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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Déjà, une part énorme des sommes suralimente les marchés publicitaires de chaque Etat: c'est de loin le plus vaste poste de dépense des campagnes et du soft money, surtout en raison de la diversification des médias et du coût de certains marchés publicitaires. Maintenant, faut pas non plus trop déconner: le dernier cycle électoral (non présidentiel, d'accord, donc quelques crans moins cher) a dépassé les 2 milliards de dépenses, et le prochain, sans précédent, pourrait dépasser les 4-5 milliards suivant les manières de compter (et en n'oubliant pas qu'il ne s'agit pas que des campagnes présidentielles, mais de toutes les élections qui arrivent avec). Ajoutons le coût à l'année de la sphère lobbyiste (au sens large) à Washington, qui est difficile à évaluer: entre 3 et 5 milliards théoriquement (si on se fie au chiffrage des activités de lobbying), mais le "dark money" qui représente une autre sphère comptablement plus difficile à lier à l'activité politique et para politique, pourrait représenter n'importe où entre 5 et 10 milliards de plus. A cela s'ajoute aussi le coût de la même activité dans les capitales d'Etat, chacun ayant une vraie scène politique, plus ou moins développée (dans les grandes villes et Etats très peuplés, c'est vraiment important et souvent plus poussé que dans bien des pays européens), et sa propre scène de lobbying, avec des coûts de campagne qui ont aussi subi Citizens United et cette OPA graduelle de l'outside money sur les candidatures. Enfin il faut ajouter le saupoudrage de campagne permanente, essentiellement par le soft money, qui se fait à l'année sur des sujets d'intérêt particulier, et accompagne le militantisme constant des groupes d'intérêts, fondations, think tanks, groupes militants.... Mais au global, même si on devait donner un chiffre, très hasardeux et sans doute dans une fourchette très large, on serait autour de quoi? Peut-être autour de 30 milliards de coût de la politique politicienne/militante à l'année, tout confondu? Auxquels s'ajoutent le coût ponctuel des périodes de campagne, même si celles-ci semblent désormais commencer bien plus tôt qu'avant (donc commencent à coûter beaucoup plus tôt). C'est énorme, c'est hallucinant, c'est corrosif pour une démocratie, et ça reste très cheap pour acheter des politiciens et acheter la faculté de donner le ton de la conversation nationale (raison pour laquelle les groupes d'intérêts continueront à payer cette peccadille par peur de ce qu'il leur en coûterait de ne pas le faire: le politicien et la politique sont à vendre, et restent somme toute très bon marché), mais somme toute, c'est pas le genre de sommes qui change les fondamentaux de l'économie américaine. C'est dommageable pour l'économie et la société par cet effet de préemption privée du processus de décision national, et c'est sans doute pas l'affectation la plus judicieuse de ressources quand au secteur économique créé par cet afflux (organisations de tous types soutenant une cause, organismes et entreprises d'expertises/conseils/soutiens divers, secteurs spécifiques du marché médiatique, consommations diverses), mais c'est pas une ponction significative en termes de montants, par rapport à l'économie. Et cet argent reste en bonne partie dans l'économie: il circule aux USA, et dans l'absolu, c'est même un ensemble d'activités non délocalisables, même si beaucoup de ces sommes subissent le même sort que les autres secteurs d'activité, à savoir qu'il circule un peu, crée ou maintient un certain nombre de jobs (dont la productivité et l'utilité fondamentales comparées sont plus discutables) et finit vite concentré dans un très petit nombre de mains qui en récoltent l'essentiel.... Comme pour le reste de l'économie d'aujourd'hui, structurée pour ça. S'il faut le comparer à quelque chose du passé, c'est moins à la thésaurisation stérile, surtout des puissants, qu'au système de cour de certaines monarchies, à la différence que le système de cour, par exemple celui de Louis XIV, avait au moins l'utilité (initiale en tout cas) d'être un système de paix civile, destiné à dé-féodaliser les grands du royaume et leurs clientèles, à empêcher des guerres civiles. Dans le système américain, surtout post Citizens United, rien de tel.
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Ca, c'est la politique électorale aux USA, et quand ça verse dans les pubs négatives, c'est sale de partout; et franchement, lors de la dernière présidentielle (mais aussi dans les mid terms), les organisations républicaines ont sorti des trucs vraiment dégueulasses, particulièrement dans le registre des campagnes anti-ACA (ou "Obamacare"). Mais l'un des points principaux des SuperPACs, qui théoriquement "ne se coordonnent pas avec les campagnes" (wink wink, s'amuse t-on éternellement à Washington) parce que c'est interdit (rôôô, et ce serait pas bien) même s'il n'y a quasiment aucune possibilité de vérifier s'il y a "coordination" (zut alors), c'est la prise de contrôle de cet "outside money" sur le processus interne des partis (beaucoup plus les républicains que les démocrates, vu les structures différentes des financements des deux) et, par là, sur le processus électoral. L'argent des campagnes proprement dites reste important, mais c'est lui qui est encadré, inspecté et plafonné, et c'est celui qui est sous le contrôle des partis et candidats. Ce qu'on appelait jadis le "soft money", l'argent des PACs, offrait déjà une alternative à l'absolu contrôle des partis, dans un mélange assez équilibré qui évitait la dictature d'appareils politiques nationaux (les conventions nationales) mal vécus par les partis de chaque Etat (les partis républicains et démocrates n'existent qu'au niveau d'un Etat). Mais cet argent est désormais très petit à côté de la déferlante des SuperPACs qui, essentiellement, sont une OPA d'un extérieur limité à quelques acteurs, sur les appareils de partis et les candidats. Ce qu'on voit actuellement dans la course côté parti républicain, c'est en partie une semi-rebellion de la base, moins contre cela en particulier (parce que la plupart de ces électeurs de base ne connaissent pas et ne comprennent pas le système) que contre le rôle de l'argent en général dans leurs élections et le système de gouvernement. L'autre partie de cette rebellion, c'est le refus du compromis, une volonté absolutiste d'un radicalisme conservateur. Que font les SuperPACs comme actions concrètes dans une campagne? La publicité, télé, internet.... Est évidemment le premier poste de dépense: la seule contrainte est de ne pas nommer le candidat directement, mais attaquer le candidat adverse, c'est tout bon, donc la tendance aux pubs négatives est immense. Mais plus largement, l'hypocrisie sur le fait de la non coordination permet d'aller beaucoup plus loin dans une campagne: organisation de systèmes de transport et d'infrastructures temporaires pour faciliter le vote de ses électeurs (et handicaper le vote des autres, mais chut), créations d'infrastructures de "command and control" dans chaque Etat, parfois au niveau de comtés/quartiers de grandes concentrations démographiques, rassemblements d'électeurs en pools ou associations pour favoriser la participation, rémunération de "militants" allant faire du porte à porte ou autres actions de soutien, campagnes de communication pas forcément directement médiatiques pour soutenir son camp et surtout démolir celui d'en face, saturation financière d'un marché médiatique pour préempter le temps d'antenne, organisations sur les campus universitaires.... Il y a vraiment des millions de façons d'opérer (et les règles sont peu contraignantes), qui s'ajoutent au travail continu qu'alimentent les organismes politiques (qu'ils se revendiquent tels ou non) partisans comme les fondations, think tanks et autres, qui travaillent l'arène publique, ou des publics plus ciblés, à l'année (publications, lobbying, campagnes "d'information"....). C'est désormais un secteur économique très important vu les sommes qui y sont lâchées.
