabilités en plus. L'enjeu est de les défendre, pas de les sacrifier sur l'autel de la lutte, et ce encore plus parce qu'il ne s'agit pas là d'une menace existentielle: rappelons, s'il en est besoin, que ces abrutis et leur organisation mère ne sont pas l'armée rouge dans la trouée de Fulda. C'est pas le moment de se mettre à paniquer comme Dick Cheney, la pucelle effarouchée avec 600 milliards de budget militaire.
  9. Il est possible que leur reco préalable (parce qu'il semble hors de doute que le niveau de préparation ait été conséquent, contrairement à janvier) s'en soit effectivement tenu au nom seul du groupe, sans aller plus loin. On n'en sait rien et on n'en saura rien tant que l'enquête n'aura pas fait un peu de chemin. Ceci dit j'ai des doutes, avant tout parce que les attaques dans Paris, aussi préparées qu'elles aient été (dans la limite des capacités disponibles) semblent avoir plus ciblé un quartier donné, ou plutôt une suite de cibles d'opportunités le long de certains axes de circulation qui ont été la véritable donne constituante de l'attaque. Le Bataclan peut avoir été spécifiquement ciblé quoiqu'il arrive, ou bien été la cerise sur le gâteau pour ces gars qui n'avaient peut-être pas initialement pensé arriver jusque là avant d'avoir des obstacles dressés sur leur route. S'il s'agissait d'abrutis lambda ayant eu un peu de soutien (tactique, et surtout technique: ces ceintures d'explosifs semblent légitimement le point focal de l'enquête, vu qu'elles ont l'air de n'avoir pas été du bricolage.... Et que la plupart a fonctionné, ce qui n'est pas évident), on peut attribuer l'ensemble des événements à une série de hasards malheureux (qui soulignent cependant l'extrême vulnérabilité de sociétés ouvertes, d'agglomérations denses et du grand nombre de cibles molles); s'il s'agissait de gens ayant un certain niveau de préparation, on peut penser qu'ils se sont réservés à l'avance de la liberté de mouvement en sélectionnant un axe de circulation (où, du coup, tu as un plan B, un plan C....) plutôt qu'une cible précise. Surtout pas: après ce coup là, ce serait une faute majeure que de se déburner. Et c'est pas une "grand messe médiatique": le réchauffement planétaire reste une priorité absolument majeure, et LA plus grande menace structurelle du siècle.
  10. Un détail à noter pour ceux qui étaient déjà en train de profiler les victimes du Bataclan en fonction de la musique écoutée, voire en déduisaient qu'il s'agissait d'une cible délibérée choisie soigneusement: Eagles of Death Metal, comme son nom ne l'indique pas, n'est pas un groupe de Metal d'aucune sorte. Le nom est juste ironique; la musique est en fait un genre de Blues/Rock façon années 70, avec un ton général donnant dans une ironie gentillette. Donc une audience sans doute beaucoup plus diverse qu'on voudra la présenter....
  11. Mouaif, rediriger ces moyens vers une réforme de la formation et de l'éducation supérieure et professionnelle en général reste à l'ordre du jour: le monde ne s'est pas effondré hier soir, les grands enjeux n'ont pas évolué, calmons-nous..... Ce qui m'amène à l'autre sujet du jour: MESSIEURS, OYEZ, OYEZ! Il est vital, aujourd'hui, pour les niveaux de calme sur le forum comme pour l'état de vos nerfs en général.... D'éviter le café et le thé. On est suffisamment à vif pour maintenir le niveau d'adrénaline sans additif extérieur. Rappelez-vous: aujourd'hui, la cafféine n'est pas votre amie. Je sais pas pourquoi (en fait si, mais bon), mais j'aimerais que Fabius arrête de parler de "Daesh" en disant "Dache": d'accord, ce type m'énerve quoiqu'il dise, mais je sais pas pourquoi il a pris cette affectation.
  12. Qu'appelle-tu "l'armée populaire"? Un genre de Garde Nationale? Personnellement, je crois qu'un retour à une forme de Service National (mais seulement partiellement militaire) devrait être considéré comme inévitable, si tant est qu'on puisse trouver une formule soutenable et pertinente, avec, pour le domaine sécuritaire, une Garde Nationale reposant sur une portion de ce service fournissant des effectifs (armée, police/gendarmerie), ainsi que sur une part de volontariat (soldats/gendarmes à temps partiel). Evidemment, ça suppose un investissement net, pas une ponction sur les moyens existants.
