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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Arabie saoudite, le pays et son influence internationale
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca, je doute qu'ils puissent le faire pour l'instant: l'Iran est pressé de toute part pour du fric, ne va récupérer ses avoirs gelés que graduellement alors que le besoin intérieur est gigantesque et politiquement préoccupant, et son appareil productif est pour le coup en extrêmement mauvais état, globalement, en grand besoin d'investissements massifs. Ils devront faire ça en très grand pendant un bon bout de temps avant d'avoir réellement l'option géopolitique "d'ouvrir le robinet" (l'ouverture qui peut changer les cours mondiaux). Mais le simple fait d'une réadmission pleine et entière (ou pas trop loin) dans le commerce mondial devrait déjà avoir son petit effet assez rapidement sur les cours; c'est juste que pendant un moment, leur production sera assez plafonnée pour raisons techniques. Et puis ils sont pas cons: vu l'énormité de leurs besoins économiques aujourd'hui (la situation politique intérieure est pas si stable que ça), ils ont pas envie de voir des cours mondiaux déjà bas empirer de façon notable, mais surtout durable. On joue à ça quand on a le cul sur des bons coussins, pas quand on est assis sur une planche à clous. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Bien dit!!!! -
Arabie saoudite, le pays et son influence internationale
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
A prendre avec des pincettes quand même: Encel est coutumier des scénaris bien catastophistes pour se faire remarquer. C'est plus sexy d'annoncer l'apocalypse que l'entropie et des changements incrémentaux. Après, oui, l'Arabie Saoudite a des problèmes majeurs qu'on n'aurait même pas deviné ou prévu il y a encore quelques années (la majorité n'étant pas nouveaux, mais leur ampleur, si), et d'une; et un what if partant de cette hypothèse est -intellectuellement, j'entends- super bandant, et de deux. La "faillite" de l'Etat saoudien ne semble quand même pas pour demain, à moins d'un très sérieux choc pétrolier, du genre chute durable des cours en deçà même de ce qu'ils sont actuellement. S'ils étaient en interne si pressés de toute part, je crois pas qu'ils dépenseraient encore autant à l'extérieur, financièrement (pour l'Egypte et le Maroc, ou leur politique moyen orientale) et politiquement (leur politique moyen orientale leur "coûte" à cet égard beaucoup). -
Une des rares fois où j'ai un peu regardé les commentaires: y'a vraiment pas mal de monde (Français pour l'essentiel) qui a noté l'existence de ce débat..... Un que j'ai aimé (citation non exacte, mais c'est l'esprit): "a typical Bush: when you fuck up, blame it on the French".
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[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est la fin de la vieille république et la montée de l'Empire, à travers les administrateurs, mais sans un Palpatine pour incarner trop évidemment la menace (fantôme, ça va de soi)..... J'ai comme une musique connue dans la tête, tout d'un coup.... https://www.pinterest.com/pin/514606694897662968/ -
A noter la différence qualitative dans les soutiens de Carson et Trump: là où Trump a consolidé son électorat potentiel, de sorte que la grande majorité sont certains de voter pour lui, Carson a une base solide assez réduite, la grande majorité de ses intentions de vote étant des gens qui viennent de se porter sur lui, ne l'ont pas beaucoup écouté, ne sont convaincus par personne, fuient particulièrement les candidats de l'establishment, et ne sont pas plus que ça convaincus par Carson. C'est juste qu'il parle calmement (dans une scène de primaires républicaines souvent appelée "the clown car") et que même s'il dit des énormités, personne ne fait encore très attention. Bref, hors du cas spécifique de l'Iowa (électorat particulier, ultra-chrétien du Midwest pour qui le calme et les bonnes manières comptent énormément), il a beaucoup de chances d'être un de ces candidats qui a un bref moment au sommet et disparaît aussi vite (comme dans les primaires de 2011-2012, où à peu près tous les clowns en compète ont eu quelques semaines ou un mois au top). Ainsi du dernier en date de 2012, Rick Santorum (encore candidat cette fois-ci), qui a remporté la primaire de l'Iowa et rien d'autre.... Comme Mike Huckabee (encore candidat ce coup ci), qui avait fait la même chose en 2008. Carson a un fond d'électeurs solides dont il tire beaucoup de fric (comme désormais pas mal de monde dans le nouveau système: Cruz particulièrement), mais pour l'instant rien de plus. Trump a déjà eu une première montée, un moment de flottement/chute, et une nouvelle remontée, si bien que les calculs ont beaucoup changé. La grande surprise vient du non décollage de Bush, qui risque même de devenir un effondrement après la semaine écoulée: mauvaise performance en interview (d'où il est sorti en donnant une impression d'enfant gâté qui râle contre les méchants électeurs), et pire performance encore hier soir lors du 3ème débat, alors même qu'il a du drastiquement baisser ses dépenses de campagne et n'arrive plus à trouver du "hard money" (alors qu'il a en revanche le SuperPac le plus maousse de la primaire: plus de 100 millions).
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Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
En même temps, faut quand même se replacer dans la période d'avant les grands nationalismes: ce genre de chauvinisme n'existe pas tant que ça: il se bâtit au long du XIXème siècle en Europe, en France et ailleurs, et la période d'avant les révolutions de 1848 est même plutôt celle où les pouvoirs en place luttent en partie contre ce genre d'affirmations collectives (tout en en favorisant certaines expressions, qu'ils pensent instrumentaliser) parce que le ton de l'Europe post 1815 est celui des réactionnaires au sens plein, des tenants de la Tradition (insistance sur le grand T) comme source première de la légitimité du pouvoir.... C'est-à-dire les valeurs politiques des vainqueurs de 1815. Et le traditionnalisme n'est pas un corpus idéologique packagé, puisqu'il s'agit d'un système social et culturel élitiste fondé sur une certaine "intemporalité" et une acceptation plus passive de sa place et de son sort, par opposition au nationalisme qui est un projet positiviste (ce qui n'est pas forcément une bonne chose en tout) et affirmatif appelant aux énergies de chacun (surtout dans ses versions les plus extrêmes). Et c'est pareil dans une Angleterre qui n'est alors pas jingoiste mais en plein mode tradi/répressif jusqu'au tournant du siècle, comme le reste du continent. Les revendications sociales et politiques (notamment le développement et l'extension progressive du suffrage, en Angleterre et ailleurs), par la brutalité ou la légalité, vont de pair avec cette "contamination" progressive de l'Etat par ce que nous appelons aujourd'hui le nationalisme: l'Etat devient plus passionné et idéologique dans ce qu'il porte, préconise, instrumentalise et suscite. Cela devient partie intrinsèque de son fonctionnement, pour susciter l'émotion (et l'instrumentaliser à certains moments, ce qui explique les périodes de "fièvre" dont tu parles plus haut, le schéma en dents de scie), mais surtout parce qu'avec de plus en plus de monde devenant de fait des citoyens de plein droit (dans les diverses itérations nationales que cette franchise prend, fonctionnement démocratique ou non), cet élément devient aussi nécessaire qu'inévitable: on l'instrumentalise parce qu'on en a besoin, on l'utilise parce que c'est là (un sentiment ne se crée pas à partir de rien), on le demande aux dirigeants parce que c'est ce qu'on sent et que l'Etat dirige la nation, qui "nous" incarne.... Une histoire de poule et d'oeuf, au fond (pas la peine de se demander ce qui arrive en premier, mais il faut observer comment on fait l'omelette et à quel point on la fait grossir). -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Pas d'accord: ça n'est pas vraiment "en sourdine" de 1815 à Napoléon III: la défaite de 1815 n'a pas été vécue comme un trauma national entraînant un complexe d'infériorité ou quoique ce soit du genre: le patriotisme et le sentiment d'appartenance se portaient bien. Les énergies étaient plus tournées vers les affirmations plus ou moins agressives de quel régime était souhaité pour la dite nation, mais le collectif ne s'est pas vécu comme un tas de perdants déconsidérant la guerre ou son outil (même s'il y a eu, et ce jusqu'à la conscription universelle obligatoire en 1905, une reluctance au service -compréhensible et assez générale partout- et une part de mauvais regard sur le soldat "qui n'a rien pu trouver d'autre"), ou condamnant l'affirmation patriotique. Rien de comparable avec l'époque actuelle: on peut trouver que la période 1815- années 1850 est moins agressive que la période révolutionnaire/empire (quoique l'Empire ait calmé bien des choses, sauf dans les moments d'urgence), mais si la France avait le niveau de patriotisme, le sentiment d'appartenance et de fierté et la décomplexion dans l'affirmation collective de soi de ces années là, je garantis qu'il n'y aurait aujourd'hui AUCUN problème d'identité nationale. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