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C'est pourquoi j'ai mentionné plus haut à son égard l'expression "d'idiot savant". Le haut de la pyramide socio-éducative en est plein. Un autre exemple dans le genre, et pour rester dans le sujet des USA et le fil de mon dernier post, réside dans tous ces milliardaires qui s'affichent dans le processus électoral et essaient de caser leurs politiques à coups de dizaines de millions en financements: beaucoup sont juste des déguisements plus ou moins mal ficelés pour les avantages commerciaux, économiques, financiers, juridiques, voire sociaux (tel un qui veut que les droits de vote soient au prorata de la fortune), mais un grand nombre sont complètement cons, voire hautement dangereuses, comme la volonté affirmée de Sheldon Adelson d'obtenir une guerre contre l'Iran. Pour partie, beaucoup de ces gens savent qu'ils balancent des conneries qui masquent essentiellement les aménagements et lois qu'ils veulent pour leur business, mais pour une autre partie, beaucoup sont persuadés que ce qui est bon pour leur business et tout ce qui les met eux sur un piédestal est forcément bon pour l'économie et leur pays, voire le monde. Méconnaissance profonde de comment le monde (et la démocratie) fonctionne (sorti de leur secteur d'activité), parfois une inculture crasse, mais surtout une vie entière entourés de yes men et de sycophantes les amènent à se prendre pour les omni-experts quand ils sont plus souvent des gamins capricieux et égocentriques avec trop d'argent. Résultat final: y'en a un qui domine le champ républicain en ce moment, déblatérant connerie sur connerie.... Et il croit même à pas mal d'entre elles.
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turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, ce serait très révélateur, et ça renvoie à une question que je posais plus haut, sur l'évolution du kémalisme dans la société en général, mais surtout dans les institutions de sécurité en particulier, et l'impression générale que j'en ai depuis un certain temps, c'est que effectivement on voit plus de nationalisme proprement dit que de kémalisme (au sens sociétal et laïcard), avec toutes les nuances et "familles" que le nationalisme turc peut comporter (pan turkisme, islamo-nationalisme....). -
Un exemple des résultats de Citizens United sur le processus électoral américain: un article récent du NY Times (auteur Nicholas Confessore, prix Pullitzer) donne les résultats d'une longue enquête sur l'origine de l'argent déjà injecté (un an avant l'élection) dans le dit processus, ce qui est appelé le "early money". 158 familles (dont les membres actifs en politique sont essentiellement riches, blancs et vieux) et les entreprises qu'elles contrôlent ont ainsi déjà fourni 176 millions de dollars au jour d'aujourd'hui (sans même préjuger de ce que ces mêmes familles et d'autres continueront à verser jusqu'au jour J), somme qui représente autour de la moitié du total de l'early money. Autre point notable, le déséquilibre extrême des destinations de ces contributions: 138 de ces "sources" d'argents soutiennent des Républicains, 20 soutiennent des démocrates (le déséquilibre des sommes versées est à peu près du même ordre). L'opacité des financements est par ailleurs l'autre grande nouveauté: elle a toujours été là, mais elle est désormais un élément dominant. Un élément dérangeant pour la droite américaine: si 158 famille ont fourni autour de la moitié des financements de campagne à ce jour, mais que 138 d'entre elles se sont concentrées sur les campagnes républicaines.... Quelle proportion de l'effort de campagne républicain ces grandes familles représentent-elles? Non, ce n'est pas une question de maths, mais ça en dit en revanche long sur les orientations républicaines aujourd'hui. Si la part prise au cours des décennies (et plus encore depuis Citizens United) par les plus riches dans le processus électoral (et politique en général) est devenue énorme, ce simple chiffre révèle aussi un affinage de ce fait: l'absolue domination de quelques-uns dans le pré-processus électoral, soient les primaires et la préparation du ton qu'auront les campagnes générales. Dans cette phase qui n'intéresse encore qu'une petite minorité d'Américains, la domination du 0,00001% (statistique de l'article) est quasi absolue, si bien que la sélection moins des candidats que des pools de candidats et le degré de contrôle exercé sur eux (quoique la plupart disent dans leurs positions et présentations publiques) et sur les sujets d'attention est proprement énorme, ce qui correspond à une définition très en amont de la nature des élections et de ceux qui auront quelque chose à y dire, avec une capacité toujours décroissante des candidats refusant ce système à se faire entendre, à avoir les moyens d'être candidats (un sport cher) et à durer la distance (l'un des impact de l'argent est aussi d'allonger la période de campagne, ce qui est une barrière de plus par l'argent). Dernière statistique issue de cette enquête: sur ces 158 fortunes dominant cette période de pré-campagne, 64 sont des fortunes issues du secteur de la finance, 17 du secteur de l'énergie, 15 de l'immobilier et 12 des médias. On voit qui pèse.