  13. Ca a déjà commencé depuis janvier, mais le problème est que ce genre de montée en puissance ne peut se produire que lentement: on n'embauche pas des gros bataillons d'un coup, ça ne crée que beaucoup de confusion et de baisse d'efficacité. Il faut accroître les moyens lentement, et sur des années. Et après vient la question budgétaire.
  14. Quelles ambitions assez "obscures"? Quand je regarde ce que je peux trouver sur le territoire syrien (ou ex-syrien) baptisé Rojava, je vois quelque chose de nettement moins pire que dans le reste de la Syrie. Quand au Kurdistan irakien, l'article même que tu cites, il indique que s'il y a violence politique, elle est plus que limitée comparé à TOUT ce qu'il y a ailleurs dans le voisinage: de la police anti-émeute qui tient des manifestants (avec apparemment des motifs au moins en partie légitimes) au bouclier d'un côté, contre quoi? Assad qui gaze et bombarde au point de créer une guerre civile (qu'il était en train de perdre tout seul comme un grand), ou le gouvernement chiite de Baghdad (incapable de tenir par lui-même) qui a tellement bien traité tout ce qui n'est pas chiite qu'il a un Kurdistan de facto autonome/quasi indépendant, et un vaste terreau qui n'a vu d'autre option que Daesh. Super efficaces, ces alliés à soutenir. Les Kurdes ont sans doute une mauvaise passe économique (ce qui est plus facile à soutenir de l'extérieur que de porter un Etat entier), mais ils sont une entité politique cohérente (ou deux, dans les faits) et qui, sur l'ensemble des 2 ex-pays évoqués, semble disposer réellement d'une capacité d'organisation, de résilience, de moblisation (armée entre autres) et de consensus propres, avec des disputes politiques internes qui ont pour partie été largement calmées depuis 2 ans, et (ce qu'évoque l'article), en tout cas pour l'instant, une absence de propension à nettoyer un différent par une répression brutale et massive. Sur l'échelle courante de la zone Syrie/Irak, c'est presque miraculeux. Et ça offre beaucoup plus de garanties de solidité que les autres options ("chiistan" irakien et Syrie côtière bacharienne) qui ont, de toute façon, déjà deux pays décidés à les soutenir (Russie et Iran), en plus de l'aide américaine à Baghdad, et qui sont authentiquement des camps de massacreurs de masse (Assad n'est plus à présenter, et la reconquête chiite en Irak offre peu de différence avec les méthodes daéchiennes). Qu'ils puissent être les salauds nécessaires pour avoir à terme deux pôles de stabilité, OK, mais pourquoi condamner des Kurdes qui sont pour l'instant les plus combatifs, qui forment déjà deux entités territoriales assez solides et nettement plus cohérentes que le reste, et qui, malgré tous les problèmes internes qu'on pourra trouver chez eux, n'approchent pas même de très loin le niveau de violence politique des deux autres, offrant au contraire bien plus de capacité au pluralisme? .Assad ne reprendra jamais le contrôle de l'ex territoire syrien (et ni Russes ni Iraniens ne contribueront à l'investissement énorme nécessaire pour ce faire), et l'Irak pré 2014 est une chose du passé. Autant solidifier les entités territoriales qui offrent une capacité propre à devenir des entités stables. Pour l'instant, y'en a vraiment pas beaucoup. Et par opposition à la "diplomatie occidentale", tu as quoi? C'est facile de parler dans l'absolu, avec des trucs comme "des civils vont mourir", mais si on parle de massacres et de bombardements à l'échelle d'une ville, il devient assez important de voir ce qui peut fonctionner et avoir de vrais