La France s'autoflagellerait depuis 1815? Ca c'est nouveau: jusqu'à la 2ère GM, le pays était tout ce qu'il y avait de plus cocardier, et même la défaite de 1870-71, autrement plus blessante pour l'orgueil national (première fois que la France perdait face à une seule nation), n'avait pas entamé cette affirmation de soi: le Français se posait sans complexe dans le monde, et s'affirmait guerrier, avec évidemment la période pinacle de 1871-1914 où, comme dans beaucoup d'autres endroits, c'était un tantinet maladif et extrême.... Et ça n'a pas beaucoup baissé après 1918. Le tournant fondamental est en partie la 2ème GM, mais surtout passe avec les générations d'après guerre qui grandissent dans ce temps du "grand rabaissement", dur particulièrement pour les Anglais et plus encore les Français, les deux "ex". J'ai jamais vu quoique ce soit sur une telle honte et/ou auto-répression collective avant 39-45. Le rapport à la vantardise, à l'étalage de la réussite, à l'affirmation outrancière de soi, au final, je ne l'ai jamais trouvé si différent d'ailleurs, même si il est possible qu'il y ait en France une plus grande insistance chez les commentateurs à dire que la France n'aime pas ça. C'est à peu près le même rapport amour/haine qui va avec les vantards qui ont quelque chose de légitime ou non à mettre en avant: il y a de l'admiration et du suivi, de la jalousie et de la critique, quand ça marche, et il y a la curée quand l'idole tombe ou n'est pas à la hauteur de ses prétentions. Pour avoir suivi dans la durée plusieurs autres scènes médiatiques, histoire justement de "sentir" ça, j'ai même pas trouvé que les Ricains soient tellement différents, quand on regarde sous leur angle. Les mêmes éléments sont là (c'est plutôt évident, parce que très humain), mais en termes de différence de proportions, j'ai pas vraiment vu de différence notable. Les différences sont en fait plus présentes dans la façon dont la scène publique fonctionne, et ceux qui la commentent (et encore), sans que ça ait tant d'influence sur les mentalités en général. Et on a inventé le chauvinisme, et c'est pas un manque d'esprit cocardier qui a fait que la France du XIXème siècle jusqu'à 1914 et même 40 a plutôt donné très fort dans le cocorico. Au final, c'est plein de mots différents pour exprimer la même chose, aussi fort qu'on veuille s'enferrer dans les différences d'expression des différents nationalismes. Et la France a arrêté de le faire pour elle-même: jusqu'à un certain seuil c'est dommage. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Remettre la LH à des artistes et des comiques, ça encore, ça me choque pas, pourvu que certaines conditions soient remplies (notamment le choix des artistes): c'est un ordre unique, pas exclusivement militaire, et toutes les formes de mérite y ont leur place. Les Ricains ont séparé la chose entre la "medal of honor", et la "medal of freedom"; un autre choix. Ce qui me choque, c'est ce que sont devenues les conditions d'accès (avec pour effet notamment qu'elle est attribuée à trop de monde), le faible effort de valorisation de la récompense, et la faiblesse de la récompense elle-même (avantages petits et grands, attribution financière au moins pour ceux qui en ont besoin). C'est plus une récompense censée couvrir une action et/ou une carrière dans la durée, à la base, qu'un exploit particulier. Si on veut être positif, le bon point dans ce domaine est que, comme souvent dans l'histoire, quand ce genre de choses perd en visibilité et en capacité d'émulation, on finit toujours par refaire un effort dessus et les relancer, ou en créer de nouvelles, parce que le besoin tend souvent à revenir et que la récompense du mérite a toujours besoin d'être exprimée (et qu'il y a pas 36 moyens de le faire). Je verrais bien, par exemple, avec une organisation plus forte et visible, mieux mise en valeur, un vrai corps de sous-officiers en France, à la tête duquel on placerait un sous-off particulièrement méritant (et un "conseil" des sous offs les plus distingués) pour une durée donnée, avec de vraies attributions (notamment pour un peu contrebalancer une direction trop "officier centrée"), y compris dans le domaine cérémonial (et pour, entre autres choses, les récompenses et médailles); relever le titre de "premier grenadier de France" (attribué une seule fois, par Napoléon, au formidable personnage que fut Théophile Malo Corret de la Tour d'Auvergne), si on y consacrait un peu d'effort et de moyens, ça pourrait le faire, et aider à créer une hiérarchie et un cursus des hommes du rang (alternative parce que tout le monde ne peut pas aller à l'EMIA) qui aurait de la visibilité, de la "légitimité", une identité plus forte qu'un parcours de carrière complexe. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
C'est pas la laïcité qui est en cause: la laïcité n'a rien à voir avec ces domaines, si ce n'est qu'un de ses effets principaux a été de déconnecter l'identité française du "récit" total d'une religion dominante, la dite religion, comme toutes les religions, étant un récit à la fois rationnel et passionnel, politique et spirituel, juridique et moral, fictionnel et historique, soit une identité et une appartenance complètes en un seul package avec règles de fonctionnement concret pré-inscrites (et interprétées à convenance par l'aristocratie ecclésiastique et la bureaucratie qui accompagnent inévitablement cette forme de pouvoir). La laïcité n'a jamais eu pour projet d'être l'identité française, ou d'être un récit; c'est juste une règle de cohabitation qui, par les aspects et dispositifs concrets par lesquelles elle est forcée de s'incarner (des lois, des règles, des codes culturels, des références mentales.... Chacune étant contestable et évolutive, comme il se doit), permet la vie de populations ayant des différences marquées dans le domaine religieux. Elle n'est pas un projet: elle est une des conditions par lesquelles le projet (la répubique, la nation et ce qu'elles portent et permettent à l'individu) peut être réalisé. Là où le bât blesse réside plus dans le rapport au patriotisme/nationalisme d'une part, et dans la posture de l'Etat par rapport à cette idée de récit et d'appartenance nationale, ainsi qu'à la sacralité séculière, nationale et républicaine qui, au fil du temps a cohabité avec puis remplacé la sacralité religieuse au niveau du collectif national. Depuis Louis VI créant/recréant une bonne partie de cette sacralité non religieuse jusqu'à François Flanby remettant une légion d'honneur, il y a des hauts et des bas en la matière, mais quelque part, si ce dernier me remettait une médaille, quelque part, j'y croirais pas trop et j'aurais l'impression de recevoir quelque chose de dévalué. Le domaine dont je parle est évidemment vaste et comporte maints aspects, des programmes d'histoire aux cérémonies nationales en passant par le rapport sentimental de chacun aux institutions, à la nation et aux symboles de l'Etat, et ne saurait être résumé à la seule façon (déplorable je trouve) dont on organise et anime cette "religiosité" séculière de la nation et de la république à travers des manifestations, représentations et cérémonies. Mais ça compte, ça compte énormément, même. Créer un sentiment d'appartenance et de fierté, de révérence et de respect (même quand on critique, voire insulte, les institutions et leurs représentants -un droit sacré-, cela peut être présent) repose sur un vaste ensemble de choses (bâtiments, symboles, cérémonies, fêtes, coutumes, "rites", attitudes apprises, comportements....) dont un certain nombre, examinées à froid, ressortent