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turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Naaan: les 45, c'étaient des hommes de mains élevés en garde spéciale du roi à l'initiative du Duc d'Epernon qui était, lui, un des "Mignons". Eux, c'étaient des petits gentilshommes gascons (essentiellement de la clientèle directe ou indirecte de D'Epernon) qui n'avaient que leurs épées: des bons bourrins de province sans autre éducation que guerrière qui sautèrent sur l'occasion d'un revenu régulier. Loyaux, braillards et querelleurs, ils n'avaient rien pour plaire à Henri III sinon justement ces grandes qualités, plus qu'utiles dans sa situation d'alors. Quand on ne peut être sûr de ses propres rangs et de ses propres organisations, on va chercher ailleurs et/ou on fait du nouveau: demande à Constantin comment il en a fini avec les Prétoriens (et Septime Sévère avant lui, même si plus temporairement), à Pierre le Grand comment il a dealé avec ses Streltsy, et, pour revenir dans le sujet, comment Mahmoud II s'est occupé des Janissaires. Henri III fut plus chirurgical: ses gardes posant moins de problèmes directs (mais ne contribuant pas plus à des solutions), il s'est occupé plus directement de qui posait problème, notamment en influençant trop de nominations et d'actions chez ses gardes.... Via de nouveaux gardes. Que fait Erdogan avec l'armée? L'option purge est impossible, donc il contourne. Et en attendant, l'armée (et les autres organismes de sécurité) reste à peu près ce qu'elle est: quand il fait une purge de colonels, je doute que le système social par lequel l'armée se reproduit soit si aisément contrable, si bien que ce qu'on voit, c'est Erdogan montrant occasionnellement son pouvoir, mais obligé de faire du business avec les militaires sur autant de terrains d'entente qu'il peut en trouver.... A commencer par un nationalisme pur et dur sur le plan territorial/ordre intérieur. -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Je ne connais pas assez le dossier pour savoir ce qu'il en est de l'état du kémalisme en Turquie aujourd'hui en général, et dans les institutions régaliennes (armée, police, gendarmerie en tête) en particulier, ou dans les pans de la société qui en étaient jadis de farouches soutiens (organisations nationalistes....). On a apparemment constaté une forte évolution du nationalisme turc, vers le pan-turkisme d'une part (pas très religieux, voire avec des côtés néo-païens dans certaines branches, l'idéologie quand elle est passionnelle, ayant un tropisme vers les "racines" turco mongoles), et vers des ramifications avec la religion d'autre part, quoiqu'il apparaisse dans ce cas que ce soit avant tout un voeu pieux des plus extrêmes tant côté nationalistes que côté ultra-religieux. Donc difficile pour moi d'évaluer la chose. On peut constater en revanche, au-delà de ces questions de fusion ou non des différentes familles de groupes, qu'il y a bien souvent collusion d'intérêts dans de nombreux cas, et évidemment de visées politiques sur de nombreux sujets: l'attitude sur la question kurde en est bien évidemment l'un des tout premiers, sinon LE premier. Et il y a de toute façon le fait que l'armée (et les autres outils sécuritaires de l'Etat) ne sont pas des entités autonomes: tout comme les politiques, ils sont contraints par des règles, des contre-pouvoirs, un cadre d'existence.... Qui ne sont pas que de la théorie, bien au contraire. Comme dans tout Etat aux structures développées. Tout ce petit monde, qu'ils se détestent ou non, est forcé de cohabiter et a beaucoup de taf à faire ensemble, dont une grande partie n'implique pas ou ne permet pas (on peut pas risquer de se déchirer et de faire une crise politique sur tout, les moyens et les choix d'action restent des choses très contraintes et ont une forte inertie sur laquelle on n'ajoute que quelques éléments au quotidien) de querelles idéologiques. Il y a un Etat turc à faire tourner, il n'y a le plus souvent pas 36 choix à faire, la plupart le sont en continuation de quelque chose déjà commencé depuis longtemps, et il y a généralement peu de temps pour agir/réagir. -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Comme j'avais commencé à l'évoquer plus haut, l'armée turque -et sans doute la police et plus encore la gendarmerie- doit être un truc plus que difficile à "épurer"; avec un niveau d'auto-reproduction anormalement élevé, et un moule institutionnel extrêmement idéologisé, il s'agit d'un organisme extrêmement résistant aux attaques extérieures. Une vaste proportion des enfants entrant dans un système éducatif menant au moins en partie à l'armée veut dire que la sélection commence très tôt, avec donc un réseau d'écoles formellement ou informellement penchant vers un type d'éducation orientant vers de telles carrières, et débouchant sur les très importants lycées, puis académies militaires, lesquels doivent être des bastions partageant une mentalité très particulière. Le tout est encadré par l'univers social endogamique de la partie militaire-sécuritaire du kémalisme "culturel", qui touche ainsi un grand nombre de couches sociales et le vaste et peu formel écosystème qui va avec, directement dans les institutions militaires et sécuritaires, mais aussi plus largement dans l'appareil d'Etat, l'administration centrale et locale, le secteur privé (dont le complexe militaro-industriel turc qui, même épuré et privatisé, ne peut si facilement se dégager de tant de décennies d'inertie relationnelle et culturelle) et la société civile (retraités et leurs familles, anciens -pas forcément passés par l'armée ou la police- des écoles militaires, milieux associatifs nationalistes....). En bref, vraiment beaucoup, beaucoup de monde, d'absolument tous les niveaux sociaux et éducatifs, venant d'absolument partout en Turquie, exerçant tous les métiers: une société en soi quand on en vient à envisager la chose ainsi, donc avec beaucoup de poids politique, de