résultats, sinon on tombe dans le mode de discours façon Dick Cheney, qui prétend prendre les décisions "dures mais nécessaires", ordonne des invasions, crée des catastrophes, cause des morts directes et indirectes à une échelle massive, déstabilise des régions entières, fout l'habeas corpus aux chiottes.... Et ne résoud RIEN DU TOUT. Au contraire, il fuele ce qu'il prétend combattre. La question est plutôt à retourner à ceux qui veulent des bombardements massifs de quelques villes comme Raqqah; ça va accomplir quoi? Produire quel résultat? L'EI n'est pas Raqquah: il couvre beaucoup trop de surface, a trop de pénétration (y compris dans des zones pas sous son contrôle direct), trop de redondances en tant qu'organisation.... Pour être démoli, ou même critiquement blessé par ce genre d'actions qui, du coup, tendront au contraire à produire plus d'effets non désirés que de résultats positifs. Et je dis ça en plaçant les arguments moraux complètement hors du débat. Je ne vois AUCUNE solution et aucune efficacité dans ce genre d'actions, c'est tout. C'est une entité qui a acquis un niveau de résilience de type étatique, sans être encore trop centralisée comme un Etat (cad avec des centres démographiques/politiques/administratifs/économiques/industriels/militaires dont la perte est une blessure mortelle); il n'y a aucune martingale qui raccourcira le long conflit qu'un tel adversaire implique, et pour l'instant, les entités qui le combattent ne peuvent ni ne veulent consentir l'investissement nécessaire pour un anéantissement complet. Tout au plus y a t-il un début de consensus pour un containment imparfait. Pour un anéantissement, il faut reconquérir TOUT le territoire, hectare par hectare, ce qui implique une volonté politique unique (difficile avec une coalition, problématique avec un ensemble de pays aux visées diverses), qui déploie une armée capable de conquérir ET occuper le dit terrain, ce qui, vu la superficie et la population concernée, arrive directement dans le voisinage des 100 à 150 000h.... Autant dire que c'est pas pour demain. Aplatir Raqqah n'y changera rien, et je suis même pas sûr que ça aide qui que ce soit à se sentir mieux.
  15. Personnellement, je crois nettement plus à la solidité à terme des groupes kurdes qu'au gouvernement sous perf de Syrie, ou au pseudo Etat irakien: laissons les Russes soutenir Bachar, les ricains et Iraniens porter Bagdad à bout de bras, et aidons sérieusement les Kurdes: ce sont les seuls pôles de stabilité dans ces 2 ex-pays. Yup! Chaque fois que j'entends "faire un exemple", qu'on parle de peine de mort ou de réalignement horizontal d'une ville, j'ai les yeux qui roulent: apparemment, personne ne lit l'Histoire. Si on veut vraiment se débarrasser d'un problème sans faire le détail (méthode dite "Simon de Montfort": vous connaissez la citation, ou la trouverez tous seuls), il faut y aller à la Gengis Khan/Scipion l'Africain/Truman; tuer absolument tout le monde sur une superficie donnée (genre très large), sans la moindre exception. Sinon on ne fera que renforcer la détermination de l'adversaire sur place. Plus exactement, dans le cas d'un adversaire dont la configuration est celle de l'EI, faudrait faire plus que Raqqah: faudrait tout bombarder et tout trucider sur TOUTE la surface occupée, ce qui est littéralement impossible. Problème: ce genre d'action a des répercussions, souvent très dommageables pour le trucideur. Mais évidemment, si on essaie de commencer à les évoquer, on se fait traiter de tapette sentimentale ou de coupeur de cheveux en quatre.