finalement de formes de marketing (rien de mal à ça: une idée, il faut aussi savoir la vendre). Et ça, aujourd'hui, ça fait partie des trucs qui manquent. Un exemple: je sais pas quelle est l'opinion des militaires dans ce domaine, mais je trouve la légion d'honneur très galvaudée (comme beaucoup de monde), si bien que mettre sur le même pied des gars qui se sont fait trouer la peau et d'autres qui ont juste eu les bonnes relations pour obtenir la rosette, ça me laisse comme un goût. Et c'est encore pire: - quand je vois le faible effort de théâtralité des cérémonies de remise de la dite rosette; on devrait avoir une envie maladive d'en être, merde! Ca devrait en jeter, faire baver de jalousie, élever l'âme.... Mais non, on a juste des discours mal écrits et mal récités, aucune mise en scène faite pour tirer des larmes et des frissons, et beaucoup de gens qui sont là juste parce qu'ils sont obligés, et aucune publicité faite pour la chose, pour en faire des exemples édifiants - quand la nation "reconnaissante" n'attribue rien de concret à part la médaille censée être sa plus haute récompense: Napoléon l'avait créée avec une pension assortie, histoire de dire que quand la nation dit merci, c'est pas juste du vent, une breloque et un moment de fierté partagée, suivant en cela la tradition immémoriale de récompenses analogues, généralement assorties de privilèges divers et/ou d'une somme d'argent ou d'un revenu (la médaille d'honneur américaine est en la matière autrement mieux dotée), ainsi que de l'appartenance à une communauté vivante (les ordres britanniques et les hauts ordres américains sont des trucs plus sérieux et vivants). Les médailles et distinctions ne sont ainsi qu'un élément parmi d'autres de cette sacralité républicaine, tout comme les concours nationaux ou plus locaux (dans tous les domaines) et l'émulation qu'ils sont censés créer, ou mille autres trucs qui font d'une nation un "club" dont on a envie d'être membre et où on veut se distinguer, parce que c'est notre club, qu'il "vaut" quelque chose à nos yeux, que la reconnaissance de nos pairs (compatriotes en général, personnes du même champ d'activité en particulier.....) compte à nos yeux.... C'est pas évident à créer, c'est dur à maintenir. Et j'ai pas le sentiment que beaucoup d'efforts soient faits en ce domaine. -
Ce qui montre justement qu'aucune règle écrite n'est incontournable, rappelant que chaque fois qu'on écrit une constitution, on en sort de fait aussi une "non écrite" qui va avec et qui lui permet de fonctionner. Le rôle du Speaker est d'être un blocage aussi bien qu'un facilitateur, un censeur aussi bien qu'un bâtisseur de coalitions, ce que sa prérogative suprême lui donne la puissance d'être. Toutes les règles parlementaires peuvent être contournées et abusées, créant des blocages, des divisions ou des bordels qui, à un moment ou un autre de la vie d'une nation, peut poser un problème, voire une crise, politique. C'est ainsi. Si ce n'était pas le problème lié à la combinaison de cette prérogative du speaker, de l'évolution de la droite américaine et de la Hastert Rule, ce serait autre chose, comme cela a pu être le cas à d'autres moments des USA, et en fait à d'autres moments de l'histoire de tout autre pays avec une constitution et un parlement (ou, sous d'autres formes, dans des pays sans constitution). Je souligne juste que se mettre à critiquer une règle particulière est inutile, puisque toute règle pourrait créer des problèmes du même genre et être dans une telle situation aussi qualifiée de débile: aucune n'est débile (ou très peu), aucune n'est intelligente (ou très peu); c'est juste ce qui en est fait, et la combinaison avec d'autres règles qu'on peut en tirer, qui compte. Si tu cherches une règle/un règlement de fonctionnement en général, qui fonctionne et empêche tout bug, tu peux chercher longtemps: ça n'a jamais été inventé et ça ne le sera jamais. Il y a toujours moyen de bloquer ou de créer le bordel, et des minorités, voire des individus, décidés, peuvent toujours trouver moyen de le faire, en profitant de circonstances adaptées, ou en les subissant. Le Parlement français, aussi inutile qu'il soit quand il est du même bord que le président, peut toujours s'empêtrer dans la procrastination la plus complète et les blocages sans fin pour cause de procédure: ça ne prend pas beaucoup de monde. Ah? Le speaker est le chef de la majorité; si quelqu'un du parti d'en face propose, tout ce qu'il fera c'est lancer une procédure aboutissant plus ou moins rapidement à l'échec de son texte. Si c'est quelqu'un de la majorité qui s'oppose au speaker et essaie de mener ainsi une "fronde" et/ou de tendre la main à tout ou partie du camp d'en face sur une question particulière, il sera retoqué par la Haster Rule qui garantit qu'il aura du mal à avoir une vie politique après coup, si c'est un républicain, parce que les partis sont une réalité qui va au-delà du Parlement. Alors que se passerait-il si plus de monde que le Speaker avait le pouvoir de mettre un texte au vote? En interne du Parlement, ce serait quoi? Tous les représentants? Le bordel serait inimaginable et ce serait la foire aux démagogues, mais surtout, un enchevêtrement permanent de centaines de propositions de lois que personne n'aurait le temps d'examiner, en majorité des fausses servant juste à faire de l'obstruction à quelque chose ou quelqu'un d'autre, dans le cadre de guéguerres entre micro-groupes ou individus. Faudrait-il un nombre restreint de gens le pouvant? Ca devient compliqué, parce qu'il faudrait créer un certain nombre de fonctions ayant réellement des attributions constitutionnelles au-delà des simples statuts et réglements internes du Congrès, distinguant des fonctioons et rangs différents entre représentants .... C'est-à-dire réécrire la Constitution. Un tantinet compliqué, et pour quoi à l'arrivée? Une autre forme de fonctionnement où blocages et bordels seraient tout aussi possibles, juste d'une autre façon. Sans compter l'autre os: sans ce pouvoir particulier, le Speaker n'est plus qu'un titre creux, un office de prestige mais sans poids et sans importance, alors qu'il est censé être le deuxième personnage de l'Etat américain, le seul potentiel opposant de poids à un président dans un régime mixte, mi-présidentiel, mi-parlementaire. Enlève lui cette prérogative, et la conception même du pouvoir par les Américains vole en éclat de façon intolérable parce que, aussi "monarchistes présidentiels" qu'ils soient, ils ne veulent pas bousculer ainsi l'équilibre des pouvoirs: un tel changement favoriserait beaucoup trop l'exécutif par rapport au législatif, qui a dans l'ensemble la primauté, ce pourquoi un Speaker puissant est si important. Sans son pouvoir de mettre au vote, il n'est plus rien, et tu aurais un nombre variable de parlementaires ayant une partie de cette autorité, mais sans aucun monopole, ce qui veut dire, dans le contexte d'une vie politique développée, qu'à moins d'avoir la configuration quasi impossible de voir TOUS ces gens être toujours d'accord pour présenter un front uni à un président, celui-ci peut de facto mettre au vote les lois qu'il veut quand il le veut, dans les conditions qu'il veut. Ca ne le fait pas régner sur le législatif, mais c'est un changement radical qui désavantage le législatif, dont une bonne partie du pouvoir vient de cet office de Speaker, 2ème job le plus puissant à Washington. Au final, la vie d'une constitution dépend moins de ses règles de fonctionnement que d'un nombre très réduit de fondamentaux, la plupart très conjoncturels, comme dans le cas ici évoqué, l'évolution de tout ou partie des mouvances politiques qui y participent, de leur posture, de leurs attitudes, des individus qu'elles élisent, du/des discours qu'ils portent.... Et évidemment, à l'arrivée, des rapports de force et interactions qui en émergent. La non constitution romaine (constitution non écrite, résumée dans la formule de "mos majorum") a fonctionné, bon an mal an, pendant 4 siècles et quelques alors qu'il s'agit d'un des systèmes les plus mal foutus, changeant, déséquilibré et dysfonctionnel qui soit. Ce qui l'a emporté est la même chose que ce qui l'a fait marcher: les individus et les groupes qui la faisaient vivre, et qui n'ont plus voulu et/ou pu jouer le jeu après un certain temps, pour un tas de raisons structurelles, conjoncturelles et individuelles n'ayant rien à voir avec le fonctionnement des institutions dans leur règlement quotidien.