réseaux, de coordination quand il le faut. Il faudrait plusieurs générations et un effort massif et sans faille pour vraiment démolir un tel organisme.... Ce pourquoi d'ailleurs Erdogan a abordé dès le début le problème autrement: de plus de 8% du PIB au début de son premier mandat, l'armée et son petit univers sont passés autour de 2 et quelques pourcents. Plutôt que de tuer la bête, l'AKP l'a amoindrie. Parce qu'il faut être sérieux: quand une institution a un tel niveau de pénétration et de conscience de soi au point de devenir un organisme semi-autonome, comment faire? On crée une autre institution militaire parallèle, ce qui a pu se faire ailleurs à d'autres périodes mais est un sport dangereux et cher, ou on purge brutalement et massivement, à tous les niveaux, ce qui ne se fait pas quand on a un minimu d'Etat de droit et qu'on veut garder une armée entretemps. Que pourraient-ils faire d'autre? Avoir des milliers d'enfants allant sur commande dans un cursus amenant à l'armée? Commander à d'autres milliers d'ados d'entrer en lycée militaire et empêcher les enfants de militaires d'y aller eux-mêmes, pour saturer le vivier de la relève? Virer tous les officiers (et sans doute aussi une bonne partie des sous offs dont l'écosystème est également pénétré par le système) et les remplacer par des hordes d'officiers made in AKP sortis d'une usine magique et inconnue jusqu'alors? La carrière militaire n'est pas le truc le plus attrayant dans le monde développé (ou même en développement), si bien que dès le départ, on parle d'un vivier limité. Et aucun parti, aussi idéologique soit-il, n'a des effectifs de milliers (en fait dizaines de milliers, vu le besoin dont on parle) de gens de plusieurs classes d'âges prêts à orienter toute leurs vies et carrières pour l'accomplissement d'un but de très longue haleine, qui plus est en gardant leur conscience idéologique initiale. C'est le problème de l'AKP dans ce registre: il ne peut se passer de l'armée et de la gendarmerie, et n'a rien pour réellement en regarnir les rangs, quand bien même il pourrait suffisamment pénétrer le système par lequel ces organisations se reproduisent (et empêcher qu'une part significative de ceux qui y entrent.... Ne soient aussi préemptés par le dit système: séduits, attirés entrant dans le moule, y faisant leur nid....). Au mieux, il pourraient en accroître un peu la diversité, mais je doute que ça produise grand chose. Sans être une caste, un système militaire, et celui-là en particulier, reste quelque chose de très spécifique. -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Si les derniers attentats sont indicatifs, c'est plutôt le contraire qui risque d'arriver. Mais faut démystifier ces apparents changements d'humeur d'une population qu'on invoque toujours quand quelque chose arrive: il s'agit plus généralement d'un raidissement de ceux qui sont pour, ou pas loin de l'être (ou qui le sont mais ont mal pris/mal vécu une décision récente), du parti au pouvoir, et qui se mobilisent plus pour aller voter et/ou le soutenir dans la rue. En face, il peut y avoir une mobilisation parallèle, mais généralement plus en ordre dispersé. Un parti ou une faction au pouvoir a tendance à serrer plus facilement les rangs, parce qu'elle a quelque chose de concret: une opposition est généralement plus éclatée, et a besoin d'un idéal et/ou d'une personne particulièrement fortes pour mener ce qui est toujours une bataille sur une pente ascendante. Donc face à un tel attentat, et en l'absence d'un leader capable d'être rassembleur (ce que n'est définitivement pas Erdogan), on voit plutôt les partisans du pouvoir de tous types, y compris ceux un peu désaffectés, reprendre du poil de la bête et se remobiliser, créant de forts changements dans les sondages sans qu'en fait il n'y ait grand monde qui ait réellement changé sa ligne de vote. C'est encore plus vrai avec un chef, une façon de faire, un bilan et une idéologie aussi polarisants que le cas de l'AKP et d'Erdogan: il ne va pas vraiment faire venir de nouveaux convertis, au contraire, mais sérieusement mobiliser ses ouailles, ses convaincus, ses timides, ses lassés, et tous ceux qui font des affaires avec sa clique. Je vois mal, en l'état du nationalisme turc et du pouvoir made in AKP, tant de monde que ça se détacher de sa barque, à moins qu'il ne fasse quelque chose de vraiment énaurme et ne publie un selfie de lui en train de le faire (ah non, il peut même pas, il a bloqué Twitter, Snapchat et Facebook). -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
La succession en termes dynastiques était claire, mais la situation des guerres de religion changeait politiquement la donne, puisqu'au moment où n°3, après en avoir beaucoup bavé, a fini par en chier un grand coup après la visite du moine Clément dit le laxatif, Henri-juste-du-coup-N°4 était encore un parpaillot, ce qui, ne passait pas comme le transit après des dragées fuca, auprès de la population catholique, mais surtout auprès d'une bonne partie des grands du royaume -dont la majorité était liguarde- et du clergé (cad l'opinion publique). Du coup, le Duc de Mayenne, dernier rejeton de la portée braillarde de la famille de Lorraine (frère de feux le grand putassier -le cardinal de Guise- et du balafré -Henri, Duc de Guise) qui avait causé tant de mauvaises digestions à Henri III, s'est posé en prétendant acceptable aux yeux d'une opinion aussi travaillée par la question religieuse que par la légitimité dynastique. A ce stade, la conversion d'Henri IV (encore dans le futur), n'était pas vue comme un mouvement propre à rallier beaucoup de monde (elle en rallia juste suffisamment après coup, mais pas plus). Mayenne avait le soutien espagnol, celui de la Ligue (et à ce stade, du Pape) et donc du clergé, et plus tard convoqua (en fait trop tard) les Etats Généraux pour choisir un nouveau souverain, même pas forcément un Capet. Au moment de la succession, le trône à Riton était tout sauf