  16. Je suis d'accord avec ta position, parce qu'au final, qu'est-ce que les grands pays, surtout occidentaux, peuvent faire contre "le jihadisme" en général, ou l'EI en particulier? Simplement continuer à exister, à garder leurs libertés fondamentales (et pas à les rogner ou abroger et devenir un Etat policier à chaque fois qu'un abruti se fait péter), à être des sociétés plurielles, à avoir une économie qui marche, des projets.... Et à porter le combat sur des terrains comme la Syrie. En l'occurrence, sur le plan global, c'est nous qui avons le temps et les montres (pour paraphraser Mao). Pas eux en tant qu'organisations particulières ("le jihadisme" en général, comme phénomène, peut-être plus). Petit problème cependant: des attentats comme ceux-ci ne sont jamais des menaces existentielles, et sombrer dans les analyses paniquardes extrêmes n'apporte rien et conduit à de mauvaises réactions, qui vont de la suppression de libertés à l'antagonisation de pans de population, de mobilisation excessive de certaines ressources (TROP de croissance des budgets sécurité/militaire.... Je sais, en France on a de la marge avant d'arriver à "trop") à l'aventurisme expéditionnaire façon 2003. Mais ce qu'on n'a pas réellement, c'est la réponse immédiate, de court terme, et avant tout émotionnelle, à de tels attentats, surtout s'ils ont vocation à devenir un fait régulier pour une durée indéterminée; la réponse "stratégique", ou "tactique, n'est pas vraiment un problème, surtout en plus si on commence à dégager un peu de volonté politique et qu'on dit merde aux Allemands pour les contraintes budgétaires (pas fait en janvier). Le plus grand problème pour la direction politique comme pour l'opinion publique, la scène publique j'entends, c'est donner l'impression qu'on n'est pas impuissant: parce que les vraies réponses, celles qui peuvent apporter des solutions un peu durables, elles n'opèrent pas dans la temporalité qui répond à l'émotion du moment, ou à l'angoisse permanente qu'elle crée (le fameux sentiment d'insécurité: le général, et celui que certaines communautés et courants d'opinion peuvent plus ressentir). Et c'est là où "le terrorisme" en général a un avantage et peut créer un effet, parce que même le gouvernement le plus communicant et explicatif qui soit ne pourra pas vraiment trouver de réponse à ça, à moins de sérieusement innover. Entre la résilience des populations et cette action "de proximité et de court terme" de l'Etat telle qu'elle est aujourd'hui, il y a un gap. Et dans ce gap, le terrorisme porte des coups, des réactions de tous types, pas toujours souhaitables, se font jour, et peuvent avoir des conséquences graves (genre favoriser des gouvernants néo-cons, et, classiquement, appeler aux ratonnades, élire des extrêmistes....).
  17. Je sais que parler ainsi des attentats et de l'ensemble des actions et décisions qui constitueront la "riposte" de court et moyen terme est, pour ainsi dire, notre manière d'absorber et de digérer les événements, surtout sur ce forum où on va vouloir vite parler de rétribution politique, policière et militaire, à la puissance deux et avec de la chantilly et une cerise sur le tout.... Mais pour le reste et le plus immédiat.... Quelqu'un ici a trouvé un moyen de se calmer les nerfs, là tout de suite? Parce que la rage impuissante avec catharsis forumesque, ça va juste un petit moment, et ça évacue juste la première couche superficielle de pression qui s'accumule vite, pas la montagne en-dessous.
  18. Vu la réaction de Valls en janvier, j'ai moins de crainte de ce côté. Ce qui est nettement plus chiant, c'est que redonner des dents aux services de rens (et à la diplomatie, tant qu'à faire, pour "porter le message"), ce qui a été commencé après janvier, n'est pas une affaire de semaines ou de mois; il faut y réinvestir pendant des années, pas juste donner un coup de collier (surdépenser dans un temps court ne sert à rien: l'augmentation des moyens et effectifs ne peut se faire que lentement si on veut que ce soit efficace). C'est là où on paie le sous-investissement accumulé sur une longue période.
  19. J'ai pas la timeline bien claire, mais ça fait peu de monde vu le nombre d'endroits touchés. Par ailleurs, assez tôt après les premiers bilans dans les médias, on signalait au moins un ou deux gars armés en fuite dans le métro, du côté de Charonne, alors que les événements du Bataclan étaient déjà en cours. Ca ne fait que souligner à quel point il est simple d'armer quelques abrutis fanatisés pour frapper au hasard ou presque.
  20. Ouaif, en même temps, vu la réaction de Valls en janvier, qui était déjà prêt à trucider queques libertés publiques, j'ai peur, pour paraphraser la rengaine habituelle sur la France, qu'on voie le gouvernement essayer d'avoir une réaction américaine avec les moyens du Gabon, à savoir quelques dispositions et postures liberticides, et juste un effort symbolique et temporaire (avec beaucoup de pub) côté budget, à l'intérieur comme à l'extérieur, ce qui me mettrait presque plus en colère que les événements de ce soir. Espérons que l'échelon politique va commencer à envoyer la tutelle budgétaire allemande aux pâquerettes sur ce point: en janvier, ça n'avait pas été le cas. OK, merci.