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Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Mais évidemment, et c'est là qu'est le problème de notre côté: qu'on ait notre récit à nous, qu'on l'assume, et qu'il nous suffise. Dès que la fiction française fait dans l'historique, c'est pour nous déballer un truc plus ou moins mal ficelé sur une "histoire humaine" ou un récit "de gens ordinaires" d'une autre époque. Pas de grandes fresques, pas de trucs avec de l'élan, de la grandeur, voire une saine dose d'exagération et de fantasme sur nous-mêmes, pas de recherche de l'exaltation, ou même plus simplement une vision réaliste/crue, mais de grands événements, pas de la vie de la famille de péquenots en proie face au méchant destin dans leur bled. Bref, la même chose qui nous est servie en fiction contemporaine, mais avec des costumes, sauf quand il s'agit de sortir sur un thème faussement contestataire à la mode (les nobles d'avant 1789 sont des salauds et dieu merci on sait que la révolution pointe, ou évidemment un truc sur l'esclavage/la traite, ou un truc sur le temps des colonies où on désigne un grand méchant et où on se sent obligé d'adopter le ton sentencieux et moralisateur en faisant un mélodrame facile avec les méchants colonisateurs vs les gentils opprimés). En somme, le problème réside plus dans cette obsession du "petit" dans le récit français: qu'on veuille faire un truc anticolonisation ou anti-esclavage, très bien, mais le logiciel mental actuel fait qu'on n'abordera ces choses que sous un angle très étroit, qui empêche toute autre vision d'être explorée et tout autre champ d'être ouvert, n'amenant qu'une seule gamme d'impressions et de conclusions possibles, et barrant la route à d'autres sentiments. L'historiographie et la fiction que les Anglo-saxons lisent et regardent, c'est une chose, et au final, ça les regarde eux: mon point est juste de souligner qu'en France depuis quelques décennies, on ne se raconte plus notre roman, ou alors juste des intrigues annexes, anecdotiques ou très spécifiques, sans aucune ambition. La représentation qu'on a de son identité collective passe essentiellement par les manuels d'histoire (censés être un récit national voué à créer un sentiment d'identité et une envie d'appartenance, tempéré par autant de vérité historique possible), la fiction et la "conversation" courante face aux événements du vaste monde (où va t-on, que fait-on, comment pensons-nous spécifiquement en tant que français face à telle ou telle situation); il s'agit donc d'un mélange entre la réalité historique et une saine dose de "je m'la raconte et j'aime ça". Comme disait l'autre, "la bandaison, ça ne se contrôle pas"; ben en la matière, Anglais et Ricains n'hésitent pas à se faire bander eux-mêmes par la fiction, tout en ayant d'excellentes écoles historiques quand même (dont les consommateurs de fiction n'ont rien à branler le plus souvent); je pointe le doigt sur notre nombril, pas sur eux..... Apparemment, en tant qu'entité nationale on veut plus bander, et on s'interdit de le faire: le pays le plus laïc a t-il au final gardé un fort degré d'auto-répression, si catholique? -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Pour mieux chier dessus? -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Peut-être est-ce vrai..... Mais peut-être aussi est-il un peu énervant qu'on ne fasse pas un peu plus la même chose en France. Je dis pas qu'il faut surcompenser l'ego national en clamant des victoires à tout bout de champ et en se vantant d'exploits passés du matin au soir, ce qui reflèterait plutôt pas mal d'insécurité (et les Anglais ont un peu un problème là-dessus: quand on regarde leur presse tabloïd et leurs fictions télés, on peut légitimement se dire que passé un certain stade, il s'agit d'un trauma national pas encore digéré), mais un peu plus de cocardisme, notamment dans des manifestations culturelles (fiction, fêtes....) ne serait pas plus mal. -
Guerre civile en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de maminowski dans Politique etrangère / Relations internationales
Là, dans cet article, je ne vois pas malice, sinon une petite dose inconsciente (alimentée à un fond de méconnaissance militaire en général) côté journaliste, qui reflètera plus un reste de préjugé américain issu moins encore de la guerre froide que de certains clichés des années 90. Et vraiment à petite dose: critiquer cet article comme de la propagande ou comme ayant une intention de pourrissage de groove (merci Cuzco), c'est vraiment vouloir voir la chose PARCE QUE le magazine est américain. Même le militaire américain interviewé dans l'article est plutôt neutre et décrit un seuil de 70% comme "préoccupant", en différenciant le terme qu'il utilise de quelque chose de plus grave, et sans employer de terme péjoratif. Et puis c'est USA Today, pas le NY Times: c'est de la presse de bus (pas de la grande presse, et pas un tabloïd non plus): ce n'est pas devenu un gratuit (sauf online), mais je le classerais dans la même catégorie, en terme de niveau, que Metro. C'est de l'attrape-tout fadasse qui ne prend pas vraiment parti, et ne s'exposera jamais à la sale maladie qui est de risquer d'avoir une opinion. Comment repérer la propagande? Déjà avec les basiques: les sources et les faits, quand un problème est majoritairement décomposable en faits plus ou moins mesurables/quantifiables, ou clairement repérables. Ensuite, en voyant à quel point un article s'en éloigne pour essayer de jouer les éditoriaux, prescrivant une opinion plus qu'il n'évoque de possibles conclusions à la question débattue (quelle que soit l'opinion émise, pro ou anti....). C'est plus dur si on n'a pas assez de background sur la question traitée, auquel cas il faut maximiser le nombre d'articles qu'on lit sur la dite question (et faire un crash course d'apprentissage). Mais j'avoue que je crains moins cette déviance dans la presse américaine (au moins une partie de la presse américaine; excluons les tabloïd et les journaux trop éditorialistes) où la prise de parti reflètera plus souvent, au pire, les opinions de camps bien définis que de la "propagande" qui est par définition l'Etat qui parle (la publicité étant son équivalent pour une entreprise). La presse américaine est diverse, et, malgré tout l'anti-américanisme qu'on peut avoir, a des standards que n'a pour ainsi dire aucun autre corps de presse sur la planète (ou très peu en tout cas). Il suffit de s'armer de certaines connaissances sur les préjugés américains du moment (le "market fundamentalism" en est un, d'ailleurs pas qu'américain; mais surtout une certaine certitude inconsciente du rôle américain dans l'ordre mondial, ce sentiment d'exceptionnalisme qui rend même les plus intelligents et objectifs quelque part un peu certains que l'ordre que prescrira les USA est meilleur quoiqu'il arrive), pour pouvoir prendre la distance nécessaire.... Et d'éviter certains médias trop ancrés dans un trip (FoxNews en est l'archétype: un network entier dont l'intégralité de la ligne éditoriale est décidée par un seul homme, assez extrêmiste: Roger Ailes). Et c'est là qu'est le truc en ce qui concerne les ricains; parler de "propagande" est absurde, parce que penser que la presse américaine est aux ordres du gouvernement est absurde. Il y a eu le moment de 2003 qui fut exceptionnel, et qui reflétait moins un quelconque pouvoir de la Maison Blanche sur la presse (qu'elle n'a pas) qu'un consensus paniquard de la nation, dont les médias ont abusé par comportement moutonnier et patriote/nationaliste, aussi bien que par opportunisme commercial. Le tout dans un niveau de peur/rage difficilement reproductible. pas de la propagande, mais l'embrasement d'un pays entier. Et là, la différence entre réalité et discours était facile à établir, en tout cas vu de notre côté du "pond". Dans l'ensemble, je suis bien plus en terrain de confiance dans les médias américains (avec un sain recul) que dans les médias russes (si on peut appeler ça de l'info: c'est comme croire Al Jazeera quand ils parlent du Qatar ), et souvent, français. Parce que pointer du doigt l'article de USA Today comme mal intentionné ou de la propagande, là c'est avoir un niveau de préjugé qu'on reproche à l'autre. Pour la note, j'ai appris l'existence de cet article en regardant un talk show matinal, où le commentateur le brandissait, pour en faire tout un plat qui lui, en revanche, était du pur préjugé mal informé.... Mais je suis habitué à ce commentateur qui est un abruti pétri de préjugés et de certitudes, mais pas de connaissances (et il n'est même pas sur Fox, même si ce serait son habitat naturel). -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