assuré. Ceci dit, pour la note chipoteuse, les Bourbons n'étaient pas une branche cadette des Valois: ils étaient une branche cadette des Capétiens (comme les Valois). Et Henri III n'était pas à proprement parler l'assassin du Duc de Guise, dit le Balafré: il a ordonné son exécution, et c'est sa garde dite des quarante cinq qui s'est chargée de la chose dans un hall du château de Blois. Il a pas touché le gars.... Et c'était le roi: il n'assassine personne (du moins en son royaume), il rend la justice et protège l'Etat. Retour au sujet, donc: je connais vraiment pas la politique turque au quotidien.... On est tous à parler de coups d'Etats, de passage à la dictature et autres trucs; en étant un peu plus pragmatiques, la scène politique turque en est-elle vraiment là? Les institutions turques n'ont-elles plus, à ce stade, de résilience et de capacité de contre-pouvoir pour limiter le power-grabbing et le noyautage erdoganiens? L'appareil d'Etat, les institutions, la scène publique et la société civile (au sens de masse de groupements constitués et actifs) sont-ils aussi gangrenés, noyautés et dominés par l'AKP et ses affiliés? Je sais que le réflexe grégaire qu'on a tous est d'avoir au moins initialement du mal à accepter que des changements de cette ampleur arrivent, du moins dans des pays qui semblent aussi solides et stables que la Turquie, mais n'est-ce vraiment que du réflexe grégaire dans ce cas? Ou bien nous sommes-nous tous trop habitués à faire du what if, des uchronies et autres délires scénarisants? A priori, les sondages donnent toujours une confortable avance à l'AKP pour les prochaines élections; j'attends de voir ce que ça va donner dans la période post attentat, mais a priori, rien de désespéré pour Erdogan de ce côté, si bien que le seul danger électoral est de ne toujours pas récupérer de majorité absolue. Et le danger pour sa situation personnelle n'existe que si justement l'AKP se cassait la gueule et l'édifice bâti à l'intérieur de l'appareil d'Etat commençait ainsi à être détricoté par un autre gouvernement. Hors, rien ne semble annoncer que quoique ce soit de ce genre risque d'arriver pour l'instant. Donc le déclenchement d'une guerre civile, l'instauration d'un genre d'Etat d'urgence qui dise son nom ou pas, ne semblent pas réellement ce dont il ait besoin, à moins qu'il ne soit plus idéologique encore qu'on le pense et veuille franchir son Rubicon dans ce domaine (douteux, pour moi, à moins qu'il s'agisse vraiment d'un quasi fanatique jugeant le moment propice). Parce que je ne vois pas vraiment de danger pour lui en ce moment. -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Tiens, j'avais effectivement oublié cet acteur de poids dans la politique turque de jadis, aux côtés des groupes nationalistes et milieux politico-militaro-sécuritaires: la "mafya". Le crime organisé turc a depuis longtemps été proche du pouvoir; je savais pas ce qu'il était devenu avec l'arrivée de l'AKP dans le paysage. Je suis cependant curieux des résultats de cet attentat: j'évoquais plus haut la tentation (improbable cependant) que pourrait avoir le pouvoir de profiter de telles circonstances pour instaurer une forme ou une autre d'état d'urgence, reportant les élections et, essentiellement, s'octroyer toute latitude d'action pour une durée indéterminée. Au final, une forme traditionnelle d'affirmation d'un pouvoir autoritaire. Mais j'ai oublié de noter une des variables fondamentales de ce problème: avant l'attentat, que donnaient les sondages pour les résultats attendus des élections? Cette semaine nous donnera la réponse pour l'évolution de ces sondages, dans un sens ou un autre, mais qu'en était-il avant? Quelqu'un le sait? Polémique sur les perpétrateurs de l'attentat mise à part, il y a crime, et quelqu'un va en profiter de toute façon. Outre que ça doit s'agiter fort en ce moment pour essayer de gagner la bataille médiatique et sociale qui résulte de la situation ainsi créée, il y avait des tendances électorales de fond: quelqu'un les connaît? -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Nan, y'a qu'à appeler les Suisses: il est prouvé depuis les années 1470 que les Bourguignons perdent leurs pouvoirs méphitiques en présence des Suisses. C'est scientifique: les Suisses injectent leurs anticorps via des seringues de 5 mètres, et ils en amènent beaucoup (parce qu'ils ne doivent pas avoir grande confiance en leurs capacités individuelles à faire des piqûres correctes; c'est dur de bien viser), se présentant en paquets denses (en forme de carrés; ça doit être un truc culturel) de médecins. -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, c'est vrai, my bad: la Bourgogne (le duché, pas le comté, qui est alors terre d'Empire) n'a pas été donnée en apanage à Philippe le Hardi par son père (pas par son frère), Jean II, roi de France. Celui-ci a fait ce don en tant que Duc de Bourgogne (ce qu'il était, par sa maman) qui transmet le domaine à un de ses héritiers. Elle était un ancien apanage qui, dans l'esprit de ce roi, continuait son mode de transmission normal dans une lignée non éteinte, donc toujours un apanage, mais ancien, pré-datant les réformes du règne de Philippe le Bel (qui amènent des provisions sur la transmission uniquement par les mâles, et obligent au retour de l'apanage dans le domaine royal à l'extinction de la lignée). Mais mes critiques sur la pratique de l'apanage demeurent, et concernent aussi la Bourgogne: un des vices fondamentaux de la féodalité, responsable de biens des guerres. -