  21. Combien de bonshommes le RAID peut-il aligner en un point de la capitale sur un si court préavis, tout en gardant une réserve (ou le GIGN est-il cette réserve?) au cas où d'autres attentats arriveraient entre temps? Outre le délai de réaction, et en fait tout le cycle info-analyse-décision-action-rues de Paris, la temporalité est ici extrêmement courte, et surtout, implique potentiellement (ici, ça semble juste être le Bataclan pour un scénario de prise d'otages) plusieurs lieux où ça merde grave et en simultané (ou quasiment), ce qui écartèle très vite des moyens aussi pointus et gourmands en appuis/soutiens que les unités antiterroristes.
  22. Actions secrète, sans doute, mais il serait fortement temps aussi de PUBLIQUEMENT s'en prendre au salafisme en général (et sans distinction entre des "gentils salafistes modérés" et des "méchants terroristes"), et à celui qui finance des mosquées et des oeuvres diverses, et envoie des imams en France et en Europe, avec un point d'exclamation écrit en gros, et le tout sans politesse; l'équivalent diplomatique d'un majeur dressé, accompagné si possible de multiples exclusions du territoire et procès médiatisés, de quelques opérations coup de poing et de saisies d'actifs.... Et tant qu'à faire quelques actions extérieures (bombardements ici, exécutions là) juste pour souligner en rouge.
  23. Tu interprètes la posture égyptienne actuelle comme un tournant vers Moscou? Le Caire reçoit toujours pour l'instant les subsides de Washington (20% du budget militaire égyptien) et la coopération américano-égyptienne est toujours l'élément (externe) dominant de la politique de défense égyptienne, avec absolument aucune intention côté républicain ou démocrate de faire quoi que ce soit pour critiquer Sissi significativement. Et ce à un moment où cette même Egypte se met à recevoir cadeau sur cadeau d'une Arabie Saoudite en détresse (surtout yéménite ces jours-ci), cadeaux qui compensent des moyens budgétaires propres en baisse (économie toujours à la ramasse) et donnent ce faisant de la latitude pour se faire courtiser par les vendeurs d'armes. Que l'Egypte essaie d'un peu moins dépendre des Ricains, c'est normal, mais de là à voir un "virage vers Moscou".... Pour l'instant, M. Poutine ne semble pas prêt à valoriser son amitié pour Sissi sous la forme d'une cagnotte annuelle, et surtout pas une équivalente à celle de l'Oncle Sam, tout comme un changement majeur du commerce extérieur ne se décrète pas, ce qui laisse les Ricains loin devant les Russes en terme d'importance pour l'Egypte. L'attention et les moyens de l'Egypte (pour ce qu'ils sont actuellement: je ne crois pas qu'ils aient beaucoup de marge de manoeuvre entre la surveillance de 3 frontières très chaudes, celle du Sinaï et celle de leur propre territoire, le tout sur fond de budgets fragiles) vont de toute façon être focalisés sur leur environnement le plus immédiat et, potentiellement (en réserve d'action?), sur une assistance aux Saoudiens pour la situation yéménite. Moscou essaie juste d'avoir quelques positions fermes au Moyen Orient, ce que sa posture ferme en Syrie facilite quelque peu, sans qu'on essaie non plus de fantasmer sur les possibilités que ça leur ouvre. Maintenant, l'attentat permet certainement à Poutine de pousser sa posture en Syrie auprès de sa population.... Au moins pour un temps. Si les avions se mettent à tomber régulièrement, si le Donbass continue à merder au point de devenir un abcès en lui-même petit, mais permanent, si la situation côté sanctions économiques ne s'améliore pas, si la situation syrienne évolue peu (et surtout de manière peu spectaculaire en termes de victoires, de consolidation visible du régime syrien, ce qui est en revanche très probable).... Il peut, malgré toute la propagande du monde, donner l'impression d'une politique extérieure qui produit peu, finit par coûter cher et multiplie les zones de crises et problèmes en cours (et sans horizon de fin), créant plus une impression d'usure entropique qu'une image d'homme fort et décisif, ce qui est l'angle qu'il a depuis longtemps choisi et imposé. En somme, il prend ici le sérieux risque de s'enterrer dans une posture "occidentale" de multiples crises extérieures longues, sans enjeu réellement majeur/vital pour sa nation, dont nous à l'ouest savons qu'elle font bien en prime time les premiers jours/premières semaines, mais finissent par nuire ou, au mieux, laisser indifférent, assez vite après ça, tout en coûtant cher (en budget, en moyens immobilisés, en usure, en capital politique). Rebondir sur cet attentat n'offre qu'un tremplin de très court terme, qui ressemble en fait plus souvent à un plongeoir, à mon avis (qui rejoint de ce fait plus la position exprimée par Bat).