[Mode anglais ON] For the day of Saint Crispin, hail to St George, warm beer, Manchester United and Christmas pudding; Hip hip.... HUZZAH! Hip hip.... HUZZAH! Hip hip.... HUZZAH! [Mode anglais OFF] Bon, maintenant on essaie de pas oublier les dates de la campagne de la Loire (toutes les dates, d'Orléans et Jargeau, jusqu'à Patay, puis l'objectif opératique/stratégique, Reims), sinon ce bref passage va me rester dans la gorge et me laisser un goût façon restes d'un repas chinois livré à domicile. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Au contraire, les Croisades ont permis un énorme progrès militaire en occident. Avant toute chose, le domaine du siège a littéralement connu une révolution via l'importation des techniques et engins de polyorcétique qui avaient, en orient, continué leur évolution depuis l'époque romaine alors qu'ils avaient régressé en occident. Les grandes machines et les savoirs-faires qui les permettent) qui sont pour nous si caractéristiques du Moyen Age furent essentiellement importées/réimportées d'orient via les croisades, et avec elles, toutes les activités qui les entourent (charpente, métallurgie, mathématiques) et leurs pendants (fortification, construction, architecture) ont connu un développement sans précédent. Avec ce mouvement, c'est une révolution tactique et politique qui se développe en occident après la Ière croisade: fortifier et assiéger deviennent des disciplines différentes, des entreprises de plus grande haleine et exigence: les centres ainsi protégés deviennent plus sûrs (pour l'habitat et le commerce, donc pour l'entité politique qui les contrôle), ce qui accroît les distances militaires pour qui veut attaquer (les points d'appui fortifiés éloignent l'attaquant de son objectif par l'accroissement des délais, voire l'impossibilité de tout prendre et tout contrôler), les attaquants doivent désormais (sauf au niveau local de la "petite guerre" féodale entre voisins) plus souvent être des entités importantes, réunissant des moyens plus conséquents et concentrés, requérant des seigneurs d'importance d'avoir plus de moyens. L'impact est géopolitique dans le monde médiéval. Rappelons que jusqu'au XVIIIème siècle, la guerre de siège est bien plus importante, décisive et stratégique que la guerre de mouvement et l'affrontement en rase campagne: le point fortifié détermine tout dans l'espace temps médiéval, tant les distances sont plus grandes, les routes peu nombreuses et surveillées, les points de passage distants et toujours contrôlés par quelqu'un de peu coopératif au mieux, les ressources rares et défendues (interdisant les campagnes longues et les pénétrations profondes). Prendre une ville est l'objectif d'une campagne, bien souvent, et le but même qui la justifie en premier lieu. La grande bataille est une rareté pendant des siècles, un risque important (moins par ses conséquences militaires en elles-mêmes -les moyens d'exploiter une victoire sont faibles, comme Azincourt le montre- que par le risque politique interne chez le vaincu), et un événement qui a rarement une importance justifiant l'investissement. Autre que les sièges, les croisades ont fait émerger des armées permanentes, incarnées par les ordres monastiques guerriers, premiers exemples de telles armées en Europe de l'ouest depuis la fin de l'empire d'occident. De nouveau, des institutions ont pu réentamer le processus de capitalisation des savoirs et savoirs-faires militaires tactiques et techniques, tant par leur organisation centralisée, la réflexion interne et sa transmission continue, que par l'existence d'unités permanentes. Evidemment, cette leçon n'a pu passer le cap d'une transposition au niveau des Etats, mais elle a pu, à divers degré, passer quelque chose quand même: peu en France et en Angleterre, mais nettement plus en Espagne. Note bien que l'adversaire turc des croisades est bien plus qu'un modèle militaire des peuples cavaliers: depuis longtemps, avec la sédentarisation et la féodalisation qui vont avec l'implantation des Turcs au Moyen Orient, cet adversaire s'est diversifié, et dispose aussi bien de vraies infanteries que de cavalerie lourde, en plus de l'habituelle cavalerie légère (cavaliers archers) et d'une bonne archerie à pied (historiquement depuis toujours présente au MO). les tactiques d'évitement et de refus du combat frontal ne sont alors plus depuis longtemps la panacée pour ces peuples, même si elles font toujours partie du catalogue tactique: Saladin n'a pas reconquis l'orient en ne faisant que du harcèlement. De même, en face, les croisés, même si surtout les ordres militaires et Byzance plus que les armées féodales du royaume de Jérusalem et des autres entités importantes (Edesse, Tripoli, Antioche), ont adopté des modes de combat locaux, notamment les unités d'archers montés, incarnés surtout par les Turcopoles qu'on trouve dans la plupart des ordres de moines soldats. Enfin il y a l'apport plus diffus et moins identifiable des progrès militaires incrémentaux dans tous les domaines, qu'une période de conflictualité importante apporte toujours, surtout quand il s'agit d'une telle confrontation avec un adversaire très différent: c'est l'ensemble de ce qu'on voit moins mais qui, cumulé, accélère les progrès et constitue quelque chose d'important et de très visible quand on peut voir l'évolution sur toute la période. Ca va des progrès de la métallurgie des protections à celle de la forge des armes, en passant par le harnachement des chevaux ou les progrès de l'élevage et de la sélection des montures de guerre, de l'organisation tactique des unités à celle des dispositifs de batailles d'une certaine échelle, de l'organisation territoriale des réseaux fortifiés à l'art de mener des campagnes longues (et l'impact que ça a sur l'apprentissage de l'organisation logistique à une échelle supérieure: les campagnes de St Louis, aussi foireuses que furent leur issue, furent de grandes entreprises, réellement immenses pour l'époque, nécessitant de développer des savoirs et infrastructures importants). Ce fut un avantage à un moment donné, somme toute très court, et qui a beaucoup dépendu de la connerie/non adaptation du camp d'en face. Un avantage sans lendemain, pas une révolution. Le seul élément notable de modernité qu'il induit réside plus dans le système socio-politique et économique qui le sous-tend: organisation d'un système de milice particulier, impliquant une organisation politique et fiscal nouvelle, qui permet un peu de développement d'un Etat central et une manière d'obtenir une volonté politique soutenue (via le Parlement et donc un consensus obtenu -ou non- auprès d'une portion de la population -les possédants), donc une capacité à un effort de guerre plus long. Avec, comme conséquence et condition, la mise en place et le financement d'un tissu industriel primitif permettant de créer et soutenir ce système tactique, les longbowmen: des centaines de fabriques d'arcs, de cordes, de flèches (fabricants des différentes parties et "assembleurs"), des réseaux commerciaux permettant d'alimenter ces fabriques (notamment en bois d'if, plutôt éradiqué en Angleterre et donc venant en bonne partie d'Espagne), des grossistes permettant de