Migrations de masse vers l'Europe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Et ça s'inscrit dans d'autres scénaris militaires historiques: bien plus tôt dans le sujet, le parallèle a été fait avec les événements menant à la bataille d'Andrinople qui est souvent considéré comme le début de la fin pour l'empire romain d'occident (il faut connaître, puisque la bataille a lieu en Orient et semble plus concerner initialement l'empire d'orient). Je doute que les événements actuels mènent à une situation comparable (il manque trop d'ingrédients comparables), mais cela soulève néanmoins l'un des problèmes des décennies à venir, qui sera au coeur d'une bonne partie, sinon de la majorité, des conflits et guerres civiles du futur visible: la bombe démographique, sociale et politique de la période de migrations massives qui a déjà commencé, migrations dont l'ampleur n'a pas été vue (en Europe tout du moins), sauf pour de courtes périodes (comme les après guerres mondiales), depuis précisément la période des grandes migrations dont les événements d'Andrinople (essentiellement une migration mal gérée qui dégénère en conflit armé) font partie. La guerre, ça n'apparaît pas juste comme ça: ça a des causes, qui créent des logiques, des buts, des méthodes et des faiblesses, et c'est en les comprenant qu'on arrive généralement à les désamorcer, à les limiter ou, s'il le faut, à les gagner. -
turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Querelle de successions, non, parce que le principe d'aînesse y a vite acquis, par divers moyens et par culture (importance du sang et de la lignée, importance du sacre....), une force certaine, si bien que le conflit n'arrivait pas là, mais arrivait quand même: il se trouve juste que, au lieu de présenter chacune un roi, les factions s'opposant, si besoin est par les armes, revendiquaient autre chose, se prononçant contre le roi sans l'être ("contre ses mauvais conseillers" et ce genre de trucs), ce qui était en fait souvent encore un paravent pour des affrontements féodaux et des luttes de pouvoir et d'influence au sommet (essentiellement, qui aura les meilleurs sièges près du roi, et qui donnera le ton à son conseil, y compris contre le roi lui-même). Au final, ça n'empêche rien, et un tel conflit féodal peut très bien accepter d'en venir à buter le roi en bataille (toutes les circonstances ne sont pas bonnes pour le tuer, cependant), puisqu'il y aura toujours un autre héritier (qu'il faut du coup avoir dans son camp) ou à l'assassiner, ou le faire prisonnier pour en faire une marionnette. Dans le genre "guerre de succession" (certaines disent leur nom, d'autres pas), on peut quand même signaler, même après les temps mérovingiens et carolingiens (gratinés dans ce registre), les deux transitions dynastiques majeures: des Valois vers les Bourbons, ce qui amène le couronnement dramatique des Guerres de Religion (avec les Espagnols entrant dans la danse en prime) qui ne servent plus que de prétexte à une opposition radicale entre camps (la Sainte Ligue ayant son prétendant en la personne du Duc de Mayenne -qui n'aura au final laissé que son nom à une sauce pour marquer l'Histoire: la mayonnaise). Et la transition Capétiens directs - Valois, aussi appelée..... Guerre de Cent Ans. A côté de ça, une masse de conflits, parfois armés, parfois non, pour savoir qui domine l'entourage du nouveau roi (encore pire s'il est mineur), ou si se débarrasser de lui (pour récupérer le frangin ou le cousin, qui est un allié, ou plus malléable) est une option. Pas vraiment différent en terme de stabilité. L'apanage fut plutôt une calamité à mon sens: le pire exemple en la matière est la Bourgogne, puisque ce procédé a permis de créer le tremplin menant à la constitution d'un Etat de fait indépendant, en donnant un domaine énorme et puissant à une branche de la famille royale qui a ainsi eu la masse critique de moyens (et la position, le renom, les alliances, l'influence qui vont avec le nom de famille et les autres fonctions dans le royaume) pour commencer cette aventure. Tout le mal féodal est là: la permanence pendant la vie et la transmission par l'hérédité de la domination sur des pans importants de territoire, de population, de fonctions, prérogatives et droits.... -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Lance, lance! Pour Ankara, son nom gréco romain est plutôt Ancyra (depuis les Galates au moins): Angora, ça vient plus tard, avec les premiers conquérants Turcs dans la foulée de Manzikert. Ouais, je sais, mais quand on est dans le trip, ça fait un truc. Et la carte administrative de l'Anatolie, depuis au moins les Diadoques, mais aussi bien sous Rome/les Byzantins (les thèmes ne sont qu'un type d'organisation à un moment donné de cette trèèès longue période: ils durent à peine quelques siècles.... ridicule!) que sous les Ottomans, a quand même pas mal bougé, subissant plein de remaniements politiques pour faire et défaire des régions puissantes selon les besoins de qui pèse à un moment donné. Dès qu'un sultan voulait garantir l'avenir d'un ou plusieurs de ses fils (surtout contre ce qui suivait généralement la mort d'un sultan), par exemple, il lui constituait essentiellement ce qu'en France on aurait nommé un apanage, généralement en Anatolie, pas trop loin de Constantinople. Et dès qu'un nouveau sultan avait un (ou plus) frère(s) qu'il avait battu dans la course à l'échalotte, mais qu'il ne pouvait pas tuer, il lui laissait son domaine, mais le retouchait sérieusement. -
Elle est plutôt poussée à gauche à cause de ce qui se passe dans le parti démocrate: la montée météoritique de Bernie Sanders, si elle n'est pas nécessairement un danger si fondamental (quoique beaucoup commencent à douter, étant donné l'absence totale du "facteur waoh" dans la campagne et la personnalité de Clinton, et son lourd bagage), est cependant révélatrice de la division dans ses rangs, et du ras le bol de la tendance centre droit qu'il a gardé depuis les années Clinton. Un ras le bol désormais massif en proportions, qui a forcé le ton de la campagne nettement vers la gauche (tout comme à droite, la rhétorique force à l'embrasement du radicalisme droitier). Elle cherche là à surfer sur l'air du temps, à couper l'herbe sous le pied d'un Sanders qui a des chances sérieuses de gagner la primaire dans certains Etats clés, à faire du "re-branding" de son image....