  24. T'as jamais écouté de politicien en campagne électorale avant? D'avocat en plaidoirie? De vendeur? De pêcheur racontant ses exploits? De membre d'un conseil d'administration justifiant ses actions, vendant sa politique ou niant un acte passé? Serais-tu un nouveau Candide ? Là, honnêtement, ils sont pas au mieux de leur forme: c'est pas encore la dernière ligne droite, alors ils gardent des cartouches, question énormités. Ils servent la viande rouge ordinaire à leur base ("red meat" en référence aux couleurs du GOP, et à l'association culturelle avec les "red blooded Americans", métaphore pour les "vrais" ricains, qui, entre autres choses, bouffent surtout de la viande): les morceaux de choix taillés dans du wagyu arriveront plus tard (pour rester dans la métaphore bouchère). Pour référence, je renverrais aux campagnes passées, notamment les dernières en date: Newt Gingrich dans les primaires de 2011-2012 promettant une base américaine permanente sur la lune avant 10 ans, où l'on ferait pousser des fraises, les teabaggers niant la réduction du déficit fédéral (divisé par près de 5 depuis 2009) et clamant qu'il n'a fait qu'exploser.... Et évidemment, l'ensemble des énormités quand on en vient à certains sujets tarte à la crème dans des élections américaines: avortement, liberté de religion, flingues et les casseroles à Clinton (Mme, et encore un peu Monsieur). Apparemment, pendant les attentats de Benghazi, Mme Clinton aurait dans un premier temps orchestré la mort des 4 Américains, et ensuite couvert les faits (quasiment connus en temps réel à la télé.... Un détail), puis, bien évidemment, nié toute responsabilité et menti sur tout.... Ce sur quoi plusieurs commissions ultra partisanes n'ont toujours rien trouvé après des millions de dollars dépensés, tout en incitant la bulle médiatique républicaine à clamer partout qu'il y a un quelque chose là-dessous, un quelque chose énorme..... Ils savent juste pas quoi. On aura aussi, le thème de l'avortement et des sujets liés étant une inépuisable source de connerie dans la républicosphère, une fonction insoupçonnée du corps féminin qui serait capable d'arrêter le processus de fécondation si il est en train de subir un "viol légitime" (on présuppose que des hormones peuvent reconnaître des rapports sexuels avec un mari dûment approuvé par les institutions religieuses). Quoi d'autre? Ah, ben oui! Le réchauffement climatique est une gigantesque arnaque vendue par une sombre conspiration de gauchistes: la preuve, il y a encore de la neige dans le monde. Ou encore, grande théorie économique: baissez les impôts, surtout des plus riches, ça résoud absolument tout: la preuve, c'est un mouvement essentiellement continu depuis le début des années 80, et regardez le niveau de revenu des Américains et sa répartition sur la même période (oups!). Donc il faut continuer, et en faire encore plus.... Et si l'on en croit les programmes économiques des candidats républicains actuels, on va en fait pas trop toucher aux impôts de 90% de la population, et juste alléger ceux des 10% du sommet.... Voire un peut augmenter ceux d'une partie des 90%, parce que le déficit, la dette, le sens des responsabilités, toussa. Faut-il parler de politique extérieure, parce que là, certaines des perles des campagnes de 2010, 2012 et 2014 sont encore là (notamment soutenues par certains méga financiers): un bombardement nucléaire sur l'Iran est toujours dans les cartons, ou à tout le moins l'usage de la menace nucléaire directe contre l'Iran, avec un coup de semonce dans le désert (soutenu entre autres par Sheldon Adelson, le milliardaire devant qui TOUS les candidats sauf Trump sont allé faire la danse du ventre et quelques pipes à sa convention politique de Las Vegas en début d'année). Le domaine diplomatique et sécuritaire est peut-être le lieu des conneries les plus énormes en temps de campagne (surtout républicaine), parce que c'est là que la contradiction est la plus apparente: les candidats se présentent comme disposant des individus, des peuples, des leaders, des pays de manière complètement absolue, annonçant en fait platement que tout se passera comme dans leurs fantasmes et obéira à leurs aspirations, alors qu'évidemment, le vaste monde est précisément ce sur quoi un chef politique, fut-ce celui du plus puissant des pays, a le moins de prise (ça et le climat). Nan, nan: en conclusion, les républicains de 2015 n'ont pas inventé l'énormité politique plus maousse que le taux de cholestérol de l'Américain moyen (oui, ça donne le vertige). C'est juste que quand on le voit en direct, ça frappe plus. Surtout avec un niveau de médiatisation sans précédent: la connerie frappe toujours plus fort quand elle est écrite en plus gros.