simplifier les commandes à ces multitudes de sous-traitants, un contrôle qualité vital pour obtenir la production voulue (surtout l'énorme quantité de flèches requises, de divers types et qualités).... Le longbow n'a pas une efficacité très longue; sans la quasi "complicité" de la chevalerie française (par sa connerie et l'impasse culturelle de son logiciel mental de l'époque), il en aurait eu une très courte, un simple changement tactique et opératique ayant pu suffire à contourner cet avantage, dès après la première confrontation, sans rien changer d'autre. C'est un système d'arme qui ne s'emploie que dans une seule configuration tactique (dispositif défensif long à installer, avec une proportion écrasante d'archers, sur un type de terrain particulier, et avec un ennemi pas trop finaud), et ne peut fonctionner dans aucune autre! Il n'a rien de révolutionnaire, et ce d'autant moins que sa puissance considérable n'est déjà plus que limite pour percer les armures qui se généralisent dans la première partie du XVème siècle. Et c'est une arme chère, de par le système décrit plus haut: dès lors que son efficacité marginale devient limitée, l'investissement est exorbitant tant il est peu versatile comme système tactique, et tant son potentiel d'évolution est nul. Il faut au moins 5 ans de pratique intensive pour former un bon longbowman, et vu le système existant, qui ne permet pas d'avoir d'unités permanentes, il faut plutôt compter sur ce système milicien qui implique d'avoir tous les hommes de la "classe moyenne" (résumons simplement la yeomanry à ça) se formant à l'arc dès l'adolescence, pour pouvoir disposer d'un vivier où une proportion réduite aura les aptitudes nécessaires à l'emploi des grands longbows de guerre qui eux peuvent avoir une utilité si bien employée. Le longbow a plus eu un impact par les circonstances particulières du conflit que par sa pertinence intrinsèque. En face, l'autre arme de trait dominante, l'arbalète, est utile, mais n'est pas une révolution non plus: c'est une arme d'appoint, qui ne pèsera jamais décisivement, sauf peut-être dans les batailles navales du temps. Sur terre, c'est un complément, dont l'emploi en unités intégrées n'a pas réellement eu d'impact lourd sur la guerre, sinon comme une (parmi d'autres) arme défensive lors des sièges. Elle commence à prendre un rôle mieux défini seulement au moment où on voit réapparaître des infanteries un peu permanentes, soit dans la deuxième moitié du XVème siècle (fantassins légers gascons, joints à des piquiers, infanterie espagnole, carrés d'infanterie suisses), au moment même où leur remplacement commence à se profiler et à intégrer les mêmes unités (armes à feu portatives). -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Ce sont aussi ses dispositions personnelles: Charles V est de santé fragile, pas vraiment un costaud qui a régné sur le bac à sable pendant l'enfance et l'adolescence, et pas vraiment le genre à traîner dans les lices ou à courir la quintaine. Plutôt un cérébral, le gars, ce qui a pu l'aider au final, surtout quand il s'est trouvé un bras (fort) en la personne de DuGuesclin. Quand à savoir si c'est avant tout la nécessité qui a fait l'intelligence, c'est plus difficile; je pense plutôt que c'était voulu ainsi, parce que la dépense de mise en défense du royaume fut absolument dantesque, bien plus chère que financer l'ost féodal qui n'a qu'une période de mobilisation limitée dans l'année (40 à 60 jours de service par an; pour plus, il faut raquer et négocier politiquement) et ne requiert qu'un financement partiel du roi. Donc Charles V n'est pas "démuni": même les hécatombes de Crécy et Poitiers n'ont pas saigné la noblesse française qui reste très nombreuse, même si elle a du sévèrement raquer pour payer un tas de rançons, et perdu pas mal de capital militaire (les chevaux de guerre et armures sont, pour une part importante de la noblesse, un investissement considérable, et ils reviennent au vainqueur en cas de capture). Le royaume souffre avant tout de sa faible centralisation et de l'absence de fiscalité nationale. Trouver une parade tactique n'est pas évident, en trouver une stratégique est plus aisé pour qui a les moyens intellectuels et politiques de la mettre en place. Fortification du pays (et renforcement de l'organisation militaire de défense: cadres de garnisons -futures "mortes payes"-, milices, systèmes d'alerte, politique de protection des stocks alimentaires....), stratégie "low cost" d'attaque, et, troisième volet que j'ai oublié mais qui coûtait aussi très cher: la politique navale pour mener la guerre sur mer, faite de harcèlement des côtes adverses, de raids sur le commerce et d'occasionnelles batailles (avec alliés, comme à la Rochelle). Le Clos des Galées à Boulogne fut le centre de cette dernière politique, et c'était de l'investissement lourd. Donc non, Charles V n'était pas démuni. Je vote pour son intelligence plus que pour un cas de "nécessité fait loi". C'est aussi là qu'on s'aperçoit que, dans le cadre du monde médiéval, il n'y a pas beaucoup de moyen de capitaliser sur l'expérience, dans le domaine militaire, au-delà de la durée de vie d'un individu: pas d'institutions militaires fixes (au-delà d'un noyau d'administration centrale, essentiellement logistique et comptable), pas d'unités permanentes.... La transmission familiale est à peu près tout ce qu'il y a, et c'est quelque chose de très limité, subjectif, aléatoire, et dispersé sur tout le territoire, avec bien peu de brainstorming général dont on puisse tirer des leçons et des solutions génériques. La couronne anglaise a en fait réussi l'une des premières expériences du genre, permise par sa centralisation et un choix heureux; ils auraient pu aussi bien se fourvoyer et surestimer le système d'arme adopté, et tout le système politique, social et économique qui le sous tend: le temps d'apprentissage est long, celui de correction l'est encore plus à cette époque, avec les moyens limités des Etats, la décentralisation restant la donne dominante (même en Angleterre, qui a juste quelques degrés de centralisation en plus). Bref, dans les royaumes d'occident, chacun retient ses leçons à sa façon, avec son regard, dans son petit coin, et fait sa petite tambouille. La seule expérience partagée, ce sont les joutes et les récits de chevalerie. Dans la durée de vie d'un chevalier, le nombre de batailles, même pendant l'essentiel de la guerre de Cent Ans, est très réduit, ce qui réduit la possibilité d'accumuler des retex pertinents, d'autant plus qu'on ne peut réellement les partager que rarement, et juste avec ses potes et dans son cercle féodal (essentiellement régional), qu'on n'a qu'une vue partielle (et biaisée par ses propres préjugés et limites), qu'il n'y a pas d'institution centrale chargée des retex et de la R&D, et que les autres "groupes" féodaux qui font la même chose ne sont pas nécessairement des amis, ou vus comme des "compatriotes" comme nous l'entendons, mais des concurrents, voire des ennemis de demain. Très peu de gens, surtout aux hauts niveaux de commandement, ont vu un nombre significatif de grandes batailles même pendant ce conflit (alors des souvenirs de Courtrai....); beaucoup de combats, d'escarmouches, énormément de sièges, oui, et ces choses accaparent déjà l'attention et le savoir au point de dominer la pensée militaire de la majorité, pour plein de bonnes raisons, avant tout parce que c'est ce sur quoi on se focalise (j'ai oublié la statistique, mais il doit y avoir quelque chose comme 10 à 20 sièges pour une bataille rangée significative), c'est ce qui compte le plus, et c'est là où on risque sa couenne 95% du temps. Et une fois que notre dit chevalier hypothétique d'un haut niveau de commandement a accumulé son expérience, quelques grandes batailles comprises (ou ce qu'il en a vu sous son angle), que peut-il en faire? Dire des trucs à son fils (qui va au moins en partie se dire que c'est des trucs de vieux radoteur), et pas grand chose de plus. Ca ne peut pas faire école et se répandre: y'a pas les infrastructures sociales et institutionnelles pour ça. Tropbo -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