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Calomnie pure et simple de la part de la faction des "Bonis"/Optimates à l'encontre d'un César trop puissant: on soupçonne Lucullus, alors directeur de stage et général en chef sur ce théâtre d'opération (César était allé voir Nicomède pour réquisitionner une flotte pour le siège de Mithylène.... Et oui, sur l'île de Lesbos, espèce de cochon qui mal y pense), qui aurait lancé la rumeur parce qu'il avait pris le jeune stagiaire en grippe. Pas mal pour sa première mission (il venait alors d'être défroqué par Sulla -si j'ose dire, vu la réputation de sérieux sodomite de Sulla- de son flaminiat, poste de prêtre bourré de tabous, qui proscrivait notamment tout contact avec le métier des armes. La rumeur disparut très vite, et ne resurgit que des décennies plus tard, quand César en vint à sérieusement commencer à se clasher avec la faction des "bonis"/optimates. Donc non, je récuse la diffamation de bas étage que tu amène, non à l'encontre du Sieur Jules, dit César, mais à celle de Paris Match et Closer qui n'avaient rien à voir avec cette sinistre affaire de ragots et dont le bon renom devrait être épargné; Lucius Licinius Lucullus, pilier de la haute société romaine et général aussi brillant qu'imblairable, est à blâmer. Lui et lui seul. Ne joue pas le jeu de Lucullus, s'il te plaît Alexis (sauf pour ce qui concerne la bouffe et la détente: apparemment, il savait vivre, dans ce registre): ce n'est pas honorable! Et puis de toute façon, si César avait aimé se faire tamponner la poupe, qui es-tu pour le juger? La chose est cependant douteuse, vu l'attachement de César à sa réputation, son extrême attention à la soigner, et le fait qu'il n'ait jamais été pris à s'adonner au vice socratique quand il l'a été se vrautrant dans tant d'autres (dont la lecture publique d'une correspondance cochonne avec une femme mariée.... Au sénat même). -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Que d'emportement! Restons dans le sujet; pour votre peine, un gage! Que disait Clemenceau (l'auteur original de votre incommensurable forfait vis-à-vis du sujet -non, l'hypocrisie ne m'étouffe même pas; question d'entraînement) de la Turquie? Oui, je suis vache; c'est l'heure! La nuit, ça désinhibe. Ceci dit, pour mes envies de conquérant antique, c'était mon moment Woody Allen qui, lui, quand il entend du Wagner, a envie d'envahir la Pologne. Chacun son truc, chacun ses stimuli. Moi, quand je vois une carte, j'ai envie de la redessiner.... En commençant par foutre une armée dessus. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Je reste fasciné par les subdivisions territoriales de l'Anatolie: il s'en faut de vraiment pas grand chose pour qu'on puisse reprendre cette carte et renommer les régions avec d'anciens noms. Bithynie, Pont, Cappadoce, Cilicie, Galatie, Armenia Parva, Pamphylie, Carie.... L'impact du relief, au final, mais ça me donne des envies de jouer à Alexandre, ou Sulla, ou Pompée, ou César. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, enfin dans quelle mesure est-ce un mystérieux "Etat profond", et dans quelle mesure sont-ce des actions "aux ordres"? Rappelons que quand on parle des services secrets, de certaines unités spéciales (armée ou police) et parfois d'autres entités (ça dépend des Etats), on parle souvent d'organisations ayant de hauts niveaux de confidentialité, et très souvent, la "deniability" si chère aux organisations "alphabétiques" américaines, ce qui permet plus souvent que de raison de mettre des choses sur le dos de tels organismes "agissant par eux-mêmes" (si on en arrive à découvrir qu'ils ont les mains sales dans une affaire, et étaient présents..... Ce qui est dur, long et rare), et qui est précisément la raison pour laquelle beaucoup de politiciens ont la méchante tentation de recourir à leurs services quand ils ne devraient pas. C'est un outil tentant pour cacher des conneries, faire ce qu'on ne devrait pas faire avec peu de risque de se faire prendre la main dans le pot de confiture. Nos politiques, qui ont une longue tradition de recours aux "services" dans le jeu politique national, le savent, même s'ils ont aussi une culture de profonde méfiance à l'égard de ces mêmes services (qui est pour beaucoup dans leur sous-développement en France). Bref, ces services sont plus souvent la mauvaise conscience de l'Etat (qu'il peut cacher facilement) que des organisations menant leur propre politique avec peu ou pas de contrôle. La main gauche qui fait un truc pendant que la droite attire l'attention, quoi. Et on a bon dos après de dire que ce sont des "éléments trop zêlés/indisciplinés/rebelles/idéologues" (rayer les mentions inutiles) qui ont fait des taches. Quand, événement peu fréquent, de toute façon, ils se font prendre. Beaucoup dépend des dirigeants à un instant T. Et Erdogan, même s'il a perdu de son pouvoir, est encore un autocrate de facto, avec un énorme capital politique et une clientèle très développée, et des obligés placés partout: je doute que les gens de sa faction qui se trouvent dans des services pouvant agir clandestinement, osent péter sans lui demander la permission. Il est pas encore affaibli suffisamment pour ça. Tiens, dans le registre de la recherche par l'AKPerdogan (copyright) d'une épuration de l'armée, je me demande comment ça fonctionne concrètement, eu égard à une particularité de l'armée turque. A Sciences Po, j'avais un cours sur le futur du "warfare", assuré par un colonel anglais retraité, qui nous avait parlé de la longue période qu'il avait passé auprès de l'armée turque, mentionnant un degré inégalé d'hérédité chez les officiers; la reproduction sociale y est particulièrement forte, tant via le très fort attachement à la tradition des familles militaires et le modèle patriarcal que par le système de formation assuré par un très important ensemble d'écoles militaires dès le plus jeune âge (en fait dès le tout début de la scolarisation). Remplacer une telle caste semble quelque chose de très difficile: c'est plus que de l'inertie quand on imagine que la grande majorité des officiers et du vivier dont ils proviennent est pour ainsi dire formé au moule militaire dès le berceau, et que ce moule est préempté par les milieux militaires et nationalistes qui le peuplent en masse. A moins de fermer toutes ces écoles et/ou d'en interdire l'accès à ces familles, ça devient tout de suite une entreprise délicate. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