  25. Il est vraiment, il est vraiment..... Et ce dans des conditions nettement moins favorables que dans les années 70-80: réserves en eau tirant vers l'épuisement (ce qui n'est pas un mince concept dans cet endroit), coûts importants (surtout en énergie) pour produire de l'eau potable/utilisable, cours du pétrole bas (et ce en partie volontairement pour une AS cherchant à garder ses parts de marché), contexte international moins favorable (tensions alimentaires, hostilité plus grande vis à vis de l'AS, concurrence sur les achats de terres arables, une des denrées rares de l'avenir, comme l'eau).... Le mauvais entretien de leur système de distribution d'eau est ceci dit quelque chose d'étonnant, tout comme le taux de gaspillage, effectivement, mais il rejoint en cela l'affaiblissement apparemment très important de l'investissement dans leur infrastructure pétrolière, donc son vieillissement en pleine accélération. Ca sent le tirage sur la corde et la pression sur une bourse qui n'est plus si inépuisable qu'on a voulu le croire. La croissance démographique y est pour beaucoup (30 millions d'habitants se partageant un tas de sable!), mais le résultat est le même, avec pour conséquence cette évolution vers une plus grande centralisation (ou en tout cas une recherche de centralisation: à voir si ça va réussir, ou ne pas avoir de conséquences politiques/sociétales) et plus d'autoritarisme et de répression. Une population aussi inactive, habituée à un certain train de vie plancher, et travaillée en permanence par les mouvances religieuses (qui font partie du problème féodal et s'accaparent leur portion de la manne nationale et de l'organisation territoriale et économique) ne me donne pas l'impression d'un bon cocktail en termes de stabilité socio-politique et de développement durable. A côté de ça, la dépense militaire qui sert en grande partie à acheter la paix intérieure (une part "achat de service" auprès des pays vendeurs, une part pour la capacité répressive, une part pour le "keynésianisme féodal" et l'aménagement politique du territoire) continue à bien se porter, se voyant même renforcée avec l'impasse yéménite dans laquelle les monarchies pétrolières se sont foutues (pour démontrer leur ineptitude militaire et le fait que s'aventurer dans un pays sans centre est en soi une impasse stratégique et tactique?). De même pour la dépense sociale forcée (ces 30 millions de Saoudiens dont peu ont un job et peu ont/auront la capacité et l'envie d'en avoir un), la part des religieux et autres féodaux sans qui il n'y a pas de consensus minimum pour que le pays existe.... Les rapatriements d'avoirs placés à l'étranger signalés dans l'article de Frédéric Encel que quelqu'un avait cité ici plus haut sont-ils significatifs du fait que l'AS est désormais incapable de soutenir le modèle absurde (mais en grande partie inévitable, surtout avec une telle croissance démographique désormais) sur lequel elle s'est constituée, à moyen terme en tout cas? Une part écrasante des grands postes de dépenses semble difficilement évitable, à moins d'un changement politique radical dont on se demande bien ce qu'il pourrait être (en tout cas un changement autre qu'une évolution théocratico-autoritaire) et comment il pourrait arriver, ce qui, surtout en cette période de cours bas du pétrole et de faible croissance mondiale, coupe toute marge de manoeuvre: les infrastructures vitales (distribution d'eau, extraction et exportation de pétrole), une portion des dépenses sociales (baisse assez constante depuis le contrechoc pétrolier des années 80) et maintenant une part indéterminée des avoirs à l'étranger semblent être ce qui doit céder pour que le royaume continue à fonctionner et tenter de s'adapter (les ventes d'actifs extérieurs et rapatriements de capitaux sont-ils plus des purs retours, ou une réorientation des investissements vers des choses comme les terres arables et actifs agricoles, par exemple?).
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