On peut même ajouter que ceux de 1415 sont pires que ceux de Crécy et Poitier, qui (pour ceux qui avaient survécu) avaient appris après coup et s'étaient adaptés, certains participant à la grande phase de reconquête des années 1360 à 1380, sous Charles V et DuGuesclin. Une reconquête qui s'est faite avec de petits effectifs, fonctionnant plus sur le régime de la campagne coordonnée de raids commandos et d'embuscades, s'attaquant aux places fortes, aux convois de ravitaillement, aux détachements en transit.... La formule tactique anglaise est novatrice sur le continent quand elle apparaît, et il n'est pas si aisé d'y trouver une parade étant donné qu'elle s'inscrit longtemps dans le cadre d'une stratégie de "chevauchées", soit de grands raids à travers une région, voire le pays entier. Pas si facile d'imposer la bataille, surtout une dans les conditions qu'on veut, à un adversaire qui ne veut pas tenir de terrain ou de places hors des siennes, alors qu'on est soit-même forcés de chercher la bataille, souvent à tout prix et donc dans n'importe quelles conditions. La tactique anglaise, qui repose sur les archers, mais par là, le fait que les archers doivent occuper un certain type de position (sur une élévation, en éventail, avec un dispositif préparé à l'avance: retranchements creusés derrière des palissades de pieux), réclame du temps pour être mise en oeuvre, car elle ne peut marcher hors de ces conditions: si les Français avaient eu le même outil (cad le système de formation/mobilisation, le système de financement, et le tissu industriel) à la même période, ils n'auraient pas pu avoir les mêmes conditions d'emploi puisque les Anglais venaient en France (pas l'inverse) et n'étaient donc pas forcés de chercher la bataille si les conditions idéales n'étaient pas réunies. Le but des Anglais était d'affaiblir l'autorité du roi de France, pas de conquérir directement des places et des terres: décrédibiliser la capacité du roi à défendre ses villes et provinces permettait ensuite de rallier plus de féodaux et de villes. Mais sur le plan opératique/tactique, ce résultat s'obtenait par la chevauchée, soit des campagnes de pillage. C'est pourquoi la réponse de Charles V fut la bonne: mettre le royaume "en défense" et laisser la bride sur le cou à un DuGuesclin plus préoccupé de coups de mains multiples que de grandes batailles, dans un cadre bien pensé. Si l'effort militaire offensif est d'un très faible coût, en revanche, la mise en défense du royaume est un énorme investissement; la France connaît alors une vague de fortification comme elle en a peu vu dans son histoire, l'organisation des milices y est revue et prise au sérieux (de même que l'organisation du fonctionnement économique, pour limiter l'impact des raids anglais), les effectifs professionnels de garnison augmentent partout, toutes les entités socio-politiques sont mises à contribution pour fortifier tout ce qui peut l'être. A côté de ça, la troupe de DuGuesclin (qui n'a jamais du réunir plus de 2000h en un endroit à un moment donné), c'est du peanuts, même s'il s'est agi d'une excellente troupe de soldats aguerris et "dé-féodalisés" (dans leur mentalité). En 1415, après la longue trève (1389-1415), tout est à refaire, et la mentalité chevaleresque a fait un retour en force chez les djeunz de l'époque, qui ont grandi sans les leçons durement apprises de la phase précédente, qui n'avaient qu'imparfaitement fait leur chemin puisqu'elles n'avaient pas concerné une grande part de la noblesse. Ceux qui se pointent à Azincourt sont en fait encore plus intoxiqués, pleins de foutre et d'hormones, et contaminés par le ton donné par la brillante vie de cour de Charles VI, une cour de temps de paix où les ménestrels et écrivains ont pu gaver le pays de récits de superhéros en armure. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
J'ai pas dit qu'ils avaient attaqué de front, vil calomniateur! De toute façon, on sait peu de choses sur la bataille, hors des grandes lignes, même pas si elle a réellement eu lieu à Patay. De ce qu'on sait sur son déroulement, les cavaliers ont attaqué les lignes d'archers "par les flancs" (droit? Gauche? Les deux?), et qu'il a du aussi y avoir un détachement chargeant les chevaliers anglais (qui ont détalé, leur chef, Falstoff, en tête) pour les empêcher d'appuyer les archers (pour lesquels ils avaient peu de considération, donc n'allaient pas non plus se faire écharper pour eux) et parce que c'étaient des cibles de plus grand choix dans les codes mentaux de l'époque (et pour les portes monnaies de l'époque). Celui qui a rentabilisé sa journée, c'est le gars qui a capturé John Talbot, un certain Dagneau (comme le général Mouton, sous Napoléon, un type très mal nommé); il s'est fait anoblir et a du recevoir des récompenses variées, plus le joli pécule de la rançon d'un tel seigneur. -
A t'on vraiment des spécificités dans l'armée de terre ( montagne ,amphibie ,TAP etc ... ) ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Europe
Dont un bataillon de parachutistes, juste histoire de rajouter une dénomination dans le titre? -
Guerre civile en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de maminowski dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, c'est pourquoi je soulignais qu'il n'y avait rien de très choquant dans ces chiffres: c'est un peu bas, mais pas criiquement bas. On peut le lire dans l'article même, d'ailleurs, avec un militaire américain cité comme mentionnant une dispo de 80% comme la norme moyenne pour l'armée US, et pointant une chute à 70% comme préoccupante, mais sans plus. A voir si c'est un fait durable, ou juste un moment. J'avoue être plus intrigué par le détail des difficultés que rencontrent les Russes sur ce plan logistique: les conditions du théâtre, et la poussière en particulier, sont pointés du doigt. Les appareils russes y seraient-ils plus sensibles? L'usure qu'on a tellement vu pour les occidentaux en Afghanistan et Irak leur est-elle plus ou moins néfaste, étant donné la plus faible durée de vie programmée dans les matériels russes qui, comme le mentionnait Shorrky, viennent encore (sauf pour les plus récents peut-être) d'un modèle qui les construisait ainsi? -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Mouaif: c'est évidemment très discutable, surtout étant donné le niveau d'information très partiel que nous avons même sur la configuration du champ de bataille à cette époque (notamment la densité et l'étendue de la couverture boisée à ce moment, différentes d'aujourd'hui). Une large manoeuvre de contournement du bois par un détachement (nécessairement significatif, pour bloquer une éventuelle retraite de la troupe anglaise) était peut-être possible, mais aurait aussi assez sûrement déclenché le départ immédiat des Anglais dès le premier mouvement, à moins que ce départ ait pu être camouflé, ce qui me semble difficile pour une troupe de chevaliers qui ont une logistique trop importante et une mentalité trop inadaptée pour ce genre de manoeuvre plus militaire que guerrière. Par ailleurs, même sans connaissance exacte de la taille des bois à contourner, je ne suis pas sûr que les deux éléments ainsi créés aient eu du coup possibilité de se coordonner, les distances pouvant vite devenir trop grandes pour les communications de l'époque. Et là survient un autre doute: on ne sait au final rien de très sûr à propos des effectifs des deux armées: les Anglais avaient quelque part entre 6000 et 9000h, et pour les Français, on est dans une fourchette difficile à évaluer. Il est possible qu'il y ait eu aussi peu que 12 000 combattants, et sans doute pas plus de 18 000, avec une grande masse de non combattants, le chevalier étant un système d'arme lourd en logistique, et