En bref, ce sont les cercles de décision qui ne sont que très partiellement habités par des élus (qui peuvent y appartenir néanmoins: proximité idéologique, amitiés, familles -très important chez les officiers turcs, à haut degré d'hérédité-, liens sociaux divers, carrière précédente....), et constituent la "mémoire institutionnelle" de l'Etat aux plus hauts niveaux décisionnels (la méta mémoire institutionnelle de l'appareil d'Etat en somme, chaque organisation ayant la sienne propre); la partie semi autonome des administrations, version haut de la hiérarchie. Je connais très mal le cas turc pour ça: demande moi aux USA, en France et dans quelques autres endroits, je peux sortir quelque chose. Mais là.... Ce à quoi tu sembles faire allusion, par le soutien US, c'est cette "amicale" qui se retrouve un peu partout en Europe, constituée par les réseaux gladio (le projet de réseaux "stay behind" en cas d'occupation soviétique), ces groupements d'individus que les ricains ont rassemblé, "formé" (dans la mesure où des gens à ce niveau peuvent encore être "formés"), financé, mais surtout réunis et par là fait prendre conscience d'eux-mêmes en quelques sortes, les unifiant au départ autour d'une idéologie anti-communiste, mais créant surtout de redoutables réseaux de connaissances mutuelles dont les intérêts et la longueur de leurs carrières ont fait de véritables mafias du pouvoir dans beaucoup d'endroits (feu M. Andreotti et la scène politique italienne le nieraient avec le sourire). C'est vrai qu'en Turquie, c'était particulièrement développé autour des milieux kémalistes et nationalistes de l'armée, de la police et des services secrets (loups gris et tout le tintouin). Mais ils ont quand même pris de sacrés coups depuis:vieillissement et départs des cadres initiaux, développement économique turc qui a fait apparaître d'autres élites, et surtout épuration erdoganienne ont pris leur "impôt" sur cette organisation du pouvoir, si bien que l'on peut se poser la question de savoir si ces factions sont encore si puissantes que ça. Ou si au moins elles ne sont pas dans une concurrence farouche avec de nouveaux intervenants dans ces grands secteurs de l'Etat. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
Gné? C'est quoi l'Etat profond? -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est une méthode connue et éprouvée. Je cite: "des terroristes wahabites ont crashé des avions sur le WTC???!!!! Vite, envahissons l'Irak!". C'est très souple, félin et manoeuvrier comme tactique. On sait juste pas toujours ce que ça produit. Ceci dit, dans une constitution comme celle de la Turquie, y'a t-il une procédure d'Etat d'urgence? Erdogan pourrait-il vouloir jouer de ce joujou là avant les élections? Je ne connais pas très bien la politique turque, et n'ai suivi l'évolution d'Erdogan que de loin, mais pourrait-il envisager ce genre de choses ou est-il encore à mille lieues de ce genre de coup? Ca semble très fiction télé, dit comme ça, mais "l'affrontement" HDP-AKP depuis quelques années, c'est plutôt hallucinant quand on regarde en touriste; le dossier de leurs querelles au sein de la police et de la justice était proprement psychédélique pour un Etat qui prétend être une démocratie et un Etat de droit. Donc une évolution radicale semble t-elle si improbable? A un moment ou un autre, quand on la joue "parti unique" et régime personnalisé, il y a un Rubicon à franchir, ou on disparaît. -
Non, ça c'est une erreur: déjà historiquement, si l'interventionnisme ricain a été sérieusement stoppé par le souvenir du Vietnam. Pour un temps (aidé aussi par la réforme militaire majeure -et forcée- des années 70, et l'impératif du théâtre européen); c'est comme ça que ces choses marchent, on n'affecte qu'un nombre donné de générations (celles qui l'ont vécu d'une manière directe ou associée). Et l'activisme reaganien a profité des mêmes facteurs, tout en opérant prudemment: une armée professionnelle et non plus de conscription donnait plus de latitude, affirmation tonitruante du nationalisme, et surtout, on procède par petits pas (on commence avec la Grenade), le tout sans réellement faire quoi que ce soit de majeur dans les années 80. De l'agitation, oui, de l'intervention majeure, bof (on prend rapidement ses cliques et ses claques et on n'insiste pas au Liban, par exemple). Il faut attendre la Guerre du Golfe et d'autres changements géostratégiques majeurs pour changer cette attitude de "grande gueule prudente". Aucune enquête actuelle ne révèle un support de l'opinion pour une grande opération au MO actuellement: envoyer du monde oui, mais personne n'a dans l'idée quelque chose d'analogue à 2003: quand on regarde dans les sondages, les ricains sont pour le "faire quelque chose", pour le bombardement, et pour des "boots on the ground" tant qu'on leur parle de quelque chose qui ne dépasse pas quelques milliers d'hommes. Et il y a tout sauf de l'enthousiasme dans la majorité de ce soutien: absolument rien de comparable à 2003 où on est dans un cas de consensus large, sans espace de débat, avec des médias assez unanimes, et où la nation a la rage aux lèvres. Au mieux (ou au pire, selon les opinions), tout ce qu'on voit, c'est une reluctance majeure à refoutre un doigt de pied au MO, et une résignation consciente que le problème ISIS-ien doit être géré; les émotions quand une nouvelle horreur de l'EI reçoit un peu plus de couverture que d'habitude sont de courte durée. Ce n'est pas une lecture française, c'est juste une lecture des faits et de l'actualité américaine au sens large, et de la façon dont ils en parlent. Les commentaires excités, même de politiques, sont cantonnés à une sphère limitée et très particulière des médias: la caisse de résonnance de l'ultra droite. Et même là, quand on parle d'intervention au sol (McCain et Graham, le tandem visible des faucons), le plafond qui ressort quand la question est posée est de 10 000h, soit pas vraiment de quoi bouleverser les équilibres actuels. Ils savent ce que l'opinion n'acceptera pas, donc ils essaient de vendre une intervention de cette dimension comme décisive et apte à tout faire. Et même là, ils ont une audience limitée. Les primaires républicaines révèlent même les lignes de fracture de l'ultra-droite (parce que la base électorale républicaine impliquée dans le processus à ce stade, c'est essentiellement l'ultra droite, et surtout ses composantes les plus tarées) et une absence totale de consensus dans ce domaine. Un exemple parmi d'autres est la faiblesse au quotidien de la couverture média de la situation au MO: ça revient régulièrement, mais sans plus. C'est une constante en cela (cad quand on parle de l'étranger, il y aura généralement un segment sur ISIS), mais guère mieux. Au pire, si quelque chose de vraiment majeur arrive en SyrIrak (copyright), ça fait un Newscycle (2 jours environs) où 30% du temps d'info à l'antenne y sera consacré (grand max). En 2003, AVANT l'invasion (plus encore après), la fièvre portait cette température à une majorité du temps d'antenne, et sans rupture entre newscycle. Fin 2001-courant 2002, le sujet de la lutte contre le terrorisme était aussi une permanence dans le quotidien des médias, en proportions variables mais toujours conséquentes. En ce moment, absolument rien de comparable aux USA: les sujets qui dominent sont autres, et il peut se passer plus d'une semaine entre deux évocations suivies de la situation au MO. Cette semaine n'était pas le cas avec l'entrée en jeu de la Russie, mais, fait amusant, ça ne parlait quasiment pas de l'Etat islamique (juste comme figurant); ça ne parlait que de la Russie. Une lecture française de cette situation, c'est justement ne pas prendre en compte le chemin parcouru en interne par la population américaine depuis 2001, à la fois le niveau du trauma à cette époque, et ce qu'il en est actuellement, de même que c'est gravement méconnaître l'impact énorme sur la population qu'a eu l'exécution de BenLaden en 2011: un fait divers notable pour nous, sans conséquences sur la psyché individuelle ou collective, une catharsis nationale à l'impact politique et psychologique lourd aux USA, moment de recueillement dépolitisé (au moins dans un premier temps) qui porte encore ses fruits.