l'aristocrate étant un animal lourd en vanité, donc tendant à s'entourer de beaucoup de bouches, certaines utiles, d'autres moins, et d'autres encore, pas du tout. Les suites des seigneurs de quelque importance, et surtout des plus grands, peuvent ainsi compter des centaines de personnels non combattants, ce qui a sans doute donné à certains chroniqueurs (outre les nécessités a posteriori de propagande des vainqueurs) l'impression d'un déséquilibre numérique gigantesque dont on sait aujourd'hui qu'il a été très exagéré: il n'y avait pas 6 Français pour un Anglais, et pas non plus 4 pour 1. La fourchette réaliste se situe quelque part entre 2 (ou un peu moins) et 3 pour 1, avec une estimation de l'effectif de chevaliers/hommes d'armes (donc l'effectif nobiliaire) tournant autour de 10 000h, donc 1200 à 1500 étaient montés pour la bataille, le reste chargeant à pied. Concernant la sortie d'Ysembard d'Azincourt, on sait peu de choses, et on peut douter qu'il ait fait partie du plan de bataille: peut-être y a t'il eu conseil avec lui le jour précédent, lui enjoignant d'attaquer l'arrière anglais si l'occasion se présentait, mais il ne faisait pas partie de l'armée, étant juste le seigneur de l'endroit: il n'est pas un "détachement" de l'host français, juste un gars retranché dans son château. Son attaque s'est faite avec un faible nombre d'hommes d'armes et leurs écuyers, épaulés par quelques centaines de paysans. On peut aussi bien soupçonner un pur fait de brigandage d'un petit seigneur qui a vu une bonne occasion de grapiller quelque chose. On peut même plus pencher vers cette dernière hypothèse étant donné qu'on ne sait pas à quel moment de la bataille cette attaque a eu lieu, mais qu'un des chroniqueurs la mentionne comme se déroulant au tout début de la bataille, et que ce chroniqueur était un chapelain présent dans le bagage de l'armée anglaise; ce pourrait être très vrai, le récit traditionnel qui place cette attaque à la fin ayant été ultérieurement favorisé, peut-être par Henry V lui-même, pour justifier la décision d'exécuter les prisonniers, acte qui a valu de l'opprobre au roi anglais (et un opprobre ayant des conséquences politiques: l'aristocratie des deux pays n'aime pas qu'on joue avec ses codes culturels, surtout quand cela implique une surmortalité qu'ils n'aiment pas, eux qui font la guerre pour les rançons et le pillage). -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Ouais, dans un corridor étroit où se fourre une presse d'abrutis en armure, à cheval ou à pied, sans espacements sur les côtés ou derrière, se bousculant pour avancer et passer au premier rang, se pressant d'un bord boisé à un autre et sur un maximum de rangs en profondeur (enfin "rangs", façon de parler: l'ordre n'était pas vraiment au menu). Notons qu'à Patay, la charge de l'avant-garde, qui est aussi l'aile droite quand le dispositif se déploie (les autres "batailles" de l'armée -centre et arrière- n'ayant pas eu à être engagées), n'est pas tellement le fond de l'affaire: foncer sur un tas d'archers en train de mettre en place son dispositif de rangs de pieux en entonnoir géant n'est pas un grand exploit guerrier, mais plutôt un simple massacre, les dits archers n'ayant réellement qu'une seule capacité de combat et une très faible polyvalence (tirer leurs salves et aller achever ceux tombés -comme à Azincourt- recouvre l'étendue de leurs capacités). Le point positif de Patay, c'est le "complexe reconnaissance-frappe" qui est -enfin- utilisé: une bonne capacité de reconnaissance/renseignement permet de repérer l'armée anglaise avant qu'elle ne rende la politesse, donc de capturer l'initiative et de choisir son moment. Ensuite, la prise de décision rapide, intelligente et audacieuse d'attaquer (il y a une bonne distance à couvrir, donc un risque d'alerter l'ennemi et de le voir se préparer) permet de profiter de la mobilité de la cavalerie, enfin utilisée à bon escient. Vu que l'armée était en ordre de marche, je doute que les chevaliers aient porté tout leur équipement, et la "charge" de cette cavalerie lourde n'est pas une charge frontale en haies, ordonnée, soit la tactique principale de cette arme (pour l'effet de choc), mais sans doute plus une ruée en avant, correspondant à un ennemi pris le pantalon baissé, pas en position de combat, et plutôt dispersé au niveau tactique (en cours de travaux, en train de se ruer vers ses armes ou de fuir à la vue des cavaliers approchants). Il n'y a pas de résistance ordonnée et cohérente. Bref, du bon travail en amont du champ de bataille, qui permet de combattre quasiment sans pertes (côté français) et d'obtenir un résultat maximal: le corps de bataille d'archers anglais est détruit, et ce pour un bon moment vu la rareté et le coût de cet outil. Les longbowmen sont légions en Angleterre, vu le système imposé par les "archery laws" d'Edward Ier, mais une énorme sélection est nécessaire pour obtenir un corps de bataille satisfaisant aux exigences (et qu'il faut ensuite entraîner en unités, et à qui il faut faire gagner de l'expérience) d'une campagne en France: seuls les plus grands et plus forts peuvent utiliser les grands longbow (autour d'1,8m) qui peuvent délivrer la puissance de tir nécessaire à des effets significatifs sur le blindage adverse. Et comme en plus, dans cette sélection, le volontariat est nécessaire, cela fait encore un facteur qui réduit le vivier de recrutement effectif, et ce d'autant plus que l'afflux de volontaire est directement corollaire de la capacité de financement de la couronne (qui dépend de la scène politique) et des victoires récentes (signe de confiance et de butin). Une défaite, surtout un KO comme ça, tarit le dit recrutement. S'il faut au moins 5 ans pour former un bon archer, et sans doute une ou deux campagnes pour avoir une proportion utile de bons vétérans (qui solidifient la troupe, "portent" la majorité de l'effectif, maximisent l'efficacité de l'unité), le coup porté à Patay fut lourd, réellement lourd, puisqu'il s'agissait d'un contingent vétéran issu en grande partie du recommencement de la guerre sous Henry V (en 1415), qui était reparti initialement avec des bleus, vu que les derniers vétérans des dernières campagnes de la première partie de la guerre (années 1370: les années 1380, à la fin desquelles une trève survient, voient plutôt des petits affrontements du type féodal, en mode embuscade ou sièges) devaient être morts ou grabataires, ou en tout cas plus très frais pour les plus jeunes. Pas d'accord: un commandement compétent n'aurait pas livré bataille à cet endroit: le frontal était condamné, puisque les Anglais avaient eu le temps d'installer leur dispositif tactique (le seul où leur système d'arme marche), et les flancs étaient condamnés comme espace de manoeuvre par la couverture boisée, assez dense et garnie par Henry V de tireurs embusqués et de fantassins. Pas en nombres énormes, mais assez pour empêcher une progression, surtout une coordonnée, nécessaire à à un assaut sur la position anglaise. Attendre aurait été de meilleure politique, et de meilleure stratégie, le temps jouant contre les Anglais, et d'autres forces françaises convergeant alors vers la zone d'opérations, en partie pour couper la retraite d'Henry V. A un moment ou un autre, de toute façon, il aurait du bouger, et n'avait pas beaucoup de ravitaillement sur lui. Seule la défaite française lui a réouvert sa route de retraite (qu'il s'est empressé d'emprunter, rembarquant dare dare malgré sa victoire), les autres troupes ne sachant plus quoi faire, notamment en raison de la perte de Boucicault et de l'affrontement réouvert par cette bataille entre Armagnacs et Bourguignons, les Armagnacs étant affaiblis, et pointés du doigt. Ironique quand on voit de quel poids ont pesé les chefs bourguignons présents dans les conneries faites ce jour là, emportant par leur rang la décision sur l'autorité plus mince de Boucicault, forcé de suivre le panache pourri de la bêtise.